L'action nationale, 1 mai 2009, Mai - Juin
[" Suzanne Duquet, La Femme en mauve 1945, huile sur toile, 91,4 x 70,8 cm © Musée national des beaux-arts du Québec L\u2019Action NATIONALE volume XCIX numéros 5-6 MAI-JUIN 2009 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume XCIX numéros 5-6 - mai-juin 2009 mai-juin.2009 vol.XCIX nos5-6 L\u2019Action NATIONALE UQAM L'éducation supérieure dans l'ombre d'un drôle d'État Dossier Caisse de dépôt et placement du Québec : La douloureuse aventure du PCAA Rabaska Champlain et le fleuve \u2022 Le plat de lentilles En couverture Marcelle Ferron (Louiseville, 1924 - Montréal, 2001) Kanaka 1962 Huile sur toile, 201,5 x 171 cm © Musée national des beaux-arts du Québec FEMMES ARTISTES LA CONQUÊTE D\u2019UN ESPACE, 1900-1965 Exposition d'œuvres de la collection du Musée national des beaux-arts du Québec du 7 mai au 16 août 2009 Elles ont posé un regard intimiste sur les personnes et sur les lieux qui les entouraient.Elles ont peint la ville et la vie contemporaine.Assoiffées d\u2019expérimentation, elles ont pris place parmi les chefs de file de l\u2019art moderne au Québec.Pour souligner son entrée en fonction à la direction générale du Musée, Esther Trépanier a souhaité célébrer le travail que les femmes artistes du Québec ont effectué au cours du XXe siècle pour conquérir leur place et être reconnues dans le monde des arts visuels.La collection du MNBAQ est riche de plus de 2600 oeuvres réalisées par des femmes.Une sélection effectuée parmi celles-ci donnera lieu à deux expositions.La première, présentée cet été, est de caractère plus historique.Elle examine la contribution particulière des femmes à la redéfinition d\u2019un art figuratif moderne sur la scène artistique québécoise et canadienne dans la première moitié du XXe siècle, pour ensuite se pencher sur l\u2019apport des femmes aux premières avant-gardes abstraites des années 1950 et 1960.Au total, 50 artistes sont exposées, dont Marcelle Ferron, Jeanne Rhéaume, Françoise Sullivan, Lilias Torrance Newton, Agnès Lefort et Suzanne Duquet.Une deuxième exposition, portant sur la période 1965-2000, s\u2019ouvrira à l\u2019été 2010 et se concentrera sur l\u2019éclatement des frontières artistiques qui a caractérisé la démarche de plusieurs femmes dans les dernières décennies du XXe siècle.Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise.36 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Dave Anctil, chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQAM) ; Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque (politologue) ; Julien Goyette (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.NATIONALE curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014»\u2014 abonnez-vous ¦page ^ On n\u2019est jamais trop curieux * Ce qui se défait -Robert Laplante Éditorial 4 Articles JL\u2019UQAM, sauvée par une grève ?Ou l\u2019éducation supérieure dans l\u2019ombre d\u2019un drôle d\u2019État -Marc Chevrier\t11 Champlain et le Saint-Laurent : un fleuve et un pays -Pierre Blouin\t21 Rabaska : Le plat de lentilles -Joseph Melançon\t39 Ils ont perdu la carte ! -Matthias Rioux\t49 Le recul du pouvoir francophone -Pierre Serre\t59 Pour que le féminisme introduise à l\u2019égalité citoyenne -Jeanne Gagnon\t77 Pour l\u2019actualisation de la ceinture fléchée -Simon Beaudry et Philippe Jean Poirier\t89 La mauvaise leçon du professeur Bouchard -Mathieu Bock-Coté\t94 Chronique internationale Le retour de la raison publique en matière de fiscalité -Dave Anctil\t99 Dossier Caisse de dépôt et placement du Québec La douloureuse aventure du PCAA -Pierre Cloutier\t110 Lire Relire\t146 Lire les essais\t150 Note critique\t171 Courrier des lecteurs\t188 4 ÉDITORIAL Robert Laplante CE QUI SE DÉFAIT Désastre à la Caisse de dépôt, marasme à la Ville de Montréal, copinage éhonté dans l\u2019administration du programme FIER, un premier ministre qui a le sens de la morale aussi élastique que son code d\u2019éthique et aussi bien garni que la prime que lui verse le Parti libéral, tout est dans la normalité des choses qui se fanent.Rien ne va plus au royaume du PPP.Les coûts explosent pour le pont privé de l\u2019autoroute, les deux mégacentres hospitaliers ne sont pas en reste.Plus personne ne sait compter, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de protéger les privilèges de McGill.Et dire qu\u2019il s\u2019en trouve pour s\u2019inquiéter de ce que le budget de la santé va bientôt gruger 45 % des dépenses de l\u2019État et que peu leur chaut de rajouter plus de deux milliards pour le dédoublement des hôpitaux universitaires.Ceux-là qui se gonflaient le jabot à tenter de nous faire prendre l\u2019affairisme pour du développement, ceux-là n\u2019en finissent plus de se trouver des échappatoires.Responsables de quoi que ce soit?Allons donc ! C\u2019est la défilade érigée en modèle d\u2019affaire.Ça jure de ses grands dieux à pleines conférences de presse, ça fait des effets de toge en commission parlementaire.Le système a le dos large et la mémoire courte : c\u2019est la faute de personne, tout le monde a bien fait son bouleau, les meilleurs ont même touché des primes. 5 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 La grisaille s\u2019épaissit.Le cynisme se généralise.Quelque chose se meurt et ce n\u2019est pas beau à voir.La nausée, serait-on tenter d\u2019écrire, est en passe de devenir une caractéristique provinciale.Pénible ce Québec à la petite semaine.Heureusement qu\u2019il y a le voile pour se couvrir.La médiocrité est en passe de nous faire enfiler une immense burqa collective.Pénible la bêtise, surtout quand la confusion tient lieu d\u2019horizon.Mais c\u2019est toujours ainsi quand une époque se termine.Le Québec de la morosité induite par les vendeurs de fétiches néo-libéraux, le Québec du rapetissement provincial, celui du chacun pour soi dans l\u2019engourdissement minoritaire et l\u2019indifférence canadian, ce Québec se meurt.Il agonise dans le désarroi de la crise économique et dans la détresse qu\u2019elle sème, il se tord en convulsions dans la rhétorique insignifiante des barons de province qui n\u2019ont rien à proposer, rien à dire sinon que ça va finir par finir et que tout rentrera bien dans l\u2019ordre si la confiance reprend.Le Québec à moitié normalisé dans l\u2019impuissance d\u2019une certaine élite et dans le verbiage politicien, ce Québec-là n\u2019a plus d\u2019avenir.Ni pour lui-même ni pour le Canada qui pourtant ne recule devant rien pour tenter de saper nos repères.Les inconditionnels du lien canadian n\u2019ont plus d\u2019autre politique que celle de la terre brûlée.Ils sont prêts à tout bazarder, à tout détruire des acquis de la Révolution tranquille et des siècles de d\u2019affirmation tenace pour se cramponner non pas au statu quo mais à la soumission minoritaire.Et il ya des jours où il semble bien qu\u2019ils vont y réussir tant le Québec ressemble à un puissant fleuve dont toute l\u2019énergie se perd dans un delta marécageux.Ces jours-là, des milliers et des milliers de personnes les ressentent en pleine chair.Le temps de l\u2019humiliation est un 6 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 temps dur.Et le désarroi des uns n\u2019a d\u2019égal que l\u2019indifférence des autres, ces vaccinés d\u2019eux-mêmes, ces immunisés de l\u2019héritage.Ils sont passés à autre chose.Ils fanfaronnent, ils plastronnent et causent globalisation.Ils sont du côté de la modernité, de l\u2019ouverture et font semblant de ne douter de rien.Ils ont l\u2019assurance des parvenus qui se dressent dans la fatuité en flambant du bien d\u2019héritage.Ils ne voient pas ce qui se lit pourtant dans le paysage.Le pays est ailleurs.Il vibre dans l\u2019inventivité de ceux et celles qui partout sur le territoire multiplie les projets et rêvent plus grand que la province.Il se met au monde dans ce qui meurt, il trouve «de l\u2019or dans les poubelles de la saison» comme dit Vigneault.Mais c\u2019est vrai aussi «qu\u2019on ne s\u2019entend plus venir au monde» comme le redit Michel Garneau tant il est épais le babillage médiatique qui nous désincarne dans la réduction anecdotique qui tient lieu de formulation médiatique de l\u2019intérêt commun.Il ne se passe pas une semaine sans que l\u2019un ou l\u2019autre des canards de Gesca ne trouve un palmarès pour nous faire mal paraître, sans qu\u2019un quelconque expert encensé par la grosse Presse ne trouve le moyen de nous déprécier collectivement, de nous rabattre le caquet en nous assénant des comparaisons internationales, des moyennes nationales et autres standards américains devant lesquels nous devrions nous prosterner en regrettant de ne pas suffisamment parler anglais.Le Québec de l\u2019insignifiance assourdissante voudrait nous faire voir Montréal comme un gros Moncton juste pour rire, comme le répète sur toutes les tribunes un petit comique qui s\u2019autoproclame visionnaire et grand entrepreneur en se pétant les bretelles que nous lui avons subventionnées.Il faudrait parler bilingue, se faire le projet d\u2019inviter tous 7 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 les immigrants à parler l\u2019anglais pour mieux affirmer que Montréal est une ville de créateurs qui ne reculent devant aucun baragouin pour faire de la business et de l\u2019entertainment.Une pleine page de Personnalité de la semaine pour en remettre?Il faut ce qu\u2019il faut pour se donner de la vision.Ça serait à pleurer si ce n\u2019était de l\u2019évidence que ce cirque et ces clowns qui défilent sur les tribunes médiatiques et devant les commissions parlementaires ne sont rien d\u2019autres que des débris d\u2019un monde déjà englouti.Le Québec est ailleurs.Ils ne le savent pas encore.Le pays se recompose dans l\u2019imagination discrète, dans la détermination entreprenante et les solidarités, il a trouvé ses mots mais pas encore son discours et très peu de ses porte-parole.Mais ce n\u2019est qu\u2019une question de temps.Et de circonstances.Cela viendra.Ce gouvernement usé va pourrir debout.Ces élites capitulardes vont finir par achever de se discréditer.Les alibis vont se défaire sous les coups de boutoir d\u2019un réel qui ne s\u2019accommodera pas éternellement des accommodements raisonnables avec l\u2019impuissance et la minimisation des pertes.Les dérives politiciennes vont finir par se briser sur les écueils de la volonté de vivre et du goût de se dépasser.Même les velléitaires du changement, même les compagnons de l\u2019évolution des mentalités, même les marcheurs aux petits pas vont finir par redresser l\u2019échine et redécouvrir la parole quand la pression du peuple et du réel les dépouillera de la rhétorique qui les englue.Le contraste est trop fort, les Québécois ne se satisferont pas toujours des ajustements à la petite semaine.Nous sommes un peuple qui se sait capable de grandes choses, qui en a les talents et la capacité.Mais nous sommes aussi un peuple 8 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 entravé et inquiet à qui les longues patiences et la résignation ont fait beaucoup de tort.Les temps présents, les temps de la décomposition ne font qu\u2019aggraver les réflexes d\u2019ambivalence qui depuis trop longtemps nous empêchent de capitaliser sur nos plus grandes réalisations.Depuis toujours nous entremêlons les efforts de résistance et les ruses de riposte.Depuis toujours nous nous ingénions à braconner sur l\u2019ordre qu\u2019on nous impose.Cela nous a beaucoup appris à bien lire les marges de manœuvre dans ce qui se défait.Ces marges s\u2019élargissent, à n\u2019en pas douter.Et nous en profiterons.? Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agirp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.mm \u2022TOTfï % Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop 11 ARTICLES Marc Chevrier* L\u2019UQAM, SAUVÉE PAR UNE GRÈVE ?OU L\u2019ÉDUCATION SUPÉRIEURE DANS L\u2019OMBRE D\u2019UN DRÔLE D\u2019ÉTAT Dans le courant du printemps, la crise financière qui avait secoué plusieurs universités québécoises et qui avait atteint son paroxysme dans les dérives immobilières de l\u2019UQAM a connu un curieux dénouement.Après une grève des professeurs de l\u2019institution de sept semaines en passe de mettre en péril la validation du semestre de dizaines de milliers d\u2019étudiants une entente conclue in extremis entre le gouvernement québécois et le syndicat des professeurs (SPUQ) semble avoir sauvé l\u2019institution du désastre ou de la stagnation programmée.Il y a sans doute beaucoup de choses à dire sur le fait que des professeurs d\u2019université votent massivement une grève, en pleine crise économique, et se laissent embrigader par de petits soviets syndicaux pour décrocher des salaires majorés.Je réserverai mes commentaires sur cet aspect de la grève dans un autre texte, à une autre occasion.Tâchons d\u2019y voir d\u2019autres dimensions et d\u2019en tirer les conséquences.?Dans un texte publié dans L\u2019Action nationale en octobre 2008, j\u2019ai tenté de mettre en lumière que l\u2019État québécois s\u2019est donné une politique universitaire qui n\u2019en est pas une.* Département de science politique,UQAM chevner.marc@uqam.ca 12 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 En quelques mots, disons que cette politique lui donne le rôle de Grand Guichet Automatique général, qui finance l\u2019enseignement supérieur sur la base d\u2019une formule supposant une espèce de marché aux étudiants que se disputent les universités en multipliant les programmes, voire les campus hors de leur territoire d\u2019attache.Cette formule, en apparence neutre, qui fait de l\u2019État un répartiteur, un surveillant, un superintendant, engendre en fait des effets très contrastés, puisqu\u2019elle reproduit les inégalités de moyens, d\u2019attractivité et de statut entre les universités en place.Cette formule, que j\u2019ai baptisée « Air Transat » en hommage à son créateur François Legault, et qui devait corriger les nombreux défauts de la formule précédente, dite « historique », entérine trois types d\u2019asymétrie qui ne sont pas nécessairement à l\u2019avantage général du Québec.Le premier déséquilibre est linguistique ; la formule propulse les universités anglophones, favorisées par l\u2019accès à un bassin d\u2019étudiants énorme et la possession de moyens propres considérables, tant et si bien qu\u2019après 40 ans de développement universitaire au Québec, les universités anglophones touchent encore aujourd\u2019hui à peu près la même part du financement public qu\u2019elles touchaient dans les années 1960, soit une proportion nettement supérieure au poids démographique réel de la communauté anglophone au Québec.Jusqu\u2019à tout récemment, sur les quatre universités montréalaises, Concordia et McGill détenaient 57% des postes de professeurs sur l\u2019île.Montréal n\u2019est probablement jamais devenue dans son histoire une ville universitaire à prédominance francophone.La formule de financement a aussi un biais favorable aux universités régionales du réseau de l\u2019Université du Québec, à l\u2019exception de l\u2019UQAM, maintenue dans un état de sous-financement chronique, alors qu\u2019à Rimouski, Trois-Rivières, Hull, Chicoutimi et Rouyn-Noranda des enveloppes particulières amélioraient 13 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 les coefficients, au nom du développement régional.Enfin, cette formule tient pour acquis que le monde universitaire québécois comporte deux types d\u2019universités : les grandes, occupant un éventail étendu de disciplines, y compris la médecine et les professions lourdes (génie, agronomie, pharmacie, etc.) ; les plus petites, souvent dépourvues de ces derniers joyaux, confinées à certains secteurs « papivores ».Une loi implicite semble régir le monde universitaire québécois : rien ne doit être fait pour changer l\u2019équilibre entre les grandes universités, fondées toutes avant la Révolution tranquille, et les autres.Aussi l\u2019État québécois n\u2019a-t-il créé aucune grande université nouvelle francophone depuis Duplessis.?Il faut bien se rendre compte que le fiasco immobilier de l\u2019UQAM et celui dans lequel semble s\u2019engager l\u2019Université de Montréal ont été en partie encouragés par ce régime de concurrence interuniversitaire tous azimuts, combiné à un laisser-faire étatique dont ont joué des recteurs « visionnaires », persuadés de pouvoir renflouer leur université par des échafaudages immobiliers qui devaient se traduire par une augmentation de clientèles étudiantes subventionnées.Mais est-ce ainsi qu\u2019on développe l\u2019enseignement supérieur dans une société qui se croit si instruite ?C\u2019est du mauvais Adam Smith - la main invisible - financé à même les fonds publics.Et il a fallu une grève de professeurs pour qu\u2019une ministre de l\u2019État, Michelle Courchesne, s\u2019aperçoive que quelque chose clochait dans le système universitaire québécois et que l\u2019UQAM en était pénalisée.Dans des circonstances plus normales, plus civilisées, l\u2019avenir de l\u2019UQAM se serait joué à l\u2019Assemblée nationale, en commission parle- 14 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 mentaire, par une déclaration ministérielle, par une révision de la politique universitaire.Au moins, à défaut de l\u2019adoption d\u2019une vraie politique universitaire au Québec, la grève des professeurs de l\u2019UQAM a forcé l\u2019État à se commettre sur l\u2019avenir, jusqu\u2019alors incertain, de l\u2019institution.L\u2019octroi de 145 nouveaux postes réguliers de professeurs, en plus du plancher de 980 postes, et un rajustement salarial qui rapprochera le salaire professoral uquamien de la moyenne québécoise, donneront soudain des ailes à l\u2019université montréalaise qui croyait les avoir perdues.Il est quand même incroyable que notre classe dirigeante ait été si longtemps insensible au déficit de professeurs qui grevait l\u2019UQAM.C\u2019est dire les égards qu\u2019on accorde à une institution d\u2019État.Les conséquences plutôt fâcheuses, largement ignorées ou tues, de ce déficit de professeurs méritent d\u2019être rappelées.La première, c\u2019est que ce déficit s\u2019est accompagné à l\u2019UQAM de la création d\u2019une classe laborieuse de chargés de cours donnant une trop grande proportion des cours dispensés dans l\u2019université.Pour beaucoup de ces enseignants, la charge de cours à répétition est devenue une carrière en cul-de-sac, mal payée, mal estimée, peu gratifiante.Une plus grande proportion de professeurs enseignants ne garantit certes pas toujours un meilleur enseignement ; il y a d\u2019excellents chargés de cours et de mauvais professeurs.Dans certaines disciplines, une présence forte de chargés de cours près de la pratique professionnelle est un atout.Mais dans l\u2019ensemble, le manque de professeurs enseignants qui ne succombent pas sous le poids des corrections et qui poursuivent des recherches actives se répercute sur la qualité des enseignements, au grand dam des étudiants.Autre conséquence, le peu de postes offerts à l\u2019UQAM a limité les offres d\u2019emploi dans les universités francophones du 15 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Québec.Le marché universitaire francophone étant déjà très petit, la stagnation de l\u2019offre de postes a poussé vers l\u2019exil de nombreux talents québécois ; d\u2019autres docteurs se sont repliés sur Concordia, McGill ou Bishop pour y faire vibrer la langue de Yeats, Dickens et Richler.De plus, le monde universitaire se livre aujourd\u2019hui à une course effrénée aux subventions, phénomène qu\u2019on peut certes trouver regrettable, désolant et signe du naufrage de l\u2019université, comme l\u2019ont déploré Michel Freitag ou Jean Pichette.Cependant, en rationnant le nombre de postes de professeurs dans ses universités francophones, l\u2019État québécois a réduit leur capacité de décrocher des subventions, pour une bonne part d\u2019origine fédérale, auxquelles les chargés de cours ne sont généralement pas admissibles.Il ne faut pas donc s\u2019étonner que les universités anglophones, en premier lieu McGill bien dotée en professeurs, aient remporté de beaux succès auprès des organismes subventionnaires de la recherche.Enfin, le rationnement des postes a ouvert la voie à l\u2019intervention du gouvernement fédéral dans la recherche universitaire par son programme de chaires du Canada.À défaut d\u2019obtenir des postes réguliers de professeurs, des départements à l\u2019UQAM - et probablement ailleurs - se sont tournés vers ces chaires pour se développer, au risque de créer deux classes de professeurs et d\u2019abandonner à un programme fédéral le financement et les orientations de la recherche de pointe.Cependant, il s\u2019en faut de beaucoup qu\u2019une majoration du nombre de professeurs à l\u2019UQAM de 14 % et de leurs salaires de 11 % suffise à régler le sous-financement de l\u2019institution, comme à corriger les nombreux déséquilibres du monde universitaire québécois.Même avec 145 professeurs de plus à l\u2019UQAM, il n\u2019est pas acquis que cela établira une répartition linguistique plus juste du corps professoral à Montréal, puisque les trois autres universités montréalaises L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 semblent avoir les moyens d\u2019augmenter leurs propres effectifs professoraux.Même avec ces professeurs de plus, l\u2019UQAM risque d\u2019avoir encore un ratio étudiants/professeurs plus élevé qu\u2019ailleurs, à moins d\u2019une chute soudaine et durable de sa clientèle étudiante.On ne sait encore ce qu\u2019il adviendra de l\u2019îlot Voyageur, si le projet initial de pavillon universitaire et de résidence universitaire sera finalement construit, alors que l\u2019université accuse toujours un déficit de locaux.Ses bibliothèques sont cruellement dégarnies, ses nombreux étudiants à temps partiel lui occasionnent des surcoûts administratifs, l\u2019université attire encore trop peu d\u2019étudiants de cycles supérieurs, faute notamment de programmes.La création récente d\u2019un doctorat en chimie est une bonne nouvelle pour l\u2019institution.Encore faut-il que des maîtres chimistes y accourent.En réalité, le maintien du statu quo universitaire en dehors du règlement intervenu entre le SPUQ et le gouvernement québécois va continuer de défavoriser l\u2019essor de l\u2019université.Toutefois, au-delà du cas particulier de l\u2019UQAM, il faudra bien qu\u2019un jour ou l\u2019autre notre État du Québec se dote d\u2019une véritable politique des universités.Où les voit-il dans quinze, vingt ou vingt-cinq ans?Quelles stratégies entend-il adopter pour relever la scolarisation universitaire chez les francophones, qui traînent toujours de l\u2019arrière par rapport à la moyenne canadienne, aux Anglo-Québécois et aux allophones ?Montréal, métropole aux cinq universités, n\u2019a pas une population si instruite qu\u2019on le dit si on la compare à d\u2019autres grandes villes nord-américaines.Et par quels tours de magie croit-il faciliter l\u2019intégration des immigrants, qui affluent si nombreux à Montréal, avec une université francophone et demie sur l\u2019île ?Grâce à la nouvelle annexe sherbrookoise à Longueuil ?Et le Québec se privera-t-il longtemps d\u2019avoir une véritable académie des sciences?C\u2019est pourquoi une réflexion s\u2019impose sur l\u2019avenir de nos 17 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 universités, en vue de les arrimer à un plan d\u2019ensemble, à un dessein, dont l\u2019impulsion ne peut venir de l\u2019anarchie semi-organisée qu\u2019est devenue aujourd\u2019hui la concurrence à courte vue entre les fiefs universitaires du Québec.États généraux des universités, commission parlementaire, comité de travail ad hoc, il faut que cette réflexion se fasse sans tarder, quel qu\u2019en soit le véhicule, sous les auspices de l\u2019État lui-même, et non à l\u2019instigation de tel ou tel recteur ou entrepreneur en pavillon universitaire.Ce sera aussi l\u2019occasion de revoir la gouvernance des universités, sans la précipitation que la ministre Courchesne a mise dans cette affaire, sans sacrifier leur autonomie, qui doit certes se conjuguer avec plus de discipline et de responsabilité, à une conception strictement managériale de ces institutions de haut savoir.Seulement convier nos dirigeants politiques à réfléchir sur le régime universitaire québécois, c\u2019est les obliger à discuter de ce dont personne au Québec n\u2019aime parler : le lieu de formation de nos élites.Une mauvaise conscience plébéienne condamne tout aveu explicite de ce que le Québec possède les siennes, au même titre que la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis ont les leurs, qui se reproduisent généralement dans les universités ou les grandes écoles.Or le lieu de formation de nos élites est divisé en hémisphères déconnectés, à l\u2019image du Québec tout entier, et entretient même cette division, vérité déplaisante que dans les officines du complexe G à Québec ou dans les beaux salons de l\u2019Assemblée nationale on n\u2019aime pas contempler.Tout compte fait, il n\u2019y a aucune fatalité qui voue l\u2019UQAM à demeurer une petite université, une PPP (une université populaire, publique et parlant français, disaient des étudiants pendant la grève) spécialisée en gestion, sciences sociales, arts et lettres.Il n\u2019en tient qu\u2019à l\u2019État du Québec d\u2019en faire une grande université, sans aucunement abaisser L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 les autres.Le fait d\u2019avoir plus de professeurs en sociologie, sexologie, littérature comparée et gestion de classe ne changera guère la donne.Il faudra appuyer son secteur scientifique, encore embryonnaire, limité à la biologie, la chimie, les mathématiques, l\u2019informatique et les sciences de l\u2019environnement, peinant à attirer dans certains cas des étudiants, qui boudent hélas les sciences, encore très mal enseignées dans nos écoles.L\u2019UQAM étant sans faculté de génie, on pourrait envisager de multiplier les passerelles administratives avec l\u2019École de technologie supérieure, en voie de créer sa propre cité universitaire, rue Notre-Dame, afin de créer des « synergies » utiles.Sur dix-sept facultés de médecine au Canada, trois seulement prodiguent une formation médicale exclusivement en français.Malgré les dernières hausses des admissions dans les facultés de médecine au Québec, il manquerait encore 2000 médecins, pour faire face aux besoins croissants et aux départs prochains à la retraite.Serait-il absurde et loufoque d\u2019imaginer qu\u2019un jour une quatrième faculté de médecine francophone se crée, à Montréal, et que s\u2019y greffent des départements paramédicaux, comme les sciences infirmières ?Chose certaine, rien n\u2019est plus aberrant que d\u2019édifier à Montréal deux superhôpitaux universitaires qui instituent une symétrie fictive entre des mondes anglophone et francophone parallèles.Et est-il encore nécessaire de rattacher l\u2019UQAM au réseau de l\u2019Université du Québec ?Cette appartenance, qui la ravale au statut de succursale régionale, s\u2019est avérée une nuisance plutôt qu\u2019un levier pour l\u2019institution montréalaise.Bref, une réflexion sur l\u2019UQAM et les universités suppose qu\u2019on revoie les a priori sur lesquels a reposé jusqu\u2019ici le développement de l\u2019enseignement supérieur au Québec.Et 19 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 si le Québec ne la fait pas cette réflexion, les politiciens d\u2019Ottawa et leurs experts en programmes et normes nationaux finiront bien par la mener, pour le beau Dominion postnational, inspirés par un gouvernement Obama interventionniste qui compte plus que jamais accorder au Congrès les moyens de relever le niveau de l\u2019instruction, à tous les cycles d\u2019études, sans égard pour ce qui reste du fédéralisme aux États-Unis.Un théoricien du nationalisme, Ernest Gellner, a souligné le lien intime entre la naissance de la nation moderne et les efforts que l\u2019État déploie pour assurer par lui-même la transmission d\u2019un haut savoir.Il a appelé « État ombre » celui qui se dérobe à cette tâche et l\u2019abandonne aux puissances de la société civile, comme l\u2019Église.Cette grève un peu triste, rageuse et inquiète des professeurs de l\u2019UQAM nous a révélé qu\u2019il reste encore de l\u2019ombre dans notre cher petit État du Québec.? C/D Œ3 d\u2019un pwi insensé ; Rabaska Autopsie d'un projet insensé L'implantation forcée d'un port méthanier racoleusement baptisé RABASKA sur la côte de Lévis-Bellechasse, juste en face de l'île d'Orléans, est vite apparue comme une véritable invasion barbare.Un puissant consortium national et étranger est débarqué un matin en pleine zone verte et bleue sur le littoral du Saint-Laurent, sans considération pour le sens patrimonial d'un lieu identitaire émouvant du Québec et des francophones d'Amérique, un lieu habité depuis bientôt quatre siècles.Les grands principes du développement durable ont été gommés.Pour vendre l'invendable sur le plan patrimonial, paysager et humain, le promoteur va enrégimenter la classe politique et économique de tout un État en utilisant les astuces de la communication et du marketing.La croisade sera épaulée par les plus hautes instances inféodées par les puissants du grand capital gazier.272 pages « 24,95$ gaston cadrin, bernard dagenais, michel lessard, pierre-paul sénéchal ÏTÏÏïï.ïw***\"*1 .BERNARD dagenais www.editionsfides.com s 21 ARTICLES Pierre Blouin* CHAMPLAIN ET LE SAINT-LAURENT: UN FLEUVE ET UN PAYS Le Saint-Laurent est sans contredit l\u2019un des grands symboles évocateurs de la persévérance du Québec.Il en est à la fois l\u2019épine dorsale et la poutre maîtresse.Les Amérindiens, les premiers à l\u2019apprivoiser et à vivre dans son intimité, disaient de lui qu\u2019il était le « chemin qui marche ».En 1985, M.René Lévesque avait décrété le Saint-Laurent « ressource nationale prioritaire ».En réalité, le grand fleuve est plus qu\u2019une ressource, il est le fleuve de notre mémoire et de notre identité.À quatre cents ans d\u2019intervalle, au-delà de l\u2019histoire mythique, subsistent encore même régularité et mêmes intérêts dans les affaires politiques de la collectivité du Québec.Aujourd\u2019hui comme hier, la puissance de persuasion et de conviction de l\u2019argent réussit à pervertir les esprits les plus dévoués, les plus audacieux et les plus ouverts.Avant la conquête militaire du territoire par les Britanniques, une nation étrangère, il y a eu celle des forces vives de la colonie par la perfidie et toutes les visions à court terme (C\u2019est un peu comme, en 2008, un monsieur qui invite ses électeurs, la veille d\u2019un scrutin, à « laisser de côté leur credo » nationaliste pour « l\u2019économi(sm)e d\u2019abord, oui ».Laisser tomber le rêve et l\u2019envie de transformer notre monde pour les « vraie$ choses »).* Rédacteur 22 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Les histoires qui suivent se déroulent à Québec.Elles parlent, à 400 ans d\u2019intervalle, de la beauté du pays et de son lieu, de son « chemin qui marche » et de conquête du patrimoine par des investisseurs envahissants (d\u2019armes et de finance).Elles ont pour toile de fond un port méthanier projeté, voire rêvé par tous ceux qui vivent sur la planète Argent (sombre dessein symbolique d\u2019un Québec néo-libéral qui veut parfaire son intégration mondialiste en défaisant tout sur son passage), une banalité industrielle lourde et dangereuse (et dépassée en plus) qui veut se poser en un emplacement précis et magique méconnu de presque tous, au coeur du début de ce pays.?1618 « Le 30 juillet, Champlain s\u2019embarquait à Tadoussac, en donnant l\u2019espérance à ceux qui restaient qu\u2019il reviendrait, Dieu aidant, \u201cavec bon nombre de familles pour peupler ce pays\u201d 1 ».Déjà la notion de comptoir ou de colonie est dépassée pour Champlain; il rêve d\u2019un projet complet, autonome, avec son identité propre, une entité territoriale humaine qui reposerait sur « la force, la justice, la marchandise, le labourage », selon les mots mêmes du Père fondateur 2.1\tPierre-Georges Roy, La Ville de Québec sous le Régime français, Volume premier.Service des archives du Gouvernement de la Province de Québec, 1930, p.124.2\tDenis Héroux, Robert Lahaise, Noël Vallerand, La Nouvelle-France, Centre de psychologie et de pédagogie, Montréal, 1967, p.30 23 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 1628 Le roi d\u2019Angleterre, Charles 1er, espère, comme tous ses marchands, pouvoir s\u2019enrichir en mettant la main sur le commerce des fourrures au « Canada ».Il charge la Company of Adventurers to Canada de développer ce commerce le long des rives du Saint-Laurent 3.Il envoie sans plus tarder les frères Kirke s\u2019emparer des postes de traite de la Nouvelle-France.L\u2019expédition anglaise arrive dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent en 1628 et prend Tadoussac.Après un refus de Champlain d\u2019acquiescer à leur ultimatum de céder Québec, les Kirke retournent en Europe sans aller voir la capitale, mais s\u2019emparent en chemin de la flotte française d\u2019Emery de Caen de la Compagnie des Cent Associés qui venait au secours de la colonie, flotte elle-même victime de matelots huguenots qui refusent de la défendre4.Les Kirke sont des Français de Dieppe passés au service de l\u2019Angleterre.Ce sont certes des corsaires, des flibustiers, des brigands à l\u2019occasion, mais non des pirates ; ils ont l\u2019autorisation de leur roi de battre pavillon britannique et de prendre possession en son nom de territoires étrangers.Ce sont des belligérants en règle.Voyant sur les rives verdoyantes et giboyeuses de ce grand fleuve une bonne occasion d\u2019affaires, ils abordent les terres face à Tadoussac et sur la Côte-du-Sud, brûlant les postes de traite et les rares bâtiments, cent-trente ans déjà avant l\u2019armada de Wolfe.3\tPour la coïncidence anecdotique et d\u2019autres histoires de fleuve et de mers mélangées à travers les époques : la compagnie est formée entre autres par Sir William Alexander, qui léguera son nom à un brise-glace canadien, lequel remorquera une nuit un chalutier québécois des Îles-de-la-Madeleine nommé Acadien II.4\tRoy, op.rit., p.105.Cette flotte amenait quelque 300 émigrants probablement selon Marcel Trudel (p.33, op.cit.note 14) 24 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Le 20 juillet (1629) [le 19 selon les historiens], les trois vaisseaux anglais s\u2019approchent des rives.Ils jettent l\u2019ancre face à l\u2019habitation.Le Flibot 5 fait près de 200 tonneaux et porte 10 canons.Les deux autres navires sont des pataches de 40 tonneaux.Ils transportent près de 150 hommes.La colonie compte 76 personnes en 1629 et les Anglais sur leurs navires sont au nombre de 600 6.Champlain est étonné de voir de si grosses embarcations face à Québec, lui-même n\u2019employant que des barques pour des allers-retours entre Tadoussac et Québec 7.Les Kirke ont profité des services d\u2019un pilote nommé Jacques Michel, un huguenot français avec qui Champlain avait eu maille à partir, pour leur double remontée du fleuve8.La mort dans l\u2019âme, Champlain se verra obligé de partir en France.Il a été trahi par Étienne Brûlé (« À cette époque, je considérais Étienne Brûlé comme mon propre fils » ) et par Olivier Le Baillif, commis de la Compagnie des Marchands et « mauvais François perfide à son Roy et à sa patrie » qui lui vole 4000 peaux de castor entreposées dans son maga- 5\tNom prédestiné s\u2019il en est : le flibot « pourrait être une transformation graphique du vieux français frébault issu du germanique fridbald composé defrid signifiant « paix « , et de bald signifiant « hardi, audacieux »; flibot est la forme francisée de l\u2019anglais flyboat composé de fy signifiant « mouche « , et boat signifiant « bateau » ; désigne un petit navire de flibustier au-dessus de cent tonneaux dont on se servait pour la pêche au hareng.» http://www.memoireduquebec.com/wiki/index.php?title=Flibot_ %28%C3%A9tymologie%29 Flibot est également un nom de famille : « Charles Flibot (1684).Il est aussi connu sous le nom de Charles Philibot.Il est le fils de Charles Flibot et Marguerite Rousselot [.] ».Le nom Philpot dérive de Flibot, et Thibault aussi selon d\u2019autres auteurs.Les Flibot se sont établis à l\u2019île d\u2019Orléans.www.genealogiequebec.info/testphp/info.php?no=30373 6\tRoy, op.cit, p.116.D\u2019après Mgr Cyprien Tanguay, qui précise qu\u2019en 1630, il y a 26 Français et 90 Anglais.7\tOeuvres de Champlain, présentées par C.-H.Laverdière et adaptées par Louis-Guy Lemieux, « Champlain raconte.(332)», Le Soleil, 5 décembre 2008.8\tLuc Lacoursière, Denis Vaugeois, Jean Provencher, Canada-Québec - synthèse historique, Montréal, Editions du Renouveau pédagogique, 1969, p.52 25 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 sin 9.Le Baillif et Pierre Raye, charron de « l\u2019Abitation », ont instruit les Kirke sur la disette sévissant à Québec10.« Champlain, si mesuré dans ses jugements et si charitable dans ses appréciations, ne peut s\u2019empêcher de stigmatiser ceux qui à l\u2019heure du danger l\u2019abandonnèrent si lâchement11 .» La trahison n\u2019est que normale dans l\u2019esprit de marchands internationaux qui ne croient qu\u2019en leurs intérêts à court terme : « L\u2019intérêt sordide des traiteurs, qui avaient la haute main sur Québec, avait laissé le fort de Québec dans une pauvreté absolue sous tous les rapports 12 ».Tout comme les classes bourgeoises corrompues en 1759, les affaires courantes montrent leur vrai visage, allant au plus offrant.De plus, Espérance et Charité, deux « petites sauvagesses fort attachées à moi », souligne Champlain, se voient refuser le passage en France avec le fondateur par David Kirke à Tadoussac.À l\u2019époque ultérieure du siège de Phipps, en 1690, plus de gens « vivent autour de Québec que dans Québec même 13 », soit 4000 personnes de Beauport à Sillery et 1800 dans Québec même.On aura graduellement pris possession de l\u2019espace tout entier autour du bassin fluvial et non dans une seule bourgade.On voit grand, comme le fleuve qui nous fait respirer.L\u2019établissement de colons sur la Côte-du-Sud, en 9\tOeuvres de Champlain, présentées par C.-H.Laverdière et adaptées par Louis-Guy Lemieux, « Champlain raconte.(333) », Le Soleil, 6 décembre 2008.10\tP.-G.Roy, op.cit.p.105.11\tIdem.12\tId, p.103.Roy a le commentaire suivant : « Aujourd\u2019hui, le plus petit yacht de millionnaire américain, qui part en croisière de plaisir, porte plus de canons et de munitions qu\u2019il ne s\u2019en trouvait dans le fort de Québec le 19 juillet 1629 » (p.104).13\tDenis Vaugeois, in André Champagne, comp., Lhistoire du Régime français, Septentrion/Radio-Canada, (Entretiens avec l\u2019histoire, vol.VII), 1996, p.160-161.D\u2019après l\u2019émission radiophonique Au fil du temps. 26 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 plus de l\u2019île et de la côte de Beaupré, ne commencera cependant qu\u2019en 1647 avec Guillaume Couture, premier cultivateur et seigneur de Lauzon.Seul le père jésuite Le Jeune séjournera chez les Amérindiens, les véritables maîtres de la rive sud.Guillaume Couillard, qui épouse la fille du « premier colon » Louis Hébert, est le père de Charles, premier seigneur de Beaumont14.Guillaume Couillard est à juste titre glorifié du titre de premier défricheur québécois: il est le premier habitant, celui qui laboure la terre avec soc et charrue, le 27 avril 1628.Champlain dit de lui dans ses Voyages que c\u2019est « un bon matelot, charpentier et calfeu-treur [de navire ou calfat] 15 ».Notre premier paysan, premier colon, est issu du travail du fleuve, de la mer.La famille de Guillaume est en outre « la seule famille complète qui consentit à demeurer en Nouvelle-France » durant les quatre années d\u2019occupation des frères Kirke16.Les Drapeau, ancêtres de la lignée d\u2019un célèbre maire de Montréal, construisent en 1715 leur demeure sur la plus haute colline de Ville-Guay dans la seigneurie de 14\tCouillard sera anobli par Louis XIV en 1654 et sera le premier habitant de la Nouvelle-France à recevoir cet honneur.« Guillaume Couillard de Lespinay (1591-1663), charpentier, matelot et calfat, originaire de Saint-Malo ou de la paroisse de Saint-Landry de Paris, né vers 1591, fils de Guillaume Couillard et d\u2019Élisabeth de Vesins, décédé à Québec en 1663.Guillaume Couillard de Lespinay épouse à Québec, le 26 août 1621, Guillemette, fille de Louis Hébert.Il a dix enfants » (Dictionnaire biographique du Québec).Son fils Charles se fera concéder la seigneurie de Beaumont en novembre 1672.Ses bâtiments existent encore.Une des filles Couillard, Élisabeth, sera baptisée par un ministre luthérien en 1631 et aura pour parrain Louis Kirke.Signe que dès le début de la colonie, les classes supérieures se mélangent à celles des autres nationalités.15\tRoy, op.cit., p.95-96.16\tMélanie Turgeon, Les Couillard et la seigneurie de Beaumont à l\u2019époque de la Nouvelle-France (mémoire présenté à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi), avril 2003, p.31-32. 27 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Vincennes 17; elle est encore habitée, après avoir été restaurée et sauvée de maints périls par un amoureux beau-montois du patrimoine et de notre histoire, M.Rosaire St-Pierre.Cependant, elle reste toujours menacée par le projet Rabaska de port méthanier.L\u2019épisode des Kirke fut donc la première défaite de ce petit peuple de colons, sa première conquête par l\u2019extérieur, par la fourberie, par l\u2019empire du commerce mondial, et par la trahison des siens.Champlain prend place sur le navire qui le ramène en France avec le goût amer et la douleur de la perte.Il voit ses années de travail, ses rêves et ses espoirs s\u2019envoler en fumée.C\u2019est n\u2019est qu\u2019au cours de la traversée qu\u2019il apprend, en croisant un autre vaisseau, que la France est victorieuse et que la guerre était terminée lorsque l\u2019Angleterre s\u2019est emparée de Québec.L\u2019occupation était illégitime donc, mais elle durera le temps que les puissances politiques européennes le voudront bien.Trente-quatre Français (dont 21 personnes et 8 interprètes) demeureront à Québec au cours de cette pause, sans aucune assurance de ne jamais revoir le pays redevenir possession française, sans provisions, sans prêtre, eux qui vivent profondément du sentiment religieux.Québec stagne durant les quatre années de l\u2019occupation britannique18.David Kirke est le premier « gouverneur de l\u2019île de Newfoundland » qu\u2019il obtient en copropriété avec le marquis de Hamilton et les comtes de Pembroke et de Holland (1639-1651) ; enfermé dans la prison de Southwark, près de Londres, pour ne pas avoir payé des impôts dus au roi, David 17\thttp://www.genealogie.org/famiNe/drapeau/memoire.htmL Antoine Drapeau quitte son Poitou natal à 17 ans pour la Nouvelle-France, en 1665, pour se marier à Sainte-Famille de l\u2019île d\u2019Orléans et s\u2019établir à Beaumont en 1676.18\tRoy, p.112. 28 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Kirke y décède en 165419.Pas de « plan de relance » pour son entreprise, qui a profité tout de même des largesses de l\u2019État.La fille de John Kirke, un membre de la Hudson\u2019s Bay Company, épousa Pierre-Esprit Radisson, lui-même un Français qui offrira ses services à la couronne britannique, déçu du peu de compréhension de son roi et des autorités coloniales, son audace faisant peur à un pouvoir trop occupé à gérer et à comptabiliser.1627 Richelieu fonde la Compagnie des Cent-Associés (aussi appelée Compagnie de la Nouvelle-France) et lui confie le peuplement de la « Nouvelle-France dite Canada ».Elle doit remplacer, l\u2019année suivante, la Compagnie de Montmorency.Elle établit 29 seigneuries, mais son bilan complet semble médiocre, voire néfaste.Le Souverain devra intervenir plus tard avec Jean Talon pour reprendre la mission colonisatrice avec sérieux.1633 Conseil huron tenu à Québec, en présence du Père Le Jeune et de Champlain, qui veut s\u2019en faire des alliés face aux Iroquois du Sud.1634 À la demande de Champlain, toujours aussi visionnaire et audacieux, Laviolette établit un poste (Trois-Rivières) à l\u2019embouchure de la rivière Saint-Maurice sur le fleuve Saint-Laurent.Dans le même esprit de découverte et d\u2019exploration, Champlain, déjà fin prêt à se lancer à l\u2019assaut du 19 http://www.memoireduquebec.com/wiki/index.php?title=Acadie%2C_ r%C3%A9gion_du_Canada_(touristique) 29 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 continent nord-américain, envoie Jean Nicolet en expédition au lac Michigan.1635 Décès de Champlain le 25 décembre à l\u2019âge de 65 ans.Son testament, qu\u2019il a dû faire en présence de sept témoins faute de procédures normales, sera attaqué devant les tribunaux par une cousine française, mariée au contrôleur des fêtes foraines et domaniales de La Rochelle, « s\u2019imaginant que ce cousin d\u2019Amérique laissait une fortune considérable 20.» En mars 1639, la cour annule le testament de Champlain.?Champlain aurait traversé l\u2019océan Atlantique 35 fois, sans jamais faire fausse route21.Il aura exploré près de 2400 kilomètres le long du Saint-Laurent et 2000 sur la côte atlantique.Non seulement Champlain a-t-il fondé Québec, mais il a veillé sur son développement pendant plus de vingt-cinq ans.Il l\u2019a défendue et l\u2019a fait connaître par ses écrits et ses cartes.Il aurait pu se décourager et vivre de ses rentes, de la pension qu\u2019il touchait depuis 1601 ou de faveurs royales comme Dugua de Mons l\u2019a fait après son unique hiverne-ment de 1604, se contentant ensuite d\u2019une participation financière mineure aux opérations de traite et cherchant à se départir de l\u2019« abitation » dès la fin de son monopole.De son côté, Champlain n\u2019a jamais abandonné Québec, qui aurait 20\tP.-G.Roy, op.cit., p.132.21\tL\u2019histoire du Régime français, compilé par André Champagne, Septentrion/ Radio-Canada, 1996, p.158.(entretien avec Denis Vaugeois à l\u2019émission Au fil du temps à partir d\u2019un manuscrit de Gérard Filteau, Par la bouche de mes canons).L\u2019historien Gaston Deschênes précise, quant à lui, 23 traversées, nombre plus vraisemblable (Le Soleil, 7 janvier 2008).Pierre-Georges Roy (op.cit., p.124) mentionne quant à lui que de 1608 à 1635, « Champlain se rend neuf fois en France ». 30 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 bien pu connaître alors le sort de Port-Royal22.« Québec est née dans l\u2019adversité la plus totale [.] À la cour du roi Henri IV, les gens qui s\u2019intéressaient à la Nouvelle-France ne pensaient qu\u2019à s\u2019enrichir.Ils ne voyaient que la traite des fourrures 23 ».Champlain doit maintes fois affronter les pêcheurs basques à Tadoussac, rebelles à la France.« Champlain [.] savait que ce lieu servirait de porte d\u2019entrée sur l\u2019ensemble du continent américain et que le peuple qu\u2019il avait rencontré était un peuple frère 24 ».Champlain, s\u2019il avait été invité à saluer une dernière fois les Québécois à la dernière journée des fêtes du 400e à Québec, aurait dit qu\u2019une autre culture est née sur ce territoire, une culture unique.Champlain n\u2019est pas venu en conquérant mais en rassembleur, disant aux gens qui habitaient ce territoire, que « nos fils marieront vos filles et que, de cette union, naîtra un nouveau peuple25 ».Avec l\u2019épisode des Kirke, et plus tard de Phipps, de Walker et de Wolfe, ce sont deux nations en guerre qui s\u2019affrontent, qui prennent possession d\u2019un territoire par cette entrée, c\u2019est un choc violent, une conquête de coeur et d\u2019esprit, qui se déroule essentiellement sur le fleuve, sur ses berges, du haut de ses escarpements; c\u2019est une falaise qu\u2019on supposait insurmontable qui est gravie pour mettre le point final à l\u2019aventure de la Neuve France en 1759.?22\tG.Deschênes, idem.23\tLouis-Guy Lemieux, « La persévérance de Champlain », Le Soleil, 3 juillet 2008, p.12.24\tÉric Waddell, « La mémoire qui flanche », allocution prononcée lors de la cérémonie de commémoration parallèle du 400e anniversaire de Québec, 3 juillet 2008 www.commemoration1608-2008.org/ericwaddelltexte.html 25\tStéphan Parent, acteur personnifiant Champlain depuis 12 ans, dans Claude Vaillancourt, « L\u2019homme derrière Champlain », Le Soleil, 12 janvier 2009 31 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Dès 1608, Samuel de Champlain a compris que le site de Québec constitue une position stratégique inexpugnable.Non seulement l\u2019endroit offre des défenses naturelles exceptionnelles grâce à l\u2019escarpement des falaises, mais des hauteurs de Québec on peut surveiller et attaquer tout navire ennemi qui ose s\u2019aventurer sur le fleuve 26.Le paysage de Québec et de son île est composé certes des grandes étendues de scirpe d\u2019Amérique (foin de mer) de la côte de Beaupré, mais aussi des anses, estrans rocheux et escarpements schisteux de la Côte-du-Sud, de Beaumont jusqu\u2019à Saint-Michel et Saint-Vallier.Le génie du lieu s\u2019y exprime par des espaces à couper le souffle.Patrimoine, culture, récréation, tourisme le font vivre.Une utilisation rationnelle de cet espace commande d\u2019abord le respect de ces caractères propres.Champlain « était décidé, comme il le dit lui-même, \u201c de s\u2019aller loger dans le fleuve Saint-Laurent\u201d 27 », à cause de l\u2019importance commerciale et stratégique du fleuve et de sa topographie devant Québec et même en aval, dans l\u2019étranglement entre l\u2019île d\u2019Orléans et la Côte-du-Sud.Champlain avait déjà identifié sur la rive droite du fleuve un emplacement pour barrer l\u2019entrée du port de Québec, la clé pour contrer un débarquement dans le bassin de Québec (Montcalm le fera aussi par la suite).En 1907, par la construction des batteries d\u2019artillerie côtières à l\u2019entrée du port de Québec (forts de La Martinière et fort de Beaumont sur le cap Saint-Claude, aujourd\u2019hui disparu, près de la maison ancestrale des Drapeau), les autorités fédérales canadiennes virent en quelque sorte se concrétiser les souhaits des célèbres défenseurs de notre pays.La principale caractéristique d\u2019un 26\tChampagne, id, présentation de chapitre « Les batailles de Québec », p.i53-154- 27\tDiscours de Wilfrid Laurier lors de l\u2019inauguration du monument de Champlain sur la terrasse Dufferin, 21 septembre 1898, dans Roy, op.cit., p.43. 32 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 fort étant celle de dominer le paysage le plus panoramique, force est de reconnaître la valeur esthétique exceptionnelle de l\u2019endroit.Dans le premier film de Denys Arcand, tourné pour l\u2019Office national du film en 1964, intitulé Champlain, on voit un des dessins pleins de poésie de Frédéric Back représentant la flottille des Kirke devant les falaises de Lévis, ces parois rocheuses aujourd\u2019hui perforées et dissimulées derrière toutes sortes d\u2019immeubles, ces falaises primitives qui subsistent face à l\u2019île d\u2019Orléans à Beaumont et à Ville-Guay, ces belles et majestueuses falaises dans leur état premier, donnant à leur fleuve un écrin de verdure et de blancheur l\u2019hiver, dont on ferait volontiers un parc national, une zone protégée, comme The Palissades dans la vallée de l\u2019Hudson au nord de New York.Ce goulot du Saint-Laurent à la rencontre de l\u2019île d\u2019Orléans, de la Côte-du-Sud et des Laurentides forme un rétrécissement qui a un caractère spectaculaire et dramatique.Ces escarpements seraient, paraît-il, le seul débouché pour l\u2019expansion portuaire de Québec, en débutant par une installation classée SEVESO II en Europe, infrastructure industrielle lourde en parfaite contradiction avec le milieu physique, paysager, patrimonial où elle veut « s\u2019implanter ».Les autorités de l\u2019État de New-York savent, quant à elles (avec la législation nécessaire) reconnaître leur détroit de Long Island comme « trésor environnemental national » (le plan d\u2019eau est menacé par un autre projet méthanier, offshore).Post-scriptum 1604 Champlain est chargé de trouver l\u2019endroit le plus propice à l\u2019établissement d\u2019une colonie destinée à assurer le commerce du poisson et de la fourrure avec la France.Alors que l\u2019expédition monte et descend la côte, Champlain trace des 33 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 cartes très détaillées du territoire.Près de l\u2019emplacement actuel de la frontière entre le Maine (É.-U.) et le Nouveau-Brunswick (Canada), ses hommes découvrent une île à l\u2019embouchure d\u2019une grande rivière qu\u2019ils nomment toutes deux « Sainte-Croix ».Après une exploration plus poussée, ils décident de s\u2019établir à l\u2019« Isle-Sainte-Croix » où ils s\u2019affairent à défricher la terre et à construire des bâtiments.Aujourd\u2019hui, dans ce paysage maritime inchangé, vaste et inspirant, paisible et sauvage, comme issu d\u2019un autre monde intouchable, plane toujours la menace de trois projets méthaniers, deux dans la baie de Passamaquoddy et un à Calais dans le Maine, dans le paysage fluvial de l\u2019île Sainte-Croix.Tous pour « alimenter » une Nouvelle-Angleterre timorée qui s\u2019accroche à une manière de vivre et de produire datant d\u2019au moins deux siècles.?Aujourd\u2019hui, on dit vouloir protéger les paysages humanisés ou naturels, la biodiversité et l\u2019intégrité de l\u2019environnement; tous ces mots que Champlain et ses braves ignoraient bien sûr parce qu\u2019ils étaient confrontés au caractère adverse de toutes ces choses, parce qu\u2019ils n\u2019en avaient que trop et qu\u2019ils n\u2019étaient pas sur le point de les perdre.Aujourd\u2019hui, on doit maîtriser la pression urbaine autant qu\u2019industrielle lourde aux portes de Québec, capitale nationale, et ne pas devenir une zone-dortoir.Faire une région humaine, vivable, verte et durable.Une région symbolique, un lieu identitaire et digne de témoigner d\u2019un peuple original.Mais le ministère de la Culture québécois ne se préoccupe pas de protéger l\u2019écrin fluvial de l\u2019île d\u2019Orléans, « bien culturel » depuis 1972.Il n\u2019existe, pas plus chez lui que dans l\u2019élite politique et d\u2019affaires actuelle, aucune recon- 34 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 naissance de la valeur du paysage, aucune appréciation ni protection de l\u2019héritage historique et patrimonial du lieu (ni de celui du site - urbain et élargi - du patrimoine mondial du Vieux-Québec par ailleurs).Par contre, cette élite a produit un legs qui porte le nom de Samuel de Champlain, une « promenade » fort jolie mais aux normes, faite de crêtes gazonnées et de trottoirs de béton, où cyclistes et piétons se croisent à leurs risques, d\u2019où on contemple le fleuve du haut de son enrochement sans encore pouvoir y toucher, comme un théâtre lointain mais si proche.Le fleuve domestiqué s\u2019y donne à voir, l\u2019été seulement, comme les sculptures thématiques qui l\u2019ornent.Mais nulle part à ce jour ne trouve-t-on d\u2019estaminet, de bistro, de terrasse dignes de ce nom au bord de ce majestueux spectacle d\u2019eau (il n\u2019y a que des restos de marinas qui donnent sur des.marinas) comme si nous étions trop prudes pour déguster une richesse commune et naturelle qu\u2019on doit se contenter de longer debout.Des deux côtés du fleuve à Québec, en 2009, c\u2019est encore l\u2019automobile en stationnement qui a le droit de se reposer près du Saint-Laurent et de jouir de son calme (ou les résidents des condos).Pourtant, cette « réhabilitation » des rives nord et sud du fleuve dans la région d\u2019une capitale dite nationale reste le plus bel hommage qu\u2019on puisse rendre à Champlain le fondateur, le plus beau présent qu\u2019une collectivité vivante et responsable puisse se faire.Infiniment plus que toutes les plaques, tous les monuments, tous les films ou livres dédiés au personnage (ou au mythe qu\u2019on veut bien entretenir, tel ce personnage vêtu à la mousquetaire de la fin du XVIIIe).S\u2019il est besoin d\u2019un exemple en ce sens, le seul héritage de la navigation d\u2019antan qui nous reste, la goélette à voile Grosse-Île, n\u2019a pu naviguer en ce 400e, faute de fonds, mais 35 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 surtout de conscience et de volonté politique : cette pièce du patrimoine nous aurait trop rappelé nos origines, notre histoire (maritime, continentale), « un périple dans l\u2019esprit de nos ancêtres » ainsi que le présentait l\u2019instigateur Didier Épars, elle nous aurait fait humblement remonter le temps, sans les effusions des spectacles à grand déploiement, dans une des barques de Champlain qui faisaient la navette de Tadoussac à Québec.L\u2019abandon planifié du cabotage sur le Saint-Laurent au profit du transport routier est le plus éloquent témoignage de notre démission collective forcée en regard de nos racines maritimes.Et notre démission d\u2019avec nos racines populaires, d\u2019avec nos moyens, d\u2019avec nous-mêmes ?[.] il y a des choses probablement qu\u2019on ne peut pas faire dans ce milieu riverain [du Saint-Laurent].Il y a un potentiel de vocation multiple, mais il faut choisir [.] À mon sens, le fleuve ou sa rive devraient relever d\u2019un autre système de droit étant donné que c\u2019est une richesse considérable, un patrimoine, un espèce de cadeau de la nature.[.] En ce sens, j\u2019endosse entièrement la recommandation d\u2019un moratoire [sur les développements spéculatifs et résidentiels sur le Saint-Laurent ou sur ses rives], bien que le mot puisse faire peur.Il faut prendre le temps de s\u2019asseoir puisque le fleuve est devenu un objet de convoitise.Laval Doucet28 28 Laval Doucet, professeur d\u2019écologie sociale, Département de Service social, Université Laval, Actes du colloque « La rive sud du fleuve, un espace fragile aux vocations multiples, 22-23-24 septembre 1988 », GIRAM, 1989, p.157-158- 36 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 C\u2019était un tout autre monde « La Nouvelle-France » C\u2019était un berceau, un royaume tout neuf [.]) Ils ont pris le fleuve, ils ont pris le fleuve, ils ont pris le fleuve.Mario Brassard, extrait de « Ils ont pris le fleuve »29 Ton héritage [Félix] c\u2019est tout\u2019 nous autres avant que d\u2019être au monde.C\u2019est les rivières qui s\u2019unissent pour devenir fleuve ou une grosse rivière qui ne sait pas qu\u2019elle est un fleuve comme la rose qui se croit être une tulipe qui rêve d\u2019être une rose et qui s\u2019excuse d\u2019écorcher de ses épines quelques malotrus au passage Claud Michaud, extrait de Un homme qui chante.Hommage à Félix Leclerc30 Il a fallu des siècles pour construire Neuville, Cap-Santé, Saint-Antoine-de-Tilly ou Lotbinière.Combien faudra-t-il d\u2019années à Rabaska pour défigurer et contaminer l\u2019île d\u2019Orléans ?Laurent Mailhot31 29\tTiré de Francine Lavoie, « L\u2019autre façon de célébrer, le collectif Commémoration Québec 1608-2008 », L\u2019Action nationale, « Dossier 400e Québec, la mémoire usurpée », novembre-décembre 2008.30\tIbid.31\tLaurent Mailhot, « Carnets de campagne II », L\u2019Action nationale, janvier 2009, p.33.Notons qu\u2019à Beaumont et aux environs se trouve une concentration aussi significative de maisons ancestrales qu\u2019à l\u2019île : un relevé fait en 1976 par le Comité de promotion du patrimoine de Beaumont recense 60 bâtiments de plus de 125 ans, dont une dizaine du régime français.Dès 1973, un rapport du géographe-urbaniste Michel Dufresne, du ministère des Affaires municipales recommandait à la Commission des biens culturels de classer arrondissement culturel certains secteurs de Beaumont, suite à la demande d\u2019un groupe de citoyens l\u2019année précédente pour reconnaître Beaumont comme site historique.In Gaston Cadrin, Évolution récente de la zone riveraine de Beaumont, Institut de géographie de l\u2019Université Laval, thèse, septembre 1977.D\u2019autre part, la Commission des monuments et sites du Québec (CMSQ) et la Commission des biens culturels réclamaient dès les années 75 un plan stratégique de mise en valeur du haut estuaire, de Montmagny à Cap-Rouge, pour guider l\u2019intervention industrielle entre autres, ainsi qu\u2019une aire de protection élargie autour de l\u2019île jusqu\u2019à St-Vallier. 37 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Au nom du développement industriel et portuaire, des dizaines de kilomètres de rives ont été gâchées sans résultat probant et sans même donner au Port [de Québec] les moyens de son développement.François Hulbert, géographe32 Pourtant, depuis au moins 20 ans, en matière d\u2019aménagement durable et réfléchi, soi-disant post-industriel, une philosophie du patrimoine élargi s\u2019est imposée.Il ne s\u2019agit plus de protéger uniquement du bâti et des zones de bâti, mais une identité, une architecture du paysage, un environnement.?Écoutez leur histoire, votre histoire [.] Ils s\u2019appellent Dominique, Yves, Jacques, Lise, Daniel et André.On voit aussi Gisèle, Pierrette, Jacques et les autres.Ils sont médecin, conseiller, botaniste et citoyens.Ils habitent Beaumont, l\u2019Ile d\u2019Orléans, Lévis, Québec et Montréal.Ils ont tous en commun une histoire.Mais leur histoire pourra être aussi la vôtre si nous continuons de laisser les Grands de ce monde débâtir notre pays et mettre en péril la santé de notre terre 33.Leur histoire, celle de gens ordinaires qui sont venus habiter un pays perché sur un fleuve, qui sont devenus notre Histoire.Celle d\u2019un fondateur ambitieux, presque hors de proportion, hanté jusqu\u2019à la fin par l\u2019idéal d\u2019un nouveau pays, d\u2019un nouveau paradis de liberté.Le Québec de Champlain, avec l\u2019Amérique dans sa tête et dans ses rêves, 32\tFrançois Hulbert, géographe, « Planifier en zone riveraine : le cas de l\u2019agglomération de Québec », Actes du colloque « La rive sud du fleuve, un espace fragile aux vocations multiples, 22-23-24 septembre 1988 ».Lévis, GIRAM, 1989 33\tMarcelle Nadeau, Sainte-Claire-de-Bellechasse, Québec Solidaire\u2014 Bellechasse, 7 décembre 2008, texte envoyé au Soleil, sur le film La Bataille de Rabaska de Magnus Isacsson et Martin Duckworth, Office national du film du Canada, 2008 38 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 s\u2019est réduit tout lentement à un recoin, à une réserve, un district administratif, si « autonome » soit-il.Une province romaine, avec ses éternels ressentiments.Mais est-ce bien le Progrès et le mythique « développement économique » dirigé qui doivent effacer cette « sentimentalité » de l\u2019appartenance ?En cette ère du libre marché plénipotentiaire, l\u2019exclusion de principe du système industriel hors du processus démocratique facilite la destruction de la nature vivante par l\u2019argent, avec en prime la création de « richesses » et d\u2019une foule de produits et de commodités (toxiques) dont on ne peut apparemment plus se passer.Plus profondément, c\u2019est notre manière de voir et de penser le monde qui nous trahit, cette pensée managériale et toute cousue de technique qui déconnecte les pays occidentaux d\u2019avec leur propre histoire selon Jean-Pierre Le Goff34.Tel est le grand drame actuel, dont Rabaska n\u2019est que le petit, qui finira bien par finir.?34 Mathieu Bock-Côté, « Retour sur Mai 68 avec Jean-Pierre Le Goff», L\u2019Action nationale, février 2009, p.86 39 ARTICLES Joseph Melançon* RABASKA: LE PLAT DE LENTILLES Le site convoité par le projet de port méthanier Rabaska est spacieux.Il forme, à Lévis Est, un large plateau de 270 hectares, deux fois plus étendu que le Québec intra-muros, ville du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO, depuis 1986.L\u2019élévation de cette terrasse est de 76 mètres au-dessus du fleuve.Elle surplombe superbement le Saint-Laurent.On peut y admirer le cours majestueux des eaux, les battures de l\u2019île d\u2019Orléans, le paysage ondulé de l\u2019espace et, au loin, les contreforts des Laurentides.Le jeu des plans successifs qui éloignent l\u2019horizon et le rapprochent de l\u2019azur est fascinant.Les couleurs variées se fondent sans s\u2019annuler, se complètent sans s\u2019opposer, se découpent finement sur un fond céruléen d\u2019une grande douceur.Nos ancêtres y ont trouvé, jadis, enracinement et assises.Ils y sont demeurés.« Ce que j\u2019aime et n\u2019ai jamais fini d\u2019aimer, c\u2019est la lumière du fleuve, qui change tous les jours, à chaque heure.On ne s\u2019en lasse jamais », dit un résidant de l\u2019ancienne Ville-Guay, où se trouve précisément le site.* Professeur émérite, Université Laval, membre de la Société royale du Canada 40 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 « Ce paysage vivant, constamment en mouvement et en changement, fait partie intégrante de la qualité de vie du milieu » soutient Pierrette Bélanger, de Beaumont.« Un site, disait le poète, Pierre Morency, c\u2019est plus précieux que le pain.Le pain, on peut le remplacer par le riz, le maïs ou des racines.Un site ne se remplace pas.S\u2019il est altéré, il est perdu à jamais.» Ce site, au demeurant, est très apprécié des artistes qui viennent y peindre le paysage bucolique, agreste, pastoral qui se présente à leurs yeux.Ils y tiennent des symposiums pour le plaisir des yeux et l\u2019harmonie des lieux.Qu\u2019il suffise de rappeler l\u2019émouvant tableau champêtre de Mme Claude de Lorimier, en 2006, artiste peintre passionnée de Saint-Vallier de Bellechasse.Toutes les caractéristiques du lieu y figurent.Mais elle y a ajouté une vie, qui est la sienne.Les couleurs y sont plus douces.Plus soyeuses sont les teintes.Le tableau respire la sérénité.Elle embellit le paysage, en quelque sorte, sans l\u2019altérer.Des fleurs sauvages apparaissent au premier plan, évoquant sans doute ces plantes menacées dont parle souverainement Gisèle Lamoureux, botaniste renommée, qui a étudié les plantes de ce site et ses tourbières millénaires.Elle en conclut que cette végétation est unique et qu\u2019on ne saurait la détruire ou la déplacer sans causer un tort irréparable à la valeur de cet environnement.Toute la douce Côte-du-Sud, d\u2019ailleurs, est devenue célèbre depuis qu\u2019elle a été signalée par Philippe Aubert de Gaspé dans Les Anciens Canadiens, il y a 250 ans.On ne peut marcher, dit-il, « le long du fleuve Saint-Laurent, sans être touché des beautés de la nature qui nous environnent de toutes parts » (chapitre trois).On peut même rappeler que le baron 41 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 de La Hontan, compagnon de Frontenac, en 1684, écrivit, sur l\u2019estuaire de Québec, qu\u2019il y découvrait « la veüe la plus belle et la plus étendue qui soit au monde » (Lettre III).Rien de moins ! Devant, derrière et sur les côtés du site, des terres agricoles fertiles sont en exploitation depuis 350 ans, protégées qu\u2019elles sont par la Loi québécoise sur la protection du territoire agricole.Des générations continues de pionniers ont tenu le phare.Ils ont semé, récolté, engrangé et peiné pour sauver la terre arable de l\u2019empiétement inexorable de la forêt, qui guette toujours sa chance de reconquérir ses droits.L\u2019hiver y ajoute candidement ses glaces anarchiques qui n\u2019obéissent à aucune règle.Elles s\u2019entrechoquent librement, se rudoient souvent, se houspillent parfois, en émettant une plainte étrange dont on ne sait jamais si elle est douloureuse ou délectable.Un bruit qui ressemble à un bruissement, non à une clameur, malgré les apparences, se répand sur toute la surface de l\u2019eau et couvre d\u2019une douce musique tous les froissements du vent.Pourtant, la navigation continue.Les bateaux se fraient résolument un chemin dans le chenal d\u2019à peine 800 mètres de largeur.Les chalutiers, les caboteurs, les pétroliers, les cargos, les vraquiers et les minéraliers vont et viennent, se suivent et se croisent.Ils nourrissent, pourvoient, ravitaillent, approvisionnent.Jour et nuit, une multitude de vaisseaux de tout gabarit et de toute nature empruntent le fleuve pour se rendre loin à l\u2019intérieur des terres.Leur fréquence croissante risque de devenir excessive.Il faudra sans doute gérer leur nombre et leur jaugeage, non les augmenter indûment.La présence des glaces dans le coude du fleuve, en aval de Québec, rend cette circulation particulièrement périlleuse. 42 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 L\u2019été, tout en haut d\u2019un quai improbable que Rabaska projette de construire, des résidants embellissent leur lopin de terre en plantant des fleurs et des arbustes pour créer un premier plan ravissant de leur environnement.Chaque printemps, ils reprennent leur plantation comme si aucune menace ne devait perturber leurs habitudes, leurs usages, leurs routines.Quand le soleil se couche, les mots manquent pour décrire le saisissement profond qui nous fige sur place et nous rend muets devant la grande beauté du décor.Il y a des paysages plus grandioses, plus majestueux, plus imposants, mais aucun n\u2019est plus émouvant que cette voie fluviale étale, d\u2019une force tranquille, qui s\u2019impose sans sévir, commande respect et admiration par sa discrétion et sa décence.Il nous vient à l\u2019esprit une grande supplique : Ne laissons pas détruire la beauté de la terre ! Un jour, pourtant, des promoteurs sont venus.Ils ont convoité Beaumont pour installer un quai en eau profonde et une usine de regazéification de leur gaz naturel liquéfié.La population a refusé par referendum.Qu\u2019à cela ne tienne ! Ils sont allés à quelques centaines de mètres plus loin, vers l\u2019ouest, dans la ville voisine de Lévis, qui regroupe dix villes de la Rive-Sud, depuis 2002.Elle s\u2019apparente ainsi à l\u2019ancienne Seigneurie de Lauzon, créée en 1636, selon un bref historique de la ville, sur internet.« Tôt à l\u2019origine de la Nouvelle-France et jusque sous le régime anglais, est-il écrit dans cet historique, cette seigneurie avait assuré le peuplement et la mise en valeur des vastes étendues visibles des hauteurs de Québec, par delà le Saint-Laurent ».Le travail cumulé d\u2019une longue suite de générations a façonné un milieu dont les Lévisiens sont les héritiers.Ce n\u2019est donc pas par ignorance de la valeur du 43 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 territoire que le conseil municipal a consenti à aliéner plusieurs hectares de Ville-Guay à une exploitation industrielle.On peut même remonter loin dans le temps et découvrir que la ville de Lévis était habitée depuis des siècles.Une magnifique pointe de flèche, trouvée dans l\u2019arrondissement de Saint-Romuald par Jean-Yves Pintal, archéologue, atteste que le lieu a été occupé par des Amérindiens dès les années 5500 avant notre ère.Comment expliquer qu\u2019une telle richesse historique n\u2019ait pas retenu les élus de Lévis de brader leur territoire ?La précieuse histoire des lieux, le patrimoine identitaire de l\u2019ancienne seigneurie, les legs successifs des terres, le passage des troupes anglaises lors de l\u2019invasion de Québec, en 1759, tout militait fortement contre une nouvelle invasion industrielle, en particulier sur le site remarquable de Ville-Guay dont l\u2019ouverture sur une scène ravissante a été décrite précédemment.Pourtant, le conseil de cette nouvelle ville a accueilli à bras grand ouverts le projet d\u2019un port méthanier, précisément sur ce site singulier.On ne saurait comprendre, sans une indifférence scandaleuse des élus, qu\u2019on ait pu songer, un instant, à sacrifier ce précieux héritage contre un plat de lentilles, comme le fit Ésaü qui vendit son droit d\u2019aînesse à Jacob.« Ici, écrit Pierre Boucher, le plat de lentilles, c\u2019est 10 millions $ de taxes municipales qu\u2019une société commerciale verserait annuellement pour qu\u2019on accueille son dispositif de transport énergétique à haut risque écologique (Le Soleil, 8 août 2005).» Ce plat de lentilles est même plus vénal que ne le montre monsieur Boucher.La loi 240, votée par l\u2019Assemblée nationale le 18 décembre 2007 et sanctionnée le 21 décembre de la même année, porte la mise à un demi-milliard de dollars, 44 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 sur 50 ans.Cette loi ratifie légalement une entente antérieure entre Rabaska, compagnie en commandite formée de Gaz Métropolitain, Enbridge, Gaz de France, Gazprom, et la ville de Lévis.Celle-ci concède un terrain de 128,49 ha pour des fins industrielles, bien que le projet n\u2019en requiert que 37.En contrepartie, la Ville autorise une extension éventuelle de l\u2019entreprise.Ce genre de troc sur le dos de la population est difficilement qualifiable.Un paragraphe de la loi est fort révélateur de la concession consentie aux trafiquants de lentilles.Si, après la date de mise en exploitation du projet, de nouvelles installations sont requises pour augmenter les capacités de stockage du gaz naturel liquéfié ou de gazéification du terminal, elles doivent être localisées à l\u2019intérieur du territoire décrit à l\u2019annexe D (soit 128,49 hectares) et être conformes, relativement aux règlements d\u2019urbanisme, à ceux en vigueur au moment de la délivrance du permis de construction du projet.Le projet présenté par Rabaska ratisse large, déjà.Les 37 hectares prennent l\u2019allure d\u2019un nivelage drastique du terrain.Il ne reste que des structures industrielles.Il prévoit la présence d\u2019une jetée de 600 m dans le Saint-Laurent pour y accueillir des méthaniers portant leur cargaison jusqu\u2019à 216 000 m3 de GNL.Un conduit d\u2019environ 1,3 km transportera le GNL jusqu\u2019à une usine érigée sur le fameux plateau de Ville-Guay.La conduite cryogénique doit gravir la falaise d\u2019une élévation de 76 m pour y parvenir.Deux immenses réservoirs de béton et d\u2019acier sont prévus, chacun s\u2019élevant à 46 m avec un diamètre de 90 m.Quatre cheminées surgiront des unités de conversion du GNL.De plus, une torchère de 60 m se situera au sud du site.Et ce n\u2019est pas tout.Près de 133 familles de Lévis et de Beaumont seront affectées par cette installation géante et n\u2019auront d\u2019autre choix que de vendre ou de déménager pour faire place à la fameuse zone tampon qu\u2019exige un terminal méthanier.Elles devront quit- 45 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 ter leurs terres ancestrales pour se conformer aux normes de sécurité internationales que des étrangers seront venus leur imposer.On pouvait penser que des projets de GNL devaient forcément chercher à s\u2019installer dans des endroits non habités pour respecter ces mesures de sécurité.Dans le cas de Rabaska, il n\u2019en fut rien.On a préféré s\u2019implanter dans une zone d\u2019habitations, quitte à chasser les habitants de leurs foyers.C\u2019est tellement gros qu\u2019on a demandé à M.Robert Tessier, initiateur du projet, pourquoi il rachetait autant de propriétés.La réponse fut stupéfiante.« On n\u2019avait pas le choix, car on devait créer une zone d\u2019exclusion de plus d\u2019un kilomètre autour des installations ».C\u2019est proprement ahurissant d\u2019entendre de la bouche du président en exercice de Gaz Métro une réponse aussi cynique.Nombre de citoyens des deux rives n\u2019osaient croire que le ministre du Développement durable puisse soumettre un tel projet au Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE).De fait, le ministre Thomas Mulcair a refusé de le faire.Il fut congédié sur-le-champ.Son successeur a ordonné à ce bureau d\u2019audiences d\u2019entendre les citoyens sur la recevabilité du projet, comme il arrive pour tous les autres projets de même nature.Qu\u2019est-il arrivé ?Les trois commissaires du BAPE ont entériné servilement le projet des promoteurs.Qu\u2019arrivera-t-il ?La tourbière de douze hectares qui s\u2019appelle tourbière Pointe-Lévis sera une perte totale.Ce sera l\u2019équivalent, selon la botaniste Gisèle Lamoureux, de « faire disparaître un lac de quarante-sept hectares ».Cette tourbière a quatre mille huit cents (4800) ans d\u2019âge et elle a capté du carbone, tout ce temps.La détruire, c\u2019est libérer des tonnes de CO2.On y note, en outre, la présence de deux plantes endémiques menacées, la gentiane et la cicutaire de 46 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Victorin, plantes qui ne se retrouvent qu\u2019au Québec, étant des survivantes de la fin de l\u2019ère glaciaire.Ces spécificités avérées par des spécialistes de haut calibre s\u2019ajoutent donc aux autres raisons historiques de refuser le projet.Il faut imaginer, de surcroît, un méthanier en train de tourner dans le chenal étroit avec ses quatre remorqueurs pour comprendre la nuisance pour la navigation courante que peut engendrer ce virage dans un coude du fleuve et le danger que présente sa cargaison de gaz naturel liquéfié pour tous les riverains.Les promoteurs ont eu recours à une simulation qui se veut la plus fidèle possible, car aucun de ces navires ne s\u2019est jamais aventuré dans le Saint-Laurent.Ailleurs, les quais des méthaniers se situent en retrait de toute route navigable.Le quai de Rabaska, au contraire, est prévu directement sur l\u2019unique voie de navigation.La commission ne s\u2019est guère souciée de ces embarras, ni des atteintes à la santé, ni des préjudices pour l\u2019environnement.Dans un article publié dans la revue Relations (septembre 2008) le collectif Stop au méthanier présente clairement et pertinemment tous les dangers que comporte un port méthanier, à Ville-Guay.Il sera une source majeure d\u2019émission de polluants et de gaz à effets de serre, une menace au niveau de la sécurité et de la santé, une dégradation du patrimoine historique, naturel et agricole.Pour l\u2019évaluation des risques, d\u2019ailleurs, la commission s\u2019en est remise aux promoteurs.Elle écrit : « Selon le promoteur, son évaluation des risques serait conforme aux exigences des deux paliers de gouvernement » (Rapport, p.131).Une servilité totale ! Mais que fallait-il attendre des audiences publiques du BAPE ?Les commissaires, il est vrai, ont prêté serment.Dans ce serment, les membres du BAPE souscrivent à un 47 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 code d\u2019éthique et de déontologie rigoureux reposant sur l\u2019équité, l\u2019intégrité, l\u2019impartialité et la transparence.Une analyse fouillée a montré qu\u2019ils n\u2019ont respecté aucun de ces quatre critères.Bien au contraire, le président Qussaï Samak a sans cesse tenté de nous convaincre que le chauffage des maisons à l\u2019électricité, énergie propre s\u2019il en est une, était une grossière erreur.Le commissaire Jean Paré a même confessé avoir lui-même changé son chauffage pour le convertir au gaz naturel avec une subvention généreuse de Gaz Métro, le promoteur du projet, dont il devait être le juge impartial.Les trois commissaires devaient bien savoir que Jean Charest avait déclaré, bien avant la création de la commission d\u2019enquête, que « l\u2019aménagement de ports méthaniers représente une bonne occasion d\u2019affaires pour le Québec » (le mardi 3 mai 2005).Dans ces circonstances, il est bien difficile de ne pas penser que la commission était plus réceptive aux arguments des promoteurs qu\u2019à ceux des opposants.Ces derniers ont présenté des mémoires documentés, lucides, critiques.Il serait trop long de les énumérer, mais rappelons qu\u2019ils ont été soumis et défendus par des universitaires, des chercheurs, des enseignants, des ingénieurs, des médecins, des chimistes, des biologistes, des avocats, des journalistes, des artistes, des comédiens, des géographes, des producteurs agricoles, des syndiqués, des émigrés, des résidants.Toutes ces personnes de grande valeur, versées dans l\u2019analyse et l\u2019examen critique, ont été ignorées dans l\u2019analyse finale du projet.La commission Samak s\u2019est contentée de signaler leurs contributions sans les prendre en compte.Elles avaient le vilain défaut d\u2019être des opposants et les commissaires semblaient avoir l\u2019ignoble travers de rejeter les mémoires 48 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 des opposants.Pour faire le comble, la commission a refusé de recourir à des évaluations indépendantes, bien que son mandat l\u2019y autorise.Elle a plutôt longuement discuté de l\u2019économie et spéculé sur le marché du gaz, alors que sa raison d\u2019être est l\u2019environnement.Les commissaires se sont discrédités en adoptant les intérêts des promoteurs et du gouvernement, en lieu et place des intérêts de la population.Où est passée l\u2019acceptabilité sociale ?Pour sauver la mise, les opposants pouvaient encore compter sur la commission de la protection du territoire agricole.Alors que cette commission annonçait qu\u2019elle refuserait ce projet Rabaska, le ministre Béchard lui retirait le dossier, violant ainsi cinq lois provinciales.Pour ne rien dire de cette autre loi sur l\u2019interdiction de vendre des terres agricoles à des étrangers.L\u2019infamie était à son comble.Les commissaires ont piétiné la mission, le mandat, l\u2019intégrité et la crédibilité du BAPE.En conclusion, on peut dire que la longue et onéreuse bataille pour sauver le site de Ville-Guay avec son environnement mémorable, qui inclut l\u2019estuaire du Saint-Laurent, l\u2019île d\u2019Orléans, le Chenal du Nord et la ville de Québec, a été perdue par la mauvaise foi des commissaires et des ministres du gouvernement.Les uns et les autres n\u2019ont jamais voulu prendre en compte la localisation du projet Rabaska.Celui-ci constituait une monstrueuse bévue commise par des intérêts privés, sans aucun égard pour la valeur historique, patrimoniale, ancestrale, paysagère du lieu.Le décret 9182007 scellait cette gaffe et autorisait la réalisation du projet.La suite n\u2019est pas scellée, cependant, et l\u2019opposition s\u2019élargit et se raffermit avec le temps.? 49 ARTICLES Matthias Rioux* ILS ONT PERDU LA CARTE! Le texte « La démocratie participative fait peur », publié dans le numéro de L\u2019Action nationale (février 2009), dénonçait l\u2019atonie de la classe politique québécoise à l\u2019endroit du mode de scrutin.Nous soulignions alors les contradictions grossières des partis représentés à l\u2019Assemblée nationale sur cet aspect pourtant fondamental de notre démocratie représentative.Toutes et tous aiment discourir sur la pertinence d\u2019inclure des éléments de représentation proportionnelle dans le mode de scrutin.Ultimement, ce sont les intérêts partisans et à courte vue qui l\u2019emportent, trahissant outrageusement le programme électoral de leur parti.S\u2019agissant de la carte électorale, la situation n\u2019est guère plus reluisante.Le gouvernement et l\u2019opposition se sont réfugiés jusqu\u2019à ce jour dans un attentisme méprisant à l\u2019endroit de la Commission de la représentation électorale (CRÉ) et de la Loi qu\u2019elle administre.À toutes les deux élections on impute à la CRÉ, la responsabilité du psychodrame lancinant de la mise à jour de la carte électorale.Ce faisant, les politiciens utilisent la Commission (une institution qui relève du Parlement), comme exutoire pour camoufler leur déraison.Cela illustre leur incapacité à formuler des recom- * Enseignant, journaliste et syndicaliste, l\u2019auteur a été élu député du Parti québécois à l\u2019Assemblée nationale en 1994 et 1998. 50 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 mandations pouvant améliorer la proposition de la CRÉ, ou mieux, proposer un modèle « alternatif» de délimitation des circonscriptions.Certes, la dernière proposition de la CRÉ, rendue publique en mars 2008, est dérangeante, voire décevante à certains égards.C\u2019est notamment le cas pour l\u2019Est-du-Québec qui perdrait deux circonscriptions, alors que la grande région métropolitaine de Montréal en gagne trois.Comme le bien, les bonnes nouvelles font peu de bruit et les « ajouts indispensables » de circonscriptions sont passés presque inaperçus.Quant aux « retraits inévitables » de circonscriptions, c\u2019est principalement dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie qu\u2019ils se répercutent.Les députés et les élites locales et régionales ont vociféré leur indignation.La dénonciation est unanime : la disparition de deux circonscriptions « c\u2019est une perte de poids politique et on va se battre » déclare, altière, la députée et ministre Nathalie Normandeau.Elle appelle à la mobilisation, voire à la formation d\u2019un front commun, pour lutter contre cette agression.Le député Pascal Bérubé, soutient que « mettre Matane et Gaspé dans le même comté, cela n\u2019a aucun sens » Il avoue son incapacité à donner un bon service aux citoyens dans de telles circonstances.La représentante de Matapédia, Danielle Doyer ne fait pas dans la dentelle : « Une aberration complète et totale ».Elle ajoute qu\u2019« il faut changer la Loi ».Oui, mais comment ?Le député Claude Béchard, n\u2019est guère plus tendre ; « cette proposition n\u2019a aucun sens » [.] d\u2019« envoyer le Témiscouata avec Rivière-du-Loup et le Kamouraska qui s\u2019en iraient vers Montmagny-L\u2019Islet », c\u2019est charcuter trois MRC, placer la nouvelle circonscription « à cheval sur deux régions administratives essentiellement différentes », brisant ainsi des liens économiques et sociaux vieux de 35 ans.Sans être explicite, le député analyse que la proposition est contraire aux principes selon lesquels les 51 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 électeurs doivent être regroupés au sein de « communautés naturelles », et en tenant compte « des frontières naturelles du milieu et des limites des municipalités ».Au-delà de la rhétorique, émerge une odeur de statu quo.Pour les députés péquistes et libéraux de l\u2019Est du Québec, le maintien de l\u2019édition 2001 de la carte électorale serait accueilli comme un accommodement raisonnable.D\u2019autant que se manifeste dans leur discours la peur d\u2019œuvrer dans des circonscriptions immensément grandes, rendant leur métier de médiateur difficile, voire impossible à exercer.Les distances à parcourir par les électeurs seraient telles que l\u2019accès au député s\u2019en trouverait compromis.Un aspect bien présent du débat dont personne ne parle est l\u2019arrivée d\u2019un contingent de nouveaux électeurs qui modifierait la coloration politique de la nouvelle circonscription.Celle-ci peut devenir à risque pour la réélection du député en exercice.De là, la virulence des déclarations à l\u2019endroit de la CRÉ puisque ses recommandations peuvent changer la tâche du député, et même menacer sa carrière politique.À la suite des commentaires bruyants évoqués plus haut, le ministre Benoit Pelletier, responsable du dossier, s\u2019est fait rassurant.Comme pour calmer le jeu, ses remarques sur la proposition de la CRÉ deviennent lénifiantes, voire soporifiques.Le ministre responsable a des bons mots autant pour les satisfaits que pour les inquiets.Il explique que nous sommes en présence de deux principes différents, qui sont à la base de notre démocratie, et qu\u2019il importe de les concilier.Le premier consiste à respecter les « régions très urbanisées, très peuplées » qui plaident en faveur d\u2019une représentation équitable de leur population à l\u2019Assemblée nationale.Voilà pour « le principe de la représentation selon la population » qualifié par lui et par d\u2019autres de « rep by pop ».L\u2019autre prin- 52 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 cipe, tout aussi légitime, réside dans le fait que les « régions moins peuplées et éloignées » ont le droit d\u2019être bien représentées afin de protéger « leur poids politique à l\u2019intérieur du système ».Sans jamais s\u2019engager, comme pour gagner du temps et faire taire les mécontents, le ministre se fait l\u2019affidé des apparatchiks et tient des propos apaisants à l\u2019endroit de tous ceux et celles qui sont visés par la réforme et en appelle aux partis d\u2019opposition pour trouver un nouvel équilibre entre les urbains sous-représentés et les ruraux surreprésentés au sein du Parlement.Notre éminent constitutionnaliste, redevenu professeur depuis et de loin le meilleur des libéraux devenu humoriste quand il convie les partis d\u2019opposition à se joindre au gouvernement minoritaire de l\u2019époque afin de trouver la bonne solution.Comme pour le mode de scrutin, le ministre invite les parlementaires à une vaste séance de bavardage.Les députés mécontents ou menacés de perdre leur poste parce que leurs circonscriptions sont supprimées ou reconfigurées répéteront les arguties qu\u2019ils ont servies à la CRÉ lors de sa tournée régionale.Assisterons-nous à nouveau au front commun des libéraux et des péquistes pour sauver les deux circonscriptions de l\u2019Est du Québec ?Rien n\u2019est moins certain.Quant à l\u2019ensemble du dossier, il va se perdre, lui aussi, dans les méandres de la politique politicienne.À l\u2019image du mode de scrutin, les parlementaires démontreront leur inaptitude à dégager un consensus.La Cour suprême, encore elle! Dans leur indignation, les députés semblent oublier que la CRÉ et son équipe exécutent leur mandat selon les prescriptions de la Loi électorale à son article 19 et proposent ainsi une révision des délimitations des circonscriptions pour les rendre plus équitables en tenant compte des changements 53 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 importants qu\u2019a connus la population électorale du Québec depuis la dernière révision de 2001.Un mandat délicat qui doit être exécuté avec la rigueur et le doigté qu\u2019impliquent les contraintes de la Loi, notamment celle de la représentation effective des électeurs.Cette nouvelle notion, imposée aux législatures provinciales par la Cour suprême du Canada (affaire Carter Saskatchewan (1991), prend la forme d\u2019un droit garanti à l\u2019électeur par la Charte des droits et libertés, une Charte enchâssée dans la Constitution de 1982, que le Québec n\u2019a pas signée.Dès lors, le principe de « l\u2019égalité absolue du vote des électeurs » comme critère de délimitation territoriale est remplacé par celui de « la représentation effective des électeurs ».Même si l\u2019égalité du vote entre les électeurs est en principe maintenue, elle devient relative puisqu\u2019un ensemble de critères sociodémographiques est requis pour assurer le caractère effectif de la représentation.Le principe d\u2019égalité devient davantage ténu si l\u2019on ajoute l\u2019élasticité de la règle du plus ou moins 25 % d\u2019écart possible par rapport à la moyenne nationale de 45 207 électeurs (si l\u2019on considère la situation qui prévalait quand la CRÉ à préparé sa dernière proposition de carte électorale).En incluant à la panoplie, le pouvoir discrétionnaire utilisé par la CRÉ pour s\u2019éloigner davantage de la règle du plus ou moins 25 % évoquée plus haut, on découvre les limites du modèle juridique en usage.La preuve fut faite en 2001 lorsque la CRÉ a décidé de maintenir quatre circonscriptions en Gaspésie (29 000 électeurs en moyenne) et de garder intacte celle d\u2019Ungava (23 000 électeurs éparpillés sur 50 % du territoire québécois) ainsi que la circonscription des Iles-de-la-Madeleine (10 000 électeurs), exception reconnue par la Loi.La révision périodique de la carte électorale n\u2019est pas une démarche innocente, loin s\u2019en faut.Des études ont démontré que le Québec est passé, entre les années 1972 et 2000, d\u2019une société la plus égalitaire au chapitre de la représen- 54 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 tation électorale à l\u2019une des plus inégalitaires du pays voire du continent.Depuis l\u2019an 2000, le retard du Québec en la matière s\u2019est accentué.Lors du dépôt de la proposition de la CRÉ, le 12 mars 2008, 20 circonscriptions étaient en situation dite « d\u2019exception » c\u2019est-à-dire que leur nombre d\u2019électeurs était inférieur ou supérieur de 25 % par rapport à la moyenne nationale de 45 207 électeurs.Depuis, ce nombre est passé de 20 à 28 circonscriptions dites « d\u2019exception » au 31 janvier 2009.C\u2019est hallucinant.D\u2019une révision à l\u2019autre, la CRÉ n\u2019arrive pas à corriger les inégalités entre les ruraux et les urbains.Si bien que certains électeurs ont aujourd\u2019hui deux fois le poids politique d\u2019autres électeurs représentés à l\u2019Assemblée nationale.Nous nous dirigeons, à la vitesse grand V, vers une aberration.Un tel état de fait ne semble pas émouvoir le gouvernement et les partis d\u2019opposition.À ce jour, bien des embûches se sont dressées sur la route de la CRÉ pour l\u2019empêcher de faire son travail et de franchir les étapes conduisant à l\u2019adoption de la nouvelle carte électorale avant la dissolution de l\u2019Assemblée et le déclenchement des élections générales du 8 décembre dernier.Le sans-gêne des autorités est allé jusqu\u2019à vouloir stopper les auditions publiques de la CRÉ à travers le Québec, d\u2019avril à juin 2008.Les apparatchiks des partis on même invoqué le départ du président Michel Bissonnette pour différer la prise en considération, par la Commission de l\u2019Assemblée nationale, de la proposition de la CRÉ, avant le dépôt de son deuxième rapport.Pourtant, l\u2019Assemblée nationale compte trois vice-présidents permanents.Les personnes informées savent qu\u2019en l\u2019absence du président la première vice-présidente de l\u2019Assemblée nationale pouvait convoquer la CRÉ et son équipe afin de respecter les dispositions de l\u2019article 25 de la Loi électorale.Seuls les naïfs ont pu croire à un tel alibi de remise à demain.Comme si cela ne suffisait pas, on a excipé de la lourdeur de l\u2019agenda des tra- 55 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 vaux parlementaires de la fin de la session (juin 2008) pour refuser la présence obligé de la CRÉ devant la Commission de l\u2019Assemblée nationale, empêchant de la sorte le dépôt de son deuxième rapport et la tenue d\u2019un débat de cinq heures à l\u2019Assemblée nationale.Pendant ce temps, les gazettes, révélaient que le menu législatif du printemps dernier était l\u2019un des plus faméliques de toute l\u2019histoire de notre Parlement.La preuve que le ridicule ne tue pas.Que faire?Avant 1979, ce sont les élus qui procédaient à la délimitation des circonscriptions électorales.Un sujet sensible qui donnait lieu à des affrontements déchirants entre les familles politiques.Les travaux de la Commission permanente de la réforme des « districts électoraux » créée en 1971, et les changements majeurs apportés au système ont amélioré la représentation démocratique de 1972 : 7 sièges supplémentaires pour la grande région de Montréal ainsi qu\u2019un siège de plus pour les régions de Québec et de Sherbrooke.Ce vent de changement convainquait le législateur québécois de « dépolitiser » le sujet en déléguant la responsabilité de la décision finale en l\u2019espèce à la CRÉ en 1979.Depuis, le DGE et la Commission qu\u2019il préside ont acquis le respect des parlementaires et d\u2019une grande fraction de l\u2019opinion publique.Un retour en arrière est désormais impensable.Que le législateur veuille améliorer le système est légitime et n\u2019a rien d\u2019étonnant.Toutefois, toutes décisions de l\u2019Assemblée nationale ayant pour effet de s\u2019éloigner indûment des balises établies par la Cour suprême du Canada en regard de l\u2019égalité du droit de vote des électeurs et de la représentation effective de ceux-ci au sein des Parlements seraient contestées devant les tribunaux et susceptible d\u2019être invalidées par la Cour suprême. 56 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 D\u2019aucuns prétendent que les principes de l\u2019égalité du vote et de la représentation effective sont intimement liés et qu\u2019à la limite ils se complètent.S\u2019y opposer de façon cavalière est une entreprise risquée.La preuve est maintenant faite : les députés sont incapables de dégager des consensus sur les questions relatives à la démocratie représentative.On peut raisonnablement douter qu\u2019ils puissent s\u2019entendre sur une démarche commune et solidaire dans le but d\u2019amender les règles relatives à la délimitation des circonscriptions, et ce, sans aller à l\u2019encontre de l\u2019article 3 de la Constitution canadienne, relatif au droit de vote des électeurs.Au Canada, mentionnons que la Cour suprême a, en 1991 (affaire Carter-Saskatchewan), établi les balises constitutionnelles du droit de vote et du droit à la représentation qui en découle.À ce chapitre, la clause dérogatoire (nonobstant) ne peut être invoquée dans le but d\u2019amender la Constitution.Voilà matière à réflexion pour la représentation nationale.En attendant des jours meilleurs, le respect des institutions, en l\u2019occurrence la CRÉ est le choix qui s\u2019impose pour l\u2019heur aux parlementaires du Québec.Pour une Commission sur la démocratie représentative Une diversion bien calculée aura néanmoins permis aux députés de faire disparaître la proposition de la CRÉ de leur écran radar.Ce faisant, ils ont atteint un objectif commun : la tenue des élections de l\u2019automne dernier selon les délimitations électorales de 2001.On n\u2019arrête pas le progrès.Pour eux, il n\u2019y a plus d\u2019urgence et la réforme proposée par la CRÉ devient secondaire puisque les prochaines élections à l\u2019Assemblée nationale n\u2019auront lieu qu\u2019en 2012.Cette proposition est déjà vieille d\u2019un an (nous sommes en retard d\u2019un 57 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 scrutin) et elle ne peut demeurer indûment suspendue.Il est pressant que quelqu\u2019un sonne l\u2019alarme pour que la CRÉ complète son travail amorcé l\u2019an dernier, obligeant de la sorte les parlementaires à respecter la Loi électorale.Par-delà la joute partisane évoquée précédemment et à la lumière des faits exposés en lien avec la délimitation des circonscriptions électorales, un réflexe démocratique empreint de lucidité s\u2019empare de nous et vient transcender le débat : le goût de « casser la baraque », de faire table rase.Bref, s\u2019approprier un droit d\u2019inventaire en allant plus loin que la dictature des chiffres.La CRÉ est allée jusqu\u2019au bout de son arsenal juridique conventionnel, il faut désormais s\u2019associer à elle pour ouvrir de nouvelles voies à la représentation démocratique.Par ailleurs, le DGE, pourrait profiter des tergiversations entourant la nouvelle carte pour proposer à nos représentants la création d\u2019une Commission de la démocratie représentative indépendante (CDRI).Elle serait composée de 10 membres nommés par l\u2019Assemblée nationale, après consultation des organismes et personnes concernés.Sous la responsabilité de la CRÉ, son mandat serait d\u2019étudier des avenues nouvelles, originales, voire inédites, pouvant améliorer la représentation des populations locales et régionales au sein de l\u2019Assemblée nationale.Six membres de cette commission indépendante viendraient de la société civile et seraient choisis pour leur compétence ainsi que pour l\u2019intérêt qu\u2019ils accordent à la démocratie représentative.Les quatre autres seraient des ex-députés, émanant des partis politiques représentés au sein de l\u2019Amicale des anciens parlementaires du Québec.Un tel potentiel d\u2019expérience et d\u2019expertise pourrait être avantageusement mis à contribution par la nouvelle com- 58 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 mission, dont la composition contribuerait à sa compétence et à son indépendance, et qui pourrait s\u2019avérer un précieux outil pédagogique dans la recherche d\u2019une nouvelle adéquation entre les citoyens électeurs et leur territoire d\u2019appartenance.Bref, un outil de changement des mentalités pouvant contribuer à l\u2019avènement d\u2019une démocratie représentative plus respectueuse des particularités géographiques et démographiques qui caractérisent les régions, notamment les régions rurales faiblement peuplées.Aujourd\u2019hui, un Québécois sur trois habite la région de Montréal, alors qu\u2019un Français sur six habite la région parisienne.À ce rythme, la Gaspésie et les Iles-de-la-Madeleine n\u2019auront qu\u2019un seul député pour les représenter d\u2019ici 20 ans.Au cœur du débat sur la représentation, on retrouve la problématique de l\u2019occupation rationnelle du territoire et son corollaire, le développement local et rural.Qui nourrira les villes ?Qui habitera le territoire ?Un beau chantier en perspective pour la Commission de la démocratie représentative.? 59 ARTICLES Pierre Serré* L\u2019évolution de la dynamique électorale de 1991 à 2006 LE RECUL DU POUVOIR FRANCOPHONE L\u2019appartenance à l\u2019univers idéologique français est le déterminant premier du vote au Québec.La règle est la suivante : quiconque appartient au groupe des parlants français manifeste une allégeance nationale québécoise, se comporte comme les francophones et vote pour l\u2019un ou l\u2019autre des partis pour des raisons propres à son groupe d\u2019appartenance.Voter comme un francophone, c\u2019est être indépendantiste ou fédéraliste, c\u2019est voter pour un tiers parti ou s\u2019abstenir, voter pour une même famille de raisons.A contrario, quiconque appartient au monde anglophone va développer une allégeance nationale canadienne, votera en conséquence en faveur des partis préconisant l\u2019unité nationale du Canada, contre les partis souverainistes ou les partis nationalistes prônant une refonte des rapports intercommunautaires.Ce même individu pourra aussi voter pour des tiers partis ou s\u2019abstenir pour une autre même famille de raisons.On trouve peu de francophones partisans inconditionnels de l\u2019unité canadienne.En revanche, la plupart des anglophones le sont.En corolaire, la plupart des francophones, sans être nécessairement indépendantistes, sont d\u2019allégeance nationale québécoise tandis que la plupart des anglophones, sans être nécessairement anti-québécois, sont d\u2019allégeance nationale canadienne.Une partie d\u2019entre * Pierre Serré, Ph.D.sc.politique pierre.serre@sympatico.ca 60 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 eux ont un solide attachement au Québec, certains comprennent le nationalisme des francophones tandis que, marginalement, quelques originaux sont souverainistes.En définitive, seuls les francophones et les immigrés francophones ou francisés de première ou de deuxième génération sont porteurs du mouvement d\u2019indépendance.Les anglophones et autres anglicisés résistent systématiquement - on pourrait dire « dominent » tant leur poids électoral est capable de surpasser celui des francophones.Rien de nouveau.Le premier déterminant du vote règle le résultat des élections.Le vote des non-francophones, dont l\u2019impact électoral est gonflé par le mode de scrutin majoritaire, a été responsable de l\u2019élection des trois gouvernements Charest (2003, 2007 et 2008), de la victoire du gouvernement Bourassa en 1989 et, surtout, de la victoire des forces fédéralistes en 1995.Toute la vie politique du Québec est profondément imprégnée de ce vote déterminant.Il est, en réalité, totalement impossible de comprendre l\u2019évolution du Québec en ignorant l\u2019impact électoral des non-francophones, et notamment de l\u2019effet multiplicateur du mode de scrutin majoritaire sur leur vote.Sans ce vote artificiellement gonflé, le Québec se serait dégagé il y a longtemps de la tutelle politique du Canada anglais.Il est donc capital pour quiconque s\u2019intéresse à la politique québécoise de suivre attentivement son évolution démolinguistique, condition première de son expression politique.Quelle évolution démolinguistique dans les 15 dernières années (de 1991 à 2006) ?Le recensement de 2006 dénombrait 800 000 personnes nées à l\u2019étranger, dont la moitié immigrées depuis 1991.Il dénombrait également 1,250 million de personnes immigrées de première ou de deuxième génération.Ces effectifs L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 ne se sont pas ajoutés pas aux populations « natives » sans que cela n\u2019ait eu d\u2019impacts sur la répartition des sièges lors des élections.Comprenons d\u2019abord ces nombres : ces populations sont plus nombreuses que les habitants de la région métropolitaine de Québec.Elles font deux à trois fois le poids de la population de l\u2019Estrie, du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la Mauricie, de l\u2019Outaouais, et cinq à six fois le poids de plusieurs autres régions.Seules l\u2019île de Montréal et la Montérégie ont un poids démographique supérieur à ces effectifs immigrés de première et de deuxième générations.Comprenons ensuite leurs implications sur les rapports entre francophones et anglophones.Tout d\u2019abord, une part importante des immigrés s\u2019anglicisent ici-même au Québec, à Montréal.Beaucoup n\u2019ont jamais été sélectionnés par l\u2019immigration québécoise.Par leurs origines, par leurs choix linguistiques tournés vers l\u2019anglais, près de la moitié d\u2019entre eux aident à renchausser la taille de la communauté anglophone, à favoriser la survie et l\u2019expansion de ses institutions (telles les universités McGill et Concordia), à renforcer l\u2019usage de l\u2019anglais au travail, à faire travailler les francophones en anglais, à valoriser l\u2019usage de l\u2019anglais au travail par les francophones eux-mêmes, puis par les immigrés.En vertu de l\u2019impact de leur vote monolithique gonflé artificiellement par le mode de scrutin, ces effectifs offrent un Québec affaibli face à l\u2019ultranationalisme des Canadiens anglais.Au Québec, ils rabaissent toute volonté politique des francophones qui vise à redonner aux francophones une juste place dans leur propre État, ils contribuent à maintenir sous tension les problèmes intercommunautaires de la métropole, ils favorisent le maintien d\u2019un développement séparé pour chaque communauté, ils renforcent la multiplication des institutions à vocation ethnoculturelle unique, et ils repoussent l\u2019avènement d\u2019une société véritablement laïque et intégratrice. 62 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Ces populations s\u2019ajoutent à celles déjà installées au Québec.Elles influencent directement le poids relatif des francophones et des anglophones.Le 5 décembre 2007, les nouvelles données du recensement de 2006 sur la langue ont confirmé l\u2019évolution déclinante du français depuis 25 ans : les francophones, tels que définis selon la principale langue d\u2019usage à la maison, ont connu un recul saisissant de leur poids au Canada.Par rapport à 1971, ce poids est passé de 26 % à 21 % en 2006.La même cause produisant le même effet, le poids des francophones a aussi diminué dans l\u2019ensemble du Québec, passant de 83,1 % en 1971 à 81,8 % en 2006, soit une diminution de 1,3 % en 25 ans.En regard de la langue maternelle, le poids des francophones n\u2019a même jamais été aussi bas depuis 1931.À 79,6 % en 2006, il est dorénavant tombé en-deçà du seuil des 80 %.Simplement entre 2006 et 2001, sur l\u2019île de Montréal, le français défini selon la langue maternelle a connu un recul spectaculaire de 3,4 %.Représentant 49,8 % de la population insulaire, les francophones n\u2019y sont maintenant plus majoritaires.Même les gains découlant des substitutions linguistiques en faveur du français n\u2019y peuvent rien : selon la langue parlée le plus souvent à la maison, on observe un recul de 2,1 % de 2001 à 2006, alors que la proportion de francophones passait de 56,4% à 54,3%.L\u2019évolution basée sur quatre recensements : la résolution des problèmes de comparaison Les données de recensement précédentes sont des données brutes, difficilement comparables sans qu\u2019elles ne soient corrigées pour améliorer leur comparabilité, ce que nous avons fait.Nous avons ici choisi de corriger les données de 2006 pour les faire concorder avec celles de 1991 et de 1996.Les changements apportés aux questionnaires de 2001 et de 2006 ont effectivement compliqué les compa- 63 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 raisons puisque, contrairement aux questionnaires de 1991 et de 1996, ils donnaient préséance au français sur l\u2019anglais dans les questions et les réponses du questionnaire.Il a été démontré que cette simple inversion a subséquemment influencé à la hausse la part du français dans les réponses.Cela signifie que les données de 1991, en vertu de questionnaires inverses, sous-évaluaient le poids du français, tandis que celles de 2006 se rapprochaient sans doute davantage d\u2019un portrait plus juste de la situation.De fait, pour obtenir l\u2019heure juste, il aurait été nécessaire de publier la moitié des questionnaires en français et l\u2019autre moitié en anglais, et de les distribuer ensuite de manière aléatoire dans la population.Le résultat aurait été un questionnaire parfaitement neutre.Faute d\u2019idéal, les données de recensement de 1991 et de 1996 ont été prises comme base de comparaison et nous avons ramené les données de 2006 à des données comparables avec celles de 1991 et de 1996.On ne peut prétendre que les données de 1991 et de 1996 soient globalement plus précises que celles de 2006.Notre analyse est basée sur un choix qui permet la comparaison entre les recensements.Nous avons d\u2019abord pris en compte la surreprésentation des allophones parmi les personnes non dénombrées en 1991.Nous avons ensuite inclus dans l\u2019analyse des données de 2006 l\u2019ampleur moindre, en réalité, des substitutions linguistiques dans l\u2019ensemble des populations allophones, de même que la proportion également inférieure des substitutions obtenues par le français par rapport à l\u2019anglais.Ces deux dernières corrections découlaient des changements apportés aux questionnaires de 2001 et de 2006.Les données ainsi corrigées ne présentent pas le poids « exact » des différents groupes linguistiques.Elles fournissent seulement des données pour fins de comparaison, 64 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 permettant d\u2019observer de manière plus juste l\u2019ampleur de la baisse du poids des francophones.Bref, pas plus que celles de 1991, les données de 2006 ne sont les « bonnes données ».Dans la présente analyse, seul le sous-dénombrement du recensement de 2006 demeure sans correction puisque, selon les conclusions du spécialiste de la question, le mathématicien Charles Castonguay, on ne peut trouver de biais favorisant systématiquement la surreprésentation ou la sous-représentation de l\u2019un ou l\u2019autre groupe linguistique.Grâce à cette amélioration de la comparabilité des données de 1991 et de 2006, nous concluons que le poids de la population francophone (selon la langue le plus souvent parlée à la maison) a diminué entre 1991 et 2006, non pas de 1,2 %, 1,5 % et 3,1 % respectivement pour l\u2019ensemble du Québec, la région métropolitaine de Montréal et l\u2019Île de Montréal, mais de 1,3 %, 1,9 % et 3,9 %.Pour l\u2019ensemble du Québec, le poids des francophones a reculé de 82,8 % en 1991 à 81,5 % en 2006, de 69,7 % en 1991 à 68,5 % en 2006 dans la région métropolitaine, et de 57,0 % en 1991 à 53,1 % en 2006 sur l\u2019Île de Montréal.Bref, avant même de tenir compte du sous-dénombrement de la population en 2006 (qui sous-évalue naturellement les allophones), la diminution du poids du français de 1991 à 2006 est en réalité plus importante que ce que n\u2019en disaient les données de recensement brutes.Ce procédé utilisé pour améliorer la comparabilité des données de 1991 et de 2006 peut être appliqué au niveau des quartiers de la métropole, ce qui permet d\u2019utiliser ces derniers pour retracer l\u2019évolution démolinguistique survenue dans les différentes circonscriptions de la région de Montréal.Disposant d\u2019un profil « corrigé » des circonscriptions, il est alors possible d\u2019examiner les conséquences de l\u2019évolution des quinze dernières années sur l\u2019alternance partisane et sur le caractère plus ou moins vulnérable de l\u2019ensemble de la région. 65 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Les conséquences de l\u2019évolution démolinguistique sur la dynamique électorale Malgré l\u2019évolution inquiétante du français précédemment décrite, il reste possible que davantage de circonscriptions fassent partie du groupe sélect des circonscriptions qui bénéficient de l\u2019alternance partisane, et cela en vertu d\u2019une augmentation locale de la proportion de francophones.Cette augmentation pourrait avoir été suffisante pour avoir intéressé les partis tirant leurs appuis de l\u2019électorat francophone.Ainsi, les circonscriptions qui comptaient moins de 75 % de francophones (selon la langue la plus souvent utilisée à la maison) sur l\u2019Île de Montréal (a fortiori quand ces circonscriptions sont situées en plein centre de la métropole, telles Mercier, Sainte-Marie-Saint-Jacques et Gouin) et moins de 80 % dans sa Couronne (Laval, rive nord et rive sud) ont presque toujours été remportées par le Parti libéral du Québec au provincial et par le Parti libéral du Canada (quelques rares fois par le Parti conservateur) sur la scène fédérale.Dès que l\u2019une d\u2019entre elles compte plus de 75 % de francophones sur l\u2019Île de Montréal ou plus de 80 % dans la couronne de Montréal, elle devient compétitive, c\u2019est-à-dire susceptible de changer de parti.Toutefois, quand plus d\u2019un parti est en mesure de rivaliser dans l\u2019électorat francophone, les circonscriptions massivement francophones entrent alors dans un jeu électoral hyperactif, rendant compétitives toutes les circonscriptions massivement francophones, ou encore, des circonscriptions comptant des proportions sensiblement moindres de francophones (dans les 65 % de francophones, comme en 1976 par exemple).De telles situations ont opposé le Parti québécois et la défunte Union nationale dans les années soixante-dix, le Parti québécois et le Parti libéral dans certaines périodes des années quatre- 66 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 vingts ou quatre-vingt-dix, ou encore le jeu à trois du Parti québécois avec le Parti libéral et l\u2019Action démocratique dans les années 2000.L\u2019évolution du nombre de circonscriptions comptant plus de 75 % francophones sur l\u2019Île ou plus de 80 % en banlieue est donc capitale pour comprendre l\u2019intérêt que portent les partis à la région métropolitaine.Dans une perspective de lutte à trois, par exemple, ou de « percée » chez les nonfrancophones, tout mouvement de francisation dans la tranche de circonscriptions comptant entre 65 % et 75 % de francophones sur l\u2019Île de Montréal, entre 70 % et 80 % dans la Couronne de Montréal, entre 80 % et 90 % hors Montréal favorise l\u2019obtention de la qualité de circonscription vulnérable, c\u2019est-à-dire susceptible d\u2019être conquise par plus d\u2019un parti.Quant aux circonscriptions comptant moins de 65 % de francophones sur l\u2019Île, moins de 70 % en Couronne ou moins de 80 % hors Montréal, tout mouvement de francisation les amène au seuil de compétitivité, là où tous les partis politiques commencent à développer un intérêt à leur endroit.Les tableaux suivants répartissent les circonscriptions selon leur degré de compétitivité et indiquent leur évolution linguistique entre 1991 et 2006.Les circonscriptions y sont présentées selon leur localisation sur l\u2019Île de Montréal (tableau 1, 28 circonscriptions) ou dans la Couronne de Montréal (tableau 2, 25 circonscriptions). 67 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Tableau 1 : Évolution des circonscriptions de l\u2019Île de Montréal de 1991 à 2006*, selon leur proportion de francophones* et leur caractère plus ou MOINS COMPÉTITIF EN 1991 Région\tCirconscription\t% francophones 2006*\t% francophones 1991\tÉvolution 2006-i99i Fortement compétitives (85 % francophone et plus en 1991)\t\t\t\t Est\tPointe-aux-Trembles\t94,0%\t91,5%\t2,5% Est\tHochelaga-Maisonneuve\t87,2%\t88,6%\t-1,4% Est\tBourget\t85,7%\t87,3%\t-1,6% Compétitives (de 75 % à moins de 85 % francophone en 1991)\t\t\t\t Est\tRosemont\t79,6%\t79,4%\t0,2% Est\tAnjou\t73,9%\t78,8%\t-4,9% Est\tSte-Marie/St-Jacques\t74,8%\t77,8%\t-2,9% Est\tCrémazie\t76,6%\t77,0%\t-0,4% Est\tGouin\t81,2%\t76,8%\t4,4% Est\tMercier\t77,8%\t75,9%\t2,0% Quasi-compétitives (de 65 % à moins de 75 % francophone en 1991)\t\t\t\t Est\tBourassa-Sauvé\t65,5%\t69,2%\t-3,7% Ouest\tVerdun\t64,7%\t67,4%\t-2,7% Ouest\tSt-Henri-Ste-Anne\t60,3%\t66,9%\t-6,6% Non compétitives (moins de 65 % francophone en 1991)\t\t\t\t Ouest\tOutremont\t52,8%\t55,2%\t-2,4% Ouest\tMarquette\t51,0%\t53,2%\t-2,2% Est\tViau\t52,5%\t50,2%\t2,3% Ouest\tAcadie\t42,4%\t47,1%\t-4,8% Ouest\tMarguerite-Bourgeoys\t41,2%\t46,2%\t-5,0% Est\tLaFontaine\t50,4%\t45,7%\t4,7% Est\tJeanne-Mance-Viger\t41,0%\t45,1%\t-4,0% Est\tLaurier-Dorion\t47,4%\t44,1%\t3,4% Ouest\tNelligan\t36,5%\t41,2%\t-4,7% Ouest\tSt-Laurent\t36,3%\t37,0%\t-0,7% Ouest\tMont-Royal\t3i,5%\t29,9%\t1,5% Ouest\tWestmount-St-Louis\t24,5%\t28,1%\t-3,6% Ouest\tRobert-Baldwin\t22,5%\t24,2%\t-1,6% Ouest\tNotre-Dame-de-Grâce\t26,0%\t22,6%\t3,4% Ouest\tJacques-Cartier\t22,2%\t20,1%\t2,1% Ouest\tD'Arcy-McGee\t16,6%\t13,1%\t3,5% * Selon la langue parlée le plus souvent à la maison, au prorata des réponses mentionnées.Données de 2006 corrigées pour améliorer la comparabilité des données entre les recensements de 1991 et de 2006. 68 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Tableau 2 : Évolution des circonscriptions de la Couronne de Montréal de 1991 À 2006*, selon leur proportion de francophones* ET LEUR CARACTÈRE PLUS OU MOINS COMPÉTITIF EN 1991 Régions\tCirconscriptions\t% francophones 2006*\t% francophones 1991\tÉvolution 2006-i99i Fortement compétitives (90 % francophone et plus en 1991)\t\t\t\t Montérégie\tVerchères\t98,3%\t98,6%\t-0,3% Laurentides\tPrévost\t97,2%\t98,6%\t-1,4% Lanaudière\tL'Assomption\t96,9%\t97,8%\t-0,9% Lanaudière\tTerrebonne\t95,i%\t96,2%\t-1,1% Montérégie\tMarguerite-D'Youville\t96,8%\t95,6%\t1,2% Laurentides\tMirabel\t96,3%\t95,6%\t0,7% Lanaudière\tMasson\t96,8%\t95,0%\t1,8% Laurentides\tBlainville\t94,2%\t94,0%\t0,2% Montérégie\tBorduas\t95,2%\t92,2%\t3,0% Montérégie\tTaillon\t89,2%\t90,7%\t-1,5% Compétitives (de 80 % à moins de 90 % francophone en 1991)\t\t\t\t Montérégie\tLa Prairie\t90,1%\t88,6%\t1,4% Laurentides\tGroulx\t88,5%\t88,6%\t0,0% Montérégie\tMarie-Victorin\t87,1%\t87,6%\t-0,5% Montérégie\tChambly\t91,8%\t86,9%\t4,9% Laurentides\tDeux-Montagnes\t89,4%\t86,1%\t3,4% Laval\tMille-Îles\t80,3%\t86,1%\t-5,7% Laval\tVimont\t78,5%\t85,1%\t-6,6% Laval\tLaval-des-Rapides\t78,5%\t84,5%\t-5,9% Laval\tFabre\t74,4%\t84,1%\t-9,7% Montérégie\tVachon\t84,5%\t82,9%\t1,6% Montérégie\tSoulanges\t78,2%\t80,5%\t-2,3% Quasi-compétitives (de 70 % à moins de 80 % francophone en 1991)\t\t\t\t Montérégie\tChâteauguay\t77,1%\t73,7%\t3,4% Non compétitives (moins de 70 % francophone en 1991)\t\t\t\t Montérégie\tVaudreuil\t65,6%\t68,6%\t-2,9% Montérégie\tLa Pinière\t54,0%\t61,2%\t-7,2% Laval\tChomedey\t44,9%\t49,5%\t-4,7% * Selon la langue parlée le plus souvent à la maison, au prorata des réponses mentionnées.Données corrigées pour assurer la comparabilité des données entre les données censitaires de 1991 et de 2006. 69 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Sur l\u2019île de Montréal, le nombre de circonscriptions fortement compétitives est demeuré inchangé à trois circonscriptions entre 1991 et 2006.Parmi les circonscriptions compétitives, de six en 1991, elles diminuaient à quatre en en 2006, avec le retrait de Sainte-Marie-Saint-Jacques (celle-ci bénéficiait toutefois de sa localisation dans le centre de la métropole, ce qui en améliore la compétitivité) et Anjou.Ces circonscriptions ont effectivement vu leur proportion de francophones diminuer de manière significative quant à leur degré de compétitivité, soit respectivement -2,9 % et -4,9 %.En ce qui a trait aux circonscriptions quasi-compétitives et aux non compétitives, leur nombre, respectivement trois et seize, est demeuré inchangé de 1991 à 2006.On note en somme un déclin du caractère compétitif des circonscriptions de l\u2019Île de Montréal.Dans la Couronne de Montréal, le groupe des circonscriptions fortement compétitives comptait dix circonscriptions en 1991 et une de plus en 2006 (Taillon en moins, mais La Prairie et Chambly en plus).Chez les compétitives, leur nombre est passé de onze en 1991 à six en 2006, en vertu du passage de deux d\u2019entre elles au groupe des fortement compétitives et de quatre d\u2019entre elles (Vimont, Laval-desRapides, Fabre et Soulanges) au groupe des circonscriptions quasi-compétitives.Le nombre de circonscriptions de ce dernier groupe est ainsi passé de une à quatre durant la période tandis que le nombre de circonscriptions purement non compétitives, au nombre de trois, est demeuré inchangé.Dans la Couronne de Montréal, deux groupes de circonscriptions s\u2019opposaient nettement en 2006, soit les dix-sept circonscriptions qui comptaient, en 1991, 85,1 % de francophones ou plus et les neuf qui en comptaient moins.Dans le premier groupe, les proportions de francophones se sont maintenues au-delà de ce pourcentage à deux exceptions 70 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 près, Mille-Îles et Vimont, située dans Laval, dont le caractère français a considérablement diminué (respectivement -5,7 % et -6,6 %).En-deçà de cette proportion de 85,1 % de francophones en 1991, plusieurs des neuf circonscriptions concernées ont vu leur proportion de francophones connaître de sévères reculs.Il s\u2019agit notamment des trois autres circonscriptions de la ville de Laval, incluant Laval-des-Rapides, Fabre et Chomedey, et d\u2019autres circonscriptions situées dans la portion ouest de la Couronne (Soulanges, Vaudreuil et La Pinière).Seule la circonscription de Châteauguay a connu une augmentation de son caractère francophone suffisante pour l\u2019inclure dans le groupe des circonscriptions susceptibles d\u2019alternance partisane.Le recul du français à Laval La situation des cinq circonscriptions de Laval est particulière.Elles figurent parmi les six plus fortes diminutions de proportions de francophones.Parmi les quatre circonscriptions les plus francophones, trois ont vu un mouvement de substitution de leur population francophone par une population anglophone.La Carte 1 illustre cette évolution du français dans les quartiers de Laval.Globalement, la population a cru d\u2019environ 57 652 habitants partagés à peu près également entre francophones (37 %), anglophones (35 %) et allophones (28 %).Le français a globalement reculé (-6,3 %), phénomène qui a touché autant les quartiers de l\u2019est que de l\u2019ouest de l\u2019île.L\u2019anglais y a connu une progression importante (+3,9 %) majoritairement aux dépens du français.Le phénomène a pu être observé dans de nombreux quartiers situés entre l\u2019autoroute Chomedey et le boulevard Laurentien ainsi qu\u2019entre le boulevard des Laurentides et l\u2019autoroute Papineau. CARTE 1 Evolution linguistique des quartiers de Laval de 1991 à 2006 aA AAA AAAA % A AAAAAAAA / AAAAAAAa AAA A r'AA AAA Aa \\A \\a A A y F Évolution de la proportion de francophones de 991 à 2006 Baisse moy.ou forte Baisse faible Hausse faible Hausse moy.ou forte Chaque lettre = hausse de 2%(maj.)ou de1% (min.) F f = Effectifs francophones A a = Effectifs anglophones O O = Effectifs allophones L\u2019ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 72 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Tableau 3 : Évolution dans les circonscriptions de Laval et du Plateau-Mont-Royal-Centre-sud de 1991 À 2006, selon leur proportion DE FRANCOPHONES* Régions\tÉvolution\tFrancophones\tAnglophones\tAllophones Laval (5 circ.)\t1991\t240 710\t30 410\t40 040 \t2006\t262 172\t5° 372\t56 268 \tDifférence\t+21462\t+19 962\t+ l6 228 \tDifférence\t-6,3 %\t+3,9 %\t+ 2,4 % Plateau-Mont-Royal/ Quartier-Centre-Sud (Mercier + Ste-Marie/ St-Jacques)\t2006\t85 658\t14 911\t11 620 \t1991\t82 503\t9 315\t15 636 \tDifférence\t+3 i56\t+5 596\t-4 016 \tDifférence\t-0,4 %\t+4,6 %\t-4,2 % * Selon la langue parlée le plus souvent à la maison, au prorata des réponses mentionnées.Données corrigées pour assurer la comparabilité des données entre les données censitaires de 1991 et de 2006.L\u2019anglicisation Plateau-Mont-Royal et du quartier Centre-Sud La situation du Plateau-Mont-Royal et du quartier Centre-Sud est légèrement différente.Dans ce territoire à la population à peu près stable (+4736 habitants), qui couvre les circonscriptions de Sainte-Marie-Saint-Jacques et de Mercier (Carte 2), la proportion de francophone s\u2019est à peu près maintenue de 1991 à 2006 (-0,4 %).Cependant, pour l\u2019ensemble du territoire, l\u2019anglais a connu une progression très importante de sa population, supérieure même à celle qui fut observée à Laval (+4,6 % dans le Plateau contre +3,9 % à Laval).Au vu des données censitaires, parler d\u2019anglicisation est donc exact, même si la proportion de francophones est demeurée stable.En outre, avec un recul de -4,2 %, les populations allophones ont été les grandes perdantes des changements des quinze dernières années.Dans ce territoire du Plateau-Mont-Royal-Centre-Sud, quelques quartiers 73 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 CARTE 2 Évolution linguistique des circonscriptions de Ste-Marie/St-Jacques et Mercier de 1991 à 2006 Evolution de la proportion de francophones de 1991 à 2006 I Baisse moyenne ou forte ___ Baisse faible Hausse faible H Hausse moyenne ou forte Chaque lettre = hausse de 2% (maj.) ou de 1% (min.) Ff = effectifs francophones Aa = effectifs anglophones Oo = effectifs allophones situés dans le quadrilatère Saint-Laurent/Gilford/Saint-Denis/des Pins ont connu une augmentation importante de leur caractère francophone.Sans ces quartiers, la proportion de francophones aurait connu un recul de 2,9 % pour l\u2019ensemble du territoire, un recul qui aurait d\u2019abord bénéficié aux populations allophones. 74 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 L\u2019évolution dans les circonscriptions montréalaises : vue d\u2019ensemble L\u2019évolution du français au cours des quinze dernières années dans la région métropolitaine de Montréal n\u2019augure pas de changements fondamentaux pour la dynamique électorale.Sur l\u2019Île de Montréal, le nombre de circonscriptions susceptibles de changer de mains d\u2019une élection à l\u2019autre (80 % francophone ou plus) n\u2019a augmenté que d\u2019une de 1991 à 2006, passant de 3 à 4 sur 28, un nombre insuffisant pour attirer les partis, surtout lorsque la plupart de ces circonscriptions affichent des allégeances partisanes stables depuis plus de 40 ans.Quant à la Couronne de Montréal, les circonscriptions susceptibles de changer de mains ont diminué de 1991 à 2006, passant de 21 à 17 sur un total de 26, dont plusieurs à Laval.Au total, le portrait montréalais indique clairement un recul du caractère compétitif des 53 circonscriptions.Laval possède une problématique particulière : les quatre circonscriptions compétitives de 1991 ne le sont plus en 2006.Gagnée d\u2019avance pour le PLQ, perdue d\u2019avance pour les autres partis, Laval ne fait désormais plus partie des préoccupations électorales des partis.Outre l\u2019ouest, le nord et le centre de l\u2019Île de Montréal, le secteur ouest de la métropole, comprenant les circonscriptions de la Couronne de Vaudreuil, Soulanges, Châteauguay, La Pinière et Laporte, demeure aussi éloigné qu\u2019auparavant de toute alternance partisane.Les conséquences de l\u2019évolution linguistique de 1991 à 2006 La dynamique électorale de 2008 confirme donc l\u2019existence et la persistance d\u2019un poids démesuré conféré aux non-francophones, ce que certains ont nommé - sans pourtant en connaître les racines - l\u2019« English Rule ».En outre, ce dernier provient du mode de scrutin majoritaire, qui « transforme » 75 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 les rapports entre francophones et non-francophones en multipliant par un facteur de six le poids électoral des ces derniers (aux alentours de 4 à 5 fois à Montréal contre près de 9 fois hors de Montréal).Ainsi, structurellement, le système électoral transforme le poids démographique des nonfrancophones en l\u2019équivalent du poids démographique des francophones.En termes électoraux, le Québec se compose d\u2019autant de francophones que de non-francophones.Grâce à cette dynamique, les fédéralistes radicaux ont pleine possession du PLQ et exercent un ascendant absolu sur le segment nationaliste de l\u2019électorat, Grâce au pouvoir, et grâce à l\u2019inadéquation, structurelle elle aussi, de l\u2019opposition, leur emprise sur la société québécoise se renforce année après année.Les fédéralistes radicaux sont directement responsables de la déficience des politiques publiques en matière de langue, d\u2019immigration, de libertés démocratiques et d\u2019économie.Dans l\u2019ensemble, le mode de scrutin majoritaire fabrique des sacrifiés, particulièrement les Montréalais, les Outaouais, les Estriens, mais aussi tous les francophones et tous les immigrés sélectionnés par le Québec.Les groupes touchés au premier degré sont en effet délaissés par ceux qui pourraient les aider.De Lévesque à Bouchard, et bien avant eux, ces groupes sont sacrifiés au bon vouloir des bons-ententistes, qu\u2019on retrouve dans tous les partis politiques et à tous paliers de représentation, par faute de démocratie.Le présent portrait de la dynamique électorale pointe donc vers le bas.Les francophones sont aspirés dans une spirale descendante.Moins ils accèdent au pouvoir, moins leurs problématiques font parties de l\u2019arène publique, moins ils sont en mesure d\u2019influencer le pouvoir, plus on retrouve les résistants dans la marge et l\u2019oubli.Les étapes de cette pente déclinante sont connues.Depuis leur statut, l\u2019ensemble des 76 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Québécois sont à risque d\u2019évoluer vers le statut des francophones outaouais, puis celui des Acadiens du Nouveau-Brunswick, celui des francophones d\u2019Ottawa et pour finir, celui des francophones de la Louisiane et de la Nouvelle-Angleterre.Il n\u2019existe qu\u2019un moyen de remédier à cette éventualité, le retour du nationalisme dans la sphère politique.Pour ce faire, il n\u2019existe qu\u2019un moyen de remettre le peuple québécois aux commandes de sa destinée : la démocratisation du pouvoir, l\u2019élargissement de l\u2019aire de liberté et la réforme du système électoral.Le même poids pour le vote de chaque électeur, des élus reflétant la volonté des citoyens, des gouvernements assujettis à la volonté libérée des électeurs.? 77 ARTICLES Jeanne Gagnon* POUR QUE LE FÉMINISME INTRODUISE À L\u2019ÉGALITÉ CITOYENNE Il m\u2019importe de remémorer la longue marche des Québécoises depuis la Révolution tranquille afin d\u2019introduire à ce qui fut « rupture » et « naissance » à travers l\u2019État laïque.Dans la même foulée, nous rappeler les visées émancipatrices de la quête d\u2019égalité du féminisme québécois, lequel aura débouché sur le féminisme éclaté de la Marche mondiale des femmes.Finalement, ramener à l\u2019heure d\u2019un virage, là où les symboles culturels deviennent en porte-à-faux avec le principe d\u2019égalité voulu par le féminisme.Que sous-tend la laïcité de l\u2019État ?La laïcité ayant pris beaucoup d\u2019importance, encore plus dans la foulée des « Accommodements raisonnables et de la déconfessionnalisation », on ne peut que remarquer la variété des définitions de l\u2019État laïque d\u2019une culture à l\u2019autre.Comme militante féministe, plus particulièrement impliquée depuis la dernière décennie au sein du Mouvement des femmes, j\u2019ai suivi de près les défis du métissage du Québec.Tout comme d\u2019autres signes ostentatoires, le port du voile fait partie d\u2019une réflexion m\u2019interpellant à différents niveaux, et plus particulièrement sur le plan d\u2019une vision de l\u2019éducation citoyenne pouvant favoriser l\u2019État moderne.* Écrivaine 78 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Tout récemment, le journal Reflets de l\u2019AQRP (Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapu-blic) a publié quelques textes sur le voile sous la plume de membres du corps professoral de l\u2019UQAM.De ce fait, j\u2019ai pu prendre connaissance d\u2019un texte de Micheline Milot, sociologue, laquelle a voulu s\u2019interroger à partir de modèles existentiels, tels ceux de la France et de la Turquie, modèles perçus d\u2019application stricte eu égard à l\u2019interdiction des signes d\u2019appartenance religieuse dans les institutions publiques.Dans l\u2019ordre de la perception amenée par madame Milot, il s\u2019agirait de principes de laïcité d\u2019un ordre second, tout en nous signalant la différenciation des objectifs visés par l\u2019un et l\u2019autre pays.Du côté de la Turquie : volonté politique de détachement des ancrages culturels et communautaires.En France : volonté politique liée à des principes de modernisation1.Au bénéfice de la réflexion, je rappelle que la France est engagée depuis plus d\u2019un siècle dans cette mouvance.Ce qui nous introduit aux distinctions considérées nécessaires déjà il y a 125 ans, et ce, afin d\u2019éviter « que l\u2019histoire soit un tissu d\u2019à-peu-près et de malentendus2 ».Comme l\u2019affranchissement que veut l\u2019État laïque vient des lois, demandons-nous d\u2019abord ce qu\u2019est la loi.Je me réfère à un extrait dont la vulgarisation sert les fins du texte : En démocratie, c\u2019est une décision prise par le peuple souverain, et qui énonce une règle commune, valable pour tous.D\u2019où son caractère général, valant pour tous les citoyens, sans distinction de particularismes.Cette abstraction, il faut le rappeler, ne vise pas à méconnaître ou à effacer les différences, mais à faire en sorte que celles-ci n\u2019engendrent pas d\u2019inégalités de droit3.1\tMicheline Milot, « La laïcité au Québec et le défi des sociétés pluralistes », journal Reflets de l\u2019AQRP, décembre 2008, p.9 2\tYves Gingras, « Ernest Renan, l\u2019islam et les sciences », Le Devoir, 28 septembre 2008, p.B6 3\tH.Pena-Ruiz, Qu'est-ce que la laïcité?, Gallimard 2003, p.144 79 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Une laïcité fixe les frontières entre le public et le privé selon un critère clair : le champ d\u2019intervention de la loi doit se limiter à ce qui est d\u2019intérêt commun, sans restriction ni abus4.À ce qui vient d\u2019être énoncé, ajoutons : Elle consiste à affranchir l\u2019ensemble de la sphère publique de toute emprise exercée au nom d\u2019une religion ou d\u2019une idéologie particulière.Elle préserve ainsi l\u2019espace public de tout morcellement communautariste ou pluriconfessionnel, afin que tous les hommes puissent à la fois s\u2019y reconnaître et s\u2019y retrouver.Cette neutralité confessionnelle se fonde donc sur des valeurs clairement affichées et assumées : L\u2019État laïque n\u2019est pas vide, puisqu\u2019il incarne le choix simultané de la liberté de conscience et de l\u2019égalité, ainsi que l\u2019universalité qui lui permet d\u2019accueillir tous les êtres humains, sans privilège aucun accordé à un particularisme5.Avec Micheline Milot, j\u2019admettrai qu\u2019une société, c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des citoyens en interaction, n\u2019est pas laïque, et que ce sont plutôt les institutions publiques qui le sont à partir de normes gouvernementales6.Cette phrase contient les éléments essentiels de l\u2019État moderne puisque l\u2019évolution des sociétés humaines veut des paramètres afin que dans le « pluralisme » celles-ci puissent se développer pacifiquement.Ainsi, en tenant compte du sens évolutif des sociétés de l\u2019avenir, on pourrait accepter que le modèle de la France en soit un d\u2019avant-garde par la mise en place de lois favorisant la reconnaissance des nuances et symboles.Comment faire ressortir les énoncés de Micheline Milot affirmant que « l\u2019ensemble des citoyens en interaction n\u2019est pas laïque, mais plutôt les institutions publiques et les normes gouvernementales » ?Ici, je pourrais y aller de quelques 4\tIbid., p.92 5\tIbid., p.71-72 6\tM.Milot, op.cit., p.12 is8o L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 exemples significatifs, à savoir l\u2019acceptation ou non du voile dans les institutions publiques.Pour ma part, j\u2019aurais une vision partagée.Par exemple, je pourrais admettre qu\u2019une citoyenne portant l\u2019hidjab soit scrutatrice au sein d\u2019un pôle électoral.L\u2019exemple s\u2019est vécu tout naturellement lors de la dernière élection au Québec.Par contre, j\u2019opterais pour le retrait du voile pour celles qui voudraient occuper un poste au sein d\u2019une institution publique, ou encore être admises dans les écoles publiques de l\u2019État laïque.Et ce, en vue de favoriser ce que la France fait prévaloir à travers l\u2019argumentaire suivant : « une vision forte de la citoyenneté qui dépasse les appartenances communautaires, confessionnelles ou ethniques, la laïcité créant à l\u2019État des obligations à l\u2019égard des citoyens7.» Ce que d\u2019aucuns considèrent comme étant un manque d\u2019ouverture.Je suis d\u2019accord avec Henri Pena-Ruiz résumant objectivement l\u2019ambiguïté de ce mot : Il faut se demander ce que précisément signifierait une telle ouverture .Prenons la liberté.Faut-il en ouvrir le sens à ce qui n\u2019est pas elle ?[.].Quant à l\u2019égalité, faut-il l\u2019ouvrir à l\u2019inégalité ?Comme on le voit, la notion même de \" droits de l\u2019homme ouverts \" n\u2019a pas de sens.Elle est insultante pour les droits de l\u2019homme authentiques, puisqu\u2019elle insinue leur fermeture8.Nous savons que des voix féministes rattachées aux sciences religieuses de l\u2019UQAM pensent que [.] le féminisme est en droit de s\u2019interroger tout en voulant valider et préciser le portrait des itinéraires religieux et les rôles joués par les femmes au sein de leur tradition religieuse tout en identifiant les conditions de réussite d\u2019un dialogue féministe et démocratique entre femmes de diverses origines.C\u2019est pourquoi l\u2019équipe de recherche s\u2019applique à faire ressor- 7\tRapport Stasi, cité dans Yolande Geadah, Accommodements raisonnables, Éditions VLB 2007, p.39-40 8\tH.Pena-Ruiz, op.cit., p.128 8i L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 tir les identités religieuses plurielles des femmes immigrantes et leur articulation avec les préoccupations d\u2019égalité qui animent le mouvement des femmes 9.Cela dit, il y a lieu d\u2019admettre avec Francine Descarries [.[ que toutes les grandes religions, sans exception, véhiculent depuis toujours une conception naturalisée du rôle des femmes dans la société, les incitant (les socialisant) à l\u2019acceptation de leur statut inférieur et les éloignant, pour le moins, sinon leur interdisant, des positions de savoir comme celles du culte10.Il s\u2019agit de reconnaître l\u2019État laïque comme la voie pour une société juste et égalitaire pour le « Nous femmes » dont parle Francine Descarries : Encore faut-il rappeler que les droits de l\u2019homme furent conquis, pour l\u2019essentiel, contre la tradition cléricale chrétienne et que l\u2019Église catholique a attendu le XXe siècle pour reconnaître l\u2019égalité principielle de tous les humains11.Nul doute que les archives de la lutte des femmes du Québec font la démonstration d\u2019une vigilance quant à la quête d\u2019émancipation.La conscience politique s\u2019est affirmée de façon significative lors de moments charnières que je ramènerai afin de rappeler à des prises de position du Mouvement des femmes ayant servi l\u2019égalité.Voici quelques extraits d\u2019un mémoire présenté par la Fédération des femmes québécoises devant la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec (1990) qui font voir que le « Nous femmes » intervient dans les préoccupations de l\u2019heure quant à l\u2019État.J\u2019ai choisi les passages les plus en rapport avec mon propos : 9\tMarie-Andrée Roy, « Diversité religieuse et solidarités féministes », La course à Relais-femmes nos 34-35, mai 2007 10\tFrancine Descarries, « Le Nous femmes - sujet du féminisme », Sociologie UQAM, La course à Relais-femmes, nos 36-37, mai 2008, p.14-17 11\tH.Pena-Ruiz, op.cit.p.181 82 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Au-delà du statut constitutionnel du Québec, c\u2019est le projet social et politique qui nous intéresse.Nous considérons qu\u2019il n\u2019est pas possible d\u2019élaborer un projet politique sans projet social, et qu\u2019un tel projet social doit inclure le projet féministe.[.] Or, nous croyons que la marge de manœuvre quant à l\u2019inscription de changements importants dans l\u2019organisation sociale et politique du Québec sera proportionnelle au degré d\u2019autonomie que le Québec se donnera.Et nous croyons qu\u2019une plus grande marge de manœuvre pour le Québec favoriserait l\u2019éclosion d\u2019un projet féministe de société, à condition que les femmes soient étroitement associées à toutes les phases de l\u2019élaboration de ce projet.Pour définir et mettre en œuvre un projet de société, nous avons besoin d\u2019un cadre qui nous appartienne12.Dans le concret, ce souci touchait les femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs.En voici un exemple : Dans le mémoire que nous vous soumettrons, le Conseil ne se prononce pas sur le statut politique du Québec.Nous nous prononçons toutefois sur des aspects que nous considérons fondamentaux pour les droits et le statut des femmes.Cette Commission offre une occasion privilégiée de réflexion pour mieux adapter nos institutions et nos choix collectifs à la réalité contemporaine.Or, il est loin d\u2019être certain que nos institutions soient adaptées à la situation actuelle de la moitié de la population, c\u2019est-à-dire les femmes.[.] Ainsi, 11\test essentiel, quelle que soit l\u2019option politique retenue par le Québec, de garantir l\u2019égalité entre les hommes et les femmes et la non-discrimination sur la base du sexe.C\u2019est pourquoi nous réaffirmons dans notre mémoire notre attachement à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.[.] Si une constitution québécoise était rédigée, nous recommandons que les libertés et les droits fondamentaux, notamment le droit des femmes à l\u2019égalité, à leur sécurité et à leur intégrité, y soient enchâssés.Par ailleurs, cette constitution devrait, cette fois-ci, être rédigée par un nombre égal de femmes et d\u2019hommes.Quant à la situation des femmes autochtones, nous recommandons, quelle que soit l\u2019issue de leurs revendications collectives, qu\u2019elles puissent, si telle est leur volonté, jouir des mêmes garanties constitutionnelles en ce qui concerne l\u2019égalité entre les femmes et les hommes13.12\tLa question de fond : l'option souverainiste, FFQ, Mémoire présenté à la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec (1990) 13\tMarie Lavigne,Conseil du statut de la femme, cité dans Allaire Bélanger Campeau, Les Québécois s'interrogent sur leur avenir, Québec Amérique, 1991, p.213-215 83 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 La longue marche d\u2019émancipation à travers l\u2019État laïque En septembre 2008, l\u2019assemblée générale de la Fédération des femmes québécoises rassemblait un parterre féministe de différentes origines.Même si, le plus souvent, ces femmes sont adaptées aux valeurs québécoises, le débat y gagne à travers le croisement des valeurs culturelles.Parmi les intervenantes, l\u2019une aura retenu mon attention quand disant n\u2019avoir jamais porté le voile.tout en laissant entendre ne pouvoir répondre de l\u2019avenir.Cette phrase émanant d\u2019une femme de la mi-trentaine a pu sembler banale voire sans conséquence pour ce parterre multiculturel, mais elle me renvoyait aux zones grises du pouvoir religieux sur la citoyenne d\u2019un État laïque.Avec Elisabeth Badinter, je dis que « ces femmes mettent en péril l\u2019idée d\u2019égalité des sexes et par voie de conséquence la libération des femmes au sein de leur propre communauté14.» Il est connu que l\u2019islam a vu évoluer plusieurs courants féministes.Certaines femmes portent l\u2019hidjab tout en y allant d\u2019un discours d\u2019émancipation.Une amie algérienne vivant au Québec depuis plus d\u2019une décennie me révélait la force du pouvoir religieux à travers les signes ostentatoires.Ce qui lui fait nier le discours féministe de toute femme voilée, considérant ce discours hypocrite du fait que la femme continue de vivre les valeurs du pouvoir anti-femmes de l\u2019islam.Néanmoins, elle ajoutait que « le voile » pouvait donner crédibilité à ce discours envers une frange en quête d\u2019émancipation.Nadia Yassine est de l\u2019ordre de ces femmes voilées qui font figure d\u2019avant-garde, tout en restant fidèles au pouvoir religieux.Car cette dernière s\u2019affirme féministe tout en avouant rester d\u2019obédience soufie.Ce courant féministe pourrait prendre de l\u2019ampleur, et pourtant, il s\u2019agit d\u2019un courant prônant la spiritualité comme moteur de chan- 14 Elisabeth Badinter, Fausse route, Édition Odile Jacob, 2003, p.190 84 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 gement des valeurs de société.L\u2019importance de la spiritualité étant un état d\u2019esprit lié à la disponibilité à des valeurs et symboles, Nadia Yassine invite à manifester sa spiritualité15 .Parmi les féministes d\u2019avant-garde de la culture islamique, Shaheed Sardar Ali n\u2019hésite pas à reconnaître que le combat se situe en porte-à-faux entre le féminisme laïque et l\u2019obscurantisme fondamentaliste d\u2019un certain islam16.Le virage à l\u2019heure du voile L\u2019heure du voile est aussi celle d\u2019un certain virage pour l\u2019État laïque du Québec, car la Révolution tranquille introduit maintenant à la déconfessionnalisation de l\u2019enseignement religieux tout en favorisant « une laïcité ouverte, respectueuse du pluralisme et désireuse d\u2019éduquer la jeunesse dans la connaissance des traditions religieuses et la recherche de la réflexion critique sur les principes éthiques17.» Le succès du virage reposera pour beaucoup sur l\u2019évolution d\u2019un féminisme rassembleur à travers l\u2019idée d\u2019émancipation.Marie-Andrée Roy avoue partager le point de vue du Conseil du statut de la femme qui soutient que « malgré les risques inhérents à une conception universaliste, l\u2019aménagement du pluralisme doit se faire à partir de certaines normes communes qui incluent l\u2019égalité des sexes 18 ».La Fédération des femmes québécoises est touchée au premier chef comme lieu de rassemblement multiculturel et lieu d\u2019un féminisme éclaté.La dernière assemblée générale de la FFQ nous aura fait mesurer la vigilance que devra exer- 15\t« Féminisme islamique », Alternatives, volume 5, octobre 2008 16\t« La révolution silencieuse des musulmanes gagne du terrain », Le Devoir, 6 novembre 2006 17\tGeorges Leroux, « Pluralisme et déconfessionnalisation scolaire, un pas en avant », Reflets de l\u2019AQRP, décembre 2008, p.13 18\tMarie-Andrée Roy, ibid., p.2 85 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 cer la FFQ quant au questionnement sur le port du voile.Ce qui a donné lieu à une proposition19 qui reviendra à l\u2019ordre du jour en mai 2009 : Nous déclarons que La FFQ est pour la liberté religieuse, mais contre les intégrismes de toutes les religions.Notre réflexion sur le port de signes religieux ostentatoires dans la fonction et les services publics québécois nous a amenées à constater la complexité des questions soulevées.Nous ne renonçons pas à nous prononcer sur cet enjeu.Nos travaux nous ont conduites à nous rendre compte que ce qui est le plus important, ce sont les difficultés exprimées par les femmes immigrantes ou racisées concernant leur intégration sociale et l\u2019emploi, contribuant ainsi à leur exclusion.Quant au processus de la laïcisation de l\u2019État québécois, il est en cours et toujours inachevé.Voilà pourquoi nous poursuivrons notre réflexion sur l\u2019ensemble de ces questions.Par ailleurs, il est urgent de se mobiliser contre toutes les formes d\u2019intégrisme, particulièrement celles s\u2019exprimant haut et fort dans la présente campagne électorale fédérale.Cette situation sans précédent impose une position sans précédent de la FFQ.Adopté.Assemblée générale annuelle, 21 septembre 2008 Fédération des femmes du Québec www.flq.qcca/pub/dedaration-21sept2008-signesostentatoires.html Si la proposition est bien amorcée, il n\u2019en reste pas moins vrai que nous sommes arrivées à un virage obligé mettant en compte l\u2019État laïque face au pouvoir religieux, de même quant au principe d\u2019égalité hommes-femmes.Ce virage voudra le dépassement du « bon-ententisme ».Avec Denise Bombardier, il me faut bien admettre que la culture du débat nous fait défaut au Québec et que même le féminisme élitiste vit cette absence de culture.19 Féminisme en bref, volume 18, no 2, décembre 2008, p.4 86 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Comment oublier le propos « bon-ententiste » de Françoise David, co-porte-parole d\u2019un parti politique féministe, lorsqu\u2019elle nous invite à faire confiance aux femmes qui portent le voile, alléguant que les coutumes pourraient ne durer qu\u2019un temps 20 ?De prime abord, la position renvoie à la méconnaissance des ancrages culturels.Méconnaissance dont on ne saurait soupçonner madame David ! Cette politique du « laisser-faire » par la « voie de garage » ne peut que desservir le féminisme ! En voulant ménager la « chèvre et le chou », Françoise David renvoie la femme de culture islamique à la double responsabilité d\u2019un sujet politique divisé entre pouvoir spirituel et laïque.Conclusion J\u2019adhère à la vision de Jocelyn Maclure disant que [.] la laïcité ouverte [toujours ce même terme inapproprié] invite à un aménagement équitable de la diversité des points de vue moraux et religieux dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui [.] et que ceux qui s\u2019en remettent à des croyances et valeurs séculières dans la conduite de leur vie peuvent avoir l\u2019assurance que l\u2019État ne prendra pas ses ordres d\u2019une religion donnée et qu\u2019il ne favorisera pas les conceptions religieuses du monde par rapport aux conceptions séculières21.Il est reconnu que cette reconfiguration nécessaire renvoie à des aménagements politiques et juridiques variables d\u2019un contexte national à un autre22.C\u2019est pourquoi il m\u2019apparaît ultimement nécessaire que l\u2019État laïque du Québec légifère et fasse l\u2019éducation citoyenne quant aux nuances touchant la laïcité d\u2019un État moderne.L\u2019absence de principes clairs ne peut qu\u2019ouvrir à des divi- 20\tMicheline Carrier, « Un non absolu au voile ! » La Presse, 11 juin 2008, p.A27 21\tJocelyn Maclure, « Les raisons de la laïcité ouverte », Le Devoir, 24 novembre 2008 22\tM.Milot, ibid.p.12 87 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 sions internes, tout en favorisant le louvoiement du pouvoir religieux.On sait qu\u2019un parti religieux a vainement tenté de s\u2019introduire à l\u2019intérieur d\u2019un État laïque comme la Turquie23.Ce qui prouve la résilience du pouvoir religieux quant au désir d\u2019infiltration du politique à travers les symboles.Le « bon-ententisme » - qui est aussi un « laisser-faire » -ouvre à des égards qui voudront devenir des droits.Yolande Geadah en traite de façon éclairante en nous invitant aux distinctions entre « privilège et droits » où le paradoxe serait de faire se retourner « contre la laïcité son sens de la conciliation en transformant les égards en droits24 ».Ce qui rejoint Pena-Ruiz alléguant que « les confessions qui ne bénéficient pas des mêmes égards pourraient dès lors à juste titre invoquer un déficit de laïcité.25 » Ceci fait autant références au port du voile qu\u2019aux accommodements pour certains lieux de prières.L\u2019octroi de salles de prière dans les universités et les collèges ouvre la voie à une surenchère de revendications [.].Par conséquent, on fait fausse route en voulant considérer la revendication de salles de prière uniquement sous l\u2019angle logistique [.] et sous l\u2019angle des libertés individuelles, sans se demander s\u2019il est raisonnable d\u2019exiger des institutions séculières, comme les universités ou les collèges publics, qu\u2019elles fournissent un lieu de culte.Il ne s\u2019agit pas là d\u2019un droit fondamental, mais d\u2019un privilège que rien ne justifie réellement dans un modèle de société pluraliste et séculier26.Je terminerai en rappelant le discours de Renan disant : 23\tY.Geadah, ibid.p.50 24\tY.Geadah, Ibid., p.77 25\tH.Pena-Ruiz, ibid., p.101 26\tY.Geadah, op.cit.p.76-77 88 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Il ne s\u2019agit pas pour le chrétien d\u2019abandonner le christianisme ni pour le musulman d\u2019abandonner l\u2019islam.Il s\u2019agit pour les partisans éclairés du christianisme et de l\u2019islam, d\u2019arriver à cet état d\u2019indifférence bienveillante où les croyances religieuses deviennent inoffensives27.Que dire de plus, sinon que l\u2019enjeu est politique et philosophique ! Que tout reste à faire.même par-delà l\u2019assemblée générale de la Fédération des femmes québécoises de mai 2009, puisque « l\u2019éducation citoyenne » et la « culture du débat » auront des incidences sur l\u2019évolution de l\u2019État laïque et d\u2019un féminisme politique visant la parfaite égalité hommes-femmes.?27 Yves Gingras, op.cit., p.B6 89 ARTICLES Simon Beaudry et Philippe Jean Poirier* POUR L\u2019ACTUALISATION DE LA CEINTURE FLÉCHÉE Le peuple québécois a cela d\u2019excessif : soit il se vautre dans l\u2019Histoire, pour trouver la source de tous ses malheurs, soit il renie tout, oublie, passe à autre chose.Il en va de même pour ses objets identitaires.La ceinture fléchée fut jadis un morceau de vêtement convoité, chéri, utile, et signifiant.Il est devenu aujourd\u2019hui objet de raillerie.« Il ne lui manque que la ceinture fléchée ! » est l\u2019insulte suprême pour rabaisser tout nationaliste suspect.Pourquoi cela ?Ne serait-il pas possible d\u2019atteindre une plus grande sérénité face à notre histoire, notre culture, notre folklore et nos symboles identitaires ?Ne devrait-on pas oeuvrer à la réactualisation de nos symboles, quels qu\u2019ils soient, plutôt que de s\u2019en débarrasser ?C\u2019est ce que pensent les créateurs du collectif Identité québécoise.Poursuivant un travail de réflexion amorcé avec les réactualisations du drapeau et du patriote québécois, le collectif Identité québécoise choisit cette fois de s\u2019intéresser à la ceinture fléchée traditionnelle dite de l\u2019Assomption.Nous proposons : * Codirecteurs du collectif Identité québécoise info@identitequebecoise.org identitequebecoise.org 90 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 1-\tQue l\u2019État du Québec officialise la ceinture fléchée traditionnelle dite de l\u2019Assomption comme véritable symbole national ; 2-\tDe créer une version modernisée de cette ceinture afin qu\u2019elle redevienne un article populaire et « portable » au quotidien ; 3-\tD\u2019offrir, à qui veut l\u2019apprendre, un enseignement professionnel permettant la confection artisanale de sa propre ceinture fléchée renouvelée tel que proposé plus loin dans ce texte ou la possibilité de s\u2019en procurer une.Québec est une ceinture fléchée La ceinture fléchée, à la lueur de son passé et de son présent, constitue un véritable symbole national, capable de nous représenter pour l\u2019avenir.Elle a tout ce qu\u2019il faut pour représenter la nation québécoise et son territoire.Sa composition évoque les sources culturelles qui ont fomenté l\u2019identité québécoise.Elle fait état des savoirs et apports français, anglais et autochtones, tout en évoquant le climat qui a joué un rôle déterminant dans notre établissement.La ceinture fléchée traditionnelle dite de l\u2019Assomption est issue d\u2019une technique de tressage au doigt pratiquée par les peuples des Premières Nations du nord de l\u2019Amérique, dont les motifs uniques et magnifiques ont été développés et raffinés par des artisanes canadiennes-françaises dès le 18e siècle.Désormais résolument québécois, ce tressage au doigt se différencie de tous les autres types de tressage existant chez les autres peuples du monde.Du coureur des bois au raquetteur, des personnages d\u2019Henri Julien jusqu\u2019à ceux d\u2019Honoré Beaugrand, du gigueux jusqu\u2019au plus célèbre de nos bonhommes d\u2019hiver, du patriote Chénier jusqu\u2019au géant Félix, la ceinture fléchée à toujours su trouver son porteur et se tailler une place dans 91 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 l\u2019histoire, grâce principalement aux artisan(e)s qui ont tressé son chemin jusqu\u2019à nous, à bout de doigt, de laine et de misère.En ce qui concerne la symbolique, sa composition graphique suggère plusieurs choses.En voici trois : 1-\tLe fleuve du Saint-Laurent et ses berges : Le cœur de la ceinture peut d\u2019abord représenter le grand fleuve Saint-Laurent, véritable jugulaire géographique du Québec.Les motifs d\u2019éclairs et de flammes qui se greffent au coeur fléché sont alors autant de rivières et de fjords qui fendent les terres et se jettent dans le Fleuve.2-\tL\u2019épinette noire : Placé à la verticale, le motif rappelle la grande épinette noire (de même que la structure de ses épines qui se joignent à la branche) qui trône dans notre forêt, véritable emblème de notre paysage québécois.Cet arbre est un des plus présents sur le territoire et il trouve toute sa noblesse dans la poésie de Miron comme dans l\u2019expérience du territoire par la chasse et le sport.3-\tLe peuple québécois, la solidarité et l\u2019avenir : Le tressage, constitué de brins de laine qui s\u2019entrecroisent et se tiennent ensemble, forme un tout cohérent et représente l\u2019idée de solidarité entre les individus.Les différentes couleurs de brin représentent la richesse culturelle de l\u2019immigration qui n\u2019a cessé de nourrir la nation québécoise et de la faire évoluer.Ce tressage rappelle aussi l\u2019expérience collective de vivre ensemble.Tous les éléments du motif (éclairs, flammes et flèches) pointent dans la même direction et suggèrent l\u2019action, l\u2019avancement, l\u2019évolution.Le fait que cet objet soit fabriqué à la main évoquera toujours le souvenir 92 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 d\u2019un pays gossé à la main par nos ancêtres, travailleur(euse) s acharné(e)s et patient(e)s.Voilà donc trois bonnes raisons pour faire de la ceinture fléchée traditionnelle dite de l\u2019Assomption un véritable symbole national québécois, au même titre que le drapeau, l\u2019iris versicolore, le harfang des neiges ou le bouleau jaune.La ceinture au quotidien En attendant une réponse politique en ce sens, cette icône national pourrait bénéficier d\u2019une plus grande considération s\u2019il retrouvait une pertinence utilitaire dans notre société actuelle.C\u2019est pourquoi le collectif IQ propose une version « renouvelée » de la ceinture traditionnelle.Nous faisons la proposition d\u2019une ceinture tressée au doigt, mais beaucoup plus mince, afin qu\u2019elle puisse s\u2019insérer dans les ganses d\u2019un pantalon ou d\u2019une jupe d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est ainsi qu\u2019elle pourra redevenir un objet utilitaire et «populaire ».Afin d\u2019amincir la ceinture tout en préservant la symbolique, nous proposons de garder le cœur, mais de le border d\u2019une seule rangée d\u2019éclairs, suivie d\u2019une seule rangée de flammes et de terminer cette ceinture aux bordures par un motif dent-de-scie.La ceinture aurait ainsi 5 centimètres de largeur au lieu des 20 à 25 centimètres que requiert la ceinture fléchée traditionnelle.De plus, notre prototype propose un système d\u2019anneaux commun à plusieurs modèles actuels.Au-delà du symbole, un savoir à préserver L\u2019idée de départ du collectif avait une visée différente ; nous avions l\u2019intention de fabriquer un modèle reproductible à grande échelle de ceinture fléchée, tissée industriellement, dont le motif aurait été un imprimé.C\u2019est en rencontrant des gens du milieu de la ceinture fléchée que nous avons 93 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 compris l\u2019importance de la technique et du savoir dans la venue au monde de cet objet identitaire.Car pour ces artisans, ce n\u2019est pas tant l\u2019objet lui-même qu\u2019il fait sauver, mais le savoir unique qui permet sa fabrication.Le collectif Identité québécoise a décidé qu\u2019il était important d\u2019en tenir compte.C\u2019est pourquoi nous avons non seulement appris nous-mêmes à tresser le fléché, mais nous avons mis sur pied un cours de tressage, développé avec la très précieuse collaboration de madame Michelle Beauvais, artisane du tressage et professeure à la Guilde des étoffes tressées, chercheure et auteure dont les travaux trouvent lecteurs chez les spécialistes en textile tressé provenant de différentes écoles internationales.Le cours est proposé en plusieurs séances et l\u2019enseignement, offert avec l\u2019aide de Marie-Berthe Lanoix-Guilbaut, présidente de l\u2019Association des artisans de ceinture fléchée de Lanaudière et artisane de renom, ainsi que de l\u2019organisme Les vieux métiers.Cet enseignement permettra la production de différents échantillons menant à pouvoir fabriquer soi-même sa propre ceinture fléchée « nouvelle mouture ».Il est possible aussi, pour ceux et celles qui ne veulent pas suivre la formation, de se procurer une ceinture fabriquée par un(e) artisan(e).Avis à tous les patriotes-artisan(e)s, il est temps de se changer la ceinture ! ? 94 ARTICLES Mathieu Bock-Coté* LA MAUVAISE LEÇON DU PROFESSEUR BOUCHARD Dans un style de grand professeur qui reprend le mauvais élève, Gérard Bouchard me fait l\u2019honneur d\u2019une leçon (Le Devoir, 20 mai 2009).Il me reproche au mieux de mal comprendre sa pensée et de ne pas en décoder les subtilités, au pire d\u2019en faire une caricature pour la transformer en repoussoir (Le Devoir, 15 mai 2009).Je lui reprocherais d\u2019adhérer au multiculturalisme alors qu\u2019il en ferait une critique d\u2019autant plus sévère qu\u2019il serait contradictoire avec ses convictions souverainistes.Un multiculturalisme dont il aurait d\u2019ailleurs fait le procès à Harvard au cours de la dernière année ! En fait, ma critique révélerait mon rapport trouble à la démocratie et une intolérance qui me ferait manquer de retenu, de prudence dans le travail scientifique.Voyons-voir.Allons-y d\u2019une première clarification.Gérard Bouchard laisse planer l\u2019ambiguïté en disant qu\u2019il ne s\u2019est jamais réclamé du multiculturalisme dans sa défense du cours Éthique et culture religieuse, lors du procès de Drummondville le 12 mai dernier.Mais Gérard Bouchard joue sur les mots.Car s\u2019il repousse le multiculturalisme canadien, c\u2019est pour mieux embrasser une version québécoise qui n\u2019en diffère pas fondamentalement.Il y a là une distinction stratégique et artificielle entre le multiculturalisme et « l\u2019interculturalisme » * Doctorant en sociologie, UQAM 95 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 de la part de ceux qui savent bien que le premier n\u2019a pas bonne réputation au Québec mais qui ne s\u2019en réclament pas moins de principes semblables.D\u2019ailleurs, Gérard Bouchard n\u2019hésite pas, quelques phrases plus loin, et comme il l\u2019avait fait dans le rapport Bouchard-Taylor, à reconnaître que ces deux doctrines sont autant d\u2019expressions d\u2019une même philosophie centrée sur le pluralisme identitaire et sa nécessaire traduction dans la communauté politique - la philosophie pluraliste dont se réclame Gérard Bouchard est le nom de code du multiculturalisme idéologique.On ajoutera que dans ses précédents travaux, Gérard Bouchard faisait de la majorité francophone une communauté parmi d\u2019autres dans la construction d\u2019une société surplombant son héritage fondateur.Il insistait aussi sur la nécessaire déhiérachisation de la communauté politique, qui ne devrait plus s\u2019institutionnaliser à partir d\u2019une culture fondatrice, sans quoi elle transgresserait l\u2019impératif de l\u2019égalitarisme identitaire.Chez Bouchard, la culture majoritaire est réduite à un simple fait démographique qui ne devrait pas se traduire en norme d\u2019intégration identitaire.Comment peut-il alors justifier la prédominance de la majorité francophone dans la situation québécoise ?En fait, si Gérard Bouchard nous offre le choix artificiel entre deux modèles associés à la reconstruction pluraliste de la communauté politique, c\u2019est pour mieux exclure un troisième terme : une défense de la nation qui assumerait la culture québécoise comme culture de convergence et qui en ferait la norme substantielle à laquelle les nouveaux arrivants devraient s\u2019intégrer pour véritablement participer à la société québécoise.Il n\u2019y aurait aujourd\u2019hui de choix qu\u2019entre une variété de doctrines pluralistes, qu\u2019entre différentes variétés de multiculturalisme.On comprend pourquoi Gérard Bouchard en arrive à cette conclusion lorsqu\u2019il nous explique que le pluralisme identitaire surgirait dans 96 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 l\u2019histoire occidentale à la manière d\u2019un correctif philosophique après les horreurs du vingtième siècle.Ce sont les mouvements sociaux sortis des années 1960 qui auraient traduit cette prise de conscience en action politique au point de transformer notre définition de la démocratie, qui s\u2019accouplerait désormais nécessairement avec le pluralisme identitaire.À la lumière d\u2019une certaine politologie américaine, j\u2019ai développé dans La dénationalisation tranquille ainsi que dans plusieurs autres travaux, une autre version de l\u2019histoire du multiculturalisme qui me semble beaucoup plus conforme à la réalité.Car l\u2019avènement du multiculturalisme d\u2019État relève moins d\u2019une métamorphose de la disposition éthique des sociétés occidentales que de la diffusion d\u2019une mauvaise conscience qui est intimement liée à la culture politique des radical sixties, qui a annoncé la conversion culturelle du marxisme à l\u2019hypercritique de la civilisation occidentale.Une hypercritique dont nous payons aujourd\u2019hui chèrement le prix et qui nous amène à traduire dans le langage de l\u2019intolérance toute critique du multiculturalisme et de la philosophie progressiste qui la sous-tend.Une hypercritique qui assimile le déploiement de la démocratie à celle du multiculturalisme - ou du pluralisme identitaire, à Gérard Bouchard de choisir sa formule.Aujourd\u2019hui, nous dit Bouchard, « toutes les nations véritablement démocratiques » se réclameraient du pluralisme identitaire.Cette rhétorique relève de l\u2019intimidation académique.D\u2019abord parce qu\u2019elle occulte le fait, pourtant reconnu par Bouchard, que dans toutes les sociétés occidentales, le multiculturalisme est d\u2019abord la doctrine de l\u2019intelligentsia et n\u2019est en rien partagée par les populations qui n\u2019en finissent plus de lui adresser des critiques.Ensuite, parce que Gérard Bouchard confisque ainsi la démocratie pour lui 97 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 seul et accuse brutalement ses contradicteurs de ne pas être démocrates.Il laisse planer la rumeur qu\u2019ils seraient animés par des passions malsaines qui mèneraient à la crispation identitaire.En m\u2019opposant à la « philosophie pluraliste » découverte après les horreurs du dernier siècle, je témoignerais donc de mon insensibilité à ces horreurs, sinon, de ma complaisance devant elles.Cela n\u2019a évidemment aucun sens et un professeur aussi distingué que Gérard Bouchard devrait se garder d\u2019un tel usage de la méthodologie du soupçon.On peut même croire que cette mentalité inquisitrice, qui amène les procureurs du multiculturalisme d\u2019État à dépister les symptômes de l\u2019intolérance chez ceux qui ont le malheur de les contredire, est responsable en grande partie du malaise démocratique des sociétés contemporaines, où la souveraineté populaire est systématiquement censurée lorsqu\u2019elle contredit les prescriptions des ingénieurs sociaux.Un dernier mot sur les convictions souverainistes du professeur Bouchard.Il n\u2019y a rien de contradictoire entre le souverainisme tel qu\u2019il est devenu et le multiculturalisme - hélas.Dans mon livre La dénationalisation tranquille, j\u2019ai montré comment la culture politique post-référendaire, traversée par une mauvaise conscience particulièrement destructrice, a entrainé le mouvement souverainiste à se convertir au multiculturalisme en l\u2019assimilant à la seule posture idéologique convenable pour être bien coté à la bourse du politiquement correct.Dans cette entreprise, les thèses de Gérard Bouchard ont joué un rôle déterminant.Mais on voit le piège dans lequel il est tombé.En intériorisant le logiciel idéologique du multiculturalisme, Gérard Bouchard a neutralisé le souverainisme en profondeur au point de confondre l\u2019ouverture à l\u2019autre et le reniement de soi.Il n\u2019a pas vu que le progressisme identitaire était contradictoire avec la mobilisation d\u2019un nationalisme fondé sur la 98 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 culture de raisons communes historiquement définies.Le professeur Bouchard, qui en appelle à la rigueur et à la prudence, a finalement milité malgré lui contre ses convictions apparemment les plus intimes.La prudence n\u2019est pas là où on la croit.? 99 CHRONIQUE INTERNATIONALE Dave Anctil* LE RETOUR DE LA RAISON PUBLIQUE EN MATIÈRE DE FISCALITÉ Au début d\u2019avril, Donald Trump, le richissime homme d\u2019affaires américain, faisait les manchettes aux États-Unis avec une sortie colérique contre l\u2019humeur généralement hostile à l\u2019égard des plus nantis.Trump en avait contre l\u2019appui des citoyens de l\u2019État de New York à son projet d\u2019augmenter d\u2019un peu moins de 2 % l\u2019impôt sur les revenus de 500 000$ et plus.Prenant alors d\u2019assaut toutes les tribunes offertes par les médias, le multimillionnaire a notamment affirmé qu\u2019une telle augmentation serait « très dangereuse » et un « parfait désastre » économique.Trump a même appelé le gouverneur de l\u2019État pour lui témoigner sa colère et ses inquiétudes sur cette « catastrophe imminente ».Une nouvelle approche à l\u2019égard de l\u2019avidité excessive des riches ne se manifeste pas seulement aux États-Unis.En Allemagne, comme le rapportait récemment Spiegel, le magnat de l\u2019acier Reinhold Würth a aussi fait les frais de la colère populaire après avoir acheté un somptueux yacht aussi grand qu\u2019un terrain de football.La polémique autour de Würth a commencé au moment où il venait tout juste d\u2019être l\u2019objet d\u2019une enquête pour de nombreuses anomalies dans ses livres comptables.Or le milliardaire venait aussi de * Chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQÀM) 100 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 demander, au nom de la « solidarité », une baisse de salaire de 5 % à 15 % à ses travailleurs afin de faire face à la crise économique1.En réponse à l\u2019enquête et à l\u2019indignation populaire, Würth a alors menacé de déménager ses entreprises à l\u2019étranger, vers des cieux plus cléments.Les exemples comme ceux de Donald Trump et de Reinhold Würth abondent dans l\u2019actualité internationale.Les super riches se sentent aujourd\u2019hui menacés et les politiciens semblent moins enclins, comme par le passé, à prendre systématiquement la défense de leurs intérêts.Une « fenêtre d\u2019opportunité », comme disent les Anglais, s\u2019est soudainement ouverte avec la crise économique.Le capital de sympathie pour les super riches semble avoir été ébranlé par les conséquences accumulées de leur avidité infinie, par leur manque total de sens des responsabilités et par le refinancement public de « leurs » dettes à coups de milliers de milliards.Les politiciens intelligents sentent bien que le vent à tourné et que leurs électeurs attendent d\u2019eux qu\u2019ils sonnent la fin de la récréation.Se peut-il qu\u2019homo politi-cus soit devenu aujourd\u2019hui un peu moins sous l\u2019emprise d\u2019homo oeconomicus ?De l\u2019indignation populaire à la raison publique S\u2019il est difficile de prédire les événements futurs, on peu néanmoins constater que de nouveaux discours se font entendre à l\u2019extérieur des universités et des cercles progressistes, autrefois réduits à la marginalité.Un peu partout, de nouvelles « raisons » prennent corps dans le débat public, et ces voix appellent à une sérieuse remise en question de l\u2019idéologie de la dérégulation qui s\u2019est imposée partout depuis les années 1980.1 Voir Spiegel, édition du 30 mars 2009. 101 CHRONIQUE INTERNATIONALE - mai/juin 2009 Comme chacun le sait, les débats politiques sont organisés depuis des années autour des fameuses baisses d\u2019impôts.Ce goût pour les baisses d\u2019impôts dans les débats publics nous provient des États-Unis.Au fil des décennies, ce pays a connu une véritable « révolution tranquille » dans l\u2019imposition sur le revenu.Ainsi, en 1955, les 400 contribuables américains aux revenus supérieurs à 2 millions $ payaient 51,2 % de leurs revenus au gouvernement fédéral - cela après avoir bénéficié de toutes les déductions permises par le fisc.En 2006, ce montant n\u2019était plus que 17,2 % chez les 400 plus riches2.Comment a-t-on pu justifier, au fil des années, une telle baisse de la contribution publique des plus nantis ?En amont des dogmes sur l\u2019absolutisation de la propriété privée, c\u2019est avant tout une croyance au sujet de la supériorité « naturelle » des riches sur les autres citoyens qui a pu laisser croire qu\u2019un tel état de fait était acceptable.Ainsi, les dépenses des riches seraient plus efficientes et généreraient plus de retombées économiques.Les inégalités socio-économiques récompenseraient aussi l\u2019effort et l\u2019ingéniosité, de sorte que la richesse est partout perçue comme la récompense de la « vertu » : entre riches et pauvres, la ségrégation croissante (résidentielle, scolaire, culturelle et professionnelle) distribuerait équitablement ce qui revient à chacun.En bref, ce sont les mêmes boniments antisociaux entretenus ici par l\u2019Institut Économique de Montréal et par Alain Dubuc, auteur d\u2019Éloge de la richesse (2007).Ces pseudovérités constituent l\u2019arrière-fond idéologique des débats politiciens sur la privatisation, les PPP et autres courroies du népotisme.Or ces idées reçues, jamais prouvées mais systématiquement évoquées, s\u2019appuient toutes sur une concep- 2 Les chiffres sont en dollars US de 2006.Voir Institute for Policy Studies: http://www.ips-dc.org 102 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 tion tronquée de l\u2019organisation des sociétés affirmant que les politiques génératrices d\u2019inégalités sont plus utiles au bien public que celles qui favorisent l\u2019égalité.Car selon les apôtres des super riches, l\u2019égalité artificiellement créée par l\u2019État récompenserait la paresse et découragerait les entrepreneurs; la passion pour l\u2019égalité serait même à l\u2019origine de la misère des pays communistes.La passion pour le libre enrichissement, au contraire, n\u2019a-t-il pas soutenu le progrès économique, social et culturel de l\u2019Occident ?L\u2019économie et l\u2019argumentation économique ont longtemps servi de propagande sophistiquée pour faire avaler ces apologies absurdes de l\u2019inégalité.Mais on constate que l\u2019efficience espérée des disparités profondes dans les revenus commence à perdre de sa force discursive.En témoigne le surprenant débat organisé au mois d\u2019avril par la (très libérale) revue britannique The Economist3, autour de la proposition suivante : devrait-on taxer davantage les riches ?Le débat mettait en scène, d\u2019un côté, Thomas Piketty, professeur à l\u2019École Économique de Paris.Celui-ci défendait l\u2019idée suivante : taxer suffisamment les riches permettrait non seulement d\u2019augmenter les recettes de l\u2019État pour financer ses programmes, cette taxe rendrait également plus efficiente la distribution des richesses dans les économies nationales.De l\u2019autre côté, Chris Edwards, directeur d\u2019études des politiques publiques au très libéral Cato Institute, s\u2019opposait à cette idée - qui était jugée, jusqu\u2019à tout récemment, aussi saugrenue qu\u2019économiquement suicidaire.L\u2019économiste a répété le mantra classique des libéraux : la taxation tue l\u2019effort, l\u2019innovation et la création de richesses.3 On peut consulter en ligne les textes du débat, ainsi que les commentaires du public et des spécialistes : The Economist: http://www.economist.com/ debate/overview/142 103 CHRONIQUE INTERNATIONALE - mai/juin 2009 L\u2019égalité n\u2019est pourtant pas synonyme de misère générale.L\u2019OCDE vient de publier une nouvelle étude sur le classement des pays où les citoyens sont les plus contents de leurs conditions socio-économiques.Les trois pays les plus heureux - soit le Danemark, la Finlande et les Pays-Bas -sont aussi parmi les endroits où les citoyens aisés paient le plus de taxes au monde.Dans le contexte européen, Piketty propose ainsi aux États d\u2019imposer une taxe de 80 % sur tous les revenus supérieurs à 1 million d\u2019euros.(Notons que ce taux est le double de celui proposé récemment par le président Obama dans son dernier budget.) Cela peut paraître scandaleux, tellement nous sommes conditionnés par la culture individualiste anglo-américaine.Mais, histoire de mettre les choses en perspective, rappelons simplement le fait suivant : entre 1932 et 1980, le taux d\u2019imposition des super riches aux États-Unis était, justement, de 80,2 % en moyenne.Face aux arguments avancés par Piketty, Edwards a fait appel à l\u2019arme ultime des conservateurs libéraux : le spectre de la tyrannie étatique.L\u2019argument prend la forme du sophisme bien connu de la « pente glissante », tactique rhétorique que l\u2019on enseigne aux étudiants de philosophie du niveau collégial.Selon Edwards - qui reprend ici la ligne classique défendue par Friedrich von Hayek dans La Route de la servitude (1944) -, si l\u2019on autorise l\u2019État à taxer les riches dans une proportion supérieure, alors aucune propriété privée ne sera plus à l\u2019abri de son appétit.Autrement dit, si une société ouvre la porte à une augmentation de la taxation sur les revenus très élevés, celle-ci se dirige tout droit vers une tyrannie fiscale : bientôt, tous les citoyens seront potentiellement les victimes d\u2019un « vol organisé » au nom de l\u2019égalité.Dans un excès peu habile de mauvaise foi, Edwards estime que cette « glissade » a été la cause première de la tyrannie communiste dans le monde. 104 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Si ce genre de rhétorique avait un certain poids dans le contexte de la Guerre froide - à une époque où, notons-le, les super riches occidentaux payaient pourtant beaucoup plus d\u2019impôts ! -, cette sophistique a aujourd\u2019hui perdu de son efficace.Avec la crise, on sait maintenant qu\u2019il n\u2019y a rien de tel qu\u2019un marché parfait, que le bon fonctionnement des mécanismes de la finance dépend de régulations plus sévères et que les États sont les seules instances capables d\u2019éviter l\u2019écroulement mondial de l\u2019économie.Dans ce débat fascinant organisé par The Economist, Thomas Piketty a démonté totalement les arguments traditionnels invoqués par les libéraux et les conservateurs pour protéger les revenus exorbitants des super riches : ces arguments ne s\u2019appuient tout simplement pas sur les faits.Autre phénomène intéressant : les lecteurs abonnés à The Economist -qui, en général, ne sont pas des socialistes ! - ont voté à 51 % pour l\u2019argumentation de Pikkety.Il ne reste plus qu\u2019à espérer que ce débat crucial s\u2019intègrera à nos joutes électorales.Resocialiser les riches (et les politiciens) La science de la gestion de l\u2019État est aujourd\u2019hui très sophistiquée.L\u2019histoire moderne a fourni un riche terreau pour vérifier lesquelles des différentes politiques publiques parmi les plus performantes devraient être privilégiées.Toutefois, en matière de politiques socio-économiques, la culture publique n\u2019a jamais été aussi éloignée de la science.La raison première de ce décalage relève du fait que la culture publique est largement influencée par des images et des valeurs déformantes de la réalité.Au cinéma comme dans l\u2019imaginaire collectif, la figure de la course vers la richesse s\u2019est imposée comme la voie royale pour une vie réussie et excitante.Pour ne prendre que deux exemples récents de la culture de masse, soit le film intitulé Get Rich or Die 105 CHRONIQUE INTERNATIONALE - mai/juin 2009 Tryin\u2019 (2005) mettant en vedette le rappeur 5ocent et celui, avec Will Smith, intitulé The Pursuit of Happyness (2006), la leçon de l\u2019histoire est toujours la même : la course vers l\u2019enrichissement, impliquant parfois des moyens illicites, est le fondement ultime sur lequel repose la grandeur des sociétés libres.Ces histoires ont une fonction de légitimation importante dans le maintien des inégalités extrêmes de nos sociétés.La légitimité des fortunes colossales repose donc sur cette vision de l\u2019esprit : que, dans la majorité des cas, les gens très riches sont effectivement parvenus à constituer leurs fortunes par l\u2019effort, par l\u2019innovation et par le goût du risque, et donc qu\u2019à ce titre ils constituent des modèles exemplaires.Bien évidemment, le bien-fondé de cette croyance est aussi crédible que celle de la transsubstantiation.L\u2019argent des riches n\u2019est pas plus béni que les revenus des modestes.Ainsi, au pays de l\u2019opportunisme, une très large majorité parmi les 400 Américains les plus riches répertoriés par le magazine Forbes ont acquis leur fortune gargantuesque par héritage4.Le système apologétique des inégalités possède une portée mondiale.La course vers l\u2019enrichissement est notamment au cœur de la modernisation de la Chine et de l\u2019Inde où vit le tiers de l\u2019humanité.Au fil des ans, la ploutocratie s\u2019est également constituée en une caste globale, ultra-mobile et peu attachée aux systèmes nationaux de redistribution.Comme la délocalisation des entreprises est une politique que les super riches préconisent naturellement pour faire fructifier leurs investissements, ils n\u2019hésitent jamais - comme l\u2019a fait « notre » Paul Martin - à protéger leurs revenus colossaux dans des paradis fiscaux, puis à demander toujours plus de 4 Voir Michael Kinsley, « Democrats for Rich Heirs?», Washington Post, 10 avril 2009. L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 concessions salariales à leurs travailleurs - quand ce n\u2019est pas l\u2019aide directe et indirecte des gouvernements.Dans une étude remarquable, l\u2019Américain David Rothkopf a cartographié l\u2019influence, la culture, les idées et les comportements de cette superclasse ploutocratique : une infime minorité de six mille super riches est ainsi parvenue, en coordonnant ses efforts, à transformer et à organiser à son image un monde habité par six milliards d\u2019êtres humains5.L\u2019enquête de Rothkopf est notamment très utile pour comprendre comment et pourquoi les événements récents se sont produits.On peut ramener la crise financière et l\u2019endettement des États à un phénomène d\u2019ensemble : depuis les années 1980, la superclasse des milliardaires a largement réussi à se soustraire de leurs responsabilités civiques.Les super riches ont ainsi organisé le programme de la mondialisation sur le modèle d\u2019une « libération » des contraintes de l\u2019appartenance nationale, incluant les règles de la solidarité.Aidés en cela par les discours anarchisants postmodernistes, les super riches se sont graduellement émancipés de la nation pour se libérer ensuite plus facilement de l\u2019État : comme leurs fortunes, leur identité est devenue off-shore.De sorte qu\u2019il est devenu psychologiquement insupportable pour cette ploutocratie mondiale de considérer que la société a un droit de regard sur ce qui leur appartient, car leur société à eux est bien différente : c\u2019est un monde de jouissance perpétuelle et sans limite, un monde d\u2019individus souverains où le bien public est une source d\u2019agacement.Aujourd\u2019hui les peuples perçoivent qu\u2019ils ont été trompés par leurs élites : non seulement par les super riches, mais aussi par les millions de courtisans qu\u2019ils entretiennent avec 5 Voir David Rothkopf, Superclass.The Global Power Elite and the World They are Making, Viking, 2008. 107 CHRONIQUE INTERNATIONALE - mai/juin 2009 leurs fortunes, jusqu\u2019aux médias et aux partis politiques qu\u2019ils contrôlent déjà largement.Mais la démocratie et la puissance de l\u2019État sont peut-être sur le point de resocialiser la ploutocratie régnante depuis trente ans.Pour cette raison, la colère des peuples demeure, jusqu\u2019ici, froide et mesurée, donc ouverte à la raison publique.Les hommes et les femmes politiques doivent en prendre bonne note pour l\u2019avenir.? Réservez vos places au Lion d'Or le 30 octobre 2009 Fernand Daoust our entendre C\u2019est en tant que défenseur des droits des travailleurs et des travailleuses du Québec de travailler dans leur langue, que Fernand Daoust fait sa marque sur la scène publique québécoise.Dès 1959, en négociation avec des entreprises multinationales, il réclame que les discussions se déroulent en français.Membre fondateur du Mouvement Québec Français (MQF) en 1971, un organisme regroupant des organisations syndicales, culturelles et nationales vouées à la défense du français et membre du conseil d\u2019administration de l\u2019Office de la langue française depuis sa fondation en 1977, il intervient sans relâche sur les questions linguistiques.Fernand Daoust s\u2019est mérité plusieurs honneurs.En 1994, le Conseil de la langue française l\u2019honore en le décorant de l\u2019Ordre des francophones d\u2019Amérique.En reconnaissance de sa contribution à la cause du français, il devient en 1998, lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme ; la même année, il est nommé Patriote de l \u2019année par la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal ; en juin 2001, il est reçu Chevalier de l\u2019Ordre du Québec.En mai 2009, il reçoit le prix Joseph-Papin-Archambault de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour s\u2019être illustré dans la défense et la promotion du français.Souper-conférence 2009 de L'Action nationale www.action-nationale.qc.ca 514-845-8533 ou sans frais 1-866-845-8533 DOSSIER CAISSE DE DÉPÔT ET PLACEMENT DU QUÉBEC: LA DOULOUREUSE AVENTURE DU PCAA Dossier Caisse de dépôt et placement du Québec La douloureuse aventure du PCAA \t \t \t \t \t \t Livres reçus 207 110 DOSSIER Pierre Cloutier* CAISSE DE DÉPÔT ET PLACEMENT DU QUÉBEC LA DOULOUREUSE AVENTURE DU PCAA La finance, c\u2019est l\u2019art de faire passer l\u2019argent de main en main jusqu\u2019à ce qu\u2019il disparaisse Si M.Rosaire Morin, l\u2019ancien directeur de L\u2019Action nationale, était encore parmi nous, il aurait sans doute commenté avec beaucoup d\u2019à propos le bilan désastreux de la Caisse de dépôt et placement du Québec (la CDPQ) en 2008, particulièrement la douloureuse aventure du « papier commercial adossé à des actifs » (le PCAA) dans laquelle la CDPQ a « investi » 12.8 milliards $.Et il l\u2019aurait fait avec beaucoup de rigueur et de discipline.Je vais donc poursuivre la tradition tout en lui rendant hommage.Qu\u2019est-ce donc que le PCAA ?Un de mes amis, citoyen normalement bien renseigné et échevin de sa ville, me disait récemment qu\u2019en investissant 12.8 milliards $ dans le « papier commercial fin », la CDPQ avait « au moins » tenté d\u2019encourager l\u2019industrie forestière québécoise, respectant ainsi une partie de sa mission ! Il a été tout étonné lorsque j\u2019ai pris la peine de lui expliquer que le PCAA était en fait un instrument de crédit, c\u2019est- * Avocat, ll.m 111 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER à-dire, dans les faits, un « bout de papier » constatant tout simplement une promesse de payer.Tout aussi étonné, en fait, que ma voisine qui croyait, elle, que la « caisse populaire - en fait le Mouvement Desjardins - avait acheté pour 12,8 milliards $ » de papier pour alimenter ses imprimantes, ordinateurs et photocopieuses.Pourquoi avoir acheté tant de papier, m\u2019a-t-elle dit, avec une moue citoyenne d\u2019incompréhension ?Au moins, si tout cela était vrai, on ne pourrait certes pas reprocher à la CDPQ ou au Mouvement Desjardins de ne pas avoir investi 12.8 milliards $ additionnels dans l\u2019économie « réelle » du Québec.Mais, malheureusement, ce n\u2019est pas cela, en tout cas en ce qui concerne le PCAA.Le terme « papier commercial adossé à des actifs » est un anglicisme qui vient de l\u2019expression «asset back commercial paper ».Le terme français juste, celui en tout cas utilisé par l\u2019Autorité québécoise des marchés financiers, est celui de « billet de trésorerie1 ».De façon plus détaillée, on peut reprendre ici les explications qu\u2019en donne le rapport annuel 2008 de la Caisse de dépôt et placement du Québec (le rapport annuel 2008)2: Le PCAA constitue une créance à court terme adossée à une variété d'instruments financiers.Les actifs, tels que les créances hypothécaires ou à la consommation, ou l\u2019exposition aux risques, tels que les trocs de défaillance de crédit sont acquis par un conduit au moyen de divers types d\u2019opérations, y compris les achats d\u2019actifs et de dérivés financiers.Le PCAA est générale- 1\tAutorité des marchés financiers du Québec, Propositions concernant la réglementation des valeurs mobilières découlant des turbulences sur les marchés du crédit en 2007-2008 et leur incidence sur le marché canadien des BTAA -Document de consultation 11-045 des Autorités canadiennes en valeurs mobilières 2\tCaisse de dépôt et placement du Québec, Rapport annuel 2008, page 96, disponible sur le site web de la CDPQ à http://www.cdpq.com 112 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 ment émis pour une durée de 30, 60 ou 90 jours, soit à escompte, soit à intérêt.Les instruments financiers servant d\u2019actifs à un conduit émetteur de PCAA ont généralement des échéances plus longues que l'échéance du PCAA émis.Le conduit doit typiquement alors disposer de facilités de garantie de liquidités auprès d\u2019une institution financière dont il peut se prévaloir, à certaines conditions, advenant le cas où il n\u2019est pas en mesure d\u2019émettre de nouveaux titres de PCAA afin de rembourser ceux qui viennent à échéance ou de répondre à des besoins de liquidités additionnels.Jusqu\u2019à l\u2019été 2007, la compression des écarts de crédit a favorisé la création de structures supraprioritaires (leveraged super seniors ou « LSS »).Ces structures procurent aux investisseurs une exposition adossée à une proportion supraprioritaire d\u2019un groupe d\u2019actifs de référence.En général, cette exposition correspond à plusieurs fois le montant investi par les investisseurs dans un conduit donné et mis en garantie par le conduit auprès du bénéficiaire de la protection de crédit.Par exemple, un placement de 10 millions de dollars peut être adossé dix fois au moyen d\u2019un lien de crédit à une tranche suprapriori-taire ayant un montant nominal de 100 millions de dollars.La combinaison d\u2019actifs donnés en garantie et d\u2019un contrat de troc contre la défaillance de crédit, tel un LSS, est généralement identifiée à titre d\u2019actif « synthétique ».Une tranche supraprioritaire est assortie d\u2019un point d\u2019attachement, c\u2019est-à-dire le niveau-seuil de perte que doit connaître le groupe d\u2019actifs de référence avant que les obligations de paiement ne soient déclenchées.En général, ce seuil dépasse de façon importante le niveau de perte conséquent à une note R-1 (élevé) ou AAA.Ainsi, le niveau de perte auquel la tranche supraprioritaire est exposée est généralement plus faible que l\u2019expérience historique pour ce niveau de notation.Lorsque le niveau de perte augmente ou lorsqu\u2019il y a des indicateurs qui montrent que celui-ci pourrait s\u2019élever (déclencheurs d\u2019appels de garanties additionnelles), les acheteurs de protection contre la défaillance de crédit peuvent exiger un supplément de garantie, en plus des montants investis initialement.Pour faire face à ces appels de garanties additionnelles, les structures originales ne disposaient pas de mécanismes pour accéder à des liquidités.Si le supplément de garantie ne peut être fourni, le LSS est dénoué au profit de l\u2019acheteur de la protection contre la défaillance de crédit.Ce dénouement entraîne une perte pour les investisseurs dans le PCAA, et ce, 113 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER même si la perte réelle du groupe d\u2019actifs de référence n\u2019a pas atteint le point d\u2019attachement sur la tranche supraprioritaire.La crise des prêts hypothécaires à haut risque aux États-Unis a déclenché des perturbations sur les marchés internationaux qui ont abouti à une crise de liquidités du marché canadien du PCAA de tiers à la mi-août 2007.Depuis le 13 août 2007, la Caisse n\u2019avait pas été en mesure de se faire rembourser les sommes dues en vertu du PCAA de tiers.Au moment de leur acquisition par la Caisse, le PCAA était noté « R-1 (élevé) » par l\u2019agence de notation DBRS Limited (« DBRS »), soit la plus haute note accordée par DBRS pour du papier commercial adossé à des actifs.Le 13 août 2007, les fournisseurs de garantie de liquidités n\u2019ont pas rendu disponibles les sommes commises en vertu des engagements fournis puisqu\u2019ils ne considéraient pas les conditions requises à cet effet comme ayant été remplies.Les investisseurs ainsi que les banques ayant acheté la protection contre la défaillance de crédit ont alors convenu d\u2019un moratoire et entamé des discussions dans le cadre de la Proposition de Montréal et du Comité pancanadien des investisseurs de PCAA par la suite.(Je souligne) De façon simple, on retrouvait dans ce marché les acteurs suivants 3: \u2022\tles conduits : c\u2019est-à-dire des fiducies qui possèdent des actifs et émettent du « papier commercial » en l\u2019adossant à des actifs ; \u2022\tles promoteurs : c\u2019est-à-dire ceux qui mettent sur pied des conduits, choisissent et gèrent les actifs que ces derniers détiennent et organisent la vente du papier commercial qu\u2019ils émettent ; \u2022\tles fournisseurs d\u2019actifs : c\u2019est-à-dire ceux qui offrent des prêts et d\u2019autres types de créances aux conduits ; 3 John CHANT, La crise du PCAA au Canada, incidence sur la réglementation des marchés financiers, une étude préparée à l\u2019intention du Groupe d\u2019experts sur la réglementation des valeurs mobilières, que l\u2019on peut retrouver à l\u2019adresse suivante : http://www.expertpanel.ca/documents/research-studies/The%20 ABCP%20Crisis%20in%20Canada%20-%20Chant.French.pdf DOSSIER 114 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 \u2022\tles investisseurs, c\u2019est-à-dire ceux qui achètent le papier commercial émis par les conduits ; \u2022\tles distributeurs, c\u2019est-à-dire ceux qui vendent aux investisseurs le papier commercial émis par les conduits ; \u2022\tles fournisseurs de liquidités, c\u2019est-à-dire ceux qui approvisionnent les conduits en liquidités à certaines conditions ; \u2022\tles agences de notation qui accordent des cotes de crédit à ces produits.Lorsque les promoteurs sont des banques, on parle alors de PCAA bancaire et lorsque les promoteurs sont des entités autres que des banques, on qualifie le tout de PCAA émis par des tiers.Jusqu\u2019en 2002, le marché du PCAA au Canada, était occupé presque exclusivement par les banques canadiennes.Une étude préparée pour la Banque du Canada4 mentionne les cinq grandes banques canadiennes suivantes avec la valeur du marché correspondant : \u2022\tBanque de Montréal - 23 milliards $ \u2022\tCIBC - 19 milliards $ \u2022\tBanque TD - 17 milliards $ \u2022\tBanque Scotia - 8,7 milliards $ \u2022\tBanque Royale - 8,5 milliards$ En 2002, est apparu dans le « décor » un acteur non bancaire, Coventree Capital Group inc, créée en 1998 par deux avo- 4 Paula TOOVEY et John KIFF : Le marché canadien du papier commercial adossé à des actifs: évolution et enjeux, Banque du Canada, Revue du système financier, juin 2003, p.45 et suivant ii5 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER cats de Toronto, Mes Geoffrey Cornish et David Ellins et un ancien trésorier de chez IBM Canada, M.Dean Tai.5 En 2006, lorsque cette compagnie est devenue publique, son prospectus mentionnait que la CDPQ était son plus gros détenteur d\u2019actions, soit 4,817 millions d\u2019actions ou 28,6% du capital-action de l\u2019entreprise.Un article du journaliste de La Presse, Francis Vailles, daté du 29 avril 20096, nous apprend que la CDPQ a commencé à investir dans Coventree en 2000 (2.1 millions $) et a injecté 10 millions $ de plus entre 2002 et 2005.L\u2019article ajoute que la CDPQ a eu un représentant au sein du conseil d\u2019administration de Coventree depuis 2001, soit M.François Maheu.J\u2019y reviendrai.Coventree a créé en 2002, trois conduits pour vendre ses PCAA : Comet Trust, Gemini Trust et Rocket Trust.D\u2019autres promoteurs non bancaires suivront entre 2002 et 2007.En août 2007, lorsque le gel de ce marché visant les conduits non bancaires s\u2019est produit, il y avait 7 promoteurs non bancaires (Coventree inc, sa filiale Neureus Financial inc., Financière Banque Nationale, Newshore Financial Services inc., Metcalfe & Mansfield Capital Corp, Securitus Capital Corp.et Corporation de valeurs mobilières Dundee) et 22 conduits (non bancaires).Coventree, quant à elle, possédait en 2007, sept conduits et près de 47 % des parts de ce marché.Conduits bancaires et non bancaires Il est bon de mentionner au départ, comme je l\u2019expliquerai plus loin, que le gel du marché du PCAA le 13 août 2007 touchait exclusivement les 22 conduits mis sur pied par les promoteurs non bancaires et non pas les conduits bancaires.5\tBarry CRITCHLEY, Conventreeinsiders sell to let others in, Financial Post, 23 octobre 2006 6\tFrancis VAILLES, PCAA: la Caisse agissait des deux côtés de la clôture, La Presse affaires, 29 avril 2009 à http: lapresseaffaires@cyberpresse.ca DOSSIER 116 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 Lors de ce gel, le marché du PCAA au Canada représentait 108 milliards $, soit 76 milliards $ pour le PCAA bancaire (environ le 2/3) et 32 milliards $ pour le PCAA non bancaire (environ 1/3)7.Essentiellement, je vois deux différences majeures entre le PCAA bancaire et le PCAA non bancaire.La première différence tient à la nature des actifs sous-jacents et la deuxième à la fourniture de liquidités.Actifs conventionnels et actifs synthétiques Les actifs conventionnels sont adossés à des titres, comme les hypothèques, les prêts à la consommation, les créances sur cartes de crédit, les baux commerciaux et d\u2019autres types d\u2019actifs tandis que les actifs dits synthétiques sont des titres adossés à des produits dérivés, pour l\u2019essentiel des contrats d\u2019assurance sur défaillance de crédit - qu\u2019on appelle des « swaps ».Je ferai grâce au lecteur de toute la brillante et imaginative ingénierie dont a fait preuve le monde de la finance au cours des dernières pour mettre sur pied des produits extrêmement performants en termes de profit, mais malheureusement en même temps dangereusement risqués comme le démontre la crise financière qui s\u2019est propagée comme une pandémie à travers le monde et qui a dégénéré en crise économique mondiale.Qu\u2019il suffise de mentionner que c\u2019est parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas accès aux actifs conventionnels détenus par les conduits mis sur pied par les banques que les promoteurs de 7 Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières, Étude du cadre réglementaire applicable aux sociétés membres de l\u2019OCRCVM, examen et recommandations concernant la création et le placement de papier commercial adossé à des créances émis par des tiers au Canada, octobre 2008, page 1.Voir : http://docs.iiroc.ca/DisplayDocument.aspx ?Doc umentID=3CAB660DB44E41C2875DD3DBD27FADEA&Language=fr 117 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER conduits non bancaires ont eu recours dans une proportion de 70 % - selon l\u2019étude du professeur Chant8 - aux actifs dits synthétiques.On retrouvera également dans une étude de l\u2019Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM), une description extrêmement détaillée d\u2019un montage financier impliquant des actifs synthéti-ques9.Je reproduis ici, in extenso, les commentaires de l\u2019OCRCVM à ce sujet : Parce que les promoteurs de PCAC émis par des tiers n\u2019étaient pas des initiateurs de crédit et n\u2019avaient généralement pas accès aux actifs de banques initiatrices (les banques ayant leurs propres programmes de titrisation), ils ont largement eu recours à la nouvelle catégorie d\u2019actifs à croissance rapide mise à leur disposition : les instruments dérivés de crédit.Coventree Inc.a instauré les premiers programmes de PCAC émis par des tiers - Comet, Gemini et Rocket - en 2002.Coventree a pavé la voie à l\u2019utilisation des actifs financiers structurés.DBRS a eu recours à ses méthodologies de notation pour un ensemble d\u2019actifs dans lequel les actifs financiers structurés et les instruments dérivés de crédit étaient les catégories d\u2019actifs nouvelles et prédominantes.Un titre garanti par des créances (TGC) est un actif financier structuré qui établit une distinction entre l\u2019investisseur et la propriété directe d\u2019actifs comme des obligations ou des prêts.Il accorde à l\u2019investisseur une exposition au revenu et aux risques liés à une partie du portefeuille d\u2019actifs à revenu fixe qu\u2019on appelle le « portefeuille de référence ».Les actifs du portefeuille peuvent comprendre tout type d\u2019actifs de crédit classiques, y compris des obligations, des créances hypothécaires ou des prêts.Le portefeuille de référence peut continuer d\u2019être détenu par l\u2019initiateur de la dette, auquel cas, ce dernier utilise les TGC pour vendre le risque et l\u2019acheteur lui procure une protection contre les risques.Le revenu et les risques varient en fonction de la partie ou de la tranche du portefeuille de référence sous- 8\top.cit., note 3, page 10 9\top.cit.No 7, pages 9 à 17 DOSSIER 118 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 jacente aux TGC et des moments particuliers auxquels le TGC commence à participer aux pertes du portefeuille.Le pourcentage de perte du portefeuille de référence à partir duquel le TGC commence à participer aux pertes sur défaillance est appelé seuil de responsabilité; le point auquel il cesse de participer aux autres pertes sur défaillance constitue le plafond de responsabilité.Un TGC synthétique a recours aux swaps sur défaillance afin de recréer les flux de trésorerie et les risques de défaillance d\u2019un TGC en fonction des avoirs en valeurs disponibles.Un swap sur défaillance (SD) constitue un contrat dérivé de crédit à l\u2019égard duquel un acheteur de protection fait des versements périodiques à un vendeur de protection afin d\u2019avoir une assurance contre une défaillance à l\u2019égard des instruments de crédit d\u2019un tiers, appelé une « entité de référence » (Je souligne) Grosso modo, les billets émis par les conduits non bancaires étaient divisés en tranches et leur rendement dépendait de leurs expositions aux risques.Les tranches supérieures, comme les billets superprioritaires et notés avec la note la plus élevée par l\u2019agence de notation Dominion Bond Rating Services de Toronto (DBRS) - je vais y revenir - avaient un rendement moins élevé, mais étaient plus « protégés » que les tranches inférieures, en plus d\u2019être l\u2019objet de concours de trésorerie, comme nous le verrons plus loin 10: Toutefois, même si les billets supraprioritaires sont assortis des notes de crédit les plus élevées et comportent le risque le plus faible de perte sur défaillance, ce qui les rend très utiles dans la création d\u2019un programme de PCAC qui obtiendra les notes de crédit souhaitées, la prime à l\u2019égard des billets supra-prioritaires est également la plus faible de toutes les tranches et représente habituellement 6 à 8 points de base (pb).Les programmes de PCAC émis par des tiers pouvaient augmenter le rendement en tirant parti de leur exposition aux billets supraprioritaires.Ainsi, un dépôt en garantie de 100 millions de dollars dans une fiducie de PCAC pouvait servir à obtenir un levier de 10:1 (et parfois jusqu\u2019à 40:1) afin d\u2019acqué- 10 op.cit., note 7 page 17 119 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER rir une exposition à des billets supraprioritaires d\u2019un montant de 1 milliard de dollars.L\u2019utilisation de tranches de billets supraprioritaires avec levier financier améliorait le rendement nécessaire pour obtenir un écart positif entre le revenu des actifs de PCAC et l\u2019intérêt versé aux acheteurs du PCAC, autrement dit, elle rendait les programmes de PCAC utilisant des billets supraprioritaires plus rentables.Le TGC avec levier financier est devenu le volet le plus important des actifs de PCAC émis par des tiers.Le diagramme suivant de DBRS indique la composition globale des fiducies de PCAC visées par catégorie d\u2019actifs démontrant l\u2019ampleur de leur utilisation de TGC avec et sans levier financier.Ententes de liquidités Nous entrons ici au coeur du dossier, car, comme nous le verrons ci-après, le gel du marché du PCAA non bancaire le 13 août 2007, s\u2019il résulte d\u2019une perte de confiance de la part des investisseurs résultant essentiellement de la crise immobilière américaine - la crise dite des « subprimes » - provient aussi d\u2019une crise de liquidités.En effet, il n\u2019est pas déraisonnable d\u2019affirmer que si les conduits non bancaires avaient pu trouver alors les liquidités nécessaires pour remplir leurs obligations et payer les billets émis en circulation auprès des investisseurs, le psychodrame aurait pu probablement être évité et la CDPQ n\u2019aurait probablement pas eu les pertes qu\u2019elle a dû subir.Une entente de liquidités est une entente aux termes de laquelle une institution financière constitue une facilité de soutien de la liquidité d\u2019un programme de PCAC qui peut servir à financer le remboursement de PCAC à l\u2019échéance si un événement déclencheur déterminé empêche le programme de financer le remboursement au moyen de la vente de nouveau PCAC. DOSSIER 120 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 Aux fins du dossier, on peut distinguer deux sortes d\u2019ententes de liquidités : une de type dit « canadien » et l\u2019autre de type dit « international ».L\u2019entente de liquidités de type canadien - résultant des normes de 1994 et de 2004 émises par le Bureau du surintendant des institutions financières du Canada (le BSIF) -est une convention dans laquelle l\u2019obligation du fournisseur de liquidités est déclenchée uniquement par une « désorganisation générale » du marché du PCAC.Celle de type international est une convention de liquidités aux termes de laquelle l\u2019obligation du fournisseur de liquidités est déclenchée par l\u2019incapacité du fonds multicédant de PCAC à vendre à nouveau du PCAC afin de financer le rachat du PCAC en circulation venant à échéance11.On voit donc, à première vue, que la convention de liquidités de type « canadien » est beaucoup plus restrictive que celle de type « international ».Cette différence est tellement importante qu\u2019en 2000, deux agences de notation de crédit américaines, Standard and Poor\u2019s et Moody\u2019s se sont retirées de ce marché en soulignant qu\u2019il leur était difficile, pour cette raison principale, de considérer l\u2019investissement dans le PCAC comme un investissement de qualité12.À compter de ce moment, seule l\u2019agence canadienne DBRS a continué à noter le PCAA canadien.Bien que les normes canadiennes ne s\u2019appliquaient pas aux institutions non bancaires et aux banques internationales, 11\top.cit., note 7, page viii 12\top.cit., note 4, page 48 121 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER les études du professeur Chant13 et de l\u2019OCRCVM14 mentionnent toutes les deux que les conduits non bancaires ont signé des ententes de liquidités conditionnelles à une « désorganisation générale » du marché.Il en était de même pour les conduits bancaires avec leur institution mère, mais à une différence près et elle est de taille : le lien de proximité existant entre une institution bancaire et son propre conduit qui amène la première à soutenir quoiqu\u2019il arrive sa réputation en sauvant in extremis ce conduit, même si juridiquement il constitue une entité juridique indépendante.Ce qui m\u2019amène à parler du gel du marché survenu le 13 août 2007.Les événements du 13 août 2007 Voici comment le professeur Chant décrit ce qui s\u2019est passé le 13 août 2007 15: La crise qui a éclaté sur le marché du PCAA a été précipitée par un effondrement de la confiance des investisseurs.Cette perte de confiance avait été précédée d\u2019une suite d\u2019événements dans l\u2019économie américaine qui a graduellement mis en évidence la vulnérabilité du marché des prêts hypothécaires à risque.Au cours des mois qui ont précédé le gel des actifs des conduits, New Century (gros fournisseur de prêts hypothécaires à risque) a entrepris une procédure de faillite (3 avril); deux fonds de couverture de Bear Stearns ont fait de même en expliquant que leur décision reposait sur la détérioration de la valeur de leurs portefeuilles de prêts hypothécaires à risque (31 juillet); une banque allemande qui avait trop investi sur le marché américain des prêts hypothécaires à risque a dû être 13\top.cit., note 3, page 43 14\top.cit., note 7, pages 20 à 24 15\top.cit., note 3, page 27.Voir aussi la description qu\u2019en fait le juge J.A.Blair, de la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario, dans Re: Metcalfe & Mansfield Alternative Investments II Corp., 2008 ONCA 587 122 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 sauvée de la faillite par une autre banque (2 août); BNP a gelé les actifs de trois fonds après que ceux-ci ont enregistré des pertes en raison de leur investissement dans les prêts hypothécaires à risque (9 août); et la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine ont augmenté les lignes de crédit accordées aux banques pour remédier au manque généralisé de liquidité (9 août)16.À la fermeture des bureaux, le 13 août, les promoteurs de PCAA non bancaire ont annoncé l\u2019existence d'une « désorganisation du marché ».La crise de plus en plus prononcée sur le marché américain des prêts hypothécaires à risque a été le catalyseur qui a déclenché la crise sur le marché canadien du PCAA.(Je souligne) Cependant, et c\u2019est peut-être là le fait le plus important de ce dossier : même si les conduits non bancaires et leurs promoteurs (Coventree et al.) ont « annoncé » l\u2019existence « d\u2019une désorganisation générale » du marché dans le but évident d\u2019obtenir des banques étrangères des liquidités pour lesquelles elles avaient signé des ententes de liquidités « conditionnelles » ou de « type canadien », les banques canadiennes, elles, pour protéger leur réputation, ont décidé de sauver leurs propres conduits, évitant par le fait même une désorganisation générale du marché : Au fil des événements, les conduits bancaires et les autres conduits présentaient des différences marquées que les investisseurs ne semblent pas avoir bien saisies.Bien qu\u2019ils se trouvaient hors bilan, les conduits bancaires se sont avérés trop compromettants pour la réputation des banques qui les avaient établis pour que l\u2019on se garde de les sauver.Le sauvetage des conduits bancaires par les banques, bien qu\u2019il fût probablement nécessaire pour préserver la confiance du public, a révélé les faiblesses de la distinction « hors bilan » et « au bilan » : les banques ont obtenu la protection du filet de sécurité pour leurs conduits tout en évitant les obligations qui vont habituellement de pair avec celle-ci.La fin de la séparation des conduits d\u2019avec leur banque mère peut avoir eu des répercussions fâcheuses sur le reste du marché du PCAA.Dans la mesure où les sauvetages ont évité une désorganisation générale du marché qui aurait entraîné des concours de trésorerie et permis aux conduits non bancaires 123 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER de rembourser les billets arrivant à maturité, la charge des pertes peut avoir été transférée des parties qui offraient des concours de trésorerie aux porteurs de billets de PCAA.(Je souligne) Comme, avec l\u2019intervention des banques canadiennes, il n\u2019y avait plus ou pas de « désorganisation générale » du marché, les investisseurs détenant du PCAA émis par des tiers, dont la CDPQ qui en avait acheté pour 12.8 milliards $, se sont retrouvés « le bec à l\u2019eau », pour employer une expression populaire, incapable de se faire rembourser ou de revendre ses billets sur le marché secondaire.Elle n\u2019était pas d\u2019ailleurs la seule au Québec.D\u2019autres investisseurs importants, comme la Banque Nationale du Canada, le Mouvement Desjardins, la Société générale de financement, le Groupe Jean Coutu, pour ne nommer que les principaux, ont aussi subi des pertes importantes.On retrouve, en annexe B de l\u2019étude du professeur Chant, la liste des investisseurs déclarés ayant acheté du PCAA de tierce partie16.Si l\u2019affirmation du professeur Chant est exacte, ce sont donc les banques canadiennes qui en voulant sauver leur réputation, ont mis la CDPQ « dans l\u2019eau bouillante avec, en plus, la patate chaude dans les mains », position pour le moins inconfortable.On comprend mieux maintenant pourquoi le président de la CDPQ d\u2019alors, M.Henri-Paul Rousseau, qui devait partir en vacances le 13 août 2007 a décidé de les ajourner ! 16 op.cit., note 3, page 54 DOSSIER 124 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 Les facteurs ayant eu une incidence sur la crise du PCAA Dans son étude, le professeur Chant explique en détail les causes fondamentales et les principaux facteurs qui ont eu une incidence sur la crise du PCAA au Canada17.Les causes fondamentales, selon lui, sont d\u2019une part une structure initiale extrêmement fragile et l\u2019utilisation de dérivés de crédit à fort taux de levier : La fragilité du modèle de fonctionnement des conduits émetteurs de PCAA est l\u2019une des principales causes de la crise du PCAA au Canada.Les conduits levaient des capitaux en émettant des billets à court terme à valeur fixe qu\u2019ils adossaient à des actifs à plus long terme, ce qui donnait lieu à une asymétrie des échéances entre leur actif et leur passif.Leur ratio de levier était en outre très élevé, et les capitaux propres dont ils disposaient pour offrir des garanties aux porteurs d\u2019effets étaient limités.Ces deux caractéristiques ont rendu les conduits très vulnérables à une « ruée », situation où les investisseurs choisissent de ne pas acquérir de nouveaux effets pour remplacer ceux arrivant à échéance, en raison de doutes quant à la capacité des conduits de satisfaire à leurs obligations futures.Ce type de prédiction est parfois autoréalisateur : si les investisseurs choisissent de ne pas acquérir les nouveaux billets émis, les conduits se verront en fin de compte dans l\u2019incapacité de rembourser les billets arrivant à maturité, et ce, que les craintes des investisseurs aient été justifiées ou non.(Je souligne) Et plus loin l8: Si la crise des prêts hypothécaires à risque a été le choc qui a déstabilisé le marché canadien du PCAA, il demeure que ce marché était vulnérable à d\u2019autres chocs (par exemple à une hausse généralisée des taux d\u2019intérêt).Les conduits détenaient de nombreux actifs à taux d\u2019intérêt fixe qui n\u2019auraient pu être 17\top.cit.Note 3, p.21 à 28 18\top.cit., note 3, page 28 125 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER adaptés instantanément à une hausse des taux d\u2019intérêt sur le marché.Au moment de refinancer leurs effets arrivant à échéance, les conduits auraient eu à soutenir la concurrence d\u2019instruments assortis de taux d\u2019intérêt correspondant au taux courant du marché.Toute fluctuation marquée des taux d\u2019intérêt du marché aurait soit réduit ou éliminé les marges bénéficiaires des conduits et laissé ces derniers dans l\u2019incapacité de refinancer leur dette, soit attisé les craintes des investisseurs, déclenchant ainsi une crise comparable à celle qui sévit actuellement.(Je souligne) Parmi les facteurs qui ont agi comme catalyseurs de la crise, le professeur Chant, mentionne, entre autres, avant la crise : \u2022\tle modèle utilisé par les promoteurs non bancaires ; \u2022\tla notation douteuse du PCAA par DBRS ; \u2022\tla dispense de prospectus ; \u2022\tla propension des investisseurs à prendre des risques.Après la crise, il y a : \u2022\tle manque de transparence ; \u2022\tles concours de trésorerie.Le modèle utilisé par les promoteurs non bancaires Contrairement à ce qui existait au départ dans le cas du PCAA bancaire ou des autres « papiers commerciaux » provenant des entreprises, les promoteurs du PCAA n\u2019avaient pas à produire leur propre papier commercial, mais pouvaient acquérir leurs actifs, conventionnels et synthétiques de prêteurs exerçant leurs activités sur de nombreux marchés, comme celui du marché américain des prêts hypothécaires à risque.Dans un tel cas, il devient plus difficile pour les investisseurs de déterminer la qualité des actifs sous-jacents au PCAA. DOSSIER 126 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 Évaluation discutable du crédit Il y a quatre remarques à faire à ce sujet.Premièrement, lorsque Standard and Poor\u2019s et Moody\u2019s ont décidé d\u2019abandonner ce marché en 2000 à cause de ce qui leur semblait être une faiblesse résultant du type d\u2019entente de liquidités conditionnelles prévalant au Canada, la firme DBRS s\u2019est retrouvée dans une situation de monopole de fait, c\u2019est-à-dire une situation dans laquelle un vendeur est le seul à offrir un produit ou un service à une multitude d\u2019acheteurs et donc en mesure de fixer seul les prix.Deuxièmement, il faut faire remarquer qu\u2019il n\u2019y avait aucune réglementation concernant les agences de notation de crédit au Canada.Troisièmement, le professeur Chant soulève un doute concernant un possible conflit d\u2019intérêts de la part des agences de notation, en ce sens que ce sont les promoteurs qui paient les agences de notation pour obtenir une note de crédit et non pas les investisseurs et que ces dernières offrent aussi des conseils aux promoteurs pour les aider à obtenir une note qui rendrait leur conduit attrayant aux yeux des investisseurs 19.Enfin, il souligne également le fait que DBRS utilisait la même échelle de notation pour les produits structurés que celle qui s\u2019applique aux autres instruments d\u2019emprunt alors qu\u2019il s\u2019agit de produits complètement différents qui font l\u2019objet de déclassements plus fréquents et plus importants que les obligations conventionnelles.19 op.cit., note 3, page 30 127 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER Dispense de prospectus Traditionnellement, les billets de trésorerie ont toujours bénéficié au Canada et au Québec d\u2019une réglementation leur permettant d\u2019être dispensés de l\u2019obligation de produire un prospectus à la condition que l\u2019achat dépasse un seuil minimal évalué au Québec à 50,000 $20.Par contre, une certaine pratique voulait que les billets de trésorerie soient notés par une agence de notation.En 2005, les provinces ont adopté une norme commune, la norme 45-106 assujettissant cette dispense de prospectus à deux conditions, dont celle de faire l\u2019objet d\u2019une note attribuée par une agence de notation approuvée.L\u2019absence de prospectus était compensée par une note d\u2019information, un avis juridique et la notation de DBRS.Autant l\u2019étude du professeur Chant21 que celle de l\u2019OCR-CVM22 font état de plusieurs carences dans les notes d\u2019information et les rapports de notation, dont les plus importantes concernent l\u2019absence de précisions sur les ententes de liquidités, la composition des produits dérivés et l\u2019exposition à l\u2019effet de levier associée à ce type d\u2019instruments, à un point tel que l\u2019article de Toovey et Kiff, paru dans la Revue du monde financier de la Banque du Canada23 parle d\u2019un marché relativement opaque.20\tLoi sur les valeurs mobilières du Québec, L.R.Q., c.V-1.1, paragraphe 41.3 21\top.cit., note 3, p.13-14 22\top.cit., note 7, p.47 23\top.cit., note 4, p. DOSSIER 128 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 La propension des investisseurs à prendre des risques Voici ce que dit le professeur Chant à ce sujet : La conjoncture sur les marchés financiers a incité les investisseurs à acheter du PCAA.Conjointement, le taux d\u2019épargne élevé dans l\u2019économie mondiale et la taille réduite des émissions nettes de titres d\u2019État au Canada ont amenuisé les possibilités d\u2019investissement lucratif offertes par les valeurs à revenu fixe, ce qui a poussé les investisseurs à rechercher des valeurs assorties d\u2019un meilleur rendement.Les nouveaux produits d\u2019investissement structurés ont fait leur apparition sur le marché à un moment où les investisseurs étaient à la recherche de titres offrant un rendement ne serait-ce que marginalement supérieur à celui des effets les plus sûrs, ce qui a favorisé la croissance rapide du marché du PCAA.(Je souligne) Au Québec, les modifications apportées en 2004 à la Loi sur la caisse de dépôt et placement du Québec, L.R.Q., c.C-2, notamment par l\u2019ajout du paragraphe 4.1 qui définit la « nouvelle » mission de la CDPQ ont pu raisonnablement inciter ses décideurs à prendre plus de risques.Le paragraphe 4.1 se lit comme suit : 4.1.La Caisse a pour mission de recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital des déposants dans le respect de leur politique de placement tout en contribuant au développement économique du Québec.(Je souligne) On voit donc ici que l\u2019accent est mis sur la « recherche du rendement optimal » et que l\u2019expression « tout en contribuant au développement économique du Québec » en fait un objectif secondaire.Ceci est tellement vrai que les pourfendeurs de la CDPQ lui reprochent d\u2019avoir négligé le développement économique 129 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER du Québec au profit du rendement optimal à tout prix, entraînant de ce fait même une appréciation, disons un peu plus « laxiste » des risques.Quoi qu\u2019il en soit, le nouveau président de la CDPQ, M.Michael Sabia a déclaré récemment que l\u2019organisme allait être beaucoup plus prudent dans sa gestion des risques pour l\u2019avenir, ce qui n\u2019explique pas cependant le montant exagéré - 12,8 milliards $ - investi par la CDPQ dans des promesses de payer à court terme adossées à des créances -en majorité synthétiques - à long terme.Car il ne faut pas l\u2019oublier, la structure financière des conduits était particulièrement fragile au départ, reposant sur une asymétrie des échéances - promesses de payer à court terme basées sur des créances à long terme - en plus d\u2019avoir des lacunes importantes particulièrement au niveau des ententes de liquidités.En guise de conclusion médiane, donnons la parole au juge J.A.Blair de la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario qui a été saisie du dossier de la restructuration - « l\u2019entente de Montréal » -qui a eu lieu dans le cadre de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, L.R.C., c.,036 (l\u2019affaire Metcalfe, précitée, à la note 15).[Traduction] Les types d\u2019actifs et participations aux actifs acquis pour « adosser » les billets de PCAC sont variés et complexes.Il s\u2019agissait en règle générale d\u2019actifs à long terme comme des hypothèques résidentielles, des créances sur carte de crédit, des prêts automobile, des créances en espèces assorties d\u2019une garantie et des instruments dérivés comme des swaps sur défaillance.Aux fins du présent appel, leurs caractéristiques particulières importent peu, mais tous possédaient une caractéristique commune qui s'est révélée le talon d'Achille du marché du PCAC : en raison de leur nature à long terme, il y avait un décalage temporel inhérent entre les liquidités qu'ils généraient et les liquidités nécessaires au remboursement des billets de PCAC venant à échéance. DOSSIER 130 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 Lorsque l\u2019incertitude a commencé à se généraliser sur le marché du PCAC au cours de l\u2019été 2007, les investisseurs ont cessé d\u2019acheter des produits liés à du PCAC, et les porteurs de billets existants ont cessé de renouveler leurs billets venant à échéance.Il n'y avait pas de liquidités permettant de racheter ces billets.Bien que des appels aient été effectués aux fournisseurs de liquidités en vue du remboursement, la plupart de ces derniers ont refusé de financer le remboursement des billets en prétextant que les conditions du financement par liquidités n\u2019avaient pas été respectées dans les circonstances, d\u2019où la « crise de liquidité» du marché du PCAC.La crise a été en bonne partie avivée par l\u2019absence de transparence de la structure du PCAC.Les investisseurs ne pouvaient dire à quels actifs étaient adossés leurs billets, en partie parce que les billets de PCAC étaient souvent vendus avant ou en même temps que se faisait l\u2019acquisition des actifs qui les adossaient, en partie en raison de la complexité même de certains des actifs sous-jacents et en partie en raison des prétentions de confidentialité des personnes jouant un rôle dans les actifs.Au fur et à mesure que les craintes découlant de la progression de la crise des créances hypothécaires à risque élevé aux États-Unis se sont propagées, les investisseurs ont craint de plus en plus que leurs billets de PCAC soient adossés à de tels actifs.Toutefois, pour les raisons indiquées précédemment, ils n\u2019ont pas été en mesure de faire racheter leurs billets de PCAC venant à échéance.(Je souligne) Le professeur Chant partage les mêmes conclusions lorsqu\u2019il mentionne : La crise du PCAA était à la fois prévisible et évitable.Elle était prévisible en ce sens que la structure financière fragile des conduits du PCAA, combinée à leur risque de crédit structuré, a créé un produit très vulnérable aux conditions changeantes du marché.Elle était évitable en ce sens qu\u2019on a éteint les signaux d\u2019alarme potentiels pour les investisseurs.Nombre de ces derniers auraient pu se mettre à l\u2019abri du PCAA si les promoteurs avaient eu à rédiger des prospectus et avaient communiqué des informations plus complètes, si les cotes de crédit avaient reflété plus fidèlement la nature du PCAA et si les représentants avaient fait part aux investisseurs des risques inhérents au PCAA.Chaque crise a ses particularités 131 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER et il n\u2019y aura pas d\u2019autre crise du PCAA reposant sur le même scénario.Néanmoins, les leçons tirées de cette crise sont générales et ne s\u2019appliquent pas seulement au PCAA.En fait, la leçon primordiale en est une de principe : les caractéristiques des instruments financiers sont plus importantes que les étiquettes qui y sont apposées.Le PCAA comportait des risques différents de ceux d\u2019autres papiers commerciaux et il n\u2019était pas justifié qu\u2019il soit, comme ces derniers, dispensé de prospectus.Il présentait d\u2019autres risques que ceux des obligations et n\u2019aurait pas dû être coté en fonction des mêmes critères.Enfin, il était trop essentiel à la bonne réputation des banques pour ne pas figurer au bilan.Les explications de la CDPQ et de Henri-Paul Rousseau Une fois que l\u2019on a un tableau assez complet du dossier, il est juste et raisonnable de donner la parole aux décideurs de la CDPQ et en particulier son ex-président, M.Henri-Paul Rousseau, qui a eu l\u2019occasion de s\u2019expliquer en mars 2009, devant la Chambre de commerce de Montréal, un auditoire - il faut le dire - peu critique et conquis d\u2019avance.D\u2019entrée de jeu, M.Rousseau nous dit que le marché du PCAA avait toujours bien fonctionné et qu\u2019il n\u2019y avait aucune raison de croire que le produit n\u2019était pas fiable.Voici ce qu\u2019il a dit à ce sujet : Aussi répandu que les bons du Trésor fédéral, le PCAA représentait en 2007 près du tiers du marché monétaire canadien.Transigé depuis les années 1990 au Canada, il n\u2019avait fait l\u2019objet d\u2019aucun défaut de remboursement.Il était coté AAA par DBRS, une agence de notation reconnue.La Caisse a commencé à utiliser le PCAA comme instrument de gestion de liquidités en 1997.Le PCAA s\u2019était donc imposé comme un véhicule sur le marché monétaire canadien, où relativement peu d\u2019instruments de gestion de liquidité sont disponibles.La qualité intrinsèque de ce véhicule, ou celle de ses valeurs sous-jacentes n\u2019a jamais fait problème au Canada. DOSSIER 132 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 Voyons ce qu\u2019il en est.Au départ, il faut faire la distinction - ce que M.Rousseau n\u2019a pas fait - entre le PCAA émis par les banques et le PCAA émis par des institutions non bancaires (des tiers).Dans le dossier de la CDPQ, les pertes concernent le PCAA non bancaire et non pas celui émis par les banques.Très important à retenir.Comme je l\u2019ai mentionné précédemment, le marché du PCAA non bancaire a commencé en 2002 et le premier promoteur fut une petite compagnie de Toronto, Coventree Capital inc., dans laquelle la CDPQ a détenu entre sa fondation en 1998 et son entrée en bourse en 2006 près de 30 % des actions.La différence entre le PCAA bancaire et le PCAA non bancaire - on le sait - est importante sous deux aspects : le premier concerne la nature du produit et le deuxième concerne la fourniture de liquidités.Quand M.Rousseau nous dit que le PCAA était transigé au Canada depuis 1990, qu\u2019il n\u2019avait fait aucun défaut de remboursement, qu\u2019il était coté AAA par DBRS, une agence canadienne, que la Caisse a commencé à utiliser le PCAA en 1997 et que la qualité intrinsèque du produit n\u2019a jamais fait problème au Canada, il mélange les choux avec les carottes et le PCAA bancaire, celui qui n\u2019a jamais fait problème et le PCAA non bancaire celui qui a fait précisément problème.Au niveau de la nature du produit, le PCAA bancaire - on l\u2019a vu - est constitué d\u2019actifs provenant de créances conventionnelles beaucoup plus simples à identifier par les investisseurs que les actifs provenant des créances synthétiques que sont les produits dérivés beaucoup plus difficiles à évaluer par les investisseurs.M.Rousseau savait ou aurait dû savoir cela. 133 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER Au sujet de la fourniture de liquidités, qui est au coeur du problème, voici ce que dit Henri-Paul Rousseau à ce sujet : Le problème survenu en 2007 découlait d\u2019une échappatoire de la réglementation au Canada sur les ententes de liquidités - en anglais, on dirait un loophole.Cette échappatoire a été exploitée par les banques étrangères pour se soustraire à leur engagement de maintenir la liquidité des PCAA lorsqu\u2019il a eu une perturbation généralisée du marché des PCAA non bancaires en août 2007.Peu importe leur valeur intrinsèque, les PCAA ne trouvaient plus preneur.La perturbation des marchés du PCAA a été mondiale.Pourtant, seul le Canada a été confronté à une impasse durable de liquidité.Partout ailleurs, avec l\u2019appui de leurs banques centrales, les banques ont fourni les liquidités nécessaires au maintien du marché des PCAA.D\u2019ailleurs, depuis la perturbation d\u2019août 2007, toutes les banques faisant affaire au Canada ont adopté les normes internationales appelées Entente de liquidité globale.Ainsi, selon M.Rousseau, ce sont les banques étrangères qui sont responsables de l\u2019effondrement du marché des PCAA non bancaires parce qu\u2019elles auraient profité d\u2019une échappatoire de la réglementation au Canada pour se soustraire à leur engagement.Voyons ce qu\u2019il en est.En 2004, année où M.Rousseau était en poste, la réglementation canadienne du BSIF a adopté, comme on l\u2019a vu, la norme R-5 qui forçait les banques canadiennes promotrices de PCAA à ne pas conclure avec leurs propres conduits ou fiducies des ententes de fourniture de liquidités inconditionnelles à moins d\u2019inclure les actifs sous-jacents dans leur bilan et de les soumettre ainsi aux exigences de fonds propres prévues par la réglementation nationale et les accords internationaux de Bâle (Bâle I et plus tard Bâle II).Par contre, cette réglementation n\u2019empêchait pas les banques canadiennes de conclure des ententes conditionnelles de DOSSIER 134 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 fourniture de liquidités dans certaines circonstances, dont celle spécifiquement prévue de « désorganisation générale » du marché (entente de type canadien).Cette réglementation ne s\u2019appliquait pas - on le sait - aux banques étrangères et aux conduits non bancaires.Mais, comme le mentionne le professeur Chant, les conduits non bancaires auraient pu signer des ententes inconditionnelles avec les banques étrangères, mais il semble qu\u2019ils ont fait le choix de ne pas le faire pour réduire les coûts24.Il me semble un peu hasardeux, comme le fait Henri-Paul Rousseau de tenir les banques étrangères responsables du gâchis parce qu\u2019elles auraient refusé d\u2019honorer leurs engagements dans le cadre d\u2019une échappatoire réglementaire.Il est raisonnable de penser que les banques étrangères avaient des contrats en bonne et due forme avec les conduits non bancaires et qu\u2019elles se sont conformées à leurs contrats.Si les conduits non bancaires avaient négocié des ententes de liquidités de type international avec les banques étrangères, ils auraient pu alors les faire respecter.Et il ne faut pas perdre de vue que les agences de notation Standard and Poor\u2019s et Moody\u2019s s\u2019étaient retirées du marché du PCAA précisément pour cette raison et que le tout avait été commenté dans la Revue du système financier publié par la Banque du Canada en juin 2003.25 Sans jouer au « gérant d\u2019estrade » ou au « professeur de morale » après les faits, il n\u2019en demeure pas moins que la CDPQ, comme investisseur institutionnel et son président, aurait dû prendre connaissance de cela et faire preuve d\u2019un petit plus de prudence.24\top.cit., note 3, page 43 25\top.cit., note 7, page 48 135 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER Continuons.M.Rousseau termine son allocution sur le PCAA de la façon suivante : Comme l\u2019a dit le président Fernand Perreault, l\u2019erreur ne fut pas de détenir des PCAA ; elle fut d\u2019en accumuler autant.L\u2019accumulation a été rendue possible parce que la politique de gestion de risque de la Caisse ne comportait pas de plafond pour les produits du marché monétaire de première qualité.Cette situation a été évidemment corrigée depuis.L\u2019accumulation est le fruit de centaines de transactions, réalisées sur une période de plusieurs années sans aucun incident.La direction de la Caisse n\u2019a pas décidé d\u2019un seul coup d\u2019accumuler 13 milliards $ de PCAA.La Caisse avait simplement beaucoup de liquidités parce qu\u2019elle avait encaissé beaucoup de profits de 2005 à 2007.Malgré ces faits, malgré ces explications, cette situation regrettable s\u2019est produite pendant mon mandat.Comme premier dirigeant, j\u2019en assume la pleine responsabilité M.Rousseau fait preuve d\u2019une certaine complaisance envers lui-même lorsqu\u2019il dit que la politique de gestion de risque ne comportait pas de plafond pour les produits du marché monétaire et que c\u2019était une erreur d\u2019en accumuler autant.Au départ, l\u2019étude du professeur Chant démontre que la structure financière du programme du PCAA non bancaire était fragile et instable à cause de l\u2019asymétrie des échéances, du ratio de levier trop élevé et des problèmes concernant les fournitures de liquidités.Le CDPQ comme investisseur institutionnel et M.Rousseau auraient dû savoir cela.Finalement, M.Rousseau et la CDPQ, dans son rapport annuel26, adoptent comme « ligne de défense » principale le fait que le PCAA était fiable puisqu\u2019il était coté avec la note la plus élevée (R-1) par DBRS.26 op.cit., note 2, page 96 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 136 J\u2019ai mentionné assez clairement dans le présent article les lacunes qui existaient à ce niveau et que la CDPQ - comme investisseur institutionnel - et M.Rousseau auraient dû savoir : \u2022\tle retrait du marché de Standard and Poor\u2019s et Moody\u2019s ; \u2022\tla situation de monopole de DBRS ; \u2022\tson possible conflit d\u2019intérêts ; \u2022\tl\u2019absence de réglementation concernant les agences de notation ; \u2022\tl\u2019échelle de notation différente utilisée par DBRS pour le Il est pour le moins « étonnant » que des « professionnels de la finance » et des gens expérimentés comme M.Rousseau et les autres décideurs de la CDPQ aient fait un acte de foi de cette ampleur envers une seule agence de notation, surtout après la mise en garde de Standard and Poor\u2019s et de Moody\u2019s.Ceci est particulièrement vrai dans un contexte où la CDPQ avait acquis une participation importante dans Coventree, le principal promoteur de PCAA non bancaire au Canada et qu\u2019en plus, selon le journaliste Francis Vailles, un de ses représentants siégeait sur le conseil d\u2019administration de Coventree depuis 2001, soit deux ans au moins avant l\u2019arrivée en poste de M.Rousseau.PCAA. 137 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER Conclusion générale Maintenant que j\u2019ai fait le tour du dossier le plus objectivement possible et avec les données que j\u2019ai en mains, je me permettrai quelques remarques en guise de conclusion générale.La CDPQ - il faut constamment se le rappeler - est un investisseur institutionnel formé de gens présumément compétents et expérimentés.On ne peut donc pas comparer sa situation avec celle des investisseurs privés ou individuels, à cause précisément de l\u2019expertise qu\u2019elle est censée posséder « intra muros ».Donc, on doit s\u2019attendre au départ à ce que la Caisse, avant de faire des investissements d\u2019une telle ampleur ait en mains toutes les informations nécessaires sur la nature du produit qu\u2019elle achète, surtout quand l\u2019investissement s\u2019élève à 12,8 milliards $, soit 10 % de ses actifs.Ceci est d\u2019autant plus vrai que la Caisse, dans ce dossier, agissait des « deux côtés de la clôture », comme le mentionne avec justesse le journaliste de La Presse Affaires, Francis Vailles27, puisqu\u2019elle avait investi, depuis 2000, plusieurs millions $ dans une participation au capital-actions de Coventree Capital Group inc, le principal promoteur de PCAA non bancaire au Canada.En plus, un des représentants de la CDPQ - selon M.Vailles - siégeait depuis 2001 au conseil d\u2019administration de Coventree ; Étant présente ainsi du côté « vendeur » - si on peut s\u2019exprimer ainsi - il est raisonnable de penser que la CDPQ avait ou aurait dû avoir des informations très pointues - en fait plus pointues que la plupart des investisseurs - sur les subtilités et les secrets du PCAA non bancaire.27 op.cit., note 6 DOSSIER 138 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 La question n\u2019est pas tant de savoir si la CDPQ était en conflit d\u2019intérêts en adoptant une position de vendeur (via Coventree) et acheteur, mais celle de savoir pourquoi, à cause de ses liens privilégiés qu\u2019elle entretenait avec Coventree, le principal promoteur de PCAA non bancaire au Canada, elle n\u2019a pas eu - ou prétend ne pas avoir eu - accès aux informations réelles et pointues concernant le produit, entre autres, la nature des actifs sous-jacents et les ententes déficientes de liquidités.Comment peut-on expliquer en particulier que la CDPQ n\u2019a pas été mise au courant du retrait du marché des agences de notation Standard and Poor\u2019s et Moody\u2019s et de la raison principale de ce retrait, à savoir une carence importante au niveau de la fourniture de liquidités ?Après tout, cette information avait été publiée par la Banque du Canada, dans sa Revue du système financier28.De façon subsidiaire, comment la Caisse et ses experts peuvent-ils se rabattre sur la notation du produit par DBRS, réalisée dans des conditions douteuses (monopole de fait, possible conflit d\u2019intérêts, absence de réglementation et échelle de notation différente) ?Comment la CDPQ et ses experts, y compris son ex-président - un ancien président de la Banque Laurentienne - ont-ils pu s\u2019embarquer dans pareille aventure alors que l\u2019on sait que le programme de PCAA était fragile et instable au départ, à cause de l\u2019asymétrie des échéances, comme le mentionne le professeur Chant ?À ce sujet, voici ce que dit un ancien président et chef de la direction de la Banque Laurentienne, ex-ministre de 28 op.cit., note 4 139 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER finances entre 1984 et 1987 et ex-membre du conseil d\u2019administration de la CDPQ, M.Pierre Goyette29: Tous les banquiers (Cours de banque 101) savent qu\u2019il ne doit pas y avoir asymétrie des échéances entre les actifs et les passifs de leurs banques.La Caisse aurait suivre l\u2019exemple du président de la Banque TD qui a refusé que la banque embarque dans ce produit toxique.C\u2019est l\u2019erreur principale de la Caisse de l\u2019avoir fait.Et que penser de cette déclaration de M.Denis Durand, associé principal de Jarislowsky Fraser, rapportée par le journaliste Francis Vailles30 : On a relu le prospectus deux fois plutôt qu\u2019une.On se fout de la cote de DBRS.Et nos analystes trouvaient qu\u2019il n\u2019y avait pas de relation entre le risque de liquidités et le rendement.De plus, les actifs n\u2019étaient pas d\u2019assez grande qualité.Pour en acheter, il aurait fallu qu\u2019on nous offre 125 points centisémaux de plus que les bons du Trésor, plutôt que 25 points.(Je souligne) Je ne suis pas un « initié » ni un spécialiste du monde de la finance, mais une question me trotte dans la tête comme citoyen depuis que je me suis intéressé à ce dossier.Connaissant un peu la nature humaine et étant capable de faire la distinction entre l\u2019économique - la norme de conduite du bien-être de la communauté - et la chrématistique si dénoncée par Aristote - l\u2019argent pour l\u2019argent et par l\u2019argent31 - je la pose donc en espérant que le lecteur y trouvera une réponse : à qui a profité cette douloureuse aventure ?Malheureusement, on ne trouvera pas cette réponse dans le rapport annuel de la CDPQ.29\t« De sérieuses erreurs de la Caisse de dépôt et placement », Opinion, 30 mars 2009, Canal Argent, http://argent.canoe.com/lca/infos/quebec/ archives/2009/03/20090330 30\top.cit., note 6 31\tVoir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chrématistique DOSSIER 140 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 On peut penser toutefois que la règle non écrite de la « privatisation des profits et de la nationalisation des pertes » s\u2019y est encore appliquée.Et on peut penser également que la modification de la mission de la CDPQ par le gouvernement « libéral »de M.Jean Charest en 2004 y est aussi pour beaucoup, car il a créé un climat beaucoup plus propice à la chrématistique qu\u2019à l\u2019économique et, en particulier au développement de l\u2019économie réelle du Québec.Quant à l\u2019étendue des dommages, il faudra suivre le dossier de près pour vérifier si, dans sept ans, comme semblent le penser les dirigeants de la CDPQ, elle aura réussi à combler ses pertes.Mais on présume déjà qu\u2019à ce moment, les citoyens auront tout oublié.Et vogue la galère ! Épilogue On apprend maintenant que la CDPQ aurait investi près de 6 milliards $ dans les billets de PCAA de série E qui n\u2019étaient appuyés par aucune entente de liquidités.À titre d\u2019exemple, la note d\u2019information de Comet Trust, une des toutes premières fiducies (conduits) créées par Coventree en janvier 2002 traite ce sujet de la façon suivante : Les porteurs de billets série A bénéficieront de la protection de la convention de liquidité relative aux billets de série A.Les porteurs de billets série E ne bénéficieront d\u2019aucune mesure de protection en matière de liquidité en cas de perturbation des marchés.Ces porteurs assumeront plutôt le risque en cas de perturbation des marchés visant les billets série E aux termes de l\u2019option de prolongation décrite à l\u2019annexe II.(Je souligne) 141 L'ACTION NATIONALE mai/juin 2009 DOSSIER La protection de liquidité pour les billets de série A se lit comme suit : Aux termes de chaque convention de liquidité relative aux billets de série A, les prêteurs de liquidité seront tenus d\u2019acheter des billets série A ou de consentir des prêts de liquidités seulement en présence d\u2019une perturbation des marchés découlant de l\u2019incapacité de Comet de vendre des billets de série A, incapacité qui ne résulte pas d\u2019une diminution de la solvabilité de Comet ou de la détérioration du rendement des actifs de Comet.(Je souligne) On retrouve le même genre de dispositions dans la note d\u2019information d\u2019Apsley Trust, une autre fiducie créée en 2005 et qui a signé une entente, entre autres, avec une filiale du Mouvement Desjardins, Valeurs mobilières Desjardins inc.On peut donc raisonnablement conclure que les mêmes règles s\u2019appliquent pour les autres fiducies mises sur pied par les promoteurs non bancaires qui se sont retrouvés dans la tourmente en août 2007.Compte tenu de ce qui précède, la CDPQ pourrait-elle être poursuivie en justice pour les pertes essuyées par ses cotisants et indirectement par les citoyens ?Un recours collectif est-il possible ?L\u2019article 31.1 de la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec, L.R.Q., chapitre C-2 mentionne ce qui suit : Dans les placements visés aux articles 27 à 32, la Caisse doit agir, compte tenu de l\u2019ensemble de l\u2019actif, comme le ferait en pareilles circonstances une personne prudente et raisonnable.Compte tenu de l\u2019ensemble des faits que l\u2019on possède actuellement concernant le dossier du PCAA, notamment la participation de la CDPQ dans Coventree, peut-on dire que DOSSIER 142 L\u2019ACTION NATIONALE mai/juin 2009 la Caisse s\u2019est comportée comme une personne prudente et raisonnable ?La question doit être posée.Enfin, il est bon de mentionner que l\u2019article 16 accorde aux administrateurs de la CDPQ une immunité contre les poursuites civiles à la condition toutefois qu\u2019ils aient posé des gestes officiels de bonne foi dans l\u2019exercice de leurs fonctions : Le président et chef de la direction et les autres membres du conseil d\u2019administration de la Caisse, de même que ses dirigeants et employés, ainsi que les membres du conseil d\u2019administration des filiales en propriété exclusive et leurs dirigeants et employés ne peuvent être poursuivis en justice en raison d\u2019actes officiels accomplis de bonne foi dans l\u2019exercice de leurs fonctions.Une commission d\u2019enquête indépendante ou une enquête du vérificateur général pourraient certes nous permettre de tirer des conclusions certaines à ce sujet.La commission parlementaire mise sur pied à ce sujet le pourra-t-elle ?Nous le saurons à la fin du mois de mai.Pour l\u2019instant, le doute semble s\u2019être installé dans l\u2019esprit de bon nombre de citoyens sur la diligence de la Caisse et la bonne foi de ses dirigeants.À suivre.? M3 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 UN JEAN CHAREST AUSSI PRÉVOYANT QUE PHILIPPE COUILLARD.DITES PATRON, D\u2019ABORP JN RETARD MONSTRE AU CHUM, ENSUITE LE PPP AU CHUM, ET BIENTÔT LE CHUM RE RETOUR À OUTREMONT.ET PUIS SABIA A LA CAISSE.JE LIVRE,PATRON, JE LIVRE! C'EST QUAND MON TOUR?^ JE VAIS Y RÉFLÉCHIR.JE CROIS QU'IL ME RESTE ENCORE UN PETIT BUREAU VACANT, A CÔTÉ DE CELUI D\u2019HENRJ-fAUL.MAIS AU FAIT, OU EN SOMMES-NOUS AVEC NOTRE PROJET DE PRIVATISATION D\u2019HYDRO-QUÉBEC ?' ET MERCI POUR LA LÉGION D\u2019HONNEUR, PATRON. La Ligue d'action nationale décerne à Alain Deneault le prix Richard-Arès ALAIN DENEAULT avec Delphine Abadie et William Sacher NOIR CANADA Pillage, corruption et criminalité en Afrique fftécosocieté Cet ouvrage, très bien documenté, constitue un témoignage troublant de l\u2019implication des industries minières canadiennes en Afrique.Sa portée politique et sociale est indéniable.Il a suscité une controverse majeure et incité le gouvernement du Québec à légiférer contre les poursuites bâillon.Une mobilisation sans précédent a lieu au sein de la société civile québécoise depuis que la poursuite contre son éditeur a été enclenchée.Les enjeux entourant la publication de cet ouvrage sont majeurs, puisqu\u2019ils mettent en cause la liberté d\u2019expression et la liberté académique.On pourrait alors se servir de la jurisprudence pour contrer des publications trop ouvertement critiques.L\u2019ouvrage a notamment reçu l\u2019appui de Noam Chomsky, Hubert Reeves et Naomi Klein.Plus de 60 maisons d\u2019édition en provenance de plusieurs pays ont appuyé le livre.Bref, c\u2019est très clairement à mes yeux l\u2019ouvrage de l\u2019année.- Michel Seymour, membre du jury du prix Richard-Arès Prix JlitUkrd\u2019A?èf 200% pour l'auteur d'un essai publié en 2008 au Québec témoignant d'un engagement à éclairer nos concitoyens sur les grandes questions d'intérêt national LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 146 RELIRE Laurent Mailhot L\u2019UNIVERS DE JEAN-PAUL LEMIEUX GAÉTAN BRULOTTE L\u2019univers de Jean-Paul Lemieux, avant-propos d\u2019Anne Hébert, Montréal, Fides, 1996, 281 pages.Malgré mon intérêt pour Lemieux et Brulotte, nouvellier original, je n\u2019avais pas lu à sa parution l\u2019ouvrage de celui-ci sur celui-là, qui lui est apparenté par sa grand-mère maternelle (voir la dédicace).Après les travaux descriptifs de Guy Robert et de Marie Caravani, qui furent des « événements » muséographiques et demeurent de précieux albums1, voici un « avènement » réciproque de l\u2019image et du texte.Une reconnaissance du portrait dans le paysage, du temps dans l\u2019espace.La promenade, « exploratoire » chez Proust, constitue un « avènement à la peinture » (p.234) chez Lemieux, une « rencontre » objet-sujet, spectacle-spectateur.Brulotte refait la promenade en tous sens, la transforme en visite librement guidée.L\u2019univers de Jean-Paul Lemieux, essai littéraire au meilleur sens du terme, utilise l\u2019écriture pour voir et faire voir l\u2019œuvre du peintre dans la circulation thématique et formelle, 1 Brulotte ne reproduit, mais très bien, que neuf toiles, y compris en couverture 1910 Remembered, évocation des vacances à Kent House (Montmorency) où l\u2019artiste américain Charles Parnell met des pinceaux et des couleurs dans les mains de l\u2019enfant. 147 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 plus que chronologique, de ses motifs, nuances, figures.L\u2019écrivain recourt parfois à des poèmes (Nelligan), à des proses (Michaux, Handke) pour accompagner, illustrer sa démarche.Proust, le récit perdu et retrouvé, transparaît en palimpseste.Des études, des théories appliquées2 avec souplesse, aérées, constituent d\u2019occasionnels points d\u2019appui et de relance : Barthes, Derrida, Daniel Arasse (Le Détail), Julia Kristeva (Le Soleil noir), Claude Esteban (Soleil dans une pièce vide) enrichissent l\u2019exposition-promenade, son accrochage, son éclairage, ses titres.Brulotte qualifie avec raison de « pensée plastique », sur et avec celle de Lemieux, son « approche de traverse ».Sémiographe et « ponctionniste » (fétichiste des détails), Brulotte est un amateur très éclairé, éclairant sans éblouissement.Contrairement à ce qu\u2019il dit modestement en conclusion, il ne se livre pas qu\u2019à des « exercices d\u2019émoi » devant les tableaux.Ses impressions relèvent de l\u2019art jusque dans ses techniques.Le recensement des signes est exhaustif et leur organisation convaincante.Des moyens de transport (train, cheval) au corps, aux « mains coupées3 », aux chapeaux4, aux vêtements rudimentaires « réduits à une étoffe taillée brute sans coutures, sans boutons, sans poches, sans motifs et sans textures » (p.248).Les éléments (eau « des inquiétudes », eau « apprivoisée », terre porteuse, nuit tombante), les axes essentiels de l\u2019espace et de la mémoire sont fortement articulés : gris sombres et lumineux de l\u2019hiver masculin, fruits féminins transparents de l\u2019été, brefs éclats rouges de jeunesse disséminés.2\tOublions l\u2019emploi inutile de « picturateur » et de « picturataire », suivant un modèle daté.3\tComme chez Anne Hébert, signataire de l\u2019avant-propos (« étonnement des premiers jours du monde », p.13).4\tSe méfier des « chapeaux à fleurs des femmes autoritaires et castratrices », tel celui de Madame Nelligan dans « l\u2019énigmatique tableau » (p.192). 148 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 « Les relations apparemment froides que décrit Lemieux sont celles d\u2019une société du devoir qui n\u2019existe plus », écrit Brulotte (p.210).On peut regretter, comme lui, que la libération de 1960 et après se soit elle-même à la fois figée et évaporée.L\u2019univers de Lemieux, en tout cas, a plus qu\u2019une « valeur documentaire ».Dépassant l\u2019anecdote, il témoigne pour la vie et l\u2019histoire contre toutes les idéologies.Au second regard, à la réflexion, l\u2019œuvre est « plus prospective que passéiste.Le peintre retourne certes à hier, mais pour réactiver dans l\u2019aujourd\u2019hui des valeurs endormies [.] » (p.251).Il ne s\u2019agit pas de « briser les solitudes », comme dans une récente propagande vice-royale Canadian, mais de proposer une « nouvelle figuration », configuration esthétique et morale.« Lemieux n\u2019est pas le peintre de la sensualité ni celui de la transgression » (p.222).C\u2019est son originalité, sa liberté.Il n\u2019a cependant « rien d\u2019un peintre morbide » (p.242), ne manque ni d\u2019ironie intelligente ni d\u2019humour5.« On a sans doute exagéré la dimension du silence chez Lemieux [.], car on naît toujours en musique » chez lui (p.215).Brulotte parle même de « confort acoustique », festif.La Fête-Dieu à Québec (1944) a le mouvement, manifeste la joie collective des romans de Lemelin et du film de Carle.Dans la même veine, voir la résurrection carnavalesque de Lazare (1941).Ce qui caractérise les visages de la foule, chez Lemieux, « c\u2019est leur regard sur nous ».Nous sommes leur spectacle, ils nous fixent, nous cadrent « en vitrine », nous encadrent pour une découverte ou une renaissance dans un musée redevenu atelier.5 Celui qui a peint les portraits officiels du président de l\u2019Assemblée nationale Clément Richard dehors, dans la neige - c\u2019était avant l\u2019épisode des « caribous ».-, du prince Philip et d\u2019Elizabeth II éloignés à droite et à gauche d\u2019un vide central, est plus qu\u2019un « sémiographe de la proxémie » (p.173). 149 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Avec lui, nous sommes loin des êtres torturés par la sexualité de Hopper ou des vives incarnations de Bacon ou des énergiques transgressions de Balthus.mais un même fond étrange unit pourtant ces quatre peintres, qu\u2019on a le droit, à tort ou à raison, de situer sur le même rayon de l\u2019imaginaire (p.223).Sur d\u2019autres rayons de la bibliothèque, sur d\u2019autres rives, rangs, déserts du paysage.L\u2019explicit du livre, ce n\u2019est ni un hasard ni une facilité, donne la parole à l\u2019amateur et connaisseur Pierre Vadeboncoeur sur les « pistes » à inventer plutôt qu\u2019à suivre.Celles de Brulotte croisent, soulignent, prolongent les chemins de Lemieux.« Dans Un chemin en hiver (1966), on ne voit plus aucun chemin justement : il n\u2019y a de visibles qu\u2019un ciel noir et un vague champ blanc.Voilà tout » (p.125).À partir de là, tout est possible : peinture, littérature, histoire.Revoir Lemieux, relire Jacques Brault et tous les Garneau.? 150 LIRE LES ESSAIS GABRIEL DUMONT Souvenirs de résistance d\u2019un immortel de l\u2019Ouest, Présentation et notes, Denis Combet et Ismène Toussaint, Québec, Les Éditions Cornac, 2009, 408 pages Gabriel Dumont était le lieutenant de Louis Riel pendant l\u2019insurrection des Métis, en 1885, dans le Nord-Ouest canadien.Un personnage haut en couleurs, de la trempe de Buffalo Bill qui était son contemporain.Il l\u2019a d\u2019ailleurs connu et a participé à son Wild West Show comme cascadeur à cheval et tireur, dans le but de faire connaître sa cause, celle des siens, dans toute l\u2019Amérique et même en France.Le grand-père de Gabriel Dumont avait quitté Montréal en 1790 pour s\u2019installer en Saskatchewan où il travailla pour la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson, et épousa une autochtone.Ses descendants étaient donc des Métis qui vivaient dans les grandes plaines de l\u2019Ouest.On sait que Gabriel parlait plusieurs langues amérindiennes, qu\u2019il se vit confier le titre de « chef de la chasse aux bisons », un honneur qu\u2019il conserva de 1863 à 1880.On sait aussi qu\u2019il s\u2019installa près de Batoche, se construisit un magasin, et s\u2019initia à l\u2019agriculture.Après les troubles de 1870, Gabriel Dumont se consacra avec énergie aux intérêts et à la défense des droits de sa communauté.Il en devint président et participa à l\u2019instauration d\u2019une forme de gouvernement autonome.Comme la population de i5i L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 bisons diminuait, il s\u2019appliqua à réglementer la chasse pour assurer la survie des troupeaux.En 1875, des chasseurs de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson organisèrent une partie de chasse illégale.Dumont leur imposa une amende.Ils allèrent se plaindre à l\u2019agent de la compagnie anglaise responsable du district de la Saskatchewan.Et c\u2019est ainsi qu\u2019éclata un conflit entre les Métis et les autorités canadiennes de la région.C\u2019est alors, en 1884, que Dumont décida de recourir à Louis Riel, qui avait réussi à faire adopter l\u2019Acte du Manitoba par le gouvernement canadien en 1870, et qui s\u2019était retiré aux États-Unis, dans le Montana.Riel revint donc au Canada pour organiser la résistance, mais c\u2019est Gabriel Dumont qui dirigea vraiment les opérations, Riel ne voulant pas recourir à la violence.La résistance métis fut écrasée à Batoche.Dumont s\u2019enfuit aux États-Unis d\u2019où il continua à défendre la cause des Métis.Riel, comme on sait, fut arrêté et exécuté.Ce que Denis Combet et Ismène Toussaint publient dans ce livre, ce sont des textes de Gabriel Dumont qui continue à défendre la cause des Métis à qui il avait été lié par une grande amitié et une confiance indéfectible.Le livre est divisé en deux parties.Dans la première, on reproduit des textes dictés par Gabriel Dumont qui relatent sa vie avant et pendant la révolte des Métis.Dans la deuxième, on retranscrit un discours de Dumont prononcé à Montréal en 1888, des correspondances de Dumont avec des personnalités politiques et religieuses du Canada, des États-Unis, de la France, de la communauté métisse de Batoche.Aussi des articles de journaux québécois commentant son passage au Québec, alors le Bas-Canada, en 1888.Dans leur introduction, les auteurs Denis Combet et Ismène Toussaint écrivent: « L\u2019ensemble de la narration prend une dimension vivante et hautement dramatique.Le ton apologétique (ou i52 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 louangeur) sert autant son auteur que les Métis, dépeints ici comme un peuple courageux et injustement traité par le gouvernement conservateur de Sir John A.Macdonald » (p.24).Un livre très précieux, donc, qui fait revivre un moment particulier de l\u2019histoire du Canada.Y figurent Gabriel Dumont et Louis Riel, mais aussi la « Police Montée », Sir John A.Macdonald, Wilfrid Laurier, le cardinal Taschereau, Honoré Mercier, et tant d\u2019autres.Gabriel Dumont est le personnage central de cette épopée.Un homme « rayonnant, fier, ayant une extraordinaire connaissance des Prairies, des hommes et des animaux, courageux, audacieux, ingénieux, aimable, courtois, généreux, capable de fortes amitiés et inimitiés mais dénué de toute mesquinerie et de rancune » (p.275).En 1887, dans une lettre à Raymond Préfontaine, député de Chambly, après avoir affirmé que les Métis n\u2019avaient pris les armes qu\u2019à contre-coeur, dans un cas de légitime défense, il affirmait: « Soyez bien persuadé que ce que je viens de dire, je le dis sans haine, car je n\u2019ai de haine pour personne, mais je crois de mon devoir de dire ce que je pense, tant en mon nom qu\u2019en celui de ceux qui ne sont plus » (p.235).Et cet homme avait une détermination à toute épreuve.« Tant, disait-il, que nous aurons une goutte de sang français et indien dans les veines, nous revendiquerons les droits pour lesquels nous avons combattu et pour lesquels ils ont assassiné juridiquement feu Louis Riel » (p.196).Même s\u2019il ne s\u2019était pas toujours entendu avec Louis Riel sur la manière de mener les opérations, toute sa vie il lui restera fidèle et se sentira obligé de le défendre.En mars 1888, dans une lettre au journal La Patrie de Montréal il écrivait: L\u2019orgueil n\u2019est pas notre défaut, mais je puis dire avec orgueil que nous avons été, nous, Métis, les véritables pionniers de la civilisation au Nord-Ouest.Le gouvernement le sait bien.Pourquoi ne pas avoir écouté nos justes réclamations et nous avoir forcés à prendre les armes, ne nous laissant d\u2019autre alter- 153 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 native que de nous révolter ou de passer ou de vivre comme des lâches ?Tout ceci, je le dis sans haine, mais Riel est mort et je dois parler pour lui au nom de ceux pour lesquels il a donné sa vie ! (p.281).Il faut noter le travail de Denis Combet et Ismène Toussaint qui ont fait de ce livre un ouvrage d\u2019une qualité exceptionnelle.Une excellente introduction nous situe dans le contexte historique et nous rappelle que le destin des Métis, de Gabriel Dumont et de Louis Riel est inséparable de l\u2019histoire du Canada.De nombreuses notes explicatives, 474 exactement, nous renseignent sur tous les faits, événements ou personnages qui sont concernés par l\u2019histoire de Dumont et Riel.Une incursion merveilleuse dans l\u2019histoire du Canada et même des États-Unis, à la fin du XIXe siècle.Mais plus que cela peut-être, un document d\u2019une grande humanité qui rend la figure de Gabriel Dumont inoubliable.Paul-Émile Roy MARC-FRANÇOIS BERNIER Journalistes au pays de la convergence, Presses de l\u2019Université Laval, Québec, 2008, 210 pages L\u2019enquête de Marc-François Bernier aborde les opinions et les représentations que se font les journalistes québécois contemporains au sujet des effets de la convergence et de la concentration de la propriété médiatique sur leur travail et la qualité de la nouvelle; elle nous fait voir qu\u2019un vaste malaise professionnel se profile à l\u2019horizon.L\u2019enquête tend à montrer que, du point de vue des journalistes, le double statut de professionnels et d\u2019employés 154 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 commence à poser problème alors que la convergence semble de plus en plus faire partie des modèles d\u2019affaire des entreprises médiatiques.De plus en plus en effet, les contenus seront appelés à circuler entre médias au sein d\u2019un même réseau (de La Presse vers Le Droit par exemple au sein de Gesca) et à prendre des formats différents (de la télévision vers l\u2019imprimé ou l\u2019écrit électronique par exemple); de même, les journalistes devront-ils s\u2019adapter à l\u2019exigence de polyvalence technologique et faire face aux commandes de rentabilité accrue.Le professeur Bernier montre que les journalistes, qui ont des convictions fortes et passablement consensuelles sur ce que doivent être le journalisme et l\u2019information, commencent à nourrir de sérieuses craintes.Le cœur de l\u2019enquête porte donc sur les convictions des journalistes.D\u2019abord, sur ce qu\u2019ils pensent des phénomènes de concentration et de convergence.Ensuite, sur leurs convictions concernant la pratique du journalisme de qualité (ce que l\u2019on a nommé le credo des journalistes).C\u2019est en juxtaposant ces deux volets que l\u2019on comprend qu\u2019un important problème de sens tend à se développer au sein de la profession journalistique et qu\u2019il pourrait très bien prendre une forme aiguëe si le phénomène de convergence progressait comme les journalistes le redoutent.L\u2019auteur montre par ailleurs clairement que si ce malaise est, pour l\u2019heure, lancinant au sein de la communauté journalistique québécoise, il est toutefois éminemment visible parmi les journalistes employés de Quebecor, un réseau où la convergence est une composante-clé du modèle d\u2019affaires.L\u2019ouvrage n\u2019est pas dépourvu de défauts, mais il m\u2019apparaît utile et important.D\u2019abord et avant tout parce qu\u2019il n\u2019est jamais banal de révéler ce que pensent des travailleurs ou des professionnels de leur travail et des conditions concrètes 155 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 dans lesquelles il s\u2019effectue.L\u2019existence d\u2019une contradiction entre la manière dont on veut faire un métier et les conditions dans lesquelles, très concrètement, on peut l\u2019exercer pose un problème majeur de sens pour les individus concernés.Ce problème paraît d\u2019autant plus fort qu\u2019ici, les individus concernés mettent l\u2019idée de profession au cœur de leur identité de travail.Telle est la question de fond que pose sérieusement Marc-François Bernier.Il arrive malheureusement trop souvent qu\u2019une telle crise de sens advienne sans qu\u2019il n\u2019y paraisse trop et qu\u2019elle se traduise par un exode lent et silencieux - comme dans le cas des jeunes enseignants.Examinons brièvement la structure du livre et l\u2019argumentation qui porte l\u2019enquête.Le premier chapitre présente le contexte organisationnel général.L\u2019auteur, qui fait preuve d\u2019un économisme tempéré, postule que l\u2019information est d\u2019abord et avant tout une réalité économique et que la nouvelle, du point de vue des propriétaires, est une commodité comme les autres.Si pendant longtemps les médias ont joui d\u2019un statut un peu à part dans le monde capitaliste, c\u2019est-à-dire que l\u2019on n\u2019y recherchait pas forcément la rentabilité maximale, il en va tout autrement depuis les années 1980.Désormais, l\u2019information doit aussi être source de profit immédiat; et s\u2019il est des moyens de maximiser les gains et d\u2019abaisser les coûts de production, les gestionnaires se tourneront massivement vers eux.La rentabilité est donc, selon Bernier et bien d\u2019autres auteurs avec lui, au cœur des modèles d\u2019affaires des médias.Lesquels modèles ont par ailleurs été grandement modifiés au cours des dernières décennies 1) par l\u2019accentuation de la concentration médiatique, 2) par la croissance des groupes économiques de même que 3) par l\u2019arrivée des technologies numériques qui permettent les transferts de contenus d\u2019un format à l\u2019autre, d\u2019un média à l\u2019autre. 156 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Le deuxième chapitre apporte une synthèse passablement étoffée de la littérature actuelle - surtout américaine - sur les conséquences de la convergence et de la concentration.L\u2019auteur insiste : le tableau ne saurait être jugé définitif.Mais il souligne tout de même que la balance penche nettement du côté des conséquences négatives.La qualité de la nouvelle est une chose qui, malgré tout, peut être évaluée et même mesurée.On peut par exemple observer et mesurer les variations d\u2019effectifs des rédactions dans le temps et établir des corrélations avec l\u2019apparition de telle ou telle pratique de gestion.On peut multiplier les mesures relatives aux contenus des textes et, encore une fois, mener une batterie de corrélations.Tout cela pour dire que, selon l\u2019auteur, on possède désormais un dossier empirique solide qui, sans être complet, permet raisonnablement de croire qu\u2019il y a lieu de s\u2019inquiéter.Je ne puis m\u2019empêcher de relever le procédé argumentatif que l\u2019auteur fait ici intervenir avant d\u2019apporter les résultats de son enquête, soit une sorte d\u2019appel à l\u2019autorité : la recherche académique faisant écho aux inquiétudes des journalistes.De cette manière, il fait implicitement valoir que ces inquiétudes sont largement fondées et qu\u2019elles ne relèvent pas de préjugés technophobes ou de préoccupations corporatistes.Le troisième chapitre présente les résultats du premier volet de l\u2019enquête et porte sur l\u2019appréciation des conséquences de la concentration et de la convergence.Je ne dispose pas de l\u2019espace pour discuter avec minutie, ni du design de l\u2019enquête, ni de sa qualité ni des résultats.Disons tout de même que l\u2019enquête, bien construite, fait ressortir une attitude négative passablement généralisée au sujet des effets de convergence bien qu\u2019il existe des variations significatives, notamment selon les réseaux d\u2019appartenance.Les journalistes appartenant à Quebecor ont tendance à présenter une 157 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 appréciation nettement plus négative (bien que l\u2019on relève un évident sentiment d\u2019attachement et de loyauté envers l\u2019entreprise).Voilà un résultat d\u2019ensemble intéressant et important, mais il faudra aller plus loin.Car si l\u2019enquête permet de supposer qu\u2019existe un lien entre cette attitude générale et les conditions de travail des journalistes, notamment en mettant en évidence le cas des employés de Quebecor, il est à mon sens malheureux que l\u2019on n\u2019ait posé que très peu de questions aux journalistes sur la manière dont ils se représentent et évaluent l\u2019évolution de leurs conditions de travail.Un tel supplément d\u2019enquête nous permettrait de beaucoup mieux saisir leur sentiment sur la convergence et de comprendre plus finement son étiologie.Le quatrième et dernier chapitre porte sur le credo des journalistes québécois.Le tableau est saisissant.Il est en effet remarquable de constater que, comme leurs confrères américains, ceux-ci vivent un attachement très fort à ce qu\u2019ils considèrent être du journalisme de qualité, qu\u2019ils en ont une conception nette et qu\u2019ils portent à ce sujet des convictions très fortes.Voilà qui ressort avec force et cohérence au fil des questions.Bref, ce livre, bien qu\u2019incomplet, apporte une « problématisation » passionnante : d\u2019un coté un éthos professionnel très net et de l\u2019autre, des conditions économiques qui paraissent induire un sentiment d\u2019insatisfaction et de rejet.Si l\u2019origine du sentiment n\u2019est pas absolument claire, on possède une première évaluation de ce sentiment ainsi que des pistes d\u2019investigation.À mon avis, il s\u2019agit d\u2019ores et déjà d\u2019un apport précieux.Martin David-Blais Université St-Paul, Ottawa 158 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 JOHN SAUL Mon pays métis.Quelques vérités sur le Canada.Montréal, Éditions du Boréal, 2008, 352 pages Le sous-titre donne le ton : « Quelques vérités sur le Canada ».Dans son plus récent livre, Mon pays métis, John Saul affirme avoir découvert des « vérités » sur le Canada, vérités qu\u2019il serait apparemment le seul à connaître, le reste de la population vivant dans le déni.Il se propose ainsi de nous révéler notre « réalité propre », notre identité véritable, que nous aurions ignorée jusqu\u2019à présent, victimes d\u2019une aliénation dont lui seul peut nous délivrer.Bien entendu, ce « Nous » est canadien et regroupe tant les Québécois que les habitants du ROC, puisque nous sommes tous victimes d\u2019un même aveuglement : nous nous croyons Occidentaux, alors que nous formons, tous ensemble, un peuple d\u2019inspiration autochtone.Nous reviendrons plus loin sur les implications de cette thèse pour la question nationale québécoise.Pour l\u2019instant, contentons-nous d\u2019évaluer sa pertinence pour le Canada.La thèse de l\u2019auteur est la suivante : Nous sommes une « civilisation métisse », un peuple original fondé sur des principes et des valeurs autochtones qui ne trouvent pas d\u2019équivalents dans le monde occidental.Nous croyons à tort que le Canada est d\u2019inspiration française et britannique, alors que l\u2019essentiel de ce que nous sommes est d\u2019origine autochtone.Cette méprise collective serait attribuable à un esprit de colonisé qui nous aurait été imposé il y a plus d\u2019un siècle par le Family Compact.Constatant qu\u2019il se développait au Canada une société d\u2019inspiration profondément autochtone qui ne leur plaisait pas, ce puissant petit groupe de privilégiés aurait imposé des mythes et des façons de faire européens, qui ne correspondaient pas du tout à ce que nous étions.Depuis 159 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 ce temps, nous pensons dans des termes inadéquats pour décrire notre réalité propre, ce qui expliquerait apparemment tous les problèmes que connaît le Canada actuel.Ainsi, le piètre état de notre système de santé, le taux de pauvreté élevé, la faiblesse de la politique étrangère canadienne, les mésententes entre gouvernements fédéral et provinciaux, la vente de compagnies canadiennes à des intérêts étrangers et même la disparition de l\u2019eulakane, « ce petit poisson de la côte pacifique qui ressemble à l\u2019éperlan » (p.190), sont présentés comme autant de « signes d\u2019échec », qui prouvent que nous vivons dans un système inadapté à notre identité profonde.Selon Saul, c\u2019est « l\u2019insécurité coloniale perpétuelle de nos élites qui les porte à chercher des modèles occidentaux » (p.127) pour répondre aux défis du monde contemporain.L\u2019échec dans l\u2019application de ces modèles serait la preuve de leur caractère inadapté à notre nature autochtone, qu\u2019il nous suffirait de reconnaître une fois pour toutes pour enfin trouver des solutions à l\u2019ensemble de nos problèmes collectifs.L\u2019ancien prince-consort se fait prophète en affirmant à la population égarée que nous vivons collectivement dans « un déni de nous-mêmes » (p.13) et que « notre planche de salut est la fidélité à notre nature véritable et la conception d\u2019un langage et de l\u2019imaginaire qui l\u2019exprimeront le mieux » (p.275-276).Il se permet également d\u2019affirmer qu\u2019une série de peintres et d\u2019écrivains renommés du Québec et du Canada ont construit l\u2019ensemble de leur œuvre à partir de la sensibilité autochtone sans même en être conscients (p.91), prétendant ainsi savoir mieux que les artistes eux-mêmes le sens profond de leur œuvre ! Pour couronner le tout, il déverse tout son fiel sur les élites « médiocres » dont l\u2019incapacité à empêcher l\u2019extinction d\u2019un poisson est comparée au silence des criminels nazis : L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Du début à la fin, [les élites] ont failli à la tâche.Ils prendront leur retraite et joueront au golf comme si l\u2019épuisement des stocks d\u2019eulakanes était, bof, des choses qui arrivent.Après tout, ils ne faisaient que leur travail.Comme l\u2019a dit la défense, jadis, au procès de Nuremberg, ils obéissaient aux ordres, c\u2019est tout.(p.191) Il semblerait qu\u2019avoir une réputation de grand philosophe permette de porter des accusations aussi grossières en toute impunité ! Yves Michaud s\u2019était fait lyncher pour moins que cela.Non seulement la thèse de John Saul est loufoque, mais il s\u2019agit d\u2019une usurpation mémorielle pour le Québec, pour le Canada et pour les peuples autochtones.Un bref examen de sa méthodologie confirme qu\u2019elle ne tient pas la route.La technique est simple : l\u2019auteur choisit une attitude ou une valeur considérée comme typiquement canadienne, comme l\u2019envi-ronnementalisme ou encore le pacifisme.Si cette attitude ou cette valeur trouve un équivalent chez les peuples autochtones, alors, la preuve est faite de ses « origines » autochtones.Si elle ne trouve pas d\u2019équivalent chez les peuples autochtones, Saul s\u2019efforce immédiatement de montrer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mauvaise façon de faire.et en déduit que cela irait beaucoup mieux si nous adoptions l\u2019approche autochtone ! Autrement dit, tout lien pouvant être établi entre des principes canadiens et autochtones est interprété en termes de causalité : le principe canadien s\u2019explique par ses origines autochtones.Quant aux principes occidentaux que valorisent les Canadiens, ils sont nécessairement la cause de tous leurs malheurs, et donc, la preuve qu\u2019ils devraient se tourner vers leur « véritable nature » autochtone.Cette méthode comporte un avantage certain : elle est infaillible ! La fausse alternative entre des principes autochtones nécessairement authentiques et des principes occidentaux forcé- L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 ment inadéquats s\u2019accompagne de jugements de valeur.D\u2019un côté, il y a la « vision monolithique euro-états-unienne de la gouvernance d\u2019un pays » (p.26), « les vieux préjugés européens » (p.26), de l\u2019autre, il y a la voie autochtone, la « pensée non linéaire » (p.58), la « perspective circulaire, non manichéenne et non punitive » (p.282), qui représente « une voie très originale, non monolithique, révolutionnaire » (p.274).Cette dichotomie, qui traverse l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage, est particulièrement marquée lorsqu\u2019il est question du rapport que les Canadiens entretiennent face à la diversité culturelle : Sur la question de l\u2019immigration et de la diversité des citoyens, nous sommes incapables de voir l\u2019évidence : nous avons une conception non raciale, non linéaire et même non rationnelle de la civilisation.Elle est fondée sur l\u2019idée d\u2019un cercle qui s\u2019élargit et s\u2019adapte au fur et à mesure que de nouvelles personnes s\u2019y joignent.Le concept n\u2019est ni européen ni occidental; il provient directement de la culture autochtone (p.12).Loin d\u2019être inspiré des théories libérales occidentales, le multiculturalisme canadien serait selon Saul profondément autochtone parce que fondé sur un équilibre entre les droits individuels et collectifs (p.63-64).D\u2019une part, cela suggère que le vieux débat entre libéraux et communautariens serait en fait un débat entre Occidentaux et Autochtones ! D\u2019autre part, il s\u2019agit d\u2019une lecture surprenante du multiculturalisme canadien.Le rejet du biculturalisme au profit d\u2019un bilinguisme d\u2019un océan à l\u2019autre, l\u2019affichage bilingue au nom de la liberté d\u2019expression, les luttes contre l\u2019obligation de fréquenter l\u2019école française au nom de la liberté de choix, les accommodements raisonnables accordés à partir du critère subjectif de la sincérité de la croyance personnelle, tout cela n\u2019est-il pas suffisamment libéral aux yeux de John Saul ?Comme le veut son cadre d\u2019analyse, si le multiculturalisme est profondément autochtone, alors les résistances face au multiculturalisme s\u2019expliquent nécessairement par une atti- 162 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 tude de colonisés.Qui sont les colonisés dans ce cas-ci ?Les Québécois, bien entendu ! La crise des accommodements raisonnables serait ainsi la preuve du fait que les Québécois se seraient détournés du modèle autochtone du « cercle en constante expansion » pour adopter des « arguments parisiens démodés » (p.51).La crise serait donc attribuable au fait que les Québécois, colonisés par Paris, auraient refusé de puiser dans leur nature autochtone pour accueillir les immigrants.Voilà maintenant le Québec au banc des accusés, une constante dans l\u2019ouvrage.Les mesures de protection de la langue française au Québec agiraient comme un « joug » auprès d\u2019une fraction de son élite « admirablement bilingue (et souvent même trilingue) », une élite qui « vit tout naturellement à l\u2019échelle canadienne et internationale », mais que la frilosité linguistique de la province maintient « aux plus faibles niveaux de revenu du pays » (p.201).Quant à l\u2019appui des souverainistes au « libre-échange comme instrument de sécession » (p.214), il aurait été dévastateur pour l\u2019ensemble de l\u2019économie canadienne.Finalement, les batailles constitutionnelles des dernières décennies seraient responsables de nombreux échecs collectifs des Canadiens, les élites étant « tellement obsédées par ces détails de séparation des pouvoirs financiers et administratifs qu\u2019elles pouvaient difficilement imaginer d\u2019œuvrer pour le bien public » (p.229).Derrière la thèse de l\u2019auteur sur les origines autochtones du Canada, se cache ainsi une critique sévère du Québec et des souverainistes.Parmi les attitudes de colonisés dénoncées par Saul, se trouve, « l\u2019horreur du chevauchement des pouvoirs » (p.280), autrement dit, la critique du système fédéral.L\u2019argument exprimé par René Lévesque dans Option Québec, selon lequel les dédoublements administratifs entre les paliers fédéral et provinciaux sont nuisibles économique- L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 ment, serait un « argument classique du Family Compact », fondé sur le « dogme contemporain de la rentabilité » (p.269).Saul affirme qu\u2019au contraire, les chevauchements de pouvoir sont au service du bien commun : La duplication est un moyen désintéressé de stimuler la concurrence pour le bien public.La duplication encourage les gouvernements à coopérer, contribue à créer de la richesse et combat l\u2019impuissance provoquée par le réflexe du repli sur soi et de la complaisance dans la résolution de problèmes ayant trait au bien public.(p.269) Saul propose une vision romantique du fédéralisme canadien, qui ignore les rapports de pouvoir qui traversent notre système politique et ses implications pour le Québec comme nation.Bien entendu, ce fédéralisme de coopération serait conforme à notre nature autochtone.En effet, lorsqu\u2019il ne s\u2019empêtre pas dans des querelles constitutionnelles inutiles, « notre fédéralisme à son meilleur » serait conforme à « la conception mohawk de la façon de faire les choses - atteindre l\u2019harmonie grâce à des relations équilibrées » (p.51).On croit rêver ! En plus de s\u2019en prendre aux souverainistes, Saul reproche aux fédéralistes québécois de ne plus « évoquer la pleine réalité du pays », ce qui fait en sorte que « la plupart des Québécois n\u2019entendent presque pas parler du pays dans lequel ils vivent » (p.176).Qu\u2019il se rassure : si les fédéralistes du Québec ont évité de faire une promotion trop active du Canada, Patrimoine canadien et Option Canada s\u2019en sont occupés ! Le scandale des commandites, cela vous dit quelque chose ?Saul n\u2019en dit pas un mot dans sa dénonciation des élites politiques.Il s\u2019insurge contre la GRC qui, lors de la compagne électorale de 2005-2006, a informé le NPD que le ministre (libéral) des finances était sous enquête et ainsi « interféré avec le processus démocratique national à un moment stratégique » (p.261).Il se scandalise également L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 du fait que le premier ministre (conservateur) Mulroney ait accepté l\u2019argent de Karlheinz Schreiber (p.263).Ces deux scandales politiques sont présentés comme des « symptômes de la tolérance de cette élite envers un comportement parfaitement inacceptable » (p.264).Mais où est donc le scandale des commandites dans tout cela ?N\u2019était-ce pas le pire scandale politique de la dernière décennie ?Saul semble l\u2019avoir oublié.Le Parti libéral du Canada est étrangement épargné de sa critique des élites.Soulignons que c\u2019est Jean Chrétien qui a nommé son épouse, Adrienne Clarkson, gou-verneure générale de Canada.La partisannerie tourne à la farce lorsque, pour dénoncer l\u2019élite économique canadienne, Saul fait exception pour Paul Desmarais père, un homme qui « parle clairement, avec humour et assurance.On comprend d\u2019emblée qu\u2019il a une vision à long terme » (p.306).Pour quelqu\u2019un qui dénonce à répétition le Family Compact, il y a quelque chose d\u2019indécent à s\u2019afficher comme membre du « club des vieux copains » des années 2000, celui du réseau PLC-Desmarais.Vraiment, c\u2019en est trop ! En somme, le livre de John Saul nous apprend effectivement « quelques vérités sur le Canada » : il nous apprend que des théories loufoques peuvent être défendues en toute impunité dès lors qu\u2019elles contribuent au nation building canadien.Joëlle Quérin Doctorante en sociologie, UQAM L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 REVUE LIBERTÉ Liberté, no 282, novembre 2008 : « Arthur Buies, notre contemporain », 104 pages.Dans sa dernière livraison, la revue Liberté a le mérite de consacrer un dossier à un auteur de notre XIXe siècle trop souvent négligé aujourd\u2019hui.La rédaction se donne pour mission de redresser un tort.De manière conséquente et louable, ce dossier contient un texte d\u2019Arthur Buies lui-même, son « Prologue » aux Petites chroniques pour 1877.Est également reproduit un texte de Victor-Lévy Beaulieu, la préface aux Petites chroniques du Bas-du-Fleuve (éditions Trois-Pistoles, 2003).Les contributeurs sont Pierre Lefebvre (rédacteur en chef), le sociologue Jean-Philippe Warren, le critique Robert Lévesque, Louis-Jean Thibault et Michel Biron, professeurs de littérature.En introduction, Pierre Lefebvre aborde la question du quasi-oubli dans lequel est renfermé Buies, qu\u2019il compare avec Melville pour bien établir un contraste ; ces deux auteurs auraient en commun d\u2019avoir enfin développé une littérature émancipée de ses modèles européens.Il expose son « inquiétude » devant ce quasi-oubli, qui semble indiquer que les « conservateurs de tout poil » auraient eu raison de sa postérité.Pourtant, des écrivains conservateurs de l\u2019époque n\u2019échappent pas davantage à la négligence et il est peut-être plus pertinent de comparer Buies à Olivar Asselin ou à Péguy.Selon P.Lefebvre, la cause de ce phénomène ne tiendrait pas à la nature de ses écrits - qui se prêtent surtout aujourd\u2019hui à une édition de morceaux choisis - car le valeureux Albert Laberge connaît le même sort.Non, elle découlerait du fait que, grand pourfendeur du Canada français, Buies pourfend des travers encore vivaces dans notre Québec actuel.Voilà qui mène peut-être à déformer le propos de Buies sur certaines questions. i66 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Ainsi, un texte de Buies dont nous citons l\u2019extrait suivant : « ce mot de nationalité, qui renferme toute l\u2019existence d\u2019une race, n\u2019est pour eux [les élus] qu\u2019un hochet ridicule avec lequel on amuse le peuple pour mieux le tromper » devient, pour P.Lefebvre, « L\u2019obsession nationale comme miroir aux alouettes ».Or, la phrase de Buies me paraît être une critique des politiciens et non pas du nationalisme.La carrière de Buies permet d\u2019ailleurs de le penser - on songe à sa vaste production d\u2019études sur les régions du Québec à coloniser, absente du dossier - mais qui plus est, son « Prologue » reproduit ici.Buies y vante les succès de la génération de Garneau et de Parent, des auteurs inspirés et qui tâchaient de « nourrir l\u2019amour de la patrie » ; voilà qui contraste, à ses yeux, avec l\u2019insignifiance des lettres de son temps (p.17), animées par des auteurs à la recherche d\u2019une posture d\u2019écrivain.À l\u2019inverse, un texte hors-dossier de Pierre Lefebvre, « Le fantôme de Damase Potvin », fait mieux ressortir son propre parti pris anti-nationaliste, anti-enracinement, qui l\u2019entraîne à proposer d\u2019autres raccourcis dans l\u2019analyse littéraire.Il vaut la peine de les relever, car ils m\u2019apparaissent trop répandus aujourd\u2019hui dans de nombreuses œuvres par ailleurs méritoires, tels les collectifs La vie culturelle à Montréal vers 1900 (Fides, 2005) et Histoire de la littérature québécoise (Boréal, 2007).Pierre Lefebvre s\u2019en prend au discours des artistes québécois contre les coupures fédérales cet automne.Selon lui, avoir à choisir entre le Parti conservateur et des « artistes » québécois qui présentaient la culture comme un pilier de l\u2019identité, était comme avoir à choisir entre Le Pen et Chirac en 2002.Il critique avec raison le discours sur la culture comme volet du développement économique dans lequel embarquent de plus en plus les organismes culturels, tendant à brouiller toute distinction entre culture et divertissement. 167 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Cependant, lorsqu\u2019il définit l\u2019artiste comme étant essentiellement voué à ébranler l\u2019identité nationale, à la manière de Socrate, il me semble s\u2019égarer.Lorsqu\u2019il avance que « L\u2019argument identitaire est précisément celui contre lequel les artistes se sont battus de tout temps » (p.98), il me paraît faire une immense projection de l\u2019éthos contre-culturel à travers l\u2019histoire occidentale.Michel-Ange s\u2019est-il longtemps battu contre l\u2019argument identitaire ?Certes, la Renaissance était innovatrice, mais avec l\u2019appui du mécénat des Médicis ou des Papes, elle ne travaillait surtout pas contre l\u2019identité italienne.Au contraire, à l\u2019aurore d\u2019un des plus grands mouvements artistiques de tous les temps, Pétrarque a consciemment choisi d\u2019illustrer la langue italienne (au lieu du provençal, alors plus illustre, et bien qu\u2019il travaillât en Avignon).Socrate ?C\u2019était un patriote comme il s\u2019en trouverait peu aujourd\u2019hui.Lefebvre mise sans doute sur l\u2019oubli, par son lectorat, d\u2019une Pléiade illustrée par la Défense et illustration de la langue française de Joachim du Bellay.Ce n\u2019est pas le MELS qui se mettra en travers de son chemin.Mais qu\u2019on songe un instant à l\u2019art et aux lettres d\u2019Athènes au siècle de Périclès, à ceux de Florence au temps des Médicis, ou encore à ceux de la France aux temps de saint Louis aussi bien que du Roi-Soleil, et la définition de l\u2019œuvre des artistes avancée par Lefebvre apparaîtra comme caricaturale.Certes, depuis les impressionnistes et les cubistes, les choses ont changé.Mais ce cycle n\u2019est-il pas arrivé, et depuis longtemps, à l\u2019essoufflement, après les grands de l\u2019art abstrait ?Parmi les « installations » de bric-à-brac qu\u2019une nuée d\u2019artistes contemporains anonymes ont posées à travers les musées et les galeries d\u2019Occident depuis 50 ans, qui se veulent « dérangeantes » mais qui ne sont le plus souvent que laides et obscures, combien ont atteint une postérité à la manière de Van Gogh ?(Jean Drapeau avait peut-être pressenti la place que l\u2019Histoire leur réserverait.) C\u2019est que chez Van Gogh ou les cubistes, demeurait encore une démarche i68 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 esthétique.L\u2019art n\u2019était pas réduit à un laïus idéologique de militant contre-culturel sous d\u2019autres formes.Toujours est-il que pour Lefebvre, notre passé littéraire compte ses bons - Albert Laberge, Arthur Buies - et ses méchants - les F.-A.Savard, C.-H.Grignon et autres Damase Potvin, romanciers du terroir.Notre histoire est avant tout, à ses yeux, un combat des avant-coureurs de la Révolution tranquille contre ces obscurantistes qui eux aussi, et non seulement l\u2019Église et les Anglais, nous enfermaient dans notre identité canadienne-française.Notre problème n\u2019était donc pas notre condition mais notre identité.Voilà qui ne peut manquer de colorer l\u2019approche de l\u2019œuvre du fondateur de La Lanterne.Il convient en effet d\u2019aborder ce numéro comme un tout, même le poème en prose de Catherine Morency, « Lettre à mon Viking » où, de façon originale, l\u2019écrivaine décrit le « musc délicat » du corps de son amant, évoque le souvenir « d\u2019un estaminet légendaire, à Barcelone » (où d\u2019autre ?!), et conclut en évoquant la copulation tant attendue.Ainsi, Robert Lévesque, dans « Le voyageur spasmodique », article agréable à lire, nous dépeint-il Buies en « bo-bo » avant l\u2019heure, portrait qu\u2019accompagne l\u2019inévitable adoubement par comparaison avec Rimbaud.Bien sûr que dès les années 1970, certains traits du romantisme ont été réactualisés par les hérauts de la contre-culture, mais heureusement que Buies renferme plus que l\u2019enflure du moi et la désorientation.Dans sa contribution, « La tyrannie du silence », Michel Biron compare même Buies à Thomas Bernhard - figure que les collaborateurs de Liberté affectionnent décidément1 11.1 Catherine Mavrikakis avait invoqué cet écrivain comme un modèle à émuler au Québec dans le numéro « Québécois, encore un effort », comme si la situation assez exceptionnelle du rapport de l\u2019Autriche avec son passé récent était vraiment comparable avec la nôtre. L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 (Bernhard, après-guerre, a exprimé une attaque intégrale de la culture autrichienne, corollaire d\u2019un défaut de rupture affirmée avec le nazisme.) Du reste, l\u2019intérêt pour Buies semble ne pas dépasser les années 1870.Il n\u2019y a que le texte de VLB qui témoigne véritablement de ses racines familiales et de son sens du pays.L\u2019action de Buies aux côtés du curé Labelle et de Mercier -\tqui certes ne constitue pas un travail de sape de l\u2019identité québécoise - échappe une fois de plus aux regards et aux esprits.Pourtant, dans une contribution intéressante, « Le mystère de Québec », Warren nous montre un Buies à la fois critique de Québec, de son provincialisme et de sa torpeur dans les années 1870, bien qu\u2019amoureux de sa ville, espérant d\u2019ailleurs relancer Québec - et le Québec, faudrait-il ajouter -\tpar une politique de développement, misant notamment sur les chemins de fer.Les chemins de fer sont venus et Québec est demeuré aussi petit, semble persifler Warren.Hors-dossier, deux textes, de Robert Richard et de Warren, sont consacrés aux États-Unis d\u2019Obama.Richard se base sur Pocock pour faire ressortir deux courants importants dans le caractère américain : le républicanisme et le puritanisme transportés d\u2019Angleterre au XVIIe siècle.Il semble ainsi redécouvrir l\u2019importance de la matrice WASP de la culture américaine.Le messianisme américain n\u2019est pas sans le fasciner.De même, Warren se penche sur le patriotisme et le messianisme d\u2019Obama, sa propension à se référer à l\u2019histoire nationale, dont on croirait presque qu\u2019il aimerait exonérer le demi-dieu des années 2000.Du coup, il avance que « Son drapeau est davantage la déclaration des droits que la bannière étoilée, et sa patrie davantage une promesse d\u2019avenir qu\u2019un lourd passé.» Warren, comme plusieurs, aimerait-il donc croire que le patriotisme d\u2019Obama n\u2019a rien d\u2019inconditionnel ?A-t-il raison ?Toujours est-il qu\u2019aux États- 170 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Unis, on se projette avec confiance vers l\u2019avenir, justement en s\u2019appuyant avec une grande fierté sur l\u2019histoire nationale, ce qui est contraire au lieu commun post-moderne et contre-culturel du passé pesant, voire épouvantable, menant à un indigent présentisme.Ces deux derniers textes sur les États-Unis sont l\u2019occasion de répéter combien il est dommage que les clichés réducteurs de l\u2019agriculturisme, du messianisme et de l\u2019anti-étatisme (fascinants aux États-Unis, preuves d\u2019arriération ici), résument encore trop souvent le siècle du Canada français, sans saisir que la colonisation (ni non plus son illustration par le roman du terroir), axée sur le territoire et le développement de la nation, ne limitait pas sa conception du monde à l\u2019agriculture.Voilà sans doute qui explique qu\u2019on ait de la difficulté à aborder le Buies, apôtre de la colonisation.Bref, tout en nous invitant à nous ressaisir d\u2019un pan de notre passé culturel, Liberté ne quitte point les ornières des préjugés qui précisément nous en détournent depuis la Révolution tranquille.Cela étant, il faut néanmoins féliciter Liberté de nous inciter à revisiter l\u2019œuvre d\u2019Arthur Buies.Charles-Philippe Courtois Chercheur postdoctoral à la Chaire de recherche en rhétorique (UQTR) 171 NOTE CRITIQUE Joëlle Quérin* ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES ET CENSURE PLURALISTE MYRIAM JÉZÉQUEL (DIR.) Les accommodements raisonnables : quoi, comment, jusqu\u2019où ?Des outils pour tous.Cowansville, Les Éditions Yvon Blais, 2007, 406 pages Pris de court par l\u2019ampleur du débat public qui s\u2019est imposé dans l\u2019espace médiatique depuis le jugement de la Cour suprême sur le port du kirpan à l\u2019école en mars 2006, les intellectuels pluralistes, qui avaient au départ tout fait pour nier l\u2019opposition massive à la rhétorique de la reconnaissance, ont par la suite été contraints d\u2019en prendre acte.C\u2019est avec dégoût qu\u2019ils constatèrent que, contrairement à ce qu\u2019affirmait Glazer, nous ne sommes pas « tous multiculturalistes » à présent1.Placés sur la défensive, ces bien-pensants faisaient face à un nouveau défi : introduire dans leurs écrits le thème du débat public, tout en réaffirmant le bien-fondé de l\u2019approche pluraliste comme seule posture normative acceptable dans une société moderne.La négation de l\u2019opposition populaire ne tenant plus en raison de l\u2019ampleur du débat, ils n\u2019avaient d\u2019autre choix que de recourir à de nouvelles stratégies pour imposer leur point de vue.* Doctorante en sociologie, UQAM 1 Glazer, N.We are all multiculturalists now.Cambridge, Harvard University Press, 1997. 172 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 La lecture des ouvrages dans lesquels ces arguments ont été développés depuis un peu plus d\u2019un an permet de mieux comprendre dans quelle mouvance intellectuelle se situe le rapport Bouchard-Taylor.Au-delà des précisions techniques et des analyses jurisprudentielles pointues appliquées aux milieux du travail, de l\u2019école et de la santé, l\u2019ouvrage collectif Les accommodements raisonnables : quoi, comment, jusqu\u2019où ?Des outils pour tous publié aux Éditions Yvon Blais témoigne de ces stratégies mises en place par les multiculturalistes pour imposer leur point de vue.L\u2019approche la plus courante consiste à réduire l\u2019opposition populaire à une mécompréhension.Refusant de reconnaître que les gens ne sont pas d\u2019accord, vérité intolérable pour toute personne qui croit que le multiculturalisme est synonyme de vertu, la seule explication possible aux réactions populaires ne peut être que la suivante : ces gens n\u2019ont pas compris.Les juristes et les sociologues se sentent alors investis d\u2019une mission visant à expliquer au bon peuple ce qu\u2019il n\u2019a pas encore compris, à la manière des marxistes qui s\u2019évertuaient jadis à convertir les pauvres prolétaires aliénés coupables de ne pas vouloir renverser le capitalisme.Les apôtres de la Charte se transforment ainsi en pédagogues de l\u2019accommodement, comme en témoigne le sous-titre de l\u2019ouvrage, des outils pour tous, qui aurait pu tout aussi bien être remplacé par pour les nuls.L\u2019argument le plus fréquemment invoqué en faveur de l\u2019accommodement raisonnable, celui que les auteurs s\u2019évertuent à expliquer dans l\u2019espoir qu\u2019il suscite enfin l\u2019adhésion et donne lieu à une conversion complète des masses en faveur du pluralisme, réside dans l\u2019idée que l\u2019égalité « réelle » nécessite non pas un traitement identique de tous, mais plutôt un traitement différencié, qui tienne compte des particularismes de chacun.C\u2019est en effet cette conception du « droit à l\u2019égali- 173 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 té », tel qu\u2019inscrit dans les Chartes, qui constitue le fondement juridique de l\u2019obligation d\u2019accommodement raisonnable.Leur raisonnement est le suivant : On ne peut pas être contre l\u2019égalité.Or, l\u2019accommodement est un moyen de faciliter l\u2019exercice du droit à l\u2019égalité.Donc, on ne peut pas être contre l\u2019accommodement.Néanmoins, plusieurs sont contre l\u2019accommodement.Par conséquent, ils n\u2019ont pas compris en quoi cette mesure permet d\u2019atteindre l\u2019égalité.Pardonnant aux pauvres gens leur ignorance du bien-fondé d\u2019un traitement différencié, ils invoquent la complexité du système social, qui fait en sorte que les règles « en apparence neutres » ont un effet différencié sur les individus appartenant à un groupe minoritaire.L\u2019« erreur »» de la population réside alors dans sa focalisation sur le traitement identique, qui donne « apparence »» d\u2019égalité, plutôt que sur les effets de la mesure.Michèle Rivet va même jusqu\u2019à affirmer que la compréhension de ce qu\u2019est « l\u2019égalité réelle »» nécessite « une connaissance approfondie des phénomènes et des mécanismes qui font en sorte d\u2019entraver sa mise en œuvre réelle et effective 2 », connaissance que les trop nombreux opposants à l\u2019accommodement raisonnable ne possèdent manifestement pas.Pour le commun des mortels, l\u2019égalité implique le traitement identique de tous les individus, sans égard à leur sexe, à leur origine ethnique ou à leur religion.Il est bien entendu que ce traitement identique n\u2019aura pas le même effet sur tous : faire passer le même examen à tous les élèves de 5e année n\u2019aura pas le même impact sur le premier de la classe que sur le 2 Rivet, Michèle.« Synthèse.L\u2019accommodement raisonnable ou le nécessaire retour aux sources : le droit à l\u2019égalité ».dans Jézéquel, Myriam (dir.) Les accommodements raisonnables : quoi, comment, jusqu\u2019où ?Des outils pour tous.Cowansville, les Éditions Yvon Blais, 2007, p.374 174 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 dernier lorsqu\u2019ils recevront leur bulletin.que celui-ci soit chiffré ou non ! Personne n\u2019aurait l\u2019idée de confectionner un examen différent pour chaque élève afin que tous obtiennent la même note ! On pourra offrir différentes mesures afin de venir en aide aux élèves en difficulté, mais ce sera un choix de société fait au nom de la solidarité, et non une obligation découlant du droit à l\u2019égalité.Et au bout du compte, l\u2019examen demeurera le même pour tout le monde, puisqu\u2019il faut bien apprendre à lire, écrire et compter.Pour les pluralistes, au contraire, seul compte l\u2019effet.L\u2019interdiction générale de porter un couvre-chef est inégalitaire, car elle empêche les musulmanes de porter le hijab.L\u2019interdiction générale de porter une arme est inégalitaire, car elle empêche les sikhs de porter le kirpan.L\u2019universalité est perverse, la méritocratie est un leurre et la majorité est tyrannique.Contre cette « fausse » démocratie, seuls le droit et les Chartes, bien à l\u2019abri de la volonté populaire, peuvent rétablir la situation.Et le bon peuple devrait se réjouir d\u2019être ainsi bâillonné au nom de l\u2019égalité « réelle »».D\u2019ailleurs, comme le rappelle Bosset le droit n\u2019exprime-t-il pas « sous une forme particulièrement achevée, les valeurs fondamentales de la société 3 » ?Drôle de démocratie que celle qui reconnaît, dans la Charte canadienne imposée par Trudeau et les jugements sans appel de la très multiculturaliste Cour suprême du Canada, l\u2019expression « sous une forme particulièrement achevée » des valeurs québécoises.Lorsque l\u2019on constate les réactions presque unanimement négatives au jugement Multani sur le port du kirpan à l\u2019école4, on est en droit de se demander de quelles valeurs il s\u2019agit et qui les défend réellement.3\tBosset, Pierre.« Les fondements juridiques et l\u2019évolution de l\u2019obligation d\u2019accommodement raisonnable », dans Jézéquel, M.Op.cit., p.28 4\tMultani c.Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, [2006] 1 R.C.S.256, 2006 CSC 6 175 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Il importe de prendre la mesure du caractère radical d\u2019une telle conception de l\u2019égalité.Elle exige, de la part de l\u2019État et de ses institutions, la mise en place de mesures d\u2019exception aux règles communes, pour assurer qu\u2019aucune minorité ne soit incommodée par ces règles.L\u2019égalité ne se mesurant plus que dans les résultats, il revient à l\u2019État de forcer l\u2019atteinte de résultats égaux à l\u2019abri de la volonté populaire.Par manque de confiance à l\u2019endroit des citoyens, on leur retire la possibilité de faire leurs propres choix de société sur des enjeux aussi importants que l\u2019intégration des immigrants et la gestion de la diversité religieuse.On viendra ensuite s\u2019étonner du fait qu\u2019ils se montrent plus enthousiastes à l\u2019idée de voter à Occupation double qu\u2019aux élections.Il semblerait, selon les pluralistes, que la modernité implique nécessairement une adhésion à cette conception radicale de l\u2019égalité « réelle ».Dans un chapitre consacré à la démonstration de l\u2019adéquation entre les objectifs de défense des droits des travailleurs et ceux de l\u2019accommodement raisonnable, Christian Brunelle se désole de la conception « plutôt traditionnelle, sinon carrément dépassée »» défendue par les syndicats, qui « confond l\u2019égalité avec le traitement identique ou uniforme 5 », alors qu\u2019il devrait être évident pour quiconque, aujourd\u2019hui, que « l\u2019égalité n\u2019implique pas nécessairement un traitement identique » et qu\u2019en fait, « un traitement différent peut s\u2019avérer nécessaire dans certains cas pour promouvoir l\u2019égalité 6 ».Incapable de concevoir que la définition « traditionnelle » de l\u2019égalité persiste dans l\u2019esprit des dirigeants syndicaux, l\u2019auteur ne peut attribuer leur divergence d\u2019opinions qu\u2019à une 5\tBrunelle, Christian.« Le droit à l\u2019accommodement raisonnable dans les milieux de travail syndiqués : une invasion barbare ?», dans Jézéquel, M.Op.cit., p.63 6\tIbid., p.64 176 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 « confusion ».De la même manière, José Woehrling affirme qu\u2019en défendant l\u2019égalité formelle, « on méconnaît par là »» la véritable fonction de l\u2019accommodement qui consiste à rétablir l\u2019égalité par des mesures d\u2019exception7.Seul Julius Grey reconnaît qu\u2019il est possible d\u2019adhérer à l\u2019égalité formelle, allant même jusqu\u2019à concéder que cette vision est largement partagée chez les « francophones québécois 8 ».Il attribue ainsi très justement le débat sur l\u2019accommodement raisonnable à une opposition entre deux théories, le « multiculturalisme » et la « vision républicaine ».Il n\u2019échappe toutefois pas à la tendance de ses collègues à la réduction de l\u2019opposition populaire à une mécompréhen-sion, affirmant que les républicains « oublient », plutôt que contestent, qu\u2019il est nécessaire de moduler les règles en fonction des particularismes de chacun9.« Confusion », « méconnaissance », « oubli », autant de termes qui permettent aux auteurs de se rassurer : non, les Québécois ne sont pas assez idiots ou rétrogrades pour défendre l\u2019égalité formelle.Ils n\u2019ont tout simplement pas compris ce qu\u2019est l\u2019égalité « réelle ».La même stratégie leur permet ainsi de minimiser l\u2019opposition populaire à chacun de leurs arguments.Quel que soit l\u2019aspect de leur discours remis en cause, la réponse est toujours la même : ils n\u2019ont pas compris.L\u2019argument de l\u2019intégration est un parfait exemple des contorsions intellectuelles dont sont capables les multicul-turalistes pour tenter d\u2019imposer leur point de vue.Il est de 7\tWoehrling, José.« Les principes régissant la place de la religion dans les écoles publiques du Québec », dans Jézéquel, M.Op.rit., p.232 8\tGrey, Julius.« L\u2019accommodement raisonnable : multiculturalisme et vision républicaine », dans Jézéquel, M.Op.rit., p.235 9\tIbid., p.236 177 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 bon ton, dans les milieux pluralistes, de qualifier d\u2019« ethnici-sation » le fait d\u2019établir un lien entre la question de l\u2019immigration et celle de l\u2019accommodement raisonnable.Rachida Azdouz, par ailleurs beaucoup plus modérée et préoccupée par la cohésion sociale que bien d\u2019autres collaborateurs de l\u2019ouvrage, emploie cette nouvelle expression populaire des colloques d\u2019études ethniques pour rappeler que « l\u2019accommodement raisonnable n\u2019est pas une politique d\u2019intégration des immigrants 10 ».On peut toutefois se demander pourquoi, dans ce cas, ces spécialistes des relations ethniques s\u2019intéressent tant à l\u2019accommodement.Selon la thèse de l\u2019« ethnicisation », ceux qui s\u2019en prennent aux immigrants pour critiquer l\u2019accommodement seraient coupables d\u2019amalgamer deux réalités qui n\u2019ont pourtant rien à voir l\u2019une avec l\u2019autre, ce qui témoignerait de leur tendance à stigmatiser les immigrants et de leur intolérance.Afin de nier tout lien entre l\u2019immigration et l\u2019accommodement raisonnable, les pluralistes répètent inlassablement que cet outil permet d\u2019assurer l\u2019égalité des individus et non des groupes.Ils ajoutent du même souffle que cette mesure ne s\u2019applique pas uniquement aux minorités religieuses, mais également aux handicapés et aux femmes enceintes.Qui est assez sans cœur pour refuser d\u2019accommoder une femme enceinte ?En ce qui concerne plus particulièrement les accommodements religieux, ils rappellent, statistiques à l\u2019appui, que ceux-ci sont plus souvent accordés à des chrétiens et des juifs d\u2019implantation ancienne qu\u2019à des immigrants musulmans ou sikhs.Le fait que les accommodements demandés par ces derniers suscitent davantage de controverses ne devrait pas être attribué à l\u2019incompatibilité entre les valeurs 10 Azdouz, Rachida.« Les conflits de valeurs et de droits dans le secteur de la santé et des services sociaux », dans Jézéquel, M.Op.rit., p.354 178 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 québécoises et certaines pratiques religieuses introduites par l\u2019immigration.Au contraire, ce serait l\u2019« ethnicisation », à laquelle participeraient également les médias, qui inciterait les Québécois à s\u2019opposer davantage aux demandes de ségrégation sexuelle des musulmans qu\u2019aux demandes de congés religieux des protestants.Encore une fois, seul Grey reconnaît le lien entre l\u2019accommodement raisonnable et l\u2019immigration en employant le mot soigneusement évité par ses collègues : multiculturalisme.Lucide, l\u2019avocat reconnaît que l\u2019accommodement raisonnable joue un rôle dans l\u2019intégration des immigrants, mais réussit à voir ce lien comme étant positif.Encore une fois, il fait appel à la stratégie de la réduction de l\u2019opposition populaire à une mécompréhension pour affirmer que ses adversaires n\u2019ont « pas réalisé que dans une société de liberté individuelle où la contrainte est impensable comme moyen d\u2019intégration, l\u2019accommodement raisonnable s\u2019avère un outil puissant pour fondre tous les groupes et pour créer une identité commune 11 ».D\u2019une part, on peut se demander qui a décidé à la place du peuple québécois qu\u2019il était maintenant « impensable » d\u2019avoir recours à la contrainte pour favoriser l\u2019intégration.La loi 101, à laquelle même les plus chartistes comme Julius Grey ont fini par reconnaître des bienfaits, contraint en effet les immigrants à étudier à l\u2019école française.D\u2019autre part, l\u2019argument selon lequel l\u2019accommodement raisonnable serait un outil d\u2019intégration ne tient pas la route lorsque confronté à l\u2019épreuve des faits.À l\u2019échelle du Québec, l\u2019ampleur de l\u2019opposition à l\u2019accommodement raisonnable témoigne de l\u2019effet diviseur, plutôt que rassembleur, de cette mesure.À l\u2019échelle internationale, l\u2019échec de l\u2019intégration dans les pays ayant adopté des politiques multiculturalistes 11 Grey, J.Op.cit., p.239 179 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 en offre des preuves parfois tragiques.Il aura fallu les attentats de Londres, perpétrés par des citoyens britanniques hostiles à la culture occidentale, pour que le multiculturalisme, comme mode d\u2019intégration des immigrants, soit remis en question.Alors que tout indique que le « pari 12 » de l\u2019adaptation des institutions au pluralisme dans l\u2019espoir que les minorités s\u2019y identifient davantage a été perdu, Grey persiste : les adversaires du multiculturalisme n\u2019ont « pas réalisé » l\u2019extraordinaire potentiel d\u2019intégration de l\u2019accommodement raisonnable.Pour minimiser l\u2019opposition populaire et la réduire à une mécompréhension, les pluralistes insistent également sur le caractère juridique plutôt que politique, de l\u2019accommodement.Pratique, l\u2019affirmation selon laquelle « c\u2019est une question juridique » qui permet non seulement de la retirer du débat public sans autre forme d\u2019explication, mais sous-entend également que « c\u2019est trop compliqué pour vous », comme s\u2019il était nécessaire d\u2019avoir lu toute la jurisprudence sur l\u2019accommodement raisonnable pour avoir une opinion éclairée sur cette question.S\u2019il peut sembler d\u2019une importance capitale, pour un juriste, de distinguer les accommodements raisonnables, de ceux que la notion de « contrainte excessive » permet de qualifier de déraisonnables, ou encore, de distinguer ces deux formes « d\u2019accommodements » des simples « ajustements volontaires », il n\u2019en demeure pas 12 Le terme « pari » est employé par Paul Eid, de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui affirme, au sujet de l\u2019accommodement raisonnable, que « le pari est en quelque sorte le suivant : si l\u2019on adapte les institutions du groupe majoritaire afin qu\u2019elles tiennent compte du pluralisme ethnoreligieux, les membres des minorités seront davantage portés à s\u2019identifier à la communauté citoyenne ».Eid, Paul.« Les accommodements raisonnables en matière religieuse et les droits des femmes : la cohabitation est-elle possible ?» dans Minguy, Claire, Diversité de foi, égalité de droits : actes du colloque tenu les 23 et 24 mars 2006 / [organisé par le] Conseil du statut de la femme, Québec, Conseil du statut de la femme, Service des communications, [2006], p.61. L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 moins que ces trois types de mesures d\u2019exception renvoient à une même logique multiculturaliste, à laquelle il est permis de s\u2019opposer en bloc, que l\u2019on soit en mesure ou non de les distinguer les unes des autres.Insister sur la Charte, un document juridique, comme si celle-ci n\u2019avait rien à voir avec le multiculturalisme, permet encore une fois d\u2019accuser d\u2019amalgame les critiques de l\u2019accommodement raisonnable.Or, le contenu même de la Charte et de la jurisprudence donne raison à ceux qui voient dans l\u2019accommodement une mesure de mise en œuvre du multiculturalisme.Les deux « droits fondamentaux » à l\u2019origine de l\u2019obligation d\u2019accommodement, soit le droit à l\u2019égalité et la liberté de religion, sont en effet soumis à l\u2019article 27 de la Charte, qui stipule que « toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l\u2019objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens.13 ».Les accommodements religieux peuvent donc être situés au carrefour de la Charte et de la politique du multiculturalisme, qui renvoient à une seule et même posture politique : le pluralisme normatif.Cette position centrale du multiculturalisme dans l\u2019obligation d\u2019accommodement raisonnable se reflète également dans la jurisprudence.L\u2019exemple le plus éloquent est certainement celui du jugement Nijjar sur le port du kirpan en avion, dans lequel les juges du Tribunal canadien des droits de la personne vont jusqu\u2019à affirmer que « toutes les activités auxquelles on s\u2019adonne dans la vie, notamment les voyages en avion, comportent un certain niveau de risque.Il peut s\u2019avérer nécessaire d\u2019accroître quelque peu le niveau de risque du point de vue de la sécurité publique afin de permettre à chacun de nous de vivre dans une société mul- 13 Canada.Loi de 1982 sur le Canada, 1982, ch.11 (R.-U.), Annexe B.Partie I Charte canadienne des droits et libertés i8i L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 ticulturelle 14 ».Ce jugement a bien sûr été rendu avant les attentats du 11 septembre 2001.Malgré ce lien évident entre accommodement raisonnable et multiculturalisme, les auteurs se désolent du fait que le mot « accommodement raisonnable » soit passé dans l\u2019usage populaire pour décrire toute forme d\u2019adaptation des institutions au pluralisme religieux, qu\u2019elle soit obligatoire ou non en vertu de la Charte.Azdouz s\u2019évertue à distinguer ces différents « cas de figure, que l\u2019on a encore trop souvent tendance à confondre 15 ».Jézéquel parle quant à elle de « malheureuses confusions 16 », Rivet, d\u2019« incompréhension 17 » et Bosset, de « mécompréhension 18 » de la notion juridique d\u2019accommodement raisonnable.Cela permet de créer l\u2019illusion que cette notion serait davantage acceptée dans son sens juridique que dans son sens populaire, alors que ces deux définitions impliquent une adhésion au multiculturalisme, qui n\u2019est vraisemblablement pas populaire au Québec.L\u2019argument de la « notion juridique » comporte un autre avantage pour les pluralistes.Il permet d\u2019insister sur le caractère nécessairement raisonnable des accommodements obligatoires et d\u2019attribuer à des personnes mal informées l\u2019octroi d\u2019accommodements auxquels ils n\u2019étaient pas tenus de répondre.L\u2019exemple des vitres givrées du YMCA du Parc est alors immédiatement cité en exemple, pour incriminer les gestionnaires à l\u2019origine de cette décision et se porter à la défense des juges qui, eux, n\u2019auraient jamais 14\tNijjar c.Lignes aériennes Canada 3000 Ltée, 1999 IIJCan 4313 (T.C.D.P.) 15\tAzdouz, R.Op.cit., p.353 16\tJézéquel, Myriam.« Présentation.Les accommodements raisonnables : une question d\u2019actualité et un sujet de fond ».dans Jézéquel, M.Op.cit., p.VIII 17\tRivet, M.Op.cit., p.389 18\tBosset, p.Op.cit., p.6 182 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 accédé à une telle demande.Cet argument témoigne d\u2019une autre stratégie mise en place par les pluralistes pour imposer leur opinion : celle de la réduction du débat à la seule question des limites de l\u2019accommodement raisonnable.Puisque, aux yeux des pluralistes, il est impensable que les gens s\u2019opposent réellement à l\u2019accommodement tel quel, leurs craintes, lorsqu\u2019elles ne relèvent pas d\u2019une simple mécompréhension, doivent alors nécessairement porter sur les cas exceptionnels, ceux qui ne seraient pas raisonnables.La tenue d\u2019un débat est alors présentée comme acceptable, mais seulement à l\u2019intérieur du cadre de pensée pluraliste.Ce pseudo-débat porte non pas sur l\u2019accommodement raisonnable comme tel, mais sur les « limites » ou les « balises » qui doivent l\u2019accompagner.La palme de la mauvaise foi peut être accordée à Jean-François Gaudreault-Desbiens et à son chapitre « Quelques angles morts du débat sur l\u2019accommodement raisonnable à la lumière du port de signes religieux à l\u2019école publique ».Selon l\u2019auteur, les symboles religieux ne seraient pas plus menaçants que d\u2019autres signes distinctifs comme une casquette de baseball.C\u2019est uniquement parce que les Québécois ont perdu l\u2019habitude de voir des symboles religieux qu\u2019ils réagissent aussi fortement à la vue de ceux associés aux religions minoritaires19.Un tel relativisme, en plus de ridiculiser les inquiétudes légitimes de la population face à la charge symbolique de certains signes religieux, va à l\u2019encontre de l\u2019idée même d\u2019accommodement raisonnable.En effet, c\u2019est justement parce qu\u2019ils sont religieux que ces signes sont protégés par la Charte, contrairement à une casquette de baseball ou à d\u2019autres signes distinctifs.Un tel argument témoigne d\u2019une tentative désespérée pour rassurer la population en 19 Gaudreault-Desbiens, Jean-François.« Quelques angles morts du débat sur l\u2019accommodement raisonnable à la lumière du port de signes religieux à l\u2019école publique », dans Jézéquel, M.Op.cit., p.246 183 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 minimisant l\u2019importance de symboles et de pratiques qu\u2019ils cherchent par ailleurs à défendre à tout prix.Le relativisme est ensuite poussé à l\u2019extrême dans un passage pour le moins divertissant sur la symbolique de l\u2019hijab.Afin de prouver qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un symbole d\u2019oppression des femmes, contraire aux valeurs d\u2019égalité de la société québécoise, l\u2019auteur rappelle que ce symbole est polysémique, que les femmes qui le portent sont libres d\u2019y accorder leur interprétation personnelle.Peu importe que seules les femmes doivent se couvrir même en été alors que les hommes peuvent se balader en shorts, peu importe que des imams encouragent les petites filles à se voiler avant même d\u2019atteindre la puberté, le seul fait que certaines femmes musulmanes portent l\u2019hijab par choix et qu\u2019elles se considèrent, en leur âme et conscience, comme égales aux hommes, suffit pour faire de ce voile un vêtement respectable.L\u2019hijab pouvant avoir plusieurs significations, il ne peut donc pas être considéré comme « offensant » en soi20.C\u2019est pourtant le propre de tout symbole, qu\u2019il soit religieux ou autre, d\u2019être chargé d\u2019une signification que l\u2019on suppose connue de ceux devant lesquels on l\u2019affiche.Porter un symbole, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un drapeau, d\u2019un logo ou d\u2019un hijab, c\u2019est manifester publiquement son adhésion au message qu\u2019il véhicule.Afin de dissiper totalement l\u2019argument selon lequel l\u2019hijab serait synonyme d\u2019oppression des femmes, Gaudreault-Desbiens pousse le relativisme jusqu\u2019à imputer une charge érotique potentielle à ce foulard : « De fait, selon qui le porte et selon le contexte dans lequel il est porté, un hidjab peut prendre une connotation érotique ou à tout le moins participer à une séduction, au même titre que les célèbres fichus d\u2019Audrey Hepburn à la fin des années 1950 21 ».Les seules 20\tIbid., p.253 21\tIbid., p.256 184 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 limites des défenseurs de l\u2019accommodement semblent être celles de leur imagination.C\u2019est bien le propre du relativisme culturel que d\u2019accorder un nombre infini de significations aux pratiques pour les présenter comme valables.La seule façon d\u2019éviter les accusations d\u2019impérialisme qui accompagnent nécessairement la critique d\u2019une pratique non occidentale consiste à lui attribuer des significations plus acceptables, quitte à les inventer.Le chapitre de Gaudreault-Desbiens s\u2019insérant dans la section de l\u2019ouvrage portant sur les accommodements en milieu scolaire, une courte section est consacrée à la démonstration de l\u2019importance de l\u2019accommodement raisonnable en tant qu\u2019outil permettant à l\u2019école de remplir sa mission.L\u2019auteur s\u2019affaire d\u2019abord à distinguer l\u2019école d\u2019instruction, telle que conçue en France, de l\u2019école québécoise dont la mission inclut, en plus de l\u2019instruction, des objectifs de socialisation et d\u2019épanouissement personnel de l\u2019enfant, notamment sur le plan spirituel.Soulignons que, par cette simple précision, l\u2019auteur illustre un autre décalage entre les intellectuels pluralistes et la population, celui sur la mission de l\u2019école.Ironiquement, les parents immigrants sont souvent les premiers critiques de cette école québécoise qui transforme les élèves en « apprenants » et les enseignants, en « accompagnateurs »».Gaudreault-Desbiens distingue également l\u2019école du Québec de celle de la France, en ce qu\u2019elle ne favorise pas « la transmission d\u2019une identité politique ou de valeurs collectives, sous réserve bien sûr de la valeur en soi que constitue le respect des droits de la personne 22 ».Cette affirmation dévoile certainement la stratégie la plus dangereuse de toutes, celle de la conversion pluraliste de la société par l\u2019école.La prémisse est la suivante : on ne peut pas s\u2019opposer aux droits de 22 Ibid., p.282 185 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 la personne, comme on ne peut être contre la vertu.Or, pour les pluralistes, les « droits de la personne » doivent nécessairement être entendus dans leur interprétation multicultura-liste, ce qui leur permet d\u2019affirmer que l\u2019accommodement raisonnable est compatible avec la mission de l\u2019école.En taisant cette part d\u2019interprétation, les penseurs pluralistes réussissent à faire passer une posture normative pouvant être matière à débat pour une vertu à laquelle on ne peut pas s\u2019opposer.Ils réussissent ainsi l\u2019exploit d\u2019introduire une idéologie - la leur - à l\u2019école au nom du droit, tout en refusant cet accès à l\u2019école aux postures concurrentes, sous prétexte qu\u2019il s\u2019agit, justement, d\u2019idéologies.Ainsi, en faisant des « droits de la personne »» une « valeur en soi »», supérieure à toutes les autres au point d\u2019être la seule qui mérite d\u2019être transmise par l\u2019école, c\u2019est finalement le multiculturalisme qui est posé comme philosophie générale devant être au cœur de l\u2019école québécoise.Cette tentative de conversion pluraliste de la société par l\u2019école déborde le seul cadre de l\u2019accommodement raisonnable.Sa version la plus radicale, l\u2019éducation antiraciste, apparaît de plus en plus populaire dans les cercles multiculturalistes.Maryse Potvin, qui défend cette approche, la présente comme « inspirée des travaux de plusieurs théoriciens marxistes [.] qui ont proposé des approches pédagogiques transformatives ou radicales 23 ».La sociologue déplore qu\u2019avec les méthodes actuelles, « les structures dominantes demeurent intactes 24 ».Elle invite les enseignants à procéder à une « déconstruction » des « valeurs des démocraties libérales » ainsi qu\u2019à « amorcer un processus de transformation institutionnelle 25 ».Ce qui 23\tPotvin, Maryse et al.L'éducation antiraciste en milieu scolaire francophone à Montréal : Diagnostic et prospectives.CEETUM, Rapport de recherche, 29 mai 2006, p.6.24\tIbid., p.7 25\tIbid., p.14 i86 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 est proposé, c\u2019est finalement de renverser l\u2019ordre social par l\u2019école.L\u2019éducation antiraciste apparaît.La promotion de l\u2019accommodement raisonnable à l\u2019école, à l\u2019encontre de la volonté des parents et souvent des enseignants pour lesquels cela peut représenter un véritable casse-tête, mérite d\u2019être dénoncée.Il s\u2019agit de contourner le processus démocratique qui consiste à consulter les citoyens sur le mode d\u2019intégration des immigrants et le rôle qu\u2019ils souhaitent voir jouer l\u2019école, pour imposer aux enfants une idéologie impopulaire auprès des individus majeurs et vaccinés.L\u2019enthousiasme de Bouchard et Taylor face au nouveau cours d\u2019Éthique et culture religieuse s\u2019inscrit parfaitement dans cette mouvance.Pour enfoncer le multiculturalisme dans la gorge des Québécois, il semble bien que la fin justifie les moyens.Bien que leurs œillères permettent aux auteurs de l\u2019ouvrage de réduire au minimum l\u2019opposition populaire, il leur faudrait être aveugles pour la réduire à néant.À défaut de pouvoir se permettre un tel aveuglement qui minerait leur crédibilité et leur retirerait ainsi tout pouvoir de persuasion, ils doivent bien admettre que certaines personnes sont réellement contre l\u2019accommodement raisonnable, même après avoir reçu toutes leurs explications.Puisqu\u2019il faut bien composer avec cette présumée minorité de conservateurs qui menacent de convaincre la population avec leurs arguments jugés démagogiques et simplistes, il importe alors aux pluralistes de présenter cette posture comme étant illégitime et de consacrer le pluralisme comme étant la seule possible.C\u2019est ainsi que certains arguments sont ouvertement qualifiés de « tellement problématiques qu\u2019il convient de les écarter comme irrecevables 26 », expression employée par Gaudreault-Desbiens pour rejeter du revers de la main l\u2019argument du caractère offensant de l\u2019hidjab.26 Gaudreault-Desbiens, J.-F.Op.cit., p.253 187 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 De la même manière, en évoquant les « conséquences normatives devant être tirées du fait multiculturel » de la société québécoise27, l\u2019auteur défend sans équivoque l\u2019idée selon laquelle l\u2019adhésion au pluralisme est obligatoire en contexte de diversité.L\u2019affirmation est grave : notre société est multiculturelle, donc, il faut être multiculturaliste.Il ne sert plus à rien de débattre entre multiculturalistes et républicains : la seule composition démographique du Québec devrait donner raison aux premiers et tort aux seconds.Notre société est plurielle, il ne reste plus qu\u2019à le célébrer sans autre forme de discussion.En réduisant l\u2019opposition à une mécompréhension, en accusant leurs détracteurs d\u2019amalgame, en reléguant aux juristes la discussion sur cette « question juridique »», en niant le caractère idéologique de leur posture, en limitant le débat à la seule question des limites de l\u2019accommodement, en minimisant la signification des symboles religieux, en imposant la conversion pluraliste de la société par l\u2019école et en écartant les arguments jugés irrecevables, les pluralistes ont réussi à tuer le débat.Le cri du cœur de la population en colère qui s\u2019est exprimé pendant quelques mois dans les lettres d\u2019opinion et les tribunes téléphoniques a été remplacé par un dialogue de sourds entre cette population et les pluralistes qui refusent de discuter avec ceux auxquels ils n\u2019accordent aucune crédibilité.Les pédagogues de l\u2019accommodement récitent leur leçon et les élèves sont invités à bien prendre des notes.Le rapport Bouchard-Taylor n\u2019est que l\u2019aboutissement de ce travail de censure.?27 Ibid., p.243 i88 COURRIER DES LECTEURS BAS LES MASQUES ! Dans une lettre glissée dans La Presse du 2 février dernier, Jacques Roy, ci-devant ambassadeur du Canada en France (1996-2000), intervenait dans la controverse qu\u2019avaient soulevée les propos du président Nicolas Sarkozy lors de son passage à Québec à l\u2019occasion du 400e anniversaire de la ville fondée par Champlain.Si l\u2019ancien diplomate reconnaît d\u2019emblée que le président français en avait choqué « plusieurs » en prenant position « contre la division, le sectarisme et l\u2019enfermement sur soi » dont seraient affligés « la plupart des souverainistes », il ne se demande pas si ce geste constituait une intrusion dans les affaires d\u2019un autre pays que le sien, fut-il frère ou ami, non plus qu\u2019il s\u2019interroge quant à la sagesse que l\u2019on attend d\u2019un président de la République française.Au contraire, il en salue bien haut les « pensées » et jette tout de go que celui-ci a raison, soutenant que « [grâce à] la construction de l\u2019Union européenne, les pays membres, y compris la France, font disparaître les barrières, tentent de mettre fin à leurs divisions, rejettent le sectarisme, découragent l\u2019enfermement sur soi.C\u2019est dans cette atmosphère que le président œuvre chaque jour, qu\u2019il développe son programme, qu\u2019il nourrit ses pensées.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il a tenu ses propos.» L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Sans doute la carrière d\u2019ambassadeur laisse-t-elle son empreinte sur celui qui l\u2019embrasse.La rhétorique de Jacques Roy témoigne à cet égard d\u2019une longue habitude des voiles dont on enrobe son discours pour en masquer l\u2019intention, et sa lettre offre une belle illustration des artifices qu\u2019offre la langue pour laisser entendre autre chose que ce que l\u2019on dit.Le mot « plusieurs » ne signifie à peu près rien, surtout pas un grand nombre et sans doute pas plus d\u2019une douzaine.Jacques Roy voudrait insinuer que seuls quelques Québécois souverainistes auront déchiré leur chemise et dénoncé l\u2019ingérence du président français dans les affaires du Québec qu\u2019il ne s\u2019y prendrait pas mieux.Or jamais le mot incandescent de Vladimir Ilitch Oulianov n\u2019aura été plus pertinent : « Les faits sont têtus ».En l\u2019occurrence, ils sont vérifiables.C\u2019est une véritable vague de protestations qui a déferlé dans les journaux du Québec et sur les ondes de la radio publique en réaction au geste posé par le président français, et non quelques hauts cris lâchés par sept ou huit mécontents « aux demandes incessantes, parfois sectaires » qui ne ratent jamais une occasion de monter aux barricades.Par ailleurs, Jacques Roy assimile les « pensées » de Nicolas Sarkozy aux nobles principes ayant conduit à la création de l\u2019Union européenne.Le président Sarkozy serait un esprit éclairé planant dans ces hautes sphères où défilent des politiques soi-disant au service de l\u2019unité, de la tolérance, de l\u2019ouverture aux autres, de la protection des libertés, de la justice sociale.N\u2019est-ce pas pourtant ce même Nicolas Sarkozy qui a lancé à la figure d\u2019un manifestant « Casse-toi, pauv\u2019con ! », révélant du même coup par un comportement indigne de sa charge le peu de crédit qu\u2019il accorde à la participation citoyenne ? 190 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 L\u2019ancien diplomate fréquente-t-il des cercles trop au-dessus de la mêlée pour apercevoir que c\u2019est par millions que les Français descendent régulièrement dans la rue pour juger sévèrement certaines initiatives de leur président ?Affirmer comme le fait Jacques Roy que celui-ci non seulement aurait dit tout haut « ce que plusieurs de ses prédécesseurs pensaient tout bas », mais aussi qu\u2019il parle « au nom de la France tout entière », voilà qui est singulièrement imprudent de la part d\u2019un diplomate, fût-il ancien, surtout en ce qui concerne le Québec.Nous voulons bien admettre que les propos de Nicolas Sarkozy reflètent jusqu\u2019à un certain point la position de quelques anciens présidents ou ministres français, mais les faits démontrent qu\u2019ils reflètent encore mieux les sophismes que soufflent à l\u2019oreille du président français les fédéralistes les plus acharnés contre la souveraineté du Québec.Le Canada « uni » qu\u2019ils prétendent défendre n\u2019existe pas, sauf quand il faut se positionner face au Québec.Un jour le Canada se rassemble pour lui jurer son amour, le lendemain il réunit toute la hargne qu\u2019il cultive à son endroit pour le vilipender.Cette sorte d\u2019unité est dangereuse et doit être rejetée.Le même Brian Tobin qui avait été à l\u2019origine de la « manifestation d\u2019amour » illégale organisée à la veille du référendum de 1995 sur la souveraineté n\u2019est-il pas celui qui a déclaré que la volonté d\u2019accession à l\u2019indépendance « ça relève d\u2019un esprit de clocher, c\u2019est du tribalisme, arriéré, isolationniste, c\u2019est une vue paroissiale du monde » ?On croirait entendre Nicolas Sarkozy.La vérité est que personne n\u2019est pour la division, le sectarisme ou le repli sur soi.C\u2019est faire peu de cas de sa conscience 191 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 morale que d\u2019attribuer aux Québécois souverainistes des visées aussi rétrogrades et stupides.Un tel jugement relève de la diffamation.On peut comprendre que la volonté d\u2019émancipation politique du Québec a mauvaise presse au Canada, mais il n\u2019y a là ni crime ni maladie.Elle n\u2019est ni anti-démocratique ni illégitime.La souveraineté du Québec n\u2019entraînerait pas plus la destruction du Canada que l\u2019indépendance des États-Unis n\u2019aura provoqué l\u2019effondrement de l\u2019Empire britannique.Faut-il rappeler à l\u2019ancien ambassadeur que ni la France ni aucun des pays membres de l\u2019Union européenne n\u2019ont renoncé à leur souveraineté et que c\u2019est justement parce qu\u2019ils sont souverains qu\u2019ils peuvent négocier librement des accords respectueux de leurs intérêts réciproques et communs ?Voilà des « ni-ni » que Jacques Roy aurait intérêt à méditer.Pour conclure, nous ne pouvons passer sous silence les moyens mis en œuvre par le Canada pour faire échec à la démarche démocratique adoptée par les Québécois souverainistes.Tous les coups étaient bons.L\u2019histoire jugera, bien sûr, mais il importe de souligner que les plus enragés déclaraient qu\u2019il fallait écraser les souverainistes (Sheila Copps), les tuer (Chuck Guitté) et les haïr (Jean Charest) - et pour cela, il ne fallait reculer devant rien.L\u2019on sait désormais que le Canada s\u2019est disqualifié comme pays démocratique en ne lésinant pas sur les moyens les plus vils pour faire obstacle à une démarche non violente, inscrite dans les principes fondamentaux du droit reconnu des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Qui sont donc les véritables fomenteurs de division en ce pays ?Ceux qui, par des moyens démocratiques, visent à 192 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 prendre en main leur propre destin, ou ceux qui, par des manœuvres inavouables, voudraient les en empêcher ?Answer me that.Richard Weilbrenner Sutton, le 20 avril 2009 ÉNERGIES VERTES POUR LES AMÉRICAINS Monsieur Charest souhaite vendre davantage d\u2019énergies vertes à nos voisins du sud.Cela garnirait encore plus un de nos bas de laine (Hydro-Québec).Par les temps qui courent, et à certaines conditions, cela pourrait peut-être s\u2019avérer une excellente idée ! Cependant, non seulement le type d\u2019énergie vendu, mais également le motif de son utilisation devrait maintenant répondre à des critères d\u2019acceptabilité écologique.Avant de prétendre offrir de l\u2019énergie verte aux Américains, le premier ministre Charest devrait faire le ménage dans sa cour en mettant fin immédiatement au projet catastrophique de notre société d\u2019État, Hydro-Québec, qui projette de reconstruire le réacteur nucléaire de Gentilly-2.Ce mode de production d\u2019énergie est loin d\u2019être une énergie propre, verte et renouvelable.Avec plus de 80 radionucléides dangereux pour la santé, dont le tritium, cancérigène, mutagène, etc., qui s\u2019échappent régulièrement de la cheminée et des égouts du réacteur, on est très loin d\u2019une énergie propre et verte.Quant aux mines d\u2019uranium, elles ne sont pas renouvelables et la disponibilité du combustible aura une fin prévue entre 40 et 100 ans selon l\u2019appartenance des experts.De plus, les « projets » de mines d\u2019uranium du Nord sont fortement 193 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 contestés par la population québécoise parce que celles-ci sont très nocives pour la santé.Les fonds publics de 2 à 8 milliards que devrait coûter l\u2019aventure despotique nucléaire seraient mieux investis dans le développement des vraies énergies vertes, comme la conservation et l\u2019efficacité énergétique, l\u2019éolien, le solaire, la géothermie, etc.Monsieur Charest pourra-t-il se délivrer du carcan que lui impose le lobby nucléaire canadien qui surnage péniblement grâce aux énormes subventions fédérales ?C\u2019est la vente des vraies énergies vertes et renouvelables que monsieur Charest devrait promouvoir auprès de monsieur Obama au bénéfice de tous les Québécois et des générations futures.Claudette Piché Québec LE VÉHICULE ÉLECTRIQUE, SOURCE DE SANTÉ POUR LE QUÉBEC Les véhicules qui roulent sur les routes du Québec sont la source de 60 % de la pollution atmosphérique.Cette pollution est particulièrement préoccupante dans les grandes villes et elle affecte surtout les personnes âgées.Que font le gouvernement du Québec et Hydro-Québec pour hâter l\u2019arrivée du véhicule électrique au Québec, une question légitime ?Lorsque le Dr Pierre Couture et son équipe ont mis au point le moteur-roue, avec alimentation électrique intégrée, la direction d\u2019Hydro-Québec d\u2019alors, n\u2019avait pas été en mesure de saisir la philosophie de ce visionnaire. 194 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Nous sommes en 2009, soit 15 ans après la fin des travaux de développement du Dr Couture.La voiture électrique verra tout de même le jour, en 2010.Le conseil d\u2019administration d\u2019Hydro-Québec participe-t-il à la réflexion qui obligera l\u2019entreprise à répondre aux besoins de la population en matière de véhicule électrique ?Le CA d\u2019Hydro-Québec compte-t-il un médecin spécialisé dans les maladies reliées à la pollution atmosphérique, afin d\u2019apporter un éclairage aux autres membres ?Voici quelques données qui doivent nous faire réfléchir à la nécessité de l\u2019usage du véhicule électrique pour le Québec.1)\tLa pollution atmosphérique est la cause de 21 000 décès au Canada par année et le Québec arrive 2e sur l\u2019échiquier pour ce qui est du nombre de victimes par 100 000 habitants (Rapport de 2008 de l\u2019Association médicale canadienne) ; 2)\tLe parc de véhicules à essence est responsable de 60 % de la pollution atmosphérique ; 3)\tLes premières victimes sont les personnes âgées, celles qui précisément, exercent le plus leur droit de vote, une donnée importante pour les politiques ; 4)\tEn Montérégie, la santé publique établit à 9 % les décès reliés à la pollution atmosphérique et à 3 % les cas d\u2019hospitalisation de courte durée (Rapport de septembre 2008) ; 5)\tLes 4,5 millions de détenteurs de permis de conduire du Québec déboursent collectivement et hebdomadairement, plus de 250 M $ en achat de carburants, des produits importés ; 195 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 6)\tLes Québécois n\u2019exercent aucun contrôle sur le prix des carburants ; 7)\tEn 2010, Nissan va sortir se première 5 places, elle aura une autonomie de 160 kilomètres par recharge, laquelle coûtera 90# d\u2019électricité ; 8)\tLes prix de revient de l\u2019électricité au Québec sont maîtrisés ; 9)\tLe Québec n\u2019aurait pas besoin d\u2019ajouter d\u2019autres sources de production d\u2019électricité pour alimenter le parc de véhicules électrique du Québec, si Hydro-Québec lançait un programme de conversion du chauffage électrique vers la géothermie, ce qui représente 70 % d\u2019économie sur la facture de chauffage ; 10)\tLe gouvernement du Québec pourra utiliser ailleurs dans le réseau de la santé, les sommes épargnées en éliminant la pollution atmosphérique ; 11)\tLes sommes épargnées par les consommateurs pourront servir à la diminution de la dette publique et à l\u2019amélioration de la qualité des services ; 12)\tLe Québec atteindra un autre objectif du Maître chez nous de Jean Lesage ; 13)\tNotre économie sera plus forte avec la naissance de deux secteurs industriels nouveaux (véhicule électrique et géothermie) ; 14)\tLes alumineries du Québec, développées à coups de rabais de tarifs, contribueront à l\u2019arrivée d\u2019une industrie automobile électrique au Québec ; 15)\tFini les rendez-vous pour l\u2019entretien mécanique, les vidanges d\u2019huile et les remplacements des pots d\u2019échappement ; 196 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 16)\tLe Québec contribuera à la préservation des réserves pétrolières du monde pour les générations qui suivent ; 17)\tLe véhicule électrique servira à assainir les finances publiques, à améliorer la santé des personnes et à créer de l\u2019emploi.Le Québec a tous les outils pour réussir, il ne lui manque que la participation des décideurs politiques.Seront-ils présents, ou devrons-nous nous en remettre à nos voisins qui auront posé les gestes avant nous ?André Mainguy, Retraité du Groupe Équipements d'Hydro-Québec QUI SOMMES-NOUS?Nous sommes une province dans un vaste territoire où, au début, nous étions les seuls.Nous sommes la création de la plus grande puissance d\u2019Europe de l\u2019époque.Cette puissance a fait explorer, a administré et a recruté sa population.Le Canada n\u2019était pas un camp de réfugiés ou un refuge pour hors la loi.Au contraire, parmi ceux que le gouvernement envoyait d\u2019office, tels les militaires, plusieurs retournaient aussitôt qu\u2019ils en avaient la permission.Le Canada, et plus largement la Nouvelle-France, incluant l\u2019Acadie, Terre-Neuve, la Louisiane et les territoires en exploration, étaient donc voulus par le gouvernement français.Le roi François 1er a mandaté Jacques Cartier et De La Roche; Henri IV, a autorisé chaque expédition de Champlain et les autres, qui ont conduit à la fondation de Québec.Le 197 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 roi Louis XIII et son ministre autorisèrent la fondation de la société Notre-Dame de Montréal à Paris, qui envoya Maisonneuve et ses compagnons à l\u2019île éponyme.Lorsque les Iroquois, poussés par les Anglo-Hollandais de New York, s\u2019opposaient vivement à la présence française sur les rives du Saint-Laurent, le roi Louis XIV envoya un régiment, puis des colons et des administrateurs pour affermir la colonie.Les guerres en Europe, l\u2019interrègne avant la prise du pouvoir par Louis XV, ce qui fit passer plusieurs décennies, avait suffi à l\u2019opinion en France d\u2019oublier le Canada.Celui-ci était parvenu à se débrouiller avec l\u2019aide de quelques envois de soldats pendant les guerres du tournant du siècle, à part cela, la seule intervention de la cour était de remplacer les gouverneurs à mesure qu\u2019ils expiraient.Le roi Louis XV, ayant choisi, par sa favorite interposée, un ministre avec plus ou moins de bonheur, ne s\u2019en informa plus.Le ministre s\u2019occupant du Canada et de la marine travaillait dans son coin et la cour ne se tenait pas au courant de ce qui se passait dans ces lointaines colonies.Dès 1749 ce ministre, nommé Rouillé, apprenant les disputes avec les coloniaux anglais pour les zones d\u2019influence de l\u2019Ouest, opta pour la manière forte, estimant qu\u2019en cas de guerre, il enverrait les troupes qu\u2019il fallait pour le maintien de la colonie.Lorsque cette politique provoqua une véritable guerre en Amérique (le fort Nécessité, la Manengueulé, le lac Saint Sacrement), le roi muta Rouillé dans un autre ministère, et nomma Machault d\u2019Amouvîlle à la marine et aux colonies.Celui-ci avait une compétence dépassant de loin ce qu\u2019on voyait à cette époque, mais il lui fallait quand même du 198 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 temps pour étudier les dossiers, ce ministère lui étant totalement étranger au début.Juste après sa nomination, il apprend que l\u2019Angleterre préparait à embarquer une armée de 2000 hommes et un général pour commander toutes les forces militaires en Amérique.Machault sachant son devoir de défense du Canada, agit confonnément à la politique établie.Il emprunta à l\u2019armée régulière une troupe de 4000 hommes avec état-major qu\u2019il mit à la disposition du gouverneur, que son prédécesseur avait designé, qui était canadien de naissance et qui allait prendre son poste en même temps.Le gouverneur, Vauldreuil de nom, voulait finir la guerre avant qu\u2019elle commence en utilisant cette armée pour détruire la colonie de New York.Si Vaudreuil était le commandant suprême, c\u2019est le général Dieskau, qui devait conduire les troupes sur le terrain.En arrivant à Montréal, tous apprirent le résultat de la bataille de la Manengueulée, notamment qu\u2019une petite troupe de Canadiens et d\u2019Indigènes avait pratiquement exterminé l\u2019armée anglaise envahissant l\u2019Ohio.Cela fit impression sur le général, qui conclut que les troupes du pays avaient des pouvoirs magiques, et puisqu\u2019il commandait une armée moitié soldats réguliers et moitié Canadiens, il laissa ses réguliers à 50 kilomètres de l\u2019objectif et avança avec Canadiens et Sauvages seulement.Après un combat réussi, il ne donna pas le temps aux hommes de se rallier pour l\u2019attaque finale, et se fit repousser.En s\u2019acharnant, il se fait blesser, et se laisse capturer.Un des officiers dirigea la retraite, et l\u2019on estima la campagne ratée.Vaudreuil devait donc préparer une nouvelle campagne l\u2019année suivante en souhaitant qu\u2019il n\u2019y ait pas de général cette fois.Il eut Montcalm.Celui-ci ne croyait pas à la guerre à 199 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 la canadienne.Mais le plan d\u2019invasion que Vaudreuîl envisageait ne l\u2019intéressait pas non plus.Il s\u2019exécuta pour un premier objectif et ignora le reste.C\u2019est à se demander ce qu\u2019il venait faire en Amérique.Vaudreuil s\u2019en plaignit au ministre.Machault aurait sans doute corrigé la situation, mais le roi le congédia en février 1757.Le ministère perdait toute son intégrité en son influence par la suite, et la cour, après avoir causé la guerre, perdit l\u2019intérêt, malgré les «victoires » de Montcalm.C\u2019est que pour cet officier, les Canadiens étaient de simples auxiliaires, bons pour le transport et autres tâches onéreuses.En plus, Montcalm estimait qu\u2019un objectif par été suffisait, même lorsqu\u2019un deuxième objectif se trouvait à quelques heures de marche du premier.En somme, il n\u2019y croyait pas à cette guerre, il ne s\u2019intéressait pas au but recherché.Puisque la guerre devait ainsi se prolonger jusqu\u2019à l\u2019épuisement de l\u2019un ou l\u2019autre des partis, il est évident que c\u2019est le Canada qui devait perdre.Vaudreuil s\u2019en plaignait au ministère dès la fin de 1756.Le nouveau ministre n\u2019osait pas changer le commandant, avant d\u2019avoir eu le temps d\u2019étudier la question, puis démissionna pour d\u2019autres raisons.Les plaintes de Vaudreuil n\u2019eurent pour seul effet de faire perdre patience au roi, qui voyait alors le Canada comme source d\u2019ennuis.Ce n\u2019est pas le roi qui souffrait de famine pendant ce temps.Le prolongement de la guerre avait permis aux Anglais de redoubler d\u2019efforts et de ressources, en voyant le succès à leur portée.Et pourtant, c\u2019est par un cheveu que la Conquête fut consacrée.Pendant ce temps la cour à Versailles et les faiseurs d\u2019opinion à Paris, obnubilés par les défaites de l\u2019armée française 200 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 sur le territoire national, répandait que le Canada ne valait pas le moindre souci, et qu\u2019il valait mieux s\u2019en débarrasser.Pas pour lui permettre son indépendance, mais en le donnant à l\u2019Angleterre, qui achèverait de le détruire.À cette époque, c\u2019est l\u2019opinion à Paris qui gouvernait en France, le roi se contentant de suivre.Il laissait faire les agents de son ministre Choiseul, qui circulaient dans les colonies anglaises et propageaient en France de la sympathie pour les révoltés.Le mal était déjà répandu lorsque le jeune Louis XVI succéda.Il existait autant d\u2019hostilité envers l\u2019Angleterre, que de sympathie pour ses colonies qui prenaient leurs distances envers leur mère patrie.Quinze ans après la cession du Canada, sa population n\u2019existait plus pour les Français.Toute l\u2019opinion favorisait les coloniaux qui avaient fait une guerre impitoyable aux Canadiens si peu de temps avant.Les LaFeyette (né en 1757) et Kalbe allèrent guerroyer en Amérique, et lorsqu\u2019il y était question du Canada, c\u2019était pour le gagner à la cause des révoltés.Les Canadiens ont choisi d\u2019appuyer le roi à Londres plutôt que les Bostonnais voisins.Pensons à la cohérence des Français qui regrettaient d\u2019avoir envoyé une vingtaine de vaisseaux et 4000 soldats dirigés par des généraux de deuxième ordre pour défendre leur colonie, mais envoyèrent d\u2019un seul élan une flotte assez forte pour maîtriser l\u2019anglaise, une armée de 7000 hommes qui fit capituler l\u2019armée britannique.Les historiens refusent de relever les insanités dans la politique française de cette époque.Pendant les discussions de paix à Paris, quelques délégués européens exprimèrent des réserves devant les demandes démesurées de la nouvelle république qui, pourtant, étaient les mêmes qu\u2019en 1754 ! Les 201 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Anglais redoutaient la création d\u2019une superpuissance, tout comme les Français.Mais cette sagesse apparut trop tard, et fut balayée sous le tapis.Si le Canada français avait si peu de poids en France en 1763, il ne fallait pas s\u2019attendre à plus d\u2019égards en Angleterre.Londres se félicitait à la fin d\u2019avoir conservé un immense territoire plutôt froid, mais territoire quand même.En peu de temps, Londres instaura une politique de peuplement du Canada.On se demande si la famine en Irlande était accidentelle, une masse de catholiques anglophones éliminait un des deux piliers de la survivance canadienne.D\u2019autre part, la langue était un faible soutien à la survivance lorsque les emplois devenaient anglais.Au début, le gouvernement était constitué d\u2019officiers qui avaient participé à la guerre, et respectaient les Canadiens jadis de redoutables adversaires.Le gouverneur Carleton eut la vie sauve grâce à d\u2019anciens officiers canadiens qui avaient opté pour s\u2019opposer aux révoltés.Mais il n\u2019y a pas de place pour la reconnaissance en politique.Pendant qu\u2019on discutait à Paris du sort des Canadiens, leur dirigeant désigné, Vaudreuil, se trouvait tout près, enfermé dans la Bastille.Il a été exonéré de tout blâme dans «l\u2019affaire du Canada » en 1762, mais n\u2019a pas été invité pour représenter le peuple canadien à la conférence de paix.Les droits des peuples étaient peu connus à cette époque.D\u2019ailleurs, la constitution du Canada commence avec deux textes : le premier rédigé par Vaudreuil à Québec le 17 septembre 1759, acte de capitulation de la ville de Québec.Le deuxième, par le même, à Montréal le 7 septembre 1760, acte de cession de la Nouvelle-France jusqu\u2019au fleuve Mississippi. 202 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 La constitution canadienne admet ainsi que nous sommes seuls à l\u2019origine du Canada.Il aurait suffi qu\u2019en 1749 un autre qu\u2019Antoine-Louis Rouillé soit devenu ministre de la Marine et des Colonies.Que cet autre aurait étudié davantage les dossiers avant de faire quoi que ce soit.Il aurait dû écouter plus attentivement le témoignage de La Galissonnière, il aurait aussi questionné l\u2019ancien gouverneur Beauharnois, et quelques Canadiens.Vaudreuil se trouvait en France de 1713 à 1715, en 1729, en 1741, de 1753 à 1755, puis il y en avait bien d\u2019autres.Le ministère avait en main les résultats de recensements faits tous les dix ans, et donc pouvait deviner le potentiel militaire des Canadiens.En parcourant les rapports d\u2019opérations militaires contre les Indigènes troubleurs ou anglophiles, il aurait eu un aperçu du système canadien qui permettait aux Canadiens d\u2019exercer une puissance hors de toute proportion de leur nombre.Si le gouverneur Duquesne avait respecté le traité d\u2019Utrecht, il n\u2019y aurait pas eu d\u2019affrontements avec les Anglais, et le Canada aurait continué à progresser à son rythme, bien davantage que ce qu\u2019il connut sous le régime anglais.Les Anglais seraient toujours confinés dans leur dizaine de colonies.Les Indigènes auraient, sans que paraisse l\u2019influence française, confiné les Anglais à l\u2019est des Appalaches et au sud du 43e parallèle.Donc, faute d\u2019espace, l\u2019immigration anglaise n\u2019aurait pu se maintenir, et la population n\u2019aurait pas augmenté.Les Canadiens étaient plus prolifiques que leurs voisins, ils auraient éventuellement égalé le nombre d\u2019Anglais.Le Canada français était viable face à la pression anglaise et se développait malgré les hauts et les bas du gouvernement français. 203 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Les voyageurs auraient continué à explorer l\u2019Ouest et auraient atteint l\u2019océan Pacifique bien avant l\u2019année 1793.Le passage du temps aurait permis aux Canadiens de solidifier leur alliance avec toutes les nations indigènes, et les appuyer dans la défense de leurs terres.Y aurait-il eu une révolution en France en absence de l\u2019exemple de l\u2019américaine ?Qu\u2019est-ce qui oriente les grands mouvements humains ?Louis De Kinder Montréal \u2022Souveraineté du Québec ùmque frai française 'Tête nationale Assurance (n ^.Société 'yjf/ Saint-Jean-Baptiste dela MA URICIE «m»w.i s J b»«ur i c i m.qc.cm 375-4001 o 1-000-021-4001 La Société Saint-Jean-Baptiste |£ du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819)-478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec ^ Cf BLOC f V QUÉBÉCOIS Pierre Paquette Député de Joliette et Leader parlementaire du Bloc Québécois 398, rue Baby Joliette (Québec) J6E 2W1 Tél: 450.752.1940 www.pierrepaquette.qc.ca joliette@pierrepaquette.qc.ca rJU rvf-t ÇriCCe 9vL i cCi Beaujolais AOC 2006 CCNP : +431320 Prix : 14,95$ 'ëffii/ireZienteJkt/r BAVELUY Vins Yves Michaud Agence autorisée par la Société des alcools du Québec (SAQ) Pour obtenir notre liste de vins du terroir d\u2019exception disponible à la SAQ, appelez au (514) 932-0654 ou mcdaveluy@videotron.ca J\u2019ûûâ p**- * & P\"** \t^STA^ Sansregret, Taillefer & Associés inc.\t Cabinet en assurance collective de personnes\t 178, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1\tinfo@sta-conseil.com www.sta-conseil.com Téléphone : (450) 471-2662\tTélécopieur : (514) 355-7869\t(450) 471-0026 (800) 782-5799\t(514) 355-7923 Allard CA inc.Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com 207 LIVRES REÇUS Diane-Gabrielle Tremblay L\u2019éclatement de l\u2019emploi, TÉLUQ, 2008, 95 pages Louis Favreau Entreprises collectives.Les enjeux sociopolitiques et territoriaux de la coopération et de l\u2019économie sociale, PUQ, 2008, 352 pages Jean-François Vallée et Jacques Beaumier Québec 2008.Des célébrations 400 fois détournées de leur sens, Éditions du Québécois, 2009, 322 pages Claude Jean Devirieux Manifeste pour le droit à l\u2019information.De la manipulation à la législation, PUQ, 2009, 186 pages Yves Boisvert La face cachée des élus.Engagement, responsabilité et comportement ethique, PUQ, 2009, 150 pages Michel Filion CKCH, la voix française de l\u2019Outaouais, Vent d\u2019ouest, 2008, 216 pages Malcolm Reid Notre parti est pris.Un jeune reporter chez les révolutionnaires québécois 1966-1970, PUL, 2009 (1972), 344 pages Pierre Mouterde Pour une philosophie de l\u2019action et de l\u2019émancipation, Écosociété, 2009, 166 pages 208 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Mathieu d\u2019Avignon et Camil Girard A-t-on oublié que jadis nous étions «frères»?Alliances fondatrices et reconnaissance des peuples autochtones, PUL, 2009, 179 pages Carolyn Podruchny Les voyageurs et leur monde.Voyageurs et traiteurs de fourrures en Amérique du Nord, PUL, 2009, 405 pages Pierre Pelleprat Relations des missions des pères de la Compagnie de Jésus (édition critique), PUL, 2009, 335 pages Robert Bothwell Histoire du Canada, PUL, 2009, 545 pages Pierre Beaudet Qui aide qui ?, Boréal, 2009, 202 pages Francine Adam et Claude Bouchard Les moulins à eau du Québec, Les Éditions de l\u2019Homme, 2009, 190 pages Mathieu Dupuis et Marie-Josée Auclair Le Québec au fil de l\u2019eau, Les Éditions de l\u2019Homme, 2009, 226 pages Henri Dorion et Pierre Lahoud La Gaspésie vue du ciel, Les Éditions de l\u2019Homme, 2009, 203 pages Michel Sokolyk et Julie Boudreau Plantes sauvages des milieux humides, Les Éditions de l\u2019Homme, 2009, 174 pages Jocelyn Desjardins et François Tanguay Manifestement vert, Éditions du Trécarré, 2009, 240 pages Jean Lamarre D\u2019Avignon.Médecin, patriote et nordiste, VLB, 2009, 187 pages 209 L'ACTION NATIONALE - mai/juin 2009 Réal La Rochelle Le patrimoine sonore du Québec.La phonothèque du Québec, Tryptique, 2009, 182 pages Corinne Gendron, Arturo Palma Torres et Véronique Bisaillon Quel commerce équitable pour demain ?, Écosociété, 2009, 231 pages Hubert Mansion Chibougamau, dernière liberté, Michel Brûlé, 2009, 360 pages Normand Mousseau L\u2019avenir du Québec passe par l\u2019indépendance énergétique, Multimondes, 2009, 188 pages Bernard Bernier Le Japon au travail, PUM, 2009, 256 pages Sous la direction de François Crépeau, Delphine Nakache et Idil Atak Les migrations internationales contemporaines, PUM, 2009, 416 pages Djemila Benhabib Ma vie à contre Coran, VLB, 2009, 267 pages G.Cadrin, b.Dagenais, M.Lessard, P.-P.Sénéchal Rabaska, Fides, 2009, 266 pages Jean Pierre Gallo Petit traité utopiste, Écosociété, 2009, 110 pages Marcel Sévigny Et nous serions paresseux?, Écosociété, 2009, 215 pages Solange Lefebvre Le patrimoine religieux du Québec.Éducation et transmission du sens, PUL, 2009, 415 pages Gestion François Beaudoin y (évaluation dVntreprises faisabilité.Transfert familial.Rachat par cadres.Ventes - 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Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal» Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». campagne de financement de laction nationale Montréal, le 15 mai 2009 Chère et cher compatriote, L\u2019Action nationale sert depuis plus de 90 ans la cause du Québec et constitue un outil intellectuel inestimable pour la marche du peuple québécois vers l\u2019indépendance nationale.Année après année, cette revue est au cœur des débats et ne peut compter que sur ses lecteurs et sur les dons pour survivre.Elle ne peut et ne veut dépendre des subventions gouvernementales.Le Québec a besoin d\u2019une revue où l\u2019on puisse s\u2019exprimer librement même et surtout lorsque des propositions ou des oppositions vont à contre-courant des monopoles médiatiques ou des appareils partisans.L\u2019Action nationale est un carrefour où s\u2019exprime la diversité du mouvement indépendantiste.Aujourd\u2019hui, nous faisons appel à votre sens de l\u2019histoire et de la continuité et nous vous demandons de participer généreusement au soutien financier de L\u2019Action nationale.Par ce geste, vous contribuez à enrichir et promouvoir l\u2019indépendance de notre nation.Je vous remercie de votre contribution en espérant avec vous que le Québec dise enfin oui à sa naissance de peuple libre.Gilles Pelletier Comédien Vous pouvez faire votre don \u2022\tà la boutique internet de L\u2019Action nationale www.action-nationale.qc.ca \u2022\tnous téléphoner pour faire un don avec votre numéro de carte de crédit VISA ou MASTERCARD 514-845-8533 ou sans frais 1-866-845-8533 \u2022\tpar la poste avec le formulaire au verso. campagne de financement de l'action nationale Votre don Nom Adresse_______________________________________________ Ville Code postal_________ Numéro de téléphone_________________________ Courriel______________________________________________ Pour faire votre don par la poste ?\tFaire un chèque à l'ordre de L'Action nationale OU ?\tIndiquer votre numéro de carte de crédit (VISA ou MASTERCARD) -/-/-/-/ et la date d\u2019expiration____ /________ puis découper et expédier ce formulaire avec votre paiement.L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal QC H2X 1X3 L'Action nationale émet des reçus fiscaux pour les dons qu'elle reçoit en vertu de son statut d'organisation d'éducation politique (EOP/002) "]
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