Le samedi, 1 janvier 1901, Supplément 1
[" Vol.XII.No 32.LE SAMEDI 351 FEUILLETON DU \u201cSAMEDI \u201d, 5 JANVIER 1901 ) Marie - Jeanne OU LA FEMME DU PEUPLE PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE V.\u2014 LE 1?EN1>EZ-Vn devait gagner le fond d\u2019un ravin, et de là, à travers une découpure, se diriger vers une cime rocheuse que l\u2019on apercevait au lointain.\u2014Nous ne l\u2019atteindrons certainement pas avant le déclin du jour, avait annoncé Christie.Nous y établirons notre petit camp, sous le dôme épais de quelque chêne en guise de tente.Depuis qu\u2019il errait à travers les forêts, il avait acquis l\u2019habitude de juger des distances.Ils avaient à franchir de nombreux obstacles, et ils devraient s\u2019estimer heureux s\u2019ils atteignaient le point indiqué par le soldat, même en faisant diligence.Or, si un cheval permet de gagner du temps sur un terrain à peu près uni, il est loin d\u2019en être ainsi dans une région montagneuse.Il fallait chercher un chemin où la bête qui portait Ketty pût se mouvoir, surtout à la descente.Elle glissait par moments de quatre pieds, et elle aurait roulé dans quelque précipice sans le poignet vigoureux de ( 'hristie.Ils touchèrent cependant le fond du ravin, qu\u2019ils suivirent quelque temps, cherchant à regagner le temps écoulé.Us cheminèrent ainsi jusqu\u2019à ce qu\u2019ils eussent reconnu un endroit à peu près découvert, afin de gagner la crête qui leur permettrait de passer dans les vallées voisines.Us s\u2019engagèrent sur ce nouveau terrain.Fiévreusement, Julien avait pris la tête.U entendait derrière lui sonner les fers du cheval sur les rugosités sonores de la pierre.Christie de Clinthill fermait marchait la marche, appuyé sur l\u2019outil à manche noueux et à lame de fer qui, avec son costume étrange, sa chevelure flottante, sa barbe puissante, lui donnait réellement l\u2019aspect de quelque géant resté seul vivant des anciennes races disparues.Son regard vigilant et affectueux, allait de Ketty à Julien, veillant sur l\u2019un et sur l'autre.Grimpant en même temps sur les aspérités qu\u2019il rencontrait, Christie s\u2019assurait (pie tout était désert au loin comme auprès, et (pie rien ne les menaçait.Us atteignirent l'arête qui devait faciliter leur passage du massif montagneux qu\u2019il venait de quitter à celui qu\u2019ils s\u2019étaient fixé comme limite de leur étape pour ce jour là.Les voyageurs étudièrent la nouvelle région dans laquelle il leur fallait s\u2019engager.La traite qu\u2019il leur restait à accomplir s\u2019annonçait particulièrement pénible.Un véritable entassement dérochés basaltiques allongeant leurs croupes tourmentées leur barrait totalement le passage : des barricades de titans ! Ils allaient être obligés d\u2019escalader et de redescendre chacune d\u2019elles avant de pouvoir tenter l\u2019ascension du pic élevé qu'ils s\u2019étaient fixé comme point terminus de leur marche en ce jour.\u2014Allons, dit Julien le premier, en avant, si lions ne voulons pas que la nuit nous surprenne là-dedans.Le soldat le considéra avec une admiration émue.Il retrouvait bien en lui son ancien élève, son petit Julien d\u2019autrefois si courageux et si vaillant.L\u2019on se mit à redescendre.Le cheval, un peu plus habitué à présent au terrain montagneux, manœuvrait moins difficilement, s\u2019accrochant des sabots aux aspérités.Pourtant, lorsqu\u2019ils atteignirent le fond, après une heure de cette marche, Christie de Clinthill, qui l\u2019avait pris de nouveau par le mors, était en nage.\u2014A l\u2019assaut, maintenant ! dit-il en montrant les entassements basaltiques qui obstruaient le chemin.Jusqu\u2019à ce moment, ils avaient été engagés dans d\u2019énormes soulèvements montagneux couverts presque partout de forêts où un peu de terre végétale, tapie dans les creux, adoucissait pour eux, aplanissait parfois la dureté de l\u2019étape ; mais plus rien do cela actuellement.Des rocs déchirés sans un arbuste, sans une tache de gazon : des masses abruptes, des déchiquètements profonds.On aurait dit des masses de laves brunes, vomies par le feu inté- (1) Commenoé dans le numéro du U avril 1000. 366 LE SAMEDI rieur de la terre dans une tourmente, aux époques préhistoriques, et pétrifiées à tout jamais.Un sol de malédiction et d\u2019horreur.Il fallait pourtant en tenter l\u2019escalade.Julien avait cassé une branche d\u2019arbre fine et solide en guise de pique.Il s\u2019y élança avec l\u2019impétuosité de son âge, plantant l\u2019extrémité de son bâton dans chaque anfractuosité, pour s\u2019élever, insensible à la lassitude.Les fers du cheval qu\u2019il avait cédé à Ketty raclaient la basalte derrière lui, faisant par moment jaillir des étincelles.La bête enfin cessa d\u2019avancer, ses naseaux dilatés cherchant l\u2019air, à bout de souffle.Il fallut que Christie vint la prendre par le mors pour lui permettre d\u2019achever cette effrayante montée.Mais après, il fallait redescendre encore., Julien et Christie se regardèrent; le cheval arriverait-il au bas, sans rouler dans quelqu\u2019une des affreuses cre-vases ouvertes sous leurs pieds f Ketty avait mis pied à terre.Elle se sentait assez forte pour marcher.Puis, à plusieurs reprises, elle avait eu le vertige durant cette dernière partie de l\u2019étape, voyant sa monture près de rouler dans un de ces précipices quelle côtoyait.Chute horrible dans laquelle le malheureux animal l\u2019eût emportée et eût entraîné également Christie.A la vue des difficultés encore inconnues qui se présentaient devant eux, les deux hommes se demandèrent s\u2019il ne feraient pas bien d\u2019abandonner le cheval.Mais le brave animal ne leur serait-il pas utile au sortir de ces régions ?Christie a.ait appris, par le récit de Julien, que le jeune homme était arrivé, cruellement affaibli par sa blessure, au manoir de Claymore.Il redoutait pour lui les conséquences des fatigues extrêmes qu\u2019il était en train d\u2019éprouver.Quant au fils de Walter d\u2019Avenel, il songeait qu\u2019une femme voyageait avec eux.Et chacun d\u2019eux, obéissant à sa préoccupation, fut d\u2019avis qu\u2019il fallait conserver la monture que Stewart Bolton, dans le seul but d\u2019aller plus vite en se sauvant, avait abandonnée à sa victime au commencement du voyage.Il fut décidé seulement que l\u2019animal serait livré à son instinct, pour accomplir cette descente véritablement périlleuse.Christie, plantant le fer de son hoyau dans les ravinements du basalte, soutenait sa compagne.Us durent franchir une sorte de muraille à pic.Mais quelques mètres plus loin, ils se trouvèrent brusquement au bord d\u2019une coupure profonde, inaccessible.Remonter était impossible, l\u2019espèce de muraille qu\u2019ils venaient de! passer, droite et lisse, les enfermant entre elle et le précipice.Le cheval, qui s\u2019était arrêté au-dessus d\u2019eux, flaira le vide, pointa ses oreilles en avant.Ses membres so resserrèrent, sa croupe s\u2019infléchit.Et tout à coup, ainsi qu\u2019un ressort, ses membres se détendirent,H et comme une masse énorme, effrayante, il parut au-dessus du pré-jr cipice, lancé en avant, la crinière hérissée, les oreilles couchées, les\u2019 yeux phosphorescents.sans doute dans l\u2019épouvante de l'abîme\u2019 ouvert sous lui.\tI Il atteignit l\u2019autre bord ; ses quatre fers touchèrent en même temps, grincèrent sur la roche.\t§ Il ballotta un instant, comme si le terrain inégal allait manquer sous lui, et reprit son aplomb, humant l\u2019air.\tf, Les trois voyageurs s\u2019étaient arrêtés d\u2019un même mouvement, leurs regards attachés sur lui, s\u2019attendant à le voir s\u2019écraser au fond du précipice.Us s\u2019étaient déjà attachés inconsciemment à ce compagnon de leurs fatigues ! \u2014L\u2019instinct des bêtes est un conseiller généralement bien inspiré, dit le guerrier lorsqu\u2019il eut vu le cheval de Julien sain et sauf de l\u2019autre côté do la crevasse.Peut-être existe-t-il, par là, un chemin plus praticable ?\u2014Oui, prononça Julien.Mais commment y accéder ?\u2014Attendez-moi là un instant avec Ketty, reprit le géant.\u2014Que voulez-vous faire, Christie ?interrogea Julien inquiet, prévoyant quelque sublime folie.\u2014Ce serait trop long à expliquer.Voyez, le soleil a déjà parcouru les trois quarts de sa carrière.11 Le temps s\u2019écoule, rapide.Julien promettez-moi seulement do ne pas vous séparer de Ketty.Ces énigmatiques paroles étaient grosses de signification inquiétante.\u2014Christie ! supplia la jeune femme en joignant les mains.Julien avait gardé le silence : son cœur violemment bouleversé voyait leur compagnon périssant dans quelque tentative téméraire.U craignait aussi d\u2019augmenter, par ses propos, l\u2019angoisse de leur Si YQxm toussez prenez h compagne.de celle dont il resterait en ce cas le seul défenseur.Christie ne détourna pas la tête, ne répondit pas à l\u2019appel de sa femme de peur de faiblir.Et l\u2019on cessa de l\u2019apercevoir.XXVIII.\u2014 LE SALUT OU LA MORT?.Christie était au bord de la crevasse.Couché sur le ventre, les doigts crispés sur les rares aspérités de la pierre, il commença à en suivre l\u2019arrête.Sa tête, penchée au-dessus de l\u2019abîme, en étudiait les aspérités.VlKettty et Julien, retenant leur souffle, prêtaient anxieusement l\u2019oreille.Ce dernier n\u2019avait pas osé le suivre, après la prière de Christie de veiller sur sa jeune femme qui, pâle comme une morte, comprimait son sein tumultueusement soulevé, croyant déjà entendre la chute d\u2019un corps dans l\u2019abîme.; Enfin la voix du guerrier se fit entendre.Elle paraissait joyeuse.\u2014J\u2019ai trouvé, lança-t-il de l\u2019endroit où l\u2019on ne pouvait l'apercevoir.Julien, faites glisser mon outil vers moi.On ne connaissait pas ses projets.L\u2019enfant ne pouvait qu\u2019obéir aveuglément.U poussa doucement le hoyau sur la pente, devant lui, par le manche d\u2019abord, de crainte que le fer ne vînt à blesser l\u2019homme qui spontanément se dévouait pour tous.\u2014Merci, fit encore la voix du géant.Ne bougez pas d\u2019où vous êtes, jusqu\u2019à ce que je vous ai prévenus.Au-dessous de lui, sur les flancs même de l\u2019abîme, il avait aperçu une espèce d\u2019entablement, une plate-forme juste assez large pour un homme ou deux.Comme si le déchirement de la masse rocheuse avait rencontré là une résistance, la distance qui séparait les deux parois de la cravasse était moins grande, et le rocher, de l\u2019autre c ité, présentait des excavations qui devaient permettre de remonter i l\u2019air libre.Mais, pour vérifier la réalité de cela, il était nécessaire de des-( mdre dans l\u2019abîme, d\u2019atteindre la plate-forme située au-dessous de t'hristie de Clintbill.Celui-ci avait évalué que sa grande taille lui permettrait probablement de le faire.T^-Mais le bord de la crevase ne lui offrait aucune aspérité pour s\u2019y cramponner, se laisser glisser dans le vide.§ -j-Il avait remarqué alors que la déchirure formait un peu plus haut une sorte d\u2019angle rentrant avec un ravinement étroit à sa base.) Christie avait aussitôt pensé à mettre le manche de son outil en travers de ce vide, et se fiant à ce fragile appui de laisser pendre son corps dans le gouffre.! \u2014Mes pieds arriveront probablement jusqu\u2019à cette saillie, calculait-il.Et une fois-là, je verrai s\u2019il est possible d\u2019avoir accès de l\u2019autre côté, en enjambant le vide.j Le manche du hoyau, formé d\u2019une branche de chêne noueux serait 'peut-être assez solide pour supporter le poids du guerrier.Mais si l\u2019outil venait à glisser ?- **En ce cas, le géant, précipité d\u2019une hauteur énorme, irait se fracasser le crâne sur la dent aiguë des pierres qu\u2019il apercevait à peine dans le fond.Christie serait mort en ce cas en se dévouant, et le destin, satisfait de son sacrifice, prendrait sans doute en pitié les deux infortunés qui restaient derrière lui.^Le hoyau, poussé doucement sur la pente par Julien, arriva à sa portée.Christie de Clinthill le prit, le plaça en travers du vide, en assujettissant le plus possible le fer dans la faille ouverte parmi la masse rocheuse, au temps sans doute où la montagne s\u2019était ouverte.\u2014Allons, fit-il, je crois que je puis risquer la partie.A la grâce de Dieu ! ! JU s\u2019aplattit sur le sol, ses deux mains nouées comme un étau sur le manche de l\u2019outil.Et ses jambes commencèrent à pendre au-dessus du gouffre.Lentement, il continua son mouvement, s\u2019efforçant d\u2019éviter toute secousse afin que le fer ne sortît pas de la raine qui le maintenait.C\u2019était là sa seule garantie, sa seule ressource.En effet, le fer sorti de la faille étroite, rien ne retiendrait plus l\u2019outil, entraîné en ce cas dans le précipice avec l\u2019homme qui s\u2019y cramponnait.^Les larges mains du soldat grinçaient autour du bois.Son corps s\u2019avançait de plus en plus dans le vide : le moment vint où sa poitrine seule appuya encore sur le manche du hoyau.La minute suprême était arrivée.Si Christie avait appelé Julien pour maintenir seulement le bois le danger aurait été bien moindre.Mais le géant avait peur d\u2019entraîner avec lui l\u2019enfant dans le précipice, et il n\u2019avait pas voulu l\u2019avertir, préférant s\u2019exposer davantage.et périr seul' I- amm mnB^nnBnBMHHMnnHBBnBnUBndi LE SAMEDI 357 Une légère moiteur sourdit il la racine de ses cheveux.Il se laissa aller.L\u2019outil cria sur le rocher, se déplaça, glissa de quelques centimètres, le fer entamant les bords de la rainure dans laquelle il était placé.Puis il s\u2019immobilisa de nouveau.Le brave écuyer de Walter d\u2019Avonel allait-il donc être sauvé ?.Allait-il réaliser sa périlleuse reconnaissance ?Il se laissa aller graduellement à la force du poignet, sentant l\u2019outil vaciller au-dessus do lui.Son corps pendit enfin tout entier dans la crevasse.Mais ses pieds ne rencontrèrent pas l\u2019appui sur lequel il comptait.Remonter était une chose impossible.La fragilité du soutien auquel ses mains étaient encore attachées ne le permettaient pas.Si Christie ne parvenait pas à rencontrer, à atteindre la plateforme sur laquelle il avait compté, il ne lui resterait plus qu\u2019à demeurer suspendu ainsi jusqu\u2019à ce que ses doigts se détendissent sous l\u2019effet de la fatigue.Julien et Ketty, demeurés à la même place, prêtaient l'oreille avec anxiété, cherchant à saisir quelque bruit.Qu\u2019était devenu l\u2019époux de Ketty, puisque plus rien ne parvenait jusqu\u2019à eux ?.La jeune femme, les mains affreusement nouées, dressait son regard vers le ciel dans une détresse profonde une épouvante grandissante.Julien vit les affres (pii l\u2019envahissaient et qui répondaient à son propre trouble.Cette attente, cette incertitude étaient devenues insupportables.\u2014Christie,\u2014lança-t-il d\u2019une voix alarmée,\u2014où êtes-vous ?Le soldat l\u2019entendit, comprit le sens de ses paroles.Il ne répondit pas, ne voulant pas les attirer auprès de lui, les rendre témoins de son agonie, s\u2019il devait périr.Essayant d\u2019infléchir son corps; il cherchait à droite et à gauche, croyant avoir mal calculé la position de la plate-forme.L\u2019outil en glissant avait dû le faire dévier.\u2014Christie !\u2014répéta la voix troublée de Julien.L\u2019angoisse étreignit plus violemment le cœur du soldat.Il desserra son étreinte ne se tenant plus (pie par l\u2019extrémité des doigts.Et soudain une dilatation infinia allégea son âme.La pointe de ses pieds venait de rencontrer une résistance sur le côté.Etait-ce la saillie du rocher ?Résolument, Christie lâche son appui.Il allait en finir d\u2019une façon ou d\u2019une autre ! Mais ses pieds touchèrent un sol ferme, en même temps que ses ongles s\u2019agriffaient aux rugosités du rocher afin de ne pas perdre l\u2019équilibre.Il était en sûreté le gouffre ne l\u2019engloutirait pas, au moins pour le moment ! La sueur qui perlait un instant auparavant à la racine de ses cheveux l\u2019inonda brusquement dans la réaction qu\u2019il éprouvait.Christie de Clinthill était brave, certes : il l\u2019avait, montré en de nombreuses occasions ; mais ce n\u2019est pas en vain (pi\u2019on sent la mort vous étreindre, vous envelopper degré à degré.Il entendit à ce moment marcher au-dessus de sa tête et la voix de Julien (pii s\u2019élevait de nouveau.\u2014Christie ! Christie, criait-on,\u2014pourquoi ne me répondez-vous pas ?\u2014Pourquoi vous troubler ?répondit l\u2019accent du soldat, sortant des entrailles du sol.Julien, ne sachant que penser, s\u2019approcha.\u2014Prenez garde ! lui cria l\u2019ancien écuyer.Le fils du chevalier d\u2019Avenel aperçut alors l\u2019outil resté en travers de la déchirure ; il eut la prescience de ce qui avait dû se passer.\u2014Grand Dieu ! fit-il, vous êtes descendu seul dans cet abîme.Ketty et moi-même nous avions bien raison de trembler.Durant l\u2019échange de ces paroles, Ketty s\u2019était dressé d\u2019un mouvement presque somnambulique, les yeux distendus, se demandant si c\u2019était bien la voix de son compagnon, de son époux qu'elle entendait Elle ne pouvait discerner les paroles à cause de la distance ; elle marcha vers la direction d\u2019où elle venait.La voix de son mari s\u2019éleva de nouveau, répondant à Julien.\u2014Dites à Ketty quelle se rassure, nous pourrons sortir de ces lieux maudits : nous sommes sauvés.\u2014Lui ! c\u2019est bien lui ! Je t\u2019entends, Christie ! Ah ! par quelles transes funèbres je viens de passer.Tandis que le soldat échangeait les paroles précédentes avec Julien, il étudiait l\u2019endroit où il se trouvait En y venant, il prévoyait qu\u2019il lui serait impossible de remonter.Mais puisque ceux qu\u2019il avait laissés pour venir cette aventure s\u2019approchaient, il fallait leur éviter le désespoir de le voir relégué sur un étroit quartier de rocher sans pouvoir le secourir.Et son œil ardent avait fébrilement étudié les parois de la crevasse de chaque côté, préférant, s\u2019il le fallait, se précipiter au fond de l\u2019abîme afin de ne pas assister au désespoir de ceux qu'il aimait.Heureusement, l\u2019espérance qui lui avait fait tenter cette périlleuse entrepiise était fondée.Le déchirement de la Gravasse, de l\u2019autre côté, en rendait l\u2019ascension possible.Quant au vide qui séparait les deux parois, il pouvait êtro franchi avec \u2019 lies précautions.Ketty encore tremblante, plus affolée peut-être à la pensée du danger exact que venait de courir son mari, avait rejoint Julien d\u2019Avenel au bord du gouffre.\u2014Julien, prononça le soldat, je vais faire appel à votre force d\u2019âme.Les femme doivent être mises les premières à l'abri du péril, et les hommes ont pour mission de les aider, de leur porter secours.\u2014C\u2019est aussi mon sentiment, interrompit le fils du chevalier d\u2019Avenel d\u2019une voix ferme.Et je ne quitterai pas cet endroit que Ketty ne soit d\u2019abord en sûreté.\u2014Vous avez bien l\u2019âme d\u2019un gentilhomme, jeune et cher seigneur ; vous avez l\u2019âme d\u2019un homme ! Il fut alors convenu, entre Christie de Clinthill et Julien, (pie la jeune femme se cramponnerait, elle aussi à l\u2019outil (pii avait permis au soldat de descendre, et qu\u2019elle se laisserait glisser dans la Gravasse, retenue par Julien.Christie, lui, la recevrait dans ses bras, et avec quelle force d\u2019amour! L\u2019existence hasardeuse (pie l\u2019ancienne habitante du Moulin Joli menait depuis qu'elle avait dû fuir les rives de la Tweed, avait virilisé son caractère.L\u2019angoisse de perdre celui (pie son père lui avait donné pour époux était maintenant dissipée, elle se retrouvait courageuse et forte.Du reste, elle comprenait la nécessité de posséder tout son sang-froid, un faux mouvement pouvant entraîner avec elle soit Julien, soit son mari, peut-être les deux hommes, dans sa chute.Elle noua donc ses mains (pii tremblaient un peu sur le manche de l\u2019outil et s\u2019avança au-dessus de la crevasse, soutenue de toutes ses forces par Julien.Mais la vigueur de l\u2019enfant n\u2019était pas encore arrivée à son développement, et autour de lui, le rocher presque lisse ne lui offrait aucune saillie suffisante pour se retenir ! Le poids de la jeune femme l\u2019emporta.son pied rencontra le fer de l\u2019outil à peine immobilisé dans la raine où le soldat l\u2019avait assujetti.Et Ketty lui échappa brusquement, rejétée en arrière avec le frêle appui qui venait de lui manquer tout à coup.Une triple clameur retentit.remplit l\u2019espace.Julien était parvenu à se raccrocher, il ne savait comment au basalte.Livide, il avait conscience du malheur dont il s\u2019accusait.\u2014Christie ! \u2014Chère Ketty ! Ces paroles frappèrent ses oreilles qui bourdonnaient.Le sang reflua à son cœur et à ses tempos dans un tourbillon.Et s\u2019aplatissant brusquement sur le sol, il plongea avidemment son regard au-dessous de lui.Ketty était auprès de son époux, retenue contre sa poitrine sur l\u2019étroite plate-forme.Le miracle qui s\u2019était réalisé était facile à concevoir.Ketty était arrivée peu à peu à avoir la moitié du corps en dehors, tandis que Julien la retenait.En bas, Christie, les bras tendus, s\u2019apprêtait à la recevoir.Mais le poids, devennu soudain trop pesant, avait échappé an jeune homme et l\u2019infortunée était partie en arrière, poussant un cri d\u2019angoisse auquel deux autres cris simultanés avaient fait écho.Le soldat s\u2019était arc-bouté en arrière, avait pu saisir l\u2019infortunée par scs vêtements.Et grâce à sa force herculéenne, il était parvenu à reprendre l\u2019équilibre, tandis que le hoyau, échappant à la jeune femme, frappait contre le recher et, revenant par ricochet sur Christie, lui balafrait la nuque et s\u2019abîmait avec un bruit métallique au fond de la cravasse.Les deux époux aperçurent au-dessus d\u2019eux le visage affreusement décoloré du jeune homme.Ketty appela un sourire sur ses lèvres encore pâles pour le rassurer, tandis que Christie prononçait : \u2014Le ciel nous protège visiblement.Il semble vouloir nous montrer que nous nous en tirerons malgré tous les obstacles de la nature, comme malgré les Bolton et autres.Confiance donc ! Il montra à Ketty, sur l\u2019autre bord de la crevasse, les ravinements, les déchirures du basalte.\u2014Encore un peu de ce courage que tu as montré si souvent, chère Ketty.Il s\u2019agit de mettre le pied sur l\u2019autre côté.\u2014 Je vais tâcher, répliqua simplement la jeune femme.Soutenue, guidée par la main du guerrier, elle envisagea le précipice avec un frémisement plus fort que sa volonté, et d\u2019un large pas, d\u2019un bond plutôt, franchit, le vide.Elle était de l'autre côté.Christie de Clinthill respira.Le plus redoutable était fait.Julien immobile,-anxieux, avait suivi cette nouvelle phase.Il vit la jeune femme escalader les escarpements de l\u2019autre bord.Et il ne respira que lors _ ._ srçut sur le sommet.Une dilatation puissante soulevant en même temps la poitrine du soldat : jusqu\u2019à cette minute, il avait douté.Maintenant, il sentait sa force accrue du double.3 CHOCOLAT ?Par StsaUEWs* et gearte.\u2014 quatre «sautes, \u2014 troçccttra, Cfeocoiat Sapé, Caca© solufile.\u2014 1 tyumt, Sapitttfcu.B*r« f^SikklMR 9U M9NBK IT LB MOINS OHI& 4 0408 358 LE SAMEDI Il restait, il est vrai, Julien d\u2019Avenel, et celui-ci n\u2019avait plus rien pour le soutenir.Mais, revivifié par le succès, il semblait au géant
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