L'action nationale, 1 janvier 1999, Janvier
[" L'Action Volume LXXXIX, numéro 1, janvier 1999 vu par Jacques Parizeau IL^ksdnaDm N AT ION ALT Directeur Adjointe au directeur Rédacteur en chef Secrétaire administrative Rosaire Morin Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron Comité de rédaction François Aquin, avocat Jacques Brousseau Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante, sociologue Ronald-E.Laviolette, notaire honoraire Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon, ex-sous-ministre aux Affaires culturelles Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l'LREP, professeur UQAC Henri Brun, professeur de droit international, Université Laval Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy L'Action nationale 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca TABLE DES MATIÈRES Volume LXXXIX, numéro 1, janvier 1999 Éditorial Si jeunesse pouvait.Rosaire Morin\tLa petite histoire du Québec Jean-Denis Robillard\t85 L'indépendance Construire l'indépendance Robert Laplante\tRegards sur l'actualité Rosaire Morin\t89 \t\t L\u2019épargne Les fonds mutuels Rosaire Morin\tDocument visuel La Petite Bourgogne, Quartier de labeur ET DE SOLIDARITÉ Laurence Lambert\t109 L'AMI MENACE-T-IL LA SOUVERAINETÉ DES ÉTATS ?Jacques Parizeau\tChronique francophone Le Viêtnam Michel Têtu et Réjean Beaudin\t125 LE PONT ENTRE LES GÉNÉRATIONS Jacques Grand\u2019Maison\tLectures\t143 \t\t Américanisation ET ANGLICISATION DES ONDES Jean-Paul Perreault\tComptes rendus DE LECTURE\t149 \ts Courrier DES LECTEURS\t163 \t\t Deux poids -Deux mesures Gilles De La Fontaine\tNos ANNONCEURS\t171 Avis aux Internautes ! L\u2019Action nationale est maintenant sur le Web ! http://www.action-nationale.qc.ca Vous y retrouvez : \u2022\tl'éditorial \u2022\tdes articles : social - culture - politique \u2022\tdes faits saillants sur l'épargne \u2022\tdes billets hebdomadaires \u2022\tdes textes majeurs parus dans la revue \u2022\tl'abonnement en ligne Venez naviguer et donnez-nous vos commentaires ou suggestions ! Notre courriel : revue@action-nationale.qc.ca 2 \u2022 L'ACTION NATIONALE Éditorial Si jeunesse pouvait.Ne me chicanez pas pour une douzaine de jeunes comptés en plus ou en moins.Rosaire Morin Le gouvernement du Québec organisera un sommet sur la jeunesse.L\u2019initiative peut paraître excellente.Elle est une opération inutile.Les problèmes de la jeunesse québécoise sont connus.Ils se perpétuent, ils s\u2019immortalisent dans le temps.«Plus ça change, plus c\u2019est pareil».Les études, les analyses et les recherches sont abondantes.Des comités, des conseils et des commissions ont diagnostiqué toutes les maladies qui bloquent l\u2019avenir des jeunes en difficulté.Les recommandations sont écrites depuis vingt ans.Elles sont précises, lucides.Elles correspondent aux besoins.Mais elles sont classées dans les archives.La poussière qui les recouvre fait venir les larmes aux yeux.L\u2019Action nationale est inquiète des conditions de vie des jeunes adultes.Elle a observé à diverses reprises les problèmes de la jeune génération.Elle a identifié les misères de milliers de jeunes travailleurs et étudiants.Elle a constaté les différences existantes entre la ville et la campagne, entre les adolescents et les jeunes filles.L'ACTION NATIONALE \u2022 3 Les étudiants En 1999, 38000 jeunes quitteront l\u2019école sans le diplôme d\u2019études secondaires.Près de 15000 étudiants déserteront le cégep sans la certification.Cette situation tragique perdure depuis plus de 20 ans.Un demi million de jeunes âgés de 15 à 29 ans ne jouissent pas d\u2019une formation suffisante pour l\u2019insertion sociale et l\u2019intégration au travail.La moitié de cette jeunesse vit sous le seuil de la pauvreté.C\u2019est une réalité brutale et cruelle.L\u2019égalité des chances doit s\u2019exprimer par une action immédiate, efficace et durable, et non pas par une nouvelle enquête sur une condition de vie malheureuse.Les jeunes travailleurs Près de 300 000 jeunes de 15 à 29 ans occupent un emploi précaire, à temps partiel, à faible salaire.Derniers embauchés, ils sont souvent les premiers licenciés.Ils n\u2019ont pas la formation nécessaire aux exigences nouvelles du travail.Ils sont condamnés à la pauvreté.Plus de 200000 jeunes sont sans emploi.La moitié d\u2019entre eux vivent d\u2019allocations sociales.Ils existent.Ils habitent dans une société de consommation.Ils sont mal logés, mal alimentés et marginalisés.Être pauvre dans un pays riche, c\u2019est plus misérable que de vivre dans un pays du tiers-monde.Les conséquences L\u2019insécurité des jeunes en difficultés est affligeante.Elle se traduit inévitablement en un malaise social qui grandit avec le nombre des nécessiteux.Des jeunes quittent le foyer, parfois pour le trottoir.Certains sont chassés du toit familial par des parents désemparés.Le drame du suicide chez les jeunes et la tragédie de la toxicomanie, de la criminalité et de la violence éclatée pren- 4 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE nent des proportions alarmantes.Des milliers de jeunes sont exclus de la normalité.Ils deviennent presque irrécupérables.Le Québec est en train de sacrifier une génération de jeunes qui seraient capables d\u2019enthousiasme et de solidarité pour bâtir un pays prospère à portée de main.Peu de personnes démunies rêvent de refaire le monde.Les recommandations de 1 000 rapports Les sociologues et les économistes de toutes les écoles conviennent que la société québécoise ne peut maintenir dans la pauvreté un si grand nombre de jeunes.Les femmes et les hommes politiques reconnaissent aussi que les coûts sociaux et économiques engendrés sont énormes et excessifs.Comment peut-on expliquer qu\u2019une condition si déplorable se perpétue à travers les décennies?Qui profite du sacrifice d\u2019une génération perdue ?Pourquoi les remèdes proposés pour guérir une maladie chronique dorment-ils dans la poussière des archives?Il est urgent de sonner l\u2019alerte et de passer à l\u2019action.Le travail Le gouvernement du Québec doit réaliser l\u2019insertion des jeunes dans le monde du travail.Un effort en ce sens a été accompli.C\u2019est un départ.Mais les ressources déployées ne sont pas suffisantes.Elles ne correspondent pas à la vie réelle.L\u2019obtention du premier emploi demeure artificielle pour un grand nombre de jeunes.L\u2019utilisation efficace de la ressource humaine exige des ressources considérables.L\u2019intégration des jeunes au travail dépend de la volonté politique et de l\u2019intelligence des leaders.De vastes chantiers doivent être ouverts.Le Québec importe 10 000 produits qui procurent de l\u2019emploi aux Américains et aux Ontariens.Les Québécoises et les Québécois sont-ils incapables de bâtir 1 500 nouvelles usines L'ACTION NATIONALE \u2022 5 dans les cinq prochaines années ?Confieront-ils cette tâche à des intérêts étrangers?Pourquoi ne serions-nous pas capables de choisir les secteurs où nous excellons.L\u2019importation de 8 500 produits serait raisonnable.Il ne suffit pas d\u2019exporter; il faut aussi viser à une certaine autosuffisance des biens consommés.Une action parallèle et immédiate doit être accomplie.L\u2019évolution du marché du travail est désordonnée, incohérente.Les grandes entreprises rationalisent et accumulent les profits aux dépens de personnes licenciées qui ont bâti leur empire.Les centres de main-d\u2019œuvre sont même incapables d\u2019orienter les jeunes vers les emplois disponibles.Ils jouent au babillard.A court terme, les prévisions d\u2019emplois sont imprécises et les besoins futurs sont à la frontière de l\u2019inconnu.L\u2019absence de données précises sur la main-d\u2019œuvre requise est une déficience à combler.La coordination harmonieuse entre les entreprises, les syndicats et les services de placement est une obligation essentielle pour l\u2019intégration des jeunes au travail.Si la concertation se limite à la parole, le gaspillage des forces vives aggravera le phénomène de la dépendance sociale.Les jeunes décrocheurs ne possèdent pas, en général, les connaissances et les habiletés nécessaires au marché du travail valorisant.Ceux qui obtiennent un emploi, sans préparation adéquate, travaillent au salaire minimum, dans des conditions généralement difficiles et sans les avantages sociaux raisonnables.Il faut que tous acquièrent une formation générale et professionnelle minimale.Des programmes en cours permettent un nouveau départ à un petit nombre.Quelques institutions prestigieuses dispensent une formation de qualité à de jeunes adultes qui ont quitté prématurément les études.Mais la très grande majorité n\u2019ont pas la chance d\u2019une ouverture sur la vraie vie.Pour répondre aux besoins 6 \u2022 L'ACTION NATIONALE des usagers dont l\u2019avenir est bloqué, il faut multiplier les réussites et prévoir des programmes de formation selon les besoins des personnes et des entreprises.Il faut explorer des formules nouvelles permettant aux jeunes d\u2019intégrer efficacement le marché du travail.Une formule heureuse consiste dans les stages de travail en entreprises.Elle doit toutefois viser l\u2019intégration du jeune avant de profiter à l\u2019employeur.Elle doit comprendre une fin éducative et une formation générale.L\u2019équilibre entre la pratique et la théorie doit être respecté.Acquérir une technique dans l\u2019exécution du travail ne réalise pas nécessairement l\u2019insertion sociale.Pour combattre la pauvreté chez les décrocheurs, le gouvernement doit mobiliser toutes les forces vives de la collectivité.Il doit aussi investir des centaines de millions de dollars.Un système de prêts et bourses et des allocations importantes doivent être versées aux jeunes adultes économiquement pauvres pour les aider à défrayer les dépenses encourues par leur inscription dans un cours de formation.La reconnaissance des acquis n\u2019est pas encore appliquée avec discernement.Elle n\u2019évalue pas correctement les aptitudes, les expériences et les connaissances acquises dans la vraie vie.Il faut aussi faire disparaître les nombreuses contraintes syndicales et autres qui bloquent l\u2019entrée des jeunes sur le marché du travail.L\u2019instruction Si 53 000 jeunes quittent prématurément les études secondaires et cégépiennes, il y a certes un problème.Les réformes de l\u2019enseignement n\u2019ont pas trouvé les formules adéquates pour fermer le robinet des décrocheurs scolaires.Des écoles québécoises ont innové.Elles ont développé des méthodes pédagogiques mieux adaptées aux besoins des étudiants.Elles ont prodigué un enseignement plus vivant, L'ACTION NATIONALE \u2022 7 plus pratique.Elles ont établi des programmes de prévention et de soutien pour les jeunes plus sujets au décrochage.Ce sont des modèles à introduire dans toutes les maisons d\u2019enseignement.Mais l\u2019enseignant ne peut répondre aux besoins pressants des élèves qui vivent dans la pauvreté.Les enfants qui n\u2019ont rien pour déjeuner ne connaissent pas la persévérance scolaire.Si on se contente de leur distribuer un verre de lait, l\u2019abandon des études est probable.Ce problème social est d\u2019envergure.Conclusion L\u2019Action nationale sonne l\u2019alerte.Le gouvernement doit promouvoir l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes.Il doit appliquer les solutions concrètes pour éviter la perte d\u2019une génération.La formation de 500000 jeunes adultes en difficulté est une clé de l\u2019avenir québécois.Leur intégration au travail est une condition de la paix sociale.Elle est un élément capital du développement québécois.Le défi est de taille.Il faut redonner aux jeunes l\u2019espoir, l\u2019espérance de l\u2019avenir.?8 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L'indépendance Construire Vindépendance Robert Laplante* Les Québécoises et les Québécois se sont exprimés le 30 novembre dernier.Comme à chaque élection, depuis la fondation du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale d\u2019abord, puis de celle du Parti Québécois, cette campagne n\u2019a pas été seulement celle d\u2019une élection provinciale ».Un parti souverainiste qui sollicite le mandat de gouverner la « province » s\u2019inscrit toujours dans une double démarche : celle de gérer les affaires d\u2019un État incomplet et menacé par les menées centralisatrices du gouvernement fédéral, et celle de faire progresser, durant cet exercice et dans un cadre très contraignant, la marche vers la souveraineté.Et c\u2019est sur ces deux aspects qu\u2019un gouvernement dirigé par le P.Q.a été jugé.L\u2019Action nationale a jugé, dans son éditorial de novembre, que le bilan du gouvernement Parizeau-Bouchard était suffisamment étoffé pour que ce parti mérite d\u2019être reporté au pouvoir.\u2019 Président, Ligue d\u2019Action nationale L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 9 L \u2019Action nationale n\u2019a pas manqué de faire une critique parfois très sévère du gouvernement de Lucien Bouchard.Sa gestion, quoique rigoureuse, s\u2019est trop souvent perdue dans des avenues mesquines et sans imagination.Sa promotion de la souveraineté souffre de plusieurs carences, en particulier d\u2019un manque flagrant de pédagogie politique.Le PQ a du mal à faire le procès systématique du fédéralisme ; ses efforts en ce sens sont inconstants, peu ordonnés.Mais ce parti reste, malgré tout, le seul qui puisse encore éviter au peuple du Québec l\u2019enfermement définitif, la minorisation à perpétuité dans un Canada qui comprend de moins en moins d\u2019où il tient cette anomalie française.À quelque cinquante mille voix d\u2019une majorité lors du dernier référendum, le combat pour l\u2019indépendance continue plus que jamais ; le pays est à portée de main.Mais ce serait une erreur de croire qu\u2019il se résume tout entier dans le processus électoral.L\u2019Action nationale, depuis quatre-vingt-deux ans maintenant, soutient que la construction du pays québécois exige une mobilisation de tous les instants qui doit porter sur tous les domaines de la vie collective.On n\u2019est pas indépendantiste une fois tous les quatre ans.La promotion de la souveraineté doit s\u2019accompagner des analyses et des gestes qui contribuent à façonner notre société pour que dans tous les aspects de la vie s\u2019élargissent les espaces d\u2019autonomie et de responsabilité pleine et entière.La construction du pays suppose que l\u2019ensemble de la conduite des affaires collectives soit ordonné de manière telle que, partout et en tout temps, les choses se conçoivent, se débattent et se fassent comme il se doit en plaçant notre intérêt national au cœur de la cible, au centre de l\u2019action.La lutte pour l\u2019indépendance est une affaire d\u2019émancipation globale Notre peuple, minorisé dans les structures politiques et dans la réalité démographique canadienne, reste encore trop souvent prisonnier, dans ses attitudes et sa représentation de 10 \u2022 L'ACTION NATIONALE lui-même, de la condition de vaincu dans laquelle il a grandi.Nous avons encore beaucoup de difficultés à nous assumer comme une majorité responsable, liée par des intérêts nationaux perçus et assumés comme des éléments rassem-bleurs.Dans beaucoup de domaines de la vie collective, dans le fonctionnement de nos institutions, dans la façon que nous avons d\u2019aborder nos problèmes, nous nous comportons comme des provinciaux, prisonniers de représentations qui restent subordonnées à des façons de penser et d\u2019agir qui ont intériorisé, sinon la soumission, à tout le moins, des catégories étrangères à nos propres intérêts.Nous restons à la périphérie de nous-mêmes.Nous craignons trop le jugement extérieur, nous agissons trop souvent en fonction de ce qu\u2019on va dire de nous, nous manquons de confiance dans nos moyens, etc.En matière linguistique, par exemple, nous avons cherché de manière puérile des accommodements qui visent à nous rassurer sur la «mauvaise image» que nos adversaires projettent de nous au lieu de faire primer nos besoins et nos objectifs.Nous l\u2019avons fait avec la candeur de ceux qui pensent que cette recherche de «correctifs» suffirait à neutraliser des adversaires qui, aussitôt la concession faite, repartent en campagne sur un autre front, réussissant, du coup, à conserver l\u2019initiative, à nous imposer leur rythme et leurs préoccupations.Les exemples pleuvent, on peut en trouver dans tous les domaines, où le doute de soi se manifeste insidieusement sous la forme de remarques dédaigneuses laissant entendre qu\u2019une réalisation, un questionnement, un projet se trouvent en quelque sorte diminués de n\u2019être «que» québécois.La persistance de ces attitudes, la façon dont elles orientent nos débats et infléchissent nos choix brouillent bien des repères et contribuent, pour une large part, à dresser le paysage mental de cette catégorie bizarre que les sondeurs ont appelée les nationalistes «mous» qui occupent et définissent le centre de notre arène politique.La condition de minoritaire ne se dénoue pas d\u2019un seul coup.Elle se défait L\u2019ACTION NATIONALE «Il lentement, au fur et à mesure que nous réussissons à enrayer les mécanismes culturels, politiques et institutionnels qui ont permis et permettent sa reproduction.Ces mécanismes ne sont pas seulement intériorisés, bien sûr ; ils sont maintenus et imposés par le rapport des forces qui pèsent sur nous, forces uniformisantes, canadiennes et continentales.Les actions du gouvernement « Canadian » et la domination idéologique de la majorité pèsent plus lourdement sur nous que nous ne voudrions l\u2019admettre.Renverser les perspectives Nous avons connu du succès à nous affranchir de certains carcans ; nous y arrivons de mieux en mieux.Mais il nous reste beaucoup à faire pour débusquer et corriger partout, dans nos institutions aussi bien que dans nos façons d\u2019aborder les problèmes, les effets de cette perception et de réflexes de minoritaires.L\u2019adhésion au projet indépendantiste suppose et renforce un processus identitaire fondamental dont l\u2019expression politique n\u2019est qu\u2019un des aspects.Cette expression, en effet, est nécessaire mais elle n\u2019est pas suffisante.Se définir et se percevoir comme majoritaire, revendiquant la plénitude de sa condition de citoyen responsable, suppose un arrachement, un renversement des perspectives aussi bien culturelles que comportementales.Et ce renversement ne s\u2019effectue que lentement ; il lui faut du temps, pour sédimenter dans les institutions, pour inscrire dans la culture, les acquis qui finissent par devenir des automatismes, des références implicites qui s\u2019inscrivent comme des évidences dans le cours normal des choses.Cette restructuration des conduites et ce recentrement des perceptions ne s\u2019effectuent pas partout et pour tous au même rythme.Devant l\u2019adversité, sous les coups portés par un adversaire puissant, déterminé, des régressions surviennent parfois, des doutes recommencent à miner des certi- 12 \u2022 L'ACTION NATIONALE tudes à peine établies.C\u2019est particulièrement vrai en matière linguistique où la progression des gestes d\u2019affirmation a considérablement ralenti.Ce l\u2019est également dans le domaine culturel où sont peu audibles les voix qui refusent la domination culturelle américaine, où il semble normal à un trop grand nombre que nos produits culturels n\u2019occupent, tout au plus, que 30% de notre marché national.On pourrait multiplier les exemples où, subrepticement, dans la façon même d\u2019exprimer les problèmes, de découper la réalité, nous nous marginalisons nous-mêmes : une politique de la lecture qui hésite à placer la littérature et l\u2019édition nationales au cœur de ses préoccupations, des médias d\u2019information qui traitent comme régionales des questions qui nous sont pourtant vitales du point de vue de notre intérêt national, etc.Il est d\u2019autant plus difficile de débusquer ces conduites, d\u2019en formuler une critique mobilisatrice, que le doute identitaire s\u2019accompagne d\u2019un très puissant mécanisme de défense : la complaisance.Dans un contexte d\u2019insécurité et de domination, en effet, les tentations sont grandes de se replier sur les acquis pour ne pas voir ce qui s\u2019érode, de se réfugier derrière des symboles quand la réalité est trop brutale.C\u2019est ainsi, par exemple, que peut s\u2019expliquer l\u2019incroyable paradoxe mis au jour par l\u2019enquête de Rosaire Morin sur la gestion de l\u2019épargne et sur le poids relatif de l\u2019économie québécoise dans l\u2019ensemble «Canadian».Pendant qu\u2019un peu partout on nous vante les mérites de Québec Inc.et qu\u2019on nous brandit les deux ou trois exemples de grande réussite économique, le Québec est en train de se laisser saigner à blanc, par sa propre insouciance, par une conduite de minoritaire soumis à la voix et aux volontés de Toronto.Nous avons manqué de vigilance au point où nous avons confié notre épargne aux mains de ceux qui nous minori-sent, qui dressent avec nos propres ressources, des obstacles à notre développement.?L'ACTION NATIONALE \u2022 13 & BANQUE LAURENTIENNE Tradition, innovation et expertise : nos forces maîtresses depuis 1846.14 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L'épargne Les fonds mutuels Rosaire Morin La persévérance entêtée et laborieuse de L\u2019Action nationale est animée par l\u2019espoir du pays.Depuis 1917, L\u2019Action nationale répète sans cesse que la question nationale est une question économique1.Elle a trop le sens des réalités pour ne pas attacher aux problèmes économiques l\u2019importance qui leur revient.De ces problèmes, l\u2019épargne et son emploi sont l\u2019un des plus intéressants2.Fidèle à la pensée des précurseurs, la revue recherche inlassablement à insérer leurs préoccupations dans les conditions actuelles de la vie québécoise.En octobre 1996, la recherche sur les fonds mutuels canadiens démontre que les placements au Québec sont limités à 5,43% des 146 milliards $ d\u2019actifs.De grands gestionnaires francophones n\u2019étaient pas inquiets de cette déportation de l\u2019épargne 1.\tÉdouard Montpetit, L'Action française, janvier 1917, p.2 2.\tJ.-N.Cabana, L \u2019Action française, août 1917, p.226.L'ACTION NATIONALE \u2022 15 québécoise.» La déficience n\u2019existe que dans le secteur des fonds mutuels - affirmaient-ils.En novembre 1997, un document irrécusable de 564 pages établit que la déportation de l\u2019épargne québécoise franchit la frontière inimaginable des 200 milliards $.L\u2019étude démontre que la fuite des capitaux incrimine les gestionnaires de tous les secteurs financiers : assurances, banques, caisses de retraite, sociétés d\u2019épargne, de fiducie et de fonds mutuels.De grands commis affirment alors qu\u2019il n\u2019y a pas de projets rentables au Québec pour investir un vingtième de ces capitaux.Ils sont incapables de créer des emplois pour le million de personnes qui vivent de prestations sociales et de chômage.En septembre dernier, une analyse sur les régimes québécois de retraite révèle que cent milliards $ sont placés en d\u2019autres provinces et pays.Le dossier d\u2019octobre découvre que les sociétés ontariennes d\u2019assurances souscrivent plus de primes au Québec que les sociétés québécoises n\u2019en perçoivent.En novembre, l\u2019étude révèle que les cinq grandes banques torontoises ont autorisé 525,7 milliards $ de crédit à des entreprises de l\u2019Ontario et 85,4 milliards $ à des entreprises du Québec.En décembre, la preuve est faite que les sociétés filiales étrangères échappent au contrôle des Québécoises et des Québécois.Le présent article présente une analyse sur la moitié des placements des sociétés canadiennes de fonds mutuels.Nos ressources ne nous permettent pas une étude plus complète.La photographie de l\u2019ensemble serait encore plus pâle que la réalité présentée.I.- Les actifs de 10 sociétés L\u2019élan de popularité que connaissent les fonds communs de placement n\u2019est pas le fruit du hasard.La baisse des taux d\u2019intérêt a suscité la trouvaille de ces nouveaux instruments de placements.Les gestionnaires recherchent le rendement élevé.Ils défient la conjoncture économique et les fluctua- 16 \u2022 L'ACTION NATIONALE tions des marchés financiers.Ils investissent à travers le monde.Le tableau 1 présente l\u2019actif des fonds communs de dix sociétés.Elles possèdent près de la moitié des capitaux investis en ce secteur.Tableau 1 ACTIF DES FONDS, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors3\t19833 743\t24 533162\t38018099 Trimark\t13800 505\t20 742919\t27 252121 Royal4\t12196 990\t18389579\t25653604 Mackenzie Ind.-Uni.5\t8100877\t8 935231\t13658 272 TD-Green Line\t4 420 077\t10383 586\t12951 317 CIBC\t6191 464\t8 909941\t11 233 027 Montreal\t5441 835\t6 266 868\t10343 909 Scotia\t3 348 739\t5216248\t6 721 604 Sous-total\t73334 230\t103 377 534\t145831 953 InvestNat\t1471214\t2 456 243\t2799147 Desjardins\t810210\t1 340 503\t2 768300 Sous-total\t2 281 424\t3796746\t5 567 447 Grand total\t75 615 654\t107174280\t151 399400 L\u2019essor de ces fonds est ahurissant.L\u2019actif a plus que doublé en trois ans.C\u2019est une croissance rapide.Les Québécoises et les Québécois ont souscrit quelque 30 milliards de dollars dans ces fonds.C\u2019est un réservoir considérable de 3.\tSept des 32 fonds d\u2019Investors n\u2019indiquent pas le détail de leur portefeuille.Cette absence de divulgation a pour conséquence que les données que nous présentons ne tiennent pas compte des 8,5 milliards S de l\u2019actif de ces fonds La moyenne arithmétique n\u2019aurait probablement pas changé, si les données avaient été publiées.4.\tLes statistiques Royal de 1995 et de 1996 comprennent les valeurs des fonds RoyFund et Trust Royal regroupés en 1997.Cette note s\u2019applique à tous les tableaux.5.\tLes portefeuilles de Mackenzie Universal et de Mackenzie Industrial sont regroupés pour tous les tableaux.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 17 capitaux.Cet argent est investi dans l\u2019économie.Quelle est la fraction placée au Québec?La question est capitale.II.- Les placements au Québec La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l\u2019infini.Renan Le tableau 2 indique la répartition des placements des trois dernières années.Le montant comprend tous les titres placés au Québec dans le gouvernement, dans le secteur public et dans les entreprises québécoises.Tableau 2 PLACEMENTS AU QUÉBEC, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t1050303\t1 000119\t975152 Trimark\t924 286\t1111 182\t1 295772 Royal\t533650\t692723\t1 064 278 Mackenzie Ind.-Uni.\t309956\t608491\t650178 TD Green Line\t151254\t683042\t581 334 CIBC\t386 781\t623616\t774 636 Montreal\t116153\t139116\t642 209 Scotia\t204 547\t331 700\t621 106 Sous-total\t3676 930\t5189989\t6604 665 InvestNat\t332821\t702099\t779467 Desjardins\t126743\t253141\t860 404 Sous-total\t459 564\t955 240\t1 639871 Grand total\t4136494\t6145229\t8244 536 La libre circulation permet aux huit sociétés torontoises de récolter environ 29 milliards $ d\u2019épargne québécoise.Elles n\u2019ont investi que 6,6 milliards $ au Québec.La distorsion est inqualifiable.Ces sociétés torontoises se comportent 18 \u2022 L'ACTION NATIONALE comme des pirates avides et insatiables.Elles investissent notre épargne dans des entreprises établies en d\u2019autres provinces et pays.Elles gèrent notre \u201cbutin» sans se préoccuper de la qualité de notre vie.Cette situation n\u2019est pas imputable à la compétence des gestionnaires.Elle est attribuable à leur état d\u2019âme, à leur perception du Québec et de son développement.Les financiers gèrent nos biens avec un indice torontois de placement qui sous-évalue les titres québécois.Le tableau 3 reproduit la proportion de l\u2019actif investi au pays du Québec.Tableau 3 PROPORTION DES PLACEMENTS AU QUÉBEC Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t5,3\t4,1\t2,5 Trimark\t6,7\t5,3\t4,7 Royal\t4,4\t3,8\t4,1 Mackenzie Ind.-Uni.\t3,8\t6,8\t4,7 TD Green Line\t3,4\t6,5\t4,4 CIBC\t6,3\t7,0\t6,8 Montreal\t2,1\t2,2\t6,2 Scotia\t6,1\t6,3\t9,2 Sous-total\t5,0\t5,0\t4,5 InvestNat\t22,6\t28,5\t27,8 Desjardins\t15,6\t18,8\t31,0 Sous-total\t20,1\t25,1\t29,4 Grand total\t5,4\t5,7\t5,4 Investors présente la pire performance.Le groupe de Paul Desmarais a récolté 7 milliards $ au Québec.Il a investi 975 millions $, 2,5% de son actif.L\u2019élève de Jean-Louis Lévesque n\u2019a pas retenu les leçons de son maître.L\u2019illustre Gaspésien jugeait qu\u2019il est essentiel que nous regroupions nos L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 19 forces de façon à affronter la concurrence anglo-saxonne et américain f.L\u2019injustice est consommée.Dans les fonds mutuels et dans tous les secteurs financiers, le Québec se voit refuser les placements auxquels son épargne lui donne droit.À moins d\u2019être innocent, un peuple se révolte contre une telle iniquité.III.- Les placements dans les gouvernements Outre le droit des gens qui regarde toutes les sociétés, il y a un droit public pour chacune.Une société ne saurait subsister sans un gouvernement.Montesquieu L\u2019organisation sociale requiert les ressources nécessaires pour satisfaire aux besoins de la population.Les entreprises financières sont les principaux bailleurs de fonds des gouvernements, après les contribuables.Quelle est la contribution de nos dix sociétés de fonds mutuels dans le financement des gouvernements du Canada et du Québec, des sociétés d\u2019électricité du Québec et de l\u2019Ontario et dans le secteur public québécois ?III.a.- Le gouvernement du Canada Le tableau 4 présente les valeurs placées dans le gouvernement fédéral par les dix sociétés.Les gestionnaires des fonds mutuels aiment le gouvernement du Canada.Ils ont placé 14,8% de leur portefeuille dans des titres fédéraux.Scotia, Royal et CIBC détiennent plus de 25% de leurs avoirs dans des valeurs fédérales.C\u2019est le pur amour.L\u2019amour-passion.Sans raison.Les gestion- 6.Jules Bélanger, Jean-Louis Lévesque, La montée d\u2019un Gaspésien aux sommets des Affaires, Fides, 1996, page 112.20 \u2022 L'ACTION NATIONALE naires de toutes les entreprises financières éprouvent les mêmes sentiments à l\u2019égard du gouvernement fédéral.Tableau 4 VALEURS DANS LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL EN 000 $ Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t1 609214\t1 527 208\t1 869742 Trimark\t418 865\t673481\t1441 091 Royal\t4629317\t8 010745\t6996113 Mackenzie Ind.-Uni.\t2 529 359\t2 938 740\t3054 010 TD Green Line\t792 413\t2 660667\t2019317 CIBC\t2 621 030\t3557695\t2854 954 Montreal\t1 655 465\t1 299381\t1406389 Scotia\t1 392 977\t2 221 542\t2046 382 Sous-total\t15 648 640\t22 889459\t21 687998 InvestNat\t488 578\t694 084\t477054 Desjardins\t169 641\t352703\t354 472 Sous-total\t658 219\t1 046 787\t831 526 Grand total\t16 306 859\t23 936246\t22 519 524 Ill.b.- Le gouvernement du Québec Le tableau 5 reproduit la somme des obligations placées dans le gouvernement du Québec par les mêmes fonds.La part culbutée dans les obligations du gouvernement du Québec est dérisoire, minable, lamentable.Le message chiffré est exact.Il ne ment pas.Il assomme.Il se reproduit aussi dans l\u2019ensemble des secteurs financiers.Quatre grandes sociétés se distinguent.En 1997, Trimark, Royal, Mackensie et Montreal ne possèdent pas un seul sou dans les obligations du gouvernement du Québec.Investors et Scotia ont placé des miettes.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 21 Tableau 5 OBLIGATIONS DU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, EN 000 $ Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t2485\t4 306\t52471 Trimark\t0\t0\t0 Royal\t19756\t48032\t0 Mackenzie Ind.-Uni.\t0\t0\t0 TD Green Line\t29228\t279652\t196525 CIBC\t47 889\t270084\t229 404 Montreal\t0\t0\t0 Scotia\t3027\t7 858\t15 308 Sous-total\t102 385\t609932\t493708 InvestNat\t244 532\t519506\t410065 Desjardins\t36888\t148426\t406 823 Sous-total\t281 420\t667932\t816888 Grand total\t383 805\t1 277 864\t1 310 596 Les huit sociétés anglophones possèdent 493 millions $ en 1997 dans les obligations du gouvernement québécois.Les deux sociétés québécoises, InvestNat et Fonds Desjardins, ont investi 816 millions $.Elles représentent 3,6% des actifs analysés et elles ont placé 62,3% des fonds investis dans les obligations du gouvernement du Québec.Comme quoi on n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même.Alors qu\u2019elles boudent le Québec, les huit sociétés toron-toises détiennent 1,2 milliard $ dans les obligations du gouvernement de l\u2019Ontario.Les fonds Royal, Montreal et Trimark qui n\u2019ont pas un sou dans le gouvernement du Québec ont placé respectivement dans les obligations du gouvernement de l\u2019Ontario 665 millions $, 118 millions $ et 109 millions $.À l\u2019égard du Québec, le comportement est étrange, bizarre.Si les obligations du gouvernement québécois offraient un taux d\u2019intérêt inférieur, l\u2019attitude des financiers serait compréhensible et logique.Mais les rendements québécois sont supérieurs.Tous les témoignages concor- 22 \u2022 L'ACTION NATIONALE dent.Les gestionnaires torontois aiment tellement le Canada qu\u2019ils perdent près de 75 millions $ d\u2019intérêt par année.III.c.- Hydro-Québec et Hydro-Ontario Le tableau reproduit les obligations dans Hydro-Québec des dix sociétés analysées.Tableau 6 OBLIGATIONS D'HYDRO-QUÉBEC, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t0\t0\t0 Trimark\t0\t0\t0 Royal\t0\t0\t0 Mackenzie Ind.-Uni.\t0\t0\t0 TD Green Line\t5773\t9557\t8346 CIBC\t1276\t11055\t7686 Montreal\t0\t0\t0 Scotia\t2995\t1098\t15338 Sous-total\t10044\t21 710\t31370 InvestNat\t0\t13 878\t14146 Desjardins\t15641\t16997\t46407 Sous-total\t15641\t30875\t60 553 Grand total\t25 685\t52 585\t91 923 Les huit sociétés anglophones ont risqué 31 millions $ dans Hydro-Québec.Les deux sociétés québécoises ont investi 60 millions $, presque le double.Hydro-Québec n\u2019est pas un dépanneur du coin.La société est génératrice d\u2019économie et d\u2019emplois.Elle est la quatrième plus importante entreprise d\u2019électricité du monde en terme de ventes, après Électricité de France, Tokyo Electric et Enerl d\u2019Italie.Elle est l\u2019une des plus grandes réussites du Québec.L'ACTION NATIONALE \u2022 23 Comment peut-on expliquer que quatre des huit sociétés torontoises aient complètement ignoré l\u2019existence d\u2019Hydro-Québec, l\u2019un des plus beaux fleurons du patrimoine québécois.Pas un seul sou n\u2019a été investi dans Hydro-Québec par Investors, Trimark, Royal, Mackenzie et Montreal.Le tableau 7 signale les obligations détenues dans Hydro-Ontario par les mêmes entreprises.Tableau 7 OBLIGATIONS D'HYDRO-ONTARIO, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t300 571\t147 996\t258 474 Trimark\t24282\t49353\t168106 Royal\t66280\t92106\t16 456 Mackenzie Ind.-üni.\t11229\t0\t0 TD Green Line\t3494\t73 220\t188 671 CIBC\t49247\t25 936\t57150 Montreal\t117376\t103867\t379161 Scotia\t15 943\t67315\t0 Sous-total\t588 422\t559793\t1 068 018 InvestNat\t8285\t5 204\t125 Desjardins\t207\t0\t31418 Sous-total\t8 492\t5 204\t31 543 Grand total\t596914\t564 997\t1 099 561 En 1997, les huit sociétés anglophones, qui ont investi 31 millions $ dans Hydro-Québec, ont placé 588 millions $ dans Hydro-Ontario.Il est vrai que leurs sièges sociaux sont à Toronto.Pourquoi, diable, les Québécoises et les Québécois déportent-ils leurs épargnes à Bay Street?III.d.- Les institutions sociales Les dix sociétés de fonds mutuels reconnaissent-elles les importants services que les institutions sociales rendent à la 24 \u2022 L'ACTION NATIONALE société québécoise ?Contribuent-elles au fonctionnement de ces structures fondamentales de la vie collective ?Financent-elles nos universités, nos collèges, nos hôpitaux, nos municipalités?Le tableau 8 répond à ces questions.Tableau 8 PLACEMENTS DANS LES INSTITUTIONS SOCIALES DU QUÉBEC, 1997, EN MILLIERS DE DOLLARS \tEnsei- gnement\tSanté\tVilles\tAutres\tTotal Investors\t0\t0\t0\t0\t0 Trimark\t0\t0\t0\t0\t0 Royal\t0\t0\t0\t0\t0 Mackenzie\t0\t0\t0\t0\t0 TD Green\t0\t0\t0\t0\t0 CIBC\t0\t0\t0\t4713\t4713 Montreal\t0\t0\t0\t0\t0 Scotia\t0\t0\t0\t423\t423 Sous-total\t0\t0\t0\t5136\t5136 InvestNat\t3831\t0\t22 442\t42 674\t68 947 Desjardins\t18912\t3 873\t65 852\t38 779\t127416 Sous-total\t22 743\t3 873\t88 294\t81453\t196363 Grand total\t22743\t3 873\t88 294\t86 589\t201499 InvestNat et Desjardins ont contribué au financement des institutions sociales du Québec.Ces sociétés ont investi près de 200 millions $ dans six universités, huit commissions scolaires, neuf cégeps, onze hôpitaux et cinquante villes et municipalités.Aucun fonds torontois n\u2019a contribué à l\u2019enseignement supérieur, cégépien ou secondaire au pays du Québec.Les fonds torontois n\u2019ont pas placé un seul sou dans les établissements de santé du Québec.Ils n\u2019ont pas découvert une seule ville pour y placer une petite obligation de 1 000 $.L'ACTION NATIONALE «25 Le contraste entre une entreprise québécoise et une société torontoise est frappant, saisissant.Il est tous les jours plus évident, plus criant, plus violent.La déportation est persistante et déchaînée.Elle menace même le destin québécois.Comment faire comprendre le danger de confier à Toronto l\u2019avenir du Québec ?Que dire pour éviter de devenir les locataires des étrangers dans notre propre pays ?IV.- Les placements dans les entreprises québécoises Etre citoyen du monde, oui mais encore faut-il un domicile, encore faut-il une adresse, pour s\u2019ouvrir au monde.François Aquin Toute entreprise a besoin de capitaux pour produire des biens et des services qu\u2019elle offre sur le marché.Les industries et les commerces du Québec sont soumis impérieusement à l\u2019obligation d\u2019obtenir du financement extérieur.Quel est l\u2019apport de nos dix sociétés de fonds mutuels au développement des entreprises québécoises?lV.a.- Les entreprises francophones Le tableau 9 affiche les placements dans les entreprises francophones des dix sociétés analysées dans cet article.Les « Français du Québec » existent.Ils représentent 82 % de la population québécoise.Leurs entreprises ont bénéficié de 2,4 milliards $ de placements des huit sociétés toron-toises.La proportion en regard des actifs est de 1,6%.Notre insistance sur le développement de l\u2019économie francophone ne doit pas être interprétée comme une objection à l\u2019expansion des entreprises anglophones québécoises.26 \u2022 L'ACTION NATIONALE Elle ne témoigne d\u2019aucune xénophobie.Elle n\u2019est dirigée contre personne.Tableau 9 PLACEMENTS DANS LES ENTREPRISES FRANCOPHONES, EN 000 $ Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t206314\t259430\t447 811 Trimark\t206556\t184 974\t294659 Royal\t124747\t264258\t425339 Mackenzie Ind.-Uni.\t123126\t327 687\t366 711 TD Green Line\t17477\t155824\t182621 CIBC\t136274\t170245\t285345 Montreal\t25801\t39630\t144 350 Scotia\t63 060\t160617\t304 273 Sous-total\t903355\t1 562665\t2 451 109 InvestNat\t24 671\t84 788\t239 599 Desjardins\t25874\t40 577\t180627 Sous-total\t50 545\t125365\t420 226 Grand total\t953 900\t1 688030\t2 871 335 Notre persévérance à réclamer l\u2019expansion de la propriété francophone est basée sur la fragilité du destin québécois.La maîtrise de l\u2019économie et de la liberté politique forme les assises d\u2019un véritable État national.La liberté politique serait fragile si elle n\u2019est pas soutenue par une économie francophone forte et prospère.Les résultats des référendums confirment cette vulnérabilité.Les parlants français représentent les quatre cinquièmes de la population québécoise.Ils ne maîtrisent pas le quart de l\u2019activité financière québécoise.Sans une économie nationale, un peuple ne peut pas espérer l\u2019enrichissement de sa culture.Une culture française vivante a besoin d\u2019entreprises pour soutenir la floraison d\u2019œuvres artistiques, culturelles et littéraires.La création dans tous les domaines d\u2019un mode d\u2019être et d\u2019agir en français ne sera jamais encouragée L'ACTION NATIONALE \u2022 27 par les financiers de Toronto, de New York et de Tokyo, sauf une exception extraordinaire.Et ce ne sera pas au quotidien.IV.b.- Les entreprises anglophones Le tableau 10 produit les placements des dix sociétés dans les entreprises anglophones québécoises.Tableau 10 PLACEMENTS DANS LES ENTREPRISES ANGLOPHONES, EN 000 $ Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Investors\t841 504\t736383\t474 870 Trimark\t717730\t926209\t1001 113 Royal\t137715\t602192\t638 939 TD Green Line\t81231\t237485\t193842 CIBC\t205 588\t168 009\t247 537 Montreal\t89 068\t99486\t498 889 Mackenzie Ind.-Uni.\t373724\t220 362\t283466 Scotia\t130339\t159321\t285 463 Sous-total\t2576 899\t3149447\t3624119 InvestNat\t33134\t53519\t54 878 Desjardins\t37 247\t32 682\t99127 Sous-total\t70 381\t86 201\t154 005 Grand total\t2 647 280\t3 235 648\t3778124 L\u2019Action nationale se réjouit du développement des entreprises anglophones québécoises.Des sociétés comme Alcan, BCE, Pratt & Whitney et tant d\u2019autres apportent aux arts et à l\u2019économie une contribution précieuse.BCE est un motif de fierté pour tous les Québécoises et Québécois.Elle emploie 121000 personnes dans le monde.Elle possède le talent, la technologie.Les entreprises québécoises anglophones n\u2019ont même pas la part des placements auxquels leur importance leur 28 \u2022 L'ACTION NATIONALE donne droit.Elles n\u2019obtiennent qu\u2019une proportion de 2,5% de l\u2019actif des sociétés analysées.V.- Les placements hors Canada La terre circule autour du soleil.L\u2019épargne québécoise se promène autour du globe.Nous n\u2019avons relevé que les placements hors Canada des cinq banques torontoises.Elles ont investi 12,5% de leurs actifs aux États-Unis, en Europe, en Asie et en d\u2019autres pays.Les marchés financiers dans ces contrées sont giratoires, oscillatoires et souvent vertigineux.La descente est parfois très raide.Le tableau 11 reproduit l\u2019ensemble des placements faits hors Canada.Tableau 11 PLACEMENTS HORS CANADA, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Royal7\t1 744 299\t1 827 322\t3 511 730 TD Green Line\t622 502\t1 236476\t2 231 870 CIBC\t564 932\t648181\t896 428 Montreal\t333 744\t381 124\t1117312 Scotia\t262423\t390210\t595415 Total\t3 527 900\t4 483313\t8352 755 Les banquiers torontois ont placé en d\u2019autres pays plus que le double de leurs investissements faits au Québec.C\u2019est effarant, ahurissant.La circulation de l\u2019argent est terrifiante.Les templiers de Bay Street doivent reprendre l\u2019usage du bon sens.Cette disposition de l\u2019esprit n\u2019exige pas un jugement bien profond.7.Les placements hors Canada de Royal ne comprennent pas ceux du Royal Trust des années 1995 et 1996.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 29 V.a.- Les placements aux États-Unis Le tableau 12 fait connaître les placements faits aux États-Unis par les fonds mutuels des grands banquiers torontois.Tableau 12 PLACEMENTS AUX ÉTATS-UNIS, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Royal\t756787\t842069\t2198058 TD Green Line\t173929\t589807\t1 362 798 CIBC\t91 899\t280 883\t505426 Montreal\t59132\t66502\t367 629 Scotia\t122 878\t152 438\t278648 Total\t1 204 625\t1 931699\t4 712 559 Les fonds des banquiers torontois financent des centaines d\u2019entreprises américaines qui viennent compétitionner les sociétés québécoises.Les gestionnaires ont une plus grande confiance dans les États-Unis que dans le Québec.Il est vrai que l\u2019économie américaine connaît la période la plus prospère des trente dernières années.Les investissements sont élevés.L\u2019inflation est tranquille.Mais aussi paradoxale que l\u2019idée paraisse, la vigueur de l\u2019économie américaine est préoccupante.Les valeurs sont fortement majorées.Les bourses sont gonflées.Les marchés sont très émotifs, volatiles.Depuis longtemps, Wall Street échappe aux paramètres boursiers.Le marché serait surévalué de 20 %, selon un nouveau baromètre de la Réserve fédérale américaine.Les bourses américaines ne prennent en compte que les nouvelles favorables.Seul est apprécié le flux croissant de capitaux qui se déversent sur les marchés d\u2019actions.V.b.- Les placements en Europe Le tableau 13 dévoile les placements faits en Europe par les fonds des cinq banquiers torontois.30 \u2022 L'ACTION NATIONALE Tableau 13 LES PLACEMENTS EN EUROPE, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Royal\t572833\t469459\t952431 TD Green Line\t145532\t280720\t458 929 CIBC\t67228\t68502\t186 250 Montreal\t133751\t148813\t510026 Scotia\t50068\t107150\t175637 Total\t969412\t1074 644\t2283 273 Les gestionnaires des cinq fonds qui appartiennent aux banquiers torontois aiment les Alpes et les Pyrénées, la Seine et la Tamise.Ils ont placé des fonds en Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Liban, Pologne, Portugal, Russie, Turquie, entre autres pays.Certains de ces états connaissent une instabilité politique et des conditions économiques nettement inférieures à la croissance de l\u2019économie québécoise.Les gestionnaires aiment la tempête, l\u2019ouragan et le vent du nord-ouest.Ils aiment l\u2019incertitude.Dans certains pays européens, bénéficiaires de nos épargnes, la situation sociale n\u2019est même pas comparable à celle du Québec.Ils la préfèrent à l\u2019indépendance tranquille qui surviendra bientôt.V.c- Les placements en Asie Le tableau 14 indique les placements en Asie des cinq fonds mutuels des banquiers torontois.Les gestionnaires des fonds ont placé dans les plaines qui s\u2019étendent à l\u2019est de la mer Caspienne.C\u2019est loin de l\u2019Abitibi.Ils ont placé dans les péninsules de la Corée et de la Malaisie.Ils ont placé dans les arcs insulaires des Philippines et du Japon.Mais pas un sou dans mon pays natal, le Témiscouata.Ils ont placé dans l\u2019Asie du Sud-Est.Ils ont placé sur les rives du Gange, du Mékong et du Yang-tsé-kiang.Ils ont placé en Indonésie, Inde, Nouvelle-Guinée, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 31 Pakistan, Singapour, Taïwan, Thaïlande, entre autres pays.Ils ne connaissent pas la Gaspésie et la Mauricie.Tableau 14 LES PLACEMENTS EN ASIE, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Royal\t404 496\t497433\t311 791 TD Green Line\t235481\t283243\t274 387 CIBC\t403542\t287650\t176539 Montreal\t129 764\t153144\t154045 Scotia\t80 838\t109565\t90417 Total\t1 254121\t1 331 035\t1007179 Or, dans la plupart des pays asiatiques, les marchés boursiers enregistrent des rendements négatifs depuis quelques années.Ils sont agités, ébranlés, traumatisés.La roupie indonésienne connaît le cours le plus bas de toute son histoire.Le ringgit malais enregistre la plus forte chute des trois dernières années.Le baht thaïlandais est dévalué.Les Philippines subissent une crise financière.Même le dollar de Singapour, réputé pour sa stabilité, est ébranlé.Aucune bourse asiatique n\u2019échappe au mouvement de baisse.La tempête a secoué les bourses de Hong Kong et de Bangkok.Même celle de Tokyo n\u2019a pas échappé à la tourmente.Malgré tous les nuages qui obscursissent l\u2019horizon, les gestionnaires entrevoient qu\u2019après la tempête asiatique, le beau temps redeviendra normal.Mais, face aux marchés québécois, ils n\u2019ont aucune patience.V.d.- Les placements dans les autres pays Le tableau 14 révèle les placements faits en d\u2019autres pays par les fonds des cinq banquiers torontois.32 \u2022 L'ACTION NATIONALE Tableau 14 PLACEMENTS DANS LES AUTRES PAYS, EN MILLIERS DE DOLLARS Fonds mutuels\t1995\t1996\t1997 Royal\t10183\t18 361\t49450 TD Green Une\t67560\t82 706\t135756 CIBC\t2263\t11146\t28213 Montreal\t11097\t12 665\t85612 Scotia\t8639\t21057\t50713 Total\t99742\t145935\t349744 Les gestionnaires ont placé notamment en Afrique-du-Sud, Argentine, Brésil, Chili, Mexique, Pérou, Vénézuéla et Zimbabwe.Certains de ces pays sont confrontés à une situation sociale explosive.Au Mexique, par exemple, l\u2019économie s\u2019écroule à chaque changement de gouvernement.L\u2019Argentine se relève avec peine d\u2019une grave crise économique.En plusieurs pays, l\u2019équilibre est précaire entre le pouvoir civil et militaire.Le monde est mondialisé.Mais la déportation de l\u2019épargne n\u2019est pas utilisée pour faire disparaître les inégalités sociales et pour résoudre le problème du sous-emploi très élevé.De grandes entreprises en profitent pour augmenter leurs profits.VI.- Conclusion Si l\u2019histoire passée est fixée à jamais, l'histoire à venir est toujours à faire.René Lévesque La déportation dans les fonds mutuels n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg.Ce qui émerge de l\u2019eau n\u2019atteint qu\u2019environ le 1/8 de la hauteur totale.La déportation globale de l\u2019épargne québécoise côtoie les 300 milliards $.Les gestionnaires de Toronto et d\u2019ailleurs investissent dans tous les coins de la L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 33 planète.Ils recherchent les aubaines qui rapporteront demain les plus hauts bénéfices.Ils s\u2019alignent sur des valeurs qu\u2019ils croient prévisibles.Des capitaux sans racine, sans pays, tourbillonnent et se posent dans des secteurs qui seraient à la veille de croître.Les grands gestionnaires habitent, pour la plupart, le village global.Ils recherchent l\u2019enrichissement avec avidité.Ils sont friands d\u2019efficacité, de rendement, de productivité.Ils sont les défenseurs d\u2019une libre circulation qui leur profite.Ils s\u2019opposent à toute réglementation contraignante, même si elle protège les consommateurs.Dans la conjoncture actuelle, le poids torontois est lourd, écrasant, accablant.La suprématie de Toronto dans les fonds mutuels se transforme en hégémonie.Bay Street surclasse, règne, commande, gouverne et asservit.Toronto est le cœur des entreprises financières au Canada.Sa présence est prédominante, non seulement dans les fonds mutuels, mais dans tous les secteurs financiers : assurances, banques, cartes de crédit, fiducies, gestion de portefeuille, hypothèques, immeuble, informatique, valeurs mobilières.La « province » de Québec devra obédience, allégeance et soumission au «club des cinq banquiers», si elle n\u2019obtient pas la liberté politique qui lui permettra de quitter la servitude économique.Au jeu de la libre circulation à sens unique, le Québec perd même sa mise.Il abandonne à d\u2019autres régions son destin.Il risque d\u2019entrer dans le XXIe siècle à reculons, sous-développé et hypothéqué.Un Québec de classe mondiale ne peut tolérer une situation aussi intolérable.Ce qui est désespérant, c\u2019est de voir nos grandes écoles et facultés de commerce incapables de former des gestionnaires et des conseillers de placement avec une méthode de raisonnement propre à la réalité québécoise.Le dommage de la déportation est considérable.De plus en plus, des emplois sont ici perdus dans la gestion financière de tous les secteurs.34 \u2022 L'ACTION NATIONALE L \u2019Action nationale a confiance dans les Québécoises et les Québécois.Le peuple québécois n\u2019est pas un -peuple sans histoire et sans littérature ».Il doit accrocher son char à une étoile, comme le disait Emerson.Il possède des ressources qui justifient l\u2019espoir.Il doit gagner la bataille de l\u2019épargne.« Une bataille gagnée, disait le maréchal Foch, c\u2019est une bataille où l\u2019on ne veut pas s\u2019avouer vaincu».?PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire et abonnez-vous ! 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générations.www.hydroquebec.com a* Hydro Québec 36 \u2022 L'ACTION NATIONALE Une énergie nouvelle L'AMI menace-t-il la souveraineté des États ?Jacques Parizeau Le 13 octobre dernier, M.Lionel Jospin provoque d\u2019une seule phrase l\u2019effondrement des négociations entourant l\u2019Accord multilatéral sur l\u2019investissement dont la dernière manche doit s\u2019ouvrir à Paris le 20 octobre.Un pays, dit-il en substance devant l\u2019Assemblée nationale française, peut transférer des éléments de sa souveraineté à un organisme international d\u2019États, mais il ne doit pas transférer d\u2019éléments de souveraineté à des intérêts privés.C\u2019est aller tout droit au cœur d\u2019une question qui depuis quelques années, longtemps en secret, gênait bon nombre des 29 pays qui, dans le cadre de l\u2019OCDE, avaient été appelés à discuter de ce qui était devenu le projet d\u2019une sorte de grande charte des sociétés transnationales.Chacun des participants ajoutait des réserves, des formulations alternatives de principes nouveaux au fond mais se référant, par analogie à de vieux principes de libéralisation.Je vais moi aussi utiliser une analogie pour me faire comprendre.La libre circulation des voitures et des piétons est L'ACTION NATIONALE \u2022 37 dans une ville un droit élémentaire, évident.Étendre cependant ce louable principe à la libre circulation de tous dans tous les logements de tous n\u2019apparaît pas aussi évident.Et quand bien même les conseillers municipaux multiplieraient les réserves, en déterminant les heures de libre circulation, ou le nombre de personnes habilitées à pénétrer dans chaque logement par heure et par jour, cela ne changera finalement pas grand-chose car le principe lui-même n\u2019est pas acceptable, même s\u2019il est parfait pour les rues et les trottoirs.C\u2019est cela que Lionel Jospin a dit : le principe est faux.Tout le reste s\u2019est effondré en quelques jours.Le gouvernement fédéral canadien, participant réservé aux négociations, a pris acte.Le gouvernement du Québec qui au fond n\u2019avait pas grand-chose à dire dans toute cette question, statut de province oblige, a eu le bon réflexe de saluer immédiatement le geste de la France.Mouvement de libéralisation des échanges La préparation de l\u2019Accord multilatéral sur l\u2019investissement couronne en quelque sorte un mouvement de libéralisation des échanges amorcé au milieu des ruines de l\u2019après-guerre, mouvement qui s\u2019est poursuivi par les grandes vagues de déréglementation et de privatisation qu\u2019ont connues certaines économies occidentales, et enfin, après la chute du mur de Berlin, ce même mouvement s\u2019est encore poursuivi par le placage de modèles du capitalisme libéral sur des économies qui émergeaient soudainement de systèmes intégralement planifiés et dont la connaissance des mécanismes de marché se limitait à la pratique du marché noir.Le même principe de libéralisation, couplé à la révolution des communications, et appliqué à un énorme accroissement des liquidités monétaires dans le monde, va provoquer le boulversement monétaire, financier et économique qu\u2019ont connu tant de pays l\u2019été dernier.38 \u2022 L'ACTION NATIONALE Entre les négociations de l\u2019AMI, qui se terminèrent en avril dernier par un renvoi à l\u2019automne et l\u2019échec d\u2019octobre, il y a justement cette crise financière internationale.La fièvre néolibérale qui a tant accéléré la mondialisation débouche au bout du compte sur un incroyable aventurisme des plus grandes sociétés financières qui est comme une caricature des dangers que petit à petit on appréhendait dans l\u2019intégration de plus en plus marquée des économies nationales.L\u2019intérêt national, déjà noyé sous les flots d\u2019argent spéculatif, disparaissait encore un peu plus derrière celui des sociétés transnationales.Politiquement, la réaction aussi se préparait.L\u2019arrivée au pouvoir de messieurs Blair, Jospin et Schroeder est aussi importante quant à l\u2019orientation des esprits que l\u2019ont été dans le sens du néolibéralisme l\u2019arrivée au pouvoir de madame Thatcher et du président Reagan.Le projet d\u2019AMI devait couronner l\u2019édifice que le néolibéralisme avait graduellement érigé.Le mot graduellement a ici une signification forte.Il s\u2019agit des cinquante dernières années.Au nom de la libéralisation, les économies nationales ont été transformées, profondément.De ces changements, certains ont eu des effets dont on ne peut de bonne foi pas dire qu\u2019ils n\u2019ont pas amélioré de façon remarquable la condition humaine.D\u2019autres se sont révélés des culs de sac, des égarements, des erreurs.Le processus de la mondialisation, c\u2019est l\u2019ensemble de tous ces aboutissements.Rien de pire pour éclairer l\u2019avenir que de généraliser, de trop simplifier, de vouloir juger à la même aulne les avancées et les dérapages, les progrès et les dérives.Et pourtant, il faut le faire, ne serait-ce que pour être en mesure, dans un Québec qui prendrait enfin sa place dans le monde, d\u2019en comprendre les règles de fonctionnement.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 39 L\u2019évolution historique Je sais bien que je vais outrageusement simplifier les choses dans mes descriptions historiques.Cela est inévitable.J\u2019essaierai seulement de ne pas caricaturer.Et mon point de vue est celui d\u2019un homme de mon âge qui a vécu bien des événements.Commençons par les plus anciens.En 1933, 30% des travailleurs de Montréal sont en chômage.La Grande Crise déferle sur le monde.Chaque pays cherche à protéger ses industries en réduisant ou en éliminant ses importations de l\u2019étranger.À ce rythme, des secteurs entiers du commerce international tombent à rien.«Je bloque vos produits, vous bloquerez les miens.De blocage en blocage, nous nous enfoncerons dans la crise.» L\u2019Europe sortira de la guerre ruinée.Le terrible hiver de 1947, la nécessité d\u2019importer de grandes quantités de charbon et de blé des États-Unis alors que l\u2019on n\u2019a plus rien pour payer va amener chacun à renforcer les contrôles des changes.Qu\u2019est-ce qu\u2019un contrôle des changes?Dans son principe, c\u2019est simple.Quiconque qui veut acheter à l\u2019étranger doit s\u2019adresser à la banque centrale pour obtenir les devises étrangères, habituellement le dollar américain, pour payer.Celui qui vend à l\u2019étranger doit verser à la banque centrale les dollars qu\u2019il a gagnés et obtenir en échange de la monnaie nationale.Les mêmes principes s\u2019appliquent à celui qui veut acheter ou vendre des titres étrangers à une compagnie étrangère ou nationale qui veut rapatrier ses profits.La banque centrale balance les comptes et si les sorties dépassent les entrées, elle coupe les sorties.Mais les sorties des uns sont les entrées des autres.À ce jeu, chacun perd, les sociétés s\u2019appauvrissent.Le Canada lui-même va être touché par le contrôle des changes.Il a traditionnellement affiché un surplus dans ses échanges avec l\u2019Europe et un déficit dans ses échanges avec 40 \u2022 L'ACTION NATIONALE les États-Unis.L\u2019Europe a réduit ses achats pour les raisons que je viens d\u2019expliquer.On n\u2019a plus ce qu\u2019il faut pour payer les États-Unis.Le contrôle des changes canadiens sera établi en 1947 et il durera jusqu\u2019en 1951, peu de temps si on compare ces quatre années à la durée des contrôles ailleurs.Toute l\u2019Amérique latine, en fait le reste du monde, est au même régime.Techniques de protectionnisme : droits de douane et quotas souvent délirants, contrôle des changes tatillons et réducteurs, en tout cas universels.C\u2019est ainsi, pour être concret, qu\u2019au moment de mon départ à l\u2019étranger en 1951 pour y poursuivre mes études je passe à la succursale de la Banque du Canada, alors sise au square Victoria, pour obtenir l\u2019autorisation de sortir le montant de ma bourse d\u2019études.L\u2019arrière-plan de la libération Voilà comment se dessine l\u2019arrière-plan de la libéralisation.Le premier geste sera posé par les États-Unis en 1947.L\u2019industrie américaine a pris une formidable expansion pendant la guerre, l\u2019économie américaine est indiscutablement la plus solidement expansionniste, la plus productive, en somme la plus dominante.Mais elle ne peut s\u2019étendre dans un monde où le commerce est bloqué.Le plan Marshall de 1947 est un geste inédit, révolutionnaire, d\u2019une incroyable portée.Les Américains donneront aux pays d\u2019Europe des sommes considérables en dollars américains, si rares là-bas, à la condition que chacun de ceux qui acceptent ces fonds offrent en retour des crédits en monnaie nationale d\u2019un montant équivalent à leurs voisins.Toute l\u2019Europe occidentale accepte, le commerce reprend, les frontières s\u2019ouvrent.Tous les pays soviétiques refusent le plan Marshall et chercheront dans la planification systématique une autre voie.L'ACTION NATIONALE \u2022 4l Le second grand tremplin de la libéralisation est mis en place la même année, soit en 1947.Il s\u2019agit de la première négociation du General Agreement on Tariffs and Trade, le GATT, devenu depuis l\u2019OMC, c\u2019est-à-dire l\u2019Organisation mondiale du commerce.Un ancien professeur à moi disait autrefois que l\u2019efficacité des organismes internationaux était inversement proportionnelle à la quantité de leurs publications.GATT publiait peu.Des rencontres de négociation avaient lieu à intervalles de quelques années.On négociait alors entre deux pays à la fois.Le Canada offrait à la France, par exemple, de réduire disons de moitié ses droits sur les transformateurs français si les Français réduisaient de moitié leur tarif sur le papier canadien.Dès qu\u2019une entente était conclue, le nouveau tarif français sur le papier était étendu à tous les pays membres qui voulaient vendre du papier en France, et le nouveau tarif canadien sur les transformateurs était lui aussi appliqué à tous les pays membres qui voulaient vendre des transformateurs au Canada.C\u2019est cela la clause de la nation la plus favorisée.Précisons encore - on n\u2019est jamais assez précis en ces matières - que l\u2019ancien tarif français sur le papier s\u2019appliquerait toujours aux pays non membres.Même chose pour le tarif canadien sur les transformateurs.Des échanges comme ceux-là, il y en a eu des milliers, à chaque conférence de GATT.Personne n\u2019est obligé d\u2019entrer dans le Club.Et personne n\u2019est forcé d\u2019y rester.Au fur et à mesure que le temps passe, cependant, il est pratiquement impossible de quitter le Club.Les pays qui seraient tentés par la chose se heurteraient alors aux tarifs applicables aux non-membres.Plus les droits de douane baissent à l\u2019intérieur du Club, plus il est coûteux d\u2019en sortir, et plus aussi on se bouscule au portillon pour entrer.Cent vingt pays sont membres de l\u2019OMC aujourd\u2019hui, trois fois plus qu\u2019au début du GATT.L\u2019entrée est cependant conditionnelle à l\u2019acceptation par le postulant des règles de comportement commer- 42 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE cial, s\u2019appliquant par exemple au dumping, aux subventions aux entreprises et aux barrières non douanières.Le GATT a été un levier formidablement puissant de libéralisation des échanges.En permettant d\u2019autre part à des pays de se regrouper pour constituer des zones de libre-échange ou des marchés communs où les droits de douane étaient abolis, il a présidé à l\u2019apparition du marché commun européen à partir de 1957, et de plusieurs autres accords commerciaux, l\u2019ALÉNA récemment, et le Mercosur.Tout se passe comme si la libéralisation des échanges de produits était soumise à un régime à deux vitesses.Quelques groupes de pays atteignent rapidement le libre-échange, d\u2019autres y vont plus lentement.Ce mouvement de libéralisation a commencé à s\u2019étendre aux services, entre autres aux services aux entreprises.Les services de communication, par exemple, le commerce bancaire, l\u2019informatique, l\u2019engineering, les services financiers et comptables, etc.On voudrait bien, aux États-Unis et en Europe de l\u2019Ouest, que tout cela circule sans entrave à travers le monde.Dans ce cas, on ne parle pas de la nation la plus favorisée, mais de traitement national.Un pays s\u2019engage à l\u2019égard de l\u2019Organisation mondiale du commerce à traiter les services d\u2019une entreprise étrangère sur le même pied que les services d\u2019une entreprise nationale.Et comme pour dispenser ses services il faut bien que l\u2019entreprise étrangère s\u2019installe, la clause du traitement national va comporter que l\u2019on traite l\u2019entreprise étrangère comme on traite l\u2019entreprise nationale.Là apparaît une ambiguïté dont l\u2019AMI va se nourrir.Mais n\u2019anticipons pas.La protection de la culture Il y a un secteur d\u2019activité dans lequel la libéralisation des échanges n\u2019a pas fait beaucoup de chemin, c\u2019est celui des produits et services culturels.La plupart des gouvernements protègent d\u2019une façon ou d\u2019une autre leur vie culturelle et L'ACTION NATIONALE \u2022 43 cherchent à en assurer le rayonnement à l\u2019étranger.De tels objectifs sont incompatibles avec le libre-échange.Il n\u2019y a pas vraiment de compromis possible, à moins de réduire l\u2019accent que l\u2019on cherche à mettre sur le développement de la culture nationale.Une clause de contenu national à la radio ou à la télévision, l\u2019obligation de doublage des films étrangers, la liste des outils du protectionnisme culturel est longue.Dans l\u2019entente de libre-échange, le Canada avait fait exempter les produits et services culturels de l\u2019Accord.À l\u2019occasion des dernières négociations du GATT, la France repiqua l\u2019exception culturelle de l\u2019ALÉNA et réussit à la faire accepter dans l\u2019accord final.Les Américains n\u2019ont jamais vraiment accepté l\u2019exception culturelle.Forts de leur prédominance dans le cinéma et la chanson populaire, convaincus que le produit culturel est un produit comme les autres, ils prirent leur revanche dans le projet de l\u2019AMI : on n\u2019y trouve plus l\u2019exception culturelle.Comme on le verra, les pays peuvent faire inscrire des réserves qui ne s\u2019appliquent qu\u2019à eux et qui sont appelées à disparaître avec le temps.Le traité de l\u2019Aléna Revenons au Québec et à l\u2019ALÉNA.C\u2019est grâce à l\u2019unanimité politique québécoise obtenue pour appuyer un traité américain de libre-échange que M.Mulroney est parvenu à avoir la force politique nécessaire pour faire accepter le traité.On se souviendra que le premier ministre de l\u2019Ontario voulait aller devant les tribunaux pour empêcher le gouvernement canadien de signer.Le Parti québécois prit à cette occasion un leadership que le gouvernement de M.Bourassa, pourtant favorable au traité, hésitait à prendre, de peur de heurter de front l\u2019opposition des grands syndicats, eux-mêmes très inquiets des 44 \u2022 L'ACTION NATIONALE conséquences du traité sur les conditions de travail et sur l\u2019environnement.Deux raisons militaient en faveur de la signature du Traité.D\u2019abord des raisons économiques.L\u2019expansion des ventes du Québec vers le reste du Canada se développait bien lentement.Le marché américain, lui, pouvait absorber tout ce l\u2019on voudrait y vendre si le prix et la qualité étaient bons.Ensuite, si le Québec atteignait sa souveraineté, il est clair que les règles d\u2019une zone de libre-échange protégeraient le Québec contre les représailles commerciales que le Canada anglais, fort mécontent, ne manquerait pas de vouloir exercer.Sur les deux plans, le pari fut justifié.Aidées par un taux de change bas, les exportations du Québec vers les États-Unis ont augmenté de 8% à 9% par année depuis la mise en application du traité de libre-échange, alors que les ventes dans le reste du Canada ont baissé d\u2019un peu moins que 1 % par année.D\u2019autre part, en dépit de tous les efforts verbaux du Canada anglais pour s\u2019assurer qu\u2019un Québec indépendant serait chassé de l\u2019ALÉNA, on comprend partout, et singulièrement aux États-Unis, que le commerce total du Québec avec ce pays représente autant que le commerce total de nos voisins du Sud avec le Brésil, l\u2019Argentine et le Chili ensemble.Et cela, à l\u2019orée d\u2019une tentative de réaliser une zone de libre-échange couvrant les trois Amériques.En fait, à cause d\u2019un créneau politique passager, le Québec a réussi à faire coïncider ses intérêts économiques et politiques.Une fois n\u2019est pas coutume.Sur la scène internationale L\u2019explosion du commerce international dans le sillage des opérations de libéralisation donne une remarquable L'ACTION NATIONALE \u2022 45 impulsion aux entreprises exportatrices qui, non seulement vendent à travers le monde plus facilement, mais y installent des succursales et des usines.L\u2019accueil diffère grandement d\u2019un pays à l\u2019autre.Si l\u2019élimination des contrôles des changes a permis une absolue mobilité des fonds entre les composantes d\u2019une transnationale, cela ne veut pas dire pour autant que les conditions d\u2019installation d\u2019une entreprise sont les mêmes d\u2019un pays à un autre.D\u2019abord, il y a eu après la Deuxième Guerre mondiale des vagues de nationalisation, non seulement dans les pays en voie de développement, mais aussi en Europe de l\u2019Ouest.Les entreprises nationalisées disposent de monopoles, de conditions d\u2019opération exclusives, de rapports directs avec les Etats auxquels les entreprises étrangères n\u2019ont pas accès.Mais surtout, les États réglementent les entreprises.Pour protéger le consommateur, pour protéger l\u2019épargne accumulée dans les institutions financières, pour préserver les conditions de travail, pour préserver l\u2019environnement.Mais aussi, on réglemente pour orienter l\u2019activité économique dans le sens des priorités nationales.Et pour les mêmes raisons, on réglemente les investissements étrangers.Dans ce dernier cas, même les États-Unis n\u2019ont pas échappé à la tentative de réglementer.L\u2019idéologie néo-libérale Dans ce cadre morcelé, fractionné, où l\u2019intérêt national tel que le voit chaque gouvernement prend le pas, ou en tout cas devrait prendre le pas, sur l\u2019intérêt privé, la montée de l\u2019idéologie néo-libérale sera fulgurante.Je savais bien, pendant les huit ans que j\u2019ai passés à la tête du ministère des Finances, à quel point les banquiers avec lesquels je négociais étaient en faveur des opérations de privatisation et de déréglementation qui commençaient à apparaître un peu partout dans le monde, mais singulière- 46 \u2022 L'ACTION NATIONALE ment en Angleterre où Mme Thatcher faisait, pour le monde occidental, figure de prophète.C\u2019est en quittant mon poste de ministre des Finances pour réintégrer au début de 1985 l\u2019École des HEC que j\u2019ai été saisi par l\u2019espèce d\u2019universalité acquise par les idées néo-libérales.Quelques années de contact avec le monde académique avant mon retour aux affaires politiques ont achevé de me convaincre de l\u2019intensité de l\u2019alliance raisonnée des idées et de l\u2019argent et du caractère résolument dogmatique du résultat de cette alliance.Il faut éviter, bien sûr, de tomber dans l\u2019autre dogmatisme, celui qui voudrait maintenir tout ce que le passé a produit.Une foule de nationalisations se sont révélées inutiles et coûteuses.Et il y a des méthodes tellement plus efficaces et plus légères pour intervenir dans le fonctionnement des entreprises si on le veut.Et puis les réglementations sont souvent marquées par une sorte de frénésie que tous les gouvernements reconnaissent, en même temps que la difficulté d\u2019en venir à bout.Mais enfin, quelle que soit la technique utilisée, le développement économique et social a longtemps été marqué par une reconnaissance du fait que l\u2019État doit encadrer les forces du marché, en particulier lorsque le marché, fut-il international, s\u2019articule autour de quelques grandes sociétés.Plus encore qu\u2019un simple encadrement, l\u2019État doit s\u2019assurer que dans la société ou la nation, soient maintenus un certain nombre de centres de décisions, qu\u2019en somme les décisions qui affectent la collectivité quant à son développement et à son bien-être ne soient pas toutes prises de l\u2019extérieur.Chaque peuple veut, sinon déterminer son destin, au moins pouvoir l\u2019orienter, l\u2019infléchir.Les Québécois francophones comprennent cette réalité mieux que quiconque.Jusqu\u2019à la Révolution tranquille, littéralement toutes les décisions économiques qui façonnaient leur vie étaient prises à l\u2019extérieur du Québec.C\u2019est grâce à L'ACTION NATIONALE \u2022 47 une assez originale collaboration d\u2019une nouvelle classe d\u2019entrepreneurs et d\u2019un nouveau secteur public diversifié et pouvant facilement être associé à ces entrepreneurs que les centres de décision sont apparus et que les Québécois ont commencé à maîtriser, non pas tous les paramètres de leur développement, car dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui cela n\u2019est jamais possible, mais au moins certaines des orientations.Le projet d\u2019Accord multilatéral Le projet d\u2019Accord multilatéral sur l\u2019investissement est en quelque sorte un aboutissement.La libéralisation des mouvements de capitaux à travers le monde et celle des investissements a fait des pas de géant depuis dix ans.Les pressions du Fonds monétaire international, la déréglementation systématique, la mode du « moins il y a d\u2019État, meilleur il est», font que déjà l\u2019investissement direct de l\u2019entreprise, c\u2019est-à-dire l\u2019investissement de contrôle, a augmenté depuis dix ans bien plus rapidement que le commerce international lui-même.Lorsque des problèmes apparaissent entre deux pays au sujet de tel ou tel aspect de l\u2019investissement transnational, ils négocient un accord bilatéral destiné à régler le problème, sans plus.Il existe déjà plus de 1600 de ces accords bilatéraux.Dans le cas des mouvements de capitaux à court terme, leur masse à travers le monde a tellement augmenté que certains jours, des pays voient entrer ou sortir des liquidités qui représentent de vingt à trente fois le montant des transactions commerciales d\u2019un même pays le même jour.Ces masses d\u2019argent deviennent un peu comme l\u2019eau dans la cale d\u2019un navire, un facteur d\u2019instabilité permanente, capable en quelques jours de déstabiliser une ou plusieurs monnaies, et de plonger les pays visés dans une grave crise financière.On comprendra, soit dit en passant, pourquoi dans un tel contexte j\u2019ai tellement insisté pour que le dollar canadien reste la monnaie d\u2019un Québec souverain.48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comment l\u2019AMI va-t-il définir l\u2019investissement?Dans le sens le plus large, c\u2019est-à-dire les installations physiques, la propriété intellectuelle, les actions, les obligations, les titres monétaires, en somme tout.Sur quels instruments l\u2019AMI va-t-il s\u2019appuyer?Sur ceux que nous avons déjà vu apparaître dans le champ des échanges internationaux et qui sont maintenant acceptés comme s\u2019ils allaient de soi dans n\u2019importe quel champ d\u2019application, la clause du traitement national et celle de la nation la plus favorisée.Donc, d\u2019une part, l\u2019investissement étranger sera traité exactement de la même façon que l\u2019investissement national, même accès aux contrats, même accès aux subventions, même accès aux fonds publics pour se financer, même réglementation, même fiscalité.D\u2019autre part, le traitement accordé par un pays à l\u2019investissement d\u2019un autre pays sera étendu aux investissements de tous les membres du Club.Le cadre étant ainsi tracé, il est clair que pour un nouveau pays en émergence qui deviendrait membre du Club, ou même pour plusieurs pays développés mais de petite taille, comme le Québec, qui ont adopté leurs propres formules de développement de leurs centres de décision, l\u2019adhésion à l\u2019AMI marquerait la fin de tout espoir d\u2019infléchir leur développement, y compris dans le domaine culturel.Il n\u2019est pas étonnant d\u2019ailleurs que dans bien des pays, ce soient les artistes et les écrivains qui les premiers ont protesté contre l\u2019AMI.L\u2019exception culturelle de portée générale n\u2019existe pas dans l\u2019AMI.Chaque pays peut, s\u2019il le désire, faire inscrire pour lui-même une réserve, une exception spécifique.Un mot sur ces réserves.Elles peuvent s\u2019appliquer à divers aspects du traité, être inscrites une fois pour toutes en annexe du traité.On ne pourra, par la suite, en ajouter; les exceptions ne pourront pas être multipliées par la suite ; elles L'ACTION NATIONALE \u2022 49 seront toutes négociables à la baisse, l\u2019objectif affirmé étant de les faire disparaître au bout de quelques années.Étant donné que dans un cadre pareil il est tout à fait possible que des pays découvrent qu\u2019ils se font flouer et cherchent à se désengager, une clause de retrait a été insérée dans l\u2019AMI.Mais une fois entré, on y est pour au moins cinq ans et demi, sans droit de retrait, et les investissements acceptés pendant ce temps restent assujettis aux clauses de l\u2019AMI pendant quinze ans.Des privilèges aux multinationales Laisser l\u2019investisseur étranger fonctionner exactement au même titre que l\u2019entreprise nationale, le laisser acquérir, fusionner, faire disparaître des centres de décision, les transformer ou les déplacer au besoin n\u2019est pas suffisant.Il faut en plus que les États signataires s\u2019engagent à l\u2019égard des investissements étrangers à une stricte neutralité.Explicitement, on interdit aux États d\u2019exiger de l\u2019investisseur étranger quelque obligation de résultat que ce soit.Cela veut dire qu\u2019il est interdit d\u2019exiger d\u2019un investisseur étranger : -\tun pourcentage donné de contenu national -\tl\u2019achat des produits nationaux de préférence à des produits étrangers -\tl\u2019établissement de la partie de la production qui sera exportée -\tun transfert technologique, un procédé de production, un savoir-faire -\tla localisation d\u2019un siège social -l\u2019obtention d\u2019un mandat d\u2019exportation mondial pour un produit -\tl\u2019atteinte d\u2019un certain niveau de recherche et de développement au pays -\tle recrutement d\u2019un niveau donné de personnel du pays -\tune participation nationale au capital-actions.50 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE En somme, même si, en vertu du traitement national, un État exigeait déjà de ses entreprises certaines de ces obligations, l\u2019entreprise étrangère, elle, en serait dispensée.En 1995, le président du grand groupe industriel helvé-tique-suédois ABB (qui, soit dit en passant, est solidement implanté au Québec) disait, et je cite : ¦¦Je définirais la globalisation comme la liberté, pour mon groupe, d\u2019investir où il veut, le temps qu\u2019il veut, pour produire ce qu\u2019il veut, en s\u2019approvisionnant et en vendant où il veut et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales.» Tout est dit.Tout est là.Bien d\u2019autres grandes entreprises sont d\u2019accord avec le président d\u2019ABB, la Chambre de commerce internationale s\u2019en est faite la porte-parole, et l\u2019OCDE a monté le forum nécessaire pour que s\u2019amorce, longtemps en secret, la grande charte de la transnationale.On nous dira au sujet de cette interdiction des obligations de résultat que des exceptions générales ont été proposées, adoptées, que l\u2019on a cherché à atténuer la portée du principe général.Sans doute.Mais revenons à mon analogie du début.Les conseillers municipaux ont limité les heures de libre circulation dans les logements et déterminé les quotas quant au nombre de personnes qui peuvent visiter à la fois.Cela n\u2019empêche pas le principe d\u2019être faux.Tout ce que je viens de décrire implique beaucoup d\u2019obligations ou d\u2019interdictions pour les États.Qu\u2019arrive-t-il si des gestes posés par l\u2019un ou l\u2019autre de ces États donnent lieu à un différend, à un conflit?Si le conflit touche deux États, une procédure d\u2019arbitrage est prévue.Dans une entente internationale, cela va de soi.Elle peut prendre bien des formes et j\u2019en resterai là.Si c\u2019est une entreprise qui se croit lésée par un État, la procédure est fort intéressante.L\u2019État ne peut pas refuser l\u2019arbitrage.C\u2019est le secrétariat de l\u2019AMI qui nommera les juges.L\u2019ACTION NATIONALE *51 Et le jugement, y compris le versement d\u2019indemnités pour compenser les dommages causés aux profits de la compagnie lésée, sera exécutoire.Aucune clause analogue n\u2019est prévue dans le sens inverse, c\u2019est-à-dire si c\u2019est l\u2019État qui se croit lésé par une entreprise.Il faut lire les vœux pieux exprimés à l\u2019égard des exigences que pourrait formuler un investisseur pour faire abaisser les normes environnementales.Rien n\u2019est arbitrable dans ce cas-là.On indique simplement qu\u2019il ne serait pas gentil pour une compagnie d\u2019agir ainsi.Si, au contraire, il s\u2019agit de hausser ou de rendre plus restrictives les règles environnementales, on revient à l\u2019arbitrage obligatoire, en invoquant le dommage causé aux profits des entreprises, et si un produit est interdit pour raison de protection de l\u2019environnement, la clause en vertu de laquelle on ne peut exproprier sans compensation peut s\u2019appliquer.Cela peut sembler obscur, mais ce n\u2019est que la généralisation d\u2019une disposition de l\u2019ALÉNA.(On n\u2019a pas toujours fait assez attention aux dispositions de l\u2019ALÉNA concernant les investissements, obnubilés, comme nous l\u2019étions tous, par les flux commerciaux.) En voici une application concrète.Il s\u2019agit de l\u2019affaire Ethyl, une compagnie américaine, seul producteur au Canada d\u2019un additif pour l\u2019essence, le MMT, un produit que pour des raisons de contrôle de pollution le gouvernement canadien interdit.Ethyl a intenté au gouvernement canadien une poursuite de 251 millions de dollars, en invoquant le fait que l\u2019interdiction équivallait à une expropriation de ses avoirs.On a réglé hors cour pour 13 millions de dollars, mais la leçon a porté.Si l\u2019AMI avait été adopté, un pays y penserait à deux fois avant de rendre plus sévère sa réglementation environnementale.52 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Conclusion Les 29 pays réunis à Paris ont décidé d\u2019annuler leur tentative d\u2019accord sur l\u2019AMI et de renvoyer le dossier à l\u2019Organisation mondiale du commerce.Qu\u2019en fera l\u2019OMC?Jugera-t-elle nécessaire de faire une autre tentative au moins dans un avenir rapproché?Une démarche de cet ordre est-elle d\u2019ailleurs nécessaire ?En tout cas, si nouvelle tentative il y a, elle se fera sur de toutes nouvelles bases.La plupart des pays voudront se garder la latitude nécessaire à l\u2019élaboration de politiques économiques nationales.En tous genres d\u2019ailleurs.Certaines politiques attirent davantage de capital étranger.D\u2019autres, moins.À chaque pays de choisir.L\u2019accent qui doit être mis sur la préservation des centres de décision nationaux est une question de société au moins autant que c\u2019est une question d\u2019économie.Et les pays les plus riches, aujourd\u2019hui, ont accédé à ce statut par des voies qui leur sont propres.Amener les États à renoncer à des éléments de leur souveraineté pour atteindre un surcroît de prospérité grâce à un investissement étranger qui augmenterait plus rapidement encore qu\u2019il n\u2019augmente aujourd\u2019hui est une grande illusion.Et enfin, après les crises monétaires et financières des derniers mois, il ne faut pas enlever aux États les moyens de se défendre.À cet égard, le Fonds monétaire international commence seulement à se rendre compte à quel point le chantage qu\u2019il exerce sur tant de pays emprunteurs, pour les amener à tout prix à la libéralisation tous azimuts, s\u2019est révélé dangereux pour la stabilité du système monétaire.Il y a aussi quelques leçons à tirer de l\u2019épisode : a) Les jeunes dans la rue ont souvent tort, dit-on.Il leur arrive d\u2019avoir raison.Dans le cas qui nous occupe, leur rôle d\u2019éveilleur n\u2019a pas été négligeable.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 53 b)\tInternet viendra à bout des secrets les mieux gardés.À partir du moment où un groupe américain lançait le texte de l\u2019AMI sur Internet, la résistance un peu partout dans le monde s\u2019est organisée.c)\tAu-delà des intérêts privés, l\u2019intérêt public existe encore et l\u2019intérêt national n\u2019est pas encore noyé dans la mer de la globalisation.d)\tÀ travers tous ces récents soubresauts, il aurait été important que le Québec ait une voix dans le concert des nations.On n\u2019est jamais si bien servi que par soi-même.On l\u2019a échappée belle, mais on ne devrait plus avoir à prendre des risques pareils.?54 \u2022 L'ACTION NATIONALE UN ATOUT POURKCONOMIE bll QUÉBEC ^ ^ loto-québec L'ACTION NATIONALE \u2022 55 APj/tiann 'Q&k A- u esi-ce cm oil La moderation a bien meilleur goût- tP* n SAO 56 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le pont entre les générations Ceux qui conjuguent l\u2019avenir au présent Jacques Grand\u2019Maison* J\u2019ai conçu cet exposé de départ sur l\u2019équité entre les générations et sur les nouvelles solidarités à bâtir entre elles dans un souci de contextualisation la plus large possible pour permettre non seulement une mise en perspective des objectifs spécifiques de ce forum, mais aussi pour favoriser une liberté maximale d\u2019exploration de ce champ déjà polyvalent, polysémique de la référence générationnelle.Loin de moi l\u2019idée de faire de celle-ci le seul repère déterminant de notre contexte historique actuel.Comme bien d\u2019autres, je me méfie de tout système de pensée et d\u2019action construit sur une seule référence et je suis conscient de la diversité des positions sur cette question de plus en plus disputée et livrée à bien des débats sur sa pertinence.Il n\u2019en reste pas moins que plusieurs discours récents opposés à cette référence étaient eux-mêmes paradoxalement truffés de considérations générationnelles.Étonnante \u2022 Sociologue et théologien, auteur de Au nom de la conscience, une volée de bois vert publié chez Fides.L'ACTION NATIONALE \u2022 57 contradiction qui laisse soupçonner qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un lieu incontournable, sinon d\u2019une patate chaude que plusieurs n\u2019osent pas ou ne veulent pas toucher.En participant à plusieurs de ces débats, je me suis rendu compte qu\u2019on pinçait plusieurs cordes sensibles : des mémoires, des blessures, des intérêts inavoués, des tensions plus ou moins souterraines, des procès, des choix d\u2019avenir qu\u2019on aimerait bien éviter, fût-ce un examen sérieux sur ce qui est s\u2019est passé au cours des dernières décennies dans les rapports de générations.Au départ de notre propre recherche sur les orientations sociales et culturelles dans la population, nous n\u2019avions prévu aucune question sur les générations comme telles.À notre grande surprise, la très grande majorité de nos interviewés de tous âges et milieux sociaux, établissaient leurs positions existentielles en termes générationnels et intergénérationnels, souvent sous diverses formes de procès, et souverainement comme un des rares lieux de leur inscription dans le temps.Même leurs rapports à la société, à la politique, à la culture, à la religion, à la morale, et bien sûr à l\u2019histoire étaient marqués par un positionnement générationnel.Les débats publics que nous avons tenus de nos rapports de recherche avaient en commun une séquence de deux battements : de virulents procès entre générations qui progressivement débouchaient sur une nouvelle prise de conscience de l\u2019importance de ce lien social pour recomposer dynamiquement la mémoire, les tâches du présent et les défis d\u2019avenir, et surtout pour bâtir de nouvelles solidarités.Prise de conscience aussi du fait que presque tous les enjeux sociaux actuels y compris celui des classes sociales avaient des réfractions générationnelles.Je reviendrai sur cette dernière remarque.Je fais état de cette expérience parce qu\u2019elle peut fonder l\u2019hypothèse qu\u2019un tel débat à la mesure de la société peut contribuer à un renouveau de la problématique et de la pratique sociale en divers domaines, y compris celui qui concerne particulièrement ce forum.58 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Sans perdre de vue les objectifs du forum, je vais tenter de problématiser un fond de scène sociopolitique qui marque profondément les consciences.L\u2019inquiétant repli sur la vie privée Depuis un certain temps plusieurs analystes de divers horizons constatent une tendance à fuir les débats de fond.La conception dominante de la qualité de vie connaît d\u2019éton-nantes dérives, telle cette inclination à ne pas faire de vagues, à fuir la lutte, l\u2019engagement, la conviction affirmée trop compromettante.On se protège, on ménage ses arrières.D\u2019aucuns ont vite fait de rattacher ce phénomène de retrait aux nouveaux impératifs de survie, de sauve-qui-peut où chacun consacre toutes ses énergies à surnager ou à maintenir difficilement ses acquis ou son niveau de vie.Certains optimistes comme Touraine, anticipent un prochain rebond de la conscience politique et citoyenne, alors que John Saul souligne plutôt les énormes obstacles et apories qui bloquent une véritable inscription de citoyen dans la cité comme sujet, acteur, interprète et décideur.Ce que plusieurs de nos interviewés disaient en termes très simples : «Je ne comprends plus ce qui se passe, je me sens impuissant ».On peut se demander si la récente menace de l\u2019effondrement mondial de l\u2019économie n\u2019accentuera pas cette implosion de la conscience et cette inhibition sociale et politique.À cela s\u2019ajoutent des modes psychologiques ou religieuses du genre «lâcher prise», modes fort répandues qui confortent et légitiment bien des replis sur la vie privée et des décrochages de tous ordres.Durant la période de relative prospérité que nous avons connue, nous n\u2019avons pas fait de choix collectifs exigeants et douloureux.Un besoin, un service.Voilà que, contre toute attente, nous avons à y faire face maintenant sur plusieurs fronts à la fois.Les sociétés, les peuples, les générations qui ont su traverser de très rudes épreuves avaient un fort tonus de conscience pour ne pas lâcher prise L'ACTION NATIONALE \u2022 59 et foncer dans l\u2019avenir.À tort ou à raison je soutiens que si nous ne nous ramassons pas comme société dans de nouvelles et fortes solidarités avec les inévitables débats de fond et conflits, nous risquons peut-être de prendre la pire débarque de notre histoire.Une société démographiquement vieillissante pourrait bien le devenir davantage psychologiquement, socialement, politiquement, culturellement et moralement.Et si en plus de cela, on envoie à la génération montante le message de ne pas faire de vagues, de rester tranquille, de survivre chacun dans son coin, on complétera la boucle du cercle vicieux de l\u2019impuissance.Qu\u2019est-ce qu\u2019une société où la retraite devient la figure emblématique de l\u2019atteinte du bonheur, au moment où tant de jeunes s\u2019inquiètent profondément de leur avenir et ont peine à s\u2019inscrire individuellement et collectivement dans la société ?Je suis d\u2019une génération qui a vécu au cours de son enfance la crise des années 30\u2019.Nos aînés, malgré leurs limites, ont courageusement tout fait pour notre avenir.Dans cette nouvelle crise historique, il serait tragique que les retraités de plus en plus nombreux soient presque exclus de la société et de son avenir pour se replier sur leur vie privée.Disons les choses encore plus simplement : se pourrait-il que l\u2019horizon symbolique de la retraite conçue comme un heureux décrochage de la société, devienne une tendance plus importante que le souci collectif, citoyen et politique, celui, par exemple, de l\u2019avenir de la jeune génération qui a dix fois plus de raisons objectives de penser la situation présente en termes d\u2019avenir.Encore ici, au moins à titre d\u2019hypothèse, se peut-il qu\u2019en matière de politiques sociales, de choix collectifs, de fiscalité, d\u2019organisation du travail, on joue trop souvent le présent contre l\u2019avenir?À ce chapitre, comment ne pas souhaiter que les jeunes soient plus pugnaces.Ils n\u2019en seront que plus responsables, plus résolus à poursuivre leurs études, à s\u2019inscrire dans la société et à lui injecter un nouveau souffle dynamique avec 60 \u2022 L'ACTION NATIONALE leurs touches propres, leurs yeux neufs, y compris leur idéalisme.Ils sauront mieux résister à la tentation fort répandue de jouer la carte de la victimisation où l\u2019on cherche à prouver qu\u2019on est plus victime que toutes les autres victimes et parfois jusqu\u2019à en remettre sur un misérabilisme démissionnaire.Peu à peu souverainement s\u2019accentue un drame humain d\u2019une profondeur morale et spirituelle dont nous prenons trop peu la mesure, à savoir une logique de mort qui l\u2019emporte sur une logique de vie.Le thanatos sur l\u2019éros.Le haut taux de suicide n\u2019en est que la pointe de l\u2019iceberg.À ce chapitre il faut avoir peu de conscience historique et politique, peu de conscience tout court, pour ne pas soupçonner la gravité du fait que tant de jeunes adultes n\u2019aient pas les conditions minimales pour avoir des enfants, cet ancrage sérieux pour bien se planter dans la vie et développer une capacité d\u2019engagement à long terme.Le chômage des jeunes, leur précarité financière ne peuvent être livrés à de courtes et froides considérations statistiques, comptables ou administratives, ou même à de vagues considérations de morale ou de choix de valeurs.Ce sont les assises mêmes des projets de vie les plus cruciaux et de l\u2019avenir de la société qui sont compromises pour longtemps, très longtemps.Ce n\u2019est pas là un problème parmi d\u2019autres, mais un défi capital pour l\u2019ensemble de la collectivité.Ramener la question des générations et de leur rapports à une «sociologie du pauvre», à une «tarte à la crème», comme on l\u2019a dit récemment, c\u2019est faire preuve d\u2019une bien pauvre philosophie sociale.C\u2019est une esquive qui semble ignorer la réalité, sinon la possibilité que se constitue spécifiquement une large classe sociale pauvre dans la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui.Une culture de pauvreté déjà anticipée chez les jeunes femmes monoparentales et l\u2019implosion suicidaire ou démissionnaire chez nombre de jeunes adultes masculins.Comment ne pas accueillir positivement l\u2019émergence de nouveaux leaderships, d\u2019un nouveau militantisme, de nouveaux regroupements plus larges des force vives dans la L'ACTION NATIONALE \u2022 6l génération montante ?Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer quand j\u2019ai lu un critique qui ramenait ce nouvel élan à un néocorporatisme.À ce que je sache le corporatisme tient de ces groupes monopolistiques qui ont le pouvoir d\u2019imposer leur intérêts privés à toute la société.C\u2019est bien loin d\u2019être le cas, bien loin aussi du poids démographique et politique du fort contingent de jeunes dans les années 60\u2019, dans un contexte d\u2019une relative prospérité et d\u2019un souci collectif d\u2019avenir qui nous soulevait à ce moment là.Un nouveau contexte Nous sommes dans un tout autre contexte.Je retiens une première question qui donne à penser.Se pourrait-il que commencent déjà à s\u2019esquisser deux classes sociales : les héritiers de grands-parents et parents prospères et les non-héritiers, comme prolongement d\u2019une société qu\u2019on dit cassée en deux, sans trop prendre de ses prolongements dans l\u2019avenir?Qu\u2019est-ce à dire?Il y a beaucoup d\u2019échanges intergénérationnels généreux pour les siens, mais c\u2019est le sort des enfants des autres qui est et sera un des grands tests de notre tonus social, éthique et politique.Nos sociétés dites libérales sont surtout bâties sur l\u2019individu.Cette idéologie même ennoblie de la transcendance de la personne humaine, est mise en cause par ces tiers qui sont plus égaux que les autres.Le haut taux de pauvreté, de chômage, de précarité dans la génération montante n\u2019est pas un problème à côté des autres, parce qu\u2019il est porteur d\u2019éreintement à long terme.Des actuaires pensent que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui paieront relativement deux fois plus d\u2019impôts, de taxes et de cotisations.Si ces actuaires se trompent, tant mieux, mais si leurs prédictions se réalisent, qu\u2019arrivera-t-il des solidarités ascendantes où les jeunes, parvenus à l\u2019âge adulte, auront à soutenir un fort contingent d\u2019aînés avec leur longévité accrue 62 \u2022 L'ACTION NATIONALE et leur requête de soutiens de tous ordres, le grand âge venu ?Mettons ici les points sur les i.Dans les débats récents où des enjeux d\u2019équité entre générations étaient en cause, j\u2019ai été frappé par la récurrence d\u2019un message adressé aux jeunes que je résumerais ainsi : - Ce sont là des problèmes complexes, vous n\u2019avez ni la compétence, ni l\u2019expérience pour y voir clair.Bref, fermez vos gueules, étudiez, attendez votre tour».On a même soutenu que bien des jeunes s\u2019accommodent de la précarité.Une des plus grandes tristesses que j\u2019ai connues durant mes quarante années de travail en éducation, c\u2019est celle que je viens de vivre au cours des dernières années, à savoir cette angoisse implosée que j\u2019ai sentie chez de nombreux jeunes adultes qui n\u2019avaient ni socle, ni foulée de long terme, fût-ce comme espoir.Je sais bien que la crise actuelle frappe dans tous les groupes d\u2019âge, y compris dans les classes moyennes.Je sais bien aussi que la jeunesse ne constitue pas un bloc monolithique.Mais diable, comment peut-on sous-estimer l\u2019impact démoralisant que peut avoir de non-espoir à l\u2019âge idéaliste des projets de la vingtaine, projets de vie, de famille ou de carrières ?Même la psychologie se met de la partie en qualifiant de post-adolescence cette période cruciale de la vie où normalement on devient un jeune adulte capable d\u2019engagement durable et en position pour une inscription plus concrète et mieux assurée dans la société, comme travailleur, comme citoyen, comme conjoint, comme parent.C\u2019est une des valeurs modernes les plus chères que celle de pouvoir engager sa propre histoire.Le tournant de la vingtaine est capital à ce chapitre.De la qualité de cette première assise d\u2019adulte dépendra le tonus des nombreuses années de rôles, de tâches, d\u2019épreuves, de défis de maturité qu\u2019il aura à vivre.À tort ou à raison, je pense qu\u2019un des plus graves problèmes de notre société ne se loge pas chez les enfants ou chez les adolescents, mais chez ces trop nombreux pseudoadultes ¦¦ adolescents », non seulement dans leur propre vie, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 63 mais aussi dans leurs rapports avec les jeunes.Si en plus de cela on retarde de plus en plus l\u2019accès à des responsabilités d\u2019adultes, on brise à sa racine toutes les dynamiques de maturité psychologique, sociale, culturelle, morale et politique.Il y a ici bien des enjeux connexes qui révèlent la pauvreté de notre philosophie sociale.Par exemple, c\u2019est une illusion de penser que la majorité des jeunes vont tenir le coup d\u2019une scolarisation prolongée telle que l\u2019exige la société d\u2019aujourd\u2019hui et encore plus celle de demain, sans des responsabilités où ils se sentent utiles à la société, sans des politiques qui leur permettent d\u2019être individuellement et collectivement des citoyens acteurs dans la cité et ses institutions, sans un message clair que nous avons besoin d\u2019eux.Pensons aux profonds déséquilibres démographiques dans plusieurs institutions et milieux de travail où il n\u2019y a qu\u2019une petite minorité de jeunes en bas de trente ans.Ce déséquilibre démographique est porteur d\u2019effets pervers de long terme, particulièrement au chapitre des transmissions de tous ordres : mémoire institutionnelle, expérience et expertise.Je reviendrai sur ce point.Je veux attirer l\u2019attention sur la portée symbolique et historique de certains messages plus ou moins souterrains, adressés à la génération montante.Il s\u2019agit des gestes et de choix collectifs qui, malgré leur caractère ponctuel dans des champs très circonscrits d\u2019une conjoncture donnée, sont répercutés médiatiquement au su et au vu de l\u2019ensemble de la jeunesse.On ne peut pas réduire la pratique des clauses orphelins au fait qu\u2019elles ne représentent que 5 ou 10% des conventions négociées dans tel ou tel secteur de travail privé ou public, comme mesures ponctuelles pour dénouer une crise conjoncturelle, sans s\u2019interroger sur l\u2019impact symbolique, psychologique, social et moral et dans le monde des jeunes, sur leur conscience générationnelle, sur le contexte très existentiel de précarité de plusieurs d\u2019entre eux, sur leurs inquiétudes et perceptions face à l\u2019avenir.64 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Il en va de même de cet autre message symbolique de ce demi-million d\u2019aînés qui ont milité pour abroger l\u2019article 585 du Code civil du Québec, qui stipulait l\u2019obligation alimentaire entre les grands-parents et les petits-enfants.Bien sûr, cet article avait besoin de nouvelles balises pour éviter certains abus.Mais la lutte pour son abrogation marquait un message symbolique collectif à la génération montante ; message dont bien des aînés ne semblent pas avoir tenu compte.Voilà des exemples où l\u2019on découvre l\u2019importance de la référence générationnelle pour se situer dans le temps, et cette signification sociale trop sous-estimée, à savoir qu\u2019on peut penser une génération sans les autres qui précèdent et qui suivent.Il y a peu de repères comme celui des générations pour marquer dans le temps l\u2019interdépendance sociale, la conscience historique et la requête de vision plus large et plus longue.J\u2019entends de ce temps-là des discours du genre : « Il n\u2019y a qu\u2019une génération vraiment identifiable dans notre histoire récente, c\u2019est celle des baby-boomers ».Il y a là une contradiction anthropologique, culturelle et sociale, en ce sens qu\u2019aucune génération ne peut se penser et se constituer sans rapport aux autres.D\u2019ailleurs, beaucoup de baby-boomers eux-mêmes semblent vivre une évolution très intéressante et prometteuse à ce chapitre.Plusieurs d\u2019entre eux valorisent la filiation, même s\u2019ils ont connu plusieurs alliances successives, comme si la filiation était un des rares liens sociaux solides et durables.Je dirais la même chose de bien des aînés d\u2019aujourd\u2019hui qui sont inquiets de l\u2019avenir de leurs petits-enfants et qui s\u2019investissent beaucoup en eux.Reste à savoir si, au plan collectif, on se préoccupera de développer des pratiques et des politiques de nouvelles solidarités entre les générations.Nous sommes dans un nouveau contexte historique où de multiples facteurs de réalité ont une teneur générationnelle aussi bien dynamique que critique qui n\u2019est pas L'ACTION NATIONALE \u2022 65 étrangère au rebond de l\u2019intérêt pour ce lien social dans les sociétés occidentales des deux côtés de l\u2019Atlantique.Des milliers de recherches en témoignent.À cause de la longévité, ce ne sont plus deux ou trois générations qui sont contemporaines, mais quatre ou cinq.Je pense, par exemple, à la génération «sandwich» de la fin de la quarantaine et de la cinquantaine qui a parfois de lourdes tâches face à quatre générations : leurs enfants et petits-enfants, leurs propres parents et même un ou deux grands-parents.Et que dire de cette vaste cohorte d\u2019aînés-retraités de 55 à 75 ans, en relative bonne santé et porteurs d\u2019expériences et d\u2019expertises inestimables?Il serait dommage que la plupart se comportent comme des rentiers décrochés de toutes responsabilisés sociales de citoyens.Quand nous avons présenté des scénarios de retraite progressive, nous avons entendu dix, vingt raisons critiques pour écarter de tels projets, sans un consentement à un examen sérieux des avantages et des enjeux profonds et positifs d\u2019une telle politique pour des communautés de travail plus saines et des institutions plus dynamiques à long terme, et surtout pour les inestimables fonctions de transmission intergénérationelles.L\u2019inestimable fonction de la transmission Nous avons la mémoire courte.Souvenez-vous du fameux slogan des années 90\u2019 : « Personne ne transmet rien à personne».Nous avons payé cher cette utopie qui a eu certains effets dévastateurs dont on est peu conscients encore aujourd\u2019hui.Les départs récents précipités pour des retraites anticipées ont brisé plusieurs lignes de transmission institutionnelles, professionnelles ou autres dans plusieurs institutions.Au bloc opératoire de l\u2019hôpital de ma région, 8 des 10 infirmières chevronnées par 25-30 ans de métier ont quitté tout d\u2019un coup, sans qu\u2019aucune stratégie sérieuse de transmission aux nouvelles venues n\u2019ait été mise en œuvre 66 \u2022 L'ACTION NATIONALE ou même conçue.Les conséquences ont été, sont encore et seront dévastatrices.«Personne ne transmet rien à personne», disait-on, il n\u2019y a pas si longtemps.Dans un autre domaine, on constate que plusieurs jeunes parents sont très démunis pour assumer leur jeune enfant, en grande partie parce que les modèles et repères de transmission se sont effacés au cours des dernières années.Élargissons ce fond de scène.Une des théories sociales à la mode pourrait se résumer ainsi : la société traditionnelle était tournée vers le passé ; la modernité vers l\u2019avenir et la post-modernité que nous vivons aujourd\u2019hui se conjuguerait au présent, seulement au présent.D\u2019aucuns en font un progrès, alors que plus que jamais peut-être, nous avons à recomposer plus pertinemment et dynamiquement les patrimoines reçus, les tâches du présent et les enjeux d\u2019avenir.Nous avons besoin d\u2019un surcroît de conscience historique pour cette recomposition, y compris pour mieux comprendre l\u2019inédit du contexte actuel.Dans une entrevue que j\u2019ai faite moi-même, une jeune ergothérapeute en situation on ne peut plus précaire me tenait ces propos d\u2019une lucidité étonnante : * Vous, me disait-elle, vous avez connu une enfance austère, puis après vous êtes passé de l\u2019austérité à la prospérité.Nous, on vit exactement le contraire.On a été passablement choyés durant notre enfance et notre adolescence et puis là, on rencontre plusieurs murs à la fois.C\u2019est cent fois plus difficile de passer de la prospérité à l\u2019austérité que l\u2019inverse.Arrêtez de nous dire qu\u2019hier et aujourd\u2019hui sont pareils.Le bas de l\u2019échelle et le haut de l\u2019échelle ne sont pas les mêmes.Mon professeur de philosophie, du haut de sa sécurité d\u2019emploi, nous sommait d\u2019apprendre à vivre dans l\u2019incertitude et à goûter le présent comme seul lieu de sens.Je n \u2019en veux pas à sa sécurité d\u2019emploi mais à son enrageante insensibilité à notre situation réelle et à l\u2019avenir qui nous attend-.L'ACTION NATIONALE \u2022 67 Après ses propos fort bien articulés et fondés, je lui ai demandé : Catou, où est-ce que vous avez puisé cette sagesse là?Elle m\u2019a dit que c\u2019est sa grand-mère qui lui avait appris à interpréter la vie, et que la mémoire n\u2019est pas seulement «une affaire du passé» pour reprendre sa propre expression.Il n\u2019y a pas de société saine et dynamique, de culture, de conscience historique, de science ou de philosophie sans de judicieuses pratiques de transmission et de solides et fortes filiations.Les nouvelles tartes à la crème d\u2019une certaine postmodernité : fin de l\u2019histoire, fin du travail, fin de l\u2019État, fin de la nation, fin de tout ce qui a nom : tradition, génération ou transmission pavent la route à sens unique vers un monde qui ne serait qu\u2019un vaste marché livré aux intérêts les plus immédiats.La postmodernité, dit-on, mais il y a quoi d\u2019autre après?La même logique se prolonge dans le discrédit des repères sociaux, l\u2019un après l\u2019autre, surtout ceux qui ouvrent sur une durée qui dépasse les échanges ponctuels.L\u2019anthropologue Georges Balandier nous rappelle que les rapports de sexes et de générations sont des infrastructures culturelles plus profondes que celles des autres rapports sociaux! À ceux qui nous disent que la question de l\u2019équité générationnelle occulte celle des classes sociales, on pourrait poser cette question : qu\u2019est-ce qui serait arrivé si on avait bloqué la légitime lutte des femmes pour l\u2019égalité sous prétexte qu\u2019elles masquaient ainsi la juste perception ?Que des jeunes adultes soient en train de déplacer la problématique générationnelle sur le terrain sociétaire des choix collectifs, ne devrait pas nous étonner.Historiquement, combien de nouvelles générations se sont inscrites dans la société en recourant au procès?Ce fut le cas chez nous, pour les mouvements de jeunesse des années 30\u2019, pour ma génération au tournant des années 50\u2019 et pour les baby-boomers de la fin 60\u2019.Ces tensions ont permis à ces nouvelles générations de trouver leurs propres touches et apports historiques.68 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il me semble que nous aurions un peu plus de vision et d\u2019élan historique si nous pensions et agissions avec un souci plus marqué du long terme et une meilleure saisie de l\u2019ensemble de la société et de ses acteurs.Même les mots que nous employons pour nommer les situations, les problèmes et les phénomènes sociaux ne sont pas innocents.Par exemple, on dit que dans la société grandit le nombre d\u2019inactifs en bas de trente ans et en haut de cinquante-cinq ans, alors que la période dite active se contracte de plus en plus les surcharges de tous ordres que l\u2019on connaît.Ce mot, ce concept « inactif - est révélateur d\u2019une vision et d\u2019une philosophie sociales très critiquables.Comment admettre qu\u2019une majorité croissante de la population soit composée d\u2019inactifs?Rien n\u2019invite ici à penser que les générations montantes et les aînés pourraient être de véritables acteurs dans la construction de la cité.Acteurs sociaux, politiques, économiques.Est-ce qu\u2019on n\u2019augmente pas ainsi la surcharge des actifs du mitant de la vie?La longévité accrue peut offrir de plus grandes possibilités de maturation et de chimie intergénérationnelles riches et fécondes.M\u2019est avis qu\u2019il nous faut réagir contre toutes les contractions qui s\u2019accumulent présentement : contractions du rayon de conscience et des engagements, contractions du rayon des rapports sociaux dans un corporatisme grandissant, contractions du rayon des réformes précipitées et des revendications ponctuelles, contractions du rayon des transmissions qui n\u2019ont rien de recettes faciles, contractions du rayon de l\u2019expérience du travail livrée elle aussi à une précarité croissante, contractions du rayon social de petites tribus d\u2019affinités narcissiques.Tout cela ne peut que rétrécir le vivre et l\u2019agir ensemble, la vision des enjeux même les plus cruciaux et surtout les résolutions de longue foulée.Comment ne pas souhaiter que les nouvelles chimies intergénérationnelles qui ont cours dans la vie privée se L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 69 vivent aussi au plan des milieux de vie et de travail, des cités et de la société, des choix collectifs et politiques ?Diable, est-il encore permis de penser et d\u2019agir à long terme et de mieux conjuguer l\u2019avenir au présent ?Aux aînés j\u2019ai le goût de dire avec Erikson : nous sommes ce qui nous survit, et aux jeunes concertez-vous un peu plus et peu mieux comme acteurs sociaux pour vous donner un poids politique.Comme dans le cas des vieux, vous n\u2019êtes pas qu\u2019un charge dans la société.Celle-ci a besoin de vous, de vos apports neufs, y compris de votre idéalisme chargé d\u2019espérance entreprenante.Je dis ces choses de plain-pied avec vous, sans paternalisme, j\u2019espère.L\u2019incontournable enjeu politique du travail Depuis un bon moment tous les sondages marquent une crise de crédibilité croissante de tout ce qui a nom politique, et cela au moment où nous avons à faire des choix collectifs qui réclament une vigoureuse démocratie, une conscience citoyenne alerte et lucide, des bases et tissus sociaux plus solides, des valeurs fortes individuelles et communes et un sens plus poussé de la justice et du bien commun.Depuis 40 ans, je me dis souvent ceci : si dans nos institutions sociales, économiques, gouvernementales, scolaires, on ne construit pas de véritables communautés de travail plus saines, plus fécondes, capables de résoudre les problèmes entre gens concernés, comment bâtirons-nous ces solidarités les plus larges que nécessitent les enjeux actuels?Et si en plus ces communautés de travail sont complètement déséquilibrées démographiquement, sur ces chimies fondamentales du sang neuf et de l\u2019expérience, nous sapons une des dynamiques de base essentielles à une cité capable politiquement de projets intelligents, justes et efficaces dans un développement durable.70 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il existe peu de lieux et d\u2019assises pour inscrire dans le temps le lien social, l\u2019engagement, le citoyen sujet interprète, acteur et décideur.Redisons-le, la référence générationnelle et intergénérationnelle est un de ces rares lieux d\u2019inscription dans le temps.Elle touche des cordes très sensibles d\u2019humanité, de solidarité, de projet et d\u2019engagement à long terme.Tout se joue de plus en plus en raccourci dans les rapports humains, dans les médias, en politique, en économie, en éducation et jusque dans les désirs et les consciences.À ceux qui lèvent le nez sur la référence générationnelle, j\u2019ai le goût de demander s\u2019il y a d\u2019autres références concrètes présentement qui ouvrent sur le long terme.À 10, 20 ou 30 ans, la motivation et la responsabilité, le goût de vivre, d\u2019aimer, de lutter, de risquer, d\u2019aller au bout s\u2019éveillent avant tout, dans l\u2019espoir face à l\u2019avenir, bien chevillés au présent et aux transmissions des riches patrimoines historiques.Nous ne sommes pas une société du tiers-monde.Nous avons des assises institutionnelles et des ressources pour rebondir, mais nous ne pourrons le faire si nous continuons de discréditer une après l\u2019autre même nos propres institutions.Quand les institutions s\u2019affaissent, les hommes deviennent de plus en plus incertains et imprévisibles.Ce vieux proverbe est d\u2019une actualité brûlante.Si l\u2019expérience du travail elle-même est de plus en plus désinstituée, qui au nom du travail individuel autonome, qui au nom de stratégies de rationalisation sans mémoire ni projets communs, qui au nom de petits contrats qui empêchent tout sentiment d\u2019appartenance, de loyauté et de solidarité institutionnelles, avec ces pratiques nous n\u2019irons pas loin comme société et comme collectivité.Encore pour longtemps le travail restera un lieu majeur du lien social et de la construction de la cité.L\u2019empire romain s\u2019est écroulé quand on tout misé sur le pain et les jeux.Ce forum qui remet le focus sur les enjeux de travail veut contrer la vieille utopie récurrente qui proclame la «fin du travail- pour reprendre une expression des esprits dit postmodernes.S\u2019il L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 71 est un terrain où l\u2019on ne saurait démissionner, c\u2019est bien celui-ci.D\u2019où l\u2019intérêt de ce forum.Je termine par cette question qui me brûle le cœur, l\u2019esprit et l\u2019âme, et qui traverse cet exposé de part en part : est-il encore permis de penser et d\u2019agir à long terme dans notre société et dans nos itinéraires de vie, de travail?À quoi bon une longévité accrue si nous ne savons plus inscrire dans le temps même nos amours et nos projets les plus chers ! ?72 \u2022 L'ACTION NATIONALE LE DEVOIR Un journal engagé pour des gens exigeants i___^Sm^' Le Devoir MBsSc est un journal PjSSpP' moderne, conçu pour ses Ht-lecteurs qui sont des gens w actifs, présents dans leurs milieux.^ C\u2019est un journal intelligent crédible influent.Un journal d\u2019information qui traite de toutes les grandes ques- j tions, qu\u2019elles soient locales ou J» internationales, .\t.s ou ÆÊÊ , économiques, culturelles ou , ^ j sociales.Un journal de réfé- MUi rence incontournable par sa .rigueur et sa profondeur.'\u2022The Society of News Papers Design» à l'occasion de son quinzième concours annuel a décerne 14 prie au Devoir.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 73 1445 S\u2019il est venu le temps de se donner un pays, il importe de savoir ce que nous en ferons.L'Action nationale a accompagné le Québec tout au long de ce siècle.Elle apporte à nouveau une pièce majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.74 \u2022 l'action nationale Américanisation et anglicisation des ondes Jean-Paul Perreault* Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) vient tout juste d\u2019amorcer les audiences publiques sur l\u2019Examen des politiques relatives à la télévision canadienne.En 1996, le CRTC a émis vingt-trois nouvelles licences d\u2019exploitation à des chaînes spécialisées de télévision dont seulement quatre en langue française.L\u2019arrivée de ces nouvelles chaînes a permis aux câblodistributeurs de « bonifier »la palette des canaux qu\u2019ils offrent à leurs abonnés.Vidéotron décidait d\u2019offrir à sa clientèle neuf nouveaux canaux supplémentaires dont cinq sont de langue anglaise.Sur 63 canaux, plus de la moitié sont de langue anglaise, soit 38.De son côté, le câblodistributeur ontarien Rogers ajoutait douze canaux à sa grille en ignorant les quatre nouvelles chaînes canadiennes de langue française.Rogers a préféré offrir à ses abonnés de la région d\u2019Ottawa quatre nouvelles * Président, Impératif français L\u2019ACTION NATIONALE «75 « stations » américaines plutôt que les quatre nouvelles «chaînes» canadiennes.de langue française! Les Canadiens de la «capitale canadienne» ne captent donc pas les signaux des stations canadiennes de langue française suivantes : Télétoon français, Canal D, Canal Vie, Musi-Max et LCN.De surcroît, Rogers vient d\u2019annoncer qu\u2019il insérera bientôt un autre canal anglophone à sa grille, CTV SportsNet.Tableau 1 COMPARAISON DES NIVEAUX DE SERVICE DE CÂBLODISTRIBUTION - OTTAWA VS OUTAOUAIS Région\tCâblodis- tributeur\tService de base\tService enrichi\tTélé payante\tTélé à la carte\tTotal Ottawa\tRogers (canaux en français)\t8\t5\t1\t-\t14 Outaouais\tVidéotron (canaux en anglais)\t16\t15\t6\t1\t38 Bien que la population francophone de la région d\u2019Ottawa (capitale du Canada, faut-il le rappeler?) soit quatre fois plus nombreuse que la population anglophone de l\u2019Outaouais, 139190 vs 34527, elle ne dispose, en tout et pour tout, que de 14 stations de langue française comparativement à 38 de langue anglaise pour les anglophones de l\u2019Outaouais.(Tableau 1) Résumons! Dans la capitale canadienne, Ottawa, il y aurait 14 canaux en langue française pour 140 000 francophones, soit un canal par tranche de 10000 francophones ; dans l\u2019Outaouais, au Québec, 38 canaux en langue anglaise pour 34 500 anglophones, soit un canal par tranche de 900 anglophones.Pour avoir accès au même niveau de service, les francophones doivent être onze fois plus nombreux ou, si vous préférez, les anglophones, onze fois moins nombreux ! 76 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le choix de canaux anglophones augmente plus rapidement qu\u2019en français.Dans le cas d\u2019Ottawa, on ne peut justifier ce phénomène par un manque de chaînes canadiennes.de langue française ! Avec un niveau de service en anglais si élevé au Québec et au niveau de service en français si faible au Canada, il n\u2019est pas étonnant que les chaînes de langue française voient leurs publics naturels s\u2019éroder au profit des stations de langue anglaise.Les émetteurs de télévision Si, dans la région, le nombre d\u2019émetteurs de télévision de langue française n\u2019a pas changé depuis le début des années 1990, le nombre d\u2019émetteurs de langue anglaise a, par contre, connu une hausse importante.En effet, le CRTC a émis, depuis quelques années, des licences d\u2019exploitation (Tableau 2) à quatre télédiffuseurs de l\u2019extérieur de la région (CFMT, CHRO, CITY-TV, CHCH) diffusant simultanément dans leur région et la nôtre sur une fréquence locale.Le teneur de leur production locale serait minime ou inexistante.Tableau 2 NOUVELLE LICENCES D'EXPLOITATION RÉGIONS DE HULL ET D'OTTAWA Stations\tOrigine\tFréquence Locale\tFréquence Rogers\tFréquence Vidéotron CFMT\tToronto\t60\t14\t14 CHRO\tPembrooke\t43\t6\t6 CITY-TV\tToronto\t65\t15\t17 CHCH\tHamilton\t11\t11\t16 Les câblodistributeurs de l\u2019est de l\u2019Ontario et de l\u2019Outaouais allèguent que leur grille est remplie mais qu\u2019ils sont obligés par le CRTC de réserver des signaux pour ces L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 77 canaux.Ceci aurait servi de prétexte au câblodistributeur d\u2019Ottawa-Carleton pour déplacer la télévision éducative Télé-Québec au-delà des limites de bien des syntonisateurs ou pour refuser de diffuser certains signaux francophones.Le tableau suivant présente l\u2019évolution entre 1991 et 1997 du nombre de stations privées et de stations avec émetteurs en Outaouais ou dans la région d\u2019Ottawa Tableau 3 STATIONS PRIVÉES DE TÉLÉVISION RÉGIONS DE HULL ET D'OTTAWA (1991-1997) Langue de diffusion\t1991\t1997\tListe depuis 1997\tGain Français\t2\t2\tCHOT, CFGS\t0 Anglais\t2\t6\tCJOH, CHRO, CKGN CHCH, CFMT, CITY\t4 D\u2019un côté, l\u2019éventail de la programmation télévisuelle disponible dans la région s\u2019est élargi, mais en anglais seulement.Cette tendance serait également observable dans d\u2019autres régions.Le télédiffuseur Global a maintenant des émetteurs à Sherbrooke, Montréal et Cornwall.Les télédiffuseurs anglophones ont accès aux émissions américaines capables d\u2019attirer les téléspectateurs en grand nombre puisque le CRTC leur permet d\u2019importer des États-Unis, souvent à bon marché, jusqu\u2019à 50 % des émissions à leur programmation.Celles-ci sont le plus souvent diffusées aux heures de grande écoute.De surcroît, certaines stations « canadiennes » de langue anglaise auraient un contenu largement états-unien, puisqu\u2019elles n\u2019atteindraient même pas les quotas minimum en contenu canadien exigés par le CRTC de 60 % pour l\u2019ensemble de la journée et de 50 % en soirée ! Les stations américaines et les stations canadiennes de langue anglaise à fort contenu américain (faible contenu canadien) obtiennent souvent priorité de distribution sur des stations canadiennes à fort contenu canadien, notamment les stations canadiennes.de langue française ! 78 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Radiophonie Dans le domaine de la radiophonie (tableau 4), les régions de Hull et d\u2019Ottawa ont vu le nombre de stations de radio anglophones augmenter de deux, passant ainsi à 10, alors que du côté francophone, CKCH disparaissait des ondes.Tableau 4 STATIONS PRIVÉES DE RADIO RÉGIONS DE HULL ET OTTAWA Langue\tBande AM\tBande FM\tTotal\tGain depuis 1990 Français\t1\t2\t3\t-1 Anglais\t3\t7\t10\t2 La radio et la télévision sont de moins en moins francophones dans la région.Les services télévisuels en anglais augmentent et attireraient de plus en plus la clientèle francophone bilingue.D\u2019un côté, la langue anglaise et la culture d\u2019expression anglaise gagnent du terrain ! De l\u2019autre, la langue française et la culture d\u2019expression française en perdent! Les grands gagnants dans tout cela, ce ne sont évidemment ni la culture canadienne, ni la culture québécoise ! La grande gagnante ?C\u2019est la culture américaine, cette culture que l\u2019on nous impose de plus en plus comme le seul modèle possible.L\u2019Examen des politiques relatives à la télévision canadienne pourrait donner, entre autres, l\u2019occasion au CRTC de canadianiser les ondes en adoptant les mesures qui s\u2019imposent afin que les Canadiens aient accès aux stations de télévision canadiennes.?L'ACTION NATIONALE \u2022 79 Marc Veilleux Imprimeur inc.*Livres (200 à 10 000 exemplaires) *Manuels techniques *Listes de prix *Rapports internes *Catalogues *Listes de membres et répertoires *Rapports annuels et agendas *Dépliants *Brochures 1340, rue Gay-Lussac, section 4, Boucherville, Qc J4B 7G4 Tél.: (514) 449-5818 \u2022 Fax: (514) 449-2140 SOCIETE NATIONALE D'ASSURANCE FILIALE D'OPTIMUM GÉNÉRAL INC.Partenaire Optimum® 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1500, Montréal H3A 3G5 (514) 288-8711 80 \u2022 L'ACTION NATIONALE Deux poids -Deux mesures Gilles De La Fontaine Le Nunavut, 2/3 des Territoires du Nord-Ouest, équivalent de l\u2019Ontario en superficie, doit devenir, en avril 1999, le pays attitré des Inuits, qui forment 83% de la population (24,665).En gros, les terres et mers polaires au nord du Manitoba, de l\u2019Ontario et du Québec.Le tiers occidental (au nord de la Saskatchewan, de l\u2019Alberta et de la Colombie-Britannique, adjacent du Yukon) qui ne s\u2019est pas encore trouvé de nom propre, plus bigarré, populeux et développé (39460 habitants) se compose de 52% de non-autochtones, 28 % d\u2019indiens Dene, 10% d\u2019Inuits, 9% de Métis et quelque 7% d\u2019autres nations autochtones.Ces deux nouveaux territoires, ayant obtenu la division, auront éventuellement droit de négocier avec Ottawa les modalités de leur autonomie gouvernementale.La paradoxale ironie, c\u2019est qu\u2019ils sont actuellement entièrement dépendants, financièrement et autrement, du gouvernement fédéral.Et qu\u2019ils ont déjà droit à une reconnaissance terri- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 81 toriale et une auto-détermination qu\u2019on se refuse à reconnaître au Québec, à 80% homogène et homophone.Deux poids, deux mesures.Il n\u2019est sans doute pas indifférent (le nerf de la guerre étant toujours le même) que l\u2019autonomie (gouvernementale et territoriale) des autochtones soit vue comme un bienvenu soulagement de poids, et celle du Québec comme une malvenue complication de nouvelles mesures à prendre.Ce ne sont donc pas les grands principes ni le droit international qui éclairent ces questions.C\u2019est Ottawa le grand Manitou qui décide tout, en fidèle héritier du gouvernement colonial britannique.Un bel exemple de la façon dont il opère Chrétien, dans un coin de corridor, juste avant de tourner les talons, répond du coin de la bouche à des journalistes qui s\u2019enquièrent des droits provinciaux dans les prestations fédérales en éducation.C\u2019est pas nouveau!.Le gouvernement a toujours contribué à l\u2019éducation.(Donc, sous-entendu, mais très entendue l\u2019irréfutable conclusion.C\u2019est pas de juridiction provinciale.Et voilà pourquoi votre ville est muette ! Et le Québec n\u2019a aucun droit de « se séparer » du Canada, à moins d\u2019obtenir la permission du gouvernement fédéral et des autres provinces.Ici, c\u2019est Ottawa et ses suppôts qui décident du droit des nations.Et tant pis pour ces troubleurs de paix et de prospérité qui croient avec la Déclaration des droits de l\u2019homme que \u2022¦le principe de toute souverenaité réside essentiellement dans la Nation».Ça, c\u2019est bon pour les \"premières Nations » autochtones.Si jamais elles nous soulagent de leur dépendance par l\u2019accession à l\u2019auto-détermination, c\u2019est de nous, leur Grand Manitou, qu\u2019elles la tiendront.?82 \u2022 L'ACTION NATIONALE ]L^\\©(tnamn M AT ION ALC C'est le 82e anniversaire.| 'Action nationale est une revue d\u2019idées.Depuis 1917, elle brasse des idées.Sans 1 argent, elle accomplit une œuvre dont l\u2019importance n\u2019est pas mesurable.Le fondateur de la revue, ce fut Orner Héroux, le vaillant journaliste du Devoir.Depuis 1917, la revue a obtenu la collaboration de 1 700 auteurs.Six précurseurs ont façonné l\u2019âme de la revue : Joseph-Papin Archambault, Lionel Groulx, Esdras Minvile, André Laurendeau, Richard Arès, et François-Albert Angers.Les 80 000 pages publiées racontent l\u2019histoire du Québec.L\u2019Action nationales, exercé une influence sur l\u2019évolution de la société québécoise.Elle a inspiré les regroupements de l\u2019Action libérale nationale, de la Ligue pour la défense du Canada, du Bloc populaire, des États généraux du Canada français et du Mouvement Québec français.FORCES Revue de documentation économique et culturelle 500, rue Sherbrooke Ouest, bureau 1270 Montréal (Québec) H3A 3C6 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 83 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE A L'AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 COURTIER EN VALEURS MOBILI RES Sans frais : 1-800-363-6294 E-mail : maxcap@istar.ca Gilles Bertrand Président, Directeur-général MEMBRE DE LA BOURSE DE MONTRÉAL 321 de la Commune Ouest, Suite 100, Vieux Montréal (Québec) H2Y 2E1 Télécopieur : (514) 843-0418\tTéléphone : (514) 843-4000 Sansregret, Taillefer & Associés inc.Conseillers et administrateurs en avantages sociaux Michel Taillefer Président Téléphone : (514) 355-7869 - (800) 782-5799 Télécopieur: (514) 355-7923 mtaillefer@sta-conseil.com 5125, rue du Trianon, bureau 560, Montréal (QC) HIM 2S5 Au cœur du Quartier Latin, dans une rue calme, découvrez un hôtel de charme.4* HÔTEL DU COLLÈGE DE FRANCE H|b ?NC 7, rue Thénard, 75005 Paris Tél (33) 143 267836\t-15% aux lecteurs Télécopie (33) 1 46 34 58 29\tde Z \u2019Action nationale 84 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La petite histoire du Québec Jean-Denis Robillard JANVIER 1642,\t25 janvier Jeanne Mance organise une petite fête à Sainte-Foy sur les terres de Pierre de Puyseaux pour souligner le 30e anniversaire de naissance de Paul Chomedey de Maisonneuve ; mais le gouverneur général de la Nouvelle-France, M.de Montmagny, le prend mal parce qu\u2019on avait ¦¦oublié» de le consulter (1).1643,\t5 janvier Après s\u2019être échappé des Iroquois qui le retenaient prisonnier, le Père Isaac Jogues s\u2019embarque sur les rives de la Nouvelle-Angleterre, au mois de décembre, traverse l\u2019Atlantique et frappe à la porte du Collège des Jésuites à Rennes (2).L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 85 1644,\t2 janvier Mme de Bullion exige que sa donation ne soit pas détournée de son objet la fondation d\u2019un hôpital, celui de Ville-Marie (3).1645,\t5 janvier Le futur gouverneur général de la Nouvelle-France, Joseph-Antoine LeFebvre de La Barre, est reçu conseiller au parlement de Paris (4).1646,\t10 janvier André Leprince, manœuvre d\u2019Igé, village natal de Pierre Godé, signe, devant le notaire Jean Sorand, l\u2019engagement de se rendre travailler en Nouvelle-France pendant trois ans au service de Nicolas Godé de Ville-Marie.Hélas, comme beaucoup d\u2019autres, il n\u2019atteignit jamais les rives du Saint-Laurent.décède en mer ou change d\u2019idée avant le départ (5).1647,\t8 janvier Estienne Charlet, Provincial des Jésuites, accorde au Sieur Sébastien Cramoisy, marchand libraire, le contrat de l\u2019impression des «Relations» de la Nouvelle-France (6).1648,\t1er janvier Contrat de mariage de l\u2019ancêtre Étienne Demers, charpentier, originaire de Dieppe, qui épousera Françoise Morin, veuve d\u2019Antoine Pelletier (7).1649,\t11 janvier Le menuisier François Godé, fils de Nicolas, épouse à Ville-Marie Françoise Bugon, veuve d\u2019Antoine Vedet ; on avait curieusement annulé le contrat de mariage neuf jours avant.86 \u2022 L'ACTION NATIONALE 1650, 9 janvier Arrivée du Père Charles Albanel s.j.pour desservir Ville-Marie ; il vient donner un coup de main à l\u2019unique prêtre alors en place, le Père Jean de Quen s.j., qui quittera le 8 avril, laissant le Père Albanel seul jusqu\u2019au 1er juillet suivant alors que le Père André Richard viendra l\u2019assister dans son ministère (9).1670, 1er janvier On ouvre le registre de la paroisse de l\u2019Ange-Gardien avec le baptême de François Levasseur, fils de Louis et de Marguerite Bélanger (petit-fils de l\u2019ancêtre André Levasseur) (10).Notes : (1)\tDaveluy, Marie-Claire.Jeanne Mance, p.80.(2)\tRelations des Jésuites.Tome 4.1647, p.35.(3)\tBrumath, Leblond de.Histoire populaire de Montréal p.15.(4)\tRoy, Pierre-Georges.La Ville de Québec sous le régime français, p.435.(5)\tPrince, Vincent.L\u2019ancêtre des Prince d\u2019origine acadienne.MSGCF, automne 1986, p.225.(6)\tRelations des Jésuites.Tome 3- 1946, p.88.(7)\tBizier et Lacoursière.Nos Racines, p.1741 (8)\tRoy, Pierre-Georges.Lnventaire des greffes des notaires du régime français.1943, p.29.(9)\tDombreval, Jean.Archives et Souvenirs, p.250 et Charbonneau et Légaré.Vol.5, pp.303, 427, et 471.(10)\tCharbonneau et Légaré.Vol.2 L'ACTION NATIONALE \u2022 87 la passion des ÊTRES Caisse d'économie des travailleuses et travailleurs (Québec) 155, boulevard Charest Est Québec (Québec) G1K3G6 (418) 647-1527 Télécopieur (418) 647-2051 1 800 626-5166 UNE FORCE AU 77?/Uy/l/i 88 \u2022 L'ACTION NATIONALE Regards sur Vactualité Rosaire Morin Yves Blais Yves Blais était un bâtisseur.Amoureux de la chanson québécoise, il fondait la boîte Le Patriote, en 1968, à Sainte-Agathe.Son ami, Percival Broomfield, associé à l\u2019œuvre depuis le début, poursuivra les activités d\u2019une initiative qui a facilité la carrière de nos grands chansonniers.Les plus célèbres d\u2019entre eux sont passés par le Patriote: Robert Charlebois, Yvon Deschamps, Diane Dufresne, Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, Louise Forestier, Pauline Julien, Jean Lapointe, Raymond Lévesque, Gilles Vigneault.Le Patriote de Sainte-Agathe et de la rue Sainte-Catherine a été une fenêtre pour la Place des Arts.Une étape importante dans le larguage de la carrière.Yves Blais était un indépendantiste dès les premières heures de la bataille.\u201cJe suis, répétait-il, un souverainiste à fleur de peau, à fleur d\u2019espoir, à fleur de pays».Il était de la race des Dumont, Godin, Julien, Miron.C\u2019est avec émotion que nous soulignons son départ.Puisse la jeune génération L'ACTION NATIONALE \u2022 89 terminer le bout de chemin qui conduit à la liberté d\u2019un peuple qui hésite à venir au monde.Henri Massé M.Massé vient d\u2019être élu à la présidence de la FTQ.C\u2019est un jeune homme de 52 ans.Son père, un bûcheron et fermier de l\u2019Abitibi, était un militant syndical.Le jeune Massé s\u2019enrôle très vite dans le syndicalisme.Étudiant en relations industrielles et, parallèlement, travailleur dans la construction, il entre à la FTQ.Il participe à la fondation de syndicats.À l\u2019époque de la Terre des hommes, il travaille bénévolement pour le syndicat des jeunes employés.Durant ses études, il crée le syndicat des employés de soutien de l\u2019Université de Montréal.Le nouveau président croit - au syndicalisme de propositions développé par la FTQ.«Nous sommes critiques, dit-il, mais nous apportons des solutions ».Il rêve de donner au mouvement syndical une force de frappe « pour améliorer les conditions de travail, mais aussi les programmes sociaux et la qualité de la démocratie».«Cette influence, ajoute-t-il, vient de la loi du nombre».Provigo Esaü vendit son droit d\u2019aînesse.-Et ainsi ayant pris du pain et ce plat de lentilles, il mangea et but, et s\u2019en alla, se mettant peu en peine de ce qu\u2019il avait vendu son droit d\u2019aînesse.- Genèse, XXV, 33-34.Loblaw a acheté à prix d\u2019argent Provigo, l\u2019une des plus grandes entreprises québécoises.«Ce qui fut le plus difficile à négocier, c\u2019est le prix » déclarait le président de la Caisse de dépôt et placement, monsieur Jean-Claude Scraire.La CDPQ a senti l\u2019argent grossir dans ses coffres.Elle a obtenu 566 mil- 90 \u2022 L'ACTION NATIONALE lions $ pour son bloc d\u2019actions.Elle encaisse un profit pour l\u2019exercice en cours de 328 millions $.Pour de l\u2019argent, elle a vendu à Toronto l\u2019un des fleurons du Québec moderne.Les actionnaires de Provigo et les membres de la direction, avec leurs options d\u2019achat, réalisent des millions $ de profit.L\u2019argent est un si bon esclave et un si bon maître.Le président du conseil de Provigo, Pierre Michaud, et le président et chef de la direction, Pierre Mignault, demeurent en poste.Loblaw les a même invités à se joindre à son conseil.Les personnes qui n\u2019ont pas «réussi à assurer aux actionnaires une appréciation normale et constante de leurs investissements dans le cadre de l\u2019expansion et de la croissance d\u2019une grande entreprise performante »1 sont désignées pour réaliser l\u2019expansion du géant ontarien.Ils devront accomplir sous la nouvelle bannière ce qu\u2019ils ne pouvaient faire lorsqu\u2019ils possédaient la pleine autorité.Il est vrai que Loblaw s\u2019engage à «maintenir ses achats de biens et services2 auprès des fournisseurs québécois au même niveau que 1998 pour une période minimale de sept ans ».Mais doit-on comprendre que la croissance de la consommation au Québec n\u2019augmentera pas au cours des sept prochaines années?Le Québec connaîtrait sept années de vaches maigres?Et qu\u2019est-ce qui empêchera Loblaw, propriétaire à 90% de Provigo, de concentrer ses achats au Québec auprès d\u2019une autre société filiale, par mesure de rationalisation, et d\u2019oublier ainsi l\u2019ensemble des agriculteurs actuellement fournisseurs de Provigo ?Et que surviendra-t-il après le septennat?Aucune garantie n\u2019est offerte.L\u2019espérance est une vertu.Désormais, deux géants se disputeront le marché québécois.Loblaw-Provigo et Sobey-Oshawa.Les consommateurs paieront le prix.Les agriculteurs aussi.Au pays du Québec, on oublie trop souvent que l\u2019argent n\u2019est pas la richesse, 1.\tJean-Claude Scraire, dans Robert Dutrisac, Le Devoir, 1er décembre 1998, B.2.2.\tLe Soleil, 1\" décembre 1998, Bl.L'ACTION NATIONALE \u2022 91 même s\u2019il en est le signe.L\u2019argent ne doit pas décider de tout.La propriété de l\u2019entreprise est toujours préférable au statut de locataire.Il convient aussi de dénoncer l\u2019expédient, l\u2019échappatoire d\u2019une annonce un soir d\u2019élection provinciale.Prendrons-nous pour de l\u2019argent comptant un procédé moins honorable que celui du Comité olympique qui avait remis après l\u2019élection le choix de la ville hôtesse?Les sans-abri Louise Fournier et Serge Chevalier de Santé-Québec viennent de révéler une situation dramatique dont la gravité s\u2019accélère.Le Québec compte 40000 sans-abri dont 28000 dans Montréal.En 1989, ces personnes démunies totalisaient 15000.Les coupures bêtes et méchantes dans l\u2019aide sociale et les compressions dans le logement social sont les causes les plus apparentes de cette décrépitude.L\u2019étude de Santé-Québec nous apprend que 19961 itinérants fréquentent les soupes populaires et 8 253 les centres d\u2019hébergement.Elle révèle aussi que 77% des sans-abri sont des hommes.La moyenne d\u2019âge est de 37 ans et le nombre des jeunes de moins de 30 ans est de 9372.Cette marginalité des jeunes est inquiétante ; l\u2019itinérance risque de devenir chronique.De grandes entreprises, parfois à caractère social, chassent les itinérants de leurs immeubles.Certaines engagent même des surveillants pour les refouler sur le trottoir.Ce n\u2019est pas la guerre aux fugitifs qu\u2019il faut entreprendre.C\u2019est la guerre à l\u2019itinérance, à la pauvreté.L\u2019insertion sociale débute par le logement social.Elle se concrétise par l\u2019intégration au travail.L\u2019économie sociale est un agent de transformation qu\u2019il faut soutenir et promouvoir.De toute urgence.C\u2019est un devoir impératif pour tous les gouvernements et pour tous les partenaires économiques et sociaux.92 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019environnement La campagne électorale s\u2019est terminée sans que les partis politiques n\u2019exposent leur programme dans le domaine de l\u2019environnement.C\u2019est assez invraisemblable, impensable.M.Bouchard a été ministre de l\u2019Environnement dans le gouvernement Mulroney.M.Charest aussi.L\u2019air ambiant au Québec serait-il devenu purifié, immaculé ?Le recyclage serait terminé, parachevé?Les pluies acides auraient interrompu leur ravage dans nos érablières ?Les sites industriels seraient tous décontaminés ?La pollution aurait dispam dans les centres-villes ?Comment expliquer que les hommes politiques aient oublié l\u2019urgence du développement durable?Ignorent-ils que 800 entreprises de ce secteur ont besoin de l\u2019aide de l\u2019État pour demeurer à la fine pointe technologique?Il semble nécessaire de leur rappeler que l\u2019industrie de l\u2019environnement a un besoin urgent de réglementations claires et d\u2019une assistance gouvernementale pour s\u2019engager dans la conquête du marché mondial.Des projets rentables pourraient être réalisés et doubler le nombre des 15000 emplois qui existent présentement dans ce secteur.Pour qu\u2019il en soit ainsi, il faut en parler et agir.Cette recette est efficace dans tous les domaines.Il en est ainsi dans la marche de l\u2019indépendance.La Déclaration de Calgary Plusieurs abonnés demandent notre opinion sur la Déclaration de Calgary.Déjà, des commentaires avaient été exprimés sur les vœux pieux exprimés par le Canada anglais.Notre avis n\u2019a pas changé.La Déclaration de Calgary renforce l\u2019unité canadienne.Elle ne reconnaît pas le peuple du Québec.Elle ne lui accorde pas un statut particulier.Au contraire, elle refuse de lui concéder tout pouvoir que les autres provinces n\u2019auraient pas.C\u2019est la consécration de l\u2019égalité des provinces.L\u2019expression de société distincte est remplacée par des mots confus: «caractère unique».Ce «carac- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 93 tère unique - est un minimum offert inférieur à l\u2019entente de Meech et aux propositions de Charlottetown.Le droit de veto du Québec est enterré.La participation à la nomination des juges de la Cour suprême a disparu.La réforme du Sénat est oubliée.Le droit de compensation en cas de retrait d\u2019un programme fédéral est délaissé.La conception des deux peuples fondateurs est évacuée.Pourtant, les peuples autochtones sont reconnus.Les douze nations autochtones du Québec qui totalisent quelque 60 000 personnes existent, mais une population de sept millions d\u2019habitants n\u2019a pas droit à l\u2019existence.L\u2019application de la Déclaration de Calgary permettra à Ottawa d\u2019envahir les pouvoirs exclusifs du Québec.C\u2019est un recul.Un recul historique.Un recul qui consacre le caractère colonial du peuple québécois.Ce peuple minoritaire doit-il demeurer assujetti à la volonté de la majorité anglophone?Le Québec est bilingue Le Québec est bilingue.Le Manuel de l\u2019électeur est bilingue.Certains ministères québécois exigent la connaissance de la langue anglaise.La moitié des rapports annuels des entreprises francophones sont bilingues.Les avis de convocation de ma caisse populaire sont bilingues.Les répondeurs automatiques sont majoritairement bilingues.La langue principale de l\u2019informatique est l\u2019anglais.Les messages publicitaires sont de plus en plus bilingues.La langue des affaires est l\u2019anglais.Le Québec est bilingue.La population de langue maternelle française est de 5700 150 et celle de langue maternelle anglaise est de 586435.L\u2019Ontario est unilingue anglais, même si 479 285 ont déclaré au dernier recensement que leur langue maternelle était le français.Si le mouvement de l\u2019anglais institutionnel se généralise, le Québec français perdra son identité.L\u2019intégration des 94 \u2022 L'ACTION NATIONALE immigrants au groupe anglophone progressera.Dans le temps, les Français du Québec adopteront l\u2019anglais comme langue maternelle.Les deux tiers des Francophones hors Québec se sont ainsi assimilés.L\u2019économie sociale L\u2019économie sociale, c\u2019est un outil d\u2019insertion sociale et d\u2019intégration au travail.Plus de 3 500 personnes travaillent dans une des 630 entreprises qui œuvrent dans ce secteur.Près de 100 millions $ d\u2019investissements ont été faits par le gouvernement du Québec.Des femmes et des hommes participent au développement économique dans des coopératives forestières, des garderies, des services d\u2019aide domestique, etc.Ces entreprises recherchent la rentabilité, mais elles ne sont pas des sociétés à profit.Les valeurs humaines ont priorité sur l\u2019argent.Elles permettent à des personnes exclues du travail d\u2019avoir un emploi rémunérateur.Ce n\u2019est pas la richesse.Mais c\u2019est un travail utile.Une façon de penser et d\u2019agir qui diffère du comportement des entreprises capitalistes.C\u2019est un monde nouveau.C\u2019est, dit Nancy Neamtan, présidente du chantier de l\u2019économie sociale, -une vraie bataille pour la démocratisation de l\u2019économie».Recto-Verso ajoute : « L\u2019entreprise privée peut très bien produire et vendre des frigos.Mais il revient à l\u2019État de s\u2019assurer que chaque citoyen puisse le remplir».L\u2019union sociale Ce projet d\u2019une union sociale canadienne s\u2019oppose à l\u2019autonomie des provinces.Jean Charest le déclarait avec clarté.Les Canadiens pourraient ainsi \u201crecréer une volonté commune de vivre ensemble».Mais, dans la réalité, le régime serait rigide.Les normes fédérales seraient contraignantes.Toute forme de centralisation réduit la capacité des provinces de se doter de programmes sociaux qui répondent aux besoins particuliers de leur population.Proposer l\u2019éta- L\u2019ACTION NATIONALE «95 blissement d\u2019un consensus entre les provinces est une illusion.Ce serait la course au dénominateur minimal, le plus petit qu\u2019il soit possible de concevoir.Les différences existantes entre les diverses régions du Canada ne peuvent être respectées par une fragile entente qui risquerait d\u2019être aussi éphémère que l\u2019accord du lac Meech.Puisse le gouvernement du Québec se souvenir de la « nuit des longs couteaux » ! Une politique sociale pour les Québécoises et les Québécois est et sera toujours différente des besoins des Ontariens et des Colombiens.Québec à vendre Certains optimistes me reprochent la citation des malheurs qui accablent l\u2019économie québécoise.Ils suggèrent de valoriser les réussites merveilleuses que le Québec connaît.Dans la rubrique ¦100000 petits problèmes», les petites et les grandes victoires sont notées.Comme peu de chefs de file se préoccupent de la propriété québécoise des entreprises, il est important de suivre le fil des événements qui affaiblissent la maîtrise de l\u2019économie par le peuple québécois.Air Alliance Air Alliance et Air Nova annoncent la fusion des deux entreprises.Le siège social d\u2019Air Alliance déménagera de Québec vers Halifax.L\u2019entreprise de la Nouvelle-Écosse a un volume d\u2019affaires de 200 millions $ et celle de Québec génère des revenus de 71 millions $.Le plus gros avale toujours le plus petit.Mais cette fusion est une nouvelle qui précède la vente à Air Creebec ou à Skylink Aviation de Toronto.Un quotidien nous apprendra au cours de l\u2019année que le siège social est déménagé à Toronto.Aqua Leader Cette entreprise de Longueuil vient d\u2019être vendue à Hayward Pool Products du New Jersey, une société fialiale 96 \u2022 L'ACTION NATIONALE de Hayward Industries.Elle produisait plus de 20 000 piscines.Pour le moment, la direction demeure en place et les emplois semblent assurés.Ainsi s\u2019affaiblit la maîtrise de l\u2019industrie québécoise.Aventure Électronique Cette entreprise de Ville d\u2019Anjou vient de faire faillite.Ses 93 magasins établis au Québec appartiennent au passé.Des centaines d\u2019employés perdent leur emploi.Hélas ! des actionnaires aussi importants que la Banque de développement du Canada et Investissement Desjardins ont été incapables de soutenir la concurrence de Future Shop de Burnaby, British Columbia.Les Québécoises et les Québécois préfèrent acheter leurs produits électriques de commerçants établis en d\u2019autres provinces.Ainsi, les entreprises québécoises deviennent incapables de faire face à une concurrence de plus en plus féroce.La fièvre qui affecte un trop grand nombre d\u2019entreprises québécoises nous enlève petit à petit la maîtrise de notre économie.Discreet Logic Discreet Logic, une société montréalaise de logiciels, devient la propriété d\u2019Autodesk de Sausalito, Californie.Discreet réalisait des ventes de l\u2019ordre de 101 millions $ en 1997 et la société américaine Autodesk totalisait les 400 millions $ US.Les entrepreneurs québécois doivent apprendre à lutter contre les «gros».Sans quoi, le Québec deviendra économiquement un État américain.Gilflax Gilflax de Salaberry-de-Valleyfield vient de faire faillite.L\u2019actionnaire principal, Gilbert Holdings Ltd, des Bermudes, a décidé de fermer la fabrique québécoise de lin.Il a subi des pertes dans la crise asiatique.Ce sont 40 agriculteurs L'ACTION NATIONALE \u2022 97 québécois qui doivent souffrir.Ils ont brûlé leurs dernières récoltes de lin destinées à Gilflax.La culture du lin est viable.La demande et le prix sur le marché mondial sont stables.Mais la transformation du produit est éphémère si elle est confiée à la bonne volonté d\u2019une entreprise des Bermudes.Indigo Indigo envahit le marché du livre à Montréal.La mégalibrairie d\u2019une superficie de 30000 pi2 vend aussi des disques compacts.Elle a ouvert ses portes en décembre, à la Place Montreal Trust.Elle offre 100000 titres à ses clients.Elle provoquera la fermeture de plusieurs établissements montréalais.Les gros avalent toujours les petits.La présidente d\u2019indigo, madame Heather Reisman, est l\u2019épouse de Gérald Schwartz, le président et directeur général d\u2019Onex de Toronto, qui encaissait 12 milliards $ de revenus en 1997.Noranda Noranda, entreprise torontoise, ferme son bureau d\u2019exploitation de Rouyn-Noranda.Depuis 1920, Noranda exploite l\u2019un des plus importants gisements du Québec.Elle a réalisé de grands bénéfices avec nos mines de cuivre, d\u2019or et de zinc.Elle rationalise.Elle ferme le bureau de l\u2019Abibiti.Elle a décidé de maintenir un bureau à Thunder Bay, Ontario, et un second bureau à Bathurst, Nouveau-Brunswick, qui desservira le Québec.Lorsqu\u2019on est locataire, c\u2019est le propriétaire qui décide.Edper-Brascan possède 40% des actions de Noranda.Philips L\u2019usine Philips de Saint-Jérôme ferme ses portes.Les 135 personnes qui travaillaient dans cette usine de pièces électroniques perdent leur emploi.La direction a décidé d\u2019ou- 98 \u2022 L'ACTION NATIONALE vrir une autre usine, mais au Brésil.Les propriétaires ont bénéficié de subventions du gouvernement fédéral et d\u2019un prêt sans intérêt du gouvernement du Québec.Si les subventions et privilèges avaient été déposés dans une caisse des travailleurs et réinvestis dans l\u2019entreprise, les propriétaires auraient peut-être hésité avant de fermer l\u2019usine.S\u2019ils avaient décidé de partir, les travailleurs auraient au moins encaissé une juste part de leur placement.Mais, quand on n\u2019est pas maître dans sa maison, l\u2019avenir appartient au propriétaire.L\u2019argent et L\u2019Action nationale Alliance Québec reçoit près d\u2019un million de dollars du gouvernement fédéral.Les organismes anglophones du Québec bénéficient de 12 millions de dollars en subventions fédérales.Les caisses des partis politiques encaissent des millions de dollars.La masse salariale du Canadien totalise 33 millions de dollars et celle des Expos est du même ordre.Les entreprises versent à peine 100000 dollars à L\u2019Action nationale.La hiérarchie des valeurs est disparue depuis belle lurette.Espérons qu\u2019un mécène nous aidera à poursuivre nos recherches.et à enrichir une réflexion sur l\u2019avenir du Québec.Les multinationales La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement écrivait dans son rapport annuel que les grandes multinationales dépendent de moins en moins de leur pays d\u2019origine pour leur actif, leurs ventes et leur personnel.Les 100 premières multinationales ont obtenu en 1996 un volume d\u2019affaires de 2 100 milliards US.Elles possédaient 1 800 milliards US à l\u2019étranger.Elles employaient 5,9 millions de personnes.Les sociétés de cinq pays (Allemagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Japon) représentaient les trois quarts des 100 plus grandes entreprises.En 1996, la General Electric se classait la première au L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 99 monde pour l\u2019actif détenu à l\u2019étranger : 83,8 milliards $ US.La pétrolière Exxon réalisait un volume de ventes de 102 milliards $ US à l\u2019étranger.Dans cette course effrénée vers le gigantisme, que sera le monde de demain?La guerre de l\u2019essence Dans la région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, plus de 104 stations-service ont disparu depuis 1996 dont 97 étaient la propriété d\u2019indépendants.Cette liste avec adresses a été compilée par le groupe pétrolier Gaz-O-Bar.Plus de 24 municipalités rurales ne possèdent plus d\u2019essencerie.À ce nombre s\u2019ajoutent une vingtaine de postes disparus depuis le début de 1998.Les détaillants indépendants sont à la merci des grandes pétrolières.Les consommateurs sont fortement pénalisés par la distance qu\u2019ils doivent parcourir pour faire le plein.Les petites municipalités perdent plus de 400 emplois.La disparition de ces stations-service et la fermeture du bureau de poste et de l\u2019école du village accélèrent l\u2019exode vers les villes.Ainsi le milieu rural se volatilise.Les paradis fiscaux Le Parlement britannique entreprend une bataille contre l\u2019évasion fiscale et le blanchiment d\u2019argent.Dans les paradis fiscaux des îles Jersey, Guernesey et de Man, plus de 90000 entreprises sont établies.Londres évalue à 580 milliards $ US les avoirs soustraits à l\u2019impôt.L\u2019île Jersey compte 77 000 habitants ; Guernesey 53000 et de Man, 64000.Des insulaires se retrouvent souvent à la direction de compagnies dont ils ignorent les activités.Ces îles dépendent de la couronne britannique.Elles jouissent de l\u2019autonomie financière.Le tiers de l\u2019argent caché provient de la Grande-Bretagne.Combien d\u2019entreprises canadiennes et québécoises sont installées dans ces îles?Si Londres s\u2019inquiète de cette situation intolérable, qu\u2019attendent les gouvernements d\u2019ici pour faire cesser cette plaie d\u2019Égypte qui pénalise les contribuables canadiens?100 \u2022 L'ACTION NATIONALE Air Canada et la feuille d\u2019érable Air Canada est une entreprise dont le redressement financier réjouit tous les Canadiens.Mais son président, R.Lamar Durrett, transmet un message politique qui étonne.Lors d\u2019une récente entrevue, il déclarait : titre de président et chef de la direction, je veux naturellement améliorer la santé financière de l\u2019entreprise année après année, améliorer le sort de nos employés, car ce sont eux la clé de notre succès, et aussi améliorer la situation de nos actionnaires.Ce qui m\u2019importe le plus cependant, c \u2019est d\u2019accroître le prestige de la feuille d\u2019érable, symbole de notre société.Je voudrais que la feuille d\u2019érable soit présente dans beaucoup plus de pays, surtout dans la région Asie-Pacifique, et plus particulièrement en Chine.Le mot Canada figure dans notre raison sociale et nos avions arborent une feuille d\u2019érable.~ C es paroles plaisent à M.Chrétien.Mais Air Canada peut-il se permettre une telle croisade en faveur de l\u2019unité nationale ?La 4e grande guerre Le cataclysme de la guerre affecte le quart des pays.La cruauté brutale déshonore le genre humain.Plus de 50 millions de personnes ont été chassés de leur foyer.Des files de femmes, d\u2019hommes et d\u2019enfants fourbus, affamés et, souvent, blessés fuient leur demeure pour échapper à un pouvoir tyrannique.Les répressions sévissent en Albanie, en Birmanie, au Nigéria, en Somalie.Les guerres civiles et les luttes de clans obligent des êtres humains à fuir leur région d\u2019origine.Les Zapatistes qui entendaient protéger leur culture ont été victimes de la répression barbare du gouvernement mexicain.En Colombie, 900000 personnes sont traquées par l\u2019armée.En Algérie, les guerres de religions sèment la terreur.Des L'ACTION NATIONALE \u2022 101 milliers de Kurdes se font massacrer par l\u2019armée de Saddam Hussein.Les guerres de Yougoslavie et de Bosnie ont fait la manchette.Mais les trois millions d\u2019Afghans, les 400 000 Libériens de la Guinée, les 250000 habitants du Sierra Léone qui vivent dans l\u2019exil de leur pays ne bénéficient pas de l\u2019aide des pays riches pour pouvoir vivre dans des conditions normales.La calamité est plus atroce en Afrique centrale.Plus de 34 pays sont victimes de troubles raciaux et religieux.Seize millions d\u2019Angolais, de Burundais, d\u2019Érythréens, d\u2019Ougandais, de Rwandais, de Soudanais.se réfugient en Asie, en Europe et même dans les Amériques qui en accueillent plus de trois millions.Et le Canada et les États-Unis vendent des armes aux clans qui s\u2019affrontent.Les multinationales qui se font la guerre aggravent les problèmes du Sud.La guerre des drapeaux La guerre des drapeaux divise le Canada depuis 1759-Lévis a même brûlé ses étendards pour ne pas les remettre aux Anglais.Depuis, les escarmouches se multiplient.Le gouvernement fédéral, très majoritairement anglophone, se proclame le chef de file de la francophonie canadienne.Il s\u2019efforce de minimiser le rôle du Québec dans ses relations avec la France.À l\u2019offensive, il attaque constamment.Il utilise presque toujours des mercenaires québécois.La dernière personne stipendiée à cette fin est la ministre de l\u2019Immigration et de la Citoyenneté.Même si les relations avec la France ne sont pas de la compétence de son ministère, madame Lucienne Robillard a lancé la bombe.Le fédéral financera le Printemps du Québec à Paris : * Le gouvernement canadien entend être un partenaire de cette manifestation qui est aussi une célébration de la francophonie canadienne ».102 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Or, le Printemps du Québec à Paris est une invitation de la France à découvrir la culture québécoise.Le Québec est même l\u2019invité d\u2019honneur du Salon du livre de Paris.Le gouvernement Chrétien devrait plutôt protéger les minorités francophones des provinces anglaises qui subissent un génocide en douce.Madame Copps La ministre du Patrimoine n\u2019en est pas à sa première bévue.Elle n\u2019en manque pas une seule.À la mi-novembre, elle est intervenue à deux reprises auprès du président de l\u2019Association olympique canadienne, Bill Warren, pour faire part de ses inquiétudes au sujet du moment d\u2019annoncer le choix de la ville canadienne pour les Jeux d\u2019hiver de 2010.Elle craignait que la décision ait un impact politique dans les élections québécoises.C\u2019est là une ingérence inacceptable, inadmissible.Elle a donné un caractère politique à une activité sportive.C\u2019est la même madame Copps qui disait, à Nagano, ne pas pouvoir intervenir pour défendre les francophones, parce que le Comité olympique canadien était un organisme indépendant.Mme Copps savait-elle que la ville de Vancouver était choisie ?Et comment ne pas s\u2019indigner devant la déclaration du président du comité Vancouver-Whistler 2010 qui avouait «avoir joué la carte politique contre Québec»?Ce même président avait présenté Maurice Richard aux membres de L\u2019AOC comme s\u2019il était là pour appuyer Vancouver.Quel magouillage ! Il convient aussi de noter qu\u2019Intrawest, qui s\u2019est retiré du dossier du Mont Sainte-Anne, supportait financièrement la candidature de Vancouver.L\u2019entreprise détient 77 % de la station de Whistler en Colombie-Britannique où auront lieu les compétitions de ski.L\u2019olympisme est devenu une lutte d\u2019influence, une combinaison douteuse, une affaire de gros sous.L'ACTION NATIONALE «103 À la défense du Québec La Presse du 21 juin 1992 reproduisait une lettre que le consul de Suède à Montréal, Bengt Rosio, adressait aux hommes d\u2019affaires de son pays.La pensée de ce diplomate est lucide.Quelques extraits de cette lettre sont ici reproduits : -Le Québec est-il français?Naturellement.Cartier l\u2019a découvert.Champlain a fondé Québec et Maisonneuve, Montréal.Le premier collège d\u2019Amérique du Nord a été fondé par Brébeuf et les Jésuites un an avant Harvard.Richelieu a encouragé l\u2019immigration.Colbert a créé la Nouvelle-France, et Frontenac, Talon et Laval l\u2019ont bâtie.En Europe, les Français et les Anglais étaient en guerre, et le conflit se propagea au Nouveau monde.En 1759, durant la Guerre de Sept ans, les Français perdirent Québec sur les Plaines d\u2019Abraham et, stupidement, troquèrent le Canada français pour les Antilles françaises.Les Québécois ne devraient jamais oublier cette humiliation, et encore aujourd\u2019hui, toutes les plaques d'immatriculation des véhicules portent la mention : \u2022Je me souviens ».-Pourquoi les Québécois insistent-ils pour parler français au lieu d\u2019adopter l\u2019anglais ?Réponse: Pourquoi parle-t-on suédois en Suède, danois au Danemark ou finnois en Finlande?.Ne pourrait-on pas administrer le Canada depuis Toronto et Ottawa ?Je suppose que la chose serait possible, même si nous autres, en Suède, semblons hésiter à laisser notre pays se faire administrerpar Bruxelles.Et pourtant, Bruxelles n 'estpas loin en comparaison des distances qui existent au Canada : Vancouver est aussi loin de Toronto que Malmo de Bagdad, ou Stockholm de Sverdlovsk.» 104 \u2022 L'ACTION NATIONALE Sur la petite colline L\u2019assurance-emploi -Depuis 13 ans, Sylvie et Katy Madore travaillent pour l\u2019entreprise de leur mère, à Kamouraska.Or, depuis 1996, les ministères du Développement des ressources humaines et du Revenu Canada nient à Sylvie le droit aux prestations d\u2019assurance-emploi sous prétexte qu\u2019elle est liée par le sang à son employeur.Deux années de lutte contre Revenu Canada lui ont permis de vaincre une absurdité du système.Sylvie Madore pourra finalement recevoir, rétroactivement, les prestations d'assurance-emploi auxquelles elle a droit depuis 2 ans.Malheureusement pour cette famille, la saga n \u2019est pas terminée.Les deux ministères s'acharnent maintenant sur Katy qui se voit injustement privée de ses prestations, depuis six mois.Il est temps, pour les deux ministres, de cesser de s\u2019acharner sur les chômeurs et les chômeuses et qu \u2019ils admettent qu \u2019il y a de sérieux problèmes dans la Loi de l\u2019assurance-emploi et dans son application, au lieu d\u2019être les complices d\u2019un détournement de fonds majeur-, (Christiane Gagnon, Débats des communes, 16 novembre 1998, p.1006).La bêtise des deux ministères est décourageante.Leur entêtement et leur méchanceté blessent des personnes dans leur dignité et dans leur droit.Elle ne donne guère l\u2019envie de rire.La petite histoire de Sylvie n\u2019est pas unique.L\u2019acharnement de la bureaucratie contre les faibles est la règle, et non l\u2019exception.La Lettonie -J\u2019ai l\u2019honneur de rendre hommage aujourd\u2019hui au peuple letton et aux Canadiens d\u2019origine lettonne qui ont célébré avec moi hier, le 18 novembre, le 80e anniversaire de l\u2019indépendance de la Lettonie.En Lettonie, on a commémoré l\u2019événement en déposant des couronnes de fleurs au Monument de la liberté, ce qui symbolisait la libération L'ACTION NATIONALE *105 des lettons du joug étranger.La journée a été marquée de cérémonies dans toutes les communautés lettonnes du Canada et ici, à Ottawa, le drapeau national de la Lettonie a flotté au-dessus de l\u2019Hôtel de ville.Tout au long de l\u2019occupation soviétique, le Canada a toujours reconnu la souveraineté de la Lettonie».(Swarmite Bulte, Débats des communes, 19 novembre 1998, p.10206).Madame Bulte représente le comté de Parkdale-High Park.Peut-elle convaincre son chef, Jean Chrétien, de l\u2019urgence à libérer le Québec du joug étranger du Canada anglais ?La servitude fédérale est aussi pénible et dramatique pour le Québec que ne l\u2019était la sujétion lettone à la Russie.Les surplus budgétaires *La dernière revue financière fait état d\u2019un surplus de plus de 10 milliards de dollars pour les six premiers mois de l\u2019exercice financier en cours.Pourtant, le mois dernier, le ministre des Finances maintenait sa prévision farfelue de surplus budgétaire zéro pour 1998-1998.Le ministre confirme-t-il qu \u2019en dissimulant les surplus de façon aussi éhontée, son plan pour les surplus, c\u2019est de les mettre entièrement sur la dette, puisqu 'en vertu des règles comptables, tout surplus non prévu doit être mis sur la dette?» (Yvan Loubier, Débats des communes, 16 novembre 1998, p.10011).Les surplus proviennent en large partie de l\u2019assurance-emploi, le plus grand scandale du gouvernement Chrétien.Les prestations du régime sont trop élevées et, ce qui est plus grave, 57 % des chômeurs qui ont payé des cotisations sont privées d\u2019allocations auxquelles ils ont droit.?106 \u2022 L'ACTION NATIONALE MAINTIEN jr CREATION D'EMPLOIS RENDEMENT AVANTAGEUX! TALISANTM TITRE DE REE ADHÉRER À FONDOON C'EST PARTICIPER À UNE ENTREPRISE COLLECTIVE QUI VISE À MAINTENIR ET À CRÉER DES EMPLOIS AU QUÉBEC, TOUT EN BÉNÉFICIANT D'AVANTAGES FISCAUX FACILITANT L'ACCUMULATION D'ÉPARGNE POUR LA RETRAITE MOT» DANS L'ENTRWRISE QUEBECOISE DÉVELOPPEMENT DURABLE.UNE CONSCIENCE SOCIALE EN ACTION! FONDACTION LE FONDS DE DÉVELOPPEMENT A POUR LA COOPERATION «S ET L EMPLOI FORMULAIRE D'ADHÉSION AU : SIÈGE SOCIAL\tPOUR TOUT RENSEIGNEMENT 2100, de Maisonneuve Est,\tTéléphoner au : 1 800 253-6665 Montréal (Québec) H2K 4S1\tou (514) 525-5505 Ceci n'est pas une offre publique de valeurs.Pour de plus amples renseignements, consulter le prospectus FONDOON disponible au siège social L\u2019ACTION NATIONALE *107 8077 Pierre Allard Comptable agréé Pierre Allard, c.a.980, rue Saint-Antoine Ouest Bureau 308 Montréal (Québec) H3C 1A8 Téléphone : (514) 874-0838 Télécopieur: (514)874-3638 \u2018«Jb* _\tSSJB CENTRE DU QUÉBEC 449, rue Notre-Dame, Drummondville *SSJB\t819-478-2519 Plus de 32 000 membres\tOrganisme régional d\u2019entraide au cœur du Québec\tet de f>ette quél*coiSe SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Téléphone : 527-9891 Télécopieur: 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées 108 \u2022 L ACTION NATIONALE Document visuel La Petite-Bourgogne, quartier de labeur et de solidarité Laurence Lambert Ce quartier du sud-ouest de Montréal1 était déjà connu au 17e siècle, sous le nom de «terre de la Bourgogne».Ses collines, boisés et champs rappelaient aux colons français nostalgiques la campagne de la Bourgogne.Toutefois, ce n\u2019est véritablement qu\u2019au 19e siècle que remonte son développement.Mais les secteurs avoisinants débutent leur croissance pourtant dès 1660 avec une voie tracée entre Montréal et Lachine2 (la rue Notre-Dame) ; Maisonneuve concède, dans Pointe Saint-Charles, des terres à Marguerite Bourgeoys ; les tanneurs Lenoirs, dits Roland, suscitent la formation d\u2019un village le long de la rue Saint-Jacques, qui prend le nom de Tanneries-des-Rolands en 1780, puis celui de Saint-Henri plus tard.1.\tDélimitée entre les avenues Atwater et Guy, la rue St Antoine au nord et le Canal Lachine au sud.2.\tCette voie faisait partie du - Chemin du Roy - entre Montréal et Québec.L'ACTION NATIONALE «109 L\u2019essor du 19e siècle L\u2019activité commerciale de Montréal, point de transbordement et de distribution, s\u2019intensifie peu à peu.Les marchands suscitent le creusement du Canal de Lachine afin d\u2019amplifier le commerce.L\u2019industrialisation se détourne du centre-ville vers les banlieues, réservoir de terrains vastes et peu coûteux.Les limites de la ville sont repoussées, les faubourgs et les villages se densifient et de nouveaux faubourgs apparaissent comme la Petite-Bourgogne et Griffintown (St-Anne) où sont juxtaposés, habitations, fabriques et entrepôts.Le Canal Lachine, point de convergence de l\u2019industrie Frédéric-Auguste Quesnel, homme politique, négociant en fourrures et grand spéculateur foncier a acquis le fief de Saint-Joseph en 1800.Il avait entrevu le potentiel de ses terres pour la construction de logements destinés à la main-d\u2019œuvre.Il profite de l\u2019expansion industrielle en vendant des terrains.La population augmente rapidement : les familles s\u2019installent selon la demande de la main-d\u2019œuvre.Des milliers d\u2019Irlandais émigrent dans l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure.Incités d\u2019abord par le gouvernement britannique qui voyait là un moyen de fournir une main d\u2019œuvre nécessaire à l\u2019expansion industrielle, ils seront plus nombreux à partir de 1845 en raison de la famine qui sévit en Irlande.Ils seront jusqu\u2019à 18 000 en 1851, alors que Montréal ne comptait que 57 700 habitants.Les travaux du Canal, qui permet de relier le port en aval et le village de Lachine, débutent en 1821.Cinq cents travailleurs, en majorité irlandais, creusent à la pioche le canal sur 8 milles de long et 48 pieds de large.Les industries s\u2019établissent près des voies de communications et, à partir de 1825, autour du Canal Lachine tout juste inauguré.C\u2019est ainsi 110 \u2022 L'ACTION NATIONALE qu\u2019en 1834, s\u2019installent les chantiers Augustin Cantin entre les rues Canning et Fulford (aujourd\u2019hui Georges Vanier).En 1837, le moulin Glenora (Ogilvie) s\u2019installe près de l\u2019écluse Saint-Gabriel.Un service de diligence est inauguré entre Saint-Henri et Montréal en 1842.La Redpath Sugar3 construit son usine en 1854 ; une fonderie est implantée en 1857 ; elle devient la Montreal Rolling Mills en 1885 et la Stelco en 1910.Entre 1843 et 1849, 12 heures par jour, 6 jours par semaine, pour un salaire de misère, 1600 ouvriers (en majorité irlandais) travaillent à recreuser et à prolonger le Canal.Le gouvernement confie les travaux à des entreprises privées qui baissent le salaire à 2 schillings par jour échangeables dans leurs magasins.Une grève générale éclate le 11 juin 1843.L\u2019armée intervient: 20 travailleurs sont tués et 30 autres blessés.C\u2019est l\u2019un des conflits les plus sanglants.Le Canal est de nouveau recreusé entre 1874 et 1883.En 1877, les salaires des ouvriers du Canal sont à nouveau diminués (de 0,90
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