Le courier de Québec, 27 mai 1807, mercredi 27 mai 1807
[" COURIER DE QUEBEC.vu.Gratum est quod patriæ civem populoque dedisti Si fasis ut patriæ sit idoneus.\u2014JUVENAL, Sat.14.\u2014 EEE * | ay X ) | VOL.1.] EH MerCRad], 27 Mat, 1807.\u2014\u2014 [N° 43.EE | C7 Noa\u2014 v : a.MELANGES.Hifioiré des Pantouffes d'A8ou-CAZEMB.Il y avaie à Bagdad un vieux marchand, nommé Abou-Cazemb, célèbre par fon avance.Quoiqu'il fut très riche, fes habits n\u2019étaient que pièces et morceaux ; fon turban, d'une toile groflière, était fi fale qu'on ne pouvait plus en diftinguer la couleur ; mais de tout fon habillement, fes pantoufles étaient Ce qui méritait le plus l'attention des paffans : les femelles, épaifles d'un pource, étaient armées de gros clous; les empeignes êtaient toutes raç:ècetées.Jamais le fameux navire Argos n\u2019eut tant de pièces ; depuis dix ans, qu\u2019il portait fes pantoufles, les pias habiles favetiers de Bagdad avaièmt épuifé leur art, pour en rapprocher les débris.Elles en étaient méme devenues fi pefantes, qu\u2019elles avaient palé en proverbe, et lorfqu\u2019on voulait exprimer quelque chofe de lourd, les pan- toufies de Cazemb étaient toujours l\u2019objet de comparaifon.Un jour ce vieux marchand fe promenait dans le\u2018gränd Bazär, qui eft le marché public de Bagdad.Comme il était conna pohf être fort riche, or lui propofa d\u2019acheter un parti confidérable de criftal ; il conclut le marché, parcequ'il était extra- ordinsitement avantdgeux : ayant appfis qotlques jours après, qu\u2019un parfumeur fuiné avait, pour toute reffource, de l\u2018eau de rofe à vendre, il alla le trouver, et profitant du malheur de te pavre homme, 31 lui acheta fon eau de rofe pour la moitié de fa valeut.Cette eûcellente affaite l\u2019avait mis de bonne humeur.Au lieu de donner un grand feftin, felon la coutume des fa.mex négocians de l\u2019Orient, qui -ont fait quelque marché confidérable, il trotiva plus expédient, et afin qu'il ne lui en coutât rien, \u2018d'aller au bain\u2018où il n'avait pas été depuis long-teme.i Comme il otait fes habits, un de fes amis, ou du moins urn homme, qu\u2019il premait our tel (car les avares en ont rarement), Fai dit que fes pantoufles le rendaient la fable de toute la ville, et qu\u2019il n\u2019y avait pas jufqu\u2019aux cnfans qui ne fe moquaffent: de lui et ne le montraffent au doigt; qu\u2019il devrait bien en acheter d\u2019autres.J'y longe depuis long-tems, répondit Cazemb ; elles ne font pourtant pas fi délabrées, qu\u2019elles ne puiflent mie fervir encore.Tout en.cdufant, il fit déshabillé et entra dans l\u2019étuve.Pendant qu\u2019il fe lavait, le Gadi de Bagdad vint auffi fe baigner ; Abou-Cazemb: étant fort avant le juge, paffa dans la première pièce : il reprit fes habits et chercha en Vain fes pantoufles.Il y était attaché et ne les trouvant -point, il allait fortir, - lorfqu\u2019il apperçutune chauflure neuve en\u2019 place de la fienne.- Notre ayare perfuadé, parcequ\u2019il le défirait, que c\u2019étaie un pré.feat de 'ami qui venait de lui faire une, petite remontrance, mit-à ieds les belles pantoufles, qui lui épäretièrent le | Chagrin d'en acheter d\u2019autres, et forti du bain le cœur plein ds-jajg.Quand le Cadi fe fut baigné, fes efcla.ves cherchèrent en vain les pantoufles de leur maître : ils ne trouvèrent qu\u2019une vilaine chauflure, qui fut auflitôt reconnue .pour celle d\u2019Abou Cazemb.Les huiffiers courent après le prétendu filou, et le rae menèrent faifi du vol.Le Cadi après avoir repris fes pantoufles, l\u2019envoya en prifon.Il fallut financer, pour forgir des griffes ge la juftice; et comme Abou-Cazemb pale 4, fait pour Êtte du moins auffi riche qu\u2019avare, oñ ne l\u2019en tint pas quitte à bon marché, De retour chez lui, l\u2019afligé Cazemb jette de dépit (es pamoufles dans le Tygre, , qui coulait fous fes fénêtres.Quelques ; jours après, des pêcheurs retitant un filet plus lourd qu\u2019à l\u2019ordinaire, fürent- bien-, étonnés de n\u2019y trouver que les pantoufles d\u2019Abou-Cazemb : les clous dont elles éa + taient garnies avaient rompu prelque toutes les mailles du filet.Les pêcheurs indignés contre Cazemb et contre (es pantoufles, imaginèrent de les je- ter-dans fon logis par les fenêtres qu®il avait laillées ouvertes, les pantoufles, lancées avec force, attaquérent les flicons qui é- saient fur les tableneset les renversérent : 1\u20acs vafes de criffal farent fracaffes, et l\u2019eau de rofe fut perdue.Figurez-vousla douleur d\u2019Abou Cazemb à'la vue de tant défordre.Mandites pantoufles, s\u2019écria-t-il, vous ne me cauferez lus de dommage : il dit, et prenant une êche il alla dans fon jardin, y fit un trou pour y enfouir fes favattes.Un de fes vaifins qui lui en voulait de puis long-tems, l'apperçut remuant la.terre, !l courut auffitôt avertir le gouverneur que Cazemb venait de déterrer un tréfor dans fon jatdin.II n\u2019en fallut pas davantage, pour allumer la cupidité du Commandant.M: {e tranfporta chez notre avare; Abou- Chzemb eut beau dire qu'il n\u2019avait pas tsouvé de tréfor, qu\u2019il avait feulement Voulu enfouir fes vieilles pantoufles, qu\u2019il alla déterrer à l\u2019inftant, le gou- verrieur avait compté fur de l\u2019argent, et l'affiigé Cazemb:n\u2019obrint-encore la Hberté que moyennant \u2018une fort groffe fomme.toufles au diable de bon cœur, va les jeter dans un agleducélaigné de quelques milles d¥'la ville.* Il eroyan pour le coup qu'il n*hn entthdrait plus packer ; mais Je diable qui n\u2019était pas las
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