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Titre :
Le bien public
De tendance conservatrice, Le Bien public était consacré aux intérêts et à la vie politique, économique et sociale de la Mauricie. [...]

Fondé par l'évêque de Trois-Rivières, Mgr François-Xavier Cloutier, et l'avocat Joseph Barnard, Le Bien public fait suite au Trifluvien (1888-1908), un journal conservateur ultramontain. L'hebdomadaire, qui paraît pour la première fois le 8 juin 1909, respecte le conservatisme clérical et se veut un « journal doctrinal dévo7ué aux intérêts catholiques, au bien moral et matériel de la population de Trois-Rivières ».

Joseph Barnard en est le rédacteur en chef jusqu'en 1933. Le 1er mars 1921, Le Bien public devient bihebdomadaire en raison de déficits budgétaires. En plus de relayer l'actualité religieuse, le journal offre un contenu composé d'éditoriaux, d'actualité culturelle (littérature québécoise et locale, théâtre, musique), d'histoire régionale, d'actualité économique, d'une section sur l'agriculture locale et d'une section des sports.

En 1933, toujours confronté à des difficultés financières, Le Bien public est cédé aux écrivains Raymond Douville et Clément Marchant. Ceux-ci s'engagent à conserver une ligne éditoriale catholique conservatrice. Marchant mise sur de nombreux collaborateurs et publie des textes inédits et des extraits de livres qui procurent une visibilité trifluvienne à des écrivains de l'extérieur de la région tels Harry Bernard, Ulric Gingras et Robert Choquette.

Raymond Douville prend de son côté le rôle de courriériste parlementaire et tisse des liens avec plusieurs politiciens. En 1933, à l'aube du tricentenaire de Trois-Rivières, une place importante est accordée à l'histoire régionale alors que Le Bien public s'associe régulièrement à la Société d'histoire régionale des Trois-Rivières. Maurice Duplessis, qui entretient des liens d'amitié avec Douville, profite de l'événement pour se faire du capital politique et encourage le mouvement régionaliste mauricien auquel adhèrent une grande part de la population et des notables locaux. L'Union nationale obtient l'appui du Bien public lors de ses campagnes électorales alors que l'imprimerie du journal profite de nombreux contrats du gouvernement Duplessis.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Bien public accorde une place importante à l'actualité de guerre et mise toujours sur le contenu littéraire et historique qui fait son succès. Il promeut les bonnes valeurs familiales en temps de guerre et consacre une ou deux pages aux chroniques féminines et aux jeux destinés aux enfants.

Au cours de ses 20 dernières années, Le Bien public change régulièrement de format. En 1975, le journal passe d'hebdomadaire à mensuel, sans grand succès. Ses artisans ne réussissent pas à renouveler le contenu littéraire et historique qui lui était favorable bien jusque-là. Pendant les années 1970, le journal survit principalement grâce au bénévolat de ses collaborateurs alors qu'il accumule les déficits. Le contenu religieux conservateur encore très présent ne fait plus vendre autant d'exemplaires.

Le tirage du Bien public est de 3050 exemplaires en mars 1910 et atteint 5000 en 1915. Alors qu'en 1942 il est évalué à 3402 exemplaires, seulement 1700 exemplaires sont distribués en 1977. Clément Marchant, qui assure seul le rôle d'éditeur à partir de 1959, peine à rentabiliser le journal, qui cesse de paraître en décembre 1978.

Voir aussi :

Le Trifluvien, 1888-1908 (Trois-Rivières)

BARNARD, Joseph, Dictionnaire biographique du Canada, en ligne.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. 4, p. 310-313.

ROUX-PRATTE, Maude, Le Bien public, 1909-1978 : un journal, une maison d'édition, une imprimerie : la réussite d'une entreprise mauricienne à travers ses réseaux, Québec, Septentrion, 2013.

Éditeur :
  • Trois-Rivières :[s.n.],1909-1978
Contenu spécifique :
jeudi 16 décembre 1943
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
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Références

Le bien public, 1943-12-16, Collections de BAnQ.

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[" \u2014s on \u2014\u2014 _ TROIS-RIVIERES, JEUDI, 16 DECEMBRE 1943 ORGANE DU RÉVEIL TRIFLUVIEN.7° 5 sous la copie Où est la logique ?Il est assez pénible de constater que dans la province de Québec l'opinion publique semble considérer les professeurs et les institutrices, comme de simples salariés ou des manoeuvres indifférents.On paraît généralement tenir pour acquis que le professorat au stade primaire, du moins, est surtout affaire de dévouement, de don libéral de soi-même à une cause noble.On dit souvent, quand on s'ingénie de penser aux petits professeurs et aux modestes institutrices: \u201clls accomplissent dans le silence une oeuvre admirable et ils ont droit à notre reconnaissance\u201d.Oui, c\u2019est très beau ce témoignage, encore que n\u2018engageant en rien la générosité publique, il est dit sur un ton de parfait: indifférence.On voudrait, par cette louange facile, esquiver l'examen plus ovont du sujet.On aime mieux ne pas approfondir le problème de la situation honteuse généralement faite oux instituteurs, à travrs toute la province.Il est vrai qu\u2019il y a quelque chose de bellement admirable dans l'oeuvre accomplie par ces gens qui sacrifient leur vie à la tâche ingrate d'instruire nos enfants.Il est vrai qu'ils ne jouissent pas dans la société de la considértion qui leur est due mais qu'on remplace trop souvent par une sympthie lointaine.Ce fait n\u2019est contredit par personne et pourtant on en reste aux appréciations.Rien de vraiment positif n\u2019a été ten- ct pour améliorer le sort financier des instituteurs et des institutrices.Dans notre province on trouve de [\u2018argent pour tout et pour tous, sauf pour celui ou celle qui peine a coeur de journées à graver.des connaissances sur la cire molle de l\u2018enfance.Alors, plus les services sont d'essence nationale et patriotique, plus vite on les voue d'office au désintéressement et moins on les rémunère.Il est insane de voir l\u2018instituteur plus mal payé que l\u2018ouvrier spécialisé ou même le simple manoeuvre à compétence indéterminée.On le condamne ainsi à une existence retirée et humiliée, par trop miteuse.Cette situation est particulièrement sensible en cette période de guerre où partout l\u2019argent coule à flot, \u2018sauf dans les goussets de qui gagne son pain dans l'enseignement.Et l'on sera surpris ensuite de voir les instituteurs, las des atermoiements, las des panacées et des cataplasmes, réagir, s'organiser, menacer de faire la grève.Si on persiste à considérer cette élite ignorée comme une classe de salariés ordinaires, elle descendra dans la rue, a la grande honte des commissions scolaires et du public en général, aussi du gouvernement provincial qui écope dans toute cette affaire de sa part de lourdes responsabilités.Il n'est pas étonnant que nous avancions a pas de tortue dans la province de Québec.Nous faisons bon marché de la logique et de la décence.Pendant ce temps les partis politiques font flores, nos institutions financières (trusts) s\u2019enflent à fendre de revenus exorbitants et l\u2019on voudrait que l'instituteur, modeste et effacé comme toujours, restât, sans défense, en bon garcon qu'il est, à manger sa mi- sere.Il y a chez nous bien des illusions qui arrivent à leur terme.Et celle-là en est une.Clément MARCHAND.LIVRES D'ETRENNES MAURICIENS (1) Que de beaux livres nous pouvons offrir à nos amis en cadeaux de Noël, et cela sans sortir de la production littéraire de la Mauricie, laquelle est plus riche que jamais! Permettez-nous de vous suggérer .Adagio, recueil de contes de Félix Leclerc, un écrivain authentique, celui-là, et qui obtient déjà en librairie un succès égal à ceux qu\u2019il a remportés à la radio.Adagio est un des trois meilleurs livres publiés dans le Québec cette année.' ss (1) Les six volumes dont il est | ET fait mention dans cet entrefl- let sont en vente chez nos libraires et chez M.l\u2019abbé Tessier, au Séminaire.Il y a aussi Offrandes et Cinq petits enfants .de Jeanne l\u2019Archevêque-Duguay.Littérature du foyer qui se rattache à la belle tradition d'une Henriette Charasson, mais avec un caractére bien canadien et une atmosphere qui est bien de chez nous.Et cette chose audacieuse qui s'appelle Joies d\u2019enfants ! Les auteurs: Monique, onze ans, et Thérèse Duguay, treize ans.Une excellente occasion de prendre contact avec l\u2019authentique ame enfantine oui se révèle à nous, dans des textes et des dessins d\u2019une ande fraîcheur, avec le délicieux émerveillement de jeunes yeux témoins du monde.Et pour finir ce florilège déjà imposant de livres mau- Æn dépit de l'oppression ennemie, les Norvéglens n\u2019ont pas pordu leur sons da l\u2019humour.Un ordre récent des autorités d'occupation prescrivait aux habitants d\u2019un petit village de remettre aux Nazis leurs appareils radiophoniques.Les villagoois décidèrent d'en faire un enterrement de première classe.Hs placérent tous les radios sur une voiture à traction animale.Un ménétrier exécuta un chant funèbre sur un violon tandis que la population entière accompagnait le cortège.Pas une paix impérialiste Le propriétaire du Chicago Tribune n\u2019y est pas allé de main morte, lors d\u2019une déclaration qu\u2019il a faite récemment sur l\u2019après- guerre et l\u2019avenir des Etats-Unis.Il ne veut pas de possession européenne dans notre hémisphère.En d'autres termes, il réclame pour les colonies d\u2019états euro-\u2019 péens la pleine indépendance, l'autonomie véritable.Les Américains veulent notre compict affranchissement politique de la Grande-Bretagne, car ce n\u2019est pas à eux qu\u2019on a pu faire croire que le Canada était maître absolu de sa politique.Ils ont été à même de conclure, pendant cette guerre, que leurs voisins du riciens, réservons une place d'honneur à Pèlerinages dans le passé et l\u2019Enigme américaine de l\u2019abbé Albert Tessier, deux livres écrits de vive haleine sur des aspects souvent inconnus de notre histoire.L'abbé Tessier excelle dans le récit historique qu\u2019il émaille de jugements cursifs et d\u2019aperçus originaux.Voila un écrivain qui sait ranimer la vie des premiers temps et redonner vie et couleur aux pionniers de la Nouvelle France.Tous ces livres connaissent actuellement un vif succès de librairie, I] ne faut pas que la région qui leur a donné naissance tire de l'arrière.L\u2019époque des Fêtes fournit une belle occasion d'introduire le livre dans la vie de tous les jours de nos foyers moyens.D'ailleurs, les goûts se sont auelaue peu intellectualisés dans la Mauricie comme en bien d\u2019autres régions du Canada français.Et on peut au- jourd\u2019hui offrir des livres en étrennés sans courir le risque de désappointer le destinataire.¢ Cc.M i Canada étaient pour ainsi dire forcés d\u2019adhérer au puissant impérialisme britannique.Cette opinion émise par le colonel McCormirk a déja été exprimée en d\u2019autres termes par plusieurs Américains en vue, depuis le début du conflit.\u2018Cela ne dérangera sans doute pas M.King d\u2019un iota dans l\u2019arrangement de sa \u201cpolitique extérieure\u201d.Il n\u2019en reste pas moin: que si nos politiques canadiens persistent à vouloir se taire sur un sujet aussi important (le statut politique du Canada après la guerre ct son avénement au rang de puissance libre), les Canadiens prêteront l\u2019oreille du côté de l\u2019Oncle Sam dont les propos libéraux conlrastent assez avee les fariboles impérialisies dont tant de politiciens arriérés du pays nous rabattent l\u2019entendement.C.M.AU ROYAUME DES POETES, AVEC ROZET Les Trifluviens et les Trifluviennes qui ont eu l\u2019avantage d'entendre l\u2019excellent diseur François Rozet à la Société de Conférences Reflets, ne liront pas sans émotion le billet ci-dessous, que vient de publier un jeune étudiant, Gaston Pouliot, dans \u201cLe Quartier Latin\u201d: \u2014 Ses fugitives demi-heures du dimanche, et puis du jeudi, nous les avions cueillies avec ravissement, avec, aussi, la mélancolie des minutes rares qu\u2019on sent une à une nous échapper, la nostalgie des choses que l\u2019on va perdre.Et nous lui en voulions un peu.s'il nous tirait les yeux du terreau, de nous les montrer un si court moment, les étoiles.Se voir ouvrir une fenêtre (Suite à la page 8.) UN DEUIL POUR LA PRESSE RURALE L'Association des hebdomadaires vient d\u2019être cruellement prouvée par la mort de M.Jean notaire et directeur 2 e- Lafrenière, du \u201cCourrier de Sorel\u201d, décédé samedi dernier, à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal, après plus d'un an de maladie.Le notaire Lafrenièré s\u2019était plus que tout autre dévoué au service de ses confrères de la presse rurale.Membre fondateur de l'Association en 1932, ce fut lui qui rédigea la constitution.FI fut président en 1938-39 et à chaque année été membre du bureau.de direction.Ceux qui connaissaient l'activité débordante du notaire Lafrenière et son entrain ont été douloureusement surpris d\u2019apprendre sa mort. PAGE DEUX Conte inédit de Félix Leclerc L'AUTOMN.» C\u2019était 'automne.Il y avait des senteurs de moissons dans Pair.Au dessus du fleuve, une grosse lune dorée comme un balancier d'horloge, réflétait la couleur des épis.Toutes les fermes dormaient au long de la route.Pas de lumière nulle part, pas un cri d'oiseau, rien.Même le chien de garde au bout de sa chaîne, derrière la maison à lucarne, gisait dans la cour comme un mort.Tout ce qu\u2019il y avait de vie, c\u2019était le vent qui rôdait.Un petit vent du sud, doux, faible, qui promenait les odeurs de sarrazin, de pommes, de choux, jusque dans les chambres à coucher, par les fenêtres ouvertes.A la clarté de la lune, on voyait se balancer les rideaux et frémir les feuilles.Dans les champs, toutes les gerbes de blé étaient debout, alignées quatre par quatre, on aurait dit un campement de nomades.Elles s\u2019étendaient aussi loin que l\u2019oeil peut voir.Un enfant de la ville les aurait crues habitées.C'était une belle nuit de septembre, une nuit faite pour reposer les travaillants; les paysans qui peinent au soleil tout le long du jour.C\u2019-tait une nuit chargée de rêves pour les enfants, pour les vieilles, pour les amoureux, pour les malades, une nuit où les gamins rêvent aux grands nuages d\u2019automne chargés de musiciens avec des violons.Une nuit tranquille comme dans l\u2019église, avec des lampions par-ci par-là au plafond bleu.Sûrement une nuit sans histoire.Dans la cuisine de la maison à lucarnes, cette nuit-là, un jeune homme, entre les chaises, se faufilait sur la pointe des pieds, en cherchant les objets devant lui avec ses mains, comme font les aveugles.C'était le fils du cultivateur, qui, dans l\u2019obscurité, pour ne pas réveiller personne, se dirigeait vers la sortie.Il clancha la porte, l\u2019ouvrit, mit le pied sur le perron et aspira longuement la nuit fraiche, comme pour donner du courage à son coeur qui battait.Il prit son bicycle appuyé à la maison, le poussa dans l'allée, l\u2019'enjamba vivement, et bien à droite, en longeant les arbres, disparut comme un voleur dans la route qui conduit à la ville.Le tête redressée, les oreilles immobiles, le Saint-Bernard, les yeux à moitié endormis, avait tout vu, tout compris.Il écoutait le cric-crac de la chaine qui s\u2019éloignait.Puis, quand le bruit fut cessé, il se leva, griffa le sol, mordit son attache et s'assit tristement comme ceux qui ne peuvent rien faire.Face à la lune, il sila comme un malade, annonça à la ferme qu'un malheur venait d'arriver, que le petit maître Antonio avait déserté la terre.) Pédale, pédale, pédale.A mesure que le jeune laissait les senteurs de la belle nuit, il descendait vers la lumière.Déjà les poteaux allumés annoncent l'approche de la ville; de loin, l\u2019impure illuminée attire dans sa fournaise les papillons étourdis.Le premie rgarage, les premières annonces de restaurants, des noceurs aliongés sur les galeries, des filles qui se promènent en claquant du talon comme en plein midi, des ivrognes qui chantent à un deuxième étage.Pas croyable.Enfin, le gars de campagne se désennuierait.Il s\u2019arrêta à l\u2019ombre d\u2019une haie, et, debout, ajusta sa cravate, épongea son front dans un mouchoir rouge à carreaux, replaça sa casquette, et le coeur battant, enfila le grand boulevard.Tout en roulant, il se donnait des coups de pied dans la paume de la main pour frotter ses souliers.Au restaurant grec il entra, les pouces dans ses poches.De la fumée bleue; de la musique bleue des murs bleus, de la musique bleue; des murs bleus, des visages bleus d\u2019ennui, d\u2019alcool.Des clients lâches, louches, gris, mous comme des boules de laine, écrasés sur les bancs tièdes.\u201cQue se passa-t-il ?Dix minutes plus tard il sortit en claquant la porte.- Dix minutes plus tard il sortit en claquant la porte.Ecoeurée, harrassé, ahuri, fatigué.Il prit son bicycle, courut de côté en le poussant les bras tendus, et comme un coursier qu\u2019on enselle, il sauta dessus.Debout sur ses pédales, à pleine vitesse, il replongea dans la nuit.Bientôt il fut sur la route le fleuve, avec une grande {rainée d\u2019or, coulait sans s \u2018agiter.Persôrine autour-Rien-que lui et Ja-paix.LE BIEN PUBLIC A la demande de ses nombreux auditeurs de la radio, Félix Leclerc a consenti à livrer à l\u2018impression quelques-uns de ses plus beaux contes ra- diopnoniques.\u201cADAGIO\u201d\u201c est déjà assuré du plus éclatant succès et il consacre le talent exceptionnel d'un jeune de chez nous.Nous sommes heureux de pouvoir offrir aujourd'hui ¢ à nos lecteurs un conte inédit de Leclerc, dans la veine de ceux qui apparaissent dans son .récent ouvrage.don ouvrage, puiie aux Editions Fides et qui a pour titre La terre parfumée de sarrazin, de choux et de pommes qui l\u2019envoloppait de ses senteurs; les grand arbres immobiles les bras au ciel, des bras chargés de nids; des milliards de feuilles qui frémissaient une vieille maison sans lumières avec fenêtres ouvertes et des rideaux qui valsaient à la brise; un chien St-Bernard, les oreilles pendantes, qui branlait la queue en voyant monter, vis-à-vis la boîte aux lettres, son maître, son petit maître, le mouchoir rouge à carreaux dans le fond de sa main.Le lendemain, tout le monde fut au travail comme d\u2019habitude.Personne ne s\u2019était aperçu de la course nocturne du fils.Le midi, après dîner, le père, fin et délicat comme un homme qui sait la souffrance humaine, avait dit en bourrant sa pipe: \u2014Tu rentreras le chien a la grange ce soir, pendant que j'y pense.Il couchera plus dehors; c\u2019est plus sa place.\u2014C'\u2019est bien.Puis, Antonio était passe dans le salon, pour ressortir sur la galerie d\u2019en avant, avec un coussin et une peau de mouton sous le bras.Il se fit un lit dans le parterre, entre deux bouquets d'herbes, et s\u2019endormit les poings sous l\u2019oreiller, face à la brise.L'après-midi se passa normalement.Au souper, le père répéta: \u2014Oublie pas le chien.Tu l\u2019attacheras dans la tasserie.\u2014Parce qu\u2019il fait trop froid dehors ?avait demandé le fils machinalement.\u2014Non.Et le père réfléchit.Non.Les animaux sont Mais le chien a commencé à siler, C\u2019est mieux Et il ajouta: bien, dehors.de le cacher la nuit.Il s\u2019ennuiera moins.\u2014L'automne, c\u2019est dangereux pour les jeunes chiens de rester dehors.Ceux qui silent la nuit, c\u2019est parce qu\u2019ils s\u2019ennuient.Il y a rien de plus bête qu\u2019un chien qui s\u2019ennuie.Il commence par siler, puis il hurle, puis il se débat, puis, s\u2019il réussit à se détacher, il part à la fine épouvante.Il suit une Cherche.Il marche tant qu\u2019il est pas rendu où il veut aller.piste, saute les clos, traverse les terres, entre dans le bois.Le pier c'est qu'il revient pas.S'il revient, c\u2019est plus le mè- me; c\u2019est un chien dangereux, un chien sans coeur.Pour éviter ca, on les cache pendant que leur crise se passe.Le père vit qu\u2019il avait visé juste, et ce soir-là, étant d'humeur à parler, il rappela ce souvenir: \u2014Quand j'étais jeune homme, j'avais un chien.Un policier.Un beau.Avec un nez noir, des oreilles en triangle, une grosse fale grise.Un policier champion.Un matin, en passant pour aller à l\u2019étable, j'aperçois son collier vide au bout de sa chaine toute tordue.Il s\u2019était sauvé.Personne l\u2019avait vu.On s\u2019est informé aux voisins, inutilement; il avait déserté.J\u2019ai laissé faire.Je me suis dit: il va revenir.Un mois plus tard, â'avais affaire à un moulin à scie, à seize milles de chez nous.J\u2019y vais.Qu'est-ce que je rencontre dans un petit chemin de terre, bien loin chez les colons ?Mon chien, attelé avec un autre chien misérable.Des voleurs de bois qui le menaient.Jai Tai sifflé.Il m\u2019a pas reconnu pas seulement regardé.J'ai dit au gars: \u201cC'est mon chien\u201d.\u201cSi vous voulez l'avoir, qu\u2019il m\u2019a répondu en sacrant, prenez le, mais payez moi les deux moutons qu\u2019il a égorgés l\u2019autre mois.\u201d J'ai continué sans rien dire.Mon chien était devenu un loup.C\u2019est pour ça que je voudrais pas que la même chose arrive à notre Saint-Bernard.Tu comprend ?Faut pas qu\u2019il déserte la terre, parce que la terre perdrait un bon travaillant, parce que, loin d\u2019elle, il ferait rien de bien.Le souvenir s\u2019achevait là.Le vieux s\u2019arrêta, et, à la dérobée, examina son fils pour voir s\u2019il comprenait.Antonio sorti.La soirée s \u2018annonçait aussi belle que: celle de la veille.Déjà la même lune, frottée comme une HiiAba- le neuve, était levée.Antonio était seul.Il prit sa course à travers les framboisiers, marcha longtemps comme pour -sortir de sa souffran- ce.Il se rendit sjusqu\u2019à la limite de da-terre.Quant il revit JEUDI, 16 DECEMBRE 1943 NOUVEL HORAIRE EN VIGUEUR DEPUI LE 28 NOVEMBRE 5 Départ de Trois-Rivières pour Montréal : 3.15 am tous les jours 9.30 am «+ « 6 3.25 pm 6.15 pm 7.40 pm \u201c \u201c \u201c Départ de Trois-Rivières pour Québec : 3.35 am tous les jours 10.25 am \u2014 \u201c \u201c 11.50 am 4.00 pm samedi seulement 7.55 pm tous les jours 9.25 pm excepté samedi \u201c \u201c \u201c » Départ de Trois-Rivières pour Shawinigan et Grand\u2018Mère : 5.55 am excepté dimanche 11.55 am tous les jours 4.00 pm \u201c \u201c \u201c 7.50 pm samedi seulement 9.30 pm excepté samedi Départ de Trois-Rivières pour Grandes Piles : 8.10 pm excepté dimanche.Le Gouvernement Godbout et la dictature des Trusts en annonçant récemment la décision de son gouvernement d'exproprier la Montreal Light Heat & Power, exposa en une dizaine de mots le grand principe d'équité qui le guide dans cette vaste réforme économique: \u201cRemettre au peuple les ressources naturelles de la province de Québec\u201d.Ce principe est si bien conforme au bon sens et à la justice que les adversaires du projet Godbout ne l\u2019ont pas attaqué et qu\u2019ils n\u2019oseront même pas le discuter.Toutes leurs objections portent et porteront sur des questions secondaires, mais elles laissent intact, inattaquable, le principe dont s\u2019inspire M.Godbout et qui veut que les ressources naturelles de notre province, qui appartiennent au peuple, soient exploitées en premier lieu pour son bénéfice.Dans le cas présent, il s\u2019agit de nos ressources hydro-électriques, de la puissance productrice de nos cours d'eau.La province de Québec, à cet égard, est la mieux pourvue de toutes les provinces du Canada.Il y a méme, dans tout l'univers, peu de contrées qui possèdent une abondance et une diversité comparables.Toutes nos rivières et nos chutes ne sont pas encore exploitées et cependant nous produisons assez d'électricité pour en revendre.Cependant, un trop grand nombre de nos campagnes ne bénéficient pas encore des avantages de l'électrification et celles ou se fait la distribution de l'électricité payent trop cher pour ce service.Dans les centres urbains et industriels, le coût élevé de l'électricité constitue une exploitation des consommateurs, : des familles, en même temps qu\u2019il est un obstacle à l'établissement de nouvelles industries.Le progrès de notre province, dans tous les domaines, aurait été plus rapide, si l'électricité avait été moins coûteuse.Il en a été ainsi parce que l'exploitation hydro-électrique s\u2019est faite jusqu\u2019ici pour le bénéfice.exclusif d'un.\u2018trust.mons- (Comm myniqué) (Suite à à page 3.) JEUDI, 16 DECEMBRE 1943 = L\u2019AUTOM VE.(Suite de la page 2.) par le sentier des vaches, il faisait brun.Il fit lentement le tour de la grange.Il ne voyait presque plus à dix pieds devant lui.Une chauve-souris lui fit baisser la tête.Alors il s'approcha de la niche où le Saint-Bernard guettait, arracha le clou qui retenait la chaine et dit à l\u2019animal: \u2014Suis.Avant que tu courailles.Cette nuit-là, le jeune homme, accroupi sur ses talons dans sa chambre fermée, la face dans sa catalogne, médita Jongtemps la grande leçon que le père venait de lui donner: il faut s\u2019enchaîner pendant la crise.Et des senteurs de sarrazin, de pommes et de choux balançaient les rideaux dans sa fenêtre ouverte, venaient jusqu\u2019à lui, l\u2019enveloppaient, le carressaient, et lui pardonnaient.Les leçons tirées de la terre sont si fortes que les pay- sants peuvent bien savoir vivre.\u2018Toutes les saisons enseignent à qui veut apprendre.Et la saison d\u2019automne est la saison d'enseignement, parce que c\u2019est la saison qui donne.Ah! la saison des blé.Les blés qu\u2019on pile gerbe par gerbe dans le, plus beau coin du fanil ! On les entasse les unes par dessus les autres, comme du beau bois qu\u2019on corde.Une par dessus l\u2019autre, tant qu\u2019il y en a.plusieurs pieds d\u2019épais, jusqu\u2019au faîte de la grange.Le dernier épi, on le lance sous le pignon.C\u2019est d\u2019ordinaire un enfant qui va le porter parce que c\u2019est haut; sur les entraits avant de redescendre, il regarde les nids fanés d\u2019hirondelles de grange: sans y toucher, sans y toucher.Faut pas toucher à ça.Ah ! la saison des blés.La terre est déserte, bouleversée comme un champ de bataille, sillonnée en tous sens par les roues de voitures, par des coups de pelles et de râteaux.Tout est gratté, ramassé,.caché.Restent seules, dans le vent gris, les petites feuilles blessées qui courent en tourbillons pour rejoindre les oiseaux migrateurs, mais qui s\u2019accrochent aux clôtures.retombent, se résignent et attendent.Un matin de pluie, le paysan apparaît au bout de sa terre.Il a mis son coupe-vent de cuir, ses longs bas de laine et ses bottes à grosses semelles.Ses deux chevaux sont sanglés dans une couverte d\u2019étoffe et lentement commencent les labours.À pas réguliers, en tournant comme des aiglilles d\u2019horloge.Le paysan fait la derniére toilette a la terre, comme a une morte.Il la couvre de beaux sillons droits, égaux, fumant,s, épaule sur épaule.La pluie tombe froide comme une lame, sans arrêt, et les deux chevaux tournent au pas, le nez dans le poitrail en tirant la charrue.Et la charrue s\u2019enfonce, déchire, sépare.Et dans le sentier toujours neuf, le paysan suit, le cou dans les cordeaux.Il regarde ses bêtes.Il regarde la terre: rien ne presse; il a tout le jour devant lui, toute la semaine.L'eau glisse sur ses mains nues.Sa face est rouge.Il marche ainsi des milles et des milles, sans jamais sortir de et renverse, et replace et déplace des dizaines de fois, de mai son champ.Comment ne pas s\u2019attacher a sa terre, qu'il piétine a octobre ?.Il comprend la parole du Maître: \u2018Demandez et vous recevrez; frappez et l'on vous ouvrira\u201d.Il la comprend parce qu'il la pratique.Il demande à la terre de toutes les manières, dans toutes les positions que peut prendre son corps: debout en bénissant quand il sème à genoux quand il sarcle; à quatre pattes, la face dans la poussière, quand il transplante; les bras au ciel quand il dépouille les arbres à l\u2019automne assis quand il fauche; en marchant, quand il laboure, comme fait le prêtre qui prie le long de son église.Et la terre répond à sa supplique.Elle donne parce qu\u2019on lui a demandé de toutes les façons, sans jamais se dé- Courager; parce que même si elle ne répondait pas tout de Suite, le paysan reviendrait le lendemain lui demander enco-| re.À la fin, elle ne peut pas refuser, elle obéit.Elle ne peut pas faire autrement elle est presque forcée, parce qu'en plus, il y a, le soir dans la maison, cette irrésistible prière en famille, si difficile à refuser pour le bon Dieu.La terre répond à chaque demande, des milliards de fois sur chaque terre, dans des milliards de terres à la fois.LE BIEN PUBLIC Il a plu.Le paysan a labouré jusqu\u2019à la brûnante vers cinq heures.1 Alors, il a dételé au bout d\u2019un sillon.Il est revenu chez lui, en croupe sur la plus grosse de ses bétes.Celle qui connaît mieux le chemin.A grands pas elles sont rentrées.Elles savaient que la crèche était bourrée de foin sec, et que la mangeoire, au dessus de la crèche, était pleine de grains d\u2019avoine; une avoine douce, longue, pesante, riche, à l\u2019écorse dure pour bien garder la poudre blanche qui donne la soif.De son côté le paysan est attendu chez-lui.Il a secoué ses pieds sur la gratte de fer et, en ouvrant la deuxième porte, il a senti l\u2019odeur du souper.Il a déposé son coupe-vent humide sur une chaise, le dos au poêle, puis, nu-bas.il a grimpé à sa chambre.Il est redescendu dans des vêtements secs, de la laine du pays, propre, épaisse, qui serre un peu les épaules et le ventre.Alors il a soupé.Le fruit de son propre travail est là dans son assiette.cuisine.La table est longue et gaie avec sa nappe de toile Il prend le temps qu\u2019il faut.La lumière est bonne dans la blanche.C\u2019est l\u2019automne.Il a faim.Il pleut dehors et il mange.Puis après souper, il fume, prie et va dormir.L'automne, la nuit est froide, noire, avec des chansons de pluie sur la couverture de t-le.Le paysan dort sans s\u2019agiter, comme dorment ceux qui savent vivre, qui ont marché aux grands vents, qui connaissent le bienfait des sommeils, la valeur des jours, la sagesse du Maître, la noblesse de leur travail.Heureux destin que celui du cultivateur, qui s\u2019en va avec sa vie humble, profonde, tranquille comme un Adagio.\u2014
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