L'Avant-garde, 10 octobre 1908, samedi 10 octobre 1908
[" DEUX SOUS LE NUMÉRO SAMEDYI, 10 OCTOBRE 1908 L'AVANT-GARD \u201cINDEPENDANCE ET PATRIOTISME\u201d REDIGE EN COLLABORATION EDMOND CHASSÉ; Directeur-Propriétaire VOL.I, No 1 NOTRE PREMIER ARTICLE Il est temps que nous ayions à Montréal un journal franchement indépendant Notre ambition n\u2019est pas de fonder au- jourd'hui un journal qui vivra cent ans, avec quelques années de disparition, comme notre vieux confrère qui a cent- et-un ans et qui ne sort qu\u2019une fois la semaine, mais nous voulons essayer de nous faire un petit avenir dans le journalisme canadien, s\u2019il y a place pour des gens pauvres, mais remplis de bonne volonté et sincères dans leurs \u201cbureaux comme dans leur journal.Nous voulons vivre et faire entendre notre petite voix, faible peut-être, mais sincère et courageu- ss autant et plus que toutes les autres.Nos colonnes sont ouvertes a l'indépendance, à la liberté, à l'intelligence, à la justice.Elles seront fermées à la corruption, à la fraude et à la mauvaise foi.Nous ferons un bon combat, c\u2019est notre espérance, et nous n'épargnerons personne Il y a de bons rouges comme il y à de bons bleus, nous leur demanderons d\u2019adopter un programme où seront inscrits en tête ces deux mots: \u201cindépendance et patriotisme,\u201d et, s\u2019ils l\u2019acceptent, ils pourront compter sur notre sincère appui.Inutile pour les candidats que nous combattrons de venir \u201cnous voir,\u201d nous! n\u2019avons pas besoin de \u201cles voir,\u201d nous) les avons assez \u201cvus.\u201d Quant a ceux! pour qui nous aurons des préférences, il faut bien qu\u2019il y en aît, nous ne voulons pas plus de leurs visites, nos voisins penseraient qu\u2019ils nous paient le prix de l\u2019or les articles qui seront parfois à leur avantage.Nous n\u2019attendons que les collaborateurs.Ceux-là nous les recevrons bien, et nous publierons leurs articles du moment qu\u2019ils seront écrits dans la note qu: conviendra à nos idées d\u2019indépendance.Pas de vieux clichés, du neuf, de l\u2019original et de l'intéressant.Nos lecteurs savent qu\u2019en achetant \u201cL\u2019Avant-Garde\u201d, ils achèteront le plus intéressant journal de Montréal.Bienvenue donc à la jeunesse intelligente, qu\u2019elle soit conservatrice ou libérale.C\u2019est l\u2019organe de la jeunesse aui paraît aujourd\u2019hui pour la première fois, puisse-t-il vivre soutenu par les jeunes gens qui veulent développer leurs talents et montrer à leurs concitoyens qu\u2019ils savent écrire et écrire sans être payés.EDMOND CHASSE.M.RODOLPHE FORGET Que n\u2019a-t-on pas dit dv député de Charlevoix?En 1904, lorsqu'il brigua les suffrages des électeurs dù-comté où il vit plusieurs mois dans l\u2019année, quelques politiciens, à tort, vinrent de Montréal et d'ailleurs demander à l'électorat de ne pas l\u2019accepter comme député de Charlevoix.Les électeurs intelligents comprirent mieux leurs intérêts et ceux de la nation et ils le déléguèrent au Parlement Canadien pour les y représenter.Son adversaire, un homme loyal et franc, disparut de la scène politique confiant qu\u2019il avait rendu à son pays et à son comté la part du devoir des citoyens honnêtes ct intelligents.M, Rodolphe Forget depuis quatre ans est député de Charlevoix.Sa carrière, \u2018elle est connue, ne consiste pas en tune représentation platonique à la Chambre des députes, mais en un travail continuel pour son comté, qui a valu aux électeurs ce qu\u2019il devait attendre d'un homme en qui ils avaient anis toute leur confiance.M.Forget a été pour le comté de Charlevoix ce que pas un député n\u2019a été pour ses électeurs.Nous sommes indépendants.Aflons-nous condamner un homme tel que lui, allons- nous le combattre.Il faut être petit pour vouloir la destruction des grands.Dans l\u2019Opposition, nous saluons la figure du député de Charlevoix comme celle qui caractérise le patriotisme ot le dévouement.+ Et pourtant que de choses n\u2019a-t-on pas osé dire contre lui.Ses adversaires l\u2019ont combattu avec acharnement, et dans le parti conservateur, pour qui il à tout été, il a rencontré des lâches qui se faisaient ses détracteurs le jour où l\u2019aumône qu'ils lui demandaient était une exploitation.Les électeurs de Charlevoix, ceux qui vo- térent pour M.Angers comme ceux qui l'ont élu, sont unanimes à reconnaître ses qualités du cœur comme son esprit civique et il faudra bien d\u2019autres arguments que celui de sus absenses à la Chambre pour leur faire oublier son cœur et sa paternelle bonté.Le Canada, comme le comté de Charle- voix, a besoin de plus d\u2019un Rodolphe Forget et ses amis d\u2019en bas le savent; puis- sions-nous le voir siéger à droite ou à gauche de l\u2019Orateur des Communes, membre d'un cabinet conservateur ou député de l'Opposition, maîs représentant toujours dé voué de Charlevoix, comprenant comme par le passé les besoins des électeurs et se dévouant à leurs intérêts quand ils ne sont pas opposés à ceux de la patrie, PAUL B.JOURNALISME INDEPENDANT Lorsque j'ai appris à mes amis que je fondais un journal indépendant, si vous aviez vu, mes chers lecteurs, la tête de ces messieurs, vous auriez cru, que je voulais les faire pendre.Hélas, c\u2019est pourtant bien le cas, et rien de moins surprenant pour moi, qui connais bien leur mentalité, que les remarques de ces messieurs.Ernest Tremblay, qui \u201cfait\u201d des vers, ne m\u2019a-t-il pas appelé faiseur.Voyez-vous d'ici la tête de mon excellent confrère s\u2019écriant:: \u201cFaiseur.\u201d Je ne Jui en veux pas pourtant, mais me permettra-t-il de lui demander ce qu'il est lui-même?Un excellent garçon avec dans la tête les prétentions de tous les journalistes.Ca c\u2019est mon opinion.Pierre Beaudry, je m'incline en passant devant son talent, me disait, un jour qu\u2019il s\u2019en allait recontrer son ami, M.Turgeon, qu'il ne voyait pas la possibilité de publier un journal indépendant à -Montréal, sous fa direction d\u2019un groupe de jeunes, .Et pourtant nous voulons être indépendants.Pourquoi, messieurs nos confrères, ne croyez-vous pas à notre sincérité.C\u2019est que, et voilà le vice, vous êtes tellement convaincus que le jour où un jeune homme devient journaliste, il lui faut vendre sa plume, que la seule nouvelle de l\u2019apparition d\u2019un journal, qui se fiche de vous comme de tous vos pareils, vous effraie.On dirait que \u201cI'A- vant-Garde\u201d va faire pâlir l'étoile d\u2019Ernest ou forcer Pierre à s\u2019amender.Non, nous ne sommes pas si méchants que ça et nous ne pouvons pas ça, mais, croyez- moi, vous ne nous empêcherez pas de vivre et nous vivrons honnêtement.Pour nous défendre nous n\u2019aurons pas besoin d'aller nous inspirer dans un cabinet de toilette et nous trouverons autre chose pour dire notre façon de penser que le mot de Cambronne.EC LE DISCOURS DE [lL M.Bourassa nous a expliqué au Monument National, vendredi soir dernier, le but des clubs et du journal qu\u2019il veut fonder.Nous l\u2019avons applaudi mais nous nous demandipns, non sans un peu de raison, il l\u2019admettra, si réellement il ne s'embarque pas dans une dangereuse galère avec son nouveau système.Admettons l'utilité, la grande utilité des clubs, mais le journal! Avons-nous réellement besoin de ce journal et M.Bourassa a-t-il le droit d'oublier qu\u2019actuellement il a un organe indépendant du dimanche qui lui suffit, puisque la \u201cPatrie\u201d, faisant en cela œuvre d'indépendance, donne à ses lecteurs des comptes-rendus fidèles de ses assemblées, rapporte la parole qu'il préche et donne a son mouvement nationaliste toute la publicité qu\u2019il peut attendre.Supposons que le \u201cNationaliste\u201d devient quotidien.Quelle sera sa clientèle, sinon celle qui permet aux messieurs Tarte de vivre.Les deux journaux iraient donc frapper à la mème porte pour y avoir le pain quotidien.On ne donnera qu\u2019à un, de sorte que, inévitablement, la \u201cPatrie\u201d, qui lui a donné un appui indépendant, perdra par BOURASSA lui ce que sa position loyale et franche dans la lutte provinciale lui permettait d\u2019attendre.Quant au mouvement lui-même, il cst bon et la preuve c\u2019est que 1es pires ennemis de M.Bourassa, le \u201cCanada\u201d \u2018et la \u201cPresse\u201d, n'en ont rien dit ou en ont dit du bien.La \u201cPressc\u2019 avait un article qui nous a fait rêver.aux jours où elle sera, disons-le, bien nationaliste.Tout ce que nous demandons à M.Bourassa, c'est qu'il ne s\u2019anrête pas.Si le pouvoir lui était offert, nous croyons qu\u2019il ne devrait pas l\u2019accepter, mais le gagner dan une élection.Une acceptation aurait trop l'air d'un compromis et ne serait pas digne de la sincérité dont il fait preuve maintenant, Nous ne voulons pas que nos écrits soient mal interprétés Nous avons cone fiance en M.Bourassa, mais nous croyons qu\u2019il suffit parfois d\u2019un geste pour être miconnu et incompris, avec raison quand le geste n\u2019est pas sincèna et nous jugerons le député de St-Hyacinthe bien impartialement et avec l'indépendance qui le caractérise, pole 7 E.C ELECTIONS La campagne électorale est commen- cée.Le peuple se prononcera bientôt.Les partisans optimistes, bleus ou rouges, réclament la victoire.Nous serons plus sérieux que ces messieurs, et nous dirons que si les partisans de M.Laurier veulent célébrer une nouvelle victoire, ils ont beaucoup à faire, et que si M.Borden et ses amis veulent le contraire de la fameuse défaite de 1904, ils ont besoin d\u2019un grand changement et d\u2019abord dans leur organisation.Il est inutile de songer cette année à faire élire monsieur un tel qui est un imbécile dans tel comté sous prétexte qu\u2019en politique il est conservateur ou libéral.Le peuple a étudié, le peuple a compris l'importance, l\u2019opportunité d\u2019avoir au Parlement des hommes qui comprendront leur devoir et sauront ne pas faillir à la tache qui lcur incombe.Lourde tâche qu\u2019on a méconnue et qu\u2019on a oubliée trop de fois.Le peuple se veut de bons représentants et ceux qui n\u2019ont pas eu l'intelligence de comprendre ce que le peuple veut recevront le châtiment de leur ignorance Ignorance crasse et impardonnable.Le scrutin du 26 octobre prouvera, nous l\u2019espérons, la justesse de nos réflexions.Notre rôle que nous avons clairement défini ailleurs sera de renseigner dans la mesure de notre possible le peuple, de le renseigner sur les hommes qu\u2019il aura à juger.Nous accomplirons notre devoir à la lumière de la justice, avec l\u2019impartialité qu\u2019on a ignoré dans le journalisme depuis trop longtemps, Les ministériels comme les opposi- tionnistes ont leurs organes et tout le monde sait avec quel aveuglément ces journaux défendent leurs chefs et leurs partisans.Nous serons l'organe de la justice, de la liberté, de l'indépendance, nous serons le petit avant-garde qui essaiera d\u2019empêcher l\u2019arrivée au pouvoir de tous ceux qui ont la manvaise foi de croire que l'intérêt de leurs goussets passe avant l'intérêt public, Nous combattrons loyalement, mais avec sévérité.EDMOND CHASSE, Accusateurs et Accusés On parle d'accusations sur tous les huse tings du Canada.\u201cQue pensent les électeurs, s\u2019écrient les bleus, des turpitudes des Sifton, des Emmerson, des Hyman, des Borden, etc?\u201d \u201cVeut-on le régime des conservateurs rétrogrades,\u201d répondent les libéraux.Et on brode sur des accusations dont on ne connait pas le premier mot.Eh bien, on à tort.Ça n\u2019est pas ça qu'il faut faire, Reproche-t-on à M.Laurier de garder Sir Frederic Borden?Oui, n'est-ce pas?Et bien qu\u2019on le dise, mais qu\u2019on dise pourquoi il a tort ct qu\u2019on dise ce qu\u2019il faudrait faire pour ne pas mériter la condamnation populaire.Le peuple sera éclairé.Maintenant les libéraux ont tort de dire que le parti conservateur veut nous donner son vieux système d'avant 1896.Qu\u2019ils défendent leur programme, mais qu\u2019ils préconisent un peu de nouveau et qu'ils ne jugent pas M.Borden comme ils jugeraient Sir Charles Tupper ou un autre ancien ministre.Les conservateurs doivent
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