Le Clairon, 11 février 1927, vendredi 11 février 1927
[" = SAINT-HYACINTHE, 11 FEVRIER 1927 pe JOURNAL HEBDOMADAIRE ; No.*6 \u2014 © a PUBLIE PAR PARAISSANT L'Imprimerie Yamaska Tous les VENDREDIS INCORPORÉE LES CHARGES D'EAU ET LES [ TAXES SPECIALES Les longues négociations centre les autorités religieuses de cette ville et le conseil municipal viennent de se terminer.Ces négo- \u2018ciations ont été conduites pour les autorités religieuses par Mgr.P.S.Desranleau, Vicai- re-Général, et pour la ville par le maire Bouchard.Les entrevues ont été trés fréquentes mais ont été toujours marquées au coin de ia plus grande vordialité ; le désir \u2018d\u2019en arriver à une entente convenable pour les deux parties animait les deux représentants autorisés de nos deux grands corps intéressés.Voici le concordat qui a été préparé apres entente entre les deux négocinteurs et qui a été accepté de part ct d'autre : Concordat entre les Corporations Religieuses de la Cité de Saint-Hyacinthe et le Conseil Municipal de la dite Cité.Le conseil municipal de la cité de Saint-Hyacinthe, corps politique et incorporé, aux présentes représenté par le maire de la dite cité, M.T.-D.Bouchard, ct son greffier, M.G.-René Richer, à ce dûment autorisés par une résolution du conseil municipal en date du sept février, 1927, et Les corporations religicuses de la dite cité, représentées par Sn Grandeur Monseigneur F.-Z.Decelles, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, ct par Monseigneur P.-S.Desranleau, vicaire général du dit diocèse, Ont fait les conventions suivantes dans le but de régler à l\u2019amiable certaines difficultés qui se sont élevées au sujet de l\u2019imposition et de la perception de certaines taxes générales et spéciales : lo\u2014Les corporations religicuses ci-des- \u2018 sous mentionnées paicront pour la consommation de l\u2019eau, pendant vingt ans, do 1927 4 1946 inclusivement, les montants suivants : lo.\u2014La Corporation du Séminaire $2,400.00 20.\u2014Les Fréres Maristes 738.00 30.Les Soeurs de La Présentation 2,491.00 40.\u2014L\u2019Ocuvre du Patronage 180.00 5o\u2014L'Ouvroir Stec-Geneviève 210.00 60 \u2014Les Frères du Sacré-Couer 771.00 70 \u2014L\u2019Hôtel-Dieu 4,260.00 80 \u2014L'Académie de Lorette 162.00 .90.\u2014I'Evéché 300.00 100.\u2014La Cathédrale 1,260.00 1lo.\u2014Les Freres Précheurs 120.\u2014La Fabrique Notre-Dame 130.\u2014Les Socurs du Précicux-Sang 140 \u2014Les Soeurs St-Joscph 642.00 150 \u2014L\u2019Hôpital Saint-Oharles 90.00 Après cette période de vingt ans, le prix de la consommation de l'eau pour les corporations religieuses sera basé sur la valeur annuelle ou locative.Dans le cas d'augmentation dans la va- Tour réelle constatée au rôle d'évaluation, soit par construction ou acquisition, les prix mentionnés au paragraphe premier du présent article pourront être augmentés par résolution du conseil, de six dixièmes de un pour cent de la dite augmentation.Dans le cas de diminution dans la dite valeur réelle constatée au rôle d\u2019évaluation, soit pour \u2018cause de destruc- ion par incendie ou toute autre cause, une di- mon devra être consentie par le conseil dé six dixièmes de un pour cent de la dite diminution.Dans le cas de l'établissement d'une nouvelle communauté, la charge pour consommation de l'eau sera de six dixièmes de un pour cent de la valeur de ses biens immobiliers tels que portés au rôle d'évaluation.Les corporations religieuses seront en outre assujetties à payer les charges spéciales mentionnées aux articles 6, 8 et 11 et aux obligations mentionnées aux articles 12 et 16 du règlement numéro 232 et à leurs amendements subséquents.La cité de Saint-Hyacinthe s\u2019engage, pour venir en aïde aux oeuvres de charité qu\u2019ils font, à faire une remisc annuelle de $3,260.00 à l'Hôtel-Dieu et une seconde remise de $80.00 à l'Oeuvre du Patronage, pendant les dites vingt années, tant et aussi longtemps que ces deux institutions paieront au moins les prix ci-dessus mentionnés, de sorte que les contributions présentement déterminées pour ces institutions restent en vigueur.300.00 540.00 240.00 2\u2014Ln cité de Saint-Hyacinthe accepte en règlement final de la réclamation qu\u2019elle a actuellement pendante devant les tribunaux contre 1'Ocuvre du Patronage ln somme de $2,000.00 que l\u2019Oeuvre du Patronage s'engage par les présentes à payer.La cité de Saint- Hyacinthe consent ce rabais à titre gracieux ct il est entendu entre les parties que ce consentement cst fait sans préjudice au paiement de tous frais «qui ont été ou qui pourront être mis à la charge de la dite corporation religieuse par tout tribunal de justice auquel n été et pourra être soumise la cause instituée par la cité contre la dite Oeuvre du Patronage.La cité s'engage à payer chaque année comme aile additionnelle à l'Ocuvre du Patronage unc somme égale au montant cotisé sur les biens immeubles de cette corporation religieuse pour taxes spéciales d\u2019entretien de chemins, pavages, trottoirs et égouts ainsi que pour faire l\u2019éclairage des rues et places publiques.Elle libère aussi la dite Ocuvre du Patronage de la \u2018contribution volontaire qui pourra être demandée des autres corporations religieuses pour fins de protection contre l\u2019incendie.do.\u2014La cité de Saint-Hyacinthe consent à consïdérer les biens de la corporation des Soeurs du.Précicux-Sang, moins l'immeuble désigné et connu sous le nom de la Maison Blanche, comme si \u2018ces biens étaient assimilés à ceux appartenant à une institution de bienfaisance, et qui sont exemptés généralement.Cette corporation aura l\u2019avantage de régler et devra régler ce qu\u2019elle peut devoir dans le moment comme si ses biens avaient toujours été considérés comme exempts de taxes générales.4o.\u2014Les corporations religieuses consentent à ce que la cité inclue dans les dépenses \u2018à être payées par la taxe spéciale d\u2019entretien tous les travaux d'entretien de chemin, pavages, trottoirs, places publiques ct égouts, faits en toutes saisons de l\u2019année en y comprenant le balayage, l'arrosage, et le nettoyage, moins cependant le pelletage de la neige sur les trottoirs qui continuera à être payé suivant le nombre de pieds de front.5o\u2014Les corporations religieuses s'engagent à payer une contribution volontaire annuelle de \u2018cinq cents dans le cent dollars de leur évaluation foncière telle que portée au rôle d'évaluation et elles consentent à ce que ce taux soit porté à dix cents dès que la cité de Saint-Hyacinthe aura exécuté les améliorations qu\u2019elle projette de faire pour rendre plus efficace le service de protection contre les incendies en achetant au moins une voiture automobile pour le transport rapide de boyaux, extincteurs chimiques, avee leurs accessoires ct en reconstruisant les oeuvres en bois de la façade postérieure du poste de pompiers, Néanmoins cette augmentation ne pourra être faite avant l'année 1929.Cette contribution volontaire est consentie par les corporations religieuses pour aider au paiement des dépenses annuelles du département de protection contre les incendies.60 \u2014Le conseil municipal fait remise de toutes les sommes qui lui étaient dues par l\u2019Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe au 31 décembre 1926 ct qui s\u2019élevaient alors au montant de $16,162.32 cet cette corporation libère la cité de Saint-Hyacinthe du paiement de la somme de $15,000.00 qui lui a été vonsentie pour lui venir en aide lors de l'incendie de 1917 par un règlement qui est devenu caduc.Fait ct signé en double, en la cité de Saint- Hyacinthe, le .eee.jour du mois de février de l\u2019année mil neuf cent vingt- sept.Comme on le voit à sa lecture ce concordat règle des questions de la plus haute importance.Il n\u2019est pas étonnant que les entrevues pour le préparer aient été fréquentes et longues.Le conseil municipal a voté ce concordat à une séance spéciale convoquée par le maire pour lundi dernier, à une heure de l'après-midi.Lorsque le conseil l'a étudié et voté le maire et tous les échevins étaient à leurs sièges.Il a été adopté à l'unanimité.Le concordat sera signé incessamment par les personnes autorisées à le faire.Dans un de nos prochains numéros nous en expliquerons la portée ce qu'il nous est impossible de faire dès aujourd'hui vu le manque d'espace.Contentons-nous de dire que ce concordat met fin à une ère \\d\u2019incertitudes ennuyeuses et prévient une série de procès pour faire établir par les cours de justice les droits respectifs des deux parties au sujt de certaines questions de détails.Il n\u2019y a aucun doute que cette entente sera accueillie avee plaisir par la presque unanimité des citoyens de St-Hyacinthe.LES ACCIDENTS DU TRAVAIL.Lu loi de Ja compensation des accidents du travail qui viendra en vigueur le premier avril prochain commence à être vue sous son Vrai jour.La résolution adoptée par les manufactu- ricrs «le St-Hyacinthe a été publiée dans tous les grands journaux de la province et a mis les manufacturiers sur le qui-vive.Il est concédé dans tous les quartiers que cette loi imposera aux manufacturiers de Québec des charges d'assurance de beaucoup plus lourdes que celles que les manufacturiers d'Ontario ont à payer pour la compensation des accidents du travail.Et cette différence en plus ne vient pas du fait que les indemnités payables aux ouvriers de Québec sont plus élevées que celles édictées par la loi d\u2019Ontario; c'est le contraire qui existe.La loi ouvrière de la province-soeur est un peu plus généreuse pour le travailleur que notre nouvelle loi.Cependant nos manufacturiers seront obligés de payer une moyenne d'environ cent vingt-cinq pour cent de plus \u2018pour leur assurance que celle qu'ont à payer les employeurs ontariens.La grande association des manufacturiers de la Province de Québec semble piétiner sur place parce qu\u2019on a prévenu ses directeurs contre l'assurance collective obligatoire administrée par une commission qui est la seule planche de salut des employeurs.Si le bureau de direction de cette association étudiait séricusement ce probléme il en viendrait aux mômes conclusions que celles qui ont été adoptées par les manufacturiers de St-Hyacinthe.Un article paru dans les colonnes d'\u2019informations de la Gazette de mardi de la semaine \u2018dernière nous indique clairement la perplexité dans laquelle se trouve cette association au sujt de cette loi.Voici ce que ce journal publiait : \u201cLa situation en rapport avec la nouvelle situation créée par la Loi de Compensation du Travail qui doit venir en force le premier avril prochain n\u2019est guère changée.Les manufacturiers et les autres personnes qui tombent sous le coup de cette loi l'étudient sous tous ses angles.\u201d M.Norman Holland président de l\u2019Association des Manufacturiers, branche de Montréal dit ceci : \u201cLes taux d'assurance, considé- \u201crablement augmentés sont un sujet de grave \u201cpréoccupation chez les manufacturiers.Il y \u201ca un aspect de la situation auquel on n\u2019a en- \u201ccore guère songé mais qui regarde le bien de \u2018la province.Les dépenses incidentes à la \u201cfabrication doivent être prélevées de l\u2019une \u201cou l\u2019autre de deux sources.Elles doivent être \u201crécupérées soit par une diminution du coût \u2018de la matière première ou du travail.Cette \u201cdépense additionnelle qui nous est.imposée \u201cpar la nouvelle loi de la compensation des \u201cAccidents du Travail doit être compensée par \u201cune diminution dans Jé coût dc la matière \u201cpremière ou dans le coût du travail.\u201d \u201cIl n'est pas nécessaire de signaler qu\u2019il \u201cn\u2019y a guère \u2018de probabilités de récupérer cette \u201ccharge additionnelle en diminuant le coût \u201cd\u2019achat de la matière première.La matière \u201cpremière est achetée sur les marchés mon- \u201cdiaux et le prix en étant établi par la concur- \u201crence il n'y a pas de possibilité de le dimi- \u201cnuer.\u201cIl n'y a\u201d, continue M.Holland, \u201cque le \u201ctravail qui puisse supporter cette charge.Il \u201cest \u2018généralement admis que soixante-dix \u201cdans le coût de la marchandise manufactu- \u201crée est attribuable au\u201ctravail.\u201d .Il fit remarquer que sous les nouvelles charges de la loi c'était le travailleur qui devait soufirir ce que les manufacturiers étaiént auxieux de voir éviter, Suite en huitième page | La Colonne Gaie LA LOCOMOTIVE BRISEE.Liboire, ce jour-là, s'était de grand matin.Son père, la veile, lui avait demandé de se rendre à la ville pour aller chercher des pièces de rechange dont il avait besoin pour réparer un moulin.a battre dont il devait se servir le lendemain chez un.voisin.La ferme paternelle se trouvait dans un des rangs de la paroisse de Ste-Rosalie, à quelques trois milles de Saint-Hyacinthe, Le Père de Liboire passait pour le cultivateur le plus riche de la région.Il avait hérité de quelques biens de son aïeul maternel et, ayant travaillé dur avec trois fils sans ne jamais dépenser un sou pour le superflu, il s\u2019était amassé une assez jolie fortune.Ses fils, ne connaissant que le travail ct ne s\u2019étant jamais méiés aux étrangers que pour prendre part aux corvées ou pour battre les moissons des cultivateurs qui réquisitionnaient chez eux une des rares machines d\u2019alors qui remplaçaient les fléaux lents et harassants dont on se servait encore généralement pour séparer les grains de la paille, étaient restés timides et très peu informés sur les choses qui sortaient du cadre ordinaire de leurs affaires propres.Liboire était le moins gêné des trois.Aussi c'était toujours lui auquel le père s\u2019adressait lorsqu'il avait de menues commissions à faire faire à St-Hyacinthe.Liboire était un grand gaillard, sec, au dos un peu voûté et souffrant d\u2019un peu de surdité.On venait d'établir dans la région un des premiers chemins de fer du pays.La ligne passait par Ste-Rosalie et Saint-Hyacinthe pour se rendre à Longueuil où se trouvait alors le terminus.Les premières locomotives qui circulèrent dans le temps créèrent un émoi facile à comprendre dans les campagnes qui n'avaient connu jusque-là que les voitures trai- nées par les chevaux et les lents attelages de boeufs.Les machines crachant le feu et la fumée et menant un train d'enfer appeuraient les hommes et les bestiaux et il fut longtemps question de pétitionner le gouvernement pour les abolir car on était convaincu qu\u2019elles allaient ruiner le pays qui serait inhabitable par le fait qu'il deviendrait impossible d'utiliser les bêtes de somme et d\u2019élever des troupeaux.La crainte chez les cultivateurs du temps fut de beaucoup plus considérable que celle qui fut occasionnée, il y a maintenant un quart de siècle, par l'apparition sur les routes des premiers automobiles.| La distance pour venir de Ste- Rosalie à Saint-Hyacinthe était de beaucoup plus courte en passant par la voie ferrée que par les chemins ordinaires mais le père de Liboire avait tellement en horreur les nouvelles machines du diable qu'à de fréquentes reprises il avait défendu à son fils de se rendre à la väle autrement que par les anciennes routes.Liboire n'avait pas encore enfreint les instructions paternelles.Il craignait, lui aussi, la bête de fer mystérieuse qui avançait, sans pattes, à une allure vertigineuse et qu'il n\u2019avait osé regarder qu\u2019une ou deux fois mais de très loin, Il savait de plus qu'un règlement de police défendait de laisser les bestiaux errer le long de la voie et prohibait strictement aux hommes de s\u2019en servir comme chemin de piéton.Mais, ce matin-là, le fruit dé- jendu tenta évidemment Liboire.En arrivant à l'endroit du village où la route sur laquelle il marchait croisait le chemin de fer, aper cevant la fumée des tanneries de la ville au bout de la clairière que lon avait taillée à travers le grand bois de pins pour construire la voie, songeant au long détour qu'- il aurait à faire pour suivre les ra- levé boteux chemins de terre, il se demanda s\u2019il n\u2019était pas absurde de suivre les admonestations pater nelles.Pourquoi peiner trois longs milles sur des mauvaises routes lorsqu\u2019il pouvait se rendre au but de sa course en ne faisant qu\u2019un mille sur un chemin pavé de dormants placés à intervalles égaux et si propices à la marche ?Evidemment le père avait peur pour rien ct c\u2019était de la folie que de s'allonger de deux milles pour ne pas passer par un endroit que tous les gens du village, plus habitués à voir les chars à vapeur, utilisaient pour se rendre en ville.Cependant Liboire hésita longtemps avant de prendre une décision définitive.Dans cette partic du pays le chemin de fer est droit comme une flèche sur plusicurs milles de distance.Liboire regarda longuement dans la direction Est et Ouest pour scruter horizon et bien s\u2019assurer qu\u2019il ne venait aucun train d\u2019une extrémité ou de l\u2019autre de la voie.Après avoir constaté l\u2019absence de toute fumée indicatrice de l\u2019approche d\u2019un convoi il se dit qu\u2019il avait bien le temps de se rendre deux fois à la ville avant qu\u2019il n\u2019en vint un.Liboire prit résolument par ia voie ferrée sa marche vers Saint- Hyacinthe se promettant bien de ne jamais dire à son père que pour se sauver de la fatigue i avait choisi le chemin qu\u2019il lui avait souvent défendu de prendre.Pour que le père ne soupçonne rien par un retour trop rapide il se dit cn lui-même qu\u2019il resterait plus longtemps en ville, occupant son temps à flâner par les rues en regardant passer les jolies filles qui se rendraient aux manufactures.Liboire marchait sur le bout des dormants, les mains dans ses poches, se grisant du soleil du matin et chantonnant l\u2019air du Canadien- Errant.Liboire malheureusement avait eu le tort d\u2019assimiler la vitesse des trains de chemin de fer à celle de ses attelages de boeufs.Les locomotives du temps n\u2019étaient pas très rapides mais elles faisaient assez facilement du quarante milles à l\u2019heure.Un convoi de voyageurs venant de Richmond perça l\u2019horizon en- brumé quelques minutes après que Liboire se fut engagé sur la voie.Liboire avait à peine dépassé le bois de monsieur Tanguay qui se trouvait à peu près à mi-chemin entre Ste-Rosalie et la ville que la locomotive était à environ cing cents pas de lui.Comme À était un peu sourd et comme le vent soufflait- en sens contraire à n'entendait pas venir le train qui, aids par la pente de la voie en cet endroit, avançait à pleine vitesse.Le mécanicien aperçut Liboire qui continuait à marcher d\u2019un pas assuré sur le bout des dormants.Il crut avoir affaire, avec ce grand gaillard à un de ces farceurs du temps qui prenaient plaisir à marcher sur la voie en faisant semblant de ne pas apercevoir les trains soit pour les faire stopper ou faire des peurs inutiles aux mécaniciens en sautant prestement \u2018à côté de la voic dès que la locomotive s'approchait d\u2019eux.Le mécanicien, par mesure de précautions, tirait violemment sur la corde du sifflet d'alarme mais Liboire, absorbé par la complainte du Canadien Errant, ne pressentait rien du péril imminent.A cinquante pas du marcheur imperturbable le mécanicien s'aperçut que l\u2019homme sur la voie était un sourd ou un inconscient.Il appliqua les freins mais àl sentit qu'il était trop tard.IL détourna les yeux pour ne pas voir le terrible spectacle de l\u2019écrabouillement d\u2019un être humain sous le choc de la masse de fer entraînée par la vitesse acquise.Il sentit les roues, serrées par les sabots des freins, glisser en grin- cant sur les rails d\u2019acier ; il entendit un grand cri de terreur et ce fut tout./ Le train après avoir avancé une centaine de verges s\u2019arrêta.Les voyageurs qui avaient été bousculés sur leurs banquettes par l\u2019arrêt subit sortaient des wagons en se demandant quel malheur était arrivé.(Suite à la page 8) rar ln wi PCR m \u201cAGEN cr0 Pe 7 = \u2014 rere | NOUVELLE HEBDOMADAIRE SPECTACLES D'immenses affiches couvraient depuis quelques jours les murs de Bandol, annonçant la venue de Buffalo-Bill.Bien que celui-ci dût paraître d\u2019un moment à l\u2019autre, la petite ville avait son calme accoutumé, et rien encore, ce ma- tin-là n\u2019avait troublé l\u2019'heureuse nonchalance des habitants.Le soleil, enveloppé de brume marine, montait sur la: presqu'iie (de Cicié.Les barques de pêches étaient rentrées au port, Les pécheurs étendaient leurs filets en avant des palmiers.Quelques vieillards, groupés sur un banc, étiraient \u2018déjà leurs jambes, impatients de trouver la chaleur.De nombreux anglais, pauvres chez eux, étaient arrivés dans ia semaine, grâce à la baisse du franc, et nantis d'indemnités de chômage délivrés par le gouvernement britannique.Ayant pris possession des quelques bancs inoccupés, ils étaient là, cux aussi, serrés les uns contre les autres, comme des poules un jour de pluie.A les voir ainsi, on se demandait si cette habitude leur était venue du besoin de voyager chez nous dans nos wagons de troisième classe.Ils semblaient être en état de digestion.La collation qu\u2019ils venaient de prendre, et qui eût suffi \u2018à un latin pour sa journée, aurait été certes \u2018à leurs yeux d'un prix Tout entier au service de Buffalo, et faisant le personnage important, le garde se démenait au : milieu du personnel.Aussi, se ; trouva-t-il dans un singulier état ! d\u2019esprit lorsqu\u2019il lui fallut répondre aux doléances d\u2019une dame étrangère sur un sujet fort délicat.Prise \u2018d\u2019un besoin tout naturel, celle-ci s\u2019en était allée vers le petit réduit ordinairement olos et réservé aux humains méditatifs par la sagesse \u2018des édiles.A la vue du local sans porte, offrant deux cases, grâce à un mur de séparation, mais d\u2019une hauteur si dérisoire que deux personnes pouvaient lier conversation en se livrant à la même occupation, elle s\u2019était enfuie, les yeux \u2018chargés d'effroi.\u2018C\u2019est alors que, rencontrant le garde, elle lui demanda : \u2014Où sont les cabinets fermés ?\u2014Y ena pas, répondit-il, à Bandol les femmes se débrouillent sous les palmiers.Ayant ainsi dégagé sa personne des responsabilités auxquelles sa fonction l\u2019exposait, il ne s\u2019attarda \u2018point à juger l\u2019effet de ses paroles sur la dame.Heureusement pour celle-ci, car, en s\u2019apercevant qu\u2019elle en perdait le souffle il eût sans \u2018doute-estimé qu\u2019elle était trop exigeante.D'ailleurs, au même instant, derrière lui, la voix zézayan- te d'Onésime, le fada, disait à un homme évidemment étranger au pays : \u2014Il est venu notre Buffaio.S'étant retourné, le garde écrasa de son dédain le pauvre Onési- exagéré, sans Je soleil qui montait à l'horizon.Pourtant, nulle joie! dans leur regard.Les hommes rongeaient le tuyau de leur pipe,\u2019 en contemplant la mer, et les femmes les imitaient en serrant les mâchoires.On eût dit qu\u2019ils ne soufflaient mot pour faire même l\u2019économie de leurs paroles.Et! que.n\u2019ayant plus rien à manger ils machaient le silence, afin d\u2019em- \u2018porter quelque chose de plus, retournant chèz eux.Soudain, un cavalier parut suri la route de Toulon.Cinq minutes -après, il arrivait sous les palmiers, et mettait pied à terre.L'homme était vêtu à la façon des cow-boy, les flancs entourés d\u2019une haute ceinture, et le chef coiffé d\u2019un large chapeau de (feutre orné d\u2019un ruban de cuir à boucle de métal.Le galop d'un cheval est chose presque insolite à notre époque.Aussi, vit-on des gens accourir par les petites rues en pente.A son tour, le garde municipal se précipita, car l'arrivant, ayant attaché sa monture à l'entour protecteur d\u2019un palmier, arpentait le sol de la promenade en prenant des mesures.Les vieillards n\u2019avaient pas quitté leur banc.Maintenant, le soleil était bon.Ils tendaient leurs membres engourdis à ses rayons \u2018'bienfaisants.Mais ils se faisaient les annonciateurs du spec tacle que préparait Buffalo.Ils l'avaient vu jadis, et ils n'avaient pas oublié la nombreuse cavalerie qui l\u2019accompagnait.\u2014Tu ne vois qu\u2019un cheval, fit l\u2019un d'eux aux enfants, tout à l'heure tu en verras des centaines.Un sourd soulement secoua la terre.Puis un immense camion automobile, conduit par un homme semblable au premier, déboucha de la route.Le vicillard qui venait de parler considéra le véhicule avec étonnement.Alors un des enfants expliqua : \u2014Les chevaux sont là-dedans.Formant un train, d\u2019autres camions parurent dans le lointain.Quand ils furent là, à leur tour, le personnel aussitôt tira d'eux le matériel.Quelques-uns qui avaient une apparence de cage, furent placés en ligne pour faire le fond de installation.Les gens se doutaient bien qu\u2019ils hecélaient des
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