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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1986-12, Collections de BAnQ.

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[" //Action N AT I ON A LE Volume LXXVI, numéro 4, décembre 1986 LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS i LE FRANÇAIS PARTOUT LE FRANÇAIS POUR TOUT LE FRANÇAIS POUR TOUS La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard Arès Thérèse Baron René Blanchard Paul-A.Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise C.-Brochu Marcel Chaput Jean-Charles Claveau Claude Duguay Pierre Dupuis Philippe Gélinas Alban Jasmin Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Georges Meyers Denis Monière Jacques-Yvan Morin Anna L.-Normand Jean-Marcel Paquette Charles Poirier Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Léonard Roy André Thibaudeau Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales___ Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire__ 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533________________________ I\u2019ActlOn NATIONALE Volume LXXVI, numéro 4, décembre 1986 TABLE DES MATIÈRES LE DIRECTEUR:\tÉditorial \t\t299 JEAN MARTUCCI:\tLire l\u2019avenir en français\t\t301 MICHEL RIOUX:\tComprend-il le français?\t\t314 SIMON CARNEAU:\tLe seul.?\t\t316 MICHEL PLOURDE:\tLe Rapport Lalande: un recul pour la langue française\t\t318 HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON:\tLes trois projets de madame Bacon .\t328 MICHEL BRAULT:\tTexte de remerciement\t Ils se sont prononcés\t\t331 332 HÉLÈNE VÉRONNEAU:\tRéflexion sur l\u2019éducation\t\t334 PASCAL TAILLANDIER:\tL\u2019école américaine bafouille .\t341 OD1NA BOUTET:\tLa culture au privé\t\t344 JEAN-DENIS ROBILLARD:\t«Une lente agonie»\t\t352 PATRICK ALLEN:\tUne bombe à retardement dans un champ de mines\t\t.\t356 MICHEL BROCHU:\tUne famille de Nouvelle-France .\t362 GÉRARD TURCOTTE:\tL\u2019actualité en bref\t\t364 HENRI DORION:\tVers un inventaire toponymique national\t\t369 MARCEL LAFLAMME:\tÉtatisation-privatisation: vers un nouveau rôle de l\u2019État .\t372 LE DIRECTEUR:\tJe me souviens\t\t381 LE DIRECTEUR:\tDans notre courrier\t\t382 LE DIRECTEUR:\tEn furetant dans les archives de la Ligue\t\t383 Les collaborateurs et collaboratrices de L\u2019ACTION NATIONALE sont seuls responsables des idées et des opinions exprimées dans leurs articles. 290 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: GÉRARD TURCOTTE Administrateur: JEAN GENEST Secrétaire-adjoint: DONAT PLANTE Photographe: PAUL HAMEL Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) 25,00$\t45,00$ 30.00\t50,00 35.00 «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans Y Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».Prière de joindre à toute\tISSN-0001-7469 correspondance relative au\tISBN-2-89070 service de la revue le numéro- code figurant sur la dernière-\u2014- adresse d\u2019envoi.\tDépôt légal: Bibliothèque nationale, 2ième trimestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3.845-8533 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 162 L\u2019ACTION NATIONALE 291 legrcufe noria i/steur (Rbiiâ) Podium BOTANIX 292 L\u2019ACTION NATIONALE CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 ROBERT DESFORGES, C.A.DESFORGES, GERMAIN, C.A, 210 ouest boul.Crémazie, bureau 2, Montréal, Qc H2P 2S4 388-5738 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE nassadt» Assurance vte Desjardins Tous nous avons besoin Je services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Ibus nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L\u2019Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins.nos besoins de protectio évoluent. 294 L\u2019ACTION NATIONALE ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL LE PA YS LE PAYS est le journal du Parti indépendantiste.Il est publié six fois par année.Lancé pour diffuser la parole indépendantiste et continuer le combat de la libération nationale, LE PA YS a besoin de votre soutien pour devenir un grand jour nal.Vous y lirez des analyses fouillées de notre situation nationale et y trouverez des arguments percutants pour expliquer le sens de notre lutte.Le coût d\u2019un abonnement de soutien est de 10$.Je désire m\u2019abonner au journal Le Pays.Vous trouverez ci-joint la somme de 10$.NOM .ADRESSE.TÉL.: .Retournez ce coupon réponse à l\u2019adresse suivante: LE PA YS, Parti indépendantiste, C.P.363 suce.St-Michel, Montréal, H2A 3M1 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal L\u2019ACTION NATIONALE 295 La qualité de notre service est notre principale préoccupation .é/ectrifficac/té a 296 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\t.par année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM.ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomlield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d\u2019analyse et de réflexion sur l\u2019actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublique \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Église \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d'actualité Abonement 1an(10nos)\t12,50$ à l\u2019étranger\t14,50$ par avion\t20,00$ Non- Adresse - code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 7185 L\u2019ACTION NATIONALE 297 LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre\tPrix 50 ANNEES DE NATIONALISME POSITIF.Synthèse de nationalisme canadien-français de 1917 à 1963.260 pages 5$\t_________________ LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on a fêté le centenaire de sa naissance Seul volume sur sa vie et son travail Études de: Angers, Arès.Allen, Barbeau, Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix, Rémillard.Dionne.Tétreault, Genest 1968, 288 pages 7$.Volume indispensable et très actuel lllust\t_________________ LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers.Brunet, Filion.Laporte, Laurendeau.P-E.Trudeau, 1957,135 pages.2$.\t_________________ LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers, Arès, Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacques-Yvan Morin 1972.148 pages 2$.\t_________________ ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès, Gagnon, Létourneau, Harveay, etc 188 pages, 1976.7$.Illustré\t_________________ LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme.1976,160 pages.5$.LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS.3 volumes (dont celui de février 1968 est épuisé).\t_________________ I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov-déc 1967.275 pages 3$.\t_________________ II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin, 1969.640 pages 7$ LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS.Par Angers, Arès, Beaupré, Castonguay.Dorion, Godin, Laurion.Pépin.Renaud.1975, 172 pages 5$\t_________________ L ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent Enquête sur le problème national des Québécois francophones 1962, 180 pages.2$\t___________ POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DÉFINITIVEMENT FRANÇAIS.Par Angers,.DOCUMENT majeur sur la langue au Québec 1977.2$.\t_________________ LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole Avril 1977 104 pages 5$.\t_________________ AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE.Où en est l'Acadie?Et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur le futur La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle Nov.-déc.1977.180 pages 5$.\t______________ L\u2019ACADIE AUX ACADIENS.180 pages 5$\t_________________ LE RÉFÉRENDUM, juin 1979, 22 pages 6$ John Grube BÂTISSEUR DE PAYS, 1981.250 pages 15$\t_________________ F -A Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS.280 pages 6$\t_________________ Jean Genest JOSEPH-ENA GIROUARD.52 pages Illustré.5$\t_________________ AVONS-NOUS BESOIN DE L\u2019INDÉPENDANCE?96 pages.Illustré 4$\t_________________ Jean-D Robillard UNE LENTE AGONIE - LE FRANÇAIS AU CANADA, 1986, 392 pages 20$.\t'\t_________________ 7e ET 8e CONFÉRENCE DES ETHNIES DE LANGUE FRANÇAISE, 1986 192 pages.6$\t______________ 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 298 L\u2019ACTION NATIONALE LES ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE ONT LANCÉ EN NOVEMBRE 1986 UN VOLUME DE 400 PAGES PAR JEAN-DENIS ROBILLARD: UNE LENTE AGONIE C\u2019EST LE DOSSIER À LA FOIS LE PLUS ÉCLAIRANT ET LE PLUS ÉCRASANT SUR LES DANGERS ET LES RECULS VÉCUS PAR NOTRE NATION FRANÇAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC.LE VOLUME SE VEND VINGT DOLLARS COMMANDEZ-LE DÈS MAINTENANT.DÉJÀ LA MOITIÉ DE L\u2019ÉDITION EST ÉCOULÉE.ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE, 82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL, H2X1X3 (tél.845-8533) ÉDITORIAL 299 Éditorial Branle-bas de combat par LE DIRECTEUR Au moment d\u2019écrire ces lignes, on assiste sur le front de la langue au Québec à un branle-bas de combat qui rappelle ceux qui ont notamment marqué les projets de loi 63 et 22, sans oublier McGill français et Saint-Léonard.Les engagements des libéraux lors de l\u2019élection de décembre 1985, relativement à «l\u2019adoucissement de la Loi 101», et les comportements et déclarations sur la question linguistique du premier ministre Bourassa et des ministres Bacon et Marx depuis leur arrivée au pouvoir, sans oublier l\u2019attitude triomphaliste d\u2019Alliance-Québec, ont suscité le regroupement des forces vives du Québec, non seulement pour le maintien de la Loi 101, mais pour le rétablissement de la Charte de la langue française dans son intégrité de 1977.D\u2019un côté, si les médias sont constamment placardés de déclarations de membres du gouvernement promettant le retour prochain à l\u2019affichage bilingue et la non-poursuite des contrevenants à l\u2019article 58 de la Loi 101, tant que le jugement de la Cour d\u2019appel ne sera pas connu, d\u2019un autre côté on sent qu\u2019un peu partout la «vapeur monte» et que le retour à la Loi 22 et au bilinguisme ne se fera pas sans coup férir, quelle que soit la décision des juges de deuxième instance.En effet, le Mouvement Québec Français, formé des grandes centrales syndicales, y compris l\u2019UPA, des enseignants, des professeurs de français, du Mouvement National des Québécois et de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, fort d\u2019une base de près d\u2019un million d\u2019adhérents, et ayant en grande partie contribué au retrait des Lois 63 et 22 et à l\u2019adoption de la Loi 101, s\u2019est réactivé, ces derniers mois, et est entré en campagne avec la même vigueur et la même détermination qu\u2019on lui a toujours connues.De plus, chaque organisme membre, en plus de participer aux actions collectives du MQF, organise des activités qui lui 300 L\u2019ACTION NATIONALE sont propres.Ainsi, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lançait au début de novembre la phase II de son Opération Québec français, la phase I s\u2019étant déroulée avec éclat en mai et juin derniers.Beaucoup d\u2019autres groupements et de nombreuses personnalités québécoises sont également dans la mêlée et participent à des tables de concertation en vue d\u2019apporter une contribution concrète et effective au blocage de toute tentative du gouvernement Bourassa de harnacher la Charte de la langue française et d\u2019en anéantir totalement la portée première, tout en promettant d\u2019assurer le caractère français du Québec.Comme elle l\u2019a fait tout au long de son histoire, L\u2019ACTION NATIONALE maintient la défense et la promotion du français comme sa première priorité d\u2019action et elle va continuer à dénoncer toute trahison au Québec français.L\u2019ACTION NATIONALE publiera trois numéros spéciaux en 1987: MAI: Vingtième anniversaire de la mort du Chanoine Lionel Groulx JUIN: Sommet de la Francophonie NOVEMBRE: 150e anniversaire des Patriotes 1837-1838 LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS 301 Lire l\u2019avenir en français* par JEAN MARTUCCI Président du Conseil de la langue française Pendant des générations, c\u2019est le passé que le Québec s\u2019est plu à lire en français.Il vivait dans la nostalgie de «la mère-patrie», comme il disait alors; et il lisait son français dans la réévocation des belles images de la Nouvelle-France, les chansons de son folklore et quelques lambeaux de poèmes tombés du romantisme.En ces dernières décennies, c\u2019est le présent que le Québec a voulu lire en français.Il l\u2019a lu et relu, non sans fierté, non sans une certaine exaltation, dans les chansons que lui offraient Leclerc et Vigneault pour célébrer sa renaissance; dans ses poèmes, ses romans, ses pièces de théâtre aux accents neufs; dans son cinéma qui lui parlait sa langue et lui rendait son image; dans ses artères commerciales où la majorité se sentait finalement chez elle et respectée; il le lisait sur les pancartes naïvement révolutionnaires de ses manifestations sur la place; et dans ses fêtes populaires où tous les conformismes étaient battus en brèche, mais en français.Aujourd\u2019hui, c\u2019est son avenir que le Québec voudrait lire en français.Mais le pourra-t-il et à quel prix?Les obstacles et les défis sont nombreux, au moment même où les succès obtenus, encore tout récents, encore bien visibles et tangibles, peuvent laisser croire qu\u2019il n\u2019est guère plus besoin de s\u2019affirmer.Seule une volonté collective renouvelée, pour ne pas dire nouvelle, pourra décider les Québécois à relever les défis, surmonter les obstacles et envisager leur avenir en français.Je ne prétendrai pas dresser, ce soir, la liste exhaustive de ces défis et de ces obstacles.Mais, comme j\u2019ai mandat de présider un organisme qui, en vertu même de la loi qui l\u2019a créé, doit «surveiller l\u2019évolution de la situation linguistique au Québec» (art.188-b de la Charte de la langue française); puisque, par ail- * Conférence d\u2019ouverture au Congrès de l\u2019Association québécoise des professeurs de français. 302 L\u2019ACTION NATIONALE leurs, j\u2019ai devant moi un auditoire dont la profession est de préparer l\u2019avenir, et la spécialité de transmettre la langue française comme instrument pour le bâtir, je voudrais identifier quelques problèmes d\u2019actualité susceptibles de peser lourd sur notre avenir de peuple francophone.Les problèmes d\u2019actualité ne sont-ils pas ceux qui vous intéressent au premier chef et ceux sur lesquels se penche en priorité le Conseil de la langue française?1- Le problème démographique Il y a d\u2019abord le problème démographique, le défi démographique.Je ne ferai que l\u2019effleurer, mais il ne faut jamais oublier qu\u2019il constitue la toile de fond de tous les autres.Le Québec est de plus en plus français: il l\u2019était à 80,7% en 1971; il l\u2019est devenu à 82,5% en 1981; il le sera sans doute à plus de 84% en 2001.Mais les Québécois sont proportionnellement de moins en moins nombreux dans l\u2019ensemble canadien, où ils sont passés de 30% en 1951 à 26,5% en 1981.Si la dénatalité, la faible immigration et les trop nombreux départs continuent de se conjuguer, la population québécoise se mettra à baisser en chiffres absolus dans quinze ans.Elle risque même de tomber sous le seuil des cinq millions vers 2050.Tout a été dit à ce chapitre.Bien peu a été fait.La décision que vient de prendre le Conseil des ministres d\u2019augmenter sensiblement les niveaux d\u2019immigration au Québec vise à répondre au problème.Mais tout ne sera pas réglé par la seule immigration.Les solutions simples sont impossibles et les autres restent à inventer.L\u2019État doit encore imaginer des mesures sociales et une politique de population qui respectent tous les facteurs et tous les intervenants.Les citoyens, quant à eux, commencent peut-être à prendre conscience de leurs responsabilités par rapport à la collectivité et face à l\u2019avenir, mais ils cherchent qui leur permettra de les assumer.Le Conseil de la langue française, dans un rapport et un avis tout récents à la Ministre responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française, s\u2019est limité, comme il devait le faire, aux aspects linguistiques de la question.Il faudrait au moins savoir retenir au Québec, par un attachement à sa langue et à sa culture, les Anglophones et les Allophones et assurer aux immigrants et même aux réfugiés un apprentissage qui soit généralisé, de qualité et facilement accessible. LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS 303 2- L\u2019intégration des immigrants L\u2019intégration des immigrants et des enfants des immigrants pose un défi à toute société.Au Québec, le problème se complique du fait que plusieurs nouveau-venus rêvaient plus de l\u2019Amérique que du Canada et plus du Canada que du Québec.Mal informés jusqu\u2019à tout récemment, ils croyaient toucher une terre de langue anglaise et les voilà au cœur de tensions linguistiques où le français s\u2019affirme.Pendant des années, les immigrants ont préféré massivement (85%) l\u2019école anglaise pour leurs enfants, puisque la langue du travail plus rémunérateur était l\u2019anglais.La Loi 101 a provoqué un net renversement des tendances.Elle a établi, à l\u2019école et sur le marché du travail, des règles du jeu favorables au français et, surtout, un climat nouveau qui rend la connaissance du français plus utile, voire plus nécessaire que jamais.60% des enfants d\u2019immigrants fréquentaient, en 1985-1986, l\u2019école française.Dans la région de Montréal en particulier, l\u2019école francophone change ainsi de visage.Plusieurs d\u2019entre vous en font une expérience concrète et immédiate.Si vous êtes de ces professeurs qui ont la charge de classes composées à 30% ou 50% d\u2019enfants qui s\u2019appellent Nguyen, Kazimir, Fatma, Carmela ou José, vous savez quel défi il y a à enseigner une langue qui est maternelle pour les uns et langue nouvelle d\u2019apprentissage de l\u2019ensemble des matières scolaires pour les autres.De plus, dans une société comme la nôtre, qui rejette l\u2019assimilation à l\u2019américaine, vous travaillez en même temps à faire partager la culture québécoise aux nouveau-venus, par l\u2019apprentissage de la langue française d\u2019ici, et à respecter les autres cultures au point d\u2019en vouloir l\u2019épanouissement et même essayer de les faire connaître à tous pour qu\u2019ils s\u2019en enrichissent.Quand ces enfants, qui s\u2019intéressaient pourtant à votre cours de français, sortent de la classe, vous vous demandez quelle langue ils préféreront à la récréation, en famille, avec leurs amis, pour leurs loisirs, leurs études supérieures.et, surtout, quelle langue on exigera d\u2019eux demain, sur le marché du travail.Car, si la langue du travail et de l\u2019avenir n\u2019est pas le français, pourquoi tant d\u2019efforts et pourquoi une loi qui fait du français la langue de l\u2019enseignement? 304 L\u2019ACTION NATIONALE Tous ces problèmes sont éminemment actuels et concrets.Les activités de votre congrès en témoignent, puisqu\u2019elles vous offriront de passer de «Caffè Italia» à l\u2019enseignement du français aux Asiatiques en vous ouvrant la porte de six ou sept ateliers traitant de pédagogie interculturelle et de milieux scolaires pluri-ethniques.Vos préoccupations dans ce domaine sont celles du Conseil de la langue française.À la suite de recherches et de consultations, il s\u2019apprête à remettre au Gouvernement des études, un rapport et un avis, qui seront rendus publics, sur les conditions de développement de la langue française dans les écoles francophones à composantes pluri-ethniques de la région de Montréal.Le Conseil ne pouvait pas se désintéresser d\u2019une question aussi clairement liée à son devoir de réflexion sur la situation linguistique.Je prends la liberté de vous livrer quelques résultats fort intéressants provenant d\u2019un questionnaire et d\u2019entrevues semi-structurées réalisés, pour le compte du Conseil de la langue française, par le Collectif de recherches interculturelles de l\u2019Université de Sherbrooke auprès de 21% des écoles comptant plus de 20% d\u2019enfants de groupes ethniques différents dans 5 commissions scolaires de l\u2019île de Montréal qui regroupent à elles seules 87% de la clientèle allophone des institutions francophones: \u2014\t89% des élèves de groupes ethniques interrogés font une évaluation positive de leur école; \u2014\t91% des parents de groupes ethniques interrogés ont des contacts avec l\u2019école et 86,5% les décrivent comme faciles en insistant à 46% sur la qualité de l\u2019accueil; \u2014\t79% de ces parents estiment que l\u2019école fait beaucoup d\u2019efforts pour favoriser l\u2019adaptation de leurs enfants; \u2014\tau sujet de l\u2019enseignement du français, 75% des 157 élèves interrogés en entrevue évaluent positivement les cours de français; \u2014\t86% des parents estiment que l\u2019école prépare suffisamment les élèves à vivre dans un Québec français.Sur plusieurs de ces questions, vos évaluations seraient beaucoup moins positives, sans doute, parce que vos exigences LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS 305 sont plus prononcées et vos critères plus élevés.Mais il est clair que les parents et les élèves entretiennent un préjugé favorable à votre endroit et sont globalement satisfaits de votre travail.Je tenais à vous le dire, quitte à dévoiler un peu plus tôt que prévu une partie des résultats non encore publiés.Mais, malgré ces résultats positifs, n\u2019oublions pas que nous en étions aux défis que présente l\u2019avenir.Le défi démographique en est un; le défi de l\u2019intégration des immigrants en est un deuxième.Le lien à faire entre langue et économie en constitue un troisième.3- La relation langue-économie Cette relation n\u2019est malheureusement pas évidente pour tous.Il est courant d\u2019entendre dire que la question linguistique est désormais démodée parce qu\u2019il faut maintenant s\u2019attaquer aux vrais problèmes: les problèmes économiques.Il faut concéder que quelques questions, somme toute assez rares, ont pris des proportions qu\u2019elles ne méritaient pas.Mais l\u2019essentiel de la loi est ailleurs et il faut même affirmer que l\u2019épanouissement des Francophones dans une économie qui respecte leur langue constitue une priorité de la législation linguistique en vigueur.Les mesures appliquées en vertu de la loi ont donné des résultats très concrets et changé radicalement le paysage économique.En 1970, alors que 80% de la population québécoise étaient francophones, 80% des postes de cadres dans le secteur privé revenaient à des Anglophones.En 1982, la part des Anglophones n\u2019était plus que de 28%, ce qui reste tout de même deux fois et demie supérieur à leur poids démographique au Québec, et la part des Francophones était montée à 65%.Le français qui, dans les années soixante, était, au Québec même, une langue marginale, réservée aux basses tâches et aux petits salaires, est devenu, dans les années quatre-vingt, enfin rentable, et même plus rentable que la connaissance du seul anglais sur le marché du travail.Affirmation linguistique et succès économiques vont de pair, même si le départ de plusieurs sièges sociaux a été attribué à notre législation linguistique.Le lien entre langue et économie constitue une préoccupation constante du Conseil de la langue française.Celui-ci rendra 306 L\u2019ACTION NATIONALE public, en novembre, une étude sur la francisation des entreprises qui analysera les causes de ses plafonnements depuis quelques années et proposera une révision des instruments du cadre réglementaire, toujours nécessaire, géré par l\u2019Office de la langue française dont le rôle animateur et régulateur reste indispensable.Le Conseil de la langue française, si Dieu lui prête vie, a l\u2019intention, de plus, d\u2019entreprendre une étude scientifique de l\u2019évolution du français comme langue du travail de 1979 à 1986, qu\u2019il pourra comparer aux données déjà recueillies pour la période allant de 1971 à 1979.Relier clairement et concrètement langue française et prospérité économique aidera le Québec à pouvoir lire son avenir en français et à trouver une motivation accrue pour le pouvoir.4- La qualité de langue écrite Si l\u2019école veut préparer à cet avenir, il lui faut mettre un accent particulier sur la qualité du français, tout spécialement du français écrit.Les professeurs de français ont été accablés de reproches sur ce point.Peu de personnes, parmi celles qui jugent allègrement de votre compétence et de vos résultats, ont compris jusqu\u2019à quel point vous êtes laissés seuls dans une entreprise qui exige la collaboration de vos collègues et la compréhension de la direction.De plus, on ne parle pas souvent du contexte radicalement nouveau dans lequel votre tâche s\u2019inscrit: démocratisation de l\u2019enseignement qui a diversifié à l\u2019extrême la clientèle, prédominance de l\u2019image dans la communication au 20e siècle et priorité donnée à l\u2019expression orale dans une société qui, jusqu\u2019à tout récemment, avait peur de parler.Le Conseil de la langue française a consacré de vastes efforts à l\u2019étude des perceptions et des attentes des parents, des enseignants, des élèves et même des entreprises à l\u2019égard du français écrit.Les résultats de cette étude seront bientôt rendus publics avec des considérations et des recommandations dont le Conseil espère qu\u2019elles vous aideront dans l\u2019accomplissement de votre tâche qui, n\u2019était la peur de faire un peu vieillot, devrait s\u2019appeler mission. LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS 307 Je ne soulèverai que partiellement le voile sur des résultats qui constituent un ensemble.Mais il peut être important pour vous de savoir déjà que, selon nos sondages, 89% des parents estiment que le français écrit sera important dans l\u2019avenir, 71% estiment que les entreprises seront de plus en plus exigeantes à cet égard sur le marché du travail et 72% affirment que leurs enfants seraient plus motivés s\u2019ils connaissaient ces exigences.Il va sans dire que l\u2019exigence de l\u2019entreprise ne s\u2019attache pas à l\u2019accent aigu dans le mot «événement» et au trait d\u2019union dans l\u2019expression «libre-échange».C\u2019est la structure de la pensée qui préoccupe et la justesse de la terminologie.Les mots \u2014 ce n\u2019est pas à vous que je l\u2019apprendrai \u2014 ne sont pas les simples contenants d\u2019une pensée qui s\u2019élabore sans leur concours.Ils sont des instruments de la pensée.Ils la signifient, mais ils l\u2019organisent aussi.Les entreprises veulent des rapports compréhensibles, des notes claires, des lettres qui disent ce qu\u2019elles veulent dire.Pour préparer l\u2019élève à ces exigences normales, il vous faut des instruments et un appui.L\u2019instrument le plus efficace est celui de la correction des fautes dans l\u2019expression écrite.À cet égard, 69% des parents, d\u2019après nos sondages, veulent que vous enleviez des points à leurs enfants pour toute faute de français.Il y a même 73% des parents qui tiennent à ce que vos collègues qui n\u2019enseignent pas le français signalent, au moins, les fautes qu\u2019ils voient; 43% aimeraient même qu\u2019ils enlèvent des points pour les fautes plus graves et 38% pour toute faute.Il est clair que votre tâche, dans ces conditions, implique que les autorités comprennent que vos heures de correction ne peuvent être prises sur vos loisirs.Elle suppose aussi que vos collègues acceptent de voir le français, non pas comme une simple matière juxtaposée ou concurrente par rapport à la leur, mais une réalité partout présente là où la pensée s\u2019exprime.5- Le pouvoir d\u2019attraction de l\u2019anglais Quels que soient les efforts pour assurer le statut et la qualité du français au Québec, il reste que nous vivons sur un continent et dans un monde où le pouvoir d\u2019attraction de l\u2019anglais est énorme.Il est, au Québec, deux fois et demie plus grand que celui du français, même s\u2019il n\u2019est représenté que par un dixième de la population.Notre avenir comme peuple francophone relié à son environnement commande que nous sachions en même 308 L\u2019ACTION NATIONALE temps maintenir la nécessité du français partout et promouvoir une bonne connaissance de l\u2019anglais pour les occasions nombreuses où il s\u2019impose.Mais tous ne comprennent pas l\u2019équilibre à respecter entre ces deux pôles.Durant la décennie qui s\u2019est écoulée de 1971 à 1981, pas moins de 100 000 Francophones du Québec, d\u2019après les statistiques fédérales, ont adopté l\u2019anglais comme langue parlée à la maison et, d\u2019après un sondage du Conseil de la langue française réalisé en 1985, 65% des Francophones interrogés ne leur donnaient pas tort.L\u2019avenir, dans ces conditions, présente un défi de taille.Les Allophones, après avoir commencé à comprendre la nature francophone du Québec, semblent y attacher de moins en moins d\u2019importance.Dans ce même sondage, leur appui au français comme langue du travail n\u2019est plus que de 32%, alors qu\u2019il était de 48% en 1983.Leur reconnaissance de la nécessité de savoir le français au Québec est tombée de 50% à 40% en deux ans.Leur appui à l\u2019école française est passé de 40% en 1983 à 25% en 1985.Si nous ne créons pas, dans tous les domaines, des conditions rendant le français nécessaire et attrayant, il faut nous apprêter à lire notre avenir dans une langue qui reléguera la nôtre aux grands-parents, au folklore, à l\u2019histoire et, finalement, à l\u2019oubli.Il n\u2019est pas trop tard pour réagir.Mais le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que le temps n\u2019est pas propice à relâcher la vigilance, croire que tout va pour le mieux et laisser les langues au libre jeu de la concurrence sans discrimination positive pour le français.6- L\u2019information et la science Deux domaines de l\u2019avenir, déjà bien présents, qui parlent surtout l\u2019anglais sont la science et l\u2019informatique.En Europe, l\u2019information scientifique et technique en langue française ne représente plus que 6% du total.Au Québec même, les sciences physiques et mathématiques publient en anglais à 90%; les sciences biologiques et médicales, à 76%.Les chercheurs d\u2019Hydro-Québec, société parfaitement francophone pourtant, publient en anglais à 92%. LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS 309 Le Conseil de la langue française, dès 1981, a organisé un colloque international sur le thème du français dans l\u2019information scientifique et technique.Pas moins de cinq Prix Nobel l\u2019ont patronné et on est venu des quatre coins du monde pour y participer.Les Actes en sont parus en trois volumes de 300 pages chacun.Répondant, plus récemment, à une demande d\u2019avis des autorités gouvernementales sur la question, le Conseil a cherché à préserver la liberté des chercheurs et à respecter leur désir légitime de faire connaître le plus largement possible leurs recherches tout en rendant au français une partie au moins de la place qui lui revient.Il a souligné, dans son avis, que le problème déborde de beaucoup les frontières du Québec.Seule une concertation internationale peut en amorcer une solution.Un réseau terminologique mondial en langue française est indispensable.Une caisse internationale du livre serait utile.Des revues internationales de haut calibre en français doivent être créées.Sur ce dernier point, le Conseil a prêché d\u2019exemple.La revue Médecine Sciences, fondée il y a deux ans avec la France, compte 4 000 abonnés.Un autre projet de revue, sur les technologies communicationnelles de pointe et la société, se fait jour avec la Belgique.Au Québec même, il faudrait au moins que soit subventionnée l\u2019utilisation du français, même en simple traduction simultanée, lors des colloques internationaux.En matière d\u2019informatique, la disponibilité de logiciels en français au Québec doit s\u2019accroître.À l\u2019heure actuelle, d\u2019après un sondage du Conseil, 75% des gens qui font usage de microordinateurs ont à leur disposition un nombre égal ou plus grand de logiciels anglais par rapport à des logiciels français, et 38% doivent y travailler uniquement en anglais.Parmi les usagers réguliers de micro-ordinateurs, 57% voudraient une intervention de l\u2019État pour accroître la place du français.Le Conseil s\u2019apprête à remettre un rapport et un avis au Gouvernement sur cette question.7- L\u2019engouement pour les produits culturels anglo-américains Quand on passe au domaine des industries culturelles, on trouve une réalité où la sociopsychologie et la liberté individuelle 310 L'ACTION NATIONALE ont une plus grande part.Il ne s\u2019agit plus de contraintes dues aux circonstances, comme pour l\u2019informatique et pour l\u2019information scientifique et technique.Il s\u2019agit de préférences qui, même en partie dictées par la mode, impliquent un choix.Selon un sondage du Conseil réalisé en 1985, 59% des disques et des cassettes achetés par des Francophones québécois dans les trois mois précédents étaient en anglais.Chez les 18-30 ans, 64% des jeunes interrogés consommaient plus de disques et de cassettes en anglais qu\u2019en français.Quatre films sur dix avaient été vus en anglais par des Francophones et 30% des heures d\u2019écoute de la télévision étaient consacrées à des émissions en anglais.La langue, les valeurs, la culture subissent nécessairement l\u2019influence de ces préférences.Dans quelle proportion et que pouvons-nous y faire?Le Conseil songe à mener une étude conjointe et comparée avec la France et la Belgique sur cette question qui intéresse toute la francophonie, même s\u2019il est vrai que le Québec est terre d\u2019Amérique et que ce qui est américanisation pour les autres peut être simple appartenance pour nous.Dans ce domaine, votre rôle d\u2019éducateurs qui éveillent à la culture peut jouer un rôle important, même s\u2019il ne peut pas prétendre être déterminant, puisque vous n\u2019êtes pas les seuls à exercer une influence.Mais tout ce que vous pourrez faire, dans le domaine des activités scolaires et para-scolaires, pour aider les jeunes à voir plus loin que la culture américaine et plus près d\u2019eux-mêmes ne pourra qu\u2019aider le Québec à lire l\u2019avenir en français.8- L\u2019avenir français de Montréal Tous les problèmes, tous les défis évoqués jusqu\u2019ici se posent avec une acuité toute particulière à Montréal: dénatalité, intégration des immigrants, vie économique, langue écrite et marché du travail, attraction de l\u2019anglais, informatique et science, industries culturelles anglo-américaines.La métropole et sa région comprennent la moitié de la population du Québec.Faire de Montréal un cas isolé, c\u2019est déjà faire du Québec tout entier un cas isolé.Le problème de l\u2019affichage commercial a fait couler beau- LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS 311 coup d encre.S\u2019il avive tellement les discussions, c\u2019est qu\u2019il implique beaucoup plus qu\u2019une simple opération de communication des marchands avec leurs clientèles.Le problème est complexe et lourd de conséquences.Il touche aux notions de droits collectifs par rapport aux libertés individuelles, de relations entre majorité et minorités, d\u2019environnement visuel, de spécificité probablement unique du cas du Québec dans le monde.Ce ne sont ni le sens commun ni les sondages qui peuvent trancher la question.Si des modifications à la loi en vigueur ou aux règlements actuels doivent être envisagés, un débat de société s\u2019impose.Le Conseil de la langue française, dont c\u2019est en partie le rôle, sera heureux d\u2019aider à ce que, d\u2019un public informé, surgissent des observations et des suggestions qui préparent les décisions à prendre.Pour le moment, en cette matière délicate, le Conseil a exercé son mandat dès mars dernier.Sans prendre position sur le fond du problème, à propos duquel il tient à garder un esprit ouvert à toutes les opinions, il a rappelé que le laisser-faire et le laisser-aller nuisent à toutes les parties en cause.Huit mois après son intervention, celle-ci s\u2019avère toujours actuelle.Elle fut faite par souci de remplir le rôle difficile que la Charte confie au Conseil «de saisir le ministre des questions relatives à la langue qui, à son avis, appellent l\u2019attention ou l\u2019action du gouvernement» (118-C).La loi doit être respectée par tous ou amendée démocratiquement.Si, devant cette alternative inéluctable, le choix est difficile parce que le problème est complexe et délicat, qu un débat s\u2019engage, qu\u2019on lui fournisse des cadres de discussions et des moyens d\u2019expression.Le Conseil de la langue française mettra, pour sa part, tout en oeuvre afin qu\u2019il se tienne et se maintienne dans les limites de la sérénité, de la rationalité et du respect de toutes les opinions.Mais les enjeux actuels face à l\u2019avenir dépassent infiniment les limites, pourtant déjà bien peu étroites, du problème de 1 affichage.Vous ne le savez que trop, puisque vous êtes aux prises avec ces enjeux: vous préparez la génération qui les vivra à son tour, vous lui transmettez cette langue française qui en constitue le cœur et vous éveillez chez ceux qui grandissent la motivation qui demain les fera agir.Quant au Conseil de la langue française, c\u2019est justement pour traiter de ces enjeux, de façon autonome et libérée de tout souci administratif par rapport à 1 application de la loi, qu\u2019il a été mandaté par la Charte de la langue française depuis ses origines. 312 L\u2019ACTION NATIONALE Conclusion Au-delà des défis sectoriels que j\u2019ai relevés sans prétendre être exhaustif, les choix pour l\u2019avenir semblent se résumer à trois.Trois voies qui s\u2019ouvriraient devant nous et, puisque vous avez l\u2019avantage de pouvoir comprendre les mots dans leur sens étymologique, permettez-moi de parler de choix «tri-vial» entre la marginalisation, l\u2019assimilation et la séduction.La marginalisation nous offre de nous confiner dans un ghetto, bien français mais pauvre économiquement, où notre langue survivrait comme en serre chaude, sans contact avec l\u2019air extérieur, sous l\u2019éclairage artificiel d\u2019une croissance forcée à coup de lois coercitives et de règlements qui ne laissent pas le choix.L\u2019assimilation, c\u2019est la voie royale de la prospérité, ouverte à toutes les influences pour un peuple prêt à s\u2019aliéner, et à fol-kloriser autant sa langue que sa culture, pourvu qu\u2019il fasse route avec la masse humaine qui l\u2019entoure.La séduction, c\u2019est la voie triomphale, un peu triomphaliste, qui s\u2019ouvre devant une nation, une langue et une culture dont l\u2019excellence, les productions et l\u2019attraction sont si fortes qu\u2019elles s\u2019imposent d\u2019elles-mêmes, sans danger ni de marginalisation ni d\u2019assimilation.Il suffit de le résumer ainsi pour que le choix «tri-vial» apparaisse simpliste.Personne ne veut mourir ni de sécheresse dans son coin ni par noyade en haute mer, et on peut bien rêver d\u2019excellence ou de pouvoir d\u2019attraction, mais il y a là une pointe d\u2019utopie qui ne garantit rien.Il doit bien y avoir une autre voie.Une voie qui nous permettrait, face à l\u2019avenir, de faire la synthèse des désirs secrets qui nous habitent quand nous sommes tentés par la marginalisation, l\u2019assimilation et la séduction.Cette voie pourrait s\u2019appeler celle de «l\u2019équilibre triangulaire», qui repose sur les trois points suivants: ___sans ghettoïsation, une protection de notre langue par une législation vigoureuse et juste, puisque la seule incitation a fait maintes fois la preuve de son inefficacité; \u2014 sans assimilation, une modernisation qui permette à notre LIRE L\u2019AVENIR EN FRANÇAIS 313 langue et à sa culture d\u2019avoir prise et d\u2019être respectée dans les affaires, le progrès scientifique et les développements technologiques; sans utopie, une illustration sereine et assurée de ce que nous sommes qui pourra attirer les autres vers notre langue et sa culture.Ce qui me semble réaliste et encourageant dans cette voie de 1 équilibre triangulaire, c\u2019est que nous y sommes déjà engagés et qu il nous suffira de ne pas nous arrêter en chemin pour parvenir au terme.Mais il faudra que nous agissions ensemble.Lire l\u2019avenir en français?La réponse est trop complexe, les obstacles sont trop nombreux, les défis trop lourds pour que ce ne soit pas toute la société québécoise qui s\u2019en occupe.S\u2019il fallait, au Québec, ne pas recourir aux institutions les plus démocratiques, aux organismes prévus et aux cadres normaux de concertation pour faire des choix linguistiques qui peuvent déterminer l\u2019avenir du français chez nous; s\u2019il fallait ne pas profiter des occasions qu\u2019offre l\u2019actualité pour relancer une volonté collective sécurisée et assoupie par ses propres succès; s\u2019il fallait décider de trop de choses sans en débattre parce qu\u2019on pense qu elles vont de soi et qu\u2019il n\u2019y a pas là matière à déranger tout le monde, nous nous tromperions gravement et, demain, il serait peut-être trop tard pour se le dire.en français du moins.Conscient des enjeux des projets qui se font jour dans le domaine de la langue, le Conseil de la langue française vient de voter à l\u2019unanimité une résolution, remise aux autorités gouvernementales, qui traite, de façon extrêmement brève, désintéressée, et, nous l\u2019espérons, digne, des problèmes les plus brûlants de l\u2019heure.J\u2019en donne ici lecture pour la première fois en public.Et elle me servira de conclusion: «Le Conseil de la langue française, très inquiet des orientations qui semblent se dessiner, en matière de structures institutionnelles intéressant la langue aussi bien qu\u2019en ce qui concerne la défense et la promotion de la langue française dans les domaines de l\u2019éducation et de l\u2019affichage, recommande au Gouvernement que soient mis en place des cadres de discussion invitant 1 ensemble de la société québécoise à faire connaître ses vues sur ces questions». 314 L\u2019ACTION NATIONALE Comprend-il le français?par MICHEL RIOUX S\u2019il est une expression qui fait l\u2019unanimité depuis plusieurs générations, dans à peu près toutes les chaumières du Québec, quand il s\u2019agit de réprimander un enfant qui, manifestement, persiste à ne pas saisir le message parental, c\u2019est bien la suivante: «Mais quand est-ce que tu vas comprendre le français!» Ces jours-ci, quelqu\u2019un met de la mauvaise foi à ne pas comprendre le français, comme le dit l\u2019expression: Robert Bou-rassa.Pourtant, il est bien placé pour savoir quel peut être le prix de faire la sourde oreille aux messages populaires en ces matières.Son gouvernement avait accouché, il y a douze ans, de la Loi 22.Une loi de la chèvre et du chou, qui avait mécontenté tout le monde et largement contribué à sa défaite.Mais ce Robert Bourassa première manière avait des dettes.C\u2019est à Y establishment du parti qu\u2019il devait son poste et à ce niveau, les Anglophones et la classe d\u2019affaire étaient rois et maîtres.Et puis, il est parti, comme on le sait.Piteusement.Mais se promettant de revenir.Et il est revenu, réussissant un certain tour de force, puisqu\u2019il n\u2019était certes pas, cette fois, le premier choix de Vestablishment.Il s\u2019est imposé à son propre parti.Cela aurait pu \u2014 cela aurait dû \u2014 lui donner une marge de manœuvre qu\u2019il n\u2019avait pas à son premier séjour au pouvoir.En particulier en rapport avec la question de la langue.Mais il faut constater que Robert Bourassa n\u2019a pas changé.Sans conviction, il navigue au gré des seuls sondages qui font son affaire ou qui viennent soutenir, l\u2019espace d\u2019une entrevue télévisée, un sophisme, une demi-vérité.Quand ce n\u2019est pas une calomnie, comme il l\u2019a fait à Trois-Rivières.«Il n\u2019y a pas une société dans le monde libre qui fait subir pareil traitement à ses minorités.» a-t-il déclaré à cette occasion, parlant de la langue d\u2019affichage.L accusation est forte, il faut en convenir.Car si toutes les minorités du monde avaient COMPREND-IL LE FRANÇAIS?315 prospéré comme l\u2019a fait ici la minorité anglophone, plusieurs problèmes ne se seraient jamais posés dans plusieurs pays.La dernière étape, dans un comportement de colonisé, a déjà écrit quelqu\u2019un, c\u2019est de se servir à soi-même les reproches du colonisateur.«Son principal tort, déclarait le secrétaire-général de la CSN, Michel Gauthier, au cours d\u2019une conférence de presse du Mouvement Québec Français (MQF), c\u2019est de réveiller une chicane qui était à peu près apaisée depuis dix ans.Cela risque de drainer des énergies qui pourraient être investies ailleurs».Mais M.Bourassa, depuis son retour au pouvoir, s\u2019amuse à jouer autour du baril de poudre linguistique, y allumant des allumettes à toute occasion.À bien y penser, c\u2019est une façon comme une autre de préparer sa sortie.Ce que disait M.Esdras Minville, il y a 50 ans Que vaudrait la persuasion pour amener (les Anglo-Canadiens) à prêter la main à la modification d\u2019un régime (comme le nôtre), si avantageux pour eux?Pour notre part, nous croyons à la force, non pas celle qui dresse des barricades et tire du pistolet, mais à celle qu\u2019un peuple conscient de ses droits et de ses intérêts trouve dans sa détermination de ne pas subir des cadres sociaux qui risquent de l\u2019étouffer, mais d\u2019imposer, dans un large esprit de justice, les formes d organisation sociale adaptées à son génie particulier, et les plus propres à assurer son existence et ses progrès.(Semainessociales du Canada, 1936, p.243.) 316 L\u2019ACTION NATIONALE Le seul.?par SIMON GARNEAU Notre premier ministre prétend que le Québec est le seul pays du monde à avoir une législation restrictive envers la langue d\u2019affichage.Il ne prend pas grand risque en faisant une telle affirmation, sachant que la population n\u2019ira pas vérifier les lois linguistiques de tous les États du monde.De plus, en utilisant cette sorte d\u2019argument, il cultive cyniquement la peur de s\u2019affirmer et la crainte d\u2019occuper leur place qu\u2019ont malheureusement beaucoup trop de Québécois.Ce n\u2019est certainement pas en encourageant ce genre de comportement que le Québec prospérera.En effet, peut-on imaginer par exemple un chef d\u2019État tel que le président des États-Unis exprimant des sentiments semblables?Si M.Bourassa a tellement peur que le Québec se distingue des autres États du monde, il devrait aussi se demander pourquoi nous sommes parmi les seuls à accorder un traitement aussi généreux à notre minorité anglophone.De plus, il est probablement parmi les rares dirigeants à promouvoir la langue de la minorité qui est en expansion, alors que celle de son peuple est en régression et constamment menacée.Depuis son élection, tous les gestes du gouvernement en matière linguistique ont été au profit d\u2019une plus grande présence de l\u2019anglais, comme si celle-ci était menacée de disparaître, alors qu\u2019il n\u2019a rien fait en faveur du français.Cette promotion du bilinguisme dans la langue d\u2019affichage, car c\u2019est ce que ces gestes provoquent (ex., Zellers, Provigo, etc.) n\u2019aidera sûrement pas le français.Et même, bientôt on verra apparaître de plus en plus d\u2019affichage unilingue anglophone, faisant effectuer à notre langue un recul de plus de 30 ans.Comment vont réagir les étrangers et les Québécois non francophones en voyant l\u2019image d\u2019un Québec bilingue?Seront-ils incités à apprendre le français?Croiront-ils qu\u2019il puisse être de quelque nécessité?Ceux qui ne craignent pas la possibilité pour un peuple de perdre sa langue et sa culture n\u2019ont qu\u2019à LE SEUL.?317 s\u2019informer auprès des peuples amérindiens pour en connaître les effets économiques et sociaux.Sont-ils prêts à offrir un sort semblable aux Québécois pour les trois prochains siècles?En terminant, je prie instamment le premier ministre du Québec de défendre en premier lieu la langue de son peuple par tous les moyens mis à sa disposition comme c\u2019est son devoir.Sans quoi, il s\u2019expose au mépris des générations futures et au rejet de l\u2019histoire.Les archives de famille Chaque famille devrait avoir ses archives, conserver avec un soin jaloux tout ce qui peut lier les générations nouvelles aux anciennes.C\u2019est ainsi que se créent les traditions.L\u2019on ne sait pas assez comme il est précieux de sentir du passé derrière soi, et quel trésor se constitue, pour l\u2019histoire générale, dans la préservation de tous les documents particuliers.Surtout quand un membre d\u2019une famille a tenu un rôle dans l\u2019Église, la politique ou les lettres, tout ce qui émane de lui est infiniment précieux; et il faudrait garder toutes les manifestations de sa pensée, toute chose où s\u2019est inscrite la pulsation de sa vie.Est également précieux tout ce qui relève la part, humble mais véritable et également grande et belle, fournie par ces bâtisseurs de pays que sont les défricheurs, les navigateurs, les menuisiers, les marchands, les médecins, les petites maîtresses d\u2019écoles, etc.C\u2019est leur activité, leur savoir-faire et leur dévouement, souvent héroïque, qui réalisent la grande œuvre collective qu\u2019est la Patrie 318 L\u2019ACTION NATIONALE Le Rapport Lalande: un recul pour la langue française par MICHEL PLOURDE Membre du Haut Conseil de la Francophonie Les auteurs de ce Rapport prennent soin de nous dire qu\u2019ils ont voulu «ne pas toucher à l\u2019essentiel de la Loi 101», «maintenir la continuité», «préserver l\u2019acquis», «poursuivre», «consolider» et «rendre plus efficace» la francisation.Il est facile de se laisser prendre à ces bonnes intentions.Mais en fait, on est obligé de constater que les deux principales recommandations du Rapport bousculent la Loi 101, opèrent une profonde rupture et risquent de compromettre l\u2019efficacité du développement de la langue française au Québec.Un mandat mal rempli D\u2019après le mandat reçu des instances politiques, le Groupe Lalande devait «identifier les moyens efficaces et nécessaires à une application rigoureuse, intégrée et coordonnée de la politique linguistique».Il devait aussi «identifier les mesures aptes à rationaliser et à accroître l\u2019efficience de la politique et des programmes de francisation et à permettre des économies d\u2019échelles».On remarque d\u2019abord trois choses: d\u2019une part, le mandat du Groupe ne devait pas porter uniquement sur la francisation des entreprises mais sur l\u2019ensemble de la politique linguistique; d\u2019autre part, le Groupe de travail devait démontrer le caractère d\u2019efficacité et de nécessité des mesures et des moyens identifiés; enfin, il devait démontrer également que ces mesures permettaient des économies d\u2019échelles.Or, aucun de ces trois points n\u2019a été respecté.L\u2019ensemble du rapport est centré uniquement sur la francisation des entreprises, ce qui rétrécit considérablement l\u2019horizon linguistique.Il débouche sur une seule mesure importante, dont le bien-fondé et la nécessité ne sont pas démontrés, celle de la création d\u2019un nouvel organisme destiné à remplacer les princi- LE RAPPORT LALANDE 319 paux organismes existants.Enfin, on ne voit pas comment cette mesure peut permettre des économies d\u2019échelles, et c\u2019est sans doute pour cela que le Rapport n\u2019en parle pas.Par ailleurs, le mandat confié au Groupe Lalande, tout en enjoignant à celui-ci de se mettre à la recherche des moyens, lui indiquait déjà, dès le point de départ, un de ces moyens!.Il demandait en effet au Groupe de travail de «formuler sous forme d\u2019amendements éventuels à la Charte de la langue française des recommandations quant aux hypothèses de modifications organisationnelles à apporter dès lors qu\u2019elles auront été approuvées par le gouvernement».Les membres du Groupe de travail se sont immédiatement emballés!.Ils ont très «vite» (c\u2019est l\u2019adverbe qu\u2019ils emploient) assimilé les «modifications organisationnelles» aux grands chambardements de structures! En retenant comme seule solution la «fusion» des organismes de la Loi 101, ils ont cédé à la facilité et au spectaculaire !.Leur mandat leur permettait pourtant plus de réalisme et d\u2019imagination! Ils auraient pu envisager d\u2019autres hypothèses de modifications organisationnelles, notamment au niveau des services.Ils auraient pu trouver, pour étoffer leurs recommandations, d\u2019autres mesures plus efficaces, dans le cas présent, que les grandes modifications de structures.Ils ne l\u2019ont pas fait, et on doit le regretter.Pour eux, fusionner les organismes de la Loi 101 va régler tous les problèmes et assurer «l\u2019efficience» de la francisation! Cette conclusion étriquée et à courte vue est tout à fait déplorable dans un domaine où l\u2019efficacité dépend de tant de facteurs! Dommage que les membres de ce comité, après avoir affiché leurs bonnes intentions, après s\u2019être lancés dans une longue dissertation sur la francisation des entreprises et après avoir souhaité l\u2019instauration d\u2019une «dynamique nouvelle», s\u2019en soient finalement tenus à des paroles et qu\u2019ils n\u2019aient pas été capables d\u2019articuler dans leurs recommandations les moyens concrets les plus aptes à réaliser leurs objectifs! Des évaluations sommaires L impression que laisse le Rapport, c\u2019est que les organismes 320 L\u2019ACTION NATIONALE de la Charte de la langue française sont un labyrinthe de complications bureaucratiques, caractérisé par les rivalités et le manque de concertation.Quant à l\u2019Office de la langue française, responsable de la francisation des entreprises, il est décrit comme un lieu de «régulation tracassière qui tourne à vide», un organisme dont «l\u2019approche» est «désincarnée» et les «interventions mécaniques».La francisation qui s\u2019y fait est qualifiée de «francisation sur papier» ou de «francisation à la baguette»; enfin, «les modes d\u2019intervention utilisés» par l\u2019Office et «le comportement de certains de ses agents» laissent «médusée», au dire des membres du Groupe de travail, «la partie du secteur privé qui est soumise au processus de la francisation».Ces accusations sont sérieuses.Sur quelles évaluations sont-elles fondées?D\u2019où viennent ces évaluations?Comment ont-elles été faites?Il conviendrait, au minimum, que le Groupe de travail cite ses sources et fasse connaître la liste des personnes et des entreprises qui ont été consultées à ce sujet.Toutes les agences gouvernementales, et en particulier celles qui œuvrent dans le domaine «sensible» de la langue, sont exposées à des évaluations sommaires ou à des jugements péremptoires d une partie du public.On est en droit de s\u2019attendre, de la part d\u2019un Groupe de travail officiellement mandaté, qu\u2019il procède à une évaluation sérieuse, preuves à l\u2019appui, avant de se servir de ces jugements pour justifier ses recommandations ou pour se débarrasser d\u2019un organisme.Qu\u2019il y ait eu parfois des complications administratives, des manques de concertation entre les organismes, des interventions maladroites de l\u2019Office, qui le niera?Il en existe partout.Mais de là à nous faire croire que ça va mal au point où il faille tout chambarder, holà! Pour un peu on croirait que le Groupe de travail noircit à dessein les organismes existants pour mieux faire passer celui qu\u2019il veut créer! Le procédé est connu, et il est un peu gros! Sur bien des points il serait facile de prendre la contrepartie du Rapport Lalande.La concertation n\u2019est pas avant tout affaire de structures, mais affaire de personnes et d\u2019attitudes.L\u2019Office et le Conseil de la langue française n\u2019ont pas attendu d\u2019être fusionnés pour s\u2019entendre, en 1980-1981, sur un partage de leurs domaines de recherche; ils n\u2019ont pas attendu d être LE RAPPORT LALANDE 321 fusionnés pour rencontrer ensemble les entreprises et examiner ensemble certains aspects de la francisation, comme ils l\u2019ont fait à plusieurs reprises; leurs conseillers juridiques n\u2019ont pas attendu la fusion des organismes pour se consulter mutuellement chaque fois que cela était nécessaire.Mais le Groupe Lalande a l\u2019air de croire que la concertation doit nécessairement mener à l\u2019unanimité.Dans le domaine de la langue, comme dans celui de l\u2019éducation, par exemple, cela n\u2019est pas toujours possible ni toujours souhaitable.Tant mieux si parfois le Conseil de la langue française a exposé des points de vue différents de ceux de l\u2019Office! La santé de la démocratie peut l\u2019exiger! Le Conseil n\u2019aurait pas exercé sa fonction critique s\u2019il avait toujours été d\u2019accord.Quant aux présidents des trois organismes, que le ministre avait pris la bonne habitude de réunir périodiquement en séances de travail jusqu\u2019en 1982, on n\u2019a pas besoin de fusionner leurs organismes pour les réunir à nouveau et établir avec eux un plan de concertation efficace! Le Rapport parle d\u2019une «certaine démotivation de la direction d\u2019un grand nombre d\u2019entreprises» et de la «démobilisation des agents gouvernementaux chargés d\u2019assurer le progrès de la francisation», et il en rejette le blâme exclusivement sur l\u2019Office.Si cela est exact et si les évaluations démontrent que l\u2019Office en est vraiment la cause, il faut alors chercher un réalignement nécessaire à l\u2019intérieur même de l\u2019Office à la fois dans les personnes et dans les attitudes.On n\u2019a pas besoin, pour régler ce problème, de créer un nouvel organisme ni de fusionner ceux qui existent.Mais si cette nouvelle démotivation était due en grande partie à d\u2019autres causes, comme par exemple au flottement de la volonté politique, à un manque d\u2019appui du bureau du ministre, à une certaine lassitude de la part des entreprises, ne faudrait-il pas alors évaluer également ces facteurs?Car, est-il besoin de le dire, cette situation n\u2019a pas toujours existé.La fancisation a connu de grands moments de motivation et de collaboration de la part des entreprises.Celles-ci reconnaissaient d ailleurs, pour la plupart, que le processus de francisation était engagé sur une voie positive et que l\u2019Office de la langue 322 L\u2019ACTION NATIONALE française, à la fois ferme et attentif aux problèmes particuliers de chacune, avait su trouver une formule de négociation efficace qui, à toutes fins pratiques, avait réduit au chômage les membres de la Commission auprès de laquelle les entreprises pouvaient en appeler! Francisation: le libre choix des entreprises Le «cœur» même du Rapport Lalande, c\u2019est la francisation des entreprises.Les membres du Groupe attachent tant d\u2019importance à cette question qu\u2019ils y consacrent la presque totalité de leur rapport, laissant ainsi dans l\u2019ombre une grande partie de leur mandat.On s\u2019attendait donc au moins à retrouver dans leurs recommandations, sous forme de moyens concrets, l\u2019essentiel des objectifs qu\u2019ils entendaient poursuivre.Surprise! On ne retrouve qu\u2019une recommandation, et elle porte sur le développement de la Banque de Terminologie.Cette recommandation est importante, certes, mais elle ne peut pas, à elle seule, engendrer cette «dynamique nouvelle» de la francisation que les auteurs du Rapport veulent mettre en place.Il faut donc chercher à l\u2019intérieur même du texte.En quoi consiste cette «dynamique nouvelle»?Il faut noter d\u2019abord que le Conseil de la langue française, dans un Avis qu\u2019il adressait au ministre le 25 janvier 1985, parlait justement d\u2019une «dynamique nouvelle à créer» et qui devait reposer, selon lui, sur «une participation accrue des Québécois au développement de la langue» et sur l\u2019émergence de «nouvelles attitudes».Le Conseil recommandait alors au Gouvernement de soutenir les initiatives des individus et des groupes en matière de développement de la langue française au Québec.Mais il ne situait pas cette dynamique nouvelle au cœur même du processus de francisation prévu par la Loi, de peur de l\u2019affaiblir ou de le brouiller.Le Conseil disait explicitement que l\u2019autre dynamique, celle de la Loi, «continue d\u2019être nécessaire pour suppléer à l\u2019absence ou à la lenteur de l\u2019action spontanée».Le Rapport Lalande, quant à lui, veut instaurer cette «dynamique nouvelle» au sein même du processus de francisation régi par la Loi et par les règlements de l\u2019Office.Il va même jusqu\u2019à vouloir «substituer» à l\u2019économie actuelle de la Loi ce LE RAPPORT LALANDE 323 qui lui «paraît être la meilleure, sinon la seule approche valable, à savoir celle du partenariat entre l\u2019État et l\u2019entreprise».Puis, il définit les deux grandes conditions de cette nouvelle dynamique.Premièrement, il demande à l\u2019Office de la langue française «de se muer en instrument de service, de facilitation et de conseil» et il réclame de l\u2019OLF «et de ses agents des changements radicaux au plan des attitudes et des comportements».Deuxièmement, il décrit le nouveau processus comme «un vaste dessein de coopération linguistique» entre l\u2019OLF et les entreprises, «une mise en commun des expériences et des compétences» de part et d\u2019autre, «une francisation communément recherchée, imaginative et qui soit l\u2019oeuvre de tous», «une mise à profit des liens actifs existant entre gens partageant le même objectif», «un dosage équilibré entre l\u2019intervention de l\u2019État et celle de l\u2019entreprise».Ces deux grandes conditions, si belles en apparence, sont irréalistes, voire dangereuses à l\u2019intérieur d\u2019une loi.Elles visent pratiquement à mettre sur le même pied l\u2019Office et les entreprises dans l\u2019application de la Loi.Elles mènent tout droit à la confusion et à l\u2019arbitraire dans l\u2019administration de la chose publique et conduisent finalement à l\u2019affaiblissement de la Charte de la langue française.Certes, il convient d\u2019encourager des mesures de rapprochement et de collaboration entre l\u2019OLF et les entreprises, et il serait utile de mettre en place des sessions d\u2019animation et de sensibilisation à l\u2019intention des fonctionnaires de l\u2019Office (voir à ce sujet les pages 68 et 74 de l\u2019/îv/s que le Conseil de la langue française adressait au ministre le 7 novembre 1983).Mais il est essentiel que les rôles de l\u2019OLF et des entreprises demeurent clairement définis.L\u2019Office de la langue française a reçu du législateur un mandat qu\u2019il serait risqué de faire partager à l\u2019entreprise sous forme de «partenariat» ou de «co-responsabilité», surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de juger de l\u2019état d\u2019avancement de la francisation au sein d\u2019une entreprise.Le Rapport Lalande mise beaucoup sur la «bonne volonté» des entreprises et parle même de «conversion».Mais est-il besoin de rappeler qu\u2019on n\u2019est pas ici dans le domaine de la «foi»?Il est vrai que les grandes entreprises ont collaboré de façon remarquable à la francisation.Mais ce serait prendre ses désirs pour 324 L\u2019ACTION NATIONALE des réalités que d\u2019imaginer l\u2019adhésion spontanée de toutes les entreprises à «un vaste dessein de coopération linguistique» ou à un «partenariat» d\u2019où la langue française sortirait gagnante.Soyons réalistes.L\u2019objectif premier des entreprises, c\u2019est la production et le profit, et non pas le développement de la langue française.Elles peuvent collaborer à ce développement de façon merveilleuse, certes, mais elles ne peuvent pas en être la force motrice ou continue! Quand il s\u2019agit de l\u2019application de la Loi, bâtir la francisation sur le «partenariat» et la «co-responsabilité», ce finira par vouloir dire qu\u2019à toutes fins pratiques l\u2019Office de la langue française sera soumis à la bonne volonté des entreprises, au libre choix des échéances et des moyens et à la négociation de mille statuts particuliers.D\u2019étape en étape, on assistera, impuissant ou.satisfait, au ralentissement puis au recul de la francisation.Pour mille bonnes raisons, les entreprises auront réussi à convaincre l\u2019Office qu\u2019elles ne peuvent pas faire autrement que de fonctionner en anglais ou dans les deux langues.Et on s\u2019apercevra trop tard que l\u2019État aura progressivement ouvert la porte à la privatisation du processus de francisation et à l\u2019instauration du bilinguisme.Est-ce cela que recherchent les auteurs du Rapport avec leur «dynamique nouvelle»?Un net recul: l\u2019abolition du CLF Le Groupe Lalande consacre la majeure partie de son rapport à la francisation des entreprises pour aboutir finalement à rien.Par contre, d\u2019un seul trait de plume, il abolit le Conseil de la langue française, après avoir salué d\u2019une phrase la qualité de ses travaux.La disparition^du Conseil constitue un net recul, à la fois pour la démocratie et pour le développement de la langue française au Québec.Commençons par ce dernier point.Jusqu\u2019ici, le mandat de l\u2019Office était très clair: l\u2019article 100 de la Loi lui enjoint de travailler à la francisation des entreprises et de l\u2019Administration publique.C\u2019est le domaine propre de l\u2019Office, qui a besoin de toutes ses énergies pour le faire.Le mandat du Conseil est beaucoup plus large: il recouvre l\u2019ensemble des préoccupations de la Charte et touche à tous les secteurs du développement de la langue française au Québec, dont la francisation n\u2019est qu\u2019une partie.C\u2019est pourquoi, au contraire de LE RAPPORT LALANDE 325 l\u2019OLF, le Conseil a travaillé activement dans d\u2019autres secteurs névralgiques pour l\u2019avenir de la langue française au Québec, comine l\u2019enseignement, les communications, la consommation, l\u2019évolution démographique du Québec, etc.Par ses comités, ses études ou ses avis (plus de 60 études et 40 avis en moins de huit ans), le CLF a traité de dossiers extrêmement importants, comme l\u2019éducation et la formation linguistique des jeunes, l\u2019évolution des clientèles scolaires, la qualité de la langue, la langue des animateurs de la radio et de la télévision, les habitudes des Québécois en matière de consommation de biens culturels, la place du français dans les écoles de Montréal à composante pluriethnique, etc.Il s\u2019est prononcé sur les aspects les plus importants de la politique linguistique, incluant l\u2019affichage.Il a mesuré les progrès du français dans les milieux de travail, dans les commerces et les services publics, au sein de la main-d\u2019œuvre hautement qualifiée, chez les travailleurs, chez les propriétaires d\u2019entreprises, chez les décideurs et les cadres supérieurs.Le Conseil a consulté et informé le public; ses travaux ont éclairé la population et le ministre, et aidé à l\u2019orientation de la politique linguistique.Bref, dans leurs domaines respectifs, les mandats du Conseil de la langue française et du Conseil supérieur de l\u2019éducation se ressemblent beaucoup.Ils doivent permettre de faire le point périodiquement sur l\u2019état et les besoins de la langue, ou de l\u2019éducation, au Québec.Or, le Rapport Lalande, en réduisant tout à la francisation des entreprises et en faisant disparaître complètement le Conseil de la langue française, rétrécit singulièrement l\u2019horizon linguistique; il pratique, dans la Charte de la langue française, une amputation majeure dont les effets ne tarderont pas à se faire sentir.Le Rapport prétend qu\u2019il ne fait pas disparaître les fonctions du CLF mais qu\u2019il fusionne plutôt celui-ci avec l\u2019OLF.C\u2019est absolument faux.L\u2019ensemble du Titre IV (articles 185 à 204) de la Charte de la langue française, qui crée le Conseil et en définit les attributions, est expressément abrogé, et aucune des fonctions du Conseil n\u2019est reprise à l\u2019intérieur du nouvel organisme qu\u2019on veut créer, comme le montre clairement la Table de concordance de l\u2019annexe «B».C\u2019est un recul pour le développement de la langue française au Québec. 326 L\u2019ACTION NATIONALE Mais il y a pire.L\u2019abolition du CLF constitue également un grave recul pour la démocratie, et cela de deux façons.D abord le Rapport prétend coiffer le nouvel Office d\u2019un conseil soi-disant semblable à l\u2019actuel CLF.Or, il n\u2019en est rien.Même si ses principes de composition sont semblables à ceux de 1 actuel CLF, ce nouveau conseil sera uniquement un conseil d\u2019administration, tout occupé à gérer les dossiers courants de l\u2019Office.Rien, dans le projet de loi qu\u2019on nous présente en annexe, ne donne à ce nouveau conseil le pouvoir de s\u2019exprimer publiquement ou d\u2019adresser des avis au ministre, comme peut le faire actuellement le Conseil de la langue française.Voudrait-il d\u2019ailleurs le faire qu\u2019il n\u2019en aurait pas le temps, puisqu\u2019il héritera non seulement des ordres du jour extrêmement chargés de l\u2019actuel conseil d\u2019administration de l\u2019OLF, mais aussi de tous les dossiers de la Commission de protection de la langue française, ce qui ne lui laissera aucun moment pour réfléchir sérieusement à la situation linguistique.Comment pourrait-il d\u2019ailleurs se consacrer à cette tâche importante avec toute l\u2019autorité et la crédibilité voulues, puisqu\u2019il serait à la fois juge et partie des activités et des orientations de cet organisme unique?La seule façon de maintenir et de renforcer la démocratie, c\u2019est de maintenir séparées la «fonction critique» du CLF et la «fonction exécutive» de 1 OLF.Or, le Rapport Lalande, qui prétend vouloir «renforcer» la démocratie, s\u2019est débarrassé complètement de la «fonction critique»!.Enfin, voici le bouquet! Non content d\u2019abolir le CLF, le Rapport veut encore soumettre le nouvel Office à la dictée du Gouvernement.Le nouvel article 119 du projet de loi prévoit, en effet, que «le ministre peut donner à l\u2019Office des directives portant sur les objectifs et l\u2019orientation de l\u2019Office».Dans un domaine aussi «sensible» et aussi exposé aux pressions de toute sortes que celui de la francisation et du développement de la langue française au Québec, la mince autonomie dont jouissait encore l\u2019OLF pour administrer dans le calme et l\u2019équité les dossiers de la francisation se trouve désormais compromise.De plus, il est impossible d\u2019imaginer que le nouvel Office, qu\u2019on prétend «multifonctionnel», puisse exercer, dans ce contexte, quelque fonction critique que ce soit.C\u2019est un très dur coup pour la démocratie. LE RAPPORT LALANDE 327 Conclusion À ceux qui ont pu espérer qu\u2019avec le temps la langue française au Québec consoliderait son statut et ses acquis et serait progressivement soustraite aux soubresauts de la politique, le Rapport Lalande apporte en quelque sorte une douche d\u2019eau froide.En réduisant la Charte de la langue française à la francisation des entreprises, en substituant le partenariat «entreprise-Etat» au processus actuel de la francisation, en évacuant de la Charte toute la «fonction critique» et en abolissant le Conseil de la langue française, en modifiant ou en supprimant quelque 90 articles de la Charte, le Rapport Lalande, contrairement à ce qu\u2019il affirme (p.10 et 11), bouscule ou retranche des dispositions essentielles de la Loi 101, opère une rupture de continuité dans 1 évolution de la politique linguistique du Québec, compromet les acquis de la francisation, rend moins efficace le travail de l\u2019Office, affaiblit le cadre institutionnel de la Charte de la langue française et diminue considérablement le caractère démocratique de la direction du nouvel organisme gouvernemental.Comme le Rapport Lalande modifie substantiellement l\u2019économie de la Charte et risque d\u2019avoir de lourdes conséquences sur le développement et l\u2019avenir de la langue française au Québec, le Gouvernement serait sage et bien avisé de ne pas l\u2019accepter, mais il pourrait fort bien procéder à des remaniements administratifs mineurs qui suffiraient à assurer la concertation et quelques économies d\u2019échelles. 328 L\u2019ACTION NATIONALE Les trois projets de madame Bacon* par HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON Peu après s\u2019être vu confier par le premier ministre Bourassa la responsabilité de la Charte de la langue française, la ministre des Affaires culturelles, madame Lise Bacon, faisait connaître trois des premiers projets de modification de la Loi 101 réclamés par Alliance Québec.1-\tAmnistier les élèves illégalement inscrits à l\u2019école anglaise.2-\tPermettre le retour à l\u2019affichage bilingue.3-\tRefondre en une seule structure les divers organismes créés par la Loi 101.En matière d\u2019amnistie des illégaux, les attentes d\u2019Alliance Québec ont été dépassées.Non seulement M.Ryan a-t-il confondu dans un même geste de mansuétude enfants innocents, parents désinformés et administrateurs scolaires parfaitement conscients et rebelles, mais encore a-t-il étendu, pour les siècles à venir, la grâce ministérielle à tous les descendants et collatéraux des fautifs.Même durant les plus florissantes années du système des indulgences, aucun pape n\u2019avait encore imaginé de rendre ainsi l\u2019absolution héréditaire! En matière de langue d\u2019affichage, le ministre de la Justice, M.Herbert Marx, s\u2019est empressé de paver la voie à madame Bacon en annonçant que toutes les poursuites judiciaires envers les contrevenants étaient suspendues.Depuis (les reporters de La Presse l\u2019ont abondamment signalé), les affiches bilingues sont peu à peu réapparues principalement à l\u2019ouest de la ville.Nargués, sinon éconduits, les inspecteurs de la Commission de protection de la langue française rentrent désormais bredouilles de leurs tournées.Or on vient tout juste d\u2019annoncer que la loi pourrait être «allégée de quelques irritants» dans un prochain avenir.Que se passera-t-il donc lorsqu\u2019on commencera à lui extraire sérieusement les dents?Article paru dans La Presse du30juin!986. LES TROIS PROJETS DE MADAME BACON 329 Il se passera, il n\u2019en faut pas douter, ce qui se passait à l\u2019époque des Lois 63 et 22: quelques «irrités» recommenceront de-ci de-là à se faire eux-mêmes justice, qui à coup de peinture-aérosol, qui à coup de marteau, ce qui est plus dommageable encore.Le saccage récent des vitrines commerciales McKenna et Allan Singer en constitue certes un regrettable échantillon.Mais qui sème le vent récolte la tempête.Le manque chronique d\u2019enracinement du Parti libéral dans les milieux culturels sensibles à la puissance des symboles peut seul expliquer que, dans l\u2019euphorie de la victoire, M.Bourassa ait laissé deux de ses ministres entrouvrir pareille boîte de Pandore.C\u2019est ce sentiment revendicateur largement assoupi par le décor et l\u2019environnement sécurisant de la Loi 101 que le retour à l\u2019affichage bilingue risque de réveiller.La refonte en une seule structure des organismes responsables de la langue vise prioritairement, on l\u2019imagine aisément, la Commission de protection de la langue française que la ministre, à l\u2019instar de son électorat anglophone, qualifie volontiers de «police de la langue» parce qu\u2019elle et il estiment exorbitant le pouvoir exécutoire qui lui est actuellement imparti à l\u2019égard des contrevenants à la loi.Dans la situation présente en effet, tandis que l\u2019Office de la langue française négocie avec une entreprise un programme de francisation susceptible de s\u2019étaler sur plusieurs années, la Commission, de son côté, peut en tout temps intervenir à court terme, par exemple pour obliger un fabricant de microordinateur ou d\u2019appareils électroniques sophistiqués à fournir un manuel d\u2019instructions rédigé en français, ou un magasin à produire des coupons de caisse libellés en français.Fondu et disséminé en un seul organisme, le pouvoir d\u2019action de la Commission s\u2019en trouvera donc grandement dilué.Le sort des manuels d\u2019instructions, modes d\u2019emploi et coupons de caisse, pour reprendre ces mêmes exemples courants, risquent à leur tour de devenir simples objets de négociation dans l\u2019octroi d\u2019un certificat de francisation, avec toutes les lenteurs administratives que cela suppose.Pourtant, 40% des demandes d\u2019intervention acheminées à la Commission de protection de la langue par les citoyens concernent ce genre de plaintes. 330 L\u2019ACTION NATIONALE La démission «fortement suggérée» de M.Gaston Cholette, président jusqu\u2019à la semaine dernière de la Commission, donne la mesure de l\u2019enjeu pour les consommateurs francophones.Certes le lobby anglophone vient de remporter là une victoire.Mais il vient aussi de refiler au gouvernement une bombe à retardement camouflée par les sondages.Lesquels, en politique, riment souvent avec «volages». TEXTE DE REMERCIEMENT 331 Texte de remerciement par MICHEL BRAULT Prix Albert-Tessier 1986 «Cette récompense, que l\u2019on me décerne aujourd\u2019hui, est pour une œuvre faite, en grande partie, de films qui m\u2019ont été inspirés par un enthousiasme à survivre que le peuple québécois m\u2019a communiqué.Je vous remercie tous de m\u2019avoir donné à filmer.Je profite de cette tribune pour demander au gouvernement actuel de ne rien changer aux outils que nous nous sommes péniblement donnés pour défendre notre langue.Notre spécificité, c\u2019est notre langue.Il est normal que nous la protégions.Le bilinguisme officiel est un marché inégal.Il y a toujours un perdant.Et dans le cas qui nous occupe, on sait lequel.Je remercie le peuple québécois de m\u2019accorder cette reconnaissance et je m\u2019engage à poursuivre avec le même entêtement fou.En jouant de son harmonica, Arthur Tremblay disait, dans sa langue blessée: \u2018Voulez-vous qu\u2019on continusse?\u2019 La réponse est OUI.» 332 L\u2019ACTION NATIONALE Ils se sont prononcés «C\u2019est toute la société québécoise qui doit s\u2019occuper de l\u2019avenir de la langue française, car, sans une ferme volonté collective, demain il sera peut-être trop tard.Et, si des modifications à la loi en vigueur ou aux règlements actuels doivent être envisagés, un débat de société s\u2019impose.» Jean Martucci Président du Conseil de la langue française «Ne plus avoir de langue ou en avoir une qui prend presque plaisir à s\u2019humilier collectivement et même à prêter aide et assistance aux forces qui l\u2019assaillent et la dénaturent, telle est mon obsession d\u2019écrivain.» Jacques Brault, écrivain Prix Athanase-David 1986 «Dans votre pays (le Québec), mettre les deux langues sur le même pied équivaut à mettre les deux pieds sur la même langue.» Joseph Hanse Linguiste belge «Un ancien ministre libéral francophone, important dans le cabinet Trudeau, disait alors qu\u2019il était encore en fonction, mais avant le référendum, qu\u2019il trouvait tout naturel que \u2018Montréal ait un caractère aussi résolument français que Toronto était anglaise\u2019.Ce n\u2019est certes pas ce qui est en train de se passer à Montréal.Avec le retour à l\u2019affichage bilingue dans un contexte de discrète invitation à la délinquance, on enlève le plâtre bien avant que la jambe ne soit guérie.» Jean-Paul Lallier Ancien ministre «Avec la Loi 101, on tenait quelque chose par le bon bout: le bout de la langue.Nonobstant les maladresses qui ont accompagné les premiers temps de son application, la Loi 101 éclusait ILS SE SONT PRONONCÉS 333 la rivière à un niveau défendable.Je colle à mon image: la Loi 101 haussait le français à un niveau producteur; de l\u2019ensablement au harnachement.L\u2019énergie potentielle, dispersée dans mille filets d\u2019eau, était harnachée et pouvait désormais se transformer en lumière, en chaleur, en mouvement.» Jean-Paul Desbiens «Une des pires menaces qui planent sur la survie du français au Québec, c\u2019est l\u2019enseignement de l\u2019anglais en première année de l\u2019école primaire.Protégeons donc farouchement les premières années d\u2019étude du français chez nos enfants.Immersion totale! Il n\u2019existe pas de bilingue authentique.On s\u2019épanouit dans la seule langue qui chante en nous, celle venue de nos origines.Quand on possède cette langue, qu\u2019on l\u2019aime et qu\u2019on en vit, toutes les autres s\u2019apprennent aisément quand le temps est venu.» Roger Lemelin 334 L\u2019ACTION NATIONALE Réflexion sur l\u2019éducation par HÉLÈNE VÉRONNEAU Université de Sherbrooke Le scandale de l\u2019éducation a fait surface dernièrement avec la parution, dans La Presse du 22 mars, du résultat d\u2019une évaluation des connaissances en mathématiques, dictée et générale, de jeunes étudiants au primaire s\u2019étant classés bon derniers par rapport à la France, la Belgique et la Suisse.L\u2019évaluation de nos écoles est inexistante.Les parents ne savent rien sur la qualité de l\u2019école de leur enfant.La qualité leur est révélée parfois brutalement.En janvier dernier, les parents d\u2019une fillette de 11 ans qui venait de changer d\u2019école se font dire qu\u2019elle a un retard de quatre mois en français et en mathématiques.Les deux écoles sont situées dans le même quartier et appartiennent à la même Commission scolaire.Aucune entreprise privée ne survivrait plus de 15 jours sans évaluation.C\u2019est la seule façon d\u2019identifier et de corriger les lacunes; autrement dit, on avance dans le noir.Comment prétendre se soucier de la qualité de l\u2019enseignement si on a pas le courage de l\u2019évaluer?La phobie de l\u2019évaluation cache une névrose de l\u2019échec.Pourtant, des écoles publiques efficaces, ça existe! Mais à n\u2019en évaluer aucune, nous les mettons toutes dans le même sac.Il faut connaître la moyenne au bâton de tel enseignant, de telle méthode, de telle école.Tout le monde veut la qualité de l\u2019enseignement, mais personne n\u2019accepte son corollaire inévitable: l\u2019évaluation.Les cancres de l\u2019école québécoise Les écoles publiques du Québec fourmillent de cancres, s\u2019il faut en croire une première enquête comparative d\u2019élèves de sixième année effectuée dans 23 villes francophones d ici, de la Belgique, de la France et de la Suisse.Que ce soit dans des examens d\u2019orthographe, de mathématiques ou de connaissances générales, les écoliers québécois se classent bons derniers et n\u2019obtiennent pas la note de passage de 60%.Cette enquête corn- RÉFLEXION SUR L\u2019ÉDUCATION 335 mandée par La Presse, si elle n\u2019a pas tous les attributs de la science, dégage néanmoins des résultats sûrs et observables sur le terrain.Voilà des années que, du primaire à l\u2019universitaire, le monde adulte déplore la dégradation de l\u2019enseignement de base dans le secteur public.Des parents en acquièrent une telle certitude qu\u2019ils vouent un culte à l\u2019école dite privée sans même se demander si la supériorité dont elle se réclame est bien réelle et véritable.Chose sûre, en tout cas, le secteur primaire de l\u2019école publique ne doit plus être à l\u2019abri de la critique, après une telle enquête.On postule trop facilement, en effet, que la détérioration de la qualité des apprentissages ne sévit qu\u2019au stade du secondaire.Sur le plan des comparaisons, l\u2019enquête témoigne aussi de l\u2019impact variable des environnements bilingues sur le rendement des élèves.Si la Belgique (le français et le néerlandais) se classe troisième avant le Québec, la Suisse, elle, manifeste une rigueur toute germanique en reléguant la France unilingue (ou alors fran-glaise) et démographiquement avantagée au deuxième rang.Le Québec, d\u2019autre part, rivalise difficilement avec cette Europe française à tradition éducative millénaire.Il y a 20 ans, il amorçait une réforme de son système non plus calquée sur sa «mère patrie», mais sur le modèle américain, avec ses vertus et ses vices.Il est intéressant, sinon primordial, de se pencher sur l\u2019unique trait dominant des jeunes québécois par rapport aux élèves européens dans une épreuve de composition française à propos de l\u2019odyssée d\u2019une baleine dans le Saint-Laurent.Évidemment, cet événement vécu l\u2019automne dernier donnait, au départ, un avantage aux écoliers d\u2019ici.Mais il illustrait aussi une particularité de notre système d\u2019éducation qui, davantage que celui de nos cousins, semble avoir valorisé une liberté créatrice prometteuse.Il ne sait ni lire, ni écrire, ni compter adéquatement, mais l\u2019enfant québécois a de l\u2019imagination à revendre.Si l\u2019école parvenait à réconcilier tous les ingrédients qui instruisent et éduquent à la fois, nos jeunes seraient mieux armés pour viser l\u2019excellence à la polyvalente, au cegep, à l\u2019université et dans toute leur vie active.Le plus grand reproche que l\u2019on peut faire à l\u2019école québécoise ne s\u2019adresse pas exclusivement aux enseignants.Au pri- 336 L\u2019ACTION NATIONALE maire, notamment, notre société cajole inconsidérément ses pupilles comme si le sens de l\u2019effort, du dépassement, de l\u2019acharnement à apprendre, à mémoriser, à élargir le cercle de leurs connaissances n\u2019était pas de leur âge.Des parents pestent comme des diables, lorsque leurs rejetons écopent de travaux à domicile, ces pauvres petits.Et pourtant, ils les laissent se vautrer pendant des heures devant la télé-garderie de loin plus exténuante.On leur inculque l\u2019art de la facilité dans tout, alors que, paradoxalement, cette génération devra se dépenser sans compter pour mériter un emploi, un gîte familial de son cru.L\u2019enquête de La Presse donne à entendre que la préoccupation de notre système scolaire pour la formation de base est aléatoire.Des jeunes avouent eux-mêmes, en d\u2019autres temps, que la maîtrise de leur langue maternelle s\u2019avère une perte de temps à l\u2019heure de la prééminence de l\u2019anglais et du langage informatique.Il s\u2019ensuit une tour de Babel, puisque plusieurs ne savent s\u2019exprimer clairement ni comprendre convenablement la pensée des autres.À l\u2019âge de la communication inter-personnelle et globale, formons-nous massivement des analphabètes?Le dernier rapport annuel du Conseil supérieur de l\u2019éducation confirme que cette motivation utilitaire de la condition étudiante étouffe «le sens immédiat de l\u2019apprentissage».On y lit que cette sensibilité aiguë au contexte économique découlant de la dernière récession «présente un caractère inattendu de précocité», y compris chez l\u2019élève du primaire.Il faut absolument que les États généraux sur la qualité de l\u2019éducation parviennent enfin à des consensus pour réintégrer la formation professionnelle à la formation générale.La qualité de vie de nos enfants est à ce prix.La Suisse, qui a terminé première en orthographe, en mathématiques et en connaissances générales, compte 157 habitants au kilomètre carré, comparativement au Québec qui en compte 4.Mais il n\u2019est pas rare de voir seulement 16 écoliers dans une classe en Suisse, et 29 au Québec.Évidemment, la différence entre les résultats ne repose pas entièrement sur la petite taille des classes.La richesse du pays et un taux de chômage à peine supérieur à 1% créent un environnement plus stimulant pour les études que le taux de chômage de 10% qui affecte en particulier les jeunes au Québec. RÉFLEXION SUR L\u2019ÉDUCATION 337 En Suisse, on a toujours enseigné la grammaire comme auparavant et les élèves ne passent pas automatiquement en classe supérieure, comme c\u2019est souvent le cas au Québec.Environ le tiers d\u2019entre eux recommencent au moins une année au cours des six premières années de leur scolarité.Quant aux ordinateurs, il n\u2019y en pas au primaire.Ils ont peur que ça devienne un jouet.La formation des maîtres Une récente enquête du ministère de l\u2019Éducation révèle que 93% des enseignants sont insatisfaits de la formation qu\u2019ils ont reçue.La cuvée 1985 ne fait pas exception.Les griefs?Amateurisme, improvisation, fumisterie même.Bref, les universités n\u2019apprennent pas aux futurs maîtres comment enseigner.Au Québec, il faut trois années d\u2019université pour accéder à la confrérie des maîtres d\u2019école, plus 7 à 10 semaines de stage.Au total, 1 500 heures de formation professionnelle: moins que les mécaniciens d\u2019automobiles, les coiffeurs ou les apprentis cuisiniers.L\u2019enseignement écréme les faibles.La seule exigence: avoir terminé son cégep.Aucun préalable, aucun test de sélection, aucune rencontre individuelle.Le fort chômage chez les enseignants aurait dû inciter les universités à resserrer leurs critères d\u2019admission.L\u2019absentéisme aux cours dépasse les 40%.Le plagiat est généralisé: les plus avancés refilent leurs travaux des années antérieures aux débutants ou, pour quelques dollars de plus, en rédigent de nouveaux.Au Québec, on peut obtenir un diplôme d\u2019enseignant sans savoir lire ni écrire, encore moins enseigner! Les universités transmettent les vieux bobards du 19^ siècle.Et les programmes ne définissent aucunement les connaissances et les techniques nécessaires à l\u2019enseignant.Comme si on naissait éducateur! L\u2019essentiel est d\u2019aimer les enfants, entend-on souvent: accepteriez-vous de confier vos épargnes à un simple amoureux de la finance?Des cours plus scientifiques existent.Le micro-enseignement 338 L\u2019ACTION NATIONALE en est un.Devant un public de cinq élèves du secondaire, le futur maître s\u2019exerce sur un point précis: comment présenter un sujet, par exemple.Les élèves le notent, un enseignant présent dans la salle le critique.Après s\u2019être visionné, il reprendra la même leçon la semaine suivante.Cette technique permet d\u2019apprendre à enseigner à petit pas, sans aller cafouiller devant une véritable classe.Des professeurs à 55 000 dollars par année ont enfourché le cheval de la non-directivité.Ils laissent les futurs professeurs s\u2019éduquer eux-mêmes.Cela donne lieu à toutes sortes d\u2019excès: à un cours d\u2019une seule rencontre, à des plans de cours décidés par les étudiants.C\u2019est ça, la pédagogie ouverte, libre: une imposture sous couvert de renouveau! Par une entente tacite, les étudiants ménagent les professeurs qui, en retour, leur donnent de bonnes notes.Il semble aussi que les universités n\u2019apprennent pas quoi enseigner.Les futurs instituteurs du primaire ne suivent aucun cours de français, de mathématiques, d\u2019histoire, de géographie: seulement des cours de «didactique», c\u2019est-à-dire sur la façon d\u2019enseigner ces matières.Comment peut-on s\u2019étonner des résultats de l\u2019enquête de La Presse, après avoir pris connaissance de cela?On avait confié la formation des maîtres aux universités dans l\u2019espoir de leur faire bénéficier de la recherche.Cela n\u2019a pas été le cas.Pratique et recherche sont restées deux mondes parallèles.D\u2019ailleurs, il ne se fait à peu près pas de recherche dans les facultés d\u2019éducation.La recherche demande beaucoup de travail; il est plus facile de donner 6 heures de cours par semaine et d\u2019aller cultiver son jardin à la campagne.C\u2019est pourquoi, les facultés de sciences de l\u2019éducation contribuent si peu au renouveau pédagogique.L\u2019enseignement supérieur Les contraintes financières compromettent la qualité.Les universités québécoises et canadiennes sont en crise et notre avenir économique et social risque d\u2019en pâtir.L\u2019enseignement supérieur et le milieu d\u2019affaires sont intimement reliés.Le premier a besoin d\u2019argent pour produire des gens instruits, le second a besoin de gens instruits pour produire de l\u2019argent. RÉFLEXION SUR L\u2019ÉDUCATION 339 Au rythme où vont les choses dans notre système d\u2019éducation supérieure, les universités manquant d\u2019argent, les gens d\u2019affaires manqueront bientôt de la relève instruite dont ils ont un besoin de plus en plus urgent.Depuis le début des années 60, le Canada a beaucoup investi dans le développement de ses universités.Après voir consacré en 1964 un sommet de 38,7% de leurs dépenses au développement, les universités consacrent maintenant à cette mission 6% de leur budget depuis près de 10 ans.Le gouvernement, quant à lui, a tout simplement décidé d\u2019éliminer les budgets de développement pour ne financer les universités qu\u2019au pro rata de la croissance de leur clientèle.Cela signifie que pour acquérir de nouveaux équipements, lancer de nouveaux programmes de cours ou simplement acheter des livres, l\u2019université doit piger à même son budget d\u2019opération quotidienne.Par suite de l\u2019instruction médiocre reçue au primaire et au secondaire, les étudiants sont moins bien préparés, au moment d\u2019arriver à l\u2019université.Mais celle-ci a dû les accepter dans ses murs, parce que seule la croissance du nombre d\u2019étudiants lui permet tant soit peu de préserver sa marge de manoeuvre financière.Cette croissance effrénée du nombre d\u2019étudiants a entraîné évidemment des carences considérables au niveau des équipements mis à leur disposition et le nombre d\u2019étudiants par classe est sans cesse plus grand.Une importante étude américaine de 1981 intitulée The cost of higher education établit que le ratio étudiant/professeur ne devrait pas dépasser 15,1.Or, dans les écoles d\u2019administration canadiennes, on retrouve en moyenne 37 étudiants par professeur.La Loi 3 sur la structure scolaire, adoptée en décembre dernier \u2014 et déclarée inconstitutionnelle depuis \u2014 permettait au conseil d\u2019école (formé de parents, de représentants du milieu et d\u2019enseignants) d\u2019évaluer le directeur et, à la limite, de le congédier.Mais elle interdisait au directeur d\u2019évaluer les enseignants! Pour congédier un instituteur, les Commissions scolaires doivent recourir aux tribunaux.Sur les 23 cas soumis depuis 10 ans, elles ont obtenu gain de cause 11 fois.Les 70 000 enseignants des écoles publiques se perfectionnent à tour de bras.En 10 ans, leur scolarité moyenne est passée 340 L\u2019ACTION NATIONALE de 12 à 16 ans.La note pour les contributions: 100 millions de dollars.Sans compter les augmentations de salaire.Le salaire des enseignants, on le sait, est basé sur leur scolarité, mais cette course aux crédits a-t-elle amélioré leur compétence?Rien n\u2019est moins sûr, selon Jacques Lamarche, responsable de la formation des maîtres au ministère de l\u2019Éducation.«Environ 80% des problèmes des enseignants, dit-il, peuvent se régler à l\u2019école.Ce ne sont pas des cours universitaires qu\u2019il leur faut, mais de la supervision pédagogique, des consultants, des conférenciers, une bonne bibliothèque spécialisée.C\u2019est à cela que devrait servir l\u2019argent du perfectionnement.» L\u2019ÉCOLE AMÉRICAINE BAFOUILLE 341 Des millions d\u2019illettrés L\u2019école américaine bafouille* par PASCAL TAILLANDIER Chaque année, quelque 2 millions de personnes viennent grossir les rangs des analphabètes aux États-Unis.Et s\u2019il faut en croire de récentes études américaines, c\u2019est le système scolaire public qui est à la source du mal.Treize pour cent des adultes américains ne savent ni lire, ni écrire.Et pourtant la majorité d\u2019entre eux est passée par le système scolaire.Pascal Taillandier, de l\u2019agence France-Presse, nous décrit ce désolant phénomène.Les cris d\u2019alarme se multiplient aux États-Unis contre les insuffisances du système scolaire public tenu en partie responsable d\u2019un taux élevé d\u2019analphabètes, et dont les enseignants sont trop peu nombreux, mal considérés, mal payés et peu enthousiastes.«Nous sommes en train de créer une nouvelle génération d\u2019illettrés.» Ce constat abrupt dressé par un récent rapport du département de l\u2019Éducation est venu rappeler que les efforts engagés pour rénover un enseignement public depuis longtemps sur la sellette sont loin d\u2019avoir porté leurs fruits.Le système d\u2019éducation n\u2019a pas besoin d\u2019être réformé, il doit être entièrement reconstruit si l\u2019on veut que nos enfants puissent être productifs au 21e siècle, estime la prestigieuse Fondation Carnegie, qui vient de publier une étude retentissante proposant notamment un système de primes pour les professeurs de haut niveau.Au moins 13 pour 100 des adultes vivant aux États-Unis \u2014 9% des Américains dont l\u2019anglais est la langue maternelle \u2014 ne savent ni lire ni écrire dans cette langue, selon le Bureau américain du recensement.La plupart d\u2019entre eux sont jeunes et sont pourtant passés par l\u2019école.Près d\u2019un quart sont de race noire.* Article paru dans Le Soleil du 3 juin 1986. 342 L\u2019ACTION NATIONALE Les analphabètes Le département de l\u2019Éducation estime que deux millions de personnes viennent grossir chaque année le nombre des analphabètes, dont le tiers serait formé d\u2019immigrants récents.Le coût de l\u2019analphabétisme est difficile à évaluer, mais de nombreux responsables s\u2019inquiètent notamment de la perte de productivité qu\u2019il engendre.«Dans la guerre technologique que nous menons contre le Japon et d\u2019autres pays, la moitié de la population américaine n\u2019est armée que de lance-pierres», estime l\u2019un des auteurs du rapport du département de l\u2019Éducation.L\u2019effort de multiples associations est loin de pallier les déficiences du système scolaire public dont chaque État est responsable et dont la mauvaise réputation contraste avec celle des universités américaines, très chères il est vrai.«C\u2019est un avenir sombre qui attend ce pays si les écoles ne parviennent pas à accomplir une meilleure tâche», estime la Fondation Carnegie, qui souligne trois priorités: trouver des professeurs , les mieux payer, les mieux former.Environ 2,2 millions d\u2019enseignants ont actuellement la charge de plus de 40 millions d\u2019élèves du public (ils sont près de 6 millions dans le privé).Mais d\u2019ici un an, selon les chiffres officiels, il faudra 171 000 professeurs de plus.Or, seuls 142 000 diplômés seront disponibles et les experts estiment qu\u2019il manquera un million de professeurs en 1990.Les États-Unis ont en effet surmonté leur crise des naissances, et la génération du baby-boom de l\u2019après-guerre fait elle aussi des enfants.Dans le même temps, de moins en moins d\u2019étudiants sont tentés par l\u2019enseignement, largement dévalué aux yeux des parents et peu rémunérateur.Les salaires Le salaire moyen d\u2019un professeur du secondaire \u2014 22 800$ par an \u2014 est en effet à peine supérieur à celui d\u2019une infirmière, inférieur à celui d\u2019un policier et près d\u2019un tiers moindre que celui d\u2019un avocat.La moitié des enseignants choisiraient de quitter leur métier s\u2019ils en avaient la possibilité, selon un sondage réalisé en 1985. L\u2019ÉCOLE AMÉRICAINE BAFOUILLE 343 Plusieurs États ont ainsi lancé une véritable chasse aux professeurs sur les campus américains, mais aussi à l\u2019étranger.«Le soleil et le jus d\u2019orange ne suffisent plus.Nous devons pratiquer un recrutement agressif», explique un proviseur de Sarasota, en Floride.Avec l\u2019aide des industriels de la région, les responsables scolaires du comté de Prince George, dans le Maryland, offrent ainsi un mois de loyer gratuit, ainsi que des réductions dans les restaurants et les cinémas à leurs futurs professeurs.Les États de l\u2019Ouest se tournent pour leur part vers le Canada, alors que le Texas a engagé les démarches pour importer des professeurs de RFA ou d\u2019Irlande.Qualité La pénurie est d\u2019autant plus importante que l\u2019accent est désormais mis \u2014 enfin, selon certains \u2014 sur la qualité.Plus question d\u2019embaucher n\u2019importe qui ou de recycler les profs de gym en spécialistes de la physique-chimie.Près de 30 États ont mis en place des tests pour les nouveaux professeurs et trois d\u2019entre eux \u2014 le Texas, l\u2019Arkansas et la Géorgie \u2014 licencient les vétérans qui échouent à un examen spécial (10% en Arkansas).Cette pénurie est une occasion unique de restructurer complètement la profession, estime la fondation Carnegie, qui suggère la création d\u2019une autorité fédérale établissant des règles de recrutement et de nouveaux diplômes d\u2019enseignement, ainsi qu\u2019un salaire moyen de 35 000$ et pouvant aller jusqu\u2019à 65 000$ pour les professeurs d\u2019élite.Malgré l\u2019hostilité de la majorité des professeurs à cette dernière proposition, les deux principaux syndicats d\u2019enseignants s\u2019y sont déclarés favorables, comme l\u2019ensemble de la classe politique.Les États-Unis doivent en effet absolument donner à la masse une éducation semblable à celle aujourd\u2019hui dispensée à quelques fortunés, affirme le directeur de la fondation Carnegie, M.Mark Tucker.«S\u2019ils ne le font pas, il devront payer le prix d\u2019une érosion régulière de leur niveau de vie.» 344 L'ACTION NATIONALE La culture au privé par ODINA BOUTET De quelle culture est l\u2019entreprise privée?La question n\u2019est pas sans importance.Notre État provincial québécois est le seul au monde où nous puissions nous donner une entreprise publique qui soit, en théorie, de notre culture.Mais, lorsque cet État se met à pratiquer des politiques d\u2019autorité privée, dites de «privatisation», pour suivre des idéologies à la mode aux États-Unis ou ailleurs, nous ferions bien d\u2019examiner si nous devons y trouver la même autorité culturelle.L\u2019entreprise privée, en Amérique du Nord, est d\u2019abord anglophone, avec tout ce que cela représente de pouvoirs en nombre, en caractères, en ressources financières, en expansion et en influences généralisées.Au Canada, en dépit du faible réduit culturel que constitue le Québec, l\u2019entreprise privée est anglophone et largement américanisée.Au Québec même, l\u2019entreprise privée se greffe à une activité continentale américaine, malgré des apparences locales de francisation.Les restes de culture française qui ressortent ici et là sont très altérés par l\u2019esprit et la langue du continent, qui sont anglophones.Assaut sur l\u2019État Lorsque l\u2019État québécois oublie sa nature francophone et qu\u2019il s\u2019en montre presque embarrassé, négligeant du même coup la population et le seul caractère qui lui donnent sa raison d\u2019être, il cherche à se départir des tâches qui lui sont particulières.Il entonne le refrain des Anglophones et il ne veut plus vivre que par comparaison avec eux.Ses ministres, souvent eux-mêmes anglophones, n\u2019ont d\u2019yeux que pour l\u2019Ontario ou les États-Unis que Ton voudrait imiter en tout.Les représentations de l\u2019entreprise privée accentuent leur pression.Le Conseil du patronat du Québec présente rapport sur rapport, tous visiblement idéologiques et peu sûrs dans leurs conclusions.Le gouvernement libéral actuel, qui avait bâti son programme et s\u2019était fait élire en soutenant ces mêmes gens, n\u2019est pas un très bon rempart contre leurs assauts.Le peu de LA CULTURE AU PRIVÉ 345 souci qu\u2019ils ont pour un État aussi particulier que celui du Québec, dans l\u2019idée qu\u2019ils ont de le diminuer sans cesse, croyant par là renforcer l\u2019entreprise privée, devrait provoquer un débat public de plus grande envergure.Requins chagrins Les hommes d\u2019affaires ont tout à perdre dans la grande aventure nord-américaine, s\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019État particulier et fort, pour les protéger.Dans leur fragile pragmatisme emprunté et peu expérimenté, ils ne voient pas qu\u2019ils seront des proies faciles pour les gros requins américains qui avaleront les petits requins canadiens qui auront eux-mêmes profité de la faiblesse du Québec pour substituer leur présence à la sienne.Car, ce que les hommes d\u2019affaires québécois oublient présentement, leur différence ethnique, les Anglophones canadiens ne l\u2019oublieront à aucun moment, pas plus que les Américains devant les Canadiens n\u2019ignoreront leurs intérêts distincts.La réponse à cette intrigue ne peut pas être dans l\u2019affaiblissement du Québec.Si les Canadiens ont intérêt à se donner un État fort, pour se protéger contre les dents américaines, les Québécois ont exactement le même besoin face au Canada, en considérant leur différence culturelle, que les Canadiens n\u2019oublieront pas plus qu\u2019ils ont oublié entre eux leurs origines irlandaise, écossaise, anglaise et autres.Mais les Québécois, qui n\u2019ont pas au départ d\u2019origine britannique comme les groupes déjà nommés, devront ou bien disparaître et perdre leur identité, ou bien se renforcer de façon à vivre leur identité et à défendre les biens qui les identifient.La pratique actuelle, qui consiste à se muer en Canadiens sans distinction ou en Américains d\u2019occasion, n\u2019est qu\u2019un trompe-l\u2019œil.Il y a fondamentalement chez les Anglophones une partialité qui se réserve les dernières décisions, et cette partialité sait être patiente et discrète au besoin.S\u2019il lui faut attendre notre usure, elle attendra; si nous choisissons de paraître avec nos biens, (comme Québecair, par exemple), sachons que nous devons les défendre. 346 L\u2019ACTION NATIONALE Une alternative Si le Canada idéalement avait fondé son existence sur une convergence des caractères de chacune des populations qui l\u2019ont constitué, si cette convergence avait été ouvertement sollicitée et clairement avouée, le Canada aurait une unité réelle.Mais les populations anglophones ont vécu à l\u2019écart de la population francophone, sauf, encore une fois, pour un certain nombre d\u2019Irlandais qui se sont unis aux Francophones et quelques accidentelles unions d\u2019autres Anglophones.Les populations anglophones ont orienté le caractère de la vie canadienne et elles désignent maintenant le caractère francophone comme étant séparé.Le choix des Anglophones de ne pas altérer leur propre caractère place les Francophones devant une alternative: ou bien ils changent eux-mêmes de caractère pour s\u2019identifier aux Anglophones, ou bien ils se donnent les moyens de vivre leur propre identité et de défendre les biens avec lesquels ils sont identifiés.Le débat public, auquel devrait donner lieu la position des gens d\u2019affaires et celle du gouvernement Bourassa, serait suffisamment concluant pour orienter l\u2019avenir des Québécois, si nous étions assez conséquents avec nous-mêmes.Il y a tellement d\u2019éléments qui comportent leur propre logique dans cette prise de position, qu\u2019il suffirait d\u2019en explorer un seul pour obliger les esprits à tirer une conclusion.Regardons mieux Prenons par exemple, toujours dans la ligne de conduite du Conseil du patronat, sa prétention qu\u2019il y a trop de fonctionnaires provinciaux au Québec, par comparaison avec l\u2019Ontario.C\u2019est un sujet de discussion qui pourrait éclairer tout ce que la confusion canadienne a de systématique.Évaluons une à une un certain nombre de considérations, en rapport avec cette prétention, et supposons que ce soit vrai qu\u2019il y ait trop de fonctionnaires provinciaux au Québec, face à l\u2019Ontario.Il faudrait aussitôt ajouter que, premièrement, les fonctionnaires de l\u2019Ontario sont en importance et en nombre installés à Ottawa et non pas seulement à Toronto; deuxièmement, la population de l\u2019Ontario a un sentiment qu\u2019elle n\u2019a jamais caché concernant le gouvernement fédéral d\u2019Ottawa, à savoir, qu\u2019elle lui accorde plus d\u2019importance qu\u2019à son gouvernement provincial LA CULTURE AU PRIVÉ 347 de Toronto; troisièmement, la population du Québec, en plus d\u2019avoir à payer ses fonctionnaires provinciaux, supposés trop nombreux, doit payer ceux de l\u2019Ontario, qui sont installés en force dans la fonction publique fédérale; quatrièmement, le sentiment de la population de l\u2019Ontario, qui attend davantage d\u2019Ottawa que de son gouvernement provincial, n\u2019est pas partagé par la population du Québec qui elle, s\u2019identifie plutôt au gouvernement québécois; cinquièmement, le caractère québécois étant différent de celui de l\u2019Ontario, il y a nécessité d\u2019entretenir des décisions québécoises.Trop pour qui?Mais, la logique de ces constatations voudrait que Ton supprime la source d\u2019une dépense que le Conseil du patronat juge trop onéreuse pour le Québec.Va-t-on s\u2019en référer au bon sens, au naturel, aux facultés normales, à l\u2019Histoire des peuples, aux droits humains, à la métaphysique de l\u2019esprit et du cœur?Ou va-t-on plutôt alimenter davantage le système illogique qui fonctionne à contresens et qui consiste à payer pour soi-même des services provinciaux toujours incomplets et, pour autrui, une fonction publique fédérale qui comble son sentiment?S\u2019il y a une dépense de trop au Québec, n\u2019est-ce pas plutôt celle que Ton fait pour entretenir des services fédéraux qui comblent le sentiment de l\u2019Ontario?Au lieu de nous comparer sans cesse à cette province prospère, que Ton examine un peu dans quelle situation elle serait, si elle devait payer pour un système fédéral qui servirait les sentiments du Québec! Non seulement nous n\u2019aurions pas accepté de partager la dette qu\u2019elle a contractée du temps du Haut-Canada, mais les décisions et les informations préférentielles que le fédéral aurait réservées au Québec feraient du Canada un pays aussi français que les Québécois d\u2019hier croyaient encore habiter.L\u2019Ontario devrait augmenter le nombre de ses fonctionnaires à Toronto et payer pour les nôtres qui seraient installés, à la place des siens présentement, dans la fonction publique fédérale.Pour préserver son caractère anglais et son sentiment différent, elle devrait assurer chez elle ses propres décisions.Elle aurait cependant son Conseil du patronat qui, au contraire du nôtre, lui conseillerait, avec tout le pragmatisme authentique de sa culture, de cesser de payer pour les fonctionnaires fédéraux et d\u2019augmenter ses pouvoirs à Toronto. 348 L\u2019ACTION NATIONALE Honneur au mérite Cette petite projection du pays utopique des Canadiens-Français comporte une base réaliste, en ce qui concerne le caractère des Anglophones qui eux, même s\u2019ils étaient en minorité, continueraient à se constituer à l\u2019écart du caractère des Francophones.Leur prise de position serait à l\u2019inverse de celle que les Québécois ont adoptée à l\u2019égard du Canada pourtant anglophone.En l\u2019honneur de ceux qui ont su préserver leur caractère, rappelons ce que Montesquieu disait dans son analyse sur la Grandeur et la Décadence des Romains: «Cette grande distinction, qui est la base sur laquelle repose la tranquillité des peuples, est fondée non seulement sur la religion, mais encore sur la raison et la nature, qui veulent que des choses réellement séparées, et qui ne peuvent subsister que séparées, ne soient jamais confondues.» Le sens commun des Anglophones ne s\u2019est pas affaibli pour la préservation de leur caractère et ils ne l\u2019ont jamais mis en péril dans l\u2019établissement d\u2019un Canada.Ils ont compris instinctivement que leur «tranquillité» (do not disturb) exigeait «des choses réellement séparées» qui «ne soient jamais confondues».Ils ont d\u2019abord créé deux Canadas, le Haut et le Bas, puis, quand ils eurent obtenu notre participation à leur Canada, ils n\u2019en gardèrent plus qu\u2019un seul où nous étions condescendants à suivre leurs manières.L\u2019esprit général de ce pays fut que les Anglophones garderaient leur caractère et leurs manières, tandis que les Francophones se plieraient à les suivre et à s\u2019y comparer.Esprit canadien Ce Canada séparatiste de caractère envers les Francophones n\u2019a paru uni que grâce à la malléabilité du caractère de ces derniers, malgré «la raison et la nature, qui veulent que des choses réellement séparées, et qui ne peuvent subsister que séparées, ne soient jamais confondues».L\u2019identification du caractère canadien des Anglophones fut officielle pour le Canada, mais elle ne fut jamais officielle pour celui des Francophones.Le Canada fut séparatiste de fait, tandis que le Québec, qui fut différent par nature, n\u2019arriva jamais à s\u2019en justifier et il fut le seul à être accusé de séparatisme.Or, ce qui était mal pour le Québec ne l\u2019était pas pour le Canada qui, lui, privait le Québec de ce qui doit subsister, alors que le Québec aurait enrichi l\u2019esprit général LA CULTURE AU PRIVÉ 349 en évitant la confusion que le Canada lui imposait.Le Canada eut la prétention de se dire une nation et de cultiver en même temps un esprit général qui faisait deux parts inégales: celle des Anglophones, dans leur caractère bien préservé, et celle des Francophones qui devraient se plier au caractère des Anglophones dans les institutions publiques du Canada et dans leur gestion, en subissant le jugement des Anglophones qui évaluent la bonne volonté et l\u2019adresse de ceux qui se sont engagés à les suivre.Cet esprit canadien, qui fut inévitable dans les entreprises publiques, le fut encore bien davantage dans les entreprises privées, là où les apparences n\u2019exigeaient pas de plaire à des électeurs pour faciliter à des partis politiques l\u2019accession au pouvoir.La collusion des deux types d\u2019entreprises, publiques et privées, ne trouva sur son chemin que le gouvernement provincial du Québec qui, de peine et de misère, a réussi, avec la lenteur des siècles, à insuffler une meilleure part pour les Francophones.Se mettre en situation Mais, avec des propositions comme celles que fait le Conseil du patronat du Québec, il serait souhaitable que l\u2019examen en profondeur de ces comparaisons suscite dans la population une décision de bon sens.Cet examen des faits et de leurs conséquences ne parviendra pas cependant aux yeux et aux oreilles du public par l\u2019ensemble du réseau d\u2019information, parce que, systématiquement, l\u2019occasion d\u2019en faire une série de dépêches ne sera pas fournie par ceux qui font les débats publics, les gens de parti.Il n\u2019y a que les émissions et les chroniques spécialisées qui interrogent quelques «spécialistes» et qui obtiennent les compléments d\u2019information qui ne feront jamais la nouvelle.De cette sorte, «monsieur tout le monde» n\u2019aura pris connaissance que de la nouvelle adroitement préparée par le parti, par le groupe de pression ou l\u2019entreprise en cause, et soigneusement fignolée par l\u2019agence de presse ou rapidement utilisée par le journaliste trop heureux d\u2019avoir son gagne-pain assuré.Puis, une fois l\u2019événement passé, la tempête calmée, rien n\u2019a été changé.Il n\u2019y a pas de situation différente.Tout est resté en place dans le système.Des hommes vont partir, d autres vont venir.Des partis vont se remplacer.Mais le système, lui, va continuer. 350 L\u2019ACTION NATIONALE Or, si nous ne changeons pas notre situation d\u2019ensemble, si nous négligeons de nous mettre en situation pour corriger ce que le système a de privatif à notre égard, non seulement nous ne protégerons pas nos biens en les identifiant distinctement, mais nous resterons plongés dans cet esprit général canadien qui réserve pour nous la confusion et pour les Anglophones les choses qui doivent subsister.Il faut absolument un parti politique qui soit installé dans le système actuel, de manière à faire l\u2019actualité avec les compléments d\u2019information dont le public a besoin.Ses interventions étant officielles, les réseaux en seront naturellement alimentés.C\u2019est ce que le Parti québécois n\u2019a pas compris assez nettement, après l\u2019avoir pourtant accompli dès son entrée en scène et l\u2019avoir abandonné dans son effondrement.De nouvelles structures Non seulement l\u2019entreprise privée n\u2019a pas beaucoup de facilités culturelles de caractère et de structure francophones, mais l\u2019entreprise publique est pitoyablement cachée derrière.Le fédéral fait de la traduction de l\u2019anglais au français, sans se lier à des structures et à une sémantique se rapportant à un vécu francophone distinct, puisque la population de langue française n\u2019est toujours dans le système que comme imitatrice des manières et du savoir-faire des Anglophones.Il n\u2019y a pas un seul groupe de citoyens qui pourrait tenir une assemblée sur des affaires canadiennes sans se plier à la manière des Anglophones.Les préoccupations et les obligations qui se créent là affectent le vécu, et c\u2019est toute la vie des Francophones qui est ainsi atteinte, du public au privé et vice versa.L\u2019ampleur de ces engagements et l\u2019ombre du jugement moral qui en découle et qui pèse sur toutes les activités imaginables dans la population laissent à un pauvre gouvernement provincial québécois bien peu de moyens pour protéger des choses qui devraient être séparées si on veut qu\u2019elles puissent subsister.Or, c\u2019est ce gouvernement provincial québécois, libéral cette fois, qui ne trouve pas mieux à faire que de «privatiser».Nous aurons beau faire périodiquement des réflexions et des enquêtes sur la piètre qualité de notre langue, à l\u2019école et ailleurs, tant que nous ne lui aurons pas donné le soutien des LA CULTURE AU PRIVÉ 351 structures qu\u2019apporte le vécu, nous en négligerons l\u2019usage et la qualité.Quant à la sémantique, quel sens peut bien avoir le contenu d\u2019une langue, quand elle représente si peu d\u2019autorité?La partie authentique de notre vécu, celle qui avait gardé les expressions françaises, a été, semble-t-il, emportée avec la «révolution tranquille», en même temps que bien d\u2019autres choses de notre passé.Mais, cette révolution tranquille avait eu le réflexe de reprendre l\u2019autorité abandonnée par le cléricalisme et de la confier à ceux que l\u2019on a appelé les nouveaux bureaucrates de l\u2019État québécois.Cette transition nous gardait une certaine autorité collective.Quand on n\u2019a pour soi qu\u2019un seul État provincial, inséré dans une fédération qui a tout mis en place pour que subsiste le caractère anglophone et qui n\u2019a réservé que des bribes de traduction pour les Francophones, quand le peu d\u2019autorité collective qui nous reste dépend de cet État provincial et qu\u2019il décide que cela lui coûte trop cher, il est temps de penser à changer cette situation et de se donner de nouvelles structures. 352 L\u2019ACTION NATIONALE Présentation «Une lente agonie» par JEAN-D.ROBILLARD L\u2019émotion m\u2019étreignait, on ne peut plus, alors que j\u2019étais sur les bancs de l\u2019école et que nous devions étudier le récit d\u2019Alphonse Daudet: la dernière classe.Au Québec, ce ne sont pas les Prussiens qui défilent sous nos fenêtres, mais c\u2019est l\u2019envahisseur qui s\u2019infiltre, insidieusement, dans notre culture, se dissout dans nos mentalités, pénètre imperceptiblement notre pensée française.Depuis plus de deux cents ans, l\u2019anglicisation grignote petit à petit le peuple québécois.Grâce à l\u2019entêtement de nos ancêtres bretons ou à la ruse due à notre ascendance normande, nous avons résisté.L\u2019isolement des Québécois, paysans pour le plus grand nombre, constitua jusqu\u2019à un certain point une digue pour contenir l\u2019assimilation.Mais au vingtième siècle, avec les communications ultra-rapides que nous connaissons, les distances n\u2019existent plus.Le peuple québécois est en perpétuel contact avec son environnement immédiat, soit une mer de 250 millions d\u2019Anglo-Saxons.Il doit se battre s\u2019il veut conserver sa langue, ou il s\u2019assimilera et disparaîtra à très brève échéance.Pauline Julien, dans MOMMY, nous chante le triste sort que nous risquons si nous ne réagissons plus aux nombreuses lumières rouges qui s\u2019allument de temps à autre, et cela années après années.En plus des Sociétés nationales québécoises, les Papineau, les Lafontaine, les Henri Bourassa, les Mercier, les Groulx, les Laurendeau, les Laurin, et combien d\u2019autres, ont lancé, comme des phrases dans la nuit, des éclairs avertisseurs.Loin de vouloir me comparer à ces géants de patriotisme, je désire cependant à mon tour donner un petit coup de pouce pour essayer de faire bouger cette masse énorme d\u2019indifférence qui semble recouvrir le Québec tout entier.Ce volume est né de la «UNE LENTE AGONIE» 353 somme à peu près intégrale des articles que j\u2019ai publiés dans l\u2019ACTION NATIONALE, depuis mars 1982 jusqu\u2019à juin 1986.En fait, tout le processus débuta dans les années 59 ou 60.Je lisais quotidiennement vos papiers, mesdames et messieurs les journalistes.Or, je me suis vite rendu compte que vos écrits, qui éveillaient en moi tantôt la colère, tantôt la tristesse, tissaient l\u2019histoire de mon pays.Mais l\u2019information à flots continus noyait ces quelques pierres précieuses qu\u2019il me fallait conserver pour connaître le fil conducteur, la pensée secrète qui animait nos dirigeants.J\u2019ai ainsi développé une habitude de lecture qui me faisait particulièrement réagir lorsque vos textes touchaient des sujets tels que les batailles pour les écoles françaises, la farce du bilinguisme, les profiteurs de la Crise d\u2019octobre, les injustices flagrantes que subissait le Québec de la part du gouvernement fédéral, et cela ministère par ministère, l\u2019économie du Québec galvaudée par les transactions d\u2019Ottawa comme, à titre d\u2019exemple, les contrats rentables de l\u2019automobile qui infailliblement se signaient en Ontario, le déménagement des sièces sociaux, les tristes championnats du Québec pour les faillites, le crime, les maladies industrielles, etc.Voilà comment j\u2019ai pu, pendant vingt ans, accumuler trois pleins tiroirs d\u2019un classeur, et cela sur quatre grands thèmes, dont celui de la langue française.Avant la rédaction proprement dite, il fallait classer vos articles dans un ordre logique et chronologique.À cette fin, j\u2019ai dû inscrire sur fiches les titres de toute cette montagne d\u2019informations, travail qui débuta en septembre 1978 jusqu\u2019en 1979.Enfin, grâce au support organisationnel et financier de JEAN GENEST, directeur At L\u2019ACTION NATIONALE, et de RENÉ BLANCHARD, directeur du programme à la Société nationale, Centre-Québec (Drummondville), le volume «UNE LENTE AGONIE» a pu paraître.Même si vous êtes les premiers auteurs de ce travail, vous les journalistes, même si ma recherche d\u2019une patience bénédictine compte pour une part importante de cette production, si Jean Genest et René Blanchard n\u2019avaient pas insisté pour passer à la réalisation du volume, nous en serions encore à la publication 354 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019un article par mois dans TACTION NATIONALE.Il n\u2019y aurait donc pas de lancement et les difficultés que rencontre la langue française au Canada seraient moins connues du grand public que nous désirons sensibiliser à ce grave problème du français.Ce volume est un dossier avant tout: il essaie de démontrer par plus de 1 200 faits précis que la langue française s\u2019éteint petit à petit à travers le Canada.Il ne s\u2019agit pas de pessimisme ni d\u2019exagération.D\u2019ailleurs, tous ces journalistes cités auraient-ils tous menti?Se seraient-ils tous trompés?Et cela pendant plus de vingt ans?Il faudra donc malheureusement bientôt sonner le glas de l\u2019existence des Francophones hors Québec.On observe cette dégringolade par les statistiques \u2014 même si le fédéral essaie le plus possible d\u2019en diminuer le choc en n\u2019ayant pas le courage de poser clairement les vraies questions lors des recensements \u2014, statistiques qui indiquent une diminution plus ou moins rapide selon les provinces, mais une diminution inexorable des parlants français.Même au Québec, n\u2019avons-nous pas entendu souvent et dans toutes les classes sociales l\u2019expression «Ba-bye!», utilisée par un très grand nombre de Francophones?Si nous pouvions compter autant d\u2019Anglophones qui se quittent sur un «Au revoir»! Qui n\u2019a pas entendu nos jeunes préférer chanter en anglais et les groupes compositeurs choisir un nom anglais?Nos jeunes concitoyens anglophones nous rendent-ils la pareille en chantant en français?Syntonisez les postes de radio francophones comme CKAC, CKVL, CJMS, etc., et quatre fois sur cinq n\u2019entendrez-vous pas une chansonnette en anglais?La radio anglaise, CFCF, CJAD, CKLM et CBM, se fait-elle remarquer par la présentation de cassettes ou de disques québécois et de langue française?Le pouvoir donné au Québec de légiférer en ce sens améliorerait sûrement la situation.Récemment encore, dans La Presse (23 août 1986), n\u2019écrivait-on pas qu\u2019en sciences l\u2019usage du français régressait?Deux études d\u2019Arnold J.Drapeau, commandées et publiées par le Conseil de la langue française, nous fournissent les chiffres suivants: en sciences physiques et mathéma- «UNE LENTE AGONIE» 355 tiques, 90% des publications recensées au Québec utilisent l\u2019anglais; en sciences biologiques et médicales, la proportion est de 76%.Bref, la régression de l\u2019usage du français, chez les chercheurs francophones, est confirmée.Si ce qui reste de la Loi 101 n\u2019existait pas, les écoles anglaises de Montréal, de l\u2019Estrie, de l\u2019Outaouais et même de la Gas-pésie et de Québec regorgeraient d\u2019inscriptions de nos jeunes francophones.Peut-être reste-t-il un moyen de poser un cran d\u2019arrêt à cette assimilation du peuple québécois, s\u2019il n\u2019est pas trop tard: 1-\til faudra que notre Assemblée nationale ait le courage de légiférer fermement de façon à protéger notre culture et notre langue; 2-\til faudra que, plus jamais, aucune Cour de justice ne vienne affaiblir ces lois bénéfiques pour notre peuple.Or il n\u2019y a pas 56 façons d\u2019empêcher la Cour Suprême de contrecarrer les projets législatifs québécois, il s\u2019agit de la faire disparaître à tout jamais de nos yeux en donnant au Québec l\u2019autonomie de son système judiciaire, se libérant ainsi de la tutelle d\u2019Ottawa.Autrement dit, créons un Québec libre.Voilà le message que je désire vous transmettre.Soyez-en les agents multiplicateurs.Continuons à débusquer, continuons à présenter des tableaux comparatifs: le Québec versus les autres provinces, et cela dans tous les domaines: linguistiques, économiques, tel que chômage, achats des biens de service par le fédéral aux provinces, contrats de recherches donnés par le gouvernement fédéral aux universités, etc.Pourquoi les Québécois semblent-ils tellement indifférents, tellement apathiques, pour ne pas dire tellement amorphes?C\u2019est qu\u2019ils ne savent pas, qu\u2019ils oublient ou qu\u2019ils ne veulent pas savoir?Si trois millions de Québécois lisaient ce livre, je crois, ou du moins je l\u2019espère, le Québec se transformerait, sortirait enfin de sa torpeur et voudrait goûter au philtre d\u2019un Québec libre! 356 L\u2019ACTION NATIONALE Au Canada Une bombe à retardement dans un champ de mines par PATRICK ALLEN Un bon décapant, révélateur d\u2019une force moderne à harnacher ou une bombe à retardement dans un champ de mines au Canada, voilà ce qu\u2019est ce dossier de faits vérifiables accumulés par le psychologue et maître en éducation, Jean-Denis Robil-lard.Il vient de paraître aux Éditions de L\u2019Action nationale, sous le titre excellent: UNE LENTE AGONIE, la langue française au Canada.Un bon décapant qui fait disparaître les vieux vernis, les peintures usées et les maquillages défraîchis, dans les phrases rassurantes et ronronnantes de certains politiciens d\u2019apparence avant-gardiste.Ces politiciens veulent dynamiter la Loi 101, sous prétexte qu\u2019il vaut mieux améliorer la qualité de la langue que de la protéger par des contrôles irritants.À l\u2019appui de ces petits politiciens, on a vu constamment certains hommes d\u2019Église, souvent irlandais, comme Mgr Fallon et Mgr Carter, se servir de la chaire de vérité contre les droits de la langue française.Une bombe à retardement, ce livre de Jean-D.Robillard, parce qu\u2019il accumule des faits depuis deux siècles d\u2019humiliations, de frustrations, de luttes perdues, d\u2019espoirs tantôt écrasés, tantôt renaissants, de trahisons révoltantes tout autant que de promesses mensongères.C\u2019est vrai: l\u2019agonie, c\u2019est le moment qui précède la fin, le grand silence et la disparition.Mais ce peut être aussi la fin du déclin, le signal d\u2019une résurrection et d\u2019une nouvelle vie, si les énergies latentes se réveillent, se regroupent, conjuguent leurs capacités.Un groupe de femmes et d\u2019hommes, rivés au même objectifs, peuvent faire toute la différence.La lente agonie, alors, fait place à une explosion spectaculaire de revitalisation.Quels sont les ingrédients contenus dans ce décapant et cette bombe?Pas d\u2019opinions pures et simples, pas de randonnée dans UNE BOMBE A RETARDEMENT 357 l\u2019imaginaire ou le romantisme, pas d\u2019essai de manipulation sociale, politique ou économique.Tout est «connecté» à la réalité vécue par les Francophones du pays, directement ou indirectement, par les jeunes et par les aînés.Une moisson, une récolte d\u2019articles de journaux choisis au jour le jour depuis plusieurs décennies, surtout depuis 1960, le tout formant des dossiers qui passionnent l\u2019auteur et dont quelques-uns percutants.Avec le support organisationnel et financier de Jean Genest et de René Blanchard, tout finit par faire un bloc homogène, avec certains centres d\u2019intérêt dominants, comme le présent ouvrage.Les journalistes sont en quelque sorte les premiers auteurs de ce travail.L\u2019agonie lente et pénible du français est démasquée en deux grandes étapes ou parties, dans cet ouvrage de près de 400 pages que préface Jean Genest, pilier par excellence depuis plusieurs décennies de / Action Nationale et de ses activités particulières.La première partie révèle l\u2019agonie lente même au Québec: politique d\u2019assimilation, dégradation de la langue française au travail comme à peu près partout ailleurs, l\u2019art du mépris, la farce du bilinguisme, le prix qu\u2019il faut payer pour vivre comme dindons de la farce, les postes de subalternes et le gaspillage dans la fonction publique fédérale, le vrai repaire des racistes, le Commissaire aux langues, 1 Alliance-Québec et la cause première et majeure de 1 asphyxie de la langue: Ottawa et l\u2019aplaventrisme de ceux qui nous y représentent.La deuxième partie nous amène au chevet de la langue française en déclin hors Québec: prolifération des injustices dans les provinces maritimes (Terre-Neuve, île-du-Prince-Édouard); en Ontario: les écoles soi-disant françaises, les WASP à Penetanguishene, l\u2019école Gabrielle-Roy de Toronto, la Commission scolaire d\u2019Ottawa, Kirkland Lake, les universités dites francophones, l\u2019entêtement de Bill Davis; au Manitoba, pays de Louis Riel, d\u2019autres humiliations et des défections comme en Saskatchewan, en Alberta, en Colombie britannique et dans le Grand-Nord (Yukon et Territoires du Nord-Ouest).Comme un bulletin de santé à la dernière heure d\u2019un être cher, le livre s\u2019attarde de préférence à l\u2019heure qu\u2019il est et au nombre d\u2019heures à vivre.plutôt qu\u2019à l\u2019aspect qualitatif de la langue.Quelques chiffres tirés du livre de Jean-D.Robillard crient au secours: 358 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\tla proportion des Québécois d\u2019origine française dont la langue maternelle est devenue l\u2019anglais est: 1921:0,1\t1941:1,0\t1961:1,6 1931:0,6\t1951:1,3\t1971 et 1981: plus encore.\u2022\tLise Bissonnette écrit, dans Le Devoir du 28 février 1980, que «dans l\u2019île de Montréal, les écoles anglaises reçoivent encore 39% de la population scolaire, largement plus que la population de langue maternelle anglaise».Dans ce surplus, ajoute Jean-D.Robillard, on compte bien sûr les 2 000 inadmissibles cachés par les administrateurs et les enseignants et clandestinement intégrés dans les classes régulières (p.43).Peut-on oublier ici l\u2019absolution naïve et sans condition que vient de donner le gouvernement du Québec aux responsables des écoles anglaises gavées de «clandestins»?\u2022\tÀ ceux qui croient tout danger écarté au Québec depuis la Loi 101, la réplique suivante de Bruno Boutot, dans Le Devoir du 30 décembre 1985, qui commence son texte «Vœux 1986» par ces mots: «L\u2019usage du français continue à perdre du terrain au Canada et au Québec, selon le dernier rapport du Conseil de la langue française.» Et que d\u2019autres constatations du genre.L\u2019anglais monte comme «un raz de marée assimilateur», comme le révèle Statistique Canada: Proportion des Canadiens d\u2019origine dont la langue est l\u2019anglais\t\tfrançaise\t \t1921\t1951\t1961 \t%\t%\t% Terre-Neuve\t\t78,0\t85,2 île-du-Prince-Édourd\t1,9\t46,3\t55,1 Nouvelle-Écosse\t4,4\t49,1\t56,9 Nouveau-Brunswick\t0,8\t9,0\t12,1 Ontario\t4,9\t31,2\t37,7 Manitoba\t1,6\t22,4\t30,3 Saskatchewan\t6,8\t32,6\t43,2 Alberta\t11,2\t39,4\t49,7 Colombie britannique\t12,6\t56,8\t64,7 Ne nous comptons pas d\u2019histoires! Il crève les yeux, ce raz de marée assimilateur dans 9 provinces sur 9, plus encore qu\u2019au Québec pour le moment, mais envahissant et contagieux quand UNE BOMBE A RETARDEMENT 359 même.Pourquoi ne pas ajouter les chiffres du recensement 1971 et ceux de 1981?Chacun devrait les réclamer: ils sont disponibles et ils pourraient faire peur.La lente agonie du français au Canada est une évidence, non seulement à partir des chiffres, mais en raison des attitudes de chacun d\u2019entre nous et surtout des gestionnaires de notre patrimoine, de nos entreprises et de nos gouvernements.Jean-D.Robillard, qui a vu clair et a regroupé par région, objet, ordre chronologique, et nature ces chiffres et ces attitudes, vient donc d\u2019allumer la mèche qui pourrait nous faire exploser de rage ou de fierté et d\u2019élan dans l\u2019action.Il ne fait pas de racisme ni de nationalisme à courte vue.Il est connecté à la réalité de tous les jours.Les déconnectés, ce sont les faux chefs de file en poste de décision, les journalistes qui cachent les faits vérifiables sur le français et l\u2019anglais, les professeurs et les autres professionnels de l\u2019universitéet dans tous les autres secteurs de l\u2019enseignement ou dans les bureaux cossus, qui voilent la lumière sous le boisseau de leur sécurité et de leur confort.Nous sommes tous, face au français au Canada, comme les racistes authentiques qui ne défendent en pratique que les droits de l\u2019anglais, un peu comme ceux que dénonce Jean-D.Robillard, quand il décrit les dossiers Gérard Filion, des Gens de l\u2019Air, ceux des fonds historiques et de l\u2019Alliance-Québec (p.99 à 153).Que nous le voulions ou non, nous sommes manipulés par la majorité à Ottawa dont le brainstorming officiel sur les langues est la locomotive médiévale mais raffinée de l\u2019assimilation des Francophones (p.153-163).Dans un siècle, nos descendants pourront parodier cette strophe de notre enfance: «.Après son agonie dans les jardins d\u2019Ottawa sur la Gatineau Rideau, la langue française fut trahie par plusieurs des siens, abandonnée par ses communicateurs, chargée du poids de leurs carences, couronnée de lois inopérantes, clouée au pilori des maîtres de l\u2019argent et morte dans les salons d\u2019une race en extinction.» Le lancement du livre de Jean-D.Robillard vient à point, dans le contexte où domine le débat au gouvernement du Québec sur l\u2019affichage unilingue en français, comme le stipule la Loi 101.Les quotidiens y font largement écho.À titre d\u2019exemple, retenons: un article signé Jean-Pierre Bonhomme dans La Presse du 8 octobre 1986, intitulé «Selon un sondage CROP contredisant celui de SORECOM, 57% des Francophones favorisent 360 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019affichage unilingue français»; un éditorial de Michel Roy, dans La Presse du 9 octobre, intitulé ENCORE LA LANGUE, commente l\u2019initiative de Jean Martucci, président du Conseil de la langue française, institué par la Loi 101 pour conseiller le gouvernement de la province sur la politique linguistique, cette initiative consistant à avoir rendu public le sondage CROP; un propos des plus lucides de Jean-Paul DESBIENS intitulé SUR LE BOUT DE LA LANGUE, publié dans La Presse du 22 octobre.Ce commentaire de Desbiens nous rappelle qu\u2019«il y a 226 ans que le Québec se bat pour sa langue».Après avoir marqué les principales étapes de ce long combat, il écrit: «Avec la Loi 101, on tenait quelque chose par le bon bout: le bout de la langue.Nonobstant les maladresses qui ont accompagné les premiers temps de son application, la Loi 101 éclusait la rivière à un niveau défendable.Je colle à mon image: la Loi 101 haussait le français à un niveau producteur; de l\u2019ensablement au harnachement.L\u2019énergie potentielle, dispersée dans mille filets d\u2019eau, était harnachée et pouvait désormais se transformer en lumière, en chaleur, en mouvement.» Puis, Desbiens explique comment le Parti libéral, alors dans l\u2019opposition, a allumé lui-même la mèche de l\u2019étoupe, comment on peut «blouser» le peuple par tout ou rien.Il s\u2019arrête aux CERTITUDES minimales que l\u2019on possède sur la langue: «En ce qui concerne la langue, toutefois, nous possédons quelques certitudes: la première, dans l\u2019ordre politique, c\u2019est que la question de la langue est inflammable.La deuxième, c\u2019est que, qui perd sa langue perd son âme.On impose le russe dans les marches de l\u2019empire soviétique.La troisième, c\u2019est que la langue doit être vue.Quand on ne voit plus sa langue, on cesse de parler.Une ville saute d\u2019abord aux yeux.Le problème de l\u2019affichage est révélateur, c\u2019est le cas de le dire.La quatrième, c\u2019est qu\u2019une langue doit être portée dans le cœur de ceux qui la parlent.Le nombre de cœurs, ici, importe.Je veux dire le nombre et la qualité des citoyens d\u2019une langue.La langue est une patrie.Quand la fine fleur d\u2019une société n\u2019utilise plus sa langue que pour parler du cul, comme on le voit dans Le déclin de l\u2019empire américain, il est bien évident que cette langue n\u2019ira pas chier loin, comme disait ma mère, qui était grossière, mais jamais vulgaire.La santé est grossière; la vulgarité est diplômée.» UNE BOMBE À RETARDEMENT 361 Après avoir demandé à qui faire accroire que l\u2019anglais est offensé ou menacé ici et que la visibilité du français n\u2019est qu\u2019une apparence, une bataille d\u2019arrière-garde, comme un écho à Yves Montand, Desbiens décoche à ceux qui se demandent QUOI FAIRE: «C\u2019est de faire.En l\u2019occurrence, faire du français.En classe et dans les rues de Montréal.» Voilà Desbiens, contre le JOUAL depuis la fin des années 50 et maintenant en 1986 pour la visibilité du français dans les rues de Montréal.Le livre de Jean-D.Robillard vient donc à son heure pour mettre le feu à l\u2019étoupe, éclairer et réchauffer le français au Canada, le sortir de sa lente agonie. 362 L\u2019ACTION NATIONALE Les Brochu Une famille de Nouvelle-France par MICHEL BROCHU Plusieurs personnes, qui sont devenues spécialistes par leur travail, se sont intéressées à la généalogie des familles françaises qui se sont établies en Nouvelle-France, au XVIIe et au XVIIIe siècle.Les premiers travaux de recherche, effectués par des pionniers comme l\u2019Abbé TANGUAY, ont consisté dans l\u2019établissement des arbres généalogiques de la presque totalité des familles établies en Nouvelle-France.Des sociétés de généalogie ont été fondées, au cours du XXe siècle, dans plusieurs villes du Québec, afin d\u2019affiner les recherches à une échelle régionale ou sur une famille en particulier.Vers 1935, a été créé l\u2019Institut généalogique DROUIN, dont la documentation perfectionnée permettait à toutes les familles de souche française du Québec et du Canada français d\u2019obtenir, pour une somme relativement modique, leur généalogie ascendante, à l\u2019exclusion toutefois d\u2019autres événements que les baptêmes, les mariages et les décès.Après 1950, les travaux de généalogie se doublèrent d\u2019une histoire approfondie des familles étudiées.Le Lieutenant-Colonel Delphis-Renaud BROCHU vient de publier le premier tome de l\u2019histoire commentée de l\u2019établissement des BROCHU en Nouvelle-France, en 1661.(Les BROCHU, 174 p.Les Éditions BROCHU, Sainte-Foy.) Cet ouvrage est intéressant du fait qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une épopée familiale, qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une famille exceptionnelle par ses hauts faits, mais bien plutôt parce que les BROCHU apparaissent comme représentatifs des familles de l\u2019Ouest de la France venues s\u2019établir en Nouvelle-France.Le premier tome sur les BROCHU fait ressortir plusieurs points de cette «normalité» de la population de la Nouvelle-France. UNE FAMILLE DE NOUVELLE-FRANCE 363 De 1661 à 1803 c\u2019est-à-dire de la 1ère à la 5e génération inclusivement en terre d\u2019Amérique, on retiendra les points suivants: \u2014\tLa totalité des BROCHU de leurs conjoints et conjointes ont été mariés dans la foi catholique.\u2014\tLa totalité (moins un) des BROCHU a eu l\u2019agriculture pour profession, que ce soit sur l\u2019île d\u2019Orléans, dans la région de Saint-Vallier, de Saint-Michel, de Saint-Charles ou de Saint-Gervais-de-Bellechasse ou à l\u2019est de l\u2019île de Montréal.La seule exception concerne Mathurin BROCHU, qui fut cordonnier à Pointe-aux-Trembles.\u2014\tCette normalité s\u2019est matérialisée, malheureusement aussi, par l\u2019analphabétisme entre 1661 et 1803; deux exceptions se détachent: Jean BROCHU, fondateur de la lignée en Amérique et Michel, au début du XIXe siècle.(Ces 2 signatures sont reproduites dans l\u2019ouvrage de Renaud BROCHU.) \u2014\tEnfin, les familles nombreuses deviennent la règle, dès la première génération, et la moyenne d\u2019enfants est de 9 pour le premier siècle et demi de l\u2019histoire des Brochu, en terre d\u2019Amérique.On note même une augmentation du nombre d\u2019enfants de la 1ère génération (4 enfants) à la 5e (12 enfants).La famille BROCHU, avec ses collatéraux et ses conjoints, présente une unité parfaite du point de vue de la foi catholique, de ses origines françaises et du métier d\u2019agriculteur des chefs de familles toutes nombreuses, cette unité à laquelle il faut ajouter l\u2019analphabétisme très répandu à l\u2019époque, unité qui était celle des autres familles établies en Nouvelle-France.Les tomes qui suivront montreront le développement des 49 lignées des BROCHU, dans toutes les régions du Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis; on verra, au cours des XIXe et XXe siècles, les professions se diversifier et la dispersion géographique s\u2019amplifier à l\u2019échelle de toute l\u2019Amérique du Nord.Il faut espérer que ce type d\u2019études généalogiques et historiques minutieuses se multiplie, afin que chaque rameau familial établi en Nouvelle-France puisse être fier, en pleine connaissance de cause, de son apport particulier à l\u2019implantation française en Amérique. 364 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019actualité en bref par GÉRARD TURCOTTE Geste exceptionnel de Gilles Corbeil Les administrateurs de la Fondation Émile Nelligan \u2014 Gaston Miron, Pierre Vadeboncoeur et Paul-Émile Lallier, viennent d\u2019annoncer le geste sans précédent du directeur de galerie Gilles Corbeil, décédé accidentellement il y a quelques mois, de faire don de la plus grande partie de ses biens \u2014 soit un million de dollars \u2014 pour la création d\u2019un prix littéraire et d\u2019autres activités dans le domaine des arts et des lettres.Le prix Gilles-Corbeil qui sera doté d\u2019une bourse de 50 000$, et dont les modalités seront connues dans un an, deviendra le plus important prix littéraire attribué à un écrivain québécois.«L\u2019initiative du neveu de Nelligan, écrit Jean Royer, dans Le Devoir, devrait inciter d\u2019autres millionnaires à considérer nos artistes et nos écrivains comme les héritiers légitimes d\u2019une tradition culturelle et d\u2019une littérature uniques en Amérique.» Hommage à Jean-Marie Laurence Le grammairien et linguiste québécois de réputation internationale, Jean-Marie Laurence, est décédé il y a quelques mois déjà.Mais L\u2019ACTION NATIONALE tient quand même à rappeler son oeuvre et à lui rendre hommage, en réaffirmant, à la suite de son ancien collègue Robert Dubuc, qu\u2019il passera à l\u2019histoire comme le grand agent de la mutation linguistique du Québec.Jean-Marie Laurence a consacré cinquante ans de sa vie au service de la langue française.Sans déprécier la langue du terroir, il a su la vitaliser, l\u2019actualiser et l\u2019internationaliser.Personne n\u2019aura ni autant ni mieux que lui contribué à la promotion du français d\u2019ici.Les générations d\u2019étudiants qui ont eu le bonheur de l\u2019avoir pour maître n\u2019oublieront jamais les leçons de cet excellent pédagogue qui savait faire communier ses élèves à sa passion de la bonne langue.D\u2019autre part, les plus âgés se souviendront sans doute des émissions qu\u2019il anima à Radio-Canada, tant à la radio, Notre français sur le vif, qu\u2019à la télévision, Langue vivante.Laurence demeurera pour le Québec ce que Grévisse demeurera pour la France. L\u2019ACTUALITÉ EN BREF 365 Pierre Nadeau: trente ans de journalisme Trente ans de journalisme, partagé entre la radio et la télévision.Voilà Tassez exceptionnel anniversaire que vient de célébrer Pierre Nadeau, anniversaire qui serait passé inaperçu, sans le billet que lui a consacré Paul-André Comeau, dans Le Devoir, et qui inspira, par la suite, Marcel Adam, dans La Presse.On a certainement raison d\u2019affirmer que Pierre Nadeau est le journaliste de la presse électronique le plus populaire au Québec et qu\u2019à part René Lévesque, aucun ne s\u2019est imposé avec autant de force à la télévision québécoise.On dit même que René Lévesque n\u2019a jamais obtenu les cotes d\u2019écoutes atteintes par Pierre Nadeau.Il ne faut pas se surprendre que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal leur ait décerné son grand prix de journalisme Olivar-Asselin.Statue de la Liberté Le nom du Québec sera dorénavant lié à l\u2019histoire de la Statue de la Liberté, remise par la France aux États-Unis en 1866 et qui a été nettoyée et réparée depuis trois ans, au coût de soixante-dix millions.La Statue repose maintenant sur des pierres du Québec.C\u2019est en effet la compagnie Granites Frontenac qui a fourni les blocs de granite requis lors de la réfection de la base de la statue.L\u2019architecte américain responsable des travaux a tenu aussi à faire appel à des spécialistes québécois pour la taille et l\u2019installation de ces pierres, ainsi que pour le remodelage des pierres qui ornent l\u2019entrée de la statue.Une recommandation farfelue Parmi les nombreuses recommandations tout à fait dépourvues de «sagesse», contenues dans le rapport du comité des «sages», il en est une sur laquelle les médias ne se sont pas suffisamment arrêtés.C\u2019est le souhait du comité que l\u2019impôt des particuliers au Québec soit perçu par le gouvernement fédéral, comme c\u2019est le cas pour les autres provinces.Justement le Québec n\u2019est pas une province comme les autres.D\u2019ailleurs, c\u2019est le contraire qui devrait normalement se faire.Maurice Duplessis doit se tourner dans sa tombe en entendant cette recommandation, lui qui a obtenu de haute lutte le retour partiel du droit pour le Québec de percevoir ses propres impôts que Godbout avait cédé au fédéral à l\u2019occasion de la deuxième grande guerre. 366 L\u2019ACTION NATIONALE Année de la paix Les Nations-Unies ont proclamé 1986: Année de la paix.Dans quelques jours, le moment sera déjà venu d\u2019en dresser le bilan.Ce bilan sera loin d\u2019être positif.Durant les douze derniers mois, les affrontements armés se sont multipliés, la course aux armements s\u2019est poursuivie, le terrorisme a frappé partout, la violence a été courante.À chaque jour, les médias ont regorgé de faits et gestes démontrant le manque total de respect de la vie et des droits de la personne, même chez nous.L\u2019initiative des Nations-Unies n\u2019aura malheureusement pas contribué à court terme, à établir dans le monde ce climat de paix tant souhaité et désiré.Mais les véritables effets de l\u2019Année de la paix se retrouvent peut-être plutôt chez les individus et les organismes populaires qui manifestent davantage leur volonté de vivre dans la paix.Les mémoires de René Lévesque Jamais, depuis «Les insolences» du Frère Untel, il y a déjà plus de 25 ans, un livre n\u2019aura suscité autant d\u2019intérêt au Québec que celui que vient de publier René Lévesque.C\u2019est devenu une tradition, même chez nous, que tout homme politique qui a marqué son époque livre ses mémoires.René Lévesque se devait de le faire.Pour ne citer que quelques auteurs politiques du dernier quart de siècle, alignons les noms suivants: René Chaloult, Georges-Émile Lapalme, Antonio Barette, Lionel Bertrand, Bona Arsenault, François Cloutier, Pierre Sévigny, Gérard Pelletier, Jean Chrétien.À cette liste, sans doute incomplète, s\u2019ajoutent un nombre imposant de témoignages récents, surtout chez les péquistes, tels ceux de Lise Payette, Claude Charron, Jérôme Proulx, Rodrigue Tremblay, Gilles Grégoire et Pierre de Bellefeuille.Toutes ces publications quoique de valeurs inégales sont autant de contributions à une meilleure connaissance de l\u2019histoire politique du Québec moderne.Le nationalisme n\u2019est pas mort Le nationalisme n\u2019est pas mort au Québec et ceux qui prétendent le contraire sombrent dans un défaitisme non fondé ou encore prennent leurs rêves pour des réalités.Quant à la question linguistique, le gouvernement devrait y penser deux fois avant de toucher à la Loi 101.Ces observations n\u2019émanent pas de leaders politiques engagés dans l\u2019action non plus que de traditionnels chefs de file nationalistes.Ils proviennent de deux histo- L\u2019ACTUALITÉ EN BREF 367 riens \u2014 René Durocher et Paul-André Linteau \u2014 qui, avec Jean-Claude Robert et François Ricard, viennent de publier le deuxième tome de l\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC CONTEMPORAIN, portant sur la période de 1930, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Le premier tome, publié en 1979, retraçait l\u2019histoire du Québec depuis la Confédération, en 1867, jusqu\u2019à la crise économique de 1929-1930.Colloque des écrivains québécois Réunis à l\u2019occasion d\u2019un colloque tenu dans les Laurenti-des, les écrivains québécois ont voulu affirmer une redéfinition de la francophonie en signant une résolution qui, à la veille du second Sommet francophone de septembre 1987 à Québec, incite les divers niveaux de gouvernement à «renforcer leurs appuis structurels et financiers aux organismes qui œuvrent dans le domaine de l\u2019information, de la diffusion et de la circulation des auteurs et des œuvres au sein de l\u2019ensemble des pays, États et régions de cet ensemble de langue française».Ce qui contribuerait à relier davantage la culture québécoise aux autres cultures francophones dans le monde.Les 150 ans du diocèse de Montréal C\u2019est le 13 mai 1836, que Mgr Jean-Jacques Lartigue devient le premier évêque de Montréal.L\u2019événement a été souligné par plusieurs célébrations qui se sont échelonnées du 13 mai au 8 décembre.Les fêtes du 150e coïncidaient avec les 25 années d\u2019épiscopat de Mgr Paul Grégoire, archevêque de Montréal, et le 250e anniversaire de la fondation de la paroisse de la Visitation.C\u2019est pour souligner ce dernier anniversaire que le 24 juin dernier, la messe de la Saint-Jean eut lieu sur les terrains de l\u2019église de cette paroisse.À cette occasion, une croix érigée dans l\u2019île de la Visitation a été bénite par Mgr Grégoire et une plaque commémorative a été dévoilée par le président de la Communauté urbaine de Montréal, en rappel de la mort du père Nicolas Viel, missionnaire mort noyé dans la rivière des Prairies, le 25 juin 1625.Dans le cadre des célébrations des 150 ans de l\u2019Église de Montréal, une exposition, tenue dans le hall de l\u2019hôtel de ville, présenta plus de deux cents œuvres d\u2019art et pièces d\u2019archives illustrant l\u2019histoire religieuse, politique et sociale du diocèse de Montréal depuis un siècle et demi.L\u2019évolution de l\u2019Église de 368 L\u2019ACTION NATIONALE Montréal est indissociable de la vie politique et sociale de l\u2019époque, ce que l\u2019exposition nous raconta avec éloquence.L\u2019album-souvenir du 150e, publié chez Fides, au prix modique de dix dollars, constitue une fidèle prolongation de cette exposition.Le diocèse est né en effet dans un contexte politique effervescent en 1836, celui de la Rébellion de Louis-Joseph Papineau, dans un climat économique difficile pour une société francophone, appauvrie et diminuée par une bourgeoisie anglophone privilégiée.Le clergé et les religieuses devaient soutenir le moral des citoyens, occupant ainsi un espace de plus en plus important dans la vie des Montréalais.Les cahiers spéciaux, publiés dans Le Devoir du 27 mars et dans La Presse du 10 mai, font largement écho aux initiatives de toutes sortes qui ont marqué les 150 ans d\u2019histoire du diocèse de Montréal.Honneurs bien mérités La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal vient de décerner des honneurs on ne peut plus mérités, en remettant le prix Séraphin-Marion 86 au Père Léger Comeau et en proclamant Gaston Cholette, Patriote de l\u2019année 1986.Le Père Comeau, de l\u2019Université Sainte-Anne, Nouvelle-Écosse, est président de la Société Nationale des Acadiens.Gaston Cholette, de Québec, a été président de 1981-1986 de la Commission de protection de la langue française et un ancien président de l\u2019Office de la langue française.Les deux partagent un attachement indéfectible à notre langue et il faut se réjouir de voir leurs mérites mis en évidence. VERS UN INVENTAIRE TOPONYMIQUE NATIONAL 369 Vers un inventaire toponymique national par HENRI DORION Président de la Commission de toponymie du Québec Le but de cette intervention est d\u2019exposer brièvement aux incessants utilisateurs de toponymie que sont les géographes \u2014 et, partant à des convaincus sans doute \u2014 comment la géographie a besoin de la toponymie, mais aussi et surtout comment la toponymie a besoin du géographe, tout particulièrement du professeur de géographie.Les noms de lieux constituaient naguère un bien de consommation \u2014 et de mémorisation \u2014 courant en géographie.C\u2019était le temps de la géographie de nomenclature, alors que les manuels de géographie étaient des litanies de noms de villes, de régions, de fleuves, accompagnées de quelques chiffres dont la mémorisation constituait l\u2019objectif majeur de l\u2019enseignement.Depuis un tiers de siècle, une réaction s\u2019est amorcée, s\u2019appuyant sur le constat, peut-être un peu trop absolu, que la mémoire évacuait le jugement.S\u2019est alors développée une géographie plus relationnelle, plus conceptuelle, mieux armée de méthodes corrélatives, quantitatives et informatiques, plus orientées vers l\u2019intervention.Fort heureusement, cette orientation nouvelle s\u2019est répercutée sur tous les niveaux d\u2019enseignement et les outils pédagogiques ont vu leur contenu géographique s\u2019élargir, se diversifier, se structurer de façon presque révolutionnaire.Aucune révolution, si justifiée soit-elle, n\u2019est cependant exempte d\u2019incidents de parcours.La révolution géographique, elle, a eu, pour ainsi dire, son otage: la toponymie.Sans cependant exagérer les choses, il est incontestable que les préoccupations nouvelles de la géographie, au niveau de la recherche comme à celui de l\u2019enseignement, ont relégué, pour un temps du moins, dans une zone d\u2019intérêt seconde sinon lointaine, la connaissance du territoire, des régions ou des lieux par 370 L\u2019ACTION NATIONALE le médium des noms géographiques.Des tests échelonnés sur 15 ans ont démontré que la connaissance de la carte du monde, du Canada, du Québec, chez les étudiants du secondaire, du collégial et de l\u2019université a progressivement diminué durant les années \u201960 et une partie des années \u201970.Pire, cette diminution a été plus rapide, plus grave au niveau des études supérieures qu\u2019aux niveaux précédents.C\u2019est un fait de petite histoire mais significatif qu\u2019il ait fallu de longues discussions pour réussir à introduire, il y a un peu plus de quinze ans, un cours d\u2019«Intro-duction à la carte du monde», au niveau universitaire, cours qui visait à donner aux étudiants, par le médium de la toponymie, une connaissance élémentaire de la carte des espaces qu\u2019ils allaient étudier dans les deux ou trois années d\u2019études qu\u2019ils entreprenaient.Les opposants invoquaient le caractère préuniversitaire et presque «trivial» de cette familiarisation avec la nomenclature géographique locative, avec la toponymie, qu\u2019ils estimaient pourtant indispensable.Et accuser les lacunes, à cet égard, des niveaux secondaire et collégial entretenait sans doute la bonne conscience de la maison et du niveau universitaires, mais ne réglait pas le problème.Une fois ces résistances vaincues, le cours d\u2019introduction à la carte du monde fut finalement introduit à l\u2019Université Laval où plus de 2 000 étudiants l\u2019ont jusqu\u2019ici suivi.Parmi ceux-ci, quelques-uns introduisirent un cours analogue au niveau de quelques CÉGEPS qui l\u2019ont par la suite maintenu à leur programme.La même évolution s\u2019est produite aux États-Unis où de nombreux collèges ont maintenant à leur programme un cours intitulé «Place name geography».Cette reprise d\u2019intérêt, au niveau de l\u2019enseignement, pour la toponymie par le biais de la connaissance de la carte du monde s\u2019est doublée d\u2019un mouvement d\u2019identification régionale qui a engendré un intérêt considérable pour une meilleure connaissance du territoire, de son histoire et de son patrimoine, dont un des aspects les plus révélateurs est précisément son «trésor toponymique».Les Sociétés d\u2019histoire ne sont pas étrangères à ce mouvement.Les évolutions parallèles témoignent des deux aspects différents et complémentaires de la toponymie qui correspondent à ses deux fonctions fondamentales: la localisation et la communication. VERS UN INVENTAIRE TOPON YMIQUE NATIONAL 371 La fonction locative de la toponymie n\u2019a pas besoin d\u2019une longue démonstration.Quelle valeur pédagogique aurait un cours d\u2019histoire politique, d\u2019économie ou de géographie, alimenté, comme il se doit, d\u2019exemples que l\u2019étudiant serait incapable spontanément de localiser?Ceci n\u2019est pas une hypothèse: au hasard des quelque 2 à 3 000 tests administrés à l\u2019intérieur ou en marge du cours d\u2019introduction à la carte du monde, on a rencontré des étudiants de deuxième année de science politique qui ignoraient dans quel sens placer une carte muette de l\u2019Europe, des étudiants de géographie qui confondaient le Labrador et l\u2019Alaska, qui faisaient de l\u2019Allemagne un voisin immédiat de la Russie et, bien sûr, des centaines d\u2019autres qui confondaient Russie et URSS ou qui plaçaient Berlin à cheval sur la frontière entre les deux Allemagnes.Quelle vision avaient ces étudiants des pioblèmes géopolitiques que leurs professeurs analysaient?La fonction locative de la toponymie est aussi évidente que fondamentale.Les outils pour en garantir l\u2019exactitude sont bien connus: les Atlas pour la localisation à petite échelle, les Répertoires pour la localisation à grande échelle.Quant à ceux-ci, tous les États organisés en possèdent; au Québec, la Commission de toponymie a publié en 1969 un Répertoire contenant les 45 000 noms géographiques alors officiels au Québec et, en 1978, un nouveau Répertoire toponymique de 75 000 noms.La Commission de toponymie vient d\u2019entreprendre une nouvelle édition qui en contiendra environ 115 000; il sera disponible au printemps de 1987.La communication constitue une deuxième fonction fondamentale de la toponymie en ce sens que chaque nom de lieu est porteur d\u2019un message qui témoigne de la relation homme-espace qui s\u2019est établie, au moment où le nom a été attribué à ce lieu.Ce message est révélateur de faits historiques, sociaux, géographiques dont les noms de lieux sont quelquefois les seuls témoins.De cette manière, ils constituent, au-delà de leur fonction locative, pour ainsi dire une porte d\u2019entrée, une voie d\u2019accès au contexte géo-socio-historique qui caractérise un lieu, une région, dans sa dimension spatio-temporelle.La toponymie constitue donc, à cet égard, un outil pédagogique non négligeable qu\u2019il serait, selon nous, important de valoriser. 372 L\u2019ACTION NATIONALE r Etatisation-privatisation: vers un nouveau rôle de l\u2019État par MARCEL LAFLAMME professeur titulaire en Management Faculté d\u2019administration Université de Sherbrooke À la suite de la publication des rapports Fortier, Scowen et Gobeil, des plaidoyers sont formulés principalement par des tenants de l\u2019école libérale et par ceux de l\u2019école socialiste concernant le rôle de l\u2019État dans la société québécoise.Notre présentation dégage une troisième voie entre les philosophies basées sur l\u2019individualisme ou l\u2019étatisme à outrance.Après un quart de siècle de révolution tranquille, nous sommes à la recherche d\u2019un nouvel ordre socio-économique.D\u2019ailleurs, il en est ainsi dans la majorité des pays du monde qui envisagent d\u2019autres projets de société par rapport à ceux que préconisent New York ou Moscou.Bilan succinct Si l\u2019État a su jouer un rôle bénéfique pour notre déblocage socio-économique, maintenant son rôle tentaculaire devient un fardeau sur plusieurs plans: Au plan quantitatif \u2022\tLes Québécois ont à assumer une dette gouvernementale de 115 milliards?ou 17 700$ par personne (60 milliardsS des gouvernements municipaux et provincial et 55 milliardsS représentant notre quote-part du déficit fédéral).Ce fait à lui seul commande un allègement substantiel de l\u2019appareil public, on ne pourra plus tergiverser longtemps là-dessus.\u2022\tAnnuellement, l\u2019impôt des particuliers et des corporations du Québec contribue à plus de 50 millards de dollars.Ce qui signifie que pour chaque dollar de production au Québec plus de la moitié est siphonné par les gouvernements.\u2022\tLe Québécois dont le revenu imposable est de 10 000$ (salaire d\u2019environ 18 000$ pour une personne mariée avec deux en- ÉTATISATION-PRIVATISATION 373 fants à charge de moins de 16 ans) doit verser 37 '/2C par dollar sur tout revenu additionnel sans compter toutes les autres taxes indirectes.Au plan qualitatif La plus grande erreur du gouvernement précédent fut d\u2019avoir confondu bien commun et croissance de l\u2019appareil d\u2019État, via un nationalisme dit étatique.À maints égards l\u2019État socialisant est devenu un facteur déshumanisant et dévitalisant pour la société civile.Le délabrement avancé du tissu social au Québec, notamment de la famille, cellule de base de la société, en est une expression très vive.«La vie humaine a perdu son sens, nous prenons la statistique pour la réalité, le bilan comptable pour la vérité sociale» (François De Closets).La crise de l\u2019État renvoie à son immixtion dans la gestion des choses au lieu de s\u2019en tenir à son rôle de définisseur, d\u2019arbitre et de promoteur du bien commun.En voulant tout faire par lui-même, l\u2019État brime les collectivités locales et les initiatives de la base.L\u2019État nourrit une mentalité d\u2019entretenus, d\u2019habitude de passivité et de médiocrité dans le travail, c\u2019est bien connu.Le rôle de l\u2019État n\u2019est pas de dominer la société civile, mais d\u2019être à son service et de créer les conditions pour la bonification de celle-ci.Comme vont les choses, depuis quelques décennies, il semble y avoir eu un détournement du mandat de l\u2019État au profit de bureaucrates et de l\u2019appareil syndical qui instaure son empire face à une clientèle captive.Qui dit étatisation, dit syndicalisation et qui dit syndicalisation en secteur public dit pouvoir exhorbitant de déstabilisation de la part de deux centrales radicales pratiquant un syndicalisme de combat politique.Ainsi, la formule Rand permet de créer généreusement un État dans l\u2019État: un parti politique officieux, lequel manifeste son poids idéologique durant et entre les élections.En milieu éducatif, le problème de fond renvoie à l\u2019école techno-bureaucratique où ce sont les fonctionnaires et les permanents syndicaux qui deviennent le cœur du système au détriment des parents et des professeurs.D\u2019autre part, le fait d\u2019empêcher le secteur privé de se développer (moratoire), n\u2019est pas 374 L\u2019ACTION NATIONALE digne d\u2019un peuple évolué mais plutôt d\u2019un peuple captif.L\u2019équilibre et la parité scolaire privés-publics se réalisent dans des pays européens tels l\u2019Allemagne, la Grande Bretagne, les Pays-Bas, etc.Le secteur de la santé souffre également de problèmes similaires à ceux de l\u2019éducation.Trois principes L\u2019heure du balancier a sonné dans le sens du ré-alignement et de l\u2019allègement de l\u2019appareil d\u2019État.À cet effet, trois principes guideront nos réflexions: Premièrement, le rôle essentiel d\u2019État-arbitre et de coordonnateur de l\u2019ensemble de la société, doit se situer entre deux pôles extrêmes: (1) une tentation de faiblesse faisant abdiquer l\u2019État sous la pression des groupes d\u2019intérêt; (2) une tentation totalitaire visant à se substituer aux libres initiatives de la base.Deuxièmement, la finalité de l\u2019État, renvoie à la souveraineté du peuple et à son développement intégral.Cette philosophie de l\u2019action collective nécessite de remplacer une conception trop matérialiste de l\u2019État par des objectifs qualitatifs de solidarité sociale, d\u2019un bien-vivre-ensemble, une politique de la personne et de la qualité de vie sous toutes ses dimensions: qualité de vie familiale, qualité de vie étudiante, qualité de vie au travail, etc.Le tout visant une société d\u2019équilibre, une société fraternelle, une société responsable et solidaire.Un gouvernement au service de la personne et des communautés, voilà la nouvelle réforme qualitative attendue de l\u2019État qui ne pourra s\u2019effectuer sans un processus d\u2019harmonisation régionale des services près des citoyens à la base.Troisièmement, la remise en cause de la finalité de l\u2019État doit s\u2019effectuer au cœur d\u2019une dynamique impliquant un réalignement du rôle des autres grands acteurs socio-économiques: le Patronat, le Syndicat et le Mouvement coopératif.Tout est interdépendant dans la société; la recherche d\u2019un équilibre supérieur ne peut se réaliser sans la recharge qualitative des autres partenaires majeurs.Le rôle de l\u2019État: actualisation d\u2019un nouvel ordre socio-économique Les budgets ne sont qu\u2019une traduction des MOYENS pris par l\u2019État pour réaliser certaines FINS spécifiques.Une diminu- ÉTATISATION-PRIVATISATION 375 tion des budgets se répercute sur la chaîne moyens-fins et vice versa un ajustement des finalités se transfère sur la gestion financière.Les abus à corriger de l\u2019État vont de pair avec un réalignement de son rôle.À cet effet, l\u2019analyse se situe au sein d\u2019une vision qui couvre la situation actuelle et émergente de la société d\u2019ensemble.Problématique au niveau de la société civile Notre évolution collective semble être piégée, du fait qu\u2019elle ne poursuit pas la bonification qualitative de la société civile et aussi parce qu\u2019elle s\u2019éloigne de plus en plus de notre histoire, de nos essences et de notre humanisme fondamental.Une certaine forme de tyrannie des «Appareils» engendre une nouvelle forme de colonisation interne qui se traduit par une société malade du système: \u2022\tun système politique à trois étages plus ou moins incompatibles, \u2022\tun système éducatif et médical super-bureaucratisé, \u2022\tun système social d\u2019entretenus par l\u2019État, \u2022\tun système économique où deux millions de travailleurs sont traités comme des étrangers, \u2022\tun système syndical où deux centrales s\u2019enferment dans des corridors idéologiques, \u2022\tun système d\u2019informations qui propage à grands traits l\u2019inculture, c\u2019est-à-dire, ce qui est superflu, morbide et amoral, \u2022\tun système industriel qui pollue l\u2019environnement, \u2022\tetc.Pas étonnant que dans ce contexte, les indicateurs sociaux du Québec soient parmi les pires du monde en termes de divorces, taux de natalité, suicides, conflits de travail.Le marché de la drogue à Montréal est estimé au double du chiffre d\u2019affaires de Bombardier.En 1984, les jeunes de 15 à 29 ans représentaient 51% de l\u2019ensemble des sans-emploi.D\u2019autre part, on calcule (Sélection, nov.1977) qu\u2019un adolescent moyen au terme de ses études secondaires aurait visionné 18 000 meurtres à la télévision.Voilà un petit aperçu de la conjoncture sociale des années actuelles, qui commande plus qu\u2019une approche socio-bureaucratique de modèle gouvernemental. 376 L\u2019ACTION NATIONALE Régénération du rôle de l\u2019État Fondamentalement, c\u2019est par l\u2019assainissement du fonctionnement de la société que cette dernière requerra moins d\u2019interventions gouvernementales.Nous allons particulièrement décrire cette réorientation collective qui commande un allégement quantitatif de l\u2019État accompagné d\u2019une recharge qualitative de son rôle.La révolution administrative qui s\u2019en vient sera aussi importante pour les fonctionnaires que celle des années «60i>; mais, cette fois, le changement sera qualitatif, axé sur une modification de la culture administrative, des styles de gestion et des modes d\u2019intervention de l\u2019État.«Small is beautiful», il est possible d\u2019adopter des approches gouvernementales qui permettent un maximum d\u2019impact pour la promotion du bien-commun avec un minimum d\u2019appareil bureaucratique.Sinon, l\u2019État a tendance à devenir la Fin plutôt que le Moyen.L\u2019excellence organisationnelle qui pénètre de plus en plus l\u2019entreprise privée devrait aussi prévaloir en secteur public.La fonction de l\u2019État pourrait se comparer à celle d\u2019un siège social qui n\u2019exécute pas lui-même comme une succursale, mais qui gouverne réellement au moyen d\u2019une vision à long terme, d\u2019une coordination et d\u2019une animation des instances décentralisées.Dans ce cas, les horizons de temps sont à plus long terme, les perspectives plus élargies et les choix plus stratégiques.Faire moins mais mieux, concevoir plutôt que de réaliser, animer plutôt que de s\u2019immiscer, orienter plutôt que de réagir aux crises, fournir un idéal emballant plutôt que de guérir après coup nos maladies sociales, voilà quelques perspectives pour les fonctionnaires aptes à aider la société civile à se prendre en main.Du sous-développement administratif, propre au paternalisme étatique, le peuple est mûr pour une plus grande autonomisation.Ces transformations vont de pair avec une harmonisation des rôles des trois autres grands acteurs: Patronat, Syndicat et Mouvement coopératif, le tout reposant sur une société qualifiée de troisième type.Une orientation centrale: l\u2019économie solidaire «Si tu veux qu\u2019ils soient fiers oblige-les de construire une tour.Si tu veux qu\u2019ils se haïssent donne-leur du pain».A.de Saint-Exupéry. ÉTATISATION-PRIVATISATION 377 La dégradation du climat social au Québec s\u2019explique largement par l\u2019égocentrisme de chacun des grands acteurs.Aussi, elle est due au fait que les travailleurs et les consommateurs sont absents voire étrangers au fonctionnement du système économique fondé sur la primauté du capital et la régulation étatique, en contrepartie.Dans le cadre de l\u2019instauration d\u2019une société de troisième type par rapport aux régimes de New York ou de Moscou, la transformation du rôle de l\u2019État s\u2019effectue en symbiose avec celle des trois autres acteurs principaux de la scène économique.Au lieu de chercher un bouc émissaire au niveau de l\u2019un des acteurs, ce sont tous les quatre qui doivent bouger équitablement afin d\u2019atteindre un équilibre supérieur en fonction des personnes, des producteurs, des consommateurs, bref des citoyens, jeunes et vieux, hommes et femmes.L\u2019axe central de polarisation est celui d\u2019une économie solidaire, d\u2019une société concertée et humaine.À cet effet, les mutations principales chez les acteurs vont dans ce sens: \u2014\tallégement quantitatif de l\u2019appareil étatique accompagné d\u2019une bonification qualitative; \u2014\tdémocratisation progressive de l\u2019économie privée tant de l\u2019avoir que des pouvoirs; \u2014\tconcrétisation de la mission historique de transformation sociale de la part des coopératives; \u2014\torientation syndicale vers l\u2019intéressement ouvrier afin que deux millions de travailleurs aient le sentiment de bâtir le Québec économique.Les transformations souhaitées ont un caractère qualitatif visant à instaurer un type d\u2019économie spécifique: une économie autochtone, démocratique et respectueuse des personnes et de l\u2019environnement.Notre patrimoine économique constitué de P.M.E., coopératives et de sociétés d\u2019État s\u2019avère la pièce maîtresse de la société émergente.Ces entreprises contribuent à environ 80% des nouveaux emplois.Aussi, ces orientations philosophiques sont conformes aux traits dominants de notre culture de base: humaniste, personnaliste, qualitative et communautaire.L\u2019arrivée d\u2019un nombre impressionnant de femmes entrepreneu-res et de cadres féminins contribuera à humaniser davantage le comportement économique de la société.Alors que nous étions 378 L\u2019ACTION NATIONALE en arrière des Américains au point de vue économique, nous pourrons les devancer lorsqu\u2019il est question d\u2019un nouvel ordre socio-économique et partant, nous pourrions devenir un peuple à imiter auprès de nombreux petits pays.La transformation de l\u2019État: une dynamique à quatre À l\u2019encontre de la démocratie de type laisser-faire (libéralisme) ou de la démocratie totalitaire (socialisme), il existe une solution allant dans le sens d\u2019une société de troisième type impliquant un réaménagement sensible au niveau des quatre acteurs principaux.Les propos de ce dernier texte démontrent que de plus en plus se réalisent au Québec les conditions nécessaires à l\u2019instauration d\u2019une économie solidaire, impliquant un repositionnement du rôle de l\u2019État.Premièrement Le secteur de l\u2019économie privée donne le ton avec un rapatriement substantiel des pouvoirs économiques et un partage progressif de ces pouvoirs.La Caisse de dépôt et de placement a exercé un rôle de levier sur ce plan.À la base au Québec, il se développe un esprit d\u2019entreprise qui fait que nous constituons le Royaume des PME et des coopératives en Amérique.Grâce à une révolution managériale, la majorité des cadres d\u2019entreprise du Québec sont des francophones.Quarante pour cent (40%) de tous les gradués en administration du Canada proviennent du Québec, dont près de la moitié sont des femmes.C\u2019est assez bien pour un peuple qualifié d\u2019inapte à la direction d\u2019entreprises.Maintenant 500 000 Québécois possèdent des actions d\u2019entreprises, amorçant ainsi un processus de démocratisation économique.Dans ce sens, le régime d\u2019épargne-actions du Québec (REA) constitue une originalité des plus progressistes en matière économique.Félicitations M.Parizeau.En outre, des centaines d\u2019organisations parmi les plus performantes réalisent des programmes de participation et d\u2019intéressement ouvrier.Papiers Cascades constitue un modèle par excellence dans ce sens.La révolution pour une économie plus solidaire et humaine est amorcée.Que fera le gouvernement pour y accélérer le processus?Que fera-t-il aussi pour encourager le partage des emplois et l\u2019aménagement d\u2019horaires flexibles de travail, principalement pour avantager les couples au travail?Ces mesures ne nécessitent pas une lourde bureaucratie, mais surtout un idéal de justice et un ÉTATISATION-PRIVATISATION 379 souci de la personne et de toutes les personnes.Un courage politique, quoi! Fondamentalement, plus l\u2019entreprise sera responsable, moins l\u2019État aura à intervenir au niveau de programmes de main-d\u2019œuvre, de service social, de travail, de santé ou de protection des consommateurs et de l\u2019environnement.Deuxièmement Le secteur coopératif avec ses 3 000 entreprises autogérées constitue un pivot important dans l\u2019instauration d\u2019une société démocratique de développement.À chaque semaine, il se crée au Québec environ cinq nouvelles coopératives, notamment dans les domaines de l\u2019habitation et des coopératives ouvrières de production.Les attentes de la nouvelle génération vont dans le sens des valeurs coopératives: un sain nationalisme, l\u2019esprit régionaliste, la volonté de se prendre en main, le besoin de participation, les aspirations à une économie plus juste et plus humaine, une motivation vers la qualité de vie sous toutes ses formes.Desjardins, avec un capital de 25 milliardsî, effectue de plus en plus de crédit commercial et industriel permettant d\u2019édifier un bassin de PME décentralisées aux quatre coins du Québec.Le Congrès Desjardins de novembre prochain portant sur les «valeurs coopératives» devrait permettre d\u2019incarner davantage l\u2019idéal coopératif au sein de sa pratique.Meilleurs encouragements aux 3 000 dirigeants bénévoles qui y participent.La coopération fournit une alternative intéressante à la privatisation équitable des secteurs éducatif et hospitalier.À Sherbrooke, les coopératives d\u2019enseignement, le Collège Sacré-Cœur (secondaire) et l\u2019école Plein Soleil (primaire) s\u2019avèrent des réussites remarquables.En Espagne, la coopérativisation d\u2019un secteur hospitalier présente une bonne alternative à la bureaucratie gouvernementale.Dans le contexte de responsabilisation, de personnalisation et de privatisation des services publics, on ne peut ignorer les potentialités énormes de la vie coopérative.Actuellement, les coops d\u2019épargne et de crédit et les coops agricoles expriment notre plus belle réussite collective au Québec; près de la moitié de notre population y est impliquée.Finalement Du côté syndical, un virage très intéressant s\u2019effectue au niveau de deux centrales: la C.S.D.prônant la démocratie éco- 380 L\u2019ACTION NATIONALE nomique et la F.T.Q avec des projets constructifs d\u2019implication économique (Corvée habitation et le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec); ceux-ci constituent des approches parmi les plus progressistes d\u2019Amérique.Le gouvernement devrait mettre à leur disposition les Cégeps qui dans le cadre de l\u2019éducation permanente pourraient former les travailleurs à la gestion de l\u2019entreprise (notions de prise de décision, travail d\u2019équipe, productivité, analyse de la Bourse, etc.).L\u2019autogestion, philosophie si chère aux centrales syndicales, ne pourra se réaliser sans une phase préalable de cogestion et sans un préalable de formation à la gestion.La grande centrale allemande, la D.G.B., possède son école de gestion permettant d\u2019étendre de façon efficace dans tout le pays, la cogestion ouvrière.Le gouvernement devrait avoir un préjugé nettement favorable aux deux centrales précitées; quant aux deux autres, malheureusement elles sont réactionnaires à presque tout ce qui est constructif, même à nos PME et coopératives, même aux sommets socio-économiques de création d\u2019emploi.Ou bien elles effectueront le nécessaire virage idéologique, ou bien elles seront déphasées dans la plupart des domaines socioéconomiques; pour les citoyens, elles paraîtront à l\u2019image des multinationales étrangères.Conclusion De nombreux facteurs tant externes qu\u2019internes commandent une remise en cause importante du fonctionnement de l\u2019État.En conséquence, les penseurs sont appelés à mettre sur table diverses alternatives de solutions.Notre proposition d\u2019une société de troisième type a fait l\u2019objet de nombreux échanges dans différents milieux et la grande majorité des gens rencontrés y était favorable.S\u2019y oppose une minorité constituée d\u2019une élite intellectuelle ou économique, autant de droite que de gauche, mais surtout dans les extrêmes.Mais personne ne pourra annihiler la montée d\u2019un peuple de plus en plus mature, efficace et solidaire, édifiant progressivement une société à notre mesure.Après nous être développés par coups, l\u2019éducation dans les années «60», la santé dans les années «70» et l\u2019économie dans les années «80», nous voici au temps des synthèses menant à l\u2019aménagement d\u2019un projet de société d\u2019équilibre, impliquant toutes les composantes de la société, surtout l\u2019État. JE ME SOUVIENS 381 En décembre Je me souviens 1er décembre 1837 La tête de Papineau est mise à prix: 4 000 piastres.5 décembre 1837 Gosford décrète la loi martiale.5\tdécembre 1869 Riel proclame la «Liste des droits».6\tdécembre 1900 Alphonse Desjardins fonde la Caisse populaire de Lévis.8 décembre 1962 Manifestation anti-Gordon, Place Ville-Marie.8 décembre 1963 Manifestation anti-McGregor, Place Ville-Marie.14 décembre 1837 Mort de Chénier et de 70 de ses compagnons à Saint-Eustache.17\tdécembre 1844 Fondation de l\u2019Institut Canadien à Montréal.18\tdécembre 1854 Abolition du Régime seigneurial.21 décembre 1838 Pendaison des Patriotes Cardinal et Duquette au Pied-du-Courant.29 décembre 1958 Début de la grève des réalisateurs de Radio-Canada, qui se terminera le 9 mars 1959. 382 L\u2019ACTION NATIONALE Dans notre courrier Continuez l\u2019excellent travail avec la Revue.Serait-il possible de lire, à l\u2019avenir, l\u2019identification de vos nombreux collaborateurs?D.-R.B.(Québec) Pourquoi ne pas publier un numéro spécial sur la Charte de la langue française, au début de 1987, pour souligner le dixième anniversaire de son adoption et mettre en évidence la situation du français après dix ans d\u2019application de la Loi 101?D.B.(Montréal) Le Manifeste de la Ligue d\u2019action nationale, dont vous avez publié le texte dans le numéro d\u2019octobre, est vraiment lucide et adapté à la situation du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Il constitue un programme d\u2019action auquel devraient se rallier tous les mouvements nationalistes du Québec.B.T.(Trois-Rivières) Félicitations pour l\u2019article sur Papineau.Je l\u2019ai lu et relu, puis fait lire à plusieurs personnes de mon entourage.C\u2019est le genre d\u2019articles que bien des lecteurs souhaitent voir publier dans l\u2019Action Nationale.P.D.(Montréal) Je constate et déplore que peu d\u2019articles de la Revue sont signés par des femmes.Pourtant il y a des femmes compétentes dans tous les domaines qui ont des choses intéressantes à dire.R.L.(Montréal) Bravo à la Société Nationale du Centre du Québec à qui nous devons, je crois, la publication du livre de Jean-D.Robil-lard, auquel je souhaite une large diffusion.A.B.(Québec) EN FURETANT DANS LES ARCHIVES DE LA LIGUE 383 En furetant dans les archives de la Ligue Fondée en 1912, la Ligue des droits du français, devenue en 1933 la Ligue d\u2019action nationale, publia dès ses débuts un manifeste indiquant sa raison d\u2019être et dont voici un extrait: «Le mouvement que nous entreprenons n\u2019est nullement un mouvement de provocation, une déclaration de guerre.Notre langue a des droits: droits naturels, droits constitutionnels.Nous voudrions qu ils ne restent pas lettre morte, nous voudrions surtout que nos compatriotes soient les premiers à les respecter.Et comme leur abandon provient le plus souvent du laisser-aller, de l\u2019insouciance, de l\u2019inertie, c\u2019est à ces plaies que la Ligue va d\u2019abord s\u2019attaquer.» Dès sa fondation, la Ligue reçut l\u2019encouragement et l\u2019approbation de personnages autorisés.Citons seulement les lignes suivantes de Mgr Paul-Eugène Roy, alors coadjuteur du Cardinal Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, écrites en 1914: «Votre oeuvre m\u2019est connue depuis longtemps.Elle a eu dès 1 origine mon entière approbation.Comme vous ne sauriez douter de mon sentiment là-dessus, je crois inutile d\u2019insister.La Ligue des droits du français accomplit un travail de toute première nécessité sur le terrain des revendications urgentes.On peut regretter qu elle ne soit pas née plus tôt.Personne ne songera à contester 1 importance de sa tâche, ou à lui reprocher de ne pas l\u2019accomplir avec intelligence et courage.Hélas! c\u2019est bien jusque-là que nous en sommes venus; il faut du courage en plein Québec, pour proclamer, défendre, faire respecter les droits du français! Votre Ligue a voulu secouer la léthargie des uns, flétrir la trahison des autres.Elle a jeté le cri d\u2019alarme et donné le mot d ordre.Elle a fait davantage.Avec un zèle clairvoyant et un grand sens pratique, elle s\u2019est mise à l\u2019œuvre sur un champ d\u2019action bien déterminé, et elle s\u2019efforce d\u2019appliquer à des maux évidents des remèdes efficaces.Déjà les résultats ont fait voir la justesse de vos méthodes.Vous pouvez, à juste titre, compter sur la reconnaissance des vrais patriotes, qui voient en vous de bons et utiles ouvriers, des soldats souvent victorieux, toujours courageux dans les batailles qu\u2019ils livrent pour défendre et venger cette noble Dame, la langue française!» 384 L\u2019ACTION NATIONALE UN APPEL DE LA FONDATION ESDRAS-MINVILLE! DÉJÀ NOUS AVONS ACCUMULÉ 120 000$ INTANGIBLES POUVONS-NOUS ATTEINDRE 150 000$ DURANT CETTE CAMPAGNE 1986-1987?TOUT LE MONDE ME DIT: «C\u2019EST IMPOSSIBLE!» MAIS CE QUI EST POSSIBLE, C\u2019EST DE FAIRE MENTIR TOUT LE MONDE! Jean Genest Administrateur Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* région* suivant*» :\ti La Société Nationale de f£»t du Québec^® La S.N.Q.de la région des Hautes-Rivière* ^ La S.N.Q.de 1a région de POutaouais La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yatnaclce SMJÜiSyJSi UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS La Société Nationale de l\u2019Est du Québec^® La S.N.Q.de la région des Hautes-Rivière*^ La S.N.Q.de la région de POuta ouais La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de ta région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-YatnacWa Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d'assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu'à vous! La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siege social: Quebec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi, Laval-des-Rapides, Longueuil, Montreal, Quebec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivieres.DU GROUPE S O L I D A R I T É ¦ U N I Q U E "]
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