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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 21 novembre 1891
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1891-11, Collections de BAnQ.

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[" Le Numéro 5 Cts.S&ç&wm&dl VOL.III.-NO 24 MONTREAL.21 NOVEMBRE 1891 Par Annee $2.50 Le Numéro 5 Cts.ZEHSTTIRIE FIANCES - \u2022 y.r 41' j il À*Tr f!.w /: :*'\u2022 O WW# >Jt£Æ ¦¦ 4: - f 4$.6 T*ri' y m *«£-.V 8 BHemNsI M à\t< WW?;-.i-rïÿ œü: \u2022 **À rS&àêi ggiâs â - - ' ,*i ' îr-y.-àeiu.TROIS MOIS O AIiSKNC I- Al\u2019H K S niA \u2018Sï-mw r ¦« ¦.WW* \u2022JW7 \\ ¦faSSàc-i'-'-1-' j I -, AV- ' i ¦ t A jS ?S i\" ,.£Sf.,* 4»wi*s ® nstm/i/ur f'anulii'rinlml i/niis la nu torsi]il'il i st haliil/r rommi un mai/uii/non.IV wmm Délirre-.-nous du jie r à liras nui se croit obligé île montrer ntl forer n toot propos.Jtétirre-.-uous tltt rieil ami tir ta famille if oubliant jamais de dim i/o il a ronnii rotre Ip (liltI-pi re, lorsipfil mendiait di paroisse en pa roisse.EN EACTION ne, deusse ! une, deusse ! chantonne le petit pioupiou en arpentant de large le court espace de terrain par le réglement; une, deusse ! une, deusse !\u2014et les talons do ses godillots laissent à chaque pas leur empreinte dans la neige épaisse comme un tapis d\u2019ouate.Perdu dans une capote trop large, ayant peine à soutenir son fusil dont l\u2019acier lui glace les doigts à travers ses gants de coton, Louisic Guinvarch\u2019, fusilier à la quatrième du second, songe tristement aux deux mortelles heures qu\u2019il lui faut demeurer là, en faction, par cttte terrible nuit de décembre, sous la neige tombant à llocons serré-s, avant de réintégrer le corps de garde à l\u2019atmosphère surchauffée.Vingt minutes au plus se sont écoulées depuis l\u2019instant où le camarade qu\u2019il est venu relever lui a transmis la consigne, et déjà la bonne provision de chaleur emportée du poste s\u2019est évanouie, trop tôt absorbée par l\u2019atroce température.Sur cette place du Carrousel ouverte à tous les vents, la bise s'engouffre en un sifflement aigu, lui fouettant au visage les rafales d\u2019une neige durcie qui pique la peau commodes pointes d\u2019aiguille ; des pieds à la tète le froid l\u2019envahit.A plusieurs reprises, il s\u2019est arrêté devant un banc de pierre dissimulé entre deux énormes piliers, abri sûr et bien tentant, où l\u2019on se blotti raità l\u2019aise, protégé, sinon contre le froid intense, au moins contre le vent qui brise et la neige aveuglante ; mais, pris d\u2019appréhensions, le factionnaire a continué sa pénible promenade, C\u2019est que, si grande que soit la tentation, il a deux graves raisons, le fusilier Guinvarch\u2019, pour n\u2019y pas succomber.D\u2019abord les sages recommada-tions du major qui lui trottent par la tête ; ensuite, et surtout, le souvenir d\u2019une émotion violente ressentie à cette même place, un mois auparavant.Cette nuit là, bien qu\u2019elle fût moins dure que celle-ci, l\u2019imprudent n\u2019avait pas résisté à ce banc tentateur, et c\u2019est par un hasard béni qu\u2019il s\u2019était réveillé d\u2019un sommeil de plomb juste à temps pour apercevoir la silhouette élégante du lieutenant des Evettes se profilant en haut de la place.Bon pour les hommes, le lieutenant des Evettes, mais à cheval sur le service ; et, avec cela, d\u2019une activité désespérante ; jamais lassé, tou jours présent au quartier, à l\u2019exercice, ici, là, et le soir \u2014 histoire de se dégourdir les jambes\u2014 courant le monde les soirées, profitant de ses rentrées tardives au milieu de la nuit, pour tomber à des heures impossibles sur les hommes de garde.C\u2019est précisément au cours d\u2019une do ses inspections nocturnes qu\u2019il avait failli pincer le fusiller Guinvarch\u2019 dormant en faction.Rien qu\u2019à la pensée de la punition si miraculeusement esquivee, le malheureux tremblait encore.\u201c.)\u2019y ai coupé une fois, mais faut pas jouer avec la veine,\u201d murmure-t-il toujours hésitant, quand le va-et-vient de sa monotone faction b?ramène devant le banc aux dangereuses séductions.A la vérité ce serait folie de s\u2019aventurer dans les rues par un temps pareil ! La place du Carrousel n\u2019est pas tenable, d\u2019ailleurs ; bêtes et gens succombent sous l\u2019ouragan.Le cheval étique d\u2019un maraudeur, insensiblo aux coups de fouet comme sourd rux jurons de son maître, est resté en détresse près du guichet de l\u2019Echelle ; plus loin un 9 AMIS LI Ilitirm ¦.-linns t/> l'ami ipii s, eroit alilipi il, mont ri r à tout le mon le I, plan i/o la maison il, earn pop m i/n'il a dêriile île se Inilir.IV Ih lirre.lions surtout île l,amonreiu\u2018 ipii ne parle tpn de sa future.ivrogne attardé, après de louables mais inutiles eflorts pour gagner les quais, a pris le sage parti de s\u2019écrouler sur un tas de pierres et d\u2019y attendre le retour de l\u2019accalmie, ljuel mortel audacieux oserait entamer la lutte avec les éléments dédiai nés ?La neige, cependant, redouble d\u2019intensité, et la bise souffle toujours plus aigue.Une, deusse ! une, deusse/ répète l\u2019infortuné Louisic, essayant d\u2019entraîner dans le rythme de sa voix grelottante ses jambes qui se raidissent.Et ses yeux, rougis de froid, se portent sans cesse vers l\u2019horloge du Pavillon de Flore, dont les aiguilles lui semblent demeurer immobiles sur le cad ran.Trois heures sonnent ! Encore une grande heure de faction ! Une heure, c\u2019est-à-dire un siècle à souffrir.Car c\u2019est une réelle souffrance qui, maintenant, s\u2019empare du malheureux sol dut, souffrance si forte qu'elle le ferait pleurer.L\u2019estomac tordu, le dos comme brisé, les nerfs morts, le courage l\u2019abandonne pour marcher ; dam son cerveau annihilé, de véritables désespoirs s\u2019éveillent, persistants, cruels.Non, jamais elle ne viendra la fin de cette douloureuse fac tion.et désormais il demeurera là, toujours, indéfiniment perdu au milieu de la glaciale tour mente qui l\u2019enveloppe et lui lige le sang dans les veines !.Phénomène bizarre ! Louisic a tout à coup une sensation qu\u2019il ne peut définir : ses jambes fléchissent, impuissantes à le soutenir, et, chose étrange, Il en éprouve un apaisement subit.Uni-sorte d'engourdissement l\u2019alanguit ; puis comme bercé, sa pensée le transporte au pays, tout là bas, dans sa chère Bretagne.Il revoit ce petit coin de landes qu\u2019il a dû quitter brusquement, la ferme, avec ceux qu\u2019il regrette, et tout le passé 10 LE SAMEDI des jours heureux prend corps et défile devant lui.Comme il fiiisa.it bon dormir dans le grand lit aux panneaux fermés, étouffant à demi sous la couette de plume ! Qu\u2019elles étaient courtes, les heures passées à la veillée, attentif aux légendes contées parl\u2019aieule, près de la cheminée llamhunt d\u2019un feu de genêts desséchés ! Le souvenir de ces douces choses ravive ses regrets ; sa douleur augmente, des larmes lui montent aux yeux, et sa désespérance grandissant, Louisic Guinvarch\u2019 s\u2019écrie, vaincu : \u201cSainte Anne! plutôt mourir que soullrir ainsi.__Sois satisfait, mon /t,\u201d répond une voix.Une pauvresse en haillons est lu, près de lui, immobile, courbée sur son baton.\u201c Arrière la femme,\u201d dit il, quelque peu surpris de cette apparition, lit comme elle ne fait pas mine de s\u2019éloigner, il avance d un pas, 1 arme en avant.\u201c Catme-toi, mon /?.\u2014Au large, te dis-je, et plus vite que ça.\u2014C\u2019est mal de me chasser, Louisic Guinvarch\u2019\u201d, réplique la vieille sans bouger.Son nom ?Comment cette pauvresse sait-elle son nom ?\u201cTu me connais donc?\u201d Avec un petit rire strident comme un bruit de crécelle : \u201c Pardi ne, répond-elle.tu es Louisic, Louisic Guinvarch\u2019.Tu m\u2019appelles, je viens.\u2014Je n\u2019ai appelé personne.\u2014Ouais.Ne viens-tu pas de dire que tu voulais mourir ?Ten souhait tombe à merveille, mon Ji, continue la vieille, justement c\u2019est ton tour.Lorsque cette horloge, dont tu suis la marche avec tant d\u2019impatience, sonnera trois heures, tu mourras.Tes plaintes étaient si pressantes que, par charité, j\u2019ai tenu à te prévenir.Prends courage, Louisic, tu n\u2019as plus longtemps à souffrir.\u201d En prononçant ces derniers mots, elle se redresse légèrement, et Louisic Guinvarch se sent défaillir en apercevant une hideuse tête de mort grimaçant sous la capuche sombre de la pauvresse.Quand il reprend ses sons, la vieille n\u2019est plus là, mais il perçoit distinctement sa voix cassée qui domine la tempête pour lui crier encore : \u201c Courage, Louisic, tu n\u2019as plus longtemps à souffrir.\u201d * * * La bise souffle toujours plus glaciale, la neige tombe encore en flocons serrés, mais qu\u2019importe la neige à Louisic Guinvarch\u2019, fusilier à la quatrième du second ! DANS LE MONDE DES MERVEILLES vl.il\t' 111 .fflllfl Serpent île police.Allons, debout ; ou je vous mène au poste.Lt /ii'rt Louimn.-Tendes, un peu que j\u2019phrenne des notes.Shui» allé au musée.J'bai vu un moineau blanc, hun sherin rouge, un chat couleur de flanelle, throis sherpents écarlates, dix-huit ruts jhaunes et un petit cheval vhert.À la sensation pénible du froid qui, tout à l\u2019heure, lui arrachait des larmes, a succédé une souflrance bien autrement cruelle : l\u2019horrible appréhension de sa fin prochaine ; sans cesse, à ses oreilles, tinte la lugubre prophétie de la pauvresse: \u201cCourage, Louisic, tu n\u2019as plus longtemps à souffrir.\u201d Mourir, il va mourir 1 Et cela sans répit, dans quelques instants ; car il ne doute pas de l\u2019avertissement de la messagère maudite : lorsque l\u2019horloge marquera trois heures, ce sera fini de lui ! Et comme si elle se fût rapprochée pour qu'il la pût mieux voir, l\u2019horloge lui apparaît tout près avec ses aiguilles dont il voudrait ralentir la marche, et qui semble se hâter maintenant dans une course folle.11 a beau fermer les yeux pour échapper à cette obsession, dans l\u2019obscurité de ses paupières closes, les aiguilles s\u2019agitent gigantesques, comme deux bras prêts à le saisir quand sonnera 1 heure fatale.Mourir, il va mourir ! C\u2019est lui qui l\u2019a voulu.Ah! misère! N\u2019a-t-il pas imploré la mort comme une grâce, par pitié.et pourquoi?Pour s\u2019affranchir d\u2019un mal passager, d\u2019un mal sans gravité, dont rirait un enfant, un mal dont il n\u2019a même plus souvenir, car il ne souffre plus, en vérité ! Mais qu\u2019elle revienne donc, cette première souffrance, qu\u2019elle revienne cent fois plus forte ; et il l\u2019endurera sans une plainte et surtout sans un souhait imprudent ! C\u2019est horrible et bête tout à la fois, ce qui lui arrive ; un souhait qui se réalise avec une telle promptitude, un vœu exaucé aussi rapidement ! N\u2019a-t-il pas désiré à maintes reprises être riche, revoir son pays, mille choses enfin, sans que la fortune lui ait fait meilleure mine, sans qu\u2019il ait pour cela retrouvé jamais ses landes et ses menhirs?Et parce que, dans un moment d\u2019impatience folle, de découragement exagéré, il a démandé __et sans grande insistance\u2014à mourir, la mort répond à sa appel ! Oh ! comme il les regrette, ses imprudentes paroles, l\u2019infortuné Louisic, et pour les racheter, les reprendre, que d\u2019heures, d\u2019heures encore, il passerait sous la neige, par les nuits les plus froides, par la bise la plus glaciale ! .Mourir, il va mourir! L\u2019heure est venue; comme elles ont marché vite, les maudites aiguilles.Encore quelques minutes, des secondes, maintenant, et l\u2019atroce vieille sera là, fidèle à sa parole.C\u2019en est fait, l\u2019heure va sonner ! Douter encore, impossible.Espérer.Trop tard ! Un pas a résonné sur la neige, une main s\u2019abat sur l\u2019épaule de Louisic qui, mort à demi, implore : \u201c Sainte Anne pitié.\u201d \u201c On dort en faction, maintenant, huit jours de bloc, mon garçon, en attendant le cadeau du colonel ; allons, fixe ! \u201d Tout ahuri, le factionnaire se dresse dans l\u2019encoignure où il s\u2019est endormi, et présente machinalement les armes au lieutenant des Evettes, qui s\u2019éloigne en fredonnant un motif de valse.Frottant de ses mains gourdes ses yeux ensommeillés, Louisic Guinvarch\u2019, fusilier à la quatrième du second, éprouve ÜN DINER INTELLIGENT 1 m M.Cuirasoulier.\u2014Garçon, je veux manger.Garçon.\u2014Que monsieur désire?Table d\u2019hôte ou a la carte ! M.Cuira&oulier.- Donnez-moi un peu «les deux, avec beaucoup de sauce.bien douce qui lui réchauffe le une sensation bien douce qu cœur.\u201c Imbécile, dit-il, je rêvais.\u201d Et la joie de se retrouver vivant lui faisant oublier la punition encourue, il ajouta avec un ouf de soulagement : \u201c Cette fois, j\u2019y coupe pas, mais j\u2019préfère encore ca !\u201d Aiiel Mkkklein.ne P'U d'au,' A (s H A rrt£ THÉÂTRE-ROYAL Ceux qui avaient quelques doutes sur la valeur de \u201c Pat Rooney \u201d ont dû être convaincus de leur erreur, lors-qu\u2019en entrant dans la salle du théâtre, ils ont vu la foule immense qui l\u2019encombrait.\u201cLord Rooney\u201d est connu du public, mais le fait d\u2019être connu ne diminue en rien l\u2019intérêt qu\u2019il inspire ; au contraire.Depuis sa dernière visite on a ajouté quelques nouveautés à la pièce, qui la rendent d\u2019autant plus agréable.Il y a plusieurs chansons et dances, mais toutes magnifiques et qu\u2019on aime à entendre.Quant à Pat Rooney, comme toujours, il est inimitable et reçu au milieu d\u2019applaudissements bien mérités.Par lui-même, il est capable d\u2019amuser son auditoire, mais lorsque la troupe qui l\u2019accompagne est forte, c\u2019est encore mieux.M.Stanley Macey, dans Lionel Bedford, est presque l\u2019égal de Pat Rooney.Les deux tiennent l\u2019auditoire dans une hilarité constante, et c\u2019est à regret qu\u2019on voit tomber le rideau après chaque acte.Le beau sexe est bien représenté.Les dames sont jolies, assez nombreuses et surtout bonnes actrices.En somme, c\u2019est un vrai plaisir que d\u2019aller passer une couple d\u2019heures au Royal cette semaine.La troupe de Gray et Stephens donnera des représentations toute la semaine prochaine.Comme ils sont bien connus, les commentaires sont inutiles, et nous somme: certains qu\u2019il y aura foule chaque fois. LE SAMEDI 11 UN BONHEUR INATTENDU Un des premiers rayons de soleil, au printemps qui vient de nous fuir, eut le triste avantage d\u2019é-clairer une scène particulièrement regiettable d\u2019abord, mais destinée à promptement changer de caractère.C tte scène avait lieu dans le jardin d\u2019une petite maison bourgeoise de Ville-d\u2019Avray.M.Dubercail, sexagénaire, et madame Duber-cail, sur qui ne pesait pas trop lourdement la cinquantaine, pleuraient à chaudes larmes, sans que Jeannine, leur fille unique, venue assez tard, puisqu\u2019elle avait à peine dix huit ans, réussit avec ses discours, avec ses caresses visiblement inspirées par le plus tendre amour, à les distraire, encore moins à les consoler.De quoi s\u2019agissait-il donc ?Tome VIH.\u201425 Octobre 1891.M.Dubercail, ancien modeste épicier-grènctier de la chaussée Clignancourt, à Montmartre, avait eu l\u2019imprudence, après avoir vendu son fonds, de ne pas se contenter du nécessaire largement assuré, de ne pas résister au désir de doubler, peut-êre, en quelques mois, un chiffre de rentes laborieusement acquis, pendant vingt-huit ans, à la sueur de son front.Le but était de marier Jeannine dans de superbes conditions.Sachant que n\u2019était pas près de tomber en désuétude la coutume d\u2019acheter un mari, de le payer même fort cher, sans être certain que l\u2019onéreuse emplette sera bonne.M.Dubercail prétendait ne reculer devant ancun sacrifice pécuniaire, afin d\u2019avoir un gendre aussi réussi dans son genre que l\u2019adorable enfant l\u2019était dans le sien.Et voilà qu\u2019un spéculateur sans vergogne, prenant la fuite avec l\u2019argent qui lui avait été confié, non seulement privait nos braves petits rentiers d\u2019une jolie aisance, mais réduisait presque à néant le rigoureux indispensable.\u2014Hélas! qu\u2019allons-nous devenir , et notre fille, maintenant, qui voudra l\u2019épouser ?Telle était l\u2019incessante et cruelle anxiété dont vingt-quatre heures par jour les pauvres gens étaient accablés.Une mesure salutaire, inévitable, exigeait que la maison de Ville-d\u2019Avray, dans laquelle on s\u2019était joyeusement installé en quittant le commerce, fût vendue.Oh ! cette paisible demeure ! souhaitée avec tant d\u2019ardeur, enfin bâtie à leur gré, où devait tranquillement finir une existence exemplaire, un notaire avait été chargé de lui trouver un acquéreur.Que de gémissements ! que d\u2019hésitations, avant de prononcer l\u2019arrêt fatal ! Maintenant il n\u2019y avait plus à se dédire.Des affiches tapissaient les murs, et, aujourd\u2019hui, dimanche, les visites ne manqueraient pas de commencer.LEÇON DE PHYSIQUE LES LOIS DE L\u2019EXPANSION Singulier effet produit sur le chapeau île monsieur Groisenlui, en apprenant de Tire Lacarotle qu'il passe pour le plus grand orateur de Montréal.mm Quelle épreuve ! Aussi M.et madame Dubercail frissonnaient-ils d\u2019avance, prêts, peut-être, à crier aux Parisiens ou autres qui oseraient se présenter : \u2014On n\u2019entre pas ! Allez-vous-en ! Nous gardons notre immeuble ! C\u2019eût été de la démence.Voilà pourquoi le malheureux couple avait pris le parti de se réfugier dans une tonnelle, située à l\u2019extrême frontière du domaine microscopique.Sa végétation luxuriante devait en même temps cacher leurs personnes et les empêcher, au moins l\u2019espéraient-ils, de voir et d\u2019entendre les odieux étrangers capables de les déposséder.Jeannine seule pouvait donc être à la disposition du public.Son vœu sincère était que la vente no se fît point.Le chagrin de ses parents la désolait plus que tout le reste.N\u2019ayant pas de raisons individuelles pour s\u2019affecter beaucoup de la question d\u2019un mariage plus ou moins brillant, elle eût accepté volontiers les duretés du sort, à condition que cette philosophie entraînât autant de courage de la part de son père et de sa mère.Jeannine tenait certainement comme eux à la propriété de Ville-d\u2019Avray.En eût elle donné, l\u2019impression douloureuse ressentie au bruit de la sonnette annonçant une visite intéressée eût été là pour l\u2019édifier, sur ses propres dispositions morales.Quant à M.et madame Dubercail, un coup de poignard ne les aurait pas frappés au cœur avec plus de violence que ne le fit ce bruit ! hélas trop significatif.Ils n\u2019avaient guère de sang dans les veines, en entendant le pas précipité de Jeannine*, ils pâlirent davantage à ces mots: \u2014 Un monsieur désire voir.\u2014La maison ?\u2014M.et madume Dubercail, si ce sont bien eux qui étaient établis à Montmartre, chaussée Clignancourt?Telles sont ses paroles exactes.\u2014Tu as répondu affirmativement ?\u2014Oui, papa.et voici ce monsieur, avec qui je vous laisse.La jeune fille, que réclamait dans l\u2019intérieur du logis l\u2019éventualité de nouveaux visiteurs, s\u2019était re- tirée, après avoir désigné le salon de verdure où ses parents demeuraient immobiles.Un homme d\u2019une trentaine d\u2019années approcha sans embarras, comme sans forfanterie, et recommandé par une tenue irréprochable.Arrivé devant les maîtres do céans d\u2019accord pour le regarder avec autant d\u2019effroi que do curiosité, il s'arrêta, les examina d\u2019un air île plus en plus satisfait, puis, d\u2019une voix où se trahissait autre chose que la banale politesse d\u2019un acquéreur possible de l\u2019immeuble, dont cependant l'excellent aspect et la valeur incontestable ne semblaient point lui échapper : \u2014Monsieur, madame, prononça-t-il, je vous reconnais parfaitement .et vous, avez-vous souvenance do m\u2019avoir déjà vu 1 \u2014Non.\u2014Alors, permettez-moi de prendre un siège et île raconter une histoire.Mais avant tout, voici un portefeuille, qui, je vous en avertis, passera bientôt dans vos mains.11 contient cent mille francs.\u2014Oh ! s\u2019écrièrent les malheureux, partagés entre l\u2019appât d'un bon prix et le tourment de voir leur chère maison de la sorte à peu près vendue.\u2014A présent, veuillez m\u2019écouter.J userai bref.Il y a seize ans, payés pour vous méfier des gamins trop longtemps stationnaires devant l\u2019étalage extérieur do vos denrées alimentaires, la plupart faites pour exciter la gourmandise, vous prîtes un de ces gamins en flagrant délit.Il volait des pruneaux, une de ses poches était pleine et il en avait encore dans le bec.Ce n\u2019était point un garnement fini ; rien chez lui ne donnait à craindre un futur gibier de police correctionnelle, encore moins do cour d\u2019assises.Vous le devinâtes à sa mine confuse, lorsque vos réprimandes firent couler ses larmes, lorsque, surtout, il se mit à trembler devant les menaces de madame, accourue au son de votre voix, et qui ne parlait rien moins que de l\u2019envoyer en prison.\u201c Jamais ! \u201d dites-vous, avec des accents que je n\u2019oublierai point et qui m'émeuvent encore.\u2014Comment ! c\u2019était vous 1 \u2014C'était moi.L\u2019ancien épicier rougit de contentement rétrospectif, tandis que sa compagne blanchissait presque, sous l\u2019empire de réflexions bien différentes.Sans avoir l\u2019air de s\u2019en apercevoir, le narrateur continua : \u2014Dans le moment, je ne songeai qu\u2019à profiter de votre indulgence.Ai-je seulement dit : merci ?Je n\u2019en jurerais point.Un gardnien de la paix, attiré par le groupe de curieux qui s\u2019était formé autour de votre boutique, avançait rapidement, et le coup d\u2019œil lance sur moi, quand je me croisai avec lui, me fournit des ailes ! Je n\u2019avais plus peur do vous, monsieur; mais la moindre déclaration de madame pouvait ané- AVANT TOUT SOYEZ DIGNE UNE TACHE DIFFICILE & Valet de /tied,\u2014Dite» moi ce qu\u2019il y h, monsieur; je ne puis réussir h vous lisser, ce mutin.Monsieur Mal pria.\u2014Inutile d\u2019essayer, «l\u2019ai donné mon gilet à ma femme pour faire poser un bouton sans songer que j\u2019avuis laissé dans le gousset l'addition d\u2019hier soir chez Victor.(A Ventrée du théâtre.) Tramp yrand fjenre.-Deux sièges, s\u2019il vous plait: l\u2019un pour moi et l\u2019autre pour mon trésorier.\\'§V\\\\yVN list* D m. LE SAMEDI 12 NOS CI IKK IS Itcmhi si loin que coin ilnus tou iustruo i'oto,- (\"est so priver d'une chose, qu'on aime.I.i /Hifta.Donne-moi un exemple.Tutu.- l\u2019ur exomplo, quand je me prive de battre petite sieur.untir vos intentions généreuses; donc, je n\u2019en inentiis pas large, comme on die, et ne commençai à respirer que rendu nu domicile paternel.Respirer?Ali! bien oui ! Deux garçons de mon fige, habitant le même quartier, coupables de larcins aussi peu importants, furent enfermés à la Hoquette, et mon père ne manqua pas de me faire là dessus une leçon.Dieu sait tout ce qu\u2019il y avait à dite ; aussi quelle frayeur s\u2019empara de moi ! Si la dame a parlé, songeais-je, en frissonnant, si le gardien de la paix a la mémoire des figures, j\u2019aurai beau faire, il me reconnaîtra et j\u2019irai en prison.Dès lors, plus de repo«, plus d\u2019appétit, plus de .sommeil.-le dépérissais d\u2019une manière inquiétante.Aux questions de ma famille, je répondis, après avoir longtemps réfléchi : \u2014 Je voudrais m\u2019embarquer, a 1er voir de grands pays, l\u2019Amérique, par exemple, et revenir cousu d\u2019or, afin d\u2019assurer le bien-être de votre vieillesse.J\u2019étais sincère en tenant ce langage; mais la moitié de mon envie était la conséquence de l\u2019a-vtnture que vous savez.Je partis avec la recoin inundation d\u2019un négociant du voisinage pour son correspondant à New Yoik, Supprimons les détails.Une quantité de circonstances rares me servirent.Je suis de retour depuis trois semaines, possesseur d\u2019une fortune considérable.Aussitôt en règle avec mes devoirs filiaux, j\u2019ai vite pensé à vous revoir, ne vous souhaitant certes pas malheur, mais fortement désireux d\u2019une occasion tie prouver mon immense grati tude.Votre successeur à Montmartre m\u2019a tout appris : vous avez, perdu soixante quinze mille francs.En voilà cent! Et, comme le prétend, avec raison, Eranklin, dans son petit livre intitule : la Science du bonhomme Richard, c\u2019est moi ipn suis encore et serai toujours votre obligé.Si M.Dubercail avait laissé la parole aussi longtemps à ce visiteur extraordinaire, c\u2019est que la stupéfaction le rendait muet.Madame Dubercail, non moins bouleversée, eut, néanmoins, la présence d\u2019esprit de s\u2019écrier tout de suite : \u2014Quoique mes souvonirs, à cet égard, soient v agues, je jute, monsieur, que j\u2019ai eu, assez sou vent, pitié des muiaudeurs friands de nos étalages, pour avoir le droit de me dire aussi indulgente que mon mari.Jamais, de mon fait, un en faut, puis la main dans le sac, li a été conduit en prison.l\u2019as méchante pour un sou ' certifia l\u2019exépicier.\u2014Soit! Mais j\u2019ai eu terriblement peur.et, tout compte bien établi, ajouta, en souriant, le petit voleur de pruneaux, devenu aussi riche que beau garçon, je me demande, madame, si vos menaces n\u2019ont pas de meilleurs titres à mes remerciements, aujourd\u2019hui, que le procédé, pourtant fort louable, de M.Dubercail.\u2014Affaire d\u2019appréciation ! Les propriétaires de Ville-d\u2019Avrny subissaient, malgré eux, la joyeuse influence d\u2019une dire splendide ; cependant, ils ne tardèrent, pas à réfléchir qu\u2019accepter était impossible.\u2014 Eh ! pourquoi ?\u2014 Parce que.\u2014 Relie raison ! Monsieur et madame, je vous conseille d\u2019en trouver une autre.Cherchez ! Et, pour aller plus vite, cherchons ensemble.Animés tous les trois d'un bon vouloir sans pareil, ils en étaient encore à se torturer l\u2019esprit, lorsque reparut Jeannine qu\u2019une visite aussi longue étonnait beaucoup ?Avons nous dit que la jeune fille réunissait toutes les grâces, personnifiait toutes les chances de plaire énormément à première vue.lin pegard de Jean Plessis, tel était le nom du héios de notre histoire, fit immédiatement espérer, au problème, unesoluti n facile et prochaine.En eflet, M.et madame Dubercail, à qui Jean Plessis, incarnation d\u2019un sentiment rare: la reconnaissance ! demanda bientôt la main de Jeannine, pouvaient-ils refuser les bienfaits d\u2019un homme qui, en échange, recevrait un trésor?Avouons que cet événement constituait, au premier chef, un bonheur inattendu.Alfred Séguin.L\u2019USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE Ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que la langue française est répandue et jouit partout d\u2019une faveur qu\u2019on pourrait appeler officielle.Il y a dix siècles, on s\u2019en servait déjà en Angleterre et en Ecosse comme d\u2019une langue de choix, dans ce que nous appelons de nos jours l\u2019aristocratie.A ce point de vue, Henry Estienne nous apprend que les Eco-sais qui venaient à Paris, étaient absolument étonnés d\u2019y voir les mendiants demander l\u2019aumône en français.C\u2019est Alfred le Grand qui introduisit en Angleterre l\u2019usage de l\u2019écriture française et, pendant longtemps, ceux qui sollicitaient dans ce pays des fonctions publiques étaient écartés s'ils ne savaient pas le français.Même après l\u2019avènement de Henry V, qui permit île plaider en anglais devant les tribunaux civils, l\u2019usage se conserva, nous dit A.Thierry, dans son Histoire de la conquête de l'Angleterre,, \u201c de prononcer les arrêts en langue française.\u201d \u201c En général, ajoute le même auteur, c\u2019était l\u2019habitude et la manie des gens de bien de tous les ordres, même lorsqu\u2019ils parlaient anglais, d\u2019employer à tout propos des paroles et des phrases françaises, comme : Ah ! Sire, je vous jure ; Ah ! de par Dieu ! etc.Tous ceux qui voulaient se donner des airs de gens comme il Echantillon n humanité l'rtmitr i/amin.- -Kegurtlo donc co monsieur «4ni n\u2019a pas de monture dans lu dos! ('uniment fait-il pour se tenir debout ?titcoud tjamin.- -Tu ne vois pas: il a un devant de chemise eu 1er blanc : 9a le tient HOUQTJET PROTECTEUR.Tony.\u2014T\u2019es-tu fait mal ï II7///V.\u2014 Non ; heureusement ijiie je suis tombé sur mon chrysantênie.mm faut, mêlaient sans cesse des mots français à leur langue nationale ; à peu près comme aujourd\u2019hui il est do mode chez certains Français d\u2019abuser des mots anglais dans leur conversation.\" Le premier acte de la Chambre des communes, écrit entièrement en anglais, date de 1425 ; et, à compter de 1450 ; \u201con n\u2019en trouve plus aucun en français dans la collection imprimée des actes publics.\u201d Ce n\u2019est guère que vers le milieu du Will siècle que l\u2019emploi de la langue française fut entièrement proscrit, comme le latin, dans les actes publics ou de procédure.Un écrivain allemand moderne, Lichhorn, à écrit dans son Histoire, générale de, la civilisation et de la littérature, : \u201c La France du moyen fige servit la première d\u2019exemple aux peuples model nés.De la Méditerranée à la Baltique, on imita sa chevalerie et ses tournois ; sur une, moitié du globe on parla sa langue, non seulement dans l\u2019Europe chrétienne, mais à Constantinople même, dans la Morée, en Syrie, en Palestine et dans l\u2019île de Chypre.Ses ménestrels, courant d\u2019un pays à l\u2019autre, y portèrent leurs romans, leurs fabliaux, leurs contes ; ils les chantèrent dans les cours, dans les cloîtres, dans les villes et les hameaux.Partout leurs poésies furent traduites et servirent de modèles.L\u2019Italie et l\u2019Espagne imitèrent les poètes français du sud ; l\u2019Allemagne et les peuples du nord imitèrent ceux des provinces septentrionales ; enfin l\u2019Angleterre même, pendant plusieurs siècles, l\u2019Italie, pendant quelque temps, rimèrent dans l\u2019idiome du nord de la France.\u201d Voilà pour le passé.Nous pourrions ajouter que dans ce même passé les auteurs étrangers qui ont écrit leurs ouvrages en français sont nombreux.Beaucoup d\u2019entre eux sont allés jusqu\u2019à dire que s\u2019ils s\u2019étaient servis de la langue française de préférence à leur langue nationale, c\u2019était parce que la première était plus répandue, plus facile à lire et plus agréable à entendre que les autres.Le voyageur Marco Polo, entre autres, a écrit son voyage en français (xme siècle).Mais l'exemple le plus singulier est celui de Frédéric 11 de Prusse, qui n\u2019écrivait qu\u2019en français et, en fondant l\u2019Académie de Berlin, ordonna qu\u2019on n\u2019y parlerait que français?La langue française est restée dans beaucoup de pays la langue diplomatique.On a cherché dans ces derniers temps à lui substituer la langue allemande.On n\u2019y a pas réussi.Eu tout cas, elle est celle que partout et toujours ou se flatte le plus de posséder.F.Gallus. LE SAMEDI 13 FEUILLETON DU SAMEDI LA VIE DU PÈRE TIRELIRE Avec les Aventures d\u2019un Crocodile 1 L\u2019HÉRITAGE PATERNEL.\u2014LES HARIDELLES DU BRIQUETIER.\u2014 RÊVES D'AMBITION Son nom était Champsecret ; mais il avait l\u2019habitude de dire en manière d\u2019exclamation : \u201c Eh tirelière ! \u201d si bien qu'on le surnomma le père Tirelire.Le père Tirelire, à l\u2019époque de cette véridique histoire, pouvait avoir quarante-cinq ans.C\u2019était un tout petit homme aux épaules voûtées.Sa figure était singulière : deux yeux d\u2019un bleu clair, un regard vague, lui donnaient un air de béatitude ; des favoris taillés en forme de serpette des cheveux aussi inextricables qu\u2019un buisson de broussailles, complétaient cette physionomie rustique.Son père, honnête et laborieux briquetier, lui avait donné son état.Le jeune Champsecret fit donc des briques, et hérita de la briqueterie.La briqueterie se composait d\u2019une masure, d\u2019un couvert qui servait à mettre la marchandise et le bois de chauffage à l\u2019abri, d\u2019un four à briques et d\u2019un champ à extraire la glaise.La famille du briquetier se réduisait à sa femme et à un cheval.Ce dernier était le plus à plaindre des trois.Pauvre diable, l\u2019épine dorsale à nu, l\u2019œil creusé par la souffrance ou la maladie, il tournait la meule: la meule broyait les briques de rebut dont on faisait le ciment.Je me souviens encore de la triste impression que m\u2019ont laissée les haridelles du briquetier : le cou tiré, les jambes roides, elles attendaient qu\u2019un heureux destin les délivrât du tourniquet.Que voulez-vous ! le père Tirelire n\u2019était pas riche, il spéculait.Quand le propriétaire ne voulait plus de son cheval, et qu\u2019il le menait chez l\u2019équarrisseur, le briquetier se trouvait à point sur le chemin du supplice.\u201c Votre cheval est bien malade, disait-il.\u2014Il est au plus bas, on va le saigner.\u2014A combien l\u2019estimez-vous ?\u2014Peuh ! à la valeur de sa peau ! \u201d On se frappait dans la main, et le marché était fait.Ah ! père Tirelire, que ne laissiez-vous mourir en paix le vieux coursier ?n\u2019avait-il pas fait son temps et gagné le coup qui devait lui donner le repos ?Tout cela n\u2019enrichissait pas le père Tirelire ; aussi le trouvait-on souvent triste et reveur, appuyé sur son fouet.Il se disait qu\u2019il y avait mieux à faire qu\u2019à fabriquer des briques ou à en broyer les rebuts sous la meule.Bref, il n\u2019avait pas le cœur à l\u2019ouvrage, une vague ambition le tourmentait et le poussait dans une route nouvelle, inconnue il est vrai, mais pleine d\u2019illusions.Il ne pensait plus alors aux dernières paroles du père Champsecret : Gardez-vous bien de vendre l\u2019héritage Que vous ont laissé vos parents : Un trésor est caché dedans Je ne sais pas l\u2019endroit, mais un peu de courage Vous le fera trouver ; vous en viendrez à bout.Un de ses voisins, cordonnier de son état, était l\u2019opposé de notre héros.Homme positif et malin, il riait sous cape des idées ambitieuses du briquetier, et se disait qu'un jour peut-être, il aurait à Ion compte la briqueterie et le champ contigu.Le cordonnier Giraud était un de ces types où Balzac eût trouvé tout un monde d observations.8a boutique était une forge de Cyclopes.Les enfants y battaient la semelle ou tiraient le ligneul, et lui, le Jupiter au sourcil terrrible, dominait dans son petit royaume, l\u2019œil au guet et le tire-pied à la main.Giraud s\u2019arrêta un beau matin à la porte du briquetier.Celui-ci en était avec ses chers rêves d\u2019avenir.\u201c Adiousiats, père Tirelive ! \u201d souhaita Giraud.( liuvjuur, à Dieu myez-vou*.J\u2019avais oublié de dire que ces deux personnages étaient Gascons.) \u201c Adiousiats ! \u201d répéta mécaniquement le briquetier.Sur ce, Giraud tira une vieille tabatière et offrit une prise.\u201c C\u2019est du pur macouba, dit il.\u2014Je n\u2019en prends jamais.\u2014C\u2019est égal, prenez-en tout de même.Le père Tirelire ne lit que sentir le pur macouba, ce qui ne l\u2019empêcha pas d\u2019éternuer à réveiller les échos d\u2019alentour.\u201c Que Dieu vous bénisse ! \u2014Ah ! oui, que Dieu me bénisse, tirelire ' \u201d exclama le briquetier.Et il soupira.\u201c Vous soupirez, je crois, \u201d dit Guraud ?Le briquetier poussa un ah ! de la plus grande éloquence.\u201c Vous n\u2019êtes pas heureux ?\u2014Le bois est cher, voisin Giraud.\u2014Père Tirelire, savez-vous ce qui vous tue ?\u2014Non ! \u2014Eh bien ! je m\u2019en vais vous le dire : c\u2019est vos chevaux ! \u2014Mais il me faut des chevaux ! \u2014Allons donc, mon cher, dans ce siècle de progrès un cheval vous est aussi inutile qu\u2019une cinquième roue à un carosse.Le briquetier ouvrit de grands yeux.\u201c Ecoutez, poursuivit Giraud, je vous cède un morçeau de terrain sur le ruisseau que vous voyez d\u2019ici- \u2014Bien.Après ?\u2014Vous y bâtissez un moulin.\u2014J\u2019y bâtis uu moulin.\u2014Y êtes-vous ?\u2014Pas encore.\u2014Dans ce moulin, il y a une meule.Cette meule mue par une certaine mécanique (pie l\u2019eau fera tourner.\u2014J\u2019y suis, tirelire ! la meule broie mes briques de rebut.Mais votre idée est merveilleuse, voisin Giraud ! je donne de l\u2019extension à mon commerce, je fais fortune.Il n\u2019y a qu\u2019une difficulté.\u2014D'tes, voyons.\u2014Le morceau de terrain.\u2014Tout peut s\u2019arranger, père Tirelire ! mais nous reporlerons de ça demain ; c\u2019est l\u2019heure d\u2019aller manger sa soupe, et je vous dirai que je ne l\u2019aime pas froide.\u2014C\u2019est comme moi.Bon appétit et à demain.\u201d La conversation en resta là.Le premier coup était porté.Giraud s\u2019était dit que pour bâtir le moulin il fallait des avances, que ces avances il les ferait, et que, le briquetier échouant dans son entreprise, lui, Giraud, pour rentrer dans ses fonds, jetterait ses dix doigts sur l\u2019héritage convoité.Tout le reste du jour, le briquetier pensa au moulin, et pendant la nuit, il vit en rêve une meule formidable broyant de la brique qui se métamorphosait en poudre d\u2019or.Des sacs s\u2019emplissaient de la poudre précieuse et s\u2019allongeait indéfiniment.Le tic-tac du mou lin formait plutôt un chant harmonieux qu\u2019un bruit monotone, et lui, le roi de cette Califournie nouvelle, battait la mesure, accompagnant le tic-tac d\u2019un sitllcmcnt cadencé Tout à coup le tic-tac cessa et fut remplacé par un râle de mourant.Le briquetier ne rêvait plus.il écouta: le râle venait d.i côté de l'écurie, quelqu'un agonisait.Bientôt le râle s\u2019éteignit, et deux coups secs frappèrent la cloison.D\u2019un bond, il s\u2019élança à l\u2019écurie ; il y trouva son cheval roide mort, les jambes détendues comme par ressort.\u201c Le ciel le veut, s\u2019écria-t-il, pauvre bête, tu es la dernière qui meurt sous le toit, du père Tirelire.\u201d Dès la pointe du jour, son premier soin fut d\u2019aller chez le voisin.\u201c Giraud, dit-il, quand me cédez-vous le morceau de terrain en question ?\u2014Mais quand vous voudrez.\u2014Voilà parler, tirelire ! mais j\u2019ai réfléchi une autre chose m\u2019emburasse, même, après le terrain.\u2014Et quelle est cet autre ! \u2014La principale : l\u2019argent! \u2014L\u2019argent, c\u2019est vrai, père Tirelire, je n'y avais pas songé en effet.\u2014Pas de moulin, soupira le briquetier.\u2014Peut-être, quand on est obligeant, il faut l\u2019être jusqu\u2019au bout.\u2014C\u2019est mon avis.\u2014Si je vous avançais une centaine île francs ?\u2014C\u2019est une fortune, avec cent francs, je bâtirais un château, \u2014Eli bien ! vous bâtirez un château.\u2014Après mon moulin, s\u2019il vous plaît.et ces cents francs ?\u2014Les voici.\u201d Giraud fit bâiller une bourse qui tenait par une courroie, à une boutonnière de son gilet.\u201c Une, deux, trois, quatre et cinq ! compta-t-il, en mettant cinq pièces de vingt francs dans la main du briquetier.Ce dernier ehanceia sur ses jambes comme un homme ivre ; il crut que le Pérou était tombé du ciel.\u201c Femme, commanda le cordonnier, appor-te-nous une bouteille de vin.Je veux boire au moulin du père Tirelire.\u2014A votre moulin ! \u201d Et les deux verres se choquèrent.\u201c Oui, à mon moulin ! balbutia le briquetier encore tout ému.\u2014Qu\u2019il tourne longtemps ' \u2014C\u2019est ça, qu\u2019il tourne longtemps ! \u2014Qu\u2019il fasse beaucoup de farine ! \u2014Il en fera, tirelire ! il en fera.\u2014Devenez riche enfin.\u2014J\u2019ai cet espoir, \u2014C\u2019est ce que je souhaite.\u201d Et Giraud renifla de la manière la plus sonore, la plus musicale, une prise de son macouba, ce qui était chez lui une marque de grand contentement.On se retira bons amis, le père Tirelire avec la certitude de faire fortune, et Giraud avec celle d\u2019augmenter son bien.Qui lira, verra.11 UN MOULIN GOMME IL N\u2019Y EN A l*AS Le briquetier tira le plan de sim moulin \u2018 je suis un peu maçon, se dit-il, je le bâtirai bien moi-même.\u201d 11 en prépara les matériaux et ne tarda pas à se mettre à l\u2019œuvre.Le i passants, en le voyant bâtir, disaient tout haut: \u201c Le père Tirelire a perdu tout à fait la tête.\u201d Peu à peu le moulin prit des formes ; les 14 LE SAMEDI quatre murs se dessinèrent bientôt, mêlés de pierres et de briques, ce qui ne manquait pas de pittoresque, La toiture fut le chef- d\u2019œuvre de l\u2019artiste ; il en avait confectionné les tuiles avec un soin tout particulier : cuites à point, elles réjouissaient l\u2019œil de leur couleur rouge superbe.Les murs et la toiture lui prirent cinq ou six mois île travail.L\u2019hiver arriva avec ses frimas et ses pluies; il le passa à travailler aux mécaniques.Aux premiers beaux jours le moulin devait tourner.Je n\u2019expliquerai pas au lecteur les travaux du père Tirelire.Je l\u2019ai entendu bien des fois me les détailler, sans être parvenu pour cela à les comprendre.Pendant tout l\u2019hiver il tailla, cloua arrondit et équarrit.Quand les premiers beaux jours vinrent à luire, le briquetier se frotta les mains ; la bouche souriante et l\u2019œil joyeux : \u201c A l\u2019œuvre! \u201d s\u2019écria-t-il.Il transporta sa meule et ses ais dans son cher moulin, pièce à pièce, avec la sollicitude d\u2019une mère qui serre les hochets de son enfant.Le printemps se passa en essais infructueux ; le ruisseau, souvent à sec dans les fortes chaleurs de l\u2019été, n\u2019était d\u2019ailleus que d\u2019une force minime.L\u2019argent manqua, le cordonnier ouvrit sa bourse et les essais continuèrent.Le père Tirelire no descendait pas d\u2019Archimède.Le moulin ne tourna jamais ; vous me diriez que c\u2019était son affaire.Le briquetier comprit, mais un peu tard, qu\u2019il avait été la dupe de l\u2019adroit Giraud ; qu\u2019il eut cent fois mieux fait de chauffer son four.Comment sortir de ce mauvais pas ?Il fit d\u2019amères réflexions et versa des larmes en pensant que l\u2019héritage de ses pères allait tomber dans des mains étrangères.La briqueterie paraissait partager la tristesse du maître.On n\u2019y voyait plus les briques s\u2019y étager par centaines ; le sifflet n\u2019y accélérait plus le pas du cheval.Désolation ! les araignées avaient filé d\u2019immondes toiles entre les poutres du couvert! Que faire ?Grave question.Le père Tirelire s\u2019abandonna à la tristesse ; on le rencontrait à travers champs, rêvant et parlant haut.Une ride profonde avait creusé son front ; son œil vague cherchait à s\u2019arrêter quelque part.Dans un de ces moments de noire rêverie, chose étrange, son front s\u2019illumina.\u201c J\u2019ai trouvé ! \u201d s\u2019écria-t-il.Il peigna ses cheveux qu\u2019il n\u2019avait touché depuis plusieurs jours, lava ses sabots et mit sa veste des grandes fêtes.Puis il s\u2019en fut par la ville sifflant gaiement comme au temps de meilleurs jours.Que diable allait-il se passer ?111 OU l.\u2019ON VOIT APPARAITRE LE CROCODILE.\u2014 l\u2019HARIT DE MARQUIS.\u2014 DÉNOUEMENT TRAGIQUE Le briquetier s\u2019arrêta devant une maison de magnifique apparence et frappa à la porte.Le propriétaire vint ouvrir lui-même et poussa un cri de surprise à la vue du père Tirelire.\u201c Le père Tirelire chez moi, et par quel hasard ?demanda-t-il.\u2014Oh ! ce n\u2019est pas le hasard, ré^ ' le briquetier.\u2014Voilà
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