L'action nationale, 1 avril 1993, Avril
[" ! I/Aciioii Volume L XXX111, numéro 4, avril 1993 < ;?%i\tv^\"-1 sw »: L v~ > iWigmM >4(^ L W* KJrlL* V / »i iwms À PORTÉE DE MAIN LE DEVOIR Des idées qui inspirent, des opinions percutantes.Les pages ÉDITORIAL et IDÉES tous les jours dans Le Devoir.Le Devoir \u2014 La nouvelle nouvelle Kj9i\\®(tâ®DQ NATIONALE 419 ?^ 421 ?435 ?454 ?461 ?468 ?475 ?488 ?493 ?496 ?531 ?543 ?Table des matières Volume LXXXIII, numéro 4, avril 1993 L'Action nationale Rosaire Morin De fonctionnaire à gestionnaire Louis Bernard La culture et le développement Yvon Leclerc L'école et l'intégration Jocelyn Bertheloi Troc Québec Miville-M.Tremblay L'économie et les PME Alain Dumas Le cas de St-Clément Clermont Dugas Le débat sur les langues Gilles Lesage La qualité du français Jules Bélanger Préoccupations démographiques Liane Bélanger À travers l'actualité Rosaire Morin Les annonces Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 417 Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Champ d'observation L'Action nationale s\u2019intéresse aussi à la vie des francophones hors Québec.Elle reflète certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Liberté d'expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Il doit être dactylographié sur papier 8V2 X 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire de la revue: Rosaire Morin Comité de rédaction: Robert Laplante, Francine Lalonde, Denis Monière, Pierre N or eau Comité de lecture: Jean-Jacques Chagnon, Jean-Pierre Dupuis, Lucia Ferretli, Gilbert Paquette, Janine Thériault Abonnement: 10 numéros Québec, Canada 35,00$ Autres pays\t50,00$ Étudiant\t20,00 $ L\u2019Action NATIONALE 82, me Sherbrooke ouest, Montréal (Québec) H2X 1X3 Tél.: 514-845-8533 Télécopieur: 514-982-9047 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an 418 ISIATIOrsj AL SI VOUS ÊTES ABONNÉ E Deux questions: La première question: Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonnement?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.L\u2019Action NATIONALE 82, me Sherbrooke ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Tel.: (514) 845-8533 Télécopieur: 514-982-9047 La deuxième question: Sur l'étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6000,00 $ par année en timbres, papeterie et temps.Abonnement Québec, Canada Étudiant Autres pays\t10 numéros 35.00\tS 20.00 50,00\t20 numéros 60,00 $ 90,00 \t\t NOM\tPRÉNOM\t ADRESSE\t\t TÉLÉPHONE\tPROFESSION\t Supplément postal \u2014 L\u2019Action Nationale, Volume LXXXIII, numéro 4, avril 1993 II/iWtficDm NATIONALE SI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ-E 200 personnes reçoivent la revue, chaque mois, sans être abonnées.L Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend nos valeurs fondamentales et elle fait la promotion de la souveraineté dans une démarche de progrès et dans une perspective universaliste.Si vous n\u2019êtes pas abonné-e, vous pouvez le devenir en nous retournant votre chèque et le formulaire joint ci-dessous.Abonnement Québec, Canada Étudiant Autres pays 10 numéros 20 numéros 35.00\t$\t60,00 $ 20.00 50,00\t90,00 Nom___ Prénom Adresse Téléphone Profession L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Tél.: (514) 845-8533 Télécopieur: 514-982-9047 EDITORIAL L'Action nationale, un instrument de Rosaire Morin -4 travail L'Action nationale devient un instrument précieux de travail qui permettra, nous l\u2019espérons, de déclencher un vrai projet de société.D 'epuis belle lurette L\u2019Action nationale est engagée dans le débat qui intéresse l\u2019avenir de la nation.Elle entend y participer plus que jamais.Dans une démocratie, il est essentiel que les opinions circulent, qu\u2019elles soient examinées et débattues.Dans une toilette nouvelle, la revue brassera des idées.Elle ébauchera des projets.Conjuguée au futur, elle tentera de dessiner l\u2019avenir.Pour une réflexion plus approfondie, elle fera encore appel à des experts et à des personnes qui réfléchissent depuis longtemps à la question nationale.Elle peut se réjouir d\u2019un concours sans cesse renouvelé, spontané et désintéressé.Nos collaborateurs continueront à nous présenter des perspectives nouvelles et des esquisses du futur.Des études indiqueront comment nous pouvons résoudre certains problèmes.Des documents inédits seront aussi publiés.Quels que soient les mérites de la revue, la vigilance de nos abonnés et de nos lecteurs représente un facteur important dans l\u2019analyse et la diffusion de principes qui doivent aboutir au progrès de la société québécoise et à l\u2019amélioration de la condition de vie des personnes les plus défavorisées.Il va de soi que les lecteurs sont libres d\u2019adopter ou de rejeter les points de vue exprimés dans la revue.Nous ne sommes pas infaillibles.Le dépôt de la vérité ne nous a pas été confié. Malgré toute la confiance que nous avons en nous-mêmes, nous sommes conscients de vivre dans une société en transformation.Notre action, nos écrits, notre parole peuvent aider à faire démarrer des débats qui doivent se tenir dans les villes et villages, dans les associations et dans les salons que nos lecteurs animeront de leurs expériences et de leurs convictions.C\u2019est ainsi que L'Action nationale devient un instrument précieux de travail qui permettra, nous l\u2019espérons, de déclencher un vrai projet de société.La revue a cette caractéristique peu commune, en 1993, d\u2019avoir une vue globale de l\u2019avenir de la nation.Alors que la plupart des organisations s\u2019intéressent d\u2019une façon particulière à tel ou tel élément de notre situation, nous abordons la question avec une vue globale.Tout se tient dans la vie du peuple québécois.La culture est influencée par l\u2019économie, le social, le politique.Tout est interrelié.Et la gravité et la complexité de certaines situations rendent difficiles la proclamation de dogmes infaillibles et de solutions parfaites.L'Action nationale, un instrument de travail 420 Louis Bernard M Premier vice-président, administration Banque Laurentienne du Canada Gérer dans le privé, ce n' est pas moins difficile, mais c\u2019est plus simple.C'est, de loin, la plus grande organisation au Québec en simple terme de volume.Enquête sur les institutions politiques De fonctionnaire à gestionnaire, un défi à relever La complexité de la gestion publique \u2019aimerais prendre comme point de départ de mes réflexions la complexité de la gestion d\u2019un État moderne.Lorsqu\u2019on me demande de comparer la gestion dans le secteur public et dans le secteur privé, la principale différence qui me vient à l\u2019esprit c\u2019est précisément cet élément de complexité qui caractérise l\u2019administration publique.Gérer dans le privé, ce n\u2019est pas moins difficile, mais c\u2019est plus simple; ce n\u2019est pas plus facile, mais c\u2019est moins complexe.(Entre parenthèses, vous me permettrez de souligner que tout ce qui est simple n\u2019est pas nécessairement facile, et que tout ce qui est complexe n\u2019est pas forcément difficile.Par exemple, c\u2019est une chose simple de lancer une balle, la frapper et l\u2019attraper \u2014 mais c\u2019est une chose qui devient terriblement difficile si on doit l\u2019accomplir lors d\u2019une Série mondiale.Par contre, avoir des relations cordiales avec ses voisins ou ses compagnons de travail est une chose qui, en soi, est plutôt complexe, mais que, pourtant, la plupart des gens réussissent à maîtriser raisonnablement bien.Difficulté et complexité sont donc des notions différentes.Au risque de trop simplifier, je dirais que la gestion privée se caractérise par sa difficulté, la gestion publique par sa complexité.) 421 Voyons brièvement quels sont les principaux facteurs de complexité.D\u2019abord, il y a évidemment l\u2019ampleur, la dimension même de l\u2019État québécois avec son budget de 40 milliards et ses quelque 65 000 fonctionnaires.C\u2019est, de loin, la plus grande organisation au Québec en simple terme de volume.Ensuite, il y a la diversité des objets \u2014 pour ne pas dire des produits.Cette entreprise est un super-conglomérat qui s\u2019intéresse à tout, de la culture et du droit civil à la production électrique en passant par l\u2019éducation, la santé, l\u2019agriculture et le reste.Puis il y a l\u2019enchevêtrement des structures, avec trois niveaux de gouvernement, une vingtaine de ministères, quelques centaines d\u2019organismes plus ou moins autonomes, sans parler des organismes centraux de coordination comme le Conseil exécutif et le Conseil du trésor.Et puis il y a la multiplicité des intervenants: élus politiques regroupés en partis au sein de l'Assemblée nationale, ministres siégeant au gouvernement et assistés de leur cabinet, fonctionnaires et autres employés publics, groupes de pression de toutes sortes, journalistes et autres observateurs de la scène publique.Il y a également le conflit des valeurs que soulèvent un bon nombre de questions comme l\u2019avortement ou l\u2019euthanasie, ou encore la plupart des grands projets de développement économique comme celui de la Baie James.Ce qui rend la chose encore plus compliquée, c\u2019est que souvent l\u2019action gouvernementale doit s\u2019inscrire dans une perspective de long terme \u2014 quelquefois même de très long terme.Il est donc difficile de connaître l\u2019effet réel des gestes qu\u2019on pose, puisque cet effet ne sera connu que plusieurs années plus tard.C est le cas notamment en éducation où il faut préparer nos jeunes à affronter les défis de toute une vie, à faire face à des situations qui nous sont encore inconnues.Mais même lorsque la perspective de temps n\u2019est pas si longue, les indicateurs de performance ne sont pas faciles à définir.Dans le secteur privé, il y a la loi du marché et le jugement impitoyable de la rentabilité \u2014 le fameux «bottom line».Cela a ses inconvénients, mais c\u2019est très utile pour juger des résultats.Rien de tel dans le secteur public, si ce n\u2019est le verdict électoral qui est forcément beaucoup trop général pour servir de mesure aux multiples gestes de l\u2019Administration.La combinaison de ces divers éléments: ampleur des volumes, diversité des objets, enchevêtrement des structures, multiplicité des intervenants, conflit des valeurs, difficulté d\u2019évaluation et de mesure, tout cela a un effet multiplicateur sur la complexité de la gestion dans le secteur public.Pour pouvoir répondre de façon adéquate à un tel défi, une société doit évidemment mettre en place des institutions publiques et une machine administrative extrêmement sophistiquées.Le Québec d\u2019il y a trente ans a décidé d\u2019entrer dans la modernité.Comment gérer cette complexité Pour comprendre comment nous, au Québec, nous avons décidé de nous organiser pour faire face à la complexité d\u2019un État moderne, il nous faut remonter à la Révolution tranquille des aimées \u201960.C\u2019est à cette époque, en effet, que nous avons révisé en profondeur nos façons de nous gouverner afin de répondre aux exigences d'une société moderne et développée.En simplifiant beaucoup, je crois qu\u2019on peut dire que le Québec d\u2019il y a trente ans a décidé d\u2019entrer dans la modernité en faisant trois choses: \u2014\ten renforçant ses institutions démocratiques, \u2014\ten remplaçant, dans la prise de décision, l\u2019arbitraire par la norme, 423 \u2014 en se dotant d\u2019une fonction publique de carrière.Je ne peux aujourd\u2019hui élaborer longuement sur le renforcement des institutions démocratiques qui a caractérisé la Révolution tranquille: réhabilitation de l\u2019Assemblée nationale et des partis politiques, abolition du patronage, assainissement des finances des partis, rééquilibrage de la carte électorale, nouvelle Loi électorale, augmentation du salaire des députés, etc.Mais il faut souligner que ce volet de la réforme fut absolument fondamental et que, sans lui, rien de durable n\u2019aurait pu être accompli.Il ne faudrait pas, d\u2019ailleurs, oublier cette dimension politique dans les réformes à venir.Sur le remplacement de l\u2019arbitraire par la norme, je ne dirai également qu\u2019un mot, bien qu\u2019il s\u2019agisse là d\u2019une des transformations les plus profondes que nous ayons connues puisqu\u2019elle touche la conception même qu\u2019on se fait de l\u2019État.Avant la Révolution tranquille, l\u2019exercice du pouvoir public était vu, au Québec, comme la prérogative personnelle du dirigeant politique: maire, député, ministre ou premier ministre, qui pouvait légitimement décider suivant sa conscience \u2014 ou son bon plaisir \u2014 de favoriser les uns et de défavoriser les autres.Quand j\u2019étais étudiant à l\u2019université, nous avons fait la grève pour tenter \u2014 d\u2019ailleurs sans succès \u2014 d\u2019amener le gouvernement de M.Duplessis à accorder ce qu\u2019on appelait alors des «subventions statutaires», c\u2019est-à-dire établies par la loi en fonction d\u2019une norme définie, plutôt que d\u2019être fixées de façon discrétionnaire par le prince comme ça avait toujours été le cas.Aujourd\u2019hui, il y a belle lurette que cette bataille a été gagnée, non seulement dans le secteur universitaire mais dans l\u2019ensemble des décisions gouvernementales.Le Québec a accompli sa révolution bureaucratique, au sens sociologique du terme, en normalisant son processus décisionnel.L\u2019aide sociale et les bourses 424 aux étudiants ont cessé d\u2019être distribuées sur la recommandation du curé ou du député pour être accordées, suivant des critères uniformes et connus, par des fonctionnaires anonymes, eux-mêmes assujettis à des droits d\u2019appel devant des tribunaux administratifs impartiaux.Notre passage à l\u2019ère moderne a donc exigé une mutation radicale des mentalités, qui seule a permis une normalisation des processus administratifs.Le troisième geste important fut de mettre sur pied une fonction publique de carrière, recrutée pour sa compétence et assurée non seulement de conditions de travail intéressantes mais également d\u2019une valorisation sociale enviable.Tous les États modernes et développés se sont dotés d\u2019une fonction publique professionnelle et permanente sur laquelle ils s\u2019appuient pour élaborer et mettre en oeuvre les nombreux programmes et politiques qu'exige une économie avancée.Sans cette expertise et cette permanence, il serait absolument impossible de bien gérer la chose publique.11 faut souligner que l\u2019acceptation d\u2019une fonction publique de carrière, qui suppose qu\u2019un nouveau gouvernement fraîchement élu accepte de faire équipe avec les fonctionnaires qui ont été nommés par son prédécesseur, ne s\u2019est pas faite sans hésitation ni problème.Et ce n\u2019est pas une chose que l\u2019on peut tenir pour acquise à perpétuité, surtout si l\u2019on ne prend pas grand soin de préserver les conditions qui sont essentielles à sa survie, notamment l\u2019impartialité et la non-politisation de la fonction publique et l\u2019obligation de réserve des fonctionnaires.Si nous voulons conserver cet acquis formidable que constitue l\u2019existence d\u2019une fonction publique de carrière, nous devons renforcer les règles d\u2019éthique qui en régissent le fonctionnement.Ou alors nous devrons envisager d\u2019adopter un système différent \u2014 un peu suivant le modèle américain \u2014 où une large 425 partie de la haute fonction publique change avec le gouvernement.À ce propos, je crois que des événements survenus au cours de la récente campagne référendaire ont porté un dur coup à notre système de carrière et que des mesures devraient être prises pour en éviter la répétition.Dans le cas de la conversation téléphonique de Mme Wilhelmy et de M.Tremblay, il me semble urgent que le Code criminel soit amendé pour spécifier clairement que toute conversation privée échangée par des moyens électroniques quels qu\u2019ils soient est protégée, et qu\u2019il est illégal non seulement de l\u2019intercepter, mais également de la diffuser.Dans une matière comme celle-là, toute sécurité technologique est illusoire: seule la loi peut accorder une protection adéquate.Quant au dossier de l\u2019Actualité, j\u2019espère que l\u2019auteur de la fuite sera découvert et poursuivi: il n\u2019y a pas de justification pour un geste comme celui-là qui porte atteinte au bon fonctionnement de nos institutions.La nouvelle conjoncture Personnellement, je crois que les institutions qui ont été mises en place depuis la Révolution tranquille ont bien servi le Québec.Elles lui ont permis notamment de faire son entrée dans le monde moderne du 20e siècle et de rattraper ses voisins dans la plupart des domaines qui caractérisent une société développée.Mais pendant que nous faisions ce rattrapage, le monde ne s\u2019est pas arrêté pour autant de tourner ni de changer.De nouveaux défis sont apparus auxquels nous sommes maintenant confrontés.Et le principal de ces défis, c\u2019est la mondialisation des échanges qui nous force à augmenter substantiellement notre productivité.Nous sommes maintenant en concurrence directe avec le reste du monde.Il ne nous suffit pas d\u2019être meilleurs qu\u2019hier, nous devons également être meilleurs qu\u2019ailleurs \u2014 ce qui est Les institutions qui ont cté mises en place depuis la Révolution tranquille ont bien servi le Québec.Nous devons également être meilleurs qu ailleurs.426 beaucoup plus exigeant.Si nous voulons rester parmi le peloton de tête, nous devons produire des biens et des services dont le coût et la qualité peuvent soutenir la compétition des biens et services produits à l\u2019étranger.Et cela s\u2019applique également aux services du secteur public, puisque leur coût se retrouve inévitablement, en bout de ligne, dans le coût des produits que nous mettons en marché ici ou à l\u2019extérieur.J\u2019ajoute qu\u2019à part ce nouveau défi de la mondialisation des échanges, il y a, chez-nous, une deuxième raison qui nous force à améliorer la productivité de notre secteur public: c\u2019est l\u2019épuisement de nos ressources fiscales.Il y a trente ans, le Québec pouvait compter sur une capacité fiscale longuement inexploitée pour l\u2019aider à financer le rattrapage qui s\u2019imposait.Cette capacité fiscale a maintenant été complètement utilisée, et il faut même admettre que nous l\u2019avons dépassée en engageant d\u2019avance par la dette les ressources de l\u2019avenir.De sorte que, pour faire face aux besoins nouveaux qui se font déjà sentir ou qui s\u2019annoncent \u2014 comme la recherche, les garderies, la formation de la main d\u2019œuvre, le vieillissement de la population \u2014 nous devrons soit cesser de répondre à des besoins anciens, soit faire des gains de productivité dans la production des services publics actuels.En somme, notre capacité de répondre aux besoins nouveaux est proportionnelle à celle que nous avons de générer des économies et des gains de productivité dans la dispensation des services actuels.Ni plus, ni moins.Un programme d\u2019action C\u2019est évidemment tout un programme que de s\u2019attaquer à ce nouveau défi de l\u2019efficience et de la productivité dans l\u2019ensemble de notre société, et dans le secteur public en particulier.Personnellement, je crois que la transformation 427 requise pour faire face à ce nouveau défi de la productivité sera d\u2019une envergure semblable à celle que nous avons connue lors de la Révolution tranquille.À mon sens, c\u2019est d\u2019une nouvelle Révolution tranquille dont nous parlons ici.Non pas qu\u2019il faille recommencer à zéro ou mettre au rancart les progrès accomplis au cours des trente dernières années: il s\u2019agit plutôt de s\u2019appuyer sur ces progrès pour en rechercher de nouveaux.Ce sera, si l\u2019on veut, une deuxième phase de la Révolution tranquille, qui viendra non pas détruire mais compléter la première, en mettant l'accent, dans l\u2019ensemble de nos rapports sociaux, sur la concertation des agents socio-économiques et, dans l\u2019administration publique, sur l\u2019imputabilité des gestionnaires.Cette révolution dont je parle ici pour le secteur public, je l\u2019ai exprimée de façon lapidaire dans le titre de mon texte.Nous avons des fonctionnaires: il nous faut maintenant des gestionnaires.Nous avons une Loi de la fonction publique, nous avons maintenant besoin d\u2019une Loi de la gestion publique.Bien sûr, il ne s\u2019agit pas simplement de changer les mots: ce changement de vocables devrait traduire une transformation profonde de la réalité qu\u2019ils décrivent.Je ne prétends aucunement posséder la recette magique pour réussir infailliblement cette rénovation en profondeur de notre administration publique.Au contraire, je crois que nous ne pourrons nous donner un programme d\u2019action à cet égard qu\u2019après y avoir investi beaucoup de réflexion et avoir tenté plusieurs expériences.Car la tâche est extrêmement compliquée.Mais je vais tout de même tenter de dresser avec vous une première feuille de route et de mettre de l\u2019avant certaines idées susceptibles de faire a-vancer la discussion.Nous avons des fonctionnaires: il nous faut maintenant des gestionnaires.Parmi tous les éléments qui seront requis pour réaliser une véritable rénovation de l\u2019administration publique québécoise, j\u2019en ai identifié 428 Un Comité de gestion responsable de i ensemble de la politique administrative du gouvernement.quatre qui me semblent particulièrement importants.Ce sont les suivants: 1.\tla transformation du rôle des organismes centraux et, notamment, du Conseil du trésor, 2.\tune responsabilisation des ministères et des organismes autonomes, 3.\tune poursuite du mouvement de décentralisation et de privatisation et, enfin, 4.\tla mise en place d\u2019un régime d\u2019imputabilité interne et externe des gestionnaires.Voyons un peu plus en détail chacun de ces éléments.Le Conseil du trésor Aucune réforme d\u2019envergure de l\u2019administration publique ne peut se faire sans un maître d\u2019œuvre ayant une vue d\u2019ensemble des besoins et des moyens.Ce maître d\u2019œuvre, ne peut être, à mon sens, que ce comité du Conseil des ministres qu\u2019on appelle le Conseil du trésor.Jusqu\u2019à maintenant, le Trésor s\u2019est surtout employé, comme son nom l\u2019indique, à contrôler les questions relatives aux dépenses publiques.Pendant de nombreuses années, ce fut même là son unique fonction, jusqu\u2019à ce qu\u2019on y ajoute la responsabilité des négociations collectives dans le secteur public et, plus tard, avec l\u2019abolition du Ministère de la fonction publique, certaines responsabilités quant à la gestion des ressources humaines.Le Conseil du trésor pourrait se transformer, comme en Ontario, en «Management Board», un Comité de gestion responsable de l\u2019ensemble de la politique administrative du gouvernement.Cette responsabilité inclurait, bien sûr, le contrôle budgétaire, mais aussi la gestion des ressources humaines, la politique d\u2019acquisitions des biens et services, le suivi de performance et l\u2019évaluation des programmes, la répartition des tâches et la détermination de la structure administrative et, enfin, l\u2019améliora- 429 tion de la qualité dans la dispensation des services aux citoyens.L\u2019acte administratif est un tout et l\u2019on ne peut en améliorer la productivité sans prendre en compte l\u2019ensemble des facteurs qui en conditionnent la mise en œuvre.S\u2019il faut un responsable, il faut aussi un plan d\u2019ensemble.C\u2019est pourquoi je suggère que le Conseil du trésor élabore et soumette à la discussion publique un Livre blanc énonçant les grandes lignes d'une politique administrative globale.Ce Livre blanc pourrait soulever un certain nombre de questions fondamentales comme les suivantes: \u2014\tSerait-il possible de voter certains crédits budgétaires pour plus d\u2019un an?\u2014\tCertains crédits non utilisés pourraient-ils être reportés à l\u2019année suivante?\u2014\tNe devrait-on pas capitaliser toutes les dépenses d\u2019immobilisation et les amortir sur plusieurs armées?\u2014\tLa sécurité d\u2019emploi des cadres devrait-elle continuer à être absolue?\u2014\tDevrait-on fixer des standards de qualité dans la dispensation des services aux citoyens?La responsabilisation des gestionnaires Un des principes de base de cette politique administrative devrait être la responsabilisation des gestionnaires à tous les niveaux.La chose devrait aller de soi dans le cas des organismes autonomes ayant leur propre conseil d\u2019administration.Pour y arriver, on pourrait réviser la façon dont ces organismes sont subventionnés afin de les inciter concrètement à bien gérer.Ainsi, leur financement pourrait être établi sur une base triennale et on pour- La responsabilisation des gestionnaires à tous les niveaux.rait leur permettre de conserver au moins une partie des sommes qu\u2019ils ont eux-mêmes réussi à économiser par leur bonne gestion.430 Mais la chose devrait également s\u2019appliquer aux ministères eux-mêmes.Pour cela, il faudrait accroître le pouvoir réel du sous-ministre sur la direction de son personnel, l\u2019utilisation de son budget et la manière de dispenser les services.La gestion au sein du gouvernement restera toujours fortement encadrée par les lois et les diverses conventions collectives: raison de plus pour introduire dans le système le plus de flexibilité et de souplesse possible.Un sous-ministre qui réussirait à réduire son taux d\u2019encadrement, à diminuer ses coûts fixes par une meilleure utilisation de son personnel de soutien, à couper ses frais de voyage, ses dépenses d\u2019approvisionnement ou de services professionnels, devrait voir ses efforts récompensés de façon concrète, notamment par une gratification supplémentaire et une latitude administrative plus grande.L\u2019amincissement de l\u2019État Le troisième élément de la rénovation de la gestion du secteur public, c\u2019est la poursuite et même l\u2019accélération du processus de décentralisation et de privatisation afin d\u2019alléger le plus possible la machine administrative.Il y a quelques années, la maxime «Small is beautiful» était très en vogue; elle garde, d\u2019après moi, toute sa valeur.Je n\u2019ai sans doute pas à insister sur la lourdeur de l\u2019appareil de l\u2019État: cette pesanteur nuit à l\u2019efficacité et on ne se trompe pas à vouloir délester l'État de son embonpoint.Cela peut être fait en déférant plus de responsabilités aux pouvoirs locaux et régionaux.Et à cet égard, il faut espérer que le mouvement de décentralisation qui a été entrepris il y a maintenant une quinzaine d\u2019années avec la réforme de la fiscalité municipale, puis la création des MRC et, plus récemment, la «Réforme Ryan», saura se poursuivre avec la participation active et empressée de tous les intéressés.Je préconise également que l\u2019on dégraisse l\u2019État par la privatisation de toutes les activités qui 431 peuvent être directement prises en charge par les citoyens et les entreprises.Je ne vois, pour ma part, aucune raison pour retarder la privatisation de la Société des alcools ou de SIDBEC.Ces entreprises d\u2019État avaient leur raison d\u2019être au moment de leur création mais il me semble que l\u2019essentiel de la tâche est maintenant accomplie et qu\u2019il y aurait plus d\u2019avantages que d\u2019inconvénients à retourner ces entreprises au secteur privé.Un système d\u2019imputabilité Enfin, j\u2019en viens au quatrième élément de la rénovation de la gestion publique: celui de l\u2019instauration d'un véritable système d\u2019imputabilité de nos gestionnaires.Cela ne vous surprendra pas, j\u2019en suis sûr, que je termine sur cette réforme dont je me suis fait le promoteur depuis plusieurs années.Mais ne vous en faites pas, je n\u2019ai pas l\u2019intention de décrire en détail les éléments de ce système.Je me contenterai simplement d\u2019insister sur le fait que la mise en place d\u2019un régime d'imputabilité pour les gestes administratifs des fonctionnaires est parfaitement conciliable avec le maintien du principe de la responsabilité ministérielle en ce qui touche les décision politiques.Car, tout comme il y a des questions qui sont clairement politiques, il y en a d\u2019autres \u2014 et c\u2019est la majorité \u2014 qui sont purement administratives et n\u2019ont aucune connotation politique.J\u2019insiste pour parler d\u2019un système d'imputabilité, car à mon sens il n\u2019est pas suffisant de prendre quelques mesures isolées: il faut mettre en place un ensemble cohérent de mesures susceptibles de transformer la manière dont on gère l\u2019État.Bien qu\u2019on puisse s\u2019inspirer de différentes expériences qui ont été faites à l\u2019étranger, en Angleterre notamment, je ne crois pas que nous puissions importer chez-nous un système tout fait d\u2019imputabilité.Nous devons faire notre La mise en place d un régime d imputabilité pour les gestes administratifs des fonctionnaires est parfaitement conciliable avec le maintien du principe de la responsabilité ministérielle.432 propre expérimentation et développer progressivement un système à notre mesure.Schématiquement, on peut croire que ce système s\u2019articulerait autour des éléments suivants: \u2014\tla reconnaissance explicite du sous-ministre (ou dirigeant d\u2019organisme) comme le premier responsable de la bonne gestion de son ministère (ou de son organisme), \u2014\tl\u2019attribution au sous-ministre des pouvoirs et latitudes de gestion nécessaires pour atteindre ses objectifs, \u2014\tl\u2019établissement d\u2019objectifs de gestion quantifiables, \u2014\tl\u2019élaboration de statistiques de gestion capables de mesurer les résultats obtenus, \u2014\tla mise en place de mécanismes de contrôle interne, notamment par le Conseil du trésor et le Conseil exécutif, \u2014\tl\u2019acceptation d\u2019un contrôle externe direct par les comités de l\u2019Assemblée nationale.Un défi à relever Le défi des années \u201990, ce ne sera pas celui du développement mais c est celui de la gestion, de la productivité, du rendement.Cela, évidemment, constitue toute une réforme et, si le plan d\u2019action doit être établi clairement dès le départ, la mise en œuvre, elle, ne pourra se faire qu\u2019avec prudence et en prenant le temps nécessaire pour ne pas brûler les étapes.Car on touche ici aux grands principes qui régissent les rapports entre ces trois grands acteurs de notre système politique: l\u2019Assemblée nationale, le Gouvernement et l\u2019Administration.C\u2019est pourquoi je disais que la transformation dont nous avons besoin ressemblera, par son ampleur, à celle que nous avons connue lors de la Révolution tranquille.J'entendais quelqu'un se plaindre, il y a quelque temps, qu'il n\u2019y avait plus de défi dans la fonction publique, que c\u2019était «plate».Je sais qu\u2019on a, chez certains, la nostalgie de cette grande ère de développement que nous avons comme au cours des années \u201960 à \u201980.On sou- 433 haiterait que cet âge d\u2019or revienne, mais il ne reviendra pas.Le défi des années \u201990, ce ne sera pas celui du développement mais c\u2019est celui de la gestion, de la productivité, du rendement.C\u2019est un défi peut-être moins complexe, mais certainement pas plus facile.C\u2019est, en réalité, un défi terriblement exigeant, qui demandera beaucoup de savoir-faire et d\u2019imagination.Beaucoup de ténacité aussi pour passer à travers les multiples obstacles qui en rendront la réalisation singulièrement difficile.Nous avons connu, au début de la Révolution tranquille, une brochette de «grands mandarins» qui ont animé la rentrée du Québec dans l\u2019ère de l\u2019État moderne.Il est à espérer que nous saurons trouver, au cours des années qui viennent, quelques grands «managers» qui, par leur exemple, sauront guider le Québec dans l\u2019ère post-moderne de la mondialisation des échanges et de la concurrence universelle.De fonctionnaires à gestionnaires, de mandarins à managers, à vous de relever le défi! 434 La culture, facteur de développement Yvon Leclerc ^ C^uelque part dans son immense œuvre littéraire, Anatole France expose le raisonnement d\u2019un petit chien qui décrit un mur s\u2019avançant vers lui, alors que c\u2019est lui qui marche vers le mur.À lire certaines publications culturelles, on finit par se demander si ce n\u2019est pas le chien d\u2019Anatole France qui a raison.Car de l\u2019engagement de Georges-Émile Lapalme à la récente politique de la ministre de la culture, madame Frulla-Hébert, en passant par le Livre blanc de Pierre Laporte, le Livre vert de Jean-Paul L\u2019Allier et la politique québécoise de développement culturel de Camille Laurin, il s\u2019est produit au Québec des tonnes de documents, rapports, énoncés de politique sur la culture d\u2019ici.Mais pour tenter d\u2019en démontrer l\u2019importance stratégique en matière de développement, on a cédé à la tentation d\u2019en comparer les retombées aux autres secteurs de la vie économique, tronquant ainsi la portée réelle de la culture.Qu\u2019on en juge.L\u2019impact économique «L\u2019activité économique de la culture, qui équivaut à 2,4 % du PIB ou à plus de 3 milliards au Québec en 1988, se distingue cependant de son impact économique dont les calculs considèrent les effets directs et indirects et utilisent des efficients multiplicateurs aux plans local, provincial (1,3 à 1,6) et national (2,1).Les répercussions de l\u2019industrie des arts au Canada sur l\u2019économie nationale étaient estimées à 3,4 milliards sur l\u2019économie provinciale et à 4,7 milliards sur l\u2019économie nationale.Une comparaison établie avec les 22 plus grandes entreprises manufacturières canadiennes en 1984 montre que l\u2019industrie des arts 435 se situe au premier rang avec 234 000 emplois (3,5 % des emplois au Canada) et au cinquième rang avec 3,4 milliards en traitement et salaires, dont 764 millions $ pour le Québec.Au Québec, le domaine des arts et des industries culturelles fournissait 56 930 emplois directs et 111 780 emplois indirects selon le recensement de 19 81 »1.Un tel code d\u2019évaluation de l\u2019activité culturelle présente un intérêt certain pour les sciences économiques, les statistiques ou les comptes nationaux.Mais la richesse particulière de l\u2019activité culturelle peut-elle se comparer à celle de l\u2019industrie manufacturière?Pourquoi faut-il tout mesurer à l\u2019aune de l\u2019économisme, tout assaisonner de statistiques comme si les émotions, les sentiments ou les humeurs pouvaient être comptabilisés?Bien sûr l\u2019artiste doit investir dans des matériaux, choisir des outils, évaluer le travail qu\u2019il consacre à son oeuvre et fixer le prix de sa création en fonction de tous ces intrants.Mais réussira-t-on un jour à évaluer l\u2019impact réel de son oeuvre dans une communauté?Voyons quelques cas.Pourquoi faut-il tout mesurer à l'aune de l\u2019économisme, comme si les émotions, les sentiments ou les humeurs pouvaient être comptabilisés?La passerelle Dussault-Vaillancourt Plessisville est une petite ville où règne une certaine hégémonie masculine depuis de nombreuses années.C\u2019est là qu\u2019on trouve l\u2019entreprise Forano, par exemple, et de nombreux ateliers de mécanique qui, traditionnellement, embauchent des travailleurs masculins.Voilà qu\u2019au début des années quatre-vingts, une enseignante, militante de l\u2019AFEAS qui a fait sa marque dans l\u2019action sociale, se fait élire éche-vin au conseil de ville et, quelques années plus tard, accède à la mairie.Un des premiers gestes de Madeleine Dussault, une fois élue, a été de 1.Les comptes du Québec 1971 à 1986, Recherche et évaluation, Conseil des arts du Canada, mars 1987.(Tableau 2).436 nommer un jeune homme de 25 ans à la direction générale de la ville, lui qui occupait auparavant le poste de directeur des services socioculturels de Plessisville.Cela fit du bruit dans Landerneau.Pas autant, cependant, que la décision de relier, par une passerelle piétonnière, les propriétés de la ville situées de chaque côté de la rivière qui traverse la ville.En fait, c\u2019est plutôt la décision de confier la conception et la réalisation de la passerelle au sculpteur Armand Vaillancourt qui a fait jaser.Des photos de certaines oeuvres du célèbre sculpteur se sont mises à circuler sous le manteau.On s\u2019exclamait devant la représentation de telle oeuvre achetée par la ville de San Francisco ou de telle autre installée dans un parc de Toronto.Aux yeux de nombreux habitants de Plessisville, ces assemblages hétéroclites de pièces de métal dressées vers le ciel comme pour contester l\u2019ordre établi blessaient le conformisme tranquille de cette petite ville de province.On imaginait mal comment l\u2019auteur de telles sculptures pourrait fabriquer une passerelle qui a du bon sens, qu\u2019on pourrait emprunter pour traverser la rivière sans danger, etc.Sans parler du prix! Bref, durant plusieurs semaines, la ville a été sans dessus dessous.On s\u2019est rendu, par délégations, à la mairie pour tenter de faire entendre raison à la nouvelle mairesse.Peine perdue.Elle avait rencontré l\u2019artiste, signé le contrat et lui faisait entière confiance.Avec raison.Au fur et à mesure que les travaux de construction avançaient, la méfiance des résistants tombait, faisant place à une sorte de scepticisme bienveillant, avant de rallier une majorité de citoyens et de citoyennes ravis du produit final.Seuls quelques grincheux, toujours les mêmes, chuchote-t-on, trouvaient encore à redire de l\u2019œuvre du sculpteur et de son choix comme maître-d\u2019œuvre de la passerelle.C\u2019est que l\u2019artiste s\u2019était adjoint un ingénieur en structure pour le conseiller sur le design, ce qui leur a 437 permis de livrer une création impressionnante de sobriété, de finesse et d\u2019élégance.Sorte de dentelle formée de tuyaux blancs et disposés en losange comme un fuseau qui enjamberait la rivière.Les visiteurs circulent sur la moitié supérieure du losange alors que la partie inférieure fait office de structure portante.Ajourée, la passerelle offre une vue exceptionnelle du site environnant, au grand plaisir des visiteurs.Au point que la passerelle Dussault-Vaillan-court est devenue un nouveau symbole d\u2019identification de la ville, à côté de l\u2019érable qui sert de signe distinctif depuis plusieurs décennies.«Sans compter que tout le travail a été réalisée à Plessisville, par des travailleurs d\u2019ici qui ont ainsi profité des retombées directes du contrat.En plus de contribuer activement au savoir faire en région», concluera madame Dussault.La querelle des anciens et des modernes qui a entouré la création du sculpteur controversé a bousculé des tabous, enfoncé des barrières, dénoncé des interdits, et surtout, changé les mentalités.Ce qui augure bien pour l\u2019avenir.La querelle des anciens et des modernes a bousculé des tabous, enfonce des barrières, dénoncé des interdits, et surtout, changé les mentalités.Montmagny, ville de la sculpture À Montmagny, par exemple, la contribution de la culture est carrément à l\u2019origine de la reprise économique vécue dans cette ville depuis quelques années, contrairement à la situation qui prévaut à peu près partout ailleurs au Québec et en Amérique du Nord.Quel contraste avec l\u2019effondrement du début des années quatre-vingts! En effet, on se rappelle que Montmagny, située sur la rive sud du Saint-Laurent à 60 kilomètres en aval de Lévis, était surtout connue, jusque-là, pour l\u2019entreprise qui fabriquait «le beau poêle Bélanger» de maman Plouffe.Un jour, la vieille manufacture, essoufflée par plus de cent ans de bons et loyaux services, doit fermer ses portes, dépassée par la concurrence.Plusieurs centaines de personnes se retrouvent privées 438 Comme dans «Les animaux malades de la peste», ils n\u2019en mouraient pas tous mais tous étaient frappés.d\u2019emploi, en majorité des chefs de famille.Voilà qui exige une solution rapide.Elle est venue du gouvernement fédéral, plus précisément du ministère de l\u2019Expansion économique régionale.Pour avoir accès à une subvention, la loi créant ce ministère prévoyait qu\u2019il fallait déclarer la ville «ville désignée».Ainsi l\u2019entreprise Bélanger a-t-elle pu recevoir la subvention qui a permis sa modernisation.Ce remède de cheval a cependant produit des effets insoupçonnés.Car une zone désignée projette l\u2019image d\u2019une région ou d\u2019une ville en péril économique.Résultat?Montmagny qui comptait sept concessionnaires automobile au moment de sa «désignation» en avait perdu six, deux ans plus tard.Et le nombre de commerces de détail qui fermaient leurs portes par crainte du pire grimpait à vue d\u2019œil.Même les pratiques administratives habituelles comme les marges de crédit, les délais de paiement, etc.s\u2019en ressentaient.Bref, comme dans «Les animaux malades de la peste», ils n\u2019en mouraient pas tous mais tous étaient frappés.À peu près seule, dans ce gâchis économique, l\u2019entreprise Bélanger rachetée par la multinationale Inglis (avec nos subventions) avait repris la production d\u2019appareils ménagers.Mais à quel prix! Montmagny, au milieu des années quatre-vingts, ne voyait plus comment se sortir du bourbier dans lequel elle s\u2019était enlisée.Le défaitisme et la lassitude étaient en voie d\u2019avoir raison de la volonté et de la détermination de ceux qui avançaient des solutions.Que faire?Contre toute attente, l\u2019espoir est venu d'une décision du nouveau conseil de ville élu en 1985.Cette décision, en apparence très éloignée de l\u2019activité économique, consistait en la création d\u2019un comité d\u2019embellissement doté d\u2019un modeste budget annuel de 10 000$.À sa première année, le comité s\u2019était donné la mission de nettoyer les abords de la rivière 439 encombrés d\u2019une variété impressionnante de détritus de tout genre que la population avait pris l\u2019habitude d\u2019y jeter au fil des ans.À la place, on y a construit une digue de pierres pour renforcer les abords et protéger les propriétés riveraines contre l\u2019érosion provoquée par les crues annuelles de la rivière.Une fois terminée, cette opération n\u2019avait plus à être reprise.On pouvait passer à la véritable mission du comité.C\u2019est donc à sa deuxième année que le comité d\u2019embellissement se mit à la tâche de transformer le visage de cette ville de 10 000 habitants.Le nettoyage de la rivière et de ses abords terminé, le comité entreprit d\u2019en rendre l\u2019accès agréable: allées piétonnières, aires de repos avec bancs.Et surtout, des sculptures modernes.Partout où l\u2019on pouvait ériger un socle pour y déposer une sculpture, on le faisait.Ensuite, ce fut au tour des parcs, des ronds-points, des stationnements municipaux de faire l\u2019objet de l\u2019attention du comité.Au point que le visage de la ville changeait à vue d\u2019œil.Et la mentalité des citadins évoluait au même ryüime: à force de se faire répéter que leur ville est belle, Us finissaient par croire qu\u2019ils y étaient peut-être pour un petit quelque chose! Le sommet de cette action culturelle a cependant été atteint lorsque le maire Gilbert Normand a convaincu l\u2019artiste québécois le plus connu de par le monde, Jean-Paul Riopelle, de venir s\u2019établir dans le manoir de sir Étienne-Pascal Taché, monument historique sis au beau milieu de la ville.Impressionné par la vie et les mœurs des grandes oies blanches, l\u2019artiste a trouvé dans cette ville le climat propice à son travail.Reconnaissant, le peintre a présenté, à Montmagny, à l\u2019été 1991, une exposition qui a fait accourir les foules de partout au Québec.Surtout que Riopelle avait eu la bonne idée d\u2019inviter le sculpteur très connu originaire de Saint-Jean-Port-Joli, Jean-Julien Bourgault, à exposer avec lui.Le mélange était détonnant mais le résultat a été remarquable.A force de sc faire répéter que leur ville est belle, ils finissaient par croire qu ils y étaient peut-être pour un petit quelque chose! 440 On y parle de croissance, de développement, non de récession.La culture, facteur de développement?Les résidants de Montmagny qui voyageaient un peu partout au Québec voyaient les affiches invitant les visiteurs à se rendre chez eux.De quoi stimuler leur fierté.D\u2019autant plus que les touristes prenaient goût à cette ville que certains comparent même à la cour du Musée d\u2019art contemporain! Peut-on faire un lien entre le fait que Montmagny n\u2019a pratiquement pas connu de récession économique depuis 1989 et la vitalité culturelle qu\u2019on y trouve depuis 1985?Toujours est-il que cette ville affiche un taux de chômage de cinq à six pour cent moins élevé que la moyenne du Québec.On y parle de croissance, de développement, non de récession.La culture, facteur de développement?Saint-Jean-Port-Joli Sûrement, s\u2019il faut en croire le cas de cette localité de la rive sud qui a donné au Québec un nombre impressionnant d\u2019artistes et d\u2019artisans.On songe aux Bourgault, Leclerc, Caron, Dubé, etc.Parmi ceux-là, c\u2019est probablement Jean-Julien Bourgault qui a bouleversé les règles économiques habituelles.C\u2019est en pleine crise économique, durant les années trente, que Jean-Julien se joignit à l\u2019atelier de sculpture sur bois établi par ses frères Médard et André.Riche des nombreuses légendes héritées de la tradition orale autant que de ses lectures de Philippe Aubert de Gaspé, seigneur du lieu, il traduit dans le noyer ou le tilleul des personnages de son temps ou de la tradition.Ainsi naissent Servule le quêteux, La coureuses des grèves, Magloire le menuisier sculptés en rond de bosse; ou encore les scènes d\u2019autrefois qui revivaient dans des bas-reliefs dont certains se retrouvent dans des musées ou chez des collectionneurs du monde entier.Généreux et jovial, Jean-Julien ne voyait pas pourquoi les travailleurs touchés par la crise économique ne pourraient pas faire comme lui.441 Avec ses frères, il ouvrit même une école de sculpture sur bois.«Plus nous serons nombreux à faire ce métier, plus nous vendrons», avait-il l\u2019habitude de dire.«Mais voyons, Jean-Julien, tu vois bien que cela n\u2019a aucun sens ce que tu dis; plus vous serez nombreux à produire, moins votre part du marché sera grande et moins vous ferez d\u2019argent!» lui rétorquait-on.Entêté, sûr de lui, il filait son chemin.Avec leur école, les frères Bourgault formèrent toute une génération de mains habiles qui portèrent la renommée de ce petit village aux quatre coins du monde.Jean-Julien s\u2019est moqué allègrement de la «loi des rendements décroissants».Durant les années cinquante et soixante, ils étaient plus de 150 artisans à vivre de la sculpture sur bois, à Saint-Jean-Port-Joli.S\u2019il a déjoué les règles économiques enseignées dans les grandes écoles, c\u2019est parce qu\u2019il avait compris que les objets qui sortaient des mains agiles des artisans n\u2019étaient pas des produits comme les autres.C\u2019était des produits culturels qui faisaient vibrer des cordes, remuaient des sensibilités, stimulaient la fierté comme ne pouvaient le faire les produits habituels de consommation.Même durant la crise économique des années trente, la population de Saint-Jean-Port-Joli s\u2019est tournée vers la création et la culture pour se sortir de l\u2019ornière.Filon qu\u2019elle a d\u2019ailleurs continué de prospecter depuis dans plusieurs disciplines artistiques.Inverness la jolie C\u2019est aussi la sculpture qui est en voie de transformer ce petit village des Bois-Francs, sis à une trentaine de kilomètres de Plessisville.Quelque trois cents personnes vivent dans cette localité nichée dans le contrefort des Appa-laches au paysage vallonné, propret et paisible, comme insensible au temps qui passe.C\u2019est ici qu\u2019est venu s\u2019installer Gérard Bélanger, sculp- Les frères Bourgault formèrent toute une génération de mains habiles qui portèrent la renommée de ce petit village aux quatre coins du monde.442 Son action a procure un emploi à une dizaine de jeunes qui maîtrisent désormais les techniques du moulage et de la fonte du bronze.teur sur bronze, qui excelle dans les pièces de petite série (maximum douze).Durant de nombreuses années, Gérard fait couler ses pièces à la fonderie du sculpteur québécois Aristide Gagnon qui, un jour, lui apprend qu\u2019il ferme boutique.Alors contraint de se trouver une nouvelle fonderie d\u2019art, Gérard Bélanger se rend compte que le genre d\u2019équipement qu\u2019il recherche n\u2019est pas disponible au Québec.Mu par la nécessité mais aussi par un vieux rêve, il entreprend de mettre sur pied sa propre fonderie.Première étape, bien connaître le procédé.Il n\u2019hésite pas à se rendre étudier la fonderie d'art dans les meilleurs ateliers européens, dont la fonderie de la Plaine, à Paris.Ensuite, de retour à Inverness, il acquiert une église protestante désaffectée qu\u2019il convertit en fonderie tout en respectant le caractère patrimonial du bâtiment.Non sans peine et bien appuyé par des gens d\u2019affaires de sa région qui se sont pris d\u2019une certaine affection pour cet entrepreneur pas comme les autres, Gérard Bélanger implante sa fonderie, crée des machines-outils adaptées à la fonte en petite série, et réussit à hisser l\u2019entreprise aux tout premiers rangs de sa catégorie en Amérique du Nord.Mieux encore, son action a procuré un emploi à une dizaine de jeunes qui maîtrisent désormais les techniques du moulage et de la fonte du bronze.Ces jeunes ont pris pays à Inverness et sont accueillis avec bonheur par les habitants de la région habitués de voir les jeunes du même âge quitter le coin.La renommée de la fonderie d\u2019art d\u2019Invemess a vite débordé la région et des sculpteurs viennent de partout pour faire couler leurs œuvres à Inverness.Tant et si bien que quelques-uns des employés de la fonderie viennent de décider de créer une autre fonderie à Inverness.Et toujours à Inverness, une ancienne école vient tout juste de se transformer en économusée de la fonderie d\u2019art.Si Saint-Jean-Port-Joli est de- 443 venue la capitale de l\u2019artisanat, Inverness est devenue celle de la fonderie d\u2019art.Qu\u2019en pense le premier intéressé?Fier de la réussite de la fonderie, il a passé la gouverne de l\u2019entreprise à ses employés et, comme Cincinatus revenus à sa charrue après sa victoire sur les Èques, il est retourné à son atelier.«Avant tout, je suis un sculpteur», conclut-il avec la modestie qu\u2019on lui connaît.Grâce à l\u2019intervention de Gérard Bélanger, la petite localité d\u2019Inverness, située à mi-chemin entre la Beauce et les Cantons de l\u2019Est, s\u2019est enrichie d\u2019une population jeune, qualifiée, bourrée d\u2019idées nouvelles et qui contribue au développement économique et social ainsi qu\u2019au rayonnement de ce coin du Québec.Cap-Chat C\u2019est le pays des cornes de brume, des grands vents, des récifs du large et des naufrages devenus légendes.C\u2019est aussi le pays d\u2019Augustin Saint-Laurent, l\u2019homme qui a eu l\u2019idée de tirer parti des caractéristiques de son coin de pays.Curieux destin d\u2019ailleurs qui a mené ce scientifique, grand amateur d\u2019histoire et de littérature à faire carrière comme enseignant puis comme directeur d\u2019école en Abitibi et dans la région montréalaise.Jeune retraité en pleine santé, il revient s\u2019établir à Cap-Chat, à un jet de pierre de Tourelle, son patelin natal.Très vite, son dynamisme le conduit à la mairie de la ville qu\u2019il entreprend de relancer sur la voie du développement après avoir constaté qu\u2019elle abrite une population dont la moyenne d\u2019âge est la plus élevée au Canada.Véritable encyclopédie culturelle, c\u2019est tout naturellement vers un tel projet qu\u2019il investit ses premiers efforts.Après des passes d\u2019armes épiques avec les technocrates des gouvernements centraux2, le Centre d\u2019interprétation du vent et de la mer ouvre ses portes sur le site même du rocher en forme de chat assis qui a donné son Une visite qui stimule la fierté, ramène le goût du développement et l\u2019espoir d'assurer la maîtrise de son destin.444 nom à la ville.Succès instantané auprès des touristes de passage aussi bien que la population de la région qui redécouvre la beauté et la grandeur de son passé récent et lointain.«Quand on voit des personnes qui restent assises à leur place longtemps après la fin de la projection du diaporama, qu\u2019on les voit sortir lentement, pensives ou rêveuses, on sait que ce sont des Gaspésiens et des Gaspésiennes touchés par la richesse de leur passé et par le potentiel de leur présent» dira monsieur Saint-Laurent en parlant du Centre.Une visite qui stimule la fierté, ramène le goût du développement et l\u2019espoir d\u2019assurer la maîtrise de son destin.Mais le maire de Cap-Chat ne pouvait s\u2019arrêter à ce premier succès.Depuis plusieurs dizaines d\u2019années, monsieur Saint-Laurent s\u2019intéresse au folklore et rassemble des pièces d\u2019archives écrites et sonores de la Gaspésie.Disciple de Barbeau et de Lacoursière, il a recueilli des milliers de chansons et de poèmes dont certains remontent au Moyen-Âge.À ce sujet, il raconte en riant qu\u2019un jour qu\u2019il interrogeait un vieillard de Tourelle sur une chanson qu\u2019il venait de lui fredonner, il s\u2019exclama: «Mais c\u2019est l\u2019histoire de Tristan que vous chantez là, lui lance-t-il!» «Tristan?C\u2019est la garçon à qui.?» lui rétorqua le vénérable conteur.Toutes ces archives n\u2019attendent que le moment et l\u2019endroit propices pour sortir du sous-sol de la maison du maire de Cap-Chat.Et l\u2019endroit est tout trouvé.Non loin du Centre, près du rocher-chat, se dresse un phare qui servait, jusqu\u2019à tout récemment, à prévenir les navires qui croisaient au large des dangers de circuler trop près de la berge, hérissée de récifs sournois et meurtriers.À coté, la maison du gardien du 2.Lire la description de la genèse de ce projet dans Un Québec solidaire, rapport sur le développement.Conseil des affaires sociales, Gaétan Morin éditeur, Boucherville, 1992.445 phare aujourd\u2019hui déserte et suffisamment vaste pour accueillir les visiteurs et les chercheurs qui voudraient entendre ou lire ces morceaux d\u2019archives d\u2019hier et d\u2019avant-hier.«Ainsi, dira monsieur Saint-Laurent, les visiteurs du Centre pourront prolonger leur séjour par une consultation des archives de folklore à la maison du gardien et qui sait, décider de passer la nuit à Cap-chat?» À ce propos, une autre idée est en train de prendre forme dans l\u2019esprit du maire.Au hasard de ses recherches, il a mis la main sur une copie du Manadier de Paris, de l\u2019an 1296.Sorte d\u2019almanach de l\u2019époque, cette copie renferme 150 recettes de cuisine médiévale.11 faut comprendre que les habitudes alimentaires de Rutebeuf et de Guillaume de Machaut différaient sensiblement des nôtres: pas de pomme de terre, pas de fourchette, une planchette de bois en guise d\u2019assiette, etc.Alors pourquoi pas une adaptation moderne d\u2019une auberge médiévale à Cap-Chat?Bref, comme à Inverness, la culture est en voie de relancer cette localité sur la voie du développement.Pourrait-il en être de même ailleurs?Oui, à Gaspé, par exemple, où la culture populaire a suscité d\u2019importants changements de mentalité.La culture est en voie de relancer cette localité sur la voie du développement.Pourrait-il en être de meme ailleurs?Gaspé-sur-Mer Ville plusieurs fois centenaire, Gaspé est devenue, au fil des ans, une ville administrative avant tout.Justice, santé et services sociaux, éducation, affaires municipales et transport, y emploient des fonctionnaires qui travaillent côte à côte avec ceux de l\u2019évêché, du musée, des corps intermédiaires, etc.Avec le résultat qu\u2019il s\u2019y est développé une mentalité plutôt conservatrice qui provient, entre autres, de la dépendance de ces employés des directives des gouvernements centraux.Il fallait un séisme 446 Un autre lieu qui rassemble, unit, solidarise une population qui ne demande pas mieux que d'agir ensemble.pour provoquer un changement quelconque à Gaspé.Cette onde de choc est venue de Claudine Roy, originaire de la région.La jeune trentaine, diplômée en éducation physique, elle est victime des compressions budgétaires qui ont mené à la disparition de Kino-Québec.C\u2019est donc forcée par la conjoncture qu\u2019elle est amenée à réorienter sa carrière.Et c\u2019est vers la restauration qu\u2019elle s\u2019est tournée.Avec Hélène Roy, une amie de longue date, elle rêvait de mettre sur pied un restaurant nouvelle cuisine respectant les traditions culinaires de leur coin de pays mais aussi les exigences de la vie moderne.Après de nombreux efforts, la belle Hélène ouvre ses portes et connaît un succès immédiat.D\u2019abord auprès des Gaspé-siens qui constatent avec ravissement que l\u2019on peut apprêter à la sauce moderne la cuisine traditionnelle et les produits de la mer.Ensuite, comme les visiteurs, ils apprécient l\u2019environnement sympathique d\u2019un lieu de rassemblement où se retrouve l\u2019intelligentsia de Gaspé.La réponse de la population a été telle que l\u2019année suivante, Claudine Roy achetait l'immeuble dans lequel est installé le restaurant et ouvrait un bar-centre culturel, le Brise-Bise, pour présenter des spectacles populaires de la Gaspésie et d\u2019ailleurs.Feu roulant de poésie, de chanson, de jazz et même de musique classique, l\u2019établissement offre, avec le musée de la Gaspésie, un autre lieu qui rassemble, unit, solidarise une population qui ne demande pas mieux que d\u2019agir ensemble.Il ne faut donc pas s\u2019étonner de retrouver Claudine Roy, principale instigatrice de la renaissance du festival Jacques-Cartier, abandonné depuis plusieurs années.Présenté sous le thème «Précieuse est la mer», le spectacle principal du festival a rassemblé plus de 5 000 personnes dans une plaine près de Gaspé.Et quand la programmation des fêtes du 350e anniversaire 447 de Montréal a voulu offrir un spectacle original représentatif d\u2019une région, c\u2019est celui-là qu\u2019elle a choisi.Fierté gaspésienne.Un pays en or Fierté abitibienne, aussi.Qui aurait pu imaginer, il y a une quinzaine d\u2019années, que ce pays de mines accueillerait un festival international du film?«Tout n\u2019a pas été facile.Il fallait attirer les artisans du cinéma, les promoteurs et les critiques d\u2019art à Rouyn-Noranda.De grandes villes comme Camies, Venise, Berlin ou Montréal peuvent facilement attirer les artisans du cinéma, mais Rouyn-Noranda?» d\u2019affirmer Madeleine Perron, coordonnatrice des opérations du festival.C\u2019est pourquoi, la première année, on a imaginé d\u2019amener les artisans et les critiques d\u2019art à la Baie de James pour y visiter les installations de LG2.L\u2019équipe du Festival devait vite convenir, cependant, que ce n\u2019était pas suffisant, qu\u2019on ne pourrait répéter cette visite à chaque année et qu\u2019il fallait plutôt mettre à profit les attraits offerts par la région immédiate de Rouyn-Noranda.«Il a fallu regarder notre ville minière, la trouver belle, découvrir ses beautés et son caractère.Et on a trouvé», poursuit Madeleine Perron.C\u2019est ainsi que le souper d\u2019ouverture et d\u2019accueil est organisé par monsieur Léandre Bergeron, linguiste bien connu et grand chasseur, qui offre un festin de gibier local composé de viande d\u2019ours, de castor, de marmotte, d\u2019orignal, de chevreuil et autres venaisons que l\u2019on retrouve rarement au menu des restaurants de Montréal.On propose également une excursion équestre d\u2019exploration minière et une visite dans une mine puisque, comme on le sait, Rouyn-Noranda est bâtie sur une dizaine d\u2019étages de galeries de mine.Un peu plus loin, à Latulipe, on ira chasser le faisan.Chaque année, de nouvelles activités propres à la région 448 Les habitants de Rouyn-Noranda, et avec eux, ceux de l ensemble de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, viennent de rompre les distances qui les séparaient du reste du Québec.attirent les artisans du cinéma d\u2019ici et d'ailleurs.Toute cette animation para-festival, s\u2019ajoutant à une programmation de qualité, n\u2019a pas tardé à produire des résultats.De 2 700 entrées au guichet, en 1982, on dépassait les 10 000 entrées, en 1991.Le Festival, qui fêtait en 1991 son dixième anniversaire, est devenu une place de choix pour la promotion du cinéma québécois.Le parti pris des promoteurs du Festival envers le cinéma québécois s\u2019est communiqué aux cinéphiles qui se sont prononcés par sondage: le cinéma québécois vient en première place, celui d\u2019Europe en deuxième, le cinéma canadien en troisième et le cinéma américain au dernier rang.Le Festival international d\u2019Abitibi-Té-miscamingue est donc devenu un instrument de promotion du cinéma québécois.Il est bien difficile de cerner l\u2019impact réel du Festival du cinéma sur les mentalités des habitants de l\u2019endroit.Ce qui est certain, c\u2019est que ce coin de pays se distingue par une production culturelle originale considérable.Tous ceux qui faisaient les gorges chaudes du Festival de Rouyn-Noranda et lui donnaient peu de chance de réussir ont dû se rendre à l\u2019évidence.Depuis qu\u2019il a trouvé sa voie, il semble bien que sa pérennité soit assurée.En accueillant un Festival international du cinéma, c\u2019est un peu comme si Rouyn-Noranda rejoignait les grandes villes du cinéma, s\u2019en rapprochait et se mettait à évoluer au même rythme qu\u2019elles.Finie la gêne d\u2019habiter une sorte de terre de Caïn située à l\u2019autre bout du monde.Les habitants de Rouyn-Noranda, et avec eux, ceux de l\u2019ensemble de l\u2019Abitibi-Témiscamin-gue, viennent de rompre les distances qui les séparaient du reste du Québec.Mieux encore, en accédant au niveau international, les «régionaux» de l\u2019Abitibi-Témiscamingue renvoient à leur planche à dessin ceux qui divisent le Québec en trois régions culturelles: Montréal, Québec et le reste.Comme si les régions devaient 449 se contenter de consommer sagement la production culturelle des grands centres.Comme si la culture n\u2019était qu\u2019objet de consommation.Sans plus.À ce compte là, il faudrait considérer comme négligeable la belle histoire du P\u2019tit Bonheur de Saint-Camille.Le P\u2019tit Bonheur de Saint-Camille Saint-Camille est une municipalité de moins de 500 habitants, située à une quarantaine de kilomètres de Sherbrooke.Cette municipalité a déjà compté plus de 1 200 habitants et son école primaire était menacée de fermeture à brève échéance.Le climat plutôt morose qui régnait dans la localité au moment de l\u2019achat de l\u2019ancien magasin général constituait un défi pour l'équipe du P\u2019tit bonheur.La rénovation de l\u2019édifice a permis l\u2019aménagement, au rez-de-chaussée, d\u2019un local pouvant accueillir une centaine de personnes.De nombreux spectacles sont maintenant présentés chaque année dans cette salle intimiste qui se remplit chaque fois.Des artistes connus, comme Richard Séguin ou Richard Desjardins, qui apprécient la chaleur des petites assistances, s\u2019y produisent de même que de jeunes artistes talentueux de la relève.Depuis un an, l\u2019Espace d\u2019Hortense, lieu de création et de diffusion en arts visuels, occupe le premier étage.L\u2019entreprise porte aussi ses efforts du côté communautaire en accueillant dans ses locaux la Popote roulante de Saint-Camille, entièrement gérée par les aînés du village, et en parrainant les activités du Regroupement des jeunes.Pour mesurer l\u2019impact de cette initiative, il faut interroger les gens de Saint-Camille pour qui ce nouveau centre communautaire et culturel constitue un objet de fierté.Il a, pour ainsi dire, donné un second souffle à toute la communauté: «Nous sommes fiers d\u2019être petits», dira madame Joël Duval, l\u2019une des fondatrices de l\u2019é- «Nous sommes fiers d\u2019être petits», dira madame Joel Duval.450 quipe du P\u2019tit bonheur.Et l\u2019école primaire est toujours ouverte.En se remémorant et en puisant aux expériences passées d une communauté, on tire souvent des forces nouvelles pour affronter des problèmes actuels.Conclusion À Gaspé comme ailleurs, la fierté de ses origines a souvent été masquée ou fardée par une modernité éphémère, plutôt artificielle et sans profondeur, parfois importée d\u2019autres pays et sans rapport réel avec nos traditions et notre mode de vie.Pourtant, à Cap-Chat comme à Gaspé ou à Rouyn-Noranda, la fierté et la culture se fondent pour constituer un puissant levier de développement.On pourrait aussi citer le Domaine Forget à Saint-Irénée-les-bains, dans Charlevoix, le camp musical de Orford, le festival de musique actuelle à Victoriaville, le Chic Resto Pop dans Hochelaga-Maisonneuve, ou l\u2019Escarboucle, dans Centre-sud, etc.La fierté que l\u2019on éprouve devant les succès remportés au Québec et à l\u2019étranger par nos artistes et nos créateurs nous rappelle les liens essentiels qui existent entre la manifestation culturelle et le contexte physique toujours particulier qui inspire le créateur, lieu irremplaçable dont se nourrit la culture.C\u2019est à l\u2019île-aux-Oies et à Montmagny que Jean-Paul Riopelle, par exemple, puise son inspiration depuis une quinzaine d\u2019années.En se remémorant et en puisant aux expériences passées d\u2019une communauté, on tire souvent des forces nouvelles pour affronter des problèmes actuels.On se rattache à toutes ces oeuvres \u2014 patrimoine bâti, objets usuels, outils, habits ou autres \u2014 héritées des générations passées, fruits d'un inlassable labeur, témoins exemplaires d'une adaptation souvent innovatrice aux circonstances ou aux embûches.Ces innovations, ces inventions ont permis que l'espoir continue, à travers la vie familiale, économique et sociale.La prise de conscience de l\u2019existence et de la beauté des oeuvres du passé et du présent au sein d'une communauté sti- 451 mule souvent les capacités créatrices des individus et des groupes, nourrit des aspirations débouchant souvent sur des idées nouvelles.En somme, la valorisation des héritages et des ressources culturelles d'une communauté contribue à soutenir une meilleure identification des spécificités locales, à les ajuster aussi aux enjeux socio-économiques d\u2019aujourd\u2019hui.Les projets de développement auront d\u2019autant plus de chance de déboucher sur des réalisations concrètes et durables qu\u2019ils seront profondément enracinés dans l\u2019évolution culturelle et sociale d\u2019une communauté.Or, ironisait Claude Julien dans une conférence au Musée de la civilisation, «la principale source d\u2019enrichissement n\u2019est plus dans le travail créateur, mais dans des opérations boursières.» Et, avertissait Fernand Dumont dans sa communication aux États généraux du monde rural, «si les citoyens ne veulent pas être désap-propriés de l\u2019économie, il est une condition préalable: qu\u2019ils ne soient pas désappropriés de la culture.» Et le sociologue Dumont d\u2019insister sur l\u2019éducation pour «reposséder sa culture».Car c\u2019est ainsi que grandit l\u2019être humain et sa société.C\u2019est aussi la façon la plus sûre de le préparer à assurer la maîtrise de son destin.Somme toute, rappelle l\u2019éditorial de la revue belge Culture et Développement, dans un numéro spécial sur la culture et l\u2019économie: «Pour nous, la question culturelle n\u2019est pas marginale ou secondaire.Pour nous, la culture n\u2019est pas un détail, un luxe à ajouter une fois que les choses jugées plus urgentes et importantes, telle la justice sociale ou la croissance économique., sont réglées.La culture n\u2019est pas une simple dimension accessoire du développement.Elle en est le moteur.La dynamique culturelle d\u2019un peuple est appelée à activer et o-rienter tout «développement».Si ce dernier a souvent échoué, c\u2019est notamment parce qu\u2019il a été conçu comme un paquet tout fait, parachuté du Nord sur le Sud.» La culture n est pas simple dimension accessoire du développement.Elle est le moteur.452 Au Québec, pourrait-on ajouter, le développement a souvent été conçu comme un paquet tout fait, parachuté du centre vers les régions.Et les habitants des régions trop souvent considéraient ce mouvement centrifuge comme inscrit dans l\u2019ordre des choses.Le Festival international du film d\u2019Abitibi-Témiscamingue, par exemple, lorsqu\u2019il offrait aux artisans du cinéma une visite des installations de LG2, se comportait comme des Montréalais qui tentent de diffuser du cinéma en région.Lorsque, dès la deuxième année, l\u2019équipe du Festival a décidé de couper cette amarre avec le centre pour s\u2019appuyer sur les attraits propres à la région, le Festival a assuré sa pérennité.Dès lors, si la culture se révèle un puissant levier de développement, ne devrait-on pas inviter les gouvernements à favoriser l\u2019émergence des activités culturelles locales et régionales?Pour tout dire, éviter de croire que l\u2019activité culturelle ne peut germer qu\u2019à Québec et surtout à Montréal.Car la culture stimule la fierté et éperonne le développement économique et social.Dans la même veine, ne convient-il pas d\u2019inviter le monde municipal et le milieu scolaire à jouer un rôle accru en matière de développement?Remerciements à madame Danielle Lafontaine, du GRIDEQ à Rimouski, à monsieur Jules Bélanger du Musée de la Gaspésie, à Gaspé et à monsieur Claude Manette, consultant chez BMA Inc., pour leurs précieux conseils.453 Chronique de la CEQ Ecole québécoise, les défis de l'intégration Il y a une quinzaine d'années, près de 90% des parents d\u2019origine immigrante choisissaient l\u2019école anglaise pour leurs enfants.La loi 101 a profondément transformé cette réalité.On se le rappelle régulièrement.Mais je voudrais surtout insister sur un fait: quinze ans dans l\u2019histoire d\u2019une société, c\u2019est très peu.Le Québec vit encore une période de transition avec toutes les adaptations que cela exige.On a aussi assisté, tout au cours de cette période, à une diversification croissante de l\u2019immigration.Cette diversification ne tient pas d\u2019abord au développement du transport aérien, même si cela n\u2019a pas nui.C\u2019est tout simplement que le Canada, et par conséquent le Québec, a décidé, au début des années soixante, de mettre fin aux politiques discriminatoire qui prévalaient jusqu\u2019alors.L\u2019afflux d\u2019un nombre croissant de réfugiés ayant connu des situations plus difficiles les uns que les autres, a encore ajouté à cette diversité.Malgré tout cela, le bilan de l\u2019intégration à l\u2019école primaire et secondaire est des plus positif.Qu\u2019on en juge par les résultats obtenus aux examens ministériels de fins d\u2019études secondaires, par l\u2019accès aux cégeps et à l\u2019université; les jeunes allophones font bonne figure; ils dépassent même légèrement les francophones de souche.Ce succès ne doit toutefois pas nous faire perdre de vue tout ce qui reste encore à faire.Les moyens consentis sont insuffisants, particulièrement dans le cas des élèves à risque.Les ^ Jocelyn Berthelot Centrale de i Enseignement du Québec Le Québec vit encore une période de transition avec toutes les adaptations que cela exige.454 politiques scolaires n\u2019ont pas toujours été revues en conséquence, loin s\u2019en faut.Les mentalités demeurent marquées par le repli sur soi et la crainte de disparaître; c\u2019est là tout le problème de l\u2019identité québécoise.J\u2019aborderai successivement ces trois thèmes.Un consensus sur les moyens Au niveau des moyens, un consensus se dégage depuis quelques années quant aux mesures les plus urgentes: \u2014\ton demande que les classes d\u2019accueil offertes à l\u2019éducation préscolaire soient rendues accessibles aux jeunes allophones nés au Québec au même titre qu\u2019aux enfants nés à l\u2019étranger.Des expériences pilotes ont démontré la pertinence d'une telle politique; \u2014\ton revendique que soient améliorées les mesures post-accueil et les mesures de soutien linguistique lorsque l\u2019élève est intégré à la classe régulière; \u2014\ton souhaite pouvoir disposer d\u2019un matériel didactique varié et adapté à la diversité des élèves; \u2014\ton se plaint de l\u2019insuffisance et de l\u2019inadéquation de la formation reçue, tant de la formation initiale que du perfectionnement.On se rappellera que l\u2019on exige neuf crédits en enseignement religieux pour enseigner dans une école primaire catholique, mais aucun en éducation interculturelle.\u2014\ton exige des mesures particulières pour venir en aide aux jeunes en difficulté, souvent marqués par les traumatismes de la guerre.Il n\u2019en coûterait pas une fortune pour répondre à ces besoins prioritaires et la société québécoise pourrait en retirer de nombreux avantages.455 Des politiques à préciser Au cours des dernières années, deux thèmes ont soulevé de vives polémiques en milieu pluriethniques.Je pense ici à la présence, dans certaines écoles, d\u2019une proportion élevée de jeunes allophones et de la place à faire au français comme langue d\u2019usage.Des points de vue divergents ont évolué, peu à peu, et, sans que l\u2019on puisse véritablement parler de consensus, on peut au moins observer d\u2019importants rapprochements.Le problème découlant d\u2019une forte concentration d\u2019élèves d\u2019origine immigrante dans certaines écoles est bien réel.La quasi-absence d\u2019élèves francophones de souche dans plusieurs établissements ne rend pas facile la francisation et l\u2019intégration des nouveaux venus.Certains ont proposé de fixer des quotas à ne pas dépasser et de procéder au «busing» de certains élèves vers d\u2019autres écoles.Mais de telles propositions ont rapidement trébuché sur la complexité du réel: quelle famille accepterait de voir son enfant déplacé vers une école de zone grise?Comment éviter des pratiques discriminatoires ou perçues comme telles?Cette situation dépend, en bonne partie, d\u2019un ensemble de facteurs sociaux sur lesquels l\u2019école a peu de prise: fuite des francophones vers les banlieues au nord et au sud de l\u2019île de Montréal, tendance normale des nouveaux venus à rejoindre des membres de leur communauté, etc.Mais il faut toutefois reconnaître que certaines politiques éducatives viennent aggraver la situation et que des politiques pourraient agir en sens contraire.Il est urgent que le ministère de l\u2019Éducation et les commissions scolaires scrutent leurs pratiques afin de rechercher un meilleur équilibre dans la proportion de jeunes allophones que l\u2019on retrouve dans les établissements.Sans être exhaustif, voici quelques exemples: Rechercher un meilleur équilibre dans la proportion de jeunes allophones que Von retrouve dans les etablissements.456 Une langue ne s'apprend pas qu\u2019en classe et /'activité éducative ne se limite pas à ienseignement.\u2014\tles budgets spéciaux prévus pour les écoles à forte concentration d\u2019élèves d\u2019origine immigrante encouragent d\u2019une certaine façon une telle concentration.Ne devrait-on pas revoir cette politique afin d\u2019en contrer les effets pervers?\u2014\tdes mesures budgétaires particulières pourraient inciter les milieux à faire preuve de créativité dans la recherche de solutions; \u2014\tles commissions scolaires pourraient revoir certaines de leurs politiques concernant la localisation des classes d\u2019accueil et même l\u2019affectation des élèves à une école donnée, dans le respect de la volonté des parents, bien sûr.Cela exige que l\u2019on dégage les sommes nécessaires au transport scolaire; \u2014\tle financement public de l\u2019enseignement privé favorise la création de diverses formes de ghettos allant d\u2019écoles ethniques ou religieuses au primaire aux écoles secondaires sélectives où les jeunes francophones de souche sont surreprésentés.Les débats ont été tout aussi vifs concernant les mesures à prendre pour assurer que le français soit la langue d\u2019usage des écoles françaises.On le sait, une langue ne s\u2019apprend pas qu\u2019en classe et l\u2019activité éducative ne se limite pas à l\u2019enseignement.Il y a bien d\u2019autres occasions pour les élèves d\u2019entrer en communication.Les premiers projets de politique linguistique ont soulevé, avec raison, la colère de plusieurs groupes.Certains projets n\u2019étaient pas sans rappeler les politiques des premiers conquistadores qui ne permettaient que l\u2019utilisation de leur propre langue, pour mieux soumettre les Indiens du Sud de l\u2019Amérique.Cela a pu surprendre dans une nation où on a tant dénoncé le «Speak White».Mais les critiques, tout comme les revendications initiales, ont permis de distinguer les activités de l\u2019école où la contrainte est de mise et celles où il faut compter sur la persuasion et l\u2019adhésion volontaire.457 Ainsi, les politiques linguistiques prévoient désormais de façon générale: \u2014\tl\u2019obligation d\u2019utiliser le français dans l\u2019ensemble des activités éducatives de l\u2019école (cours, activités); \u2014\tque le français est la langue des services offerts par l\u2019école; \u2014\tla liberté, pour les élèves, d\u2019utiliser la langue de leur choix dans des conversations privées, à l\u2019extérieur de la salle de classe; \u2014\tl\u2019adoption d\u2019un ensemble de mesures visant à valoriser la langue française et son utilisation: normes pour la radio étudiante, journal étudiant, animation culturelle, etc.; \u2014\tun engagement de l\u2019école et du personnel envers la qualité de la langue.Bien d\u2019autres politiques éducatives sont en cause, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019assurer l\u2019intégration.Mais elles doivent, tout comme celles qui précèdent, s\u2019insérer dans une philosophie de l\u2019éducation qui tienne compte du rôle plus large de l\u2019éducation.C\u2019est à ce niveau que se situe le véritable défi de l\u2019intégration.L\u2019identité québécoise Éduquer, c\u2019est non seulement transmettre des connaissances, mais aussi un ensemble de normes, de valeurs, une vision du monde et de la société.Éduquer, c\u2019est transmettre un héritage, celui de l\u2019humanité et celui d\u2019une nation.Or, quelle vision transmettons-nous de nous-mêmes?Quelles valeurs, quelles normes fondent notre société?L\u2019image que nous, francophones de souche, projetons du Québec est marquée par l\u2019histoire, par cette ambiguïté identitaire que nous n\u2019arrivons pas à clarifier une bonne fois pour toutes.L\u2019identité québécoise s\u2019est d\u2019abord définie autour de la langue et de la religion, de la «race» auraient dit nos ancêtres.Nous sommes passés Éduquer, c\u2019est transmettre un héritage celui de /\u2019 humanité et celui d'une nation.458 Elles ont une langue commune, le français, et un destin commun qu'il leur appartient de construire.du statut de «canayen» à celui de Canadien-français, puis nous voici Québécois.Nous avons toujours du mal à nous dire.Nous sommes encore collectivement porteurs d'une vision ethniciste du Québec et des Québécois.Même un sociologue éminent comme Guy Rocher, que je respecte beaucoup d\u2019ailleurs, confond, dans sa monographie intitulée «Les francophones québécois», le statut ethnique et le statut national.Les institutions parlementaires ou la Révolution tranquille ne sont pas que le fruit des francophones.Peut-être le ver était-il dans la pomme, dans la commande.Les Français, les Américains auraient-ils eu l\u2019idée d\u2019une monographie sur le peuple «de souche»?J\u2019en doute.Le besoin est ailleurs.C\u2019est d\u2019une culture nationale dont il faut se parler, avec son histoire, ses racines et son présent.Le Québec est une nation qui possède une histoire propre.Les personnes qui l\u2019habitent proviennent de diverses origines.Elles ont une langue commune, le français, et un destin commun qu\u2019il leur appartient de construire.La reconnaissance de cette réalité débute dans la façon de se dire et de dire les autres.L\u2019adaptation sera longue, mais elle est nécessaire.Il y a tout un changement de mentalité qui doit s\u2019opérer si l\u2019on souhaite que les nouveaux venus se sentent davantage acceptés.Il faut en finir avec ce NOUS qui exclut plutôt que d\u2019inclure, qui rejette les AUTRES dans un EUX qui n\u2019en fait pas partie.Voilà ce qu\u2019il serait urgent de se dire.Bien sûr, l\u2019intégration n\u2019est pas à sens unique.Il appartient aussi aux nouveaux venus de faire les efforts qui s\u2019imposent.Mais il appartient à la société québécoise dans son ensemble de définir le cadre de cette intégration.Il nous faut distinguer les éléments inaliénables de la culture publique commune des éléments qui sont ouverts à un espace de négociation et de ceux 459 qui relèvent des décisions privées ou communautaires.La société québécoise est aussi une société de droits où l\u2019égalité entre les hommes et les femmes et l\u2019égalité entre les personnes de diverses origines sont non seulement reconnues, mais promues.Les «machos» sont encore nombreux, les xénophobes et les racistes également; il appartient à l\u2019école de contribuer à changer ces choses.Que dire par ailleurs d\u2019un système scolaire vétuste qui cherche à imposer par l\u2019école la prétendue confession de la majorité.Tout cela est aujourd\u2019hui bien dilué, c\u2019est vrai.Mais il n\u2019en demeure pas moins que le maintien d\u2019une structure scolaire confessionnelle est opprimante et qu\u2019elle oblige, en toute justice, à reconnaître aux autres confessions les mêmes droits.Voilà comment se sont multipliées, avec l\u2019aide des fonds publics, les écoles religieuses privées, juives, musulmanes et autres.Une telle situation est loin d\u2019être favorable à une intégration harmonieuse des nouveaux venus.Finalement, c\u2019est l\u2019ensemble des pratiques scolaires qu\u2019il faudrait scruter à la lumière de cette conception de l\u2019école et de la société québécoise.Qu\u2019il s\u2019agisse des contenus d\u2019enseignement, des approches pédagogigues, du code de vie de l\u2019école, etc.Bref, aux cours des quinze dernières années, le Québec a fait des pas de géant sur la voie de l\u2019intégration.Il faut le reconnaître et le dire bien fort.Mais le principal défi est encore à relever, le passage d\u2019une vision ethnique de la société québécoise à une vision vraiment nationale.Une politique d\u2019éducation interculturelle pourrait sûrement y contribuer, tout comme la conviction que ce défi concerne non seulement la grande région de Montréal, mais bien l\u2019ensemble de la société québécoise.Le principal défi est encore à relever, le passage d'une vision ethnique de la société québécoise à une vision vraiment nationale.460 M in ville M.^ Tremblay Troc Québec Pourquoi pas?Le gouvernement n\u2019est plus en mesure de relancer V économie en empruntant de i argent.La situation économique actuelle nous permet d\u2019affirmer que nous sommes entrés dans une phase de crise économique structurelle de longue durée, comme celle que nous avons connue dans les années trente, due au triangle insoluble des taux d\u2019intérêt élevés, de l'inflation et de l\u2019endettement gouvernemental, selon les modèles classiques de relance.À la différence près, que cette fois-ci, dû à son endettement élevé, le gouvernement n\u2019est plus en mesure de relancer l\u2019économie en empruntant de l\u2019argent, pour ensuite l\u2019injecter dans l\u2019économie, et ainsi compenser le manque d\u2019investissement productif en provenance du secteur privé.Il sera donc utile d\u2019analyser la crise des années trente, si l\u2019on veut en arriver à pouvoir solutionner la crise des années quatre-vingt dix.La crise des années trente, qui a duré plus de dix ans, a provoqué des changements profonds dans la structure de la société, devant la menace de l\u2019éclatement du système.En 1929, la forte concentration de la richesse et le faible pouvoir d\u2019achat des travailleurs ont conduit à l\u2019effondrement de la bourse de Wall Street, pour se transformer rapidement en crise économique mondiale.Les modèles classiques de relance se sont avérés impuissants à solutionner la crise, qui ne faisait que s\u2019enliser encore davantage dans la récession.C\u2019est à partir de cette époque que l\u2019État a dû prendre la relève du secteur privé pour assurer la relance par une augmentation de la demande, qui s\u2019est traduite par un nouvel ordre économique mondial.Pour y parvenir, l\u2019État a dû mettre en place des lois pour assurer une plus juste répartition de la richesse et augmenter le pouvoir d\u2019achat des travailleurs.461 La crise du pétrole, en 1970, a créée une spirale inflationniste qui a marqué la fin de l\u2019État providence, tel qu\u2019on l\u2019avait connu jusqu\u2019à présent.Dès le début des années quatre-vingts, l\u2019État a atteint un taux d\u2019endettement critique qui, à toute fin pratique, l\u2019oblige à remettre en question son rôle de principal moteur de l\u2019activité économique; et se voit forcé de remettre, entre les mains du secteur privé, la responsabilité de la reprise économique.Depuis lors, le secteur privé, dont la fonction première est d\u2019assurer un profit maximum et à court terme à l\u2019individu et non pas à la collectivité, a pratiqué une politique économique de rationalisation des entreprises qui s\u2019est traduite par un gel et une baisse des salaires, des mises à pied et une baisse des dépenses, des inventaires et des investissements des entreprises.Pendant ce temps, l\u2019État s\u2019occupait à dégraisser la fonction publique et appliquait la même médecine que dans le secteur privé.Vers la fin des années quatre-vingts, cette pratique économique conduit directement vers une plus grande concentration de la richesse et à une baisse de pouvoir d\u2019achat des travailleurs, ce qui a provoqué le mini-krach d\u2019octobre 1987.Les modèles classiques n\u2019arrivant toujours pas à relancer l\u2019économie, on s\u2019est alors tourné vers le libre-échange dans l\u2019espoir d\u2019assurer la relance économique par une augmentation de la demande, en élargissant le marché plutôt qu\u2019en augmentant le pouvoir d\u2019achat des travailleurs, comme cela avait été fait dans les années trente.L\u2019endettement de l\u2019État et des entreprises rend caduc toute possibilité d\u2019augmenter la demande par une augmentation du pouvoir d\u2019achat des travailleurs.U État se voit forcé de remettre, entre les mains du secteur privé, la responsabilité de la reprise économique.L endettement de l\u2019État et des entreprises rend caduc toute possibilité d'augmenter la demande par une augmentation du pouvoir d'achat des travailleurs.L\u2019application du libre-échange a forcé les entreprises à se fusionner ou à tomber sous une prise de contrôle d\u2019une entreprise ou d\u2019un groupe d\u2019entreprises plus importantes, pour pouvoir compétitionner avec les grandes entreprises américaines.Ce qui a conduit à un nom- 462 L\u2019endettement de i État continue malgré tout d\u2019augmenter, au point où il commence maintenant à remettre en question les acquis sociaux des cinquante dernières années.bre record de faillites de nos entreprises (principalement des PME) qui ne sont pas compétitives avec leurs grandes voisines américaines; et à une autre rationalisation de nos grandes entreprises d\u2019ici qui s\u2019est traduite par un autre gel et une autre baisse des salaires, d\u2019autres mises à pied et une autre baisse des dépenses, des inventaires et des investissements des grandes entreprises d\u2019ici.Après plus de quatre ans d\u2019application du libre-échange, on assiste à une concentration de la richesse encore plus grande et à une baisse encore plus importante du pouvoir d\u2019achat des travailleurs, sans pour autant avoir augmenté la demande par un élargissement du marché, tel qu\u2019on le souhaitait, et qui devait assurer la relance économique tant attendue.On en arrive donc à un constat d\u2019échec de cette politique économique pour assurer notre croissance économique.Une perspective à plus long terme de l\u2019application de cette politique économique nous conduit directement à une concentration de la richesse toujours plus grande et à une baisse toujours plus importante du pouvoir d\u2019achat des travailleurs.L\u2019État, quant à lui, a augmenté les impôts et les taxes pour pouvoir payer son endettement, ce qui affecte principalement le pouvoir d\u2019achat des travailleurs, les entreprises devant être é-pargnées dans le contexte du libre-échange pour les garder compétitives avec leurs voisines américaines.L\u2019endettement de l\u2019Etat continue malgré tout d\u2019augmenter, au point où il commence maintenant à remettre en question les acquis sociaux des cinquante dernières années.Tout cela nous ramène directement à la case départ de la fin des années vingt, où la concentration de la richesse et le faible pouvoir d\u2019achat des travailleurs a conduit à l'effondrement du système financier international.Nous sommes donc forcés, comme dans les années trente, de trouver une solution alternative pour augmenter la demande, si nous vou- 463 Ions sortir de cette crise économique structurelle de longue durée, sous peine d\u2019éclatement du système, et de nous tourner vers un nouveau projet de société.Une solution à la crise.Pour pouvoir solutionner la crise économique actuelle, il faut tout d\u2019abord bien identifier le type de crise que nous vivons.En l\u2019occurrence, nous pouvons affirmer qu\u2019il s\u2019agit essentiellement d\u2019une crise du système monétaire, comme intermédiaire entre les échanges, et non pas d\u2019une crise de l\u2019offre ou de la demande.En effet, la capacité de produire et les besoins sont présents.À l\u2019origine, la monnaie a été créée pour faciliter les échanges, et ne servait, comme outil de contrôle des échanges, que d'intermédiaire entre les échanges; alors qu\u2019avec l\u2019évolution de la monnaie, celle-ci est devenue un instrument spéculatif, qui lui entraîne les crises économiques cycliques que nous connaissons approximativement tous les dix ans.Avec deux crises majeures, dont l\u2019une dans les années trente, et celle que nous traversons actuellement dans les années quatre-vingt-dix; que l\u2019on identifient à des crises économiques structurelles de longue durée.C\u2019est pourquoi, il y a crise économique quand les investissements spéculatifs deviennent plus importants que les investissements productifs.Ce qui nous permet d\u2019affirmer que les crises économiques cycliques sont structurelles et inhérentes au système monétaire lui-même.Donc, pour solutionner la crise économique structurelle de longue durée que nous connaissons actuellement, nous devons nous doter d\u2019un nouvel outil de contrôle des échanges qui ne puisse servir d\u2019instrument spéculatif.Et la seule façon d\u2019y parvenir est de faire appel au concept des échanges directs de biens et de services, qui ne constitue uniquement qu\u2019un Nous devons nous doter d\u2019un nouvel outil de contrôle des échanges qui ne puisse servir d\u2019instrument spéculatif.464 mécanisme de contrôle des échanges de biens et de services, sans intermédiaire monétaire, et donc sans instrument spéculatif, qui lui devient un frein au commerce en période de crise du système monétaire.Les crises économiques structurelles de longue durée sont associées à des crises de mutation profondes de nos sociétés.Ce qui nous oblige à devoir remettre en question, et de façon très substantielle, nos choix politique, social et surtout économique pour pouvoir en sortir.L\u2019État doit réaffirmer son rôle de principal moteur de l\u2019activité économique et reprendre la relève du secteur privé, qui a failli à la tâche, pour assurer une relance économique par une augmentation de la demande.Pour y parvenir, l'État devra mettre en place de nouvelles lois et se doter d\u2019un nouvel outil de contrôle des échanges autre que monétaire (son endettement ne lui permettant plus aucune marge de manœuvre en ce sens), qui puisse lui permettre d\u2019assurer une plus juste répartition de la richesse et d\u2019augmenter la demande par une augmentation du pouvoir d\u2019achat des travailleurs et du chiffre d\u2019affaires des entreprises (PME), sans pour autant augmenter son endettement.En effet, à une production de masse doit correspondre une consommation de masse pour assurer la reprise économique.Le consommateur (travailleurs) représentant près de soixante-dix pour cent de l\u2019activité économique et le salaire des travailleurs, sous forme d\u2019impôt sur le revenu, taxes de vente etc., représentant près de quatre vingts pour cent des revenus du Gouvernement.L\u2019État se doit donc de proposer un nouveau projet de société (un «new deal» à la Roosevelt), sous peine d'éclatement du système.Comme dans les années trente, l\u2019État se doit donc de proposer un nouveau projet de société (un «new deal» à la Roosevelt), sous peine d\u2019éclatement du système.À cet effet, il existe au Québec un phénomène nouveau et original, qui a pris de plus en plus d\u2019ampleur depuis la crise de 1981-82, sur le- 465 quel l'État pourrait et devrait s\u2019inspirer pour assurer une relance de l\u2019économie par une augmentation de la demande, sans augmenter son endettement.Des entreprises (PME) et des professionnels québécois se sont regroupés pour former des clubs d\u2019échange, ce qui leur permet d\u2019échanger directement des biens et des services entre eux, sans intermédiaire monétaire.Ce qui a comme principaux avantages de protéger la liquidité de ces entreprises et de ces professionnels, d\u2019augmenter leurs ventes ou leurs revenus par une augmentation de la demande, sans augmenter leur endettement; et, dans bien des cas, leur éviter la faillite dans un moment où l\u2019activité économique est en pleine perte de vitesse.11 est donc impératif pour l\u2019État d\u2019étudier la possibilité d\u2019étendre cette pratique à l\u2019ensemble des intervenants économiques (les travailleurs, les professionnels, les entreprises et les gouvernements), pour pouvoir se servir de ce nouvel outil de contrôle des échanges comme moteur de la relance économique, en période de crise du système monétaire.Ce qui pourrait mobiliser l\u2019ensemble des intervenants économiques autour d\u2019un projet de société qui assurerait une plus juste répartition de la richesse, et qui serait une véritable solution à la crise économique structurelle de longue durée dans laquelle nous nous enlisons toujours davantage chaque jour, sans véritable espoir de pouvoir s\u2019en sortir à l\u2019avantage de tous.Une solution québécoise à la crise québécoise! Présentation du projet 1)\tNom: Troc Québec 2)\tNature: il s\u2019agit d\u2019implanter un nouvel outil de contrôle des échanges, sur la base des échanges «directs» de biens et de services, à caractère multilatéral.3)\tForme: il s\u2019agit de mettre en place un nouveau concept de carte électronique, la carte de «crédit-troc».Une solution québécoise à la crise québécoise! Mettre en place un nouveau concept de carte électronique, la carte de «crédit-troc» 466 4) 5) Pour une carte de crédit-troc, l\u2019accès dépend de la capacité d'échange d\u2019un temps de travail ou d\u2019un bien de production de son utilisateur.D Définition: il s\u2019agit uniquement d\u2019un mécanisme de contrôle des échanges «directs» de biens et de services à caractère multilatéral, qui assure que son utilisateur donne en produits ou services l\u2019équivalent de ce qu\u2019il reçoit en produits ou services, sans passer par l\u2019intermédiaire monétaire.Mode de fonctionnement: il est équivalent à la carte débit, mais selon des critères qui lui sont propres, en comptabilisant à la colonne crédit ce que son utilisateur reçoit en produits ou services et à la colonne débit ce qu\u2019il donne en produits ou services, i.e.: l\u2019accès à une carte débit dépend de la liquidité de son utilisateur; tandis que pour une carte de crédit-troc, l\u2019accès dépend de la capacité d\u2019échange d'un temps de travail ou d\u2019un bien de production de son utilisateur.Fonctions: le crédit-troc fait appel aux forces vives du milieu, et non pas aux forces du capital, pour assurer la croissance économique \u2014 il protège la liquidité et augmente le pouvoir d\u2019achat de son utilisateur \u2014 il augmente les ventes ou le temps de travail de son utilisateur \u2014 il sert d\u2019outil de régulation.Objectif: il s\u2019agit de favoriser un surplus commercial, en période de récession économique, en normalisant les échanges «directs» de biens et de services à 10% de l\u2019ensemble des activités économiques au Québec.11 vise également à développer une nouvelle niche fortement concurrentielle, pour le Québec, dans un contexte de mondialisation des marchés.467 La restructuration de l'économie du Québec par les PME Une nouvelle économie entrepreneuriale l^epuis une vingtaine d'années, nous assistons à une mutation importante dans notre économie: les grandes entreprises déclinent tandis que les petites et moyennes entreprises (PME) progressent.Phénomène passager, disent certains économistes en raison de la crise actuelle.Quant à nous, nous croyons qu\u2019il s\u2019agit du passage à un phénomène beaucoup plus profond dans nos sociétés qu\u2019est celui d\u2019une économie de plus en plus entrepreneuriale.En effet, il semble que le développement est et sera de plus en plus fondé sur le dynamisme des personnes qui créeront des entreprises répondant à de nouveaux besoins.Le Québec illustre très bien ce phénomène.Les Québécois sont devenus des entrepreneurs dans de nombreux nouveaux secteurs d\u2019activités.Les plus récentes données sur le contrôle francophone de l\u2019économie du Québec montrent que le pourcentage de francophones possédant les entreprises de fabrication a presque doublé depuis 1961, passant de 21,7% à 39,3 % de 1961 à 1987.Dans le secteur des mines, ce pourcentage a été multiplié par 6, passant de 6,5 % à 35 %.Dans le secteur des forêts, il a triplé en dix ans, passant de 33,4 % à 92,3 % de 1978 à 1987.Au total, les Québécois francophones ^ Alain Dumas Les grandes entreprises déclinent tandis que les petites et moyennes entreprises (PME) progressent.Au total, les Québécois francophones contrôlent maintenant 67,6 % de /\u2019 économie du Québec alors qu\u2019en 7967, ce pourcentage était de 47,1%.468 contrôlent maintenant 61,6 % de l\u2019économie du Québec alors qu\u2019en 1961, ce pourcentage était de 47,1 %1.Si ce phénomène marque le Québec en regard du contrôle de son économie, il constitue tout de même un phénomène généralisé à l\u2019ensemble des pays dits développés.On observe partout une nouvelle dynamique de développement basée sur la petite entreprise.Dans les prochains paragraphes, nous allons examiner plus en détail cette nouvelle économie.Dans la mesure où nous considérons que les PME constituent la base de la revitalisation de notre économie, nous tenterons donc de mettre en évidence cette nouvelle réalité, les raisons explicatives et l'impact des PME sur le développement à long terme du Québec.Par la suite, nous soulèverons quelques questions.PME et revitalisation de l\u2019économie québécoise La place des PME dans l\u2019économie québécoise Actuellement, les PME représentent plus de 99% des entreprises au Québec.Cette forte proportion découle d\u2019une remontée des PME dans l\u2019économie.Ce phénomène est observé dans tous les pays industrialisés.Comme en témoigne le tableau 1 en annexe, c\u2019est au tournant des années 1970 que nous a vons commencé à assister à un retournement de tendance.À partir de ce moment, les grandes entreprises commencent à décliner et les PME progressent.Plus particulièrement, ce sont les petites entreprises (0 à 49 employés) qui ont connu la plus forte augmentation des effectifs et du nombre d\u2019établissements.1.François Vaillancourt et Josée Carpentier, Le contrôle de Véconomie du Québec: la place des francophones en 1987 et son évolution depuis 1961, Montréal: Office de la langue française du Québec, juillet 1989.469 En jetant un regard plus récent sur cette évolution, on y constate que sur un nombre de 172 788 entreprises en 1990, le Québec compte 169 243 petites entreprises de moins de 50 employés.La part des PME dans l'emploi total au Québec se situe à 44 %, ce qui est légèrement supérieur à celle observée à l\u2019échelle canadienne (42%).La contribution des PME à la création d\u2019emplois est d\u2019autant plus évidente.Par exemple, on y constate que la croissance de l\u2019emploi dans les PME représentait 75,4% de l\u2019augmentation totale de l\u2019emploi au Québec en 1988.Sur une plus longue période (1978-1988), les PME génèrent près de 70 % des nouveaux emplois.Lorsque l\u2019on fait la différence entre les créations et les disparitions d\u2019emplois selon la taille des entreprises, le solde a été de +491 000 dans les PME et de -82 800 dans les grandes entreprises pour la période 1978-19882.Enfin, on observe que la plus grande partie de ces nouveaux emplois était créée dans des branches industrielles modernes et ouvertes aux marchés extérieurs comme l\u2019imprimerie, la machinerie et le matériel de transport.C\u2019est donc dire que nous vivons dans une économie de petites entreprises.Mais quelles sont les raisons de cette remontée des PME dans nos économies?Pour répondre à cette question, nous allons examiner les raisons de cette renaissance des PME.Les raisons de ce nouveau dynamisme Les raisons de ce nouveau dynamisme ne sont pas «accidentelles», mais bien structurelles.C\u2019est toute notre économie qui traverse depuis une vingtaine d\u2019années une profonde mutation.Cette mutation exige plus de souplesse, plus de flexibilité et surtout plus d\u2019adaptabilité dans 2.Ces données sont tirées de: Les PME au Québec.Étal de la situation.Québec, Groupe d\u2019analyse sur les PME et les régions, DGAE, Ministère de l\u2019Industrie, du Commerce et de la Technologie, 1991.470 notre système et, par conséquent, de plus petites unités de production.De façon plus spécifique, nous avons regroupé cinq grandes raisons.La première raison repose sur la tendance à la segmentation de plus en plus rapide des marchés.Le «consommateur de masse» n\u2019existe plus.Avec l\u2019élévation des revenus depuis une quarantaine d\u2019années, les clientèles recherchent la différence et la nouveauté.Cette consommation plus personnalisée entraîne la multiplication des styles de vie et de consommation.Dans ce contexte, la production en petites séries s\u2019avère plus adaptée que la production à grande échelle.Une deuxième raison relève des nouvelles aspirations des travailleurs.Les PME sont caractérisées par un type d\u2019organisation du travail peu formalisée dans lequel les travailleurs peuvent exercer une plus grande diversité de tâches, et des relations plus directes avec l\u2019entrepreneur.En dépit de conditions de travail souvent inférieures, cette caractéristique s\u2019avère un avantage car elle rend le travail moins routinier.Troisièmement, les nouvelles technologies informatisées sont plus adaptées aux besoins des petites entreprises que ne l\u2019étaient les anciennes.Ces technologies permettent aux PME d\u2019atteindre plus rapidement leur optimum d'utilisation tout en conservant les avantages propres de la petite entreprise, soit la flexibilité.D\u2019ailleurs, comme le montrent de nombreuses recherches menées par Pierre-André Julien de l\u2019UQTR, les PME québécoises figurent parmi celles qui utilisent le plus ces nouvelles technologies au Canada3.Quatrièmement, la lourdeur et la rigidité des grandes entreprises les incitent maintenant à décentraliser une partie de leur production vers 3.Pierre-André Julien, «Petites et moyennes entreprises manufacturières et nouvelles technologies: la situation au Québec», Revue Internationale de Gestion, novembre 1992.471 les PME.Certaines grandes entreprises développent même des contrats de coopération avec des PME.Ces nouveaux comportements reposent sur la constatation que les PME sont beaucoup plus efficaces que l\u2019on pouvait le penser en raison des coûts moins élevés qu\u2019elles ont à supporter au niveau de la bureaucratie.C\u2019est pourquoi les grandes entreprises recourent de plus en plus aux PME pour profiter de leurs flexibilités particulières et réduire les coûts de leur grande taille.Une cinquième explication repose sur la théorie des interstices.Cette théorie explique que l\u2019économie génère des petits marchés qui ne sont pas accessibles à la grande entreprise ou trop spécifiques ou non rentables, compte tenu de sa taille.Ces petits marchés sont saisis par un entrepreneur local et donnent lieu à la création d\u2019une petite entreprise.Ces explications ne signifient pas la fin de la grande entreprise.Il apparaît plutôt qu\u2019on assiste présentement à la recherche d\u2019un nouvel équilibre entre les petites et les grandes entreprises.De la souplesse des entreprises, on recherche aussi une souplesse de système.Certes, ce nouvel équilibre dépend de la volonté et de la capacité des PME à maintenir et à améliorer leur compétitivité dans un marché de plus en plus concurrentiel.Les PME et la restructuration de l\u2019économie Cette nouvelle montée des PME montre qu\u2019elles sont au cœur de la restructuration de notre économie.De nombreuses recherches traduisent le constat selon lequel les PME manufacturières affichent en moyenne de meilleures performances que les grandes entreprises et ce, tant en période de crise qu\u2019en période de croissance économique4.La lourdeur et la rigidité des grandes entreprises les incitent maintenant à décentraliser une partie de leur production vers les PME.Les PME manufacturières affichent en moyenne de meilleures performances que les grandes entreprises.4.Julien, Pierre-André et Marchesnay, Michel, La petite entreprise, Paris: Vuibert-Gestion, 1989.472 D\u2019autre part, les PME ont pour effet de contribuer à la modernisation et à la diversification de la structure industrielle de plusieurs régions5.En effet, pendant que nous assistons à un déclin de plusieurs des grandes entreprises traditionnelles (pâtes et papier, textile et vêtement, chimie lourde, etc.), les petites entreprises sont particulièrement dynamiques et sont même en train de revigorer l\u2019économie de plusieurs régions du Québec6.Avec des taux d intérêt élevés et un dollar surévaluée, la Banque du Canada a annulé tous les efforts de nos PME innovatrices et exportatrices.Les problèmes et les difficultés des PME Cette remontée des PME ne signifie pas qu\u2019elles soient à l\u2019abri de certains problèmes et difficultés.Si les PME offrent un cadre privilégié de développement économique, elles doivent, comme toutes les entreprises en général, être à l\u2019écoute des nombreux changements qui affectent leurs environnements.Elles ne peuvent survivre qu\u2019en raison de leur petite taille.Elles se doivent d'évaluer et d\u2019anticiper les difficultés spécifiques qui les attendent aux différents stades de leur développement.Pour ce faire, les entrepreneurs doivent envisager la gestion courante et stratégique de leur entreprise et la formation comme des éléments aussi importants que leur produit ou service.Enfin, on ne saurait passer sous silence les difficultés auxquelles sont soumises les PME québécoises dans le cadre fédéral.À titre d'illustration, nous ne mentionnerons que la politique 5.\tThibodeau, J.C.et Julien, P.A., «Les PME manufacturières dans la tourmente économique de 1975 à 1982, dans quatre régions du Québec», Revue d'économie industrielle, 36, 1986, p.14-24.6.\tC\u2019est le cas notamment de la sous-région du Centre-Mauricie.Voir: Dumas, Alain, Les relations de sous-traitance dans le secteur des embarcations de plaisance du Centre de la Mauricie, mémoire de maîtrise, 1990, Université du Québec à Trois-Rivières.473 monétaire de la Banque du Canada.Son orientation depuis les vingt dernières années ne favorise en rien les PME.Avec des taux d\u2019intérêt élevés et un dollar surévaluée, la Banque du Canada a annulé tous les efforts de nos PME innovatrices et exportatrices.Les questions \u2014\tDoit-on augmenter les efforts pour soutenir le développement des PME, même au détriment des grandes entreprises?\u2014\tDoit-on, au contraire, continuer à compter avant tout sur les grands investissements étrangers comme les grands projets d\u2019alu-minerie?\u2014\tDoit-on développer des supports à la diffusion de l\u2019information technologique et commerciale internationale aux PME?Tableau 1 Evolution des effectifs par classe de taille dans l\u2019industrie manufacturière au Québec, 1962 à 1984 Effectifs en milliers \t0 à 49\t50 à 199\t200 à 499\t500 et + 1962\t91,1\t118,8\t87,5\t138,7 1972\t92,1\t148,9\t107,3\t141,7 1981\t107,6\t142,4\t107,2\t144,1 1984\t106,5\t134,3\t98,7\t121,8 62-72\t+ 1,2\t+ 25,3\t+ 22,6\t+ 2,2 72-84\t+ 15,6\t-8,02\t- 14,40\t Tableau 2 Évolution du nombre d\u2019établissements par classe de taille dans l\u2019industrie manufacturière au Québec, 1962 à 1984 Nombre d\u2019établissements \t0 à 49\t50 à 199\t200 à 499\t50 et + 1962\t9423\t1273\t278\t128 1972\t7951\t1572\t353\t149 1981\t8927\t1508\t349\t111 1984\t8758\t1440\t336\t115 62-72\t-15,6\t+ 23,5\t+27,0\t+ 16,4 72-84\t+ 10,2\t-8,4\t-4,8\t-22,8 474 Clermont ^ Dugas Module de géographie Université du Québec à Rimouski Le service postal en milieu rural: le cas de St-Clément La bataille entreprise par les résidents de St-Clément illustre à la fois la situation difficile vécue par les milieux ruraux en déstructuration et /' incohérence qui existe au niveau des politiques de développement régional.Introduction La bataille entreprise par les résidents de St-Clément dans le Bas-Saint-Laurent pour le maintien de leur bureau de poste illustre à la fois la situation difficile vécue par les milieux ruraux en déstructuration et l\u2019incohérence qui existe au niveau des politiques de développement régional.Cette situation met aussi particulièrement en cause le concept de décentralisation en regard de la nouvelle théorie de développement à la mode: le développement local ou encore le développement endogène.St-Clément et sa région Situé à environ 300 mètres d\u2019altitude sur le plateau appalachien à une vingtaine de kilomètres au sud du littoral du St-Laurent, St-Clément est typique de ces nombreuses petites localités rurales dont les contextes économique et géographique favorisent une diminution de population.C\u2019est un milieu agroforestier au potentiel biophysique moyen, qui en raison de sa localisation n\u2019a pu profiter pleinement du changement induit par l\u2019industrialisation, l\u2019urbanisation et l\u2019expansion du secteur de services.Un abandon généralisé de l\u2019agriculture, une forte dénatalité et un courant d\u2019émigration constant affectant particulièrement les jeunes travailleurs et la main-d\u2019œuvre la plus instruite font partie des principales causes de dépeuplement.L\u2019éloignement des grandes villes, la faiblesse de l\u2019infrastructure de services et la forte dispersion de la population gênent considérablement la reconversion économique rendue indispen- 475 sable par le rôle limité exercé maintenant par le secteur primaire dans l\u2019économie.De 1961 à 1991 la population de St-Clémentest passée de 1 231 à 580 personnes.Cela correspond à un taux de diminution nettement supérieur à celui de l\u2019ensemble des petites localités.Contrairement à beaucoup d\u2019endroits où la décroissance est marquée de temps d\u2019arrêts et de légères reprises, l\u2019évolution a poursuivi la même pente négative d\u2019un recensement à l\u2019autre.La municipalité appartient à la MRC Les Basques qui connaît une des plus fortes pertes de population de tout le Québec.Durant la dernière période quinquennale, son taux de décroissance fut de 8,8%, soit le plus fort de la province.Fait plutôt exceptionnel, toutes les municipalités de la MRC, y compris la ville de Trois-Pistoles subissent des pertes d\u2019effectifs.Le taux de décroissance de ce centre de services qui se situe à 9,4 % dépasse même celui de la MRC et de St-Clément qui est de 6,9 %.Toute démoralisante qu\u2019elle puisse être, la décroissance n\u2019empêche pas les manifestations de dynamisme, ni la volonté de demeurer sur place chez une bonne part des résidents de St-Clément.La qualité de l\u2019habitat et des espaces aménagés est remarquable et le nombre de logements s\u2019est accru de 12 % de 1981 à 1991.La municipalité s\u2019est même enrichie durant les dernières années d\u2019un centre de services du CLSC et d\u2019un édifice à logements à loyer modique.En raison de sa localisation dans un cadre physique d\u2019une grande beauté et de la valeur d\u2019ensemble des aménagements existants, la municipalité offre à ses résidents un milieu de vie agréable et de très bonne qualité.La dévitalisation ne signifie pas encore dégradation et dévalorisation du milieu résidentiel ni désorganisation sociale.À cet égard elle se trouve dans la même situation que des centaines de localités aux prises avec les mêmes problèmes.La forte diminution de population des 30 dernières années n\u2019a pas encore fait disparaître la vitalité et De 1961 à 1991 la population de St-Clément est passée de 1 231 à 580 personnes.La municipalité offre à ses résidents un milieu de vie agréable et de très bonne qualité.476 Le bureau de poste exerce aussi une fonction structurante et une fonction symbolique d\u2019une importance majeure pour la consolidation du tissu de peuplement.le dynamisme du milieu, ni produit un point de non retour même si elle cause de plus en plus d\u2019inconvénients et d\u2019inquiétudes aux résidents.Le bureau de poste, ses fonctions et sa signification La décision de Poste Canada de fermer le bureau de poste de St-Clément et d\u2019offrir un service de guichets à l\u2019extérieur et de comptoir postal dans un dépanneur constitue une mesure qui affaiblit la frêle infrastructure locale de services.Là comme à d\u2019autres endroits où la Société d\u2019État effectue ou propose le même changement, la population y voit plus qu\u2019une simple mesure de rationalisation administrative ou à la rigueur de nouvelles habitudes à prendre mais plutôt une atteinte délibérée à une structure socio-économique fragile construite habituellement avec beaucoup d\u2019efforts et la disparition éventuelle d'un service fondamental.Cette perception ne découle pas d'une lecture inadéquate et biaisée du dossier ou encore d\u2019un entêtement à refuser tout changement mais d\u2019une connaissance intime de la dynamique qui anime les espaces ruraux fragilisés et des conséquences de décisions dites rationnelles prises loin de leur milieu d\u2019application et de ceux qui en font les frais.Dans un endroit où les services se comptent sur les doigts de la main, chacun d'entre eux prend une grande importance.Outre une fonction utilitaire rendue d\u2019autant plus importante qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un service de base, le bureau de poste exerce aussi une fonction structurante et une fonction symbolique d\u2019une importance majeure pour la consolidation du tissu de peuplement et le maintien et le développement de l\u2019activité économique.Ces trois fonctions devraient normalement être prises en compte dans tout projet à caractère socio-économique ou encore dans une perspective de développement régional.Or compte tenu du mandat et des objectifs de Poste 477 Canada, on peut supposer que seule la fonction utilitaire s\u2019inscrit véritablement dans le processus décisionnel.Pour bien fonctionner et s\u2019insérer dans le réseau complexe d\u2019interrelations qui caractérise les sociétés modernes, toute collectivité doit disposer d\u2019un certain nombre d\u2019équipements structurants.Ceux reliés aux communications sous toutes leurs formes sont partout les plus importants et ce particulièrement dans les espaces à population dispersée et à faible infrastructure de services que sont les territoires ruraux.De bons moyens de communications permettent l\u2019accessibilité aux services que l\u2019on ne retrouve pas chez soi compensant partiellement ainsi leur déficience au plan local.Le service postal fait partie de ces équipements de base.Tout en contribuant à briser l\u2019isolement et à rapprocher les gens entre eux, il constitue au plan local une des pièces maîtresses du complexe réseau de communications.Le téléphone, la télématique et des services privés de courrier ont pu au cours des années diminuer son degré d\u2019utilisation mais n\u2019ont jamais réussi à lui enlever sa raison d'être et sa nécessité.Localisé au centre de chaque communauté, le bureau de poste est, avec l\u2019église, le centre communautaire et l\u2019école élémentaire, une des institutions publiques les plus importantes.Il est une des composantes du réseau de services de base qui articule la vie communautaire.C\u2019est également un point de référence commun pour tous les résidents aussi bien que pour les non résidents.Aussi, en plus d\u2019être un élément structurant de la communauté, il constitue également une figure symbolique reflétant à la fois l\u2019appartenance, la vie de relations, l\u2019intégration à une communauté élargie et le dynamisme du milieu.Une localité sans son bureau de poste se sentirait diminuée, coupée du monde et amputée d\u2019une partie de ce qui fait sa vitalité.Cette dimension symbolique prend particulièrement de l\u2019importance dans les milieux fragilisés par Une localité sans son bureau de poste se sentirait diminuée, coupée du monde et amputée d'une partie de ce qui fait sa vitalité.478 // semble bien que la perspective du développement régional soit tout à fait marginale, voire meme inexistante à Poste Canada.une décroissance constante des effectifs démographiques.Elle compte parmi les principaux facteurs psychologiques de rétention ou de déstructuration du tissu de peuplement.L\u2019aspect symbolique des formes d\u2019aménagement n\u2019est pas uniquement le propre des milieux ruraux.Il a tout autant sa place dans les villes de toute dimension où il constitue un important paramètre de planification, de valorisation et d\u2019évolution du milieu bâti.Il se traduit d\u2019ailleurs à ces endroits par des coûts considérables assumés par l\u2019ensemble de la collectivité.Fonction de l\u2019histoire, de la culture et du contexte socio-économique, cette dimension symbolique se retrouve dans tous les espaces aménagés et ne peut être ignorée.Des divergences dans les finalités et les interventions Le rôle d\u2019un bureau de poste d\u2019une petite municipalité rurale comme celle de St-Clément ne peut être considéré dans la même perspective par les dirigeants de Poste Canada et par les résidents de la localité concernée, même si les deux groupes d\u2019intervenants peuvent partager la même vision en regard de la finalité première du service en cause.Cette dissociation de points de vue est inhérente aux perceptions, besoins et objectifs différents de chacun des intervenants.Poste Canada cherche à offrir un service en minimisant le plus possible ses coûts d\u2019opération et les résidents de St-Clément veulent le maintien d\u2019un service qu\u2019ils considèrent à juste titre comme un moyen de communications indispensable et un facteur de cohésion, de développement et de stabilisation du peuplement.Il semble bien que la perspective du développement régional soit tout à fait marginale, voire même inexistante à Poste Canada.Cette situation est analogue à celle observée chez la plupart des sociétés d\u2019État qui gèrent des facteurs 479 de développement mais selon une approche sectorielle et des finalités corporatistes qui i-gnorent ou tout au moins se préoccupent peu des contextes géographiques et socio-économiques et des problématiques de développement des milieux qu\u2019elles affectent.La dimension spatiale qui est considérée est perçue davantage comme la partie constituante d'un tout qu'une entité aux caractéristiques particulières dont il faut tenir compte des spécificités.En dépit des politiques de développement régional qui existent au niveau gouvernemental, il n\u2019y a pas de cohérence et de complémentarité entre l\u2019ensemble des décisions qui affectent le processus.En raison de la structure de développement existante, les sociétés d\u2019État et organismes para-gouvernementaux ne se sentent pas, pour la plupart, concernés par les objectifs et politiques de développement mis en place par les gouvernements de quelque niveau qu\u2019ils soient.Sans mettre en cause la nécessité d\u2019un service postal à St-Clément, Poste Canada propose des changements majeurs qui, aux yeux des résidents, vont entraîner une diminution du service et éventuellement sa perte.Les casjèrs postaux qui seraient installés à l\u2019extérieur plutôt qu\u2019à l\u2019intérieur ne sont certes pas une amélioration.Mais il semble que ce soit surtout le transfert du comptoir postal dans un dépanneur qui sème le plus d\u2019inquiétudes, même si cela doit entraîner une augmentation appréciable des heures d\u2019accès aux services.Un examen du contexte particulier de l\u2019endroit permet de voir rapidement le bien-fondé des appréhensions manifestées.La municipalité ne compte qu\u2019un dépanneur et un marchand général.Que l\u2019un et l\u2019autre refusent le service comme c\u2019est le cas actuellement ou décident de s\u2019en départir après un certain temps, ce sera la fin du service de comptoir postal à St-Clément et l\u2019obligation pour ses résidents d\u2019aller effectuer leurs transactions postales dans une autre localité.Si au mieux il 480 La construction des bureaux de poste actuels marquait un progrès significatif dans leurs conditions de vie.La Société des Postes n\u2019a donc pas à s\u2019acharner pour leur donner ce qu ils ne veulent pas.se trouve toujours un dépanneur pour accueillir le service à St-Clément, ce dernier n\u2019aura jamais la qualité de celui offert actuellement.Pour le dépanneur ce sera toujours un service complémentaire tenu par du personnel changeant et plus ou moins qualifié selon les heures d\u2019ouverture.La construction des bureaux de poste actuels en milieu rural marquait pour la plupart des localités un progrès significatif dans leurs conditions de vie.Ces bureaux remplaçaient un service dans les commerces du même type que celui que l\u2019on veut implanter aujourd\u2019hui.Il apparaît donc difficile de reconnaître comme un progrès le retour en arrière que l\u2019on veut faire, d\u2019autant plus que les équipements sont déjà en place.La décision de Poste Canada basée sur des considérations strictement économiques apparaît donc d\u2019autant plus discutable qu\u2019il y a lieu de remettre en cause les critères retenus.Une rationalité économique fort discutable Poste Canada traite le problème de la fermeture des bureaux de poste ruraux comme une simple démarche de saine gestion économique.Rentabilité et amélioration du service sont les principaux arguments utilisés pour faire passer une mesure fort impopulaire.Les résidents des localités impliquées ont plutôt tendance à voir les changements proposés comme une dégradation du service existant.De toutes façons, premiers concernés par le sujet, ils n\u2019ont pas demandé les modifications qu'on leur propose.La Société des Postes n\u2019a donc pas à s\u2019acharner pour leur donner ce qu\u2019ils ne veulent pas.En réalité cette question de l\u2019amélioration du service ne vise qu\u2019à justifier une opération commandée essentiellement par le souci de réduire des dépenses de fonctionnement.481 La question de la rentabilité apparaît, compte tenu des enjeux en cause, comme un argument bien faible.Il est louable que la Société canadienne des postes cherche à réduire ses dépenses.Mais il est important de faire les économies aux bons endroits.Pour St-Clément, on parle d'une économie annuelle variant entre 9 000$ et 23 000$ selon les individus et évidemment les méthodes de calcul.Il s\u2019agit d'un montant insignifiant en regard du budget de la Société des Postes, des coûts inhérents au processus de fermeture et de centaines de millions de dollars utilisés en frais de représentation et de voyage par la haute fonction publique et les membres du gouvernement ou encore pour financer l\u2019aspect symbolique de l\u2019appareil gouvernemental.Il y a aussi de quoi s\u2019étonner que l\u2019on cherche à résorber un si mince déficit par la suppression d\u2019un emploi quand, par ailleurs, les gouvernements fédéral et provincial investissent par individu des montants nettement supérieurs à titre de subventions non remboursables pour créer des emplois, ou encore pour de la formation professionnelle dans le but d\u2019obtenir de l\u2019emploi.Que dire aussi des centaines de millions de dollars investis annuellement dans une pléiade d\u2019organismes voués à la création d\u2019emplois.Dans la mesure où le bureau de poste apparaît comme un service essentiel, la notion de rentabilité devrait être reléguée au second plan.D\u2019une part les citoyens de St-Clément payent des taxes comme tout le monde et ont droit aux mêmes services essentiels que tous les autres Canadiens.Par ailleurs, même s\u2019ils étaient en déficit par rapport à ce qu\u2019ils reçoivent globalement de l\u2019État, le problème ne devrait pas non plus se poser.Dans ce cas c\u2019est au nom de la solidarité nationale qu\u2019il faut agir.Les mécanismes de redistribution de la richesse collective doivent jouer en fonction de toutes les infrastructures gouvernementales de base, peu C'est au nom de la solidarité nationale qu'il faut agir.482 importe leur localisation.À cet égard, il n\u2019y a surtout pas lieu de discriminer à l\u2019encontre des moins favorisés.Il ne faut pas perdre de vue que les ruraux contribuent au financement des musées, salles de spectacles, équipements de loisir et infrastructures de transport du monde urbain sans en être les bénéficiaires.La perspective du développement régional Dans une perspective de stabilisation du peuplement et de développement socio-économique, il est essentiel d\u2019assurer le maintien des services de base.Compte-tenu de la liberté de choix du lieu de séjour que permettent maintenant les moyens modernes de communication, ces derniers ont même tendance à être un prérequis à l\u2019implantation de nouveaux foyers en plus évidemment d\u2019influer sur la rétention des personnes déjà en place.En tant qu\u2019éléments structurants des collectivités locales, les bureaux de postes du monde rural jouent un rôle essentiel comme facteur de développement.Leur disparition ou la diminution des services offerts ne peuvent faire autrement que contribuer à la déstructuration en cours et ce tout particulièrement dans des espaces comme la MRC Les Basques, où la décroissance démographique est devenue un phénomène généralisé.Alors que le monde rural tend à se mobiliser pour éviter son dépeuplement et que des organismes gouvernementaux cherchent à susciter des formes d\u2019autodéveloppement, la démarche de Poste-Canada vient s\u2019inscrire à l\u2019encontre de tous les efforts accomplis.Cela apparaît d\u2019autant plus illogique qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un organisme paragouvernemental ayant pour fonction de contribuer à la qualité de vie de tous les Canadiens.Cette situation illustre les incohérences et les contradictions qui existent dans 483 l'appareil gouvernemental en regard du développement régional.La théorie du développement local promue tant à Québec qu\u2019à Ottawa et qui tend à rendre les populations locales responsables de leur propre développement, implique qu\u2019elles puissent établir ou tout au moins identifier les conditions favorisant l\u2019amélioration de leurs conditions de vie.Le maintien des services existants est considéré partout comme le minimum requis pour susciter la croissance démographique et l'activité économique.Évidemment, les bureaux de poste font partie de ces services.Dans le contexte actuel, il serait donc normal que les actions de Poste Canada s\u2019inscrivent dans le sens des besoins des milieux desservis.Si la Société des postes se sent incapable d\u2019agir ainsi en fonction de son mandat, il appartient alors aux autorités gouvernementales de prendre les mesures appropriées pour qu\u2019une telle situation soit corrigée.Le maintien des services existants est considéré partout comme le minimum requis pour susciter la croissance démographique et i activité économique.Le développement local qui s\u2019appuie sur toutes les ressources du milieu et sur la solidarité régionale et nationale, n\u2019a plus aucun sens si les grands organismes d\u2019État chargés de la gestion de sphères particulières de la vie socio-économique ignorent complètement les préoccupations, les besoins et les orientations des communautés qu\u2019ils desservent et vont même à contre-sens du cheminement requis.L\u2019expression «accompagnateur du développement» utilisée par le gouvernement du Québec dans sa dernière politique de développement régional devrait au moins entraîner des gestes conséquents de la part de l\u2019État.L\u2019attitude d\u2019organismes comme Poste-Canada qui exercent leur mission en ignorant les besoins et les objectifs des milieux desservis amène des interrogations sur le sens que devrait prendre la décentralisation gouvernementale.Comment procéder pour que ces organismes qui opèrent de façon sectorielle sans préoccupation territoriale tiennent compte des pro- 484 Au lieu de chercher à fermer le bureau de poste de St-Clément, il faudrait envisager de le rendre plus efficace en matière de développement.grammations locales et régionales?Sans savoir exactement quelle forme prendrait cette décentralisation, on peut néanmoins présumer qu\u2019elle risque d\u2019exclure les organismes d\u2019Etat.Il va donc falloir inventer des mécanismes pour éviter qu\u2019une telle situation se produise.Il est en effet inadmissible que des organismes, qui dans leur fonctionnement quotidien ne répondent à toutes fins pratiques qu\u2019à eux-mêmes, puissent nuire aux efforts de développement de la population.Comme on peut le constater, le problème du bureau de poste de St-Clément n\u2019est pas qu une banale affaire de gestion interne d\u2019une entreprise gouvernementale.Il s\u2019inscrit dans un large contexte qui déborde le cadre de St-Clément et concerne un vaste espace rural en voie de déstructuration.C\u2019est par rapport à 1 ensemble de la problématique de développement que la question doit être analysée.Ses grands paramètres orientent les interventions vers une consolidation et un renforcement des services existants plutôt que vers leur démantèlement.Au lieu de chercher à fermer le bureau de poste de St-Clément, il faudrait envisager de le rendre plus efficace en matière de développement.Si on estime qu\u2019il n\u2019y a plus assez de population à desservir pour payer un employé à plein temps, on pourrait songer à compléter la tâche de ce dernier par l\u2019adjonction de d\u2019autres services gouvernementaux.Évidemment, la segmentation actuelle de l\u2019appareil gouvernemental ne favorise pas un tel procédé.Néanmoins, l\u2019efficacité administrative profiterait beaucoup d\u2019une plus grande cohérence et d\u2019interrelations accrues chez les organismes gouvernementaux.Conclusion La politique de fermeture des bureaux de poste ruraux contribue à illustrer toute 1 incohérence qui existe au niveau des instances gouvernementales dans le domaine du développement 485 régional au pays.Pendant que les organismes locaux et régionaux, avec l\u2019encouragement du gouvernement provincial, luttent d\u2019arrache-pied pour consolider et renforcer leur faible potentiel de développement, un organisme du gouvernement fédéral oeuvre à contre-sens en contribuant à l\u2019affaiblissement d\u2019une infrastructure de services indispensables.Pourtant les gouvernements provincial et fédéral ont signé une entente auxiliaire de développement en 1988 au coût de 820 millions de dollars dans le but d'améliorer les conditions de vie dans toutes les régions de la province.Un des objectifs de l\u2019entente cherche particulièrement à: «favoriser l\u2019harmonisation des programmes et autres actions des deux gouvernements visant le développement économique des régions du Québec».Une des annexe de cette même entente établit même les «modalités de participation des organismes municipaux au programme-cadre de renforcement des infrastructures économiques».Il faut croire que cette annexe ne s\u2019applique pas dans les cas où il s\u2019agit de faire disparaître des infrastructures existantes.L\u2019entente de développement arrive maintenant à ternie et environ 50% seulement des montants d\u2019argent disponibles pour I\u2019Est-du-Qué-bec ont été dépensés.N\u2019y aurait-il pas lieu dans ces circonstances d\u2019y recourir pour maintenir des services en place?Malgré les difficultés qu\u2019il rencontre, le monde rural va continuer d\u2019exister, parce que l\u2019ensemble de la collectivité en a besoin et aussi parce qu\u2019il y aura toujours des gens qui voudront y vivre.Il y aurait donc intérêt pour tous à en faire un milieu de vie dynamique et intéressant plutôt qu\u2019un espace marginalisé et anémié.Bibliographie Bureau de la Statistique du Québec, Statistique régionales, le B as-St-Laure ni, Québec, 1990.Il y aurait donc intérêt pour tous à en faire un milieu de vie dynamique et intéressant plutôt qu\u2019un espace marginalisé et anémié.486 Bureau du coordonnateur fédéral du développement économique, Secrétariat aux affaires intergouvemementales canadiennes du Québec et Office de planification et de développement du Québec, Entente auxiliaire Canada-Québec sur le développement économique des régions du Québec, Approvisionnement et Services Canada, 1988, 60 pages.Statistique Canada, Recensement Canada, 1961, 1966, 1971, 1976, 1981, 1986 et 1991, Ottawa.487 Le débat sur les langues: le premier choc, le 21 janvier 1793 IM ¦ ™ ous avons cet honneur de ne devoir qu \u2019à nous-mêmes les droits officiels de notre langue.» Ainsi s\u2019exprimait l\u2019abbé Lionel Groulx, dans une conférence portant sur les droits du français, le 12 avril 1916, et publiée par LE DEVOIR.Le célèbre historien faisait référence au premier débat sur les langues, qui a eu lieu dès l\u2019ouverture des travaux parlementaires du premier parlement québécois, il y a tout juste 200 ans.La question de la langue aux débuts du régime parlementaire a aussi été traitée longuement par plusieurs autres commentateurs, dont l\u2019historien et politicien Thomas Chapais, dans la revue Le Canada Français, en octobre 1918.Dans le récent et magnifique livre-album, Québec 1792, l\u2019historien et ancien parlementaire, Denis Vaugeois, aborde aussi cette question, aussi névralgique aujourd\u2019hui qu\u2019il y a 200 ans.Élu en 1792, le premier Parlement comptait 50 députés, soit 35 Canadiens et 15 Anglais, avec un quorum de 34.La séance inaugurale a lieu le 17 décembre 1792.Le débat sur la langue était inévitable (tel qu\u2019immortalisé par le célèbre tableau de Charles Huot, qui orne l\u2019Assemblée nationale).Le choix de l\u2019orateur (Jean-Antoine Panet, député de la haute ville de Québec) avait fourni une première occasion d\u2019aborder la question.La tenue des procès-verbaux avait évidemment ramené le sujet.L\u2019affaire traînait, relate M.Vaugeois.^ Gilles Lesage, Editorialiste, Le Devoir «Nous avons cet honneur de ne devoir qu'à nous-mêmes les droits officiels de notre langue.» 488 Il lui semble essentiel que seul le texte anglais soit considéré comme légal.Les institutions parlementaires du Bas-Canada fonctionneront en anglais et en français.Tout est traduit.Le 21 janvier 1793, une proposition de «bilinguisme» était amenée devant les députés.Un député de tendance loyaliste accroche le grelot.John Richardsop veut bien que le journal soit tenu en anglais et en français mais, afin de préserver cette unité de langue légale indispensablement nécessaire dans l\u2019Empire, il lui semble essentiel que seul le texte anglais soit considéré comme légal.À son avis, touchant le statut linguistique, une législature subordonnée n\u2019est point compétente, façon polie de rappeler aux députés qu\u2019ils siégeaient dans une assemblée «coloniale», donc dépendante.À vrai dire, le Canada était devenu une colonie britannique sans que jamais les autorités ne tranchent la question de la langue.Bien entendu, tous les actes émis par Londres l\u2019avaient été en anglais.Mais ils avaient toujours été publiés accompagnés d\u2019une version anglajée.Depuis 1760, les Canadiens réclament constamment qu\u2019on s\u2019adresse à eux dans leur langue.Ce fait français tenace et persistant heurte les loyalistes, rappelle M.Vaugeois.Ce n\u2019est donc pas un hasard si un loyaliste réclame une seule langue officielle.Richardson ne remet pas en question l\u2019usage des deux langues.Il est assez réaliste pour admettre que c\u2019est inévitable.La question est plutôt de savoir si une langue aura primauté sur l\u2019autre.L\u2019une devrait être officielle et l\u2019autre, langue de traduction.Une situation de fait favorisait le français depuis 1763, mais il n\u2019avait pourtant aucun statut de droit.Le débat dura trois jours à la Chambre et jusqu\u2019au début de mai dans les journaux.La Chambre accepta finalement que les textes soient «mis dans les deux langues», étant entendu que chaque député pouvait présenter une motion dans la langue de son choix, laquelle serait traduite pour être «considérée dans la langue de la loi à laquelle ledit bill aura rapport».Ce qui signifie: en français pour les lois qui se réfèrent aux lois civiles, en anglais pour 489 celles qui se réfèrent aux lois criminelles ou à la religion protestante.Londres ne tranchera jamais vraiment, conclut M.Vaugeois.Les institutions parlementaires du Bas-Canada fonctionneront en anglais et en français.Tout est traduit.Pour sa part, dans sa cinquième conférence sur nos luttes constitutionnelles, Groulx écrit en 1916: «L'intention (de la minorité anglaise au nouveau Parlement) était donc bien manifeste: rabaisser la langue de la majorité au rang de langue vassale, et la mettre ainsi, avec le temps, à la porte du parlement et des tribunaux.Tant mieux: dans ces conditions, le débat ne pouvait qu\u2019être émouvant et libérateur.Pour leur coup d\u2019essai, nos premiers parlementaires durent se hausser à un coup de maître, et l\u2019éloquence canadienne s\u2019éleva dès le premier jour à la grandeur dramatique.«Ah! Mesdames, Messieurs, que ne puissions-nous reconstituer la psychologie de ces vieux parlementaires de 1792, revivre avec eux l\u2019intense émoi qui dut les étreindre au moment de l\u2019agression brutale, alors que la réalité du duel jusque là latente se dévoila dans sa poignante acuité!.Ce jour-là, ils ont livré et gagné, n\u2019en doutons point, la bataille décisive.Déchue de ses droits officiels, notre langue n\u2019eût plus eu assez de prestige pour ne pas tomber au rang des langues moribondes.Ces parlementaires ont posé pour toujours en ce pays le principe du dualisme national et, par eux, la race toute entière affirma son irrévocable volonté de ne pas donner sa démission.«Chevaleresque comme toujours, poursuit Groulx, la majorité française n\u2019abusa point de sa force.La victoire n\u2019en fut pas moins complète.La Chambre rejeta l\u2019amendement Richardson par 25 voix contre 13.Ne vous attendez point cependant à une abdication du parti anglais.Pendant trente ans, il va se livrer aux oeuvres souterraines et préparer, avec la com-'plicité des autorités impériales, la commotion Ce jour-là, ils ont livré et gagné, n'en doutons point, la bataille décisive.49» Notre langue sortait de ce grand débat honorée et fortifiée, commente M.Chapais.de 1822.» Groulx conclut ainsi ces conférences constitutionnelles.«.Puisque la liberté chez nous ne fut pas un don mais une conquête, finissons-en une bonne fois pour toutes avec cette imposture historique d\u2019une Angleterre libérale et maternelle qui nous aurait traités en enfants gâtés de son empire.» De son côté, Thomas Chapais écrit en 1918 que les deux langues sortirent du débat de janvier 1793 sur un pied d\u2019égalité et toutes deux décrétées langues officielles.La distinction entre les deux catégories de lois, quant à leur texte légal, suivant qu\u2019elles relevaient du droit criminel ou du droit civil, pouvait paraître singulière; mais elle s\u2019appuyait sur la très réelle différence d\u2019origine et de langue des deux parties de notre droit, et fournissait à nos représentants un excellent point d\u2019appui.«Notre langue sortait de ce grand débat honorée et fortifiée, commente M.Chapais.Elle avait subi le baptême du feu.Elle s\u2019était affirmée comme langue parlementaire.Elle avait reçu son intronisation officielle.Et l\u2019ardeur de la bataille qui s\u2019était terminée par sa victoire donnait à celle-ci plus de rayonnement et plus d\u2019éclat.» Par contre, fait ressortir Chapais, Londres refusa de reconnaître une langue autre que la langue anglaise, à titre de texte légal de la législation d\u2019une colonie britannique; mais il admettait l\u2019existence du bilinguisme pratique.De tout ceci, il faut toutefois conclure avec l\u2019historien que, sous le régime inauguré en 1791, la langue officielle du Parlement québécois fut légalement la langue anglaise; le texte de la loi est anglais, et la langue dans laquelle s\u2019exprime le représentant du Roi est anglaise.Et le débat se poursuit De façon périodique, on le sait, avec plus ou moins de virulence selon les époques, le débat sur la ou les langues refait surface.Ainsi, en 491 août 1977, la loi 101, dite Charte de la langue française, consacrait la langue française comme langue de la législation et de la justice.Les lois et les règlements, prévoyait le projet du Dr Camille Laurin, seront rédigés en français et n'auront de caractère officiel que dans cette langue.Toutefois, une version anglaise des projets de loi, des lois et des règlements sera imprimée et publiée par l\u2019administration.Toutefois, le 13 décembre 1979, la Cour suprême du Canada invalidait l\u2019ensemble du chapitre III de la Charte touchant la langue de la législation et de la justice.La Cour confirmait ainsi les décisions rendues en 1978 par la Cour supérieure et par la Cour d\u2019appel, à l\u2019unanimité.Le chapitre III était incompatible avec l\u2019article 133 de la loi constitutionnelle de 1867, imposant le bilinguisme officiel aux Chambres d\u2019Ottawa et de Québec.Décembre 1979, donc, l\u2019Assemblée nationale dut siéger d\u2019urgence et toute une nuit pour adopter rétroactivement la version anglaise de toutes les lois adoptées à Québec en français seulement depuis août 1977.Après 200 ans, fin du débat de la langue au Parlement québécois?Débat de la langue au Parlement québécois?492 Jules Bélanger ^\tEn Gaspésie, comme partout ailleurs, la qualité du français dégringole Généralement, celui qui écrit mal ne maîtrise pas mieux î expression orale.\t11 y a quelques armées à peine, tout le monde n\u2019admettait pas le fait de la détérioration du français écrit.Bon nombre d\u2019optimistes soutenaient que les nouvelles méthodes d\u2019enseignement allaient bientôt faire connaître leurs résultats et effacer dans les esprits chagrins le mauvais souvenir d\u2019une crise de la langue écrite.Aujourd\u2019hui, on le constate de façon plutôt unanime: le français écrit se détériore lamentablement.Et qu\u2019est-ce à dire précisément?C\u2019est-à-dire qu\u2019un nombre de plus en plus grand de diplômés de nos écoles secondaires sont incapables d\u2019écrire en français avec ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler un minimum décent de correction.Les chantres de l'adaptation à tout prix prétendent que pour évoluer vraiment avec la civilisation, pour s\u2019adapter à son époque, il faut admettre que ce minimum décent de correction ne soit pas le même aujourd\u2019hui qu\u2019hier, la société ayant connu une importante permutation des valeurs.Qu'à cela ne tienne! Le besoin de communiquer par écrit demeure et la compétence pour y répondre décroît sans cesse.Le besoin de s\u2019exprimer est profondément humain et, généralement, celui qui écrit mal ne maîtrise pas mieux l\u2019expression orale.Apprendre à écrire, c\u2019est apprendre aussi à lire, à penser, à exposer ses idées, à argumenter, à convaincre.Notre système de promotion scolaire rend-il service à la société en décernant des diplômes 493 aux écoliers ne sachant pas écrire convenablement leur langue maternelle?Notre système rend-il alors service aux écoliers eux-mêmes?Ne serait-il pas préférable pour ces individus et pour la société dont ils font partie qu\u2019on leur refuse un tel diplôme afin de les amener ainsi à consacrer plus d\u2019efforts ou plus de temps à l\u2019acquisition d\u2019un art indispensable dans notre contexte social?Le diplôme de fin d\u2019études secondaires habilite officiellement l\u2019écolier à s\u2019inscrire aux études collégiales.Si ce diplômé ne maîtrise pas suffisamment la langue, le voici aux prises avec de décourageantes difficultés.Il comprendrait peut-être bien telles données de philosophie, de physique, d\u2019histoire ou de mathématiques mais, malheureusement, il n\u2019en perçoit pas l\u2019énoncé tel que formulé en français.Il a de sérieux problèmes de lecture.Cet écolier a été induit en erreur: on lui a décerné un diplôme lui ouvrant les portes du Collège mais il n\u2019a pas la préparation qu\u2019il faut pour aller plus loin que le bureau d\u2019inscription du Collège.Il est malheureux.De plus, son malheur entraîne un préjudice pour ses confrères capables de poursuivre leurs études.Autant par la force d\u2019inertie que par celle de la sympathie, là où il se trouve, la marche du cours se ralentit.C\u2019est la dilution, l\u2019accommodement nuisible à l\u2019ensemble, l\u2019incitation constante au ramollissement et la dispensation de cours à rabais.Tout cela parce que l\u2019instrument de base, la langue de communication, fait défaut.Quoi faire?Il faut exiger de la part du grand responsable de l\u2019éducation publique au Québec un vigoureux coup de barre redonnant à l\u2019étude du français l\u2019efficacité qu\u2019on est en droit d\u2019en attendre.Concrètement, s\u2019il faut gruger dans l'horaire prévu pour d\u2019autres matières, qu\u2019on y gruge! S\u2019il faut prolonger les études secondaires, qu\u2019on les prolonge! S'il faut muter des Il faut un vigoureux coup de barre pour redonner à l étude du français /\u2019 efficacité qu\u2019on est en droit d'attendre.494 professeurs ne sachant pas suffisamment écrire, qu\u2019on les mute! Et si l\u2019on veut que les diplômes signifient plus qu\u2019une persévérance à l\u2019école, qu\u2019on mette fin à leur distribution pratiquement automatique! Or, qui peut obtenir du ministère de l\u2019Éducation ce coup de barre nécessaire?Ce sont surtout les parents, parce qu\u2019ils sont nombreux et qu\u2019ils ont tous le droit de vote aux quatre ans.Au surplus, ils ont maintenant leurs comités officiels.Mais, parleront-ils assez fort?Il a fallu attendre que le degré de pollution fut très avancé sur la terre, dans la mer et dans l\u2019air avant d\u2019assister à l\u2019actuelle levée de boucliers revendiquant la protection et l\u2019assainissement de notre environnement physique.Le degré de pollution de notre langue écrite peut-il actuellement justifier une action, une réaction massive ou soutenue?Bien sûr! De même qu\u2019un peuple refuse de mourir d'asphyxie, il doit s\u2019opposer avec autant de vigueur à son extinction par agnosie.C\u2019est une question de souffle et de vie pour le peuple québécois.495 Principales préoccupations démographiques sur l'avenir du Québec ^ Liane Bélanger Département de démographie Université de Montréal Introduction La population du Québec totalise 7 116 288 personnes au recensement de 1991* dont 10,8% est âgée de 65 ans et plus.Seules l\u2019Alberta (9,1 %) et Terre-Neuve (9,7 %) présentent une part inférieure d\u2019aînés.Par ailleurs, trois provinces dépassent déjà le cap des 13 %: soit l\u2019île-du-Prince-Édouard (13,2%), le Manitoba (13,4 %) et la Saskatchewan (14,1 %).Des données provisoires nous indiquent également que le niveau des naissances (97 500) et des décès (49 300) s\u2019est maintenu par rapport à 1990 quoique l\u2019accroissement naturel ait quelque peu diminué (de 7,29%e à 6,77%o).Néanmoins, un solde migratoire positif (+31 249) en hausse par rapport à l\u2019année précédente (+25 807) permet d\u2019obtenir un accroissement total de ll,2%o, très voisin de celui enregistré en 1990 (ll,l%o).C\u2019est grâce à l\u2019apport des immigrants internationaux (+43 508) qu\u2019on arrive à contrer l\u2019effet négatif des migrations interprovinciales (-12 259).Bonne nouvelle également en ce qui a trait à la fécondité: poursuivant sa hausse depuis 1987, l\u2019indice synthétique de fécondité (ISF)1 2 des Par respect pour l'auteurc, nous reproduisons cet article public en janvier avec un nombre d\u2019erreurs inhabituel pour notre revue.Puissent i auteurc et nos abonnes nous pardonner nos fautes.1.\tDonnée corrigée du recensement par le Bureau de la Statistique du Québec (BSQ).2.\tL\u2019ISF est une mesure transversale qui représente la descendance qu'atteindrait une femme si, au cours de sa vie, elle avait le comportement reproductif des femmes des générations en âge de procréer, une année donnée.496 Québécoises serait passé de 1,64 en 1990 à 1,67 en 1991.Chaque année, divers organismes gouvernementaux prennent le soin d\u2019estimer l\u2019évolution de la population car l\u2019avenir de la société québécoise est intimement lié à sa démographie.Notre fécondité est encore trop faible pour assurer à elle seule le renouvellement de la population.Ainsi, nos effectifs pourraient décroître au cours du siècle prochain.Parallèlement à ce phénomène, la baisse de la fécondité et les gains enregistrés sur la mortalité ont entraîné un vieillissement de la structure par âge qui prendra des proportions de plus en plus importantes au fur et à mesure que les générations du baby-boom accéderont à un âge avancé.Dans un tel contexte, l\u2019immigration internationale pourrait jouer un rôle grandissant pour combler certaines des lacunes démographiques de la population québécoise.Tous ces changements exigeront évidemment des modifications des structures sociales actuelles.C\u2019est pourquoi il importe de connaître l\u2019évolution de la population et des facteurs qui lui sont associés pour mieux saisir les différentes voies qui s\u2019offrent à nous et ainsi planifier un futur enviable.Quatre asnects de la démographie québécoise sont traités dans le présent texte3.Dans un premier temps, nous présentons les grandes tendances de la population, à savoir quelle est l\u2019évolution récente des divers phénomènes démographiques et de quelle façon influencent-ils notre avenir?Deux phénomènes retiennent ensuite notre attention puisque leur rôle dans l\u2019évolution de la population est si déterminant.Il s\u2019agit de la fécondité et de l\u2019immigration internationale.D\u2019une part, l\u2019organisation sociale fa- 3.L\u2019auteure remercie Jacques Légaré, Nicole Marcil-Gratton et Yves Carrière pour leurs commentaires sur la première version de ce texte.497 vorise-t-elle les naissances?D\u2019autre part, quel est l\u2019impact de l'immigration internationale sur la tendance démographique et quel rôle la population d\u2019accueil peut-elle jouer?Enfin, le dernier thème couvre le vieillissement de la population, conséquence de la conjoncture démographique passée et actuelle.Devrait-on envisager nos vieux de demain en basant nos observations sur les aînés d\u2019aujourd\u2019hui?Sur chacun des thèmes, une réflexion s\u2019impose pour mener à bien tout changement jugé nécessaire.1.Les grandes tendances de la population Au 1er janvier 1991, on estimait la population du Québec à 6 811 800 personnes comparativement aux 6 739 600 de l\u2019année précédente (tableau 1).Trois phénomènes sont directement responsables de l\u2019évolution d\u2019effectifs observée d\u2019une année à l\u2019autre: les naissances, les décès et les migrations.Tableau 1 Profil démographique du Québec de 1989 à 1991.\t1989\t1990\t1991 Population\t\t\t au 1er janvier\t6 672 000\t6 739 600\t6 811 800 Naissances\t92 751\t98 013\t97 500p Décès\t48 336\t48 651\t49 300p Taux d\u2019accroissement\t\t\t naturel\t6,5%o\t7,29%o\t6,77%o pc Migration nette\t+ 23 509\t+ 25 807\t+ 31 249 Taux d\u2019accroissement\t\t\t total\t10,0%o\t1 l,l%o\t11,2%o pc Poids du Québec\t\t\t dans le Canada\t25,5 %\t25,4 %\t26,1 % c c:\tdonnée corrigée du recensement par le BSQ p:\tdonnée provisoire du BSQ Source: Duchesne (1992) et BSQ (données non publiées).498 Faut-il encore que ces femmes jouissent de structures sociales favorisant la maternité.Dans une société comme la nôtre, les naissances sont tributaires non seulement de la structure de la population mais aussi de la conjoncture sociale.Ainsi, ne sutfit-il pas qu\u2019une population comporte des femmes en âge de procréer, mais faut-il encore que ces femmes jouissent de structures sociales favorisant la maternité: conjoints et emplois stables, garderies subventionnées, etc.De 1979 à 1987, le nombre annuel de naissances au Québec connaît une décroissance continuelle passant de 99 893 à 83 600.Si la tendance se renverse depuis 1988, les 97 500 naissances que l\u2019on compte en 1991 ne rejoignent toujours pas le niveau atteint en 1979.Ceci est d\u2019autant plus significatif que «le nombre de jeunes femmes qui accéderont aux principaux âges de reproduction diminuera considérablement dans quelques années, ce qui amènera, à fécondité égale, une baisse importante du nombre de naissances.» (Duchesne, 1992:24) À l\u2019instar des naissances, les décès varient en fonction de la composition de la population.Ainsi, une population vieillissante verra son nombre de décès augmenter d\u2019année en année.On dénombre provisoirement 49 300 décès au Québec en 1991, soit déjà 649 de plus qu\u2019en 1990.Néanmoins établi à 7,2%o depuis cinq ans, il est peu probable que le taux de mortalité dépasse cette valeur en 1991.La différence entre les naissances et les décès représente l\u2019accroissement naturel de la population.En 1991, le taux d\u2019accroissement se situe à 6,77%o, soit quelque peu en deçà du niveau de 1990.Mais l\u2019accroissement naturel ne constitue qu\u2019une partie de l'accroissement total de la population qui tient compte également du solde migratoire tant au niveau international qu\u2019au niveau interprovincial.À ce sujet, on observe un changement des tendances tout récent: d\u2019un phénomène qui s\u2019est avéré le plus 499 souvent négatif depuis 1971, la migration nette est demeurée positive depuis 1985.En 1991, son niveau atteint 31 249 soit 5 442 de plus qu\u2019en 1990.Conséquemment, le Québec connaît son accroissement total le plus élevé depuis 1965 avec 79 449 ajouts auxquels correspond un taux de 11,2%o.L\u2019accroissement total de la population n\u2019est pas sans intérêt puisqu\u2019il détermine le poids du Québec dans le Canada.Longtemps maintenu aux environs de 29 % entre 1941 et 1966, celui-ci dimjmte^amiijiüellement dès lors, de sorte que le Québec ne représente plus en 1991 que 25,3 % ou 26,1 % de la population totale du Canada selon qu\u2019on utilise les données du recensement ou du BSQ.Le Québec ne représente plus en 1991 que 25,3 % ou 26,1 % de la population totale du Canada.La structure par âge et par sexe Les données corrigées du recensement de 1991 nous indiquent que les personnes âgées de 0 à 14 ans représentent 20 % de la population totale et les 65 ans et plus, 11 %.Le rapport de dépendance^ soit le poids de ces deux populations par rapport à la population d\u2019âge actif, s\u2019établit à 0,453 en 1991 comparativement à 0,44 en 1981 et 0,70 en 1961 (compte tenu des nombreux jeunes issus du baby-boom).Avec le temps, on peut s\u2019attendre à ce que le rapport de dépendance augmente étant donné le vieillissement inévitable de la population.En terme de composition par sexe, le Québec compte 96 hommes pour 100 femmes de tous âges.Chez les plus jeunes cette tendance s\u2019inverse étant donné les naissances de garçons plus nombreuses.On retrouve donc 105 garçons pour 100 filles chez les gens âgés de 0 à 14 ans.Aux âges avancés, par contre, la population féminine dépasse largement la population masculine.Ainsi, on dénombre 47 % plus de femmes que d\u2019hommes chez les gens âgés de 65 ans et plus.Ce rapport s\u2019accentue avec l\u2019âge pour atteindre 83 % chez les 75 ans et plus! 500 Perspectives La population du Québec est-elle appelée à diminuer dans un avenir rapproché?En réponse à cette question, le BSQ établit des projections de population à partir de différents scénarios qui essaient d\u2019englober les diverses possibilités d\u2019évolution de la fécondité, de la mortalité et des migrations au Québec.Une publication récente présente des projections de la population québécoise de 1986 jusqu\u2019à 20464.La population en début de période (1986) a été révisée à l\u2019aide de fichiers administratifs provinciaux de sorte qu\u2019elle s\u2019établit à 6 750 000 personnes plutôt que les 6 540 000 du recensement.Trois scénarios que l\u2019on qualifie aussi de moyen, faible et fort, retiennent notre attention au tableau 2.Le scénario A base son hypothèse de fécondité sur les indices synthétiques de fécondité (ISF) observés de 1986 à 1989 où il atteint 1,50 enfant par femme et maintient ce niveau jusqu\u2019en fin de période.La mortalité correspond à une espérance de vie à la naissance de 77,02 ans chez les hommes et 83,29 ans chez les femmes, niveaux qui s\u2019atteindraient en 2011.Quant à l\u2019hypothèse de migration, le scénario A suppose un solde migratoire positif de 9 500 tout au long de la période, ce qui s\u2019apparente à la moyenne observée entre 1984 et 1989.Le scénario D, dit faible, se différencie de A par ses hypothèses de fécondité et de migration.Ainsi, on fait graduellement diminuer l\u2019ISF de 1,50 en 1989 à 1,25 enfant par femme en 1992, niveau qui sera ensuite maintenu jusqu'en 2046.D\u2019autre part, le solde migratoire passe d\u2019un gain de 9 500 personnes à une perte moyenne annuelle de 4 000 personnes à partir de 1991.4.Bureau de la Statistique du Québec (1990).501 Tableau 2 Synthèse des hypothèses de projection et des résultats.Scénario\t\tHypothèses\t\tDébut de la\tPopulation \tMortalité e0\tFécondité I.S.F.\tSolde migratoire\t(année)\t2046 (000 000) A\tEn 2011 h= 77,02 f= 83,29\tEn 1989 1.50\t+ 9 500\t2018\t6,78 D\tA*\tEn 1992 1.25\t-4 000\t2001\t5.4 E\tA*\tEn 1992 1,80\t+23 400\t2 032\t8.5 F\tA*\tA\t0\t2011\t5,9 G\tA*\tEn 1996 2,10\tA*\t\u2014\t8,7 H\tA*\tA*\t+ 23 400\t2023\t7.5 I\tEn 1991 h= 73,05 f= 80,24\tA*\tA*\tn.d.\t6,4 eQ:\tespérance de vie à la naissance A*:\tfait référence à la même hypothèse qu\u2019au scénario A Source: BSQ (1990).Enfin, le scénario E est dit fort parce qu\u2019il suppose un ISF de 1,80 enfant par femme dès 1992 qui se maintient par la suite et un solde migratoire positif de 23 400 personnes dès 1991.L'hypothèse de mortalité du scénario A est conservée pour les scénarios D et E.Le graphique 1 nous donne une image globale de l\u2019impact de la combinaison de ces différents scénarios sur l\u2019effectif total de la population.On observe que la population pourrait commencer à décroître dès le tournant du siècle avec le scénario D.D\u2019un maximum de 7 077 550 personnes en 2001, la population cumulerait une perte de 50 000 personnes au cours de la première décennie, soit 7 027 593 personnes en 2011.Cette lente décroissance camoufle toutefois un mouvement plus sérieux, ainsi: «À cause du rétrécissement de la base de la pyramide des âges, la structure de la popula- Le Québec est engage dans un processus de décroissance naturelle irréversible.502 Graphique 1 Population selon sept scénarios, Québec, 1986-2046 Source: Bureau de la Statistique du Québec (1990).tion est telle que le Québec est engagé dans un processus de décroissance naturelle irréversible.Sous la poussée de l\u2019augmentation des décès, la décroissance est de plus en plus rapide même si le solde migratoire redevient positif avec le temps.» (BSQ, 1990:79) Aussi, n\u2019observe-t-on pas en fin de période qu'une population totale de 5,4 millions équivalente à ce qui s\u2019observait en 1956.Le scénario A n\u2019empêche pas cette décroissance démographique, il ne fait que la repousser.Ainsi, c\u2019est en 2018 qu\u2019elle s\u2019amorce après avoir atteint un effectif maximal de 7,6 millions de personnes.En 2046, la population du Québec s\u2019apparente à celle de 1986, soit 6,78 millions de personnes.503 Les résultats du scénario E semblent plus optimistes.On se retrouve en fin de période avec une population de 8,5 millions dont la décroissance s\u2019est amorcée vers l\u2019an 2032.De toute évidence, ces scénarios ne permettent pas d\u2019éviter une décroissance de la population québécoise à court ou moyen terme.Même une fécondité de l\u2019ordre de 1,8 enfant par femme jumelée à un solde migratoire optimiste n\u2019en viennent pas à bout! Une fois les hypothèses réalistes exploitées, on peut s\u2019amuser à créer des scénarios pour mesurer l\u2019impact des différentes composantes sur l\u2019évolution des effectifs totaux.C\u2019est ce que le BSQ a accompli avec les scénarios F, G, H et I.Le scénario I mesure l\u2019impact de l\u2019hypothèse de mortalité.Ainsi le niveau prévu de 1991 est maintenu sur toute la période plutôt que l'allongement de la vie prévu au scénario A.Cette hypothèse précipite donc certains des décès et entrave l\u2019accroissement démographique.On se retrouve en 2046 avec une population de 6 441 733, quelque peu inférieure à celle projetée avec le scénario A.Le scénario F montre l\u2019impact de la migration sur le scénario A.Il suppose un système fermé où toutes les migrations sont nulles tant au niveau provincial qu\u2019international.Par rapport à la courbe A, dont le gain migratoire annuel est de 9 500, la courbe F accuse un ralentissement de la croissance démographique de la population du Québec qui n\u2019est pas à négliger: ce scénario précipite de 7 ans le moment de la décroissance (en 2011) et aboutit à un effectif de 5 907 612 personnes en 2046.À l\u2019inverse, le scénario H propose un gain migratoire annuel plus élevé qu\u2019en A, soit 23 400 (vs 9 500).La fécondité est maintenue à un niveau réaliste où l\u2019ISF suppose 1,5 enfant par femme.La courbe H nous présente l\u2019impact positif de cet apport migratoire où la population atteint 7 480 757 personnes en 2046.Malgré 504 cela, on ne parvient toujours pas à éviter la décroissance qui survient en 2023, soit 5 ans après celle du scénario A.Enfin, seule la courbe G échappe, et ce de justesse, à la décroissance.Son scénario se distingue des autres par son hypothèse de fécondité qui atteint en 1996 le seuil de remplacement des générations avec un ISF de 2,1 enfants par femme.Ceci permet à la population de croître et atteindre 8 737 206 personnes en bout de période.Néanmoins, cette croissance se fait négligeable par moment et l\u2019accroissement naturel devient même négatif entre 2036 et 2046.Si ce scénario de croissance démographique peut sembler enviable à quelques uns, il demeure toutefois largement improbable lorsqu\u2019on sait que l\u2019ISF des Québécoises n atteignait que 1,67 enfant par femme aussi récemment qu\u2019en 1991.Les variables qu\u2019il nous est permis de contrôler directement sont tout de même limitées dans le domaine démographique.Avec la demande actuelle, une simple décision du gouvernement peut faire augmenter les entrées par immigration au niveau désiré.Par contre, leur influence sur la fécondité et la mortalité n'est pas aussi directe.Pour observer un changement du comportement reproductif des femmes en âge de procréer, nous verrons que ce sont des mesures indirectes au niveau du marché de l'emploi et de l\u2019infrastructure de notre société qui sont souhaitables et attendues.Quant à l\u2019amélioration des dernières années de vie, on doit se demander dans quelle direction la recherche biomédicale nous mène-t-elle?Doit-on privilégier l\u2019amélioration de la qualité de vie ou l'augmentation des années vécues en état d'incapacité?2.La fécondité au Québec: un choix difficile?Au cours de cette deuxième moitié de siècle, le visage de la fécondité au Québec a subi des 505 changements importants.L\u2019évolution de l\u2019indice synthétique de fécondité (ISF) au tableau 3 illustre bien ce phénomène.On se rappellera que cet indice est une mesure transversale qui représente la descendance qu\u2019atteindrait une femme si, au cours de sa vie, elle avait le comportement reproductif des femmes des générations en âge de procréer une année donnée.Ainsi, on observe que l\u2019ISF est passé de 3,99 enfants par femme en 1956 à 1,99 enfant par femme en 1971 et qu\u2019il a continué sa décroissance pour atteindre un plancher de 1,35 en 1987.Depuis, il accuse une remontée appréciable jusqu\u2019à 1,67 enfant par femme en 1991.Tableau 3 Évolution de l'indice synthétique de fécondité au Québec 1956 à 1990 Année\tI.S.F.1956\t3,99 1971\t1,99 1976\t1,81 1981\t1,62 1986\t1,36 1987\t1,35 1988\t1,42 1989\t1,50 1990\t1,64 199 lp\t1,67 p:\tdonnée provisoire non publiée du BSQ Source: Duchesne (1992) Toutefois, il y a plus de deux décennies que le seuil de remplacement des générations, soit de \\ ,2,1 enfants par femme, n\u2019a pas été atteint.Vu ^ les probabilités de naissances de chaque sexe et la mortalité féminine avant 15 ans, il faut la naissance de 2,1 enfants pour espérer compter la naissance d\u2019une fille qui se rendra à l\u2019âge de procréation.On considère qu\u2019il y aura rempla- 506 cement des générations si on compte au moins autant de naissances de filles que de femmes dans chaque génération.Le graphique 2, qui présente une image longitudinale de la fécondité soit la descendance finale atteinte par génération, indique que le seuil de remplacement a cessé d\u2019être rejoint autour de la génération 1943.Ce phénomène se maintient chez les générations subséquentes quoiqu\u2019on doive tenir compte du fait que les générations suivant 1945 n\u2019ont pas terminé leur période de procréation.L\u2019âge moyen à la maternité a aussi subi des changements importants.Entre 1950 et 1976, il a diminué rapidement passant de 29,6 ans à 27,3 ans.Depuis, il oscille entre 27,4 et 27,6.De plus, l\u2019examen de l\u2019évolution des taux de fécondité par âge nous indique que la période de reproduction s\u2019est concentrée entre les âges de 20 et 34 ans chez les Québécoises alors que cette période s\u2019étendait de 20 à 39 ans jusqu\u2019aux années 60.C\u2019est donc dire que 5 années ont en quelque sorte été retranchées de leur calendrier de fécondité.À prime abord, la faible fécondité des Québécoises est le résultat d\u2019un choix volontaire.On peut penser que l\u2019accès libéralisé à la contraception, à l\u2019avortement et à la stérilisation per- Graphique 2 Descendance finale atteinte par génération Québec Nombr» tf *nlane» par lamma Source: Duchesne (1991).507 met aux femmes de mieux contrôler leur fécondité ou leurs grossesses.Par contre, leurs choix sont tributaires de plusieurs circonstances et considérations qui ne sont pas indépendantes de la conjoncture sociale.Les couples, et en particulier les femmes, sont aux prises avec d\u2019importantes décisions lorsque vient le temps de concrétiser la maternité.Attendre le moment idéal pour «se lancer dans la famille» est devenu une notion de plus en plus répandue: avoir le conjoint propice et une relation qui semble durable, un emploi stable, des conditions financières suffisantes, le support social nécessaire pour articuler carrière et fécondité chez les unes, carrière et famille chez les autres.Il devient alors essentiel de se demander si les structures sociales favorisent un tel choix.Attendre le moment idéal pour «se lancer dans la famille» est devenu une notion de plus en plus répandue.Les relations de couples Le mariage a toujours constitué la principale forme d\u2019union conjugale au Québec.La participation limitée des femmes mariées au marché du travail, la sécurité émotive liée au mariage et la sécurité financière provenant de la stabilité d\u2019emploi du mari donnaient aux couples un cadre intéressant pour fonder une famille et favorisaient l\u2019avènement des naissances.Aujourd\u2019hui, plusieurs femmes accèdent à un niveau d\u2019éducation supérieur et exercent leurs connaissances dans un emploi rémunéré.Chez les femmes de 25 à 44 ans, le taux d\u2019activité s\u2019élève à 75,6 % en 1990 ce qui représente une augmentation considérable par rapport à 1976 (48,5 %).On peut penser que cette autonomie financière les mène vers une indépendance accrue vis-à-vis la sécurité du mariage.D\u2019ailleurs, l\u2019union libre est une forme d\u2019union conjugale dè~pTus en plus répandue au Québec (4,8 % de la population totale en 1981, 7,3 % en 1986 et 11,1 % en J991) tandis que le mariage connâîPùiie 508 diminution constante en nombre depuis 1976 (de 51 000 en 1976 à 32 000 en 1990).Or, si l\u2019union libre offre des avantages par rapport au mariage, on peut penser qu\u2019elle comporte par contre le désavantage d\u2019offrir moins de stabilité (à court terme du moins).Dans un tel contexte, les naissances seraient peut-être moins nombreuses même si la loi confère des droits semblables à tous les enfants quel que soit le type d\u2019union de leurs parents.La décision s\u2019avoir un premier enfant serait davantage soupesée (et probablement retardée) si l\u2019engagement des conjoints était hésitant.Ceci ne veut pas dire que les unions libres sont infécondes, bien au contraire.D\u2019ailleurs, la proportion d\u2019enfants nés en dehors des liens du mariage est en croissance depuis le milieu des années 70.En 1990, elle comportait 38 % des /s nai^anpfs an Qnéhpr.soit 13 % de plus qu\u2019en 1985.Chez les naissances de premier rang, c\u2019est presque 1 enfant sur 2 qui naît de parents non mariés en 1990.Quant au mariage, il n\u2019est plus le gage de stabilité à long terme qu\u2019on lui conférait jadis.Les séparations de couple et les divorces sont devenus monnaie courante aujourd\u2019hui.Au Québec, on observe une augmentation annuelle du nombre de divorces depuis 1986, année où une nouvelle loi en a facilité l\u2019obtention.Si bien qu\u2019en 1990, on enregistre un total de 20 398 divorces contre 32 059 mariages.Cette année-là, l\u2019indice synthétique de divortialité s\u2019établit à 49,4 %.Cet indice, à l\u2019image de l\u2019ISF, est une mesure transversale qui nous indique la proportion de mariages qui se termineraient par un divorce si une promotion de mariage se comportait de la même façon que l\u2019ensemble des couples à diverses durées de mariage en 1990.Il n\u2019est pas certain cependant que les couples récents ou futurs adoptent ces comportements.Si on pose l'hypothèse que les femmes et les hommes recherchent un minimum de stabilité dans leur relation de couple avant de fonder 509 une famille, on peut penser qu\u2019un bon nombre d\u2019entre eux remettront en question la maternité/paternité ou du moins la repousseront de quelques années, le temps de stabiliser leur u-nion.Si le mariage est l\u2019aboutissement d\u2019une union libre qui se veut davantage validée socialement pour accueillir la venue d\u2019une première naissance, on peut penser que dans certains cas, c\u2019est la naissance du second enfant qui pourrait être retardée par l\u2019instabilité du couple.Dans ces circonstances le mariage ne semble pas favoriser la venue de nombreux enfants.La maternité en dehors du couple demeure une situation marginale en 1990.Les naissances dont le père est inconnu ou non déclaré oscillent autour de 5 % depuis une dizaine d\u2019années.De plus, la déficience des structures sociales mises en place pour accueillir les enfants n\u2019incite certainement pas à la maternité les femmes qui vivent une situation de monoparentalité.Un marché du travail difficile, des places en garderie limitées et coûteuses ajoutent aux aléas d\u2019élever seule des enfants.Les relations de travail Le taux d'activité des femmes de 25 à 44 ans a augmenté de façon importante au cours des dernières décennies.Chez les Québécoises ayant au moins un enfant de moins de 3 ans, la participation au marché du travail a plus que doublé entre 1976 et 1990 passant de 28,5 % à 60,3 %.Cette évolution fait en sorte que le revenu des femmes en couple ne représente plus simplement un salaire d\u2019appoint, mais bien une nécessité (Statistique Canada, 1990).Kempeneers (1992) s\u2019est penché sur l\u2019articulation du marché du travail et de la fécondité au Canada.Elle identifie deux facteurs pour expliquer l\u2019entrée et le maintien des femmes sur le marché du travail: 1.le développement du secteur des services dont une bonne partie des emplois sont occupés par des femmes (soit 510 51 % en 1987); 2.la restructuration du marché de l\u2019emploi dont les nouvelles normes entraînent une flexibilité et une précarisation accrue de la main d\u2019œuvre (le temps partiel).D\u2019ailleurs Statistique Canada nous révèle qu\u2019en 1988, 20,3 % de la population active de sexe féminin occupait un emploi à temps partiel au Québec tandis que cette proportion s\u2019établissait à 6,4 % chez les hommes.Même si cette dernière proportion peut nous sembler faible, on doit toutefois tenir compte du fait qu\u2019elle a presque doublé en l\u2019espace de 8 ans (soit de 3,3% en 1976).Ainsi les hommes, à l\u2019instar des femmes, subissent de plus en plus les désavantages d\u2019un marché de l\u2019emploi de moins en moins généreux.Parallèlement à la précarisation de l\u2019emploi, on observe également une ségrégation professionnelle qui permet la persistance des inégalités salariales au détriment des femmes (Kempe-neers, 1992).Articuler carrière et fécondité est une tâche toujours aussi ardue.Ainsi, les couples sont aux prises avec une situation difficile: des emplois instables, de faibles revenus et des unions moins permanentes qu\u2019autrefois.Articuler carrière et fécondité est une tâche toujours aussi ardue.Pour la mère, la venue d\u2019un enfant signifie souvent une rupture plus ou moins longue avec le marché du travail qui risque de limiter ses chances d\u2019avancement en plus des pertes d\u2019un revenu essentiel que cette rupture occasionne.Lorsque les parents travaillent tous les deux, ils doivent composer 'avec une infrastructure sociale peu accueillante envers la famille: des places en garderie rares, des frais de garde coûteux, des horaires de travail chargés et des horaires scolaires incompatibles avec les heures de bureau, sans parler des journées pédagogiques qui parsèment le calendrier scolaire! Est-ce qu\u2019on ne pourrait pas, à l\u2019exemple de la France, développer davantage le système scolaire afin que les enfants de 2, 3 et 4 ans soient pris en charge au même titre que la maternelle le fait ici pour les enfants de 5 511 ans?Pourquoi l\u2019horaire scolaire n\u2019est-il pas réajusté pour être compatible avec l\u2019horaire du bureau?Pourquoi l\u2019école laisse-t-elle les enfants à eux-mêmes lors des journées pédagogiques alors que les parents sont au travail et les jeunes gardiennes sont elles-même à l\u2019école?De toute évidence, l\u2019adaptation de l\u2019organisation sociale n\u2019a pas suivi le rythme des modifications qui se sont opérées sur le plan de la famille et du monde du travail.Elle est plutôt restée fidèle au modèle qui privilégie la présence d\u2019un parent au foyer.Dans de telles conditions, on n\u2019a pas à se demander qu\u2019est-ce qui fait hésiter les jeunes couples à élever plusieurs enfants.D\u2019ailleurs, les enquêtes sur les aspirations des femmes et des hommes en ce qui a trait à leur désir d\u2019enfants révèlent que leurs aspirations sont plus élevées avant le premier enfant et que le nombre d\u2019enfants désirés diminue avec le temps.Puisque le revenu des femmes ne constitue plus un salaire d\u2019appoint pour le couple mais bien une nécessité, elles ne peuvent donc pas se permettre de quitter le marché du travail pour une longue période de temps suivant une naissance.D\u2019autant plus qu\u2019en cas de rupture d\u2019union, elles auront nettement avantage à être déjà insérée sur le marché du travail.D\u2019un autre côté, leur retour au travail représente un prix élevé à payer en terme de frais de garderie, de transport et d\u2019organisation.Au-delà de toutes ces considérations économiques, il faut également tenir compte du désir réel de plusieurs femmes d\u2019occuper un emploi malgré la présence de jeunes enfants à la maison et d\u2019une relation de couple stable.Même si le gouvernement mettait en place une politique qui allégerait considérablement pour la famille le fardeau du coût d\u2019élever des enfants, il n\u2019est pas question pour les femmes d\u2019être renvoyées dans leur cuisine.Si la société québécoise veut réellement voir sa fécondité augmenter et se maintenir par la suite, elle devra faire en L'adaptation de l organisation sociale n'a pas suivi le rythme des modifications qui se sont opérées sur le plan de la famille et du monde du travail.Il faudra que le marché de l\u2019emploi s'adapte à la réalité nouvelle de sa force de travail féminine afin que la maternité cesse de constituer une embûche à la trajectoire professionnelle des femmes.512 sorte que les structures sociales soient plus accueillantes d\u2019une part pour les jeunes adultes (emplois stables, logements adéquats, etc.) afin de stimuler la venue d\u2019un premier enfant, et d\u2019autre part pour les jeunes familles (garderies publiques, horaire scolaire modifié, mesures fiscales répartissant le coût d\u2019élever des enfants, etc.) afin d\u2019encourager la venue d\u2019un deuxième et d\u2019un troisième enfant.Il n\u2019est pas question de retourner aux familles nombreuses d\u2019antan, mais simplement de voir le nombre de familles de trois enfants augmenter.Par ailleurs, il faudra que le marché de l\u2019emploi s\u2019adapte à la réalité nouvelle de sa force de travail féminine afin que la maternité cesse de constituer une embûche à la trajectoire professionnelle des femmes.3.Les conséquences de l\u2019immigration internationale sur la population du Québec Les mouvements migratoires constituent un phénomène important qu\u2019on ne peut négliger lorsqu\u2019on veut étudier la conjoncture démographique du Québec.Les échanges interprovinciaux et internationaux sont sensibles aux climats politique, social et économique qui prévalent à divers moments dans différentes régions du monde.Au Québec, le solde migratoire, qui représente le bilan des entrées et sorties tant au niveau interprovincial qu\u2019international, est devenu positif depuis 1985-1986.C\u2019est surtout la hausse de l'immigration internationale qui a permis au solde d\u2019augmenter ces dernières années.Sauf en 1974-1975, le solde était demeuré négatif pendant une vingtaine d\u2019années.Pour l\u2019année 1990-1991, Statistique Canada évalue à 31 249 le solde migratoire net du Québec.Cette valeur positive, nous l\u2019avons vu, provient de la somme des soldes international (443 508) et interprovincial (-12 259), 513 En termes d'affluence, le mouvement migratoire le plus important au Québec est celui des migrations interprovinciales.Or, il est difficilement saisissable en raison de l\u2019absence de procédures d\u2019enregistrement pour tous ceux qu\u2019il concerne.Par ailleurs, l\u2019immigration internationale, avec son processus bureaucratique, est le phénomène migratoire le mieux comptabilisé.L'information recueillie de différentes sources nous permet d\u2019ailleurs de dresser un profil socio-démographique des nouveaux arrivants.Profil des nouveaux arrivants Il existe quatre catégories d\u2019admission au Québec en 1990: soit les immigrants indépendants (52%), la famille (23 %), les parents aidés (8 %) et les réfugiés (17 %).Sur l\u2019ensemble des gens qui ont immigré au Canada cette année-là, la part du Québec s\u2019est limitée à 19 %, soit une part bien en deçà de son poids dans l\u2019ensemble du pays.En 1990, plus de 60 % des immigrants du Québec s\u2019identifie à 15 pays de naissance.Le pays en tête de liste est le Liban d\u2019où provient 20,9 % des immigrants.Haïti vient tout de suite après avec seulement 5,1 %, puis le Vietnam (4,2 %) suivi de la France (3,7 %).En regroupant les pays par continent, on obtient la répartition suivante: Asie 54 %, Amérique 18 %, Europe 17 % et Afrique 11 %.L\u2019attirance des grands centres urbains est bien connue.Ainsi, 87 % de la population immigrante se concentre dans la seule région métropolitaine de Montréal.Elle constitue 16% de l\u2019ensemble de la population de cette région.Les régions de Québec et Hull en réunissent 3 % et moins de 1 % respectivement.Finalement, c\u2019est 93 % de la population immigrante qui réside dans une des grandes régions métropolitaines du Québec.Ce phénomène de concentration est classique quoique son intensité varie d\u2019une ré- 87% de la population immigrante se concentre dans la seule région métropolitaine de Montréal.514 gion à l\u2019autre.En Ontario, on l\u2019évalue à 86 % et en Colombie-Britannique à 71 %.Malgré cette concentration géographique, on observe une augmentation de la connaissance du français dans les populations immigrées des années 70 et 80, particulièrement chez les moins de 15 ans (Baillargeon et Benjamin, 1990).Parmi les groupes d\u2019immigration récente (depuis 1976), plus de 65 % des gens déclarent connaître le français après moins de 5 ans de séjour.Malheureusement, le recensement de 1976 ne comportait pas de question sur la connaissance des langues officielles.On ne peut donc pas poursuivre la comparaison pour une courte durée de séjour.Toutefois, les données du recensement de 1971 nous indiquent que même après un séjour variant entre 0 et 10 ans, seulement 51,5% des immigrants de la période 1961-1971 déclarent connaître le français.Pourtant, si on pense qu\u2019un certain nombre d\u2019entre eux aura quitté le Québec pour des motifs linguistiques, cette modification au dénominateur ne peut que favoriser à la hausse leur indice de connaissance du français.D\u2019autant plus qu'avec le temps écoulé depuis leur arrivée et leur exposition à une société francophone, on peut s\u2019attendre à ce que les immigrants augmentent leur chance de connaître la langue française.D\u2019ailleurs, en suivant l\u2019évolution de la connaissance du français dans la cohorte de 1976-1980, on s\u2019aperçoit qu\u2019elle passe de 67 % à 77,3% aux durées respectives de 0-5 ans et 5-10 ans.On observe la même tendance chez la cohorte de 1971-1975 dont la connaissance passe de 68% (6-10 ans) à 73,5 % (11-15 ans), niveau déjà surpassé par la cohorte 1976-1980 après une durée de 5-10 ans.Ainsi, il y a tout lieu de penser que les cohortes d\u2019immigration récente représentent une amélioration par rapport aux objectifs linguistiques véhiculés par la politique d\u2019immigration du gouvernement québécois.515 Autres caractéristiques de la population immigrée.il y a eu une augmentation du niveau de scolarité chez les gens arrivés après 1971.Globalement, la participation au marché du travail est légèrement supérieure chez la population immigrée à celle de la population non immigrée, et elle s\u2019accroît avec la durée de résidence (MCCI, 1990b).La répercussion des niveaux d'immigration C\u2019est en 1968 que le Québec crée un ministère de l \u2019Immigration voulant intervenir dans ce domaine.Avec la signature de l\u2019Entente Couture -Cullen en 1978, le gouvernement québécois é-largit ses pouvoirs en matière de recrutement et de sélection des ressortissants étrangers, l\u2019admission relevant toujours du pouvoir fédéral.Dès lors, le ministre responsable de l\u2019immigration «(.) est désormais responsable de définir des objectifs quant au nombre de ressortissants étrangers admissibles au cours d\u2019une période donnée en tenant compte, notamment, des besoins démographiques, économiques et socio-culturels du Québec.» (MCCI, 1987: 1).La chute de la fécondité, le vieillissement de la population et la menace d\u2019un déclin démographique éventuel, tous ces changements démographiques importants que nous connaissons à l\u2019heure actuelle préoccupent plus que jamais les décideurs politiques.Dès lors, la conjoncture démographique actuelle et tendancielle a obligé le ministère des communautés culturelles et de l\u2019immigration (MCCI) à réexaminer ses objectifs.Dans cette optique, le MCCI a commandé des projections de la population du Québec tenant compte de divers scénarios faisant varier la fécondité et le volume d\u2019immigration internationale (MCCI, 1990c).Ces projections font évoluer la population présente en 1986 jusqu\u2019en 2026.Sans aller dans les détails, disons que 516 l\u2019indice synthétique de fécondité (ISF) prend la valeur soit de 1,4 (hypothèse de maintien de la fécondité), soit de 1,8 enfant par femme (hypothèse de redressement de la fécondité).Si l\u2019hypothèse de maintien nous semble bien basse aujourd\u2019hui, il faut se référer à l\u2019ISF de 1988 qui a dû servir de base au moment de l\u2019exécution des projections.Trois hypothèses de volume d\u2019immigration internationale sont retenues: a)\t26 822 entrées par année sur toute la période; b)\taugmentation successive des entrées jusqu\u2019à 40 000 immigrants en 1990, niveau maintenu par la suite; c)\taugmentation en palier jusqu\u2019à 55 000 entrées annuelles en 2011, niveau maintenu par la suite.Des taux de départs instantanés et définitifs tenant compte du pouvoir de rétention du Québec ont également été incorporés au modèle.Évolution des effectifs Le graphique 3 nous montre bien l\u2019impact des diverses hypothèses d\u2019immigration internationale sur la taille de la population du Québec.On remarque que la population sera d\u2019autant plus grande en fin de période que les entrées seront importantes.Mais ce qui est peut-être plus intéressant encore, c\u2019est d\u2019observer le rôle du niveau de fécondité conjugué à différents niveaux d\u2019immigration.On voit clairement qu\u2019un redressement de la fécondité de l\u2019ordre de 1,8 enfant par femme amplifie l\u2019apport positif de l\u2019immigration.Le graphique 4 nous permet de saisir l\u2019effet de ces hypothèses sur l\u2019évolution de la taille de la population québécoise.Reprenant les mêmes hypothèses de fécondité et les hypothèses d\u2019immigration faible (26 000) et forte (55 000), les quatre courbes tracent la croissance et, dans certains cas, la décroissance des effectifs entre 517 Graphique 3 Impact de la l'immigration internationale sur la taille de la population du Québec en 2046 Source: Ministère des communautés culturelles et de l\u2019immigration (1990c).1991 et l\u2019an 2026.On constate qu\u2019avec un niveau de fécondité de l\u2019ordre de 1,4, n\u2019arrive pas à contrer la décroissance avec un volume annuel de 26 000 ou même 40 000 immigrants.Par contre, une croissance continue jusqu\u2019en 2026 est possible avec un apport de 55 000 entrées.Avec un redressement de la fécondité, on évite toute décroissance jusqu\u2019en 2026 et la population atteint même les 9 millions en bout de période avec l\u2019hypothèse d\u2019immigration forte.Graphique 4 Evolution de la population québécoise de 1991 à 2046 Indices synthétiques de fécondité de 1,4 et de 1,8 Volumes d'immigration de 26 000 et de 55 000 Source: Ministère des communautés culturelles et de l\u2019immigration (1990c).518 Composition de la population Quels seraient les effets d\u2019une immigration soutenue à différents niveaux sur la structure de la population québécoise?Que peut-on espérer en terme de gains sur les naissances, les décès, le vieillissement de la structure par âge et l\u2019accroissement naturel?On sait que près de 60% des femmes immigrantes sont en âge de procréation à leur admission et, mieux encore, près de 40 % sont aux âges où les taux de fécondité sont les plus élevés, soit entre 20 et 34 ans.Leur ajout à la population québécoise permet de ralentir de façon significative la chute du nombre des naissances.Même dans un contexte de basse fécondité, les naissances imputables à ces femmes pourraient avoir, selon le niveau d'immigration, un effet positif (quoique limité) sur les taux de natalité.Nécessairement l\u2019immigration augmente le nombre de décès annuel.Cette augmentation n\u2019étant pas proportionnelle aux entrées, les taux de mortalité diminueront avec une hausse des niveaux d\u2019immigration.Ainsi, «(.) l\u2019immigration a pour effet de retarder, à basse fécondité, le moment où l\u2019accroissement naturel devient négatif.Lorsque ce dernier survient, la baisse des effectifs de population due au mouvement naturel est de moins grande ampleur.» (MCCI, 1990c: 31) Quel est l\u2019effet de l\u2019immigration sur la structure par âge de la population d\u2019accueil?À leur admission, les nouveaux arrivants viennent surtout gonfler les groupes d\u2019âge relativement jeunes (de moins de 40 ans), en plus de contribuer aux naissances par leur descendance en sol québécois.Ainsi, leur présence ne vient certainement pas alourdir le vieillissement de la population québécoise; si elle contribue à modifier la structure par âge, c\u2019est dans le sens d\u2019un rajeunissement, aussi faible soit-il.En gonflant les rangs des jeunes adultes, la popu- 519 lation immigrante contribue également à alléger le rapport de dépendance qui est appelé à croître avec le vieillissement de la population.Que peut-on en conclure?Certes que l\u2019immigration internationale, prise isolément, permet de repousser, tout au plus, l\u2019échéance du déclin démographique du Québec et d\u2019en atténuer certaines tendances.C\u2019est pourquoi un redressement de la fécondité est essentiel si on veut maximiser l\u2019apport de l\u2019immigration en terme de croissance démographique.Or, le comportement reproductif est un domaine qu\u2019il n\u2019est pas possible de dicter dans une société démocratique.L\u2019immigration, par contre, est incontestablement le phénomène démographique le mieux contrôlable.Face à ces résultats, le MCCI a émis le diagnostic suivant: «(.) à l\u2019intérieur d\u2019une croissance démographique qui ne cesse de s\u2019amoindrir, le Québec se doit de recourir dès maintenant à des volumes d\u2019immigration l\u2019assurant d\u2019un certain dynamisme démographique au cours des 35 prochaines années, quelle que soit l\u2019évolution de sa fécondité.» (MCCI, 1990c: 18) U immigration internationale, prise isolément, permet de repousser, tout au plus, l'échéance du déclin démographique du Québec.L\u2019intégration à/de la population d\u2019accueil?«L\u2019intégration est un processus d\u2019adaptation à long terme, multidimensionnel et distinct de l\u2019assimilation.Ce processus, dans lequel la maîtrise de la langue d\u2019accueil joue un rôle moteur essentiel, n\u2019est achevé que lorsque l\u2019immigrant ou ses descendants participent pleinement à l\u2019ensemble de la vie collective de la société d\u2019accueil et ont développé un sentiment d\u2019appartenance à son égard.» (MCCI, 1990a: 3) Encore faut-il que la société d\u2019accueil accepte que les nouveaux arrivants puissent partager l\u2019ensemble de la vie collective et leur permette de développer ce sentiment d\u2019appartenance.Partager l'ensemble de la vie collective est-ce d\u2019entretenir la pelouse, de peindre sa maison et 520 d\u2019organiser son potager conformément à la pratique de la population de souche?Ou bien serait-ce davantage d\u2019accepter de partager le marché de l\u2019emploi, les bancs d\u2019école et tout l\u2019espace principalement urbain à l\u2019heure actuelle?Est-ce que la crainte et le rejet de l\u2019étranger ont leur place dans une société dite «développée»?Ne faudrait-il pas plutôt favoriser le dialogue entre les Québécois et les Néoquébécois?Généralement, c\u2019est après un long processus administratif et avec beaucoup d\u2019espoir et de bonnes intentions que les immigrants entreprennent leur nouvelle vie au Québec.Chaque fois qu\u2019un individu leur réserve un accueil froid, chaque fois qu\u2019ils sont victimes d\u2019incompréhension, d\u2019un comportement raciste ou d\u2019une attitude désagréable liée à leur statut, chaque fois qu\u2019on leur refuse un emploi décent pour subvenir à leurs besoins, leurs espoirs initiaux risquent de se transformer en méfiance et en exacerbation.Est-ce le genre de climat propice à développer un sentiment d\u2019appartenance?La société québécoise évolue au même titre que toute société moderne.Elle ne doit pas craindre de modifier son visage.Il lui est possible de créer une place respectable pour les diverses communautés culturelles tout en conservant les attributs qui la distinguent.L\u2019intégration des immigrants n\u2019est pas simplement une question de bonne volonté de leur part, elle dépend tout autant de l\u2019interaction entre toutes les parties.La population d\u2019accueil ne doit pas tarder à comprendre la nécessité d\u2019accueillir les immigrants internationaux et le rôle qu\u2019elle a à jouer dans leur intégration pour permettre un climat de confiance et la réalisation des objectifs démographiques, économiques et sociaux de la société québécoise.4.Le vieillissement de la population Le phénomène du vieillissement de la population n\u2019est pas nouveau ni particulier au Québec.521 Actuellement, il frappe l\u2019ensemble des pays industrialisés.On identifie la baisse de la fécondité et les gains enregistrés sur la mortalité comme étant les principaux facteurs conduisant à cette augmentation réelle et relative des personnes âgées.Comparativement à la majorité des autres provinces canadiennes, aux États-Unis et à certains pays d\u2019Europe occidentale, on peut même dire que la population du Québec est relativement jeun^ En 1986, elle comporte 10% de personnes âgées.Sur le plan international, à la même époque, c\u2019est la Suède qui mène le bal avec une proportion de 18,1%, loin devant celles que l\u2019on retrouve au Danemark (15,1 %), en RFA (14,8 %), en France (13,1 %) et en Italie (12,8%).Par ailleurs, le vieillissement suit une progression qui peut différer d\u2019une région à l\u2019autre.La Suède et la France, par exemple, sont aux prises avec un processus de vieillissement dit ancien, amorcé il y a longtemps et qui s\u2019amplifie graduellement (Gauthier et Duchesne, 1991).Pour sa part, le vieillissement du Québec est un phénomène plus récent dont la première cause est la baisse de la fécondité.Depuis 1961, ce processus d\u2019accélère et voit la proportion des personnes âgées passer de 5,8 % à 10,8 % en trois décennies.Aussi, Gauthier et Duchesne signalent-ils que le Québec pourrait dépasser à ce chapitre des pays tels que la Suède et la France dans une trentaine d\u2019années en raison du déclin extrêmement rapide de sa natalité depuis le début des années 60 et de l\u2019arrivée de certaines des générations du baby-boom dans les tranches d\u2019âge de 65 ans et plus.D\u2019un point de vue chronologique, le Québec a vu sa population totale se multiplier par 4,1 entre le début du siècle et 1986.Par contre, ses effectifs de 65 ans et plus ont grandi de 9,4 fois! Des changements dans leur composition par sexe se sont également opérés.Ainsi, si en 1941 les effectifs étaient également répartis, en 1991 522 on compte 47 % plus de femmes que d\u2019hommes à ces âges-là.La surmortalité masculine se reflète davantage dans le rapport de masculinité à différents groupes d\u2019âge.Selon les données corrigées du BSQ du recensement de 1991, on compte dorénavant: 41 hommes pour 100 femmes à 85-89 ans et 32 hommes pour 100 femmes à 90 ans et plus.Le niveau de fécondité, la structure par âge de la population et les gains enregistrés sur la mortalité attestent que la tendance au vieillissement de la population va se poursuivre.Selon des projections du BSQ (1990), la proportion des 65 ans et plus passera vraisemblablement de: 9,7%\ten\t1981 à 12,7%\ten\t2001 à 15,1%\ten\t201 là 19,7%\ten\t2021 à 23,8%\ten\t2031.Ce phénomène inéluctable, n\u2019est pas sans susciter de vives réactions.C\u2019est en réponse à un discours alarmiste que des démographes de l\u2019Université de Montréal ont mis sur pied un groupe de recherche sur le vieillissement.Leur groupe étudie les caractéristiques des personnes âgées de demain pour mieux dépeindre la situation qui risque de prévaloir dans le futur.Toute population évolue et les gens du troisième âge ne font pas exception à cette règle.Le vieillissement remis en question A la base, leur réflexion remet en question un concept aussi fondamental dans ce débat que celui du seuil de vieillissement (Desjardins et Légaré, 1984).L\u2019établissement du seuil de la vieillesse à 65 ans est attribué au chancelier allemand Bismarck avec l\u2019avènement de sa loi sur l\u2019assurance-vieillesse et remonte aussi loin que 1889! À cette époque au Québec, on calcule que seulement 33 % des hommes et 38 % des femmes parvenaient à cet âge et jouissaient alors en moyenne de 6 aimées de vie (Bourbeau 523 et Légaré, 1982).Aujourd\u2019hui, ce seuil accueille 75 % des hommes et 87 % des femmes du Québec.S\u2019il fallait aujourd\u2019hui établir un seuil comparable en ses conditions de vie à celui de 1889, il nous porterait à 80 ans chez les Québécois et 85 ans chez les Québécoises (Statistique Canada, 1989b).Avec ces nouveaux seuils, les vieux et les vieilles ne compteraient plus que pour 5 % de la population en 2011, soit trois fois moins qu\u2019initialement perçu.Cette évolution du seuil de la vieillesse est é-troitement liée à l\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie.Or, les gains sur l\u2019espérance de vie sont surtout des gains sur la vie en état d\u2019incapacité (Wilkins, 1992).On ne peut donc prétendre que tous se rendront à 80 ou 85 ans en bonne santé sans avoir préalablement exigé des soins de santé coûteux.De ces gains il résulte, à tout le moins, une sous-population de «jeunes vieux» âgés entre 65 et 74 ans dont la société néglige l\u2019énergie et les connaissances en les soustrayant à la retraite (Marcil-Gratton, 1990).Les personnes âgées de demain En maintenant le seuil de la vieillesse à 65 ans, plusieurs auteurs s\u2019entendent pour dire qu\u2019on peut aisément prévoir que les vieux de demain ne ressembleront pas aux vieux d\u2019aujourd\u2019hui en termes de besoins en services et soins de santé (Légaré, 1992; Marcil-Gratton, 1990).L\u2019accès à l\u2019éducation, l\u2019expérience de travail, la sécurité financière et les habitudes de vie sont autant de caractéristiques qui se sont modifiées avec le temps et qui risquent d\u2019avoir un impact positif sur l\u2019état de santé des personnes des troisième et quatrième âges du futur.On peut penser que l\u2019accès à l\u2019éducation, notamment chez les femmes, conduit à de meilleurs emplois mieux rémunérés offrant par le fait même une sécurité financière accrue.Cette perspective permet d\u2019enrayer l\u2019inactivité entre le deuxième et le troisième âge qui peut conduire, chez certaines, au syndrome du nid vide.Les vieux de demain ne ressembleront pas aux vieux d'aujourd'hui en termes de besoins en services et soins de santé.524 Par ailleurs, une enquête de Santé-Québec effectuée en 1988 dévoile qu\u2019un niveau de scolarité élevé va de paire avec de meilleures habitudes de vie (consommation d\u2019alcool, tabagisme, habitudes alimentaires, forme physique et sommeil) et de meilleurs comportements préventifs sur la route.Même si l\u2019enquête ne parvient pas à associer un meilleur état de santé à un niveau de scolarité élevé, on peut facilement penser que de tels comportements préventifs jouent en la faveur des gens plus scolarisés (Nault, 1990).De plus, l\u2019expansion des régimes et fonds de retraite et la réduction de la charge familiale, en raison de la diminution du nombre d\u2019enfants, feront de nos vieux des gens mieux nantis.L\u2019écart de l\u2019espérance de vie entre les sexes est appelé à se réduire étant donné l\u2019adoption d\u2019habitudes de vie «masculines» par les femmes: activité professionnelle, tabagisme, consommation d\u2019alcool (Marcil-Gratton, Huot et Léga-ré, 1992).L\u2019instabilité conjugale serait même amenée à jouer un rôle important.On peut penser que les ruptures d\u2019union entraîneront une plus grande autonomie chez les générations de vieux et de vieilles de demain qui auront composé avec cette réalité grandissante.Ainsi, le veuvage n\u2019entraînerait plus un sentiment de désarroi aussi puissant face à une nouvelle situation qui commande une prise en main de soi-même (Marcil-Gratton et Légaré, 1987).Les répercussions du vieillissement de la population ne sont pas négligeables non plus au niveau de la main-d\u2019œuvre.Si les politiques de retraites précoces avaient leur place dans un certain contexte, il en sera tout autrement dans le futur.Avec, d\u2019une part, une main-d\u2019œuvre âgée plus nombreuse, plus scolarisée, comportant plus de femmes et riche en expérience de travail et, d\u2019autre part, un rapport de dépendance de plus en plus lourd à porter par la population active de 15 à 64 ans, les forfaits de retraite anticipée seront doublement suici- 525 daires! Toutefois, en augmentant l\u2019âge à la retraite, on gonfle les rangs des actifs et on profite de l\u2019expérience des aînés tels qu\u2019ils seront demain (Légaré, Marcil-Gratton et Carrière, 1991).Finalement, les générations futures devraient jouir d\u2019un troisième âge plus productif et plus autonome.C\u2019est pourquoi il faut éviter de mesurer l\u2019impact du vieillissement de la population en prolongeant la tendance actuelle (Marcil-Gratton et Légaré, 1987).Néanmoins, le vieillissement de la structure de la population du Québec entraînera nécessairement des pressions importantes sur les programmes de santé et de services sociaux et les régimes de pension et de rentes.Tel que nous l\u2019avons déjà mentionné, nous savons que les gains de l\u2019espérance de vie augmentent plus rapidement que les gains de l\u2019espérance de vie sans incapacité.Les progrès dans le domaine de la santé visent-ils une amélioration de la qualité de vie ou simplement l\u2019augmentation de la durée de vie?Le/ argents' alloués/à la recherche biomédicale, qui servent davantage à prolonger la vie des gens atteints de maladies mortelles que d\u2019améliorer leur qualité de vie, ne devraient-ils pas être réorientés (Légaré, 1991)7 N\u2019y a-t-il pas un besoin de redistribution des ressources mises à la disposition des personnes âgées pour améliorer leur qualité de vie?Les progrès dans le domaine de la santé visent-ils une amelioration de la qualité de vie ou simplement iaugmentation de la duree de vie?Conclusion L\u2019évolution de la population est le résultat de l\u2019interaction de plusieurs phénomènes dont le niveau de fécondité, les gains enregistrés sur la mortalité, les entrées internationales et les échanges interprovinciaux.Si le gouvernement du Québec veut se donner une politique de population qui soit réaliste et efficace, il devra nécessairement tenir compte des facteurs qui influencent tous ces phénomènes.Dès lors, il importe d\u2019une part, qu\u2019il se dote d\u2019un cadre social qui encourage les naissances désirées et que d\u2019autre part, il développe des outils rendant Quels coûts sociaux et financiers sommes-nous prêts à assumer en tant que collectivité pour éviter la décroissance de la population québécoise.526 plus attrayante et plus rentable l\u2019intégration des immigrants à la communauté francophone.Parallèlement, il devra concentrer ses efforts sur la mise en place d\u2019un contexte socio-économique qui soit assez dynamique pour susciter le démarrage de la famille chez les couples et assez enviable pour retenir de potentiels émigrants.Reste à se demander quels coûts sociaux et financiers sommes-nous prêts à assumer en tant que collectivité pour éviter la décroissance de la population québécoise et réduire l\u2019impact de son vieillissement?Bibliographie Bailargeon Mireille et Claire Benjamin 1990.Caractéristiques linguistiques de la population immigrée recensée au Québec en 1986.85 p.Bourbeau Robert et Jacques Légaré 1982.É-volution de la mortalité au Canada et au Québec 1831-1931.Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, Collection «Démographique canadienne», 140 p.Bureaue la Statistiquedu Québec, 1990.Perspectives démographiques du Québec et de ses régions 1986-2046.Les Publications du Québec, 397 p.Desjardins Bertrand et Jacques Légaré 1984.«Le seuil de la vieillesse: quelques réflexions de démographes».Sociologie et sociétés, vol.XVI, n° 2, pp.37-48.Duchesne Louis, 1992.La situation démographique au Québec, édition 1991-1992, Les Publications du Québec, 231 p.Duchesnr Louis, 1991.La situation démographique au Québec, édition 1990, Les Publications du Québec, 234 p.Gauthier Hervé et Louis Duchesne 1991.Le vieillissement démographique et les personnes âgées au Québec, Les Publications du Québec, 297 p.527 Kempeneers Marianne, 1992.Le travail au féminin.Analyse démographique de la discontinuité professionnelle des femmes au Canada.Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 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Québec: de l\u2019aléatoire à l\u2019irréversible».L'Action nationale, vol.LXXVIII, n° 5, pp.248-257.(Reproduit dans La population du Québec d'hier à demain, publié sous la direction de Jacques Henripin et Yves Martin, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, pp.51-61).Marcil-Gratton, Nicole, 1990.«Vieillir comme on a vécu: la clé pour décoder la vieillesse de demain».Revue internationale d\u2019action communautaire, vol.23, n° 63 (printemps), pp.57-66.528 Marcil-Grattoh Nicole et Jacques Légaré, 1991.«L\u2019avenir politique du Québec passe par son avenir démographique».Les avis des spécialistes invités à répondre à huit questions posées par la Commission, Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec, document de travail n° 4, pp.645-664.(Reproduit dans L'Action nationale, juin 1991, pp.1053-1064).Marcil-Grattoh Nicole et Jacques Légaré, 1987.«Vieillesse d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Un même âge, une autre réalité?».Futuribles, n° 110, 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de Simone, nos condoléances les plus sincères.Mme Monet-Chartrand était une femme éprise de justice sociale.Durant toute sa vie, elle s\u2019est battue pour des principes, pour la libération des femmes, la défense des droits et libertés et le relèvement des personnes les plus défavorisées.Elle a inspiré trois générations de militants et de militantes.C\u2019était une femme d\u2019une richesse exceptionnelle.Elle demeure un modèle pour la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui.Elle restera pour nous une grande dame.Desjardins Desjardins, c\u2019est 1325 caisses au Québec, 1842 points de services, 1 400 guichets automatiques, 36 265 employés, 5 095 237 membres, 187 939 dirigeants bénévoles et 56 milliards $ d\u2019actifs.C\u2019est une puissance financière qui a prêté 22 milliards $ en hypothèques, 8 milliards $ en prêts commerciaux, 7,3 milliards S en prêts à la consommation et plus d\u2019un milliards aux agriculteurs.C\u2019est une institution québécoise qui appartiendra toujours aux Québécois.Des produits Québec Plusieurs lecteurs de l\u2019éditorial de janvier m\u2019ont demandé de faire la publicité des produits du Québec au lieu de parler des produits non québécois.Ils ont raison.Et je fais amende honorable.En parcourant le répertoire des produits disponibles au Québec, j\u2019aperçois un grand nombre d\u2019entreprises d\u2019ici qui embauchent des centaines d\u2019employés, qui fabriquent des produits d\u2019excellente qualité à un prix compétitif.531 L\u2019exemple que je citerai en ce jour est celui des Industries Lassonde.C\u2019est l\u2019un de nos annonceurs.Cette fabrique emploie près de 300 personnes.Si tous les lecteurs de L\u2019Action nationale et du Devoir achetaient les produits de cette entreprise, Lassonde embaucherait quelques milliers de travailleurs.Cet établissement de Rougemont produit des boissons et des jus à l\u2019orange, à la pêche, à la poire, à la pomme, au raisin, aux légumes, aux fruits mélangés.Il fabrique aussi des boissons du type citronnade, punch aux fruits, jus d\u2019ananas, de pamplemousse, de purées de fruits.Les principales marques de Lassonde que vous retrouverez dans vos épiceries sont Oasis, Fruitina, Mont-Rouge et Rougemont.L\u2019intention libérale En janvier 1984, Robert Bourassa accordait une entrevue à Sélection du Reader\u2019s Digest.Il est valable de reproduire un extrait de la rencontre: Q.\t\u2014 Il y a un million de chômeurs et d\u2019assistés sociaux au Québec.Et près du tiers des chômeurs ont moins de vingt-cinq ans.Comment pensez-vous assurer à ces jeunes des emplois permanents?R.\t\u2014 À cette fin, j\u2019ai proposé toute une série de mesures sur la haute technologie, sur l\u2019a-gro-alimentaire, sur les exportations, sur l\u2019énergie, sur le tourisme.Et particulièrement pour les jeunes, j\u2019ai recommandé des mesures précises: pactes d\u2019emploi, bons de formation, flexibilité dans le salaire minimum, révision des normes d\u2019apprentissage, etc.Mais je suis très préoccupé par le problème de quelque 30 000 jeunes qui, chaque année, abandonnent leurs études secondaires, alors que le nombre d\u2019emplois pour les travailleurs non scolarisés rétrécit constamment à cause de l\u2019automatisation.Il faut absolument prendre des mesures d\u2019urgence pour les ramener à l\u2019école», (pages 49-50) 532 Depuis, le nombre des assistés sociaux, des chômeurs et des décrocheurs a augmenté à un rythme effarant.Comme quoi la vision du chef était défectueuse et les remèdes qu'il proposait se sont avérés inefficaces et insuffisants.Comme les problèmes soulevés sont au centre de la pauvreté qui grandit, il est urgent que des solutions concrètes et réalisables soient proposées et appliquées.Un dossier rouge Une quinzaine de firmes professionnelles se sont partagées la première tranche de 9 millions $ des contrats du futur centre hospitalier de Rivière-des-Prairies.Le Devoir révélait que les administrateurs de ces entreprises avaient versé à la caisse du Parti libéral la somme de 178 397$ pour la période allant de 1989 à 1992.Le ministre Côté ne trouve rien de scandaleux dans cette situation.«Va-t-on empêcher des professionnels de financer un parti politique» déclarait-il à la presse.Dans cette histoire scabreuse, le député de Rouyn Rémy Trudel posait quatre questions fort pertinentes au vérificateur général: \u2014\t«Est-il normal d\u2019engager aussi rapidement des fonds publics, alors que le gouvernement ignore toujours sur quels terrains l'hôpital projeté sera construit?» \u2014\t«De quelle nature est le contrat de cogérance des travaux entre les firmes J.E.Ver-reault, le groupe-conseil Roche et le ministère de la Santé et des Services sociaux, quant à la gestion des travaux?» \u2014\t«Est-il normal que le journal La Presse ait obtenu, plusieurs jours avant la publication de l\u2019appel d\u2019offres visant à sélectionner le consortium d\u2019ingénierie et d\u2019architecture de l\u2019hôpital, la liste des gagnants?» \u2014\t«Est-il vrai que la firme d'architectes (La-rose, Pétrucci & Associés), ait commencé à 533 confectionner les plans avant l\u2019appel d'offres?» (Le Devoir, 16 février, A3).Au moment où ces lignes sont écrites, le 20 février, les réponses ne sont pas connues.Mais les questions sont si troublantes qu\u2019il importe de suivre le dossier.Le favoritisme politique reprend du poil de la bête.La politique du bégaiement Le gouvernement fédéral envahit de plus en plus les compétences des provinces.Il établit des programmes dans tous les domaines.Il détermine des normes nationales jusque dans l\u2019éducation et dans la santé.Il oblige les provinces à dépenser dans des projets fédéraux qui ne répondent pas à leurs besoins spécifiques.À titre d\u2019exemple, jetons un coup d\u2019œil sur la formation de la main-d\u2019œuvre.On connaît l\u2019échec des politiques appliquées dans ce secteur.Le Canada dépense près de 3 % de son Produit intérieur brut pour le développement de la main-d\u2019œuvre.La somme est de loin plus importante que celle consentie dans tous les pays industrialisés.Les résultats sont navrants.Le taux de chômage frôle les 14 % au Québec et il s\u2019élève à 20% dans certaines régions.Près de 150 000 emplois offerts ne trouvent pas des répondants qualifiés.La politique actuelle est un désastre.La situation est si grave que même les organismes fédéralistes du Québec, le CPQ en tête, demandaient le rapatriement des pouvoirs et fonds fédéraux dépensés en ce domaine.Avant Charlottetown, il était question de réclamer la gestion de l\u2019assurance-chômage et d'établir un «guichet» unique pour atteindre une plus grande efficacité.À la conférence de Toronto tenue en fin de janvier, le ministre Bernard Valcourt, Emploi et Immigration, a refusé toute entente administrative qui remettrait aux provinces la gestion des budgets fédéraux dans le domaine de la main-d\u2019œuvre.Bien plus, s\u2019il y a un guichet unique, ce sera celui d\u2019Ottawa.534 Cette intransigeance du fédéral conduira inévitablement à l\u2019éclatement de la Confédération.Ottawa ne peut indéfiniment envahir les compétences du Québec sans que les Québécoises et les Québécois ne se révoltent contre les abus d\u2019un régime fédéral qui refuse même aux provinces le rôle de devenir de grandes municipalités.L\u2019empire Bronfman Au Québec français, on a connu quelques reculs.Lavalin et les Coopérants ont fermé leurs portes.Le groupe Commerce a été vendu aux Hollandais et les entreprises Perron ont été a-chetées par la Noranda.M.Malenfant fera probablement faillite.Mais au Canada anglais, les défaites ont été multiples et gigantesques.Au-delà de mille faillites et plus, on a assisté à la liquidation de l\u2019empire Campeau, à la valse aérienne d'Air Canada, de Canadian et de Na-tionair et à l'agonie d\u2019Olympia & York qui avait atteint la taille des 20 milliards $.C\u2019est maintenant la déconfiture des Bronfman, un empire de 100 milliards $.Les banquiers inquiets veulent récupérer leurs prêts.Peter et Edward Bronfman ont été forcés de vendre MacMillan Blœdel et John Labatt.Ils ont récolté près de 2 milliards $ dans ces deux transactions.Mais les ventes d\u2019actif ne font que commencer.L\u2019empire des Bronfman compte près de 600 entreprises.Il donne du travail à plus de 100 000 personnes.Que deviendront les Hees-Edper, Brascan, Caréna, Trizec au cours des prochains mois?Un dossier à suivre.Les grands de ce monde s\u2019écroulent.Pourra-t-on éteindre le feu qui se répand à une vitesse étourdissante?La protection de la vie privée L\u2019État gère plus de 14 000 fichiers.Il connaît tous nos petits et nos grands secrets.Déjà des renseignements personnels circulent à vil prix.535 De l\u2019information sur la vie privée est régulièrement dévoilée.Un marché noir existerait au sein du réseau de l\u2019assistance sociale.Au-delà des empiètements des bou-bou-macoutes, de la police du chômage et de la délation téléphonique, la vie privée est révélée à qui sait s\u2019adresser au bon informateur.Un coup de téléphone me suffit pour savoir si telle personne possède un dossier criminel ou si elle est bénéficiaire de l\u2019aide sociale.Devant la tentation de bâtir un immense fichier central regroupant les 14 000 unités qui se retrouvent dans les ministères et les organismes publics, il faut être vigilant.Sous le prétexte de l\u2019efficacité, on peut bâtir un monstre antihumain et antidémocratique.Des normes précises s\u2019imposent.Des contrôles serrés sont de rigueur.Le vérificateur général Guy Breton se plaint tous les ans de la faible sécurité des systèmes informatiques.Même si l\u2019État sait tout, il ne faut pas ériger un système qui viole la vie privée.Les progrès technologiques ne doivent pas desservir la personne.Un des 60 États de l\u2019Amérique Reed Scowen est le délégué général du Québec à New York.Dans une allocution au Cercle canadien de Montréal, il déclarait le 8 février dernier: «Nous sommes tous Américains, maintenant, et c\u2019est en tant qu\u2019Américains que nous devons trouver des solutions.Nous sommes un «État», le dixième plus important en terme de population, un peu plus petit que le New Jersey, un peu plus grand que la Caroline du Nord.Nous sommes devenus un des soixante États de l\u2019Amérique.Si nous voulons régler notre problème de chômage, faire mieux, nous devons améliorer notre climat.Cela signifie d\u2019être meilleur que 59 autres États de notre zone de libre-échange.Nous sommes Québécois, Canadiens.C\u2019est 536 dans une perspective américaine que nous devons trouver des solutions.Parce qu\u2019en janvier 1989, nous sommes devenus citoyens souverains d\u2019une nouvelle communauté.Et depuis, tout a changé pour nous.» Les États-Unis ont conquis M.Scowen.À se limiter à nos voisins du Sud, le Québec connaîtra un autre siècle de colonialisme et de sous-développement.Pour assurer sa prospérité, l\u2019État du Québec doit conquérir les marchés mondiaux et ainsi diminuer sa dépendance des États-Unis.Nous sommes d\u2019abord Québécois.Nous devons aspirer à la supériorité, à l\u2019excellence.C\u2019est comme Québécois et dans une perspective québécoise ouverte sur le monde que nous devons envisager l\u2019avenir.Le libre-échange Dans sa conférence du 8 février, M.Scowen prononçait quelques phrases très révélatrices sur l\u2019impact du libre-échange.«Avec l\u2019Accord de libre-échange, déclarait M.Scowen, nous avons soumis plus que nos programmes industriels à la concurrence internationale.C\u2019est toute notre administration publique que nous ouvrons à la concurrence non seulement de l\u2019Ontario et de l\u2019Alberta, mais également de la Caroline du Sud, de l\u2019État de New York et de la Californie.» «Dorénavant, ajoutait M.Scowen, quand nous nous pencherons sur des questions sociales aussi fondamentales que les coûts et bénéfices de notre système d\u2019éducation, de notre régime de compensation des accidents du travail, de notre système de santé ou de notre structure fiscale, nous aurons tout intérêt à nous assurer que nos politiques soient comparables à celles de la Caroline du Nord.Ou alors, il nous faudra accepter les conséquences qu\u2019un tel état de fait aura en terme d\u2019occasions d'emplois perdus pour les travailleurs québécois.Disons-le brutalement, concluait M.Scowen, la logique d\u2019un 537 seul marché nord-américain nous mène à une opération majeure d\u2019harmonisation de nos politiques provinciales dans toute une gamme de sujets jusqu\u2019à maintenant considérés comme la prérogative exclusive de notre propre «société québécoise».Voilà le discours que MM.Mulroney et Bouras-sa n\u2019ont pas prononcé lors de la campagne du libre-échange! Le libre-échange nord-américain Le discours de M.Scowen démontre clairement que l\u2019Accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique exercera une pression sur l\u2019économie québécoise et sur la politique québécoise, si le Canada le ratifie.L\u2019affaiblissement de la marge de manoeuvre du Québec aboutira en définitive à l'harmonisation de nos politiques avec celles de nos voisins du Sud.Déjà, le gouvernement du Québec s\u2019est engagé dans la réglementation qui favorise le capital; il a imposé sa TVQ qui, à l\u2019instar de la TPS, frappe l\u2019ensemble des travailleurs; il s\u2019apprête à réduire les programmes sociaux, après avoir privatisé des entreprises dont le rôle permettait à l\u2019État d\u2019intervenir dans l\u2019économie.Pour sa part, le Canada a pratiquement abandonné le contrôle sur les investissements étrangers.Au-delà de ces impacts négatifs, l\u2019Accord avec les États-Unis et le Mexique, tel que conclu, aboutira à des fermetures d\u2019usines et à des pertes d\u2019emplois qui aggraveront l\u2019augmentation dramatique de la pauvreté.Il y a tout lieu de croire, nos gouvernements n\u2019aidant pas les entreprises dans la période de transition, que l\u2019Accord favorisera l\u2019économie américaine et qu\u2019il déplacera des productions et des investissements vers le Mexique.Il est même à prévoir un affaiblissement des normes relatives à la sécurité et à l\u2019environnement, au nom de la libre entreprise.Il est presque assuré que les États-Unis continueront à appliquer chez eux 538 des pratiques et même des lois protectionnistes qui ont créé des difficultés aux entreprises québécoises du porc, du bois, des produits glacés.Seules les grandes entreprises et les banques profiteront de l\u2019élargissement actuellement prévu.Le grenouillage de Bertin Nadeau Bertin Nadeau appartient au groupe des apprentis-millionnaires.Il avait trouvé le moyen d\u2019encaisser quelque 85 millions $ dans le Régime d\u2019épargne-action et, depuis, son entreprise principale, Unigesco, s\u2019est endettée sans bon sens.L\u2019entreprise doit 360 millions $, soit près de quatre fois sa valeur nette.En négociant avec le groupe financier new-yorkais Blackstone, il récolterait 210 millions $ d\u2019argent neuf pour diminuer ses dettes.Et il obtiendrait ce nouvel argent sans avoir à débourser un seul sou.En vendant ses actions de Provigo, il encaisserait 250 millions $, souscrivant alors 40 millions $ à Blackstone-Uniges-co, détenant dans cette nouvelle compagnie 20% des actions, avec l\u2019espérance de pouvoir racheter le tout dans 7 ans.La série d\u2019erreurs de Nadeau n\u2019inspire pas confiance pour l\u2019avenir.Sept années de vaches grasses pour Provigo ne donnent pas l\u2019assurance qu\u2019Unigesco reprenne le contrôle de cette grande entreprise de distribution.Sept années de vaches grasses verraient les profits de Provigo traverser les frontières.Ce serait un miracle que le financier new-yorkais cède le contrôle d\u2019une entreprise rentable.Et si l\u2019entreprise n\u2019était pas rentable, que ferait le banquier new-yorkais?Provigo deviendrait une étoile filante et des milliers d\u2019emplois seraient perdus à jamais.539 Nos collaborateurs NATIONALE 1993 Robert A-Udlair Jules Bélanger Liane Bélanger Louis Bernard Jocelyn Berthelot Désirée Bourbonnais Guy Bouthillier Guy Cameron Laurier Caron Hermel Cyr Pierre de Bellefeuille Gaston Deschênes Laurent Deshaies Clermont Dugas Alain Dumas Jean-Luc Gouin Pierre Graveline André Joyal Pierre-André Julien Henri Laberge Camille Laurin Yvon Leclerc Gilles Lesage Doris Lussier Claude Morin Rosaire Morin Louis O\u2019Neill Edmond Orban Hélène Pelletier-Baillargeon Paulo Picard Michel Plourde Gilles Rhéaume Bruno Roy Paul-Émile Roy Sylvain Simard Jean-Claude Tardif Miville-M.Tremblay 540 La Ligue d'Action Nationale I*9©M
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