Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur – Titulaire des droits impossible à localiser ou à identifier

Consulter cette déclaration

Titre :
La barre du jour
Éditeur :
  • Montréal :[La barre du jour],1965-1977
Contenu spécifique :
Édition spéciale. La bande dessinée Kébécoise
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Nouvelle barre du jour
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (3)

Références

La barre du jour, 1975, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" OUVRAGE COLLECTIF DIRIGE PAR ANDRÉ CARPENTIER barre du jour REVUE LITTÉRAIRE BIMESTRIELLE HIVER 1975 DIRECTION Nicole Brossard Roger Soublière Secrétariat Francine Brossard DISTRIBUTION ET CORRESPONDANCE La barre du jour, 1, 55ième Avenue, Bois-des-Filion, Que.J6Z 2P5 Les auteurs des textes que nous publions sont les seuls responsables des opinions qu\u2019ils émettent.Les textes soumis à la revue seront remis sur demande s\u2019ils sont accompagnés d\u2019une enveloppe affranchie.TOUTE REPRODUCTION INTERDITE MAQUETTE: Robert Myre MAQUETTE DE LA COUVERTURE: Dan May MISE EN PLACE: Nimus COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE \u2014 ENREGISTREMENT NUMÉRO 2651.DÉPÔT LÉGAL \u2014 PREMIER TRIMESTRE 1975, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC.ISSN 0005-6057 INDEXÉE DANS RADAR. \\ A ceux des générations de Pépinot et Capucine, de Bobino et de Zézette; \\ A ceux qui gossaient des coeurs sur leurs couvercles de pupitres ; Aux graveurs dinsanités dans les toilettes publiques ; Aux découpeurs de filles dans les catalogues ; Aux barbouilleurs de marges ; Aux plieurs de coins de pages ; A Richard Langlois, grand animateur de la bande dessinée kébécoise et ami des dessinateurs ; \\ A Renée et \\ A Jacques Samson pour leur aide inestimable dans ce travail de dingue{s).1 DAN MAY, Pourquoi., L\u2019Ecran, #1, (juin 1974). LA BANDE DESSINÉE KÉBÉCOISE mm Remerciements Nous aimerions ici remercier ceux qui, de près ou de loin, ont rendu possible l\u2019abondante illustration de ce volume: MM.Jacques Hurtubise, Richard Langlois, Robert Lapalme, Dan May, Georges Raby, Pierre Rambaud, Bernard Tanguay, Gleason Théberge et Gilles Thibault; Le Bulletin des Agriculteurs, la revue Culture Vivante, La Presse, Le Soleil, Mainmise, Perspectives, Photo-Journal, Proscope et Québec-Presse.Les revues de Bd: Bd, Capitaine Kébec, L\u2019Écran, L\u2019illustré, Made in Kébec, Sigma et Tomahac (éd.Calumet enr.); Les éditions du Cri, Dime Comics, du Jour, Neigeuses, Québécoises, Québec-Presse, Toupin et Vincent; La CSN et la société St-Jean Baptiste; Le Bord (de la Patapathèque), Feuille artisanale de pataphysique fabriquée à compte d\u2019auteurs. 2 FERN\u2019, Histoire Vrah !, BD, vol.2, #1.ywin+w .Ouvrage collectif dirigé par: André Carpentier \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t Avertissement 3 Réal GODBOUT, Le chien de Pavlov, L\u2019Hydrocéphale Illustré, #1.Pour faire ce livre, j\u2019ai demandé l\u2019aide de « nouveaux experts » qui m\u2019ont prêté leur plume, leur Bic, leur Rapido, ou mieux: leur machine à écrire, car ils assument leur siècle, ces «veugles» fous, défenseurs de la bande veuve ou de l\u2019orpheline dessinée.Mais.autant d\u2019experts, autant de styles, autant de tendances, autant d\u2019opinions; des proeuropéens, des proaméricains, des prokébécois, deux ou trois pros et de nombreux amateurs qui attendaient depuis longtemps l\u2019occasion de lapider çà et de glorifier là.Or il y avait deux façons d\u2019aborder \u2014 la direction de \u2014 la rédaction d\u2019un tel livre; et il importe de le dire dès maintenant: ou bien la manière forte, c\u2019est-à-dire dirigiste (corollaire: orienter et talonner les rédacteurs), ou bien la manière flexible, c\u2019est-à-dire rester ouvert aux propositions (goûts, envies du moment, fantaisies formelles) de chacun.Bien sûr, nous avons choisi la seconde méthode (agrémentée de quelques coups de téléphone et de visites inopinées, sachant fort bien que nous risquions l\u2019hétéroclite, l\u2019éclectique, voire l\u2019encyclopédique! Mais nous comptions sur l\u2019ingéniosité de chacun et sur une cohérence tacite au moment de recueillir les textes.Eh bien, cette homogénéité s\u2019est créée! Et cela malgré des divergences notables entre rédacteurs (chacun défendant sa formation, son groupe ou sa science).Aussi ne faudra-t-il pas s\u2019étonner si ce livre ne couronne ni reine de la bande ni miss dessin.LA BANDE DESSINÉE KÉBÉCOISE.Ce titre, qui en déroutera quelques-uns, supporte deux expressions elles-mêmes déroutantes: la bande dessinée et la bande kébécoise.C\u2019est à ces deux «concepts» que nous nous attaquerons dans les pages à venir.7 Ainsi, l\u2019ouvrage se présentera de la façon suivante: 1.\tEsquisse pour une défense et illustration de la Bd1 2.\tLa Bdk2 3.\tDe quelques ouvertures de recherches Cela se tient.Mais au-delà de cette cohérence, ce livre peut être considéré, par le biais de la relative liberté consentie aux différents rédacteurs et aux initiatives qui en découlent, comme le reflet d\u2019un certain milieu intellectuel kébécois.Cette portée est de taille, car «parler est une tâche qui dépasse celle de prendre la parole 3 ».1.\tTout au long de ce livre, nous remplacerons l\u2019expression bande dessinée par la formule « Bd» .2.\tBande dessinée kébécoise.3.\tDUMONT, Fernand: Le lieu de l\u2019homme, HMH.Aussi retrouverons-nous, dans ce livre fait en points d\u2019interrogations et en points d\u2019exclamations (formes qui traduisent assez justement la structure du cortex), nombre de questions, d\u2019hypothèses, de blancs volontaires et de sous-entendus.Cela répond à sa volonté de créer des lézardes et des brèches (ouvertures) de recherches.On comprendra donc le sentiment d\u2019incertitude qui agite le rédacteur moyen, ainsi que son impatience de lire les réactions que le lecteur pourra lui envoyer aux soins de l\u2019éditeur.André Carpentier Lexique ALBUM: Histoire complète réunie dans un tout.Cette histoire a généralement déjà été publiée en tranches dans un journal ou une revue.ANTAGONISTE: Adversaire du héros ou du super-héros.ANTI-HÉROS : Héros ou super-héros qui subit le poids de la condition humaine.APPENDICE: Excroissance d\u2019un ballon qui lie ce dernier \u2014 et le langage qu\u2019il porte \u2014 à l\u2019émetteur.BALLON : Espace encadré (délimité) et généralement porteur de texte (parfois d\u2019icones, surtout d\u2019un type très fortement codé) ; il est lié à l\u2019émetteur de la « parole» qu\u2019il porte par un appendice, si le texte est dit, ou par une suite de bulles si le texte est pensé.BANDE (strip): Succession habituellement horizontale d\u2019images qui constituent un récit.BANDE DESSINÉE: Récit en images (avec ou sans texte) véhiculé par un ou des personnages \u2014 soient-ils non-humains.BANDE QUOTIDIENNE (daily strip): Bande de trois ou quatre cases publiée dans un ou des quotidiens ; ce peut être une histoire à suivre ou une histoire complète en elle-même.BANDE HEBDOMADAIRE (Sunday pages): Planches publiées dans des hebdomadaires et présentant soit des histoires à suivre, soit des histoires complètes en elles-mêmes.BULLE: Cf.11 ballon.CADRE: Le périmètre qui circonscrit l\u2019image pour former une case, ou un texte émis par un personnage pour former un ballon; toutes les formes géométriques peuvent être utilisées.CARICATURAL: Dessin qui déforme le sujet par une intention de satire.(S\u2019oppose à réaliste.) CASE: Surface portant l\u2019image \u2014 et souvent un ou des ballons ou du langage linguistique encadré ou non.COLORISTE: Celui qui réalise la couleur.COMICS: Appellation des Bds aux U.S.A.COMIC-BOOKS : Fascicules à prix modique (lorsqu\u2019ils ne sont pas l\u2019objet de basses spéculations par des collectionneurs verreux) présentant des histoires complètes, ou de longs épisodes de récits, en Bd.CRAYONNÉ : Esquisse faite au crayon (première étape de la réalisation technique d\u2019une Bd) et qui sera par la suite encrée.DÉCOR: Représentation des lieux de l\u2019action.DÉCOUPAGE: Division du scénario qui permet de déterminer les contenus des planches et des cases.s EMETTEUR: Celui qui parle ou pense et dont la parole ou la pensée est écrite (i.e.émise linguistiquement ou iconiquement) ; l\u2019émission est généralement contenue dans un ballon.ENCRAGE: Une fois le crayonné terminé, l\u2019encreur refait le (parfois non) dessin (i.e.repasse sur le crayonné) soit à l\u2019encre de chine, soit à la gouache liquide.Aux U.S.A., la tendance allant vers la spécialisation, on retrouve des spécialistes de l\u2019encrage, du lettrage, des décors, de la couleur, etc.ESPACE DIÉGÉTIQUE : Espace encadré (délimité) qui est nécessairement porteur de texte mais qui n\u2019est pas lié à un émetteur (i.e.sans appendice).Le texte ainsi circonscrit est celui du narrateur (par opposition à celui des personnages).9 FANDOM: Milieu restreint de gens (fanatiques) qui partagent une passion commune, par exemple, pour la Bd, ou encore la science fiction.FANZINE: Magazine réalisé et financé par des fanatiques (généralement de Bd ou de Sf) ; on y présente des productions (Bds, nouvelles, etc.) d\u2019amateurs, ou des articles, des critiques.On y présente aussi très souvent des dossiers sur des dessinateurs connus \u2014 ou des écrivains de Sf.FIGURANT : Personnage secondaire sans rôle spécifique (il est un outil) dans le récit.HÉROS : Personnage par le biais duquel l\u2019histoire est véhiculée.LETTRAGE: Mise en forme du langage écrit (dialogues ou indications de l\u2019auteur, ou onomatopées.) MISE EN PAGES : Coordination et répartition des cases d\u2019une planche.NEWZINE: Fascicule d\u2019informations datées sur les parutions et les événements dans le monde de la Bd\u2014 ou de la SF.ONOMATOPÉES : Langage linguistique représentant un son ou un bruit émis ou non par un personnage et contenu ou non dans un ballon.PERSONNAGE: Personnalité mise en relief (typée) par sa participation à l\u2019événement (au récit).PLANCHE: Une page complète dessinée et comprenant quelques bandes et plusieurs cases (bandes et cases enca- drées ou non); le cas limite de la planche se situe dans la case-planche.PROZINE: Revue faite par des professionnels de la Bd \u2014 ou de la Sf \u2014 et qui .s\u2019adresse à des professionnels; ces revues sont habituellement de qualité technique supérieure.RÉALISTE: Dessin qui tend à respecter les détails des êtres ou des choses tels que nous le percevons.(S\u2019oppose à caricatural.) RÉCITATIF: C.f.espace diégétique.SCÉNARIO: Déroulement écrit d\u2019un récit à dessiner, incluant les dialogues et le découpage.SÉQUENCE: Ensemble de plans constituant un épisode distinct du scénario.SUPER-HÉROS: Un héros doué de pouvoirs supra-naturels; manichéen, il se déplace en dehors de toute vraisemblance par son costume, ses gadgets et l\u2019amplification de ses pouvoirs.SYNDICATE : Agence qui se charge de centraliser les Bds et de les revendre aux journaux; les trois grands syndicates sont: King Feature, Chicago Tribune \u2014 Daily new Syndicate \u2014, United Feature Syndicate.SYNOPSIS: Résumé d\u2019un récit, à mettre en Bd, qui débouchera sur le scénario.VIGNETTE: C.f.case. \t \t \t \t \t \t 1.Esquisse pour une défense et illustration de la Bd \u2014 qui n'en a pas besoin «Les rapports de l'homme avec les images symboliques se font de plus en plus fugaces.» Alvin Toffler Le choc du futur 5 Gilles DESJARDINS, Un crimpoffe, Sigma. RODOLPHE par bernèche PRENDS COMME NOUS OUTRES PH NS PûLiCE./ Heureux iL NE FFK/T EPS PENSER y ON N F Pense ns.n\\o i s Je me pEfAPtNPE- Çi NE ?PS PWIR Pense à ne phs Penser .\t/ Pps de Pro- CD ¦ BERNÈCHE.Rodolphe. Introduction un, ou La bande dessinée Lorsque, à la suite d\u2019un intérêt inattendu, la Bd a exigé une diffusion à la mesure de l\u2019envoûtement qu\u2019elle produisait, elle s\u2019est vu récupérée par nos généreux dispensateurs de culture qui, au plus profond d\u2019eux-mêmes, n\u2019avaient d\u2019autre but que de s\u2019immuniser contre elle \u2014 de la même façon qu\u2019on laisse la parole au révolté sachant fort bien que son discours provoquera l\u2019inverse de la réaction désirée! Mais ce qui n\u2019était qu\u2019une mode persiste; les détracteurs n\u2019ont plus prise.Toutefois, la Bd ne cesse pas d\u2019être retenue dans une sous-catégorie (sous-classe) artistique.Ceci tient peut-être de la difficulté à se poser en esthète devant la Bd; en effet, ceux qui reconnaissent à leur juste valeur les planches d\u2019un Hogarth, par exemple, ne perçoivent le scénario que comme une excuse à faire se cambrer un Tarzan nu ou une Jane horrifiée, et vice versa pour les littérateurs qui ne considèrent l\u2019image que comme le soutien d\u2019un roman sous cloche1.Cette difficulté à situer le degré dit « artistique» de la Bd2 a considérablement nui à son acceptation par les «civilisés» de notre culture (ceux qui la tiennent au rang d\u2019institution).Et d\u2019ailleurs, savent-ils bien ce qu\u2019est la Bd?.ni i; Nous savons tous que le non-amateur perçoit o I m I Z ( I 1.\tReference aux bulles, même si Hogarth ne les em- d ¦\t, \u2022 ploie pas.2.\tNe véhiculons-nous pas encore cette sclérosante et sordide idée de la hiérarchie des genres. généralement la science fiction comme des histoires de fusées, d\u2019astronefs et de rayons laser.Et pourtant, vous et moi savons que la SF c\u2019est beaucoup plus.Il en va de même pour la Bd; on dira de façon irrévérencieuse: «Ah! les p\u2019tits comiques!», insistant sur le «p\u2019tit» en faisant sans doute référence à la place que ceux-ci occupent dans leur quotidien, ou à la dimension même de chacune des bandes ou, mieux encore, pour marquer le caractère enfantin (pour enfants ou pour adultes retardés) du produit en général.Eh bien! pourquoi pas! S\u2019il y a quelque chose à garder de son enfance, ce dont je ne doute pas, pourquoi ne pas retenir sa naïveté «intéressée», son ouverture d\u2019esprit, sa force imaginative et son absence de principes culturels!.D\u2019autre part, on ne négligera pas, non plus, de bien appuyer sur le mot «comiques» (comics, à la française), comme pour montrer le manque de sérieux ou de profondeur de la Bd.Il n\u2019y a pas de Sartre de la Bd, ni même de Valéry; en a-t-elle besoin?Mais il y a une cohue de conteurs prolifiques et de penseurs (témoins de notre société) plus acides encore que McLuhan, Illich ou Del Vasto! Nos cerbères de la culture moderne réalisent peu à peu que les écrivains les plus représentatifs de leurs époques s\u2019appellent London, Miller, Rezvani, Scheckley, Dickens, Merritt, Stevenson, Lafferty (.), et la Bd fourmille de ces invincibles aventuriers, de ces pourfendeurs d\u2019inconnu et d\u2019errants cosmiques, de magie, de ténèbres et de galaxies, d\u2019épouvante, d\u2019exotisme et de mystère.(Mais je me rends tout à coup compte que la Bd porte à la poésie ; non à celle des mots ou des concepts, mais à celle des apparitions!.) D\u2019ailleurs, la Bd tient de Rabelais comme de Lovecraft ; tout est une question de vision ! (Le mot est lâché: cachez les enfants dans les tiroirs à ustensiles.) Nous sommes dans un univers de héros incommensurables, d\u2019actions innées chez ceux qui ont le cortex en point d\u2019interrogation (?) \u2014 j\u2019insiste \u2014, de forces fantastiques confrontées entre elles, de passions désordonnées, d\u2019impossibles sublimés et surmontés [«Rien n\u2019est vrai mais tout est permis.»3], d\u2019onirismes satiriques, de quêtes magiques, d\u2019émotions cultivées, de broue, d\u2019irrévérence, de/! Mais dégageons d\u2019abord certains prémices; nous verrons plus tard ce qu\u2019est vraiment la Bd.André Carpentier 3.LACASSIN, Francis.Pour un 9e art, la bande dessinée. |\tT DONC AUCUN\" ENDRoh^oft J.SOUDAIN SON COEUR SE CRiSPA .1111 p %*' SUR CETTE PLANÈTE O Cff4C q£9 flocons géants/ \\ ViTE, UN A BRI \u201eo ' TIBO.Lunambule. 9 TOUPIN (textes)/LICERAS (dessins) Election à Québec, Ed.Toupin.10 NIMUS, Les temps sont las, Made in Kébec, #3 CU 1ER CS» R « Les comics sont un peu comme les danses : les meilleures ne valent rien.» Dr.Frederic WERTHAM in: Seduction of the Innocent Bulles dosées (Qu\u2019est-ce que la Bd?) NON.Nous ne poserons pas la question; nous ne tenterons pas non plus, sournoisement, d\u2019y répondre de façon efficace1, ni de prouver par 9 que la Bd est un produit respectable (cette question étant insensée, par définition).Il nous importe seulement de la replacer dans son contexte de «moyen d\u2019expression figurative» et comme «une technique arrivée à maturité, capable d\u2019enfanter des chefs-d\u2019oeuvre2».On a souvent reproché sa violence à la Bd; on a même dit qu\u2019elle développait la criminalité! À ceux-là, on a déjà fait remarquer que certaines pièces de Shakespeare contenaient 7 ou 8 meurtres, que les grands personnages classiques étaient tous plus tarés les uns que les autres.Et Roméo et Juliette! Tarzan, à notre connaissance, n\u2019a pas envisagé le suicide lorsque sa Jane (Jeanne, pour les esprits romantiques) est retournée lire Hamlet.On lui a aussi reproché ses images crues, son contenu pornographique.(c\u2019était à l\u2019époque où les seins faisaient suinter les saintes espèces.) Pourtant, la Bd a bien chanté la courageuse Marguerite Bourgeois! Aussi, à une certaine époque, les psychologues-psychia-tres-psychanalistes et autres « psys » de la même espèce ont aussi révélé les complexes d\u2019un Superman à partir de quelques-uns de ses gestes étranges (par exemple se 1.\tNous gardons ce type d\u2019analyse pour la troisième partie de ce livre.2.\tMARNY, Jacques.Le monde étonnant des bandes dessinées.« Ce « feuilleton » différent et facile à comprendre que l\u2019on propose au lecteur pressé ne tarde pas à devenir un instrument de suggestion très efficace.Bientôt, il apparaît clairement que la Bd possède un potentiel de persuasion supérieur à celui du roman feuilleton qu\u2019il détrône d\u2019ailleurs rapidement.Il en résulte qu\u2019aujourd\u2019hui un vaste public accepte, consciemment ou non, les modes de penser et d\u2019agir suggérés par les Bds.» G.STRAZZULLA I Fumetti (G.C.Sansoni 1970) (Traduction libre de André et Renée Carpentier) déshabiller dans les boîtes téléphoniques), de Tarzan (qui vit en concubinage avec une guenon), d\u2019un Lone Sloane (qui n\u2019arrive pas à faire les yeux doux), etc.Soyez sans craintes, nous ne renverrons pas le ballon (publicitaire) en utilisant un moyen de défense aussi puéril.' Mais on a aussi \u2014 et surtout \u2014 dit de la Bd qu\u2019elle entraînait à la «paresse culturelle» (!), au dégoût de la \u2014 vraie lecture ligne-à-ligne, page-à-page, tome-à-tome.On l\u2019a associée à la médiocrité et à la facilité.Ceux-là, bien sûr, ne connaissaient pas les planches parfois exceptionnelles de Hogarth, de McCay, de Foster, de Frazetta, Caniff, certaines de Raymond ou de Davis (le petit peuple); ils ne connaissent pas, plus près de nous, Mandryka, Fred, Buscema, Copi, Crepax, Severin, Kirby, La Fuente, Smith, Pratt, Robin, Druillet3, Goodwin, Eisner.Et j\u2019en passe et j\u2019en oublie!.Ils ne connaissent pas non plus les quelques excellents dessinateurs de Bdk, les May, Choquette, Fiset, God-bout, Montpetit, Philibert, Tibo.(Nous nous limiterons à ces derniers, par peur des représailles de la part de ceux que nous risquerions d\u2019oublier.) Mais savourons un peu ce jeu historique qui mérite, à tout ce qui dérange l\u2019ordre \u2014 culturel, politique, scientifique, etc.\u2014 un acharnement aussi irraisonnable! 3.\tDans un beau geste d\u2019honnêteté, nous prions le lecteur de se référer à 1 article de R.Langlois (La Bd: une littérature post-linaire) qui, ne partageant pas notre admiration pour Druillet, livre ses impressions sur ce dernier.19 ?11 LABÉ, (sans titre), Bd, vol.2, #5.Attaquons plutôt le problème d\u2019un autre angle.Sans démontrer, par des chiffres d\u2019ailleurs impressionnants, la place grandissante occupée par la Bd dans notre société, ce qui constituerait une jouissance gourmande, rappelons-nous seulement que la Bd \u2014 indépendamment de ses origines multiples et souvent douteuses \u2014 a créé des personnages qui ont exalté plusieurs générations (de Little Nemo à Philémon en passant par Tintin ou Charlie Brown, de Milou au Concombre Masqué en passant par Snoopy, de Superman et Batman à Blueberry en passant par Steve Canyon, du Fantôme à Lone Sloane en passant par Astérix.); elle a aussi emprunté à la littérature: Tarzan, Conan, Korak, It, Kull, L\u2019Homme invisible, John Carter, San Antonio.4 Elle a aussi eu recours de façon directe à des écrivains: Samuel Delany, Ellison, Fox, Effinger.qui ont usé du moyen Bd avec autant de sérieux et d\u2019imagination que de la forme romanesque.La Bd joue sur un vaste plan stylistique; ainsi, nous passons d\u2019un extrême à l\u2019autre: de la bande caricaturale à la plus réaliste en passant par le fantastique et la science fiction.Ces deux derniers ont d\u2019ailleurs largement bénéficié des retombées de la Bd \u2014 et vice versa.Nous n\u2019avons qu\u2019à penser à Buck Rogers, Flash Gordon, Bar-barella, Terango, les Peuples de la nuit, Lone Sloane, Perry Rhodan, etc.Ce style implique un type de bande hautement dynamique qui répond à une esthétique du sensationnel ; et cette dernière remarque explique bien une part de la mauvaise publicité accordée à la Bd ! (Mainte- 4.Il faudrait aussi ajouter ces résumés de romans d\u2019aventures célèbres sous forme de Bds dont les Américains nous ont inondé au cours des années soixante; on y retrouvait Jules Verne côtoyant Stevenson et Jack London, Mark Twain, Wells.20 nant que, dans le monde du roman, la description de l\u2019action l\u2019emporte sur la révélation intérieure, sans doute verrons-nous poindre un nouvel escadron de «fans» connaissants .) Mais cette Bd nous propose bien d\u2019autres genres allant de la réflexion sociale (Feiffer, Copi, Schulz, Bernèche.) à l\u2019humour sec et invectif (Gotlib, ceux des premiers MAD, Hart, Dupras.) en passant par le formel (Touïs, Barbe, Philibert, Myette.) etc.(Mais je vois que je nomme bien des gens et que je sombre lentement dans la conception idéaliste de l\u2019art qui traduit l\u2019histoire de cette dernière par une suite de chefs-d\u2019oeuvre établie sous forme de progression rythmique (chronologique !) Or, la Bd est une technique éprouvée; d\u2019accord.Aussi jouit-elle d\u2019une relative ouverture, car cette technique (la Bd prise comme procédé) est illimitée; encore d\u2019accord.C\u2019est dire que son évolution stylistique fut considérable; toujours d\u2019accord5.Mais soyons un peu réalistes: ceci ne veut pas dire que toute Bd soit obligatoirement intéressante, voire acceptable.Avec la diversité et le raffinement, il n\u2019est plus certain que les amateurs de Bd lisent toute bande qui leur tombe sous les yeux.Après tout: lisons-nous tous les livres?Il s\u2019est opéré un apprentissage qui donne au coup-d\u2019oeil de l\u2019amateur une vision sectaire du produit.Il choisit; il aime et déteste; admire et repousse du revers de la main.Il s\u2019empreint de maturité.Je parle bien sûr de ce public d\u2019initiés qui lisent la Bd pour elle-même, car ceux qui ne lisent qu'Astérix, YHis- Crayons, encre et papier sont toutefois toujours au sommaire des moyens de production. MAIS VOYmtS,JC PCIKAMS TU PENSAIS QUOI SUN auE QUE quoi lant coup-it.Ü revers la Bd 0 toire du Québec et Dupras dans Québec-Presse (autrefois) ne sont pas des vrais mordus.Ils aiment l\u2019« engagement (ou simplement la politique) ou ils «culturent» (« trip-pent » culturellement) avec le Gaulois hippie.Pour ces lecteurs, la Bd est un véhicule de second ordre.(Je ne mets pas en cause les sus-nommés à qui nous sommes tous plus ou moins fidèles et redevables.) Il y a donc, en Bd comme ailleurs, des navets qui cotoyent des chefs-d\u2019oeuvre!.Ceci nous permet d\u2019ailleurs un geste critique face au produit; ce geste a d\u2019abord une portée esthétique, puis une portée littéraire.Oui: une portée littéraire, car nous nous sentons encore obligés6 de classer tous les phénomènes de communications particulièrement les phénomènes artistiques, dans notre bagage dit «culturel».« Devenu moyen d\u2019expression grâce à une écriture propre qui s\u2019incarne en chaque cartoonist sous la forme d\u2019un style, la bande dessinée est devenue un moyen de communication au même titre que le cinéma et la télévision.» Pierre Couperie Bande dessinée et figuration narrative 12 MARKO, La légende de Crépus, Ed.3 x 3 Phaneuf.Mais nous allons de l\u2019avant, nos gens; revenons un peu en arrière.L\u2019histoire de la Bd s\u2019incorpore à celle de l\u2019image, elle-même relative à l\u2019histoire de la technique; par exemple l\u2019imprimerie (1440-1456), la lithographie (1796), etc.Il nous faut donc au moment de parler de Bd, considérer la tradition picturale.Au cours des siècles littéraires, il s\u2019est créé, entre l\u2019image et la littérature, certains liens profonds; nous faisons en particulier référence au travail des illustrateurs qui donnèrent souvent à des textes spéculatifs (anticipation et fantastique) une certaine cohérence interne, car l\u2019homme, nous semble-t-il, croit plus à l\u2019image qu\u2019à l\u2019écriture.(Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019éléments de preuve, mais d\u2019impact psychique.) L\u2019écriture n\u2019est-elle pas on ne peut plus conventionnelle et arbitraire! (.) Et il est possible que ce soit là l\u2019origine de la réputation de produit facile et insignifiant accordé à la Bd (?).Et soudain, apparurent Topffer et Bush, ces ancêtres de la Bd, qui racontèrent en images; leurs histoires eurent 6.Pour nous, une histoire est toujours littéraire.m fà fmm v ' y, vjirt ¦ l \u2018 V 1 13 DAN MAY, Monsieur Tic-Tac.L\u2019Ecran, #2, (sept.1974).21 beaucoup de succès jusqu\u2019à la fin du dix-neuvième et jusqu\u2019à la mise au point de la Bd telle qu\u2019on la connaît aujourd\u2019hui.Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, l\u2019image prit un essort formidable, ceci en particulier grâce aux développements des procédés photographiques (sic) depuis 1822.La photographie, et cela dès son apparition, ne laissa personne indifférent; il se créa, autour d\u2019elle, des remous considérables: elle fut vilipendée par les uns comme portée aux nues par les autres.Aussi, dans les dernières années du siècle, apparaissent le cinéma (1895) et la Bd (France: Christophe: La famille Fenouillard: 1889; U.S.A.: Outcault: The Yellow Kid: 1896 et Dirks: The Katzenjammer Kids: 1897).À sa manière, donc, Topffer aurait engendré Christophe; et Bush, Dirks 7.Avec ces derniers, nous le savons déjà, la Bd était née, ou presque; il ne restait plus qu\u2019à étoffer et raffermir le moyen, à le coder davantage.Une simple question de technique (s).Toutefois, les circonstances firent que les premiers dessinateurs de Bd se consacrèrent presque exclusivement à l\u2019humour.Était-ce l\u2019époque des années folles ou le simple caprice des éditeurs de journaux ?Ou la tradition de l\u2019illustré?Ou celle de la caricature?Ou la peur de faire littéraire?.Quoiqu\u2019il en fut, c\u2019est ainsi que naquit l\u2019expression « comics» ; de même, un quart de siècle plus tard, on appellera «funnies» les premiers dessins animés eux-mêmes consacrés à l\u2019humour!.Il faudrait ici souligner la notion de Bd quotidienne (daily strip): ces bandes qui paraissent tous les jours dans les journaux et qui proposent une histoire à suivre (ex.: la bande disparue de Thériault, au Soleil).Nous savons que la fin du 19e siècle fut l\u2019époque de la littérature dite «d\u2019aventure», mais aussi du feuilleton.(On en vint presque, à une certaine époque, à confondre feuilleton et roman d\u2019aventures.) Quotidiens, hebdomadaires \u2014 et quelques mensuels \u2014 se sont longtemps partagés la faveur des «fidèles» lecteurs de ces histoires à suivre.D\u2019autre part, la place accordée par les journaux aux Bds ne permettait pas d\u2019histoires de longue haleine complètes.Il ne faut donc pas se surprendre de voir la Bd récupérer le système du feuilleton, procédé qui ne dépayse pas le lecteur qui a l\u2019habitude de ce découpage et des « punches » successifs qu\u2019il implique, et qui reconnaît les thè- 7.Il existe de bons livres qui racontent l\u2019histoire de l\u2019image et de la Bd; aussi, dans la suite de celui-ci, nous ne ferons, pour ainsi dire, plus référence à de telles données.(Cf.bibliographie.) mes et la dynamique propre au roman d\u2019aventures.De plus, le procédé permet de contourner le problème de l\u2019espace disponible.Cette technique du feuilleton aura donc servi la Bd plus qu\u2019on a généralement tendance à le croire; car c\u2019est ainsi que des Bds comme Buck Rogers, Dick Tracy, Tarzan ou Charlie Brown eurent le privilège d\u2019entrer quotidiennement dans les foyers.Aussi dit-on encore aujourd\u2019hui que la Bd fait partie de la «littérature populaire ».Ses apparitions quotidiennes auront mieux servi la légende de Snoopy que les nombreux albums-poches de Charlie Brown.Mais quel est donc le véritable statut de la Bd?Qui la lit et pourquoi?Et que fait le lecteur de sa bande après l\u2019avoir lue ?Il y a bien des collectionneurs (dont 90% de verreux), mais surtout, du moins le pensons-nous, des lecteurs de métro ou de soirs plats à la TV ; ceux-là sont les suppor-teurs du «Jetez après usage» (use and throw, comme les mouchoirs de papier).Comme les lecteurs de San Antonio, ils lisent de Montréal à Cowansville ou de 7 à 9- Les Européens, qui y croient encore, nous disent, à ce sujet, que la Bd est un musée qui entre dans les foyers de la classe moyenne sous le bras des travailleurs en sueurs; ces travailleurs qui jamais ne vont dans les musées.L\u2019analogie est un peu douteuse, car, dans les musées, les gens vont «voir de l\u2019ART », et nous ne pensons pas que le plombier qui lit ses Bds couleurs du samedi dans son bain (gag) ait l\u2019impression de tâter de l\u2019Art; et si on le lui disait, il cesserait probablement de les lire, croyant que le meilleurs lui échappe8, ce dont nous ne sommes pas certains (?).En ce qui concerne le Kébec, il y a bien peu de temps que nous avons compris que la Bd était un art acceptable, le neuvième, dit-on! (sans vouloir chercher conflit avec la cuisine!) Il serait toutefois bien difficile de situer l\u2019origine de cette renverse, pour bien dire, intellectuelle! Il y a bien des Bds dans les journaux depuis de nombreuses années ; mais des bandes entièrement étrangères, parfois même 8.Jugement gratuit ! 22 dans la traduction! Et toujours cette conception enfantine combattue mais entretenue quand même, autant par Tintin (revue ou albums) que par ces innombrables petites bandes, en noir et blanc, de détectives et de cowboys qu\u2019on achetait pour dix ou quinze cents dans tous les kiosques dignes de ce nom.Je me souviens de soirées passées à lire de ces aventures, tirées de la bible du western, camouflées dans un livre de géographie ou dans le p\u2019tit cat\u2019chism\u2019 (.)! Et puis déjà des Marvels et des DC ; des Charlton ; Superman, Batman, Captain America, etc.Somme toute, une forte consommation de produits parfois très, parfois moins, exaltants; sans doute une façon de répondre à la dynamique de l\u2019image.?Un doux piège de l\u2019esprit! Mais soyons francs : la grande ferveur pour la Bd arrive chez-nous avec Astérix9 \u2014 que les Américains compressent en pocket book sans n\u2019y rien comprendre! (Gloire soit à nous et à nos fils: nous avons de l\u2019esprit!!!) D\u2019autre part, nous savons que ce sont les intellectuels qui font de mouvements populaires, comme la Bd, un «art» ; nous ne nous étendrons pas plus sur cette question gratuite \u2014 c\u2019est-à-dire qu\u2019elle vient en prime! (C\u2019est quand l\u2019écriture se mit à supporter l\u2019imagination réfléchie (ou la réflexion imageante) qu\u2019elle devint un art ; de même pour la musique dite sérieuse, la danse sérieuse, la sérieuse dite peinture, etc.) Et les intellectuels en ont plein le cortex avec le Gaulois ; ils y trouvent plus de jeux de mots qu\u2019ils n\u2019en ont jamais secrètement espérés de Daninos ou San Antonio.Un peu de contexte historique et de potion magique et le tour de Gaule est joué! Les enfants y tirent leur dû, l\u2019aventure et la dynamique comique, tandis que les adultes jouissent enfin de leur culture classique.En vérité, l\u2019arrivée d\u2019Astérix fut surtout l\u2019occasion pour l\u2019intelligentsia culturelle de récupérer une activité bâtarde relevant à la fois de la littérature et de l\u2019illustration.Aussi, c\u2019était un premier pas colonisateur («on va vous améliorer votre dieu») dans une des nombreuses activités de la dite «contre-culture» (avant même Roszac)! Simultanément, une autre élite, aussi intellectuelle mais moins officielle, s\u2019occupait à lire Lucky Luke et à se frotter candidement aux bandes déchaînées de nos voisins d\u2019en bas.(Souvent ceux-là mêmes, comme moi, étaient des amateurs de musique underground \u2014morte à Wood-stock\u2014 et pop 10 ! On le voit, le second pallier est celui du choix individuel à l\u2019intérieur d\u2019une rage collective.OKI Her ci.ttiotx beauL^Vvwce' rrvorv c Wv I / mitrks 14 Réal GODBOUT, Les petites aventures insolites d\u2019un parfait inconnu, BD, vol.2, #3.Donc.Avant que n\u2019intervienne une certaine Bdk, que lisent les amateurs kébécois de Bd?\u2022\tTintin 11 ; \u2022\tles petites revues à 10è et 15é; \u2022\tles Bds des journaux ; et plus tard : \u2022\tAstérix, Lucky Luke, etc.; \u2022\tMarvel, DC, etc., plus Mad.Il serait difficile, voire impossible de situer les influences des Bds américaine et européenne sur nos dessinateurs; nous pouvons toutefois affirmer, sans crainte de nous tromper, que le lecteur kébécois de Bd a su profiter de sa position géographique pour parcourir les deux ten- 9.\tMême s\u2019il existe déjà quelques fanatiques.10.\tK.Amis et ceux de sa génération auraient parlé ici de la belle époque du Jazz.11.\tQui n\u2019a pas cette image d\u2019enfance d\u2019un Tintin sur les genoux en regardant Bobino.(?) 23 dances (la sage cartésienne 12 et la débridée).Avec la popularité de la revue Pilote ces dernières années, le public kébécois est aussi entré en contact avec une forme géniale d\u2019insolite dans la veine des premiers MAD (Fred, Man-dryka, Gotlib, en particulier).Mais toute bonne chose a une fin.Les dessinateurs de Bd étant généralement aussi et d\u2019abord des amateurs du genre, nous ne pouvons pas douter que ces derniers se soient frottés aux grands noms américains et européens de l\u2019humour, de 1 insolite et de l\u2019imaginaire.De par les productions de nos dessinateurs, nous pouvons croire qu\u2019ils se sont plutôt attachés à ces trois genres qu\u2019à l\u2019aventure, au romanesque et à l\u2019exotisme à la Tarzan ou à la Mandrake.Peu à peu, toutefois, certains tentent des incursions de ce côté, ce qui nous porte à croire que les dessinateurs kébécois de Bd procèdent dans le sens de l\u2019Histoire (humour \u2014» aventure).(Mais certaines contingences économiques sont aussi à considérer; le dessinateur kébécois, par manque de débouchés, ne s\u2019attaquera pas à une histoire en quarante planches (cf.À quand les éditeurs).Toutefois, il y a toujours possibilité de placer une planche amusante ou un dessin d\u2019humour.) Faisons un second acte de franchise.Qui furent les premiers lecteurs de Bd (k ou non-k)?On peut, selon nous, les diviser en trois catégories: \u2022\tles vrais amateurs de Bd ; \u2022\tles kébécophiles d\u2019endurance; \u2022\tet la police! On comprendra l\u2019instinct des premiers pour qui toute Bd est une aventure incertaine mais suffisamment riche pour y consacrer du précieux temps.En ce qui concerne les kébécophiles, il faut dire qu\u2019ils sont nombreux ces chauvins de l\u2019Amérique francophone, ceux qui défendent le kébécois, cette langue ébréchée qui combat quotidiennement à la fois le français international (cette langue morte) et l\u2019anglais (cette langue André Carpentier Nous connaissons, comme le lecteur, certaines (nous parlons de la période allant jusqu\u2019en \u2019\u201967 portion d\u2019article) débridées; mais c\u2019est plutôt l\u2019e cherchons à qualifier!.Pensent-ils! 15 Côme FELX, Ephémère, BD, vol.2, #5 La Bd: une littérature post-linéaire « La raison a beau crier, l\u2019imagination a établi dans l\u2019homme une seconde nature.» PASCAL, Pensées 11 La Bd a prévu et permis, par son unité intégrée texte-image, la transformation culturelle de notre conception littéraire sous le choc de la révolution visuelle.Notre siècle est marqué par une vraie mobilisation de l\u2019affectivité littéraire où la Bd a créé des possibilités rhétoriques inédites par rapport à la linéarité du message verbal.Son rôle dynamique, social et esthétique, se manifeste à tous les paliers de la communication expressive: elle représente au lieu de dire, elle provoque au lieu d\u2019apaiser et elle intrigue au lieu d\u2019expliquer.Il y a esthétique justement par une surcharge de l\u2019acte de communication, par un surcroît affectif qui intervient dès l\u2019instant de la perception.Une délicieuse ambiguïté .qui expliquera mieux que toute démonstration servira ce propos sur l\u2019esthétique de la Bd.Au lieu de partir d\u2019une abstraction théorique, nous nous efforcerons de vous amener des «vérités subjectives», résultats d\u2019un art que nous avons étudié avec amour.Il est peut-être temps que l\u2019on comprenne que la littérature fait partie de l\u2019univers imaginaire que l\u2019homme élabore avec sa sensibilité, pas de l\u2019univers qu\u2019il observe et que sa science se charge de mesurer et de cataloguer.Dans son univers culturel, l\u2019homme a plusieurs fois pressenti que n\u2019importe quel objet imprimé pouvait devenir oeuvre d\u2019art ou pièce de collection par le seul fait qu\u2019il le déclarait tel; qu\u2019il le choisissait avec affection ou qu\u2019il en favorisait l\u2019épanouissement en développant les forces mécaniques capables de le produite rapidement, le reproduire et le détruire pour permettre sa rareté.Qu\u2019on le veuille ou non, la Bd est une industrie tributaire des puissances monétaires dont la seule règle est celle de la rentabilité.D\u2019où ces éditeurs qui croient pouvoir déterminer le goût du public en vertu de la loi mesquine des ventes.Ces albums que des maisons d\u2019édition réservent en «stock» pour permettre la vente seulement durant les jours précédant les grandes fêtes de Noël, de Pâques ou de la rentrée scolaire, nous démontrent assez bien l\u2019esprit mercantile qui règne dans la Bd.Toute valeur artistique ou esthétique n\u2019est pas primordiale dans cette littérature populaire d\u2019abord réalisée pour un usage immédiat et non pour une exposition universitaire ou pour une collection d\u2019intellectuel.Chaque culture propose insidieusement à l\u2019homme des inclinations inavouées, qu\u2019il croit naturelles.Dans une esthétique qui dérive de l\u2019accoutumance et de la publicité, le public-lecteur se laisse facilement apprivoiser.Alors, même si la Bd est un moyen d\u2019expression de masse, qui doit demeurer commercial pour être viable, cela ne veut pas dire que sa qualité esthétique est inférieure ou inexistante.Il est très significatif de constater qu\u2019à peu près tous les chefs-d\u2019oeuvre du cinéma de ces dernières années ont été des succès commerciaux.Seules les cultures complexées croient que le succès et la réussite se payent par le sacrifice ou la facilité.Des fresques de Lascaux à l\u2019écran de télévision, voici plus de vingt mille ans que l\u2019homme communique avec ses semblables bien plus par le truchement du graphisme et de l\u2019image que par celui des mots.En littérature, depuis Gutenberg il a fallu attendre jusqu\u2019à Mallarmé pour oser révolutionner la mise en pages en utilisant mosaïquement l\u2019espace et en rompant avec l\u2019unité linéaire du discours.Il en découla un éclatement, un morcellement, des regroupements d\u2019associations qui font que 25 l\u2019image se prête, bien plus facilement et généreusement que le langage écrit, aux formes supérieures de la pensée contemporaine.Après plus de trois quarts de siècle d\u2019existence, la Bd a produit assez de chefs-d\u2019oeuvre authentiques pour prouver la force d\u2019une esthétique qui a conquis ses moyens d\u2019expression spécifiques.Pour une approche adéquate, en voie de diffusion et de définition dans le domaine de la recherche, le premier problème qui se pose est toujours celui de ses limites.Il ne faudrait pas tomber dans le piège des premiers critiques de la Bd qui n\u2019ont étudié que l\u2019aspect sociologique de cette nouvelle forme d\u2019expression.C\u2019est comme si en gastronomie l\u2019on étudiait certains aliments en oubliant que cela se mange.Au départ, toute Bd est conçue et perçue visuellement.C\u2019est un art-graphique qu\u2019il ne faut pas rendre synonyme d\u2019illustration et de caricature.Il est essentiel que dans une Bd l\u2019auteur soit à la fois narrateur et imagier; du moins qu\u2019il ait une imagination «imageante».Au contraire de l\u2019illustration et de la caricature qui ne se concentrent que sur un point donné, dans une Bd, il doit y avoir une continuité narrative sous forme de séquences.La Bd possède une forme littéraire indéniable.Langage, elle est faite pour être lue, alors que le film ou le dessin animé se regarde.Tout comme le cinéma, elle se rattache à un art populaire parce qu\u2019elle s\u2019adresse à un public large et varié.Tous les deux sont nés à la même époque, issus des mêmes préoccupations artistiques et commerciales.Ils ont un même but en suscitant l\u2019intérêt par une continuité narrative indispensable; le cinéma par l\u2019illusion optique et la Bd par la suggestion kinésique.Ce sont deux média spécialisés qui s\u2019adressent aux deux extrêmes de la société: les plus instruits et les moins instruits.Tout public s\u2019y intéresse d\u2019abord comme moyen d\u2019évasion facile.Ces deux «machines à rêves» servent d\u2019ailleurs à lutter convenablement contre la pollution intellectuelle de l\u2019art élitisé.Malgré cela \u2014 ou plutôt grâce à cela \u2014 la Bd est un art populaire supérieur à tout autre, parce que son caractère graphique favorise une extraordinaire économie de moyens; et il en dit plus.L\u2019on peut y présenter une guerre interplanétaire, une descente aux enfers ou un voyage microscopique en tout temps et en tout lieu sans contrainte de budget.De plus, qu\u2019il y ait un seul artiste ou plusieurs, c\u2019est un travail d\u2019artisan à la base ; car les instruments de travail n\u2019ont jamais changé depuis sa naissance.Le seul matériel nécessaire se limite à du papier (ou du carton), de l\u2019encre, une plume ou un pinceau.Chacun part avec les mêmes outils élémentaires et peu dispendieux pour en donner une forme finie très personnelle et unique.On ne peut sûrement pas juger de la valeur d\u2019une Bd seulement par son aspect graphique, comme on ne peut pas juger d\u2019un film seulement par la photographie.De même que quelques paragraphes d\u2019un roman ou quelques scènes d\u2019une pièce de théâtre ne nous donnent pas la valeur exacte d\u2019une oeuvre.Il faut donc analyser une Bd dans son langage propre et particulier.Trop de critiques ont parlé de la Bd en employant le langage cinématographique avec son bagage de clichés à la mode.Ils n\u2019ont que démontré leur ignorance dans le domaine.Demeurant une littérature de masse, l\u2019on peut affirmer que la Bd possède en plus une forme hautement structurale et symbolique dans laquelle le texte précise l\u2019image ambiguë; mais jamais l\u2019image n\u2019illustre le texte ni son absence.Comme nous le faisions remarquer précédemment, la Bd n\u2019est pas de l\u2019illustration.On ne doit jamais prendre une image isolée, mais toujours dans son enchaînement narratif.Cette armure langage-image permet un jeu temporel et spatial que n\u2019atteint aucun autre art narratif, pas même le cinéma.Car sa nature intrinsèque est de fournir un récit en images multiples et enchaînées.Bien plus, c\u2019est une littérature populaire qui rejoint parfaitement la règle classique d\u2019Aristote concernant le drame: «Tout a un commencement, un milieu et une fin.» Puisque cette fusion systématique du texte et de l\u2019image ne connaît aucun précédent dans l\u2019histoire de l\u2019art, ceci crée automatiquement un nouveau moyen de communication original dont l\u2019esthétique littéraire découle d\u2019une forme profondément narrative.Une définition analytique de la Bd pourrait se formuler comme suit: récit narratif exprimé sous forme de séquences en images avec une distribution continue de personnages hautement symboliques et où normalement texte et dialogue sont inclus dans l\u2019image.Cette définition purement didactique ne nous donne pas l\u2019essence de la Bd, tout comme le symbole 77 ne nous donne pas la connaissance de la nature du cercle.Ce n\u2019est qu\u2019un outil, qu\u2019une méthode de travail qui limite nos recherches et qui nous donne une sécurité d\u2019approche pour parler adéquatement d\u2019esthétique littéraire par rapport à la Bd.Grâce à cette définition, l\u2019on peut déjà intégrer une dimension supplémentaire à l\u2019image fondamentalement statique et bidimensionnelle.L\u2019élément temporel, par un agencement très particulier, est indispensable à la forme narrative.La Bd ne doit jamais demeurer dans un temps fixe, mais toujours dans une durée.Ce sont les images qui se diffusent dans un espace particulier, mais chaque image se projète dans le temps par «flash-back» ou par anticipation.N\u2019étant point complète seule, l\u2019image bouscule toutes analyses fixes par son subjectivisme narratif.L\u2019image dessinée n\u2019est plus une simple invention, mais une 26 lente découverte qui demande la participation émotive et intellectuelle du lecteur.Le défaut à éviter est la redondance entre le texte et l\u2019image.Aux États-Unis, Will Eisner et Milton Caniff, le premier dans les comic-books et le second dans les comic-strips, furent les deux grands experts qui ont donné à leurs planches un mouvement alternatif et enchaîné plutôt qu\u2019un mouvement simultané et statique.Ils ont créé des contrepoints entre ce qui est vu et ce qui est dit.Leurs métaphores visuelles ont évité les longs dialogues explicatifs, genre Buck Danny et Barbe-Rouge de J.-M.Charlier et V.Hubinon ou les austères monologues de certaines des planches du journal pilote.La Bd, comme la musique de jazz ou la télévision, est un phénomène typiquement et historiquement américain par sa technique moderne, par sa consommation de masse et par sa gratuité narrative.Très peu d\u2019Européens latins \u2014 peut-être un Français comme Boris Vian \u2014 ont vraiment saisi ce qu\u2019était le jazz.Il en va malheureusement de même pour la Bd.Bien sûr, l\u2019école belge, avec Hergé, E.P.Jacobs, Franquin ou Willy Vandersteen, échappe à cette règle.Pour bien illustrer ce que nous avançons ici, prenons un exemple dans la Bd française: Astérix.Cette bande populaire n\u2019est qu\u2019une pâle imitation du style en «O» de Walt Disney \u2014 référez-vous aux sept petits nains dans Blanche Neige et vous comprendrez vite d\u2019où viennent les petites pantoufles et le décor casanier.Astérix est une Bd cérébrale pour lecteurs instruits.Seules les grandes personnes avec bonnes humanités classiques sont sûres de saisir certaines astuces inaccessibles aux enfants.Plus vous êtes forts en déclinaisons latines ou en histoire ancienne et moderne, plus vous aurez la chance d\u2019entrer dans le «comique» de cette bande où vous devez avoir des «raisons» pour rire.Sous forme allégorique, on est en train de nous servir toute l\u2019histoire de la Pax Romana en Gaule.Si Astérix a plus conquis les lecteurs adultes que les enfants, c\u2019est justement parce que toute une culture traditionnelle cartésienne alimente l\u2019inspiration comique.Ce n\u2019est pas pour rien que les Européens ne comprennent rien à l\u2019underground où à des «cartoons» comme Popeye, Tom and Jerry ou Road Runner; d\u2019abord parce qu\u2019il n\u2019y a rien à comprendre et surtout parce que cette gratuité dans le gag les dépasse, les choque et les ébaubit.Les Bds humoristiques du type Astérix plaisent aux adultes parce qu\u2019elles renferment un «An» comique de jeux de mots qui rassure la personne d\u2019âge mûr et qui ne dérange pas sa formation culturelle et chauvine.Quant au récit même d\u2019Astérix, le schéma narratif est tellement plaqué et redondant, d\u2019un album à l\u2019autre, que nous en sommes rendus, la publicité aidant, à acheter chaque album plus 16 Réal GODBOUT, Le plus gros, BD, vol.2, # 5.par snobisme que par intérêt.Au Kébec, c\u2019est même rendu une mode, dans les milieux «sérieux» d\u2019être le premier à posséder son album.Depuis la seconde tentative, nous attendons tous quelque chose de nouveau et d\u2019original; nous sommes rendus au vingtième album et nous attendons encore.Mais laissons donc Abrara-courcix résumer notre pensée: «C\u2019est pas demain la veille.» Dans la Bd européenne, on a souvent tendance à oublier que le créateur de Bds est avant tout un « raconteur d\u2019histoires» et non pas uniquement un habile dessinateur ou un brillant écrivain.Pour réussir dans la Bd, il faut d\u2019abord avoir de l\u2019imagination, avoir de quoi à dire, et non seulement de quoi à dessiner ou à bien dire, posséder une culture générale étendue, savoir rédiger, ou du moins savoir lire un texte, et dernièrement; avoir des notions de 27 dessin; mais pas nécessairement savoir bien dessiner.Des créateurs de Bds célèbres, comme Alain Saint-Ogan (Zig et Puce), Forton (Pieds-Nickelés), Sidney Smith (The Gumps) et Bob Kane (Batman), sont là pour prouver cette dernière assertion ; ces derniers ont avoué candidement à plusieurs occasions leur manque de formation technique leur «idole» donne à ses mises en pages des effets répétitifs faciles, mâtinés par un coloris très recherché pour sauver l\u2019absence de fond.Si Druillet est si facile à copier avec ses découpages baroques et ses architectures tape-à-l\u2019oeil, c\u2019est parce que ce n\u2019est pas très difficile à faire une fois qu\u2019on a saisi le « TRUC» .Et il ne faut pas être sorcier et graphique.Leurs oeuvres devenues classiques sont la pour prouver que cette lacune n\u2019enlève rien à la qualité narrative toujours plus importante que le beau dessin.D\u2019ailleurs les comics-books américains de l\u2019âge d\u2019or fourmillent de tâcherons sans aucune formation graphique mais bourrés d\u2019imagination et de fortes convictions de servir un art essentiellement populaire; ne serait-ce que l\u2019éclatante réussite de deux adolescents de niveau secondaire, Jerry Siegel et Joe Shuster, qui ont créé Superman en 1938.Dessiner c\u2019est savoir organiser une sorte d\u2019artifice visuel qui, par le moyen des lignes combinées d\u2019une manière scientifique, figure, sur une surface plane, des courbes, des saillies, des élévations et des profondeurs au service d\u2019une idée, d\u2019une émotion ou d\u2019une allégorie.N\u2019importe qui peut apprendre à dessiner d\u2019une manière impeccable et n\u2019avoir rien de personnel à exprimer.La technique du dessin doit toujours demeurer au service de l\u2019inspiration narrative dans la Bd.Le contraire est aberrant et les fantaisies techniques d\u2019un Druillet sont là pour le prouver.L\u2019erreur ou la naïveté de ce dernier, excellent graphiste, fut de «se mêler» de Bd.Il n\u2019est pas le seul coupable1 bien sûr, mais son attitude est tellement exemplaire et «patente» de ce que nous avançons, qu\u2019il nous est impossible de la laisser sous silence.Je sais que nous allons déplaire à quelques nouveaux arrivistes fanatisés de Bds depuis à peine cinq ans, mais avant de jouer à l\u2019avant-gardiste il y a des distances à prendre et des règles à respecter dans un art qui a quand même fait ses preuves depuis plus de soixante-quinze ans.Four un amoureux convaincu et permanent de Bds, c\u2019est un peu gênant de voir un dessinateur s\u2019acharner à trouver des innovations techniques sans rien raconter d\u2019intéressant et d\u2019original.Quelques trouvailles graphiques, surprenantes et prometteuses au début, l\u2019ont sclérosé dans une expression qui est déjà devenue cliché, et par le fait même, dépassée.Le succès de Druillet dans la Bd ressemble étrangement à celui d\u2019un Johnny Hallyday ou d\u2019un Ricky Nelson dans la chanson populaire, facile et éphémère.Il ne s\u2019agit pas d\u2019être méchant, mais réaliste et assez mûr pour goûter les valeurs d\u2019une bonne Bd.Autour de Druillet se déforme toute une nouvelle école Buissonnière de dessinateurs pubers qui font du petit détail un système ou un exercice de virtuosité purement technique et d\u2019une grande sécheresse.Que voulez-vous, en dessin pour le savoir.La narration de Druillet ne se fait pas d\u2019image à image, mais de planche à planche.La surcharge graphique d\u2019une page-planche-poster déroute et cache les énormes défauts d\u2019inspiration, de perspectives et d\u2019anatomie.Trop de virtuoses de la plume et du pinceau se servent de la Bd pour se défouler avec leurs visions cérébrales qui seraient plus à leur place dans un Musée d\u2019Arts Liguratifs Abstraits.Souvent, la formule est tellement développée que tout devient un art d\u2019ordinateur bien programmé, une tromperie calculée qui nous fait penser à l\u2019art religieux du Moyen âge avec ses faux primitifs et ses faux naïfs.La Bd est peut-être un opium pour le peuple, comme on l\u2019a dit de la Religion; tout opium est nécessaire pour le malade qui souffre trop, mais nous ne croyons pas que la Bd, comme littérature de masse, en soit rendue à ce stade maladif.Druillet est un Lrançais qui pratique, comme malgré lui, un art typiquement américain par son histoire et ses réalisations les plus classiques.Alors sans doute sent-il le besoin d\u2019y exprimer le signe d\u2019une décadence un peu chauvine avec, par exemple, des scénarios de science-fiction à l\u2019idéalisme tellement plaqué, qu\u2019on croirait qu\u2019un personnage comme Lone Sloane n\u2019existe que pour pratiquer un scoutisme interplanétaire.Les culottes courtes des personnages d\u2019Hergé sont plus émouvantes et mieux réussies sur ce sujet.Il est très rassurant de constater que l\u2019école d\u2019Hergé, justement, a influencé, et influence encore, la majorité de la production européenne.Druillet c\u2019est une étincelle, un petit éclair de chaleur graphique.Notre faiblesse et notre aveuglement à l\u2019égard de la production de Druillet s\u2019explique.Dans une Bd, le premier contact est passif; c\u2019est le dessin qui attire immédiatement le regard et l\u2019intérêt.C\u2019est donc du dessin que la plupart des « spécialistes adolescents» parlent et s\u2019empressent de porter aux nues.Ils oublient innocemment que par la bande (dessinée) on leur «raconte des histoires».L\u2019auteur et le dessinateur de Bds portent en commun la responsabilité de l\u2019oeuvre.Ce n\u2019est pas par hasard que les oeuvres les plus classiques par leur originalité et par leur impact historique furent réalisées par un seul créateur qui était en même temps scénariste et dessinateur.Nous pensons entre autres à Winsor Mc Cay, Milton Caniff, Roy Crane, Will Eisner, Hergé, E.P.Jacobs et Schultz.Le prétexte que l\u2019exécution d\u2019une planche dessinée nécessite 28 plus de temps que sa gestation écrite ne pèse pas lourd dans la balance esthétique d\u2019une oeuvre.Il n\u2019y a pas de grandes Bds sans imagination d\u2019abord, et du talent ensuite.Souvent l\u2019on ne fera pas de distinction entre talent et habileté technique.En matières littéraires et artistiques le talent ne se mesure pas en heures de travail.Les longues périodes de maturation, les sérieuses recherches de documentation et d\u2019élaboration sévère d\u2019un scénario, qui durent souvent plus d\u2019un an, font d\u2019E.P.Jacobs, par exemple, un créateur authentique.Puisque l\u2019auteur de Bds est essentiellement un CONTEUR dont la forme expressive est à la fois écrite et dessinée, l\u2019esthétique de ce langage propre se retrouvera donc dans le style même de la narration.Une bonne Bd est d\u2019abord un bon scénario où les textes doivent être simplifiés au maximum, réduits au rang de catalyseur et de fil conducteur de l\u2019intrigue.Le dessin permettra de rendre immédiat et cinétique la narration par une grande économie de moyen.Préexistant à l\u2019effort de lire, le graphique rend accessible le texte au-delà même de toute expérience intellectuelle.C\u2019est ici que le style entre en jeu tout en étant intrinsèquement lié au scénario et totalement dépendant de ce dernier.Raconter une action se manifestant en une suite d\u2019événements dont le déroulement temporel s\u2019effectue par bonds successifs d\u2019une image à l\u2019autre, sans que s\u2019interrompre la continuité narrative, exige une grande intuition créatrice et un sens de la composition très développé.Le mouvement esthétique de toute Bd est dynamique en autant que le graphique réussit à exprimer un rythme global par rapport à un scénario bien fait.A cause des inévitables ruptures et ellipses du récit, le propre de la Bd est que ses images sont étroitement liées dans le temps et l\u2019espace pour donner une continuité détaillée de l\u2019action.Ainsi, une vie de Jésus en douze images ne constituerait qu\u2019une biographie illustrée et non une Bd authentique.Pour la Bd comme pour la télévision, le «medium», c\u2019est-à-dire le support, c\u2019est le message.Le moyen de communication reste donc plus important que le contenu.Sur le plan esthétique la Bd est valable non par ce qu\u2019elle dit, mais par la façon dont elle le dit.Au point de vue littéraire, elle a réussi presqu\u2019à la perfection l\u2019harmonisation de la forme narrative entre l\u2019art et la littérature que les artistes de la fin du XIXe siècle essayaient d\u2019accomplir.Nous sommes loin des calligrammes d\u2019Apollinaire et des recherches formelles sur l\u2019espace poétique de Mallarmé.Mais nous avons enfin réalisé d\u2019une façon parfaite et simple ce «degré zéro de l\u2019écriture».Comme littérature, la Bd possède un langage nouveau qui procure une lecture fascinante parce qu\u2019elle n\u2019est pas «finalisée» et reste plaisir pur.L\u2019écriture ne s\u2019interpose plus en objet-obstacle devant le monde représenté graphiquement.Le triomphe de l\u2019imaginaire sur le réel est devenu esthétiquement possible et plaisant à consommer.La mise en valeur de l\u2019imagination, par le langage visuel, procure l\u2019épanouissement moderne de la pensée littéraire et discursive maintenant débarrassée du carcan exclusif de l\u2019écrit.On a trop longtemps faussé l\u2019harmonie intérieure de l\u2019homme de lettres en aliénant son expression à l\u2019écriture seule.Grâce à la Bd, le créateur littéraire peut enfin voler avec ses deux ailes.Le cérébral et verbeux Narcisse a retrouvé et accepté l\u2019Écho de son «image».Nous pouvons maintenant imaginer Narcisse heureux.Richard Langlois (Sherbrooke) 17 FERN\u2019, Nanh Reff, Made in Kébec, #3.A ¦- /c I J'Ai BESOIN D'UN ROBOT BIOLOGIQUE.À CARACTÈRE FÉMININ, DU NOM DE MUTAMÊVE.RNIERE DE RIE MOIRE' INSTANT! Éducation globale et «Dans les sociétés évoluées et mobiles, l\u2019éducation ne peut avoir d\u2019autre objectif que d\u2019apprendre à apprendre et apprendre à changer.» Cari Rogers, Conduct of Inquiry Il faudrait que l\u2019éducation retrouve un sens occulte, voire même alchimique, dont le processus change celui qui apprend au lieu de lui laisser croire qu\u2019il puisse changer le monde.A travers les langages de base considérés comme des outils universels, la Bd développe des modèles de communication dont la forme et le contenu éclatent d\u2019énergie expressive et de fascinations diverses, insistantes et irrésistibles.Pour l\u2019étudiant moderne, le cerveau humain n\u2019est plus un «tiroir» à informations spécifiques.Auparavant, instruire signifiait bourrer des étudiants passifs d\u2019un maximum de connaissances utiles pour «gagner sa vie».Dans cet univers de spécialisations et de standardisation, la seule façon pour un individu de se distinguer était de faire la même chose que son homologue mais mieux et plus vite.À ce point de vue, l\u2019éducation du Kébec, par rapport à celle des Etats-Unis, est toujours en recyclage et très en retard.Le Rapport Parent l\u2019a bien prouvé par sa politique de rattrapage où l\u2019absence de prospective a fait que ce «Livre blanc» de l\u2019éducation était déjà dépassé, lors même de sa parution ; et l\u2019on n\u2019a même pas encore réalisé le quart des recommandations suggérées.Malgré cette anachronique réalité en matière d\u2019éducation, même au Québec, nous devons, en tant que pédagogues, situer nos intérêts immédiats au-delà des politi-cailleries gouvernementales et financières.Car, en éducation, il y a du matériel qui se pèse, rapporte et s\u2019exploite, mais à côté de cette spéculation quantitative, il y a des objectifs qualitatifs qui concernent les vrais responsables de l\u2019enseignement: les professeurs et les étudiants.C\u2019est un peu gênant à avouer, mais nous sentons que certains étudiants s\u2019affirment de plus en plus aux dépends de certains enseignants parce que ces derniers restent fermés et isolés du monde des images en demeurant aliénés au texte.Traditionnellement réservé à une élite intellectuelle, le savoir oral, puis livresque, se trouve aujourd\u2019hui abandonné et écrasé par une autre forme de savoir: l\u2019image1.Les jeunes sont désormais de plain-pied avec les formes de la «littérature en images» ; ils sont nés avec elle et ils pensent en image.Si vous voulez empêcher vos enfants de lire des Bds (ce qui pourrait être une erreur) le plus sûr moyen est de leur faire subir une interrogation écrite portant sur leur contenu.Vous ne trouverez pas de meilleures preuves sur, et pour, la nécessité d\u2019un renouveau dans l\u2019éducation par la Bd.Il faut une pédagogie qui corresponde à l\u2019âge de l\u2019électricité, non à celui de l\u2019écriture.Une erreur d\u2019initiation à un nouveau langage comme celui des images peut devenir responsable d\u2019une grande incommunicabilité.Les mass-média se posent comme un problème au niveau des rapports humains qui ne sont aujourd\u2019hui que le prolongement ou les conséquences des techniques de communication et de l\u2019utilisation qu\u2019on en fait, incluant la publicité, la propagande, l\u2019information et l\u2019enseignement.Toute l\u2019expression artistique du «pop art» et le monde du spec- 1.Au Maroc, la Bd a été utilisée pour enseigner le mécanisme de la sécurité sociale, l\u2019utilité de creuser des puits où la culture de la betterave.Elle est très utile dans les populations qui passent du stade verbal au stade visuel sans avoir connu l\u2019étape scripturale.31 :m i HE la HBggj.gum n 7v7\\7n7v odw.¦ >M » III / .iA-bAS.iL FAi'T VU POUC£,AUB. - » Pmsttr\u2019es, r>^ , ; ;: brave aatmâ! se releva ment les Américains qui s\u2019intéressent à nous; en 1927, paraît une Bd de Henriot ayant pour titre L\u2019Esprit gaulois ; selon toute vraisemblance cette bande parvenait de France.Elle disparut deux ans plus tard.L\u2019invasion fut dirigée avec tact et discrétion ; les journaux vendaient (et vendent encore) des bandes américaines que le public dévorait et dévore toujours.Les dessinateurs kébécois se virent exclus un par un, abandonnant ainsi la Bd pour se lancer dans la caricature en commentant les événements de l\u2019actualité.Voici un petit exemple des bandes américaines que publiaient La Presse et La Patrie, en 1931: Hercule dessiné par Rex Maxon, puis peu de temps après Tarzan dessiné par Harold Loster, et en 1937 dessiné par Burn Hogart.Tarzan qui occupe la place la plus importante dans les comics de La Presse apparaît en 1959 en « daily-strip » dessiné par John Célardo.En 1935, La Patrie publie Agent X9 d\u2019Alex Raymond ; il est facile de comprendre qu\u2019aucun dessinateur kébécois n\u2019avait la formation nécessaire pour produire de telles bandes et surtout pour un prix dérisoire, prix qui représente environ $25.00 par semaine.32\tBande dessinée locale dans François 33\tLe couple Vincent, La Cape et l'Epée (D\u2019après Amédée Achard), Ed.Vincent, 1944 44 kV AUV- VOu QUV«> AKiO GtAL«, HAVE «,EEWA^ HEA^D, - vjell \\\u2019m GOMN4 As L£rT 'VOU \\NiOM IViV 'PUNK-BOK^, a 35 IN CHANTANT VA SON CHIMtN TOUT DROIT AUBU TKANÇOIS NOUVELLE SERIE 34\tHarry BRUK, Professeur Punk, triumph Comics.35\tNICOLE, Couverture de François.36\tAnonyme (américain), L\u2019art d\u2019être grand\u2019mère, La Presse, 1910.C*f U* * v* t si 4\u201d>- y y Arrive la guerre \u201939-\u201945, les Américains encore une fois trop occupés par la guerre négligent quelque peu la distribution de leurs petits comics, surtout les « comic-books » qui ne parvenaient pas tous à traverser la frontière.Les Canadiens devant cette pénurie décidèrent donc de créer leurs propres personnages.On assiste donc à la naissance d\u2019une foule de héros qui ont pour la plupart un grand frère ou un air de famille avec certains héros américains.On voit surgir sur le marché une dizaine de titres d\u2019éditions comme: Jokes Comics, Wow Comics, Triumph Comics, Dime Comics, Active Comics, Comando Comics, etc.Le plus célèbre de tous ces héros canadiens nés la plupart à Toronto fut sans contredit Johny Canuck des Dime Comics.Johny Canuck, de la police montée canadienne, qui, comme plusieurs autres héros américains a participé à la guerre, combattit les méchants Allemands et les terribles Japonais, et fit même frémir Hitler.Il y avait aussi le caporal Dixon lui aussi de la police montée qui secourait les belles filles en détresse au beau milieu du Yukon.A part ces héros de type sérieux, il y avait aussi les aventures sentimentales de «Penny», les aventures de 36 45 '* * '' #' «#C V «Billy Beaver», les drôles d\u2019histoires du professeur Punk, etc.Il est intéressant de mentionner que plusieurs Kébé-cois ont participé à ce mouvement, comme par exemple Léo Bachle et E.T.Legault.Après la guerre, les Américains se remirent à la tâche et, peu de temps après, tous les comics canadiens disparurent les uns après les autres, étouffés par une trop grande concurrence.Il faut citer ici le cas des Vincent, couple de jeunes dessinateurs qui publiait en 1944, dans Le Soleil, Le Droit et La Patrie, des Bds de très bonne qualité ; ils se sont fait remercier de leurs services sous la pression des syndicats américains.Ces deux dessinateurs qui avaient fondé les Editions Vincent commençaient sans doute à prendre trop de place dans les journaux kébécois.Ceci est un exemple écoeurant de talents qui furent étouffés par des journaux supposément kébécois; ceux-ci préfèrent encore aujourd\u2019hui acheter du matériel américain à bon marché.Donc, après la guerre, la Bdk n\u2019existait pratiquement plus, mises à part quelques rubriques intitulées À travers l'actualité de la semaine et La vie en image que publiaient La Presse et La Patrie.Heureusement, entrèrent sur le marché kébécois les Éditions Fides avec leurs nouvelles publications pour jeunes.Il s\u2019agissait en fait de revues pour les élèves du cours élémentaire distribuées directement dans les écoles (il faut aller chercher le public là où il est, n\u2019est-ce pas messieurs de Vidéo-Presse?).Ces revues, en plus de contenir des textes didactiques, présentaient des Bds américaines traduites et, enfin, des bandes locales.La plupart d\u2019entre nous se souviennent des revues Claire et François (1944 à 1961), ainsi que L\u2019escolier et L'Ave Maria, et Hérault (1944 à 1963) qui fut sans contredit la plus importante avec son tirage de 75,000 exemplaires.Il faut aussi signaler qu\u2019il y eut de 1949 à 1951 une exportation de Hérault en Europe, mais sans grand succès paraît-il.Le principal dessinateur de Hérault fut Maurice Petitdidier, un Français, mais plusieurs Kébécois participèrent à la création de Bds à l\u2019intérieur de ces revues.On y retrouve comme signature des prénoms comme Nicole, François, Maurice, et on peut même voir les premiers dessins de Dupras dans François.Malgré tout cela, la plupart des bandes qui furent publiées dans ces journaux provenaient des Etats-Unis.Après la grandeur des Éditions Fides, ce fut la décadence; les revues pour jeunes disparurent et avec elles les Bds locales qui laissaient encore une fois les dessinateurs sans emplois.Il faut attendre près de cinq ans pour voir renaître le mouvement de la Bdk qui s\u2019appellera désormais «le renouveau de la Bdk » ; mais tout ça c\u2019est une autre histoire.37 La Course aux millions, Hérault.\" Gilles Thibault Introduction trois, ou Le second souffle L\u2019histoire des disciples artistiques de tous les pays nous a déjà montré qu\u2019il y a toujours, à la source des réussites personnelles, des regroupements d\u2019artistes désireux de promouvoir leur art, soit en l\u2019introduisant carrément dans une société donnée, soit pour le faire évoluer radicalement.Pensons aux nombreuses écoles, aux chapelles, aux maîtres et à leurs élèves, parfois aux maisons d\u2019édition ou aux revues qui regroupent des artistes de mêmes tendances, aux contingences géographiques, linguistiques et, bien sûr, économiques, aux races, aux idéologies, etc.Ceci implique des chefs de files, des animateurs, voire des papes! Mais aussi des marginaux, ces pique-assiettes habituellement géniaux qui séduisent le public par leur isolement.La Bd et le Kébec ne font pas exception à cette règle.Après quelques tentatives isolées, en particulier celle du génial Bourgeois, dont le retard à republier les oeuvres tient de la négligence criminelle, après ces tentatives, donc, comme de jeunes imberbes éparpillent de nouveau, dans un second souffle, des bandes presque dessinées, certains croient que le temps est enfin venu de former des groupes et de créer des revues.Encore là, la méthode du tâtonnement prévaut, rnais la»ssez-moi e'tendre U mouxxef 38 DUPRAS, Les Oraliens: chez le coiffeur (67), Ministère de l\u2019Education.47 d\u2019une part à cause du manque d\u2019expérience des animateurs, lui-même inhérent à l\u2019absence de Bdk, et, d\u2019autre part, à cause des difficultés financières qu\u2019ils doivent rencontrer.Dans un premier geste, donc, ils occupent les trois quarts de leur temps disponible à quémander des fonds, à proposer des plans de financement, à remplir des formulaires de demandes d\u2019Aide à la Création ou à la production.Puis, lorsque le Conseil des Arts et Perspectives-Jeunesse, en particulier, se montrent intéressés, ils se mettent à multiplier les projets! Y a-t-il une autre solution?.Jusque là, donc, les efforts les plus louables sont canalisés dans l\u2019organisation technique! La direction artistique et la conception d\u2019ensemble de la revue, elles, doivent attendre.Aujourd\u2019hui, en particulier à l'Écran et à YHydrocéphale, on accorde beaucoup d\u2019attention à ces deux problèmes.On ne se contente plus d\u2019embrancher et d\u2019emboutir des bandes.Nous arrivons donc à cette décisive étape de la direction artistique.Et du même coup, nous voyons poindre quelques nouveaux noms à la surface, car les mêmes peuvent plus difficilement produire autant s\u2019ils s\u2019occupent de direction artistique ou technique.Tous ces problèmes, présents, passés et à venir, ce sont les principaux intéressés qui nous en parlent avec leur langage écrit du dimanche et leurs saute-d\u2019humour.André Carpentier P.S.Le lecteur sera sans doute étonné de ne pas trouver, dans les pages qui suivent, un texte de présentation de la revue TOMAHAC qui a pourtant déjà publié trois numéros.Notre formule consistait à laisser les intéressés parler eux-mêmes de leurs productions; or, il se trouve que les animateurs de cette revue n\u2019ont pas manifesté leur intention de participer à cet ouvrage, et cela malgré les multiples requêtes que nous leur avons adressées.(A.C.) L£ àOUOJA*- ftOt»sjMMAtfT D\u2019HüMOCrf?' PAS OvSTé t PoT ÇAÏf\t\u2019oîAAUAC itaw/jy T- Le printemps de la Bd Si vous êtes encore de ceux qui croient que la Bd est un amusement pour enfants pas trop sages, un art mineur, une chose pour gens qui n\u2019ont jamais pris goût à la lecture à message, détrompez-vous, et changez au plus vite vos conceptions, avant qu\u2019il ne soit trop tard.Penchez-vous quelques heures sur ces histoires dessinées par André Montpetit et autres illustrateurs kébécois de première valeur, vous comprenez alors pourquoi la Bd est entrée au catalogue des arts depuis fort longtemps : officiellement c\u2019est le Ç ! Le Kébec est en tram de passer à l\u2019heure de la Bd, à l\u2019heure H tant attendue.Les moins optimistes prévoient une invasion massive d\u2019auteurs kébécois.Les journaux si peu enclins jusqu\u2019ici à publier nos créateurs de Bds ouvriront leurs pages d\u2019ici quelques temps.dans deux ou trois ans tout au plus.Il semble que les éditeurs seront plus perspicaces et les devanceront en lançant sur le marché des albums de bandes en noir et blanc pour commencer, puis en couleur.Nos artistes ne sont pas responsables de ce retard.Ils produisent à fond depuis longtemps.Les moyens d\u2019information les boudaient sans raison valable, refusant d\u2019accorder aux bandes kébécoises leur droit de cité au Kébec.Une seule exception: Perspectives a vu venir cette marée.Un folklore imaginaire va naître, enfin, dans ces histoires, bien à nous; des personnages utiliseront nos expressions; les aventures seront à notre image! Un hu- mour correspondant à nos sources et à nos besoins ironiques profonds va jaillir avec force.Imaginez, nos journaux de fin de semaine avec des pages entières de Bds en couleurs réalisées par nos artistes ! Quel rêve extraordinaire ! Mais reculons un peu dans notre histoire pour découvrir la source de cette grande liberté d\u2019expression.Certains créateurs du groupe Chiendent, en particulier, ont su reprendre cet esprit au niveau ou les indiens et les Esquimaux l\u2019avaient déjà porté à son point presque prophétique.D\u2019ailleurs si les Esquimaux faisaient aujourd\u2019hui de la Bd, ils passeraient rapidement maîtres dans cet art.Leur dessin, qui raconte en épisodes des scènes de chasse et de la vie courante sur les bois des caribous sont, au fond, on ne peut plus de la Bd dépouillée de toute convention.La vie y déroule sa thématique naturellement humaine dans l\u2019ordre qui lui convient et non en suivant des règles ou un code.Les Indiens savaient aussi illustrer les aspects de la vie quotidienne, avec les motifs décoratifs de leur folklore.A une certaine hauteur du niveau du sol, leurs tentes illustraient, en bandes parallèles, les exploits de leur clan, de leurs ancêtres, de leurs dieux, comme une véritable histoire sans commencement ni fin.Il est facile de s\u2019imaginer que ces Bds pouvaient à l\u2019occasion devenir une sorte de cinéma animé! Un peu d\u2019herbe à rêver dans le grand calumet et, après quelques bouffées, l\u2019Indien 49 commençait à courir autour de la tente.À une certaine vitesse, pas de doute que les images s\u2019animaient comme au cinéma.Le groupe du chiendent Examinons un peu ce groupe de créateurs, peu connu malheureusement, réuni sous le nom énigmatique de Chiendent, qui est à l\u2019origine de la nouvelle Bdk.Ce serait presque un groupe occulte s\u2019il n\u2019avait réussi à percer le ciel de la notoriété par un de ces plus brillants éléments : André Montpetit, qui a publié bon nombre de Bds depuis ces trois dernières années.Leurs activités sont fort nombreuses, mais la difficulté de faire paraître leurs créations les a confinés jusqu\u2019ici dans une sorte de clandestinité artistique.Voilà une équipe qui a cogité, imaginé, préparé et réalisé des projets de Bd d\u2019un genre révolutionnaire.Des cahiers de dessins produits en collaboration par Claude Haeffeley, auteur des textes et Michel Fortier, Marc-Antoine Nadeau et André Montpetit illustrateurs, sont parmi les bijoux de la Bd que j\u2019ai pu voir jusqu\u2019ici.J\u2019ai d\u2019ailleurs beaucoup de chance de les avoir vus car ils circulent seulement entre amis ; faute d\u2019éditeurs capables de prendre le risque de les publier.Ces cahiers ont des noms évoquateur de rêve: Le baiser chinois, Le cirque national du Québec, Les crevettes sont toujours roses ou la série des aventures mirobolantes de Monsieur Hache, etc.Un inventeur d'histoires loufoques: Claude Haeffeley L\u2019animateur de ce groupe, Claude Haeffeley, inventeur d\u2019histoires loufoques, d\u2019un esprit saccageur dont la Violence est mise en sourdine pour aller s\u2019accorder sur un souffle délirant, adore dans ses contes, dans ses histoires devenues scénarios de Bds, hacher parmi la routine quotidienne à grands tours de bras, passer au tamis les banalités courantes, piéger tous les vices de la médiocrité afin de faire éclater en toute liberté les désirs amoureux de son héros timide, mais qui, tout à coup se change en contestataire impénitent.Lui-même, comme son héros, mi-discret, mi-frondeur, a suscité foule d\u2019expériences intéressantes et nouvelles dans ce domaine de l\u2019écriture et de l\u2019illustration, du graphisme et de la peinture.Depuis longtemps, peut-être vingt ans, il songeait à regrouper les énergies autour de projets comme ceux de la Bd.Il a été le premier à exposer André Montpetit à sa galerie d\u2019art de la rue Peel.A la même époque, il a lancé les cartes postales de Cornelier La semaine des 4 jeudis.Chez Roland Giguère, il publia deux livres de ses poèmes illustrés par Anne Kahane et Gérard Tremblay.Bref, la recherche graphique a toujours fait partie intégrante de son évolution d\u2019auteur.En ce moment, il écrit plusieurs contes qu\u2019il illustre lui-même.Il nous déclare, non sans certaine amertume: «Nous avons publié des Bds ici et là dans des magazines ou des journaux, mais rien n\u2019a encore été édité.Pourtant les éditeurs rencontrés étaient emballés par nos bandes, mais tous ont refusé de s\u2019engager.c\u2019est d\u2019autant plus grave! Encore si ce n\u2019était pas valable.ils auraient eu une excuse.mais non.» «Et les journaux, que font-ils pour la Bd?Les organes d\u2019information sont en train de rater le bateau parce qu\u2019ils ne pensent qu\u2019à faire des gros sous et à donner au public la plupart du temps des choses de mauvais goût.On devrait ouvrir les journaux aux créateurs et leur laisser carte blanche.Il faut laisser travailler l\u2019artiste en paix et pas toujours l\u2019astreindre aux désirs du commercial! Pour le beau, on ne trouve personne qui veuille risquer: on attend que ceux qui n\u2019ont pas d\u2019argent se cassent les reins d\u2019abord, pour ouvrir la voie.à ceux qui en ont.» Aussi Claude Haeffeley a-t-il l\u2019impression de tourner en rond depuis qu\u2019il a investi tellement d\u2019énergie dans le groupe du.Chiendent, ces quatre dernières années.Il possède des tiroirs remplis de contes et de bandes d\u2019un humour désarmant: d\u2019ailleurs lorsque ses amis veulent se dérider, ils lui empruntent une de ses histoires.Donc, dans ce groupe on s\u2019envoie des Bds comme ailleurs on s\u2019écrit des lettres.On parle de ses préoccupations, de ses activités, de ses rêves dans des bandes qui circulent entre amis et dont le style demeure par conséquent un peu hermétique.Marc-Antoine Nadeau et Monsieur Hache Marc-Antoine Nadeau, amoureux de Pilote, de Fred, Alexis et Gir en particulier, a donné déjà au Quartier Latin plusieurs illustrations et une Bd sarcastique sur le maire Jean Drapeau, structurée dans le style qui le caractérise tellement et qu\u2019on pourrait définir ainsi : Nadeau semble jouer avec les carreaux de la bande comme avec des cartes qu\u2019il brasse, découpe, colle dans la page au gré de son imagination.Il renouvelle le cheminement habituel dans un montage d\u2019images qui s\u2019enchevêtrent suivant une logique imaginaire et une sorte de fondu enchaîné comme il s\u2019en produit dans les rêves.Comme un poète qui refuse le vers académique pour s\u2019adonner au vers libre, Nadeau dans sa Bd fait fi des con- 50 Wdeçmmw w&ssp nfêcHAAnrkr / pmr ijjtoij (J 40 à 44 Marc-Antoine NADEAU, Monsieur H conteste MacLean, mars 1969.ventions et laisse l\u2019oeil libre de progresser dans la page comme bon lui semble, de bas en haut ou de droite à gauche indifféremment.L\u2019oeil retrouvant l\u2019exercice de son libre mouvement poursuit alors une lecture dynamique et jouit de la totalité de la bande d\u2019un seul regard.Amant de la vie à travers les belles femmes qu\u2019il dessine avec tendresse et dont les rondeurs potelées semblent offertes docilement aux joies de l\u2019amour merveilleux, Nadeau n\u2019en demeure pas moins un illustrateur qui a connu le travail régulier et formateur du journal: il a collaboré huit mois à Québec-Presse où il illustrait un roman de Jasmin en plus d\u2019une page d\u2019actualité.«Il faut que le créateur ait un contact avec le public s\u2019il veut évoluer vraiment, s\u2019empresse-t-il de me dire, qu\u2019il ressente toutes les semaines les résultats de son travail dans la publication afin de tirer les conclusions qui s\u2019imposent pour la progression qualitative de son art.» Il ne croit pas à la Bd sans scénariste, et Dieu sa:it qu\u2019il en manque au Kébec.Lui, il commence une bande à partir d\u2019une phrase ou même d\u2019un mot qui stimule son imagination.Cela lui donne l\u2019idée du dessin à créer, tout en établissant entre l\u2019histoire écrite et l\u2019image le lien nécessaire.Avec Haeffeley, il a produit dans le MacLean de mars 1969 une aventure de Monsieur Hache, publiée en bichromie.Expressives et fouillées, ses illustrations utilisent aussi avec bonheur certaines tournures d\u2019esprit r propres aux dessins d\u2019enfant.Poète des formes autant que de la ligne, Nadeau développe son imagerie comme un kaléidoscope; parfois libre de toute attache, parfois dans une ronde autour d un ob-5 j jet (.) le Michel Fortier: Le Baiser chinois Michel Fortier, c\u2019est autre chose: il se dégage de son dessin moins de douceur qu\u2019une force brute qui fait appel à une image dont la structure est plus souvent d ordre graphique, au trait incisif et volontaire pour donner un effet de violence marqué.Il n\u2019aime pas faire joli dans ses bandes ou ses «cartoons» .Il recherche même parfois un dessin grossier, vulgaire.Un de ses personnages favoris, sur lequel il travaille actuellement, est une sorte de gros imbécile qui s\u2019exprime avec des grimaces et rit bêtement de sa situation.A travers lui, l\u2019auteur fait passer une foule d\u2019observations sur les conflits de la vie quotidienne.Avec Robert Crumb et le groupe de San Francisco, ses auteurs préférés sont Franquin, Reiser, Morris, Steinberg et le peintre Klee.Mais chez ce dernier, tout l\u2019intéresse, du meuble à la sérigraphie, et cette technique, qu\u2019il utilise dans les affiches qu\u2019il produit pour vivre, l\u2019a aidé par ailleurs à simplifier son dessin en vue d\u2019amener une lecture plus rapide et plus efficace de l\u2019image qui touche immédiatement le lecteur.Michel Fortier a terminé avec Haeffeley un album prêt à être publié: Le Baiser chinois qui, avec Le cirque national du Québec que j\u2019ai en ce moment entre^les mains, sont deux livres extraordinaires.Pour Fortier, aussi, bien sûr, ce n\u2019est pas tout de faire voir ses oeuvres à quelques personnes.«Si on ne publie pas, comment arriver à découvrir un véritable langage de la bande qui saura parler à tous les publics?» Chez lui on retrouve la même amertume que chez les autres qui ont fait des démarches sans résultat auprès des journaux et des éditeurs.«A la fin, tout ça, ça écoeure un gars», dit-il sur un ton qui met à nu le découragement qui l\u2019envahit parfois face aux débuts difficiles de la Bd au Kébec.André Montpetit: de La Pollution à l'an 2002 au Carré St-Louis.Andre Montpetit, que tous ses amis considèrent comme le maître de la Bdk, jette des tas de dessins, recommence jusqu\u2019à la perfection, travaille peu (pour faire de l\u2019argent), mais dessine tout le temps pour son plaisir.Comme la 51 m uësük QUE EÆçü NOUS H'mi.tÿi WeonB.VIOLB VAWcEUÈ.- .Monsieur Hache coupe les fils du télé-phone et aussi l\u2019électricité puis sort une bougie qu\u2019il allume et se présente: je suis un fonctionnaire paisible, honnête et courtois, mais ma patience a des limites mademoiselle Cunégonde.Veuillez me servir immédiatement un sérum à la framboise avec 2 boules de crème glacée.Je ne m\u2019appelle pas Cunégonde, proteste la vendeuse, mon nom est Varicelle Astrale et je m\u2019en vais prévenir le patron, monsieur Oscar, ajoute la jeune fille furieuse mais de plus en plus belle.Vous êtes vraiment une employée modèle, vous me plaisez infiniment.Varicelle, je vous aime\u2014tenez, buvez et vous m\u2019en direz des nouvelles.Monsieur Hache lui tend la bouteille de cognac.Mademoiselle Astrale vide le flacon puis fait signe au patron de sortir 41 plupart des membres du groupe Chiendent, il a près de trente ans.Il cherche encore moins que les autres à fignoler le réel pour faire véridique: tout chez-lui brûle au feu de son monde imaginaire si bien que, lorsqu\u2019on le rencontre dans la rue, il semble bel et bien perdu et ne s\u2019aperçoit même pas qu\u2019on le côtoie.Évidemment, une vie intérieure si accaparante ne va pas sans dangers, ou plutôt sans problèmes, pour gagner sa subsistance avec ses dessins.A Perspectives, il a vendu, depuis 1969, cinq Bds en couleurs de deux grandes pages mais, souvent, il a la surprise d\u2019entendre le rédacteur en chef, Pierre Gascon, lui dire: «Mais ce n\u2019est pas pour nous cette bande, André, ça va toucher au plus 10,000 personnes.» Lui pense: « 10,000 personnes qui vont aimer ça! C\u2019est extraordinaire!» Pourtant la réalité du travail est toute autre puisque Perspectives rejoint près de trois millions de lecteurs.Le style du dessin et le choix du sujet doivent se plier à des exigences strictes.Alors, quand il a fait accepter une idée, il met une semaine pour la développer et seulement deux jours pour dessiner et colorer toute la bande.«Je ne suis pas logique, moi, je travaille en fou ! » À Perspectives, il a donc donné cinq superbes bandes couleurs dont les titres sont La Pollution, La Bombe, Un Conte de Noel, Alcool et Tabac, Printemps.Je me souviens qu\u2019il a passé dans le Quartier Latin une bande sur l\u2019Industrie CEGEP et une autre sur les rêves devenus réalité.Il faudrait aussi sortir de l\u2019oubli la très belle bande L\u2019an 2002 au Carré Saint-Louis où un serpent nommé William adore dévorer les policiers parce que ça lui fait voir des éléphants roses.Si Montpetit utilise le langage courant de la bande, il le métamorphose à tout coup.Ainsi avoir une idée qui se traduit par une ampoule allumée devient chez lui un objet follement décoré comme on n\u2019en peut trouver que dans les rêves d\u2019enfants, la nuit de Noël.Il transforme tout pour les besoins de son expression délirante; en fait, par sa ligne vibrante, tantôt ondulée, tantôt rigide, tantôt brisée, tantôt zigzagante, il arrive à rendre halluciné l\u2019espace pictural de son dessin.Cet effet est particulièrement intense dans Le Carré à l'An 2002 où, en plus, alternent les sourires naïvement joyeux des jeunes gens et la denture énorme et apeurée des policiers devant le serpent William.Toute la gamme des émotions et des thèmes chers à Montpetit (conflit entre les jeunes \u2014 les bons \u2014 et l\u2019autorité, ici la police \u2014 les mauvais \u2014 qui sont détruits et dévorés par l\u2019esprit de vengeance personnifié dans le serpent William, symbole de la sexualité qui, satisfaite, fait monter au ciel des éléphants roses de bonheur.) se donnent la main pour faire une joyeuse ronde.Cette bande a une allure de dessin animé tellement tout y est vivant.Montpetit a su garder, de l\u2019imagination enfantine, toute la fraîcheur: son esprit d\u2019invention ne connaît pas de limite.Dans la bande Le Printemps, l\u2019hibernation des animaux cesse au son d\u2019un réveille-matin saisonnier; ailleurs, un ange voyage en hélicoptère; dans Alcool.la langue du triste héros se termine en bulle de langage.parce qu\u2019il arrive difficilement à s\u2019exprimer et qu\u2019il a le mot encore sur le bout de la langue! Il faut dire que le dessin de Montpetit cache entre ses lignes une certaine dose d\u2019agressivité mal contenue qui semble vouloir éclater à tout moment.Ses bandes sont proprement électrifiantes: elles nous branchent sur un courant de vie qui produit d\u2019étranges mutations (celles où la monotonie du quotidien craque de toutes parts pour laisser jaillir enfin le grand feu d\u2019artifice de l\u2019amour, du rêve, de la folie heureuse.) Georges Raby, (Montréal) (Article paru dans Culture Vivante # 22, le 22 septembre 1971) La parole à chiendent.André Carpentier \u2014 Claude Haeffely, à quel moment peut-on situer l\u2019expérience de Chiendent ?Claude Haeffely \u2014 Chiendent est né à l\u2019automne 68.et n\u2019a duré que six mois.André Carpentier \u2014 Qui faisait partie de Chiendent?Claude Haeffely \u2014 Il y avait Michel Fortier, Marc-Antoine Nadeau, André Montpetit et moi.André Carpentier \u2014 Comment le groupe s\u2019est-il formé ?Claude Haeffely \u2014 Chiendent, au départ, c\u2019était un désir de travailler avec d\u2019autres.(A un moment donné, on se trouve seul, on écrit.) J\u2019ai rencontré André (Montpetit) à la fin 64.Michel (Fortier) et Marc (Antoine Nadeau), je les ai rencontrés en 65 par l\u2019intermédiaire d\u2019André.Les sympathies sont nées rapidement; je pense que nous étions sur la même longueur d\u2019onde.On s\u2019entendait bien.On aimait bien manger, boire, discuter ensemble pour le simple plaisir de la chose.Il y avait aussi, en chacun, le désir de travailler en commun : c\u2019est de là que sont nés les nombreux projets de Chiendent./ André Carpentier \u2014Je pense qu\u2019il n\u2019y avait pas que des projets de Bd.Claude Haeffely \u2014 Nous avions aussi pensé à la radio, aux journaux, à un théâtre de marionnettes.mais en ce qui concerne la Bd je dois admettre que nous avions pris nos désirs pour des réalités, ce qui fait, d\u2019ailleurs, que nous avions des idées précises sur ce que nous voulions faire.Nous avons réalisé, donc, trois albums qui ne sont jamais sortis, et quelques bandes, dont celle de Marc-Antoine publiée dans Le Maclean Silence Tu comprends, nous avions besoin du «support édition»; nous devenions automatiquement dépendants de quelqu\u2019un.Et d\u2019autre part, il y avait cette difficulté àintéresser les éditeurs.ÇrsWuNlFQM?- WHARf Pfepfg LES OISEAUX TARTE AU w JE VÉU* OCCU PHARMACIE, AINSI JE PoOrMi DI QUESfiw\\X mLmwSsT WoW (Ces quelques phrases, CH les prononça avec une ferveur étonnante, quoique sans amphase ; son débit rapide cachait un calme dont je ne fus certainement pas le premier à m\u2019étonner.) (Tu devrais plutôt écrire « les projets de CH parce que c\u2019est lui qui avait les idées.» M.-A.N.) (Personnellement, j\u2019étais surtout intéressé au graphisme.M.F.) (À quelques reprises, au cours de cette rencontre, il me prit ainsi à témoin; cela créa rapidement une atmosphère de détente.Il faut dire que je n\u2019ai pas l\u2019habitude des interviews.) 53 (J.Hébert a fait faire des cotations, mais il s\u2019est rendu compte que ça ne pouvait pas être rentable.M.-A.N.) (À partir d\u2019un texte continu, j\u2019ai volontairement travaillé en fonction d\u2019une Bd; ça m\u2019a donné une bonne technique.Une bonne discipline aussi.Mais je ne suis pas vraiment un gars de Bd, mais plutôt un illustrateur.M.F.) (Je n\u2019ai jamais trop escompté un succès commercial avec les trois albums ; mais je pensais que ça aurait pu déboucher sur quelque chose d\u2019autre.M.-A.N.) (C\u2019est exactement cela.M.-A.N & M.F.) (Ce n\u2019était pas de la Bd.M.-A.N & M.F.) (Personnellement, je n\u2019en avais pas concien-ce.M.F.) (C\u2019est vrai: nous n\u2019avons jamais réellement été un groupe.M.F.& M.-A.N.) (\"Visiblement, après deux mots, cette phrase ne l\u2019intéressait plus: il la termina comme il l\u2019avait commencée.) (Il faut admettre qu\u2019il me l\u2019avait dit.) (Oui! M.- A.N.) (C\u2019est exactement ça: un certain humour! MF.) (Un état d\u2019esprit ; oui.M.-A.N.& M.F.) André Carpentier \u2014 À qui avez-vous présenté les trois albums ?Claude Haeffely \u2014 A Jacques Hébert et à Alain Stanké.Hébert semblait emballé, mais c\u2019était trop marginal pour l\u2019époque; les coûts de fabrication, aussi, auraient été trop élevés.Stanké nous avait fait une réponse du même genre ; il avait tout juste réglé ça un peu plus rapidement.Paul-Marie Lapointe était aussi très intéressé par le projet et je pense qu\u2019il aurait poursuivi l\u2019expérience, dans Maclean, s\u2019il n\u2019avait démissionné un mois plus tard; la revue ne devait plus contenir que des articles traduits (etc.).André Carpentier \u2014 Mais est-ce que vos albums étaient vraiment marginaux ?Claude Haeffely \u2014 Je ne l\u2019ai jamais cru.On savait bien qu\u2019on ne toucherait pas tous les publics, mais il y avait quand même certains jeunes, des jeunes d\u2019esprit, qui étaient prêts, je crois, pour ce genre de chose.Je ne suis pas un diffuseur, ni un spécialiste du livre, mais je pense que nous aurions pu vendre de cinq à dix milles exemplaires.André Carpentier \u2014 Les éditeurs se méfiaient sans doute d\u2019un produit sans précédent, sans caution venant de l\u2019étranger.Claude Haeffely \u2014 Voilà.Il n\u2019y avait pas eu d\u2019expérience dans ce domaine, car il faut dire que ce que nous faisions, ce n\u2019était pas vraiment de la Bd.Nous cherchions seulement à intégrer le texte et l\u2019image, mais.André Carpentier \u2014 Cela suffit-il pour être une Bd?On peut se poser la question.Claude Haeffely \u2014 A vrai dire, je ne pense pas pouvoir y répondre.André Carpentier \u2014 Je voudrais revenir au groupe.Claude'Haeffely \u2014 Oui.André Carpentier \u2014 Est-ce que je me trompe en disant que Chiendent aurait voulu devenir un groupe actif, voire influent.Claude Haeffely \u2014 C\u2019est vrai.André Carpentier \u2014 .mais qu\u2019il a finalement avorté/ Claude Haeffely \u2014 Nous ne sommes jamais réellement devenus un groupe parce qu\u2019en fait nous n\u2019avons pas eu d\u2019action précise: un groupe doit quand même se manifester, pour être; il doit dépasser le stade des projets.Tu vois, André, nous voulions réunir des artistes de tous genres: Chapleau, Cornelier, Duguay, Chamberland.Nous voulions rester ouverts et surtout ne pas former une chapelle à quatre.Nous étions intéressés au sang nouveau.Mais voilà: les événements.Andm Carpentier \u2014 Les objets de vos entreprises, Bd et marionnettes en particulier, tendraient à montrer que vous penchiez volontairement du côté du marginal/ Claude Haeffely\u2014Je te le disais tout à l\u2019heure: nous ne nous sommes jamais posés la question.Ce qui nous réunissait, en fait, c\u2019était un certain humour, un humour acide.C\u2019était plutôt une question d\u2019état d\u2019esprit qu\u2019une volonté profonde de faire du «parallèle» ou de l\u2019underground.Je ne sais même pas, d\u2019ailleurs, si cela en était?54 André Charpentier \u2014 Mais y avait-il une pensée cohérente, pour ne pas dire une théorie ou une philosophie, qui animait Chiendent?Claude Haeffely \u2014Je pense encore qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un état d\u2019esprit; cette pensée serait venue avec la production, car il est certain que nous aurions approfondi certaines choses.Je pense que les choses doivent se développer en fonction de besoins précis; ainsi, nos projets se seraient développés si nous avions pu travailler plus longtemps ensemble.On ne peut pas partir sur des théories; ce n\u2019est qu\u2019au fur et à mesure de la production que nous aurions pu dégager des idées de force.À vrai dire, j\u2019espérais que Chiendent se développe dans tous les domaines et que des gens viennent s\u2019y greffer; je pense que les trois autres partageaient ces idées.André Carpentier \u2014 Au fond, c\u2019est la production elle-même qui vous intéressait, plus que/ Claude Haeffely \u2014 Je ne pense pas que l\u2019on puisse bâtir du vivant sur des théories ou des principes; c\u2019est la réalisation des choses qui nous intéressait.Mais en même temps, on ne se faisait pas trop d\u2019illusions : on ne croyait pas pouvoir faire toute de suite des choses très au point.Il y avait une longue période de tâtonnements à traverser.Et d\u2019ailleurs \u2014 ici je ne parle pas nécessairement au nom des trois autres, mais \u2014; je me considère d\u2019abord comme un artisan.André Carpentier \u2014 En ce qui concerne l\u2019environnement.Claude Haeffely \u2014 Oui: c\u2019est important.André Carpentier\u2014 .est-ce que le carré Saint-Louis a joué un certain rôle dans votre entreprise?Claude Haeffely \u2014 Non.Pas à cette époque là.Mais quand même, nous étions près les uns des autres; et je pense que ça comptait pour beaucoup.Nous étions tous un peu casaniers.En réalité, oui: le quartier y était pour quelque chose; mais peut-être pas dans le sens de ta question.Silence André Carpentier \u2014 Toi-même, à l\u2019intérieur du groupe, ne jouais-tu pas un peu un rôle d\u2019animateur?Est-ce que tu n\u2019étais pas à l\u2019origine des différents projets ?Claude Haf\u2014 Ou-ouais.Sans doute (?) Nous étions, je pense, très souples.Mes textes, par exemple, étaient très malléables.Nous étions très libres de nos productions et de nos opinions.André Carpentier \u2014 Tu ne semblés pas très rancunier face à/ Claude Haeffely \u2014Je ne le sais pas.Ce fut quand même une période très riche; et puis: on ne travaillait pas vraiment pour la réussite, même si cela eut été agréable.Enfin.Silence .on a quand même réalisé ces maquettes.Aujourd\u2019hui, je ne tiens vraiment pas à publier ça.Mais on pourrait peut-être faire autre chose.(À cette époque-là, d\u2019ailleurs, le carré Saint-Louis n\u2019était pas ce qu\u2019il a été par la suite.M.F.) (Sans aucun doute.M.-A.N.) (Nous étions très libres, face aux textes; mais en même temps, nous restions assez près.M.F.) (On ne travaillait pas du tout en fonction d\u2019une réussite possible.On travaillait pour faire.des choses! M.F.) (J\u2019allais le demander.) 55 Remarque, quand même, que nous sommes restés un peu frustrés.Mais je ne suis pas amer du tout; pas du tout.Je n\u2019en veux à personne, même à ceux qui auraient pu nous aider à certains moments.En fin de compte, ce n\u2019est pas plus important que cela: nous ne nous sommes jamais crus indispensables.André Carpentier \u2014 Mais crois-tu que Chiendent aurait pu devenir une sorte de mouvement ?Claude Haeffely \u2014 Je ne sais pas; des petits de même esprit auraient pu se multiplier, c\u2019est certain.mais nous entrons dans des hypothèses! Tu vois, nous étions très ouverts; si Chiendent avait pu fonctionner, par des réalisations concrètes, nous aurions contacté d\u2019autres personnes, comme je te le disais tout à l\u2019heure.Mais nous n\u2019avons certainement pas cherché à nous entourer de disciples!.Non.André Carpentier \u2014 Le Printemps de la Bdk, comme dit Georges (Raby), est-ce que c\u2019est bien vous?Claude Haeffely \u2014 Je ne sais pas.Il est bien gentil, Raby, de dire ça, mais.je ne sais pas ?Silence En fin de compte, ce n\u2019est pas plus important que cela.André Carpentier \u2014 Alors, comment se fait-il que tant de gens connaissent Chiendent?Claude Haeffeley \u2014 Il y a une espèce de légende qui est venue je ne sais au juste comment!?).Il y a des gens qui, de temps en temps, en parlent.André Carpentier \u2014 Comment Chiendent s\u2019est-il terminé?Claude Haeffely \u2014 Eh bien.Il y a eu les refus des éditeurs qui nous ont un peu miné, surtout, je pense, les trois jeunes \u2014 car il faut dire que je pourrais être leur père.À ce moment là, aussi, j\u2019ai quitté les Affaires Culturelles et je suis parti en Europe pour une période de six mois.A mon retour, on n\u2019en a plus reparlé.Silence La seule chose que je regrette, c\u2019est justement que nous n\u2019ayons pas poursuivi.Je pense que nous serions arrivés à des choses très intéressantes; six mois, en somme, c\u2019est très court.Nous n\u2019en étions qu\u2019au début.(A.C.).Montréal, Avril 73 45 à 51 Daniel Boivert, Illustrations inédites Ben Difficile histoire: MADE IN KEBEC Il y avait une fois, dans l\u2019Estrie, deux jeunes Kébécois bien entreprenants et bien courageux.Encore étudiants dans une école secondaire de la Reine des Bois-Francs, ils décidèrent, sans doute envoûtés par les pouvoirs d\u2019une fée malicieuse ou psychiquement incommodés par les odeurs sous-alimentaires de la cafétéria où ils se trouvaient, de rédiger, d\u2019éditer et de publier un petit recueil de leurs propres créations.L\u2019élément le plus fantastique de l\u2019histoire, c\u2019est que les dites créations à publier étaient des Bds et que le titre de ce premier recueil était Ma(r)de in Kebec; pour devenir par euphémisme, à son dernier numéro, Made in Kebec.Et ceci bien avant que de grands Kébécois adultes de la Métropole en exploitent le titre pour vendre des «longs jeux» et des émissions de radio1.Tout cela arriva à Sherbrooke, petite ville très nord-américaine, en même temps que sur la côte ouest des États-Unis s\u2019élaborait en monopole la presse underground, à peine connue en France par quelques intellectuels ayant pris contact avec le XXe siècle.C\u2019est en juin 1970 que parut le premier numéro (# 0) de Made in Kebec entièrement conçu et réalisé par Fernand Choquette (Fern\u2019) et André Boisvert (Bois\u2019).Numéro spécial, parce que premier du genre dans la région, mais surtout par sa présentation en forme de calepin de seize pages; ceci dû à une erreur d\u2019imprimerie.Comme il se doit, le thème de base portait 1.Au Kebec, il n\u2019y a pas de droits d\u2019auteur, mais seulement des «droits d\u2019hauteur» par rapport à la grande ville de Montréal, étalon d\u2019or de la culture et du commerce, comme Paris pour la France.sur la drogue.Le plus extraordinaire de cette première aventure dans la Bdk, c\u2019est que cette artisanale publication de chez-nous entra totalement dans son argent.On a cru naïvement, pour un moment, que les Kébécois pouvaient acheter autres choses que des «journaux jaunes».Une telle entreprise de vente d\u2019un produit entièrement fait par des Kébécois sans «main-mise» parasitaire sur une importation américaine ou européenne demeure un phénomène unique, et sans précédent.Ce qui explique cette première réussite, c\u2019est l\u2019enthousiasme et la cohérence de deux dessinateurs sans complexe et une distribution autonome garantie.Il n\u2019y eut aucun intermédiaire entre les auteurs et les lecteurs, sinon l\u2019imprimerie universitaire qui avait permis un tirage de 500 exemplaires à un coût de $30.00.Choquette et Boisvert distribuèrent eux-mêmes leurs créations dans le milieu universitaire et «tavernier» de la localité.Sans notion de marketing, ils respectaient accidentellement une uniformité d\u2019acheteur dans la distribution.Après seulement une heure et demie, la vente était terminée et l\u2019argent réinvestie dans le milieu «tavernier» pour permettre un meilleur roulement de l\u2019économie locale.Il ne faut pas oublier que quelques années auparavant, Robert Crumb avait lui-même distribué dans les mêmes milieux de San Francisco ses premières oeuvres qui avaient amorcé le premier mouvement de la presse underground.Deux Sherbrookois répétèrent le même rite, mais sans la même suite.Le reste de l\u2019histoire est moins merveilleuse, parce qu\u2019elle se passe au Kébec, et qu\u2019entre la Californie et le 57 Photo l\u2019Hydrocéphale 58 QKolçA PUE ETÇA A LA couleur» riais rioj T'A] ÎAÎn, ON T'ftA LE ,V JoofVm APRÈS TAISAIT SooRWAl £ INSPIR ATION 46 Bo\\s-1i Kébec il existe une immense frontière psychologique et économique distinguant deux mentalités culturelles.Pour les Américains, la contre-culture est naturelle, nécessaire, salutaire et même rentable.Pour les Kébécois c\u2019est quelque chose que l\u2019on copie artificiellement et distribue seulement lorsque l\u2019on sait que ce n\u2019est plus choquant ou dangereux pour la «libéralité» du système établi.Ceci dit, avec le numéro 1 apparaît une «plaie» typiquement Kébécoise dans le milieu des affaires: la ziza-\u201c2 Encore enivrés de leur premier succès, Fernand nie Choquette et André Boisvert décidèrent d\u2019ajouter trente-six pages, portant la revue à cinquante-deux pages, et de s\u2019affilier avec deux autres collaborateurs : Daniel Boisvert et Denis Lussier.Le tirage fut même porté à 2000 exemplaires en janvier 1971.Tout allait pour le mieux, jusqu\u2019au moment de la distribution.Pour résumer la triste suite, disons que c\u2019est le numéro cpii s\u2019est le plus donné honnêtement et malhonnêtement.A partir de cette générosité mal comprise, une nouvelle ère commençait pour Made in Kebec.André Boisvert, l\u2019un des deux piliers de la revue, était parti à Québec.D\u2019ailleurs, ce dernier ne réapparaîtra plus dans les numéros qui suivront tout en participant indirectement à leur élaboration.Fernand Choquette, l\u2019autre pilier, travaillait à Montréal et faisait parvenir ses planches de cet endroit.Les autres collabora- 2.Voir les textes de Goscinny, illustrés par Uderzo sur ce sujet; parus aux éditions Dargaud. \"6(0 A DECIDE\" ÜLE Ta1ae ComEÇACjUCO^RECT IMPRESSION teurs ayant appris à boire pour respecter les règles de l\u2019économie locale, il n\u2019y avait plus de contact durables au sein de l\u2019équipe.Cependant, c\u2019est le numéro qui a eu le plus d\u2019impact au Kébec, amenant de nombreuses critiques très partagées.Certains affirment que c\u2019est un numéro pour collectionneurs à cause de sa rareté ; spéculations venant sûrement des propriétaires des nombreuses caisses disparues lors de la distribution.Au Kébec, avec le vol du coeur du frère André, ceci est une histoire à suivre.Poussé par une force occulte, Daniel Boisvert prend en main la revue à partir du numéro 2.Le manque de communications entre les membres de l\u2019équipe amène une affreuse production et une déplorable distribution.Ce numéro 2, tiré à 2,000 exemplaires, aura quarante pages.Imprimé d\u2019une manière plus ou moins clandestine dans une imprimerie du Carré Saint-Louis à Montréal, il parut en avril 197 1.Chaque numéro fut vendu au prix du verre de bière à l\u2019époque.Inutile de dire qu\u2019il n\u2019y eut aucun état de compte, de même qu\u2019aucun état de grâce.Il est intéressant de constater le nombre assez imposant de collaborateurs pour ce numéro; certains ayant déjà une réputation dans la Bdk.L\u2019on pouvait se rendre compte d\u2019une nette amélioration graphique avec la participation de Tony Galéazzi, Philibert et Michel Thomas Poulin pour la couverture.C\u2019est le numéro qui marque les débuts d\u2019un personnage qu\u2019on espère voir renaître un jour: Nanh Reff de Fern\u2019.Daniel Boisvert et Marc Sévigny se réservant les textes, deux nouveaux venus risquent quelques des- L\tJ; '*//¦/ J ;'ï C /\u2022 V/ DISTR IB UTI ON !» sins : Denis Lussier avec une petite étude graphique et Denis Boucher avec quelques dessins d\u2019enfants aux allures poétiques.Toujours sous la poussée d\u2019un magnétisme magique et inexplicable, apparaît sur le marché fantôme de la Bdk, un numéro 3, pendant l\u2019été 1971.Numéro toujours imprimé secrètement à Montréal.Ce numéro de quarante pages atteindra un tirage de 4,000 exemplaires.Malgré le continuel manque de cohérence administrative et de contacts entre les dessinateurs, Daniel Boisvert, sous l\u2019euphorie du néant financier, voulait ambitieusement fonder sa propre maison d\u2019édition.Ce voeu balzacien demeura pieux.Mais ce désir éveilla au sein du groupe concerné un hypnotique emballement rempli des plus beaux espoirs d\u2019avenir.À chaque numéro venaient s\u2019ajouter des participants avec de plus en plus de potentiel graphique et imaginatif: Gilbert Bolduc (Yogi), Pier Cadieu, Raymond Dupuis, R.Paradis, un nommé St-Laurent et un nommé Drouin, plus l\u2019entrée fracassante de Nimus avec sept pages en «full color process».Philibert avait même pris la peine et le temps de fournir une dizaine de pages.Même si l\u2019on expérimenta la couleur, c\u2019est un numéro qui demeure médiocre, mais louable par sa variété et ses tentatives diverses.Le dernier numéro (4) apparut au début de 1972.On y dénote déjà le digressif souffle de la mort: de quarante pages, l\u2019on passe à trente-six pages; avec une prévision de 49 _ o 0_______________________.Mu UOlE LIS PvrFA\\PES OON»T \\ /oui^lT Blew ; nlriE
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.