Le violon, 22 octobre 1887, samedi 22 octobre 1887
[" ADMINISTRATION \u2014ET\u2014 REDACTION æ5 PLACE JACQUES-GARTIER MONTREAL ABONNEMENT UN AN - - 31.00 STRICTEMENT D'AVANCE VOL.II avocat du revenu, et Mlle Phaneuf épouse M.Lambe, inspecteur du revenu.JOURNAL QUI FAIT DANSER MONTRÉAL, SAMEDI, 22 OCTOBRE 1887 F.X.LEMIEUX, Communes, Ollawa, Ont, LES MARIAGES FORCES Le G.V.Trudel bénit les nouveaux conjoints dans les mariages ordonnés par l'hon.M.Mercier.Mlle Bourgoin épouse M.Pelland, communauté au grand dégout des vieux contractants.æ A LA BELLE ETOILE Doit-on se coucher dans un bon lit pour dormir?Le Journal d'Hygiène ne le croit pas.Il recommanderait même au besoin à ses lecteurs de coucher à la belle étoile.Voici en effet ce qu'il dit dans un article sur ¢ l'art de dormir.\u201d i ; La première chose à considérer pour bien exercer l\u2019art de dormir, c\u2019est le choix du lieu, le logement.; Parmi les animaux, les uns se réfugient dans les anfractiosités naturelles ou artifi- \u201ccielles du sol ; d'autres s'abritent comme ils \u2018peuvent dans les fossés, les buissons, les bois 3 quelques-uns se creusent des terriers ; il\u2018y en a même qui se construisent des caba- \u2018nes; mais la plupart dorment à la belle \u201cétoile, tout simplement.- , \u201cL'Homme primitif, tout roi de la création .qu'il se croit, à évidemment été logé à la \u2018même enseigne que ses sijets ; l\u2019instinct de .laïconstructivité ne se développe :qu'assez .ATEN RT Le Ce + Su A) Sri tard ; or, la nature, qui nous a soumis au besoin du sommeil, ne nous a pas dotés de maisons ni de lits.Il est vrai que, s\u2019aidant des facultés physiques et intellectuelles dont cette bonne mère l\u2019a gratifié, l'homme a changé tout cela, il s\u2019est construit des maisons et tous les accessoires désirables.Mais avons-nous beaucoup gagné au change?Le logement et le lit sont-ils nécessaires pour rous, procurer un sommeil réparateur ?Supposés nécessaires dans une certaine mesure, n\u2019avons-nous pas dépassé la juste mesure ?Voilà ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019examiner.Des nations entières se passent de logements, et même chez celles où l'usage en est établi, beaucoup d'individus s\u2019en affranchissent sans inconvénient et même avec profit.Allons dans les ports de mer et nous verrons les marins en \u2018\u201c bordée \u2018dormir en plein hiver sur les trottôirs.ou même dans les ruisseaux.; .On pourrait croire-que,ces hommes doi- » vent gagner des maladies graves ou tout au moins des rhumes ; mais il n\u2019en est rien.Pourtant s'il y a un état où il soit dangereux de dormir dehors, c\u2019est l\u2019état d'ivresse.Il faut donc convenir que le danger n\u2019est pas si grand qu'on l\u2019imagine.À moins qu\u2019on ne veuille admettre qu\u2019il y a un dieu pour les ivrognes.Mais alors il faudra supposer qu\u2019il y en a aussi pour les personnes, assez nombreuses qui dorment les croisées ouvertes en toute saison.Tout ceci semble contredire l'opinion générale des physiologistes modernes, qui disent que le corps humain se refroidit pendant: le sommeil ; mais la contradiction n\u2019est qu\u2019apparente.Il est bien vrai.que le corps se refroidit à la surface, mais Hippocrate a judicieusement observé que dans le sommeil les viscères travaillent et, par conséquent, développent de la chaleur.Cette concentration de sla chaleur, loin d'être nuisible, est nécessaire pour réparer la déperdition des forces dépensées pendant la veille.\u201cSi, par des moyens artificiels Yon ANNONCES MESURE AGATE lére INSERTION, (10 Cents Autre \u201c \u20186 Cents A LONGS TERMES CONDITIONS SPECIALES LE NUMERO DEUX CENTINS No 5 i ARs i ing § Les deux mariages se font sous le régime de la l'attire à la surface, la restauration est d\u2019autant plus incomplète, le corps est maintenu dans un état de chaleur et de moiteur \u201c qui affaiblit le système musculaire ; alanguit toutes les fonctions et spécialement la digestion, la respiration et la circulation.\u2019 On s'occupe beaucoup, et non sans raison, de la question des logements insalubres, on - voit, par ce qui précéde, que la permission de coucher dehors ne serait peut-être pas la plus mauvaise des solutions.En supposant, d'ailleurs, contre toute vraisemblance, que le logement soit nécessaire pour la nuit, il n\u2019en reste pas moins vrai qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire pour le jour.La nature ne nous a pas organisés pour vivre perpétuellement dans un air\u2019 confiné, obscur, stagnant, corrompu.: plongé dans un bain de ses propres -ordu- :pres : les résidus de sa transpiration et dë \u2018sa- respiration ; il.en résulte un empoisonne- | ment lent, maisid\u2019autait.plus sûrgü'onge y sent moins.\u2014 L'homme se trouve là en quelque sorte LE VIOLON LE VIOLON Paraît tous les samedis.L'abonnement est de $1.00 par année, invariablement payable d'avance.Nous le vendons aux agents seize cents la douzaine.Toutes communications doivent être adressées comme suit : LE VIOLON, 45, Place Jacques-Cartier, MONTRÉAL, H.BERTHELOT, RÉDACTEUR.MONTRÉAL, 22 OCTOBRE 1887 Le Petit Baptiste ei son Papa\u2014 Baptiste \u2014Poupa, dis donc, quel est ce mossieu qui passe avec un chauffeur flambant neuf ?Il est sur son trente-six.On dirait un bourreau qui va faire ses Pâques.Ladébauche.\u2014Ce monsieur est le conjoint de monsieur Lambe, comme inspecteur des licences.Baptiste\u2014Qué que ça veut dire un conjoint ?Tu parles dans les tarmes aujour- d'hui, poupa.Ladébauche.\u2014Un conjoint, mon garçon, c\u2019est comme qui dirait un homme marié à un autre pour les affaires.Baptiste \u2014Les hommes se marissent pas entr\u2019eux, poupa.Je comprends pas tout-à- fait.Ladébauche\u2014Eh boutique ! donne-moi donc le temps de parler.Ecoute, je vas t'expliquer ça dans le joint.On entend aujourd\u2019hui par donner un conjoint à un employé du gouvernement, lui donner un associé qui n\u2019a pas de stock et qui mange la moitié des profits de la conçarne.Tiens, je vas t'en donner un exemple.Monsieur Lambe, comme inspecteur des licences, clairait environ six mille piastres par année.Mercier n'aurait pas de façon s\u2019il lui ôtait sa place, parce que les Bleus d'Ottawa se gêneraient pas d'envoyer ses frères à la gomme, eux qui sont employés du grand gouvernement.Alors, qu'est-ce qu\u2019il a fait ?Il donne un conjoint à Lambe et le conjoint lui dit part à deux.Baptiste.\u2014 Quand deux hommes sont conjoints comme ça, est-ce que c'est pour toute la vie, comme dans le mariage ?Ladébauche.\u2014Non, mon fils, ce qui a été conjoint par Mercier peut être disjoint plus tard, plus vite qu\u2019on pense, lorsque les conservateurs seront rentrés au pouvoir à Québec.Si le gouvernement Mercier culbute demain, ho, tous les conjoints sont dehors.Baptiste.\u2014V'là deux messieux qui passent près de la Cour.Les connais-tu, poupa ?Ladébauche.\u2014~Comment, tu ne reconnais pas M.Nazaire Bourgouin, l'avocat du Revenu ?C\u2019est son conjoint, M.Pelland, qui marche à côté de lui.Baptiste.\u2014 Comment ! lui aussi, M.Bourgouin a un conjoint.L'affaire s\u2019est y faite comme celle de Lambe ?Ladébauche.\u2014Ce mariage ne s'es! pas fait précisément de la même manièr: Si Mer- \u2018Gier avait 6té la place de M.'Bou-gouin, ça n'aurait pas crevé le cœur aux conserva- \u201cteurs.Les Rouges, de leur c6t:, ne sont pis fous de leur ami Nazaire, et ils ne le \u2018@wdent avec eux que pour avoir quelques \u201cvoix de plus dans le comté de l\u2019Assomption.Ils n'ont pas voulu le destituer pour cette \u201cgaisonila.-Ila\u2018se sont/éüntentés de luFsdon: « 20 = ner un conjoint en la personne de M.Pelland.Baptiste.\u2014Ces conjoints-là, ça s\u2019aime-t-y comme les conjoints dans les vrais mariages ?' Ladébauche.\u2014C'te blague ! pas en toute.Ils s'aiment comme chien et chat.C\u2019est drôle de voir ça.Chaque coppe qui entre dans la poche de M.Pelland est considérée par M.Bourgouin comme sortant de la sienne.Il en est de même entre MM.Lambe et Phaneuf.Baptiste \u2014C'est plus vivre, ça ?Sans compter que quand le chien de Mercier mourra il leur faudra aller au balai.Ladébauche.\u2014Comme de juste, mon fils, tu raisonnes maintenant comme un petit homme.Baptiste \u2014 Quelqu'un me disait ce matin que les chevaliers de la Légion d'Honneur et les Machine à P'tit Char, que ça valait plus rien.\u2018Toi qui as été à Paris, explique- moi donc comment que ça se fait ?Ladébauche.\u2014 D'abord, mon garçon, tu t'exprimes mal.On ne dit pas Machine à P'tit Char, mais Mersham of the Car de Retournez y.Ça c'est l\u2019ordre que M, Beaugrand a eu du général Boulanger.Malheureusement, aujourd'hui, cette décoration ne paie pas cinq cents dans la piastre.Baptiste.\u2014 Comment ça se fait-il ?Ça doit être bon ces décorations-là, puisqu'il faut payer un gros prix pour les avoir.Ladébauche, \u2014 Veux-tu bien te taire, espèce de tête sèche ?Laisse-moi parler et ferme ta petite boîte.Je vas te conter ce que j'ai appris à Paris.Pendant mon dernier trip en France, j'appris bien des choses à propos de la manière dont on donnait aux étrangers les décorations de la Légion d'Honneur et des autres ordres de chevalier.Il n'y a rien de plus facile au monde du moment qu'on a fait la connaissance de quelque gros mossieu.Seulement, il ya une chose 4 remarquer ; lorsqu\u2019un Canadien est fait chevalier de la Légion d'Honneur son nom ne paraît pas dans le A/onitewr Officiel qui est la gàacette du gouvernement en France.De plus, les noms des chevaliers canadiens ne sont pas écrits sur le régistre des vrais membres de la Légion.Ça te surprend, mais c'est le cas.Si quelqu\u2019un te dit jamais le contraire, tu me l'enverras et je le lui prouverai.Baptiste.\u2014 Jamais je crérai ça, poupa ?Ladébauche.\u2014Quand je te dis que c'est le cas, lécoute bien, mon fiston.C'est assurément un honneur pour un Canayen de porter cette décoration, lorsqu'il l'a obtenue d'une manière correcte.La France n\u2019accorde ces distinctions qu'aux étrangers d\u2019un mérite reconnu, mais il y a eu une exception à la règle.Il s\u2019était formé une *\u2018 gang'' de spéculateurs pour vendre les décorations aux étrangers et aux Canayens des vieux pays.Le boss de cette gang était une femme qui s'appelait Mme Limousin.C'était elle qui tripotait l'affaire.Elle avait comme associés un Canayen du nom de Wilson, un ancien marchand de fer de Montréal, qui était parvenu à se marier avec la fille du président de la France, un autre Canayen du nom de McGrevy.McGrevy avait fait une grosse fortune dans les chemins de fer el les Contrats du gouvernement.Il passait par tout ce que disait son gendre Wilson, de sorte que ce jack-là obtenait de lui toutes les décorations qu\u2019il voulait.Wilson, pas si bête, s'était arrangé avec le général Boulanger et Mame Limousin pour établir une sorte de Boodlage en règle, Chaque décoration était mise sur le marché et son prix était fixé, par exemple le grade de chevalier de la Légion d\u2019Honneur se donnait pour $500, celui de Commandeur pour $10,000.L'ordre du Mersham of the P'tit Car de Retournez-y, n'amenait pas un gros prix.Ça se vendait seulement dans les environs de #20 à $24.C'était pour les petits poissons.Baptiste.\u2014Poupa, tu devrais pas parler comme ça.Tu sais bien que M.Beaugrand, en a été reçu du Mershaïh\u2018ôf the P'tit Car de Retournez-y.\" Ladébauche.\u2014Ça mé fait bien de la peine, rid mais Clest comme ça; mon\u2018 gâfçon, said - PR : 05, vs TE \" - .ration ne vaut pas plus pour ¢a.Que veux- tu, il l'a obtenue en la demandant au général Boulanger et aujourd'hui il a un beau gras de jambes.Baptiste \u2014Et puis, poupa, les autres décorés, ceux qui n\u2019ont pas eu affaire aux amis du général Boulanger, leurs titres sont-ils corrects ?Ladébauche\u2014Les autres Chevaliers et Commandeurs ne seront pas embêtés, parce qu'ils auront obtenu leurs décorations d\u2019une manière convenable.C'était une rodeuse de coquine tout de même, cette madame Limousin, Baptiste \u2014Mène-moi donc au bureau de I'Etendard.Je voudrais voir le grand- vicaire Trudel, pour avoir de ses nouvelles.Le Violen a oublié d'en parler la semaine dernière.Ladébauche \u2014Tu n'auras pas ce plaisir-là aujourd\u2019hui, mon garçon, ton ami le Grand- Vicaire est parti pour visiter le pays des Acadiens, qui est bien loin d'ici.Baptiste \u2014Quelle idée a-t-il eue d'aller dans ce pays-là ?La lébauche\u2014Ne saistu pas, mon fils, que Charles Thibault a passé par là il n\u2019y a pas bien longtemps pour y semer des carottes ?Le G.V.est parti pour les récolter.Jamais Thibault n'a fait un vovage quelque part sans que le G.V., ou un de ses agents, passe ensuite avec le chapeau.Baptiste \u2014Poupa, dismoi donc quand est-ce qu\u2019elle va commencer la prochaine session à Québec ?Ladébauche\u2014Ça sera dans le mois de décembre ou Janvier, Baptiste \u2014 Pourquoi pas au printemps ?Ladébauche \u2014Finis donc tes questions.Je répondrai à celle-là, mais ça sera la dernière pour aujourd'hui.M.Mercier a bien des comptes à rendre à la Chambre et ça pourrait l'embêter dangereusement.Les comptes publics ne seront publiés que dan s le mois de juin ou juillet, et M.Mercier, qui est une fine mouche, aura soin de s'arranger de manière à ce que ses comptes ne soient pas rendus pendant la prochaine session, Comprends-tu, maintenant ?A cette heure, tu peux filer à la maison.Allons, vite, décampe ; tu commences à me tanner avec tes questions.\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 ee Au Queen\u2019s Hall.Le Violon trouve que M, Wiallard, le nouveau professeur d\u2019élocution de l'Université Laval a été un peu trop perpendiculaire dans ses remarques sur la manière dont les Canadiens pronor.cent le français.Oui, c'était un peu à-pic.Nous convenons avec monsieur le professeur que la prononciation de nos compatriotes est un peu défectueuse, mais pas autant que M.Wiallard a voulu nous le faire croire.Dans une réunion représentative comme était celle du Queen's, Hall, il était certainement malséant de dire aux Canadiens-français : Vous ne savez pas parler votre langue.C'est moi qui viens vous enseigner ça.Pas si vite, monsieur le professeur, vous cassez les carreaux à propos de rien.Chacun peut avoir sa manière de penser, mais nous cst avis que le nombre de Canadiens qui prononcent mieux le français que M.Wiallard s'appelle légion dans notre pays.» Les honorables MM.Chapleau, Laurier, MM.Ls.Fréchette, Provencher, Robidoux, Ernest Tremblay, Alphonse Christin et cent autres que nous connaissons prononcent leur frangais avec l'accent et la pureté les plus académiques.Le Violon proteste avec raison contre l\u2019accusation portée par M.Wiallard.= Ces choses se disent en petit comité, mais jamais dans une assemblée aussi importante que celle du Queen*s Hall.Les Anglais qui viennent de l\u2019autre côté de l'Océan ne s'avisent jamais en Canada de critiquer la prorionciation des colons.S'ils trouvent que leur prononciation est vicieuse ils se gardent bien de leur en* faire \u2018publiquement un reproche, - Non erat his.locus, CCR =: i TELEGRAPHIE (Service spécial du VioLon) Yamaska, 18 octobre., Quelques gros bonnets rouges ont fait ripaille à la réception du chèque qui leur a été donné pour régler la contestation d'Yamaska.Un gueuleton phénoménal a été donné chez Pierre Letendre.Les principaux convives étaient MM.J.D, Pepin, NP, le Dr Roch Mignault, Victor Gladu, MP.P.et ses deux garçons, et Narcisse Beaupré.Il y aeu bisbille dans le camp rouge, à propos de ce bouquet.Plusieurs nationards émérites avaient été laissés dans les ténèbres extérieurs.Ces derniers prétendaient que la contestation de l'élection avait été vendue à leur insu et sans leur consentement.M.Isaac Mondou, un des mécontents, en est venu aux prises avec M.N.Beaupré.Il ya eu des morsures graves des deux côtés, mais pas de sang répandu, Des indiscrets disent qu'au bouquet chez Letendre des petits chapeaux de castor et des bottes vendus comme porte-allumettes, ont servi de salières sur la table.Le chèque a été changé à la banque de M.Gladu, à St.François, et le partage de l\u2019argent parmi les Rouges a été la cause de plusieurs querelles.Il y a eu zizanie dans le camp.\u2014\u2014\u2014 ee Une journée d\u2019été au Vatican Une correspondance de Rome nous apprend comment s'écoule une journée d'été au Vatican : Chaque journée d'été recommence avec la monotonie de la veille.A six heures, le Pape célèbre la messe dans sa chapelle particulière ; à sept heures, collation avec du chocolat au lait, et quelquefois deux œufs.Aussitôt après, réception des fonctionnaires de la cour pontificale.Le cardinal Jacobini, après avoir entretenu Sa Sainteté des diverses questions du jour, fait un résumé des lettres adressées par les nonces et les délégués apostoliques à la secrétairerie d'Etat.Une des occupations favorites de Léon XIII est d'entendre la lecture des lettres in nombrables de toutes les parties du monde.Souvent ce sont des prêtres, des missionnaires, des moines qui rendent compte de leurs missions ; parfois des fidèles envoient leur offrande au denier de Saint-Pierre ; des infortunés implorent une bénédiction qui leur rendra le bonheur.Mais la grande masse sollicite des secours.Il serait impossible de répondre à ces lettres, écrites dans toutes les langues connues ; on traduit les passages intéressants qui seront lus au Pape, puis on les classe dans une salle spéciale des archives Les affaires expédiées, Léon XIII commence sa longue et faligante corrrespon- dance journalière ; elle est fréquemment interrompue par la lecture de nombreuses dépêches expédiées des cinq parties du monde, pour supplier Sa Sainteté d'envoyer une bénédiction 22 arficulo mortis.Les malades la demandent-ils pour mourir plus tranquilles, ou les familles en font-elles une question de vanité ?Toujours est-il que le nombre est considérable, Le Vatican jouit de la franchise télégraphique pour correspondre avec ses représentants à l'étranger.Le chiffre dont il sesert a lassé la patience de bien des gens intéressés à le connaître, mais sans clef c'est impossible.Les dépêches ne portent en lettres que l'adresse du destinataire et le pays ; le reste est en chiffres, 19365792214367009, et ainsi de suite, sans une virgule ni un point.Toute la matinée du Pape a été consacrée à ces diverses affaires.À midi, il prend à la hâte un repas de bénédictin, avant de se retirer dans ses appartements pour se reposer durant la chaledf du jour.À six heures, Léon XIII, entouré de sa petite cour, decend dans les jardins du Vatican, où l\u2019attendent les voitures et deux gardes nobles.Le cortége se dirige vers un kiosque oriental, élevé depuis peu dans un des plus beaux sites du jardin.Le Pape s\u2019y arrête volontiers ; on cause, tout en prenant des glaces et du café.Les principaux évé- nements de la journée font les frais de la conversation, et les bourdes des journaux italiens et étrangers sur la politique du Vatican amènent de joyeux rires.Au coucher du soleil, heure militaire, re tour au palais.Les médecins ont conseillé au Pape de ne pas s\u2019exposer à l\u2019air après le crépuscule, à cause des fièvres paludéennes de la vallée du Monte-Mario.Si tous suivaient le régime cénobitique du Pontife, les fièvres ne seraient pas redoutables.A neuf heures, au plus tard, Léon XIII se met au lit, après avoir passé une demi-heure agenouillé devant son prie-Dieu;:mais souvent la nuit, il se reléve pourdtravailler .quand une affaire le préoécupe. LE VIOLON [0er er ae es \u2014 w od yr COUPS D\u2019ARCHET Chez un marchand de cigares de la rue Craig : Le client \u2014Avez-vous observé cet homme qui vient de sortir d'ici ?Pendant que vous aviez le dos tourné il a changé les étiquettes des prix des cigares.Il vous a ensuite payé cinq centins pour un cigare qui était marqué auparavant dix centins.Le commerçant.\u2014 Ah, oui ! J'ai remarqué ça, mais, Ma foi, ça ne me fait aucune différence.Les cigares dans les deux boîtes sont absolument les mêmes.* ** Un marchand de boîtes à surprise sur le Pacifique disait à un ami : \u2014Savez-vous que les temps sont très durs dans mon métier.\u2014Est-ce que les ventes ne sont pas bonnes ?\u2014Les ventes sont passables, mais je suis toujours en difficultés avec les richards de la Colombie Anglaise.Chacun de ces messieurs qui achète une boîte de dix centins veut me revendre son prix pour une piastre et demie.Si je refuse, ils menacent d\u2019acheter tout mon fonds de commerce, de réorganiser le service de la compagnie et de me laisser dans la misère.Je serais heureux si je pouvais avoir une place danS un cirque pour vendre de la limonade couleur de rose.Laon ne peut pas être \u2018\u201cbluffé\u201d\u2019 par les millionnaires.ns Joe Vincent, célèbre par le nombre de personnes qu'il a sauvées des flots du Saint- Laurent, disait l\u2019autre jour à un journaliste.\u2014Savez-vous que les femmes se noient beaucoup plus vite que les hommes ?\u2014Pourquoi cela ?\u2014Parce qu'elles ont toujours la bouche ouverte ! Encore un libelle contre le beau sexe, PF Le club des menteurs aura une séance extraordinaire la semaine prochaine dans la grande salle de la Parrie.Le propriétaire du Daily Snooze parlera longuement sur la circulation de la nouvelle feuille On dit que son discours fera sensation dans le cercle.x Un loustic disait hier en parlant de sir John : Son talent d\u2019homme d\u2019Etat ne consiste pas tant à penser lui-même qu\u2019à faire penser aux autres ce qu\u2019ils croient qu\u2019il pense., wu Un journal américain publie une annonce demandant \u2018\u2018 un cheval de selle pour une demoiselle qui doit être jeune et facile à conduire.\u201d x Entendu dans un salon fashionable du Beaver Hall Canadien.\u2014Savez vous à quelle époque remonte la coutume qu'ont les mères de conduire aux places d\u2019eau leurs filles à marier ?\u2014Je n\u2019en ai pas la: moindre idée.\u2014Eh bien, cette coutume remonte au temps d'Abraham.Vous savez que c'est près d\u2019un puits que Rebecca a fait la connaissance de son mari.ex Entre abrutis : .\u2014Mon médecin m'a dit que je ne devais jamais me faire raser dans une boutique de barbier.\u2014Ton médecin aurait l\u2019air drôle en se faisant raser en plein sur le trottoir, par un temps comme il fait aujourd'hui.we En cour d'assise, .Le juge.\u2014Témoin, reconnaissez-Vous ce fusil-là ?.4 Témoin, \u2014]'cré ben qu'oui -que je le re connais.Je l'ai\u201cconnu quand¥il -était pis- dôlette, / de ce monsieur so retrouve.A LENQUÊTE MUNICIPALE Le Maire Abbott.\u2014Policeman, vous allez fermer cotte porte et vous ne permettrez À personne de sortir de cette salle.Un témoin « perdu ln mémoire et comme il n'y a que des honnêtes gens ici, chacun va se fouiller.Il faut nbsolument que ln mémoire L'homme ressemble à une allumette qui ne vaut plus rien lorsqu'elle a perdu la tête, + * + S'il n'a rien paru la semaine derniére contre le G.V.Trudel, c\u2019est à l\u2019insu de la rédaction.Cette omission est réparée par la caricature de la première page.x Entendu dans une famille du faubourg Québec : \u2014Mon fils, M.Mercier 1n\u2019a récompensé pour avoir voté pour les Rouges en te nommant assistant-chauffeur au palais de justice.\u2014Je ne m'attendais pas à un si grand honneur.Tu seras fier de ton fils, papa, lorsqu'il mourra, car ce jour-là le drapeau sera à mi-mât sur la cour.* * » \u2014Qu'est-ce qui vous fait croire que le nouveau pensionnaire est un homme marié ?demanda une maîtresse de pension de la rue St-Denis à une de ses servantes.\u2014C\u2019est parce que j'ai remarqué, répondit la servante, que chaque fois qu\u2019il arrivait tard la nuit, il avait soin d'ôter ses chaussures avant de monter l'escalier, PE Un secret de métier.B., le coiffeur-barbier de la ruc Notre- Dame, donne'ses instractions à un nouvel apprenti qui débute dans le métier : Il faut, dit-il, que vous soyez très poli si vous voulez réussir en affaires.Ayez toujours l'air souriant et essayez de flatter tout le monde.\u2014Je ferai de mon mieux, monsieur, mais comment pourrais-je flatter un chauve ?\u2014C'\u2019est assez facile.Demandez-lui seulement s\u2019il veut se faire couper les cheveux.* *+* Nous avions prédit il y a trois semaines que le Daily Snooze, l'organe anglais de M.Mercier, écorcherait la langue britannique de la manière la plus barbare.Notre prédiction s\u2019est accomplie à la lettre.; Jugez-en par le numéro de jeudi, le 13 octobre.Sur la deuxième colonne de la quatrième page, nous trouvons la perle suivante au cours d'un rapport de l'excursion de la chambre de commerce française à Trois- Rivières : He would thereby enable the sons and daughters of the provinces to remain in the country and live on its soil instead of crossing over line 45 to seek their fortunes in a strange land.¢¢ Strange land \u201d veut dire un pays étrange.\u2018 \u2018 .Si le Snoose avait dit foreign land, il aurait écrit en anglais.ere rere CO mee ¢omment on devient gaucher Sait-on pourquoi il y a des droitiers et des gauchers ?; Quand la nourrice porte son nourrisson sur le bras gauche, c\u2019est aussi le bras gauche de l'enfant qui se trouve en avant, et c\u2019est celui dont il se sert.Il sera gaucher.Mais comme quâtre-vingt-dix-neuf nourrices sur cent portent les enfants sur le bras droit, ces enfants se servent ;du bras droit; qui est en avant, pour saisir les objets, et ils: deviennent droitiers.VARIETES Petit dialogue de famille.Le beau-père.\u2014Je ne donnerai jamais ma fille qu\u2019à un homme qui aura de la chance.Le futur gendre.\u2014 Alors, mariez-nous tout de suite | Le bcau-père.\u2014Vous avez donc de la chance, vous ?Le futur gendre.\u2014Si j'ai de la chance ?Tenez, voulez-vous faire un pari avec moi ?C'est que, quinze jours après la noce, vous serez mort ! * Anna et Sophie se sont rencontrées hier dans le salon de madame Bisquanquoin et ont parlé de leur amie Marie-Louise.Anna\u2014Le mariage que l'on croyait cassé est repris.Son amant dit aujourd\u2019hui qu'elle pue bon.Sophie \u2014 Mais, c\u2019est impossible.Ce qu\u2019il lui reprochait était impardonnable.Anna~Tout va bien maintenant.Elle achéte les parfums les plus délicats, le White Rose, le Jockey Club, le Yang y Lang, chez McGale, 2123 rue Notre-Dame, ot ils se vendent à bien bon marché.+ .+ Entre jeunes gens.\u2014As-tu vu Ulric depuis qu'il a un habillement neuf ?\u2014Oui, jai eu de la diflizulté a le reconnaître, lui qui était toujours nippé comme lachienne à Jacques, le v'là métamorphosé en gentleman parfait.Son habit et son pantalon semblent moulés sur son corps.\u2014Le plus curieux de l\u2019affaire, c\u2019est qu' Uiric se fait habiller chez O.Dauphinais & Cie, No.2205, rue Notre-Dame Ouest.C'est le magasin de nouveautés le plus commode de la ville pour acheter à bon marché ses twecds, étoffes à robes, manteaux, etc.Les prix de cette maison sont si bas, que les marchands voisins crèvent de dépit.* Une bonne réclame, imaginée par un coiffeur né malin : \u201c Je ne saurais trop engager le client à acheter ma pommade qui fait pousser les cheveux, même sur la soupe ! \" * * Le musée d\u2019Anatomie étant parti de Montréal, cette ville n'en possède plus qu'un aujourd\u2019hui.C\u2019est le MUSÉE DE FRANK que tout le monde devrait visiter, No 65, rue Bleury.Il est ouvert de 6 a.m.4 12 p.m.et fermé les dimanches.Il y a toujours quelque curiosité nouvelle et l'entrée est libre.Ou exhibe No 1 un grand cadre contenant 100 photographies de toutes les curiosités humaines.No 2 vingt-quatre portraits des célébrités du pays crayonnés au charbon.No 3, un groupe de 15 hiboux.No 4, les hiboux à la maison.No s, le grand chat hibou électrique, un perroquet vivant parlant À tout le monde.No 6, un vieux juge en ribotte cherchant à ouvrir sa porte.Deux œufs aux proportions monstrueuses, grenouilles jouant à la poule, écureuils jouant au bil lard et cinquante autres objets rares.Musique tous les soirs.Le Sfar et 1¢ Witness donnés aux visiteurs.Un restaurant est attaché au Musée.Service à la vapeur, huîtres apprâtées de toutes manières, soupe aux huf- tres en trois minutes.\u201cVins, liqueurs-de choix.by : Vo 3 .FRANK LABELLE, Propriétaire, DE -65'rue Bleury., Troipoil chasse pour la première fois de sa vie.Comme on lui offrait un chien : \u2014Un chien ?s\u2019écrie-t-il.Mais il serait idiot d\u2019emmener une bête pareille à la chasse ! \u2014Vous plaisantez ?' \u2014Pas du tout.Il me semble qu'un chien ne servirait qu'a effrayer le gibicr ! »* * La Bibliothèque à Cing Cents voit chaque jour son succès s'affermir.D'où lui vient cette faveur particulière du public?Il suffit de parcourir au hasard un des numéros hebdomadaires de cette intéressante publication, et l\u2019on se rendra immédiatement compte du choix éclairé, de l'attention scrupuleuse qui président à sa composition.Les sujets les plus variés dans le Roma, la Littérature, l'Histoire, les Voyages, les Scènes du Désert ou de la Vie Indienne, y sont tour à tour développés avec l\u2019attrait puissant des poignantes émotions que font naître les grands spectacles de la nature, et l\u2019analyse des sentiments les plus tendres et les plus délicats du cœur humain.A ces divers titres, La Bibliothèque à Cing Cents a sa place marquée d'avance à tous les foyers, ou elle fera les délices du vicillard aussi bien que celles de la jeune fille, Prix d\u2019abonnement un an, $2.50; six mois, $1.25.S'adresser à Poirier, Bessette & Cie, 1540 Rue Notre-Dame, Montréal.LOTERIE NATIONALE Les tirages mensuels ont lieu 1e troisième mercredi de chaque mois.© La valeur des prix qui seront tirés le Mercredi, 19 Octobre 1887 \u2014 SERA DE \u2014 $60,000.00 COUT DU BILLET Première Série - - - 81.00 Deuxième Série .- « 2F ets 1&-Demandez le catalogue des prix-@ Le Secrétaire, S.E.LEFEBVRE, (9, RUE SAINT-JACQUES, MONTREAL MT TO STE LES Se J.N.LAMARCHE RELIBUR No.17, RUE SAINTE - THERESE Entre les rues Si- Vincent et St-Gabriel MONTREAL, \u2014 Reliure commerciale ct de goût exécuté ave soin promptitude, et à prix trés modérés.L'Imprimerie Générale Exécute avec diligence toutes espèces de COMMANDES TYPOGRAPHIQUES IMPRESSIONS DE LUXE, IMPRESSIONS DE_CHEMINS DE FER, IMPRESSIONS DE COMMERCE?ETo., Erc., Etc.L'Imprimerie Générale EST EN MESURE D'EXÉOUTER LES COMMANDES LES PLUS CONSIDERABLES SOUS LE PLUS BREF DELAI.PRIX TRÈS MODÉRÉS.CHARLES BELLEAU, ; GéRAN: No 45, PLACE JACQUES-CARTIER; .° \u2018N.B.\u2014Les ordres peuvent être déposés an Eee ou au bureau de Là Pannes Notes er, ou au bureau de LA PRESSE, No: ; \u2018rae Notre-Dame, en face de l\u2019'Hôtel-de-V' > île.RZ - -_ \u2014 \u2014_\u2014\u2014m\u2014 FEUILLETON DU \u2018\u2018 VIOLON.\u201d TARTARIN de TARASCON PREMIÈRE ÉPISODE A TARASOON XI Des coups d'épée, Messieurs, des coups d'épée.Mais pas de coups d'épingle ! Avait-il bien réellement l'intention de partir ?.Question délicate, et à laquelle l'historien de Tartarin serait fort embarassé de répondre.Toujours est-il que la ménagerie Mitaine avait quitté Tarascon depuis plus de trois mois, et le tueur de lions ne bongeait pas.Après tout, peut- être le candide héros, aveuglé par un nouveau mirage, se figurait-il de bonne foi qu'il était allé en Algérie.Peut-être qu'à force de raconter ses futures chasses, il s'imaginait les avoir faites, aussi sincèrement qu\u2019il s\u2019ima- inait avoir hissé le drapeau consu- aire et tiré sur les Tartares, pan ! pan ! à Shang-Haï.Malheureusement.si cette fois encore Tartarin de Tarascon fut vie- time du mirage, les Tarasconnais ne le furent pas.Lorsqu\u2019au bout de trois mois d'attente, on s'apereut que le chasseur n\u2019avait pas encore fait une malle, on commença à murmurer.\u201c Ce sera comme pour Shang-Hai!\u201d disait Costecalde en souriant.Et le mot de 'armurier fit fureur dans la ville ; car personne ne croyait plus en Tartarin.Les naifs, les poltrons, des gens comme Bézuquet, qu\u2019une puce aurait mis en fuite et qui ne pouvaient pas tirer un coup de fusil sans fermer les yeux, ceux-là surtout étaient impitoyables.Au cercle, sur l\u2019esplanade, ils abordaient le pauvre Tartarin avec de petits airs goguenards.\u201cEt autremain, pour quand ce .voyage?\u201d Dans la boutique Costecalde, son opinon ne faisait plus foi.Les chasseurs de casquettes reniaient leur chef ! Puis les épigrammes s\u2019en mélèrent.Le président Ladevèze, qui faisait volontiers en ses heures de loisir deux doigts de cour à la muse provençale, composa dans la langue du cru une chanson qui eut beaucoup de succès.Il était question d\u2019un certain grand chasseur appelé maître Gervais, dont le fusil redoutable devait exterminer jusqu'au dernier tous les lions d\u2019Afrique.Par malheur ce diable de fusil était de complexion singulière : on le chargeait toujours, il ne partait jamais.Il ne partait jamais ! vous comprenez l\u2019allusion\u2026 En un tour de main, cette chanson devint populaire ; et quand Tartarin passait, les portelaix du - quai, les \u2018petits décrotteurs de devant sa porte chantaient en chœur : Lou füsioù de mestre Gervai Toujou lou cargon, toujou lou cargon, Lou fusiou de mestre Gervai Toujou lou cargon, part jamaï Seulement cela se chantait de loin, à cause des doubles muscles.O fragilité des engouements de Tarascon !.! Le grand homme, lui, feignait de ne rien voir, de ne rien entendre : mais au fond cette petite guerre sourde et venimeuse I'affligeait beaucoup ; il sentait Tarascon lui glisser dans la main, la faveur populaire aller à d'autres, et éela le faisait horriblement souffrir.Ah ! la grande gamelle de la popularité, il fait bon s'asseoir devant, mais quel échaudement quand elle se renverse !.- En dépit de sa souffrance, Tartarin souriait, et menait paisiblement sa même vie, comme si de rien n\u2019était., Quelgnefois \u2018cependänt ce masque de joyeuse insoucianco, qu\u2019il s'était par fierté collé sur le visage, se détachait subitément.Alors, au lieu du rire, on voyait l\u2019indignation et la douleur.C'est ainsi qu\u2019un matin que les petits décrotteurs chantaient sous ses ses fenêtres : Lou fàsioù de mestre Gervai, les voix de ces misérables arrivèrent jusqu'à la chambre du pauvre grand homme en train de se raser devant sa glace.( Tartarin portait toute sa barbe, mais, comme elle venait trop forte, il était obligé de la surveiller.) Tout à coup la fenêtre s\u2019ouvrit violemment et Tartarin apparut en chemise, en serre-tête, barbouillé \u2018de bon savon blane, brandissant son rasoir et sa savonnette, et criant d'une voix formidable : \u201c Des coups d\u2019épée, messieurs, des coups d\u2019épée |.Mais pas de coups d'¢- pingle ! \u201d Belles paroles dignes de l'histoire, qui n\u2019avaient que le tort de s'adresser à ces petils fouchtras, hauts comme leurs boîtes à cirage et, gentilhommes tout à fait incapables de tenir une épée ! XII De ce qui fut dit dans la petite maison du baobab.Au milieu de la defection générale, l'armée seule tenait bon pour Tartarin.Le brave commandant Bravida, ancien capitaine d'habillement, continuait à lui marquer la même estime : * C'est un lapin !\u201d s\u2019entêtait-il à dire, et cette affirmation valait bien, j'imagine, celle du pharmacien Bézuquet.\u2026.Pas une fois le brave Commandant n'avait fait allusion au voyage en Afrique ; pourtant, quand la clameur publique devint trop forte, il se décida à parler, Un soir, le malheureux Tartarin était seul dans son cabinet, pensant à des choses tristes, quand il vit entrer le commandant, grave, ganté de noir, boutonné jusqu'aux oreilles.\u201c Tartarin, \u201d fit l\u2019ancien capitaine avec autorité, \u201c Tartarin, il faut partir ! \u201d Et il restait debout dans l\u2019encadrement de la porte, \u2014rigide et grand comme le devoir.Tont ce qu'il y avait dans ce \u201c Tartarin, il fant partir!\u201d Tartarin de Tarascon le comprit.Très pâle, il se leva, regarda autour de lui d\u2019un œil attendri ce joli cabinet, bien clos, plein de chaleur et de lumière douce, ce large fauteuil si commode, ses livres, son tapis, les grands stores blancs de ses fenêtres, derrière lesquels tremblaient les branches grêles du petit jardin: puis, s'avançant vers le brave commandant, il lui prit la main, la serra avec énergie, et d'une voix où roulaient des larmes, stoïque cependant, il lui dit : Je partirai, Bravida !\u201d Et il partit comme il l\u2019avait dit.Seulement pas encore tout.de suite.il lui fallut le temps de s\u2019outiller.D'abord il commanda chez Bompard deux grandes malles doublées de cuivre, avec une longue plaque portant cette inscription : TARTARIN DE TARASCON CAISSE D'ARMES Le doublage et la gravure prirent beaucoup de temps.Il commanda aussi chez Tastavin un magnifique album de voyage pour écrire son journal, ses impressions ; car enfin on a beau chasser le lion, on pense tout do même en route.Puis il fit venir de Marseille toute une cargaison de conserves alimentaires, du pemmican en tablettes pour faire du bouillon, une tente-abri, d'un nouveau modèle, se montant et se démontant à la minute, des bottes de marin, deux \u2018parapluies, un waterproof, des lunettes bleues pour prévenir les ophtalmies.Enfin le pharma- cien -Bézuquet Ini+coñfectionne une SNES \"LE VIOLON mr petite pharmacie portative bourré de sparadrap, d\u2019arnica, de camphre, de vinaigre des quatre-voleurs.0 Pauvre Tartarin ! ce qu'il en faisait, ce n\u2019était pas pour lui ; mais il espérait, à force de précautions et d'attentions délicates, apaiser la fureur de Tortarin-Sancho, qui, depuis que le départ était décidé, ne décolérait ni de jour ni de nuit.XIII Le départ.Enfin il arriva, le jour solennel, le grand jour.Dès l'aube, tout Tarascon était sur pied, encombrant le chemin d\u2019Avignon et les abords de la petite maison du boabab.Du monde aux fenêtres, sur les toits, sur les arbres ; des mariniers du Rhône, des porte-faix, des décrotteurs, des bourgeois, des ourdisseuses, des taffetassières, le cercle, enfin toute la ville ; puis aussi des gens de Beaucaire qui avaient passé le pont, des marai- chers de la banlieue, des charettes à |, grandes bâches, des vignerons hissés sur de belles mules attifées de rubans, de flots de grelots, de nœuds, de sonnettes, et même de loin en loin, quelques jolies filles d'Arles venues en croupe de leur galant, le ruban d'azur autour de la tête, sur de petits chevaux de Camargue gris de fer.Toute cette foule se pressait, se bousculait devant la porte de Tartarin, ce bon M.Tartarin, qui s\u2019en allait tuer des lions chez les Teurs.Pour Tarascon, l'Algérie, l\u2019Afrique, la Grèce, la Perse, Ta Turquie, la Mésopotamie, tout cela forme un grand pays très vague, presque mythologique, et cela s'appelle les Teurs (les Turcs).Au milieu de cette cohue, les chasseurs decasquettes allaientet venaient, fiers du triomphe de leur chef, et traçant sur leur passage comme des sillons glorieux) Devant la maison du boabab, deux grandes brouettes.De temps en temps, la porte s\u2019ouvrait, laissant voir quelques personnes qui se promenaient gravement dans le petit jardin.Des hommes apportaient des malles, des caisses, des sacs de nuit, qu\u2019ils empilaient sur les brouettes.A chaque nouveau colis, la foule frémissait.On se nommait les objets a haute voix.\u201c Ca, c'est la tente-abri.Ca, ce sont les conserves.la pharmacie.les caisses d\u2019armes.\u201d Et les chasseurs de casquettes donnaient des explications.Tout à coup, vers dix heures, il se fit un grand mouvement dans la foule.La porte du jardin tourna sur ses gonds violemment.\u201c C'est Iui.c\u2019est lui C'était lui.Quand il parut sur le seuil, deux cris de stupeur partirent de la foule : \u201c C'est un Tewr !.\u2014II a des lunettes ! \u201d Tartarin de Tarascon, en effet, avait cru de son devoir, allant en Algérie, de prendre le costume algérien.Large pantalon bouffant en toile blanche, petite veste collante à boutons de métal, deux pieds de ceinture, rouge autour de l'estomac, le cou nu, le 1\" criait-on.front rasé, sur sa tête une gigantesque chechia, (bonnet rouge) et un flot bleu d\u2019une longueur !\u2026 Avec cela, déux lourds fusils, an sur chaque épaule, un crand couteau de chasse à la ceinture, sur le ventre une cartouchière, sur la hanche un revolver se balançant dans sa poche de cuir.C\u2019est tout.Ah ! pardon, j'oubliais les lunettes, une énorme paire de lunettes\u201cbleues qui venaient là bien à propos pour corriger ce qu\u2019il y avait d\u2019un pen trop farouche dans la tourmure de notre héros ! 1\" \u201c Vive Tartarin !.vive Tartarin !.\u201d hurla le peuple.Le grand homme sourit, mais ne salua pas, à cause de ses fusils qui le génaient.Du reste, il savait maintenant à quoi s\u2019en tenir sur \u2018la fayeur populaire ; .peut-être même qu'au fondide son: âmeril*mau- La CRE dissait ses terribles compatriotes, qui l\u2019obligeaient à partir, à quitter son joli petit chez lui aux murs blancs, aux persiennes vertes.Mais cela ne se voyait pas.Calme et fier, quoiqu\u2019un peu pâle, il s\u2019avançait sur la chaussée, regarda ses brouettes, et, voyant que tout était bien, prit gaillardement le chemin de la gare, sans même se retourner une fois vers la maison du baobab.Derrière lui marchaient le brave commandant Bravida, ancien capitaine d\u2019habillement, le président Ladevèze, puis l\u2019armurier Costecalde et tous les chasseurs de casquettes, puis les brouettes, puis le peuple.Devant l\u2019embarcadère, le chef de gare l\u2019attendait, \u2014un vieil Africain de 1880, qui lui serra la main plusieurs fois avec chaleur.L'express Paris-Marseille n\u2019était pas encore arrivé.Tartarin et son état- major entrèrent dans les salles d'attente.Pour éviter l'encombrement, derrière eux le chef de gare fit fermer les grilles.Pendant un quart d\u2019heure, Tartarin se promena de long en large dans les salles, au milieu des chasseurs de casquettes.Il leur parlait de son voyage, de sa chasse, promettant d'ens voyer des peaux.On s'inscrivait sur sou carnet pour une peau comme pour une contredanse.Tranquille et doux comme Socrate au moment de boire la ciuë, l\u2019intrépide Tarasconnais avait an mot pour chacun,un sourire pour tout le monde, Il parlait simplement, d\u2019un air aftable ; on auvait dit qu\u2019avant de partir, il voulait laisser derrière lui comme une trainée de charme, de regrets, de bons souvenirs.D'entendre leur chef parler ainsi, tous les chasseurs de casquettes avaient des larmes, quelques-uns même des remords, comme le président Ladevèze et le pharmacien Bézuquet.[ Des hommes d'épique pleuraient dans des coins.Dehors, le peuple regardait à travers les grilles, et criait : \u201c Vive Tartarin !\u201d Enfin la cloche sonna.Un roulement sourd, un sifflet déchirant ébranla les voutes.En voiture! en voiture! .\u201c Adieu, Tartarin '\u2026 adieu, Tartarin! \u2014Adien, tous!.\u201d murmura le grand homme, et sur les joues du brave commandant Bravida il embrassa son cher Tarascon.Puis il s\u2019élança sur la voie, et monta dans un wagon plein de Parisiennes, qui pensèrent mourir de peur en voyant arriver cet homme étrange avec tant de carabines et de revolvers.(A continuer.) \u2019 ; a 4 5 wd BE 3 == Oo EE © giz S =p § 532 se © 48\" Æ BH x 28 3 &H EF 28 2 «Ré , 8° = dE BG 0 | 5 JB à S37 a || \"ARCS @.= | OR & |g = 9 2 ead $55 go SleaVg|s 2 = pe + 2 a b= dof \u2019 fay = fad 2° QE | À ss 2 -d 0 o 3 an 2 EDR 21 \u20ac => QO ®- B =< P33 5 Be 5.& "]
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