Parachute, 1 janvier 2007, Supplément
[" halte Lettre aux lecteurs et aux collaborateurs Halte à PARACHUTE PARACHUTE On dit qu\u2019avec le temps à force de patience, une pierre de montagne se transforme en pierre précieuse.Oui, cela se peut mais non sans blessures et sans bleus à l\u2019âme.- Hafez, poète iranien, xive siècle Lorsque j\u2019ai fondé parachute en 1974, j\u2019en étais à ma cinquième revue.L'une, réalisée à l\u2019âge de l\u2019innocence vers neuf ans, un cahier recopié au crayon à mine et redistribué parmi les camarades de classe, contenait de petites histoires, des anecdotes, des bribes de vie imaginée et déjà vécue offertes en partage dès ce jeune âge.Je vivais dans un milieu plein d\u2019étrangers, fait rare au Québec de mon enfance.Des enfants d\u2019immigrants venus dans ce village de Russie, de Pologne, d\u2019Allemagne, de Tchécoslovaquie, des arrière-petits-enfants de colons irlandais et écossais qui, de soldats à paysans, cultivaient les fermes environnantes de ma campagne.Cette campagne adorée où mon père chanteur d\u2019opéra dans sa première vie en Europe et aux États-Unis avait élu domicile et travaillait jour et nuit, hiver comme été, à développer une cité-jardin remplie d\u2019espoir, de dépassement de soi et de désir d\u2019une vie meilleure.Aussi, faire de la politique, du genre de celle qui allait mener à la Révolution tranquille.Une existence pleine d\u2019idéal socialisant et d\u2019entre-prenariat, de partage des ressources et des savoir-faire, très estimés dans cette période et que j\u2019ai moi-même appris à vénérer.J\u2019étais de même étrangère dans cet arrière-pays d\u2019étrangers, petite francophone née de parents plutôt urbains éduquée dans un milieu d'Anglais, celui qui accueillait (ou assimilait?Ici comme ailleurs, l\u2019histoire se chargera du verdict.) le plus d\u2019étrangers dans «la Belle Province», Québec d\u2019alors.Ma deuxième revue, à quatorze ans, l\u2019Apprenti-griffon, était le fruit d\u2019une collaboration entre jeunes filles de l\u2019école, où chacune pouvait mettre en valeur ses intérêts naissants pour la vie adulte et sociale.Les copies à l'encre bleue étaient ronéotypées et redistribuées encore là parmi les camarades de classe, et elles tenaient lieu de chroniques de la vie quotidienne autant que des aspirations de chacune.La troisième est née au sein d\u2019un groupe de recherche à l\u2019université que je fréquentais, I\u2019uqàm.Médiart me plaisait parce qu\u2019elle se voulait activiste, réveillant un milieu québécois peu enclin à l\u2019art contemporain et à ses problématiques.On voulait changer la donne.Cette revue m'a permis de rapidement saisir les enjeux du milieu dans lequel j'étais appelée à évoluer tant avec ses idéaux que ses lacunes.Puis je me suis faite critique d\u2019art.Encore aujourd\u2019hui, malgré les différentes activités réalisées et positions occupées jusqu\u2019à maintenant à titre de conservateur de musée, directeur de festival, organisateur de colloques, je déclare toujours que c\u2019est celle-là ma profession quand on me le demande - aux douanes des pays que je traverse, par exemple.Elle a l\u2019avantage d\u2019être un lieu d\u2019où l\u2019on peut penser et parler, penser le monde et la vie à travers ses manifestations les plus sensibles, concrètes, réalistes, et philosophiques à la fois.Donc critique d\u2019art, je suis devenue à travers mes collaborations à Vie des Arts et Artscanada, les deux principales revues canadiennes de ces années-là.Là aussi, j\u2019ai beaucoup appris : tant sur les limites que sur les possibles à explorer, entre autres le monde au-delà des frontières canadiennes, les miennes et les nôtres, et des frontières disciplinaires artistiques.Quelle tragédie que cet enfermement persistant! Puis, Multimédia, la revue du secteur de la recherche du ministère de l\u2019Éducation au début des années soixante-dix.Prise en compte obligée des mouvances sociales et médiatiques.Enjeux intéressants puisqu\u2019il s\u2019agissait de mener le pays ailleurs et rapidement en intégrant les ressources du monde moderne, et bientôt postmoderne.Je n\u2019y suis pas restée longtemps, sans doute encore trop loin pour moi de mon véritable objet : l\u2019art de notre temps sur lequel il fallait réfléchir et agir avec diligence et pertinence.Ainsi vint parachute.Comme toutes les autres aventures, celle-ci est issue d\u2019un contexte singulier et de rencontres entre gens ayant des aspirations semblables, et, au premier plan, une passion pour l\u2019art contemporain.D\u2019abord avec René Blouin, puis avec France Morin, j\u2019ai vécu la gestation et les premières années de la revue qui s\u2019est avérée être la première revue internationale et transdisciplinaire au Canada.Mon propre périple m\u2019avait déjà menée à fréquenter de grands artistes dans les milieux vibrants des arts visuels et du cinéma expérimental, de la musique et de la danse nouvelle en Amérique comme en Europe.J\u2019étais fébrilement allée à la rencontre des Joseph Beuys, Vito Acconci, Lawrence Weiner, Marina Abramovic, Philip Glass, Simone Forti, Michael Snow et General Idea, parmi d\u2019autres artistes de la période.Dans le milieu montréalais, je connaissais déjà la plupart des protagonistes et suivais avec avidité les débats très chauds qui animaient la scène artistique locale aux prises avec des questions d\u2019identité, de différence, autant que de forme et de nouvelles aventures plastiques.La vidéo, l\u2019installation, la performance, li PARACHUTE PARACHUTE PARACHUTE PARACHUTE mm ¦\t-T3 PARACHUTE mm i ÀCHU7E PARACHUTE m PARACHUTE l\u2019art conceptuel représentaient pour moi des enjeux majeurs pour l\u2019art et il m\u2019apparaissait que nous devions impérativement les prendre au sérieux et développer un langage critique approprié à leur égard, nourri par les idées de notre temps.Les Baudrillard, Foucault, Barthes, Derrida et Lacan venaient à maturité.La pensée anglo-saxonne formaliste britannique et américaine était à nos portes (et demandait à être questionnée vu les nouvelles approches théoriques et pratiques dans l'art).Montréal étant une ville bilingue, la deuxième ville française du monde, située dans la mer d\u2019anglophonie qu\u2019est l\u2019Amérique du Nord, faisait de nous un enclos privilégié à cet égard, parachute est née de ces enjeux, et plus encore.Il s\u2019agissait de sortir de notre île, de notre isolement linguistique et culturel, de s\u2019ouvrir au monde et de faire en sorte qu'il y ait un va-et-vient entre les idées et les continents.Trente ans passés, les enjeux demeurent les mêmes, les combats aussi: le renouvellement du format et de la formule de la revue en 2000 venait appuyer l'urgence qu'il y a à se transformer quand le monde l\u2019exige.Les institutions, une revue après vingt-cinq ans en fait figure même si elle n\u2019en a pas toujours les moyens matériels et la stabilité, doivent se questionner, revoir leurs façons de faire pour mériter leur pertinence et respecter leurs propres exigences fondamentales.Le parachute d'aujourd\u2019hui respecte les mêmes objectifs de rigueur et de flexibilité créative et intellectuelle qu\u2019à ses débuts : changement de la donne, formation d\u2019un langage critique renouvelé, prise en compte des pratiques émergentes, travail à l\u2019écart des dogmes, des poncifs, soutien à la création et à l\u2019innovation.Mais le parachute d'aujourd\u2019hui ne saurait se faire sans les idées et techniques d\u2019aujourd\u2019hui : l\u2019accélération de l\u2019information, des déplacements intercontinentaux, le travail en réseau, l\u2019Internet, ce qui contribue à la diversité des perspectives théoriques et des pratiques artistiques.Ce changement a donné des résultats au-delà de nos espérances : une déclinaison de vingt-cinq numéros autour des grands enjeux du monde et de l\u2019art d'aujourd'hui, un accroissement de nos réseaux d\u2019interaction sur plusieurs continents, une augmentation des ventes de plus de deux cents pour cent en quelques années à peine.Beau programme qui a donné d\u2019étonnants résultats, et ce, malgré de maigres moyens financiers, pendant trois décennies, parachute est présente dans une quarantaine de pays nonobstant son tirage limité à quelques milliers d\u2019exemplaires.La revue est lue et appréciée de longue date, ce qui contribue à son rayonnement exceptionnel.Elle fait partie de l'univers de référence de la plupart des acteurs internationaux et locaux en art contemporain.L\u2019heure est cependant venue de sonner le glas quant à la possibilité de poursuivre l'aventure telle qu\u2019on l\u2019a menée jusqu\u2019ici.La structure économique, pour continuer cette entreprise passionnante reliant des acteurs de tous les coins du monde, nous fait maintenant gravement défaut.La situation n\u2019a jamais été confortable, mais le retrait persistant de l\u2019État par rapport aux activités de recherche en art contemporain, la nécessité d\u2019avoir recours au privé dans un pays où le mécénat n\u2019est pas encore très développé dans notre domaine et où il y a peu de galeries privées qui peuvent encore s\u2019y consacrer ne favorisent pas la poursuite de nos activités.Après maints efforts consentis sur le plan du resserrement des dépenses et de la levée de fonds dans le privé, à l\u2019échelle locale, pour contrer la conjoncture face à notre propre fragilité économique, nous sommes ainsi appelés à faire relâche et à reconsidérer la situation afin de trouver d\u2019autres façons de faire.Personnellement, je ne ne souhaite pas arrêter, étant toujours aussi convaincue de la pertinence de la revue.«Oui, cela se peut mais non sans blessures et sans bleus à l\u2019âme.» CHANTAL PONTBRIAND/DIRECTRICE DE LA PUBLICATION pwmmm parachute RARACHUTE Le conseil d\u2019administration et la directrice de parachute souhaitent remercier chaleureusement tous ceux et celles qui ont contribué au vaste succès de la revue au fil des ans ; les membres fondateurs, les membres des équipes successives, les lecteurs, les auteurs, les artistes, les rédacteurs, les correspondants, les graphistes, les réviseurs, les traducteurs, les imprimeurs, les abonnés, les annonceurs, les distributeurs, les donateurs, les collectionneurs et les subventionneurs fédéraux, provinciaux, municipaux et étrangers.lalie à parachuti 73 eure aux lecteurs et aux collaborateurs r Letter to our readers and contributors Time for a hall at PARACHUTE When I founded parachute in 1974, it was my fifth magazine experience.My first, dating from when I was nine years old, the age of innocence, was a school notebook copied over and over in lead pencil and distributed to classmates.It contained short stores, anecdotes, bits of life imagined and yet already experienced, offered for the sake of sharing at this young age.I was living amongst strangers, which was not such a common thing in my Quebec childhood.Children of immigrants who had come to my village from Russia, Poland, Germany and Czechoslovakia; great-grandchildren of Irish and Scottish colonists who had gone from soldier to farmer and were by then cultivating the surrounding farms in the countryside.The beloved countryside where my father, an opera singer in a former life in Europe and the United States, had also settled, working day and night, winter and summer to develop a garden city full of hope, of the urge to go beyond oneself and the desire for a better life for all.He thus also ventured into politics, the kind which would eventually lead to the Quiet Revolution.A life of socialistic ideals mixed with entrepreneurship, of sharing resources and know-how, qualities I learned to cherish also.Still, I myself felt like a stranger in this distant countryside full of foreigners, a little French-speaking girl born of rather urban parents, being educated in an English milieu, which back then was more welcoming (or assimilating?Here as elsewhere in the world, history holds the burden of a verdict .) of foreigners in \u201cla Belle Province,\u201d the Quebec of the day.gwsii I\tI\ti PARACHUTE My second magazine, at age fourteen, called the Apprenti-griffon, was a joint effort of the students at the all girls' school I attended, where we developed our future interests in adult and social life.The blue-ink copies were copied on a Roneo duplicating machine and distributed once more amongst the girls, acting as both a chronicle of everyday life and an expression of our aspirations.The third came out of a research group at the university I enrolled in, uqam.Médiart attracted me because it was an activist journal, opening people\u2019s eyes in a Quebec not yet inclined to contemporary art and its issues.We wanted to change all that.This magazine helped me to understand quickly the main issues in the milieu in which I was to work, with both its strong points and its deficiencies.And then I became an art critic.Still today, despite the various activities and positions I have held over the years as museum curator, festival director and symposium organizer, when asked I always declare\u2014when crossing borders, for example\u2014that this is my profession.It has the advantage of being a space where one can think and speak, think about the world and life through its most sensitive, concrete, realistic and philosophical expressions.So as an art critic, I started contributing to Vie des Arts and Artscanada, the main Canadian magazines of the time.There too I learned a great deal: as much about limitations as about possibilities, among them the borders of Canada, mine and ours, and the borders of artistic disciplines.What a tragedy, this constant confinement! Then came a job at Multimédia, the magazine of the research section of the Quebec Education Department in the early 1970s.An obligatory reckoning with social and media trends.The issues were interesting because the underlying idea was to take the nation further quickly by incorporating the resources of the modern world, which was soon to become postmodern.I did not stay very long.I most probably felt too removed from my true self and my true goal: the art of our times, about which it was important to reflect diligently and with relevance.And so along came parachute.Like all my other adventures, this one sprang from a singular context and from encounters with other people with similar goals and above all a passion for contemporary art.Initially I joined up with René Blouin to conceive of the magazine and then France Morin and I directed it together for a couple of years.It became the first international and transdisciplinary journal in Canada.My own journey had already led me to meet great artists of the vibrant art, experimental film, new music and dance milieu of the period in North America and Europe.I was feverishly meeting up with Joseph Beuys, Vito Acconci, Laurence Weiner, Marina Abramovic, Philip Glass, Simone Forti, Michael Snow and General Idea, among others.On the Montreal scene, I had already met most of the leading figures and was avidly following the typically heated debates on the local front around questions of identity and difference, as well as form Ifir 4 PARACHUTE XM TPARA 5 PARACHUTE Some say that with time and patience, a mountain stone becomes a precious stone.Yes, that is possible, but not without some wounds and blues in the soul.- Hafez, Iranian poet, 16th century and innovative art practices.Video, installation, performance and conceptual art were all major issues, as far as I was concerned, and it was a must to take them seriously and develop a critical language that could be specific to them, nourished by the ideas of the times we were living in.The ideas put forth by Baudrillard, Barthes, Derrida and Lacan were coming to maturity.Anglo-American formalism, British as well as American, was knocking at our door, begging to be challenged at the insistent demand of new theoretical and practical approaches in art.Montreal, a bilingual city, the second-largest French-speaking city in the world, nestled in the English-speaking sea that is North America, was in this sense a privileged place to be.parachute was born out of these issues, and others besides.The crux of the matter was to get off our island, away from our linguistic and cultural isolation, to open ourselves to the world and organize a back-and-forth movement between ideas and continents.Thirty years later, the issues are similar, the struggles also: the change of format and formula in the magazine in 2000 underlined the urgency to change when the world requires it.Institutions\u2014a magazine becomes one after twenty-five years, even though it lacks the financial stability and underpinnings\u2014must question themselves and re-envision ways of working to merit their relevance and respect their own fundamental purpose.Today\u2019s parachute respects the same objectives of rigour and creative and intellectual flexibility that it set out with: to change the status quo, to develop a new form of art criticism, to meet emerging practices head-on, to work apart from dogmas and commonplaces, to support creativity and innovation.Nevertheless, today's parachute could not exist without today\u2019s ideas and technology: the acceleration of information, international displacements and migrations, networking, the web, all of which contribute to a diversity of perspectives in art theory and practice.Our willingness to change has led to astonishing results: twenty-five recent issues dealing with major concerns in today\u2019s world as well as in art, a forging of new global links and interactions across several continents, a growth in sales of more than two hundred percent over just a few years.A great program! Great results! But this in spite of reduced means, spread thin over thirty years of existence, parachute is present in some forty countries, even though its print run is limited to four or five thousand copies.The magazine has been read and appreciated for a long time now, which contributes to its exceptional outreach.It belongs to the world of references most international and local protagonists in the art world use.However, when the bell tolls, the adventure should come to a stop, at least in the way it has been led until now.The economic structure needed to pursue this passionate venture linking actors from around the world is gravely lacking at this point.The situation was never comfortable, but the continuing withdrawal of government funding for innovation in the arts, the need to cultivate ever-more private funding in a country where sponsorship of contemporary art is underdeveloped, where few art galleries in the field exist, does not help our effort to raise funds and be self-sustaining.After huge efforts to cut costs and to increase fundraising in the private sector in the hope of counteracting a too fragile economic situation, our endeavour must come to a halt while we reconsider the situation and find other ways of doing what we do.Personnally, I do not wish to stop, being convinced of the need for the magazine.\u201cYes, that is possible, but not without some wounds and blues in the soul.\u201d CHANTAL PONTBRIAND /DIRECTOR parachute\u2019s board of directors and director would like to extend their warm thanks to all those who contributed to the journal\u2019s great success over the years: its founding members, its staff and board members over the years, its readers, authors, artists, editors, correspondents, graphic artists, copy editors, proofreaders, translators, printers, subscribers, advertisers, distributors, donors, collectors and federal, provincial, municipal and foreign funding agencies.lume tor a halt at parachuti letter to our readers aNd contributors age 2 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.