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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1996-03, Collections de BAnQ.

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[" L'Action nationale Volume LXXXVI, numéro 3, Mars 1 996 a^itre du prochain d'Yves Beauchemin prince EN EXCLUSIVITÉ Un roman Abonnement 1 an\t 10 numéros\t Québec, Canada\t38,00$ Étudiant, Québec\t22,00$ France\t300,00 FF Autre pays\t65,00$ Abonnement\t de soutien\t100,00$ Abonnement à vie\t1 000,00$ Abonnement 2 ans\t 20 numéros\t Québec, Canada\t70,00$ Étudiant, Québec\t40,00$ France\t500,00 FF Autre pays\t115,00$ (Taxes incluses)\t Mise en pages : Mégatexte inc ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 1259, rue Bern, bureau 320 Montréal, H2L 4C7 Téléphone : (514) 845-8533 Télécopieur : (514) 286-8165 Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L'index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée. IL9A©dn®m NATIONALE Quelque part au Québec, en ce jour du 15 mars 1996 A une personne qui veut contribuer au développement du Québec, Nous débutons une vaste enquête sur l\u2019épargne.L\u2019analyse de portefeuilles démontre une déportation du fruit de notre travail.Des dizaines de milliards de dollars sont investis en d\u2019autres provinces et pays.Mais l\u2019obtention d\u2019un rapport financier n\u2019est pas facile.On nous répond que les renseignements sur les valeurs sont confidentiels.Notre avenir est confidentiel .?Si vous possédez le portefeuille d\u2019une banque, d\u2019une compagnie d\u2019assurances, d\u2019une caisse de retraite, d\u2019un fonds mutuel ou d\u2019une autre société financière, vous nous aidez en nous le prêtant.Vous pouvez nous le faire parvenir de façon anonyme, comme plusieurs amis l\u2019ont fait.Ces renseignements sont d\u2019intérêt public.Ils sont nécessaires pour convaincre les décideurs d\u2019utiliser l\u2019épargne en faveur du développement québécois.Votre coopération sera appréciée.Veuillez agréer l\u2019expression de nos sentiments distingués.Rosaire Morin 1259, rue Berri, bureau 320, Montréal H2L 4C7 - Tel :(514) 845.8533 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES Table des matières MARS 1996 4 Éditorial La colombe et son disciple Rosaire Morin 13 Un authentique ethnonyme Hugo Saint-Hilaire 19 Ce serait la faute du Québec Claude Morin 32 Le Fonds de Solidarité Louis Fournier 43 Entrevue avec Françoise David Shirlée Biron 50 Le Québec à l\u2019ONU Jean-Louis Bourque 73 La professionnalisation de l\u2019enseignement Lise Bourbeau 99 Le fonctionnement de l\u2019État Henri Tremblay 123 L\u2019histoire du drapeau Luc Bouvier 135 Itinérants Marie Cholette 137 La Reine est poursuivie Jean-François Nadeau 140 Esdras Minville Paul-Émile Roy 146 Comptes-rendus L\u2019histoire populaire du Québec de Jacques Lacoursière par Manon Perron Québec 1996 de Denis Monière par Johanne Saindon Comme en plein jour de Jean-Paul-Médéric Tremblay par Maurice Lebel 153 Lectures 157 À travers l\u2019actualité Rosaire Morin 179 Nos annonceurs 187 Un chapitre du prochain roman de Yves Beauchemin Comité éditorial François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Claire Bonenfant, sociologue, Québec Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, président, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona-Josée Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, éditeur, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Guy Laforest, politologue, Laval Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Secrétariat à l\u2019action communautaire Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon, professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brome Suzanne Messier, démographe, ministère de l\u2019Éducation Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministre, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, rectrice par intérim, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncœur.écrivain, Outremont IL^toÜfcDDÜ ¦jp^di.uMfwa / Editorial Volume LXXXVI Numéro 3, Mars 1996 Directeur Rosaire Morin La colombe et son disciple Secrétaire Marie-Laure Prunier Relationniste Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Nicole De Sève Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Shirlée Biron Comité de rédaction Shirlée Biron Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Jean-François Nadeau Michel Rioux Ronald-E.Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Jean Chrétien, c\u2019est l\u2019élève, le potache, le novice.Pierre Elliott Trudeau, c\u2019est le maître, le chef d\u2019orchestre, le patron.Les deux personnages sont dans l\u2019actualité.Je vous parle aujourd\u2019hui de leur grandeur.Le provocateur Débutons par le porte-parole, l\u2019actuel premier ministre, jadis grand avocat à Bay Street.L\u2019homme a de la continuité.Ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019il sonne l\u2019alarme, qu\u2019il sème la panique.Dans le Soleil du 16 décembre 1991, on pouvait lire l\u2019avant-propos de ses harangues post-référendaires : M.Chrétien a affirmé qu\u2019il était faux de croire que la scission du Canada serait une chose facile à réaliser : si jamais la situation se présentait, il faudrait s\u2019attendre à tout, même à une intervention des Forces armées canadiennes.Le caractère belliqueux de cette intervention cache une fourberie dont Chrétien lui-même se vantait et qui explique son caractère «ratoureux» et futé.Un exemple, entre autres, dénote une finasserie propre au politicien.Cette astuce a abouti au coup d\u2019État de 1982.Quand je quittai Romanow et McMurry, je n\u2019étais plus très sûr de pouvoir faire 4 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE accepter ce compromis par Pierre Trudeau.Je fis d\u2019abord un test auprès de Serge Joyal et de Jim Peterson, mon secrétaire parlementaire : leurs réactions furent favorables.J\u2019allai ensuite voir le premier ministre qui m\u2019écouta sans broncher.Pour le convaincre, je lui dis enfin : «Pourquoi ne pas demander l\u2019opinion d\u2019un député ou deux?» Et je fis entrer Joyal et Peterson.sans dire à Pierre Trudeau que je leur avais déjà parlé! Finalement, j\u2019insistai pour qu\u2019on poursuive les négociations: «Je suis sûr que la Saskatchewan proposera quelque chose de nouveau.» (Jean Chrétien, Dans la fosse aux lions, Les Éditions de l\u2019Homme, p.189) La venue des « trois colombes » à Ottawa briserait le ghetto des intellectuels québécois.Ces lignes écrites par Chrétien, alors ministre de la Justice, ne reflète pas une loyauté à toute épreuve.M.Turner l\u2019a appris à ses dépens.L\u2019amitié de Chrétien pour son maître s\u2019est montrée méchante à plusieurs reprises.Souvenez-vous de l\u2019arrivée des colombes dans le cabinet Pearson.De cet événement, l\u2019élève écrivait les lignes qui suivent : Je pensais que c\u2019était un coup de maître.La venue des « trois colombes » à Ottawa briserait le ghetto des intellectuels québécois qui restaient volontairement au Québec, et permettrait à Pearson de renouveler le Parti libéral fédéral.C\u2019est formidable, lui dis-je, mais nous aurons un problème avec Trudeau : on ne pourra pas le faire élire nulle part.De fait, ce ne fut pas facile de lui trouver un comté : il voulait représenter un comté de langue française, mais à la fin il dut se contenter de Mont-Royal, comté à majorité anglophone.(Jean Chrétien, Dans la fosse aux lions, Les Éditions de l\u2019Homme, p.54) L\u2019homme connaissait Trudeau : il savait aussi le manier.Après lui avoir fait accepter avec subtilité la poursuite des négociations avec la Saskatchewan, tel que ci-haut rapporté, il obtenait le L'ACTION NATIONALE \u2022 5 consentement du maître dans un acte théâtral mémorable.C\u2019est lui-même qui a écrit le récit de l\u2019œuvre funèbre qui muselait le Québec.En septembre, quand la décision de la Cour suprême fut finalement rendue, le premier ministre faisait une tournée de l\u2019Asie du Sud-Est.J\u2019étais dans mon bureau et j\u2019essayais désespérément de comprendre la très mauvaise transmission télévisée du jugement.Non seulement la voix du juge en chef Bora Laskin était à peine audible, mais plusieurs points du jugement semblaient ambigus.En résumé, il disait que l\u2019action unilatérale du gouvernement fédéral était légale mais contraire aux coutumes et aux traditions qui nécessitaient l\u2019accord des gouvernements provinciaux pour procéder à des amendements constitutionnels.Je sautai sur le mot légal et j\u2019oubliai le reste.Je rejoignis Pierre Trudeau en Corée : «C\u2019est légal ! Je vais donner une conférence de presse et crier victoire sans plus tarder».Il manifesta son accord.(Jean Chrétien, Dans la fosse aux lions, Les Editions de l\u2019Homme, p.185) Même si «l\u2019action unilatérale du gouvernement fédéral était.contraire aux coutumes et aux traditions qui nécessitaient l\u2019accord des gouvernements provinciaux pour procéder à des amendements constitutionnels», Chrétien sauta «sur le mot légal ».Il a agi comme si la constitution du pays lui appartenait.Grâce à la palinodie de la Cour supérieure, il a eu raison de la mémoire et des racines historiques du Canada.La constitution fut rapatriée sans l\u2019accord du Québec.Elle en diminuait les pouvoirs.Elle comportait un mode d\u2019amendement qui gelait pour «mille ans» (expression de Trudeau) les changements constitutionnels en terre canadienne.En effet, l\u2019article 38 de la Constitution Trudeau né- Chrétien a agi comme si la constitution du pays lui appartenait.6 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le tricoteux a parfois des élans de franchise assez surprenants pour un politicien.cessite l\u2019approbation de 7 provinces représentant 50 pour cent de la population.Jamais le Québec ne pourra obtenir les pouvoirs nécessaires à son développement, parce que jamais 7 provinces vont y consentir.Mais les provinces anglaises pourront, elles, centraliser à leur goût.En 1982, elles ont modifié la constitution sans le consentement du Québec.Ce qui s\u2019est produit peut se reproduire, malgré un fictif droit de veto qui peut, en tout temps, être rappelé.Le coup d\u2019Etat 1982 a été réalisé sans consulter le peuple.De cette réussite, Jean Chrétien s\u2019en réjouit en des termes sans équivoque.En avril, la reine vint au Canada signer la Proclamation royale, et le premier ministre Trudeau, m\u2019invita à signer mon nom sous celui d\u2019Elizabeth II.Voilà! Le but était atteint, nous avions enfin rapatrié la Constitution ! Je l\u2019avoue sans honte : j\u2019étais heureux et fier de notre réussite.Nous avions une formule d\u2019amendement acceptée par neuf des dix provinces.Nous avions aussi une Charte des droits et libertés.(Jean Chrétien, Dans la fosse aux lions, Les Éditions de l\u2019Homme, p.197) Jean Chrétien se réjouissait.Et dans un geste d\u2019une franchise désincarnée, il signait un message publicitaire à la télévision anglaise durant la campagne électorale de 1984 qui révélait les motifs de sa fierté.We have change the constitution to make sure that the Anglos have the right to send their kids to english schools.The right that have been taken by the bill 101.Le tricoteux a parfois des élans de franchise assez surprenants pour un politicien.Ses admissions spontanées révèlent le fonds de son âme.Tous les anglophones de la terre doivent vivre en anglais s\u2019ils s\u2019établissent au Québec.La culture et L\u2019ACTION NATIONALE .7 la langue françaises ne sont pas des réalités pour cet homme.Il passera à l\u2019histoire comme un saboteur du Québec francophone par l\u2019imposition d\u2019une charte des droits qui rendait inconstitutionnelle certains articles de la Loi 101.Il a fait du Québec une colonie du Canada anglais.Pour lui, les pouvoirs exclusifs accordés au Québec dans la constitution ne sont pas des pouvoirs exclusifs.Pour lui, la politique, c\u2019est simplement l\u2019art d\u2019exercer le pouvoir.En Gaspésie, ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est de l\u2019assurance-chômage : que le chèque vienne de Québec ou d\u2019Ottawa, ça ne les dérange pas.(Jean Chrétien, à Radio-Canada, le 15 septembre 1991, au Téléjoumal, à 22 h 06) Cette déclaration très irrespectueuse pour la population gaspésienne et pour la constitution du pays est inspirée par la vision du Canada anglais : « One Canadian Nation ! » ou « One Country, One Nation ».Vraiment, le Canada anglais et le Québec ne vivent pas à la même heure.Il y a beaucoup plus que trois heures de différence entre Vancouver et Québec.Dans les capitales anglaises et dans l\u2019esprit de Jean Chrétien, le calendrier s\u2019est arrêté à l\u2019Acte d\u2019Union: 1841.Le traité entre quatre provinces est aboli.Le Québec devient une province comme une autre.Une grande municipalité.Pour lui, la politique, c\u2019est simplement l\u2019art d\u2019exercer le pouvoir.Le Canada est un pays unique qui mérite qu\u2019on le défende avec passion.Il est unique pour bien des raisons, mais d\u2019abord parce que, plus que tout autre, il respecte les droits de ses minorités.(Jean Chrétien, Dans la fosse aux lions, Les Éditions de l\u2019Homme, p.231) Le Canada respecte-t-il les droits de ses minorités lorsqu\u2019il impose à la minorité québécoise les volontés de la majorité canadienne?Le Canada respecte-t-il les droits de ses minorités lorsqu\u2019il 8 \u2022 L'ACTION NATIONALE M.Chrétien n\u2019est pas un premier ministre ordinaire.tolère et permet l\u2019assimilation des francophones dans sept provinces canadiennes ?Pauvre Chrétien ! Il est à la fois candide et irresponsable, roué et dangereux.Il manie l\u2019intrigue, la manigance et le tripotage.Il a passé sa vie dans la manœuvre.L\u2019exemple du second parc national de la Mauricie illustre sa façon de respecter le Québec.On connaît les longues discussions au sujet du Parc de Forillon, en Gaspésie.On se rappelle aussi comme il lui fût plus facile, à Ottawa, de doter la Mauricie d\u2019un second parc national, en passant par-dessus la tête de Québec et en faisant directement appel aux électeurs de la région.M.Chrétien se vante de cette méthode de circuiter les hésitations du gouvernement Bourassa, propriétaire du territoire, appelé à y céder sa juridiction au gouvernement fédéral.«J\u2019ai utilisé ce parc pour briser les reins du gouvernement du Québec.Et, sachez-le, j\u2019en suis fier», dit-il en toutes lettres le ministre.(Éditorial de Clément Brown, Montréal-Matin, 22 novembre 1972) Jean Chrétien est irresponsable, ai-je dit.Je ne crois pas me tromper.Il a été le premier ministre des Finances à présenter un budget déficitaire excédant les dix milliards de dollars : 10 426 000 000 $ en 1977-1978 et 12 617 000 000$ en 1978-1979.C\u2019est sous son règne que la débâcle financière a commencé.Sous son règne de premier ministre, le Québec se libérera.Car M.Chrétien n\u2019est pas un premier ministre ordinaire.Il est un grand improvisateur.Il perçoit ce que personne ne comprend.Il n\u2019entend pas ce que nous disons.Il ne sait pas ce que nous voulons.Il est au courant de ce que nous ignorons.Il vise à uniformiser ce qui ne peut L'ACTION NATIONALE \u2022 9 l\u2019être.Le pouvoir est sa vie, l\u2019intrigue son arme favorite.A l\u2019école de Pierre Elliott Trudeau, il ignore que la politique doit être au service de la nation.Pierre Elliott Trudeau Pierre Elliott Trudeau et son ami Jacques Hébert (qui a découvert une «vache séparatiste») ont fait le tour du monde sur le pouce.Devenu premier ministre, Pierre Elliott s\u2019est promené à dos d\u2019éléphant dans le désert africain et à califourchon sur un bicycle chinois.Il s\u2019amusait même avec les affaires de l'Etat.Il a conduit le Canada au bord de l\u2019abîme.Au 31 mars 1975, la dette fédérale nette s\u2019élevait à 23 958 000 000$.Mais l\u2019idée de l\u2019indépendance montait au Québec.Trudeau entreprit de faire échec aux « séparatistes » québécois.Il avait écrit : Un des moyens de contrebalancer l\u2019attrait du séparatisme, c\u2019est d\u2019employer un temps, une énergie et des sommes énormes au service du nationalisme fédéral.Il s\u2019agit de créer de la réalité nationale une image si attrayante qu\u2019elle rende celle du groupe séparatiste peu intéressante, par comparaison.Il faut affecter une part des ressources à des choses comme le drapeau national, l\u2019hymne national, l\u2019éducation, les conseils des arts, les sociétés de diffusion radiophonique et de télévision, les offices du film.Bref, on doit faire sentir à tous les citoyens que c\u2019est seulement dans le cadre de l\u2019État fédéral que leur langue, leur culture, leurs institutions, leurs traditions les plus sacrées et leur niveau de vie peuvent échapper aux assauts de l\u2019extérieur et aux conflits de l\u2019intérieur.(Pierre Elliott Trudeau, The Future of Cana- II s\u2019agit de créer de la réalité nationale une image si attrayante qu elle rende celle du groupe séparatiste peu intéressante.10 \u2022 L'ACTION NATIONALE dian Federalism, Créneau et MacPherson, Ed.University of Toronto Press, Toronto) Ainsi motivé, la colombe Trudeau partit en croisade et le premier croisé n\u2019est nul autre que Jean Chrétien.En 1977 et en 1978, il réussit à établir un déficit record de 23 milliards de dollars.L\u2019ineffable MacEachan monta les enchères: 56 milliards de dollars en trois ans.Dans les deux années qui suivent, Marc Lalonde, avec un sourire de pâte dentifrice, réussit un exploit qui dépassait tout ce qui avait été fait avant lui : 71 milliards de dollars de déficits budgétaires.C\u2019est ainsi qu\u2019au 31 mars 1985 la dette fédérale nette avait décuplé en dix ans.De 23 milliards elle était passée à 202 424 999 999$.Par la suite, Michaël Wilson et Paul Martin étaient assez compétents pour creuser le trou à 700 000 000 000$.C\u2019est ainsi qu\u2019au 31 mars 1985 la dette fédérale nette avait décuplé en dix ans.Ce sont ces petits hommes qui ont conduit le pays à la faillite et qui nient au Québec le droit à la vie.Ils poursuivent les « séparatistes » en utilisant la trouille, la peur et les menaces.Ces hommes ont perdu toute crédibilité.Leur gestion des affaires publiques est si déficiente qu\u2019ils devraient se cacher à jamais.Mais le prince Trudeau est si convaincu que le Canada lui appartient qu\u2019il continue son ramage.Cet homme conserve le mirage des grands ensembles et l\u2019image des anciens empires.Il est incapable de comprendre le mouvement des nationalités vers l\u2019universalisme.Partisan de la mondialisation mal comprise, il défend l\u2019existence du super-Etat qui, depuis 127 ans, a anglicisé les Canadiens français dans neuf provinces canadiennes.Il entend même pulvériser la culture québécoise pour la délaver dans une culture canadienne uniforme.Bilinguisme et multiculturalisme, voilà ses deux armes pour insérer les Canadiens français parmi les nombreux groupes ethniques de la mosaïque canadienne ! Son opposition à l\u2019indé- L'ACTION NATIONALE .11 pendance du Québec est irrationnelle.À l\u2019entendre on croirait que la souveraineté est une maladie honteuse et que les séparatistes souffrent de folie contagieuse.Cette folie contagieuse est une aspiration à la liberté.Elle est une attitude naturelle.Une colonie qui devient un pays participe à la civilisation de l\u2019universel.Vouloir l\u2019indépendance du Québec est le réflexe normal d\u2019un peuple en bonne santé.C\u2019est à la fois un objectif, un droit et un devoir.Quand nous serons maîtres chez nous, nous serons les responsables de la qualité de notre vie et de notre avenir.?Vouloir l\u2019indépendance du Québec est le réflexe normal d\u2019un peuple en bonne santé.Rosaire Morin 12 \u2022 L'ACTION NATIONALE Hugo Saint-Hilaire* Frankois: Un authentique ethnonyme pour les «' Québécois-francophones-de-souche » Dans un article sur le problème identitaire québécois (La Presse, 5 déc.1995), le député de Borduas, monsieur Jean-Pierre Charbonneau faisait allusion avec justesse à la difficulté pour les Québécois de toutes les origines ethniques de s\u2019identifier comme Québécois, et aux « Québécois francophones» de s\u2019identifier comme.Québécois.Sans s\u2019attarder trop longuement à l\u2019histoire du Québec, il est connu que les colons français, nos ancêtres, se sont appelés Canadiens ; ceci en référence à la vallée du Saint-Laurent qui portait le nom de « Kanata », Canada, et qui signifie « là où j\u2019habite » en amérindien.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi ils se surnommaient « habitants ».Sous le régime britannique, les colons anglais s\u2019appelèrent «Canadians» et nous donnèrent le nom de « French Canadians ».Ce terme de Canadien français perdura jusqu\u2019au début des années soixante où nous adoptâmes alors le nom de Québécois pour affirmer notre spécificité culturelle française.* Baccalauréat en psychosociologie de la communication (UQAM), animateur social et écrivain.L'ACTION NATIONALE \u2022 13 Un éthonyme équivoque Quand, par la suite les autres ethnies nous demandèrent qui elles étaient, nous leur avons répondu : « des Québécois aussi ! » En répondant à nos concitoyens d\u2019origine ethnique qu\u2019ils étaient eux aussi québécois, «les Québécois-canadiens-français ont tout à la fois fait preuve de leur volonté d\u2019ouverture et se sont créé un problème identitaire au plan de leur appartenance ethnoculturelle», écrit M.Charbonneau; et ceci afin de ne pas tenir un langage d\u2019exclusion.Malgré notre bonne volonté, notre effort fut cependant vain parce que selon M.Giuseppe Sciortino, membre du Conseil exécutif national du Parti québécois, pour les Québécois allophones, le terme « Québécois » demeure pour eux un mot que les francophones du Québec se sont appropriés seulement pour eux-mêmes, et ceci à l\u2019exclusion des autres ; même si cela peut ne pas être vrai, telle en est malheureusement la perception, dit-il.Que je le veuille ou non, l\u2019histoire m\u2019a fait Québécois-de-souche.Pour Jean-Pierre Charbonneau, le problème se complexifie encore davantage lorsque les souverainistes parlent des Québécois dans le sens des Canadiens français et, parfois, dans le sens de tous les citoyens du Québec.De plus, entre aussi en ligne de compte l\u2019autre identité: la canadienne.Nous nous retrouvons donc en plein chevauchement, non pas administratif, mais linguistique ! Devant autant d\u2019ambiguïtés, les Québécois-canadiens-français sont alors devenus des « Québécois francophones».«Puis, comme ce terme n\u2019était pas exact puisqu\u2019il y avait des francophones d\u2019autres origines comme les Haïtiens par exemple, ils sont devenus des Québécois-de-souche », nous dit le député de Borduas.Dans son autobiographie «À visage découvert », Lucien Bouchard écrit : « Que je le veuille ou non, l\u2019histoire m\u2019a fait Québécois-de-souche.14 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Par le temps qui court, il faudrait presque s\u2019en excuser.» Cela n\u2019est-il pas vrai?Mais pourquoi devrions-nous nous excuser de ce que nous sommes?À moins que nous ne sachions pas encore qui nous sommes vraiment?Vous conviendrez que dans un tel contexte, il devient beaucoup plus difficile pour nos concitoyens des autres ethnies de nous respecter comme ethnie.Déjà en 1988, Jacques Godbout posait la question : «Qu\u2019est-ce qu\u2019un Québécois?» (L\u2019Actualité, oct.1988); ainsi que Lysiane Gagnon qui se demandait: «Dites-moi, quel est le nom au juste du peuple que l\u2019on célèbre le 24 juin?» (La Presse, 25 juin 1988): Québécois?Canadiens français?Canadiens-Français avec un trait d\u2019union?Québécois francophone?Franco-Québécois?Québécois de langue française de vieille souche?Dites-moi, quel est le nom au juste du peuple que l'on célèbre le 24 juin ?Madame Gagnon terminait son article par ces mots : «D\u2019où venons-nous?De Nouvelle-France.Où allons-nous?Dans toutes les directions, c\u2019est-à-dire nulle part.Qui sommes-nous?Comment savoir?Ce qui n\u2019est pas nommé existe-t-il?» Pour Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur, les nations ont avant tout besoin de reconnaissance (LeDevoir, 23 oct.1995).«Ce n\u2019est pas seulement un besoin, c\u2019est indispensable.Si vous n\u2019avez pas la reconnaissance formelle de la dignité personnelle, vous n\u2019avez pas d\u2019identité.Le regard d\u2019autrui a une fonction sociale, une fonction d\u2019accouchement de l\u2019être.Donc, l\u2019idée d\u2019accéder à la dignité par une reconnaissance me semble une évidence très forte.Une nation doit avoir un nom Pour sortir définitivement de cette situation inconfortable et pour le moins gênante, ne serait-il pas approprié de trouver un nom qui puisse nous appartenir vraiment sans ambiguïté?L'ACTION NATIONALE .15 Si les habitants du Québec sont des Québécois, sans égard à leur origine raciale, ethnique, religieuse ou linguistique, quel nom doivent porter les «Québécois-francophones-de-souche» pour consolider leur identité et s\u2019affirmer en tant que tel?Car vous conviendrez que le mot «Québécois» est beaucoup plus un gentilé qu\u2019un ethno-nyme.Rappelons que le gentilé est la dénomination des habitants par rapport au lieu où ils résident : pays, région, ville, village, quartier.« Québécois » est donc le gentilé des habitants de la province de Québec et de la ville de Québec.Alors que l\u2019eth-nonyme est un nom ethnique, c\u2019est-à-dire relatif à un groupement humain qui possède une structure familiale, économique et sociale homogène et dont l\u2019unité repose sur une communauté de langue et de culture : la nation.L\u2019ethnony me repose sur une communauté de langue et de culture : la nation.Considérant que le Québec est un territoire d\u2019immigrants, le mot «Québécois» est aujourd\u2019hui devenu insuffisant pour rendre compte de la véritable identité des «Canadiens français du Québec ».En effet, une nation peut-elle avoir pour nom «Québécois-francophones-de-souche»?ou «Qué-bécois-pure-laine-tricoté-serré»?ou selon Marco Micone (La Presse, 6 déc.1995) « Québécois-du-cru»?N\u2019est-il pas aberrant qu\u2019une nation sur le point de devenir souveraine n\u2019aie pas encore de nom?et devienne toute confuse et mal à l\u2019aise lorsqu\u2019il s\u2019agit pour elle de se nommer?Pouvons-nous exiger des immigrants qu\u2019ils fassent ce que nous ne faisons pas nous-mêmes : respecter notre identité ! Si un beau nom constitue chez l\u2019homme et la femme le joyau de leur âme, comme le dit Shakespeare dans « Othello », ainsi en est-il pour la nation.Goethe a écrit dans « Poésie et vérité » que le nom propre d\u2019un être humain est un vêtement 16 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE parfaitement ajusté, comme une peau dont il est recouvert et qui fait corps avec lui : cela est vrai aussi pour une nation.Actuellement, le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que notre vêtement identitaire n\u2019est pas encore ajusté.En conséquence, nous proposons que le nom de FRANKOIS soit adopté par tous ceux qui se considèrent comme des « Québécois-francophones-de-souche » pour définir leur identité nationale et leur culture, la culture frankoise étant la forme nord-américaine de la tradition française.En français le mot «franc», issu du latin « francus », est un emprunt au francique « frank » ou à l\u2019allemand «Franke» qui signifie «libre» et qui est aussi le nom d\u2019une peuplade germanique du Ve siècle qui occupa la Gaule romaine, soit les rives du Rhin et la partie maritime de la Belgique et de la Hollande.Avec les siècles, la Francia, le «pays des Francs », est devenu la France, le pays des Français qui formèrent la langue française.Notre vêtement identitaire n est pas encore ajusté.L\u2019ethnonyme Frankois qui veut dire «homme libre », consacre à nos yeux toute la valeur historique, culturelle et linguistique d\u2019une nation de femmes et d\u2019hommes parvenus, en terre d\u2019Amérique, à la maturité responsable et à l\u2019identité véritable dans la dignité.Sans nom, nous le savons, il n\u2019y a point d\u2019identité.Nous sommes notre nom.Avec le nom Frankois, notre volonté nationale trouve un soutien, une aide et un ancrage à partir duquel, libéré enfin de nos complexes, nous pourrons complètement déployer nos ailes et donner le meilleur de nous-mêmes ! Le peuple Québécois est donc composé des Amérindiens et Inuits, les premières nations, de la nation frankoise majoritaire, «c\u2019est-à-dire, comme l\u2019écrit monsieur Charbonneau, les descendants des colons français et les gens d\u2019ailleurs qui se L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 17 sont intégrés plus ou moins anciennement à ce groupe humain particulier pour devenir des francophones d\u2019ici», des Canadiens-anglais et des individus de toutes les autres ethnies.Rien de tel pour sortir de la confusion que de bien nommer les choses, les gens.et les nations.Avec cet ethnonyme, les « Québécois-francophones-de-souche» récupèrent leur identité collective dans le respect des autres Québécois.Ce nouveau nom de Frankois va dans le sens de la Commission sur l\u2019avenir du Québec qui, heureusement, a réhabilité le discours identitaire en affirmant qu\u2019il existe une majorité frankoise au nom de laquelle elle réclame un pays de la langue française.L\u2019ethnonyme Frankois rejoint aussi les propos de M.Lucien Bouchard qui, lors de son discours de candidature à la direction du Parti québécois, voyait maintentant la nécessité de « préciser la définition du nationalisme québécois, dans le sens de sa diversité et de sa texture nouvelle».?Rien de tel pour sortir de la confusion que de bien nommer les gens.et les nations.18 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Ce serait donc la faute du Québec!.Claude\tDans les journaux du 3 février dernier, Pierre Morin\tElliott Trudeau repartait en guerre.Cette fois, c\u2019était contre le premier ministre Lucien Bouchard qui, je suppose, symbolise à ses yeux ce qu\u2019il a vainement combattu toute sa vie : le patriotisme québécois.Mais il ne s\u2019en prend pas seulement au premier ministre : sans doute furieux du résultat obtenu par les souverainistes au référendum du 30 octobre, frustré qu\u2019on ne lui ait pas demandé d\u2019intervenir pendant la campagne, toujours inquiet de voir son «œuvre» de 1982 remise en question et soucieux de l\u2019opinion que garderont de lui les générations futures, il profite de sa sortie pour nous présenter de nouveau sa propre interprétation de l\u2019histoire, selon laquelle - mais cela n\u2019est pas nouveau - il est l\u2019unique détenteur de la vérité.Dans son article, M.Trudeau avance une vision tronquée des revendications politiques du Québec et offre des négociations constitutionnelles de 1980-1981 une image qui n\u2019est pas, pour dire le moins, très exacte.Il traite aussi de l\u2019accord du lac Meech, mais je ne sens pas le besoin d\u2019en parler ici; encore nombreux aujourd\u2019hui, les participants et les témoins peuvent rétablir les faits.Les revendications du Québec M.Trudeau dit que «les revendications véritablement historiques des Canadiens français L'ACTION NATIONALE \u2022 19 consistaient essentiellement en une chose : le respect du fait français au Canada».Puis, se référant à une déclaration de Jean Lesage en juillet 1960, il réduit les réclamations de ce dernier à deux seuls points : le rapatriement de la constitution et le respect des droits linguistiques et éducationnels des minorités francophones hors Québec.C\u2019est tout.Selon M.Trudeau, ces points auraient pu être réglés par la formule Fulton-Favreau de 1964 et la charte de Victoria de 1971, mais, accuse-t-il, l\u2019une et l\u2019autre solution furent répudiées par les premiers ministres Lesage et Bourassa qui les avaient pourtant négociées et acceptées : manquant à la parole donnée, ils abandonnèrent les propositions traditionnelles du Québec et provoquèrent l\u2019échec des pourparlers.De la même manière et dans la version trudeauiste des faits, le projet fédéral de 1980-1981 visait à donner suite aux «revendications véritablement historiques» du Québec (i.e.droits des francophones hors Québec et rapatriement), mais cette fois c\u2019est René Lévesque qui s\u2019y opposa.M.Trudeau caricature les positions québécoises et masque le plus important.Autrement dit, ce sont les représentants québécois eux-mêmes qui, ne respectant pas leur parole, ont toujours été responsables de leurs échecs.Ce sont eux qui ont abandonné les revendications traditionnelles du Québec, alors que, pour leur part, Ottawa et les autres provinces faisaient preuve d\u2019ouverture et étaient prêts à les satisfaire.M.Trudeau caricature les positions québécoises et masque le plus important : les revendications du Québec et ses suggestions de réforme du fédéralisme ont d\u2019abord et avant tout constamment porté sur le partage des pouvoirs, position qui était et demeure fondée sur le fait sociologique et vérifiable que les Québécois forment un peuple.1) Pendant les années 1940 et 1950, Maurice Duplessis a exigé le respect de ce qu\u2019il appelait 20 \u2022 L'ACTION NATIONALE Jean Lesage a demandé, contre compensation, la fin des programmes conjoints fédéraux-provinciaux.l\u2019autonomie provinciale et s\u2019est opposé à l\u2019envahissement systématique, par Ottawa, des compétences relevant des provinces.C\u2019est même en tant que défenseur des droits du Québec, donc de ses pouvoirs, que Duplessis est surtout passé à l\u2019histoire.M.Trudeau semble bien être seul à ne pas s\u2019en souvenir.A-t-il aussi oublié le «rendez-nous notre butin» de ce premier ministre?2) En juillet 1960, peu après son élection, Jean Lesage a adopté une position semblable à celle de Duplessis et est même allé plus loin que lui : il a demandé, contre compensation, la fin des programmes conjoints fédéraux-provinciaux.Cette réclamation, il l\u2019a maintes fois reprise, comme en témoignent ses fréquentes interventions publiques sur le sujet, mais il ne s\u2019est pas limité à cela.Par exemple, le 20 septembre 1964, dans un discours à la Fédération libérale du Québec, il déclarait : « Notre province a des traits particuliers, un caractère propre, qu\u2019il est de son devoir de sauvegarder et qu\u2019elle a le droit de mettre en valeur (.) Le Québec d\u2019aujourd\u2019hui doit posséder et contrôler, dans la mesure du possible, les leviers économiques, sociaux, administratifs et politiques grâce auxquels, et grâce auxquels seulement, il pourra réaliser ses aspirations légitimes de peuple adulte.» Dans le même discours, il précisait que le cadre constitutionnel canadien devait évoluer de façon à «permettre à notre communauté d\u2019atteindre elle-même et par les moyens qui lui conviennent les objectifs qu\u2019elle se fixe librement.» 3) Daniel Johnson père reprenait un thème identique dans le mémoire qu\u2019il déposait devant la conférence sur le Canada de Demain, à Toronto le 27 novembre 1967 : « Que veut le Québec ?Comme point d\u2019appui d\u2019une nation, il veut être maître de ses décisions en ce qui a trait à la croissance humaine de ses citoyens (c\u2019est-à-dire à l\u2019éducation, à la L'ACTION NATIONALE *21 sécurité sociale et à la santé sous toutes leurs formes), à leur affirmation économique (c\u2019est-à-dire au pouvoir de mettre sur pied les instruments économiques et financiers qu\u2019ils croient nécessaires), à leur épanouissement culturel (c\u2019est-à-dire non seulement aux arts et aux lettres, mais aussi à la langue française) et au rayonnnement de la communauté québécoise (c\u2019est-à-dire aux relations avec certains pays et organismes internationaux).» 4) En février 1969, Jean-Jacques Bertrand affirmait que «l\u2019important (.) c\u2019est de pouvoir collectivement vivre en français, de se construire une société qui ressemble (aux Québécois), c\u2019est de pouvoir organiser leur vie communautaire en fonction de leur culture.Et cela n\u2019est vraiment possible que si le gouvernement du Québec possède des pouvoirs proportionnés aux tâches que sa population attend de lui.» 5) Le 14 septembre 1970, à sa première conférence constitutionnelle à titre de premier ministre, Robert Bourassa déclarait: «Je pense qu\u2019il faut poursuivre à fond les discussions relatives à la répartition des pouvoirs, question qui est en fait fondamentale ».Voilà en quoi, selon cinq premiers ministres québécois d\u2019allégeance fédéraliste, consistait la substance du renouvellement nécessaire du régime canadien.Au lieu de retrancher de l\u2019histoire politique du Québec les éléments les plus significatifs, M.Trudeau devrait constater la cohérence des positions avancées par ces premiers ministres.Il devrait aussi voir qu\u2019elles ont toutes un commun dénominateur : les Québécois forment un peuple, ils veulent être reconnus comme tel et exigent que, dans le partage des pouvoirs et dans ses institutions, le régime admette concrètement cette aspiration.Si le mouvement souverainiste s\u2019est développé, c\u2019est précisément parce que, d\u2019une conférence à l\u2019autre, jamais les dirigeants fédéraux Robert Bourassa déclarait : «il faut poursuivre à fond les discussions relatives à la répartition des pouvoirs.22 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ottawa et les neuf provinces anglophones s\u2019allièrent, en novembre 1981, pour imposer une constitution qui niait le caractère distinct du Québec.n\u2019ont voulu respecter cette exigence légitime et positive.M.Trudeau lui-même n\u2019ignorait pas l\u2019existence et la nature de cette aspiration lorsqu\u2019il laissa entendre aux Québécois, en mai 1980, qu\u2019un Non au référendum signifierait un Oui au renouvellement du régime.Sauf qu\u2019il jouait sur les mots, comme on s\u2019en est aperçu après.De fait, il prit soin d\u2019exprimer son engagement de façon à ce que les Québécois y voient enfin l\u2019acceptation, après tant d\u2019années, de leurs réclamations sur la redéfinition du rapport Québec-reste du Canada.On connaît la suite.Dans la foulée de la victoire du non, le Québec se trouva devant une opération dont le but n\u2019était pas de répondre à ses aspirations, mais bien de faire exactement le contraire.Même si le gouvernement québécois mit tout en œuvre contre l\u2019agression fédérale, au bout du compte Ottawa et les neuf provinces anglophones s\u2019allièrent, en novembre 1981, pour imposer, en l\u2019absence (voulue par les fédéraux) de tout membre de la délégation québécoise, une constitution qui, entre autres choses, niait le caractère distinct du Québec, réduisait ses droits collectifs et diminuait unilatéralement ses pouvoirs en matière de langue.Le plus grand changement constitutionnel depuis 1867 s\u2019effectuait ainsi de manière illégitime et au détriment de la seule population du Canada envers qui on avait pris des engagements en vue de la faire opter pour un NON.Le front commun de 1980-1981 Peut-être pour se déculpabiliser face à l\u2019Histoire, toujours est-il qu\u2019aujourd\u2019hui M.Trudeau tente de rendre le Québec lui-même responsable du sort qu\u2019on lui ont fait en novembre 1981.Ainsi, il accuse René Lévesque d\u2019avoir détruit le front L'ACTION NATIONALE .23 commun interprovincial de huit provinces qu\u2019il avait réussi à mettre sur pied pendant les discussions post-référendaires et qui avait pu s\u2019opposer avec un certain succès aux entreprises d\u2019Ottawa.Cette thèse ne tient pas debout.1)\tAprès la victoire du non, le gouvernement québécois était en position de faiblesse.C\u2019est d\u2019ailleurs à cause de cette situation qu\u2019Ottawa mit tant de hâte, après le référendum, à réunir les provinces pour une nouvelle ronde constitutionnelle.Selon les plans fédéraux, celle-ci devait être brève et se terminer trois mois plus tard, au début de septembre 1980.Il s\u2019agissait, on l\u2019aura compris, de profiter des circonstances pour modifier la loi fondamentale du Canada dans le sens souhaité par M.Trudeau et non pas pour répondre aux demandes du Québec.Devant ces intentions rapidement visibles, le gouvernement québécois disposait de peu de moyens de défense.En fait, il n\u2019en avait qu\u2019un: susciter la création d\u2019un front commun de provinces soucieuses de s\u2019opposer à telle ou telle proposition fédérale.C\u2019est effectivement ce qui se produisit.Dans les mois qui suivirent, le front commun représenta le plus grand obstacle auquel Ottawa eut à faire face, si bien qu\u2019au lieu de durer seulement trois mois, les pourparlers constitutionnels s\u2019étirèrent sur dix-huit mois.Pourquoi René Lévesque se serait-il de lui-même privé d\u2019un front commun qui, M.Trudeau l\u2019admet, avait aussi efficacement servi le Québec ?2)\tM.Trudeau prétend que les provinces alliées au Québec s\u2019en dissocièrent à partir du moment où René Lévesque accepta, le 4 novembre 1981, sa proposition de tenir un référendum sur le projet fédéral de modification constitutionnelle.Voyons de plus près.Avant même que commence la conférence de novembre 1981, le front commun interprovincial n\u2019existait virtuellement plus.En effet, vu l\u2019avis de Il s\u2019agissait de profiter des circonstances pour modifier la loi fondamentale du Canada dans le sens souhaité par M.Trudeau.24 \u2022 L'ACTION NATIONALE Jean Chrétien conseillait de ne pas s\u2019en inquiéter; c\u2019était, leur disait-il, « une affaire entre Québécois » qui ne les concernait pas.la Cour suprême, connu fin septembre et selon lequel trop peu de provinces appuyaient le plan fédéral, les fédéraux cherchèrent, en octobre, à détacher du front commun trois ou quatre d\u2019entre elles.Des émissaires d\u2019Ottawa entreprirent des pourparlers avec ces provinces dans le but d\u2019en venir avec elles à un compromis qui leur conviendrait; ce compromis, cependant, maintiendrait les changements auxquels le Québec s\u2019opposait.Les envoyés fédéraux eurent quelque succès car, dans la semaine précédant la conférence de novembre, un journal comme The Globe & Mail de Toronto put faire état des discussions bilatérales en cours.Avec le résultat que, quand la conférence de novembre 1981 débuta, la moitié des provinces jusque-là membres du front commun avaient virtuellement glissé du côté d\u2019Ottawa.De fait, le matin du 4 novembre, une d\u2019elles, la Saskatchewan, présenta un volumineux « compromis » dont la délégation québécoise n\u2019avait jamais entendu parler et qui, évidemment, ne reflétait en rien les exigences du Québec.Comment René Lévesque aurait-il pu briser un front commun qu\u2019Ottawa avait déjà réussi à torpiller?3) Il faut savoir aussi qu\u2019en novembre 1981 les provinces anglophones jugeaient que les discussions constitutionnelles avaient déjà trop duré.Leur opinion publique les enjoignait d\u2019aboutir à une entente sur place.C\u2019était faisable, mais à condition de passer outre aux réclamations québécoises.Aux provinces qui se préoccupaient des réactions négatives possibles de notre délégation, Jean Chrétien conseillait de ne pas s\u2019en inquiéter; c\u2019était, leur disait-il, «une affaire entre Québécois» qui ne les concernait pas et dont MM.Trudeau et lui sauraient bien s\u2019occuper.Ce qui nous amène au fameux référendum proposé par M.Trudeau.Parce qu\u2019il savait ne plus L'ACTION NATIONALE \u2022 25 pouvoir compter sur le front commun et qu\u2019il était conscient du fait que les provinces anglophones voulaient en finir au cours de la conférence, René Lévesque se déclara favorable à une idée énoncée par M.Trudeau vers midi, le 4 novembre.Comme il restait bien des points en suspens et qu\u2019il fallait en arriver à un accord quelconque avant la fin de la conférence, M.Trudeau suggéra qu\u2019on se contente pour l\u2019instant de rapatrier la constitution telle quelle, sujet qui ne soulevait pas de difficulté, et qu\u2019on se donne ensuite deux ans pour continuer les discussions sur une charte des droits et une formule d\u2019amendement; à défaut d\u2019entente entre les gouvernements, un référendum aurait lieu au terme de cette période.Les autres provinces prisaient peu la technique référendaire, rarement utilisée en régime britannique, mais, présentée comme elle l\u2019était, la proposition permettrait au Québec de gagner du temps et de mieux saisir son opinion publique des enjeux majeurs dans le projet fédéral.Surtout, elle correspondait aux vux du Québec qui, depuis juin de l\u2019année précédente, avait maintes fois demandé qu\u2019Ottawa soumette démocratiquement son projet à la population, comme il l\u2019avait fait lui-même pour la souveraineté-association.À défaut d\u2019entente entre les gouvernements, un référendum aurait lieu au terme de cette période.Or, dès le début de l\u2019après-midi, force fut de constater qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un bien étrange référendum : contrairement à ce que M.Trudeau avait dit quelques heures plus tôt, il s\u2019avéra que cette consultation n\u2019aurait lieu qu\u2019après que toutes les provinces auraient donné leur accord au projet fédéral alors en discussion et ne servirait, pour la population, que d\u2019instrument de ratification d\u2019un fait accompli ! René Lévesque rejeta tout de suite le procédé, à vrai dire le truc, esquissé par le premier ministre fédéral.Si le front commun existait encore aussi solidement que certains essaient de le faire croire, comment peut-on en attribuer l\u2019effondrement à 26 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE S\u2019était-il à dessein exprimé, sachant qu\u2019il surgirait avec une proposition différente à la reprise de la séance ?l\u2019acceptation, par René Lévesque, à midi, d\u2019un référendum qu\u2019à peine trois heures plus tard il refusait formellement en présence des autres provinces d\u2019accord avec lui sur ce point?M.Trudeau avait-il changé d\u2019avis?S\u2019était-il à dessein exprimé comme il l\u2019avait fait à midi, sachant qu\u2019il surgirait avec une proposition différente à la reprise de la séance ?Il lui appartient de s\u2019expliquer là-dessus.Quoi qu\u2019il en soit, cette façon d\u2019agir, dont M.Trudeau semble s\u2019être félicité selon certains chroniqueurs du temps, a été ensuite saluée par des observateurs et des médias, surtout anglophones, comme la marque d\u2019une astuce politique extraordinaire.Si tel était le cas, ce comportement signifierait-il que tous les moyens, même immoraux, même antidémocratiques, sont indiqués dès lors qu\u2019on les emploie contre des représentants du gouvernement québécois, sous prétexte qu\u2019ils sont souverainistes?4) Bref, à en croire M.Trudeau, le Québec et ses représentants seraient seuls et entièrement responsables de ce qui est arrivé en novembre 1981 : ces représentants auraient agi gauchement et c\u2019est eux qui auraient fait preuve de mauvaise foi.C\u2019est eux qui auraient manqué à leur parole et personne au Canada n\u2019aurait de reproches à se faire ni de tort à réparer.Comment expliquer alors qu\u2019Ottawa et toutes les provinces aient envisagé, en 1987, par l\u2019accord du lac Meech, de réparer le tort fait au Québec en novembre 1981?Et, pourquoi aurait-on encore invoqué l\u2019argument de la réparation au moment de l\u2019accord de Charlottetown en 1992?Si l\u2019opération fédérale de 1980-1981 avait été aussi correcte que M.Trudeau le prétend, pourquoi Jean Chrétien, son successeur et complice du temps, avouerait-il implicitement le contraire en promettant maintenant que désormais aucun changement constitutionnel ne pourra se réaliser sans L'ACTION NATIONALE .27 l\u2019assentiment du Québec ?(Sauf qu\u2019il le fait par le truchement d\u2019une simple loi que tout gouvernement futur pourra changer au détriment du Québec, mais qui, d\u2019ici là, ne fait que rendre encore plus difficile qu\u2019avant la reconnaissance concrète du peuple québécois.) L\u2019insistance d\u2019Ottawa, dans sa propagande actuelle, sur le fait qu\u2019on «respecterait» ainsi les promesses référendaires d\u2019octobre 1995 ne laisse-t-elle pas également entendre qu\u2019on n\u2019a pas respecté celles de mai 1980?Le droit de veto M.Trudeau aime prétendre qu\u2019en signant, le 16 avril 1981, un accord avec les sept autres provinces du front commun, René Lévesque a laissé tomber le droit de veto du Québec.Selon son habitude, M.Trudeau a préféré «oublier» certaines choses car elles auraient rendu sa démonstration impossible.Après l\u2019échec de la conférence de Victoria en 1971,1 \u2019 idée que telle ou telle province détienne un veto perdit tout attrait pour la plupart des provinces anglophones.Si bien qu\u2019en 1980-1981, sauf l\u2019Ontario et le Nouveau-Brunswick, elles étaient d\u2019avis qu\u2019aucune ne devrait en avoir.Il est vrai qu\u2019Ottawa favorisait encore le veto, mais, vu l\u2019attitude ferme des autres provinces, le Québec crut prudent de prendre des précautions.Il risquait autrement de se retrouver sans protection, rien ne lui garantissant qu\u2019Ottawa ne finirait pas par céder sur ce point aux pressions de la majorité (M.Trudeau le fera d\u2019ailleurs pour la charte des droits lorsqu\u2019il acceptera d\u2019y insérer une clause dérogatoire à laquelle il était pourtant opposé).M.Trudeau aime prétendre que René Lévesque a laissé tomber le droit de veto du Québec.En signant l\u2019accord du 16 avril 1981, la délégation québécoise expliqua à ses partenaires qu\u2019il allait de soi que, s\u2019il était rompu, le Québec 28 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Ottawa et les provinces anglophones s\u2019entendirent sur un « package deal » reviendrait au veto.Mais le plus important est qu\u2019après des échanges ardus René Lévesque fit inscrire dans l\u2019accord une clause capitale comprenant deux éléments indissociables : le droit de retrait avec compensation.Le Québec obtenait là un veto sur toute réduction éventuelle de ses compétences.Autrement dit, même si l\u2019accord n\u2019offrait pas toutes les garanties souhaitables à propos d\u2019institutions comme le Sénat, le Québec se trouvait protégé sur le plan du partage des pouvoirs.Pouvait-il faire mieux dans des circonstances particulièrement difficiles auxquelles, rappelons-le, Ottawa n\u2019était pas étranger?Quand, au début de novembre 1981, il apparut évident que le front commun ne survivrait pas et que l\u2019accord du 16 avril était de ce fait périmé, le Québec reprit sa position traditionnelle sur le veto, mais les autres gouvernements voyaient les choses différemment.Ainsi l\u2019Ontario, qui normalement aurait pu aspirer à un veto, décida d\u2019y renoncer, suggérant par là que le Québec devrait lui aussi s\u2019en passer.Les événements culminèrent par «la nuit des longs couteaux» (expression inventée par les médias) où Ottawa et les provinces anglophones s\u2019entendirent sur un «package deal» qui ne correspondait en rien au renouvellement du fédéralisme promis en mai 1980.Bien plus, sans en avertir la délégation du Québec, Ottawa et ces provinces modifièrent la formule d\u2019amendement prévue dans l\u2019accord du 16 avril : le droit de retrait fut conservé, mais - M.Trudeau omet ce « détail » essentiel - on lui enleva sa portée réelle en biffant la compensation, élément que le Québec tenait pour indispensable, ce que les complices nocturnes savaient fort bien.M.Trudeau travestit donc une fois de plus la réalité quand, pour se disculper, il ose prétendre que c\u2019est le Québec lui-même qui a renoncé à son veto.L'ACTION NATIONALE \u2022 29 Impossible de joindre le Québec?Ce que les médias ont appelé «la nuit des longs couteaux » a provoqué plusieurs interprétations, dont certaines sont malveillantes pour le Québec.Ainsi, sa délégation aurait eu tort de loger dans un hôtel de Hull (Plaza de La Chaudière) tandis que celles du gouvernement fédéral et des provinces se concentraient habilement à Ottawa où il leur était facile de se concerter.Cette observation est ridicule pour trois raisons : a) les autres délégations provinciales étaient dispersées dans plusieurs hôtels à Ottawa et non logées dans le même; b) chaque délégation savait comment joindre n\u2019importe quelle autre, y compris celle du Québec (on l\u2019avait fait pendant des mois) ; et 3) le Québec disposait d\u2019une chambre au Château Laurier qui pouvait, au besoin, servir de lieu de réunion.On a aussi dit que, le soir du 4 novembre, la délégation du Québec aurait dû chercher à découvrir si, par hasard, les autres n\u2019étaient pas secrètement en train de comploter.Le paragraphe précédent montre combien il était facile de prendre contact à tout moment avec les représentants du Québec, mais imagine-t-on en plus ceux-ci faire le tour des restaurants, des bars et des hôtels d\u2019Ottawa en vue de débusquer d\u2019illicites échanges politiques?.«La nuit des longs couteaux» a provoqué plusieurs interprétations.Enfin, il était inutile, d\u2019après certains, d\u2019inviter des représentants du Québec aux ultimes rencontres puisqu\u2019ils auraient de toute façon, par dogmatisme «séparatiste», rejeté le compromis auquel en vinrent Ottawa et les neuf provinces anglophones.Il est sûr, et même élémentaire, que notre délégation n\u2019aurait jamais accepté une réforme constitutionnelle qui contredisait les promesses référendaires, mais n\u2019aurait-il pas été plus courtois, disons plus intelligent, de lui permettre d\u2019exposer les raisons précises de sa dissidence?30 \u2022 L'ACTION NATIONALE M.Trudeau et Jean Chrétien, ont été les principaux artisans d\u2019une opération anti-Québec.Même si on ne peut, en quelques pages, en raconter tous les détails, il faut espérer que les faits rappelés ici aideront à replacer dans leur contexte les événements de 1980-1981.En tout cas une chose demeure, facile à saisir, indiscutable : il y a quinze ans, M.Trudeau et son acolyte d\u2019alors, Jean Chrétien, ont été les principaux artisans d\u2019une opération anti-Québec sans précédent.?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 31 «Un long voyage commence toujours par un petit pas» Le Fonds de solidarité de la FTQ: une révolution syndicale au Québec Une petite révolution est en cours dans le mouvement syndical québécois depuis une douzaine d\u2019années, depuis la fondation du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ).Louis Fournier* Cette institution originale, à la fois financière, économique et syndicale, a pour objectif principal de maintenir et de créer des emplois grâce à ses investissements dans des entreprises québécoises.Le Fonds, qui est ouvert à tous les épargnants, a été mis sur pied et est contrôlé par la plus importante centrale syndicale, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), qui représente quelque 475 000 membres.Au début de 1996, le Fonds de solidarité affichait un actif d\u2019environ 1,5 milliard de dollars et * Journaliste durant plus de quinze ans, l\u2019auteur a par la suite œuvré sept ans au Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) dont il a été vice-président aux communications.Il a écrit à ce sujet un ouvrage intitulé Solidarité inc.- Un nouveau syndicalisme créateur d\u2019emplois (Éditions Québec-Amérique, 1991).Il est aujourd\u2019hui responsable des communications externes à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).32 \u2022 L'ACTION NATIONALE le Fonds de solidarité est devenu un partenaire de premier plan dans V emploi au Québec.comptait plus de 260 000 actionnaires.Et surtout, il avait contribué à ce jour, par ses investissements en capital de risque, à créer et maintenir quelque 37 000 emplois dans des entreprises québécoises.Le Fonds est devenu la plus importante société de capital de développement au Québec et même au Canada.La démocratie économique Si le Fonds de solidarité a pour principale raison d\u2019être le développement de l\u2019emploi, il a aussi pour objectif d\u2019assurer la formation économique des salariés de façon à augmenter, graduellement, leur participation et leur influence dans les entreprises.Le Fonds aide ainsi à mettre en place, dans ses entreprises partenaires, des formes de gestion participative, de concertation syndicale-patronale et de démocratie économique.En plus de contribuer à la démocratisation des entreprises, le Fonds de solidarité est devenu un partenaire de premier plan dans la mise en œuvre d\u2019une stratégie nationale de développement de l\u2019emploi au Québec.Un enfant de la crise C\u2019est la crise économique nord-américaine des années 1981-82, la pire depuis la Grande Dépression, qui est à l\u2019origine de la mise sur pied du Fonds de solidarité, une première syndicale en Amérique du Nord.La FTQ, qui représente la majorité absolue des syndiqués du secteur privé au Québec, a alors cherché une façon concrète de contribuer au maintien et à la création d\u2019emplois grâce aux épargnes de ses membres.Elle l\u2019a fait à l\u2019initiative de son président d\u2019alors, Louis Laberge, considéré comme le père fondateur du Fonds, et avec l\u2019appui soutenu du secrétaire général, Fernand Daoust.La centrale a pu bénéficier de ses liens étroits avec le gouver- L\u2019ACTION NATIONALE .33 nement social-démocrate du Parti Québécois, qu\u2019elle avait appuyé électoralement, pour concrétiser son projet audacieux qui rompait radicalement avec les stratégies défensives traditionnelles des syndicats.La loi créant le Fonds de solidarité fut votée par F Assemblée nationale en juin 1983 et le Fonds a démarré ses activités en février 1984.La loi prévoit que le Fonds est sous le contrôle de la FTQ mais qu\u2019il est ouvert à tous les épargnants, pas seulement aux syndiqués de la centrale qui y adhèrent sur une base volontaire.Une épargne à long terme Les contribuables qui deviennent actionnaires du Fonds peuvent bénéficier de deux avantages fiscaux : des crédits d\u2019impôt spéciaux (car il s\u2019agit de capital de risque pour créer des emplois), ainsi que les déductions d\u2019impôt habituelles d\u2019un régime d\u2019épargne - retraite (car il s\u2019agit généralement d'une épargne à long terme).Les actionnaires peuvent récupérer, en moyenne, environ 80% de leur mise en économies d\u2019impôt.En retour, ils ne peuvent toucher la valeur de leur placement qu\u2019au moment de la retraite ou de la préretraite, ou encore dans certaines circonstances particulières: épuisement des prestations d\u2019assurance-chômage, événement fortuit ou subit, retour aux études à temps complet pour une période d\u2019au moins deux ans, démarrage d\u2019une entreprise, etc.Doté d\u2019avantages fiscaux substantiels, le Fonds de solidarité donne un rendement équitable mais plus modeste que la moyenne des fonds du genre.Ce rendement s\u2019établit à 6,4% depuis ses débuts en 1984.Toutefois, même s\u2019il investit surtout en capital de risque (60% de son actif), le Fonds détient un portefeuille diversifié de placements Le Fonds de solidarité donne un rendement équitable à 6,4 % depuis 1984.34 \u2022 L'ACTION NATIONALE Quelque 125 000 membres de la FTQ sont actionnaires du Fonds à ce jour.qui offre ainsi plus de sécurité à ses actionnaires : obligations, prêts, hypothèques, titres du marché monétaire et du marché boursier.Il vise à faire des profits, certes, mais ne recherche pas le «profit maximum ».Déductions à la source La cueillette de l\u2019épargne se fait surtout par déduction à la source sur le salaire auprès des syndiqués, qui forment plus de 60% des actionnaires.Plusieurs milliers d\u2019entre eux bénéficient d\u2019une clause de leur convention collective, négociée par leur syndicat, qui leur assure que, pour chaque dollar qu\u2019ils placent dans le Fonds, l\u2019employeur verse aussi une contribution égale en leur nom.C\u2019est là une façon efficace de drainer vers le Fonds des contributions patronales.L\u2019adhésion des syndiqués au Fonds se fait grâce au travail bénévole d\u2019un extraordinaire réseau de quelque 2 000 «responsables locaux» à l\u2019œuvre dans les syndicats de la FTQ.Ce réseau militant a largement contribué au fait que quelque 125 000 membres de la FTQ sont actionnaires du Fonds à ce jour.Un autre réseau de recrutement est à l\u2019œuvre au sein des syndicats de la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), avec laquelle le Fonds et la FTQ ont signé un protocole de solidarité en décembre 1995.La CEQ, dont près de 12 000 membres sont actionnaires du Fonds, est désormais représentée au conseil d\u2019administration de l\u2019organisme.Du côté de l\u2019autre grande centrale, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), près de 15 000 membres sont actionnaires du Fonds de solidarité.La CSN a lancé en janvier 1996 son propre fonds d\u2019investissement, Fondaction, inspiré de celui de la FTQ.L ACTION NATIONALE .35 D\u2019abord les PME L\u2019épargne recueillie est canalisée, en priorité, dans des investissements productifs en capital de risque au sein de petites et moyennes entreprises, ces PME dont on sait qu\u2019elles sont les plus créatrices d\u2019emplois.Le Fonds de solidarité investit également dans des grandes entreprises stratégiques pour l\u2019économie québécoise.S\u2019il travaille à la consolidation, voire au redémarrage d\u2019entreprises en difficultés, le Fonds s\u2019occupe bien davantage de projets d\u2019expansion et de modernisation d\u2019entreprises en bonne santé, et de démarrage de nouvelles PME.Contrairement à ce que craignaient ses détracteurs au début, il n\u2019est pas devenu le sauveur de tous les «canards boiteux » ! Un de ses apports précieux est de réduire la ratio d\u2019endettement des entreprises.Un de ses apports précieux est de réduire la ratio d\u2019endettement des entreprises en les aidant à mieux se capitaliser.En retour, sa participation au capital-actions lui donne droit à une représentation proportionnelle au conseil d\u2019administration.En règle générale, cette participation est minoritaire, mais le Fonds pose ses conditions.La convention d\u2019actionnaires qu\u2019il négocie lui donne des droits de regard importants, dont un droit de véto sur les décisions qui engagent l\u2019avenir de l\u2019entreprise.Le bilan social Ce qui distingue notamment le Fonds de solidarité d\u2019une société traditionnelle de capital de risque, c\u2019est qu\u2019avant d\u2019investir, il dresse un bilan social de l\u2019entreprise.Pendant que son équipe d\u2019analystes financiers diagnostique l\u2019état de santé économique de la firme, une autre équipe examine les variables sociales, et même «éthiques»: conditions et relations de travail, organisation du travail et formes de gestion, sentiment d\u2019appartenance des salariés à l\u2019entreprise, qualité du milieu de travail (santé-sécurité, environnement), etc.36 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Comme le Fonds investit surtout - et de préférence - dans des entreprises syndiquées, le bilan social se fait en collaboration étroite avec le syndicat, qu\u2019il soit affilié à la FTQ, à une autre centrale ou indépendant.Dans les entreprises non syndiquées, on prend également le pouls des salariés.Si le bilan est trop négatif, il arrive que le Fonds n\u2019investisse pas, à moins qu\u2019il ait de bonnes raisons de croire que la situation puisse s\u2019améliorer assez rapidement.Car si le Fonds est partenaire dans l\u2019entreprise, le personnel doit l\u2019être aussi.Un gisement de savoir-faire Pour le Fonds de solidarité, institution de souche syndicale, les travailleurs et les travailleuses représentent un énorme gisement inexploité de savoir-faire, une mine de créativité et d\u2019invention.Ils sont donc impliqués dès le début dans l\u2019opération, ils sont « mis dans le coup » grâce aux sessions régulières d\u2019information et de formation économique que leur donne le Fonds.Mieux outillés, ils peuvent ainsi mettre en place avec l\u2019employeur de nouvelles formes de gestion participative et d\u2019organisation du travail.Car si le Fonds est partenaire dans l\u2019entreprise, le personnel doit l\u2019être aussi.La formation économique des salariés est assurée par une institution mise sur pied et contrôlée par le Fonds, la Fondation d\u2019éducation économique.Celle-ci est alimentée en bonne partie par les contributions financières des entreprises où le Fonds investit.La Fondation organise, avec le syndicat, des sessions de formation continue à partir des états financiers de la firme, où l\u2019on passe en revue tous les aspects de la bonne marche de l\u2019entreprise.Ces sessions sont également offertes aux représentants de tous les syndicats de la FTQ.Cette démarche permet de donner régulièrement l\u2019heure juste au personnel.Elle aide à mieux équiper les syndicalistes qui œuvrent au sein de L'ACTION NATIONALE \u2022 37 divers comités paritaires syndicaux-patronaux dans l\u2019entreprise, ou qui peuvent siéger au conseil d\u2019administration aux côtés du ou des représentants du Fonds de solidarité.Grâce à l\u2019exercice pratique de ce nouveau droit à l\u2019information et à la formation économique, les salariés peuvent, petit à petit, prendre une part plus active à la gestion.L\u2019entreprise est une affaire trop importante pour être laissée uniquement entre les mains des patrons; les salariés doivent pouvoir participer aux décisions qui les concernent, selon des procédures fondées sur le respect du syndicat.Le syndicat fait ainsi partie de la solution et devient une valeur ajoutée pour l\u2019entreprise.Ses interventions se justifient d\u2019abord par le maintien et la création d\u2019emplois.Entreprises partenaires Au début de 1995, le Fonds de solidarité avait réalisé, conjointement avec ses fonds locaux, régionaux et sectoriels, des investissements dans plus de 300 entreprises québécoises.Il est surtout présent dans l\u2019industrie manufacturière, mais aussi dans les services et le secteur primaire.Ses interventions se justifient d\u2019abord et avant tout par le maintien et la création d\u2019emplois et, bien souvent, par la nécessité de renforcer le contrôle québécois de certaines entreprises et secteurs-clef.Le Fonds essaie de privilégier des créneaux d\u2019avenir, des industries motrices et souvent exportatrices où le Québec peut disposer d\u2019avantages comparatifs : biotechnologie, aéronautique, matériel de transport, équipement forestier, environnement, activités récréo-touristiques, etc.Un coup d\u2019œil sur son portefeuille fait voir la diversité de ses intérêts.À titre d\u2019exemples, le Fonds est actif dans les domaines suivants, pêle-mêle : transport aérien et grossiste en voyage (Air Transat), transport routier (Cabano, Robert), fabrication de camions à 38 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019investissement le plus considérable du Fonds a permis la relance fort réussie de Tripap, une papeterie.incendie (Thibault), d\u2019autobus (Novabus) et de souffleuses à neige (RPM Tech), pâtes et papiers (Tripap, Tembec), aérospatiale, produits et équipements forestiers, meuble (Shermag, Bestar), industrie pharmaceutique (notamment Biochem Pharma), matériel et services informatiques, mines, tourbières, hôtellerie et croisières (Groupe Dufour), centre de vacances, pavés de béton (Per-macon), appareils de chauffage, chaudières industrielles (Volcano), produits horticoles, moulées et fermes d\u2019élevage (Nutribec), imprimeries (Métropole Litho, Wilco, Datamark), textile, production de films, construction, poutrelles d\u2019acier, fonderie, recyclage, etc.L\u2019investissement le plus considérable du Fonds de solidarité (46 millions de dollars) a permis la relance fort réussie de Tripap, une papeterie de Trois-Rivières fermée par un géant du papier.Le second (40 millions) a servi à la recapitalisation d\u2019une mutuelle d\u2019assurances collectives, les Services de santé du Québec (SSQ-Vie), dont la clientèle est surtout syndicale.Les investissements les plus spectaculaires ont été effectués dans des équipes sportives : le Club de hockey Les Nordiques de Québec - où le Fonds a revendu sa participation avec profit - et le Club de baseball Les Expos de Montréal.L\u2019opération la plus «politique» a été le montage financier qui a permis de mieux capitaliser le seul quotidien québécois indépendant, Le Devoir, un journal réformiste et favorable à la souveraineté du Québec.Le Fonds en est devenu le principal actionnaire, tout en respectant l\u2019indispensable indépendance du journal.Salariés partenaires Dans certains cas, le Fonds s\u2019est associé à des groupes de syndiqués qui détenaient déjà une participation au capital-actions de leur entreprise, et qui étaient même des pionniers en matière de « cogestion» comme les syndiqués de la papetière L'ACTION NATIONALE \u2022 39 Tembec.Dans d\u2019autres cas, le Fonds a aidé des syndiqués à acquérir leur entreprise, comme ce fut le cas à l\u2019imprimerie Atelier québécois.De façon générale, la présence du Fonds a permis de bonifier les relations de travail dans les entreprises financées ; elle a contribué à implanter de nouveaux mécanismes de participation et de gestion qui ont amélioré le climat de travail, la productivité, la compétitivité et la rentabilité.Même si le Fonds a connu sa part normale de difficultés et de crises, surtout lors des récessions, il a essuyé relativement peu de faillites à ce jour.Dans quelques cas, il a même aidé à relancer l\u2019entreprise faillie, comme ce fut le cas pour le fabricant des camions à incendie Thibault (Nova-Quintech).En douze ans, il n\u2019y a eu que quatre arrêts de travail, de courte durée, dans les entreprises où le Fonds a investi.Un bilan positif mais qui rappelle, si besoin en était, que nous ne vivons pas dans un monde idyllique et que, malgré des convergences certaines, les intérêts des salariés et des patrons restent divergents, voire contradictoires, et que leur partenariat est une sorte de coopération conflictuelle.Fonds spécialisés et fonds régionaux Dans le cadre de sa stratégie d\u2019investissement, le Fonds de solidarité a créé des fonds de capital de risque spécialisés dans différents secteurs : biotechnologie (Biocapital), aéronautique (Aérocapital), environnement (Envirocapital), ainsi que le Fonds agro-forestier en collaboration avec une autre organisation syndicale, l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA).Il est partenaire dans d\u2019autres fonds sectoriels comme Technocap (haute technologie).Le Fonds a également contribué à la mise sur pied de plusieurs fonds d\u2019investissement locaux et Dans d\u2019autres cas, le Fonds a aidé des syndiqués à acquérir leur entreprise.40 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le Fonds veut jouer une part active dans le développement économique régional.régionaux de capital de risque, en collaboration avec les gens du milieu.À la fin de 1996, il aura contribué à la formation de seize fonds régionaux de solidarité dans tous les coins du Québec, soit un investissement global de 96 millions de dollars (six millions par fonds).Le Fonds veut ainsi jouer une part active dans le développement économique régional, une des pierres d\u2019assise de la relance de l\u2019emploi, en concertation avec la FTQ, ses Conseils régionaux du travail et ses syndicats affiliés.Il offre d\u2019ailleurs, en lien avec la FTQ, une formation économique spéciale dans ce domaine aux représentants syndicaux.Le Fonds a en outre contribué à la mise sur pied de dizaines de sociétés locales d\u2019investissement pour le développement de l\u2019emploi (les «solide»), en concertation avec l\u2019Union des municipalités régionales de comtés du Québec.Par ailleurs, le Fonds a réalisé plusieurs investissements en partenariat avec des sociétés d\u2019État, notamment la Caisse de dépôt et placement, la Société de développement industriel (SDI), Rexfor, Soquia, etc.Il s\u2019est aussi associé à des institutions du mouvement coopératif Desjardins.Québec Inc.et pays du Québec Le Fonds de solidarité fait désormais partie d\u2019un réseau et d\u2019un modèle de développement économique parfois identifié sous le nom de Québec Inc.Ce modèle particulier est fondé sur la présence convergente et sur l\u2019interaction d\u2019entreprises privées, publiques, mixtes et coopératives.Il s\u2019appuie sur l\u2019intervention de l\u2019État et sur la concertation des partenaires sociaux.Le Fonds de solidarité, tout comme le Mouvement Desjardins et la Caisse de dépôt, illustre l\u2019originalité du Québec en Amérique du Nord : ces trois institutions n\u2019ont, quant à leur taille, aucun équivalent ailleurs sur le continent.L\u2019ACTION NATIONALE .41 Mais aussi original soit-il, le Fonds, à l\u2019instar de ses partenaires, est confronté à des problèmes dramatiques en cette fin de siècle, alors que le chômage sévit de façon endémique.Le Québec, petite nation de 7 millions d\u2019habitants, doit relever des défis considérables à l\u2019heure de la restructuration de l\u2019économie, du libre-échange nord-américain et de la mondialisation des marchés.S\u2019il doit donner la priorité à la formation de ses ressources humaines, à tous les niveaux, il a aussi besoin d\u2019une stratégie nationale et concertée de plein emploi, incluant le partage du temps de travail.Pour le Fonds de solidarité et pour la FTQ, une telle politique de plein emploi s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019un projet de société qui a pour nom la social-démocratie.Et ce projet n\u2019est vraiment possible que si le Québec s\u2019approprie l\u2019ensemble des pouvoirs et des leviers économiques pour se développer.Le moyen d\u2019y arriver, c\u2019est de faire du Québec un vrai pays, un pays souverain.Le Québec, a besoin d\u2019une stratégie nationale et concertée de plein emploi.Douze ans après sa fondation, le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) a du pain sur la planche s\u2019il veut atteindre son idéal de plein emploi dans un pays souverain.Mais comme dit le proverbe chinois, «un long voyage commence toujours par un petit pas ».?42 \u2022 L'ACTION NATIONALE Entrevue avec madame Françoise David* Shirlée Biron ¦ Dans quel milieu familial avez-vous grandi ?J\u2019ai grandi dans un milieu outremontais, donc assez bourgeois.Nous étions à l\u2019abri de tous les problèmes financiers que d\u2019autres peuvent avoir.Mon père était médecin et ma mère travailleuse au foyer.A cette époque, c\u2019était le cas de la majorité des femmes.Nous étions six enfants.Ma mère avait de quoi s\u2019occuper.En plus, elle écrivait des livres.C\u2019était une femme cultivée qui aimait beaucoup la musique.Mon père, avec son travail, était passablement absent de la maison.Ceci dit, on avait de longues vacances en famille; alors, je ne peux pas dire que j\u2019ai vraiment souffert de l\u2019absence de mon père.¦ Vous avez donc été une enfant privilégiée.Je dirais que oui, non seulement au plan financier, mais aussi du fait que nous avions des parents * Présidente de la Fédération des Femmes du Québec.Cette entrevue s\u2019inscrit dans le cadre d'une série à paraître au cours de l\u2019année.L'ACTION NATIONALE .43 qui nous aimaient et qui faisaient tout ce qu\u2019ils pouvaient pour nous rendre heureux.Au niveau des valeurs, mes parents étaient des gens plutôt humanistes.Le respect et la tolérance vis-à-vis tous les êtres humains de la planète étaient bien importants pour eux.J\u2019ai été élevée dans un milieu où tout aspect des valeurs chrétiennes était très présent, soit le partage, la charité, etc.Il est certain que, politiquement, mes parents n\u2019étaient pas d\u2019extrême gauche.Je dirais peut-être qu\u2019ils étaient du centre droit.¦ Comme vous provenez d\u2019un milieu familial privilégié, d\u2019où vous vient votre motivation à aider les femmes ?Ce n\u2019est pas une question socio-économique.Pour prendre conscience de ce que les femmes vivent, il faut peut-être un peu souffrir soi-même.Le fait d\u2019être mono-parentale et d\u2019avoir vu des gens très près de moi faire de grandes remises en question m\u2019ont influencée.Je suis devenue féministe par la force des choses et, surtout par la conjoncture de tous les événements de ma carrière.Je suis devenue féministe par la conjoncture de tous les événements de ma carrière.¦ Quelles ont été vos études ?J\u2019ai fait un cours classique et un baccalauréat en service social à l\u2019Université de Montréal, dans le secteur de l\u2019organisation communautaire.Je n\u2019ai jamais fait de travail clinique.Je suis vraiment une femme qui a appris à travailler avec les groupes, avec les communautés, les quartiers et les comités de citoyens.Je fais cela depuis l\u2019âge de 24 ans.¦ Quel a été votre cheminement de carrière?De 1972 à 1977, j\u2019ai travaillé pour l\u2019agence de service social du quartier centre-sud de Montréal.J\u2019ai participé à la fondation du « Centre de rencontre et d\u2019information Centre-Sud » qui avait comme 44 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE but d\u2019amener les gens du quartier à faire un travail social avec une conception politique : «Progressivement, nous sommes devenus des gens d\u2019extrême gauche, de lutte sociale et de lutte politique.J\u2019ai participé, à cette époque-là, à des luttes très importantes au niveau des garderies et des assistés sociaux.» De 1977 à 1982, le Centre des Services Sociaux (CSS) m\u2019a prêtée au «Carrefour des familles mono-parentales du Québec» comme personne-ressource.Mon but a été d\u2019amener cette association provinciale à se restructurer.Ce fut un travail d\u2019éducation à l\u2019action collective.Le réseau des centres de femmes est un réseau extraordinaire.De 1982 à 1987, je suis devenue agente d\u2019information au CSS, qui était à l\u2019époque le regroupement de toutes les agences privées de services sociaux à Montréal.Je travaillais au service des communications.C\u2019était, pour moi, la découverte du monde des communications.J'ai beaucoup appris.Tout en travaillant, je suis même devenue présidente du syndicat au CSS, expérience très intéressante qui m\u2019a appris beaucoup sur le monde du syndicalisme.De 1987 à 1994, je suis devenue coordinatrice du regroupement des centres des femmes.J\u2019ai quitté le secteur public.Je n\u2019ai pas démissionné sur le coup, parce que le secteur public, c\u2019est la sécurité d\u2019emploi et le fonds de pension! J\u2019ai négocié un congé sans solde de deux ans.Bien entendu, après six mois, je savais que je ne reviendrais plus jamais dans le secteur public.J\u2019ai découvert, à ce moment-là, toute l\u2019ampleur du mouvement des femmes; cela m\u2019a permis de connaître l\u2019ensemble des groupes de femmes, tous leurs dossiers, et surtout leurs préoccupations.Le réseau des centres de femmes est un réseau extraordinaire.Je suis partie à un moment où, là aussi, j\u2019avais fait le tour.En 1994, je suis devenue présidente de la Fédération des Femmes du Québec.L'ACTION NATIONALE \u2022 45 ¦ Quelle a été votre plus grande réalisation?La marche des femmes « du pain et des roses » contre la pauvreté.Ce n\u2019est pas que ma réalisation personnelle; je suis très claire là-dessus, mais je suis quand même consciente que j\u2019ai peut-être joué le rôle d\u2019une personne qui met de l\u2019avant une idée et qui rassemble les gens autour de cette idée.Des centaines de femmes se sont impliquées, sinon le projet n\u2019aurait jamais fonctionné.En somme, cet événement arrive à un point de maturité dans ma façon de concevoir l\u2019action collective et la solidarité.Un gouvernement peut être aveugle, mais il n\u2019est pas sourd.¦\tComment se sont déroulées les négociations avec les gouvernements?Les premières fois, avec l\u2019innocence du débutant, j\u2019ai fait avancer notre cause par le biais de l\u2019action collective, des regroupements de femmes et de la visite, un à un, des députés.Aujourd\u2019hui, sachant à quoi m\u2019attendre et connaissant les différents obstacles, j\u2019appréhende plus difficilement ce genre de négociation.Cependant, je crois toujours qu\u2019une conviction profonde et l\u2019appui de toutes les personnes concernées conduisent à la réussite.En conclusion, je peux dire que ce qui fait bouger les gouvernements, c\u2019est le fait de regrouper plusieurs personnes et d\u2019avoir un dossier bien étoffé.Et comme dirait Louise Harel, la ministre de l\u2019Emploi : «Un gouvernement peut être aveugle, mais il n\u2019est pas sourd.» ¦\tQuel est l\u2019intérêt principal des gouvernements?L\u2019intérêt principal des gouvernements est de demeurer au pouvoir et ils sont prêts à faire des bassesses pour le conserver.Par contre, il y a tout-de-même d\u2019honnêtes gens en politique; on peut le voir par leurs réalisations.Par exemple, même si j\u2019ai trouvé inacceptable ce que monsieur 46 \u2022 L'ACTION NATIONALE Parizeau a dit, lors de son discours le soir du référendum, il reste un homme de conviction qui a fait avancer des dossiers.J\u2019ai beaucoup de respect pour lui.Pour conclure, je peux dire que j\u2019ai confiance dans les gouvernements mais ma confiance est mêlée de scepticisme.¦ Quel est le gouvernement qui a le plus fait avancer la cause des femmes?Le premier gouvernement du Parti québécois en 1979.En ce temps-là, il y avait madame Payette au Parti québécois et madame Bonenfant était présidente du Conseil du statut de la femme.Toutes deux parlaient haut et fort! J\u2019ai bien aimé cette époque.Il y eut des changements importants au code civil.¦ Les négociations étaient-elles faciles avec le Parti libéral ?Je peux dire que j\u2019ai confiance dans les gouvernements mais ma confiance est mêlée de scepticisme.J\u2019étais en désaccord avec les politiques sociales du parti libéral, particulièrement celles au niveau des assistés sociaux; j\u2019avoue que je n\u2019ai pas aimé M.Bourbeau et M.Paradis; mes négociations furent cependant très satisfaisantes avec Mme Lavoie-Roux et M.Côté.Ils ont dénoté une bonne capacité d\u2019écoute et de réceptivité.¦ Et celles avec le gouvernement Parizeau ?D\u2019abord, ils ont adopté la loi sur les pensions alimentaires et c\u2019est tant mieux.Cela faisait 15 ans que les groupes de femmes le réclamaient.Ensuite, il y a eu la marche des femmes «du pain et des roses » et cela a fait beaucoup de bruit.¦ Avez-vous obtenu des gains avec cette manifestation ?Oui, une petite augmentation du salaire minimum avec, en plus : L'ACTION NATIONALE .47 -\tla rétroactivité de la réduction du temps de parrainage pour les femmes immigrantes qui est un gain très important ; -\tla possibilité accrue pour les femmes d\u2019avoir accès à des cours de formation professionnelle en métiers non-traditionnels.Il reste cependant beaucoup à faire.m Que pensez-vous de la loi sur les pensions alimentaires ?Les employeurs doivent s\u2019ajuster.Fait à noter, ils n\u2019ont pas critiqué lors de l\u2019adoption de la loi.Ils devront faire la déduction à la source, comme tout autre prélèvement et la remettre au percepteur.Il est certain qu\u2019une période d\u2019ajustement sera nécessaire.¦ Que pensez-vous du gouvernement Bouchard ?J\u2019aimais bien lorsque M.Bouchard se plaisait à dire qu\u2019il faut oser.Cependant, il m\u2019a déçue, car il n\u2019a pas osé augmenter la représentation des femmes au conseil des ministres.Au contraire, cette représentation a diminué.En plus, au cabinet de M.Bouchard, il n\u2019y a pas de femme, sauf une, qui est attachée de presse.Je crois qu\u2019il a besoin d\u2019autres points de vue, dont celui de femmes.C\u2019est une grande déception.Pour le reste, il faut voir.Pour poursuivre, j\u2019ai de la difficulté à savoir vers quoi se dirige ce gouvernement.Il a une grande préoccupation pour les finances publiques et le déficit.J\u2019espère, et je l\u2019ai dit à M.Bouchard, Il reste cependant beaucoup à faire; nous attendons toujours la construction de 1200 logements sociaux.La loi sur l\u2019équité salariale n\u2019est pas satisfaisante; elle est une grande déception pour nous.Comme les entreprises n\u2019en veulent pas, le gouvernement a partiellement plié, il n\u2019est pas resté assez ferme.48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il vaut mieux, comme peuple, que l\u2019on se prenne en main et qu\u2019on maîtrise tous les leviers de décision.que la réduction des dépenses de l\u2019État ne se fera pas sur le dos des plus pauvres.Moi qui suis de la petite classe moyenne, je serais personnellement prête à augmenter mes impôts si j\u2019étais certaine que l\u2019argent irait au plus pauvre et à l\u2019emploi.Mais le tout doit se faire autour d\u2019un projet de société.Le gouvernement doit être clair sur ses intentions, mais cela, je ne le sens pas encore.Il y aura bientôt un sommet économique; nous y serons.¦\tQue pensez-vous du rôle des femmes dans un Québec souverain?Personnellement, cela n\u2019engage que moi, j\u2019aurais aimé, à une certaine époque, que nous restions dans le Canada, comme société distincte avec la reconnaissance comme nation.Mais après Meech et Charlottetown, j\u2019ai décroché.C\u2019en est assez des négociations stériles; il vaut mieux, comme peuple, que l\u2019on se prenne en main et qu\u2019on maîtrise tous les leviers de décision.Il faut demeurer ami avec le reste du Canada.Une fois la souveraineté réalisée, les femmes auront une autre bataille.La souveraineté pourrait être propice à un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes, parce que nous aurons alors en main tous les leviers économiques, ainsi qu\u2019un plus petit territoire pour s\u2019entendre, entre nous.Dans un pays souverain, les femmes auront une grande responsabilité.¦\tComment voyez-vous le futur et l\u2019an 2000?Il y aura toujours de grandes questions, de grands débats.Le capitalisme a démontré un échec.Le communisme a démontré un échec.Il reste à voir où nous irons.Je crois encore à l\u2019avenir.?L\u2019ACTION NATIONALE .49 La voix du Québec à l\u2019ONU Dans le cadre du 50e Anniversaire de la Fondation de l\u2019Organisation des Nations Unies (1945-1995), de «l\u2019année de la tolérance» et dans la perspective de la forte progression de l\u2019appui des Québécois au projet d\u2019indépendance, il est intéressant de réfléchir à ce que pourrait être la voix du Québec souverain à F ONU, advenant sa reconnaissance internationale et son adhésion à titre de membre à part entière.Fort d\u2019une riche expérience en matière de relations internationales, le Québec ne se présentera pas en néophyte.En tant qu\u2019État, le Québec entretient des relations avec les gouvernements étrangers, soit comme province canadienne, soit comme «gouvernement participant» dans des organisations internationales.Jean-Louis Bourque politicologue La présence du Québec à l\u2019ONU s\u2019inscrira donc dans une trame historique, tissée d\u2019expériences, d\u2019échanges et de coopérations de toutes sortes qui constituent les fondements de notre future politique extérieure en tant qu\u2019État-Nation.Pourquoi un petit pays francophone qui ne pèse que 2 % en Amérique du Nord, demanderait-il une place distincte à l\u2019ONU?Quelles seraient ses chances de s\u2019y faire entendre utilement et qu\u2019aurait-il à dire ?Pour répondre adéquatement à ces questions, nous soulignerons d\u2019abord l\u2019importance de l\u2019ONU dans le monde ; ensuite nous traçerons les 3 prin- 50 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019ONU est le seul gouvernement mondial où siègent 184 Etats souverains.cipales étapes de l\u2019évolution de la personnalité internationale du Québec, depuis son enfance au sein du Canada, en passant par son adolescence fougueuse à partir de la Révolution tranquille, pour parvenir à sa maturité dont le symbole s\u2019appelle une place à l\u2019ONU.1- L\u2019Organisation des Nations Unies L\u2019Organisation des Nations Unies, dans l\u2019esprit de monsieur et madame tout-le-monde, c\u2019est d\u2019abord un immeuble de verre qui donne sur l\u2019East River à New-York et qui abrite plus de 15 000 fonctionnaires; c\u2019est aussi le joli drapeau bleu pâle, avec la carte du monde entourée de rameaux d\u2019olivier stylisés, rappelant l\u2019idéal de paix qui a inspiré la Déclaration Universelle des Droits de l\u2019Homme et qui constitue le fondement même de l\u2019Organisation; ce sont peut-être aussi les opérations de maintien de la paix aux quatre coins de la planète auxquelles participent nos Casques bleus de Valcartier; ou encore l\u2019UNICEF qui vend des cartes de Noël pour venir en aide aux enfants du monde entier.Plus fondamentalement, l\u2019ONU est le seul gouvernement mondial où siègent 184 Etats souverains pour discuter de tous les problèmes qui confrontent l\u2019humanité; c\u2019est un gouvernement mondial qui tente avec des moyens malheureusement insuffisants (2,5 milliards $) de bâtir un monde de paix, de partage et de solidarité entre les peuples de la terre.Pour qu\u2019un pays devienne membre, il faut qu\u2019il accepte les principes de la Charte et que sa demande soit entérinée, sur recommandation du Conseil de sécurité, par les deux-tiers des membres de l\u2019Assemblée générale.Chaque Etat membre dispose d\u2019une voix, quelle que soit l\u2019importance de sa délégation.Ce fonctionnement a pour conséquence d\u2019attribuer le L'ACTION NATIONALE .51 même jDoids aux grandes puissances qu\u2019aux micro-Etats.Ainsi, dans un vote à l\u2019Assemblée générale, le vote d\u2019un pays comme le Vanuatu a autant d\u2019importance que celui de l\u2019Allemagne, du Japon ou du Luxembourg.Par contre, au Conseil de sécurité, cinq des quinze membres sont permanents (la Chine, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie) ce qui leur donne un poids considérable dans le contexte international et ce qui rend ces États plus «égaux que d\u2019autres».Pour mettre en œuvre les grands principes de justice, de paix, d\u2019égalité et de liberté que l\u2019on retrouve dans la Charte, P ONU dispose de 6 organes principaux: 1- l\u2019Assemblée générale, 2- le Conseil de sécurité, 3- le Conseil économique et social, 4- le Conseil de tutelle (qui n\u2019existe aujourd\u2019hui que théoriquement, puisqu\u2019il n\u2019y a plus de pays sous tutelle), 5- la Cour internationale de justice et 6- le Secrétariat permanent.Le vote d\u2019un pays comme le Vanuatu a autant d\u2019importance que celui de l\u2019Allemagne.Le travail confié à ces organismes est immense : maintenir la paix et la sécurité internationale, organiser la coopération internationale pour résoudre les problèmes d\u2019ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire.Pour accomplir cet immense travail, l\u2019ONU a créé des institutions spécialisées: le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade/Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), la FAO (Food and Agriculture Organisation), le FMI (Fonds monétaire international), la BM (Banque mondiale), l\u2019AIEA (Agence internationale de l\u2019énergie atomique), l\u2019OACI (Organisation de l\u2019aviation civile internationale), TOIT (Organisation internationale du travail), l\u2019OMS (organisation mondiale de la santé), l\u2019UNESCO (Organisation des Nations unies pour l\u2019éducation, la science et la culture), etc.52 \u2022 L'ACTION NATIONALE Avec toutes ses composantes, l\u2019ONU déploie un réseau impressionnant qui coordonne un travail colossal.Elle se veut le gouvernement des gouvernements, le gouvernement mondial qui permet de garder l\u2019espoir d\u2019une gestion harmonieuse de la planète.L\u2019ONU se veut le gouvernement mondial qui permet de garder l\u2019espoir d\u2019une gestion harmonieuse de la planète.2.Maturation de la politique internationale du Québec Les étapes de la présence internationale du Québec dans le monde l\u2019ont parfaitement préparé à franchir un jour les portes de l\u2019ONU.2.1 L\u2019enfance au sein du Canada C\u2019est d\u2019abord au sein de la Confédération canadienne que le Québec, en tant que province a fait ses premières armes dans le domaine des relations internationales.L\u2019histoire de la politique étrangère du Canada débute avec la proclamation de l\u2019État fédéral canadien en 1867.Pendant 40 ans, elle reste sous la tutelle du Royaume-Uni.En 1909, Sir Wilfrid Laurier crée le ministère des Affaires extérieures.En 1919, le Canada appose une signature distincte de celle de l\u2019Angleterre sur le traité de Versailles.En 1923, il signe, seul, un premier traité : le traité sur le flétan avec les États-Unis.En 1926, la Déclaration Balfour permet aux dominions membres de l\u2019Union britannique de s\u2019exprimer de façon indépendante sur la scène internationale.Le Canada met alors graduellement sur pied des délégations commerciales à Washington, à Paris et à Tokyo, en Belgique et en Hollande, puis en Amérique du Sud, en URSS, en Grèce, en Chine, en Norvège.Ces délégations constituent une infrastructure diplomatique, qui va se développer considérablement et jouir d'une excellente réputation.L\u2019ACTION NATIONALE .53 Le 7 décembre 1941, une journée avant la Grande-Bretagne, le Canada entre officiellement en guerre contre le Japon.En 1945, il devient membre à part entière des Nations Unies.Il est à noter que la citoyenneté canadienne n\u2019a été créée qu\u2019en 1946.Des apprentissages bénéfiques pour le Québec C\u2019est au sein du Canada que le Québec a appris à prendre sa place dans le monde.Voici quelques uns des comportements que l\u2019on peut considérer comme des apprentissages bénéfiques : 1-\tEntré tardivement sur la scène internationale, le Canada a su manœuvrer habilement en profitant des différents réseaux dont il est membre.Par exemple, en s\u2019appuyant sur les autres membres du Commonwealth, afin de faire contrepoids aux États-Unis, il s\u2019est taillé une place de médiateur respecté entre le Nord et le Sud, entre l\u2019Asie et l\u2019Occident.2-\tLe sytle feutré et pragmatique de la diplomatie en usage au sein du Commonwealth lui a appris à travailler en coulisse de façon efficace, loin des déclarations tonitruantes à l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU.On peut citer comme exemple de cette politique feutrée les manœuvres diplomatiques qui ont permis à la Rhodésie d\u2019obtenir son Indépendance, en 1980, et est devenue avec l\u2019aide du libérateur Sud-africain, Nelson Mandela, le Zimbabwe actuel.3-\tEn raison de sa réputation de pays sans passé colonial, le Canada a su profiter d\u2019une liberté d\u2019action qui a permis de dénouer certaines tensions.On se rappellera comment Pierre Elliott Trudeau a contribué, par ses voyages en URSS et en Chine, à dégeler les relations entre le bloc communiste et les États-Unis.4-\tLe Canada s\u2019est généralement montré très accueillant avec les pays nouvellement indépendants.54 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le gouvernement canadien a même dû accepter la participation de délégations provinciales à certaines conférences internationales.C\u2019est ainsi qu\u2019il a reconnu, entre le mois d\u2019août 1991 et le mois de décembre 1992, les Républiques de Lettonie, de Lituanie et d\u2019Estonie, l\u2019Ukraine, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et les Républiques Tchèque et Slovaque nouvellement séparées.5- Profitant de sa réputation de pays relativement jeune, il a su se faire reconnaître comme le défenseur de la paix et du droit international contre les superpuissances.Il s\u2019est plus d\u2019une fois distancié de ses alliés traditionnels et même des États-Unis, pendant la guerre de Corée, puis au moment du blocus de Cuba après la crise des missiles, et, plus tard, sur le contrôle de l\u2019énergie atomique dans le monde.Plus récemment, il s\u2019est opposé aux puissances européennes dans les questions relatives au droit de la mer, et plus radicalement à l\u2019Espagne et au Portugal, lors du conflit de la surpêche dans le golfe Saint-Laurent.On peut donc dire que le Canada a réussi à se tailler une place enviable dans le monde par son habileté diplomatique.Par contre, un grand nombre des organisations internationales dont il est membre interviennent dans des domaines qui relèvent de la compétence des provinces.Le gouvernement canadien doit donc se concerter avec ses provinces sur ces points précis.Il a même dû accepter la participation de délégations provinciales à certaines conférences internationales.D\u2019une certaine façon, sa structure interne nuit à l\u2019exercice de ses pleins pouvoirs en matière de relations internationales.C\u2019est une faille dont le Québec saura tirer profit.Appelé à participer aux relations internationales du Canada, le Québec s\u2019apperçoit vite que, sur bien des points, sa vision est fort différente, car il n\u2019est pas une province comme les autres.La conquête de sa maturité en matière de relations L'ACTION NATIONALE -55 internationales va passer par les turbulences de l\u2019adolescence.2.2.L\u2019adolescence ou l\u2019affirmation internationale 1960- 1995 Le fait que le Québec se soit toujours considéré comme un peuple distinct l\u2019a naturellement conduit à développer ses relations internationales dans les champs de juridiction que lui reconnaît la Constitution de 1867.Tout comme le Canada s\u2019est démarqué de l\u2019Angleterre par sa politique internationale, le Québec va se démarquer du Canada en assumant lui-même le prolongement international de ses compétences internes.Il est intéressant de remarquer le parallélisme des deux démarches.Dans l\u2019enthousiasme de la Révolution tranquille, Jean Lesage met l\u2019accent sur l\u2019affirmation internationale du Québec.En 1961, il pose le premier véritable jalon en ouvrant la Délégation générale du Québec à Paris.La France souligne l\u2019importance de cette Délégation en lui conférant exceptionnellement un statut d\u2019ambassade.Ottawa n\u2019apprécie guère.Le gouvernement fédéral y voit une contestation de son autorité exclusive en matière de politique étrangère.On assiste alors à une longue guerre de drapeaux et de tapis rouges entre Ottawa et Québec, une guerre aussi stérile que ridicule, qui a connu son point culminant lors de la visite du Général de Gaulle à l\u2019Exposition internationale de Montréal en 1967.Du haut du balcon de l\u2019Hôtel de Ville, il salue prophétiquement ce «Québec libre» qu\u2019il lance sur la carte du monde, avec quelques 30 ans d\u2019avance.La pensée politique internationale de l\u2019époque reconnaît qu\u2019un État fédéré a des compétences externes lorsque celles-ci sont le prolongement Le Québec va se démarquer du Canada en assumant lui-même le prolongement international de ses compétences internes.56 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019État du Québec peut donc signer des ententes internationales, par exemple en matière d\u2019éducation, de culture ou de commerce.légitime de ses compétences internes.L\u2019État du Québec peut donc signer des ententes internationales, par exemple en matière d\u2019éducation, de culture ou de commerce.La doctrine Paul-Gérin-Lajoie Le ministre libéral Paul-Gérin-Lajoie ne se gêne pas pour affirmer, lors d\u2019une allocution historique devant le corps consulaire à Montréal, le 12 avril 1965, que le Québec a droit au prolongement international de ses compétences internes et que le gouvernement fédéral n\u2019a pas à contrôler, censurer ou intervenir dans ces matières.En 1965, le Québec appose une signature distincte sur une entente-cadre avec la France en matière d\u2019éducation et de culture, mais cette entente est également signée par le Canada.En 1967, le Québec crée le ministère des Affaires intergouvemementales dont Claude Morin sera longtemps l\u2019influent conseiller.Ce ministère prend en charge toutes les relations internationales concernant les affaires culturelles, le commerce et l\u2019éducation.Le fédéral tente de minimiser la portée de ces initiatives québécoises.En 1968, Ottawa conteste la doctrine Gérin-Lajoie, par la publication de deux livres blancs, signés par Paul Martin et Mitchell Sharp.Ils stipulent clairement que les «états fédérés ne peuvent adhérer aux organisations internationales, ni participer, comme tels, aux conférences, à moins que la charte de ces institutions ne l\u2019autorise clairement».Or, la même année, dans le cadre de la Francophonie naissante, le Québec est invité à la Conférence des ministres de l\u2019Éducation à Libreville, au Gabon (1968).Lester B.Pearson et Daniel Johnson (père) se querellent à propos de la présence du Québec à cette conférence.Daniel Johnson (père) fait valoir à son homologue qu'aucun L\u2019ACTION NATIONALE .57 des thèmes à l\u2019ordre du jour n\u2019est de compétence fédérale.À la demande du Général de Gaulle, le Québec y est invité comme membre à part entière, au même titre que les pays souverains.Le gouvernement fédéral n\u2019est même pas invité.Ce sera la première participation autonome d'un ministre du Québec à une conférence internationale.L\u2019année suivante, en 1969, le Président du Niger, Hamani Diori, invite directement le Québec à la Conférence de Niamey qui aura lieu en 1970.Mais Pierre Elliott Trudeau, nouveau premier ministre du Canada, hausse le ton et fait comprendre au Président Diori que la collaboration du Québec passe par Ottawa.Le Canada entend garder le contrôle des relations internationales du Québec.Le Canada entend garder le contrôle des relations internationales du Québec.Cependant, grâce à la diplomatie de Jean-Marc Léger et à l\u2019appui inconditionnel de la France, le Québec est reconnu comme membre à part entière de l\u2019Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) en tant que « gouvernement participant».Jean-Marc Léger en deviendra d\u2019ailleurs le premier Secrétaire général en 1970.Le Canada n\u2019acceptera la participation du Québec aux Sommets de la Francophonie qu\u2019en 1985, sous le gouvernement Mulroney, à condition que le Nouveau-Brunswick reçoive le même privilège.Il fallait noyer la présence du Québec jugée trop encombrante.C\u2019est ainsi qu\u2019aux Sommets de la Francophonie, le Canada, pays bilingue, se présente avec une délégation tricéphale ! Malgré l\u2019irritation fédérale, entre 1970 et 1976, Robert Bourassa ouvre trois nouvelles délégations et multiplie les liens avec les minorités francophones du Canada, de la Louisiane, de la Nouvelle-Angleterre ainsi qu\u2019avec Haïti.Pour ne pas être en reste, le Canada s\u2019ouvre comme jamais auparavant au monde francophone.58 \u2022 L'ACTION NATIONALE On voit clairement que chaque fois que le Québec fait un pas en avant, le Canada essaie de le coiffer de son chapeau.Mise en place d\u2019un réseau Québécois En dépit de ces querelles, le Québec continue d\u2019élargir sa modeste place sur la scène internationale.En 1985, il a déjà mis sur pied 25 maisons réparties dans 14 pays, sur 4 continents.C\u2019est là un véritable réseau diplomatique ! Ces maisons sont chargées de promouvoir les intérêts commerciaux, industriels, financiers et culturels de la seule province francophone du Canada.Conjointement avec les ambassades canadiennes, elles s\u2019occupent de sélectionner nos immigrants et de mener à bien des projets de développement et de coopération avec les pays du tiers-monde.Ces bureaux agissent presque comme des consulats et pourraient facilement être transformés en ambassades.En 1985, il a déjà mis sur pied 25 maisons réparties dans 14 pays, sur 4 continents.Jusqu\u2019alors le Québec s\u2019est surtout attaché à signer des ententes en matière d\u2019éducation et de culture, principalement avec les pays francophones.A partir de 1976, le Gouvernement de René Lévesque tente de profiter au maximum des silences de la Constitution canadienne pour accroître le «prolongement international de ses compétences internes » vers les États-Unis et déploie de grands efforts pour intensifier nos relations économiques et commerciales avec les États-Unis.En même temps, il mène une vaste opération pour préparer les esprits des Américains à accueillir avec bienveillance l\u2019idée du Référendum de 1980.Pour contrer la propagande négative du Canada-anglais à notre endroit, il plaide pour une attitude de « non-ingérence et de non-indifférence ».Durant les deux mandats du gouvernement de René Lévesque, le nombre de visites et d\u2019ententes L\u2019ACTION NATIONALE .59 ainsi que le montant des investissements américains chez nous se multiplient pratiquement par quatre.Le Québec ouvre plusieurs bureaux aux Etats-Unis et participe activement aux Conférences annuelles qui réunissent les Gouverneurs des États de la Nouvelle-Angleterre et les premiers ministres des provinces maritimes, principalement pour les questions énergétiques et les questions environnementales.Naissance d\u2019une politique québécoise L\u2019extension des relations commerciales avec l\u2019étranger amène la création, en 1982-1983, d\u2019un ministère du Commerce extérieur confié à Bernard Landry.En 1984, il convoque à Montréal un Sommet de concertation sur «Le Québec dans le monde ».Le montant des investissements américains chez nous se multiplient pratiquement par quatre.Précis et habilement complémentaire des objectifs du Canada, il témoigne de la maturité du Québec, prêt à se comporter comme un État souverain.En 25 ans et malgré la mauvaise humeur fédérale, le Québec a réussi à sortir du repli sur lui-même.Sa forte personnalité ressent le besoin de Le but explicite de ce sommet consiste à mieux définir les objectifs plutôt timides de nos relations internationales.C\u2019est de ce sommet que l\u2019on peut dater la naissance d\u2019une politique des relations internationales du Québec.En 1985, paraît l\u2019Énoncé de politique de relations internationales intitulé «Le Québec dans le monde: le défi de l\u2019interdépendance».On y trouve les fondements, le cadre, les champs et les règles d\u2019intervention ainsi que les instruments de la politique de relations internationales du Québec.Les objectifs de cette politique s\u2019inspirent des «principes directeurs» qui guident la politique étrangère de nombreux pays souverains, membres de l\u2019ONU.60 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE En 1991, le Québec libéral s\u2019en remet les yeux fermés au gouvernement fédéral pour la promotion de ses intérêts sur la scène internationale.ne pas se laisser confiner à ses seuls intérêts domestiques.Son affirmation se traduit par une ouverture au monde, une présence internationale spécifique qui constitue l\u2019embryon de la future politique étrangère du Québec souverain.Tous ces objectifs n\u2019ont pas été explicitement démentis par le gouvernement de Robert Bourassa, élu en 1985, mais une coupure drastique de l\u2019ordre de 20 % dans le budget du ministère du Commerce extérieur, trahit une volonté d\u2019atténuer considérablement la politique suivie par le gouvernement précédent.Le document « Le monde pour horizon », paru en 1991, ne parle plus de «politique étrangère» et de «diplomatie québécoise».Le Québec libéral s\u2019en remet les yeux fermés au gouvernement fédéral pour la promotion de ses intérêts sur la scène internationale.Aux négociations du GATT, le représentant du Québec se contente de chuchoter ses remarques au représentant canadien.Les délégations ferment ou sont considérablement atrophiées.À New York comme à Washington, on laisse une poignée de Cris dénigrer le Québec sur le dossier Grande-Baleine.Ce sont les fortes pressions de l\u2019opinion publique québécoise qui ont obligé les services officiels canadiens à rectifier tardivement les faits.Ottawa ne cherche qu\u2019à semer la méfiance pour un Québec dont il redoute la séparation.Les intérêts québécois en souffrent lourdement.Tout se passe alors comme si le Canada refusait l\u2019épanouissement de sa moitié francophone à l\u2019extérieur de ses frontières, et comme si le Québec de Robert Bourassa, acceptait de se soumettre à l\u2019éteignoir fédéral.L'ACTION NATIONALE \u2022 6l 2.3.L\u2019accession a la maturité : des relations internationales à une politique étrangère Avec le retour du Parti Québécois au pouvoir les relations internationales du Québec sont relancées avec force et dynamisme.Sitôt après son élection, le gouvernement Parizeau met l\u2019accent sur le volet humanitaire.Le vice-premier ministre et ministre des Affaires internationales de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles, Bernard Landry, nomme le Dr.Réjean Thomas au poste de conseiller spécial à l\u2019action communautaire internationale du Québec, un précédent dans l\u2019histoire.Sa première mission l\u2019envoie en Haiti et témoigne de l\u2019engagement du Gouvernement du Québec pour la solidarité humaine.Toutefois, après la défaite référendaire, le gouvernement a aboli ce poste de «conseiller spécial à l\u2019action communautaire» et le docteur Thomas est retourné à la pratique de la médecine.De la francité.Bernard Landry rencontre ensuite le Président de la République du Bénin, M.Nicéphore Soglo, hôte du Sommet de la Francophonie (Cotonou, Déc.1995).Il l\u2019assure de l\u2019entière coopération du Québec, même si elle doit passer par le cadre obligé de l\u2019ACDI.Notre expertise en maîtrise de l\u2019eau, en méthodes de culture, en environnement, dans le domaine de l\u2019énergie, nos compétences en matière d\u2019éducation, de santé et de formation des cadres de la fonction publique sont à sa disposition.Plutôt que d\u2019aller en Chine sous la houlette de Jean Chrétien avec «Team Canada», Bernard Landry reçoit le gouverneur de la province chinoise du Hubei, M.Jia Zhijie, et signe directement une entente de coopération hydro-électrique.Il évite ainsi que le Canada s\u2019en attire le mérite.Puis, il décide de faire le tour des délégations générales pour veiller à ce que la vision de son Avec le retour du Parti Québécois au pouvoir les relations internationales du Québec sont relancées avec force et dynamisme.62 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE À la fin de janvier 1995, on décide d\u2019affecter davantage de moyens à la coopération franco-québécoise.gouvernement soit réellement mise de l\u2019avant.Les nominations se multiplent.Elles sont le signe de la volonté du gouvernement du Parti Québécois d\u2019afficher ses couleurs à l\u2019étranger.En novembre, c\u2019est l\u2019offensive à Paris.Claude Roquet y prépare, avec Bernard Landry, une visite du premier ministre Jacques Parizeau qui reçoit un accueil exceptionnel à la fin de janvier 1995.Le président Balladur s\u2019engage à reconnaître le Québec, une fois acquise la souveraineté, à la grande satisfaction de Jacques Parizeau qui rencontre également le futur Président de la République française, M.Jacques Chirac, le président de l\u2019Assemblée nationale et grand ami du Québec, Philippe Séguin, ainsi que le président de la CEE, Jacques Delors.On décide alors de reprendre les « rencontres périodiques alternées » lancées par René Lévesque et Raymond Barre en 1980 et d\u2019affecter davantage de moyens à la coopération franco-québécoise.A Vaméricanité.Sur le continent américain, le gouvernement prépare activement le terrain : Jacques Parizeau prononce une grande Conférence, ni provocatrice ni agressive, devant le prestigieux Canadian Club à Toronto, dans laquelle il remet fermement les pendules à l\u2019heure de la souveraineté et du partenariat économique avec le Canada.À New York, il se montre ferme et rassurant quant au maintien et à l\u2019utilisation du dollar canadien ainsi qu\u2019à la poursuite des relations économiques et commerciales dans le cadre du libre-échange.A la conférence des gouverneurs de Nouvelle-Angleterre et premiers ministres des provinces maritimes, il fait valoir les avantages mutuels de la coopération.Au mois de mars, Bernard Landry rappelle aux Américains que le Québec est le 7e partenaire économique des États-Unis, avant la France, et L\u2019ACTION NATIONALE .63 que sa force économique s\u2019appuie sur ses propres entreprises locales.Quelques mois plus tard, il dirige une importante mission au Mexique, dans le but avoué de resserrer nos relations directes avec ce futur partenaire d\u2019un libre-échange à quatre.Une place dans le monde En six mois seulement, le Québec a réussi à démontrer, qu\u2019il ne vise plus dorénavant la place qu\u2019on lui refuse dans le Canada, mais bien une place dans le monde.Malgré les contraintes constitutionnelles, même en tant que province, il n\u2019a jamais cessé de vouloir s\u2019ouvrir au monde.Il doit continuer de développer des relations au sein des différents espaces politiques auxquels il appartient, l\u2019Amérique, la Francophonie, le Commonwealth, la communauté Atlantique et la Nordicité arctique en attendant le jour où il se donnera enfin une voix qui lui sera propre.La République du Québec possédera alors tous les atouts indispensables à la reconnaissance internationale : 1.la légitimité démocratique du processus d\u2019accession à la souveraineté; 2.l\u2019existence de frontières définies; 3.le respect des droits de la personne; 4.le respect des droits des minorités et, 5.le respect des traités signés en son nom par le Canada jusqu\u2019à son Indépendance.3.La voix du Québec à l\u2019Organisation des Nations Unies Malgré les contraintes constitutionnelles, même en tant que province, il n\u2019a jamais cessé de vouloir s\u2019ouvrir au monde.Il est évident que la nouvelle République du Québec devra faire sa demande pour une représentation distincte dans les grandes organisations internationales au sein desquelles le Québec travaille déjà.Le premier cercle de sa politique extérieure s\u2019orientera naturellement dans l\u2019axe Nord-Sud, car elle sera libérée des impératifs d\u2019une politique 64 \u2022 L'ACTION NATIONALE canadienne, artificiellement orientée Est-Ouest.Les échanges avec les États-Unis représentent, en effet, 80% de notre commerce international.Le Québec maintiendra donc l\u2019accord de libre-échange auquel il a toujours été favorable, confiant de pouvoir relever le défi par ses propres moyens et s\u2019intégrer ainsi dans l\u2019un des grands ensembles économiques du monde.La Francophonie sera au cœur des préoccupations internationales de la jeune République.Cependant, la scène internationale n\u2019est pas seulement un vaste marché où il faut se montrer agressif pour vendre nos produits.L\u2019ouverture sur le monde ne saurait se réduire à l\u2019exploration d\u2019un vaste réservoir d\u2019acheteurs potentiels.Pour que progressent la science et la culture, les échanges internationaux sont indispensables.Il faut donc également bâtir autour de solides réseaux d'affinités culturelles et de solidarités humaines.Premier réseau d\u2019affinités culturelles pour le Québec, et deuxième cercle de ses relations extérieures, la Francophonie sera au cœur des préoccupations internationales de la jeune République.Elle pourra librement déployer des liens organiques avec la communauté des pays francophones, la France, bien sûr, mais aussi la Belgique et la Suisse qui sont de précieuses antennes au cœur de l\u2019Europe, et l\u2019ensemble des pays africains partiellement francophones.Elle soutiendra les minorités francophones d\u2019Amérique du Nord dans leur volonté de s\u2019affirmer et de se développer, et, tout particulièrement, les minorités francophones canadiennes hors-Québec dans la revendication de leurs droits historiques.Au chapitre des solidarités humaines, le Québec aura à cœur d\u2019assumer ses responsabilités dans la communauté internationale en travaillant sur les grands objectifs mondiaux, qui sont ceux de l\u2019ONU, la paix, le respect de l\u2019environnement, la lutte contre la misère et contre l\u2019injustice.L'ACTION NATIONALE \u2022 65 Le système de l\u2019O.N.U TABLEAU ONU 1 w\t' V.V.V .¦ 1 % ' \" W ' 3 j 8 1 I pjgi M3$ mm 3 T3 \"O rrrum 3 c Z 2 a O - 6 -S 4)\t*\tc\to ! Ü ?r9 3\t-c\to\t\u2014* ï\tU\tZ\tD O 'O «° ¦C\t4) O\t.5\tT)\t4* Z\tO\tfli\tc û.\tJ\tO S\to\t\u20185 \u201c°\t-\t£ 4i\tC Ü CLj> 66 \u2022 L ACTION NATIONALE TABLEAU ONU L'ACTION NATIONALE 67 Vers une reconnaisance planétaire Entrer dans le cercle universel de l\u2019ONU c\u2019est acquérir une reconnaissance planétaire et bénéficier d\u2019une tribune très importante ! Le Québec demandera donc sa place aux Nations Unies.Il sera libre de signer tous les nouveaux traités qu\u2019il jugera utiles avec les partenaires de son choix.Il transformera ses délégations et ses bureaux commerciaux en ambassades et en consulats, ce qui ne devrait pas poser de problème.En récupérant une bonne partie des fonctionnaires fédéraux qui œuvrent actuellement dans la diplomatie canadienne, la diplomatie québécoise prendra sa pleine mesure à très court terme.Cette diplomatie s\u2019est déjà forgé un style qui, de canadien-français, est devenu vraiment québécois, différent des styles français et canadien, à la fois pragmatique, direct, efficace et chaleureux, un style qui ne redoute pas de mettre 1 \u2019 imagination au travail, sans s\u2019embarasser d\u2019un protocole dévoreur d\u2019énergies et générateur de susceptibilités.C\u2019est l\u2019avantage certain d\u2019une diplomatie à la fois neuve et déjà riche d\u2019expérience.En tant que pays nouvellement constitué, il bénéficiera probablement d\u2019un préjugé favorable.Il devra toutefois suppléer à sa relative faiblesse militaire et économique en misant sur sa personnalité originale, sur de nouvelles façons de gérer les solutions, sur sa façon bien particulière de comprendre les minorités et les défavorisés et sur son expertise dans des domaines nouveaux.Par exemple, étant le pays le plus riche au monde en eau par tête d\u2019habitant, le Québec devra se sentir responsable de trouver des solutions aux problèmes des deux milliards d\u2019hommes qui en manquent terriblement, autant pour les cultures que pour les besoins domestiques.Entrer dans le cercle universel de l\u2019ONU c\u2019est acquérir une reconnaissance planétaire et bénéficier d\u2019une tribune très importante ! 68 \u2022 L'ACTION NATIONALE On peut penser que sa politique étrangère sera nettement plus pacifiste et moins mercantile que celle du Canada.Il est reconnu que son expertise en matière de lois électorales et de financement des partis politiques est de plus en plus sollicitée un peu partout à travers le monde.Le dernier Rapport du Directeur général des élections du Québec, Me.Pierre -F.Côté, fait état de plus d\u2019une quarantaine de missions d\u2019aide internationale, en termes d\u2019analyse, d'assistance technique ou d\u2019observation, entre le 9 octobre 1985 et le 4 avril 1995.N\u2019ayant jamais déclaré une seule guerre de son propre chef, le Québec ne partage pas l\u2019illusion de sécurité créée par la possession des armes les plus meurtrières.En conséquence, on peut penser que sa politique étrangère sera nettement plus pacifiste et moins mercantile que celle du Canada.En tant qu\u2019État fédéré, le Québec participe déjà aux travaux et aux budgets d\u2019un certain nombre des organismes de l\u2019ONU, mais pour en devenir « membre officiel », il faut être un pays indépendant.Dès qu\u2019il aura obtenu son siège à l\u2019ONU, le Québec aura intérêt à demander son adhésion à un certain nombre de ces organismes, mais pas nécessairement à tous et pas nécessairement dans l\u2019immédiat.En tenant compte des priorités que nous avons établies (le premier cercle) et des expertises dont il dispose, la liste des organismes auxquels le Québec aura intérêt à adhérer le plus rapidement possible pourrait être la suivante : -\tla BM et le FMI; tout pays qui veut tenir son rôle dans l'économie mondiale se doit d\u2019en être membre; le Québec contribue d\u2019ailleurs déjà pour plus de 200 millions de dollars à la BM ; -\tl\u2019OIT; le Québec est actuellement la seule province canadienne membre de cette organisation; les décisions qui s\u2019y prennent touchent directement le domaine de L'ACTION NATIONALE \u2022 69 l\u2019organisation du travail et de la main-d\u2019œuvre qui devrait être de compétence interne plutôt que de compétence partagée ; -\tl\u2019OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) et l\u2019UNESCO qui dispose déjà d\u2019un bureau d\u2019information à Québec même ; elles y gagneront un acteur convaincu pour le rayonnement de l\u2019éducation, de la science et de la culture en français, l\u2019une des 4 principales langues de l\u2019ONU; -\tl\u2019OACI et le Secrétariat sur la Biodiversité dont les bureaux sont désormais à Montréal ; -\tl\u2019UIT (Union interlationale des Communications), l\u2019OMS et la FAO pour lesquelles travaillent déjà de nombreux experts québécois, particulièrement pour les télécommunications de pointe, la recherche sur le sida et le développement durable des forêts ; -\tenfin, l\u2019AIEA ; le Québec saura s\u2019y démarquer du Canada pour défendre énergiquement l\u2019utilisation de l\u2019atome à des fins pacifiques, en particulier dans le domaine de la santé; le Québec a d\u2019ailleurs déjà laissé entendre qu\u2019il se proclamera zone libre d\u2019armement nucléaire (ZLAM).Cette proclamation qui pourrait suivre immédiatement l\u2019admission du Québec comme pays indépendant saura faire connaître le 185e membre de l\u2019ONU comme une voix infatigable pour faire progresser les débats vers le plus grand des objectifs : la PAIX sur une planète durablement viable pour tous les pays, grands, moyens et petits.?70 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ouvrages consultés BALTHAZAR, Louis, BÉLANGER, Louis, MACE, Gordon, Trente ans de politique extérieure du Québec, Québec, Centre québécois de relations intemationales/Les Éditions du Septentrion, 1993, 412 p.BEAUDOIN, Louise, «Origines et développement du rôle international du Québec », dans Paul Painchaud, Le Canada et le Québec sur la scène internationale, Québec/Montréal, Centre québécois de relations internationales, Presses de l\u2019Université du Québec, 1977.BOURQUE, Jean-Louis, «Le Québec parmi les nations» (ch.IX), dans Demain, la République/le Projet du Québec profond, Québec, Les Éditions La Liberté, 1992, 222 p.BOURQUE, Jean-Louis, «Regards sur la Francophonie» et «Versailles, Québec, Dakar: la Francophonie en marche », l\u2019Action Nationale, sept.1987 et nov.1987.BROSSARD, Jacques, L'accession à la souveraineté et le cas du Québec, Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1976, 800 p.CHAPDELAINE, Jean, « Esquisse d\u2019une politique extérieure d\u2019un Québec souverain - Genèse et prospective», dans Etudes Internationales, Centre québécois de Relations internationales, Québec, juin 1977.CLOUTIER, Jean, « Le Québec à l\u2019étranger », l\u2019Action Nationale, vol.LXXXV, n° 8, octobre 1995.DONNEUR, André, La politique étrangère canadienne, Montréal, Guérin, éditeur, 1994, 172 p.GÉRIN-LAJOIE, Paul, «Allocution du ministre de l\u2019Éducation, M.Paul Gérin-Lajoie, aux membres du corps consulaire de Montréal », Montréal, 2 avril 1965.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, « Le Québec dans le monde ou le défi de l\u2019interdépendance », Québec, ministère des Relations internationales, 1985, 204 p.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC.« Le Québec et l\u2019interdépendance, le monde pour horizon », Québec, ministère des Affaires internationales, 1991,228 p.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, «Le Québec, partenaire d\u2019avenir en Amérique», Québec, ministère des Affaires internationales, de l\u2019Immigration et des Commnautés culturelles, 1995, 55 p.LEGER, Jean-Marc, La Francophonie : grand dessein, grande ambiguïté, Montréal, Éditions Hurtubise, 241 p.L'ACTION NATIONALE .71 MARTIN, Paul, «Fédéralisme et Relations internationales», Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1968, 61 p.MORIN, Claude, L'art de l'impossible, la diplomatie québécoise depuis 1960, Montréal, Les Éditions du Boréal, 1987,470 p.PAINCHAUD, Paul, Le Canada et le Québec sur la scène internationale, (sous la direction de Paul Painchaud) Centre québécois de Relations internationales.Presses de l\u2019Université du Québec, 1977, 643 p.PAINCHAUD, Paul, «Le rôle international du Québec : possibilités et contraintes», dans Études internationales, op.cit., juin 1977.PARTI QUÉBÉCOIS, «Programme du Parti québécois», « Des idées pour mon pays », Montréal, 1994, 251 p.PATRY, André, Le Québec dans le monde, Montréal, Éditions Léméac, 1980, 168 p.SHARP, Mitchell, «Fédéralisme et conférence internationale sur l\u2019Éducation », Ottawa, Éditeur de la reine, 1968.72 \u2022 L'ACTION NATIONALE La formation des enseignantes et enseignants et la professionnalisation de l\u2019enseignement Lise Bourbeau* La professionnalisation de l\u2019enseignement est un thème qui revient régulièrement à l\u2019ordre du jour dans le milieu de l'éducation depuis des décennies maintenant.En se référant à tout ce qui s\u2019est écrit sur le sujet - notamment, au Québec, depuis la réforme du système d\u2019éducation dans les années 1960 - on reste avec une impression de quête sans fin, de poursuite d\u2019un idéal pas vraiment accessible.En traitant de la professionnalisation de l\u2019enseignement, je devrais préciser, par prudence ou par modestie - comme il se doit -, que je n\u2019ai ni l\u2019intention ni la prétention de «régler la question une fois pour toutes».J\u2019en aurais bien le désir, cependant, parce qu'il me semble qu\u2019il faudrait, en matière de professionnalisation, se préoccuper d\u2019agir ou ne plus en parler.Pourquoi, alors, y revenir, à cette question?D'une paît, parce qu\u2019elle a repris de la vigueur ces dernières années en lien avec les préoccupations concernant la * Conseillère à la Fédération des enseignantes et enseignants de commissions scolaires (CEQ).L'ACTION NATIONALE .73 qualité de l\u2019éducation et avec la révision des programmes de formation à l\u2019enseignement; d\u2019autre part, parce qu\u2019il me semble que se dessinent, depuis quelque temps déjà, de nouvelles voies pouvant favoriser la professionnalisation de l\u2019enseignement, qui valent, à tout le moins, la peine d\u2019être discutées parce qu\u2019elles rejoignent les enseignantes et enseignants au-delà des débats, surtout universitaires et théoriques, qui ont eu cours sur la question de la professionnalisation et auxquels ils n\u2019ont jamais vraiment participé.La première étape à franchir dans la réflexion que je vous soumets sera d\u2019établir une distinction entre professionnalisation et professionnalisme pour ensuite tenter de cerner ce qui fait qu\u2019une profession est reconnue comme telle.Il faudra, dans un deuxième temps, voir comment les caractéristiques déterminées s\u2019appliquent à l'enseignement.Enfin, ces préalables étant cernés, l\u2019essentiel consistera à évaluer comment le processus de professionnalisation de l\u2019enseignement peut ou pourrait se réaliser dans le contexte scolaire et comment la formation initiale renouvelée pourrait y contribuer.La professionnalisation réfère à un processus, à la qualité de la pratique.Profession, professionnalisation et professionnalisme Professionnalisation et professionnalisme sont des concepts distincts, mais qui ne sont pas sans lien l\u2019un avec l\u2019autre.La professionnalisation réfère à un processus : le processus par lequel une occupation devient une profession, à l\u2019inclusion du changement de statut concordant.Le professionnalisme réfère à la qualité de la pratique, à des standards établis au sein de l\u2019occupation ou à l\u2019extérieur de celle-ci et à partir desquels la conduite des membres de cette occupation est évaluée.Professionalization is about status; professionalism is about practice (Sockett, 1990, 226).Mais tout n\u2019est pas aussi simple: le professionnalisme peut 74 \u2022 L'ACTION NATIONALE On peut parler de professionnalisme d\u2019un individu ou d\u2019un groupe d\u2019individus sans que leur soit attribué le statut de professionnels.aussi être perçu comme un processus en soi tout autant que faisant partie du processus de professionnalisation.Le terme «professionnalisme», écrit Trottier, désigne, plus particulièrement, i idéologie, la stratégie et les diverses activités des membres d\u2019une occupation qui aspirent à ce que leur occupation soit reconnue comme une profession.Ainsi le professionnalisme devient un élément constituant du processus de professionnalisation (.) (1969, 11).À toute profession correspond un professionnalisme, quelle que soit la définition de celui-ci, au regard des normes de la pratique établies par les membres de cette profession comme au regard des attentes des populations qui utilisent les services qu\u2019ils offrent.On peut, cependant, parler de professionnalisme d\u2019un individu ou d\u2019un groupe d\u2019individus sans que leur soit attribué le statut de professionnels.C\u2019est certainement le cas des enseignantes et enseignants.Le jugement sur leur «niveau de professionnalisme» - parce que, à mon avis, le professionnalisme «se juge» essentiellement - se porte nécessairement en lien avec des valeurs, des conceptions de l\u2019éducation, du rôle de l\u2019école et du personnel enseignant, d\u2019une pratique efficiente de l\u2019enseignement, etc.La situation est la même, à mon avis, pour les enseignantes et enseignants entre eux comme pour la société vis-à-vis le personnel enseignant.Il est évident que le professionnalisme de celui-ci ne peut se définir sans égard au rôle social de l\u2019école ou à la nature de service public de l\u2019éducation.C\u2019est donc dire aussi que la professionnalisation de l\u2019enseignement, dont le professionnalisme est un élément constituant, ne peut se réaliser en faisant abstraction de cette réalité.Au contraire, elle doit se réaliser à l\u2019intérieur de cette réalité.Pour ce qui est des conditions à mettre en place pour ce faire, il s\u2019agit du cœur du sujet, élaboré plus loin.L ACTION NATIONALE .75 Diverses perspectives Dans les analyses traitant de la professionnalisation, diverses perspectives sont adoptées : certaines sont davantage d\u2019ordre historique ou sociologique, d\u2019autres se concentrent plutôt sur une description des caractéristiques des professions - ce qui ne les placent pas en opposition les unes aux autres mais en complémentarité.Par exemple, d\u2019un point de vue historique, on peut expliquer la professionnalisation de la médecine plus particulièrement par l\u2019amélioration de son efficacité, due aux découvertes scientifiques et à l\u2019avancement de la technologie; un point de vue sociologique pourrait mettre davantage l\u2019accent sur l\u2019origine sociale des médecins.Par ailleurs, pour évaluer le degré ou la possibilité de professionnalisation d\u2019une occupation, au-delà de constater le statut social accordé à ses membres, on fait nécessairement référence à des traits distinctifs habituellement reconnus aux professions - ce qui relève, en quelque sorte, surtout de l\u2019analyse sociologique.De plus, on trouvera inévitablement des causes d\u2019ordre sociologique ou historique au fait que telle ou telle autre caractéristique professionnelle soit acquise ou non au sein d\u2019une occupation.Bref, la professionnalisation est un processus qui présente de multiples facettes et qui doit être étudié de plusieurs points de vue.Je propose d\u2019aborder la professionnalisation de l\u2019enseignement d\u2019un point de vue descriptif, en premier lieu, parce qu\u2019il me semble que cette approche nous amène plus rapidement aux constats et donc aux hypothèses d'action.Ce faisant, l'histoire et la sociologie devraient nous aider à comprendre le passé et à nous projeter dans l\u2019avenir.11 s\u2019agit donc de cerner ce qui fait qu\u2019une profession est reconnue comme telle de façon à vérifier si l\u2019enseignement correspond au portrait tracé et en évaluer ainsi les possibilités de profes- Pour évaluer le degré ou la possibilité de professionnalisation d\u2019une occupation, on fait référence à des traits distinctifs habituellement reconnus aux professions.76 \u2022 L ACTION NATIONALE L'acte professionnel implique une activité intellectuelle ; il est de la nature d\u2019un service.sionnalisation.Enoncé en ces termes, l\u2019exercice peut paraître technique, mais il obligera nécessairement à réfléchir à ce qui fait la spécificité de l'enseignement par rapport aux autres professions et à voir comment celle-ci s\u2019ancre dans la pratique quotidienne.Pour ce faire, je m\u2019inspirerai, notamment, de différents travaux sur les questions des professions et de la professionnalisation de l\u2019enseignement (Trottier, 1969; Lessard 1990 et 1991 a) Lessard, Perron et Bélanger, 1993; Soder, 1991; Lenstermacher, 1991; Carbonneau, 1993; Perrenoud, 1993; Talbert et McLaughlin, 1994).Points de convergence Les points de convergence de ces travaux en ce qui concerne les caractéristiques des professions se résumeraient ainsi : -\tL\u2019acte professionnel est spécifique, complexe et non routinier; il implique une activité intellectuelle; il est de la nature d\u2019un service; -\tLa formation est basée sur des connaissances spécialisées; elle est «longue» et de niveau universitaire; -\tL\u2019exercice de la profession se fait de façon autonome et responsable; -\tLes membres d'une profession forment un groupe au sein duquel une forte cohésion est maintenue, notamment par le partage d\u2019une identité commune, d\u2019une éthique et par un certain contrôle collégial sur la profession.Ce sont là des éléments descriptifs des professions sur lesquels plusieurs auteurs s\u2019entendent.On s\u2019entend aussi généralement pour dire que, en ce qui concerne l'enseignement, les deux premiers aspects sont davantage respectés - la spécificité de l\u2019acte professionnel et de la formation - que le sont les deux autres - l\u2019autonomie dans l\u2019exercice L ACTION NATIONALE .77 et la cohésion interne du groupe.À mon avis, un nouvel élan pour la professionnalisation de l\u2019enseignement doit se manifester sur tous les plans mentionnés parce qu\u2019ils sont interreliés, étant entendu qu\u2019une amélioration plus importante devrait être apportée sur le plan des deux dernières caractéristiques.Par exemple, on établit facilement un lien entre le rôle spécifique joué par les enseignantes et enseignants et la formation qu\u2019ils doivent recevoir, cette dernière étant basée sur des connaissances spécialisées, d\u2019ordre pédagogique et disciplinaire surtout.Par ailleurs, on doit aussi former à l\u2019autonomie et à la responsabilité; la formation initiale doit également se soucier de la construction de l\u2019identité professionnelle.Soulignons, de plus, que parmi les traits distinctifs des professions énumérés précédemment, certains sont de nature individuelle, d\u2019autres, de nature collective; l\u2019individuel et le collectif sont souvent aussi deux facettes d\u2019un même aspect - pensons à l\u2019autonomie et à l\u2019éthique, notamment.Dans l\u2019optique de formuler des propositions actuelles pour la professionnalisation de l\u2019enseignement, je traiterai de thèmes rassemblant, chacun, plusieurs éléments descriptifs des professions puisqu'il me semble qu\u2019on ne peut les aborder isolément.Après avoir posé un bref diagnostic quant à la situation actuelle, pour chaque thème, je tenterai de dégager des pistes pour la professionnalisation tant dans le cadre d\u2019exercice de la fonction d\u2019enseignante et d\u2019enseignant que dans celui de la formation initiale.J\u2019ai, évidemment, fait des choix, et cela selon la pertinence et l\u2019efficience appréhendée pour la réalisation de l\u2019objectif poursuivi dans le contexte actuel en éducation.La spécificité du rôle d\u2019enseignante ou d\u2019enseignant Dans un certain sens, on peut dire que la spécificité du rôle d\u2019enseignante ou d\u2019enseignant est 78 \u2022 L ACTION NATIONALE reconnue actuellement, ce qui ne signifie pas, par ailleurs, que ce rôle soit reconnu socialement - il s\u2019agit là d\u2019une autre question.C\u2019est, à mon avis, le fait que la tâche du personnel enseignant se soit grandement complexifiée qui a contribué à faire valoir son caractère spécifique.La démocratisation de V éducation est en soi responsable d'une complexification de la tâche des enseignants.(.) la démocratisation de l\u2019éducation est en soi responsable d\u2019une complexification de la tâche des enseignants ; elle appelle des développements pédagogiques importants, dans les méthodes, dans les contenus, dans les stratégies de motivation et d\u2019animation, bref dans l\u2019ensemble du répertoire des compétences d\u2019un enseignant afin qu\u2019il puisse avec une certaine efficacité instruire et éduquer les jeunes de tous les milieux (.).La tâche des enseignants s\u2019est complexifiée aussi suite au développement de phénomènes de société aux impacts multiples sur l\u2019enseignement/apprentissage; que l\u2019on songe seulement à la pénétration de la télévision et des médias de masse auprès des jeunes, et à l\u2019évolution de la structure familiale.(Lessard, 1990, 336) Je ne crois pas qu\u2019il soit exagéré de dire que, de façon générale, les enseignantes et enseignants ont appris sur le tas, dans l\u2019action, à gérer ces réalités qui font partie intégrante de leur pratique quotidienne.Il faut dire aussi qu\u2019il y a, à cet égard, des situations tout à fait inacceptables, autant pour les élèves que pour le personnel enseignant: je pense particulièrement aux erreurs qui se commettent toujours dans le cadre de l\u2019intégration à la classe ordinaire des élèves handicapés ou en difficulté et à la « mission impossible » que peut représenter en soi le fait d\u2019avoir à enseigner à 27 ou 30 jeunes qui présentent des différences importantes sur les plans scolaire et social.Instruire et éduquer Il reste que, dans le contexte actuel comme de tout temps, ce rôle spécifique de l\u2019enseignante et L'ACTION NATIONALE .79 l\u2019enseignant est toujours double : instruire et éduquer.Le consensus social ne s\u2019est pas vraiment démenti à ce propos pas plus qu\u2019au sein du corps enseignant, même s\u2019il y a discussion sur le sujet et que l\u2019accomplissement de ce rôle se fait plus difficilement qu\u2019autrefois.Les enseignantes et enseignants vivent cependant une plus grande tension par rapport à ces deux aspects de leur rôle : ils se sentent tiraillés constamment entre les deux du fait qu\u2019aux nouvelles réalités qui sont venues complexifier leur tâche s\u2019est ajoutée une forte pression pour la performance académique - mondialisation oblige.On le sait, de plus en plus d\u2019écoles «choisissent» entre l\u2019égalité des chances et la réussite scolaire - une certaine conception de la réussite scolaire.Une étude américaine récente sur les convictions des enseignantes et enseignants (Prawat, cité dans Talbert et McLaughlin, 1994, 146) démontre comment la tension au sein du système scolaire (institutionalized tension) entre l'engagement envers tous les élèves et la performance académique se manifeste dans les convictions individuelles et les conflits intérieurs des enseignantes et enseignants.La plupart de ceux-ci compartimenteraient ces deux aspects de l\u2019enseignement et vivraient une lutte constante entre les priorités du curriculum et les besoins des élèves.Talbert et McLaughlin (op.cit.) concluent même à l\u2019émergence de conceptions différentes et de manifestations conséquentes du professionnalisme chez des enseignantes et enseignants selon qu\u2019ils privilégient une tendance plutôt que l\u2019autre.Je suis portée à croire qu\u2019un phénomène semblable pourrait se vérifier chez nous.Le rôle de l\u2019enseignante et l\u2019enseignant est toujours double : instruire et éduquer.Ceci nous ramène à un élément soulevé au début de cette réflexion : le professionnalisme est un élément constituant du processus de professionnalisation.On peut dire que ce professionnalisme se manifeste en fonction d\u2019une conception du rôle à exercer.Le rôle du personnel enseignant, 80 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il n\u2019est pas facile pour le personnel enseignant de jouer son rôle spécifique.comme a l\u2019a rappelé, est double : il doit instruire et éduquer tous les élèves qui lui sont confiés.Il n\u2019y a pas, à mon sens, de professionnalisation de l\u2019enseignement possible sans une reconnaissance de ce rôle spécifique et un espace réel pour l\u2019exercer avec le professionnalisme conséquent.Cette reconnaissance et ce professionnalisme relèvent, bien sûr, des enseignantes et enseignants, comme individus et comme groupe, mais ne peuvent se réaliser vraiment que si le contexte le favorise - ce qui réfère à la société en général et surtout aux divers niveaux de responsabilité du système scolaire.En effet, si les politiques scolaires priorisent la réussite de certains élèves en particulier ou si elles favorisent l\u2019instruction au détriment de l\u2019éducation, il est difficile à l\u2019enseignante ou l\u2019enseignant d\u2019intégrer à sa pratique des valeurs relatives à l\u2019égalité des chances ou au développement global de la personne.On a vu que les enseignantes et enseignants pouvaient vivre un conflit intérieur au sujet des divers aspects de leur rôle correspondant à la tension au sein du système scolaire à l\u2019égard de ses différentes responsabilités.En fait, il n\u2019est pas facile actuellement pour le personnel enseignant de jouer son rôle spécifique alors que la mission éducative démocratique de l\u2019école est peu supportée politiquement et financièrement.De plus, même lorsqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019ambiguïté au sujet de cette mission de l\u2019école, les moyens d\u2019accomplir leur rôle manquent souvent aux enseignantes et enseignants.Enfin, en cette époque où on connaît la hantise de l\u2019échec scolaire, où on «décentralise» le pouvoir mais on diminue les investissements, où on encourage la compétition, l\u2019école «différenciée» et les projets «plus ou moins éducatifs », il y a danger que l\u2019on juge de plus en plus le professionnalisme des enseignantes et enseignants selon leur degré de conformisme à des politiques locales, qui auront plus ou moins à voir L'ACTION NATIONALE .81 avec la mission première de l\u2019école.Bref, ce pro-fessionnalisme-là ne doit pas être un élément constituant de la professionnalisation de l\u2019enseignement parce que non défini en fonction du rôle spécifique du personnel enseignant et de la mission éducative de l\u2019école ; il est, de plus, déterminé et évalué généralement à l\u2019extérieur du groupe des enseignantes et enseignants.L\u2019autonomie et la collégialité Ce qui vient d\u2019être dit sur leur rôle fait déjà une certaine démonstration de l\u2019autonomie restreinte dont disposent les enseignantes et enseignants.En somme, la première limite à l\u2019autonomie du personnel enseignant vient du fait que son rôle est défini par la société, ce qui est normal puisque l\u2019école est une institution sociale.Il s\u2019agit là, par ailleurs, d\u2019une définition large, qui subit quelques variations dans le temps selon les tendances qui l\u2019influencent, comme on a pu le voir précédemment.En fait, les restrictions les plus importantes à l\u2019autonomie des enseignantes et enseignants viennent de l\u2019organisation même du système scolaire.On le sait, l\u2019enseignement est l\u2019objet de prescriptions et de contrôles, de tout ordre et de toute provenance : régimes pédagogiques, règlements, politiques, directives, programmes d\u2019études et examens ministériels; d\u2019autant d\u2019éléments d\u2019encadrement au niveau de la commission scolaire - le tout menant à l\u2019élaboration d\u2019un curriculum teacher-proof selon l\u2019expression maintenant consacrée.La direction de l\u2019école ne manque pas non plus d\u2019imposer ou de proposer - ce qui est parfois la même chose - son propre régime.Bien sûr, le système d\u2019éducation, comme tout système complexe, a besoin, pour son bon fonctionnement et son évolution, de règles et d\u2019une direction ; mais vues d\u2019en haut, on oublie souvent que toutes ces politiques et directives aboutissent dans la classe et sont confrontées à la « vraie vie ».Les enseignantes Les restrictions les plus importantes à /\u2019 autonomie des enseignantes et enseignants viennent de V organisation même du système scolaire.82 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE et enseignants, qui ont à gérer quotidiennement cette réalité, ont trop peu à voir dans ces décisions.Modèle bureaucratique La réforme de V éducation des années 1960 a aussi été à l\u2019origine d'un modèle de plus en plus de type bureaucratique.La réforme de l\u2019éducation des années 1960, qui a donné naissance à notre système de maintenant, a aussi été à l\u2019origine de l\u2019instauration graduelle d\u2019un modèle de plus en plus de type bureaucratique au sein duquel les enseignantes et enseignants ont été relégués au bas de la structure hiérarchique.Il est intéressant - et ironique - de relire aujourd\u2019hui une étude menée par Claude Trottier, en 1969, pour le Conseil supérieur de l\u2019éducation traitant de la professionnalisation de l\u2019enseignement.L\u2019auteur en évalue les possibilités de réalisation à l\u2019aube de la réforme en se référant à une conception d\u2019une profession, appuyée par une documentation importante, à la situation du moment du système scolaire et à son évolution projetée.Ainsi il établit qu'une profession réfère essentiellement à un type d\u2019organisation du travail qui requiert de ceux qui s\u2019y engagent des connaissances et des aptitudes qui leur permettent de s\u2019acquitter d\u2019une façon autonome d\u2019une tâche complexe dans sa totalité et d\u2019évaluer par eux-mêmes leur propre rendement (op.cit., 10).Si l\u2019aspect des connaissances requises des professionnels peut être évalué de façon plus positive compte tenu de l'amélioration de la formation du personnel enseignant, due notamment à l\u2019évolution des sciences de l\u2019éducation, les perspectives quant à l'autonomie et au contrôle sur le travail ne sont pas aussi sûres.On commence à développer à l\u2019égard des enseignants un système d\u2019attente qui les incite à être moins dépendants, plus autonomes et à prendre plus d\u2019initiative.Les structures d\u2019autorité dans l\u2019école et dans le système scolaire par ailleurs demeurent à peu près ce qu\u2019elles ont toujours été.(.) la professionnalisation L'ACTION NATIONALE .83 de l\u2019enseignement passe par la participation aux décisions d\u2019ordre pédagogique.Dans le cadre d\u2019une vaste organisation comme l\u2019organisation scolaire, c\u2019est la seule façon pour les enseignants en voie de professionnalisation d\u2019exercer un contrôle de type professionnel sur l'organisation dans laquelle ils sont intégrés, à mesure qu\u2019ils acquièrent une plus grande compétence et que parallèlement, ils adoptent des normes, des valeurs et des attitudes professionnelles.(Op.cil., 77) On pourrait globalement affirmer la même chose aujourd\u2019hui.Tout ce qui a changé depuis, c\u2019est que le nombre d\u2019échelons des structures d\u2019autorité a augmenté.Il faut prendre conscience aussi que ce modèle bureaucratique complexe n\u2019a nullement été garant, jusqu\u2019à maintenant, du bon rendement du système scolaire, c\u2019est-à-dire de la réussite du plus grand nombre.Il a souvent paralysé l\u2019école.C\u2019est, notamment, ce que souligne le CSE dans son rapport, La gestion de l\u2019école : nécessité d\u2019un autre modèle.(.) la multiplication et la précision des procédures, des règles et des contrôles de tous ordres ont contribué, dans les faits, à «polluer» les pratiques de gestion dans les milieux et à les encombrer de préoccupations administratives excessives qui s\u2019avèrent maintenant autant d\u2019obstacles à une prise en charge autonome au sein des établissements.Elles ont aussi contribué à éloigner les gestionnaires des pédagogues, alors qu\u2019on les avait pressentis comme les principaux acteurs du changement de cap en éducation.(1993, 21) Il faut prendre conscience aussi que ce modèle bureaucratique complexe a souvent paralysé V école.On peut prendre aussi la mesure des effets négatifs de ce modèle bureaucratique chez les enseignantes et enseignants comme individus: certains ont perdu la motivation et le goût de l\u2019initiative; d\u2019autres n\u2019ont plus confiance dans leur jugement ou leurs capacités.Il m\u2019est arrivé à plusieurs reprises que des professeurs des sciences 84 \u2022 L'ACTION NATIONALE La professionnalisation de l\u2019enseignement ne peut se réaliser sans une amélioration importante de l'aspect collégial.de l\u2019éducation qui s\u2019occupent de perfectionnement ou de formation pratique en milieu scolaire ainsi que des collègues responsables d\u2019une formation syndicale me mentionnent leur surprise de constater combien d\u2019enseignantes et d\u2019enseignants manquent de confiance en eux et sous-estiment leurs compétences professionnelles.On leur a tellement dit quoi faire et comment le faire.The highly politicized bureaucraties that have emerged over the past four to five decades, particularly in the larger cities, have made it increasingly difficult for teachers to exercise what properly is called professional judgment (Goodlad, 1994, 36).Il est entendu, cependant, que l\u2019autonomie professionnelle a des limites, celles posées par l\u2019éthique que commandent les relations humaines, d\u2019une part, et le fait d\u2019œuvrer dans un service public, d'autre part.Fonctionnement en collégialité Le fonctionnement en collégialité est une caractéristique des professions tout aussi importante que l\u2019autonomie.C\u2019est, en quelque sorte, le pendant collectif de cette dernière en matière de contrôle sur la profession.La professionnalisation de l\u2019enseignement ne peut se réaliser sans une amélioration importante de l\u2019aspect collégial de la tâche des enseignantes et enseignants.Il est actuellement peu favorisé par l\u2019organisation scolaire.De plus, il y a une tradition fortement ancrée chez le personnel enseignant voulant que l\u2019enseignement se pratique de façon isolée; c\u2019est comme si, en fermant la porte de sa classe, l\u2019enseignante ou l\u2019enseignant récupérait son petit espace de pouvoir - ce qui n\u2019a pas nécessairement à voir avec l'autonomie professionnelle.Dans plusieurs écoles, une consigne implicite est respectée à l\u2019effet qu\u2019on ne juge pas ce qui se passe dans la classe de l\u2019autre, ce qui nous protège aussi des jugements.Le doute à l\u2019égard de ses compétences, L'ACTION NATIONALE .85 mentionné plus tôt, peut y être aussi pour quelque chose.Quoi qu\u2019il en soit, on sait que le fonctionnement en collégialité chez les enseignantes et enseignants, par le partage de valeurs, d\u2019expériences, de compétences, par la réflexion sur la pratique qu\u2019il suscite, contribue à rehausser les standards de la profession.Une recherche récente de Talbert et McLaughlin (1994) sur «les manifestations du professionnalisme du personnel enseignant selon les contextes scolaires locaux » tend à démontrer que les enseignantes et enseignants se définiraient davantage en fonction de leur milieu de pratique qu\u2019en fonction de leur profession - laquelle demeurerait une réalité théorique - et que, plus le corps enseignant local est uni, plus le professionnalisme est favorisé, un professionnalisme axé, notamment, sur l\u2019engagement envers les élèves.Maintes recherches sur les facteurs de réussite scolaire, sur les «bonnes» écoles ou les écoles «efficaces» ont mis en évidence l\u2019importance de la collégialité chez les enseignantes et enseignants.C\u2019est dans cette optique que le CSE prône un professionnalisme collectif.Les établissements d\u2019éducation les plus efficaces, ceux qui montrent les plus grands gains dans les apprentissages des élèves, sont ceux qui favorisent le dialogue et la collaboration professionnels, qui traitent l\u2019enseignement comme une tâche collective et qui font en sorte que l'analyse, l\u2019expérimentation et l\u2019évaluation avec des collègues créent les conditions d\u2019amélioration professionnelle des enseignantes et enseignants.(1991, 33) Claude Lessard (1991 b)) esquisse deux modèles de professionnalisation de l\u2019enseignement.Le modèle qualifié de technologique est orienté, globalement, vers la maîtrise de techniques pédagogiques précises et efficaces, vers l\u2019évaluation de l\u2019efficacité des interventions et le rendement Le fonctionnement en collégialité chez les enseignantes et enseignants contribue à rehausser les standards de la profession.86 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Favoriser le travail en collégialité peut contribuer à la professionnalisation de l\u2019enseignement tout comme à l\u2019amélioration de la réussite scolaire.des élèves; il favorise une structure de régulation du travail des enseignantes et enseignants davantage verticale qu\u2019horizontale.Le modèle dit organique met l\u2019accent sur l\u2019autonomie laissée aux équipes d\u2019enseignantes et d\u2019enseignants dans la programmation, l\u2019accomplissement et l\u2019évaluation de leur travail et sur les savoirs engendrés par la pratique réfléchie et partagée de l\u2019enseignement; il suggère une structure de régulation du travail du personnel enseignant davantage horizontale et collégiale, soit par ajustement mutuel.Dans la réalité, le travail du personnel enseignant ne relève entièrement ni de l'un ni de l\u2019autre modèle, mais, de toute évidence, davantage du modèle technologique.En fait, la professionnalisation de l\u2019enseignement devrait s\u2019orienter de façon à garder le meilleur des deux modèles : les outils efficaces de la pratique, d\u2019une part, le partage et le développement collégial, d\u2019autre part.Il me semble que l\u2019un ne va pas sans l\u2019autre.Il y a longtemps que l\u2019on a compris cela dans bien des domaines, mais pas pour l\u2019enseignement.Mais il s\u2019agit sans doute de professions.Favoriser le travail en collégialité peut contribuer à la professionnalisation de l\u2019enseignement tout comme à l\u2019amélioration de la réussite scolaire.On pourrait sans doute ajouter que la professionnalisation de l\u2019enseignement, selon lesconditions énoncées, serait un levier important de l\u2019amélioration de la qualité de l\u2019éducation.Finalement, ajoutons que la collégialité dans le système scolaire ne concerne pas seulement les enseignantes et enseignants entre eux, mais l\u2019ensemble des intervenantes et intervenants.La collégialité devrait être à la base de tout modèle de gestion en éducation.La formation Une formation spécialisée, de niveau universitaire est une des caractéristiques des professions.J\u2019aborde cet aspect en dernier lieu parce que la L'ACTION NATIONALE .87 formation, pour être professionnelle, à mon sens, doit être grandement centrée sur le rôle spécifique et le contexte d\u2019exercice de la profession en question, lesquels nous avions d\u2019abord à définir - ce qui a été fait, quoique très succinctement, en fonction de la réalité observée et des changements souhaités.On doit croire aussi que la formation peut participer en soi à la professionnalisation d\u2019une occupation, bien que sa contribution ne suffise à l\u2019atteinte de cet objectif.Il est vrai qu\u2019on avait misé beaucoup, lors de la réforme des années 1960, sur l\u2019étendue et la spécificité d\u2019un corpus de connaissances pertinent à l\u2019enseignement ainsi que sur le passage de la formation à l\u2019université pour la professionnalisation de l\u2019enseignement.Peut-être pourrait-on dire aujourd\u2019hui que nous avions alors adopté un modèle technologique de professionnalisation - pour reprendre les termes de Claude Lessard -, c\u2019est-à-dire axé principalement sur la maîtrise de connaissances spécialisées et de techniques issues des nouvelles sciences de l\u2019éducation.La formation à l\u2019enseignement a dû tenir compte de plus en plus de la réalité scolaire et des faits de société qui modèlent celle-ci.La composante pratique a pris un peu plus de place comme on se rendait compte que les «savoirs enseignants» se construisent surtout dans l\u2019action.Mais il reste beaucoup à faire sur tous ces plans.Plusieurs orientations émises par le ministère de l\u2019Éducation pour la révision des programmes de formation sont encourageantes dans ce sens.Il reste à voir si la volonté des milieux et le financement nécessaire, lorsqu\u2019il y a lieu, suivront.La formation à V enseignement a dû tenir compte de plus en plus de la réalité scolaire et des faits de société cpd modèlent celle-ci.Responsabilité universitaire Je suis consciente que la responsabilité confiée aux universités en matière de formation à l'enseignement est très lourde: on leur demande de se préparer à l\u2019école d'aujourd\u2019hui, mais, en 88 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L'éducation fait partie intégrante du rôle spécifique à jouer, particulièrement dans le contexte social et scolaire actuel.même temps, de former des agents de changement; elles doivent, en quelque sorte, prévoir les attentes sociales au regard de l\u2019éducation et l\u2019évolution du monde scolaire.Par ailleurs, le rôle d\u2019enseignante ou d\u2019enseignant est toujours fondamentalement le même : instruire et éduquer.Il faut donc se centrer prioritairement sur la préparation à ce rôle, un rôle spécifique, qui transcende toutes les variations locales qu\u2019on veut lui prêter.On peut sans doute dire que l\u2019aspect éducatif du rôle a eu moins d\u2019attention dans la formation à l\u2019enseignement, surtout en ce qui concerne la formation pour le secondaire.C\u2019est ce que constate Goodlad à l\u2019issue d\u2019une étude sur les programmes de formation à l\u2019enseignement aux États-Unis : (.) our research reveals that contextual attention to the systemics of schooling and the mechanics of teaching have dominated in the process and over-whelwed the curriculum to the detriment of the educative role of schools (1994, 35).Le diagnostic ne devrait pas être différent en ce qui concerne le Québec.Je dois préciser, avant de poursuivre, que si je traite ici du rôle d\u2019éducateur des enseignantes et enseignants, ce n\u2019est pas pour faire valoir que l\u2019éducation des élèves relève uniquement de leur responsabilité : il s\u2019agit, pour moi, d\u2019une responsabilité qu\u2019ils partagent avec l\u2019ensemble des personnes qui interviennent auprès d\u2019eux.Je ne veux pas non plus laisser entendre que le personnel enseignant qui œuvre actuellement dans les écoles n\u2019assume pas comme il le devrait leur rôle d\u2019éducateurs : ils font plus que leur part dans ce domaine.Il s\u2019agit strictement de cerner quelle préparation est nécessaire pour enseigner aujourd\u2019hui, en sachant que l\u2019éducation fait partie intégrante du rôle spécifique à jouer, particulièrement dans le contexte social et scolaire actuel.Comment l'université peut-elle préparer à être éducatrice ou éducateur?On peut difficilement traduire cet objectif en termes de cours à l\u2019intérieur L'ACTION NATIONALE .89 du curriculum de la formation à l\u2019enseignement ; il s\u2019agit d\u2019y intégrer celui-ci.L\u2019éducation, c\u2019est surtout une question de valeurs ; des valeurs, ça ne s\u2019enseigne pas, mais ça se transmet.To be a professional means, among other things, that you have something «to profess» and that something rests on experience, tested knowledge, and values (Sarason, 1993, 129).Il est toujours vrai que les enseignantes et enseignants sont des modèles pour les enfants, et que l\u2019école prépare à la vie.Des questions de valeurs sont constamment soulevées dans la classe, et on doit les traiter souvent très rapidement.Dans la préparation à l\u2019enseignement, il s\u2019agit d\u2019abord de rendre les étudiantes et étudiants très conscients de ces réalités et de la responsabilité qu\u2019ils portent à cet égard.Plus important encore, la formation à l\u2019enseignement doit avoir comme assises les valeurs démocratiques essentielles d\u2019équité et de justice - qui se traduisent dans Légalité des chances en éducation -ainsi que la solidarité et la sollicitude parce que l\u2019éducation doit aider à construire une société meilleure.Elle doit encourager l\u2019ouverture d\u2019esprit, le désir de connaître et de s\u2019améliorer.Les activités universitaires de formation doivent être imprégnées de ces valeurs; les professeurs des futures enseignantes et futurs enseignants doivent «professer» ces valeurs.The reform of teacher education depends more radically on the attitudes and examples that teacher educators set than on the content they teach (Sockett, 1990, 247).Stages en milieu scolaire Les stages en milieu scolaire sont des moments importants pour comprendre l\u2019importance du rôle d\u2019éducateur et voir comment il s\u2019intégre dans l\u2019exercice quotidien de l\u2019enseignement.La pratique réflexive devrait permettre aussi la réflexion sur l\u2019aspect éducatif de l\u2019enseignement.J\u2019ajouterai, finalement, que ce souci pour l\u2019éducation et les valeurs qui la sous-tendent devrait même se La formation à l\u2019enseignement doit avoir comme assises les valeurs démocratiques essentielles d\u2019équité et de justice.90 \u2022 L'ACTION NATIONALE Bien sûr, les enseignantes et enseignants ne sont pas les seuls responsables du changement.manifester dans la sélection des candidates et candidats à la formation à l\u2019enseignement: ce serait sûrement mieux pour l\u2019école que de s\u2019en tenir à la «cote Z» comme c\u2019est trop souvent le cas.Traiter de cette façon du rôle des enseignantes et enseignants et des valeurs qu\u2019ils doivent intégrer à leur pratique, c\u2019est nécessairement parler de responsabilité et d\u2019éthique.Pour moi, la responsabilité première du personnel enseignant, c\u2019est de jouer son rôle spécifique auprès de tous les élèves.Je crois même qu\u2019il relève de la responsabilité des enseignantes et enseignants de dénoncer toute situation dans les écoles qui les empêche de le faire.Dans son livre The Case for Change.Rethinking the preparation of teachers, Seymour B.Sarason abonde dans ce sens et propose que la formation initiale habilite les enseignantes et enseignants à devenir des «agents de changement scolaire» 0agents of school change par rapport à agents of social change).What I find both discouraging and appalling is how educators at all levels of responsibility assert agreement with the goal of « helping each child realize his full potential » and then say nothing about how the organization and culture of schools undercut that goal, about how teaching children, not subject matter, is made impossible (.) The preparation of educators should have two related, difficult, and even conflicting goals : to prepare people for the realities of schooling, and to provide them with a conceptual and attitudinal basis for coping with and seeking to alter those realities in ways consistent with what we think we know and believe.(1993, 127 et 129) Les responsables du changement Bien sûr, les enseignantes et enseignants ne sont pas les seuls responsables du changement, L'ACTION NATIONALE \u2022 91 mais ils ont une partie de cette responsabilité collective, et ce, dans le cadre même de l\u2019exercice de leur rôle.C\u2019est, à mon sens, une question d\u2019éthique qui doit être prise en compte par la formation à l\u2019enseignement - toujours dans l\u2019optique de la professionnalisation et de l\u2019amélioration de l\u2019éducation.L\u2019exercice de ce rôle spécifique, avec la lourdeur des responsabilités décrites, exige de l\u2019autonomie de la part des enseignantes et enseignants.La formation initiale peut aussi apporter sa contribution dans ce domaine.Bien sûr, on ne donne pas de cours d\u2019autonomie comme on peut le faire pour l\u2019histoire ou la psychologie de l'adolescent, par exemple; cette préoccupation peut cependant être intégrée à plusieurs composantes de la formation.En fait, on peut dire que l\u2019autonomie qu\u2019exercent les enseignantes et enseignants dépend généralement de deux facteurs : le cadre dans lequel ils œuvrent et les moyens personnels dont ils disposent.Quant au cadre d\u2019exercice, nous avons vu qu\u2019il imposait bien des contraintes à l\u2019autonomie professionnelle - quoique un certain espace d\u2019autonomie subsiste et qu\u2019il concerne, à mon avis, davantage l\u2019éducation que l\u2019instruction.Les moyens personnels, acquis ou consolidés en formation initiale, peuvent être, par ailleurs, des facteurs d\u2019autonomie importants pour toutes les enseignantes et tous les enseignants.Ici, je veux mettre l\u2019accent plus particulièrement sur le développement personnel dont on traite trop peu souvent en matière de formation universitaire.Bien sûr, le développement personnel est l\u2019affaire d\u2019une vie, et il est évident que la formation ne peut suppléer à la démarche de l\u2019individu.Toutefois, considérant que les interrelations sont au cœur de l\u2019activité éducative et que la dynamique des rapports humains peut avoir une influence sur l\u2019apprentissage, il serait très pertinent qu\u2019au stade de la préparation à la pratique de l\u2019enseignement, on favorise l\u2019acquisition ou On peut dire que l\u2019autonomie qu\u2019exercent les enseignantes et enseignants dépend généralement de deux facteurs : le cadre dans lequel ils œuvrent et les moyens personnels dont ils disposent.92 \u2022 L'ACTION NATIONALE l\u2019amélioration de compétences liées, à tout le moins, à la connaissance de soi, comme individu et comme être en relation avec d\u2019autres, ainsi qu\u2019à la prise en charge de son développement personnel.Les stages en milieu scolaire devraient aussi préparer à l\u2019exercice de l\u2019autonomie professionnelle.Les stages en milieu scolaire devraient aussi préparer à l\u2019exercice de l\u2019autonomie professionnelle.Le fonctionnement en collégialité, on l\u2019a déjà souligné, est une caractéristique des professions.On a dit aussi qu\u2019il fallait en renforcer les possibilités au sein du système scolaire, tant pour les enseignantes et enseignants entre eux que pour l'ensemble des intervenantes et intervenants.La formation initiale peut contribuer à la professionnalisation de l\u2019enseignement également en favorisant chez les étudiantes et étudiants le développement de compétences d\u2019ordre collectif.Elle doit les habiliter au travail en équipe, au partage d\u2019expériences, à la pratique réflexive en groupe, à la prise de responsabilités et de décisions au sein d\u2019une équipe-école, etc.De plus, l\u2019acquisition de ce type de compétences favoriserait la construction de l\u2019identité professionnelle avant même le début de la carrière.Conclusion La question de la professionnalisation de l\u2019enseignement présente de multiples facettes et relève de plusieurs lieux de responsabilité.Je n\u2019en ai effleuré que quelques aspects à partir d'un point de vue descriptif des professions en sachant, toutefois, que les perspectives historique et sociologique n'étaient pas, de ce fait, tout à fait absentes.J\u2019ai dû faire des choix, bien sûr, et, ainsi, je n\u2019ai pas traité, par exemple, du statut social des professionnelles et professionnels.J\u2019ai choisi plutôt de regarder les choses de l'intérieur.de l\u2019intérieur du système scolaire puisque le contexte d'exercice du rôle d'enseignante ou d\u2019enseignant me semble déterminant au regard de la professionnalisation [.ACTION NATIONALE \u2022 93 de l\u2019enseignement tout comme pour la formation qui prépare à ce rôle.Je conclus de ma réflexion à ce propos - et de celles que bien d\u2019autres nous ont livrées - que parler de la professionnalisation de l\u2019enseignement, c\u2019est traiter d\u2019une question de pouvoir.C\u2019est parce que sa réalisation dépend surtout d\u2019une redéfinition de la structure de pouvoir au sein du système scolaire, d\u2019un partage de ce pouvoir, qu\u2019elle est si difficile.Nous l\u2019avons vu, dans les années 1960, l\u2019analyse de la situation était semblable à celle d\u2019aujourd\u2019hui à cet égard.Parlant des changements importants qui doivent se produire dans le milieu scolaire, Seymour B.Sarason rappelle, non sans humour, que l\u2019erreur de Gorbachev a été de croire que la situation pouvait s\u2019améliorer dans son pays sans que les relations de pouvoir entre le Parti communiste et le peuple changent fondamentalement et radicalement.Our knowledge not withstanding, dit-elle, we want to believe that we can improve matters without altering governance, power relationships, and basic assumptions (1993, 204).Vus sous l\u2019angle du pouvoir, deux aspects que j\u2019ai soulevés déjà me semblent tout particulièrement importants dans la recherche de la professionnalisation de l\u2019enseignement: le renforcement du fonctionnement en collégialité chez les enseignantes et enseignants ainsi que leur participation à la gestion de l\u2019éducation, particulièrement au niveau de l\u2019école.Deux propositions de changement pouvant contribuer à la réalisation de ces objectifs sont actuellement au jeu dans le système scolaire, et je crois que nous devrions concentrer nos énergies sur celles-ci : il s\u2019agit de la négociation sur l\u2019organisation du travail et de l\u2019implantation des nouveaux modèles de formation pratique en milieu scolaire.L\u2019organisation du travail proposée par la partie syndicale vise une diversification et un enrichissement du rôle des enseignantes et enseignants, un plus grand contrôle sur leur 94 .L'ACTION NATIONALE La nouvelle formule de stages en milieu scolaire peut participer de plusieurs façons à la professionnalisation de l\u2019enseignement.travail de même que leur participation collégiale à des décisions d\u2019ordre pédagogique.On avance à très petits pas dans ce domaine présentement.Je pense que les personnes et les groupes qui se disent préoccupés par des questions d\u2019éducation en général, et par la professionnalisation de l\u2019enseignement en particulier, devraient s\u2019intéresser à cette démarche et l\u2019encourager à la mesure de leurs moyens.Les professeurs des sciences de l\u2019éducation ont, de plus, la responsabilité de préparer les futures enseignantes et futurs enseignants à s\u2019engager dans le processus de changement dans l\u2019organisation du travail, qui prendra certainement plusieurs années à se réaliser complètement.Quant à l\u2019implantation de la nouvelle formule de stages en milieu scolaire, elle peut participer de plusieurs façons à la professionnalisation de l\u2019enseignement, tant pour les enseignantes et enseignants en devenir que celles et ceux en exercice.Il y a beaucoup à construire dans ce domaine, et je ne suis pas sûre qu\u2019on ait encore vraiment pris la mesure du défi à relever.Je pense que les jeunes et les «anciens», avec l\u2019appui du milieu universitaire et du milieu scolaire, peuvent contribuer à façonner un modèle renouvelé de la profession d\u2019enseignante et d\u2019enseignant, basé sur le partage de savoirs, sur le travail en collégialité et sur la pratique réflexive.Il est réjouissant de penser que, d'une part, la socialisation au rôle et la construction de l\u2019identité professionnelle chez les futures enseignantes et futurs enseignants pourraient être influencées par un tel modèle; d\u2019autre part, ce dernier, par la valorisation de l\u2019expertise et la reconnaissance de l\u2019autonomie des enseignantes et enseignants d\u2019expérience leur accorderait, dans les faits, un statut de professionnels.La préservation et l\u2019enrichissement de la culture commune, favorisés par 1 \u2019 intégration de la formation pratique à la vie de l\u2019école et à la tâche du personnel enseignant, pourraient certainement témoigner de L\u2019ACTION NATIONALE .95 la professionnalisation de l\u2019enseignement.Pour réaliser cet objectif, il faudra reconnaître l\u2019apport primordial des enseignantes et enseignants non seulement comme guides des stagiaires, mais aussi comme participantes et participants à l\u2019élaboration et à l\u2019organisation de la formule de stage appropriée à leur milieu.Jusqu\u2019à maintenant, on ne peut pas dire qu\u2019on ait adopté le modèle organique dans ce domaine.La formation pratique devrait aussi favoriser le maintien - ou la construction - du lien entre le milieu universitaire et le milieu scolaire: l\u2019échange des savoirs de l\u2019un et de l'autre ne peut qu\u2019enrichir le corpus particulier à la profession enseignante.Il y a beaucoup à faire, beaucoup de conviction et de moyens à investir, particulièrement pour que l\u2019école ouvre ses portes et que l\u2019université « aille à l\u2019école ».Mais il faut le faire.Bibliographie Bull, Barry L.(1990).«The Limits of Teacher Professionalization » dans The Moral Dimensions of Teaching, San Francisco, Jossey-Bass Publishers.Carbonneau, Michel (1993).«Modèles de formation et professionnalisation de l\u2019enseignement : analyse critique de tendances nord-américaines » dans Revue des sciences de l\u2019éducation, vol.XIX, n° 1.Centrale de l\u2019enseignement du Québec (1991).Réussir à l\u2019école.Réussir l'école, Document pour les séminaires régionaux sur la réussite éducative.Conseil supérieur de l\u2019éducation ( 1991 ).La profession enseignante : vers un renouvellement du contrat social.Rapport annuel 1990-1991 sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation.Conseil supérieur de l\u2019éducation (1993).La gestion de l\u2019éducation : nécessité d\u2019un autre modèle, Rapport annuel 1991-1992 sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation.Fédération des enseignantes et enseignants de commissions scolaires (1993).La formation pratique et l\u2019insertion professionnelle des enseignantes et enseignants, Avis au ministère de l\u2019Education.96 \u2022 L'ACTION NATIONALE Fédération des enseignantes et enseignants de commissions scolaires (1994).La formation à T enseignement dans son ensemble.La formation des enseignantes et enseignants à l\u2019éducation préscolaire et au primaire, en adaptation scolaire, à l\u2019éducation des adultes et en formation professionnelle.Avis au ministère de l\u2019Éducation.Fenstermacher, Gary D.(1990).«Some Moral Considerations on Teaching as a Profession » dans The Moral Dimensions of Teaching, San Francisco, Jossey-Bass Publishers.Goodlad, John I.(1994).Educational Renewal.Better Teachers, Better Schools, San Francisco, Jossey-Bass Publishers.Lessard, Claude (1990).«Statut des enseignants : quelques éléments d\u2019analyse et facteurs d\u2019évolution » dans L\u2019éducation, 25 ans plus tard! 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et de ses normes nationales.Pour le Québec, le manque à gagner produit par la souveraineté pourrait être comblé par ce qu\u2019elle a appelé des « gains de nature dynamique».En d\u2019autres termes, le ralliement populaire, autour du projet de construire son propre pays, pourrait susciter une solidarité permettant un bondissement économique notable.Personne au Québec, même chez les fédéralistes les plus irréductibles, ne se fait d\u2019illusion sur les possibilités d\u2019une décentralisation du gouvernement L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 99 fédéral.Ces gens de pouvoir, occasionnellement, le perdent, mais ne le partagent pas.La réaction du gouvernement de l\u2019époque fut d\u2019ailleurs fort éloquente à ce sujet.« C\u2019est la première fois qu\u2019un organisme fédéral analyse objectivement l\u2019option souverainiste telle que défendue au Québec».1 «C\u2019est la première fois qu\u2019un organisme fédéral indépendant analyse cette option selon les mêmes critères que toute autre option constitutionnelle.Ce qui a dérangé le plus dans la capitale fédérale, ce ne sont pas tant les conclusions de l\u2019étude que la crédibilité qu\u2019elle apporte à l\u2019option de la souveraineté association ».2 Mme Maxwell paya chèrement sa grande lucidité.Le Conseil qu\u2019elle dirigeait fut démantelé et elle fut bannie du «Sacro-Saint».Le fédéral ne va pas décentraliser.Il va continuer à s\u2019accrocher désespérément à sa stratégie de barricades, de retardement, de détournement de la pensée créatrice.Le dilemme continue de croître et de s\u2019appesantir.La réalité objective évolue.Nos gouvernements n\u2019ont plus d\u2019argent, ne peuvent plus augmenter les taxes et voient leur inefficacité scrutée par un électorat qui se sent trahi.Ces gens de pouvoir, occasionnellement, le perdent, mais ne le partagent pas.L\u2019identité canadienne n\u2019a été définie que par des thèmes à l\u2019eau de rose : vue panoramique des Rocheuses; regard idyllique sur Peggys Cove, groupe de « multiculturels » qui célèbrent leur isolement.Comme on ne pouvait pas baser l\u2019unité canadienne sur son identité, on a tenté de la légiférer.On semble avoir littéralement cru qu\u2019on pourrait la construire d\u2019autorité, sur des programmes 1.\tPhilippe Dubuisson, «Ottawa durement ébranlé par l\u2019étude du Conseil économique », La Presse, 31 octobre 1991.2.\tPhilippe Dubuisson, « La souveraineté-association n\u2019est plus une option », soutient Mulroney, La Presse, 31 octobre 1991.100 \u2022 L'ACTION NATIONALE sociaux mur à mur, accompagnés de normes nationales.C\u2019est la politique dans son ensemble qui est en crise.Tant qu\u2019ils évoquent de grands principes.les politiciens réussissent surtout à essayer de bâtir, sur papier, une forme de Canada qui, de toute façon, n\u2019existe déjà plus.Un programme comme celui de la santé est devenu l\u2019un des ciments de l\u2019unité nationale.Et le ciment craque.Cette forme de fédéralisme dépendait de la richesse d\u2019Ottawa.L\u2019une des principales menaces au fédéralisme, tel qu\u2019on le connaît, ne provient ni du nationalisme québécois, ni du régionalisme de l\u2019Ouest, mais de l\u2019appauvrissement du gouvernement central.3 Il restera difficile de transformer le fonctionnement de l\u2019État dans un Québec souverain.La chose est impossible au sein du Canada.B.Le besoin de transformer le fonctionnement de l\u2019État 1.La politique est en état de crise Il faut transformer le fonctionnement de l\u2019État et le problème dépasse de beaucoup la crise des finances publiques.Les événements ont sapé la crédibilité de l\u2019État, des gouvernements et des politiciens.Les problèmes, aussi sérieux soient-ils, n\u2019auraient pas suffi à créer toute la méfiance et le cynisme dont les politiciens sont maintenant les objets.Ce qui les a détruit, c\u2019est leur arrogance.C\u2019est la politique dans son ensemble qui est en crise.Elle a longuement tenu pour acquis, qu\u2019elle 3.Alain Dubuc, « La fin d\u2019un certain fédéralisme » La Presse, 6 juin 1991.L'ACTION NATIONALE .101 seule avait le monopole de la vérité pour définir le bien commun.Elle a réussi à faire partager pendant longtemps cette croyance par la presque totalité du peuple.C\u2019est de ce fait qu\u2019elle tirait son prestige, son pouvoir et son arrogance.Cette croyance est en train de se dissoudre.La politique est en crise parce qu\u2019elle est devenue une activité mégalomaniaque : Les politiciens se croient responsables de tout, il leur faut tout savoir et avoir réponse à tout.La logique du débat partisan les entraîne à promettre des mesures énergiques pour régler définitivement tous les problèmes.4 Il faut transformer le fonctionnement de l\u2019État parce que les politiciens sont devenus des acteurs pathétiques, visant tantôt la réalisation de promesses électorales, tantôt l\u2019apaisement de revendications sectorielles, ou abdiquant devant la pression ou la ruse d\u2019un mandarinat dont ils sont les otages plutôt que les dirigeants.Un ancien ministre Québécois, Jean Coumoyer, rendait récemment un témoignage fort éloquent à ce sujet.Il devint Ministre des ressources naturelles en 1975, alors que le Canada était en pleine crise énergétique : Je devenais titulaire (de ce portefeuille) et je ne savais même pas la nature des termes utilisés Je devenais titulaire (de ce portefeuille) et je ne savais même pas la nature des termes utilisés par ceux qui avaient le devoir de m\u2019aviser dans un domaine aussi important pour le présent et l\u2019avenir de la société québécoise.5 4.\tMichel Crozier, État Modeste.État Moderne, Éditions du Seuil, février 1991.5.\tJean Coumoyer, « Le difficile métier de ministre.Le désarroi de ceux qui ont été élus pour de tout autres raisons que leur connaissance des domaines occupés par l'État », Le Devoir, 29 et 30 avril 1995.102 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le lendemain de sa nomination, tôt le matin, le président de l\u2019Hydro-Québec lui téléphona pour lui demander s\u2019il avait signé le papier qu\u2019il lui avait fait expédier la veille par courrier spécial.Durant la conversation téléphonique, une personne qu\u2019il ne connaissait pas entre et lui chuchote qu\u2019il est son sous-ministre par intérim et que justement il veut lui expliquer pourquoi il ne devrait pas apposer sa signature sur le papier que son interlocuteur veut lui faire signer.Le sous-ministre voulait éviter qu\u2019un litige soit accidentellement réglé entre deux organismes qui ne s\u2019entendent pas.Je livre à votre réflexion le drame auquel le système condamne ceux qui ont été élus pour de toutes autres raisons que leur profonde connaissance d tous les domaines occupés par l\u2019État_ En quelques jours, on donnait au ministre un cours intensif, et accompagné du sous-ministre souffleur, on lui demandait d\u2019expliquer à la population, des décisions qui résultaient de formules (qu\u2019il ne comprenait pas).On lui écrivait des conférences.On l\u2019engageait dans une voie de non-retour en lui faisant épouser des orientations en apparence anodines mais en réalité remplies de sens.6 Le ministre ne signa pas le papier et l\u2019Hydro sut s\u2019en venger.On ne lui apprit qu\u2019au cours de l\u2019étude des crédits de son ministère, en commission parlementaire, qu\u2019on y avait inclus la construction de deux à trois centrales nucléaires le long du Saint-Laurent, en plus de celle de Gentilly IL Avec une désinvolture qui caractériserait bien le mépris qu\u2019ils entretenaient à l\u2019endroit des ignares devant lesquels la loi les forçait de 6.Jean Coumoyer, ibid.L'ACTION NATIONALE .103 parader, ils annonçaient à la population du Québec que c\u2019était la direction choisie par les experts, comme voie de l\u2019avenir dans la fourniture d\u2019électricité.7 Du témoignage de l\u2019ancien ministre Coumoyer, retenons ceci: «Le système condamne ceux qui ont été élus pour de toutes autres raisons que leurs connaissances de tous les domaines occupés par l\u2019État».Voilà un commentaire central; il reflète exactement la situation dans laquelle nous sommes.Il reconnaît implicitement qu\u2019aucun groupe, élu pour des raisons qui n\u2019ont aucun lien avec l\u2019institution qu\u2019il doit diriger, ne peut avoir en son sein, comme par osmose, une grande connaissance de tous les domaines.Cette réalité dévoile et explique à la fois que les politiciens n\u2019ont pas vraiment le pouvoir.Ils ne savent pas et ne peuvent pas savoir, donc ils ne «peuvent» pas.Ils ne sont pas vraiment responsables.Disons tout de suite que nous n\u2019allons pas préconiser le transfert du pouvoir décisionnel aux mandarins qui, présumons-le, pourraient savoir.Nous y reviendrons.Le système condamne ceux qui ont été élus pour de toutes autres raisons que leurs connaissances.La politique dans son ensemble est en crise parce que la réflexion politique n\u2019est maintenant fondée que sur la logique des apparences qui caractérise les relations publiques : Le raisonnement politique.sous l\u2019effet des sondages tend à devenir étroit lui aussi.Il ne peut apporter qu\u2019un peu de pragmatisme à court terme, ou.des rêves idéologiques.Son pouvoir réel de synthèses disparaît.La dérive ne peut que s\u2019accroître avec la complexité des problèmes.8 7.\tJean Coumoyer, ibid.8.\tMichel Crozier, État modeste, État moderne, Éditions du Seuil, 1991.104 \u2022 L'ACTION NATIONALE La politique dans son ensemble est en crise.Les sondages ont un focus précis, nécessairement étroit, alors que leur valeur de prédiction s\u2019est largement accrue.Ils se sont propagés sur toute la largeur de la scène politique et y ont maintenant effet de balises lumineuses, de phare, de flambeau : Nos technocrates et nos hommes politiques prennent le fait d\u2019être suroccupés pour un travail réel.Mais ils n\u2019analysent jamais sérieusement le terrain sur lequel ils s\u2019échinent.Il est temps de reconnaître que cette politique.est fantasmagorique, que nos technocrates sont bel et bien dépassés dans la société d\u2019aujourd\u2019hui, et que ceux qui prétendent guider la société sont en retard sur elle.Notre Etat doit être enfin désacralisé.9 La politique dans son ensemble est en crise; l\u2019appareillage gouvernemental a appris, depuis bonne lurette, à demeurer autonome par rapport aux tâches et objectifs qu\u2019on lui assigne : Les réformateurs.n\u2019ont pas compris.que la transformation de cet outil était plus importante que les objectifs qu\u2019on lui fixait, et qu\u2019au lieu de l\u2019utiliser directement pour agir sur la société, il fallait au contraire utiliser la société pour moderniser, adapter et même révolutionner l\u2019outil.10 2.L\u2019économisme est en déconfiture Il faut transformer le fonctionnement de l\u2019État parce que l\u2019économisme est en déconfiture.Des titres récents dénoncent l\u2019économisme: Pour en finir avec l\u2019économisme (Richard Langlois; Boréal, 1995), J'accuse l'économie triomphante (Albert 9.\tMichel Crozier, ibid.10.\tMichel Crozier, ibid.L'ACTION NATIONALE .105 Jacquard; Calmann-Lévy, 1995).À l\u2019époque où nous sommes, l\u2019économisme n\u2019a rien de triomphant.L\u2019économisme, comme valeur première et englobante de l\u2019action collective, a lamentablement failli à la tâche de libération qu\u2019il promettait et vers laquelle il entraîne toujours tant d\u2019illusion.Avec cet économisme-là, selon l\u2019expression de Jacquard, nous courrons vers le bien-être et nous n\u2019avons découvert que «le mal-avoir».11 Cette théorie déforme inévitablement les valeurs qu\u2019elle prétend appuyer.Sa déconfiture est pénible et si profonde que sa futilité et l\u2019étroitesse de sa perspective ont des chances d\u2019être reconnues pour ce qu\u2019elles sont.Nous avons consacré une large part de notre réflexion à la crise financière publique; il faudra bien payer nos dettes (ou au moins l\u2019intérêt qu\u2019elles accumulent).Nous en avons beaucoup parlé, parce que les mesures financières sont à peu près les seuls critères d\u2019évaluation de l\u2019action de l\u2019État qui soient disponibles.Il est urgent d\u2019en finir avec cette forme de l\u2019économisme qui se veut la seule mesure du rendement de l\u2019Etat.Mais encore faut-il concevoir d\u2019autres barèmes d\u2019efficacité de nos stratégies collectives si nous voulons en utiliser d\u2019autres.Nous croyons qu\u2019il est temps : Nous croyons qu\u2019il est temps de s\u2019adresser à des sources autres que les experts financiers.de s\u2019adresser à des sources autres que les experts financiers des grandes banques et les économistes des entreprises multinationales.12 Tout est jugé en termes financiers.Le système de budget exerce une influence tout à fait démesurée sur le fonctionnement de nos gouvernements.11.\tAlbert Jacquard, Voici le temps du Monde Fini.Édition du Seuil, avril 1991.12.\tAlbert Jacquard, ibid.106 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE On juge le rendement des ministères selon le degré de concordance avec les prévisions budgétaires.On devrait plutôt en juger selon la concordance des résultats avec les objectifs de la législation qu\u2019ils appliquent.Le système budgétaire force à accepter le maintien de l\u2019existant et à en appuyer le développement : Il force le politique à accepter la contrainte des moyens et l\u2019administration à accepter la contrainte du jeu politique.Cela laisse peu de place aux résultats, pourtant partie intégrale du triangle central de toute décision administrative (objectifs-moyens-résultats)13.Nos gouvernements, bien sûr, ne sont pas les seuls responsables de la faillite de l\u2019économisme.Le système budgétaire force le politique à accepter la contrainte des moyens alors que de toutes façons, il n\u2019a pas les connaissances suffisantes pour en juger.II force le technocrate à accepter la contrainte du jeu politique et lui permet à l\u2019occasion de l\u2019utiliser, alors qu\u2019il représente inévitablement un intérêt sectoriel.Toute la période industrielle a été dominée par le concept de quantité.Crozier suggère que l\u2019égalité, notion quantitative, n\u2019a plus de signification à partir d\u2019un certain seuil.Quand ce seuil est atteint, dit-il, cette notion devient contre-productive et c\u2019est la revendication de qualité humaine qui va la relancer.Nos gouvernements, bien sûr, ne sont pas les seuls responsables de la faillite de l\u2019économisme.L\u2019écroulement de grandes entreprises que nous croyions étemelles et la fermeture à répétition de centaines de petites et moyennes entreprises, entre les récessions des années 80 et 90, ont mis à découvert de profonds défauts de leur fonctionnement.13.Michel Crozier, ibid.L'ACTION NATIONALE \u2022 107 Le prestige révérenciel qu\u2019on accordait au monde des affaires a également été terni, et pour cause.Je laisse aux syndicalistes le soin de se poser leurs propres questions sur leur rôle dans notre conjoncture économique.Notre intervention sur le corps économique a de graves effets secondaires qui, à leur tour, exigent une intervention plus profonde : L\u2019ingéniosité technologique double la productivité du travailleur A et permet de licencier B, ce qui fait que A peut se plaindre de payer des impôts pour venir en aide à un B démoralisé.Des programmes d\u2019action ne font souvent que redistribuer à un autre groupe l\u2019injustice et l\u2019aigreur.14 La transformation désirable devra être l\u2019œuvre de tout un peuple.Mais le poids de l\u2019État est écrasant.Il absorbe une partie tellement grande de notre productivité que nous ne pourrons pas nous en sortir sans remédier d\u2019abord à ce déséquilibre naufrageur.C.Pistes de transformation à explorer Nous sommes encore loin d\u2019une carte routière de la transformation désirable qui tracerait avec clarté les meilleurs trajets pour s\u2019y rendre.Cette réalisation devra être l\u2019œuvre de plusieurs personnes et en dernière analyse, de tout un peuple.Traitons de pistes que l\u2019on peut explorer.1.L\u2019État doit prendre mire sur la qualité du système collectif La transformation du fonctionnement de l\u2019Etat qu\u2019il faut effectuer devra : - Sortir nos gouvernements du rôle de régisseur qu\u2019ils ont usurpé et à le transférer aux 14.Marilyn Ferguson, Les enfants du verseau, pour un nouveau paradigme, Calmann-Lévy, 1981.108 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE gens de l\u2019art des nombreux domaines qu\u2019ils occupent.- Elle devra sortir les technocrates de l\u2019exercice du pouvoir politique qu\u2019ils manipulent et à le remettre aux élus du peuple.- Elle devra rendre enfin nos gouvernements responsables de la direction politique de l\u2019État.C\u2019est-à-dire la définition des orientations et la formulation des objectifs et des priorités du système collectif.La transformation du fonctionnement de l\u2019État doit exclure son action directe du plus grand nombre de domaines fonctionnels.L'État devra s\u2019assurer de la cueillette des vidanges, mais il devra bien se garder de les ramasser lui-même.L\u2019État devra s\u2019assurer de la cueillette régulière des vidanges, mais il devra bien se garder de les ramasser lui-même.L\u2019État devra se mêler de ses affaires «mais alors faudra-t-il qu\u2019il s\u2019en mêle : » Les progrès.vont de plus en plus dépendre de la qualité de notre système collectif, non pas du tout dans le sens d\u2019un État directif, ordonnateur ou même animateur, mais, au contraire, dans le sens d\u2019un meilleur service offert à ceux qui sont directement actifs, qui seuls peuvent assurer l\u2019innovation, le développement et le changement.15 Cette transformation suppose un revirement de nos formes de pensée.L\u2019abandon de la perspective quantitative comme base exclusive de rendement, son adaptation à un système d\u2019évaluation global qui tient compte de valeurs humaines, sociales et culturelles seront difficiles.Le concept d\u2019investissement est tellement perçu en termes physiques que son usage pour désigner des choses immatérielles va nous sembler contre nature.15.Michel Crozier, ibid.L'ACTION NATIONALE «109 2.L\u2019État doit se mettre à l\u2019écoute des citoyens Le problème se situe au sein même de la relation entre l\u2019État et la société.La société se sent écrasée par l\u2019État.Il faut mettre l\u2019État au service de la société et non plus la société au service de l\u2019État ou «aux fins qu\u2019il se découvre».16 Le succès va à ceux qui sont capables de faire participer le consommateur à la production du service qui lui est rendu.L\u2019État .refuse cette nouvelle conception instinctivement.Son raidissement est extraordinairement coûteux pour la société, mais aussi pour lui.L\u2019État modeste a plus de chance de battre (sur le terrain de l\u2019efficacité) l\u2019État mégalomane, car ses citoyens sont portés à l\u2019aider, non à le paralyser.17 Jusqu\u2019à maintenant, nos gouvernements ont joué à se mettre à l\u2019écoute des citoyens.Les grandes commissions de «consultation» populaire furent mises sur pied comme moyens de propagande ou ont pris la forme de thérapie collective plutôt que de consultation véritable.Nos gouvernements doivent vraiment se mettre à l\u2019écoute de leurs ressortissants.Nous ne faisons pas références ici à l\u2019autogestion., à une direction modeste, qui seule, puisse vraiment se révéler active, car elle est seule en mesure d\u2019écouter ses travailleurs, les comprendre et les mieux aider à réaliser eux-mêmes leurs objectifs.Nos gouvernements doivent vraiment se mettre à l\u2019écoute de leurs ressortissants.La vision nouvelle de liberté.est une vision raisonnable qui répudie l\u2019hystérie antiautoritaire de la fin des années soixante-dix.16.\tMichel Crozier, ibid.17.\tMichel Crozier, ibid.110 \u2022 L'ACTION NATIONALE Laissons les spécialistes de la santé, qui œuvrent sur le terrain, concevoir les paramètres du nouveau système.Elle implique moins de contrôle social et culturel, moins de barrières sociales.18 L\u2019État doit cesser d\u2019agir directement sur tous nos problèmes et agir plutôt comme fournisseur de moyens, pour nous aider à les régler nous-mêmes.La crise financière étant ce qu\u2019elle est, le gouvernement du Québec n\u2019a pas de choix quant à la transformation de notre système de santé.Comme il est dommage qu\u2019elle doive être télécommandée par des politiciens «qui ne savent pas» et des technocrates qui, même avec la meilleure volonté du monde, bureaucratisent ! Que le gouvernement démantèle ce réseau de santé, qu\u2019en toute évidence, il n\u2019a pas su gérer, mais de grâce, laissons les spécialistes de la santé, qui œuvrent sur le terrain, concevoir les paramètres du nouveau système.Historiquement, les mouvements de changement social ont tous opéré, en gros, de la même façon.Une autorité paternelle a convaincu le peuple d\u2019un besoin de changement, puis l\u2019a recruté pour des tâches particulières, lui disant ce qu\u2019il faut faire et quand il faut le faire.Au contraire, les nouveaux mouvements sociaux opèrent selon une conception différente des potentialités humaines : la croyance que les individus, une fois qu\u2019ils sont profondément convaincus d\u2019un besoin de changement, peuvent engendrer des solutions, de par leur engagement et leur créativité propres.19 18.\tMichel Crozier, ibid.19.\tMarilyn Ferguson, Les enfants du verseau, pour un nouveau paradigme, Calmann-Lévy, 1981.L'ACTION NATIONALE \u2022 111 3.L\u2019État doit trouver le moyen de sortir du monde des relations publiques et s\u2019adresser aux vrais problèmes Tous nos gouvernements, sans exception, nous parlent de création d\u2019emplois, comme étant leur première priorité, depuis au-delà de 15 ans.On parle de la « crise » du chômage comme quelque chose qu\u2019on s\u2019apprête à régler à coup de projets d\u2019infrastructure, alors qu\u2019on publie régulièrement des statistiques sur les sans-emploi.Une étude du ministère du Travail des États-unis a trouvé un taux de « vrai chômage » - y compris ceux qui travaillent mais dont les gains sont en dessous du seuil de pauvreté -de plus de 40 pour cent.20 Or, il est évident depuis longtemps et il est inefficace de traiter du problème comme d\u2019une «crise» de chômage.Le marché du travail traverse une mutation profonde.L\u2019évolution de la technologie et la révolution des mœurs ont transformé les conditions de l\u2019action collective.Le peuple s\u2019adapte lentement à cette nouvelle situation mais l\u2019Etat l\u2019ignore.Il fait comme si elle n\u2019existait pas.Défendre l\u2019industrie est nécessaire, mais défendre l\u2019emploi industriel est un non-sens.La mobilisation pour la défense de l\u2019emploi industriel est un phénomène caractéristique du jeu politico-syndical, elle ne répond pas aux problèmes réels que sont la transformation des modes d\u2019organisation du travail et le chômage des jeunes.21 La perspective de «caser» des gens va continuer à décevoir.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est créer des 20.\tMarilyn Ferguson, ibid.21.\tMichel Crozier, ibid.Le marché du travail traverse une mutation profonde.112 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE besoins et des marchés nouveaux, ce qui échappe à l\u2019Etat, ce dont l\u2019État est incapable dans son cadre actuel de fonctionnement.Ce que l\u2019Etat pourrait faire, c\u2019est faciliter la concertation entre les ressources pertinentes.Il m\u2019a souvent paru pathétique de constater comment l\u2019État, par la vanité du rôle qu\u2019il croit jouer, se laisse utiliser tantôt par le monde patronal, tantôt par le monde syndical, à intervenir dans des conflits que les deux parties sont en bien meilleure position de régler eux-mêmes.Les deux parties remettent littéralement leurs merdiers à l\u2019État qui s\u2019empresse à y patauger.Ce que l\u2019État pourrait faire, c\u2019est faciliter la concertation entre les ressources pertinentes.Par ignorance, par morgue, nous avons œuvré à l\u2019encontre de la nature.Parce que nous n\u2019avons pas compris que les tous sont plus que la somme de leurs parties, nous avons isolé nos informations dans des îles, dans tout un archipel de données séparées.Chacune de nos grandes institutions s\u2019est développée pratiquement à l\u2019écart des autres.Ignorant que notre espèce a évolué en coopération, nous avons opté pour la compétition au travail, à l\u2019école, dans les relations.22 Pour créer de nouveaux marchés, les voyages de premiers ministres en Asie, en Europe et en Amérique du Sud qui vont parapher des ententes déjà conclues, sont d\u2019une utilité fort mince.4.L\u2019État doit devenir utile Il faut concevoir le rôle de l\u2019État en fonction de son utilité envers la société.Crozier suggère que le problème n\u2019est pas que l\u2019État soit efficace en soi, mais que « les rapports entre lui et la société soient tels, que celle-ci obtienne les services 22.Marilyn Ferguson, ibid.L'ACTION NATIONALE \u2022 113 nécessaires et soit véritablement aidée par une bonne gestion publique ».La complexité réglementaire.est la réponse des autorités à l\u2019explosion de la complexité des interactions humaines.Or l\u2019idée commence à émerger que la seule réponse efficace est en fait celle de la simplicité.23 Ce qui rend l\u2019action gouvernementale contraignante et ce qui gêne, au lieu de l\u2019aider, le bon fonctionnement des secteurs qu\u2019elle veut assujettir, c\u2019est que sa réglementation est de nature qui leur est étrangère.Le règlement veut assurer un contrôle de l\u2019État et pour l\u2019État, selon des paramètres qui ne tiennent pas compte des exigences organiques des secteurs qu\u2019il veut contrôler.Or, ce que le règlement devrait viser surtout, c\u2019est l\u2019usage des mécanismes de régulation propre aux secteurs qu\u2019il interpelle.Ceci suppose une connaissance plus intime de leurs particularités que l\u2019État peut en posséder.Ceci nécessite une collaboration entre l\u2019administration et l\u2019administré.La transformation du fonctionnement de l\u2019État qui est requise est fondamentale.Il faut repenser la méthode gouvernementale.Il est curieux de constater que le concept de dissuasion, si fortement contesté en matière pénale, reste au contraire le concept clé en matière de réglementation civile.Nous transformons les rapports collectivité-individus en un grand jeu de gendarmes et voleurs.Prescrire, punir, enlever à l\u2019un, donner à l\u2019autre sont autant d\u2019interventions souvent aussi barbares qu\u2019inefficaces.24 Nous transformons les rapports collectivité-individus en un grand jeu de gendarmes et voleurs.23.\tMichel Crozier, ibid.24.\tMichel Crozier, ibid.114 \u2022 L'ACTION NATIONALE La prédominance de la voie du contentieux détourne de toute collaboration avec les organes collectifs.En plus, si elle permet de se prémunir contre de mauvais résultats affectant des personnes ou des groupes, elle ne fait pas apparaître les résultats globaux d\u2019une action.En fait, on a vu dans certains cas, qu\u2019elle pouvait détourner carrément des objectifs de la législation.Il y a quelques années la mise en application de la législation étatsunienne en «Equal Employment Opportunity» a donné lieu à des poursuites judiciaires d\u2019une grande envergure.Des cabinets d\u2019avocats planifiaient soigneusement, parfois pendant des années, des attaques contre des entreprises données.Les poursuites étant de plusieurs millions de dollars, ils se garantissaient ainsi d\u2019excellents honoraires.Il ne peut pas y avoir de collaboration ici parce que le contrôlé dépend du contrôleur.Certaines de ces entreprises avaient par ailleurs, beaucoup de difficulté à trouver des candidats qualifiés dans leur proche voisinage.Une pratique, que certaines ont utilisée, était d\u2019aller faire du recrutement de représentants de groupes minoritaires dans des pays étrangers afin d\u2019améliorer leurs « statistiques » d\u2019embauche.Tout se jouait en ignorant totalement les conditions sociales qui avaient donné naissance à la législation en premier lieu.Il ne peut pas y avoir de collaboration ici parce que le contrôlé dépend du contrôleur.L\u2019Etat ne peut pas mobiliser les ressources du système qu\u2019il envahit.Le contrôlé, s\u2019il veut s\u2019affirmer, ne peut que jouer le jeu du système : Utiliser ses droits au maximum et demander toujours plus.D\u2019où ce rejet du bénéficiaire qui est en même temps un assujetti et qui va se comporter à la fois comme un contribuable cherchant à tirer le parti maximal de ses droits catégoriels.Ce système ne peut trouver son équilibre.Il est condamné à la folie des L'ACTION NATIONALE \u2022 115 revendications de toujours plus.Il y a aliénation des patients.et dérive des coûts.25 Ceci ne signifie pas que nous préconisons l\u2019absence de direction gouvernementale, bien au contraire, mais il nous semble clair que cette direction doit s\u2019exercer différemment.Ceci suppose que l\u2019État joue : Le rôle de pourvoyeur de connaissance et d\u2019information, de faciliteur de contacts et de coopération.Il faut qu\u2019il investisse largement dans les domaines essentiels dont dépend l\u2019avenir.: la qualité des institutions de recherche et de formation, entre autres.(Il faut que) la priorité soit donnée à l\u2019investissement dans les ressources humaines.26 Ceci suppose que l\u2019Etat investisse largement dans les domaines essentiels dont dépend l\u2019avenir.D.Conclusion 1.Efforts concertés et «gains de nature dynamique» Richard Langlois désespère.Le dernier paragraphe de son livre, Pour en finir avec l\u2019économisme, est d\u2019un pessimisme qui fait plus que mettre en doute l\u2019effet libérateur de ses travaux, il en prédit la futilité : Critiquer l\u2019économisme en 1995 au Québec a sans doute autant d\u2019effet qu\u2019une chanteuse qui se présente au Stade olympique sans micro.Un vague écho perdu dans l\u2019immensité.27 Nous ne partageons pas ce désespoir.Nous l\u2019invitons cependant à revoir certains de ses fantasmes.Les gens riches de Montréal, nous dit-il, vont dans les endroits chics pour s\u2019y faire voir et 25.\tMichel Crozier, ibid.26.\tMichel Crozier, ibid.27.\tRichard Langlois, Pour en finir avec /\u2019 économisme.Boréal, 1995.116 .L'ACTION NATIONALE ceux qui n\u2019y vont pas s\u2019en abstiennent, parce qu\u2019ils sont «cheaps».Voilà qui ne laisse pas beaucoup de place aux gens riches sympathiques, s\u2019il y en a.Le problème de ce rejet automatique de l\u2019autre, c\u2019est qu\u2019il coupe l\u2019accès, en partant, à une ressource pertinente à la résolution de notre impasse.Nous ne partageons pas son pessimisme parce que nous sommes convaincu que le monde syndical dont il provient est capable de concertation avec le monde patronal et le monde gouvernemental.Ce sont les conflits traditionnels de ces institutions, leurs luttes de pouvoirs qui faussent le débat et le fait avorter.Les « gains de nature dynamique» dont parlait, Madame Judith Maxwell, ne sont possibles qu\u2019avec un effort concerté des ressources que nous représentons.Le monde syndical est capable de concertation avec le monde patronal et le monde gouvernemental.2.La mutation des emplois et la décentralisation gouvernementale En fait, la mutation des emplois nous fournit l\u2019occasion d\u2019innover et de mâter le défi.Les gouvernements ont jusqu\u2019ici joué avec la consultation populaire, et à chaque fois qu\u2019ils l\u2019ont essayée, ils s\u2019y sont un peu fait prendre.Ils ont entendu des choses auxquelles ils ne s\u2019attendaient pas et ils ont dû, au moins partiellement, ajuster leur tir.Et puis des gens réfléchissent à la transformation du fonctionnement de l\u2019État.Marc-Urbain Proulx, professeur à l\u2019UQAC et organisateur du Forum régional sur la décentralisation au Saguenay-Lac-Saint-Jean, signait «La modernisation de l\u2019appareil d\u2019État», dans Le Devoir du 17 mai 1995.On parle beaucoup de décentralisation gouvernementale au Québec dans les temps qui courent.Il y a, bien sûr, des mouvements de flux et des mouvements de reflux, mais au moins on en parle.M.Proulx commentait une série d\u2019articles L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 117 de Pierre Graveline sur les enjeux de la décentralisation : «qualité de vie démocratique, efficience politico-administrative, justice sociale, développement économique des régions et droits syndicaux».Il suggérait justement qu\u2019il faut «élargir le débat pour qu\u2019il s\u2019élève du corporatisme et du marchandage politique et embrasse l\u2019intérêt général de la population ».Le pouvoir local et régional éventuellement accru s\u2019avère certes une condition nécessaire mais aucunement suffisante pour une véritable prise en main du développement.Il faut aussi que les citoyens, les travailleurs et les entrepreneurs latents, dont une large partie s\u2019avère désœuvrée, résignée et même apathique actuellement, soient sollicités, mobilisés et engagés dans le processus.28 Changer la peur de l\u2019échec, pour la peur de ne pas changer.3.Changer la peur de l\u2019échec, pour la peur de ne pas changer Il est vrai que les gens peuvent se complaire à suivre la pente facile de l\u2019administré qui triche et revendique à la fois.On a parfois 1 \u2019 impression que les gens acceptent d\u2019être dupes en autant qu\u2019ils ne le savent pas clairement, même s\u2019ils s\u2019en doutent.La force considérable de la réaction négative des gens à la TPS, par exemple, était partiellement due au fait que par sa forme même, cette taxe le leur rappelle constamment.Mais n\u2019avons-nous pas atteint un point critique, un point d\u2019ébullition, de renversement ?On ne peut pas, il est vrai, changer les gens.Les gens eux-mêmes sont seuls à pouvoir le faire parce que le changement ne se fait que de l\u2019intérieur de soi.Il est vrai que tout du système nous 28.Marc-Urbain Proulx, «La modernisation de l\u2019appareil d\u2019Etat», Le Devoir, 17 mai 1995.118 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le Québec se rapproche d\u2019un autre carrefour historique : la déclaration de l\u2019indépendance.enjoint à rester tranquille.On nous a enseigné depuis notre enfance à compter sur l\u2019autorité.On ne peut pas forcer les gens à appuyer la souveraineté ni à reconnaître qu\u2019il faille transformer le fonctionnement de l\u2019État.Ces changements créent de l\u2019incertitude.L\u2019incertitude n\u2019est pas agréable, mais dans le marasme où nous sommes, la certitude est impossible et celui qui prétend vous l\u2019offrir se rend ridicule.Le Québec se rapproche d\u2019un autre carrefour historique: la déclaration de l\u2019indépendance.Mais la souveraineté du Québec n\u2019accomplira pas d\u2019elle-même cette transformation du fonctionnement de l\u2019État.La transformation restera œuvre difficile dans un Québec souverain mais nous croyons que la transformation que nous préconisons devra se faire, que le Québec soit souverain ou pas.Nous croyons que le plus grand risque est celui de refuser la perte de nos illusions.En bref, il nous faut entreprendre cette transformation sans boussole.Il faut toujours dévier d\u2019un plan stratégique.En fait, il est entendu par la notion de contrôle stratégique d\u2019un plan, que nous devons l\u2019adapter non seulement en fonction de ce qui s\u2019est produit, mais en tenant compte des changements de nos prévisions de ce que sera l\u2019avenir.29 Il faut constamment adapter son plan mais il est toujours préférable d\u2019en avoir un.En plus des défis énormes que nous rencontrerons sur le terrain, il faudra continuer de nous parer contre les coups d\u2019un système fédéral, qui s\u2019enfonce de plus en plus dans nos champs de compétence, en uniformisant d\u2019autorité et artificiellement, une 29.Stanley M.Davis, Future Perfect, Addison-Wesley Publishing Company Inc., 1987.L'ACTION NATIONALE «119 réglementation qui viole les caractéristiques particulières des régions sur lesquelles elle s\u2019impose.Comme la réponse des Québécois a été « NON », nous continuerons de réagir au lieu de consacrer tous nos efforts à vivre ce que nous sommes.«À la prochaine fois» nous avait dit René Lévesque.Un avantage de l\u2019option souverainiste aujourd\u2019hui est que précisément nous sommes au seuil de cette «prochaine fois».Nous savons ce qui s\u2019est passé après la première.Évitons la liste des événements défavorables au Québec.Citons de préférence ce paragraphe tiré d\u2019un document synthèse de deux mois et demi d\u2019audiences de la Commission Bélanger-Campeau, que La Presse publiait le 25 janvier 1991 : Il est assez étonnant que l\u2019on ait pu modifier substantiellement l\u2019ordre constitutionnel canadien en 1982 et réduire l\u2019autonomie législative du Québec sans qu\u2019il y consente, et que par l\u2019effet de ces changements, une seule province soit désormais en mesure de faire échec à une modification constitutionnelle que souhaiterait le Québec et qui requerrait l\u2019unanimité.Ce système est plus fort que nous et sa force agit contre nous.Tout est là.Le Québec perd les Nordiques et paie douze millions pour garder les Jets à Winnipeg,30 Tout à fait normal.Et au cas où nous n\u2019aurions pas compris, le Premier ministre du Canada dit en Chambre des Communes qu\u2019il respecte en cela les vues du maire « séparatisse » de la ville de Québec.Il nous faut sortir de ce système parce qu\u2019il est plus fort que nous et que sa force agit contre nous.30.«Nous autres, les Québécois, on va contribuer environ une dizaine de millions aux engagements financiers d\u2019Ottawa pour construire un nouvel amphithéâtre pour les Jets de Winnipeg», Réjean Tremblay, « Dommage, on aimait tellement les haïr», La Presse, 26 mai 1995.120 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Voilà pourquoi nous ne pouvons pas compter sur « le fédéralisme flexible ».\tNon pas parce que la direction politique est plus maléfique que d\u2019autre, mais parce qu\u2019elle est captive de sa logique partisane et qu\u2019elle n\u2019a pas le choix.Le Canada anglais le veut ainsi et il a la majorité.Voilà pourquoi nous ne pouvons pas compter sur «le fédéralisme flexible».Sa flexibilité ne peut que jouer contre nous.N\u2019écoutons pas ceux qui la prêchent, parce que s\u2019ils étaient honnêtes envers nous, ils ne le seraient pas envers le Canada anglais qui ne veut clairement pas nous accommoder.Le dossier constitutionnel, marathon de l\u2019immobilisme quand il vise le Québec, n\u2019est pas le centre de nos propos.La crise financière publique en est plus près.Or c \u2019est après « la première fois », celle de juin 1980, que la situation financière a vraiment dérapé au Canada.Elle a dérapé sous l\u2019action du même gouvernement qui a conçu la tactique sublime de mise en échec du Québec, que nous venons de souligner.Nous avons noté ailleurs que : S\u2019il fallait mettre une date sur le véritable point de départ de la descente aux enfers, sans doute 1980 serait-elle l\u2019année qui convient le mieux.Le gouvernement Trudeau ouvre les vannes, dépense, ne se préoccupe pas du déficit.Les quatre derniers budgets du gouvernement Trudeau appliqueront cette recette empoisonnée.La diarrhée atteindra son apogée avec le dernier budget du ministre des Finances Marc Lalonde (1984-85).31 Imaginons l\u2019avantage que le Québec aurait, s\u2019il avait planifié et décidé lui-même de ses propres investissements depuis 1980.Imaginons \t31.Claude Picher, «Comment en est-on arrivés là?», La Presse, 21 janvier 1995.L\u2019ACTION NATIONALE .121 où nous en serons dans 15 ans si nous ne sortons pas de ce système qui a su si bien nous verrouiller à double tour et nous endetter de ses propres dépenses.Nous avons tous peur du changement mais la peur de l\u2019échec peut être transformée par une confiance suffisante en soi, et par la reconnaissance soudaine que ne pas changer est une possibilité bien plus réelle et plus effrayante.?122 L\u2019ACTION NATIONALE Du tricolore canadien au fleurdelisé québécois Les tricolores Luc Bouvier* IVfême si, intrinsèquement, un drapeau n\u2019est qu\u2019un simple bout de tissu aux couleurs diverses, sans grande valeur, il incarne, dans les faits, l\u2019identité même du peuple qui l\u2019arbore.Les Canadiens, puis les Canadiens français et finalement les Québécois ont arboré, depuis 1760, plusieurs drapeaux qui, à leurs yeux, marquaient et marquent encore leur différence.Trois ressortent : 1- le tricolore canadien qui fut le drapeau des Patriotes de 1837-38; 2- le tricolore français qui pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle et une partie du XXe a servi de signe distinctif à ce qu\u2019il était convenu d\u2019appeler la race française en Amérique; 3- le Carillon-Sacré-Cœur qui apparaît au début du XXe siècle et qui devient, le Sacré-Cœur gommé, drapeau officiel du Québec le 21 janvier 1948.Le tricolore canadien Le premier drapeau que se donnent les Québécois est le tricolore canadien, communément appelé drapeau des Patriotes.Formé de trois bandes horizontales, le vert-blanc-rouge fait son apparition pour la première fois en 1832, lors de la libération de Ludger Duvemay de la Minerve, et * Professeur, collège de l\u2019Outaouais.L'ACTION NATIONALE \u2022 123 de Daniel Tracey du Vindicator, tous deux condamnés à être emprisonnés jusqu\u2019à la fin de la session pour avoir traité le Conseil législatif respectivement de «nuisance publique » et d\u2019« incube oppressif ».Lors de leur sortie triomphale de prison, la foule, nombreuse, arbore le tricolore canadien1.La popularité du vert-blanc-rouge grandit au même rythme que la révolte qui gronde au sein de la population.En 1837, il est, dans les faits, drapeau national.Les assemblées anti-coercitives en réponse aux Résolutions Russell de mars 1837 sont l\u2019occasion de l\u2019arborer «ostensiblement» pour reprendre le terme même de Colbome2.Devant la popularité du drapeau des Patriotes et sa symbolique révolutionnaire, le Montreal Herald du 20 octobre 1837 recommande de le détruire3.Le 6 novembre suivant, le Doric Club attaque le siège social des Fils de la liberté, coin Sanguinet et René-Lévesque, et s\u2019empare du drapeau de l\u2019association : un tricolore canadien avec, dans sa partie centrale, l\u2019inscription En avant! Association des Fils de la Liberté4.De cette époque troublée, deux étendards nous sont parvenus.Sur la bande blanche centrale du premier, conservé à la chapelle funéraire de Montebello, où repose la dépouille mortelle de Louis-Joseph Papineau, sont inscrites les lettres P L H, fort probablement pour Patrie Liberté Honneur.Accroché à la gauche de l\u2019autel, côté jardin donc, Devant la popularité du drapeau des Patriotes, le Montreal Herald du 20 octobre 1837 recommande de le détruire.1.\tAmédée Papineau, Journal d\u2019un Fils de la liberté réfugié aux États-Unis par suite de l'Insurrection Canadienne, en 1837, vol.I, Montréal, Réédition-Québec, 1972, p.18-19.2.\tLettre de Colbome à Gosford du 6 octobre 1837.Citée par Gérard Filteau, Histoire des Patriotes, tome II, Montréal, éd.de l\u2019Action canadienne-française, 1939, p.160.3.\tJacques Lacoursière et Hélène-Andrée Bizier, Nos racines : l\u2019histoire vivante des Québécois, n° 65, Saint-Laurent, T.L.M.Inc, 1979, p.1297.4.\tRaoul Roy, Pour un drapeau indépendantiste, Montréal, les Editions du Franc-Canada, 1965, p.15.124 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le drapeau avait été fabriqué pour l\u2019Assemblée de Sainte-Scholastique où furent entérinées les 92 résolutions.l\u2019étendard est dans un état de délabrement avancé.Le second, conservé au Château Ramezay, aurait connu le feu de Saint-Eustache : « [d]e nombreux trous de balles [19] et un trou de boulet attestent de l\u2019emploi de ce drapeau au champ de bataille», selon la description du musée5.Restaurées en 1985 par l\u2019Institut canadien de la conservation (ICC), les deux lisières de coton restantes, donc blanches à l\u2019origine, mesurent 158 cm sur 106 cm et portent dans sa partie centrale un maskinongé avec les initiales C (en haut) et J=Bte (en bas) [possiblement pour Canada et Jean-Baptiste]6 entouré d\u2019aiguilles et de pommes de pin et, dans sa partie inférieure, une branche d\u2019érable; l\u2019ensemble est peint en brun, vert et bleu.Pour marquer le 250e anniversaire de Montréal, la Montreal Exposition Co.expose ce drapeau patriote du 15 au 23 septembre 1892.Il est précisé dans le catalogue d\u2019exposition que le drapeau avait été fabriqué pour l\u2019Assemblée de Sainte-Scholastique où furent entérinées les 92 résolutions et qu\u2019il fut des batailles de Saint-Eustache et de Saint-Benoit7.Le Patriote Damien Masson, premier propriétaire, le lègue à sa nièce Mlle Filiatrault qui le lègue, à son tour, à son gendre Charles Forté de Montréal qui le cède à 5.\tJacques Archambault et Eugénie Lévesque, Le Drapeau québécois, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1974, p.16.Si les petits trous peuvent être attribués à l\u2019impact de balles, le souffle d'un boulet de canon n\u2019aurait pas permis de faire le grand trou à droite de la bande inférieure du drapeau à moins qu\u2019il n\u2019ait été maintenu par deux personnes.Aucune expertise en vue d\u2019en savoir plus n\u2019a été faite lors de la restauration du drapeau (Mme Ela Keyserlingk, restauratrice à l\u2019Institut canadien de la conservation).6.\tCertains voient dans les lettres J et B une possible référence franc-maçonnique et dans le C une allusion à la société secrète des Frères Chasseurs qui prit une part active à la rébellion de 1838 (« L\u2019énigme d\u2019une bannière», le Devoir, 16 avril, 1988, p.5).7.\t« Exhibition of Portraits and other Historical Relies in commemoration of the 250th Anniversary of the foundation of the City of Montreal », The Canadian Antiquarian and Numismatic, vol.II, n° 4, second series, nov.1892, p.211-215.L\u2019ACTION NATIONALE .125 F.-X.Craig au début de 1892.Finalement le 1er juillet 1892, Joseph Leroux en devient propriétaire : au drapeau est alors joint trois certificats assermentés qui en confirment l\u2019authenticité et la provenance.Il devient par la suite propriété de l\u2019Ordre indépendant des forestiers de Toronto par l\u2019entremise, selon J.-Z.Léon Patenaude8, du Dr Maillet président de l\u2019Ordre et époux de Eugénie Boudet, grand-mère de Joseph Leroux.Il revient au Québec en 1908 grâce à Victor Morin, alors un des vice-présidents de l\u2019Ordre, qui avertit le Conseil de musée du Château de Ramezay de la possibilité de rapatrier le drapeau.Le 14 janvier 1908, le conseil demande «que le Président de cette société soit autorisé à faire auprès de l\u2019Ordre indépendant des forestiers les démarches nécessaires pour les prier de vouloir faire don au musée historique du Château de Ramezay du drapeau des patriotes dans la bataille de Saint-Eustache ».Peint à la main par un certain Girouard de Saint-Benoît, il est l\u2019œuvre de la mère du Patriote Damien Masson.Mme Reeves-Morache affirme que « [c]e drapeau fut dessiné et tissé par les dames Masson et Dumouchel pour les combattants de Saint-Eustache au mois de décembre 18379».Selon Leroux, le drapeau a été fait au début de l\u2019automne 1837.Il affirme que « [vjers le commencement du mois d\u2019octobre 1837, Papineau vint en procession de Saint-Benoît à Sainte-Scholastique, le drapeau en tête de la procession10 ».Selon le Journal d\u2019Amédée Papineau, le fils, du 29 septembre au 9 octobre 1837, Papineau est dans sa seigneurie de la Petite-Nation et ce n\u2019est que le 23 octobre qu\u2019il participe à une assemblée Ce drapeau fut dessiné et tissé pour les combattants de Saint-Eustache au mois de décembre 1837.8.\t« Louis-Joseph Papineau était-il franc-maçon ?», le Devoir, 23 juin 1988, p.11.9.\t« Deux visages de la canadienne d\u2019autrefois » , Québec-Histoire, 1971, vpl.1, nos 3-4, p.92.10.\tJoseph Leroux, Le Médailler du Canada, 2e édition, Montréal, 1892, p.86d-86f.126 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La réapparition du tricolore canadien, vert, blanc et rouge, n\u2019est guère appréciée par l\u2019élément anglais de la ville de Québec.d\u2019envergure à Saint-Charles\".La procession de Saint-Benoît à Sainte-Scholastique a eu lieu le 1er juin 1837.Le drapeau date donc possiblement du printemps 1837.Le bicolore La défaite des Patriotes porte un coup fatal au tricolore canadien.L\u2019Union installée, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, à l\u2019instigation de Napoléon Aubin, est fondée le 19 juin 1842 et prend comme drapeau, le tricolore canadien : cette année-là, lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste, « Menait ensuite la bannière de la Société Saint-Jean-Baptiste portant un tableau du saint et les emblèmes du Canada [le castor et la feuille d\u2019érable], sur un fond tricolore, composé des couleurs canadiennes, rouge, blanc et vert.Un peu en arrière s\u2019élevait une autre bannière fond blanc avec l\u2019inscription : Nos institutions, notre langue et nos lois ! Cette dernière était au milieu de quatre drapeaux de la milice canadienne [.].Tous ceux qui composaient la procession portaient à la boutonnière la feuille d\u2019érable et un castor sur un ruban tricolore12».La réapparition du tricolore canadien, vert, blanc et rouge, n\u2019est guère appréciée par l\u2019élément anglais de la ville de Québec qui y voit un emblème révolutionnaire.Le journaliste du Canadien espère «que la partie réfléchie de la population britannique a eu le bon jugement et le bon esprit de ne pas donner une pareille interprétation au déploiement du tricolore canadien, et qu\u2019elle ne l\u2019a regardé comme il n\u2019est en réalité, que comme un emblème national, et nullement comme un emblème de parti politique, encore moins comme un emblème révolutionnaire13».L\u2019avertissement 11.\tAmédée Papineau,op.cil., p.49-55.12.\tLe Canadien, 24 juin 1842.13.\tLe Canadien, 27 juin 1842.L'ACTION NATIONALE .127 suffit.Le 18 août 1842, la Société décide d\u2019adopter un drapeau bicolore, blanc et vert, à bandes verticales.L\u2019article XLIX des statuts de la société précise qu\u2019elle «portera représentés: saint Jean-Baptiste et un castor, entourés d\u2019une guirlande de feuilles d\u2019érable, avec l\u2019inscription: Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, et la devise : Nos institutions, notre langue et nos lois14».En ce qui concerne la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sa «principale bannière [.] est de couleur blanche et verte, ayant sur le côté l\u2019image de saint Jean-Baptiste, entourée d\u2019une guirlande de feuilles d\u2019érable avec un castor et la devise tirée de l\u2019écriture : «Rendre le peuple meilleur», et sur le revers les armes de l\u2019Association avec l\u2019inscription : Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal15».Les armoiries de la société blasonnent: sur un écu français : Parti : au premier d'azur à une représentation de saint Jean-Baptiste au naturel; au second, coupé: au premier d\u2019azur à trois fleurs de lys d\u2019or qui est France moderne, au second de gueules de lion d\u2019or.Sous l\u2019écu, deux branches d\u2019érable au naturel passées en sautoir.Cimier : un castor au naturel.Le bicolore blanc et vert remplace donc le tricolore des Patriotes devenu intolérable aux anglophones.Son peu de succès explique sa rapide disparition devant le tricolore français.Le castor et la feuille d\u2019érable restent, quant à eux, fort populaires.Dans un poème de 1848, La fête du peuple, Joseph Lenoir-Rolland fait référence à une bannière sur laquelle se détache sur un fond or un castor noir16.En 1905, l\u2019abbé Filiatrault Le bicolore blanc et vert remplace donc le tricolore des Patriotes devenu intolérable aux anglophones 14.\tH.-J.-J.-B.Chouinard, Fête nationale des Canadiens français célébrée à Québec le 24 juin 1880, Québec, A.Côté, 1881, p.577.15.\tH.-J.-J.-B.Chouinard, op.cit., p.524.16.\tJoseph Lenoir-Rolland, Poèmes épars, Montréal, le Pays lauren-tien, G.Malchelosse, éditeur, 1916 (2e édition), coll.Bibliothèque laurentienne, p.24-25.128 .L'ACTION NATIONALE rappelle qu\u2019il y a une cinquantaine d\u2019années, soit vers 1855, le castor et la feuille d\u2019érable étaient les emblèmes choisis par les Canadiens17 et qu\u2019au début, «pour le [le tricolore français] rendre canadien, on avait soin de l\u2019orner de nos emblèmes nationaux: le castor et la feuille d\u2019érable18».Le tricolore français Nous étions tous étonnés de voir les Anglais hisser en profusion les drapeaux tricolores.Le 27 mars 1854, la France et l\u2019Angleterre s\u2019allient et, le lendemain, déclarent la guerre à la Russie.Le 20 septembre 1854, les alliés gagnent la bataille de l\u2019Alma.Montréal et Québec pavoisent aux couleurs françaises et britanniques.« Vers le 10 octobre, affirme Benjamin Suite, nous célébrions en Canada cette glorieuse journée et je me rappelle de la chose comme si c\u2019était d\u2019hier seulement.Nous étions tous étonnés de voir les Anglais hisser en profusion les drapeaux tricolores et nous donner par là même un exemple à suivre.Jusqu\u2019à la proclamation de la paix, en avril 1856, le tricolore flotta sur nos villes et nos campagnes19».Une des conséquences de l\u2019alliance anglo-française est la venue au Québec, durant l\u2019été de 1855, d\u2019un premier bateau français depuis la cession du pays en 1760.L\u2019arrivée de la Capricieuse soulève l\u2019enthousiasme de la population.La légende veut qu\u2019à Québec, la foule, admise à visiter le vaisseau, ait descendu le tricolore «pour le baiser et s\u2019en disputer les lambeaux20» À 17.\tElphège Filiatrault, Nos couleurs nationales, Saint-Judes, février 1905, p.5.18.\tUn compatriote [Elphège Filiatrault], Aux Canadiens-Français.Notre drapeau, p.3.19.\tOlivier [pseudonyme de Benjamin Suite], «Le drapeau tricolore au Canada», Bulletin des recherches historiques, vol.III, n° 2, février 1897, p.29.20.\tArmand Yon, Le Canada français vu de France (1830-1914), Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1975, (Vie des lettres québécoises), p.31.L'ACTION NATIONALE \u2022 129 Montréal, le 28 juillet 1855, l\u2019enthousiasme est à l\u2019avenant : Partout des drapeaux français et anglais entremêlés, des oriflammes, des banderoles portant les inscriptions : Vive l\u2019Empereur! Vive l\u2019Impératrice ! Vive la reine Victoria !21 Chaque victoire alliée dans la guerre de Crimée, Inkerman, Balaklava, est fêtée au Canada.La prise de Sébastopol, le 8 septembre 1855, atteint des sommets.Nouvelles fêtes, plus grand nombre de drapeaux français que dans les cas précédents.Un Anglais n\u2019était pas lui-même s\u2019il ne mariait pas l\u2019arc-en-ciel de la France à la Croix de Saint-Georges.Nous en eûmes pour tous les goûts - en bandoulières, en rosettes, en pavillons, en garnitures de chapeaux, en cravates, en costumes de gymnase, que sais-je !22 Il y eut éclipse jusqu\u2019en 1860 et regain en faveur du tricolore en 1870.Toujours, selon Suite, il y eut éclipse jusqu\u2019en 1860 et regain en faveur du tricolore en 1870 alors même que les journaux anglais injuriaient la France et qu\u2019ils cessèrent d\u2019arborer le tricolore23.En 1884, à la convention nationale acadienne de Miscouche (île-du-Prince-Edouard), les délégués adoptent à l\u2019unanimité la proposition suivante : « Que le drapeau tricolore soit le drapeau national des Acadiens français.Comme marque distinctive de la nationalité acadienne, on placera une étoile, figure de Marie, dans la partie [supérieure] bleue, qui est la couleur symbolique des personnes consacrées à la sainte Vierge.Cette 21.\tArmand Yon,op.cit., p.32.22.\tBenjamin Suite, « Le drapeau tricolore en Canada», Bulletin des recherches historiques, vol.X, n° 5, mai 1904, p.157.23.\tOlivier [pseudonyme de Benjamin Suite], « Le drapeau tricolore au Canada», Bulletin des recherches historiques, vol.III, n°2, février 1897, p.29-30.130 \u2022 L'ACTION NATIONALE En 1885, les Métis du Manitoba arborent le tricolore républicain marqué au centre de la harpe irlandaise.étoile, Stella maris, qui doit guider la petite colonie acadienne à travers les orages et les écueils, sera aux couleurs papales [jaune] pour montrer notre inviolable attachement à la sainte Église, notre mère».Puis, au milieu d\u2019une foule enthousiaste, l\u2019abbé Marcel-François Richard déploie le premier drapeau acadien, confectionné par Marie Babineau (Mme Alphée Belliveau), une de ses paroissiennes.Le drapeau original est conservé au Musée acadien de l\u2019Université de Moncton24.En 1885, les Métis du Manitoba arborent le tricolore républicain marqué au centre de la harpe irlandaise25.En 1888, c\u2019est la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec qui délaisse le bicolore vert et blanc au profit du bleu-blanc-rouge.Le drapeau français ne cesse de gagner en popularité au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.Il est de toutes les manifestations (processions, défilés, carnavals), très souvent accompagné de l\u2019Union Jack.La pendaison de Riel, le 16 novembre 1885, déclenche l\u2019essor du bleu-blanc-rouge et de la Marseillaise26; ils sont les supports obligés de toutes les manifestations riellistes.Honoré Mercier et son Parti national ne cessent de les utiliser avec succès durant la campagne électorale de 1886.En janvier 1887, il prend le pouvoir.Sous son gouvernement, le tricolore devient drapeau national.L\u2019utilisation du bleu-blanc-rouge suscite deux catégories d\u2019opposition.D\u2019une part, parce qu\u2019il 24.\tEmery Leblanc, Les Acadiens, Montréal, les éd.de l\u2019Homme, 1963, p.36-38.Jean Daigle (sous la direction de), Les Acadiens des Maritimes : études thématiques, Moncton, Centre d\u2019études acadiennes, 1980, p.75-78.25.\tEn 1870, les Métis combattirent sous un drapeau blanc frappé au centre d\u2019un bison entouré de fleurs de lis et de trèfles (Raoul Roy, op.cil., p.28, 36).26.\tUne marseillaise rielliste est créée, voir Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière (sous la direction de), Canada-Québec synthèse historique, Montréal, Editions du Renouveau pédagogique, 1970, p.441.L'ACTION NATIONALE .131 représente l\u2019idéologie libérale favorable aux idées de la France républicaine, il sera en butte à l\u2019opposition des ultramontains qui souhaiteront le remplacer par un étendard fleurdelisé plus ancienne France.Ainsi, à la Fête nationale de 1884, François-Xavier Trudel, grand ultramontain, fait flotter un fleurdelysé blanc sur l\u2019édifice de son journal l\u2019Étendard.À Louis Fréchette qui privilégiait le tricolore français, il rétorque : Mtre Cyprien Fréchette de la Patrie ne peut voir sans rager le drapeau qui a abrité toutes nos gloires nationales les plus pures.Même pendant la courte période de nos fêtes de Saint-Jean-Baptiste, il lui a fallu insulter aux fleurs de lys.Et tandis qu\u2019il hurle ainsi contre les fleurs de lys, il est bien et dûment courbé de cœur et d\u2019échine sous le drapeau royal anglais.Fréchette réplique en rappelant la popularité du tricolore.L\u2019Étendard prétend que notre chronique de samedi insultait notre drapeau national et notre drapeau national, suivant lui, c\u2019est le drapeau blanc fleurdelisé.Eh bien non, notre drapeau national c\u2019est celui de la France quel qu\u2019il soit.Tant que le chiffon blanc ne sera que le drapeau d\u2019une faction de conspirateurs et d\u2019ambitieux qui veulent plonger leur pays dans la guerre civile [les légitimistes], et qu\u2019il sera ici l\u2019emblème de la coterie ridicule, hypocrite et méchante qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire d\u2019indiquer [les ultramontains], nous ne pourrons que le reléguer dans l\u2019ombre, - et c\u2019est ce que notre population, avec le gros bon sens qui la distingue, a parfaitement compris et exécuté27.À la Fête nationale de1884, François-Xavier Trudel, grand ultramontain, fait flotter un fleurdelysé blanc.27.Cité par Raoul Roy, op.cit., p.34.132 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE D\u2019autre part, parce qu\u2019il est l\u2019expression de la société distincte formée par les francophones, les anglophones, arguant la primauté des drapeaux de l\u2019Empire et du Dominion, souhaiteront sa disparition, passant parfois de la parole aux actes, comme lors des incidents qui marquèrent la libération de la garnison de Ladysmith.On descend le drapeau tricolore et on hisse les couleurs de l\u2019Empire britannique.La guerre des Boers, qui met aux prises l\u2019Angleterre et les colons Boers, soulève les passions au Canada.Les anglophones sont farouchement favorables à la participation canadienne tandis que les francophones s\u2019y opposent au nom de l\u2019indépendance du Canada: ces derniers se sentent plus proches des colons Boers que de l\u2019armée de l\u2019empire.A la Chambre des communes, le débat sur les propositions du ministre des Finances libéral Fielding sur un crédit de 2 millions $ pour l\u2019envoi du contingent canadien à la guerre du Transvaal se poursuit au moment où tombe la nouvelle de la libération de la garnison de Ladysmith assiégée depuis trois mois par les Boers.Pour fêter l\u2019événement et par haine de l\u2019élément français, les étudiants de l\u2019Université McGill accompagnés d\u2019autres citoyens anglophones au nombre de 2 000 improvisent, le 1er mars 1900, une manifestation qui dégénère.Successivement, ils envahissent les locaux de la Patrie, du Journal, de la Presse, de l\u2019hôtel de ville, du Palais de Justice puis de l\u2019Université Laval à Montréal.À chaque endroit, le même scénario se répète : on descend le drapeau tricolore et on hisse les couleurs de l\u2019Empire britannique.L\u2019après-midi, les étudiants de Laval répliquent : un drapeau anglais arboré par une compagnie anglaise est descendu.Le soir, les étudiants de McGill sont repoussés alors qu\u2019ils souhaitent saccager l\u2019Université Laval à Montréal.Les 2, 3 et 4 mars, les incidents entre étudiants de Laval et de McGill se poursuivent.Finalement, Mgr Bruchési, l\u2019archevêque de Montréal, et le L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 133 principal Peterson de McGill réussissent à calmer les esprits28.Le tricolore français reste le drapeau national des Canadiens français pendant une partie du vingtième siècle.A mesure qu\u2019on se rapproche de la date fatidique du 21 janvier 1948, il sera de plus en plus battu en brèche par le Carillon-Sacré-Cœur habituellement acompagné du drapeau papal.Jusque dans les années 1930, ils cohabiteront le premier en marche vers son déclin, le second vers son apogée.?Le tricolore français reste le drapeau national des Canadiens français pendant une partie du vingtième siècle.28.Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, tome 9, Montréal, Fides, 1977, p.174-185.134 \u2022 L'ACTION NATIONALE Itinérants Marie Cholette* Nous savons par cœur les inscriptions des rues de la ville la place de chaque banc les tracés familiers que les pas aveugles réempruntent en se laissant tirer au bout de la laisse par le chien voyant de l\u2019Habitude Les espoirs se ramassent dans les poubelles : un vieux parapluie sans couleur à la jambe de baleine cassée un gant esseulé qui ne réchauffera qu\u2019une main à la fois La trombose blanche de l\u2019Hiver a paralysé le pays d\u2019un côté et sa langue en entier une seule partie du cœur allumée l\u2019autre restera dans l\u2019ombre : il faut ménager Des itinérants nous sommes : nous portons tous des noms d\u2019emprunt comme vêtements donnés dans les salles paroissiales * Écrivaine et terminologue, Office de la langue française.L'ACTION NATIONALE .135 ne chauffer qu\u2019une seule pièce ne chauffer qu\u2019une partie du cœur en soufflant sur les tisons ne chauffer qu\u2019une partie du corps et ne pas se servir du reste Habiterai-je seulement mes yeux ?ou mes mains?peut-être mes pieds?Si je veux encore parcourir ma ville douces artères gonflées des enseignes de mon sang ce qu\u2019il me reste d\u2019avenir ?136 \u2022 L'ACTION NATIONALE Entrevue avec Me Warren Perrin Jean-François Nadeau* Un avocat louisianais poursuit la Reine d\u2019Angleterre Lafayette - Un avocat d\u2019origine acadienne, Me Warren Perrin, poursuit la couronne britannique pour la déportation des Acadiens.En raison d\u2019un précédent juridique, Me Perrin pourrait bien avoir gain de cause contre la couronne.Rappelons qu\u2019en 1755 plus de 7 000 francophones furent déportés des côtes de la Nouvelle-Ecosse par l\u2019armée britannique.Une large part de ces déportés se retrouvèrent aux Etats-Unis.D\u2019autres furent conduits dans des camps de détention en Angleterre et dans des îles du Sud particulièrement inhospitalières.Au début des années 1990, «quand les États-Unis s\u2019excusèrent pour ce qu\u2019ils firent aux Américains d\u2019origine japonaise durant la guerre, cela me fit penser que la couronne d\u2019Angleterre pourrait bien devoir s\u2019excuser pour le sort qu\u2019elle réserva aux Acadiens», explique l\u2019avocat.Me Perrin a peu à peu constitué un dossier juridique sur la déportation des Acadiens.Des universitaires du Québec, de la Belgique, de la France et * Directeur du journal des étudiants de l\u2019Université de Montréal, Le Quartier libre.L\u2019auteur a séjourné récemment en Louisiane.L'ACTION NATIONALE .137 du Luxembourg lui sont volontiers venus en aide.Dans ses recherches, il découvrit à sa plus grande surprise que l\u2019ordre de déportation des Acadiens donné aux troupes britanniques ne fut jamais abrogé.En 1755, les Acadiens avaient le statut de sujet britannique.Ils furent néammoins déportés.Il faut savoir qu\u2019ils durent abandonner leurs foyers avant que la guerre entre l\u2019Angleterre et la France n\u2019éclate.«Cette déportation fut bien sûr immorale, mais surtout illégale », insiste Warren Perrin.Pour qu\u2019un acte de déportation soit jugé légal à l\u2019époque, il fallait que le parlement britannique l\u2019ordonne.Or, c\u2019est à la suite d\u2019un ordre militaire que la déportation fut mise en œuvre.«L\u2019officier britannique qui a ordonné la déportation des Acadiens était au service de la couronne britannique.Selon le droit international, explique l\u2019avocat Perrin, un État est responsable de l\u2019action de ses officiers.» C\u2019est l\u2019application de ce principe qui conduisit par exemple au retentissant procès d\u2019Oliver North aux États-Unis.Me Perrin s\u2019appuie avec confiance sur cette logique pour poursuivre la royauté anglaise.En 1763, deux Acadiens se sont rendus à Londres avec une pétition.Ils entendaient obtenir réparation pour les préjudices qu\u2019on leur causa en tant que citoyens britanniques.Ils ne furent jamais entendus.Me Perrin a recueilli des centaines de signatures pour une nouvelle pétition, laquelle a été déposée au palais de Buckingham en janvier 1990.Un avocat du Texas mandaté par le gouvernement britannique discute depuis avec Me Perrin pour en arriver à un règlement hors-cours.Me Perrin a recueilli des centaines de signatures pour une nouvelle pétition.Un précédent Me Perrin se dit confiant de remporter sa bataille.«La couronne britannique, explique l\u2019avocat, s\u2019est excusée en 1994 pour le sort qu\u2019elle a fait 138 \u2022 L'ACTION NATIONALE Je veux que la couronne britannique construise à ses frais un mémorial de la déportation en Louisiane et à Poitiers, en France.subir aux indiens maoris de la Nouvelle-Zélande.C\u2019est la première fois qu\u2019elle agit de la sorte.Cela nous donne un précédent qui joue bien sûr en notre faveur.» Que réclame Me Perrin au nom du quelque million de descendants des Acadiens déportés?Il souhaite avant tout que l\u2019Angleterre s\u2019excuse et annule l\u2019ordre de déportation.«Je ne demande pas d\u2019argent, mais je veux que la couronne britannique construise à ses frais un mémorial de la déportation en Louisiane et à Poitiers, en France.» Me Warren Perrin, qui dirige un musée privé sur la culture acadienne et cadienne à Erath, a été nommé par le gouverneur de l\u2019État président du Conseil pour le Développement du Français en Louisiane (CODOFIL).Il espère que sa cause contre la couronne britannique sera réglée d\u2019ici au Congrès mondial des Acadiens qui doit se tenir en 1999 à Lafayette.?L\u2019ACTION NATIONALE .139 Esdras Minville Édité par François-Albert Angers L\u2019édition des œuvres d\u2019Esdras Minville par François-Albert Angers, chez Fides et Les Presses HEC, est un événement culturel important qu\u2019il serait impardonnable de ne pas souligner.Mon intention est ici de présenter au lecteur cette publication plus qu\u2019impressionnante.Je n\u2019apporte pas le regard critique d\u2019un expert, ce que je ne suis nullement, mais l\u2019attention curieuse du lecteur profane ou de l\u2019humaniste.Je souhaiterais que ma contribution soit considérée comme une invitation à la lecture plutôt que comme une analyse.L\u2019œuvre d\u2019Esdras Minville est considérable.Elle est constituée de plusieurs livres publiés de son vivant, d\u2019un grand nombre d\u2019articles de revues et de journaux, de textes, de conférences, de mémoires, de manuscrits divers.Minville n'a pas eu le temps de classer ses écrits, de les agencer, de biffer les reprises et les répétitions.Ayant pris sa retraite en 1962, il tomba malade presque tout de suite, et le resta jusqu\u2019à sa mort en 1975.La publication de son œuvre représentait un travail considérable car elle exigeait un remaniement ou un classement que seule une main experte pouvait effectuer.Nul n\u2019était mieux préparé à cette tâche délicate et exigeante que François-Albert Angers qui s\u2019y est consacré avec ferveur et compétence.140 \u2022 L'ACTION NATIONALE Paul-Émile Roy Esdras Minville est né en 1896.Il a été professeur à l\u2019École des Hautes Études Commerciales de 1922 à 1938, et directeur de cette même école de 1938 à 1962.Il a été Doyen de la Faculté des Sciences Sociales de l\u2019Université de Montréal de 1955 à 1957.Il a occupé plusieurs autres fonctions importantes comme Conseiller économique du Ministère du Commerce et de l\u2019Industrie de 1936 à 1939, président de la Chambre de Commerce du district de Montréal, expert auprès de la Commission Rowell-Sirois et membre de la Commission Tremblay.Il a fondé, avec d\u2019autres collègues, L'Actualité Economique et L\u2019Action Nationale.Un homme donc extrêmement actif, un homme de science dont la réflexion, comme nous verrons, est enracinée dans l\u2019expérience, dans un contexte social et national très précis.Un homme dont la réflexion est enracinée dans l\u2019expérience, dans un contexte social et national très précis.François-Albert Angers a été un collaborateur intime d\u2019Esdras Minville aux HEC pendant plus de vingt-cinq ans.C\u2019est pour lui rendre hommage qu\u2019il a entrepris de publier ses œuvres, mais aussi pour rendre service à la collectivité.Il s\u2019est entouré de collaborateurs dévoués et compétents : André Bergevin, Ruth Paradis, Diane Grenier, et il s\u2019est consacré à ce travail qui est très avancé mais qui n\u2019est pas encore achevé.Douze volumes contenant plus de 6 000 pages sont déjà parus, et il en reste un ou deux à venir.François-Albert Angers n\u2019a pas adopté l\u2019ordre chronologique dans la disposition des écrits.Il a plutôt choisi le regroupement par thèmes, ce qui rend la lecture beaucoup plus agréable et plus profitable.J\u2019ai bien dit: lecture agréable.Quand j\u2019ai abordé ces gros livres impressionnants, écrits par un économiste, j\u2019étais un peu méfiant.C\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.J\u2019imaginais que l\u2019auteur me donnerait des pages et des pages de tableaux, de chiffres, de statistiques.Je fus agréablement L'ACTION NATIONALE \u2022 141 surpris de trouver des textes bien écrits qui nous interpellent encore aujourd\u2019hui et expriment des préoccupations qui sont encore les nôtres sans que pour autant la science économique soit négligée.Esdras Minville, à ce que nous dit François-Albert Angers dans la préface du premier volume, ne se prétendait pas économiste.C\u2019est qu\u2019il ne l\u2019était pas à la manière des spécialistes de son temps.François Perroux affirmait qu\u2019il était un précurseur.Fa science économique, pour lui, n\u2019était pas surtout quantitative ou mathématique.D\u2019ailleurs, il ne voulait pas faire œuvre de science.Il ne voulait pas renouveler la science économique mais la politique économique du Québec (tome 1, p.10).Il était avant tout préoccupé par les problèmes du Québec, et c\u2019est à ces problèmes qu\u2019il s\u2019attaquait, faisant presque à son insu une œuvre de science économique.Sa réflexion était basée sur les faits, mais il n\u2019acceptait pas de séparer l\u2019économie du social, du politique, du culturel ou du religieux (tome 1, p.15).Il avait une vue globale des problèmes, de la réalité.Pour lui, tout était interrelié.C\u2019est ce qui l\u2019amenait, par exemple, dès les années trente, à parler de l\u2019écologie.La lecture de Minville comporte un double intérêt : historique et actuel.Une œuvre historique La lecture de Minville comporte un double intérêt : historique et actuel.Historique dans le sens qu\u2019elle offre une réflexion sur l\u2019histoire du Québec et du Canada.Il a été le premier à écrire une histoire économique du Canada.Ses considérations sur la place du Québec dans la Confédération sont très éclairantes.Pour lui, on ne peut pas comprendre le présent si on ne le voit pas dans la perspective historique.Cette dernière est presque toujours présente dans ses écrits.Mais l\u2019intérêt historique de son œuvre tient surtout à la connaissance qu\u2019elle nous apporte de son époque, celle des années 25 à 60.On y voit par 142 \u2022 L'ACTION NATIONALE Déjà en 1927, Minville propose au gouvernement du Québec de créer un Conseil économique.exemple combien le problème économique préoccupait Minville.On s\u2019imagine parfois que pendant cette période, la réflexion sur l\u2019économie n\u2019existait pas au Québec.Or, déjà en 1927, Minville propose au gouvernement du Québec de créer un Conseil économique qui guiderait en quelque sorte le gouvernement, ou du moins lui ferait des suggestions pour stimuler le développement économique du Québec et assurer l\u2019émancipation économique des Canadiens français.Minville réfléchit sur l\u2019urbanisation rapide, sur le recul de l\u2019agriculture; il dénonce «la contraction continue de notre province autour d\u2019une ville, Montréal» tome 1, p.89).Il propose une politique familiale pour garder les nôtres chez nous et les empêcher d\u2019immigrer aux États-Unis.Déjà en 1927, il parle du reboisement des forêts, il dénonce le contrôle de l\u2019hydro-électricité par un monopole, il met en garde contre l\u2019impérialisme américain, «le plus insinuant, le plus entreprenant, le plus effronté de tous les impérialismes connus» (tome 1, p.87), etc., etc.On peut lire Minville pour connaître la première moitié du vingtième siècle, pour prendre connaissance des problèmes et des préoccupations de l\u2019époque, pour saisir certains courants de la vie intellectuelle et de la vie nationale dans son ensemble.On y verra, par exemple, que la Révolution tranquille se préparait depuis plusieurs années, qu\u2019elle n\u2019a pas été un événement subit, comme on l\u2019imagine parfois, et qu\u2019un homme comme Esdras Minville la préparait et l\u2019annonçait à sa façon.Il voulait, par exemple, que l\u2019État joue un rôle beaucoup plus actif, qu\u2019il s\u2019occupe du développement économique du Québec.Mais, comme l\u2019écrit François-Albert Angers, «il tient que le rôle de l\u2019État, pour ne pas se muer en menace pour les valeurs civilisatrices qui fondent la culture canadienne-française, doit s\u2019exercer à travers la création de structures participatives des L'ACTION NATIONALE \u2022 143 divers agents de la vie économique» (tome 1, p.40).Précurseur de la Révolution tranquille, il l\u2019est dans son inspiration la plus profonde, car ce qui est sa préoccupation centrale, c\u2019est que le Québec, les Canadiens-français, comme on le disait alors, se prenne en main, réalise son émancipation économique.Il préconisait dans cette perspective une réforme de l\u2019éducation.Mais toute cette réflexion de Minville sur le libéralisme, le capitalisme, l\u2019État, l\u2019économie, n\u2019a pas qu\u2019une valeur historique.Elle est encore d\u2019une grande actualité.Elle était de son vivant difficile à accepter par ses contemporains parce qu'elle les devançait, mais elle se trouve aujourd\u2019hui plus accordée «qu\u2019en son temps aux conceptions dont on a pris conscience depuis lors et qui s\u2019annoncent comme devant conditionner l\u2019évolution des idées économiques et sociales de l\u2019avenir» (tome 1, p.39).Comme le dit François-Albert Angers, c\u2019est lui «qui a initié les Québécois à réagir économiquement à leurs problèmes ».C\u2019est ma conviction que l\u2019œuvre de Minville peut nous aider à mieux comprendre le présent, à mieux saisir les transformations en cours au Québec depuis le début du siècle.Elle peut nous aider à réinterpréter la Révolution tranquille, que nous avons tendance à stéréotyper, en la replaçant dans sa dimension historique.Ce qui manque à la société québécoise, actuellement, on l\u2019a assez dit, c\u2019est la conscience historique, le sens du devenir, le sentiment qu\u2019un long processus est à l\u2019œuvre dans son expérience nationale.Nous sommes en réalité plus colonisés que nous voulons bien l\u2019admettre, «aliéné», peu intéressés à ce qui nous concernes et à ce qui constitue notre patrimoine et notre identité.La publication de l\u2019œuvre de Minville arrive à point et les Québécois devraient s\u2019y ressourcer et y alimenter leurs débats.Minville écrivait en 1927 : «Question économique, question sociale, influence politique tout Comme le dit François-Albert Angers, c\u2019est lui «qui a initié les Québécois à réagir économiquement à leurs problèmes ».144 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE cela se tient, se mêle, se compénètre, au point de ne former qu\u2019un seul et vaste problème qui n\u2019est rien d\u2019autre que celui de (la) survivance nationale» (tome 1, p.101).Remplacez, si vous le préférez, le mot «survivance» par le mot «existence», ou «indépendance».Il y a là tout un programme.Dans quelques articles subséquents, je présenterai aux lecteurs de L\u2019Action nationale, certains thèmes qui ont été abordés par Minville, et qui se présentent comme différentes facettes de sa pensée.?L\u2019ACTION NATIONALE .145 Comptes rendus Jacques Lacoursière L\u2019histoire populaire du Québec, Les éditions du Septentrion, Québec, 1996, 482 pages.Quand et comment les Français se sont-ils établis en Amérique du Nord?Quelle est la nature des premiers contacts entre Européens et Indiens ?Sur quoi fut fondée la rivalité entre Anglais et Français?Qui eut le dernier mot?Qu\u2019est-ce qui divisa ensuite les Anglais entre eux?Dans ce premier tome d\u2019une série de quatre, Jacques Lacoursière raconte, avec force détails, l\u2019arrivée des Français, leur cohabitation avec les autochtones, leur épopée à travers un continent, leur adaptation, les guerres anglofrançaises, la défaite ultime, les débuts d\u2019une étonnante survivance et un cadeau piégé : le pouvoir parlementaire.Cet ouvrage s\u2019arrête en effet avec la séparation du Haut-Canada (l\u2019Ontario) et la mise en place audacieuse, en 1791, d\u2019une nouvelle constitution.Issue de la collection « Nos Racines », aujourd\u2019hui introuvable, Y Histoire populaire du Québec a fait l\u2019objet d\u2019une attentive révision et d\u2019une intéressante mise à jour ainsi que d\u2019une nouvelle version du texte de base, tout en tenant compte de la disparition des légendes, des encarts et des notices généalogiques, rédigés à l\u2019origine par Hélène-Andrée Bizier.Fondée à la fois sur des sources de première main et sur les plus récents travaux des spécialistes, cette histoire se veut populaire par son sujet - le peuple - et par son style, c\u2019est-à-dire une écriture simple et captivante.En effet, Jacques Manon Perron 146 \u2022 L'ACTION NATIONALE Voilà une histoire du Québec, accessible, précise et détaillée.Lacoursière a le sens du détail, de l\u2019anecdote, et même si l\u2019ensemble de l\u2019œuvre comptera près de 2 000 pages, le texte est rapide.L\u2019auteur colle au fait, sans se perdre dans de savantes considérations, le lecteur se retrouve, à chaque page, devant un flot de renseignements présentés dans un style vivant et clair.L\u2019œuvre monumentale de Jacques Lacoursière nous conduit à la rencontre des acteurs de l\u2019époque, célèbres ou non, et nous met en présence des événements de la grande et petite histoire.N\u2019est-ce pas la seule vraie façon de comprendre le présent ?Voilà une histoire du Québec, accessible, précise et détaillée qui devrait se retrouver en toutes les mains de quiconque s\u2019intéresse à l\u2019histoire du Québec.?Denis Monière et Roch Côté Québec 1996, Fides /Le Devoir, Montréal, 1996, 496 pages.Johanne Saindon La présente édition de Québec 1996 est à la fois une nouveauté et la poursuite d\u2019une publication qui a vu le jour en 1987.Québec 1996 est le fruit d\u2019une collaboration accrue entre les journalistes et photographes du Devoir et l\u2019équipe du département de sciences politiques de l\u2019Université de Montréal.Dans une nouvelle formule et un nouveau format pratique, les auteurs se sont intéressés à dresser le bilan de l\u2019année dans tous les secteurs qui forment le tissu social du Québec économique, culturel et politique.De plus cette année, une personnalité connue du public québécois est invitée à présenter, en début d\u2019ouvrage, sa vision personnelle de l\u2019année qui se termine.C\u2019est à Lise L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 147 Bissonnette, directrice du Devoir, que revient l\u2019honneur de donner sa perspective pour cette année.Cette synthèse de l\u2019année ne pourrait être complète sans parler des résultats du référendum.Un cahier «spécial référendum» de 32 pages mentionne les résultats par comté, l\u2019allocution de départ du premier ministre Jacques Parizeau, le commentaire de Lise Bissonnette ainsi que des photos de la soirée du 30 octobre.Québec 1996 est un aide-mémoire indispensable pour tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à l\u2019évolution de la société québécoise.Des données claires permettent de comparer d\u2019une année à l\u2019autre l\u2019évolution d\u2019un dossier.Une place importante est accordée aux données factuelles sous forme de graphiques et de tableaux statistiques.Québec 1996 donne une image, un portrait du Québec avec ses ombres et ses lumières.Par des bilans détaillés et commentés de l\u2019activité économique, de la vie culturelle et sociale, Québec 1996 donne une image, un portrait du Québec avec ses ombres et ses lumières, ses réussites, ses espoirs, ses écueils.?Jean-Paul-Médéric Tremblay Comme en Plein jour, Dossier sur l\u2019Éminence grise alias François Leclerc du Tremblay, en religion le père Joseph de Paris, frère mineur capucin (1577-1635), Anne Sigier, 1995, 317 pages.Le titre de cet ouvrage, à la rédaction duquel J.-P.-M.Tremblay a consacré dix années de recherche, au pays et en Europe, me rappelle par sa Maurice Lebel* * Professeur, Université Laval.148 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le père Joseph a fait et fait encore couler beaucoup d\u2019encre et de salive.longueur celui des volumes des XVIe, xvne et XVIIIe siècles.Il est clair-obscur, approprié et suggestif.Il convient tout à fait au portrait complet, nuancé et objectif que l\u2019auteur veut dresser de son héros, incatalogable, inclassable, incontournable, comme l\u2019est tout homme-orchestre, donc dangereux ou suspect surtout dans notre monde de spécialistes.Il s\u2019agit en l\u2019occurence d\u2019un capucin français (1577-1638), bien connu dans l\u2019histoire sous le surnom de l\u2019Éminence grise; on l\u2019appelait aussi le père Joseph ; il fut plusieurs années confident, conseiller, voire secrétaire du cardinal Richelieu sous le règne de Louis XIII.Ajoutons qu\u2019il est le contemporain de Jansénius (1585-1638).Autant dire qu\u2019il a fait et fait encore couler beaucoup d\u2019encre et de salive, voire de peinture.Témoin l\u2019illustration de la couverture du volume : le bateau du peintre Jean-Léon Gérôme (1824-1904) datant de 1873 - on peut le voir aujourd'hui au Museum of Fine Arts, à Boston - où l\u2019artiste officiel le montre en train de dire son bréviaire, tout à fait indifférent aux courbettes des courtisans à gages s\u2019évertuant à le saluer au passage, à l\u2019issue d\u2019un entretien avec Richelieu.Comme en plein jour est nettement articulé et charpenté un peu comme un traité de morale ou de psychologie, avec divisions, subdivisions et sous-titres.Il comprend trois parties inégalement réparties en 11 chapitres ainsi intitulés : Introduction : Le Problème, Ch.1 : Le Problème.Première Partie : l'Homme, Ch.2: Procédés d\u2019approche, Ch.3 : Lignes majeures d\u2019une vie, Ch.4: Lignes majeures d\u2019une vie (suite), Ch.5 : Apogée de carrière, Ch.6 : Époque et milieu.Deuxième Partie : L\u2019Œuvre, Ch.7 : L\u2019Œuvre au complet, Ch.8 : La spiritualité du père Joseph, Ch.11 : Flux et reflux de l\u2019actualité.Suivent une Anthologie des textes du père Joseph (p.245-283), la Bibliographie (p.285-304), les Châteaux du Tremblay (p.305-308), la Lignée des Leclerc du Tremblay (p.309-311), L'ACTION NATIONALE \u2022 149 les Monastères des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire (p.313-317).Le lecteur trouvera, à la fin de la deuxième Partie, 11 illustrations réparties sur huit pages non numérotées ; elles sont nettes et valent leur pesant d\u2019or, comme l\u2019illustration de la page de couverture.On peut en dire autant de la photocopie d\u2019une lettre manuscrite (p.268-270) et des citations bien choisies de Charles Vildrac, d\u2019Anatole France et de Jean Guitton qui figurent respectivement sur la page de titre et en épigraphe au Problème et à la Tradition.En bref, Comme en plein jour traite surtout de l\u2019œuvre spirituelle du père Joseph; l\u2019auteur n\u2019oublie pas pour autant de relever les autres aspects de la prodigieuse carrière de son héros, voire de mentionner, par exemple, la culture de cet enfant prodige, aristocrate de naissance, qui prononça à 8 ans, en 1585, un discours d\u2019une heure en latin aux obsèques du poète Ronsard.L\u2019ouvrage est facile à consulter et peut se lire d\u2019affilée, d\u2019autant plus que Tremblay a jugé bon de truffer chaque chapitre de sous-titres en caractères gras; l\u2019homme pressé du XXe siècle, qui lit surtout des yeux, a besoin de ces balises pour le guider dans sa lecture.Je lis ce qui suit dans Introduction: Le Problème Chapitre 1.: Un premier obstacle, Un autre aspect du problème, Un embarras de plus, l\u2019hybride comme difficulté, Une tradition à critiquer, Des valeurs spirituelles à intégrer, Des écrits spirituels à interpeller (sic), Ouvrir un dossier, De nouvelles pistes à explorer.On le voit, l \u2019auteur pose la question, comme le fait habituellement un philosophe ou un théologien en distinguant de façon méthodique et suivie.Si le problème est clairement dépouillé en 18 pages dans l\u2019introduction, La conclusion m\u2019a laissé cependant sur mon appétit : elle comporte un tiers de page alors qu\u2019elle aurait pu rappeler au lecteur les grandes lignes du sujet traité, puis indiquer d\u2019autres hypothèses ou pistes de recherche.Le dossier sur Cet enfant prodige prononça à 8 ans, en 1585, un discours d\u2019une heure en latin aux obsèques du poète Ronsard.150 \u2022 L'ACTION NATIONALE l\u2019Éminence grise serait-il fermé une fois pour toutes?Poser la question, c\u2019est y répondre.À vrai dire, la conclusion est amorcée à la fin de l\u2019introduction où il est question «D\u2019autres pistes à explorer» et dans le chapitre 11 où il s\u2019agit du «Flux et du Reflux de l\u2019Actualité».De plus, si les écrits spirituels ne sont pas relevés, comme les autres, dans la bibliographie des œuvres du père Joseph, c\u2019est que Tremblay, soucieux d\u2019éviter toute répétition, en a déjà parlé en long et en large dans les Chapitres 7, 8 et 9, puis dans son heureux choix des textes du capucin.Cependant la bibliographie devrait mentionner les sources manuscrites où l\u2019auteur a puisé abondamment.Si les références figurent à bon droit en bas de page, je regrette toutefois l\u2019absence d\u2019un index des noms propres et d\u2019un index des livres consultés.L\u2019auteur, qui ruisselle de lectures, aurait ainsi rendu de précieux services aux chercheurs intéressés à la Contre-Réforme, au Jansénisme et au Pré-classicisme des règnes de Henri IV et de Louis XIII.Plus d\u2019un, je le souhaite ardemment, lira ce livre érudit et bien présenté que vient de consacrer un descendant des du Tremblay, originaire du Saguenay, à l\u2019homme-orchestre, protéiforme, que fut le père Joseph; moine, soldat - il passa six mois devant Amiens assiégée par les Espagnols -, aumônier, confesseur, conseiller, mystique, fondateur de communautés religieuses, écrivain prolifique, poète et traducteur à ses heures, grand marcheur et voyageur devant l\u2019Étemel - il se rendit à pied, paraît-il, de Paris à Rome, puis de Paris à Madrid, et on le voit tour à tour en mission en Espagne et en Italie, à Jérusalem et à Londres, voire à la Cour de la reine Élisabeth 1ère du temps de Shakespeare -, diplomate, polyglotte, familier avec le grec, le latin, l\u2019hébreu, l\u2019espagnol, l\u2019italien, et sans doute profita-t-il de son séjour en Angleterre pour perfectionner sa connaissance de L'ACTION NATIONALE .151 l\u2019anglais.Il servit l\u2019Église et son pays sous Henri IV, Louis XIII et Richelieu.Et j\u2019en passe.Il n\u2019en faut pas davantage pour être critiqué et tenu pour dangereux par les autorités en place; son unique tort fut de porter ombrage à trop de gens médiocres et envieux.Même des écrivains contemporains, comme Henri Bremond et Aldous Huxley, n\u2019ont pu le laisser tranquille, bien qu\u2019il soit décédé, il y a trois siècles et demi, et dire beaucoup de mal de lui.Par bonheur, l\u2019auteur de Comme en plein jour n\u2019a pu s\u2019empêcher, enthousiasme et noblesse obligent, de dire du bien de lui, voire de le rapprocher de Saint-Dominique et de Saint-Bernard de Clairvaux.Sous forme interrogative.L'Eminence grise est donc encore d\u2019actualité, comme le révèle la bibliographie chronologique, dressée avec soin (p.285-290), des essais et des livres sur le père Joseph qui ont paru depuis sa mort en 1638 jusqu\u2019à 1988, voire jusqu\u2019à 1995, J.-P.-M.Tremblay est en effet le premier Canadien à publier un ouvrage documenté, original et scientifique sur le sujet.?Il servit l\u2019Église et son pays sous Henri IV, Louis XIII et Richelieu.152 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Lectures Nous avons reçu : Brossard, Jacques, L\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec, PUM, 1995, 850 p.Brunet, Michel, Le Québec à la minute de vérité, Guérin, 1995, 290 p.Burelle, André, Le mal canadien, Fidès, 1995, 239 p.Cajolet-Laganière, Hélène et Martel, Pierre, La qualité de la langue au Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, Imprimerie d\u2019édition Marquis, 1995, 167 p.Cardin, Jean-François, Couture, Claude, Histoire du Canada, Presses Université Laval, 1996, 397 p.Comeau, Paul-André, Beauregard, Claude, La démocratie en veilleuse, Québec/Amérique, 1995, 301 p.Conway, John F., Des comptes à rendre, essai, VLB éditeur, 1995, 286 p.Dumont, Fernand, Raisons communes, Boréal, 1995, 255 p.Dutil, Robert, La juste inégalité, Québec-Amérique, 1995,287 p.Fecteau, Jean-Marie, Gilles Breton et Jocelyn Lé-tourneau, La condition québécoise.Enjeux et horizons d\u2019une société en devenir, VLB Editeur, 1995,291 p.Fournier, M., Les français au Québec, Septentrion, 1995,380 p.Freeman, Alan, Grady Patrick, Québec Canada, les enjeux de la division, HMH, 1995, 247 p.Gagnon, Alain-G., Québec : état et société, Québec/ Amérique, 1994, 509 p.Gagnon, Alain-G.et Noël, Alain, L\u2019espace québécois, Québec/Amérique, 1995, 304 p.L'ACTION NATIONALE .153 Gingras, Guy, Prévenir le décrochage scolaire, Lidec, 1995,91 p.Graveline, Pierre, Une planète nommée Québec, VLB Éditeur, 1996, 346 p.Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, Septentrion, 1995, 480 p.Laforest, Guy, De l\u2019urgence.Boréal, 1995, 200 p.Latouche, Daniel, Plaidoyer pour le Québec, Boréal, 1995,244 p.Lenihan, Donald G., Canada, la voie médiane, Québec/ Amérique, 1995, 195 p.Monière, Denis, Côté, Roch, Québec 1996, Fidès, 1995, 455 p.Paine Thomas, Le sens commun, cahiers du Septentrion, 1995, 182 p.Paquette, Pierre, Un Québec pour l\u2019emploi, Saint-Martin, 1995, 145 p.Pelletier, Jacques, Le poids de l\u2019histoire, Nuit blanche, 1995, 346 p.Royer, Jean, Chronique d\u2019une académie 1944-1994, L\u2019Hexagone, 1995, 150 p.Royer, Jean, La main cachée, L\u2019Hexagone, 116 p.Saisons littéraires (Les), Solstice d\u2019hiver, Guérin, 1995,\t348 p.Sanders, Wilfrid, Jack et Jacques, Éditions Comeau & Nadeau, 1996, 97 p.Sarra-Bournet, Michel, Le Canada anglais et la souveraineté du Québec, VLB éditeur, 1995, 220 p.Séguin, Maurice, Une histoire du Québec - vision d\u2019un prophète, 1995, 210 p.Thérien, Gilles, Figures de l\u2019indien, Typo, 1995, 394 p.Tremblay, Manon, Pelletier, Marcel, Le système parlementaire canadien, Presses Université Laval, 1996,\t370 p.154 .L'ACTION NATIONALE BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Les 4 numéros de 1995-1996 : -\tQuébec : le pouvoir de la ville et la ville du pouvoir (automne 1995) -\tY-a-t-i! une nouvelle histoire du Québec?(hiver 1996) -\tBilan du référendum (printemps 1996) -\tHistoires du monde : Allemagne, Japon, Italie, France (été 1996) Votre chèque de 30 $ à l'ordre de AQHP AQHP, UQAM, C.P.8888, Suce.Centre-ville, Montréal, H3C 3P8 Téléphone : (514) 987-8427 Abonnement à la Revue d'histoire de l\u2019Amérique française (revue trimestrielle): CANADA\tÉTRANGER Individus et institutions\t50$\t54$ Étudiants (avec pièce justificative)\t26$\t30$ Abonnements de soutien\t110$\t114$ comprenant un don de 60$ à l\u2019INAF pour lequel est émis un reçu pour fin d'impôt.261, av Bloomfield Montréal H2V3R6 Tel.: (514) 278-2232 Tout abonnement comprend la cotisation de membre à l'Institut d\u2019histoire de l'Amérique française PASSEZ A L'HISTOIRE! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l'histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d'ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d'époque.Alors.Passez à l'histoire et abonnez-vous! |\tJE M'ABONNE Pour 1 an ?(4N\u201c 30$), pour 2 ans O (8N\u201c 55$) NOM\t(t~.es causes)\t \tPar téléphone: Guy Côté (418)656-5040 Par télécopieur: Guy Côté (418)656-7282 Par la poste: C.P.609, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4S2 ADRESSE\t VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TEL.: (\t)\t (Vous recevrez le prochain No: Mars, juin, septembre ou décembre)\t Cap-aux-Diamants L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 155 ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL Mensuel national de l'actualité pédagogique publié 10 fois l'an de septembre à juin 25$ par année ou 42$ pour deux ans : taxes incluses Envoyez vos noms et adresses et votre chèque ou mandat-poste à: Journal LES ENSEIGNANTS 1316, Domaine du Moulin L\u2019Ancienne-Lorette, Québec G2E 4N1 Téléphone ou télécopieur: (418) 872-6966 LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE disponible en kiosques ou à nos bureaux 1212 Panet, Montréal, Qué H 2L 2Y7, tél 523-5998 is.;: relations Revue d\u2019analyse sociale, politique et religieuse Pour comprendre le fond des choses! ¦ un an (10 nos) : 26$«deux ans : 47$ ¦ À l\u2019étranger : 27$ taxes incluses Communiquer avec Mme Héléne Desmarais, 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6 Tél.: 387-2541 PÉDAGOGIE LITTÉRATURE LANGUE ET SOCIÉTÉ VOUS ! C.P, 9185, SAINTE-EOY (QUÉBEC] G1V4B1 Abonnez par année 156 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE A travers l\u2019actualité Rosaire Morin Le premier titre de la chronique présentera habituellement un fait historique.Aujourd\u2019hui, la saisie du Canadien et l\u2019emprisonnement de ses journalistes est le sujet du mois.Le 19 mars 1810 : les journalistes du Canadien emprisonnés En 1791, le Parlement de Londres divisait le pays en Haut et Bas-Canada.Chaque colonie avait sa propre législature.Le ministre Pitt qui avait proposé ce décret l\u2019avait justifié en ces termes : Cette division, nous l\u2019espérons, pourra être faite pour donner à chacun de ces éléments une grande majorité dans sa section.Dans le Bas-Canada, comme la majorité des résidents sont principalement des Canadiens (ainsi étaient désignés les Canadiens français de l\u2019époque), leur assemblée, etc., sera adaptée à leurs coutumes et à leurs idées particulières.L\u2019intention était louable.Les Canadiens-français étaient en majorité à la Chambre.Mais le Conseil législatif et le Conseil exécutif étaient composés majoritairement d\u2019Anglais nommés par le gouverneur.La Chambre des députés votait des lois; les deux Conseils refusaient de les sanctionner.Tout naturellement, des débats et des conflits survenaient.En 1805, l\u2019orage éclatait.La loi des prisons venait d\u2019être votée.Des impôts devaient être levés pour payer la construction des prisons de Montréal et de Québec.Les Anglais réclamaient l\u2019impôt sur les terres qui appartenaient presque toutes aux Canadiens ; les députés français voulaient L'ACTION NATIONALE \u2022 157 imposer les marchandises.Ils remportent la victoire.Le Quebec Mercury attaque et insulte les députés.Les objectifs sont clairement énoncés : Cette province est déjà beaucoup trop française pour une colonie britannique.Lorsque la France travaille de tout son pouvoir à franciser le monde, c\u2019est pour nous un devoir urgent de manifester un zèle égal pour l\u2019angliciser.Il faut faire en sorte que l\u2019administration des affaires publiques soit conduite en anglais, par des Anglais, ou des hommes de principes anglais.Pierre-Stanislas Bédard, député surnommé « le lion canadien », riposte ; il fonde le journal Le Canadien (à Québec, plaque au n° 20, rue Ferland).Le premier numéro paraît le 22 novembre 1806.Le journal lutte contre le despotisme du gouverneur et il dénonce le fanatisme de quelques Anglais.C\u2019est au milieu de cette querelle que le gouverneur Craig débarque à Québec.C\u2019est un militaire de profession au caractère autoritaire.Il n\u2019entend pas assister aux débats en spectateur.La Chambre venait d\u2019adopter deux lois fort contestées: l\u2019inégibilité des juges et l\u2019exclusion d\u2019Ezéchiel Hart, élu député des Trois-Rivières.Le Conseil législatif vote contre ces deux lois.Craig dissout le Parlement le 27 avril 1808.La campagne électorale est violente.Le journal le Canadien est agressif.Après les élections, les débats reprennent encore sur la question des juges.Le gouverneur dissout à nouveau les Chambres.Les électeurs réélisent presque tous les mêmes députés.L\u2019inégibilité des juges est de nouveau remise en question.Le gouverneur s\u2019impatiente (à la manière de Jean Chrétien).Il annonce la dissolution de la Chambre et le 17 mars 1810, un magistrat et deux constables, accompagnés d\u2019une escouade de soldats, s\u2019emparent Cette province est déjà beaucoup trop française pour une colonie britannique.158 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Bédard, Taschereau, Blanchet et Lefrançois sont jetés en prison sans aucune forme de procès (comme sous Trudeau en 1970).de tout le matériel du Canadien.Le 19 mars, Pierre-Stanislas Bédard, Jean-Thomas Taschereau, François Blanchet et l\u2019imprimeur Lefrançois sont jetés en prison sans aucune forme de procès (comme sous Trudeau en 1970).De nouvelles élections sont tenues.Les prisonniers Bédard et Blanchet sont réélus.Bédard demande à subir son procès.Le gouverneur Craig refuse; dans l\u2019impasse, il décide de libérer les deux députés.Mais Bédard repousse la libération.Il demande toujours à subir un procès.Après une année de détention, le geôlier lui intime l\u2019ordre de quitter la prison.Dix jours plus tard, le célèbre prisonnier se dirige à pas lents vers sa demeure.Le gouverneur Prévost, successeur de Craig, reconnaît les mérites de Bédard.Il le nomme juge aux Trois-Rivières le 11 décembre 1812.Le Canadien, saisi le 17 mars 1810, réapparaît par intervalles irréguliers, une ou deux fois la semaine.Il disparaît en 1874.Tant qu\u2019au souvenir de Craig, il est disparu depuis quelques années avec la rue montréalaise qui portait son nom.Les États généraux de l\u2019éducation Les États généraux viennent de publier un exposé de la situation que tous devraient lire et relire.L\u2019éducation, c\u2019est le cœur d'un projet de société.Pour donner le goût à nos lectrices et à nos lecteurs de se procurer ce document, nous reproduisons trois extraits : L\u2019école n\u2019est-elle pas, elle aussi, la cause du problème?En effet, à la différence d\u2019autres systèmes d\u2019éducation, n\u2019avons-nous pas tendance à faire du travail personnel de l\u2019élève, et cela dès le primaire et le secondaire, une affaire privée, laissée aux élèves eux-mêmes ou à leurs familles.ou à des professeurs devant alors individuellement aiguillonner par la «note qui compte» et dont le zèle se paie par un poids démesuré de corrections ?L'ACTION NATIONALE \u2022 159 Où sont les salles d\u2019étude, le temps et l\u2019encadrement prévus dans l\u2019horaire pour les devoirs et les leçons?Le seul temps encadré n\u2019est-il pas le temps scolaire, celui des cours ?Les directives que reçoivent les parents parlent-elles de l\u2019importance de prolonger l\u2019apprentissage scolaire?Comment relever substantiellement la qualité et la formation si nous négligeons ces choses que nous considérons pourtant comme essentielles et dont nous ne cessons de déplorer l\u2019absence?Par ailleurs, notre école oublie souvent qu\u2019elle œuvre dans l\u2019univers de la culture.Nous voulons dire par là que les disciplines scolaires n\u2019y sont pas suffisamment enseignées dans une perspective de formation culturelle.Les activités pédagogiques organisées par l\u2019école ne peuvent-elles pas tirer plus de profit des institutions culturelles?Le rôle de l\u2019enseignant, en plus d\u2019organiser, de diriger et d\u2019évaluer les apprentissages, n\u2019est-il pas avant tout d\u2019ouvrir les horizons, de faire réfléchir, d\u2019éveiller et même parfois de déranger?L\u2019école doit instruire, mais on ne peut être véritablement instruit si on reste inculte.Vouloir que notre école se situe davantage dans cette perspective d\u2019éducation culturelle, n\u2019est-ce pas demander la révision de l\u2019organisation pédagogique, de la conception des programmes d\u2019études, du rôle attendu du professeur et par conséquent de sa formation?Comment détourner l\u2019élève d\u2019une conception fortement utilitariste de la formation, si celle-ci n\u2019est pas enracinée dans une culture vivante.Notre école oublie souvent qu\u2019elle œuvre dans l\u2019univers de la culture.Vous voulez lire ce rapport.Adressez-vous au Conseil supérieur de l\u2019Éducation, 2050, rue Saint-Cyrille ouest, Sainte-Foy G1V 2K8.Si vous n\u2019avez pas l\u2019intention de lire le rapport, occupez-vous quand même de l\u2019école de votre quartier.«L\u2019édifice s\u2019écroule; il faut agir d\u2019urgence».160 \u2022 L'ACTION NATIONALE La ville de Montréal est à vendre Le Maire et ses Conseillers sont incapables d\u2019administrer le bien public.La ville de Montréal est à vendre.Le Maire et ses Conseillers sont incapables d\u2019administrer le bien public avec efficacité.Ils le reconnaissent.Ils veulent privatiser les services.Ils veulent offrir à l\u2019entreprise privée la sous-traitance.Ils veulent mettre en vente les services de l\u2019eau, de la propreté, de la propriété, de l\u2019entretien des immeubles municipaux, de la gestion de la flotte, de la géo-matique, de l\u2019informatique, des garages municipaux et du laboratoire.C\u2019est le début d\u2019une autre déconfiture.On sait que les grandes entreprises rationalisent, ferment des usines, mettent à la porte des milliers de travailleurs.Lorsqu\u2019elles administreront les services municipaux, elles agiront de telle sorte que les profits deviendront le premier objectif de leur gestion.La qualité des services diminuera et leur coût augmentera avec les années, même si la Ville se propose de «garantir la rentabilité» aux privati-seurs.Citoyens de Montréal, préparez-vous à déménager si vous n\u2019êtes pas capables d\u2019élire des représentants compétents, qualifiés et capables d'une gestion saine et efficace.Financial Post La rédactrice en chef, Diane Francis, n\u2019est pas québécoise.Elle est reconnue comme une fédéraliste pure et dure.Ses écrits la classent au nombre des extrémistes et des francophobes.La dernière intervention est l'une des plus sublimes qu'il m\u2019ait été donné de lire.En voici quelques extraits : J\u2019appuie la partition du Québec si Lucien Bouchard et les séparatistes purs et durs persistent à vouloir saboter notre pays et ses procédés politiques.Il est peut-être temps d\u2019admettre que Bouchard et ses acolytes sont l\u2019équivalent canadien des Palestiniens - un groupe ethnique ayant quelques membres qui L'ACTION NATIONALE \u2022 l6l n\u2019arrêteront pour aucune considération avant d\u2019avoir leur propre patrie.Si Bouchard ne recule pas pour se comporter en bons citoyens, donnons-leur une Cisjordanie, mais pas Montréal ou d\u2019autres vastes portions qui veulent demeurer partie du Canada.La partition, si elle est faite convenablement, pourrait s\u2019avérer bénéfique.Elle donnerait une patrie aux francophones ethnocentriques qui veulent une patrie racialement pure basée sur des valeurs socialistes.Pour d\u2019autres francophones et nous, elle débarrasserait le Canada de fauteurs de troubles qui n\u2019apprécient pas le Canada ou sa citoyenneté et qui se foutent de la primauté du droit et des droits des minorités.La partition débarrasserait le Canada de fauteurs de troubles.Une partie découpée (à être appelée «Nouveau Québec» ou «Laurentia») a déjà pris forme.Le château fort séparatiste est une région en forme de saucisse consistant surtout dans des fermes entre l\u2019est de Montréal jusqu\u2019à la ville de Québec.Ce témoignage est à diffuser.Il représente l\u2019opinion d\u2019un grand nombre de Diane Francis.Autrement, le Financial Post la démettrait de ses hautes fonctions de rédactrice en chef.La question principale est nette : le Québec peut-il demeurer associé à des partenaires qui le méprisent?Un témoignage d\u2019Europe Vincent Philippe est un jurassien qui aime le Québec.Son témoignage est ici partiellement reproduit : Les souverainistes québécois ont perdu leur pari d\u2019une courte tête.Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit du destin d\u2019un peuple, la simple addition des individus, la loi du nombre, qui est la règle admise, n\u2019exprime pas toute la réalité d\u2019un pays.Valéry Giscard d\u2019Estaing a raison de souligner qu\u2019une large majorité du peuple 162 \u2022 L'ACTION NATIONALE francophone du Québec (environ 60%) s\u2019est prononcée pour la souveraineté.Et M.Philippe de poursuivre : Le fédéral gardait dans sa manche la définition des règles de la sécession.Au Québec, les anglophones, ainsi que les immigrants divers qui croyaient de bonne foi, en s\u2019installant, pouvoir vivre leur vie en anglais, sont dans leur majorité pour l\u2019unité du Canada.Est-il normal.que leurs voix aient fait pencher la balance en faveur du non ?Au détriment de la communauté francophone qui forme la base historique de cette province?.Pas question de dénier à quiconque le droit de s\u2019établir où il l\u2019entend.Il est souhaitable en revanche que l\u2019arrivant s\u2019intégre suffisamment pour comprendre, sinon épouser, les aspirations profondes de sa communauté d\u2019accueil.On appelle ça le sentiment national.Ce témoignage est éloquent.Il y a un menteur Le ministre des Affaires intergouvemementales, Stéphane Dion, déclarait avec fermeté et à plusieurs reprises, dans les derniers jours de janvier, que le fédéral gardait dans sa manche tant un plan A - la réconciliation du Québec et du reste du Canada par le moyen de réformes en profondeur à la fédération - qu\u2019un plan B - la définition des règles de la sécession, à commencer par l\u2019évocation du morcellement du territoire du Québec advenant sa souveraineté.(Le Devoir, 3 février 1996) Le 2 février, Jean Chrétien déclare solennellement que la stratégie d\u2019unité nationale est connue.Nous en parlons depuis longtemps.Il s\u2019agit d\u2019har-moniser, de simplifier, de décentraliser, de L'ACTION NATIONALE .163 réorganiser la fédération pour qu\u2019elle fonctionne mieux.C\u2019est ça qui notre plan A, B, C, D.Il y a un menteur.Est-ce le vieux?Est-ce le jeune ?Le plan Paillé Le ministre est parti, mais le « plan » demeure.Après un an d\u2019opération, 9 300 entreprises ont été crées.Le gouvernement a garanti des prêts consentis par les institutions financières pour une somme de 340 000 000$.Pour leur part, les caisses Desjardins ont accordé 3 512 prêts «Paillé» pour un montant de 145 000 000$.Après un an d\u2019activité, 90 nouvelles entreprises seulement ont fermé leurs portes.Les résultats sont encourageants.Quelque 30 000 emplois ont été créés dont 20 pour cent dans le secteur manufacturier.Même si le gouvernement devait payer 30 000 000$ pour les garanties de prêts, il aurait économisé des sommes considérables, car 30 000 assistés représentent un coût s\u2019élevant à 1 000 000 000$ en perte de production, de consommation, de salaires, de prestations sociales et d\u2019impôt.Il est valable de rappeler que l'institution financière étudie la viabilité des projets, la qualité des entrepreneurs et leur capacité à investir dans l\u2019entreprise.Pour la rendre davantage responsable, il serait souhaitable qu\u2019elle demeure engagée et garante d\u2019au moins dix pour cent de chaque prêt.Scotia Bank Dans la direction de la Scotia Bank, les Québécois de langue française occupent en 1996 la même place qu\u2019en 1960 : la dernière.J avais 1 occasion de consulter le rapport 1995 de la Scotia Quelque 30 000 emplois ont été créés.164 .L'ACTION NATIONALE L'imbrication des 29 administrateurs dans des centaines de compagnies constitue un empire.Bank.Les 147 000 000 000$ d\u2019actif représentent un pouvoir colossal, supérieur même à l\u2019influence du Premier ministre du Canada.L\u2019imbrication des 29 administrateurs dans des centaines de compagnies constitue un empire à leur service.Mais revenons à la présence des Québécois de langue française dans cette grande enceinte.Sur les 29 administrateurs, on ne retrouve qu\u2019un seul Québécois de langue française.Représentation au Conseil d'administration, par région, 1995 Territoire\tNombre Ontario\t11 Pays étrangers\t4 Alberta\t3 Colombie-Britannique\t3 Nouvelle-Écosse\t3 Nouveau-Brunswick\t2 Saskatchewan\t1 Québec anglais\t1 Québec français\t1 Un sur 29, voilà notre part ! Oh ! certes, on me reprochera cette distinction entre Québec français et Québec anglais.Une telle classification appartient au passé.Chers dénigreurs me direz-vous comment la culture française s\u2019épanouira dans l\u2019avenir si l\u2019économie ne tient plus compte des différences culturelles et linguistiques, alors que les administrateurs des entreprises étrangères se solidarisent entre eux?l/ACTION NATIONALE .165 Représentation au Comité de direction, par région, 1995 Sur les 12 membres du Comité de direction de la Banque, le Québec français n\u2019a droit à aucun représentant.Territoire\tNombre Ontario\t5 Nouvelle-Ecosse\t2 Alberta\t2 Nouveau-Brunswick\t1 Suisse\t1 Québec anglais\t1 Québec français\t0 La présence de francophones est rarissime à tous les nouveaux de la direction, exception faite pour la garde des épargnes québécoise, et non pour leur placement.Représentation aux Comités des Québécois de langue française \tLangue\tLangue \tanglaise\tfrançaise Haute direction\t18\t0 Administration centrale\t71\t1 Clientèles commerciales\t18\t0 Directions régionales\t39\t6 Grandes entreprises\t38\t1 Risque et crédit\t23\t0 Services d\u2019investissement\t39\t2 Opérations internationales\t60\t1 Filiales à l\u2019étranger\t6\t0 Filiales canadiennes\t28\t4 Filiales associées\t29\t0 166 \u2022 L'ACTION NATIONALE Sur 369 personnes de la haute direction, on reconnaît 15 Québécois de langue française.Sur 369 personnes de la haute direction, on reconnaît 15 Québécois de langue française.La proportion est de .03 sur cent.Les nôtres sont cantonnés dans la garde des épargnes.Oh! que j\u2019aimerais analyser le portefeuille de cette banque.On me dit que le volume des dépôts québécois frôle les 20 pour cent du volume d\u2019affaires.Je parierais tout ce que je possède que la Scotia Bank n\u2019investit pas au Québec 8% de ses prêts et placements.En plus d\u2019ignorer le Québec français, la Scotia Bank ignore l\u2019existence des femmes.Une seule femme au Conseil d\u2019adminis-tration.Douze femmes sur 413 personnes à la haute direction.Scotia Bank est une société d\u2019hommes et une société canadienne-anglaise.Déposons dans ses succursales nos épargnes : nous investirons à l\u2019étranger et nous payerons de l\u2019assistance sociale à des Québécoises et à des Québécois.Pas de Québec morcelé Nombre d\u2019Anglo-Québécois repousse l\u2019idée du morcellement territorial cautionné par Jean Chrétien et Stéphane Dion.Un groupe d\u2019intellectuels s\u2019exprimaient clairement sur le sujet : Nous nous opposons fortement à l\u2019idée que le territoire québécois puisse être morcelé et sommes convaincus que les prochains mois nous obligeront à consacrer le meilleur de nous-mêmes dans le renforcement des règles démocratiques qui détermineront l\u2019avenir du Québec et les futures relations intercommunautaires.Si l\u2019obsession des scénarios apocalyptiques persiste, l\u2019intransigeance prévaudra et nuira inévitablement à la quête de solutions constructives.Toute action visant à accroître les chances d\u2019un règlement démocratique et à assurer que l\u2019avenir des Anglo-Québécois soit mieux protégé ne sera possible que si l\u2019on met un terme L'ACTION NATIONALE .167 à la représentation fallacieuse véhiculé ces dernières semaines dans les médias, qui suggère que l\u2019idée du morcellement territorial du Québec dispose de l\u2019appui écrasant de la communauté anglophone.En tant qu\u2019Anglo-Québécois désireux de demeurer dans un Québec pluraliste, nous avons la responsabilité de participer à la recherche de solutions.Nous refusons de rester muets à écouter les autres, dont plusieurs du Canada hors Québec, parler en notre nom.Signé : Noël Bissoondath, Mario Dove, Jane Jenson, Andrew F.Johnson, Antonio Maioni, Margie Menell, Desmond Morton, Alex Paterson, F.I^eslie Seidle, Charles Taylor.La peur motive Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, est le gardien de l\u2019ordre public au Canada.Mais il sème le désordre.Il encourage les groupes extrémistes.Il déclarait à Vancouver : Si le Canada est divisible, le Québec l\u2019est aussi.Si le Québec a le droit de se séparer, probablement que les gens du Québec devraient avoir le droit de s\u2019en séparer aussi.Si le Canada est divisible, le Québec l\u2019est aussi.C\u2019est la même logique.Parce que au Québec, il y a toutes sortes de gens, pas seulement des francophones.Il y a des anglophones.Il y a les autochtones.Il y a les autochtones au nord, qui étaient là avant que les Français et les Anglais arrivent.La logique de la sécession est la même pour tout le monde.(La Presse, Chantal Hébert) À son tour, le président du Conseil privé, Stéphane Dion, déclarait le 28 janvier que les Québécois n\u2019ont qu\u2019à se bien tenir s\u2019ils ne veulent pas perdre Hull, Beaconsfield et Westmount.168 \u2022 L'ACTION NATIONALE Si le Canada est divisible, le Québec l\u2019est aussi.Pourquoi ce terrorisme politique qui ne peut aboutir qu en des actes de violence ?Si on doit reconnaître le droit du peuple québécois à l\u2019autodétermination, il en va de même pour celui d\u2019une ville, d\u2019une municipalité régionale, d\u2019une fraction de territoire.Le savant professeur oublie ses notions du droit international.Il devrait relire la conclusion d\u2019une note du Conseil privé dont il est le président et dans laquelle on peut lire que «les peuples autochtones n\u2019auraient pas le droit de se séparer de la province si celle-ci venait à faire sécession du reste du Canada».Le savant professeur mais politicien néophyte et partisan ne se contente pas de demie mesure : Le Québec ne peut accéder à l\u2019indépendance à moins d\u2019affirmer sa volonté par un vote qualifié à hauteur de 60% ou plus.Que pense-t-il de la constitution de 1982 adoptée sans consultation populaire ?Que pense-t-il de la tradition démocratique de la moitié plus un?de l'union de l'Europe à 50,2%?Sait-il que son parti politique n\u2019a pas obtenu la moitié des voix lors des dernières élections?Serait-il illégitime?Pourquoi tant de provocation de la part du Premier ministre et de sa colombe?Pourquoi ce terrorisme politique qui ne peut aboutir qu'en des actes de violence ?Pour faire monter les enchères et offrir ensuite une proposition déraisonnable qui paraîtrait alors généreuse?Au nom de quels principes peut-on faire évoluer les règles démocratiques selon les caprices d\u2019un doctrinaire devenu politicien et d\u2019un politicien sans doctrine?L\u2019injustice de la justice Vous souvenez-vous de Suzanne Poirier?Cette femme réside à Lachine.Elle a été condamnée L ACTION NATIONALE .169 à des amendes faramineuses et démesurées pour avoir remis en retard trois livres à la bibliothèque de la ville.Incapable de payer la somme exigée, elle consteste la décision avec l\u2019assistance de l\u2019aide juridique.Elle est alors condamnée à 14 jours de prison.Le recours en Cour supérieure est sans effet; cette «Cour supérieure» n\u2019a pas juridiction sur une petite «Cour municipale».La Cour d\u2019appel n\u2019entend pas intervenir.Consultée une seconde fois, la Cour supérieure admet à nouveau son incapacité.Je suis incapable, dit le juge Irving Halperin, de prendre une décision face à tout ce qu\u2019on dit.On a parlé de 953$, 260$, puis de 360$.On se renvoie la balle.Je ne sais plus qui croire.Et qu\u2019est-ce que la Ville est prête à accepter?Personne ne veut me parler.Ce juge n\u2019était pas Salomon.Il ressemble à Pilate qui se lavait les mains.Et la dame de soumettre une offre écrite raisonnable à la Ville de Lachine.Au moment d\u2019écrire ces lignes, la réponse n\u2019est pas encore connue.Pour un retard à remettre trois livres, madame Poirier peut se retrouver à la prison Tanguay.Un prisonnier ou une prisonnière coûte 200$ par jour à l\u2019État.Sacrée justice, comment peux-tu être aussi injuste?La légalité chrétienne Jean Chrétien a déclaré à plusieurs reprises qu\u2019il invoquerait les prérogatives en matière de paix, d\u2019ordre et de bon gouvernement pour contester le prochain référendum québécois sur la souveraineté.Le 22 janvier 1996, le ministre de la Justice, Allan Rock, comparaissait devant le comité du Sénat qui étudie le projet de loi sur le droit de veto.Il affirmait alors que Sacrée justice, comment peux-tu être aussi injuste ?170 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le gouvernement du Québec devrait répondre par une loi qui proclamerait que la souveraineté du Québec appartient au peuple du Québec.n\u2019importe quel gouvernement responsable devrait inclure dans sa stratégie d\u2019ensemble l\u2019examen des questions juridiques qui sont soulevées par la possibilité d\u2019un nouveau référendum.Dans le dossier de l\u2019unité canadienne, il est important de tenir compte de la règle de droit.Voilà une nouveauté libérale défavorable aux libertés politiques ! Le fédéral deviendrait intolérant.Chrétien agirait à la mode d\u2019Eltsine.Le Québec deviendrait une nouvelle Tchétchénie.Le Canada nierait le droit du Québec à la liberté, à l\u2019instar de l\u2019Indonésie qui pratique le génocide sur l\u2019Ile Timor.La démocratie canadienne ne peut pas ainsi se dégrader.Le libéralisme n\u2019est pas du fascisme.Le libéralisme doit toujours refléter la tolérance, la liberté.Le gouvernement du Québec devrait répondre à monsieur Chrétien par une loi qui proclamerait que la souveraineté du Québec appartient au peuple du Québec.Un oui déboucherait sur un conflit armé Ron Irwin, ministre fédéral des Affaires indiennes, déclarait le 8 février : Nous ne préconisons pas la force, mais M.Bouchard doit expliquer aux gens qui votent oui lors de tout référendum qu\u2019ils lui donnent en fait le droit, avec ce OUI, d\u2019utiliser la force contre les autochtones.M.Irwin citait l\u2019exemple de la manifestation violente lorsque Mohawks protestaient contre la signature d'une entente sur les services de police.Ce fut passablement violent.Ils ont arraché les antennes de nos voitures.Et c\u2019était une signature pacifique de documents.Je n\u2019aimerais L'ACTION NATIONALE .171 pas être là s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une prise de contrôle de leur territoire.Si on pousse ce raisonnement plus loin, est-ce que la province de Québec utiliserait la force contre les gens de Hull, les Canadiens-français de Hull?Ferait-elle de même contre les gens de Montréal qui veulent demeurer Canadiens?Ce discours est provocateur, belliqueux.L\u2019homme qui tient ce langage n\u2019est pas un homme responsable et garant de l\u2019ordre.Il ignore les règles du droit international relatives à l\u2019autodétermination des peuples minoritaires.Il bafoue aussi les traditions démocratiques.Ce n\u2019est pas ainsi que l\u2019unité canadienne se réalisera.Deux fonds internationaux Desjardins vient de lancer deux fonds internationaux.Ils sont admissibles à 100% au REER.Les investisseurs québécois peuvent profiter de la croissance des marchés extérieurs.Ils pourront bénéficier des retombées des marchés des Etats-unis, de l\u2019Europe et de l\u2019Asie.Mais la réduction des impôts dont ils bénéficieront diminuera les revenus de l\u2019État québécois.L\u2019argent investi en pays étrangers ne contribue pas au développement du Québec, même s\u2019il profite quelque peu au détenteur du REER.En définitive, la déportation de l\u2019épargne québécoise aboutit à l\u2019augmentation du nombre des assistés sociaux.Ce ri est pas ainsi que l\u2019unité canadienne se réalisera.Le droit de veto Le 2 février, le Sénat ratifiait le projet de loi du gouvernement Chrétien d\u2019accorder un droit de veto au Québec, à l\u2019Ontario, à la Colombie-Britannique, aux provinces de l'Ouest et aux provinces Maritimes.Chaque région pourra s\u2019opposer à une modification à la constitution canadienne.172 \u2022 L'ACTION NATIONALE Chaque région pourra bloquer tout changement constitutionnel favorisant les réclamations du Québec.M.Chrétien déclare que cette mesure accorde le droit de veto au Québec.Il oublie sciemment de dire que chaque région pourra bloquer tout changement constitutionnel favorisant les réclamations du Québec.Il y aura toujours un Clyde Wells, un Gary Filmon, un Frank McKenna.Cette loi fédérale peut être modifiée par la seule volonté d\u2019un gouvernement fédéral.Elle n\u2019indique pas comment le gouvernement fédéral obtiendra le consentement d\u2019une province.Le ministre de la Justice, Allan Rock, a parlé du consentement exprimé par le gouvernement, par l\u2019assemblée législative ou par l\u2019intermédiaire d\u2019un référendum provincial ou national.Les écluses sont ouvertes.Le gouvernement ne peut présenter de modification constitutionnelle sans le consentement des provinces, mais un député et même un sénateur pourraient présenter une résolution constitutionnelle au Parlement.Quelle infamie ! C\u2019est même une ignominie! Le Québec est à la merci des autres provinces.Coop Café Chaos Un groupe de jeunes, assistés sociaux de profession, se sont réunis en coopérative pour créer leur propre emploi, en août dernier.« Pour se sortir de la marde», dit Pierre Charette, l\u2019animateur du groupe qui a ouvert le «Café Chaos», près de l\u2019UQAM, au 1637, rue Saint-Denis.Ils offrent aux étudiants, artistes et poètes, un menu succulent à des prix étudiants.Pour partir en affaires, ils ont bénéficié d\u2019un prêt de 50 000$ du programme Paillé et de l\u2019aide du Café-Campus, une autre coopérative étudiante.Ces jeunes qui ignoraient tout du monde des affaires et de la restauration ont fondé un Café à l\u2019accueil chaleureux.Les murs de briques sont recouverts de peintures de jeunes peintres.Des spectacles sont présentés en soirée.La cuisine est excellente.L'ACTION NATIONALE \u2022 173 La main-d\u2019œuvre Le gouvernement du Québec signera d\u2019ici l\u2019automne des ententes avec chacune des régions pour la mise en œuvre des politiques d\u2019emploi.Chacune des seize régions administratives établira les besoins propres au marché du travail.Elle répartira les sommes actuellement administrés par Québec.Bravo! La décentralisation commence.Hélas ! au lieu de remettre la gestion de ces politiques à un organisme régional déjà établi, par exemple la MRC, le gouvernement a créé 16 comités régionaux d\u2019emplois qui regroupent les représentants des syndicats, du patronat et des groupes communautaires de chaque région.Encore une autre structure qui s\u2019ajoute à l\u2019abondance des comités, des commissions, des régies, des organismes et des conseils qui travaillent souvent en chevauchement, qui compliquent la concertation et la coordination nécessaires et qui maintiennent en définitive la présence étemelle de Dieu-le-père-qui-siège-à-Québec.Une autre structure qui s\u2019ajoute à l\u2019abondance des comités, des commissions, des régies.Les pertes d\u2019emploi J\u2019ai relevé quelques pertes d\u2019emploi au Québec dans les journaux de janvier et de février : Papetières\t20\t000 Bell\t10\t000 Canadien National\t5\t500 CP Rail 1\t450 AMF Technotransport\t1\t300 Air Canada\t900 Via Rail\t500 Cogeco\t240 Peerless\t146 Où allons-nous?174 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il reste à peine 3 000 milles de voies ferrées au Québec.Les chemins de fer Les Pères de la Confédération ont bâti un pays et un chemin de fer.Le CN et le CP démantèlent le réseau ferroviaire.Paul Tellier, le bras droit de Brian Mulroney et président du CN, vient d\u2019annoncer la fermeture de 3 200 kilomètres de voie ferré.Les coupures prévues au cours des quatre prochaines années, 5 500 postes, s\u2019ajoutent aux 11 000 emplois supprimés depuis novembre 1992.Déjà, le CN a coupé le train Montréal-Québec par la rive nord.Il a éliminé le transcontinental Le Canadien.Il a réduit les services vers la Gaspésie et les Maritimes.Les rails sont arrachés entre Edmonston et Rivière-du-Loup, entre Richmond, Victoriaville, Pessisville et Charny.«Le petit train du nord», immortalisé par le curé Labelle, est disparu.Le CP a vendu le tronçon entre Delson, Sherbrooke et Newport.Elle abandonne le tronçon entre Sherbrooke, Vallée Jonction et Lévis.Au cours des dernières années, plus de 2 000 kilomètres de voies ferrées ont été abandonnées au Québec.Il reste à peine 3 000 milles de voies ferrées au Québec, soit environ un mille de voies par 150 milles carrés de superficie.L'Ontario possède 9 000 milles de voies ferrées, soit un mille par 34 milles carrés de superficie.C\u2019est toujours la même histoire : un cheval, un lapin.Le nouveau cabinet M.Chrétien a remanié son cabinet.Il l\u2019a fait à son image.Il affirme lui-même avoir mis «la responsabilité de volets clés de la politique gouvernementale entre les mains des Canadiens de l\u2019Ouest».Il aurait dû ajouter à son communiqué : «et de l\u2019Ontario».La tactique est claire : combattre le Reform et conserver le pouvoir.Le Québec demeure le parent pauvre.Il n\u2019obtient aucun porte-feuille économique: l\u2019Agriculture, L\u2019ACTION NATIONALE .175 les Transports, l\u2019environnement, l\u2019Industrie, les Travaux publics, les Ressources humaines, lu Commerce international, les Ressources naturelles, les pêches et la Recherche et développement sont confiés aux ministres des autres provinces.Au cabinet sur le développe-ment économique siégeront Marcel Massé (Conseil du Trésor), Alfonso Gagliano (ministère du Travail) et Lucienne Robillard (ministre de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration).L\u2019influence québécoise est anémique.Ces ministres sont les numéros 17, 20 et 21 dans l\u2019ordre du protocole.Pierre Pettigrew apparaît au 25e rang et Stéphane Dion au 24e.Le premier est responsable de la Coopération internationale et de la Francophonie.C\u2019est un bien petit ministère pour un spécialiste du commerce international.Le second, M.Dion, est le président du Conseil privé et le ministre des Affaires intergouvemementales.C\u2019est un fédéraliste «dur et pur» qui déclarait que le Canada est le pays le plus décentralisé au monde, lors de la campagne référendaire.Il partage les idées de John A.Macdonald qui préconisait que les provinces n\u2019aient que les pouvoirs conférés à de grandes municipalités.M.Dion déclarait que le Canada est le pays le plus décentralisé au monde.M.Dion débute son règne en affirmant que « le choix de la souveraineté est peut-être légitime, mais que sa déclaration serait illégale au regard du droit international.Il croit aussi que «le territoire du Québec pourrait aussi être partagé», si l\u2019on devait accepter le partage du territoire canadien.Il s\u2019est donné la mission de « changer les mentalités et dechanger la réalité».Il aura à convaincre 3 000 000 de Québécoises et de Québécoises qui lutteront pour la liberté jusqu\u2019à la victoire finale, jusqu\u2019à la proclamation de la république du Québec.?176 \u2022 L'ACTION NATIONALE LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Président honoraire François-Albert Angers Président Robert Laplante Vice-présidente Danielle Gagné Secrétaire Delmas Lévesque Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Yvon Leclerc Gilles Rhéaume Ex-officio Rosaire Morin Secrétariat Directrice Marie-Laure Prunier Claire Caron Yves Fortin Laurence Lambert Olive Pellitier Relationniste principal Jean-Paul Champagne Relationniste Louise Plouffe Membres Pierre Allard René Blanchard Nicole Boudreau Guy Bouthillier Jean-Jacques Chagnon Jean-Charles Claveau Claude Duguay Jean-Pierre Dupuis Pierre Dupuis Jean Genest Pierre Lamy Colette Lanthier Alain Laramée Jean-Marc Léger Jacques Martin Denis Monière Jacques-Yvan Morin Jean-François Nadeau Pierre Noreau Gilbert Paquette Roméo Paquette Paul-Émile Roy Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Jacques Boulay Hélène Chénier Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Jean-Marcel Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Juliette Rémillard Membres émérites Louise-C.Brochu Michel Brochu Marcel Laflamme Georges Meyers Anna L.Normand L\u2019Action nationale Les 80 000 pages publiées par la revue depuis 79 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix RJ chard-Arès Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix F.-Albert Angers Le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Prix André-Laurendeau Le prix reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.L ACTION NATIONALE \u2022 177 INDEX DES ANNONCEURS 185\tAction nationale 186\tAllard Pierre, CA 183\tAssurance vie Desjardins-Laurentienne 182\tBanque Nationale 155 Bulletin d\u2019histoire politique 184\tCaisse populaire Saint-Jacques de Montréal 155\tCap-aux-Diamants 181 Devoir, Le couverture 3 Hydro-Québec 183\tGaz Métropolitain 156\tJournal Les Enseignants 183\tLaboratoire Dr Renaud 186 Lamond & Fils Ltée 180 Mouvement Desjardins 184\tMouvement national des Québécoises et Québécois 186 Poitras, Lame & Rondeau Inc.156 Québec français 156 Relations 155\tRevue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française 186 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 185\tSociété nationale d\u2019assurance 184 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 184 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 186\tTassé & Associés Limitée 156\tVie ouvrière 179 La volonté d\u2019oser, de se dépasser et d\u2019atteindre ses objectifs, s\u2019appuie sur l\u2019effort.¦ Le sien et celui des autres.¦ C\u2019est comme ça qu\u2019on pense chez Desjardins.¦ Ainsi, l\u2019effort de tous nos membres nous permet de prêter à tous ceux et celles qui sont déterminés à réaliser leurs rêves.) Desjardins pour s'aider soi-même 180 I\tIDÉES\t MONTRÉAI\t\t-, 1995 Un rendez-vous avec le quotidien.Le Devoir 181 Entreprendre, c\u2019est agir ensemble.Nous sommes la banque des gens d\u2019action.Des gens d\u2019affaires.Nous sommes au cœur des réalisations de ceux qui ont l\u2019esprit d\u2019initiative.Partenaires pour entreprendre.Et réussir.BANQUE NATIONALE Notre banque nationale 182 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L\u2019AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 LA FORCÉ DE LÊNERG/E Métropolitain Avec les hommages de Assurance vie Desjardins-Laurentienne 183 Heures d\u2019ouvertures Lundi-mardi : 10 heures à 15 heures Mercredi - jeudi : 10 heures à 18 heures Vendredi : 10 heures à 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTREAL 1255, rue Berri, Montréal H2L4C6 Tél.: 849-3581 - Télec.: (514) 849-7019 Services de prêts 1259, rue Berri, bureau 230 Montréal H2L 4C7 Tél.: 849-3581 - Télec.: (514) 849-7019 GHISLAIN BEAULIEU, directeur général S.S.J.B.DU CENTRE DU QUÉBEC 449 Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519 Plus de 33 500 membres au Coeur du Québec.M/* 55 JB T SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 Mouvement national\t1\t< WVT\\ des Québécoises\t[7\\vja et Québécois\tUK PKI 2207, rue Fullum, Montréal\t (Québec) H2K 3P1\tAvec les hommages Tél.: 527-9460\tdu MNQ et de ses Télécopieur : 527-9460\tsociétés affiliées 184 Ne jetez jamais un numéro de L'Action natinale Souvenez-vous toujours que l'Action nationale accepte tous les exemplaires qu'on lui offre, particulièrement les années : 1917 - 1918 - 1944 -1951 à 1968 - octobre 1994 Nous acceptons aussi l'Âme des livres et l'Almanach de la langue française 1250, rue Berri, bureau 320, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE Une filiale de Groupe National d\u2019Assurance Membre du Groupe Optimum 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 185 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tel.: 1 800 567-9771 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d'assurances 3925, rue Rachel est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514) 899-5377 Pierre Allard comptable agréé 980, rue Saint-Antoine ouest Bureau 308 Montréal, H3C 1A8 Tél.: 514-874-0838 Te.: 514-875-9668 I LA SOCIÉTÉ DES ALCOOLS DU QUÉBEC\t_\t.\t.\t.\t, INDISPENSABLE\tr^EAAB sVnd,cat des employés DANS UN QUÉBEC SOUVERAIN.\tde magasins .PRÉSENT DANS 55 PAYS\tet de bureaux de la SAQ Depuis le temps, 1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 Tél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal, (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 186 YVES BEAUCHEMIN Le Second violon (extrait) if * Chapitre 8 \u2014 Et alors ?as-tu réfléchi à ma proposition ?demanda Téles-phore Pintal de sa voix étouffée et chuintante des jours d\u2019asthme.Et, tenant délicatement sa cuillère à café entre le pouce et l\u2019index, il l\u2019agita doucement dans la tasse en fixant Nicolas.\u2014 Si on m\u2019accorde un congé sans solde, j\u2019accepte avec plaisir, mon oncle.\u2014 Quand auras-tu ta réponse?\u2014 Ces jours-ci.Peut-être ce matin.\u2014 Le plus tôt sera le mieux.Cette affaire d\u2019église grecque presse un peu pas mal beaucoup.Je ne suis pas le seul à la zyeuter.Il sourit pour lui-même, avala une gorgée de café, puis, se penchant vers Nicolas : \u2014 Tu ne regretteras pas ta décision.Pour réussir dans la vie, mon garçon, il faut deux choses : beaucoup de travail.et un peu de chance.Je t\u2019offre la chance.Veux-tu que je te raconte la mienne?Cette histoire était célèbre dans toute la parenté.Pintal ne pouvait assister à une réunion de famille sans la ressasser à quelqu'un.Elle semblait posséder pour lui une signification mystique.Nicolas ne voulut pas le priver de son plaisir et fit signe que oui.\u2014 J\u2019avais dix-neuf ans.Je me trouvais dans un hôtel minable à Victoriaville et il me restait quatorze dollars en poche.Je ne voyais plus rien devant moi.Je m\u2019étais rendu là-bas pour rencontrer un homme qui m\u2019avait convaincu d\u2019investir cinq cents dollars dans une affaire de vente d\u2019encyclopédies, mais quand je m\u2019étais présenté à son magasin, les vitrines étaient tapissées de journaux L'ACTION NATIONALE \u2022 189 et lui-même avait quitté la ville deux jours plus tôt sans laisser d\u2019adresse.Je me cherchais du travail depuis cinq mois.Mon loyer à Montréal n\u2019était pas payé depuis quatre mois.L\u2019année précédente, mon père m\u2019avait jeté dehors et virait écarlate quand on prononçait mon nom devant lui.Il versa un filet de sirop d\u2019érable sur sa crêpe et en porta un morceau à sa bouche.\u2014 J\u2019étais assis sur le bord de mon lit et j\u2019avais faim.Mais je savais que si j\u2019allais au restaurant, il ne me resterait plus assez d\u2019argent pour payer mon retour en autobus à Montréal.J\u2019avais vraiment le goût de me jeter du haut d\u2019un toit et de passer dans l\u2019autre monde.Il prit une seconde bouchée.Nicolas faisait de son mieux pour simuler l\u2019intérêt le plus vif.Il avait entendu le numéro de son oncle au moins deux fois, sans compter les récits qu\u2019on lui en avait faits.\u2014 Alors j\u2019ai regardé un moment la pile de prospectus posée sur le bord de la fenêtre (c\u2019est tout ce que mes cinq cents dollars m\u2019avaient rapporté), puis j'ai ouvert le tiroir de ma table de nuit et j\u2019ai pris la Bible.C\u2019était un de ces exemplaires que la Société Gideons distribue dans les hôtels à l\u2019intention sans doute des désespérés qui se retrouvent un soir entre quatre murs avec 1 envie, comme moi, de se jeter du haut d\u2019un toit parce que la vie leur apparaît comme un tuyau d\u2019égout sans fin.Jamais je ne lisais la Bible.Ce soir-là, je me suis mis à la feuilleter.Je ne trouvais aucun réconfort dans les versets que je lisais ici et là, l\u2019esprit ailleurs.Et puis tout à coup je suis tombé sur un beau billet de cent dollars tout neuf glissé entre deux pages par un pauvre illuminé, Dieu sait pourquoi.J\u2019ai pris le billet, je l\u2019ai mis dans mon portefeuille, je suis descendu à la salle à manger, j\u2019ai commandé une omelette au fromage et un morceau de gâteau au chocolat, puis je suis allé faire une promenade pour réfléchir à ce qui m\u2019arrivait.En revenant à l\u2019hôtel, j\u2019avais une idée.J'ai téléphoné à un vieil éditeur de manuels scolaires que mon tilou m avait présenté la semaine d\u2019avant, je l\u2019ai baratiné de mon mieux, puis je l\u2019ai invité à manger le lendemain dans un des meilleurs restaurants de Montréal.A cette époque-là, avec cent dollars, tu pouvais faire un sacré bout de chemin! Alors je l\u2019ai gavé de fruits de mer, de caviar et de vin blanc jusqu\u2019à ce qu\u2019il ait les deux yeux dans le même trou.Au dessert, nous avons signé un contrat où je le roulais abominablement, le pauvre.C\u2019est avec sa mise de fonds que j\u2019ai pu lancer une 190 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE petite maison d\u2019édition spécialisée en livres de cuisine.Trois ans plus tard, je la revendais en mettant une belle motte de beurre dans mon assiette.J\u2019ai alors fondé Donégis, qui a grossi, grossi et a fini par faire de moi l\u2019homme que tu connais.Il posa les deux mains sur le rebord de la table, prit une longue inspiration (Nicolas entendit le sifflement), puis : \u2014 Ce billet de cent dollars, c\u2019était ma chance.Aujourd\u2019hui, je t\u2019offre la tienne.Mais tu es beaucoup plus vieux que je ne l\u2019étais à l\u2019époque.Et c\u2019est peut-être la dernière qui te passe sous le nez.Nicolas eut un sourire malicieux : A moins que vous n\u2019essayiez de me rouler comme ce pauvre éditeur.Télesphore Pintal prit un air offensé : \u2014 Ta remarque me surprend, mon garçon.Tu sais pourtant que la famille a toujours été pour moi une chose sacrée.Choisis tes mots d\u2019esprit.* * * Sans que Nicolas s\u2019en rendît compte, un épisode de sa vie venait de commencer qu il considéra toujours par la suite avec une sorte de stupeur.La frénésie qui s\u2019empara de lui à partir de ce moment multiplia ses forces d'une façon incroyable tout en laissant régner dans son âme un calme étrange, comme si une partie de lui-même observait l\u2019autre avec une froide ironie.En arrivant à L Instant, il trouva sur son bureau un message de Douillette et une lettre de la direction où on lui annonçait que sa demande de congé sans solde était agréée pour une durée d\u2019un an, sous réserve d\u2019en fixer les modalités avec son chef de division.Il alla aussitôt trouver Albert Morency.Bah ! pars demain si tu veux, lui répondit l\u2019autre avec un sourire impitoyable.Nicolas ne put soutenir son regard et s\u2019éloigna, rouge de honte et la rage au cœur.Je te revaudrai ça, chien sale, ronchonna-t-il en composant le numéro de son oncle pour lui annoncer la nouvelle.L'ACTION NATIONALE .191 \u2014 J\u2019ai besoin de quelques jours pour régler certaines affaires, ensuite je suis à vous.\u2014 Je t\u2019en donne un, pas une minute de plus, répondit Pintal, contrarié.Si on tarde trop, mon église risque de me filer entre les pattes.«J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir changé un mal de pied pour un mal de jambe», se dit Nicolas en téléphonant à Douillette.\u2014 Ah! bonjour, Nicolas, fit ce dernier dans un murmure presque inaudible.Écoute, je vais te rappeler du restaurant d\u2019en face.La ligne n\u2019est pas sûre ici.À tout de suite.Rivard, pensif, se rejeta dans son fauteuil : \u2014 Est-ce que par hasard il serait craqué de la citrouille, mon bon Douillette?Je me lance peut-être à l\u2019aventure sur les révélations d\u2019un fou.Il venait de se mettre à la correction de son dernier papier lorsque le téléphone sonna.___ Monsieur.Nicolas Rivard?fit une voix hésitante qui le plongea dans le ravissement.___ Moineau! Comment vas-tu?J\u2019allais justement t\u2019appeler.J\u2019ai téléphoné deux fois chez toi hier, mais tu étais absente.\u2014 Recherche d\u2019emploi, soupira l\u2019autre.Et elle lui demanda de but en blanc s\u2019il avait pu faire quelques petites démarches pour elle comme il l\u2019avait promis.Rivard, un peu confus, lui répondit que le temps lui avait manqué, mais qu il allait s\u2019y mettre tout de suite.Et il en profita pour l\u2019inviter à dîner.Elle accepta après une légère hésitation et ils convinrent de se rencontrer Chez Delmo.Aussi, quand Aimé Douillette rappliqua quelques instants plus tard, trouva-t-il un interlocuteur aimable et onctueux.___ Nicolas, annonça le fonctionnaire, tragique, je suis sûr qu\u2019on se doute de quelque chose.\u2014 Et comment ça?___ Hier, le sous-ministre adjoint m a annoncé que j étais tabletté.Oh! le mot n\u2019a pas été prononcé, bien sûr; ils sont trop malins pour ça.Officiellement, il s\u2019agit d\u2019une promotion comme conseiller spécial au comité consultatif des prévisions environne- 192 \u2022 L'ACTION NATIONALE mentales.Mais, en pratique, je pourrais aller collectionner les papillons en Australie.Je travaillais depuis six mois à mettre sur pied une banque de données sur la circulation, l\u2019entreposage et l\u2019élimination des déchets dangereux.Mais on va dissoudre mon équipe et détruire la banque.Pfuit! Fini! Me voilà rangé dans la garde-robe.Rivard lui répondit qu\u2019il ne voyait aucun lien entre son histoire de l\u2019autre jour et cette rétrogradation, rien n\u2019y fit.\u2014 Ta ta ta.Mon petit doigt me dit qu\u2019on sait que je sais.Et mon petit doigt pourrait être le pape.Et alors?poursuivit-il d\u2019une voix pressante et angoissée, as-tu glissé un mot de l\u2019affaire à ton responsable de l\u2019environnement?Il faut que ça bouge, Nicolas ! Je ne veux pas attendre de voir ma tête rouler sur le parquet.\u2014 J\u2019ai fait mieux, mon cher.Je quitte L\u2019Instant pour me lancer moi-même dans l\u2019enquête.Après un moment de stupéfaction ravie, Douillette se mit à le couvrir d\u2019éloges et de remerciements et lui proposa son aide, dans la mesure où sa vie ne serait pas en danger.Rivard lui posa quelques questions, puis, un peu lassé par son ton exalté, coupa court à l\u2019entretien et promit de le rappeler bientôt.Il termina en hâte son papier, fit quelques appels pour Moineau, commença à rassembler ses effets personnels en vue de son départ, puis se rendit Chez Delmo, en prenant soin de s\u2019arrêter en chemin pour se munir de préservatifs.Moineau l'attendait déjà, assise dans la salle aux murs de lattes beiges.Ses cheveux relevés en queue de cheval dégageaient gracieusement ses tempes, laissant la lumière nimber délicatement l\u2019ovale ravissant de son visage.Elle mordillait distraitement le bâtonnet de plastique qui accompagnait son Perrier citron, plongée dans de tristes pensées.Son expression grave et soucieuse donnait à sa beauté juvénile un air de noblesse et de dignité.Elle semblait porter cette beauté comme on assume une responsabilité honorable mais quelque peu éprouvante.En l\u2019apercevant, le journaliste s\u2019arrêta devant la porte et sourit.«Te rends-tu compte de ta chance, Nicolas Rivard?se dit-il.La plus belle fille de Montréal te laisse monter dans son lit.Ton ange gardien doit en avoir les yeux croches.» Elle l'aperçut à son tour et eut un mouvement d\u2019épaules comme pour dire : « Allons, approche, je ne te mangerai pas ! » L'ACTION NATIONALE .193 \u2014 Tu me cherchais?lui demanda-t-elle, tandis qu\u2019il s\u2019avançait.\u2014 Non.Je te contemplais, répondit-il en prenant place.Elle se mit à rire : \u2014 Est-ce que tous les hommes de ton âge sont aussi sentimentaux?Malgré l\u2019affluence du midi, un garçon se trouva instantanément à leur table et présenta les menus.Le charme de Moineau produisait des effets magiques, dont elle ne s\u2019apercevait même plus.\u2014 Tu as l\u2019air soucieuse, remarqua Nicolas.\u2014 Je viens de me chicaner avec Denise, ma copine d\u2019appartement.Un problème d\u2019argent.Sa réponse, il le sentit, comportait une question.___ J\u2019ai fait quelques appels pour toi ce matin, répondit-il.Un de mes ex-collègues au journal possède un café Van Houtte rue Notre-Dame, à deux pas d\u2019ici.Je n\u2019ai pas pu le joindre, mais son gérant, que je connais un peu, m a laissé entendre qu il pourrait peut-être t\u2019engager.\u2014 Merci, fit-elle.Tu es gentil.___ Oh! il n\u2019y a rien de fait encore.Si ça ne marche pas, je regarderai ailleurs.Tu as besoin d\u2019argent?demanda-t-il après une légère hésitation.Je peux t\u2019en prêter, si tu veux.Elle secoua la tête : __ Je préfère que non.On se connaît à peine.Qu est-ce que tu penserais de moi ?\u2014 Je penserais que tu as besoin d\u2019argent et que tu vas me le rendre un jour quand ton portefeuille sera mieux garni.Quoi d\u2019autre?Elle continuait de secouer la tête, les lèvres serrées dans un pli obstiné.Le garçon prit leurs commandes.Il semblait tombé lui aussi sous l\u2019emprise de Moineau et la contemplait de ses yeux globuleux et un peu tristes comme ces chiens en cage qu\u2019on voit dans les animaleries en train de regarder circuler les passants.Nicolas s\u2019extasia encore une fois devant 1 appétit de Moineau.Elle aurait pu, semblait-il, dévorer tout le restaurant.Elle commanda 194 .L\u2019ACTION NATIONALE une douzaine d\u2019huîtres de Caraquet, puis une soupe aux huîtres et finalement un pâté aux pétoncles et aux huîtres.\u2014 J\u2019aime les huîtres, reconnut-elle avec un sourire confus.Nicolas cligna de l\u2019œil : \u2014 Si elles ont l\u2019effet qu\u2019on dit, ton lit va prendre feu.En sortant du restaurant, délesté d\u2019une jolie somme, il lui avoua que son envie de lui faire l\u2019amour avait transformé son pantalon en fourneau.\u2014 On ne peut pas aller chez moi, le frère de Denise peinture la cuisine.Nicolas n\u2019ayant plus que quarante dollars en poche, ils se retrouvèrent dans 1 est de la ville, rue Sainte-Catherine, devant une maison de chambres un peu miteuse près de Radio-Québec.Ils allaient y pénétrer lorsqu\u2019une petite fille à nattes rousses lui envoya la main de l\u2019autre côté de la rue avec un grand sourire.Nicolas s\u2019arrêta, interloqué.Il venait de reconnaître l\u2019enfant qu\u2019il avait vue au casse-croûte de l\u2019Hôtel-Dieu à Québec lorsqu\u2019il s était rendu au chevet de François Durivage.Elle se souvenait donc de lui?Pourquoi ces marques d\u2019amitié envers un inconnu?La petite continuait de le fixer en marchant.Son sourire avait quelque chose de tendre et d'impitoyable.Elle se retourna une dernière fois, puis disparut au coin d'une rue.Dis donc, c est ta fille?demanda Moineau, amusée, en pénétrant dans un petit hall jaune et crasseux.Non, non, pas du tout, bafouilla le journaliste, de plus en plus troublé.Je la connais à peine.Je ne lui ai même jamais parlé.Un gros homme renfrogné à lippe pendante leur tendit une clé en échange de deux billets de vingt dollars, puis se replongea dans la lecture de Photo-Police.«Hum.tout ça coûte cher, il faudra que je fasse des économies», se dit Nicolas en grimpant l\u2019escalier étroit qui sentait l\u2019eau de Javel et la bière éventée.Ils poussèrent la porte d une petite chambre minable peinte d un vert cafardeux.Une fenêtre à carreaux permettait d\u2019admirer en gros plan l\u2019enseigne au néon tout écaillée de l\u2019établissement.Comme ses aisselles répandaient une odeur un peu lourde, il décida de prendre une douche.L\u2019ACTION NATIONALE .195 \u2014 Attention aux rats, l\u2019avertit Moineau avec un clin d\u2019œil.Les robinets dépareillés étaient rouillés et une débarbouillette crasseuse moisissait sur le porte-savon.Deux minutes plus tard, il sortait de la salle de bains, chassé par l\u2019apparition d'une coquerelle, et finissait de s essuyer devant sa petite amie, n\u2019oubliant pas de contracter les muscles de l\u2019abdomen.Pelotonnée sous les draps, elle l\u2019observait avec une attention ingénue.Il laissa tomber sa serviette sur le plancher poussiéreux et s\u2019avança vers elle en souriant.Et soudain, la laideui des lieux et le souvenir de sa soirée avec Géraldine (ah ! ce regard éperdu qu elle lui avait lancé pendant leur discussion!) lui tirent perdre tous ses moyens et un sentiment de malheur accablant l'envahit.Il s\u2019allongea près de Moineau, mais resta immobile, respirant par saccades.Elle lui fit quelques caresses, puis, voyant son malaise sans oser lui en demander la cause, éclata de rire : ___ Quelle idée nous a pris de venir ici?C\u2019est infect! J\u2019en ai l\u2019inspiration coupée.Est-ce qu\u2019on s\u2019en va?Ils se rhabillèrent en échangeant des plaisanteries et se retrouvèrent bientôt dans la rue.__ Il faut que tu ailles maintenant au journal, je suppose?Je vais être chez moi ce soir.Viens me voir, si tu veux.Il la laissa en taxi devant la station de métro Berri, puis se fit conduire à L\u2019Instant.Le regard insoutenable de Géraldine commençait à s\u2019estomper.« Comme c\u2019est curieux, ces histoires d\u2019humeur, se dit-il.Maintenant, j\u2019ai de nouveau envie de faire l\u2019amour.Merde ! » Il se fit déposer rue Sainte-Catherine devant l\u2019Université du Québec.La journée était chcude et belle.Une bonne marche lui ferait du bien.Et, de toute façon, son papier terminé, on n\u2019avait plus besoin de lui au journal.En passant devant une fruiterie, il aperçut un étalage de clémentines et les tâta.La peau molle et un peu spongieuse, détachée de la pulpe, montrait que le fruit était mûr.Il en acheta trois douzaines.«Les enfants vont être contents», se dit-il en poursuivant sa route.Il arriva bientôt devant le petit parc qui bordait les bureaux du journal ; l\u2019envie le prit de s\u2019y asseoir un moment pour 196 \u2022 L'ACTION NATIONALE manger quelques clémentines et sentir leur jus délicatement parfumé couler dans sa bouche tout en rêvant à Moineau.Il prit place sur un banc, allongea les jambes et plongea la main dans le sac.Un tas de pelures s\u2019accumula bientôt près de lui, répandant une légère odeur acidulée.Mais plutôt qu\u2019à Moineau, ses pensées allaient à la petite fille aux cheveux roux.N\u2019était-ce pas plutôt son sourire qui l\u2019avait mis à mal tout à l\u2019heure à l\u2019hôtel ?\u2014 Tu dérailles, mon vieux, dit-il à voix haute en se levant.Il jeta les pelures dans une poubelle et s\u2019éloigna.Une curieuse tristesse l\u2019habitait.Une fois à L\u2019Instant, il finit de rassembler ses effets personnels dans une boîte, interrompu à tout moment par les questions de ses collègues qui venaient le trouver, surpris de le voir partir, heureux de la faveur qu\u2019on lui faisait, puis s\u2019affala dans son fauteuil, réfléchit un instant et se lança enfin dans son enquête.Son premier appel téléphonique fut pour l\u2019Inspecteur général des institutions financières.On lui apprit que Kronoxyde appartenait à la société Invesco et que le président et administrateur de cette dernière se nommait Harvie Scotchfort.\u2014 Harvie?Tiens tiens.quel joli nom, marmonna-t-il en raccrochant avec un sourire.Si j\u2019avais un chien, je l\u2019appellerais Harvie.Il s\u2019accouda sur son bureau et se mit à tripoter une rognure de papier.« Maintenant, à partir de là, qu\u2019est-ce que je fais ?» se demanda-t-il, perplexe.Il leva les yeux au plafond mais, chemin faisant, son regard accrocha celui d Albert Morency debout dans l\u2019allée à deux mètres de lui et qui le fixait avec un sourire persifleur: \u2014 Et alors?on prépare un petit article pour l\u2019année prochaine ?demanda le chef de division, doucereusement méprisant.\u2014 On se prépare plutôt à sacrer le camp, riposta-t-il d\u2019un ton rageur.On se prépare à sacrer le camp pour faire plaisir à certains.\u2014 Quel mauvais caractère, soupira l\u2019autre avec une emphase bouffonne en s\u2019éloignant.Robert Lupien apparut dans la salle et se dirigea en clopinant vers son bureau.Nicolas agita la main dans sa direction : L'ACTION NATIONALE \u2022 197 \u2014 Tu viens prendre un café?J\u2019ai des choses à te raconter.\u2014 Comme tu veux, répondit l\u2019autre.Mais je dois partir dans quinze minutes pour une interview.Et il se dirigea vers la cantine en poussant un énorme bâillement.Robert Lupien était un homme taciturne et plutôt grognon, mais doué d\u2019un remarquable sens de l'amitié.Depuis son divorce, il vivait seul dans un petit appartement non loin de L\u2019Instant (où il tenait une chronique sur les arts plastiques avec des sautes d\u2019humeur fort redoutées); il cherchait d une façon un peu obsessive à se remarier mais n'accumulait qu\u2019aventures sans lendemain.Une jambe légèrement atrophiée par la polio le faisait un peu boiter et l\u2019avait rendu timide et compliqué avec les femmes.Chaque dimanche, il recevait sa fille à dîner (cuisinier hors pair, il excellait dans les sauces), puis l\u2019amenait au cinéma.C\u2019était un homme serviable, conservateur, passionné de littérature comme Rivard l\u2019était de musique, doué d\u2019un solide jugement et supportant avec une extrême difficulté la bêtise, les contretemps et, en général, tout ce qui contrecarrait ses volontés.___ Bravo, tu en avais besoin, se réjouit-il quand son ami lui annonça qu\u2019il avait obtenu son congé.Ah bon.Curieux, ça, s\u2019étonna-t-il en apprenant que ce dernier se lançait dans 1 immobilier avec un vieil oncle bourré de fric.Eh ben.ça va peut-être te changer les idées.Nicolas lui rapporta alors les révélations d\u2019Aimé Douillette.___ Ne t\u2019embarque pas dans cette affaire puante, tu n auras que des ennuis.Mais il n\u2019eut qu\u2019un sourire compatissant et désabusé lorsque le journaliste, lancé dans la voie des confidences, lui révéla son aventure avec Moineau.______ Tu trouves que je dérape, hein ?fit le journaliste en rougissant, un peu piqué.Que le démon du midi me tourne la tête?Lupien haussa les épaules et prit une gorgée, de café, l\u2019œil plissé, la lèvre subtilement moqueuse, comme s\u2019il contemplait toute l\u2019étendue de la bêtise humaine.___ Dans ce domaine, répondit-il enfin, je ne donne pas de conseils.Cul en feu rend sourd.J\u2019ai vécu plusieurs fois l'expérience.198 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Nicolas voulut se justifier, décrire sa misère conjugale (fort relative, il est vrai), mais la mine de plus en plus renfrognée de son ami le fit bientôt battre en retraite.Ils retournèrent à la salle de rédaction.Lupien regrettait déjà son attitude glaciale.Il posa sa main sur l\u2019épaule de son compagnon : On ne se verra donc plus?Finies les discussions à La Vieille France?Mais non, mais non.Mes affaires vont m'amener souvent au centre-ville, on pourra casser la croûte ensemble.Et puis, tu vas continuer de m\u2019inviter aux vernissages, j\u2019espère?Et moi, quand j entendrai parler d'une vente de disques, je te ferai signe.Chacun retourna à son bureau.Rivard inspecta le sien une dernière fois, puis promena longuement son regard dans cette salle où s étaient écoulées dix-neuf années de sa vie et ne ressentit aucune émotion; ses yeux tombèrent sur un bout de papier qui traînait près du téléphone; il y avait griffonné le nom de Harvie Scotchfort, une adresse et un numéro de téléphone; la question qu il s\u2019était posée un peu plus tôt revint à son esprit : «A partir de là, qu\u2019est-ce que je fais?» Harvie Scotchfort était président et administrateur d'Invesco, société propriétaire de Kronoxyde.Le ministre de l'Environnement, Antoine Robidoux, avait eu quelques jours auparavant avec ce monsieur une conversation où il apparaissait que les deux hommes ne partageaient pas les mêmes vues sur toutes choses.Voilà à quoi se résumaient ses connaissances sur l\u2019affaire.C\u2019était maigre.Rivard composa le numéro d Aimé Douillette.Une secrétaire lui appiit que ce dernier était en congé pour deux semaines et refusa de lui donner son numéro personnel.«Triple idiot! t aurais dù le lui demander hier», grogna intérieurement le journaliste.Une minute plus tard, une préposée aux renseignements lui fournissait les numéros de trois Aimé Douillette vivant tous à Québec.Mais il ne se sentit pas le courage d\u2019entreprendre cette recherche.I.ACTION NATIONALE \u2022 199 \u2014 Je vais plutôt.je vais plutôt, reprit-il dans une illumination soudaine, essayer de glaner ici même de l\u2019information sur Invesco et Kronoxyde.11 se tourna vers le fond de la salle, où travaillaient les journalistes affectés aux pages financières, et aperçut Bernard Lavery en train de prendre des notes, le récepteur coincé entre 1 épaule et l\u2019oreille.Son appel terminé, Nicolas alla le trouver.C\u2019était un bon garçon, un peu porté sur la bière, mais qui travaillait comme un bœuf, par amour du métier et aussi pour soutenir un train de vie princier (chalet cossu, yacht géant, vacances à 1 étranger, etc.), cai il avait épousé la fille d\u2019un richissime pharmacien et ne voulait pas la faire déchoir.\u2014 Quand a été fondé Invesco?fit-il en repoussant une grande mèche de cheveux noirs qui retombait constamment sur son front huileux parsemé de minuscules boutons roses.Tu veux taire des placements, mon Nicolas?__ Oui, justement.On m\u2019a dit beaucoup de bien de cette société, mais je voulais me renseigner avant de prendre une décision.J\u2019ai appris que Kronoxyde lui appartenait.Ça fait longtemps?__ Bah.deux ou trois ans, répondit l\u2019autre, étonné par la question.Tu cherches quelque chose?__ Non, rien de particulier, je demandais ça comme ça.Lavery ouvrit un tiroir et se mit à y fourrager : __ Tiens, voici leur dernier rapport annuel.Tu y trouveras l\u2019essentiel.Si tu veux en savoir un peu plus, viens me voir en tin d\u2019après-midi.J\u2019aurai eu le temps de glaner autre chose.A propos, félicitations pour ton congé.Tu te lances dans les affaires?Rivard crut déceler une lueur d'ironie dans les yeux du journaliste, mais son sourire restait amical.__ Ouais, répondit-il en détournant le regard.Mais en même temps, je vais suivre des cours en urbanisme.__ C\u2019est bien, c\u2019est bien, il faut se tenir à la page, 1 époque le veut, sinon les jeunes vont finir par nous mettre au placard.Cette fois, la moquerie affleurait presque ouvertement.«Ris de moi tout ton soûl, gros dindon, grommela Rivard en retournant à son bureau, pourvu que tu me trouves ce que je 200 \u2022 L'ACTION NATIONALE cherche.Ah ! que j\u2019ai hâte de sacrer le camp de ce trou infect.Ils verront bien ce que je vaux, tous ces gros pleins de soupe.» Il retourna à son bureau et se mit à feuilleter la brochure.La photo de Harvie Scotchfort s\u2019étalait en première page.Il scrutait sa figure grave et rondouillarde lorsqu\u2019une main le toucha à l\u2019épaule : \u2014 Besoin d\u2019aide?s\u2019offrit Lupien en montrant une pile de boîtes débordantes de paperasses qui s\u2019élevait près du bureau.Il allait lui répondre lorsque son téléphone sonna.\u2014 Tu viens souper?fit Géraldine, enjouée.Nicolas grimaça : Non, malheureusement je ne peux pas, chérie.J\u2019ai.des affaires à régler au journal.\u2014 Des affaires à régler?s\u2019étonna l\u2019autre.Lesquelles?\u2014 Je.j\u2019attends des renseignements au sujet de mon enquête.Il faut que je reste sur place.Un pincement le saisit au creux du ventre.Ses paroles l\u2019écœuraient.\u2014 Tu.tu n'as donc pas changé d'idée?s\u2019écria-t-elle joyeusement.Non, pas du tout, l\u2019assura-t-il sans entrain.Je tiens parole.\u2014 Nicolas, poursuivit-elle de but en blanc, Frédéric m\u2019a ramené un superbe bulletin tout à l\u2019heure : quatre-vingt-deux pour cent en mathématiques! Du jamais vu.C est son anniversaire la semaine prochaine.Je connais ton aversion pour les chats, mais il serait tellement ravi si on lui en offrait un en cadeau.\u2014 D\u2019accord, fit-il.Je finirai bien par m'habituer.Nicolas, reprit-elle d\u2019une voix changée, pressante, je t\u2019aime, tu sais.Moi aussi, répondit-il.dégoûté.«Je ne mérite pas la femme que j\u2019ai, marmonna-t-il en raccrochant.D\u2019ailleurs, je ne 11101 û° 11011 du tout.S il y avait une justice, je me ferais écraser par un autobus en mettant le pied dans la rue.» Il n\u2019y en avait pas, apparemment.Il se rendit sans encombre chez Moineau, qu\u2019il avait réussi à joindre plus tôt que prévu, et prit une magnifique revanche sur son fiasco de l'après-midi.Mais, [.ACTION NATIONALE .201 auparavant, il dut faire la causette une petite demi-heure à sa compagne Denise, une grosse fille rieuse et bavarde qui, avant de s\u2019en aller, le convainquit de nettoyer les moulures des armoires de la cuisine, que son frère avait salopées en peinturant.Elle n\u2019avait pas plus tôt fermé la porte qu\u2019il se mettait à caresser Moineau; ses mains sentaient la térébenthine.Il sen excusa.\u2014 C\u2019est pas grave, répondit-elle.Quand je fais l\u2019amour, je ne sens rien.«Que veut-elle dire?» se demanda-t-il anxieusement.Elle l\u2019amena à sa chambre et se déshabilla devant lui en riant.L\u2019effet de sa nudité fut encore plus puissant que la première fois.Sa peau était d\u2019un grain si lisse et si fin qu'on aurait dit qu un halo rosé l\u2019entourait; jamais Nicolas n avait ressenti cette impression devant une femme nue, sauf une fois, plusieurs années auparavant, après avoir fumé de la mari.Ses jambes se couvrirent de sueur.«Que va-t-il arriver de Géraldine?Est-ce que c\u2019est la fin de mon mariage?» Moineau s\u2019approcha de lui : \u2014 Allons, lambin, qu\u2019est-ce que tu as à me regarder ainsi, les yeux ronds, comme si t avais manqué 1 autobus?Et elle détacha sa ceinture.Il tomba à genoux et se mit à lui lécher les cuisses.__ Qu\u2019est-ce qui te prend?s\u2019étonna-t-elle, amusée.__ Je suis ton chien, murmura-t-il en levant la tête.Tu fais de moi ce que tu veux.__ Alors, vite, viens dans ta niche, beau chienchien, répondit- elle en le prenant par les épaules, et elle acheva de le déshabiller.Quelques minutes plus tard, elle avait perdu toute capacité de plaisanter.__ C\u2019est mieux que cette après-midi, non?lui demandait-il de temps à autre, haletant, dans l\u2019emmêlement des draps et des couvertures.\u2014 Oh oui, gémissait-elle, beaucoup beaucoup mieux ! 202 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il était près de six heures quand ils pénétrèrent dans la cuisine avec cet air un peu assommé qu\u2019ont les amants après les violents plaisirs de l\u2019amour.\u2014 Mon Dieu ! se rappela soudain Nicolas.Il fallait que je téléphone au journal en fin d\u2019après-midi ! Tu m attrapes par la pointe des cheveux, répondit Bernard Lavery au bout du fil.Trente secondes plus tard et tu parlais à du vent.J ai les renseignements que tu voulais.Invesco a acquis Kronoxyde il y a un peu plus de deux ans, quand la société se trouvait en très mauvaise posture financière.\u2014 Ah bon.Tu me caches quelque chose, toi.Qu\u2019est-ce que tu cherches?\u2014 Moi?A faire un peu d\u2019argent, comme je te l\u2019ai dit tout à l\u2019heure.En tout cas, tiens-moi au courant si tu apprends quelque chose d\u2019intéressant.Entre collègues, faut s\u2019aider, non?Bien sûr.«Je lui ai mis la puce à l\u2019oreille, grommela Nicolas en raccrochant.Pourvu qu'il ne se mette pas le nez dans ma talle.» Moineau s\u2019approcha et lui entoura la taille : Qu est-ce que tu mijotes?Tu te prépares à voler le pont Jacques-Cartier ou quoi?\u2014 Quelque chose comme ça.Je t\u2019expliquerai plus tard, c\u2019est très compliqué.Et maintenant, il faut que je file.On m\u2019attend à la maison.Moineau eut un de ces regards que les maîtresses n\u2019adressent qu aux hommes mariés, rempli de cet acquiescement blasé devant les trivialités incontournables de la vie.Il le vit, s en émut et 1 invita au restaurant.Dix minutes plus tard, ils arrivaient à la Mazurka, réputée pour sa cuisine slave parfois un peu lourde mais ses additions légères.Ils prirent de la vodka avec des blinis et des pirojkis et Nicolas passa près de retourner faire 1 amour chez son amie, mais un sursaut de vertu et la présence probable de Denise lui permirent au dernier moment de s arracher à Moineau dans le taxi et de poursuivre son trajet jusqu\u2019à Longueuil.L\u2019ACTION NATIONALE .203 Il arriva chez lui vers neuf heures.Des collègues avaient voulu fêter son départ, expliqua-t-il à Géraldine, renfrognée.Ils étaient allés à la Bouche de velours et avaient un peu bu.___ Tu aurais dû m\u2019avertir, répondit-elle sèchement.Parfois, j\u2019ai l\u2019impression de vivre avec un célibataire.Sa journée avait été longue et mouvementée, et l\u2019alcool avait fait de sa tête une boule de plomb.Il décida d aller se coucher.En arrivant au haut de l\u2019escalier, il s\u2019arrêta, tendit 1 oreille.\u2014 Papa, chuchota Frédéric.___ Comment?tu ne dors pas encore, toi?fit-il en pénétrant dans la chambre de son fils.___ Viens ici, répliqua le garçon, nullement impressionné par la rigueur du ton paternel.Penche-toi.\u2014 Que veux-tu, l\u2019insomniaque?___ Merci de vouloir m\u2019acheter un chat, papa.C est très chic de ta part.Et il jeta ses bras autour du cou de Nicolas qui l\u2019embrassa, puis se dirigea vers la porte.___ Tu n\u2019oublieras pas demain de jeter un coup d œil sur mon bulletin, papa.Je pense que tu vas être content.Et, tout frétillant de joie, il s\u2019entortilla dans ses couvertures.?204 L'ACTION NATIONALE ACHEVÉ D'IMPRIMER CHEZ MARC VEILLEUX, IMPRIMEUR À BOUCHERVILLE, EN MARS MIL NEUF CENT QUATRE-VINGT-SEIZE Une vision qui en dit long Pour Hydro-Québec l'environnement de demain se prépare aujourd'hui.t ft r\u2019 * 1 UI *V Améliorer notre qualité de vie, oui! Mais pas à n\u2019importe quel prix! Chez Hydro-Québec, nous misons sur le développement durable, la gestion rigoureuse et la mise en valeur de l\u2019environnement pour laisser aux générations futures un monde meilleur.L\u2019environnement et l\u2019énergie: deux atouts, une même vision.Hydro k.Québec L'énergie qui voit loin Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 "]
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