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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2000-05, Collections de BAnQ.

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[" I O IM ouvel liste Supplément Industriel L'Action Volume XC, numéro 5, mai 2000 Bâtir une région industrielle Claude Bellavance et France Normand L« Troi* Rjvtero 17 AOUT 19*19 IM AT IONALE Directeur Directrice adjointe Communications Secrétaire administrative Comité de rédaction François Aquin, avocat Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, Université de Montréal Michel Rioux Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de IIREP, professeur UQAC Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca - Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 Robert Laplante Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron TABLE DES MATIÈRES Volume XC, numéro 05, mai 2000 Éditorial\t\tDossier\t Ottawa s'occupe\t*\t\tBâtir une région\t DE LA DÉMOCRATIE\t\tINDUSTRIELLE\t[¦) QUÉBÉCOISE\t\tClaude Bellavance\tLL Robert Laplante\t\t\t Débats La loi 102 sur les\t.\tChronique francophone\t PENSIONS DE VIEILLESSE\tL'Afrique occidentale\t89 COMPROMET L'AVENIR\tMichel Têtu,\t Claudette Carbonneau\tAnne-Marie Busqué\t À LA DÉFENSE DES PETITS ACTIONNAIRES Yves Michaud 17 Le NON DE L'OUTAOUAIS Maxime Pedneaud-Jobin L'humour ET LA POLITIQUE Claude G.Charron Un présent sans passé Mathieu Bock-Côté 41 Qui sort, digne ! Jean-Luc Gouin 51 Lectures\t113 Comptes rendus de lecture\t117 Le Bulletin du lundi\t127 Courrier des lecteurs\t141 L\u2019Action nationale Orientation et Comités\t148 Index des annonceurs\t Index des annonceurs 50 Allard, Pierre, C.A.111\tAnnée francophone internationale 140 Bijouterie emblématique Lamond & fils 49\tCaisse d\u2019économie des travailleurs de Québec 48 Cap-aux-diamants 16 CSN 6 Devoir, Le 34 FondAction C3 Fonds Optimum C4 Fonds de Solidarité 40 Forces 39 Internet 112\tLaboratoire D1 Renaud 24 Loto-Québec 112 Maxima Capital 50\tMouvement national des Québécoises et Québécois 140 Poitras, Larue & Rondeau inc.112 Sansregret, Taillefer et Associés 112 Services financiers Option 23 Société des Alcools du Québec 50 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 50 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 145 Société nationale d\u2019assurance 140 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 140 Tassé & Associés Limitée 140 Translatex Communications + 145 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022 L'ACTION NATIONALE Éditorial Ottawa s'occupe de la démocratie québécoise Robert Laplante Le Conseil pour l\u2019unité canadienne gratifie Montréal de la présence de son siège social.L\u2019organisme a reçu d\u2019Ottawa environ 31 millions de dollars depuis 1996! Patrimoine Canada (22 millions) et Développement des ressources humaines Canada (9 millions) soutiennent l\u2019organisme.On connaît le haut degré de patriotisme du premier et la rigueur administrative du second.Personne ne pourra cependant leur reprocher d\u2019avoir l\u2019esprit rancunier: le Conseil avait accordé une subvention de 5 millions $ à Option Canada en 1995.L\u2019amour n\u2019est pas une question d\u2019argent, peu importent donc les conditions dans lesquelles les love-in peuvent être financés.Et ça continue.À quoi peuvent bien s\u2019occuper les valeureux employés du Conseil pour l\u2019unité canadienne?Les journaux rapportaient récemment qu'environ 500 jeunes en près de quatre ans avaient bénéficié de son généreux programme Expérience Canada.De quoi s\u2019éreinter au boulot.Talonné par quelques médias, DRHC a promis de procéder à une vérification externe.Il n\u2019y a aucune raison de douter que cela ne fasse pas selon les règles de l\u2019art.L'ACTION NATIONALE \u2022 3 Par-delà le gaspillage appréhendé et l\u2019insignifiance subventionnée, le rôle et la présence au Québec du Conseil pour l\u2019unité canadienne doivent être dénoncés.Que des militants fédéralistes veuillent s\u2019activer pour contrer l\u2019émancipation du peuple québécois, rien de plus normal.Mais il y a des limites à ce qu\u2019une partie des impôts payés par les Québécois servent à les exposer à la propagande et aux manoeuvres pour enrober dans l\u2019unifolié la jeunesse et la société civile.C\u2019est un scandale.Il y a déjà trop longtemps qu\u2019une partie de l\u2019opinion publique québécoise accepte avec fatalisme ce genre de conduite de la part du gouvernement d\u2019Ottawa.Il ne s\u2019agit pourtant pas là de vétilles.Le financement du Conseil pour l\u2019unité canadienne, d\u2019Alliance-Québec et de très nombreux autres organismes du même acabit joue un rôle majeur dans l\u2019approche stratégique de mise en échec du Québec.La chose a beau déplaire aux beaux esprits et brouiller les visions des affranchis qui voudraient bien croire la question nationale dépassée, l\u2019État canadien a décidé de s\u2019occuper du Québec.De s\u2019en occuper par toutes sortes de moyens.Plus jamais les souverainistes ne lui feront peur comme en 1995.Cette fois, le traitement de la question ne sera pas seulement une affaire de débats entre Québécois.Ottawa s\u2019occupe de la démocratie québécoise.Les moyens de l\u2019État sont mobilisés : ministères, budgets et programmes sont déployés.Recours judiciaires, lois carcérales, intrusion dans les champs de compétence, mépris ouvert des institutions du Québec et surtout, offensive sans précédent pour contrôler l\u2019univers symbolique.À ceux-là qui pensent réduire la chose à de simples chicanes déplaisantes et insignifiantes, le caractère global et systématique de la riposte outaouaise devrait ouvrir les yeux.La manière forte qui s\u2019impose traduit sa vision des choses : la minorité doit finir par être contente d\u2019avoir un gouvernement provincial.4 \u2022 L'ACTION NATIONALE Incapable de susciter l\u2019adhésion au projet canadien par une reconnaissance formelle et l\u2019expression constitutionnelle du respect du Québec, Ottawa s\u2019est lancé à la conquête des âmes.La propagande s\u2019intensifie.Les fonds publics servent non seulement à défrayer la production et la diffusion des messages mais encore et surtout à financer les organisations qui s\u2019en font les relais un peu partout dans la société civile québécoise.Si des doutes subsistent encore en quelque milieu sur le sens et la portée de l\u2019offensive fédérale, le soutien au Conseil pour l\u2019unité canadienne devrait suffire à les dissiper.Entre la mission formelle et les opérations sur le terrain se trouve un espace qui n\u2019est pas occupé par le seul souci de se conformer aux normes de la subvention.La hauteur des montants en cause et la minceur des résultats ne permettent pas de juger de son utilité véritable.Ils ne permettent pas non plus d\u2019établir la pertinence des programmes de subvention dont il bénéficie.Ils suffisent cependant à convaincre de la nature et de l\u2019ampleur de l\u2019opération en cours.Le Canada aime le Québec.Il l\u2019aime à sa place.Rien ne sera négligé pour qu\u2019il y reste.On aimerait bien que l\u2019État du Québec prenne acte.Et agisse en conséquence.La gestion provinciale ne sera jamais une riposte.?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 5 >\t-9W.\t\u2014* ur le prix en kiosque \u2022 4> \u2022\tEconomisez / V-/ I Recevez Le Devoir 1 À VOTRE PORTE i du lundi au samedi pour seulement '2,74$ -\tpar semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, \u2022\tc\u2019est facile et rapide ! Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.HT * Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.^ > jf xv ' * 2 4\t_ i ékCU 6 \u2022 L'ACTION NATIONALE Débats La loi 102 sur les pensions DE VIEILLESSE COMPROMET L'AVENIR Claudette Carbonneau1 Les personnes retraitées croyaient s\u2019être débarrassées de « Charley Brown » qui voulait couper dans leur pension de vieillesse ; il semble bien que non.Il s\u2019est réfugié à Québec.Le Québec connaîtra lors des prochaines décennies, un vieillissement marqué de sa population conjugué avec un des plus faibles taux de natalité parmi les sociétés occidentales.Alors qu\u2019en I960, les personnes de 65 ans et plus représentaient 5% de la population, cette proportion atteint 12% aujourd\u2019hui.Loin d\u2019avoir touché le creux de la vague, ce phénomène s\u2019accentuera de façon sensible, avec l\u2019entrée massive dans l\u2019âge d\u2019or de la génération du «baby boom».Ainsi, en 2030, les démographes prévoient que les personnes âgées compteront pour 24% de la population totale du Québec.1.Vice-présidente de la CSN L'ACTION NATIONALE \u2022 7 Une pyramide des âges qui s\u2019inverse, qui s\u2019alourdit vers le haut, voilà qui menace l\u2019équilibre de tout l\u2019édifice social ! Cette nouvelle donne est porteuse de défis colossaux en terme de développement tant social qu\u2019économique, en terme d\u2019équité intergénérationnelle, en terme aussi du bien-être des personnes, de répartition de la richesse et de capacité de maintenir une assiette fiscale suffisamment consistante pour financer une réponse collective adéquate aux besoins de base variés de toute la population.Les régimes supplémentaires de retraite : un rempart contre l\u2019appauvrissement généralisé Sans brandir d\u2019épouvantails, on conviendra facilement que le maintien d\u2019un niveau de vie décent pour les personnes âgées constitue en soi un enjeu de taille dans un contexte où de surcroît l\u2019espérance de vie augmente et avec elle la durée de vie à la retraite.Déjà une importante pression se fait sentir sur les programmes publics de revenu à la retraite.À plus d\u2019une reprise, le gouvernement fédéral a voulu mettre la hache dans l\u2019universalité des pensions de sécurité de vieillesse.Il y a quelques années à peine, un débat public assez costaud a secoué le Québec lorsqu\u2019il s\u2019est agi de majorer les contributions à la RRQ pour garantir la pérennité du régime.Le mouvement syndical et les forces progressistes ont été de toutes ces batailles.Ils en ont conclu que s\u2019ils avaient réussi à éviter le pire, la vigilance restait de mise puisque le loup continue de rôder autour de la bergerie.De fait, le hurlement du loup vient de retentir au Québec.Il pousse maintenant son long cri lugubre, sous la forme à peine plus subtile du projet de loi 102 8 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE déposé devant l\u2019Assemblée nationale du Québec le 16 mars dernier.Certes, le projet de loi ne remet pas en question les prestations publiques de base.Il s\u2019agit par ailleurs d\u2019une attaque frontale à l\u2019égard des régimes complémentaires de retraite, lesquels ont précisément comme objectif d\u2019ajouter aux régimes publics, pour se prémunir d\u2019un nivellement vers le bas des revenus, pour garantir, qu\u2019au-delà d\u2019un revenu de travail de 20000$ par année les personnes retraitées puissent s\u2019approcher du maintien du niveau de vie qu\u2019elles connaissaient quand elles étaient au travail.Le discours du ministre Boisclair se portant à la défense du projet de la loi 102 est parfois choquant.Il laisse insidieusement entendre que la loi ne vise qu\u2019une fraction privilégiée de la population: 620000 travailleuses et travailleurs au total.C\u2019est faire fi du compte total des personnes touchées si on prend en compte les conjointes et conjoints.Veut-on nous faire re-visionner ce vieux mauvais film sur les gras-durs?Les régimes complémentaires de retraite s\u2019ajoutent à la protection offerte par les régimes publics.Ils constituent un rempart contre un appauvrissement généralisé des personnes âgées.Ironiquement, leurs principaux défenseurs se retrouvent dans le camp de celles et ceux qui ont toujours défendu avec acharnement les régimes publics, que sont la pension de sécurité du revenu à la vieillesse, le supplément de revenu garanti et la rente de la Régie des rentes du Québec.Ironiquement aussi, le projet de loi 102 n\u2019assure pas une meilleure répartition des revenus entre retraités mieux et moins bien nantis.Il va simplement engraisser les poches des employeurs, ces citoyens corporatifs souvent si peu investis du sens de la citoyenneté.L'ACTION NATIONALE \u2022 9 Il y a des limites à prétendre qu\u2019on sert le Québec, en nivelant vers le bas les revenus de retraite.Personne n\u2019a à gagner de l\u2019appauvrissement généralisé d\u2019une société vieillissante.Ni les jeunes, ni les vieux, ni les travailleuses et les travailleurs bénéficiant d\u2019un régime complémentaire de retraite, il n\u2019y a que des perdants à ce jeu.102 : un projet de loi qui milite contre l\u2019avenir Dans un contexte où le ratio personne retraitée/tra-vailleurs actifs dégringolera de 1 pour 5 qu\u2019il est aujourd\u2019hui, à 1 pour 2 en 2050, il est impérieux de préserver et de développer l\u2019épargne retraite des travailleuses et des travailleurs, de susciter de l\u2019engouement pour de tels régimes.Ce faisant, on assurera le mieux-être des personnes retraitées et on contribuera à diminuer l\u2019énorme pression qui ne manquera pas de s\u2019exercer sur le système de sécurité du revenu à la retraite.C\u2019est dans un tel environnement surchauffé par des changements démographiques profonds, qu\u2019il faut peser la pertinence du projet de loi 102 déposé par le gouvernement du Québec, dans ses dispositions visant à légaliser l\u2019appropriation par les employeurs des surplus de caisses de retraite, en s\u2019octroyant unilatéralement des congés de cotisations.Sous prétexte de lever les incertitudes qui nuisent au développement des régimes complémentaires de retraite, Québec s\u2019apprête à établir un système qui, à terme, va conduire au démantèlement de ces régimes et va piller le patrimoine des participantes et participants actifs et retraités.Le projet de loi 102 a suscité une levée de boucliers dans le monde syndical et chez les associations de personnes retraitées.S\u2019il devait être adopté tel que déposé, 10 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE il entraînerait fatalement une désaffection des travailleuses et travailleurs à l\u2019égard de la crédibilité des régimes complémentaires de retraite, il freinerait la capacité d\u2019améliorer les rentes de plusieurs personnes inscrites aux régimes existants.Il constitue, dans sa forme actuelle, un véritable détournement de droits au profit des employeurs.Les régimes de retraite font partie intégrante de la rémunération globale À l\u2019heure de l\u2019explosion des modes de rémunération, comment prétendre qu\u2019un régime de retraite qui a cours dans une entreprise, ne ferait plus partie de la rémunération globale?En milieu syndiqué, il suffit d\u2019avoir assisté au renouvellement d\u2019une seule convention collective, pour savoir qu\u2019on se le fait servir -ad nauseam» par la partie patronale.Même dans les entreprises non syndiquées, les employeurs l\u2019évoquent à juste titre comme un bénéfice monétaire à l\u2019intention des personnes.Si cette affirmation est incontournable, sa contrepartie l\u2019est aussi.Toute somme investie dans un fonds de pension au bénéfice d\u2019une personne salariée fait partie de la rémunération globale et conséquemment ne peut être soustraite en tout ou en partie, par décision unilatérale.Même dans un régime de pension dit à «prestations déterminées», l\u2019employeur ajoute à son engagement à l\u2019égard de la rémunération le fait qu\u2019il garantit le versement d\u2019une prestation déterminée de retraite, par delà les aléas bien théoriques que peut rencontrer la caisse de retraite.Les évaluations actuarielles, conservatrices par définition, balisent de façon très serrée le prétendu risque des employeurs.C\u2019est dans ce contexte que des travailleuses et travailleurs acceptent dans l\u2019immédiat le versement d\u2019un L'ACTION NATIONALE «Il salaire moins élevé et qu\u2019ils acceptent aussi d\u2019immobiliser cette épargne dans un régime complémentaire de retraite.N\u2019est-il pas normal qu\u2019ils s\u2019attendent à ce que cette épargne fructifie?Pourquoi de tels surplus deviendraient-ils propriété de l\u2019employeur plutôt que de la caisse de retraite et de celles et ceux pour qui elle a été constituée?Rappelons au passage que dans 70% des régimes de retraite, les personnes salariées contribuent directement au financement de leur régime par le biais du versement d\u2019une cotisation.À propos des surplus, de leur utilisation usuelle et de l\u2019état du droit Les surplus, autrement dénommés excédents d\u2019actifs, représentent les sommes contenues à la caisse de retraite, qui excède le coût des engagements du régime, tel que déterminé par une évaluation actuarielle à un moment précis.Voilà qui fait rejaillir l\u2019éternel débat des engagements des employeurs.S\u2019agit-il d\u2019un engagement à l\u2019égard du versement d\u2019une prestation de retraite?S\u2019agit-il aussi d\u2019un engagement à contribuer financièrement au régime par le biais du versement d\u2019une cotisation déterminée ?En cette matière, on ne peut pas faire abstraction du fait que la caisse de retraite est d\u2019abord là pour le bénéfice des personnes salariées et retraitées.Les cotisations versées par un employeur à un régime de retraite constituent aussi du salaire différé.Ces cotisations font d\u2019ailleurs presque toujours l\u2019objet de négociations lorsqu\u2019il y a un syndicat.L\u2019existence de surplus dans une caisse de retraite conditionne largement la capacité pratique de faire évoluer ces régimes, d\u2019apporter des bonifications et de tendre vers un niveau de protection adéquate pour les personnes salariées et retraitées.12 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Comme les régimes de retraite font partie de la rémunération globale, la très grande majorité d\u2019entre eux contiennent des dispositions précises réglementant l\u2019épineuse question de l\u2019utilisation des surplus.Là où les parties ne l\u2019auraient pas fait, personne ne s\u2019objecterait à ce qu\u2019une législation les invite à le faire sans toutefois leur indiquer le sens dans lequel ils devraient aller.Actuellement, la législation québécoise est muette à l\u2019égard de la propriété des surplus.Par ailleurs, les tribunaux, notamment dans les deux grandes causes que sont Simmons et Singer, ont confirmé la primauté des règlements du régime de retraite et le cas échéant des ententes convenues entre les parties en cette matière.Cette primauté accordée aux règlements des régimes n\u2019a jamais empêché que des ententes puissent permettre des congés de cotisation.À preuve, la Régie des rentes du Québec constate que dans l\u2019état actuel du droit, 60 % des surplus sont utilisés pour bonifier les régimes alors que 40 % servent à financer des congés de cotisations souvent d\u2019ailleurs octroyés aux deux parties.Un grand coup de plumeau sur les ententes négociées et les règlements des régimes Le législateur se substitue aux parties.Il le fait de bien vile façon.En effet, l\u2019article 146.7 du projet de loi 102 spécifie que «les dispositions du régime relativement au droit de l\u2019employeur d\u2019affecter tout ou partie de l\u2019excédent d\u2019actifs à l\u2019acquittement de ses cotisations prévalent sur toute disposition existante du régime ou d\u2019une convention collective et lient quiconque a des droits ou obligations en vertu du régime.» Le projet de loi 102 s\u2019immisce dans la détermination de la rémunération globale.Il sonne le glas de la libre L'ACTION NATIONALE \u2022 13 négociation.Il réécrit le droit au profit d\u2019une seule des parties : les employeurs.De surcroît, le projet de loi 102 importe une disposition de la loi fédérale de l\u2019impôt qui vise un tout autre objectif.Ce faisant, il impose sans autre forme d\u2019obligation, un congé de cotisation en faveur de l\u2019employeur, dès que la limite fiscale des surplus est atteinte et ce malgré toute disposition incompatible d\u2019un régime de retraite.Les dispositions du projet de loi 102 autorisant les parties à s\u2019entendre sur l\u2019utilisation des surplus perdent de leur sens.L\u2019octroi dans un projet de loi, d\u2019un droit unilatéral des employeurs de disposer à leur avantage des surplus, fait basculer dans les faits le fragile équilibre permettant en pratique de conclure des ententes négociées.Quel intérêt un employeur trouvera-t-il à s\u2019entendre quand la loi l\u2019autorise à se servir allègrement dans le plat de bonbons?Une incroyable vente de feu Le Ministre responsable fait grand état de l\u2019obligation qui sera faite aux employeurs de consentir à certaines bonifications s\u2019ils s\u2019octroient unilatéralement des congés de cotisation.Trois remarques s\u2019imposent.D\u2019une part, cette obligation ne tient pas lorsque la limite fiscale est atteinte alors que l\u2019employeur peut prendre un congé de cotisation.D\u2019autre part, si les bonifications imposées ne sont pas sans intérêt pour les personnes salariées dans un contexte de plus grande mobilité de main d\u2019œuvre, elles ne font pas financièrement le poids.La Régie des rentes du Québec évalue en effet à 2,6 milliards de dollars l\u2019état actuel des surplus contenus dans les caisses de retraite et à 25 millions de dollars les coûts liés aux bonifications prévues au projet de loi.C\u2019est en quelque sorte proposer d\u2019échanger un 14 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE cheval contre un lapin.Enfin, les bonifications prévues au projet de loi n\u2019accorderont des droits qu\u2019à ceux qui quitteront l\u2019entreprise.Il nous faut aussi souligner que le projet de loi 102 propose que l\u2019employeur ne soit plus tenu de tenir l\u2019assemblée générale annuelle des participants.Bref la démocratie en prend encore un coup.Au lieu de dissiper des incertitudes et de favoriser le développement de ce véhicule privé d\u2019épargne retraite, le projet de loi 102 attaque de plein fouet la crédibilité de cet outil aux yeux des premiers bénéficiaires : les personnes salariées et retraitées.Loin de prévenir les litiges, il va faire augmenter le nombre de conflits de travail.Il enlève de la flexibilité à la gestion de la main-d\u2019œuvre.Il creuse les écarts intergénérationnels.Il va appauvrir les retraités.Au Ministre qui prétend présenter une proposition équilibrée, nous rétorquons qu\u2019il s\u2019agit plutôt d\u2019un hold-up légalisé des caisses de retraite.Manifestement, ce projet de loi est à revoir sur le fond pour être plus respectueux des droits, plus respectueux du droit à la libre négociation.?L'ACTION NATIONALE \u2022 15 L'âme de CE PAYS S\u2019il est venu le temps de se donner un pays, il importe de savoir ce que nous en ferons.L'Action nationale a accompagné le Québec tout au long de ce siècle.Elle apporte à nouveau une pièce majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.16 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE LAPE IQ À la défense des petits actionnaires Yves Michaud*, Paul Lussier** Fondée en 1995 par Yves Michaud, l\u2019Association de protection des épargnants et investisseurs du Québec est le seul organisme bénévole du genre au Canada exclusivement voué à : - La promotion, l\u2019illustration, la protection et la défense des droits des épargnants et actionnaires au Canada ; - La rigoureuse application des principes de la régie d\u2019entreprise ; - La démocratie d\u2019entreprise dans les sociétés ouvertes ; - L\u2019imputabilité des dirigeants des sociétés ; - La transparence dans la gestion des sociétés qui font appel à l\u2019épargne et à l\u2019investissement du public ; - La transmission à tous les actionnaires de toute information susceptible d\u2019avoir une influence sur la valeur des actions ; ' Président-fondateur de l'APEIQ ** Président de l'APEIQ, L'ACTION NATIONALE \u2022 17 -\tL\u2019éducation de ses membres et la sensibilisation du public sur le fonctionnement des sociétés par actions ; -\tLa représentation auprès des pouvoirs publics sur les questions de droit des actionnaires et de démocratie d\u2019entreprise.Au cours des cinq dernières années, son président fondateur et plus récemment l\u2019Association en son nom propre, ont soumis une vingtaine de propositions au vote des actionnaires des grandes banques et sociétés.Grâce à leur action, les banques et certaines sociétés ouvertes ont pris les mesures suivantes suite au vote de leurs actionnaires ; -Adoption d\u2019un code de procédure pour les assemblées d\u2019actionnaires ; -\tVote distinct pour chaque administrateur sur le formulaire de procuration ; -\tDivulgation des honoraires des vérificateurs-comptables ; -\tDétention d\u2019un minimum raisonnable d\u2019actions par les administrateurs ; -\tRésumé biographique des candidats au conseil d\u2019administration ; -\tAccès de l\u2019information aux actionnaires ; -Transmission du procès-verbal de l\u2019assemblée des actionnaires.-\tLes propositions sur la séparation des postes de président du conseil d\u2019administration et le chef de la direction des entreprises, conformément aux recommandations du rapport du Toronto Stock Exchange (Dey) ont recueilli de 30 à 38 % des votes exprimés et celles concernant la rémunération des dirigeants de 17% à 23% selon les cas.L\u2019Association compte 1400 membres dont la grande majorité au Québec.Des adhésions ont été enregistrées en provenance de plusieurs États de la fédération canadienne et de certains actionnaires américains détenteurs d\u2019actions de sociétés canadiennes.18 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La réforme de la Loi canadienne des sociétés par actions Une loi réductrice On eut espéré que la réforme de la Loi canadienne des sociétés par actions satisfasse, ne serait-ce que partiellement, l\u2019intérêt public, la régie et la démocratie d\u2019entreprise, les attentes minimales des actionnaires, petits ou grands.Il n\u2019en est, hélas !, rien.Le projet de loi affaiblit au lieu de conforter les minces et misérables pouvoirs qu\u2019ont les actionnaires sur la conduite des sociétés dont ils sont les propriétaires.Il est manifeste que les intérêts des dirigeants d\u2019entreprises comme ceux des vestibules corporatistes qui gravitent autour des pouvoirs publics ont prévalu sur l\u2019intérêt général.Les ploutocrates (Personne très riche qui exerce par son argent une influence politique.Grand Robert) ont eu raison une fois de plus des démocrates.Nous n\u2019en voulons pour seuls exemples criards que : 1-\tle maintien à l\u2019article 137, (5) alinéa b, de l\u2019article contraire aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés ; 2-\tla répartition de l\u2019indemnité : 3- l\u2019abus de la réglementation : 4- le silence aux « pauvres ».1-Article stupide et indécent b) il apparaît nettement que la proposition a pour objet principal soit défaire valoir, contre la société ou ses administrateurs, dirigeants ou les détenteurs de ses valeurs mobilières, une réclamation personnelle ou d 'obtenir d\u2019eux la réparation d\u2019un grief personnel, soit de servir des fins générales d\u2019ordre économique, politique, racial, religieux, social ou analogue, (sic).Lors de notre présentation en 1998 devant le Comité permanent du Sénat, le sénateur Kirby, président du comité, se disait «étonné» (astonished) qu\u2019une telle disposition fut inscrite dans la LCSA.Nous nous étonnons à notre tour que L'ACTION NATIONALE «19 cet article soit maintenu dans le projet de réforme.Non seulement maintenu mais assorti d\u2019une condition contraignante voulant que le fardeau de la preuve soit transféré sur le dos de l\u2019actionnaire à l\u2019effet que sa proposition ne contrevient pas à l\u2019alinéa b).Nous reviendrons sur cette question en repassant rapidement la vingtaine de recommandations de l\u2019APEIQ pour améliorer la LCSA et dont aucune n\u2019a été substantiellement retenue par le ministre de l\u2019Industrie.(Commentaires à venir de Paul Lussier, président de l\u2019APEIQ.) 2-\tRépartition de l\u2019indemnité Les juristes et experts que nous avons consultés se demandent comment diable!, dans une loi régissant les rapports d\u2019une société avec ses actionnaires, un nouveau greffon apparaît pour le seul bénéfice d\u2019une coterie de cabinets de vérificateurs dans l\u2019éventualité où ils auraient maille à partir avec les lois existantes.(Annexe 1 du mémoire).Au surplus, cette section de la loi risque fort d\u2019être contestée par les États de la fédération canadienne qui ont juridiction exclusive en matière de droit civil.(Commentaires à venir de Réjean Belzile, Ph.D., professeur en sciences comptables de l\u2019Univesité du Québec à Montréal, membre du conseil d\u2019administration de l\u2019APEIQ) 3-\tAbus de la réglementation La ruse est cousue de fil blanc et le jupon dépasse.Quand le législateur appréhende trop de remous ou de contestation autour d\u2019une loi il la noie sous la réglementation.La manœuvre n\u2019a pas échappé au sénateur David Tkachuk» : (Débats du Sénat.6 avril 2000).\"Le gouvernement opte beaucoup trop vite pour la réglementation.Il est nécessaire d'avoir un mécanisme d'examen parlementaire et la délégation des pouvoirs parle- 20 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE mentaires par le recours aux règlements plutôt qu\u2019à la loi pour réguler les entreprises m\u2019inquiète.Le comité n\u2019a jamais recommandé que ces règlements ne soient pas examinés par le Parlement.Le fait que nous abandonnions lentement le Parlement est un sujet qui me préoccupe depuis longtemps.Contrairement à celui qui avait été adopté en 1974 ou 1975, ce projet de loi ne prévoit pas d'examen par le Parlement.- 4- Silence aux pauvres ! \u201cThe government does not see fit to give these poor buggers anything.\" Sénateur Léo Kolber au sujet de l'exemption des gains en capital des petites entreprises.Sénat du Canada.Fascicule No.45.16 février 1999.Page 45.33.« Bugger» : pauvre type, couillon, pédéraste, salaud, pauvre con.Le Robert & Collins sénior.Pour la première fois dans l\u2019histoire de la Loi canadienne des sociétés par actions (LCSA), le législateur établit une distinction entre les actionnaires nantis et ceux qui le sont moins.À la partie 5 de la réglementation concernant les propositions des actionnaires (article 40) l\u2019obligation est faite de détenir le moindre des nombres suivants : a) le nombre d\u2019actions équivaut au moindre des nombres suivants, établi le jour ou est soumise la proposition de l\u2019actionnaire: (i)\t1 % du nombre total des actions avec droit de vote en circulation dans la société; (ii)\tle nombre d \u2019actions avec droit de vote en circulation de la société équivalent à 2000$, calculé selon la juste valeur du marché de ses actions.Qu\u2019en sera-t-il à la prochaine révision de la loi?5,000$, 10,000$, 50,000$, 100,000$?L\u2019engrenage est amorcé.Les ploutocrates rigolent ! Le gouvernement ne voit pas d\u2019intérêt à donner quoi que ce soit aux \u201cpoor buggers\" !!! La loi actuelle L'ACTION NATIONALE \u2022 21 ne fait pas de distinction entre le nombre d\u2019actions requises pour soumettre une proposition.Tous les actionnaires sont égaux devant la loi sans égard à la richesse de leur portefeuille.Cette disposition égalitaire, exemplaire, respectueuse de la démocratie, disparaîtra, «selon que vous serez puissant ou misérable» (Lafontaine).À titre d\u2019exemple, si l\u2019APEIQ entend élargir son action pour protéger les droits des actionnaires et favoriser la démocratie d\u2019entreprise auprès d\u2019un plus grand nombre de sociétés cotées en bourse, elle devra détenir 2000 $ d\u2019actions de chacune d\u2019entre elles.Cinquante entreprises, 100 000$! Cela avec un budget chétif de fonctionnement.Elle est la seule actuellement à soumettre des propositions au vote des actionnaires de six banques et d\u2019une grande entreprise.Cela gêne, agace, indispose les dirigeants qui veulent écarter les « gêneurs », les empêcheurs de danser en rond, les « insolents » qui osent leur demander des comptes sur leur gestion.Félicitations aux vestibules bancaires et financiers pour leur beau travail ! Ils ont l\u2019oreille du pouvoir.Ménageons l\u2019avenir.Est-il impudique de se demander si les élus d\u2019aujourd\u2019hui se préparent des lendemains qui chantent dans le cénacle des conseils d\u2019administration de nos grandes entreprises?La loi ne devrait-elle pas interdire aux premiers ministres, ministres, sous-ministres «reliés», sénateurs, de pantoufler dans les conseils d\u2019administration des banques et des grandes sociétés ouvertes pendant une période de 3 à 5 ans à partir de l\u2019expiration de leur mandat?La démocratie d\u2019entreprise est mal servie par le \u201cold boys network\u201d.Avec la révision de la LCSA le Sénat canadien a l\u2019occasion de démontrer son importance et son utilité dans la gouverne des affaires publiques.Plusieurs dispositions de la loi sont bancales, inopportunes, réductrices des droits des actionnaires.Le Sénat peut et doit faire entendre sa voix au législateur et de la sorte faire alliance avec le peuple, retournant ainsi à sa raison d\u2019être et aux sources du droit.Senatus populus que.?22 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE KPQrtùirif, DJQ, A- r est-ce (mon I i-a modération a bien meilleur goût Éth X, n SAO L'ACTION NATIONALE \u2022 23 UN ATOUT POUR ^ECONOMIE DU QUÉBEC y y loto-quêbec 24 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le NON de VOutaouais Maxime Pedneaud-Jobin* Je suis natif de l\u2019Outaouais et toute ma famille y habite.J\u2019aime profondément ma région et j\u2019entends y faire ma vie.Je dis cela parce que le texte que vous avez sous les yeux pose un jugement très dur sur cette région qui est la mienne.J\u2019écris non pas pour la dénigrer mais pour vous aider à bien cerner ce que nous sommes.Peut-être ce texte aidera-t-il les nationalistes du reste du Québec à mieux nous comprendre et à mieux nous aider quand le temps viendra.« On comprend les gens d\u2019ici de se rappeler de quel côté leur pain est beurré ».À l\u2019aube de la dernière campagne électorale, c\u2019est par cette phrase que Murray Maltais, éditorialiste au Droit, résumait la pensée politique des gens de l\u2019Outaouais.Les autres médias de la région et ceux de tout le Québec répètent aussi ce cliché à tout venant.Cette analyse de notre vote pourrait difficilement être plus méprisante.Ainsi donc, nous nous vendrions au plus offrant, nous voterions pour qui nous paye, nous serions « portede- * Rédacteur, pigiste et militant L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 25 grangistes » si une porte de grange nous donnait notre salaire.Tout le Québec reprend ce discours méprisant et pas un citoyen, pas une citoyenne, pire, pas un élu de l\u2019Outaouais ne s\u2019en plaint.Serions-nous vraiment des êtres sans idéaux n\u2019ayant pour seul maître que l\u2019argent?Un peu d\u2019histoire Avant la Révolution tranquille, nous le savons, les Québécoises et les Québécois étaient des porteurs d\u2019eau.Ici, dans l\u2019Outaouais, ce que nous oublions, c\u2019est que nous en portions plus qu\u2019ailleurs.La région entière était dominée par une élite anglaise, l\u2019absence d\u2019une bourgeoisie francophone puissante étant une des caractéristiques de la région.Au début du siècle, les salaires payés dans les scieries de l\u2019Outaouais étaient les plus bas du Québec1.Nous étions les exploités des exploités.Pourtant, quand nous parlons de notre passé, il semble toujours glorieux.Les familles Wright et Maclaren étaient des bâtisseurs, disons-nous.On oublie qu\u2019ils ont bloqué le développement des villes de Hull et Buckingham pendant un demi-siècle2 et que les Maclaren sont responsables de deux des premiers assassinats de syndicalistes au Canada3.On oublie aussi que le complexe d\u2019infériorité que nous avons toujours existe à cause de ce siècle d\u2019abus.-Voyons, la Révolution tranquille a exorcisé ces démons du passé», direz-vous.Vous vous trompez.1.\tPierre-Louis Lapointe, Au coeur de la Basse-Lièvre, la ville de Buckingham de ses origines à nos jours, 1990.Les MacLaren de Buckingham offraient les plus bas salaires de l'Outaouais, région qui était déjà celle où les salaires étaient les moins élevés au Québec ! 2.\tPhilemon Wright refusait de vendre ses terrains aux gens qui arrivaient à Hull, les forçant à s\u2019installer à Bytown (Ottawa).À Hull, on le considère comme un héros ! C\u2019est révélateur.3.\tPierre-Louis Lapointe, Buckingham, ville occupée, Asticou 1983- L\u2019auteur relate les événements entourant la grève de 1906 où deux syndicalistes, Thomas Bélanger et François Thériault, furent tués par des - détectives privés-, engagés par la compagnie MacLaren.26 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Après cette époque d\u2019exploitation éhontée, dans le reste du Québec ce fut la grande aventure de la Révolution tranquille.Pas chez nous.Quand le Québec a commencé à se libérer, au lieu de s\u2019affranchir de ses maîtres, l\u2019Outaouais a plutôt changé de maître.Surclassant les grands industriels anglophones, la plus importante entreprise canadienne a pris le contrôle de la région avec autant de fermeté que ses prédécesseurs : c\u2019était l\u2019arrivée du gouvernement fédéral.Le changement réel était à peine perceptible.Si l\u2019appareil fédéral est très anglophone encore aujourd\u2019hui, à l\u2019époque il n\u2019était que ça.La haute fonction publique nous étant virtuellement interdite, de porteurs d\u2019eau des industriels, nous devenions portiers des fédéraux.Encore aujourd\u2019hui, dans une très large mesure4, le fédéral garde le contrôle de notre quotidien et de notre avenir économique.En 1992, 112000 personne y travaillaient.La même année, le comité Outaouais (aussi appelé comité Beaudry, du nom de son président) affirmait qu\u2019en 1987, 50% de l\u2019économie de la région reposait sur la fonction publique fédérale.Le mot économie devait par contre être interprété dans son sens le plus limitatif étant donné que seulement 0.8% des achats du gouvernement fédéral se faisaient auprès de compagnies québécoises.La Commission de la capitale nationale (CCN), l\u2019organisme qui gère les installations fédérales à Ottawa et Hull, est même propriétaire de 35 à 40% des terres de la ville de Hull (si on inclut la (petite) partie sud du Parc de la Gatineau) ! Le fédéral nous dominait et nous domine presque toujours comme les Maclaren dominaient Buckingham : par une production unique ne laissant aux travailleurs et aux travailleuses qu\u2019une seule option : marcher droit5.La Révolution tranquille a été témoin de la prise en main par les Québécois francophones 4.Lentement, l'économie se diversifie.Entre autres, la politique fiscale du gouvernement du Québec en matière de haute technologie commence à inciter des entreprises qui devaient s'installer à Kanata à plutôt s'installer en Outaouais.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 27 de leur propre destin.Ici, les démons du passé n\u2019ont pas été chassés: en Outaouais, la Révolution tranquille n\u2019a pas eu lieu.Les conséquences de cette histoire Qui sommes-nous ?L\u2019absence de contrôle de la population de l\u2019Outaouais sur son développement l\u2019a empêchée de se construire une identité claire.Gaspésie, Bas-Saint-Laurent, Laurentides, Montérégie, tous ces mots nous amènent des images à l\u2019esprit.Outaouais?Bof.L\u2019emploi au quotidien du nom «Outaouais» nous a été pratiquement imposé par le gouvernement du Québec lors de la création de la région administrative 07.Avant cela, nous venions «d\u2019Ottawa».Et malgré cela, plusieurs de nos publications parlent toujours de la région de la capitale soit disant «nationale», ou encore d\u2019Ottawa-Hull.On ne compte plus les initiatives touristiques de la Ville de Hull qui vantent aussi les attraits de la ville d\u2019Ottawa (brochure, Maison du tourisme etc.).Nous sommes les seuls à utiliser le terme « Outaouais québécois ».Comme s\u2019il y avait un autre Outaouais! Nos voisins habitent Ottawa ou bien Ottawa-Carleton, pour eux l\u2019Outaouais ontarien n\u2019existe pas.Notre seul journal quotidien francophone n\u2019est pas à nous, il est franco-ontarien.Notre émission de nouvelles régionales s\u2019appelle le bulletin «Ottawa-Ontario».Clinton Archibald, éditorialiste au Droit, définissait récemment la région comme une entité composée de deux secteurs, Ottawa-Carleton et l\u2019Outaouais.C\u2019est une alliance que nous, du côté québécois de la rivière, faisons souvent.De l\u2019autre côté de la rivière, les gens ne la font jamais.Leur 5.Il est intéressant de noter que, selon le Rapport du comité Outaouais, 1 arrivée du gouvernement fédéral à Hull au début des années soixante-dix a mis en veilleuse le développement industriel de la région, provoquant une perte de près de deux mille emplois.Au même moment, l\u2019octroi de contrats fédéraux en matière d\u2019informatique, de défense et en télécommunications permettait au côté ontarien de la rivière de commencer à diversifier son économie.Aujourd\u2019hui, Kanata est un des plus grands centres canadiens de haute technologie.28 \u2022 L'ACTION NATIONALE «nous» ne nous inclut pas.Pourquoi?Parce qu\u2019ils vivent dans la réalité.Nous parlons des deux côtés de la rivière pour de purs impératifs identitaires.Nous existons parce qu\u2019ils existent.Seuls, nous ne sommes rien car nous n\u2019avons jamais eu notre destin entre nos mains.Il passe nécessairement par d\u2019autres.Pendant ce temps-là, nos intérêts économiques réels s\u2019affrontent.Du côté d\u2019Ottawa, on refusait même dernièrement d\u2019indiquer comment se rendre au Québec sur les panneaux de l\u2019autoroute 417 ! De très bons alliés ! Le dossier le plus important pour l\u2019émergence de l\u2019Outaouais, le plus vital économiquement, le plus fondamental pour nous reste la fusion Gatineau-Hull-Aylmer.Nous reconnaissons que pour que la région prenne forme, il faut que nos villes s\u2019unissent, mais nos clochers nous empêchent d\u2019avancer.Comment se fait-il que nous soyons toujours dans l\u2019impossibilité de régionaliser les services de pompiers, les services de sécurité publique, les services informatiques, les cours municipales, les parcs industriels, etc.?Pourquoi la fusion Gatineau-Hull-Aylmer n\u2019est-elle pas faite?Les gens de l'autre côté rient de notre désaccord en préparant une union municipale encore plus vaste que celle qu\u2019ils ont déjà.Pendant qu\u2019ils deviennent des géants, nous hésitons toujours à exister.2- Quelle langue parlons-nous ?Quand quelqu'un nous domine économiquement ou encore qu'il nous colonise, on fini par l\u2019admirer.Et, quelquefois, on adopte sa langue.En Outaouais, on valorise encore la langue anglaise tout en se moquant du français correct.L\u2019anglais est la marque de tout ce qui est « cool », par exemple, les prénoms: «Norm, Bob, Reg, Bert, etc.» pullulent.On se rappellera la campagne de publicité buckinoise «Je construis mon home à Buckingham».Un gars qu\u2019on appellerait «bedaine Charrette» à Montréal devient « Fatty Charrette» ici.Plus grave, un français «pas trop pire» nous satisfait.Nos médias électroniques acceptent les anglicismes avec juste L'ACTION NATIONALE \u2022 29 assez de professionnalisme pour ajouter «comme on dit» avant de les prononcer.Nos députés libéraux, qui parlent en moyenne aussi mal français que Jean Chrétien, demandent l\u2019enseignement de l\u2019anglais dès la première année du primaire.Ils n\u2019ont pas pensé aller faire un tour dans nos écoles pour y voir nos «kids pis leurs friends».La langue structure la pensée.Ayant une demi-langue, comment s\u2019étonner de la faiblesse de nos institutions et de nos représentants.3- Nos dirigeants.Occulter notre passé, c\u2019est aussi bloquer notre propre avenir.Combien de nos dirigeants ont de la perspective?Lequel d\u2019entre eux propose un idéal à atteindre pour la région?Nos médias offrent-ils des analyses de ce que nous devrions devenir?Aucun, personne, non, rien.À force de ménager la chèvre et le chou en essayant d\u2019être à la fois québécois et ontariens, nos médias ont perdu la faculté de s\u2019indigner.Dans nos journaux, quand l\u2019éditorial ne se termine pas par une phrase vide du genre «les deux parties devront s\u2019asseoir et discuter», c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019éditorial.Notre leadership au fédéral fait rire de lui à la grandeur du Québec.Notre leadership provincial est passé de «presque rien » à « un peu de potentiel » avec l\u2019arrivée de Benoît Pelletier, ancien professeur de droit à l\u2019Université d\u2019Ottawa, dans le comté de Chapleau.La qualité de nos conseils municipaux, pour employer un euphémisme, laisse à désirer et parfois, surtout à Gatineau, nos maires sont carrément ridicules.Nos dirigeants sont, en très grande majorité, des gens d\u2019affaires.Robert «Bob» Labine, nouveau maire de Gatineau, est celui qui incarne le mieux ce type de politiciens qui viennent sur la scène politique avant tout pour faire avancer leurs propres intérêts commerciaux, ou, plus largement, pour défendre les intérêts de leurs amis, des promoteurs, des «développeurs», des gens qui ont fait de Gatineau ce quelle est : un gros centre d\u2019achat laid au possible.Les liens indé- 30 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE cents qui existent entre le monde des affaires et la politique en Outaouais sont directement liés à notre passé.Jadis, il nous fallait des politiciens qui collaboraient avec le patron.Et c\u2019est ce que nous élisons toujours.Des gens sans rêves.Les fédéralistes, si nombreux, auraient pu, au moins, porter l\u2019idéal canadien.Mais non, leur discours se résume à une improvisation sur le thème de l\u2019apocalypse.Même là, le rêve et l\u2019idéal n\u2019existent pas.Au Parti québécois régional, le portrait n\u2019est pas plus reluisant.Composé d\u2019une poignée d\u2019irréductibles au cœur bleu, le parti est littéralement absent de la scène politique régionale depuis vingt ans.Il n\u2019a à peu près aucune crédibilité, même parmi ses propres membres.Détail révélateur, d\u2019année en année, le nombre de personnes qui siègent au conseil régional du PQ et qui sont nées en Outaouais demeure toujours aussi faible.Les dirigeants péquistes sont souvent là par défaut : il faut bien remplir les chaises vides ! De plus, le PQ souffre de ce qu\u2019une militante du Parti appelle le « phénomène de la marmotte ».On sort pour voir l\u2019élection et faire des promesses et on se recouche pour quatre ans.La souveraineté?Même Sylvain Simard, résidant de l\u2019Outaouais, si bon ait-il été en tant qu\u2019ancien ministre responsable de l\u2019Outaouais, n\u2019a presque jamais parlé de souveraineté.Les autres souverainistes?Les Partenaires, ces groupes sociaux de toutes sortes qui, au niveau national, se sont alliés au PQ pour le référendum étaient absents en Outaouais durant la campagne de 1995.Sauf pour deux groupes syndicaux, leurs dirigeants, souverainistes pour la plupart, ont été trop lâches pour s\u2019engager.Ils ne voulaient pas nuire à leur organisme.Heureusement que le vote est secret ! Nous avons accepté sans réagir, pendant huit ans, l\u2019absolue médiocrité d'un Robert Lesage, ancien député de Hull.En 1994, pour le garder, les gens de Hull ont même battu Michel Légère, candidat vedette du PQ, un des maires les plus populaires de l\u2019histoire de la ville et un des seuls personnages de la région ayant une vision de ce que l\u2019Outaouais L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 31 devrait être ! La preuve est faite : le Parti québécois n\u2019élira plus JAMAIS de député en Outaouais.Mais la retentissante défaite de monsieur Légère est plus qu\u2019une défaite du parti, c\u2019est la défaite de tout espoir de progrès social qui viendrait du monde politique.4- Le débat constitutionnel Chez nous, la question nationale n\u2019est même pas débattue.Pourquoi l\u2019Outaouais a-t-il, depuis le début des statistiques sur le chômage, un taux de chômage plus élevé qu\u2019Ottawa?Pourquoi les industries de haute technologie pullulent-elles à Kanata alors qu\u2019il y en a très peu de notre côté de la rivière?Se pourrait-il que l\u2019impact de la présence du fédéral favorise un côté et pas l\u2019autre?On ne se pose pas ces questions en Outaouais.Elles sont trop dangereuses.Y répondre pourrait égratigner notre voisin, égratigner notre illusion canadienne.Alors on se tait.Évoquer le renouvellement du fédéralisme rend suspect.Évoquer la nécessité de la souveraineté rend même parfois « criminel »6.L\u2019unanimisme est si grand que même les francophones du reste du Québec qui s\u2019installent dans la région ne font pas augmenter le nombre de votes du Parti québécois.Nous les assimilons politiquement.En matière constitutionnelle, la pensée unique, basée sur la peur, règne.Comme sous les Maclaren.Conclusion Le vote de l\u2019Outaouais est-il à vendre?Est-ce que nous votons pour ceux qui nous paient?Je réponds non.Depuis 1976, le PQ a toujours plus fait pour la région que le PLQ.Hôpitaux, CLSC, écoles, autoroute 50, réseau routier en général, Société de diversification économique de l\u2019Outaouais, aéroport de Gatineau, marina, parcs industriels, casino, etc., la supériorité du bilan du PQ est absolument indiscutable.Pourtant, le PQ récolte le même nombre de voix à chaque élection, qu\u2019il ait de très bons ou de très mau- 32 \u2022 L'ACTION NATIONALE vais candidats.Lors de son départ, on a affirmé que Sylvain Simard avait été merveilleux pour la région.L\u2019Outaouais avait beaucoup reçu de Québec sous le premier mandat péquiste, mais la région n\u2019aura quand même pas donné un vote de plus au PQ en 1998.L\u2019Outaouais n\u2019est pas à vendre : le PQ a toujours offert des montants de très loin supérieurs à ce que le Parti Libéral a offert et la région a dit NON.Le vrai problème est que, à cause de son histoire, la région de l\u2019Outaouais ne s\u2019aime pas.Elle regarde le voisin, celui qui la domine depuis toujours, et se dit que, lui, a du talent.Nous sommes des victimes: «Tout le monde nous rejette, Québec autant qu\u2019Ottawa», se plaît-on à dire.Pas question de nous prendre en main pour autant.Fusionner nos grandes villes, ce serait s\u2019affirmer un peu trop.Pourtant ce serait là le premier pas de notre Révolution tranquille! Mais non.Nous n\u2019avons pas assez confiance en nous pour nous dire oui à nous-mêmes.Il ne nous reste qu\u2019à valoriser l\u2019argent, notre maison, notre quartier, et se battre pour notre paroisse.Rien de plus.Oui, le citoyen moyen de l\u2019Outaouais pense qu\u2019il sait «de quel côté son pain est beurré».Il le pense, mais il a tort.Il a tort car il n\u2019a pas refait sa réflexion.Ce qui le guide, c\u2019est son vieux réflexe de laisser le voisin, celui qui est le plus fort, dicter sa conduite.Au fond de lui-même, il croit qu\u2019il n\u2019est «pas capable».«On est capable», était le slogan du RIN pendant la Révolution tranquille.Ici, la Révolution tranquille reste à faire et tant qu\u2019elle ne sera pas faite, nous voterons toujours non.Le défi est grand, mais les solutions existent.Elles devront toutefois faire partie d\u2019un autre article.À la prochaine.?L'ACTION NATIONALE \u2022 33 COÛTS IISl! wdsment a mmsiix! ms cm mmm Il NS SPAWNS PSTPAITS ADMISSES Il ' VPPlSMSNTAIIli nmsDsm ADHÉRER À FONDOON C\u2019EST PARTICIPER À UNE ENTREPRISE COLLECTIVE QUI VISE À MAINTENIR ET À CRÉER DES EMPLOIS AU QUÉBEC, TOUT EN BÉNÉFICIANT D\u2019AVANTAGES FISCAUX FACILITANT L\u2019ACCUMULATION D\u2019ÉPARGNE POUR LA RETRAITE MAINTIEN V CREATION D'EMPLOIS INVESTISSEMENT DANS L'ENWME ouebecoise DÉVELOPPEMENT DUPABLE,,, UNE CONSCIENCE SOCIALE EN ACTION! FONDACTION LE FONDS DE DÉVELOPPEMENT & POUR LA COOPÉRATION SS ET L EMPLOI FORMULAIRE D'ADHÉSION AU: SIÈGE SOCIAL\tPOUR TOUT RENSEIGNEMENT 2100, de Maisonneuve Est,\tTéléphoner au : 1 800 253-6665 Montréal (Québec) H2K 4SI\tou (514) 525-5505 Ceci n'est pas une offre publique de valeurs.Pour de plus amples renseignements, consulter le prospectus FONMCriON disponible au siège socia' 34 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 07 L'humour et la politique Claude G.Charron1 Depuis que le débat est lancé sur le type d\u2019humour que l\u2019on pratique au Québec, nombreux sont ceux qui constatent que l\u2019humour pratiqué aujourd\u2019hui est beaucoup moins politique que celui de l\u2019époque des Cyniques.Deux facteurs en sont, à notre avis, responsables : primo, le syndrome des vases chinois, secundo, l\u2019institutionnalisation de ce que l\u2019on appelle encore « l\u2019humour».Demandons-nous d\u2019abord à quoi sert l\u2019humour dans nos sociétés.Du fou du roi à Voltaire Qui n\u2019a pas vu des images de cour avec son fou du roi affublé d\u2019un justaucorps coloré et d\u2019un capuchon à cornes?À quoi servait-il?À faire rire le roi bien sûr, mais pas aux dépens de celui-ci, car bien téméraire parmi ces fous aurait été celui qui se serait permis un tel écart.On tenait trop à conserver sa tête sur ses épaules.En fait, le roi se servait de 1.Membre des Intellectuels pour la Souveraineté (IPSO).L'ACTION NATIONALE \u2022 35 son fou pour ridiculiser, donc affaiblir, les innombrables raseurs qui, en tout temps, s\u2019accrochent aux basques des grands de ce monde afin de s\u2019élever un peu plus au-dessus des autres.Humoriste avant la lettre, le fou du roi avait donc un rôle social.Pas surprenant qu\u2019il soit une importante pièce du jeu d\u2019échecs.Ayant douloureusement vécu la Fronde en début de règne, Louis XIV avait compris l\u2019importance de rassembler à Versailles ses potentiels opposants, de les divertir et, au besoin, de les ridiculiser chacun à leur tour, rôle qu\u2019il confia à un certain Jean-Baptiste Poquelin.Le Bourgeois gentilhomme et Tartuffe égratignèrent certainement.Son théâtre devenu institution royale, Molière sut tracer la ligne entre le permis et le défendu.Jamais dans ses pièces, l\u2019auteur du Malade imaginaire ne critiqua ouvertement son protecteur.Ce ne sera pas le cas pour François Marie Arouet qui sera bastonné pour avoir regardé un aristo de trop haut, bastillé et condamné à l\u2019exil pour des poèmes et pièces de théâtre pas trop appréciés du régent.Voltaire est donc différent de Molière.Sa satire cible haut.Venons en maintenant à nos «humoristes».Des Fridolinades à Piment fort via les vases chinois Gratien Gélinas a été un pionnier de la satire politique.Une satire molle qui égratignait, mais n\u2019avait aucunement la prétention de remettre en cause le pouvoir des élites politiques et religieuses du temps.Quand la télévision est apparue, certains caricaturistes à la plume acide furent fréquemment invités par les patrons du nouveau pouvoir.Lapalme et Hudon devinrent de véritables vedettes.Robert Rumilly déplorait le fait qu'une certaine gauche monopolisait le petit écran pouvant ainsi jouer à fond d\u2019un humour apte à discréditer l\u2019Union nationale.Le biographe de Duplessis n\u2019avait pas tort.Aucun doute que 36 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019unique chaîne de télévision de l\u2019époque a joué un important rôle dans le déclenchement de la Révolution tranquille.Si on pouvait s\u2019attaquer au roitelet Duplessis, il était plus risqué de viser plus haut, de se permettre une trop grande satire à propos des gens de St.James Street et d\u2019Ottawa.Il aura fallu le temps d\u2019un Maître chez nous et d\u2019un discours sur le balcon pour que l\u2019on réagisse enfin et que cet important moyen de conditionnement des masses qu\u2019était devenue la télévision soit replacé «entre bonnes mains».Trudeau aura la tâche de procéder à la « normalisation ».Devenu premier ministre, il sonnera la fin de la récréation pour les gens de Radio-Canada avec son allusion aux vases chinois.L\u2019ère de l\u2019autocensure venait de commencer.Dans une petite société comme la nôtre, la scène n\u2019est pas suffisante pour faire vivre honorablement les artistes.La télévision est souvent leur principale source de revenus.Le pouvoir n\u2019a plus à jeter les dissidents en prison.Il n\u2019a qu\u2019à les affamer.On a compris le message.Pas surprenant dès lors qu\u2019humoristes et gens de théâtre n\u2019effleurent maintenant qu\u2019en surface les problèmes politiques.On préfère faire rire la galerie en abordant des sujets moins susceptibles de déranger le Maître.On se réfugiera dans les questions sociales.Dans Les unions, qu\u2019ossa donne?, Yvon Deschamps personnifie un employé content d\u2019utiliser ses jours de congé à tondre le gazon de son « bon boss ».Quant à Daniel Lemire, il nous a donné Yvon Travailler, un fonctionnaire zélé de l'Assurance-chômage.Deux monologues irrévérencieux, mais ne risquant en rien de trop gêner les maîtres.Certains textes relativement subversifs ont, malgré tout, réussi à passer la rampe.Par exemple, l\u2019Olivier Guimond du Bye-bye 70 en soldat ivre chargé, la vieille du Jour de l\u2019An, de protéger une riche résidence de Westmount.À cette occasion, Ottawa aurait-il voulu redorer une image flétrie par la Crise d\u2019octobre en permettant d\u2019aller aussi loin dans l\u2019irrévérence?Phénomène révélateur d\u2019une crise constitution- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 nelle qui perdure, l\u2019humour politique se pratique maintenant beaucoup plus largement du côté du Canada anglais.L\u2019institutionnalisation de l\u2019humour Il s\u2019est développé depuis quelques années au Québec une véritable industrie de l\u2019humour avec son école nationale, son festival, sa pléthore de spectacles solos, ses émissions de télévision.Et même son musée ! Et de nos jours, qui dit industrie, dit subventions ; qui dit festival, dit commandites.Ce qui fait que notre humour, s\u2019étant fortement institutionnalisé, a cessé d\u2019être subversif.Comment en effet s\u2019attaquer aux mœurs politiques, quand on a besoin des politiciens pour maintenir en vie un musée de l\u2019humour.Comment blaguer contre l\u2019AMI quand on a Bell comme ami.Au Québec, on n\u2019a jamais eu autant d\u2019humoristes.Malheureusement, ce qu\u2019ils produisent est trop souvent d\u2019un humour creux et de bas étage.Sous prétexte que c\u2019est le «vécu» des gens qui les intéressent, ils n\u2019ont rien d\u2019autre à braire que de se moquer de l\u2019acné de monsieur untel, de l\u2019orientation sexuelle de madame chose.La p\u2019tite vie quoi ! Réaction entendue dernièrement : « Pourquoi changerions-nous notre formule alors que notre émission jouit d\u2019une forte cote d\u2019écoute.» Le rire n\u2019a donc plus à être un tantinet subversif.Il est devenu une marchandise comme une autre et n\u2019a qu\u2019un seul but : divertir.Les nouveaux fous du roi n\u2019ont comme patrons que Rogers et BCE.Dernièrement, Daniel Lemire soupçonnait Téléfilm Canada de lui avoir refusé une subvention parce qu\u2019il aurait tapé trop fort sur Ottawa lors d\u2019un Bye-bye.Un conseil à l\u2019humoriste: lors de son prochain spectacle, qu\u2019il prenne garde de trop en remettre sur C-20.Qu\u2019il se refuse à incarner un autre fonctionnaire zélé: le juge à la citoyenneté Yvon Voter-du Bombard se glorifiant, qu\u2019à chaque cérémonie de naturalisation, il glisse discrètement à l\u2019oreille du 38 \u2022 L'ACTION NATIONALE nouveau Canadien que, lors du prochain référendum, son vote pourrait avoir plus de valeur que celui de Canadiens, disons.«plus anciens».Question de discrimination positive, quoi.Pour plus de beurre sur son pain, ne vaut-il pas mieux faire comme Molière?De ne pas s\u2019engager dans une ironie digne du grand Voltaire ?Avis aux Internautes ! Retrouvez L\u2019Action nationale sur Internet ! http://www.action-nationale.qc.ca Vous y retrouvez : \u2022\tl'éditorial \u2022\tdes articles : social - culture - politique \u2022\tdes faits saillants sur l'épargne \u2022\tdes billets hebdomadaires \u2022\tdes textes majeurs parus dans la revue \u2022\tl'abonnement en ligne Venez naviguer et donnez-nous vos commentaires ou suggestions ! Notre courriel : revue@action-nationale.qc.ca L'ACTION NATIONALE \u2022 39 FORCES Forces rend hommage à L'Action nationale.L\u2019Action nationale est une revue d\u2019idées.Depuis 1917, elle brasse des idées.Sans argent, elle accomplit une œuvre dont l\u2019importance n\u2019est pas mesurable.Revue de documentation économique et culturelle 500, rue Sherbrooke Ouest, bureau 1270 Montréal (Québec) H3A 3C6 40 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE En réponse aux thèses d\u2019Alain Dubuc Un présent sans passé Mathieu Bock-Côté1 -Pourquoi jetaient-ils leur vie dans la balance?Pourquoi acceptaient-ils la torture ou la mort?Qu \u2019est ce qui les poussait?Ils n avaient pas de point d\u2019appui dans un amour pour un Furher, comme les Allemands, ou dans la Nouvelle Foi, comme les communistes.Il est douteux que la majorité d\u2019entre eux aient cru en Jésus Christ.Ainsi donc la fidélité toute seule, la fidélité à quelque chose qu\u2019ils nommaient la patrie ou l'honneur; mais qui était plus fort que ces noms.- Czelslaw Milosz, La pensée captive, 1953 Penser le Québec est une tâche lourde de conséquence pour l\u2019intellectuel d\u2019ici.Entre les impératifs de l\u2019analyse et le devoir de mémoire, entre la préservation de l\u2019héritage et l\u2019engagement volontaire dans l\u2019histoire qui sera, entre la défense de l'unité nationale et la reconnaissance de la pluralité contemporaine, l\u2019effort réflexif doit permettre à la nation de réaffirmer sa volonté d\u2019existence, malgré la trop 1.Etudiant en philosophie, Université de Montréal - Membre du Conseil exécutif national du Forum jeunesse du Bloc québécois.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 4l réelle précarité de son identité collective.Penser le Québec veut dire penser son rapport avec l\u2019histoire qui se fait, avec son identité nationale et avec son affirmation politique en tant que collectivité désirant participer pleinement au concert des nations, malgré l\u2019ambiguïté de son statut constitutionnel.Lorsqu\u2019Alain Dubuc pense le Québec, il accepte volontiers de prendre en considération ces trois dimensions constitutives de la réalité québécoise.Il conçoit la singularité de notre rapport à l\u2019histoire, la spécificité de la question nationale qui nous conduit à exiger perpétuellement et infructueusement du Canada la reconnaissance de notre existence collective, et les embûches structurelles qui empoisonnent l\u2019espace public, lorsque la politique se réduit à une lutte intergouvemementale pour le contrôle de compétences dérisoires.Mais s\u2019il accepte de prendre en considération les dimensions historique, nationale et politique de la question québécoise, c\u2019est pour nous inviter à un dépassement de ceux-ci, à un rejet du paradigme ainsi défini, pour s\u2019engager dans la recherche d\u2019un nouveau prisme, afin de redéfinir notre rapport au monde.C\u2019est à une révolution des représentations symboliques collectives qu\u2019il nous engage, pour «sortir de l\u2019impasse», en fonction de nouveaux horizons dégagés du legs de l\u2019histoire et du passé, de la mémoire et de l\u2019héritage.Derrière l\u2019ensemble des articles proposés apparaît un impératif catégorique, qui semble être l\u2019axiome principal autour duquel s\u2019articule la vision proposée par Dubuc: la rupture avec l\u2019histoire.La rupture non seulement avec l\u2019histoire québécoise en tant que telle, mais avec l\u2019histoire en elle-même, avec le devoir de fidélité au passé, avec l\u2019inscription du présent dans une réalité qui le dépasse.La rupture avec une conception du présent autrefois vu comme un moment fugitif et en constant effacement entre le passé et le devenir, dorénavant entendu comme une plage de temps intemporelle, autoréférentielle, devant servir de seul étalon de mesure à l\u2019évaluation de nos décisions et actions collectives.42 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE C\u2019est en cela que réside la particularité de l\u2019apport d\u2019Alain Dubuc au débat intellectuel national.Et en cela aussi qu\u2019il affirme sa contemporanéité, en se faisant l\u2019écho de la pensée d\u2019aujourd\u2019hui, qui nous invite à rompre avec le passé pour vivre dans le «présent», à sortir de l\u2019histoire pour nous vouer à la perpétuelle reproduction de nous mêmes.Cette adhésion exclusive au présent, partagée par la grande majorité des intellectuels québécois, Dubuc a au moins le courage de la faire avec franchise, en affirmant qu\u2019il faut non seulement cesser de regarder l\u2019histoire comme le musée des expériences passées, mais rompre purement et simplement avec elle, parce qu\u2019elle ne correspond plus nullement «à ce que nous sommes devenus».«Notre maître, l\u2019avenir» dit à l\u2019unisson la pensée contemporaine.Finissons-en avec le fardeau de l\u2019héritage, nous dit Dubuc.Ce mode de raisonnement se veut moderne.Nous le qualifierions plutôt de post-moderne.D\u2019une nature paradoxale, il proclame la fin de l\u2019histoire, et au nom de cela, dégage le présent actuel de son ancrage dans une réalité qui le dépasse, puisqu\u2019au nom de la fin des temps, il n\u2019importe plus, au terme de notre évolution, de vivre l'histoire mais de baigner dans l\u2019éternel présent qui s\u2019offre à nous.Fukuyama, dans son ouvrage discuté et remarqué2, voit dans les temps présents l\u2019achèvement de l\u2019aventure humaine au plan du mouvement des idées, l\u2019espérance réalisée d\u2019une terre pacifiée à jamais libérée des prétentions doctrinales réactionnaires ou révolutionnaires.Sûrement le monde présent, l\u2019Occident libéral, spécifiquement, est-il engagé dans une phase de stabilité sans précédent.Nul doute que l\u2019ère dans laquelle nous vivons porte en elle le germe d\u2019une rupture possible, d\u2019une entrée dans un nouveau cycle historique.Mais il n\u2019en est pas encore ainsi.Les peuples d\u2019Occident ont de fait renoncé, le temps d\u2019une génération égarée, à se voir à la fois comme acteurs et auteurs d\u2019une histoire qu\u2019ils vivent 2.Francis Kukuyama, La fin de l'histoire et te dernier homme, Champs Flammarion 1992.L'ACTION NATIONALE \u2022 43 et ne se contentent pas de contempler au nom de la supériorité des temps présents.Mais l\u2019errance dans le gouffre du présent éternel n\u2019est pas synonyme de liberté.Renoncer au fardeau salvateur de l\u2019histoire ne délivre pas l\u2019homme de sa livrée.Elle en fait un consommateur impénitent, enchaîné à un présent dont il ne peut se sauver, où la seule liberté est celle du marché et où toute collectivité se résume à une somme d\u2019intérêts contradictoires.L\u2019histoire est non seulement une mémoire, non plus qu\u2019un simple projet, mais un possible lieu de l\u2019agir humain.La nation québécoise peut décider de son espace d\u2019existence : l\u2019histoire en tant que réalité temporelle étendue au-delà du présent contemporain, ou le présent décontextualisé qui instaure le règne d\u2019une instantanéité marchande, le présent éternel qui n\u2019est plus contraint par le devoir de fidélité à ce qui fut et à la révérence envers l\u2019héritage qui est notre legs.L\u2019histoire comme espace des nations Dans l\u2019éternité du présent se meuvent des individus, dans l\u2019incertitude de l\u2019histoire régnent les nations.Les nations, communautés de destin, communautés politique et identitaire donnent un sens à l\u2019existence des hommes en particularisant leur adhésion à l\u2019humanité, en servant de corps médiateur entre l\u2019atome individuel et l\u2019espèce dans sa totalité.Les nations sont à la fois espace de liberté et espace démocratique.Car on n\u2019est libre que dans un lieu, et on n\u2019accepte la démocratie qu\u2019en une communauté où chacun se sent compromis par tous et engagé par la volonté de la majorité.Dubuc reconnaît le fait national québécois.Car il s\u2019agit en effet d\u2019une réalité factuelle, mouvante et imprécise certes, réalité dont on ne peut saisir l\u2019essence, mais dont on est assuré de l\u2019existence.Réalité qui prouve sa vitalité à chaque moment où elle est remise en question.44 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les peuples existent.Un peuple peut exister sans État, sans l\u2019exercice de la liberté nationale.Un peuple doit cependant disposer de certaines institutions pour donner un sens à son identité, pour garder la possibilité d\u2019un agir collectif.Nulle nécessité que l\u2019État soit cette institution.La nation française d\u2019Amérique a cristallisé son identité pendant plus de deux siècles autour de l\u2019Église plutôt qu\u2019autour de l\u2019État.L\u2019aspiration à l\u2019État-nation est une réalité spécifique à la deuxième moitié du vingtième siècle pour les Québécois.Toutefois, les nations, en s\u2019affranchissant peu à peu des tutelles étrangères, aspirent progressivement à la conquête de l'État.L\u2019ambition nationale en vient toujours à se confondre à un moment avec la volonté de participer pleinement au concert international en tant qu\u2019acteur politique autonome et souverain.C\u2019est ici qu\u2019apparaît le mouvement indépendantiste québécois.La volonté d\u2019accéder ou de défendre la souveraineté nationale n\u2019est pas un anachronisme dans le monde, dans l\u2019utopie mondialiste d\u2019une planète politiquement unifiée.Partout, pour résister à ce qu\u2019il est dorénavant convenu d\u2019appeler le rouleau compresseur de la mondialisation financière, les peuples se dressent et affichent clairement, non pas la volonté de se replier sur eux-mêmes, mais bien celle de conserver la capacité d\u2019influer sur leur destin au-delà d\u2019une simple application administrative des normes \u2022\u2022 universelles ¦ émanant des organisations internationales.En Europe, après quelques années d\u2019intégration forcée, mielleuse et menaçante, où la ringardise guettait ceux qui ne prenaient pas le TGV européiste, la construction européenne déraille, les résistances se font de plus en plus vives et organisées.Le Parlement européen est contesté dans ses fondements.Les États-nations tentent de faire valoir leurs intérêts dans les structures communautaires et ne se soumettent pas aux règles faussement universelles du capitalisme financier favorable à la disparition des frontières.Contre les impérialismes, et surtout contre l\u2019impérialisme intellectuel de la mode bien- L'ACTION NATIONALE \u2022 45 pensante, les résistances se manifestent.Le souverainisme apparaît ici et là, car la défense de la liberté nationale devient un impératif pour que demeure la possibilité de la politique et de la démocratie.Le souverainisme québécois n\u2019est pas rétrograde.Il n\u2019est pas le fait d\u2019une ambition mal vieillie portée par des circonstances politiques et sociales singulières qui rendraient aujourd\u2019hui caduc le projet national.Le souverainisme québécois est à l\u2019avant-garde de la vie politique des nations.On ne doit pas faire l\u2019erreur de confondre l'ambition des souverainistes québécois avec celle des autonomistes catalans ou écossais.Le souverainisme québécois doit être assimilé à celui de la défense de la souveraineté des États déjà existants.Les souverainistes n\u2019aspirent pas à une fragmentation généralisée du monde en fonction de tous les particularismes régionaux.La spécificité québécoise n\u2019est pas régionale, mais nationale.Et les nations, pour être libres de par leurs institutions et leur statut face au monde, doivent être souveraines.La liberté des peuples est l\u2019horizon politique du vingt et unième siècle.Parce qu\u2019elle demeure la seule possibilité de préserver un espace politique autonome et démocratique où la gouverne de l\u2019État ne se confonde pas avec la gestion de l\u2019administration et où les peuples ne soient pas de simples spectateurs de leur destin, mais des acteurs de leur histoire.La politique comme condition de la liberté des peuples On l\u2019a vu, Alain Dubuc ne tire pas l\u2019ensemble des conséquences politiques de sa reconnaissance du fait national.La souveraineté du Québec n\u2019est pas une option politique comme une autre.Elle est le projet d\u2019une nation aspirant à la normalisation de son statut historique.Mais s\u2019il est conséquent, et d\u2019une logique redoutable, c\u2019est dans son affirmation du primat de l\u2019économique et du social sur le politique.Puisque nous sommes supposés vivre 46 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE aujourd\u2019hui dans un monde décontextualisé, arrivé à son achèvement, puisque ce que nous sommes devient autonome de ce que nous fûmes, la politique devient inutile et peut de fait être réduite au rôle de simple instrument de gestion publique des besoins concrets de la population.La politique est l\u2019espace du choix.Du choix collectif dans les méandres inconnus de l\u2019histoire qui se fera.- Il n\u2019y a pas de politique ; il y a l\u2019histoire dont la politique n\u2019est qu\u2019un instant»3, disait Paul-Marie Couteaux.Mais justement, pour que cette histoire se fasse, pour que les nations soient les acteurs réels du devenir historique, la politique doit redevenir l\u2019espace du choix collectif.Si l\u2019histoire en est maintenant à son point ultime, si elle n\u2019est plus, s\u2019il ne nous reste plus que le présent, la politique, de fait, doit être reléguée aux oubliettes de la mémoire.Dubuc nous engage effectivement à faire ce choix.Ce n\u2019est plus par sa maîtrise du politique que le Québec doit s\u2019affirmer, avance-t-il.C\u2019est par la vitalité de sa société civile, par la force de son économie, par le niveau de son système éducatif.Et cette vision porte en elle une tragique part de vérité.Dans un monde qui quitte de plus en plus le terrain de l\u2019histoire, ceux qui croient au primat du politique demeurent de lunatiques rêveurs.Mais, pourrait-on dire ironiquement, l\u2019histoire n\u2019a pas encore tranché.Elle n\u2019a pas encore signé son acte de décès.Il faudra que l\u2019histoire passe à la rubrique nécrologique pour en finir avec la politique.Mais si elle dure, si la nation québécoise se réengage dans l\u2019incertitude d'un destin dont elle serait la maîtresse, elle ne pourra évacuer la politique.Car, espace de liberté, elle représente encore, tant dans sa dimension symbolique que dans ses possibilités pratiques, la capacité de l\u2019homme à ne pas se résigner dans une passivité fataliste aux odeurs de décadence.3.Paul-Marie Couteaux, L\u2019Europe vers la guerre, Éditions Michalon Paris 1997 p.57.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 L\u2019apport d\u2019Alain Dubuc a le mérite de poser clairement des enjeux qui dépassent grandement les simples paramètres de la politique partisane et idéologique.Cohérent et logique, son projet n\u2019en demeure pas moins à rejeter, à réfuter méthodiquement, car son triomphe, possible et probable d\u2019ailleurs, nous entraînerait en effet sur le chemin d\u2019une stagnation politique où la gouverne ne sera plus que gestion et où la nation ne sera plus qu\u2019une archaïque communauté condamnée à une inéluctable disparition.Le présent éternel n\u2019est pas un présent à faire aux hommes.Le confort trop douillet d\u2019une époque qui ignore la tragédie de l\u2019histoire risque d\u2019aseptiser ce qui reste d\u2019ambition collective.L\u2019histoire est un projet collectif.Il faut s\u2019y réengager.Car la quitter sera effectivement adhérer volontairement à une nouvelle ère.L\u2019ère de l\u2019errance.?PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire\t 1 JE M\u2019ABONNE\t(Taxes incluses) Pour 1 an ?(4 Nos 30$), pour 2 ans ?(8 Nos 55$) NOM\tCap-aux-Diamants \t ADRESSE\tPar téléphone : (418)656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TÉL.: (\tI\t (Vous recevrez le prochain No: Mars, juin, septembre ou décembre)\t 48 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE la passion de ETRES a Caisse d'économie des travailleuses T et travailleurs (Québec) 155, boulevard Charest Est Québec (Québec) G1K 3G6 (418) 647-1527 Télécopieur (418) 647-2051 1 800 626-5166 UNE FORCE /IU TR/H//UL L'ACTION NATIONALE \u2022 49 Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent 3e étage Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone: (514) 385-6601 Télécopieur: (514) 385-6177 Plus de 32 000 membres au cœur du Québec SSJB CENTRE DU QUÉBEC 449, rue Notre-Dame, Drummondville 819-478-2519 Organisme regional d entraide etde fierté québéCoise 4 SSJB 'f SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: (514) 843-8851 Télécopieur: (514) 844-6369 MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOISES ET QUÉBÉCOIS 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Téléphone: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca 18 Sociétés nationales et Saint-Jean-Baptiste souverainistes Coordonnateur de la Fête nationale depuis 1984 50 \u2022 L'ACTION NATIONALE Qui sort, digne! Franchir le miroir de notre schizophrénie collective Jean-Luc Gouin « Réflexion qui, mise en quatre, contient un quart de sagesse et trois quarts de lâcheté.- Shakespeare, Hamlet, IV, 4 La QQ - ou question québécoise.Depuis quelques mois, nous connaissons une recrudescence de la production intellectuelle sur le sujet (journaux, revues, colloques, ouvrages, publications de toutes sortes, etc.).Certes il est bien, et nécessaire, de discuter, d'échanger, de confronter les opinions.De les conforter aussi, à la rigueur.Or en ce qui me concerne, il me semble que les « vraies choses » ont été dites et redites (peut-être même radodites) depuis maintenant près de quarante ans.La problématique n\u2019en est plus une de «fond», pour ainsi dire: de principe et/ou de choix perçus ou vécus comme ultimes.Le .pour\u201d et le .contre» ont été maintes et maintes fois explicités, décortiqués.Jusqu\u2019à épuisement, tout le long de ces décennies.Aussi j'incline à penser que ce qui désormais fera pencher le fléau de la balance (en clair: Indépendance ou soumission définitive.le ne crois pas à terme qu\u2019il y ait autre alternative) relèvera L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 51 d\u2019éléments ponctuels et donc conjoncturels.Hors argumentation.J\u2019ajouterais (presque) : Hélas ! Car c\u2019est la Liberté d\u2019un peuple qui de la sorte se joue, ou jouera, du moins en apparence (j\u2019y reviens à l\u2019instant), comme une vulgaire somme d\u2019argent sur tapis vert sur pattes.L\u2019Indépendance d\u2019un peuple - qui possède «objectivement» les qualités, les caractéristiques et les instruments pour exécuter cette noble (et au fond si simple, élémentaire, voire triviale) entreprise - renvoie essentiellement sinon exclusivement à une seule idée : la Dignité.Si à ce jour la nation n\u2019a pas réussi à faire profondément sienne cette notion, en tout cas pas dans sa majorité, toute la rhétoridia-lectique philosophique, sociale, juridique et proprement politique (par-devers les thèmes ponctuels, tels le démographique, le linguistique ou l\u2019économique, pour ne nommer que les plus sensibles) n\u2019y changera rien.Ou si peu.On n\u2019en est plus, je crois, aux motifs, aux raisons, aux causes.Ni au comment, qui ne constitue pas le principal.C\u2019est du connu.Pour tous, y incluant le citoyen peu informé ou désintéressé de la chose publique et de l\u2019éventualité d\u2019un pas vers le pas-encore.Du connu, dis-je, ne serait-ce que de manière semi-consciente ou subliminale.C\u2019est qu\u2019en effet le Québécois est tombé dedans cette marmite étant petit.Il sait sans le savoir bien qu\u2019il ne sache pas vraiment qu\u2019il sait.Appelons cela le savoir obélixe.C\u2019est ce qui d\u2019ailleurs explique mon abstention dans le débat abordé sous l\u2019angle spécifiquement théorique.Si on n\u2019a pas encore compris les enjeux, on ne comprendra jamais.L\u2019essentiel est ailleurs.L\u2019avenir - je veux dire : le présent -est maintenant histoire, et même Histoire, de «terrain».À ras les pâquerettes, si on veut.Comme à la guerre, en quelque sorte (n\u2019ayons «crainte» des mots, ennemie autrement pernicieuse).On réfléchit depuis plus de trente ans.Ça confine à la « procrastino-ratiocination ».Ratiocination à mon sens particulièrement remarquable (connotation ici peu laudative), si on me permet ce léger coup de coude à quelques 52 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE compatriotes, chez des gens comme Charles Taylor, Jocelyn Létourneau ou, quoique dans une moindre mesure (mais peu importe ici le gradualisme d\u2019échelle), Daniel Jacques.Forfanterie.?L\u2019heure est à la conviction, c\u2019est-à-dire aux manières et au «détail» par le versant desquels on estime que l\u2019on peut persuader intelligemment son concitoyen, celui tiède ou absent - dit « le souverainiste mou » - de la scène des préoccupations collectives (l\u2019autre camp, symétrique, est pour ainsi dire trop confortablement .campé).Les idées, les arguments, les mérites et démérites, je dirais : l\u2019animal entier, est sur la table.On y plantera ses dents, ou non, en considération de la coutellerie, de l\u2019ambiance musicale ou du choix des arrangements floraux qui égaieront ou dépareront les lieux et embaumeront, ou embaumeront, l\u2019atmosphère de leurs fragrances.Et il n\u2019y a là rien de primaire ou de moralement répréhensible : La vie c\u2019est aussi le choix, l\u2019action.À vrai dire : surtout.Avec sa dose d\u2019impulsivité : - Il n\u2019y a d\u2019acte parfait, disait Nietzsche, que l\u2019acte instinctif-.En un mot, assumer ses valeurs, ses préférences, ses espérances, ses convictions.Être capable de courage, enfin.Bref, le véritable combat se déploie maintenant non plus sur le plan des Concepts, mais de la Volonté.On passe du boulier en tête au muscle du cœur.Mais oh! attention.Un muscle qui a réfléchi.C\u2019est le lot de l\u2019être humain, de l\u2019être digne.Bien que, comme disait Brel le parfois sardonique, « vivre soit mauvais pour la santé».Nichts GroJSes in der Welt obne Leidenscbaft vollbracht ivorden ist* Ces sempiternels débats et redébats sur notre «sens ontologique » comme peuple ne changeront rien désormais quant à la destinée de ce peuple même.Non pas (et ce n\u2019est * -Rien de grand dans te monde ne s'est fait sans passion - Hegel, La Raison dans l Histoire.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 53 certainement pas ma trop longue formation académique qui me disposerait à pareille conclusion) parce que ce serait en dernière analyse une affaire d\u2019épiderme ou de convictions aveugles qui ignoreraient ses propres ressorts, mais bien, je le répète, parce que le débat a bel et bien eu lieu.On sait nager.Reste à savoir maintenant si on veut dé-penser (comme on dirait dégluer) pour enfin.plonger.Les Québécois en ont marre de la QQ, c\u2019est exact.Ils en ont la tête pleine depuis plus de 240 ans.Depuis celles d\u2019Abraham Martin, bien sûr.Il reste dorénavant à s\u2019adresser à leur âme.Changement de cap, changement de registre, changement de discours.Obligé.Car les mots ont bien peu de pouvoir sur l\u2019âme.Laquelle ne compte pas ni ne s\u2019en conte, ne fait pas de statistiques ni de syllogismes.Lys au fond de l\u2019être, elle s\u2019épanouit.Ou dépérit.Elle ne discourt pas, elle cherche la beauté.La beauté, la grandeur, la lumière.Un sens.Aux mille choses insignifiantes, insipides, égocentrées et apparemment insensées des jours monautomnes.L\u2019âme veut croire, et d\u2019ailleurs elle y croit, que l\u2019être qu\u2019elle inhabité est autre chose qu\u2019un sac en peau lipo-libidineux qui tire son chèque à intervalle régulier en consultant les cotes de la bourse.L\u2019âme québécoise cherche désespérément l\u2019occasion de s\u2019élever.Elle a des idées, et même des idées hautes.Fort bien.Ne lui manque plus que des idéaux.En termes concis, je veux signifier par tout ceci que la dignité, ça ne se discute ni se monnaie.On l\u2019a ou on l\u2019a pas.Et on n\u2019assurera personne de sa propre dignité en expliquant « pourquoi» il devrait (ou non?) être digne.On y parviendra, si tant est qu\u2019on y parvienne (la volonté-de-mort reste très puissante chez certains individus comme chez certains peuples, ainsi que nous l\u2019enseigne la psychanalyse), en s\u2019adressant à cette âme (ou au cœur si on préfère, qui en est pour ainsi dire la forme sensible).La «raison nationale» du citoyen québécois sait tout ce qu\u2019elle doit savoir : elle a déjà soupesé ses inclinations devant les idées, les opinions, les tirades des Guy Bertrand, des Jean Charest, des Stéphane Dion, des Lucienne Robillard et des Marc Lalonde d\u2019hier et 54 \u2022 L'ACTION NATIONALE d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019une part, des René Lévesque, des Pierre Bourgault, des Jacques Parizeau, des Pauline Julien, des Gilles Vigneault, d\u2019autre part.Elle a en outre, cette conscience nationale, déjà examiné tous les soubassements et prolongements théoriques ou intellectuels, voire « universels », de ces positions d\u2019abord proprement politiques.Là n\u2019est plus la «question».Car nous sommes précisément dans l\u2019ordre de la «solution».C\u2019est pourquoi nous ne pensons pas, nous ne pensons plus pour fonder et asseoir solidement nos décisions, guider judicieusement notre action, provoquer lucidement l\u2019événement.Nous pensons pour quoi, what for, alors?Pour différer l\u2019agir, bien sûr.Nous sommes comme ces Miquelonais (ou Saint-Pierrais) qui s\u2019achètent de rutilantes et dispendieuses voitures pour parcourir trois kilomètres à la ronde.On décampe constamment, fuite vers le surplace, pour ne pas avoir à nous camper.Le vrai drame du Québec, il est là.Et il me semble que ce que nous dit cette « pause-marasme » collective actuelle (patrie littéralement groggy sous la démentielle massue fédérale), ce n'est pas tant que nous ne savons pas exactement où aller.C\u2019est que nous ne sommes pas même convaincus de vouloir aller quelque part.Nous sommes à toutes fins utiles fascinés par le projet, fort original il est vrai, de ne pas être.Tout simplement.Car un peuple qui hésite devant sa Liberté, ne fût-ce qu'un instant, a fortiori des générations durant, c\u2019est d\u2019emblée un peuple qui n\u2019a pas vraiment envie de vivre.Et pourquoi donc serions-nous transis, transpercés ainsi que des figurines vaudoues, par cette pathologie suicidaire?Toute notre Histoire nous l\u2019enseigne.Cette Histoire de minoritaires, de «pas instruits», de déglingués de la langue, de coupables avant procès pour « motif d\u2019existence » (dont en miroir on perçoit les vestiges encore bien vivants réfractés sous la plume immondément haineuse de toutes les Diane Francis de la presse anglo-canadienne).Nous sommes un peuple de Mozart intimement persuadé de notre laideur, de L\u2019ACTION NATIONALE «55 notre petitesse, de notre insignifiance, de notre incapacité congénitale, rédhibitoire, de notre «répugnante intolérance» enfin - qui est celle d\u2019avoir osé refuser à ce jour de nous dissoudre complètement devant, dedans, dessous F« Autre » : le maître, le puissant, le nombreux, le différent qui a les moyens de son verbe et de son intransigeance.D\u2019autant plus que les hommes (et les femmes) de main les plus empressés dudit Autre - de Martin Cauchon à Pierre Pettigrew, ô félonie ! le ver dans le fruit, le cheval dans la Troie -, ce sont toujours les fils mêmes de la nation.«L\u2019esclave fait son orgueil de la braise du maître.», écrivait le Saint-Ex de Citadelle.Nous restons au fond persuadés que nous sommes méprisables.Et toutes les symphonies que nous avons su composer par notre talent extraordinaire - depuis l\u2019envoi de nos enfants dans l'espace interstellaire, au sommet de l'Éve-rest ou sur les pôles de la Planète, jusqu\u2019à l\u2019édification de l\u2019une des démocraties les plus raffinées, les plus solidaires et les plus conviviales du monde, en passant par les plus belles plumes, les meilleures (et les plus jolies !) biathlonien-nes, les plus solides têtes pensantes aussi, ainsi que les plus grands virtuoses du chant, du piano et du violon - nous laissent tout de même et désespérément dans le doute.Nous croyons moins au granit de nos propres réalisations, électrisantes et majestueuses comme nos Manie et nos La Grande, qu\u2019aux vapeurs délétères de notre psychose perpétuellement reconduite et entretenue comme plaie chérie.Mozart, c\u2019est bien certain, ne saurait connaître autre destin que celui de la fosse commune.En pleine force de l\u2019âge et au sommet de son art.Nous n\u2019hésitons pas, banale formalité, entre le Québec et le Canada.Nous hésitons entre le Requiem et la Flûte enchantée.L\u2019auteur -.Ayant plusieurs plumes humides à son encrier, il a choisi ici en l\u2019occasion celle du diatribun.?56 \u2022 L'ACTION NATIONALE O o s s i e r Bâtir une région industrielle Le développement de l'arrière-pays de Trois-Rivières (1850-1930) Supplément Industriel «é/Vouvel I iste t«Troi*RSvi*rw r?août m9 Claude Bellavance et France Normand Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières.L'ACTION NATIONALE \u2022 57 LAMAURIŒ Saint-Tite Sainte-Flore > Grand-M re O?Lac- -la-Toctue Radnor-des- Forges Saint-Maunce LaPrade Cap-de- ( .la-Madeleine Louis™lk.Yamactnche \u2022Gentilly La Mauricie constitue l\u2019une des grandes régions du Québec contemporain.Arrimée à l\u2019espace fluvial central par l\u2019axe de la rivière Saint-Maurice, elle pénètre néanmoins profondément à l\u2019intérieur du Bouclier canadien.Un regard sur cet immense territoire, dont de vastes portions demeurent aujourd\u2019hui encore peu peuplées, laisse entrevoir trois sous-ensembles relativement contrastés.Le premier appartient pleinement au Québec central : il correspond à la zone située le long de la rive nord du fleuve Saint-Laurent qui va en gros de Louiseville jusqu\u2019à hauteur de Batiscan et de la rivière du même nom.Il s\u2019agit d\u2019un territoire ancien 58 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE concédé dès l\u2019époque coloniale.Les sols y sont généralement propices à l\u2019agriculture, et une population paysanne s\u2019y fixe à compter du XVIIe siècle, d\u2019abord en bordure du grand cours d\u2019eau, puis de plus en plus vers l\u2019intérieur, en empruntant la voie tracée par ses principaux affluents.Les mouvements de peuplement et d\u2019extension de l\u2019écoumène (le territoire habité) se poursuivent ainsi pendant plus de deux cents ans.La forte croissance de la population régionale lavorise, tout au long du XIXe siècle, la création de plusieurs paroisses.Vers 1875 toutefois, le front pionnier atteint les limites des terres cultivables.Au-delà s\u2019étend le plateau lau-rentien, avec ses forêts mixtes, ses lacs et ses rivières : c\u2019est la Mauricie forestière.À la faveur de l\u2019industrialisation et de l\u2019exploitation intensive des ressources naturelles de l\u2019arrière-pays, une troisième zone se différencie au sein de l\u2019espace mauricien à compter des années 1850.La rivière Saint-Maurice en forme l\u2019épine dorsale.Avant la fin du siècle, cette partie du territoire ne recèle encore qu\u2019un nombre restreint d\u2019établissements humains.Chaque année, des milliers d\u2019hommes y assurent bien l\u2019abattage et le transport du bois, mais il s\u2019agit-là d\u2019un travail saisonnier qui ne nécessite pas de résidence permanente.Et, durant de longs mois, outre les billes abandonnées dans les anses ou au hasard des écueils, seuls les camps de bûcherons désertés, les estacades et les glissoires témoignent de l\u2019ampleur d\u2019une activité pourtant déjà structurante.À partir de 1900 s\u2019amorce l\u2019exploitation des ressources hydroélectriques de la Saint-Maurice, entraînant dans son mouvement la création de plusieurs établissements manufacturiers.Ces derniers appartiennent à des secteurs de pointe comme les pâtes et papiers, l\u2019électrochimie et l\u2019électrométallurgie.La période d\u2019industrialisation massive bat son plein jusqu\u2019à la grande crise des années 1930 ; elle provoque l\u2019apparition de nouveaux centres urbains au nord de Trois-Rivières et, plus largement, participe à l'urbanisation de l\u2019ensemble de la région.C\u2019est des conditions historiques du développement de ce nouvel espace dont il sera question ici.L'ACTION NATIONALE \u2022 59 I- L\u2019économie forestière : une première forme d\u2019intégration d\u2019un nouveau territoire L\u2019exploitation sur une vaste échelle de la forêt québécoise est étroitement liée à la demande internationale.À la suite des guerres napoléoniennes, la Grande-Bretagne n\u2019a plus accès aux bois de l\u2019Europe du Nord.Pour s\u2019approvisionner, elle doit dès lors se tourner vers ses colonies américaines.L\u2019Outaouais - qui demeurera la principale région exportatrice de bois d\u2019œuvre tout au cours du XIXe siècle -est la première région investie par les entrepreneurs forestiers.Bientôt, ce sera le tour de la Mauricie d\u2019être le théâtre d\u2019opérations forestières de grande envergure.Une scierie voit ainsi le jour à Hunterstown (près de Saint-Paulin) en 1823, qui tire sa force motrice de la rivière du Loup.Un peu plus tard, William Price établit un moulin à Saint-Stanislas et obtient ses premières concessions dans le bassin versant de la Batiscan.Le mouvement s\u2019accélère vers le milieu du siècle, alors que la rivière Saint-Maurice fait l\u2019objet de divers aménagements (construction, en 1852, d\u2019esta-cades et de glissoires) visant à faciliter l\u2019accès aux immenses réserves laissées intactes de l\u2019arrière-pays.Au même moment, l\u2019État québécois met aux enchères de vastes portions de forêts du domaine public.Un petit nombre d\u2019entrepreneurs (les G.Benson Hall, A.Gilmour, George Baptist, William Price, etc.) s\u2019approprient les lots qui comptent les essences les plus rentables et les plus beaux spécimens.Dès sa naissance, l\u2019industrie forestière mauricienne est donc concentrée ; elle le demeurera pendant tout le siècle et même au-delà, avec l\u2019instauration des immenses domaines des entreprises de pâtes et papiers.Mais les grandes concessions forestières aux mains d\u2019une poignée d\u2019industriels ne sont pas les seules à alimenter les scieries mauriciennes.Une part non négligeable de la matière ligneuse provient en réalité du défrichage des terres neuves par les colons venus s\u2019établir dans les paroisses fondées au fil des ans.Ainsi, l\u2019extension de l\u2019écoumène et 60 \u2022 L'ACTION NATIONALE l\u2019exploitation de la forêt s\u2019appuient l\u2019une sur l\u2019autre.Empruntant les mêmes voies de communication, elles puisent également à la même force de travail.Et, si le colon du front pionnier est défricheur et cultivateur pendant la belle saison, il se fait souvent bûcheron dans les longs mois d\u2019hiver, et parfois même draveur durant le printemps, après la fonte des glaces.(La drave est une opération de transit des billes que l\u2019on pratique lorsque les cours d\u2019eau offrent les plus forts débits.) Campement de draveurs vers 1870 a On le voit, le rôle structurant de la forêt en Mauricie au XIXe siècle se traduit par la complémentarité de l\u2019agriculture et de la ressource ligneuse.L\u2019industrie forestière engendre également une foule d'autres activités, en amont comme en aval : la fabrication d\u2019allumettes, de manches, de boîtes, de cadres et de fenêtres, l\u2019expédition des pièces de bois, le transport des hommes vers les chantiers et leur ravitaillement, etc.Elle fournit du travail à quantité de Mauriciens.Siège des célèbres Forges du Saint-Maurice (1733), la région Vif iV * -i'i L'ACTION NATIONALE \u2022 6l de Trois-Rivières a, par ailleurs, été profondément marquée par la sidérurgie.Au XIXe siècle, cette industrie s\u2019avère encore florissante, comme en témoigne la mise sur pied de plusieurs établissements (à Radnor, à L\u2019Islet et à Saint-Tite, notamment).Ces forges fabriquent entre autres des poêles, des chaudrons, des boulets de canon, du fer en barre et diverses pièces pour le chemin de fer.Les procédés de fabrication sont traditionnels ; l\u2019heure de l\u2019acier à bon marché n\u2019est pas encore venue.Ils mettent principalement à profit le fer des marais (minerai aussi appelé limonite que l\u2019on retrouve généralement à la surface du sol) et le bois (qui entre dans la fabrication du charbon).Bon an mal an, des centaines d\u2019ouvriers sont à l\u2019œuvre, soit pour extraire le minerai, soit pour abattre les arbres ou les carboniser.Si la plupart des industries de transformation sont encore étroitement liées au monde rural, l\u2019économie du bois a néanmoins un impact majeur sur le développement de Trois-Rivières.Se démarquant surtout par ses fonctions administratives, celle-ci s\u2019élève, à la fin du XVIIIe siècle, au rang de chef-lieu du district judiciaire, puis de ville diocésaine, à compter de 1852.L\u2019ouverture de son arrière-pays et son arrimage aux grands circuits commerciaux internationaux stimulent progressivement les échanges avec les campagnes environnantes et favorisent la croissance de la population urbaine.Pareil développement justifie d\u2019importants investissements dans l\u2019infrastructure de transport (navigation et rail).La ville représente aussi, évidemment, un centre primordial de transformation des produits du bois (sciage, fabrication de meubles et de divers accessoires, etc.); aussi, les gros entrepreneurs-concessionnaires la choisissent-elle comme siège de leurs opérations régionales.Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, Trois-Rivières s\u2019affirme donc de plus en plus clairement comme le véritable pôle intégrateur de l\u2019économie régionale.Les dernières décennies du siècle montrent cependant les signes de l\u2019essoufflement de ce premier mouvement de 62 \u2022 L'ACTION NATIONALE croissance industrielle en Mauricie.Une crise d\u2019envergure internationale frappe d\u2019abord la région à partir de 1875 qui aura des répercussions profondes sur l\u2019industrie forestière jusqu\u2019à la fin des années 1880.Ensuite, les réserves locales de pins et d\u2019épinettes de qualité sont pratiquement épuisées, de sorte qu\u2019il faut maintenant récolter ces essences de plus en plus loin au nord.La sidérurgie mauricienne connaît également à cette époque une période de ralentissement (pensons à l\u2019épuisement des filons et des forêts à proximité des hauts fourneaux) ; les Forges du Saint-Maurice s\u2019éteignent d\u2019ailleurs définitivement en 1883.Plus largement, c\u2019est l\u2019ensemble du développement régional qui présente alors des problèmes structurels.C\u2019est que l\u2019accès aux terres nouvelles devient de plus en plus ardu, cependant que la pression démographique se maintient.À l\u2019instar de bien d\u2019autres régions du Québec, la Mauricie verra conséquemment migrer une part appréciable des nouvelles générations vers l\u2019Ouest ou les États-Unis.Voici comment les historiens René Hardy et Normand Séguin ont décrit la situation : [.1 Ni le domaine agricole qu\u2019on achève d\u2019investir ni les villages et la ville ne peuvent absorber la poussée des nouvelles générations, qui de plus en plus doivent se tourner vers l\u2019émigration pour assurer leur survie.L\u2019écart se creusant entre les possibilités d\u2019un régime économique parvenu à maturité, si l\u2019on peut dire, et la puissance du ressort démographique, le dernier tiers du siècle porte donc en lui les éléments d\u2019une crise profonde du processus de croissance qui durant plusieurs décennies a pourtant permis à la zone tri-fluvienne d\u2019intensifier ses rapports au marché et d\u2019augmenter substantiellement sa population.Sans transformation de sa socio-économie, la zone trifluvienne s\u2019acheminait vers un inéluctable blocage.(«Schéma d\u2019une histoire de la Mauricie», document inédit).Or, avec le tournant du siècle, un nouveau contexte se fait jour qui relancera sur des bases renouvelées la croissance de l\u2019économie régionale et le développement de lar- i'ACTION NATIONALE \u2022 63 rière-pays trifluvien.La Mauricie est dès lors entraînée dans une grande aventure, celle de l\u2019industrialisation massive et de l\u2019urbanisation.II- Les débuts de la grande industrie (1888-1914) 1.Les nouvelles bases du développement régional : la forêt et la « houille blanche » Un nouveau type d\u2019entreprise fait son apparition aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.Souvent créées par suite de la fusion de firmes concurrentes et mobilisant des capitaux d\u2019une ampleur jamais égalée, ces sociétés fraîchement inaugurées se démarquent aussi de l\u2019entreprise traditionnelle sur le plan des modes de gestion et de l\u2019organisation du travail.Ainsi, non seulement ces usines produisent-elles de très gros volumes de marchandises de toutes sortes, mais elles s\u2019insèrent désormais dans un ensemble plus vaste dont les composantes peuvent être dispersées, voire tout à fait éloignées dans l\u2019espace.Les progrès des sciences et des techniques exercent une influence considérable sur le développement de telles firmes qui investissent d'ailleurs de plus en plus dans la recherche et l\u2019innovation.Certains secteurs industriels en émergence réunissent l\u2019ensemble de ces caractéristiques tels la chimie, l\u2019aluminium, l\u2019automobile, le papier et l\u2019hydroélectricité.Ces secteurs vont rapidement devenir de véritables moteurs pour l\u2019économie de nos voisins du Sud.La demande en matières premières est telle, au tournant du siècle, que les États-Unis doivent en peu de temps se tourner vers l\u2019extérieur.C\u2019est à cette époque que sont formées les premières entreprises multinationales américaines.Et, vu l\u2019abondance des ressources encore inexploitées du Bouclier canadien, le Canada sera la terre de prédilection pour leur établissement.L\u2019arrière-pays de Trois-Rivières, qui appartient à ce vaste ensemble géomorphologique, s\u2019avère 64 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE spécialement attrayant.Quelques décennies d\u2019exploitation forestière ont jeté les bases d\u2019un premier réseau de transport et de communication, si bien que la région est déjà accessible.En outre, la main-d\u2019œuvre y est abondante, rompue à la discipline de travail, et les salaires sont peu élevés.Stimulée par l\u2019arrivée de la grande entreprise, la relance du développement de l\u2019arrière-pays trifluvien présente à la fois des éléments de continuité et de rupture par rapport à la période précédente.La forêt et, plus largement, les ressources naturelles, pèsent toujours lourdement dans l\u2019évolution de la socioéconomie régionale.Or, avec l\u2019essor de la presse à grand tirage aux États-Unis, la demande pour le papier augmente à ce point quelle exerce une pression excessive sur les réserves de bois, obligeant même le gouvernement américain à adopter des mesures de protection qui forcent les industriels à s\u2019approvisionner au Québec et au Canada.Mais à la différence de l\u2019exploitation du bois d\u2019œuvre, la fabrication de papier journal n\u2019exige pas d\u2019essences nobles, ni de spécimens bien développés.En fait, l epinette et le sapin de petite taille conviennent ici parfaitement.Ces conditions nouvelles ont pour effet de revaloriser la forêt mauricienne.Au même moment, une autre ressource vient orienter le processus de croissance dans la région: l\u2019hydroélectricité, qui s\u2019affirme au début du siècle comme l\u2019un des principaux agents de changement des appareils productifs des sociétés industrialisées.La rivière Saint-Maurice, comme on le sait, recèle d\u2019importants potentiels hydrauliques à peu près inexploités; par surcroît, ces sites offrent l\u2019avantage de ne pas être trop éloignés du grand centre urbain montréalais.Au départ, toutefois, les coûts de transport élevés et les difficultés de percer le marché de la métropole canadienne vont plutôt favoriser la consommation de l\u2019électricité produite en région par des usines établies proche des centrales.Consécutivement, des liens de complémentarité se tissent entre l\u2019hydroélectricité et quelques grandes entreprises L'ACTION NATIONALE «65 industrielles énergivores des secteurs de la chimie organique, de l\u2019aluminium et des pâtes et papiers.Site des chutes de Shawinigan avant les aménagements hydroélectriques Ces implantations d\u2019usines en Mauricie donnent bientôt naissance à de nouveaux centres urbains, tout en confirmant la vocation industrielle de Trois-Rivières.Voyons maintenant plus concrètement, à partir des exemples de Grand-Mère et de Shawinigan, comment se réalise l\u2019industrialisation, et de quelle manière ce dernier processus a favorisé l\u2019urbanisation.Nous traiterons ensuite brièvement de la constitution du réseau urbain mauricien et de la transformation des rapports ville-campagne.2.Grand-Mère et la naissance de l\u2019industrie papetière moderne Plusieurs historiens font remonter le début de l\u2019industrie papetière moderne au Québec et au Canada à la décennie 1880, avec l\u2019érection d\u2019une usine de fabrication de pâte à 66 \u2022 L'ACTION NATIONALE Source Archives Hydro-Québec F1/700893 # 37108. Grand-Mère.Auparavant, la fabrication du papier se faisait en règle générale à partir de fibres végétales (chiffons, cordages, etc.), et reposait sur des procédés traditionnels peu mécanisés.Or, la matière première utilisée pour préparer la pâte, quand elle était recyclée, était rare ; quand on utilisait des matériaux neufs, elle était bien trop coûteuse.Pour pallier ces difficultés, diverses substitutions sont tentées à l\u2019aide de matériaux comme le foin ou la paille, mais les résultats se révèlent plutôt mitigés.Finalement, c\u2019est le bois qui sera retenu.Bien qu\u2019abondant, le bois a pour inconvénient d\u2019offrir une grande résistance à la transformation.Pour le convertir en pâte à papier, il faudra attendre la mise au point de certains procédés chimiques ou de moyens mécaniques (les défibreurs).Des progrès sensibles sont réalisés en ce sens vers le milieu du siècle.Les conditions sont alors réunies pour que s\u2019amorce la production à grande échelle.L\u2019essor de l\u2019industrie papetière est particulièrement rapide aux États-Unis, qui importent du Canada d\u2019énormes quantités de bois à pulpe au cours des années 1880 et 1890.Cette demande fait d\u2019ailleurs naître des projets inédits au nord de la frontière : pourquoi, en effet, ne pas plutôt transformer sur place les billes en pâte?Après d\u2019infructueuses tentatives, c\u2019est un Montréalais d\u2019origine écossaise, John Foreman, qui le premier réussit à implanter une manufacture de pulpe en Mauricie.Le pionnier mise à la fois sur la puissance des chutes de Grand-Mère (sur la Saint-Maurice, à une trentaine de kilomètres à vol d\u2019oiseau au nord de Trois-Rivières), et sur les abondantes réserves de bois qui s\u2019étendent à proximité.À cette fin, une société est formée dès 1882 (la Canada Pulp Co.Ltd), mais elle est mise en faillite dès l\u2019année suivante.De toute évidence, le projet requiert une plus grande capitalisation.Aussi Foreman s\u2019associe-t-il à des industriels américains et canadiens pour fonder, en 1887, la Laurentide Pulp Co.Ltd.La compagnie débute la production de pâte à l\u2019été 1889.L'ACTION NATIONALE \u2022 67 La construction de l\u2019usine et d\u2019une première centrale à Grand-Mère ont nécessité des investissements majeurs, de l\u2019ordre d\u2019un million de dollars.Après quelques travaux d\u2019agrandissement, Laurentide s\u2019engage dans la fabrication de papier journal.En 1890, elle acquiert plus de 800 kilomètres carrés de réserves forestières supplémentaires en Mauricie.L\u2019année suivante, une voie ferrée relie l\u2019usine au réseau du Canadien Pacifique.Précédemment, la pulpe devait être transportée par des moyens rudimentaires sur une distance d\u2019environ deux milles ! Les bénéfices de l\u2019entreprise se montrent rapidement à la hauteur de toute attente.En 1893, par exemple, la pulpe vaut près de 14 $ la tonne sur les marchés internationaux, alors que son coût de production revient à moins de 10$.À l\u2019instar des autres papetières mauriciennes, celle de Foreman connaîtra une forte expansion pendant les premières décennies du XXe siècle.À partir de 1903, toute la pâte qu\u2019elle produit est transformée sur place.L\u2019établissement abrite alors quatre machines fourdriniers, et s\u2019apprête à en ajouter trois autres.En 1918, la production quotidienne de pâte s\u2019élève déjà à plus de 450 tonnes, et celle de papier à 210 tonnes.Par la suite, Laurentide changera de mains à quelques reprises pour être finalement intégrée au groupe Consolidated Paper, dans le mouvement de fusion qui frappe le secteur à la veille de la grande crise de 1930.L\u2019implantation d\u2019une première usine à Grand-Mère a eu entre autres effets d\u2019entraîner la formation d\u2019un petit centre regroupant les travailleurs affectés à la production, ainsi qu\u2019une population diverse oeuvrant dans les commerces ou les services.Cette communauté est majoritairement issue de la campagne.L\u2019habitat se détache bientôt de la paroisse de Sainte-Flore pour prendre officiellement le nom de village de Grand-Mère (en 1898).Trois ans plus tard, Grand-Mère obtient le statut de ville.Elle compte alors 2 511 habitants.À elle seule, l\u2019usine de la Laurentide embauche, en 1908, environ 1 000 travailleurs et les salaires versés s\u2019élèvent à près de 700 000$.Bien que ses ouvriers soient principale- 68 \u2022 L'ACTION NATIONALE ment d\u2019origine canadienne-française, les emplois qualifiés sont, à cette époque, surtout occupés par un groupe de papetiers anglophones (environ 150 hommes, la plupart Américains).Le nouveau centre urbain croît à un rythme soutenu pendant les premières décennies du siècle.En 1915, on y dénombre environ 1600 emplois manufacturiers pour une masse salariale de plus de 1,1 million de dollars.Une première ville industrielle s\u2019est développée dans l\u2019arrière-pays de Trois-Rivières.3.Électricité, papier, carbure et aluminium à Shawinigan Deux autres villes industrielles sont créées en Mauricie au tournant du siècle.Il s\u2019agit de La Tuque, dont les caractéristiques de base (installation d\u2019une usine de pâte à proximité d\u2019un potentiel hydraulique) ne sont pas sans rappeler le cas de Grand-Mère, et de Shawinigan, ville de ressources qui se signale tant par l\u2019originalité de son développement que par son importance au sein du réseau urbain mauricien.Site de Shawinigan.Prise d'eau, conduites forcées, centrale SWP 1, NAC1, NAC16.Vers 1908 .
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