Le violon, 24 décembre 1887, samedi 24 décembre 1887
[" 14% Une table faite de corps humains :, Une table vraiment fantastique et d\u2019un \u201c°° géalisme effrayant se trouve, dit un conteur \u201c \u2018Peut-être trop\u2019 fantaisiste, dans le palais \"Pitti, a Florence.Il paraît étrange de trouver cette \u2018table au.milieu des chefs-d\u2019œuvre le l\u2019art.Elle fut fabriquée par Giuseppe vShgatti, qui, employa plusieurs années à l\u2019a.*éhever, Pour celui qui l'aperçoit elle paraît dh curieux travail de marbres de nuances 5 l\u2019diverses, car elle ressemble à une pierre po- %.NE, et pourtant elle n\u2019est composée que de .\u2018morceaux de muscles, cœurs et intestins, de M-2prps humains.Il a fallu pour la fabriquer àauhe centaine de cadavres.Ce Lette table est ronde, d'une larger.d'un re de diamètre, avec un piédestal et age i Ra an so > quatre griffes, ct le tout est de chair humaine pétrifiée.Son auteur est mort depuis cinquante ans.Après avoir passé par les mains de trois propriétaires dont le dernier s'est suicidé et l'a arrosée de \u2018son sang, elle est arrivée au palais Pitti.Sagatti était parvenu à solidifier les corps en les plongeant dans plusieurs bains.minéraux.Il obtenait les cadavres de l'hôpital.Les intestins servirent pour les ornements du piéiestal.Les griffes sont faites avec les foies, les cœurs et les poumons, et conservent la couleur de la chair.La table est faite de muscles artistiquement arrangés.Autour, il y à une centaine d\u2019yeux et d'oreilles qui produisent le plus étrange effet.,.Les yeux, diton,.semblent.vivants et vous, regardent & quelque point: que vous vous.placiez.Ce fut le travail fe plus difficile de artiste, Il fut content de son œuvre et communiqua aux savants sa méthode.Le dernier propriétaire de cette table, Giaccomo Rittaboca, l\u2019avait placée au centre de son salon et se faisait un plaisir de la montrer aux visiteurs en disant que c'était l'œuvre d'un sculpteur original, puis, le soir venu, il en expliquait la véritable origine.Une nuit de Noël, il avait réuni quelques amis, et l'on jouait aux cartes sur cette table.Rittaboca perdit et les yeux de la table le fascinaient ; il était pâle, agité ; enfin il se leva et.marcha à pas pressés, puis vint se rasseoir et perdit encore, distrait par\u2019 la fixité de ces regards qui le poursuivaient.On voulut le faire changer de place, on couvrit ces-yeux importuns.C'est inutile,\u2019 dit- \u2018satisfaits.Ls : .A | \u201c ADMINISTRATION ANNONCES nr mre x - \u2026 -, MESURE AGATE hi REDACTION 5 a 45 lire INSERTION, 10 Cents po 45 Autre ¥ (6 Cents \\E + =) © BLAGE JACQUES-CARTIER A LONGS TERMES ! MONTREAL _\u2014 CONDITIONS SPECIALES { \u201cABONNEMENT \u2014.LE NUMERO ; UN AN - $1.0C ! Vise, ! J - STRICTEMENT D'AVANES.DEUX CENTINS , JOURNAL QUI FAIT DANSER \u201d | VOL.II MONTREAL, SAMEDI, 24 DECEMBRE 1887 No 14 Ù fo F.X.LEMIEUX, Cownuwunes, Otuiwa, Ont, SCENE NOCTURNE DANS LE CIMETIERE DE LAPRAIRIE M.GoverTE\u2014Excusez, mes amis, si je vous dérange comme ga.Je viens de faire annuler mon élection.Tout est à recommencer.Si mes agents viennent vous retrouver pour voter de nouveau, ne bougez pas.Vos votes m'ont causé bien du chagrin.CHœur DES Trérassés\u2014Dévire ! ton chien est mort pour avoir encore nos votes.Fichez votre camp et laissez-nous reposer.il, et il raconta à ses amis toute l\u2019histoire\u2019 de cette table composée de parties humaines, \u201c Ce n\u2019est pas du marbré, dit-il, c\u2019est de la chair, de vrais muscles, cle véritables cœurs.Voyez : ils sont encore vivants.Ces yeux vous parlent, je ne puis les supporter ; ils me rendront fou.\u201d Alors subitement, il prend un poignard, et, avant qu\u2019on cût le temps dé retenir son bras, il s'était frappé au cœur en lisant à ses amis ! J'en suis dé- darrassé ! Son sang coula sur la table et son corps roula par terre.Ses héritiers :furent heureux de vendre le meuble au gouvernement, et si le conservateur du Palais Pitti veut le prêter à l'exposition, les Américains amoureux de fortes émotions \u2018pourroht\"ette \u2018 x cher.Ne vous dérangez! pas.LE VIOLON Parait tous les samedis.L'abonnement est de $1.00 par année, invariablement payable d'avance.Nous le vendons aux agents seize cents la douzaine.Toutes communications doivent être adressées comme suit : LE VIOLON, 45, Place Jacques-Cartier, MONTRÉAL.H.BERTHELOT, RÉDACTEUR.MONTRÉAL, 24 DECEMBRE 1887 LES CINQ TREPASSES DE LAPRAIRIE SCÈNE NOCTURNE DANS UN CIMETIÈRE Il est minuit ! L'hiver a étendu sur la \u201cterre son lingeul de neige et de frimas.Le vent gémit à travers les vieux pins et les ifs rabougris.Pas une âme dans les rues de Laprairie.Le silence de la nuit n\u2019est troublé que par les aboiements des chiens à la lune qui vient de temps en temps montrer sa corne dans un chaos de nuages.Cependant une oreille exercée aurait entendu dans le cimetière un bruit insolite, c'était quelque chose comme le craquement d\u2019une croute de verglas se cassant subitement.Puis ce fut un long soupir qui se perdit dans le bruissement des cyprès.À ce soupir répondit un crépitement étrange dans une autre partie du cimetière.Une bourrasque violente avait déblayé la neige près de cinq tombes.Les cinq tertres se fendirent et donnèrent passage à des fantômes terribles.Cinq trépassés venaient de sortir de leurs fosses en agitant dans l\u2019air des suaires qui claquèrent avec un bruit sinistre dans la brise, L'un deux se mit sur son séant et sembla interroger l'horizon.Le froid de la nuit l'avait saisi et ses mâchoires se choquérent convulsivement en produisant un son des plus lugubres.Il appuya une main sur la pierre froide de son tombeau et porta l\u2019autre à son crâne avec le geste d\u2019un homme qui se réveille d'un long cauchemar.Le mort s\u2019aperçut que quatre de ses compagnons avaient comme lui soulevé le couvercle de leurs cercueils et étaient sortis pour respirer l'air glacial de la nuit.S'adressant à un de ses compagnons : \u2014Il me semble, dit-il, que quelqu'un vient de troubler notre repos.Qui est-ce qui pourrait bien venir nous faire visite à cette heure de la nuit ?\u2014 Vous avez raison, répondit son voisin, en se levant près de sa pierre tumulaire.J'ai dictinctement entendu une personne qui ouvrait la porte du cimetière._ \u2014Tenez, regardez un peu de ce côté, là- bas près de ce sarcophage.Ne voyez-vous pas un homme avec un fanal ?c\u2019est lui qui est-venu nous déranger.Hola! Hola! l\u2019homme ! que venez-vous faire à cette heure dans le dortoir des morts ?\u2019 Le vivant, qui s'avançait vers les cinq trépassés leva sa lanterne comme polir lancer ses rayons dans la partie la plus éloignée du cimetière et se posa l'index de la main droite sur les lèvres en disant : .\u2018\u2014P'stt, P'stt ! silence ! c\u2019est moi, n ign ez rien.Je suis venu jaser une minute cr Te avec vous.Je n'ai aucune mauvaise inten- \u2018tion à votre égard.Laissez-moi.m'appro- Le vivant \u2018B'approcha de\u2018 l'endroit où étaient les cinq trépassés et la conversation suivante s\u2019engagea entre les six personnages.1ER MORT.\u2014 Voyons, qu'est-ce qu\u2019il y a?Pourquoi nous avoir éveillés ?Dépêchezvous, il fait un froid dé loup.Je crains d'attraper une fluxion, L\u2019Homme.\u2014C'est moi qui suis, ou plutôt , qui étais le représentant du comté de Laprairie dans la chambre de Québec.Je m\u2019appelle Goyette.2ÈME MORT.\u2014Ah | c'est un de vos agents qui est venu me réveiller l'été dernier pour aller voter pour vous.C'est un beau coup qu\u2019il m'a fait faire là ! On m\u2019entraine dans une auberge sans licence de St.Constant, on m\u2019y fait Loire de la boisson à plein \u2018\u201c tom- bleur.\u201d\u2019 On me dit de voter pour vous et puis, lorsque je fus plein comme un œuf, \u2018on me laissa seul pour regagner mon logis.J'ai eu toutes les misères du monde à retrouver mon trou dans le cimetière.Je me suis rendormi une jambe à l\u2019air et aujourd\u2019hui j'ai un rhumatisme qui me fend le tibia.On ne m\u2019y reprendra plus à sortir pour voter.3ÈME MORT.\u2014 Qu'est-ce que vous nous voulez ?parlez vite.Je grelotte ici depuis dix minutes.Ho ! dépêchez-vous ?M.GoverTE.\u2014)e suis venu, mes amis, vous annoncer qu'il va y avoir une nouvelle élection dans le comté.J'ai saisi l\u2019occasion des fêtes de la nouvelle année pour venir vous remercier de la bonté que vous avez eue de sortir du cimetière pour enrégistrer vos voix en ma faveur.4ÈME MORT.\u2014Ce n\u2019était pas la peine, M.Goyette.On ne m'y rattrappera plus à sortir de ma fosse où j'étais si tranquillement couché pour aller courir la galipote avec vos cabaleurs.M.GoyErTE.\u2014Arrêtez donc un peu, vous ne me donnez pas le temps de m'expliquer.Je suis venu tout bonnement vous dire que si quelqu'un se présente chez vous en mon nom pour vous demander d\u2019aller au poli, ne vous dérangez plus.Vos votes ont été cause que je ne suis plus député du comté et que je pourrais bien être déqualifié pour sept ans.SÈME MORT.\u2014Vous pouvez compter sur moi, M.Goyette.Je vous donne ma parole que je ne bougerai pas de mon tombeau.L'idée de sortir ! On risque dese faire prendre par les étudiants cn médecine et de se faire disséquer ! Ces sorties-là ne nous font aucun bien parce qu'on n\u2019a pas de permission de revenir sur la terre.St.Pierre n\u2019a qu\u2019à se fâcher et on se trouvera dans un joli pétrin.M.GoOyETTE.\u2014Dites aussi à tous vos autres camarades de ne plus écouter les agents d'élection qui viendront les blaguer avant la votation.Le vote du cimetière serait la mort de ma candidature.lER MORT.\u2014C\u2019'est bien, c\u2019est bien.Allezvous finir ?Fichez-nous la paix.Notre devise est Reguies cat in pace.C'est le repos qu'il nous faut.Fichez le camp d'ici au plus coupant sinon nous allons vous garro- cher avec de vieux crânes et des mottes de \u2018terre gelée.2ÈME MORT.\u2014Si quelqu'un vient encore nous chercher pour voter nous lui répondrons en chœur : we cant go yet.M.GoyETTE.\u2014Bonne nuit, mes amis, je reprends le chemin de tantôt, Un nuage opaque voila le disque de la lune.Une rafale éteignit la lumière du fanal de M.Goyette, les trépassés retournèrent s\u2019allonger dans leurs fosses et le silence régna dans le cimetière de Laprairie\u2014 ere ree Cœur sensible.\u2014Notre excellent ami, va-t-il mieux ?\u2014Pas beaucoup mieux, chère madame.Il a une inflammation si mal placée.\u2014Ah! \u2014On vient de lui appliquer une douzaine de sangsues.\u2014Les pauvres bêtes ! * La femme d'un des amis \u2018de X.lui écrit pour lui atihoncer la mort de son mari.Elle donne sur la maladie «es détails très précis et termine ainsi sa lettre : \u2018\u201c Mon pauvre Edouard a eu trois crises ; c'est la dernière quil\u2019a emporté.\u2019 11 eût été plus étonnant que ce fût la pre- miére, Un traité de Civilité.Nous avons trouvé ces jours derniers une petite brochure rongée par la vétusté et portant le titre Civilité honnête et chrétienne.Cette brochure a été imprimée à Epinal en 1722.Le premier chapitre de la civilité est une espèce de préambule où il est dit que le commencement de la civilité chrétienne est de connaître Dieu et tous les dogmes de l'église.Nous ne contesterons pas la vérité de cette assertion.On lit ensuite plusieurs règles générales sur la manière dont il faut gouverner les différentes parties du corps humain.Pour la tête :\u2014 (Nous citons textuellement).* Il est malpropre d\u2019avoir des poux et des lentes, de gratter sa tête et son corps en présence d'autrui ! La coutume n\u2019excuse pas, et il n\u2019y a point de nécessité qui le permette.ll est inutile de secouer ses cheveux et d'y mettre souvent la main pour les rejeter par derrière, ou les rapprocher de son visage, les friser ou les peigner en compagnie.\" Sauf des poux et lentes, qu\u2019on ne rencontre guère que dans les mauvaises compagnies, pour tout le reste la recommandation n'est pas surperflue.En parlant des oreilles, il est dit : «* Qu\u2019elles soient ouvertes aux bonnes inspirations, à la parole de Dieu et à toutes sortes de bons conseils ; qu\u2019elles soient bien fermées à la vanité, aux flatteries, aux médisances.Il faut de temps en temps les nettoyer, avec un cure-oreilles doux et bien fait, n'y mettre jamais de la graisse, ni de l'huile.La première partie de ces conseils sera toujours exactement suivie des sourds ; la seconde ne peut que l\u2019être de tout le monde, y ayant surtout la circonstance engageante du cure-oreilles doux et bien fait.\u2018* Avoir le nez morveux, se moucher sur son bras, sur sa manche et dans ses habits, est le fait des gens sales et degofitants, Cela est évident, et ce qui ne l\u2019est pas moins c\u2019est que : JE 7 doigts ; on doit le faire avec i) se détournant un peu, sans reg Jet dans son mouchoir.S'il y a quuique chuse'âuterré, il faut marcher dessus au plus tôt.* + Ne sortons pas du nez: \u201c Si l'on éternue en présence d\u2019autrüï, il faut se découvrir la tête, se détourner un peu, mettre son chapeau, son mouchoir, sa main ou sa serviette au-devant , et aussitôt que la violence en est passée, on doit saluer ceux qui nous ont salué ou dû saluer, quoiqu'ils n'aient rien dit, les remercier et leur demander excuse de l'importunité.Tout cela peut se faire cn saluant la compagnie, sans se lever.Souffler haut des narines et ronfler est le propre d'un homme plein de colère ou bien échauffé.Il faut excuser ces sortes de personnes et celles qui respirent avec difficulté.Parler du nez est une chose indécente, et on u'aux moqueurs et à ceux qui font la cigo- ne par derrière.On ne doit pas s\u2019efforcer pour éternuer haut, ou redoubler sans nécessité, pour montrer ses forces ; cela marque un homme sans jugement et sans respect.Retenir le son naturel de l\u2019éternuement est plus civil que sain.Ne présentez jamais votre mouchoir à personne quelque blanc qu'il soit et quelque besoin que l\u2019on en ait.\" Malheur a qui ne sentiraît pas la vérité de tous ces préceptes ! Le dernier surtout qu\u2019une charité mal entendue à l\u2019égard d'une personne qui n'aurait pas son mouchoir, pourrait nous exposer à oublier.(à continuer.) os moque ; froncer le nez n'appartient Toto commence à épeler.Aussi, quand il sort avec sa mère, se fait-il une joie de liré toutes les enseignes.L'autre jour, il s'arrêta le nez en l'air devant un café de la rue Saint-Liazarre.Eh bien, lui dit sa maman, qu'est-ce que tu regardes ainsi ?\u2014Je lis, réplique gravement Bébé.Puis, changeant de ton : \u2014 As-tu remarqué, dis, pétite mère, comme il y a des gens, à Paris, qui s'appellent Estaminet ?Eloge funèbre de Michel Morin .Bedcau de l'église du lieu et village de Beauséjour en Picardie, décédé le 1er mat 1731 ; Prononcé en honneur du défunt, en présence de tous les habitants de ce lieu, le jour de \u2018Son enterrement, Omnis homo mortals.Nous sommes tous mortels : il y a longtemps, mes chers frères, que j'ai fait cette réflexion importante.Nous sommes mortels et sujets à la mort, parce, que nous sommes hommes : Omnis homo mortalis.Les siécles passés nous fournissentdes livresqui nous font connaitre que les Alexandre, les César, ces hommes redoutables, ces guerriers si terribles, et tant d'autres hommes d'un rang distingué sont morts : Omnis homo mortalis.Cependant, toutes les lectures que j'ai faites ne m'ont pas tant touché que la mort du pauvre Michel Morin m\u2019afflige aujourd'hui, comme vous le savez.Ce fut hier qu\u2019il trépassa, hier la mort termina son sort ; il mourut enfin à la fleur de son âge, et nous ne le verrons plus.Jeudi dernier, il était dans son jardin, il me fit : Hem ! hem ! qu\u2019en dites-vous, n'aije pas bon appétit ?en mordant dans un gros crouton de pain frotté d'ail, et le mangeant à belles dents avec deux mains : hélas ! mes chers frères, qui l\u2019aurait cru ?le voilà mort et nous ne le verrons plus; nous faisons tous une grande perte, car lui seul sonnait la cloche, coupait le pain bénit, allait à l'offrande et chantait au lutrin ; lui seul chassait les chiens de l\u2019église, enfin c'était l'Onrais homo de notre village.Ha ! ha ! oui, riez, pauvres idiots que vous êtes, riez, riez, il ya bien à rire ; vous faites bien voir qui vous êtes, et que vous ne savez pas le latin ; car, .si vous aviez étudié en classe, vous saurie% qu\u2019 Omnis homo veut dire un homme a tout faire ; mais parce que vous ates des ignorants, vous croyez que Michel Morin était un sot, cause qu'il portait une chemise rouge et des bas blancs ; voyez la belle conséquence ! Si vous me voyiez quand je me lève avec un bonnet de nuit et un caleçon, vous diriez donc que je n\u2019ai point d'esprit : l'habit ne fait pas le moine.Si Michel Morin eût été un homme de qualité, on aurait écrit ses actions en gros caractères dans les gazettes, mais parce que c'était un homme de village, habillé en paysan, tout ce Qu'il faisait n\u2019était pas remarqué ; cepen- | dant, on n'a jamais rién vu de plus admira- \u201cble däys les histoires.Faites attention à ceci.: Un, jour, le fils et le gendre du grand Colas\u2018se battaient dans le jardin pour des -prunes*êt ces deux garçons s\u2019arrachaient dus cheveux ci se donnaient des coups de poing ; Michel Morin s\u2019en aperçut ; \u2018aussitôt d\u2019un air délibéré il sauta par dessus la haie, zeste, il vous les prit tous deux par le chignon, donna un coup de poing à l\u2019un, un coup de pied à l\u2019autre, piffe, paffe, les sépara, jeta leurs chapeaux dans la rue et il n\u2019en fut plus parlé.Voilà comme Michel Morin avait de la charité pour son prochain ; car, sans lui, ils se battraient encore, ct vous ne les empêcheriez pas, pauvres gens que vous tes ! Si je vous disais ici des fables ou des histoires du temps passé, vous pourriez dire ; on nous en fait accroire, ce sont des contes à dormir debout ; mais je vous parle de no- tretemps.Par exemple, qu\u2019y avait-il de plus fort que de voir faucher un pré à Michel Morin ?Sitôt qu'il mettait son pourpoint bas, il prenait sa faulx à deux mains et fauchait tout À l\u2019entour de lui, et friste et freste, tout d'une haleine jusqu\u2019au bout du pré ; et sans perdre de temps, il prenait sa pierre pendue à son côté dans une gaîne et ziste et zeste ; ensuite, il crächait dans ses mains, et tête baissée, i] recommençait tout de nouveau ; vous cussiez dit qu\u2019il allait tout abattre ; voilà pourquoi on l\u2019appelait le grand abatteur de chênes.C'étaitla terreur des forêts ; avec une serpè, friste, freste, il coupait des branches tétt'entières ; jamais on n'a vu un tel ouvrier ; cric crac, en deux tours de main, voilà un fagot bâti, mais des fagots | des fagots en conscience ! Les fagots de Michel Morin étaient de bons fagots ; ce n\u2019étaient pas de ces fagots fourrés de feuillage, ni de ces petits méchants fagots comme en vendent les marchands ; ses fagots étaient des fagots bien fagotés, les mieux fagotés de tous les fagoteurs de fa- Ÿ a-t-il un homme sur terre qui ressemble à Michel Morin\u2019?Non, il n\u2019y a pas son pareil car je me lasserai jamais de dire un véritable Omnis homo.Michel Morin était admirable dans les 2 airs : je me souviens à propos (quelqu'un.que c\u2019est a À deux ans, comme on faisait le prone, ha!\u201d | vous en souvenez-vous, lorsque les oiseaux faisaient leurs nids dans la voûte de I'église ?Ils faisaient un tintamarre si grand® qu'on ne pouvait entendre le prône.; vous; regardiez ces animaux tout debout, les bras croisés et comme des statues, et vous nj : : A ; gots.Que peut-on voir de plus merveilleux, { dans les airs ; c'est ce que je vous ferai voir;; d\u2019entre vous y était), il; y aura dimanche; | 4 LE VIOLON \u2014 siez les chasser.Il n\u2019y eut que Michel Morin, l\u2019Omnis homo, qui, par son airesse et son courage, trouva le moyen de les faire sortir ; et voici comment il s\u2019y prit : il sortit du chœur, il ouvrit la porte de l'église, prit la perche à ôter les araignées, il monta sur un banc, et fredi et fredon, et boute et haie, et tu en auras, et tu t'en iras, et tu ne t'en iras donc pas : il fit comme cela d'un bout à l\u2019autre «le l'église, et en chassa tous les oiseaux et oisillons, renversa tous leurs Histoire d\u2019Alsace .Elle revenait de la fête D'un tout petit pays voisin, Courant seule sur son chemin, En dodelinant de la tête : Quand tout à coup un douanier L'arrête en lui disant : \u201c\u201c La vieille, Que cachès-tu dans ta corbeille ?\u201d nids, sans qu'il en restât ni frique ni fraque.Hé bien ! sans Michel Morin où en serions- nous ?Dame, il n\u2019y allait pas de main morte, c'était un généreux champion ; c'est pourquoi vous devez profiter de ses belles actions.Mais parlons plus sérieusement.Morin, avec sa mine à peindte et sa prestance magistrale, vêtu de son habit des dimanches, ressemblait à l\u2019avocat de la paroisse.Ce n\u2019est pas tout, il était encore grand carillonneur.Tout ie monde, le jour de la fête, venait l\u2019entendre carillonner ; vous l'avez entendu carillonner vous-mêmes ; il faisait dire à noscluches tout ce qu'il voulait, vous eussiez dit qu\u2019elles parlaient ; cependant il ne savait pas la musique ; et comme disait sa pauvre mère : c'était bien dommage qu'il n'avait pas été à l\u2019école, car Îl eût passé les sciences, s\u2019il en eût été capable, Mais enfin, pour en revenir à nos cloches, il carillonnait bien gentiment , il prenait les cloches avec les pieds, dans ses mains, et il se trémoussait comme un perdu : don, din, don, din, don, tir li, tir li du bon, à boire à Michel Morin.Que tu es merveilleux ! le grand Omnis homo, le grand homme a tout faire ! Il avait une constance tout-à-fait héroïque, c'est ce qui fit dire à un savant homme, qui passait par ici, que dans une extrême nécessité, il aurait parlé au roi ; et en effet, ée n'était pas un sot, comme vous ; il débitait sa marchandise comme une merveille ; il savait le plain-chant comme un oracle, il déchiffrait une antienne mieux que personne, et portait la chape comme un évêque, car il avait bonne mine et se carrait en marchant, plic plac ; il n'avait que des sabots, ce n\u2019était pas par vanité, puisque son beau-père _ était cordonnier.Il avait la voix si terrible et si belle que dés qu\u2019il commençait à chanter, tous les chiens s\u2019enfuyaient de l'église, Un jour, il prit un fusil sur ses épaules pour aller à la chasse : quand il fut au bout de la haie à Jean Michaud, il coucha un lié- vre en joue : pouffe, il le tua, il sauta le saut et le prit, l'emporta, le larda, l'embrocha, le fit cuire, le mit dans un plat, le servit sur la table et le mangea ! O l'excellent homme ! 6 le bon mangeur ! l\u2019admirable Omuis homo / Trouvera-t-on son pareil ?Non, car il était au poil et à la plume.Vous l'avez vu sans pareil sur la terre et dans les airs : il était encore pire dans les eaux, il était partout intrépide comme vous l'allez voir.Michel Morin, mon fidèle ami, était zélé depuis longtemps pour me rendre service jusqu'au suprême degré.Voyant un jour quatre de mes amis qui venaient pour manger ma soupe, je pense que c'était la veille ou surveille d'une fête ou d\u2019un dimanche ; mais n'importe, il suffit que c'était un jour maigre et que je n'avais pas de quoi les régaler ; aussitôt qu'il connut ma peine, il se dépouilla tout nu et se jeta à corps perdu dans la rivière.Nous crûmes qu'il était noyé ; point du tout, dans un moment il revint à bord à la nage, avec de grands poissons longs comme d'ici à demain.Hé bien ! dit-il avec sa mine riante, qu\u2019en dites vous ?Dame, c'est que les gens du roi ne sont pas des sots : et sans perdre de temps il troussa ses manches jusqu'aux coudes et lesbasques de son justaucorps, ensuite il tira son couteau de sa puche, cracha dessus, l'aiguisa sur le pavé, et friste, \u201c freste, éventra un gros brochet, nous en fit une matelote avec une sauce si bonne, qu'on s\u2019en léchait les quatre doigts et le pouce.O l'excellent cuisinier que Michel Morin ! Je ne me lasserai jamais de dire que c'était un excellent Omnis homo.Je finis par la dernière et belle action de sa vie, qui prouve bien son grand cœur, son adresseet son peu d'intérêt : le pauvre homme gagea qu'il irait dénicher des pies sur le grand orme ; il y monta pour son malheur sans échelle ; quand il fut au bout de l'arbre, il s'écria : J'ai gagné et tourna la tête, montrant le nid ; mais la branche se cassa, cric crac, échappa bras et jambes, et s\u2019écarbouilla le cœur au.ventre.Ha ! pour chopine Michel- Morin, que tu est moft à bon marché ! Il est vrai qu\u2019il n\u2019était pas intéressé, car il aurait couru un lièvre pour un demi setier de vin ; d\u2019ailleurs point glorieux, il buvait avec le premier venu qui lui payait chopine.-.Pleurons, pleurons donc la mort de Michel Morin, a cause de la perte que nous féisons : n'oublions pas les belles actions Qu'il a faites dans sa vie ; par exemple, son grand zèle pour le bien public,en chassant les väches du cimetière, en séparant les gens qui | se battaient pour des prunes ; sa bonne foi à faire des fagots ; son adresse à faucher des près ; son industrie à \u2018chasser les oiseaux de Michel 1 5 A M.MeShane fait un nez lorsqu'on lui signifie un document pour le disqualifier.Ses collègues sont enchantés de l'affaire et ne peuvent s'empêcher de rire.l'église ; sa disposition surnaturelle à la chasse ; son intrépidité à pêcher ; son habilité à faire des sauces : que dis-je ?j'oublie son instinct naturel à carillonner ! car en deux enjambées, il grimpait tout d'un coup au clocher, c\u2019est pourquoi je vous exhorte à bien instruire vos enfants des merveilles de Michel Morin ; bercez les des belles choses que vous venez d'entendre, endormez les avec les chansons qu\u2019il faisait dire à nos cloches, car c\u2019était un grand homme dans sa pauvreté.\u2014_\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 COUPS D°ARCHET Après les prières et les chants d'usage, un certain ministre passe le chapeau à toute la ; congrégation.De retour à sa tribune, il s\u2019a- perçuit que rien n\u2019est tombé dans le chapeau.S'adressant alors à ses administrés; à genoux, Frères dit-il, et remercions le ciel de ce que je n\u2019y aie pas tout de même perdu mon cha- .| * | Six mois d'abonnement sont offerts à la personne qui nous donnera l\u2019épellation correcte du nom Neagelé.Ze Presse, La Patrie, La Minerve l'épellent en quatre manières différentes, Néaglé, Néglé, Naeglé, Naégélé.Négli gens quelque part.wx Un vieux juge passe la veillée chez un jeune avocat qui logeait au deuxième étage, En s\u2019en allant il tombe du haut en bas de l'escalier.L'avocat le relève en disant : \u2014Votre honneur a-t-il du mal ?\u2014Mon honneur n'en a pas, mais mes jambes en ont, fit le magistrat en sortant.wu WILFRID'S PARLOUR Le restaurant le plus chic de Montréal et service des plus chouettes.Cel établissement se recommande au public pour sa spécialité d\u2019huitres en écaille.Les huitres servies aux clients ont été choisies à la main et elles arrivent dans un état de fraicheur des plus parfaits.Soupe aux huitres préparées en trois minutes.Wilfrid Théoret, Propriétaire.\u201c No.94 tue St-Laurent.Fe \u2014El bien, qu\u2019avez-vous trouvé dans votre chaussette, le jour de l'an ?demandait- on à un vieux célibataire, \u2014Un trou ! voilà tout.sr Eva reçoit des étrerines de son amoureux, \u2014Arthur,' dit-elle, ne gagne que sept piastres par semaine.Le médaillon qu\u2019il m'a donné ne peut être pur or.Je vais le mon trer à mon bijoutier.: atx .Jules César se môuchait dans les.plis de sa toge.\u2019 ; ' Charlemagne se mouchait sur sa manche.Hugues Capet reniflait.ot \u2018Nous «connaissons un membre du cabinet Mercièr qui se mouche avec les doigts: Nous \u2018l'avons surpris à liœuvre au coin.de la rue | St.Jacques et de la côte St.Lambert.On est en classe : Dans les éléments latins.Le petit P.\u2026, de Lachine, traduit son Epitome de vive voix.1l arrive aux mots \u2018\u2018 abluit pedes suos,\u201d dans le chapitre où il est question du vieux Tobie.Ignorant lasignification du mot \u2018* pedes, il cherche dans le vocabulaire à la fin du volume et il trouve Pes, pedis, s.ra, pieds ; Pedes, s.mm, fantassin.Enfin il traduit : Abluit pedes suos.lava ses fantassins.ll x\u2018 Dans un restaurant de Québec, \u2014Garçon, enlevez cette bière, elle est trouble.Le garçon (sans Douger).-\u2014Pardonnez, monsieur fait erreur.Monsieur s'est trompé.C'est le verre qui est sale.La bière est excellente ; goûtez y.x\" La Cour Suprême à San Francisco vient de décider qu\u2019une baleine de moyenne grosseur vaut $7,000.* x Un nommé James Wood, dans le Kansas, était en train de sermonner un blasphémateur, lorsque la foudre lui tomba sur la tête et le tua instantanément.Cela paraît comme une leçon de catéchisme donnée à brousse- poil.AFFAIRE FAHEY-NAEGELE.Il est survenu une nouvelle complication dans l'affaire des détectives.Wilson, comme nos lecteurs le savent, n\u2019était pas le nom du principal acteur dans le drame qui a tant ému les autorités.Son véritable nom a été donné au vrai Brazeau, en reconnaissance de la bonté qu'il a eue de lui vendre comme aux autres citoyens de Montréal, des cigares à des prix qui lui faisaient croire que lui aussi était un burglar.Lisez ses prix : Cigares Crême de la Crême 5 cts, El Padre de Davis & Fils 5 cts., Artiste de Goulet Frères 5 cts, Petit Bouquet Smodure 5 cts., Flor Fina Alexandria 5 cts, Crême spéciale \u201c tin foil\u2019 4 pour 25 cts, Canvass Back Petit Bouquet 4 pour 25 cts., El Padre Petit Bouquet 4 pour 25 cts.Le reste des prix est en harmonie avec cette liste.Le vrai Brazeau est toujours au No.47, rue St.Laurent.\u2014\u2014 ee Anna et Sophie sc sont rencontrées hier dans le salon de madame Bisquanquoin et ont parlé de leur amie Marie-Louise.Anna\u2014Le mariage que l'on croyait cassé est repris.Son amant dit aujourd\u2019hui qu'elle pue bon.Sophie-\u2014Mais, c'est impossible.Ce qu\u2019il lui reprochait était impardonnable.Anna \u2014Tout va bien maintenant.Elle achète les parfums les plus délicats, le White Rose,.le Jockey Club, le Yang y Lang, chez McGale, 2123 rue Notre-Dame, ou ils se vendent a bien bon marché.°° On trouvera toujours à la pharmacie McGale \u2018les parfums suivants : \u2018Kuli-Kuli Violette, Martha Washington, Spanish Jasmina, Florida Breeze, Stephanatis, et le \u2018musc\u2019donc, Aprés ga tirons I'échelle.jour son succès s\u2019allermir.\u2014Ce que je cache en mon panier ?Mais\u2026 des bonbons.que sais-je encore ?Des joujoux.\u2014Rien d'autres ?\u2014Mais non.L\u2019homme ouvrit le panier.\u2014Cré nom ! Un sucre d'orge tricolore ! \u2014C'\u2019est pour mon petit fils.\u2014C\u2019est bon.Tais-toi, vieille, ou bien les menottes ! Puis, à coups de talon de bottes Il met en morceaux le bonbon ! Lors, dodelinant de la tête, Triste elle reprit son chemin.D'un tout petit pays voisin Elle revenait de la fête.Bonne maman, n\u2019ayez pas peur, Qu'importe un bonbon tricolore ! Le nom de France qu\u2019il adore, Votre bébé l'a dans le cœur.La Bibliothèque à Cing Cents voit chaque D'où lui vient cette faveur particulière du public?Il suffit de parcourir au hasard un des numéros hebdomadaires de cette intéressante publication, et l'on se rendra immédiatement compte du choix éclairé, de l'attention scrupuleuse qui président à sa composition.Les sujets les plus variés dans le Roman, la Littérature, l\u2019Histoire, les Voyages, les Scènes du Désert ou de la Vie Indienne, y sont tour à tour développés avec l'attrait puissant des poignantes émotions que font naître les grands spectacles de la nature, et l'analyse des sentiments les plus tendres et les plus délicats du cœur humain.A ces divers titres, La ABiblivthèque à Cing Cents a sa place marquée d'avance à tous les foyers, ou elle fera les délices du vieillard aussi bien que celles de la jeune fille.Prix d'abonnement un an, $2.50 ; six mois, $1.25.S'adresser à Poirier, Bessette & Cie, 1540 Rue Notre-Dame, Montréal.* * * Un marchand en gros de la rue St.Paul disait hier à un de scs amis : Lorsqu'un client hésite à me donner une commande, j'ai un moyen assuré de le décider à acheter.Je l'invite à prendre un verre de vin ou de bière au restaurant Commercial de Louis Bergevin, No.127 rue McGill, coin de la rue St.Paul.Toutes les liqueurs et tous les cigares sont de la première qualité et plai- -sent infailliblement aux connaisseurs.LOTERIE NATIONALE Les tirages mensuels ont lieu 1e troisième mercredi de chaque mois.La valeur des prix qui seront tirés le Mercredi, 21.Décembre \u201887 \u2014 SERA DE \u2014 $60,000.00 OOUT DU BILLET Première Série - 81:00 Deuxième Série .« - \u201825 ets s&-Demandez le catalogue des prix-@ \u2018 + 1 Le Secrétaire, a S.BE.LEFEBVRE, UE SAINT-JACQUES, MONTREAL J.N.LAMARCHE:-\u2018 \"RELIBUR \u2018;; No.17, RUE SAINTE : THERESE - - Entre les rues St-Vincent et St-Gabrièl Pl RE MONTREAL, A Le, cru Rellure commerciale et de gofit exécuté ave soln promptitude, ob A prix trés.modérés, rt A HAA 0 ea fr re en + FEUILLETON.DU.- .VIOLON.'.| maison.Barhassan, lui TARTARIN de TARASCON TROISIÈME ÉPISODE, ce peor CHEZELLES LIONS Vv Au premier moment, Tartarin trouva cela toucbant; cette fidélité, ce dévouement à toute épreuve lui allaient au cœur, d\u2019autant que la bête était commode et se nourrissait avec rien.Pourtant, au bout de quelques jours, le Tarasconnais s\u2019ennuya d'avoir perpétuellement sur les talons ce compagnon mélancolique, qui lui rappelait toutes ses mésaventures ; puis, l\u2019aigreur s\u2019en mêlant, il lui en voulut de son air triste, de sa bosse, de son allure d\u2019oie bridée.Pour tout dire, il le prit en grippe et ne songea plus qu\u2019à s\u2019en débarrasser ; mais l\u2019animal tenait bon.Tartarin essaya de le perdre, le chameau le retrouva ; il essaya de courir, le chameau courut plus vite.Il lui criait; \u201c Va-ten!\u201d en lui jetant des pierres.Le chameau s'arrétait et le regardait d\u2019un air triste; puis, au bout d\u2019un moment, il se remettait en route et finissait toujours par le rattraper.Tartarin dut se Tésigner.Pourtant, lorsque après huit grands jours de marche, le Tarasconnais poudreux, harassé, vit de loin étinceler dans la verdure les premières terrasses blanches d'Alger, lorsqu\u2019il se trouva aux portes de la ville, sur l'avenue bruyante de Mustapha, au milieu des zouaves, des biskris, des Mahonnaises, tous grouillant autour de lui et le regardant défiler avec son chameau, pour le coup la patience lui échappa : \u201c Non ! non !\u201d dit-il, \u201c ce n\u2019est pas possible\u2026 je ne peux pas entrer dans Alger avec un animal pareil ! \u201d et, profitant d'un encombrement de voitures, il fit un crochet dans les champs et se jeta dans un fossé !\u2026.Au bout d\u2019un moment, il vit au-dessus de sa tête, sur la chaussée de la route, le chameau qui filait à grandes enjambées, allongeant le cou d\u2019un air anxieux.Alors, soulagé d\u2019un grand poids, le héros sortit de sa cachette, et rentra dans la ville par un sentier détourné qui longeait le mur de son petit clos.VII Catastrophes sur catastrophes.En arrivant dans sa maison mauresque, Tartarin s'arrêta très étonné.Le jour tombait, la rue était déserte.Par la porte basse en ogive que la négresse avait oublié de fermer, on entendait des rires, des bruits de verres, des détonations de bouchons de champagne, et dominant tout.ce joli vacarnié une voix de'femme qui chantait, joyeuse et claire : Aimes-tu, Marco In Belle, La danse aux salons en flours.\u201cTron de Dion!\" fit le Tarasconnais en palissant, et il se précipita dans la cour.Malheureux Tartarin ! Quel spectacle l\u2019attendait\u2026 Sous les arceaux du petit cloitre, au milieu des flacons, des pâtisseries, des coussins épars, des pipes, des tambourins, des guitares, Baia debout, sans veston bleu ni corselet, rien qu\u2019une chumisette de gaze argentée et un grand pantalon Tose tendre, chantait Marco la Belle avec une casquette d'officier de marine sur l'oreille.A ses pieds, sur une natte, grevé d'amour et de confitures, Burbassou, l'iniâme capitaine Barbassou, se crevait de rire en l'écoutant.; L'apparition de Tartarin, hâve, maigri; poudreux, les yeux flimboyants, la chechia hérissé, interrompit tout net cette aimable orgie turco-mar- seillaise.Buïà poussa un petit cri de levrette.effrayée, et se sauva dans la ré (Cans \u201cge pas, et riait de plus belle: \u201cHé! hé! monsieur Tartarin, qu'est-ce que vous en dites?Vous voyez bien qu\u2019ellé sävait le français !\u201d Tartarin de \u2018Tärascon s'avançant furieux : Pr CT \u201c Capitaine\u2019?1 \u2014 Digo-li qué veugué, moun bon!\u201d cria la Matrésque, se penchant de la galerieidu premier avec un joli geste de canaille: Le pauvre homme, atterré, se laissa choir sur un tambour.Sa Mauresque savait même le marseillais ! \u201c Quand je vous disais de vous méfier des Algériennes !\u201d fit sentencieusement le capitaine Barbassou.\u201c C\u2019est comme votre prince monténégrin.\u201d Partarin releva la tête.\u201c Vous savez ou est le prince ?\u2014Oh! il n\u2019est pas loin.Il habite pour\u2018cinq ans la belle prison de Mustapha.Le drôle s\u2019est laissé prendre ln main dans le sac.Du reste, ce n\u2019est\u2019pas la première fois qu\u2019on le met à l'ombre.Son Altesse à déja fait trois ans de niaison centrale quelque part.et, tenez ! je crois même que c'est à Tarascon.\u2014A Tarascon l.\" s'éeria Tartarin, subitement illuminé.\u201d C\u2019est donc ça qu\u2019il ne connaissait qu\u2019un côté de la ville.\u2014Hé ! sans doute.Tarascon vu de la maison centrale.Ah! mon pauvre monsieur Tartarin, il faut joliment ouvrir l\u2019œil dans ce diable de pays, sans quoi on est exposé à des choses bien désagréables.Ainsi votre histoire avec le muezzin.\u2014Quel histoire ?quel muezzin ?\u2014Té ! pardi!.\u2026.le muezzin d\u2019en face qui faisait la cour à Baïa.L'Akbar en rit encore.C'est si drôle ce muezzin qui, du haut de sa tour, tout en chantant ses prières, faisait sous votre nez des déclarations à la petite, et lui donnait des rendez-vous en invoquant le nom d\u2019Allah.\u2014Mais c\u2019est donc tous des gredins dans ce pays 2.\" hurla le malheureux Tarasconnais.Barbassou eut un geste de philosophe.\u201c Mon cher, vous savez, les pays neufs.C\u2019est égal! si vous m'en croyez, vous retournerez bien vite à T'aras- con.| \u2014Retourner.c'est facile à dire.Et l'argent 2.Vous ne savez donc pas comme ils m\u2019ont plumé, là-bas, dans le désert ?* \u2014Qu'\u2019à cela ne tienne ! \u201d fit le capitaine en riant.\u201c Le Zowave part demain, et si vous voulez, je vous rapatrie.¢a vous va-t-il, collegue 2.Alors, très bien.Vous n\u2019avez plus qu\u2019uné chose à faire.Il reste encore quelques fioles \u2018de champagne, une moitié de croustade.asseyez-vous là, et sans rancune !.\u201d | Après la minute d'hésitation que lui commandait sa dignité, le Tarasconnais prit bravement son parti.Il s'assit, on trinqua ; Baïa redescendue au bruit des verres, chanta la fin de Marco la Belle, et la fête se prolongeu fort avant dans la nuit.Vers trois heures du matin, la tête légère et le pied lourd, le bon Tarta- Tin revenait d'accompagner son ami le capitaine, lorsqu'en passant devant la mosquée, le souvenir du muezzin et de ses farces le fit rire, et tout de suite une belle idée de vengeance lui traversa le cerveau.La porte était ouverte.Il entra, suivit de longs couloirs tapissés de nattes, monta, monta encore, et finit par se trouver dans un petit oratoire ture, où une lanterne en fer découpé se balançait au plafond, brodant les murs blancs d'ombres bizarres.Le muezzin était là, assis sur un divan, avec son gros turban, sa pelisse blanche, sa pipe Mostaganem, et devant un grand verre d'absinthe frai- che, qu'il battait religieusement, en attendantl'heured'appelerlescroyants à la prière.A la.Vue de Tartarin, il lacha sa pipe de terreur.\u201cPas un mot, curé,\u201d fit le Taras- \u201d \u2018connais, qui.avait son\u2018idée.: Vite,.ton turban; ta pelisse 1.\u201d 4 [son türban, sa pelisse, tout ce qu\u2019on voulut.Tartarin s\u2019en affubla, et passa gravement sur Ja terrasse du minaret, ° AS La mot lüisait au loin.Les toits blancs étincelaient au clair de lune.On entendait dans la brise marine quelques guitares attardées.Le muezzin de Tarascon se recueillit un moment, puis, levant les bras, il commença à psalmodier d\u2019une voix surai- uê : to: 8 La Allah il Allah.Mahomet est un vieux farceur.L'Orient, le Coran, les bachagas, les lions, les Mauresques, tout ça ne vaut pas uri viédaze!.ll n\u2019y a plus de Teurs.Il n\u2019y a que des carotteurs.Vive Tarascon !.\u201d * Et pendant qu\u2019en un jargon bizarre, mêlé d'arabe et de provençal, l'illustre Tartarm jetait aux quatre coins de I'horizon, sur la mer, sur la ville, sur la plaine, sur la montagne, sa joyeuse malédiction tarasconnaise, la voix claire et grave des autres muezzins lui répondait, en s\u2019éloignant de minaret en minaret, et les derniers croyants de la ville haute se frappaient dévotement la poitrine.VIII Tarascon ! Tarascon ! Midi.Le Zowave chaufte, on va partir.Là haut, sur le balcon du Valentin, MM.les officiers braquent la lon- gue-vuu, et viennent, colonel en tête, par rang de grade, regarder l'heureux petit bateau qui va en France.C\u2019est la grande distraction de l\u2019état-major\u2026 En bas, la rade étincelle.La culasse des vieux canons tures enterrées le long du quai flambe au soleil.Les passagers se pressent.Biskris et Mahonnais entassent les bagages dans les barques.Tartarin de Tarascon, lui, n\u2019a pas de bagages.Le voici qui descend de la rue de la Marine, par le petit marché, plein de bananes et de pastèques, accompagné de son ami Burbassou.Le malheureux Tarasconnais a laissé sur la rive du Maure sa caisse d\u2019armes et ses illusions, et maintenant il s\u2019apprête à voguer vers Tarascon, les mains dans ses poches.À peine vient- il de sauter dans la chaloupe du capitaine, qu\u2019une bête essoufflée dégringole du haut de la place, et se précipite vérs lui, en galopant.C'est le chameau, le chameau tidèle, qui, depuis vingt-quatre heures cherche son maitre dans Alger.Tartarin, en le voyant, change de couleur et feint de ne pas le connai- tre; mais le chameau s'acharne.\u2018Il frétille au long du quai.Il appelle son ami, et le regarde avec tendresse : \u201c Emmène-moi, \u201d semble dire son œil triste, \u201c emmène-moi dans la barque, loin, bien loin de cette Arabie en carton peint, de cet Orient ridicule, plein de locomotives et de diligences, où \u2014 dromadaire déclassé \u2014 je ne sais plus que devenir.Tu es le dérnier Turc, je suis le dernier chameau.Ne nous quittons plus, 6 mon Tartarin\u2014st-ce que \u2018ce chameau est à vous ?\u201d demande le capitaine.\u201cPas du tout!\u201d répond Tartarin, qui frémit à l'idée d\u2019entrer dans Tarascon avec cette escorte ridicule; et, reniant impudemment le compagnon de ses infortunes, il repousse du pied le so) algérien et donne à la barque l'élan du départ.Le chameau flaire l\u2019enu, allonge le cou, fait craquer ses jointures et, s\u2019élançant \u2018derrière la barque à corps perdu, il nage de conserve vers le Zpuave, avec son dos bombé, qui fluite comme une gourde, et son grand col, dressé sur l\u2019eau en éperon de trirème.Barque er chameau viennent ensemble se ranger aux flancs du pague- bot.\u201c À la fin, il me fait peine, ce dromadaire !\u201d dit le capitaine Barbassou tout ému, \u201c j'ai envie de le pren dre à mon bord.En arrivant à Marseille, j'en ferai hommage au Jardin zoologique.\u201d pe | On hissa sur 1e-pont, à grand-ren- -fort=de.palans et.de cordes, le cha- mean, alourdi par l\u2019eau de mer, et le Zouave se mit en toute.Les deux jours que dura la traversée, Tartarin les passa tout seul dang sa cabine, non pas que la mer ft mauvaise, ni que la chechia eût trop à souffrir, mais le diable de chameau, dès que son maître apparaissait sur le pont, avait autour de Ini des en.pressements ridicules.Vous n\u2019avez jamais vu un chameau afficher quel- qu'un comme cela !.D'heure en heure, par les hublots de la cabine où il mettait le nez quel- ucfois, Tartarin vit le bleu du ciel algérien pâlir : puis, enfin, un matin, dans une brume d\u2019argent, il entendit avec bonheur chanter toutes les cloches de Marseille.On était arrive.le Zouave jeta I'ancre.Notre homme, qui n\u2019avait pas de bagages, descendit sans rien dire, traversa Marseille en hâte, craignant toujours d\u2019être suivi par le chameau, et ne respira que lorsqu'il se vit installé dans un wagon de troisième classe, filant bon train sur Tarascon.Sécurité trompeuse ! À peine à deux lieues de Marseille, voilà toutes les têtes aux portières.On crie, on s'étonne.Tartarin a sou tour, regarde, et.qu'apercoit-il 2 Le chamean, monsieur, l'inévitable chameau, qui détalait sur les rails, en pleine Crau, der- ridre le train, et lui tenant pied.Tartarin, consterné, se rencoigna, en fermant les yeux.Après cette expédition désastreuse, il avait compté rentrer chez lui incognito.Mais la présence de ce quadrupède encombrant rendait la chose impossible.Quelle rentrée il allait faire, bon Dieu! pas le sou, pas de lions, rien.Un chameau !.\u201d \u2018Tarascon !.Tarascon !.Il fallut descendre.O stupeur ! à peine la chechia du héros apparut-elle dans l'ouverture de la portière, un grand cri: \u201c Vive Tartarin !\u201d fit trembler les voûtes vitrées de la gare.\u2014 \u2018* Vive Tartarin ! vive le tueur de lions!\u201d Et des fanfares, des chœurs d\u2019orphéons éclatèrent\u2026 Tartarin se sentit mourir ; il croyait à une mystification.Mais non ! tout T'artarin était là, chapeaux en l'air, et sympathique.Voilà le brave commandant-Bravida, l\u2019armurier Costecalde, le président, le pharmacien, et tout le noble corps des chasseurs de casquettes qui se presse autour de son chet, et le porte en triomphe tout le long des escaliers.Singuliers effets du mirage ! la peau du lion aveugle, envoyée à Bravida, était cause de tout ce bruit.Avec cette modeste fourrure, exposée au cercle, les Tarasconnais, et derrière eux tout le Midi, s'étaient monté la tête.Le Sémaphore avait parlé.On avait inventé un drame.Ce n\u2019était plus un lion que Tartarin avait tué, c'était dix lions, vingt lions, une marmelade de lions! Aussi Tartarin, débarquant à Marseille, y était déjà illustre sans le savoir, et un télégramme enthousiaste l'avait dévancé de deux heures dans sa ville natale.Mais ce qui mit le comble à la joie populaire, ce fut quand on vit un animal fantastique, couvert de poussière et de sueur, apparaître derrière le héros, et descendre à cloche-pied l\u2019escalier de la gare.Tarascon crut un instant sa Tarasque revenue.Tartarin rassura ses compatriotes.\u201c C\u2019est mon chameau, \u201d dit-il.Et déjà sous l'influence du soleil tarasconnais, ce beau soleil, qui fait mentir ingénument, il ajouta, en caressant la bosse du dromadaire : \u201c C\u2019est une noble béte I.Elle m'a vu tuer tous mes lions.\u201d Là-dessus, il prit familièrement le bras du commandant, rouge de bonheur; et, suivi de son chanieau, entouré des chasseurs de casquettes, acclamé par tout le peuple, il se dirigea paisiblement vers lu maison du baobab, et, tout en marchant, il commença le récit de ses grandes chasses: \u201c Figurez-vous, disait-il, qu'un cern tain soir, en plein Sahara.\u2019 FIN.; "]
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