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L'autorité
Libéral et anticlérical, ce journal critique la société canadienne-française et son conformisme. Dans ses dernières années, L'Autorité compte plusieurs collaborateurs prestigieux qui lui assurent une grande qualité de contenu rédactionnel. [...]

Fondé par Tancrède Marsil, ce journal paraît pour la première fois le 28 décembre 1913. La couverture politique de l'hebdomadaire du dimanche varie au gré des changements de direction. À ses débuts, le journal se dit non partisan mais, libéral par conviction, il vise à servir de guide pour le maintien de la bonne doctrine libérale, celle de 1893, et de son vrai chef, Wilfrid Laurier.

En 1913 et 1914, Tancrède Marsil s'intéresse particulièrement à la politique municipale. Son successeur de 1914 à 1932, Gaston Maillet, un dentiste fortuné qui a fort probablement participé à la création du journal, est plutôt animé par la passion de la politique provinciale et fédérale. Gilbert LaRue, directeur de 1932 à 1936, remet à l'avant-plan la politique locale et exprime son désir de faire de L'Autorité « le » journal de Montréal. Le journal prend le titre L'Autorité nouvelle de juin 1925 à novembre1931. La direction du journal est assurée par J.-A. Fortin de 1943 à 1953.

En 1953, Gérard Gingras prend les rênes du journal, qui compte de prestigieux collaborateurs tels Alfred DesRochers, Roger Duhamel, Guy Frégault, Germaine Guèvremont et René Lévesque. À l'époque, Gingras répond à ses détracteurs qui soutiennent que L'Autorité est à la solde du Parti libéral et affirme que si le journal approuve le programme libéral, il est toujours demeuré indépendant. Il confirme ainsi les propos de Marsil dans le texte sur la raison d'être de l'hebdomadaire paru dans le premier numéro en 1913 : « Indépendant des partis politiques, L'Autorité entend promouvoir et défendre les intérêts des nôtres d'abord, encore, partout et toujours ». Pendant les années Gingras, le journal renforce sa dimension satirique avec les caricatures de Berthio (Roland Berthiaume) et de Normand Hudon.

L'Autorité change sporadiquement de forme au cours de sa durée de vie pour passer de quatre à six puis à huit pages, alors que l'actualité politique se trouve généralement présentée en première page. Selon les changements de direction, la section des sports est couverte de façon inégale et passe d'une à trois pages pour disparaître pendant un certain temps. Pour sa part, l'actualité culturelle y est traitée avec régularité. La Grande Guerre y est également couverte en profondeur. Le quart de l'hebdomadaire est alors consacré à la publicité.

Le tirage de L'Autorité est de 8000 exemplaires en 1914 et atteint 12 750 en 1920 pour se maintenir autour de 15 000 exemplaires tout au long de la décennie. Il descend à 500 exemplaires en 1940. La publication est suspendue de septembre à décembre 1936 et de mars à juin 1939 pour une réorganisation. Les raisons qui mènent à la fin de la publication demeurent inconnues. Le dernier numéro paraît le 2 avril 1955.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. 5, p. 90-92.

LÉVESQUE, Michel, Histoire du Parti libéral du Québec : la nébuleuse politique, 1867-1960,

Québec, Septentrion, 2013.

ROY, Fernande, « Le journal L'Autorité dans le cadre de la presse libérale montréalaise », dans Lamonde, Yvan, Combats libéraux au tournant du XXe siècle, Saint-Laurent, Fides, 1995, p. 231-246.

Éditeur :
  • Montréal,1913-1955
Contenu spécifique :
samedi 16 mai 1953
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Haut-parleur,
  • Successeur :
  • Autorité nouvelle
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Références

L'autorité, 1953-05-16, Collections de BAnQ.

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[" 38e ANNEE \u2014 No*43 BEAUCEVILLE, 16 MAI 1953 Directeur: GERARD GINGRAS Secrétaire de la rédaction : MICHEL ROY DANS LE GRAND NORD Jusqu'aux limites de l\u2018invraisemblable Solitude J ATMOSPHERE alourdie d'un café à l\u2019heure où commence la nuit.A une table nous buvions bruyamment, attendant de la minute suivante un miracle d'apaisement que le moment ne pouvait donner.La lumière répandait une morbide influence.Les gens semblaient las et figés dans une nervosité malsaine.J'étais venue dans l'espoir d'une heureuse détente, échanger avec un ami des pensées plus intimes.Comme on aspire, une journée de chaleur suffocante, à s\u2019allonger dans la verdure humide.Mais rien à cette heure n'avait de sens, comme une maille qui glisse à quelque mystérieux endroit désorganise l'unité du modèle.I! régnait un chaos quelque part, tel un abime où naît le désespoir.Cela me parut une sorte de stupidité dans le malheur.Et je m'aperçus que je luttais contre elle.A mesure que le silence augmentait en moi, comme un climat de solitude, je me détachais de cette démence extérieure.Peu à peu je rentrais en moi-même, comme en - une maison de recueillement où aucune ambiance n'aurait pu me re- Joindre.Ce fut une rupture lente et décisive.J'avais le coeur à vif comme quelqu'un qui arrache ume partie de son être à la communion des autres.Petit à petit, dans une douleur qui se répétait, toujours croissante, jusqu'au moment de solitude.Alors je fus prise d'une Joie sauvage et fière et je sentis que je portais un trésor qui n\u2019appartenait qu\u2019à moi seule.Je voulus l'emporter loin de ce lieu \u2018ou la plus simple amitié devenait impossible.Je désirai partir avec le faix de ma solitude rejoindre le silence de l'univers vibrant.Je quittai le café.Une brise chaude de printemps tardif me caressait doucement.Je m'entendis fredonner l\u2019Hymne à la Joie de Beethoven.Je pensai à Miller pour qui l\u2019univers de l\u2019homme est en lui-même.Cet univers en flux perpétuel, où l\u2019homme, qui se tient à part, \u201ca été fait pour vivre dans un monde invisible né de sa propre souffrance.\u201d Je marchai longuement, recueillant de la nuit une saveur profonde.Puis je décidai de revenir sur mes pas, retrouver l\u2019ami qui m'\u2019attendait encore.La lumière du café reffétait un accent plus tragique.Les mêmes gens buvaient toujours.A quelques pas de l'entrée, je l'aperçus.Il avait la tête appuyée au rebord de la table et paraissait dormir.Près de lui, un couple discutait.Je m'approchai, Lui, releva la tête et me regarda.A ses yeux, je sentis qu\u2019il avait atteint sa propre solitude, et que rien ne pouvait plus le toucher que ce dernier vertige.Mon coeur se serra.Comme si m'allier un être en son ultime refuge rendait toute paix impossible.Je soutins son regard.Sa bouche souriait avec complicité.Brusquement, il se leva.Et je me vis le suivre, n'importe où, comme l'ombre de moi-même que Je ne pouvais fuir.\u2019 Suzanne BARBEAU I je n\u2019écoutais que la modestie religieuse, je me refuserais à publier quoi que ce soit.Les lecteurs peuvent s'imaginer que nous avons déjà un pied dans le ciel\u2026 et oublier que nous avons grandement besoin de prières.D'autre part, va-t-on me croire facilement quand je dirai, par exemple, qu\u2019il s'agit de camper sur la glace aux prises avec la tempête et 50 degrés (centigrade) sous zéro, sans geler à mort?Quand je dirai que l'on parcourt à la raquette, en un seul jour, une distance de 70 kilomètres et même plus, si le chemin est déjà battu?\u2026 Quand je dirai que l'on peut s'habituer à la vermine et dormir à peu près en paix malgré les- assauis répétés d'une centaine de \u201cgrenadiers ?\u201d Je néglige certaines autres petites misères qu'il faut avoir vues et vécues soi-même pour comprendre jusqu'où peut aller la résistance humaine.Ce qui paraît extraordinaire en pays civilisé est pour nous très ordinaire, presque du pain quotidien.Le tout est de s\u2019acclimater.Et le moral est excellent malgré tout ! Oh! certes, je dois bien l'avouer, il est des jours (ne vous en scadalisez pas) où le froid, la solitude, la faim (quoique plus Tarement) nous pèsent, nous accablent.Il est des heures où l\u2019assaut des souvenirs qui remontent du passé avec lequel on fbrisa en un jour d\u2019intense émotion, mais aussi de joie conquérante, se fait violent, plus tentateur\u2026 Oh! la bonne petite vie facile que, naguère, il parut tout simple de sacrifier pour suivre l'appel de Dieu et des âmes sur les champs arides de l'apostolat!\u2026 Mais ce ne sont la_ que tentations passagéres du \u201cvieux gris\u201d (le diable), que l\u2019on a tôt fait de renvoyer dans son antre.Où donc est ma maison ?Il y a deux ans et demi, à Franklin, sud-ouest du Grand Lac de l\u2019Ours.Après les fêtes \u2018 de Noël, la plupart des Indiens ont regagné leur camp dans la forêt.' Le Jour de l'An, une bonne grippe m'\u2019échoit comme étrennes, Pour comble, la tempête de neige (poudrerie) fait rage, s'engouffre par toutes les fissures dans ma petite hutte-chapel- le.et dépose sur les \u201cmurs\u201d par Alfred GATHY o.m.l.intérieurs une épaisse couche de givre que la chaleur de mon fourneau, pourtant tout rouge, ne parvient pas à entamer.En dépit de tous mes efforts, je ne réussis pas à me réchauffer moi- même.La grippe, un froid de loup.c'est déjà quelque chose.Et pourtant, omne trinum perfec- tum, plus que tout le reste, c\u2019est la solitude qui me pèse.Une telle solitude.en ce Jour de l\u2019An, si plein de souvenirs ! À cent mètres de chez moi, habite un trappeur blanc (protestant) qui, un peu avant Noël, s\u2019est affreusement brûlé l\u2019avant- bras.Chaque soir, je vais le soigner, désinfecter la plaie et renouveler les pansements.Aujourd\u2019hui, oserai-je sortir ?Vers cinq heures, je n'y tiens plus.En route! Avec un bon vent en poupe, c\u2019est l'affaire d\u2019une minute.La joie de mon \u201cclient\u201d est d\u2019autant plus grande qu'il ne m'attendait guère par cztte bourrasque et que, lui aussi, avait le marasme de se trouver seul.Quelle bonne causette, tandis que je remplis mes fonctions d\u2019infirmier!\u2026 Puis, comme sa maison est plus chaude que la mienne, il m'invite avec insistance à partager ses couvertures pour la nuit.Volontiers j'accepte.Mais j'y songe.En sortant tout à l\u2019heure de chez moi, j'ai oublié d\u2019éteindre ma chandelle.et mon chandelier est un vulgaire morceau de bois.Si je ne rentre pas immédiatement, tout va flamber.Sans hésiter, je* repars.Comme un géant formidable, le vent me saisit et me précipite dans la neige.Je parviens néanmoins à me relever, et j'essaie d'avancer tant bien que mal en m\u2019aidant de mes mains autant que de mes pieds.Mais où donc est ma maison ?\u2026 Je rampe A gauche et a droite.Rien.Je dois être pourtant bien près.Peu à peu je m'énerve, m'inquiète, n'osant m\u2019aventurer trop loin de crainte de m'égarer davantage.Blotti dans la neige, je tâche de calmer mes nerfs, de m\u2019orienter\u2026 \u201cMon Dieu, aidez-moi !\u2026 .Sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, venez à mon secours !\u201d Si je criais ?.Si\u2019 j'appelais ?.Peine inutile: la rage du vent étouffera ma voix, personne n\u2019entendra, personne ne répondra !.\u2026 Je sens mes forces dimi- muer, je ne lutte plus que faiblement contre l\u2019angoisse qui m'étreint et le froid qui m\u2019engourdit\u2026 Encore un petit effort !.Quelques enjambées su- prémes.et je me trouve soudain à côté d\u2019un de mes chiens, couché dans la neige, à deux pas de ma porte.je suis sauvé.Mon Dieu, merci! Noël au grand Lac de l\u2019Ours Un an s'écoule, Nous voici en décembre, Départ de Norman, poste central de mission auquel je suis rattaché.Norman où s\u2019est introduit depuis peu un semblant de civilisation moderne: on y retrouve T.S.F., service de poste aérienne (six courriers par an), détachement de police.et un Brain de confort.Là au moins, on ne risque plus guère de souffrir de la faim et, quels que soient les caprices du thermomètre, on a un \u201cchez soi\u201d suffisamment chaud pour les dédaigner.Par-dessus tout, il y a, à Norman, pour retremper les énergies et remonter les coeurs défaillants, une petite chapelle, un tabernacle où Jésus demeure et donne audience à toute heure du jour et de la nuit.J'arrivais à Franklin le mercredi, 23 décembre.Le lendemain, veille de Noël, j'entendis les confessions.Mais voici qu'un peu avant minuit arrivent de Mac Vicar Arm, poste situé¢ a 150 kilomètres environ, à l\u2019est de Franklin.L'un d'eux m'\u2019annonce que sa mère, gravement malade, était quasi mourante à son départ du camp, et qu\u2019elle désirait vivement me voir.On le Voit: c'était un cas urgent.\u2014J\u2019irai, répondis-je.J'irai au plus tôt.Attends-moi après la messe de minuit: j'aurai à te parler.Quelques confessions encore.Et puis minuit !.Minuit heure solennelle.Oui, solennelle, même et surtout ici.Ah! Noël parmi les Indiens, et dans la pauvreté! Pour moi, le Noël le plus débordant de poésie et de ferveur est celui que je célèbre dans mon abri du grand Lac d'Ours: pauvre cabane, autre Bethléem! Une table, sur laquelle j'ai fixé ma chapelle portative, devient l\u2019autel du sacrifice.Dans un coin, une caisse, entourée de papiers gris simulant des rochers, représente l'étable où, dans une créche minuscule, repose Jl\u2019En- fant-Jésus entouré de la sainte Vierge et de saint Joseph.Ni bergers, ni moutons, ni boeuf, ni âne\u2026 mais ne sommes-nous pas là une bonne centaine pour tenir lieu de tout ?Mes \u2018\u201cparoissiens\u201d, mes bons Indiens, sont des gens frustres et simples comme ceux qui suivaient Jésus, et comme étaient sans doute les bergers de Bethléem.Ils ont bien dû se presser un peu pour trouver place, mais peu importe, tous sont rayonnants.Pensez donc! Plusieurs parmi eux ont franchi plus de 200 kilomètres pour assister à la fête ! Deux moribonds .à 150 kilomètres ! Après la messe de .minuit : \u2014Ton camp est loin, Tipi ?(Pierre).\u2014Oui, deux nuits (trois jours de marche).\u2014Peut-on s\u2019y rentre en une nuit ?\u2014Duyé (difficile).\u2014Duyé! disent en choeur quelques Indiens.\u2014Difficile, mais peut-être pas impossible! D'ailleurs le temps presse.Sois prêt dès ce soir.Nous partirons dans la nuit.En effet, la nuit suivante, à minuit, je commençais le saint sacrifice, Déjeuner, derniers préparatifs, puis le signal traditionnel : Nos chiens sont en bonne forme, ce qui nous permet, de temps à autre, de prendre place sur le traîneau.Oh! pas pour longtemps, car les provisions de chaleur sont vite épuisées.Il faut courir pour en faire de nouvelles.Vers midi, un court arrêt.On fait le thé, on casse la croute.puis de nouveau, en avant! - À neuf heures du soir, au piéd des Montagnes d'Ours, à plus de 80 kilomètres de Franklin, notre point de départ, on s\u2019arrête cnfin pour le campement.de la nuit.10 - .Le repos n'est pas \u2018long.Le lendemain, dimanche, \u2018à deux \u201cMarche !\u201d.;- - OUS publions cette semaine la première tranche du carnet de route du Révérend Père Alfred Gathy, O.M.l.qui, pendant 24 ans, a sillonné les déserts de glace et de solitude du Grand Nord canadien.Attaché au Vicariat du Mackenzie, le Père Gathy séjournera parmi nous jusqu\u2019en Juillet alors qu\u2019il doit regagner ce monde aride et lointain qui est devenu le sien.Le missionnaire complétera son récit dans le prochain numéro.LEGENDES : A gauche, le Pere Gathy chaudement vétu contre les rigueurs de l'hiver nordique; ci-haut, une Indienne fumant la pipe; au centre, la croix plantée sur la colline dominant la mission indienne de Yellowknife; en bas, une religieuse trainant son traineau chargé et, en bas à droite, un loup surpris par la caméra.heures du matin, nous étions debout et reprenions Ja course.Que les premiers kilomètres furent durs à couvrir ! - Qu'il fallut du temps pour se dérouiller les jambes et les réhabituer à la manoeuvre !\u2026 Enfin, de nouveau, nous filons bon train: mous filons si bien qu\u2019à huit heures du soir nous arrivons au camp.Nous avions gagné presque un jour.Grâce à Dieu, les malades sont toujours en vie.Joie de tous à la vue du Père! Joie de la moribonde surtout.\u201d Elle git 1a, dans un coin d'une misérable tente: son visage squelettique émerge d'un fatras de haillons sordides.Tout à côté d'elle, un enfant, une petite fille de quelques jours.qui n\u2019a même pas la force de pleurer comme on sait le faire à son âge.Deux belles âmes qui n\u2019attendent plus que leur passeport pour le ciel.Je t'absous.confession, extrême-onction, \u2026Rose-Thérèse; je te baptise.(à suivre la semaine prochaine) er e ; PA Ck pit L\u2019AUTORITE, 16 MAI 1953 L'art de parler aux enfants EPUIS 5 ans, il est une D émission radiophonique que tous les enfants de la province (et de la ville) ne manquent jamais d'écouter.Tante Lucille s\u2019exécute en effet, tous les samedis matin, sur le réseau francais de Radio-Canada.\u201cS'exécuter\u201d\u2026 voilà bien le mot qui convient, car Mme Lucille Desparois ne se limite pas à la narration des contes qu\u2019elle écrit à l'intention des plus jeunes.Durant 15 minutes, Tante Lucille incarne tous les personnages qui se succèdent, empruntant Jes voix, imitant les bruits, reproduisant l'ambiance dans laquelle se situent les féeries ou les petites histoires qu\u2019elle puise dans la grande Histoire.Mme Lucille Desparois a commencé cette série (l'une des seules qui ne soient pas interrompues durant l'été) en 1948 à Radio-Canada.Jadis, on l\u2019entendait à CHLP, à l'époque de Noël, Aujourd'hui, elle reçoit 10,000 » lettres par année de ses jeunes auditeurs, soit quelque 500 par semaine, lettres qu\u2019elle ne manque jamais de lire, une à une, serupuleusement.N'y trouve-t- elle pas son inspiration ?S\u2019adresser aux enfants suppose certaines qualités que fort peu d\u2019individus possèdent vraiment.On songe à Guy Maufette dont nous avons déjà souligné, ici même, l\u2019étonnante vitalité et qui, comme tante Lucille, pénètre dans le royaume de l'enfance avec une apparente facilité.Nombreux sont les adultes que les enfants terrifient à cause de leur spontanéité, de leurs gestes imprévisibles, de leur besoin de vérité.Quoi qu\u2019il en soit, Mme Desparois, comme Guy Maufette, mais d'une façon qui lui est personnelle, doit bien savoir parler aux enfants puisque les enfants l\u2019écoutent religieusement, rient avec clle, s\u2019émeuvent avec elle\u2026 Il faut bien la juger aux résultats qu\u2019elle produit.C'est le meilleur critère.Le seul.Aussi, veut-on connaître les moyens qu\u2019elle emploie.Récemment, Mme Desparois, nous confiait son expérience.Et tandis que je l'écoutais, il me semblait ETITS enfants, c'est à vo- P tre intention que j'ai écrit ce conte.Depuis longtemps déjà son sujet me trottait par la tête mais comme je me méfie beaucoup du goût des grandes personnes et que, en général, je m'adresse plus particulièrement à elles, j'hésitais à le raconter.Pour que je m'y décide enfin, il a suffi d'un songe.Figurez-vous que, en effet, j'ai fait un rêve cette nuit.Dans ce rêve, vous le croirez ou non mais la chose est véritable, je me suis subitement trouvé à face avec le petit bonhomme que j\u2019étais, il y a de cela déjà de nombreuses années.Sur le coup, je demeurai interdit.L'enfant que je fus et qui me faisait maintenant face dans un.décor tout blanc remarqua vite mon émotion.Ainsi me dit-il de sa petite voix douce : \u2014Pourquoi cet étonnement ?Qu'y a-t-il de si étrange à ce que tu me retrouves ?M'as-tu donc à ce point oublié?Nc te souviens-tu plus de moi ?Je devais avoir l'air très niais car il éclata de rire à mon nez et s\u2019écria : \u2014Ah ! comme tu fais une dré- le de tête! Il faut que tu aies bien changé, mon pauvre, pour que notre rencontre te cause un si vif émoi ! Puis, mordillant ses lèvres et fronçant les sourcils à la façon des grandes personnes lorsqu\u2019elles réfléchissent gravement, il se tut pour reprendre tristement quelques secondes plus tard : \u2014Je \u2018viens de dire la vérité.Si tu te sens à l'instant même plus stupéfait que joyeux, il est donc vrai alors que, comme les autres hommes, toi aussi tu aies changé.Moi, je suis resté le même.De te revoir là devant moi ne me provoque nulle surprise.J\u2019en suis heureux.Tout simplement.TI mit les mains dans ses poches, fit la moue, baissa la \u2018tête et, avant de continuer sa\u2019 route, il ajouta: : \u2014Je : royals qu tol, \u201ctu\u201d au- A Au royaume de l'enfance qu'elle m'entrainait dans cet univers exclusif où d'innombrables bambins lui ménagent l'accueil que l'on réservait à la Fée des Etoiles, voilà si longtemps.Et voilà qu\u2019elle me donne cette réponse toute simple, un peu déconcertante: \u201cIl suffit de s'approcher d'eux; il faut leur parler très simplement, ne rien compliquer.C\u2019est ainsi que je parviens à être leur vraie tante.On m'invite à devenir la tante de Pierrot, de, Jacques et de Francine.On me considère de la famille On m'envoie du sucre d'érable, des dessins, des cadeaux de toutes sortes, des invitations.\u201d Et elle ajoute ceci qui m\u2019éclaire davantage : ; ' \u201cC'est un art de parler aux enfants, un art qui exige beaucoup de patience et une certaine technique.Ainsi, j'ai recours Chaque samedi matin, depuis bientôt cinq ans, les plus jeunes auditeurs du réseau français de Radio-Canada se penchent religleusement sur l'appareil pour entendre les contes de Tante Lucille.Interprète convaincante, elle sait toujours retenir l'attention des enfants.publié des recueils de contes qui remportent un grand succès en librairie.- à l\u2019onomatopée.: il faut qu'un coup de bâton soit vraiment un coup de bâton.Je sais qu\u2019ainsi les enfants vont réagir.On ne peut pas tromper les enfants ! Bref, je fais cette émission pour que les enfants soient heureux ! C\u2019est là ma seule ambition\u201d.Pour connaître les goûts de son vaste auditoire invisible, Tante Lucille lit toutes les lettres qu'elle reçoit.\u201cCe sont, dit-elle, les enfants eux-mêmes qui me tiennent la.\" Voici maintenant que ces mémes enfants la réclament a la télévision, C'est une fagon comme une autre d\u2019obliger Ra- dio-Canada à prendre les mesures nécessaires pour qu'il devienne possible de \u2018\u201cvisionner\u201d Tante Lucille.~ Dans l'intervalle, Mme Desparois se dit enchantée de son réalisateur, M.Guy Beaulne, un \u201ccollaborateur précieux\u201d, et nous ajoutons : consciencieux, Toujours pour les enfants, Tante Lucille a publié.Et ses livres se vendent à un rythme inusité, Chez Granger, depuis 1944, à la cadence de 4 par année, à un tirage moyen de 20,000 exemplaires chacun, elle a fait paraître des \u201ccontes pour enfants\u201d qui se comparent avantageusement à ceux que l\u2019on trouve en France et en Belgique, Du reste, une maison d\u2019édition hollandaise envisage de les publier.Membre de l'Association des écrivains pour la jeunesse, elle entend fournir quelques précisions: \u201cJe ne me considère pas comme un écrivain.Je suis l\u2019amie des jeunes, une raconteuse.\u201d Le rôle que joue si bien Mme Desparois nous apparaîtra d\u2019autant plus capital si l\u2019on considère que notre peuple a grand besoin de poésie.) PETITS CONSEILS Lorsque votre enfant souffre d'un écoulement chronique du nez, de rhumes de cerveau fréquents, ou éprouve quelque difficulté à boire au sein, c\u2019est qu\u2019il souffre des adénoïdes.Un des symptômes les plus manifestes est la difficulté de la respiration par le nez.Les animaux et l'enfant qui ne sont pas attirés spontanément, par les ani- Be: rares sont les enfants maux.N\u2019'encourage-t-on \".pas, d'ailleurg, ce penchant en les comblant, dés leur plus jeune âge, de jouets représentant des bêtes?Leurs premières images, leurs premiers livres ne sont-ils pas la plupart du temps consacrés à des héros revêtus de poil \u2018ou de plume?Les jardins zoologiques, qui en principe sont \u2018destinés aux travaux pratiques des savants naturalistes, ne sont-ils pas, au moins autant, des réductions de Paradis terrestre pour les petits ?, Cependant, si la majorité des \u2018parents approuve et encourage une assez libre fraternisation avec nos humbles compagnons, il en est qui la redoutent et la combattent.Il faut fuir les chiens, ils mordent; les chats, ils griffent; les habitants de la basse-cour, ils sont sales; etc.Certes, il convient d'entourer les premiers rapports et les rapports familiers des jeunes -enfants avec le monde animal d'un certain nombre de précautions.Le chat le plus doux doit étre écarté des tout-petits, car il peut \u2014 c'est un accident malheureusement assez fréquent \u2014 les étouffer en se pelotonnant sur Jeur frêle poitrine.Il n\u2019est pas non plus absolument indispensable qu'un bébé embrasse aù pleine bouche son ami le chien, se fasse débarbouiller par lui à grands coups de langue, ou partage avec lui la même assiette De même J\u2019enfant doit être averti aussitôt que possible que tous -les animaux n\u2019aiment pas à être saisis à l\u2019improviste, touchés sans avertissement, et qu\u2019il y a avec eux certuines façons d'agir.Ceci, qui reléve du simple bon sens, étant acquis, la familiarité avec les \u201cjouets vivants\u201d est à notre avis très recommandable.Elle éveille, chez l\u2019enfant à qui l\u2019on confie la garde totale ou partielle de son animal favori un certain sens de la responsabilité.Le chien, le chat, le cobaye, la souris blanche ou le canari ont besoin qu'on les nourrisse, qu\u2019on veille à leur propreté, pour le premier nommé au moins, qu\u2019on les promène; il n\u2019est pas mauvais que leurs jeunes maîtres soierit chargés de ces 'besognes.Certains enfants s\u2019en acquittent à merveille, D'autres, moins bien.comportement des enfants vis-à- vis des bêtes, et surtout de cel- Jes qui leur sont confiées, fournit des indications beaucoup plus nettes sur leurs tendances caractérielles que leur compor- \u2018tement vis-à-vis des jouets inanimés.Ils ont l\u2019occasion de montrer de l'exactitude, de la persévérance, de la patience, du dévouement, ou au contraire de la négligence, de la légèreté, de la dureté, de l\u2019égoïsme.Disons Le Moine et la toupie Un conte pour enfants® Alors je vis deux petites larmes couler sur ses joues, Reprenant mon sang-froid, je le saisis vivement par le bras afin qu'il ne disparût point dans la brume.Car je n\u2019ai pas à vous apprendre combien vite nos rêves s'évanouissent ! Fort heureusement, je l'attrapai à temps.Je m'assis dans les hautes her- Yes qui bordaient le chemin et je le pris sur mes genoux.Je lui expliquai que, loin de l'avoir oublié, j'avais très souvent regretté son départ.\u201cQue veux-tu, il faut bien grandir, lui disais-je, et se résigner, qu'on le veuille ou non, à quitter une partie de soi-même à mesure que l'on avance en âge.\u201d Mais il ne semblait pas comprendre.Il me regardait avec de petits yeux méfiants et déçus.I avait Tair de dire: \u201cTout cela est bien faux Même lorsqu\u2019on grandit, il faut rester soi-méme et ne pas changer.\u201d Je ne me trompais pas car voilà bien ce qu\u2019il pensait.En effet, un peu géné par la persistance de son regard braqué sur moi, n\u2019y tenant plus, je lui demandai timidement: \u2014Tu m'aimes moins parce que je suis grand ?.Ce n'est pourtant pas ma faute, petit, si ma taille s'est allongée et si, au méme rythme, mon esprit a mi- ri.Je trouve tout naturel que, toi, tu sois resté le méme qu'autrefois puisque tu ne vis plus que dans ce rêve et que dans ma pensée.Mais, moi, songes-y bien, c\u2019est en ce monde que je respire encore aujourd'hui et la chose serait- vraiment fort mal vue s'il Yallait que, devenu homme, j'agisse comme un enfant.Alors, le petit bonhomme plongea au fond de mes prunelles un long regard tout chaud d'une grave.tendresse, Puis d'uhe voix plus douce que le gazouillis d\u2019un oiseau et à la fois plus triste que le chant du cygne, il me livra, la mort dans l'âme, son dernier message d'amour : \u2014Non, je ne t\u2019aimé pas moins, dit-il, mais je croyais que toi, tu m'\u2019aimais davantage.Je pense que l'on doit changer quand c\u2019est pour le mieux mais qu\u2019il faut être bien sot pour agir ainsi quand c'est pour le pire.Parce que tu as grandi, pourquoi .m\u2019as- tu oublié?Quelle loi t\u2019obligeait à me laisser si loin derrière toi?Depuis nombre d\u2019années, nous nous revoyons pour la première fois.Et encore faut- il que ce soit les fées de la nuit qui aient favorisé notre rencontre! Sans ce rêve qui nous enchante, peut-être ne nous serions-nous jamais retrouvés.J'ai le coeur tout chagrin de penser que \u2018tu m'as abandonné dans les replis les plus obscurs de ° ton âme.Je te connais bien, tu sais.Puisque je suis toi lorsque tu étais petit, comment pourrait-il en être autrement ?.Parce que tu es un homme au- jourd'hui, tu ne songes qu\u2019à des choses tristes; à ces choses qui n\u2019ont plus de rapport avec la vie et qui la privent de tout sens véritable, Maintenant, toi, tu ne penses qu\u2019à la guerre pendant que moi, de mon côté, je ne pense encore qu\u2019à l\u2019amour.Et le petit bonhomme que j\u2019étais autrefois laissa glisser sa tête sur mon épaule et il enroula ses bras autour de mon cou.Mes enfants, je vous le dis, j'en perdis la tête et, ayant fermé les yeux, j'eus pour un instant l'illusion (d'avoir changé de place et je crus que j'étais cet enfant assis présentement sur les genoux d'un grand frère et je me voyais enrouler mes bras autour de son cou.Cela ne dura pes longtemps car le petit me demanda : \u2014Te souviens-tu du mécano ?\u2018 \u2014\u2014 L'enfant que j'avais été me rappela vite que je ne lui ressemblais plus.Il continua : \u2014Et du train électrique?et des blocs de pierre ?et du grand tapis rouge dont tu te recouvrais lorsqu'on jouait au magicien ?.Te souviens-tu de la vieille tante Graziella avec son grand sac de cuir jaune et usé tout rempli de jouets les jours de Noël ?.Te souviens-tu ?.te souviens-tu ?par Pierre Dagenais vr Ah ! petits !.Trop bien! bien ! Alors, comme il semblait mélancolique, je lui demandai : \u2014Que veux-tu que je fasse pour te faire plaisir ?Il ouvrit de grands yeux.Des yeux.des yeux si beaux! Puis il murmura : \u2014Raconte-moi une histoire £omme maman faisait autrefois pour nous endormir ! © J'allais commencer lorsque.oh! .comme la vie peut être idiote parfois mes enfants !.J'allais commencer lorsque j'entendis des sons vagues dans ma tête, puis les images s\u2019embrouillèrent et\u2026 j'ouvris les yeux.Un autre de mes rêves qui s'effaçait ! Pas tout à fait cependant car cette histoliv: que je n'al pas eu le temps de dire à l'enfant de mon songe, je vais vous la conter à vous.Et, entre nous.chut!.au nez.des grandes personnes.: : si je me souvenais, mes 11 y- avait, dans une boutique de jouets, un moine et une tou- \u2018pie, Hélas, trop - petit garçon accompagnés Le premier, fait de bois et de forme ovoïdale, coiffé d'un béret marin trop petit pour couvrir entièrement sa tête, était penché sur le côté et laissait paraître son pétit pied d'acier qui ne reluisait pas beaucoup cependant car on ne se souciait gué- re de le frotter souvent pour qu'il scintille vu que le reste de sa personne ne brillait d\u2019aucun autre éclat.La seconde, au contraire, rays onnait d'une grande \u2018beauté.Dans une boîte bleue toute tapissée de papier de soie blanc, hautaine, elle se tenait droite sur sa longue et fine jambe dorée, gonflait tant qu\u2019elle pouvait son corsage multicolore et s'étirait ie cou comme pour bien se convaincre de sa supériorité et aussi pour mieux voir comme on la contemplait.Le hasard avait voulu qu\u2019ils fussent placés lun à côté de l\u2019autre.Et, comme les beaux jouets sont babillards, la toupie parlait beaucoup.Douée d'une voix douce et musicale, comme il eût été agréable de l\u2019entendre si, pan bonheur, elle avait été charitable et bonne.Mais, hélas ! quelle méchante langue que cette peste de toupie! Elle s'était proclamée reine de son petit monde, prétendant être première danseuse de ballet et meilleure cantatrice que ses soeurs et ses cousines.Aussi regardait- elle.le pauvre moine du haut de sa grandeur et ne manquait jamais de Yinsulter lorsque l'oe- casion se présentait, Le moine la laissait dire sans broncher.Philosophe et sage, il connaissait les vertus du silence.Un jour, une petite fille et un de leurs parents vinrent à la boutique.On leur permit de choisir chacun le jouet qu\u2019ils préfé- Taient.La petite fille, sans hésiter, prit la toupie.Le petit garçon, lui, après avoir réfléchi un instant, demanda qu\u2019on lui achète le moine.Les deux jouets étaient au comble de la joie.Enfin, ils sortiraient de cette affreuse boutique où il y avait tant de tapa- £e et ils trouvaient chacun l\u2019ami qui s\u2019intéresserait à eux.Arrivés dans la chambre des enfants, on les fit tourner, tourner, tourner.La toupie faisait mille grâces; le moine, mille diableries, Et leurs petits amis les regardaient faire avec des yeux émerveillés, Le soir, on les rangea dans le placard.La toupie fut plus arrogante que jamais envers son petit compagnon.Il ne chantait pas, lui! Ah! Je vilain bourdonnement qu'il faisait en dansant avec son sabot de paysan balourd ! Comme il était vulgaire en comparai- sôn du ronron caressant de son petit pied de ballerine! Et le petit garçon lui-même ne lui avait-il pas adressé des regards plus flatteurs ?\u2026.Que ne lui di- sait-elle pas de méchant ! Ce soir-là, le pauvre petit moine ne put s'empêcher de pleurer ! e Plusieurs jours passèrent, Le petit garçon et la petite fille s\u2019amusaient encore beaucoup tous les deux, chacun avec son jouet.Mais, hélas! la prétentieuse toupie persistait\u2019 toujours à rabrouer son modeste voisin.\u2014Vous n'êtes qu\u2019un pauvre joujou commun, disait-elle du haut de sa brillante tige.Sans charme et sans distinction.Moi, je descends d'une famille noble et je suis de grand luxel.Pouah ! comme il m'est pénible de toujours vous sentir à mes côtés, la nuit, dans ce placard.*» » était tout de suite à l'honneur de la- gent enfantine que dans la majorité des cas les qualités sus- norhmées l\u2019emportent sur les défauts.2° , Mais il peut arriver qu\u2019en \u2018dépit du désir des parents de ne pas exclure leurs enfants du commerce des_animaux, les circonstances s\u2019y opposent: le cas est fréquent dans les grandes villes, \u201cOu la volonté existe, le moyen existe aussi\u201d, dit à 0 prés un proverbe anglais.Nous pouvons citer un exemple.Un petit garçon de Paris rêvait, mais en vain, d'avoir un animal \u201cà lui\u201d.Ses parents n\u2019auraient pas mieux demandé que de le satisfaire, mais le moyen, alors qu\u2019ils \u2018habitaient un appartement exigu, travaillaient tous deux au dehors, et ne pouvaient envisager d'ajouter un membre quatre pattes à leur famille ?Cependant ils menaient souvent leur au Zoo de Vincennes.Un jour \u2018que l'enfant s'était arrêté devant un enclos où paissaient des biches et des cerfs, il eut une surprise ravie: un petit faon it né, qui faisait ce jour-là ses premiers pas au dehors.Il fut évidemment baptisé \u201cBambi\u201d par le petit garçon, et sa mère, prise d\u2019une inspiration subite, s'écria: \u201cJe te le donne!\u201d \u2014Comment, fit enfant, c'est vrai?Tu peux?Nous allons l'emmener chez nous ?\u2014Non, nous n'allons pas l'emmener, car il serait malheuretx, et d\u2019ailleurs il a besoin de rester avec sa\u2019mére.Mais je te le donne tout de méme.Tu sauras qu'il est à toi, ce sera notre secret.Nous viendrons exprés pour le voir.Nous lui apporterons, spécialement, des bonnes choses.Et je suis sûre qu\u2019il comprendra très bien et qu\u2019il te connaîtra bientôt.Ainsi fut fait.Désormais, la premiére visite du petit garcon, dans le grand jardin, était pour \u201cson\u201d Bambi.Le petit faon, qui grandissait, le reconnaissait-il vraiment, ou gardait-il la mémoire des gâteaux, des carottes, des feuilles de salade que le petit bonhomme lui apportait régulièrement?Toujours est-il qu'il accourait au premier appel, avant les autres membres de sa gracieuse triblu.Le gardien attaché à son service, brave homme comme le sont généralement les employés de tels établissements, avait lui aussi fini par connaître le petit \u201cmaitre\u201d de Bambi.Il racontait d\u2019'intéressantes histoires sur son protégé.Et un jour, jour - d'orgueil et de gloire, il le prit par la main et l\u2019introduisit dans l\u2019enclos, pour lui permettre de caresser \u201cBambi\u201d.Mais nous avons aussi parlé des plantes.Au fond du coeur de bien des citadins uh paysan sommeille, et les enfants des villes ne font pas exception à la rè- le.5 Marthe DESBUISSONS La malicieuse ne se corrigeait point ni de sa vanité, ni de son insolence, Un mois plus tard cependant.Un mois plus tard, les choses n\u2019allèrent plus si bien pour la première danseuse de ballet.Elle constata d\u2019abord qu\u2019on la laissait seule toute la journée, car la petite fille allait à l\u2019école et elle ne pouvait traîner avec elle sa grosse toupie de luxe.Au contraire, chaque matin, le petit garçon mettait son compagnon, le moine, dans sa poche et l'emportait.Ce qu'il devait en voir \u201cdes choses tout le long du jour pendant qu'elle s\u2019ennuyait toute seule dans son coin !.Elle se rendit compte aussi que sa robe .n'était plus fraîche et étincelante comme \u2018autrefois.En effet, Comme elle s'était cognée souvent contre les meubles, cela l\u2019avait fripée, tachée, et déchirée à certains endroits.Une autre fois, sans le vouloir, on avait versé de l\u2019eau sur sa tête; ce qui lui fit attraper une fluxion de poitrine de sorte que maintenant sa voix était toujours enrouée.De ce fait, la petite fille semblait moins l\u2019aimer.Ne restait- elle pas des jours et des jours sans venir lui demander de danser ou de chanter pour elle ?Et voilà qu'elle logeait au- jourd'hui dans la maison des jouets brisés! Elle songe maintenant avec amertume au bonheur de son , frère le moine qui, bien que modeste_et pauvre et laid, continue toujours a faire la joie de son jeune maître et elle pleure sur son triste sort.: Petits enfants, la morale de cette histoire vous démontre Qu'il vaut mieux toujours rester simple et elle vous apprend aussi que la vanité éloigne les amis et détruit la beauté.(1) Oe conte, dont l\u2019auteur à autorisé.la Publication en exclusivité dans notre journal, est extrait de CONTES DE LA PLUIE ET DU BEAU TEMPS.On trouvera prochainement le livre en librairie.(Editions Cercle du Livre de France). L'AUTORITE, 16 MAI 1953 - .+e \" © MON JOURNAL \u2014 15 AVRIL, \u2014 C'est sans doute être un incorrigible badaud que se procurer une nouvelle revue, dès qu\u2019elle paraît; Je succombe immanquablement à la tentation.J'ai cou vent raison de m'en repentir.Maurice Nadeau ne m'apparait pas comme le grand critique do sa génération; il est néanmoins excellent et d'une belle probité.Son HISTOIRE DU SURREALISME est ce qu\u2019on peut lire de plus intelligent et de plus meauré sur ce mouvement très important, et rédigé par un homme qui nourrit pour Breton, Aragon (première manière), Desnos et les autres une vive sympathie.Donc, Nadeau lance une revue, LES LETTRES NOUVELLES.Les notes et rubriques sont d'une qualité supérieure aux \u201cgrands\u201d textes.La Gazette d'Adrienne Monnier ajoute une voix calme et précieuse au choeur des témoins de la vie intellectuelle.On se demande toutefois si ces collaborateurs n'auraient pas enrichi de leur présence une autre publication; le danger est grand de la dispersion.et celle du public n\u2019est pas la moins embarrassante à la fin du mois! 16 AVRIL.\u2014 Jean Désy parie aux finissants des diverses facultée et écoles universitaires.Ce n\u2019est pas un diecours solennel; c\u2019est un discours \u2014 au sens de DISCURSUS \u2014 plein de substance et de moelle.Désy parle de bilinguisme; II parvient à être.original en traitant d'un sujet qui ne l\u2019est guère.A l\u2019is- _sue d\u2019un repas, le premier bagou- lard venu veut nous convaincre de l\u2019unité canadienne, de la prospérité capitaliste ou dee avantages du bi- Jinguisme.Ces propos en série n'intéressent pas notre conférencier; seul le retient l'essentiel, Son plaidoyer en faveur du bilinguisme ne relève pas de l'opportunisme politicien; il se situe sur le plan de la culture intellectuelle.C'est ainsi qu'il devient convaincant.° 17 AVRIL.\u2014 Mes relations avec la faculté de droit, où j'ai passé trois ans, sont aussi cordiales que lointaines.Mon plaisir est d'autant plus vif d'y retourner ce soir, à la demande d'un groupe d'étudiants.On a choisi cinq invités qui ont fait un usage différent de leur diplôme : Un avocat en pleine activité, un - professeur, un avocat d\u2019un groupement syndical, une jeune femme à l'emploi de l\u2019'O.N.F.et un Journaliste.La confrontation des points de vue est intéressante, du moins pour ceux qui les expriment! Après cet échange d'opinions, il y a un commun dénominateur qui ressort nettement: même si nous nous sommes engagés dans des voles diverses, nous nous accordons tous à reconnaitre la valeur éminente de la formation juridique.Nos Jeunes auditeurs en sont-ils convaincus?C'est autre chose.Parmi eux avaient pris place ie Père Louis Lachance et le vice-doyen Maximilien Caron, qui opinaient du bonnet.À les regarder, on aurait été tenté d'esquisser une thèse eur les relations \u2018profondes du travail intellectuel et de la calvitie prématurée, 18 AVRIL.\u2014 C'est Jour d\u2019étec- tions au.Cercle des Journalistes.Les membres sont venus beaucoup plus nombreux que les années précédentes.Un signe d'intérêt.Même si je n'ai pas l'occasion d\u2019y venir plus d'une fois par six mois, je me réjouis de ses succds.C'est une marque de solidarité professionnelle à'laquelle ne veulent se sous traire les journalistes attachés à leur métier, L'élection à la prési- par Roger DUHAMEL dence ne réserve aucune surprise, elle confirme le souhait général.Dès les débuts du Cercle, Gaétan Benoit a été un travailleur acharné, ne repoussant pas les besognes les.plus ingrates; c'est bien à son tour d'occuper le fauteuil du président.La grande salle du soubassement au Mont-Royal retentira de son rire sonore ot de ses expres- slons truculentes.19 AVRIL.\u2014 En lisant I'excellente biographie qu\u2019Eleanor Ruggles a consacrée à Edwin Booth, je me fais cette réflexion que le théâtre anglo-saxon n\u2019aurait que vivoté si Shakespeare n'avait pas existé.Qu'il y ait d'autres écrivains dramatiques anglais, et de belle qua- Jité, c\u2019est l'évidence même.l! est également évident que les troupes américaines du siècle dernier, sur le Broadway comme dans les principaux centres des Etats-Unis, n\u2019affichaient à peu près que les plèces du grand Will.On n\u2019imagine pas l\u2019équivalent dans aucun autre pays.Pensons-nous à une troupe qui ne Jouerait presque exclusivement que \u2018Racine?Sa carrière serait de courte durée.20 AVRIL.\u2014 L'ami Roger Champoux ne perd jamais une occasion d'être agréable pour ses confrères.Comme il est aussi Léon Franque, c\u2019est-à-dire un connaisseur avisé de la production cinématographique, on peut être d'avance assuré, quand il lance une invitation pour une séance \u2018privée, qu'ittmRe nous convie pas pour voir un navet.Son goût est excellent et il nous fait partager ses trouvailles.I! y a plusieurs avantages à ces représentations en comité intime : le film, bien entendu, mais aussi des fauteuils confortables, la faculté de fumer, l\u2019absence de la buraliste et des placiers et Ja satisfaction de voir aujourd'hui ce que tout le monde verra demain (parfois!).21 AVRIL.\u2014 Je regois une invitation à remercier Jean-Louis Gagnon qui doit prononcer une conférence au Ritz un soir de mai.J'ai deux bonnes raisons d'accepter.CLIMATISÉE, la bière Dow est protégée contre tous les écarts de température pendont sa fabrication .elle retient ainsi tout le goût fin et toute la.saveur des ingrédients de qualité supérieure qui lo composent, pour vous donner le meilleur de ia bière dans la Tout d'abord, il y a une bonne dizaine de fois que je le remercie dans des circonstances analogues; Je dois commencer à avoir la technique! Le seul inconvénient, c\u2019est Le roman du manteau fourré par Adolphe Nantel tes au Palais.Nous vous en offrons une, des plus savoureuses, en grande exclusivité, et cinq honora- I; y a des affaires.renversan- qu\u2019il me faut m'ingénier A trouver.bles juges de la Cour d\u2019Appel les mots qui feront fleurir un sourire d'approbation sur lee lèvres de sa blonde Hélène; difficile gageëu- re, mais la récompense vaut amplement l'effort! Et puis, il y a aussi ce fait que Jean-Louis Gagnon doit nous entretenir de Louis Francoeur.Ceux qui, comme moi, ont bénéficié de la sympathie cordiale et simple de Francoeur a l'aube de leur car ridre ne I'ont jamais oublié.11 nous arrive encore souvent, entre intimes, d'évoquer son image, de rappeler l\u2019un de ces mots et de se dire: Comme c'est curieux, cette année, Francoeur aurait \u2018soixante ans! N\u2019en doutons pas, il serait demeuré le même, goguenard sans méchanceté, impitoyable aux imbéciles et indulgent aux faibles, puisant dans sa prodigieuse érudition les petits articles en trois ou quatre paragraphes dont l'on parlait encore le lendemain du jour qu'ils avaient paru.La gloire, pour un Journaliste, ce n\u2019est jamais le surlendemain! : 22 AVRIL.\u2014 Hl y avait longtemps que je n'avais croisé Pierre Dagenais.Quand il n\u2019était que metteur en scène (d'excellente classe) et acteur (convenable), nos relations étaient superficielles et charmantes.Aujourd\u2019hui qu'il est devenu écrivain, il à ajouté à ses dons celui de l\u2019agressivité.De prime abord, on demeure pantoils, mais à la réflexion on s\u2019occommode fort .bien de la transformation.Sa toute neuve paternité littéraire \u2014 je parle de son recueil de contes et non de ses pièces qui n\u2019ont brûlé qu'aux feux de la rampe \u2014 l\u2019a doté du complexe de l'assurance.Je trouve cela sympathique, d'autant plus volontiers que n'ayant pas encore lu le livre, Je n\u2019ai aucune raison valable de ne pas croire d'avance au chef- d'oeuvre.Au demeurant, Dagenais est assez intelligent pour ne pas se rendre Jusque là.Ce qui m'amuse beaucoup, c\u2019est la reconnaissance qu\u2019il voue à Grignon de sa préface.Je n\u2019ai lu qu\u2019elle, jusqu'à maintenant, et cette brève corvée m'a éclairé sur le niveau intellectuel de son auteur en 1953.Il n'a guère évolué, le bonhomme de Sainte- Adèle, et Séraphin non plus.Toujours les mêmes rengaines, toujours.les coups d'épée dans l'eau, toujours la même langue râpeuse, toujours les mêmes outrances verbales dissimulant sa profonde pusillanimité, toujours les petites cau- tôles d'une touchante maladresse.Un bon bougre, au fond, qui a eu la faiblesse de croire ceux qui le prenaient au sérieux.23 AVRIL.\u2014 Nous sommes quatre journalistes à interroger Albert Béguin; pour le compte de la télévision.Deux d'entre nous sont profondément engagés dans la partie; les deux autres (le correspondant du MONDE et moi) sont passable-\u2019 ment indifférents 3 ces querelles.Il n\u2019en va pas ainsi pour Gérard Pelletier, qui serait prêt à troquer le petit catéchisme de la province de Québec pour une collection complète de la revue ESPRIT (même usagée.), et pour Julia Richer, qui mène à NOTRE TEMPS le bon combat de la bonne presse en faveur.de notre bon peuple respectueux de.ses bonnes traditions.Rien \u201cde tragique ne s\u2019est passé, parce que Pelletier est supérieurement intelligent et sait fort bien que le lieu est mai choisi pour mousser ses préférences idéologiques, et parce que Julia Richer est: une femme d'un grand savoir-vivre et qu\u2019elle sait pouvoir se reprendre à l'aise dans son Journal.Béguin, dans tout cela?Eh bien, il n\u2019y a à vrai dire que lui.C\u2019est un esprit d\u2019une admirable lucidité et un homme d\u2019une affabilité attachante.Pas sur ses idées, il les exprime clairement, mais il est de trop grande taille pour descendre jusqu\u2019à I'i- \u2018ronie\u201d malicieuse de ses émules canadiens.il est vrai que, lui, il\u2019 a des arguments et qu\u2019il sait les exposer.Ce qui le dispense aisément de la vanité satisfaite.° Roger DUHAMEL, de l\u2019Académie canadienne-française.1 On-trouvera, en page 8, le texte de la conférence de Jean-Louis Ga- &non sur Louis Francoeur.En quelques lignes Il y a trente ans, lorsque le Canadien Pacific comptait quel- Que 13,093 milles de voies fer- ées, le profit net de la compagnie était de $36,301,691.L'an dernier, a irer le compagnie de voies a \u20ac e\u2018 ne réalisait qu'un profit net de $28,312,832.so : = ll ne biaise - \u2018ont siégé pendant tout un jour, dans une affaire de manteau en rat musqué, qui doit être mité comme une passoire aujourd'hui, pour la bonne raison qu\u2019il aurait été volé à maman Theodore Katube, en septembre 1936.Papa Katuba paya $147.90 pour la souple fourrure, en 1936, heureux de donner à sa femme une marque d'estime parce qu\u2019elle le rendait papa chaque année.Le 18 janvier 1938 les époux Katuba revenaient de veiller lorsqu'ils découvrirent la porte cochère enfoncée.Vite ils pensèrent au manteau, laissé dans la garde-robe.Pas plus de manteau que sur la main.Ce n\u2019est que le 20 janvier 1944 que papa Katuba apprit de son beau-frère, Demitro Kluz, que c'était lui le voleur.Il avait fait suivre le rat musqué pour se venger de querelles familiales.Papa Kluz s'entêta à garder le manteau.II fallut que papa Katuba institue une action en Cour Supérieure, en recouvrement, en se basant sur la maxime latine: \u201ccontra non valentem agere non currit praescriptio\u201d.La valeur Le procès était présidé par feu Thon.juge Alfred Forest, de la Cour Supérieure, qui donna gain de cause a papa Katuba.Le tri- La Tour Eiffel ne vaut - ren pour les suicides fel.grand événement parisien, surtout pour les étrangers ! \u201cParis, dit une chanson de bal musette, Paris, c\u2019est la Tour Eiffel !\u201d Grande vérité, a laquelle souscrivent des millions de touristes et d'admirateurs.Les Américains disent que la Tour Eiffel est le plus haut monument \u201cdésintéressé\u201d du monde.Elle n'est en effet dépassée que par le Chrysler et l\u2019Empire buildings de New York hauts respectivement de 323 mêtres et 384 mètres, qui sont des immeubles d\u2019affaires, et n\u2019ont rien, comme notre Tour, d\u2019un symbole national.Gustave Eiffel, pére des ponts géants, a construit l\u2019ossature de la statue de la Liberté, à l\u2019entrée du port de New York.Chez nous, il a fait la Tour.Ainsi, aux deux extrémités de l\u2019Atlantique, deux gestes français se répondent tous deux dirigés vers le ciel.Tn.Si vous voulez \u201cIa* recomnstraire .| N va repeindre la Tour Eif- J'ai connu, il n\u2019y a pas si longtemps, le dernier ouvrier qui avait construit la Tour Eiffel.Il.en était légitimement fier.Aux ateliers Eiffel, a Levallois, les plans de la Tour existent encore en vraie grandeur, sur mille feuilles de papier mesurant 1 m.x 0 m.80.\u2014Si la Tour était détruite, a déclaré M.Robert Salles-Eiffel, nos ateliers seraient préts a la reconstrufre I.Elle a, du reste, été \u2018\u2018calculée\u201d avec une telle perfection que l'emploi des aciers spéciaux, inconnus au temps de Gustave Eiffel, n\u2019ap- .Porterait sans doute pas grand allègement.Eiffel fut avant tout, un \u201cbâtisseur de ponts\u201d.de ponts métalliques, s'entend.Avant lui, on ne savait pas calculer - les grands ponts\u2018 en fer; les piles verticales, en fonte, rappelaient \u2014 référence parler! \u2014 des descentes de W.C, .Une de ses premiéres oeuvres fut le grand pont en fer de Bordeaux; un ouvrier tomba dans la Garonne et Eiffel, tout habillé, plongea pour le repé- cher.Puis vinrent les admirables \u201cponts en are\u201d, celui \u2014 déja hardi \u2014 du Douro, au Portugal, et surtout le célébre pont de Garabit, prés de Saint-Flour, en Auvergne.Jours émouvants, où les deux moitiés de l'arc géant, construites en l'air, s'avançaient progressivement l\u2019une vers l\u2019autre, retenues par des câbles ! Un coup de vent violent, comme il y en a dans ces gorges de la Truyère, aurait provoqué une effroyable catastrophe.On con- nait la réponse de Gustave Eiffel aux critiques; elle est digne d\u2019Alexandre : \u2014Il n'y aura pas de vent! Tour Eiffel : suicide interdict ! Eiffel disait: \u201cLa Tour a la forme d'un solide et \u201cmeilleure - résistance\u201d, c'est celle que je donnerais à une pile de pont haute de 300 mètres, si j'avais à la construire\u201d.Voilà d'où vient la forme particulière de la Tour Eiffel, \u201cépatée\u201d à la base, tendue comme une flèche dans sa partie supérieure.La Tour pèse 7,000 tonnes; s on la faisait fondre et qu\u2019on étalât le métal en une plaque occupant exactement le carré formé par ses pieds, cette plaque n\u2019aurait que six centimètres d'épaisseur., Elle a été construite avec des fers de longueur marchande, au nombre de 15,000, réunis par deux millions et demi de rivets.La construction a coûté sept millions et demi de francs \u2014 francs- or, bien entendu \u2014 ce qui met le kilo de la Tour Eiffel A 1 fr, 05, Deux mille personnes peuvent trouver place simultanément sur les trois étages de la Tour; aux heures d'affluence, elle reçoit cinq mille visiteurs à l'heure.Aux sportifs, elle offre 1,585 marches, pour monter du sol à la troisième plate-forme, à 278 mètres au-dessus de Paris, Plus haut que cette dernière, s'incurvent les arcades croisillonnées qui soutiennent la cabine supérieure où se trouvait le célèbre salon privé de Gustave Eiffel; la télévision, locataire cncom- brante, est venue détruire ce vestige inattendu du passé.Tous les ans, on enregistre, malheureusement, à la Tour Eiffel, plusieurs suicides.C'est un trés mauvais monument a ce point de vue, car les corps restent accrochés dans les poutrelles et il faut requérir les pompiers pour les dégager.L'Arc de Triomphe n'est pas non plus à conseiller, à cause d'une grosse corniche dépassante; mais les humoristes, macabres, recommandent ia colonne de la Bastille, où le trajet jusqu\u2019au sol est rigoureusement direct.Oui, la Tour eseille ! Les travaux actuels de peinture dureront près d\u2019un an, répartis sur des périodes de plusieurs mois.Ils s'effectueront entièrement au pinceau, à l'aide du classique \u201couistiti\u201d, siège périlleux, suspendu dans l'espace au moyen de cordes.Les grandes poutres creuses, ou \u2018\u2018arbalétriers\u201d, formant les arêtes du monument, sont de dimensions suffisantes pour que les peintres puissent se glisser à l\u2019intérieur ! Sous l'effet des tempêtes, le somment de la Tour se déplace; on a pu mesurer ce déplacement par des procédés optiques, au moyen de lunettes placées au sol: timêtres.Le soleil, de son côté, agit en dilatant inégalement -les arbalétriers, en sorte que la Tour, cadran solaire d'un nouveau type, \u201cfuit\u201d l\u2019Astre du jour par un mouvement de valse! Le sommet décrit ainsi une courbe en forme de haricot \u2014 le creux du haricot correspon- -dant à la disparition du _soleil pendant la nuit \u2014 d'une amplitude de trente centimètres.On a craint que ces mouvements devinssent inquiétants, a la suite des nouveaux aménagements hôteliers, passablement lourds, dont la Tour vient d\u2019ê- tre chargée au niveau de la première plateforme.Un crédit a été voté pour refaire les vérifications nécessaires, qui n\u2019avaient pas été\u2019 faites depuis 1910, Cette mission a été confiée au Service Géographique, de l'Armée.\" Ajoutons\u201d que la Tour repose sur quatre gigantesques piliers souterrains, descendant à dix- huit mètres de profondeur plus bas que la Seine.Si un tassement de terrain venait à se produire, mettant l'équilibre de la Tour en péril, on y remédierait en introduisant \u2014 à la base des arbalétriers \u2014 dans une mâchoire en fer prévue à cet effet par le constructeur, des presses hydrauliques capables de redresser Ia Tour Eiffel ! Pierre DEVAUX .sont les deux beaux-fréres.il est de dix cen- bunal, sachant qu'il ne pouvait y avoir appel pour la banale somme de $147.90 augmenta le prix de la fourrure dans son jugement et fixa a $60 les dommages de maman Katuba pour la privation de son manteau pendant huit années, Le juge Forest rejeta la défense de papa Kluz et nous pouvons lire ce qui suit dans son jugement.(C.S.226,120) : \u201cLes faits révélés à l\u2019enquête ne sont point controversés.Le défendeur est seul à dénier la preuve accablante et circonstanciée offerte par le réclamant; \u201cLes parties en cette cause Le 25 janvier 1937, le demandeur a acheté à son épouse commune en biens un manteau de fourrure qu'il a payé $147.90; \u201cLe 16 janvier 1938, vers 11 heures du soir, au retour d'un concert, le demandeur et son épouse découvrirent que des malfaiteurs avaient crocheté la porte du logis et volé le manteau : suspendu dans un placard; \u201cLe défendeur, qui venait souvent jusque-là chez son beau- frère, cessa complètement ses visites.En constatant cette effraction, le demandeur fit rapport au capitaine de police de son quartier.Des recherches prolongées furent infructueuses; \u201cEn 1943, le demandeur reçut un message écrit de Pierre Spack le priant d'aller le voir, Au cours de leur conversation, le demandeur fut informé que le manteau de sa femme avait été volé par le défendeur, Demitro Kluz, En effet, ce dernier lui avait confié un jour un paquet, d'environ 2 pieds et demi de dimension, avec prière de l'apporter chez lui.Quelques jours plus tard, sa femme, ayant ouvert ce colis, s'aperçut qu\u2019il s\u2019agissait d'un manteau de fourrure, Elle S\u2019enquit auprès de Kluz de sa provenance.Ce dernier la pria de n\u2019en parler à personne, parce qu'il s'agissait d\u2019un manteau dérobé a Mme Katherine Katuba.L'adresse et le numéro de la résidence de la victime furent révélés inopinément, pour la première fois, au mois de janvier 1944, à la fillette de Spack pendant qu'elle dansait avec celle de Katuba; \u201cL'épouse de Spack ne voulut pas garder cet oidjet dont la provenance illicite pouvait lui causer des ennuis.Elle en avisa Kluz qui le fit transporter chez une dame Basaglia, rue Moreau.Il.insista pour le lui vendre moyennant une somme de $185.Lorsqu'elle voulut savoir à qui appartenait ce précieux véte- ment, il lui fit réponse que ce n\u2019était pas de ses affaires; \u201cLa version du défendeur est invraisemblable.Il se contente de nier péremptoirement tous les avancés faits par le demandeur et ses témoins.Il nous dit avec aplomb déconcertant qu'il ne s'est jamais emparé de ce manteau, ni n\u2019a déposé de colis au domicile de Spack, ni offert ce vêtement en vente.\u201cIl est toutefois formellement contredit sur plusieurs points essentiels de sa déposition par des témoins désintéressés; En dernière analyse, il cherche à tromper le tribunal en disant qu'il n'a jamais été incarcéré.Pressé de questions, en contre- interrogatoire, il avoua avoir déjà été condamné à un mois de prison et reçut trois coups de fouet à la suite d'un assaut grave commis sur la personne de sa femme; \u201cEn tenant compte de son mauvais caractère et de sa tenue équivoque au procès, nous en venons à la conclusion qu'il n'y a pas lieu d'accorder la moindre crédibilité à la déposition de ce triste personnage.\u201d C'est de ce jugement qu'il y a eu appel en lan de grâce 1953.Papa Kluz, s\u2019est débattu comme un diable dans l\u2019eau, bénite pour alléguer que le manteau, au lieu de monter a $257.90 au- Trait dû diminuer a $100.Et l'hon, juge de première instance a erré grandement, en ajoutant les $60- pour la \u201cprivation\u201d du manteau pendant huit années.Maman Katuba pouvait aller voir un fourreur et s'acheter un autre manteau d'autant plus que son homme avait les moyens d'en payer le prix.L'appel devrait être accueilli parce qu'en enlevant les $60 et la perte de valeur pour avoir subi des ans l\u2019irréparable outrage, le manteau ne valait plus $209, somme qui ouvre les portes de la Cour d'Appel.Mais oui, dans les affaires de moins de $200 il ne peut y avoir d'appel.Les cinq juges de la Cour d\u2019Appel ont pris le tout en délibéré ,et leur arrêt, que nous guettons, sans piège à rat musqué, est attendu avec grand intérêt par les habitués du Palais.Tél.Résidence: VE-6672 \u2014 Bureau: BE-8646 CLAUDE MAILHIOT Docteur en Psychologie DE l'Université de Montréal Vous profitez davantage de l'argent que vous coûtent \u2018vos déplacements quand vous voyagez par train.Vous pouvez alors vous allonger en toute sécurité dans un moelleux fauteuil à dossier inclinable.Vous abandonnez au mécagicien le souci de conduire.Vous vous reposez, contemplez à votre gré le paysage, savourez de délicieux repas, lisez, marchez, faites mille et une choses.Et vous arrivez à destination à l'heure, frais et dispos.Vos bagages, jusqu'à concurrence de 150 livres, sont transportés gratuitement jusqu\u2019au terme de votre voyage.Les enfants âgés .de 5 ans ou ayant moins de 12 ans voyagent à moitié prix.Ceux de moins de 5 ans et accompagnés voyagent gratuitement.Si vous le désirez, une voiture \"auto-conduite\u201d sera mise à votre disposition dès votre arrivée dans une ville importante.Bureau des billets & Montréal, 984 ouest, rue SiJacques \u2014 Tél.MA.4731 Pour renseignements au sujet des tarifs et des heures des trains: MA.385) CANADIEN NATIONAL LE RÉSEAU QUI DESSERT LES DIX PROVINCES corn 2eme PAGE QUATRE 4 L\u2019AUTORITÉ bre 524, Edifice Conada Cement, M nistère des Postes, Ottawaencaissable au poir à Montréal.Le plus vieil hebdomadaire de lang ue française de Montréal.Bureaux à -Chem- | (20) ; tél.: Loncaster 8392.Beauceville par l\u2019\u2019Eclaireur\u2019\u2019.Autorisé comme envoi postal de deuxième classe.Mi- Directeur : Gérard Gingros.Secrétaire de la rédaction : Michel Roy.Abonnement annuel : $4.00 payable d'avance par mandat-poste ou par chèque Imprimé à Démission du juge Paquette réclamée par les fonctionnaires se voir refuser par le Conseil d'arbitrage les augmentations de salaires qu\u2019ils escomptaient, La réponse est nette et péremptoire : aucun compromis.Comme la grève leur est interdite, ils se trouvent placés dans une situation très difficile pour continuer la lutte.Ils peuvent, sans doute, compter sur l'appui de l\u2019ensemble du travail syndiqué, mais cette aide se révélera probablement bien précaire; si nombreuses que soient les protestations des comités conjoints et des chefs syndiqués, la Ville de Montréal n'est nullement obligée de se rendre à ces revendications, La grève demeurera toujours la seule arme efficace des organisations ouvrières: sauf de rares exceptions, la coopération entre le capital et le travail se présente encore comme une utopie et lorsqu'elle prend figure d'entente à l'amiable, c'est généralement qu'elle ne peut épouser d'autres formes ct que l'une des deux parties est obligée de se rendre devant la force de l\u2019adversaire.Les gelations entre ouvriers et patrons tiennent davantage des lois de la guerre que du désir de coopération mutuelle.C\u2019est pourquoi, lorsqu'une union ouvrière ne peut se prévaloir du droit de grève, c'est le droit d'association lui-même qui se trouve le plus souvent compromis.Les revendications des ouvriers deviennent alors: une simple prière que les employeurs sont libres d\u2019exaucer ou d'ignorer.Je ne veux pas prétendre qu'on devrait accorder le droit de grève aux ouvriers engagés dans le service public, lorsque l'arrêt du travail tompromettrait la sécurité de la population.Si le bien commun interdit cet avantage aux employés municipaux, dp moins qu'on leur laisse toute la latitude voulue, afin qu'ils puissent exploiter complètement leur droit d\u2019association, ct surtout qu'on ne profite pas de leur situation particulière, pour les tenir dans un État d'infériorité.Le cas qui nous occupe est typique à ce point de vue, Il se trouve que le juge Roland Pa- Quette, président du Conseil d'arbitrage, qui a rendu la décision dans ce différend, où se trouvent engagés la municipalité et les ouvriers, est également juge en chef de la Cour municipale et aussi président du Comité d'étude des problèmes métropolitains.Le juge Paquette touche une gratification de $12,000.par année à titre de juge, en plus d\u2019un salaire de $450.par mois au Comité d\u2019étude.Il est'bien difficile d'être impartial dans de telles conditions.Il n'est aucunement question de suspecter l'honnêteté du juge Paquette, mais on admettra facilement qu\u2019un homme a besoin de toute la grâce d'état pour ne pas sombrer au milieu de telles tentations.Quand son revenu dépend des autorités municipales, il est bien difficile pour qui que ce soit de risquer de se couper les vivres en condamnant ses patrons à payer des augmentations de salaires aux fonctionnaires.I ES fonctionnaires municipaux viennent de Le juge Paquette est peut-être un héros, prêt à sacrifier tout son revenu pour s'en tenir à la stricte justice dans le jugement qu\u2019il a rendu au Conseil d'arbitrage; moi, cela ne me répugne pas de croire qu\u2019il soit un surhomme ou même un saint et je ne veux aucunement réclamer sa démission.Mais si on a pris tellement de précautions dans l'élaboration de la loi des différends ouvriers, pour s'assurer de l'impartialité et de l'intégrité du président du Conseil d'arbitrage, au point d'exiger que cette personne ne semble pas, par suite de toute influence, prévenue en faveur ou contre l'une des deux parties en cause, pourquoi, lorsqu'il s\u2019agit d\u2019un cas pratique, aller oublier toute prudence et confier la tâche de juger à un homme que ses fonctions lient -de très près à l'employeur.On ne pourrait concevoir la chose s'il s'agissait d'un, procès où l'on jugerait un criminel; scrupuleusement, On ne prendrait alors aucun risque de commettre une injustice, Il suffit qu'il s'agisse d'un différend ouvrier pour que l'on perde aussitôt toute notion élémentaire de justice.C\u2019est là risquer d'enlever toute con- flance aux ouvriers dans nos institutions et aussi de leur donner l'impression qu'elles sont au service de certaines classes.Les fonctionnaires municipaux, qui ne peuvent raisonnablement recourir à la grève pour protéger leurs intérêts, ont raison, non pas\u2019de suspecter l'honnêteté du juge Paquette, mais au moins d'exiger que leur cas soit étudié et jugé dans des conditions qui ne risquent pas de compromettre l'impartialité.Ce n'est \u2018pas seulement un groupe d'ouvriers qui est en cause, c'est toute la classe ouvrière, ce sont tous les travailleurs syndiqués qui demandent l\u2019intervention du gouvernement provincial, pour que la cause soit de nouveau entendue.Il n\u2019est pas certain qu'on leur accorde ce privilège, précisément parce que les chefs de la C.T.C.C.sont à l'origine des revendications et chacun sait que le premier ministre n'aime pas beaucoup composer avec eux.Ils seroht probablement encore traités d'agents provocateurs et accusés de faire le jeu du communisme, Chaun demeurera sur ses positions, la municipalité contente d'avoir enfin maté les ouvriers; les fonctionnaires municipaux, conscients d'avoir été frustrés.Les seuls qui pourront se réjouir de cette situation, ce sont précisément les communistes qui observent de près les crreurs de nos dirigeants ct voient toute la portée de leurs gestes égoistes.Les seuls qui semblent se rendre compte de la révolution qui s\u2019est opérée dans le monde ouvrier depuis quelque vingt ans dans la province de Québec, ce sont les chefs de la C.T.C.Cet les communistes.Souhaitons que les capitalistes conservent encore longtemps la liberté de choisir lequel des deux groupes ils appuieront.Gérard GINGRAS L'appel au peuple * L'HEURE où paraîtront ces lignes, la A session fédérale sera tout probablement finie et la campagne électorale sera commencée, bien que ne soit pas encore fixée la date de l'appel au peuple.De cette consultation, lc résultat ne fait aucun doute et ceux qui ne voudraient pas concéder la victoire aux libéraux n'ont qu'à consulter le dernier \u2018\u2019poll Gallup\u201d\u2019.Au gouvernement actuel de M.Saint-Lau- rent la plupart des Canadiens, individuellement et collectivement, - peuvent faire plus d'un reproche.Et il y a eu le rapport Currie, dont nous reparlerons, et l'affaire Dewar.Il y a aussi que le premier ministre n\u2019est plus très Jeune, s'il reste vigoureux, et que certains de ses collègues ne sont pas particulièrement brillants.Par contre, s\u2019il est vrai que personne n'est irremplaçable, conservateurs et socialistes cachent \u2018soigneusement les hommes qui, dans leurs rangs, pourraient avantageusement pour le pays succéder à M.Saint-Laurent lui-même, à M.Howe à la direction économique de la na- \u2018tion, à M.Pearson aux affaires extérieures, à M.Paul Martin, voire Abbé, Un Canadien français ne peut oublier les propos que M.Drew, jadis, a tenus sur notre.compte: il peut, certes, avoir changé d'avis; on attend encore ses explications et ses excuses.Trois de ses quatre principaux lieutenants, MM.A à M.Claxton et à Mmajorité libérale.-bien les libéraux perdront de sièges et combien peuple.tario comme lui; les deux premiers sont des vieiHards et la réputation de M.Fleming est bien surfaite.M.Diefenbaker, lui, est un conservateur d'une sorte tout à fait particulière et, d'ailleurs, seul un miracle peut le faire élire dans la circonscription de Prince-Albert qui, en 1949, accordait 8,916 voix aux libéraux, 7,341 à la C.C.F., et 2,258 aux tories.Toutes proportions gardées, l'équipe parlementaire de M.Coldwell est bien supéricure 3 celle de M.Drew, mais, en ce temps de prospérité générale et avec un gouvernement qui se préoccupe de justice sociale et cherche à partager équitablement la richesse nationale sans léser aucun droit et en respectant la propriété privée, il n'est pas concevable que les Canadiens veuillent s'abandonner au socialisme.: Le seul intérêt véritable que présentera donc la prochaine élection, ce sera le chiffre de la On sera curieux de voir com- (et surtout où) ils\u2018en reprendront.Mais, à quand cette élection ?Des déclarations de M.Saint-Laurent et, cn tenant compte- des délais nécessaires, nous parions sur le 10 août.: Cela strictement entre nous, car le premier ministre serait bien capable.pour nous faire perdre;\u201d de retarder -d'une semaine l'appel au _* Milehel-DUFRESNE L\u2019AUTORITE, 16 MAI 1953 Lettre -de _Quéter Amis ou ennemis du Québec Jr y a au moins quarante ans, à la suite d\u2019une querelle quelconque entre nationalistes de Québec et de Montréal, Jules Fournier brossait en quelques lignes un tableau piquant du Québecois moyen d'alors.\u201cQuand il se construit trois maisons en une année à Québec, écrivait-il d'une plume moqueuse, les vieux citoyens opinent d'une tête justement satisfaite et disent: \u201cHein, ça marche, à Québec ! Si, l\u2019année prochaine, il s'en construit cinq, Montréal n'a qu\u2019à se bien tenir !\u201d Evidemment, beaucoup d\u2019eau a coulé sous le pont de Québec depuis cette époque homérique du journalisme québecois.Sur le même sujet, qu\u2019écrirait au- jourd'hui l\u2019ennémi intime de Mgr Camille Roy?Sur le visage moral du Québecois d\u2019aujour- d\u2019hui, il retrouverait sans doute quelques traits, certains tics d'autrefois qui avaient le don de lui mettre les nerfs en boule Mais son objectivité, son honnêteté intellectuelle lui ferait sans doute admettre certains changements pour le mieux.Si l\u2019on fait exception d\u2019une certaine classe sociale formée de petits bourgeois dévotieux qui n\u2019ont d'autre pâture intellectuelle que leur bulletin paroissial et \u201cl\u2019Action Catholique\u201d, il faut convenir que le Québecois moyen évolué rapidement dans le sens du progrès et que la traditionnelle rivalité \u2018\u201cQuébec-Montréal\u2019 ne lui dit plus rien qui vaille.À peu près complètement disparue des compétitions intellectuel- ies comme \u201cMatch inter-cités\u201d, cette hostilité sous-jacente surgit malgré tout parfois à l\u2019occasion de joutés sportives au Co- Jisée, comme on a pu le constater encore l'hiver dernier.Mais je me sens dévier malgré moi vers un sujet inépuisable et que je ne suis pas prét a attaquer aujourd\u2019hui de front.Je m\u2019en excuse, mais quand j'ai commencé ce papier, j'avais la ferme intention de parler d\u2019un problème typiquement québecois: le conflit entre les exigences de l'urbanisme et du progrès dans le Vieux-Québec.Revenons donc à nos moutons.Malgré toutes les balafres et les mutilations subies depuis un demi-siècle et plus, le visage du Vieux Québec possède encore un certain charme, un cachet particulier qui plait aûx touristes, même européens et.mon- tréalais! (Mille excuses encore une fois !) Tous aiment déambuler dans ses petites rues étroites, tortueuses, montantes, rappelant de vieilles villes françaises de province qu\u2019ils ont visitées, ou simplement vues sur des \u2018\u2018cartes postales\u201d.Quant aux Québecois eux-mêmes, la majorité ne semblent pas apprécier cette richesse à sa juste Valeur; s\u2019il en avait été autrement, devrait-on déplorer au- jourd'hui la disparition graduelle de véritables joyaux historiques, tel le Collège des Jésuites, par exemple \u2014 démoli à la fin du siècle dernier pour faire place à l'hôtel de ville actuel \u2014 et l\u2019érection d\u2019édifices outrageusement modernes, qui \u201cjurent\u201d.avec le caractère agréablement vieillot de la Haute-Ville ?- L'incendie, l'esprit de lucre animé par un faux sens du \u201cprogrès\u201d, la négligence, l'ignorance et le vandalisme pur et simple sont responsables de tous ces changements lents qui détruisent peu à peu le charme personnel de notre vieille cité.De temps en temps, quand les entreprises des vandales deviennent trop évidentes et trop destructrices, on assiste à une levée de boucliers.Ainsi, il y a un peu plus d'un an, quand les autorités d'une institution hospitalière vieille de trois cents ans Tésolurent de détruire tout un pâté de vieilles maisons pour construire sur les lieux une aile nouvelle, un groupe de protestataires se constitua spontanément sous le nom d'\u201cAmis du Vieux Québec\u201d et mena dans les journaux un chahut des mieux \u201ccarabinés\u201d.Tant et si bien que les autorités du dit hôpital n\u2019ont pas encore osé mettre leur projet à exécution.Ce n\u2019est probablement que partie remise.On attend que le calme soit revenu dans les esprits et dans l\u2019opinion publique pour recommencer en douce des Lae Pp Qu.) ; Eh ol 2 À \u201cpa \u2014 Quand Duplessis part en campagne (électorale) entreprises de démolition auxquelles personne ne prétera plus attention.A propos de ce pra- jet de \u201crénovation\u201d d'un secteur particulièrement pittoresque du Vieux Québec, soulignons un fait paradoxal: une institution hospitalière qui fêtait en 1939 le troisième centenaire de son arrivée à Québec s\u2019ingénie à détruire le cachet historique de Québec qu'elle a été l\u2019une des premières à édifier! N'y a-t-il pas là matière à réflexion ?A \u2018la place des autorités de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec, je ne compterais pas trop sur les accalmies dans ce domaine.Depuis quelques années, chaque printemps ramène la question sur le tapis, car quelque syndicat local ou étranger se propose toujours d\u2019ériger un édifice quelconque dans un endroit stratégique du Vieux Québec.Ainsi, en ce moment, les héritiers d\u2019'une famille québecoise qui a fait fortune dans Phôtellerie cherchent à obtenir du Conseil municipal et de la Commission d'urbanisme la permission de construire face à l'hôtel de ville, sur le site d\u2019une belle maison historique, la maison \u201cHossack\u201d, un hôtel moderne.La Commission d'urbanisme et surtout la Société historique de Québec (heureusement réveillée depuis un an par les initiatives hardies mais justifiées des \u201cAmis du Vieux Québec\u201d) n\u2019envisagent pas ce projet tout à fait d\u2019un bon oeil.: Par contre, les marchands de \u201cla Place de l\u2019hôtel de ville\u201d, qui viennent tout juste de se grouper en association, soi-disant pour défendre leurs intérêts communs et conserver à cette place son cachet historique, se prononcent catégoriquement en faveur du projet, après avoir protesté contre l'installation prochaine de \u201cparcomètres\u201d dans les rues de la ville.Devant une attitude aussi contradictoire, on se demande où la logique va se réfugier.Si les \u201cparcométres\u201d défigurent ce quartier, l'hôtellerie qu\u2019on prévoit d\u2019une hauteur de 93 pieds, soit à deux étages de'plus que les maisons environnantes, ne se mariera pas non plus\u2014aux édifices d\u2019alentour.Dans ce \u2018cas, pourquoi honnir les parcomètres et approuver le projet d'hôtellerie ?Du strict point de vue commercial, le seul où les marchands semblent se placer en dernier ressort, les deux projets se recommandent aux yeux des partisans d\u2019un certain \u201cprogessisme\u201d a la mode.Les autorités municipales sont ainsi tiraillées entre deux tendances contraires, entre lesquel- Jes il ne semble pas y avoir de compromis possible, On affirme d'une part que Québec perdra son attrait et ses revenus touristiques si l'on ne se soucie pas de conserver jalousement les édifices et les maisons qut ont: encore quelque valeur historique.On prétend d\u2019autre part qu\u2019il importe avant tout d'offrir au touriste étranger toutes leg commodités nécessaires dans le Vieux Québec même, afin qu\u2019il .ne s\u2019en éloigne pas.et puisse le visiter plus attentivement.Chaque argument a du bon quand on peut déceler, aprés examen, la part de vérité qu'il contient.Mais comment résoudre le dilemme?En attendant le jugement d'un urbanisme expert, M.Jacques Gréber, peut-être vaut-il mieux ne pas trop s'acharner sur ceux que l\u2019on croit être les \u201cennemis\u201d du Vieux Québec.Peutétre sont-ils en réalité pour lui des \u201camis\u201d qui s'ignorent ?Hubert LEBLANC \u201cNeighbors\u201d « EIGHBORS\u201d est un film canadien, oeuvre de Norman McLaren de l'ONF.Il paraît qu'il a d\u2019abord été refusé gaiement par les principaux distributeurs du pays.Après quoi, l'autre mois, il est allé décrocher un Oscar à Hollywood.Maintenant, c\u2019est avec la plus grande (et tardive) fierté que le Loew's nous le présente en même temps que la \u201cSalomé\u201d de Rita Hayworth.Or, ce très court métrage qu'aucune publicité n\u2019a précédé ni n\u2019accompagne vaut, à mon avis, une bonne pochée d\u2019Anciens et Nouveaux Testaments tels qu\u2019arrangés par ces messieurs de la côte du Pacifique.Pauvres chers et innocents distributeurs ! \u201cNeighbors\u201d est une moralité \u2014 genre souvent et même le plus souvent ennuyeux.Pis encore, McLaren a choisi d'illustrer l\u2019une des plus rebattues, quoique des plus mal suivies, de toutes les injonctions : Aime ton prochain.Mais surprise et ravissement, de ce théme a sermons faciles il a tiré des images d\u2019une force et d\u2019une nouveauté saisissantes, C\u2019est une fable dont la coulée \u201cest simple et brutale comme la bêtise humaine, Deux voisins se disputent une fleur qui vient de \u2018percer sur la ligne mitoyenne de leurs jardins.Discussion amicale au début, querelle au sourire à peine forcé; puis, peu à peu, le sourire fronce les sourcils, devient rictus, le mouvement se précipite, la logique fait place aux gros mots, les injures engendrent les taloches, la bataille en règle et, pris de folie, brisant tout, piétinant le pauvre enjeu vite oublié et dépassé, les insensés s'entretuent sur le cadavre de la petite fleur qui ne demandait qu\u2019à leur diviser son parfum.Je ne crois pas qu\u2019on ait jamais souligné d'un trait si bref, : invention si farouche, la stupidité de toutes les guerres grandes et petites.Et je vois bien qu\u2019une concision aussi explosive ne se résume pas.Le film lui-même\u2019 n\u2019est qu\u2019un schéma, ramassé comme un punch de champion.La salle réagit d'ailleurs exactement comme si elle se faisait marteler: Aux jabs souriants des premiéres scènes succèdent bientôt les directs incisifs du ridicule qui assombrit l\u2019écran et pourrit l'amitié; le spectateur désorienté hésite gauchement entre le rire et l\u2019angoisse.Et, tout à coup, prenant du champ, le ridicule fonce à un rythme effréné de quinzième round, il tuméfie, ensanglante, tue \u2014 et la foule, le souffle coupé, encaisse les images vertigineuses comme autant de coups au plexus solaire., [ Le rythme: voilà la grande, l\u2019extraordinaire originalité de cette petite production.Car, à deux acteurs en chair et en os, McLaren est parvenu à donner l\u2019allure d'abord comiquement, ensuite atrocement inhumaine des créatures des dessins animés.Au prix de quelles patientes recherches, avec quelle incroyable minutie de bénédictin, on l\u2019imagine sans peine.Mais je suis trop petit clerc pour en expliquer le comment.Notons du moins que cette promptitude et cette irréalité magiques des gestes, ainsi que l\u2019étrange harmonie qui les accompagne (c\u2019est, dit-on, de la \u201cmusique synthétique), nous ouvrent, en dix minutes, plus de fenêtres sur l'avenir des techniques de l\u2019écran que toute la pellicule de série des producteurs commerciaux.Que les-90 ou 100 lourdes et somptueuses minutes de \u201cSalomé\u201d, par exemple, qu'il faut pourtant subir \u2014 en attendant \u201cNeighbors\u201d.: \u201cSalomé\u201d : cliché OMMENT en ce plomb vil l\u2019or d'un pareil budget a-t-il bien pu se changer ?Quelle somme inouie d\u2019absence de talent n\u2019a-t-on pas réunie pour faire si endormantes une telle histoire et de telles vedettes ! .\u201cSalomé\u201d: face & face, juste au petit matin de leur lutte a mort, c'est Rome et le Christ, l\u2019ancien et le nouveau, la morgue «impériale et la sourde révolte des occupés.Quel incomparable su- je C\u2019est encore le profil sculptural de Judith Anderson (Hérodiade), la trogne ouverte à tout vice de Charles Laughton (Hérode), la majesté patriarcale de Maurice Schwartz (L'Ancien), la grosse tête ronde et sympathique de Basil Sydney (Ponce Pilate), le regard fulgurant du remarquable acteur anglais Alan Badel (saint Jean-Baptiste).Quelle distribution merveilleuse ! Et c\u2019est le sol calciné du vieil Israël, le pas languissant du Jourdain, Jérusalem en l\u2019an 30.Croirait-on qu\u2019on pût toucher à cela et employer ces gens dans la seule et unique intention de montrer que deux accouchements n'ont.op épaissi l\u2019ex-mada- me ALK Khan ! Orgie de palais orientaux, de soldatesque, de plèbe et de vierges de harem \u2014 et dans ce déluge de figuration, un désert de vrais rôles.Pas du tout camouflé par le vacarme incessant d\u2019une musique à-la-voici-César, un scénario d'apprenti se revêt ên geignant 'un dialogue pâteux : vingt chevilles pour chaque clou planté dru, vasouillage hiératique, banalité milliardaire.Tous les clichés de la superproduction : galops de western, amour comme à Beverley Hills, festins d'Ivanhoe, foules de Quo Vadis\u2026.Un vrai livre de recettes qui vous susurre sans arrêt : Me'savez-vous par coeur?Et dans ce fouillis, les grands interprètes donnant chacun son numéro entre les \u201capparitions\u201d de la Hayworth.La danse des voiles.Bleu électrique, jaune canari, rouge cerise : mais Voici, enfin, \u2018tout un passage bien tendu, monté sur d'excellents _ ressorts; Salomé s'offre, Hérode est en rut, Hérodiade satanique, Jean-Baptiste condamné.La danseuse réussira- t-elle à sauver cette tête ?C\u2019est pour sauver, en effet, non pour perdre le saint que se trémousse la princesse hollywoodienne.Mystère des résurrections en technicolor! .Mais on n'elit tiré d'un pareil sujet que la moitié du grand film qu\u2019il appelle que nous permettrions volontiers à Rita de chambarder à sa guise toute l'aurore du christianisme.Eheu, Salomé ! René LEVESQUE L'AUTORITE, 16 MAI 1953 PAGE CINQ a le plus insolite qui soit, dans nale.À peu près l'événement ETTE exposition n\u2019est pas ba- Montréal l'industrielle, dans Montréal la commerciale.| Comme les oeuvres mêmes qui en habitent les salles, cette exposition est un peu née du hasard.Autrement, elle ressemblerait à toutes les autres.Il est vrai que le sculpteur Robert Roussil a beaucoup aidé ce hasard, et que son enthousiasme et son imagination ont suppléé au manque d'appui qui aurait fourni une organisation déjà établie.{Parmi ceux qui l'ont secondé dans cette entreprise, on compte J.-J.Richard, Marcelle Ferron, Jean-Paul Mousseau, Fernand Leduc, Guido Molinari, ete.On sait que cette exposition est tout à fait libre, qu\u2019il n\u2019y eut pas de juges, et que chacun des participants disposait d'une cimaise qu'il pouvait utiliser à sa guise.C'est laisser aux artistes une liberté admirable en sol, mais dangereuse dans quelques-unes de ses conséquences.Une de ces dernières est l'extrême inégalité des ceuvres soumises à notre examen.L'oeil doit exécuter des acrobaties pour s'adapter au fade, au romantique, au surréaliste, à l'académique, à l'automatis- te, à toutes les sauces imaginables.Cette proximité, déjà choquante dans une exposition ordinaire, demande au spectateur une souplesse de jugement fantastique.Qui en souffre?Pourtant, il fallait que ceci arrivât! Avec bien d'autres, je ressens parfois, en arpentant les salles de Aux Beaux-Arts LE Comité féminin du Musée des Beaux-Arts de Montréal, grâce à l'initiative de Mmes Laurent Gelly et Philip Osler, organise, cette année encore, une ex- position-concours d\u2019arrangements floraux pour amateurs.Pour le citadin qui, au printemps, rêve de jardins fleuris et qui souvent doit se contenter d\u2019une minuscule boîte à fleurs, l'Exposition du 20 mai sera la réalisation des réves les plus audacieux.Le visiteur pourra admirer à loisirs les espèces les plus variées, sans pour cela parcourir de grandes distances.Cet événement créant l\u2019illusion que tout n\u2019est que grâce et beauté sera pour chacun un enchantement.C'est au Musée des Beauxarts de Montréal, rue Sherbrooke ouest, que se tiendra la \u201cfête des fleurs\u201d dont le public montréa- lais a gardé un si bon souvenir.Les LS La \u201cPlace des Artistes\u201d \u201cquelque galerie d'art, un malaise s'ajouter à mes pensées.Ce qu'il y a de mondain, de froid, de conventionnel et d\u2019artificiel gite mon plaisir.Il me semble alors que mes goûts me sont fixés par une puissance occulte, et que j'accomplis une sorte de rite stupide.L'art est tout autre chose : |! est né de l\u2019amour et de la science mé- lés.I! traduit notre soif du mou- veau, d'aventure, de liberté et de perfection.II est tout, sauf un dé filé de mondes ou un réfectoire de prison.LA PLACE DES ARTISTES nous donne une idée de ce qui pourrait être, et possède au moins le mérite de supprimer les barrières qui séparaient certains artistes ou groupes d'artistes entre eux, et celui de rapprocher l'art et le peuple.Certains grands noms de notre peinture n'ont pas dédaigné de paraître aux côtés d'amateurs ou de nouveaux venus.On trouve Goodridge Roberts, avec deux paysages exécutés dans sa manière habituelle, \u2014 sobre et savante; Louis Muhistock qui, avec LE SOUDEUR met sa technique connue et sa sensibilité au service d'une Image tirée de l\u2019industrie; Gordon Webber, qui n'a pas oublié ses rapports avec Moholy-Nagy; Marian Scott au style aisément reconnaissable, où l\u2019arabesque et la couleur donnent vie aux spectres de l\u2019esprit; Léon Bellefleur à l\u2018imagination puissante et à la palette somptueuse; Georges Delrue, dont les créations en joaillerie servent et enrichissent notre époque; Borduas l'étrange et le poétique, chez qui l\u2019instable prend des formes et des couleurs; Pierre Gauvreau, qui se dérobe au jugement sommaire, insalsissable et magnifique; Jean- Paul Mousseau, auteur d\u2019une oeuvre non-figurative d'une grandeur évidente, décor féerique pour d'imaginaires héros.-Parmi ceux qui transposent le réel, on compte également Fernand Leduc, créateur d\u2019un monde qui lui est particulier, fermement construit et chatoyant; Molinari, chasseur d'inédit dans TOTEM MORTEL et dans CIEL CUIT A.L'OEIL; A.Beaudoin, qui fait lever des villes de rêve en des tons de fournaise ardente; Pierrette Larocque, dont les inventions imitent la flamme; Blair, intéressant auteur de figures automatistes; P.Sager, dont NIGHT FORM est un stimulant pour l'esprit; Goulet ou Goulo, qui travaille dans l'or et la braise; Jean-Paul Parent, dont LA FIANCEE DU MATIN se veut moderne à tout prix, mais n\u2019y réussit guère; Lena, auteur de graphiques capricieux et géométriques; Piet qui, d'un pinceau violent penche vers le décora- L'apprenti-soldat apprend un métier utile et il se forme le caractère.On lui inculque le sens du devoir et du travail d'équipe.Il acquiert graduellement la fierté inhérente à la carrière nfilitaire et l'esprit de solidarité avec les jeunes Canadiens de toutes les provinces.Beauxtif; G.Filion, décidément fasciné par la manière de Borduas; Gun Michon, hanté de thèmes aux allures de micro-organismes; Nathalie Pervouchine, dont les dessins intitulés LEGENDE, ARTISTE LIBERE et LA GUERRE, évoquent une main fine et sensible et une imagination vive quoique un peu maladive; Serge Phénix, où le réel se pare de tels éclats qu'il en est méconnaissable; Picard, où lë réel \u2018n\u2019est cette fois que prétexte; Marcel Barbeau, obsédé du monde des cristaux; Jean McEwen, dont les tableaux se prêtent à de nombreuses comparali- sons; et enfin, Marcelle Ferron, qui se révèle en possession d\u2019un métier extraordinaire, capable de créer en un genre peu facile la transparence et la profondeur de même que la beauté du mouvement.Aucun des artistes que Je viens de mentionner ne saurait laisser qui que ce soit indifférent.Cette longue énumération prouve que l\u2019art abstrait IS HERE TO STAY, et que ses tenants se font de plus en plus nombreux.[par Paul GLADU Ceux que le réel inspire encore ne sont pas de moindre qualité.Bien qu\u2019il me répugne de disposer en quelques mots d'oeuvres qui ont coûté à leur auteur beaucoup d'amour et de soins, je dirai \u2014 un peu vite à mon gré \u2014 qu\u2019une scène charmante et sympathique défend bien ici Ghitta Caiserman, qui doit sûrement éprouver un faible pour les personnages de la Comédie Italienne; que la naïveté d\u2019A.Slikaitis est rafraîchissante pour nos esprits \u2018de vieux citadins, que les travaux de H.Mayerovitch ne manquent jamais de sensibilité et d'intelligence; que les décors de ville appliqués de L.Fiancer manquent d\u2019imagination mais non de lumière; que Denys Matte, de Québec, nous surprend agréablement avec ses oeuvres à la déformation systématique mais indicatrice d'une sensibilité extrême; que c\u2019est avec joie que l\u2019on constate l\u2019évolution de Claude Collette, vu l\u2019an dernier au Cercle Universitaire, plein d\u2019un talent qui risquait de mal s'employer \u2014 cette fois, éloquent et libre; que Ja désolation et la mélancolie qui émanent des toiles de Vita Sinuk a quelque chose de sincère et de poignant; que les Harvey manifestent un riche tempérament artistique, notamment Carmen, dont le sens d'observation est aigu; que je Jouis des jeux subtils que les dessins de Suzanne Bergeron, de Québec, im- PTTTTTTTTTTTTTTTOTN apprentis-soldats.Ceux-ci font de l'exercice | Lo Général commandant, | de palestre et de grand air > l'âge où ils | Région militaire du Québec, - | peuvent en tirer le plus grand profit.Les | 3530 Atwater, Montréal I sports d'équipe favorisent I'éclosion d\u2019ami- , tiés durables et contribuent au maintien | voue re menveyer a brochure ! d'un bon moral chez les jeunes.| \u2019 I j Nem | Tout jeune homme désireux de vivre la vie gaine et heureuse des apprentis- Adresse ,' soldats devrait se renseiguer sans tarder.| | Il n'a qu'à remplir ce bulletin et à le | | metere a la poste, - L ew 8 Les sports sont à l'honneur chez les rts posent à d'exquises formes humaines; que la violence de Tytus me choque et m'en impose tout à la fois; que les mondes du théâtre et de la danse sont servis avec esprit et fantaisie quand c'est par Paulette Godard; qu\u2019un bel équilibre, qu\u2019une belle ampleur caractérisent A, Capel; et qu\u2019ivan Fainmel, dès son entrée sur là scène artistique, montre déjà des qualités de sensibilité, de chaleur, de sobriété et d'imagination rarement alliées.1) faut mettre à part les conceptions bizarres et variées d'Edouard Jasmin, ce restaurateur sympathique de la rue St-Denis, dont le penchant pour la peinture trouve d'intéressantes et curieuses façons de s\u2019exprimer: et les travaux remarquables soumis par deux jeunes d'une dizaine d'années, de Ste-Adèle \u2014 dont le manque de prétention et la simplicité font dire au bois beaucoup \u2018de choses avec peu de moyens : On songe malgré soi à l\u2019art Indien, et à son goût pour la pantomime.Les sculpteurs La contribution des sculpteurs est de beaucoup l'une des mellleu- res que j'aie vues.A l'ordinaire \u2014 et notamment au Salon du Printemps \u2014 on trouve d'honnêtes statues dénuées d'ambl- tion ou de nouveauté, donnant à la langue l\u2019Impression que la sculpture est mourante, sinon morte tout a fait, et que les artistes ne voient plus rien à concevoir avec ce \u201cmedium\u201d.On se perd soi-même dans les théories qui ont cours, on blâme l\u2019architecture de ne plus faire appel à l'artiste du ciseau, on accepte presque que la sculpture ne soit plus.Cette exposition prouve que l\u2019occasion seule de paraître manque au sculpteur d'aujourd'hui.Qu'on lui permette de s'exprimer comme il voudra, sans lui imposer de canons académiques, et nous verrons que son langage est aussi puissant et aussi évocateur que celui du passé! Voici Suzanne Guitté, dont le style retenu évoque l'embryonnaire et le colossal.Anne Kahane nous convaine \u2014 avec LE POISSON, STANDING MAN et LE GROUPE \u2014 qu'il reste des manières originales et séduisantes de tailler la matière.Rien de fruste ou d'inachevé ici! Le moins que l\u2019on puisse dire de Pierre Labrecque c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas orthodoxe.LE PREMIER OEUF, exécuté avec soin par Paul Barbaud, est un exemple de ce que peuvent le savoir et le goût unis.POUR JEUNES GENS Perspectives d'un avenir brillant Le Programme d'instruction à l'intention des apprentis-soldats, une initiative de « A NU NN he : ; 1 En ET pi ge > XQ Né TaN Li ra 4 Ih al dill TAN qe ( « Wu IN SO 8 Pau er PAI) { TN gl i a) a RR A LY ce >; wi 2\\ wre \u201d [/ & Bi \u2019 Ne We 1:23 ge LP Nee > gi ve aucun emploi à la culture des écrivains ou des journalistes qui s'imaginent naivement que l'administration d'une province, du moins dans les conditions actuelles, requiert autre chose qu'une certaine astuce électorale et le talent relatif de percevoir des impôts.L'actualité s\u2019y prêtant, la conversation s'engagea sur les questions de politique étrangére.\u201cLa tragédie, me dit Francoeur, c'est que la droite est dominée par les crétins et la gauche par la crapule.\u201d Comme la majorité de nos compatriotes, il prenait pour acquis que seuls les peuples anglo-saxons sont prédisposés au parlementarisme démocratique.Sa philosophie de I'histoire l'opposait au libéralisme des Droits de l'Homme; mais il répugnait également à l'idéologie totalitaire des partis d\u2019Extrême-droite ou du fascisme, Il était un conservateur dans le sens très large que les Anglais donnent encore à ce mot et, dans le cadre ou à l'échelle de la politique canadienne, il s\u2019accommodait d\u2019un parti qui avait retenu dans ses déclarations de principes quelques citations de William Pitt et de Disraéli, Les reproches que Louis Francoeur adressait aux partis politiques canadiens constituaient, en réalité, un jugement d'ensemble sur la civilisation nord-américaine.C\u2019est à vrai dire notre société qui n\u2019a pas d'emploi pour les intellectuels, qui demeure d'autant plus indifférente à la production des écrivains qu\u2019elle n\u2019en a pas besoin.Au sein de la civilisation anglo-saxonne, l'intelligence considérée comme une vertu particulière, distincte des aptitudes et des qualités tangibles de l'individu n\u2019a jamais paru indispensable au gouvernement de la nation, au progrès matériel du peuple et au confort moral de l'homme, Il n'y a qu\u2019en France où l'intelligence ait été élevée au rang d\u2019une vertu, comme chez les Grecs la beauté était la condition essentielle de votre fortune.Dans son roman Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde nous a donné les règles qui devaient présider à la création d'une aristocratie de la beauté; mais nous savons qu\u2019une déviation fâcheuse le conduisit éventuellement a la ged- le de Reading.S'il est vrai que les Chinois ont longtemps considéré l'imbécillité comme un péché et que les Juifs doivent à leur seule intelligence d'avoir survécu aux persécutions de l\u2019Occident, il n\u2019en reste pas moins, que, de tous les peuples qui ont influencé sa civilisation, seuls les Français étaient persuadés que l'intelligence n\u2019était ni une excroissance de la raison ni une sorte de \u2018mal sacré incompatible avec la stabilité économique du pays et la sécurité de l'Etat.Je n\u2019avais encore, va sans dire, qu\u2019une compréhension confuse de nos problèmes culturels, mais je sentais très nettement que la révolte de Louis Francoeur s'arrétait a mi-chemin.Sans compter que j'étais trop influencé par Olivar Asselin, trop militant, pour accepter autre chose qu\u2019une réforme générale de nos institutions et des cadres permanents de notre politique.Louis Francoeur m'avait toujours témoigné une grande bienveillance.Mais je n\u2019appartenais pas au cercle de ses intimes.Quelques années plus tôt, en 1934, il avait accueilli, en la comparant au Nigog, la revue d'action intellectuelle, VIVRE, que nous avions lancée un soir de printemps.À l'époque, le fanatisme (du moins à l'échelon académique) était encore un produit d\u2019importation et, malgré la divergence de leurs vues, Olivar Asselin, Louis Francoeur, l'abbé Groulx, Valdombre tt Jean-C.FONDÉE EN 1693 AU CANADA [IRR ANN Harvey avaient accepté d'être en quelque sorte la garantie morale de notre aventure et de notre effort.Olivar Asselin était un réfoe- ; il a marqué en profondeur la pensée et l'action intellectuelle de sa génération.On peut dire qu\u2019à défaut d'une doc- par Jean-Louis GAGNON trine, il nous a laissé un état d'esprit.Ce qui, en définitive, est beaucoup plus durable.Francoeur \u2014 même lorsqu'il s'est trouvé à la direction d\u2019un journal \u2014 est demeuré un journaliste de carrière, profitant de l\u2019actualité pour faire passer la rampe à quelques unes de ses vues, mais cherchant moins à définir les éléments de sa révolte et d\u2019un nouvel ordre politique qu\u2019à défendre quelques principes gé- © \u20ac e à 73 néraux jugés indispensables au geuvernement des peuples et à l'intelligence des choses.Si les deux \u2018hommes, fréquemment, étaient d'accord sur le plan négatif \u2014 je songe à notre littérature de coqs de village, à l\u2019infantilisme des Américains et à la réforme de l\u2019enseignement \u2014 leur climat intellectuel et.leurs moyens d'action étaient différents.Quelques fois parallèles, leurs routes ne suivaient pas le même itinéraire et, conséquemment, je ne crois pas qu\u2019ils appartiennent au même chapitre de notre histoire littéraire.Ce n'est pas sans raison que le nom de Louis Francoeur a toujours été associé à l\u2019idée même d\u2019une carrière féconde, bien remplie et, pour tout dire, d\u2019une carrière couronnée de succès.Non pas qu'il ait tellement profité de sa réputation et que le journalisme lui ait valu une aisance relative.Dans la province de Québec \u2014 et plus spécialement dans les journaux de langue française \u2014 notre métier n\u2019a jamais été particulièrement rentable.Du moins jusqu'à la fondation du -Syndicat professionnel des Journalistes.Presque toujours, le journaliste de profession devait s\u2019employer à d\u2019autres besognes s'il voulait s\u2019assurer, à défaut d\u2019une carrière, d'un traitement généralement inférieur au salaire d'un peintre en bâtiment ou d\u2019un vendeur de frites.Aussi lorsque je dis que, dans l'esprit de ses camarades de travail, le nom de Louis Francoeur a toujours été syno- niyme de succès, j'entends qu'à échelle de la profession, sa signature était extrêmement valorisée.Notre métier reconnait deux catégories : bien distinctes de jougnalistes : ceux qui se limitent dès le commencement au commerce des idées et qui veulent étre des réformateurs, et ceux qui \u2014 des chiens écrasés au commentaire politique \u2014 sont les véritables professionnels des mière catégorie a été illustrée par une bonne demi-douzaine de journalistes dont personne ne saurait contester la qualité et d'influence, il faut bien reconnaître que, des professionnels, seuls quelques-uns ont \u2018réussi à se faire une signature qui ait survécue à la publication de leur obituaire.Louis Francoeur appartenait a la catégorie diminutive des journalistes professionnels qui connaissent suffisamment leur métier pour qu\u2019ils puissent passer indifféremment du grand re- rtage au commentaire d'actua- ité, du compte-rendu dépouillé d\u2019une séance de la Chambre a la critique d'un film.Parce qu'il avait une culture qu'on ne rencontre as habituellement dans les salles de rédaction et qu'il fut toute sa vie un camarade travail, Louis Francoeur est demeuré, aux yeux de la profession, non seulement un journaliste de classe, mais encore le symbole respecté d\u2019un métier qui ne l'a pas toujours été.Le seul ennui, c\u2019est que la popularité, la renommée de Louis Francoeur a grandi dans la mesure exacte où il s\u2019est éloigné du journalisme pour s\u2019en tenir à la radio.C'est le commentateur des heures noires de la deuxième guerre mondiale qui a survécu a l'usure du temps; non dans dans les salles de rédaction, mais dans les périphéries culturelles du Canada français.Il n\u2019est pas facile d\u2019être un journaliste de qualité dans la province de Québec, Les conseils d\u2019administration sont persuadés qu\u2019en général la clientéle s\u2019intéresse davantage aux ragots de concierges qu\u2019à la pratique intelligente de notre métier.En surface, le tirage des journaux semble confirmer cette théorie mais la vérité nous force à dire qu\u2019on serait bien en peine d'en faire une démonstration scientifique puisqu\u2019on n\u2019a jamais fourni aux lecteurs l\u2019occasion de faire un choix.Lorsqu'un peuple a l'habitude du whisky blanc et qu\u2019on veut lui imposer un régime lacté ou de vin de champagne, il est clair qu\u2019on peut s\u2019attendre à un échec d\u2019envergure.Mais il n\u2019est pas dit que la clientèle des journaux canadiens soit incapable de distinguer entre un alcool de qualité et un whisky frelaté.Louis Francoeur, comme bien d'autres, avait rêvé d\u2019un journal de classe qui soit autre ghose qu\u2019un prospectus commercial.S'il est vrai que tous les romanciers américains ont l'ambition, d'ailleurs légitime, d\u2019écrire un jour ou l'autre the great american novel, on peut dire que tous les journalistes d'expression française ont gaspillé quelques jours de vacances à mettre\u2018\u201cen page un journal imaginaire conçu en fonction de l'intelligence.Mais les années passent et les créanciers viennent à bout des meilleures volontés.Louis Francoeur n\u2019a pas échappé à l'angoisse d\u2019un métier qui est forcément sans grandeur SSN FF BERR Se rere EE oN, = A 7 4 7 y 78 ?LES MELANGES A GATEAUX ROBIN HOOD NN \"Robin Hood = VOUS ÉPARGNENT DU TEMPS ET DE L\u2019ARGENT 4 4 coeur salles de rédaction.Si la pre- lorsqu'on vous oblige à le pratiquer dans des conditions mesquines.C\u2019est sur un.ton désabusé qu\u2019il me dit un jour où il venait de terminer un papier sur le cinéma américain: \u201cA mon âge, le journal dominical me suffit.Lorsqu'on est jeune, il convient de faire son apprentissage dans les agences de presse; puis il faut donner sa mesure dans les quotidiens.Mais lorsqu'on atteint un certain âge, on se résigne à l'hebdomadaire.L'almanach devrait être l\u2019occupation des vieux journalistes qui n\u2019ont plus leur emploi.\u201d J'ajouterai qu\u2019à cette époque, Louis Francoeur avait ine quarantaine d\u2019années, Comme la majorité des journalistes de sa génération, Louis Francoeur n'a laissé aucune oeuvre substantielle à laquelle on puisse se référer lorsqu\u2019on veut juger de sa clairvoyance ou de sa qualité intellectuelle.A vrai dire, il n'y a eu que M.Henri Bourassa qui ait eu cette précaution.Et cela tient au fait qu\u2019avant d\u2019être un journaliste, le fondateur du \u201cDevoir\u201d fut un chef de parti et un doctrinaire.Pour sa part, Louis Francoeur n\u2019a jamais éprouvé le besoin de\u2018 réunir dans un livre ou deux la somme\u2019 de ses points de vue.Il n\u2019a signé qu\u2019un seul livre et ce fut en collaboration avec le Dr Philippe Panneton.À plus d\u2019un titre, cette littérature la manière de Valdombre, de l'abbé Groulx, de Paul Morin et d\u2019Henri Bourassa constitue un excellent recueil d\u2019études critiques.Mais ces pastiches \u2014 d'ailleurs fort spirituels \u2014 servent davantage à l\u2019étude des auteurs concernés qu'à la connaissance de Louis Francoeur.De méme, la collection de ses commentaires radiophoniques est moins le Vade-mecum de sa pensée qu\u2019une source de renseignements.Son érudition était vaste et la guerre lui aura fourni l'occasion de révéler à l\u2019énorme clientèle qui suivait, de jour en jour, l'évolution des événements, toute la splendeur des villes de France - occupées par l\u2019ennemi et de ranimer, pour notre bénéfice commun, les grandes étapes d\u2019une civilisation menacée jusque dans ses fondements.Son style familier et son élocution un peu lâche convenaient admirablement au procédé d\u2019une chronique parlée qui lui permettait de mêler aux événements du jour quelques souvenirs personnels et la plus value d\u2019une culture aussi riche que variée.S'il est vrai que Louis Francoeur n\u2019a laissé aucune oeuvre qui soit d\u2019une consultation facile, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il -s\u2019est prononcé, au hasard de l'actualité, sur une foule de questions et que ses articles ont contribué à façonner le sentiment et la pensée de ses compatriotes.Il est intéressant de noter à ce sujet que Francoeur, Asselin et Bourassa qui, pour des raisons différentes et sans avoir recours aux mêmes moyens, ont eu à combattre en certaines occasions les procédés politiques de la majorité anglaise, étaient tous convaincus de la grandeur et de la qualité fondamentale des ins- ititutions britanniques.Henri Bourassa n\u2019a jamais mis en doute les vertus politiques de la nation anglaise; Olivar Asselin était persuadé que, dans un monde voué aux violences totalitaires, la Grande-Bretagne et la France demeuraient le dernier asile des libertés civiles; et nous n\u2019avons qu\u2019à relire les dernières chroniques de Louis Francoeur pour constater qu\u2019à ses yeux le destin même de l'Angleterre en guerre se confondait avec l\u2019avenir de notre civilisation.Par contre, Francoeur n\u2019a jamais caché son mépris de l\u2019american way of life.Il était un homme de vieille civilisation.Sa culture était essentiellement européenne, Et lorsqu\u2019il voulait se consoler de certaines laideurs locales, ce sont des images, des paysages, des souvenirs de Paris, de Rome et de Londres qu'il évoquait.S'il avait une grande admiration pour M.Churchill et le personnel politique du gouvernement anglais, il craignait par anticipation que le Congrès américain puisse un jour imposer ses vues et ses préjugés aux nations européennes saignées \u2018a blanc.Avant même que l\u2019expression fût courante, Louis Francoeur redoutait que la culture canadienne soit mise en laisse par les Etats-Unis.Le pourrissement du français parlé au Canada lui apparaissait d\u2019autant moins inévitable que nous étions à la merci des films, des magazines et des touristes américains.Un jour qu\u2019il déjeunait à la maison, il nous raconta qu'il avait entendu dans un parc de Montréal un gamin de 8 ou 9 ans demander à un camarade de jeu d'aller \u2018\u201c\u2018qu\u2019ri la balle\u201d.Et comme l\u2019autre lui avait répondu : \u201cdis-i qu\u2019i aille\u201d, Francoeur ajouta: \u201cPour une oreille française peu exercée au\u2019 canadien, ce dialogue avait quelque chose de grec.\u201d ; Récemment, je me suis rappelé cet amusant souvenir lorsqu'on m'a raconté \u2018une histoire - du même genre; mais cette fois l\u2019assonance '\u2018greçque est rempla- par une lance fort réussie avec l'algonquin ou l'iroquois.Un étranger dem un passant de lui indiquer où se trouve l'agent de circulation.\u201cLa police ?répond l'autre, a\u2019 é& la qu\u2019à\u2019 watche\u201d.La qualité de notre langue parlée, malheureusement, ne s'est pas améliorée depuis la mort de Louis Francoeur.Je suis persuadé qu'il serait horrifié en lisant dans nos journaux que le gouvernement de Chiang Kai- Shek \u201ca nullifié\u201d ses accords avec Moscou ou en voyant & la porte d\u2019un établissement de commerce que les affaires continuent durant \u201cles altérations\u201d.Que dirait-il du petit carton d\u2019allumettes qu\u2019on m'a remis ces jours- ci et sur lequel on a imprimé en b que 1953 sera l\u2019année de da \u201ccoronation ?\u201d Je ne sais ce que Louis Francoeur dirait d\u2019un tel propos, mais j'estime qu\u2019il n\u2019y a aucune raison pour que les honnêtes gens soient obligés d'accepter un tel massacre du francais.Sans aller jusqu\u2019à frapper d\u2019une amende toute compagnie commerciale qui, dans sa publicité, ferait trop fortement violence aux langues officielles du Canada, nous pourrions \u2018exiger des gouvernements qu\u2019ils ne publient aucun journal officiel, aucune brochure et aucune annonce qui fourmillent de fautes de syntaxe ou de morphologie.Il y.a quelque temps, une compagnie d'aviation, propriété du gouvernement, annonçait des farifs de week-end en faisant dire a un client: \u201cI'm a love-bird and I go home every week\u201d.En francais, le love-bird figuratif avait été traduit littéralement par: \u201cJe suis une perruche.\u201d Il est inconcevable que de telles sottises puissent circuler sans soulever autre chose que des protestations.Louis Francoeur ne se faisait aucune illusion sur la décadence du français au Canada et l'indifférence des autorité compétentes lorsqu\u2019on leur suggère un effort de redressement.Le français est mauvais parce que, trop souvent, ceux qui l\u2019enseignent sont les premiers à n\u2019en pas respecter les règles et, parce qu'on est en- train de nous persuader qu\u2019il existe, par opposition au français tout court, un français canadien dont personne, va sans dire, ne connaît la syntaxe et l\u2019étymologie.i Aux dernières années de sa vie, Francoeur avait renoncé, en.quelque sorte, à la critique de nos mauvaises habitudes.Luimême comme nous tous, en avait quelques-unes et je crois, qu\u2019a- rès s\u2019être battu durant de nombreuses années et sans bénéfice tangible pour la réforme de nos institutions, il avait perdu tout désir de polémique.Il ne faut jamais oublier qu\u2019il n\u2019a connu la renommée qu'aux dernières années d\u2019une vie qui n\u2019est pas sans rapport avec la légende de l'homme à la cervelle d\u2019or.Lorsqu\u2019on appartient à l'élite de sa profession, qu\u2019on alimente régulièrement la pensée d\u2019un parti politique et qu'on se voit soudainement préféré un ancien commis-voyageur dont toute la culture est empruntée aux annuaires de publicité, il est assez naturel que l\u2019amertume, le mépris et l\u2019intolérance se mêlent à vos propos.Sa philosophie politique le situait à droite de l\u2019histoire À mon avis, nous pouvons lui reprocher une certaine incompréhension de notre époque et l'interprétation trop hâtive qu'il a donnée de quelques événements contemporains dont il n\u2019a pas vu le caractére durable.L\u2019habitude du journalisme quotidien l\u2019avait habitué à juger rapidement des hommes et des choses ct, parfois, il s\u2019est montré hostile à certaines idées qui auraient dû normalement l\u2019émouvoir puisqu'il était lui-même l\u2019une des victimes d\u2019un ordre intellectuel cristallisé dans ses clichés, dans ses conventions et ses recettes d\u2019avancement.; Mais il est mort vengé.Il y avait plus de monde a son enterrement qu\u2019il n\u2019y en aura jamais aux funérailles d'un ministre ou d\u2019un conseiller municipal fût-il, par surcroît, membre du Conseil exécutif.On lui avait sans doute reproché sa culture et son vocabulaire en lui disant qu\u2019il était incapable de se mettre à la portée des masses.C\u2019est généralement le grand reproche que l'on fait aux intellectuels qui veulent faire carrière dans la politique.Or on l\u2019écoutait davantage \u2014 et tous les soirs! \u2014 que les orateurs les mieux annoncés des campagnes électorales.On ne lui reconnaissait aucune influence et, subitement, il était le plus valorisé des hommes publics.Enfin on lui avait dit que l\u2019individu moyen, par automatisme, ne s\u2019attachait qu\u2019au médiocre et sa renommée était construite sur sa connaissance de l\u2019histoire, de l'architecture gothique, de la géographie et des auteurs classi- ues.De tous les journalistes canadiens qui sont morts depuis dix ou quinze ans, seul Louis Francoeur est disparu en pleine gloire, a i\u2019heure dorée ou son courrier du matin était aussi volumineux que celui d\u2019une vedette de cinéma.L'événement est suffisamment remarquable pour que ses camarades .de travail l\u2019ait marqué d\u2019une pierre blanche, A l'époque où toute l\u2019admiration de l'homme moyen.va aux chanteurs de genre, aux rois du bicep et aux politiciens marrons qui connaissent le tour du bâton, aux budgetivores, il est particulièrement agréable de songer que, pour une fois, c'est un journaliste sans situation officielle et sans titre honorifique qu\u2019on a porté en terre, dans un extraordinaire décor de peuple, comme s'il avait commandé aux quatre vents de l'esprit.- (1) Texte d'une conférence pronon- ' cée devant le Club Musical et Littéraire de Montréal."]
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