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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1985-01, Collections de BAnQ.

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[" 1,\u2018Action NATIONALE Volume LXXIV, numéro 5, janvier 1985 LA RIVIÈRE MOISIE SUR LA CÔTE-NORD SA RICHESSE CACHÉE: LE SAUMON (p.545) OU j'Aaaqi dhudav oL \u201806Ï ¦civil a u'?Of * U ^'8 \u201cS v,.: '¦¦-.s&i.ï-p' Htglf La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Min ville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 l\u2019ActlOn NATIONALE Volume LXXIV, numéro 5, janvier 1985\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t ROGER DUHAMEL:\tAu carrefour des choix cruels .\t487 DENIS MONIÈRE:\tLa vraie nature du Parti québécois\t\t493 ROBERT GIGUÈRE:\tLa jeunesse\t\t497 MARCEL LAFLAMME:\tPour un nouveau système de relations du travail\t\t507 JULIEN HARVEY:\tLes interventions fédérales et leurs conséquences\t\t519 ROGER DUHAMEL:\tRéconciliation et collaboration .\t523 JEAN-D.ROBILLARD:\tNos cousins franco-ontariens .\t531 BERNARD GAUTHIER:\tLe saumon de la Côte-Nord .\t545 JACQUES GAGNON:\tLe double langage du bilinguisme canadien\t\t550 YVES COURVILLE:\tLa dernière classe\t\t552 LÉANDRE FRADET:\tM.Raymond Garneau et le fédéralisme\t\t554 PATRICK ALLEN:\tÀ l\u2019affût de l\u2019actualité\t\t560 \t\t HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN BAPTISTE de Montréal\t\t Elle fait partie du Mouvement national des Québécois\t\t N.B.: Les photos de la couverture et aux pages 546-548, sont de M.Mitchell Campbell, Casier postal 788, Sept-îles \u2014 G4R 4L2.Nos remerciements pour nous faire connaître une région pratiquement ignorée. 482 L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2ième semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 483 LASSURANCE-VIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTÈGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière L Assurance-vie Desjardins a diversifie ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés Elle protege l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût Assurance:vie Desjardins 484 noua valeur 'Podium BOTAN1X 485 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM.ADRESSE .Abonnement régulier (comprenant la cotisation de membre de IIHAF)\t$20.00 Abonnement étudiant (avec pièce justificative \u2014 comprenant la cotisation de membre de I IHAF)\t$10.00 Abonnement institutionnel (sans cotisation de membre)\t$20.00 Abonnement de soutien\t$40.00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa reforme scolaire Des soirées publiques\t \u2022 chaque mois un débat\tsur un sujet,d'actualité\t Abonnement\t 1 an (10 nos) :\t12.50S à 1 \u2019 étranger\t14.50S par avion\t20.00S Nom\t Adresse\t \t r nrlr iinvlri' \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Eglise \u2022\tLe travail a temps partiel 8100, St-Laurent.Montréal H2P2L9 (514)387-2541 9298 486 L\u2019ACTION NATIONALE revue ^ _ critère Revue publiée par la Société de publication Critère inc., avec l\u2019aide du Ministère de l\u2019Éducation du Québec, du fonds F.C.A.C.du gouvernement du Québec et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy-H.Allard, Claude Gagnon, Jean Proulx, Jean Stafford.Dernières parutions: No 34: L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188 p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 AU CARREFOUR DES CHOIX CRUELS 487 Par mon hublot Au carrefour des choix cruels par ROGER DUHAMEL Quelques minutes avant le début d\u2019un concert, les musiciens rejoignent un à un leur place derrière le lutrin où s\u2019étalent leurs partitions.Puis ils procèdent à la mise au point de leur instrument, faisant entendre des sons incohérents et discontinus.C\u2019est ce qui s\u2019appelle, d\u2019une expression passée dans le langage courant, accorder ses violons.Dès que le chef d\u2019orchestre fait son apparition, tout rentre dans l\u2019ordre et le silence, avant qu\u2019un mouvement de la baguette ne donne le déclic.Il est sûrement téméraire d\u2019effectuer un rapprochement entre un gouvernement et un ensemble musical.Loin de faire taire nos grands ténors, le mandement de M.René Lévesque semble leur avoir donné le goût de se produire en solistes.Il s\u2019ensuit une pénible cacophonie intellectuelle qui contribue à notre confusion collective.Les divergences fondamentales Qu\u2019il y ait eu des discordances au sein de l\u2019orphéon péquiste, nous le savions de longue date.Pendant des années, les exigences immédiates de la gestion administrative, le désir légitime de conserver le pouvoir et aussi, il n\u2019en faut pas douter, une même foi nationaliste ont constitué des éléments assez puissants pour empêcher ou retarder des affrontements décisifs.Il arrive un moment où il n\u2019est plus possible de masquer des divergences fondamentales.Ces dernières ne se limitent pas à la seule question nationale, si importante qu\u2019elle soit.Il n\u2019est que de dégager les attitudes et les orientations profondes de chaque membre du cabinet pour conclure qu\u2019ils entretiennent des vues différentes sur le régime économique (capitalisme libéral ou social-démocratie), sur le rôle de l\u2019État (État-providence ou État neutre), sur les relations sociales (préjugé favorable aux syndicats ou aux entreprises), voire sur la conception morale de la société (restauration 488 L\u2019ACTION NATIONALE de la famille ou permissivité sexuelle).À telle ou telle enseigne, l\u2019éclatement devenait inévitable à terme.Il s\u2019est produit dans un fracas où s\u2019entrecroisent les convictions et les ambitions, sans qu\u2019il soit toujours possible de distinguer les unes des autres.Chacun entend y jouer son va-tout.Changeons de métaphore: ce n\u2019est plus un orchestre en folie, c\u2019est un navire en détresse! L\u2019intervention du leader La déclaration de M.Lévesque aura été opportune dans la seule mesure où elle a accéléré le dénouement de la crise.Le premier ministre reconnaît «la solidarité essentielle d\u2019une équipe de gouvernement» et il essaie de la reconstituer autour de la souveraineté, non plus considérée comme un enjeu électoral, mais comme «la suprême police d\u2019assurance que notre peuple ne saurait plus jamais laisser tomber.» C\u2019est le choc brutal et douloureux entre un idéal passionnément poursuivi et les rudes impératifs de la politique réelle.Il y a là sans doute un clivage insurmontable.Au moment où nous traçons ces lignes (fin novembre 84), il est encore trop tôt pour prévoir l\u2019évolution des prochaines semaines qui ne manquera pas d\u2019être galopante, mais il ne l\u2019est pas pour inscrire quelques réflexions personnelles en marge des décisions prises ou à prendre.Que pouvons-nous penser de la position de M.Lévesque?Elle comporte à notre avis des inconvénients et des avantages.On ne saura que beaucoup plus tard lesquels l\u2019auront emporté.Il faudra en effet pour cela avoir retrouvé un minimum de sérénité qui risque de nous faire défaut pendant un certain temps.Les inconvénients En lisant le texte de M.Lévesque, comment se défendre d\u2019un sentiment de chagrin! Le projet noble dont ont rêvé un si grand nombre de nos compatriotes et pour l\u2019accomplissement duquel ils ont consenti tant de sacrifices s\u2019effrite donc sous nos yeux.Aussi longtemps qu\u2019il était combattu par l\u2019adversaire, cela était normal et personne n\u2019y trouvait une source de découragement.Il en va tout autrement quand il est dénoncé, à regret mais AU CARREFOUR DES CHOIX CRUELS 489 dénoncé quand même, par l\u2019un de ceux qui s\u2019en sont fait depuis quinze ans les plus dynamiques artisans.Il s\u2019ensuivra forcément une démobilisation des troupes, du moins pour une certaine période.Combien de gens y verront, abusivement peut-être, un nouvel échec du mouvement nationaliste qui en a accumulé plusieurs au cours de notre histoire! Ils hésiteront à l\u2019avenir à s\u2019engager corps et âme dans des aventures qu\u2019ils jugeront piégées, ils préféreront camper frileusement entre les balises étroites du conformisme servile et de la médiocrité satisfaite.Ils seront enclins à céder aux appels du pied de nos ennemis habituels qui n\u2019ont pas tardé à afficher leur joie mauvaise en réitérant leur piétinement du séparatisme, rejeté comme déjà mort et un nouvel avatar du folklore.Qui sait cependant si cette exultation n\u2019est pas prématurée, si elle ne suscitera pas dans un avenir qu\u2019il ne nous appartient pas de mesurer avec exactitude un sursaut de dignité au sein des générations qui nous succéderont.Les avantages En nous efforçant maintenant de tirer une analyse positive du virage ponctuel de M.Lévesque, nous regrettons de heurter plusieurs de nos lecteurs qui s\u2019empresseront de mettre en doute l\u2019orthodoxie de nos convictions.Il leur reste l\u2019entière faculté de rejeter nos vues que nous soumettons en toute probité intellectuelle et avec le plus complet désintéressement.En recommandant d\u2019écarter des prochaines élections la mention de la souveraineté, le premier ministre donne une leçon de réalisme qui ne sera pas comprise de tous et qui peut le rapprocher du terme de sa carrière.Malgré les apparences, je demeure convaincu qu\u2019il travaille ainsi à sauvegarder l\u2019avenir.Ce n\u2019est pas là un paradoxe pour l\u2019amusement de la galerie.Posons comme hypothèse de réflexion la donnée suivante, qui est pour nous évidente et qui doit être au moins plausible pour beaucoup de gens: le scrutin de l\u2019an prochain, qu\u2019il soit référendaire ou non, est définitivement perdu pour le Parti québécois.Nous ne sommes pas de ceux qui s\u2019en réjouissent, mais à quoi bon entretenir de faux espoirs, nous bercer de chimères! 490 L\u2019ACTION NATIONALE Le sens d\u2019un verdict Comment interpréter ce résultat?Si le parti québécois, se présentant devant le peuple avec un programme de bon gouvernement, est battu aux urnes, il s\u2019agit de la défaite nullement déshonorante d\u2019une équipe ministérielle arrivée en fin de course, conformément à la loi non écrite de l\u2019alternance démocratique.Il n\u2019y a rien là de tragique ni d\u2019irrémédiable.En revanche, si le Parti québécois sollicite un renouvellement de mandat en arborant toute sa panoplie constitutionnelle et souverainiste et s\u2019il subit de la population une rebuffade retentissante, ce n\u2019est pas seulement le parti qui est battu.C\u2019est avant tout l\u2019option indépendantiste qui est bafouée et ridiculisée, c\u2019est notre peuple qui est humilié une seconde fois en le bref espace d\u2019un lustre.C\u2019est dans cette optique toute concrète que nous partageons sans réserve l\u2019opinion du ministre Pierre-Marc Johnson qui refuse de «forcer le peuple québécois à se dire non à lui-même une seconde fois.» Le masochisme n\u2019est jamais créateur ni riche d\u2019avenir et il est présomptueux de frapper à deux reprises la pierre d\u2019Horeb.Ce n\u2019est pas là, bien au contraire, une politique de reniement ni d\u2019abandon.Il s\u2019agit simplement d\u2019accepter le fait que nous avons perdu le référendum de 1980, qu\u2019il nous faut en tirer les conséquences, c\u2019est-à-dire retrousser nos manches, identifier les tâches urgentes et nous y atteler sans délai.Les tâches immédiates Sans entrer dans les détails, M.Johnson recommande de «tenter de rétablir (?) l\u2019affront, deuxièmement colmater la brèche d\u2019une formule d\u2019amendement qui est dangereuse pour nous.Troisièmement, préserver l\u2019avenir.» De son côté, le ministre Bernard Landry, plus spécifique, définit les grandes lignes d\u2019une revendication constitutionnelle à amorcer dès maintenant et à défendre auprès de l\u2019opinion publique: 1) La réparation de l\u2019injustice historique de 1982, notamment par la reconnaissance dans la constitution du Canada: a) de la AU CARREFOUR DES CHOIX CRUELS 491 réalité juridique du peuple québécois et de son droit à l\u2019autodétermination; b) du droit du Québec à rejeter pour lui-même tout amendement constitutionnel, y compris ceux de 1982, sans être pénalisé financièrement; c) d\u2019un droit de veto sur les réformes des institutions centrales.2) La recherche négociée de la compétence exclusive du Québec dans les domaines suivantes: a) le développement économique interne et le développement régional; b) la politique sociale; c) les relations internationales découlant des juridictions internes; d) l\u2019éducation et la culture.Voilà du pain sur la planche.Voilà surtout des éléments importants de notre problématique nationale auxquels nous pouvons nous consacrer dès maintenant, sans attendre l\u2019affirmation souhaitable de notre pleine et entière souveraineté, qui sera l\u2019œuvre et le couronnement d\u2019une prochaine génération, à condition que nous ayons nous-mêmes bien accompli notre tâche difficile et ingrate.Le moment n\u2019est pas venu, dans ce tohu-bohu où nos émotions tiennent autant de place que nos raisonnements, de tirer des conclusions absolues et définitives; à vrai dire, ce moment n\u2019arrive jamais en politique, terreau du possible et de l\u2019approximatif.Contentons-nous aujourd\u2019hui de verser au dossier trois témoignages; leurs auteurs n\u2019ont jamais manqué de ferveur nationaliste et ce n\u2019est pas de gaieté de cœur qu\u2019ils se résignent à l\u2019inévitable.Des témoignages à retenir Pour Pierre Vadeboncœur, «l\u2019indépendance, dans le moment présent, est une idée maigre.Elle reviendra.Plus forte.Peut-être.» Dans l\u2019immédiat, il faut tout remettre en cause: «Il faut se refaire.Ce processus sera complexe, risqué, aventureux, méconnaissable, divers, ou bien il ne sera pas.» Devant la rigueur des faits qui ne nous sont pas favorables, il faut être prudent de façon à ce que «l\u2019indépendantisme ne doit pas tuer l\u2019indépendance, ou des formes ou des degrés d\u2019indépendance, de souveraineté.» Tout en comprenant que «les idéalistes aient la révolte rapide et la patience nerveuse,» Doris Lussier ne confond pas 492 L\u2019ACTION NATIONALE «un ajustement pratique» et «un recul idéologique.» S\u2019il se proclame plus indépendantiste qu\u2019il ne l\u2019a jamais été, il doit admettre que ce n\u2019est pas actuellement l\u2019avis de la majorité des Québécois.Notre voie est toute tracée: «Le destin nous impose aujourd\u2019hui une épreuve temporaire qui nous frustre dans notre juste désir d\u2019indépendance.La sagesse, c\u2019est d\u2019avoir le courage intellectuel et moral de dépasser cette frustration et de renouer au plus vite avec la confiance joyeuse et la féconde prudence qui transforment les combats en victoires.» Enfin, l\u2019ancien ministre Claude Charron rend justice au présent et lance une bouteille à la mer, dans l\u2019espoir qu\u2019elle porte le message à ceux qui monteront aux créneaux quand leurs aînés ne seront plus dans la carrière: «S\u2019ouvre une réflexion neuve où s\u2019ajoutera enfin, je l\u2019espère, la génération qui nous regarde épuiser nos rêves des années soixante.Nous nous dirigeons peut-être vers un projet où la souveraineté ayant perdu son caractère de nécessité, en deviendrait toutefois plus souhaitable pour une société moderne que notre gouvernement a contribué admirablement à soutenir et à développer.» Le drapeau en berne, c\u2019est une période de recueillement antérieure aux rebondissements imprévisibles. LA VRAIE NATURE DU PARTI QUÉBÉCOIS 493 La vraie nature du Parti québécois par DENIS MONIÈRE Le Parti québécois, depuis sa fondation, est une formation politique hybride tant par la composition de son membership que par son mode de fonctionnement.Cette nature hybride a fait sa force et a facilité son implantation, mais elle contenait en même temps des germes de tensions, de contradictions et des possibilités d\u2019éclatement qui ont été endiguées jusqu\u2019à présent par l\u2019importance de l\u2019enjeu et par le charisme exceptionnel du chef du Parti.Composé à l\u2019origine d\u2019anciens libéraux dissidents, il a regroupé des gens aux horizons idéologiques très différents, partisans qui du socialisme, qui de la social-démocratie, qui du capitalisme civilisé, qui du créditisme.S\u2019y côtoyaient des unionistes déçus de leur Parti après la mort de Daniel Johnson, des libéraux en rupture de ban, des rinistes et des créditistes.C\u2019était en quelque sorte un Parti au-dessus des Partis, un vaste rassemblement de ceux qui ne pouvaient adhérer à la vision canadienne défendue par les vieux Partis.Sa force d\u2019agrégation provenait de son objectif fondamental: faire du Québec un État souverain.Le projet de souveraineté était le ciment de cette coalition et donnait une forte cohésion à ce maelstrom idéologique, alors que les partis traditionnels étaient handicapés par la nébulosité du fédéralisme coopératif ou renouvelé qu\u2019ils préconisaient.Le consensus sur l\u2019objectif fondamental pouvait tolérer des tiraillements sur les modalités d\u2019accession à la souveraineté.Tant qu\u2019il y avait unanimité sur la finalité, on pouvait arriver à des compromis sur les moyens ou sur la stratégie à suivre.Ainsi, tout en manifestant des résistances, les indépendantistes du R.I.N.et du R.N.pouvaient s\u2019accommoder d\u2019un étapisme raisonnable qui satisfaisait par ailleurs les ex-libéraux et les exunionistes.L\u2019existence même du P.Q.représentait déjà un compromis historique.L\u2019introduction d\u2019un référendum comme déclencheur du 494 L\u2019ACTION NATIONALE processus d\u2019accession à la souveraineté ne provoqua pas de rupture de l\u2019alliance.Dans un premier temps, le lien de nécessité entre la souveraineté et l\u2019association économique avec le Canada fut accepté, puis par effet de balancier après le refus de négocier manifesté par les représentants du Canada, le trait d\u2019union fut retranché du programme en dépit d\u2019une opposition ferme du chef.L\u2019esprit de conciliation a toujours prévalu chez les militants du Parti québécois et à tour de rôle chaque tendance fut appelée à mettre de l\u2019eau dans son vin.Ces débats sont d\u2019ailleurs sains dans la vie d\u2019un parti démocratique et peuvent servir à fortifier les convictions et le dynamisme des militants, lorsqu\u2019ils ne remettent pas en cause la raison d\u2019être du Parti.Or le débat qui s\u2019amorce au sein du P.Q.n\u2019a pas cette vertu, car en dépit des dénégations tactiques des partisans du soi-disant compromis historique, il s\u2019agit cette fois-ci d\u2019un virage politique qui touche l\u2019essentiel.Ce qui est aussi en caüse dans ce débat, c\u2019est la structure du pouvoir à l\u2019intérieur du Parti, problème qui est récurrent à l\u2019histoire même du Parti.Le P.Q.a réussi un curieux croisement entre les caractéristiques des Partis de cadres et celle des Partis de masse.Fondé par un leader charismatique et quelques fidèles en rupture de ban avec le Parti libéral, ce groupe fondateur s\u2019est donné une structure de Parti de masse pour appuyer sa montée au pouvoir.La constitution d\u2019un Parti de masse et la mise en place d\u2019une structure démocratique assuraient le financement et le militantisme indispensable à un nouveau Parti qui contestait l\u2019ordre établi sur les plans social et constitutionnel et qui pour cette raison ne pouvait être appuyé par les élites traditionnelles et par les milieux financiers qui avaient intérêt au maintien du Québec dans le système fédéral.Cette forme d\u2019organisation était d\u2019ailleurs conforme à l\u2019idéologie de modernisation et à l\u2019esprit démocratique qui animaient le projet souverainiste.Mais dans les faits, il y avait des écarts de pensée et des tensions entre la base militante et le groupe dirigeant.Le charisme de René Lévesque était à la fois un facteur de ralliement et une source de conflit.Les militants ont soutenu à plusieurs reprises des positions différentes de celles de leur chef et celui-ci fut obligé de mettre sa tête sur le billot, comme on dit, pour ramener ses troupes dans le sentier qu\u2019il avait tracé.Le chef ne s\u2019est pas LA VRAIE NATURE DU PARTI QUÉBÉCOIS\t495 toujours perçu comme un exécutant des décisions qui venaient de la base.Chaque fois que le parti ne servait pas ses fins, il créait une situation de crise ou de chantage au leadership pour rétablir son autorité.Et tout compte fait, les militants de ce parti se sont montrés beaucoup plus disciplinés que leur chef.Le congrès national du Parti, qui est en principe l\u2019instance suprême de décision dans un parti démocratique, a été désavoué de différentes façons par le chef (déclarations intempestives, menace de démission, référendum interne).Ce conflit d\u2019autorité s\u2019est accentué depuis l\u2019échec du référendum.Les militants acceptent de moins en moins de faire des concessions, de se mettre en veilleuse pour laisser le champ libre à des stratèges qui accumulent les échecs.De nouveau, avec ce débat, ce dilemme fondamental resurgit de façon dramatique, car la force du Parti dépend du zèle des militants qui ont affirmé au Congrès du 9 juin 1984 leur volonté de défendre leur option et leurs convictions qu\u2019ils ont dû taire depuis 1974, à l\u2019exception de la brève période référendaire, où la question n\u2019était qu\u2019à demi porteuse de leurs aspirations.Cette nouvelle épreuve de force met en jeu non seulement l\u2019option du Parti, mais aussi la structure de leadership et de participation de ce Parti, qui repose sur un équilibre instable entre la direction et la base militante.Il y a toujours eu une équivoque entre le projet politique du chef et celui de sa base et lorsque la tête va dans une direction et les jambes dans une autre, aucun Parti ne peut progresser efficacement.Jusqu\u2019à présent un modus vivendi avait résolu cette contradiction.Mais le compromis historique qui a été à l\u2019origine du P.Q.est sérieusement ébranlé par la remise en cause de l\u2019option.Tous ceux qui ont cru au fonctionnement démocratique sont en droit de se poser des questions.À quoi servent des structures de participation, lorsque la volonté des militants est constamment court-circuitée par les dirigeants du Parti?Pourquoi investir temps, énergie et argent dans un Parti qui, lorsque arrivent les élections, refuse de soumettre à l\u2019électorat son option fondamentale, alors que cette décision a été prise démocratiquement par des assemblées de comté, par des congrès régionaux et fut entérinée par le congrès national du Parti?Ce conflit persistant est affligeant pour un Parti, car il engendre la dépolitisation 496 L\u2019ACTION NATIONALE et la démobilisation.Ceux qui persistent malgré tous ces aléas consacrent plus de temps et d\u2019efforts en querelles intestines qu\u2019en actions concrètes pour promouvoir l\u2019idée de la souveraineté.On s\u2019étonne, ensuite, de constater que l\u2019idée ne progresse pas dans l\u2019opinion publique.Après le référendum interne de 1981, la remise en cause des orientations du dernier congrès sur l\u2019enjeu de la prochaine élection risque d\u2019affaiblir irrémédiablement le militantisme politique.Le Parti doit-il être un simple instrument au service des leaders ou doit-il plutôt être l\u2019agent définisseur qui balise la conduite des dirigeants, qui ont alors pour fonction de représenter la volonté de la base sur la scène électorale?Cette relation entre les instances du Parti et la direction a toujours été problématique au Parti québécois et constitue un des enjeux de l\u2019actuel débat qui découle tout autant de la conjoncture politique post-référendaire que des contradictions inhérentes à la formation et au fonctionnement de ce Parti.Le virage politique commandé d\u2019en haut aura des répercussions sur la nature même du Parti québécois et risque non seulement d\u2019évacuer l\u2019option, mais aussi de rompre le compromis fragile qui s\u2019était établi avec le temps entre une structure de type électoraliste et une structure de participation.Privé de son option, le P.Q.ne deviendra-t-il pas un Parti d\u2019état-major?La base militante du P.Q.n\u2019aura-t-elle été qu\u2019un faire valoir servant à légitimer la lutte des dissidents du Parti libéral contre l\u2019état-major de l\u2019establishment libéral?Après quinze ans de séparation, les frères ennemis se rapprocheront-ils?Si la thèse du compromis historique l\u2019emportait \u2014 on ne sait d\u2019ailleurs pas encore quelle instance aura le dernier mot \u2014, il n\u2019y aurait plus dès lors de différences significatives entre le projet politique du Parti québécois et celui du Parti libéral.Les ex-libéraux reviendraient au bercail du nationalisme traditionnel canadien-fran-çais.Le trait d\u2019union entre ces deux termes nous aura coûté vingt ans de faire accroire politique. LA JEUNESSE 497 Contexte socio-économique La jeunesse par ROBERT GIGUÈRE État actuel de la jeunesse Le Québec vit présentement une des pires crises économiques de son histoire.Cette crise laisse des traces chez certaines minorités défavorisées, notamment chez les jeunes.Toujours les premiers à subir les contrecoups de toutes les variations économiques, les jeunes sont toujours ceux que l\u2019on rejette les premiers, dans le marché du travail.Ce phénomène n\u2019est pas nouveau.Par exemple, à Sherbrooke, en 1971, les jeunes représentaient 29% de la population et 45% des jeunes entre 14 et 24 ans étaient sans emploi1 2.Le milieu semblait incapable de répondre à leurs besoins d\u2019emplois.Actuellement, le Canada compte 536 000 jeunes chômeurs.Au Québec, le taux de chômage (13,6%) se répartit comme suit: \t15-24\t25-44\t45-64\t15 et plus Taux de chômage:\t22,5%\t11,3%\t10,6%\t13,6% Chômage:\t153 000\t176 000\t76 000\t406 000 Emploi:\t526 000\t1 379 000\t643 000\t2 585 000 Population active:\t678 000\t1 555 000\t720 000\t2 991 000 Rappelons que plusieurs assistés-sociaux, ainsi que ceux qui ont cessé de chercher un emploi, ne sont pas considérés comme chômeurs dans certaines statistiques.Aujourd\u2019hui, le nombre d\u2019assistés-sociaux de moins de 30 ans est passé à 175 000.Ces jeunes qui reçoivent moins de 150$ par mois, vivent bien en deçà du seuil de pauvreté, ce qui amène des problèmes sociaux assez graves.À cet effet, examinons un sondage réalisé par Jeunesse-Soleil auprès de 411 jeunes de moins de 30 ans: 1.\tL'emploi, 1971.2.\tLe marché du travail, février 1984. 498 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\t14% ont volé pour se tirer d\u2019affaire et 22% y ont songé.L\u2019un d\u2019eux déclarait: «Voler pour manger est moins pénible que mendier.» \u2014\t3% ont recours à la prostitution; 4% y ont songé.\u2014\t2% dansent nus ou nues; 3% y ont songé.\u2014\t8% ont mendié; 12% y ont songé.\u2014\t7% ont tenté de se suicider; 12% y ont songé.3 Les médias s\u2019entendent pour taire les suicides afin d\u2019en détourner l\u2019attention publique.On ne peut également passer sous silence le problème des jeunes dans le Métro.Il nécessite l\u2019intervention fréquente de la force policière.On pourrait parler du vandalisme, des problèmes grandissants de drogues et d\u2019alcool, etc.Une étude auprès des 15-19 ans signale qu\u2019un jeune sur deux envisage de vivre hors Québec, si cela devient nécessaire, pour s\u2019assurer un emploi.Les jeunes commettent des actes qui leur font perdre des emplois.Parce qu\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019emplois satisfaisants, ils commettent des actes répréhensibles.C\u2019est un cercle vicieux.Explication du chômage chez les jeunes Quelles raisons font que les jeunes ont de la difficulté à trouver un emploi?1\t- Insuffisance de la demande.Lors d\u2019un ralentissement économique, les jeunes sont les premiers à être mis à pied et les derniers à être rappelés.Ici jouent les deux facteurs: expérience et ancienneté.2\t- Femmes au travail.L\u2019arrivée massive des femmes sur le marché du travail ainsi que leurs accès à des postes anciennement réservés aux hommes ont défavorisé les jeunes.3\t- Les syndicats.Les syndicats eux-mêmes limitent le nombre des apprentis ainsi que la durée de l\u2019apprentissage.Ils sont contre le travail partagé et la qualité de vie au travail (QVT).Lorsque les jeunes obtiennent un emploi, ils sont les derniers à choisir le temps de leurs vacances.Leurs salaires sont plus faibles.On leur donne les emplois les plus salissants, sous prétexte d\u2019appren- 3.La Presse, 17 mars 1984. LA JEUNESSE 499 tissage.On les envoie aux travaux du soir ou du quart de nuit.Il leur faut des années avant de s\u2019en sortir.4\t- Caractéristiques personnelles.L\u2019absence de responsabilité familiale et financière les incitent moins à chercher un emploi.L\u2019accès facile au chômage et à l\u2019assistance sociale leur nuit.De plus, les jeunes célibataires montrent moins de maturité que les jeunes mariés.5\t- La loi du salaire minimum.Il est peu rentable d\u2019engager un jeune sans expérience.Le salaire minimum paraît encore trop élevé en raison des services rendus par des jeunes travailleurs.On refuse ceux-là mêmes que l\u2019État veut protéger à cause du peu de scolarité et de connaissances.6\t- Le système d'éducation actuel.\u2022\tLes rapports amicaux professeurs-élèves, la liberté insouciante, qui sont accordés aux jeunes, ne les préparent pas à la discipline tant nécessaire sur le marché du travail.\u2022\tL\u2019enseignement ne rejoint pas la réalité.\u2022\tIl existe un déphasage entre les techniques enseignées et celles utilisées dans l\u2019emploi.\u2022\tLe nombre de décrocheurs.Ainsi avant la fin du secondaire, 46 000 abandonnaient en 1979-1980 comparativement à 30 000 en 1981-1982.Mais cette baisse n\u2019est attribuable qu\u2019à la diminution du nombre des^lèves.Voyons les statistiques.Aujourd\u2019hui 94% atteignent le secondaire-3; 85% atteignent le secondaire-4; 79% atteignent le secondaire-5; 63% terminent le secondaire-5.Ce qui veut dire que 37% abandonnent leurs études avant d\u2019avoir obtenu un diplôme.Quelle valeur ont ces jeunes sur le marché du travail?Est-ce la faute au système scolaire ou la faute des élèves? 500 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 Les jeunes sont plus instruits qu\u2019autrefois, en moyenne.Mais le nombre de professionnels semble diminuer4.Scolarité (1977)\t15-24 ans\t25 ans et plus de 0 à 8 ans\t5,6%\t29,8% secondaire partiel ou complet\t64,5%\t41,1% post-secondaire partiel\t14,3%\t5,9 % post-secondaire complet\t12,8%\t12,3% diplôme universitaire\t2,7%\t10,7% \u2022\tLes jeunes sont mal orientés.Notons que le Québec est le seul État au monde où le nombre d\u2019étudiants en sciences appliquées est à la baisse.Pour combler certains postes, il nous faut accepter des immigrants déjà qualifiés.Le nombre de professeurs étrangers dans nos Universités en est un bel exemple.Ils ne viennent pas nous enlever nos emplois mais ils prennent ceux que nous refusons ou ne pouvons remplir.La conclusion qui s\u2019impose: «Les étudiants doivent choisir des secteurs qui ne mènent pas au chômage»4 5.On indique même quoi choisir et quoi éviter: à choisir: le génie, le micro-électronique, l\u2019informatique, la biotechnologie, la physique, l\u2019agro-alimentaire, les communications, la marine.à éviter: la psychologie, la sexologie, la philosophie, les sciences sociales comme les sciences politiques, les sciences économiques, l\u2019histoire, la démographie.Toutes ces sciences sont excellentes mais l\u2019excès dans le nombre conduit au chômage.\u2022\tSouvent les employeurs préféreront l\u2019automation à l\u2019embauche d\u2019individus à problèmes.Les programmes gouvernementaux Les gouvernements sont bien conscients des problèmes des jeunes.Ils ont donc implanté une multitude de programmes destinés à venir en aide aux plus démunis.A - Le gouvernement fédéral aux Centres d\u2019emploi du Canada distribue une liste des aides aux jeunes, soit en favorisant les études de métiers, soit en offrant des services d\u2019orientation 4.\tLe jeune Québécois et le travail, 1977.5.\tLes Affaires, février 1984. LA JEUNESSE 501 professionnelle et de placement, soit par des allocations de formation, soit par des emplois d\u2019été durant 6 à 18 semaines.B - Au Québec, le gouvernement a aussi mis en place des programmes.Voici les principaux programmes en vigueur en 1983.\u2022\tBon d\u2019emploi.Pour les moins de 25 ans ayant complété un cours de formation professionnelle depuis au moins six mois et qui recherchent un premier emploi dans leur domaine.Le bon d\u2019emploi accorde une subvention maximale de 3 000$ pour un emploi d\u2019au moins 20 semaines de 30 heures.Un montant additionnel de 500$ sera accordé si l\u2019emploi se prolonge de 8 semaines.\u2022\tProgramme expérimental de création d\u2019emplois communautaires: Le PECEC s\u2019adresse aux 18 ans et plus qui veulent fonder une entreprise ou procéder à une expansion.L\u2019investissement initial sera réduit par une subvention.\u2022\tChantier-Québec.Pour les 18 ans et plus, Québec subventionne les organismes ou les municipalités qui parrainent un projet d\u2019au moins 20 semaines de 30 heures.Cette aide défraie les salaires jusqu\u2019à concurrence de 240$ par semaine par participant.\u2022\tProgramme de retour au travail: pour les jeunes de 18 ans et plus.La subvention peut atteindre 50% du salaire payé jusqu\u2019à concurrence d\u2019un montant annuel de 8 500$ par emploi créé.Le but de ce programme est de créer des emplois qui auront une durée de 26 à 52 semaines de 30 heures.\u2022\tProgramme de création d\u2019emplois temporaires: pour 18 ans et plus.Aider les jeunes à acquérir de l\u2019expérience.Les ministères et organismes du gouvernement créent des emplois temporaires.\u2022\tProgramme de formation en industrie: pour les 17-24 ans sans métier ou qui doivent être recyclés.La formation se fait sur place dans l\u2019industrie.Les jeunes reçoivent un salaire ou allocation qui sera remboursée à l\u2019employeur par l\u2019État.\u2022\tLe programme Action-Jeune-Volontaires: pour les moins de 25 ans.Les jeunes reçoivent 100$ par mois en sus des prestations sociales auxquelles ils ont droit.Pour cela, ils doivent travailler dans un projet communautaire, 15 heures par semaine et au moins 20 heures par mois. 502 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\tChantiers bénévoles.Pour les 16-25 ans qui veulent bâtir quelque chose d\u2019utile et durable.Le but: faire acquérir de l\u2019expérience.\u2022\tBourses d\u2019affaires.Pour les jeunes diplômés qui veulent lancer une nouvelle entreprise ou devenir partenaires.Prêt garanti aux deux tiers jusqu\u2019à 25 000$ pour 5 ans.Voici quelques résultats obtenus pour la région de Sherbrooke en 1983: \t1er tri-\tV tri-\t3e tri-\t4e tri-\t \tmestre\tmestre\tmestre\tmestre\tTotal Retour au travail\t36\t78\t47\t65\t226 Chantier-Québec\t11\t186\t57\t43\t297 Bon d\u2019emploi\t368\t311\t172\t157\t1 008 1 531 Nous aurions aimé voir des programmes qui fournissent quatre fois plus d\u2019emplois, mais ce n\u2019est pas le cas.Les plus grands obstacles pour y arriver sont: \u2022\tLa non-admissibilité des employeurs ou la non-pertinence des projets.Certaines subventions sont alléchantes aux employeurs mais elles ne sont pas destinées à réduire la liste de paye: elles l\u2019allongent plutôt.On pourrait ajouter: une certaine rigueur quant aux critères d\u2019admissibilité mais nos renseignements sont trop limités à ce sujet.\u2022\tLe nombre d\u2019emplois disponibles est encore trop restreint.On ne peut créer des emplois là où ce n\u2019est pas nécessaire.\u2022\tTracasseries administratives.Plusieurs entreprises admissibles refusent de participer à ces programmes car elles sont constamment harcelées par des inspecteurs qui s\u2019informent du progrès de leurs employés.La paperasserie trop abondante complète le tableau.\u2022\tLes jeunes eux-mêmes se détournent de certains emplois-bidons qui ne conduisent nulle part.Ils ne peuvent les relier à leurs besoins de satisfaction et d\u2019accomplissement.Le but de cet exposé n\u2019est pas de faire un procès aux programmes gouvernementaux mais simplement de mieux saisir certaines réalités. LA JEUNESSE 503 La nouvelle génération Les cadres considèrent que les jeunes qu\u2019ils embauchent aujourd\u2019hui sont différents de ceux qu\u2019ils embauchaient hier.Par exemple, examinons: \u2022\tles attitudes: les jeunes recherchent le travail le moins pénible possible, celui qui leur laisse du temps et des forces pour ce qui leur paraît essentiel: relations sociales et culturelles, les copains, les loisirs.Ils sont en révolte non contre le travail mais contre le système autoritaire développé par les ingénieurs industriels.Plus les jeunes sont instruits, plus ils sont antiautoritaires.\u2022\tles attentes: ils accordent plus d\u2019importance aux possibilités d\u2019avancement qu\u2019au salaire lui-même.Ils recherchent un travail intéressant et varié, un emploi qui permet de se développer.Ils veulent utiliser leurs habiletés et les connaissances déjà acquises.Ils veulent participer aux décisions.Ils veulent assumer des responsabilités et plus d\u2019autonomie.Ils veulent un travail qui permet de contribuer au bien-être de la société.En résumé, ils préfèrent des récompenses intrinsèques aux récompenses extrinsèques.\u2022\tla perception des employeurs: pour eux les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui sont plus réceptifs aux changements, plus désireux d\u2019autonomie dans l\u2019emploi.Les employés de bureau procurent plus de satisfaction aux dirigeants que les employés de production.Par contre, ils trouvent les jeunes moins disciplinés, plus instables, manifestant moins de loyauté envers l\u2019organisation et davantage portés à s\u2019identifier à des groupes extérieurs.Ils les trouvent moins ponctuels, moins préoccupés par la qualité de leur travail, moins fiables.Ils craignent de leur confier des responsabilités.Ils n\u2019admettent pas leurs refus des exigences reliées à l\u2019emploi, comme un horaire variable, les cheveux courts, un habillement satisfaisant, etc.Il semble donc exister un fossé assez considérable entre les attentes des jeunes et les perceptions qu\u2019en ont les dirigeants.Comme les employeurs ont pour mission de rentabiliser leur entreprise et que leur valeur propre est fonction du rendement de celle-ci, ils doivent choisir les meilleurs personnes pour chaque poste à combler. 504 L\u2019ACTION NATIONALE Face à un marché du travail qui ne peut satisfaire leurs aspirations ou auquel ils ne veulent pas s\u2019adapter, des jeunes ne seront certes pas enclins à la résignation et au sacrifice.On peut prévoir la poursuite et l\u2019amplitude de certains comportements négatifs associés à leur insatisfaction: roulement élevé des emplois détenus par des jeunes, indiscipline, retrait du marché du travail, toxicomanie, alcoolisme, violence, etc.Les coûts sociaux, économiques et personnels, associés à ces comportements, sont considérables.L\u2019absentéisme seul coûte aux entreprises canadiennes plus de dix milliards de dollars par année6.Une société ne peut survivre et progresser en écartant du marché du travail la jeunesse qu\u2019elle a formée, en se privant ainsi de sa relève.Nous devons l\u2019admettre, nous négligeons notre jeunesse.La plupart des pays reconnaissent l\u2019importance de cette richesse: \u2022\tau Viêt-Nam, les communistes ont laissé partir les vieux à la mer, mais ils n\u2019ont pas laissé aller les jeunes, même ceux issus de pères américains.Ils les formeront à leur façon.\u2022\ten Amérique centrale, on enseigne aux jeunes à écrire le mot révolution ainsi que le nom de leur chef avant de leur enseigner à écrire leur propre nom.On peut être certain que dans vingt ans, il y aura encore la révolution là-bas: la jeunesse est très endoctrinée.À partir de ces constatations, nous devrions être en mesure de formuler quelques principes aptes à guider notre action en faveur de la jeunesse: \u2022\tréalisation des potentialités personnelles des jeunes: leur donner de développer leurs capacités innées et acquises; \u2022\tintégration sociale des jeunes: leur donner le sentiment d\u2019être membres actifs et à part entière dans la société; \u2022\tprise de conscience et acceptation par les jeunes de notre condition humaine: ils négligent des réalités comme les insuffisances personnelles, les divergences raciales et idéologiques, la misère, la maladie, la mort, la question de l\u2019au-delà, etc.À cet effet, on pourrait formuler quelques suggestions afin de réduire l\u2019écart qui sépare les jeunes du marché du travail: 6.Finance, 23 janvier 1984 LA JEUNESSE 505 \u2022\tl\u2019amélioration de la qualité de vie au travail (QVT).Les syndicats ne s\u2019entendent pas entre eux pour établir une forme de démocratie industrielle.Au Québec, la QVT n\u2019en est qu\u2019à ses débuts mais plusieurs entreprises déclarent déjà un bilan positif après son implantation.La QVT est bonne pour les jeunes mais également pour tous les employés et employeurs.\u2022\tDémystifier le chômage et désacraliser l\u2019emploi.Il faut convaincre les jeunes qu\u2019une période de non-emploi peut être bénéfique s\u2019ils s\u2019en servent positivement pour s\u2019instruire, se former ou se préparer à un autre type d\u2019emploi.On ne devrait pas dévaloriser ceux qui vivent cette condition.En 1984, ceux qui n\u2019ont pas un emploi ne sont pas tous des paresseux.\u2022\tL\u2019État devra inverser son intervention massive: donner la plus grosse part au financement des emplois afin d\u2019en arriver à subventionner le chômage de moins en moins.\u2022\tRépartition différente du travail.Présentement les employeurs préfèrent congédier les employés plutôt que de réduire les heures de travail.On pourrait abaisser l\u2019âge de la retraite, allonger les vacances, valoriser le travail à domicile, etc.Cependant nous passons des lois contraires à cette philosophie (loi sur la retraite non obligatoire à 65 ans).Les syndicats n\u2019aident pas non plus7.Ainsi la question n\u2019est pas de savoir comment créer de nouveaux emplois mais comment vivre dans une société en grande partie libérée du travail contraignant nécessaire à la vie quotidienne.Notre organisation sociale a été fondée sur le paradigme du travail unique, à plein temps et salarié.Ce qui était la règle hier risque de devenir l\u2019exception demain.La question devient donc: comment partager le marché du travail qui va encore diminuer et comment faire en sorte que les gens demeurent actifs?Ce qu\u2019il faut imaginer, c\u2019est une société où il y aura de plus en plus de temps libre et de plus en plus de gens ayant une pluralité d\u2019activités.Quel que soit le seuil critique du taux de chômage, ce qui est important, c\u2019est que ce ne soit pas toujours les mêmes qui soient exclus8.7.\tConférence de R.Fréchette, 19 mars 1984.8.\tQuébec-Science, Michel Godet, décembre 1983. 506 L'ACTION NATIONALE CAMPAGNE 1985 POUR LA FONDATION MINVILLE DIX JOURS APRÈS L\u2019ENVOI DE NOTRE DEMANDE, NOUS AVONS DÉJÀ REÇU 6 000$ C\u2019EST UN RECORD! IL FAUT QUE CELA CONTINUE! MERCI ET BONNES FÊTES À TOUS! DIEU VOUS LE RENDRA! POUR UN NOUVEAU SYSTÈME DE RELATIONS DU TRAVAIL 507 Pour un nouveau système de relations du travail1 par MARCEL LAFLAMME Introduction Alors que les innovations technologiques envahissaient le monde industriel nord-américain, il n\u2019y a pratiquement pas eu d\u2019innovations sociales en milieu industriel.Les travailleurs ont effectivement obtenu des gains importants qui satisfont leurs besoins économiques et sécuritaires, mais le côté humain est resté négligé, en ce qui concerne l\u2019épanouissement au travail, la motivation, le partage des responsabilités, le droit à la participation aux décisions ou plus nettement le partage du pouvoir et de l\u2019avoir.Le grand drame du système de relations de travail s\u2019explique par le peu d\u2019intérêt de la part du syndicat et du patronat de composer avec les nouvelles attentes des employés, reliées à leurs besoins de réalisation et de dignité.Le fait qu\u2019il y ait peu de coopération profonde entre les travailleurs et les entreprises qui les emploient a d\u2019importantes répercussions sociales.Les travailleurs finissent par se convaincre qu\u2019ils ne sont effectivement que des prolétaires et le terrain devient fertile pour les radicaux qui prêchent la révolution.La stratégie d\u2019assainissement du climat de travail implique une dépolarisation du règne d\u2019antagonisme à deux entre le syndicat et le patronat.Une saine dynamique à trois prendra effet suite à la participation directe des travailleurs au niveau de leur tâche et de leur implication à l\u2019avoir de l\u2019entreprise.Considérations préliminaires Nous souhaitons que cette nouvelle Commission aille plus loin que celle qui a donné lieu au rapport Martin-Bouchard, qui s\u2019est penché surtout sur des aménagements secondaires plutôt que de s\u2019attaquer aux causes profondes des disfonctions de notre système de relation de travail2.1.\tProposition faite dans le cadre de la commission de consultation sur le travail (commission Beaudry).2.\tPlusieurs observateurs ont constaté que les véritables problèmes de fond n\u2019ont pas encore été réglés.Blouin, R., Le code du travail.15 ans après, in XXXIVe congrès des relations industrielles de l\u2019Université Laval, P.U.L., 1979, p.15 à 38. 508 L\u2019ACTION NATIONALE Afin d\u2019éviter de répéter les mêmes erreurs d\u2019une réforme à l\u2019autre au moyen de cataplasmes, nous croyons qu\u2019il est nécessaire de faire porter le débat sur les questions d\u2019ensemble: le contexte contemporain, les orientations philosophiques des acteurs et leur comportement.Le tout doit s\u2019effectuer afin de reprendre contact avec l\u2019essentiel, soit les finalités du système de relations du travail: la paix industrielle, la productivité, la satisfaction et le développement des travailleurs, la qualité de la vie et un bien-vivre ensemble.Le questionnement du système de relations de travail se révèle une pièce centrale du contrat social et de notre projet de société.Dans cette réflexion, nous évitons de faire porter le blâme par un seul acteur; nous examinerons plutôt à tour de rôle le comportement, la philosophie de chaque acteur en vue de réaliser un équilibre supérieur au sein du système de relations de travail québécois.Partie I \u2014 Diagnostic du système de relations du travail (secteur privé) Introduction Pour les fins d\u2019évaluation du système de relations du travail, nous utilisons l\u2019approche systémique en nous inspirant particulièrement du modèle de DUNLOP.Le schème conceptuel comprend quatre catégories d\u2019éléments en étroite interdépendance: les contextes, la philosophie et le comportement des acteurs, la négociation et la conclusion de convention et les conséquences en termes de productivité (objectif-organisationnel) et de satisfaction du personnel (objectif des travailleurs).L\u2019avantage de ce cadre conceptuel est de fournir un éclairage sur les questions d\u2019ensemble, tout en évitant de se perdre dans les détails de la «forêt».Les solutions apportées aux problèmes stratégiques faciliteront après coup la résolution des problèmes secondaires, alors que l\u2019inverse demeure impossible.1.1 Contexte socio-politique-économique 1.1.1.Contexte politique Au plan politique, on retient au niveau du discours un préjugé favorable envers les travailleurs, mais au plan pratique, les travailleurs demeurent toujours des étrangers dans les entre- POUR UN NOUVEAU SYSTÈME DE RELATIONS DU TRAVAIL 509 prises d\u2019ici.Il manque à la fois de courage politique et d\u2019ingéniosité.Au fédéral, le ministre Lalonde, avant son départ, ouvrait la voie dans la bonne direction par la promotion de mécanisme visant l\u2019actionnariat ouvrier dans les P.M.E.1.1.2.\tContexte économique Les entreprises évoluent au sein d\u2019une économie de plus en plus turbulente où la concurrence est de plus en plus vive et où la complexité et le changement sont les nouvelles constantes.En conséquence, pour survivre et prospérer les entreprises requièrent une grande flexibilité et une grande capacité d\u2019adaptation interne particulièrement face aux innovations technologiques.Cette flexibilité d\u2019adaptation requiert une très grande cohésion parmi les différents groupes de personnel.Cette vitalité est obtenue par l\u2019intéressement et l\u2019identification de tous et chacun aux objectifs organisationnels.1.1.3.\tContexte social Les travailleurs sont de plus en plus instruits et indépendants; ils ne recherchent pas seulement la satisfaction de leurs besoins inférieurs (sécurité et paie), mais aussi celles de leurs besoins supérieurs (responsabilité, avancement, estime, accomplissement.).Les nouvelles formes de gestion requièrent une conciliation optimale entre les objectifs individuels et les objectifs organisationnels selon les approches de «Partneurship».1.2 Idéologie des acteurs 1.2.1.Patronat Le patronat québécois est fortement influencé par le comportement patronal américain, pour qui le travailleur est essentiellement un salarié embauché pour exécuter un travail donné.(Mentalité s\u2019apparentant à l\u2019homo œconomicus.) L\u2019idéologie capitaliste accorde priorité aux détenteurs de capitaux qui détiennent l\u2019avoir, le pouvoir et le savoir.Dans les grandes firmes, il y a divorce entre les détenteurs de capitaux et les gestionnaires constituant la technostructure (Gailbaith).Les P.M.E., les coopératives et les Sociétés d\u2019État constituent une autre entité au sein d\u2019une économie que nous pouvons qualifier de «duale».C\u2019est surtout au sein de ce type d\u2019économie que nous voyons surgir de nouvelles expériences de 510 L\u2019ACTION NATIONALE relations de travail plus conformes à notre culture humaniste et par conséquent, plus prometteuses.1.2.2.Le syndicat D\u2019une approche américaine d\u2019affaires (bread and butter), le syndicalisme québécois s\u2019est sensiblement radicalisé au début de la décennie «70», surtout au niveau de la C.S.N.et de la C.E.Q., pour devenir un syndicalisme politique, idéologique et de combat.Les grandes centrales syndicales ont développé une stratégie radicale pour lutter contre un type de capitalisme s\u2019identifiant à l\u2019impérialisme international.Ce qui est désastreux, c\u2019est l\u2019utilisation fréquente de ces mêmes armes contre le patrimoine économique québécois: Sociétés d\u2019État, P.M.E.et coopératives, au prix même de la fermeture de plusieurs entreprises d\u2019ici.La principale déviation du syndicalisme québécois consiste en ce que deux centrales importantes (C.S.N.et C.E.Q.) s\u2019enferment dans une idéologie marxiste de lutte de classes.Dans ces cas, la démocratie syndicale ne s\u2019exerce plus.Les membres sont la proie d\u2019une groupuscule idéologique qui abuse de ses pouvoirs (technocratie) en nourrissant ses propres objectifs.Ce monde syndical renvoie à la théorie de la puissance doublée de la théorie de la révolution.La CEQ, par exemple, profite de son monopole syndical ordonné par la formule RAND, afin d\u2019instaurer une société syndicalo-socialiste.Son objectif avoué n\u2019est pas de faire la révolution, le temps n\u2019y est pas propice, mais de créer des conditions menant à la révolution.Tous les fondements du Code du travail, reliés à la négociation de bonne foi, ne tiennent plus face à des centrales dont l\u2019objectif à long terme est de renverser la partie patronale, qu\u2019elle soit privée ou publique.Le syndicalisme québécois est des plus contradictoire: sur sa droite, il assure sa survie en faisant le jeu des négociations collectives, tandis que sur sa gauche, il se politise et vise à moyen terme à «casser» l\u2019ensemble du système politico-économique.Au fur et à mesure que le syndicalisme se radicalise et s\u2019enferme dans un corridor idéologique, il mine les assises mêmes du code du travail. POUR UN NOUVEAU SYSTÈME DE RELATIONS DU TRAVAIL 511 1.2.3.Négociations et conventions collectives Les facteurs précités érigent un système d\u2019antagonisme à deux devenant fréquemment disfonctionnel par rapport aux finalités organisationnelles (productivité) et aux finalités reliées aux travailleurs (satisfaction et développement du personnel).D\u2019autre part, nous voulons souligner les limites du négociable et du juridique en matière de relation industrielle.L\u2019approche est trop bureaucratique, trop technocratique; en conséquence, il y a manque d\u2019âme et de système de valeurs; le régime n\u2019est plus à la portée des travailleurs: il est à la merci des spécialistes.Le patronat ne peut s\u2019en tenir qu\u2019au contenu de la convention collective (clauses économiques et statutaires) en matière de relations avec les travailleurs.Une responsabilité sociale et une responsabilité managériale devraient l\u2019inciter à adopter une stratégie favorable à l\u2019intéressement et à l\u2019épanouissement de son personnel.Le syndicat, outre les préoccupations de la convention collective, devrait aussi veiller au bien-être général des travailleurs, moyennant certains programmes d\u2019éducation, de valorisation et d\u2019identification des travailleurs en tant que partenaires associés à la vie de l\u2019entreprise.Ce sont ces valeurs et ces comportements qui transcendent le négociable, qui sont les plus stratégiques en matière d\u2019aménagement du système de relations de travail.1.3 Conséquences La plus grave conséquence du système prévalant renvoie au gaspillage systématique des ressources humaines: les travailleurs étant marginalisés par les «appareils» tant du côté patronal que syndical1.C\u2019est ce qui explique la faible productivité et le besoin de chercher des satisfactions hors travail.Cela nécessite par ailleurs des revendications salariales toujours accrues.et un type de syndicalisme en perpétuelle revendication.3.Nombre moyen de jours perdus par 1 000 employés, par an: pour la période de 1980-1982: Québec, 936; Canada, 834; Australie, 780; Italie, 752; Angleterre, 374; États-Unis, 267; Allemagne féd., 9. 512 L\u2019ACTION NATIONALE Au plan organisationnel, les entreprises sont divisées entre la technostructure (le management) qui applique le taylorisme et les travailleurs (la zérostructure).Ainsi, les organisations sont très affaiblies pour faire la guerre économique aux entreprises d\u2019autres pays favorisant une forte cohésion de travail moyennant la collaboration patronale ouvrière.Les travailleurs deviennent aussi rébarbatifs à tout encadrement juridique fait par des experts interposés ne favorisant pas leur pleine actualisation et le respect de leur dignité dans leur quotidienneté.On peut conclure que notre système de relation du travail a été carrément importé de l\u2019extérieur et qu\u2019il est de plus en plus incompatible d\u2019abord à notre culture d\u2019esprit français et humaniste et, d\u2019autre part, aux formes de gestion moderne au sein d\u2019un environnement socio-économique en pleine mutation.Partie II \u2014 Plan d\u2019amélioration (secteur privé) Nos recommandations visent à trouver une meilleure compatibilité entre l\u2019aménagement de notre système de relation du travail et de ses finalités propres dans le cadre de la valorisation du personnel, de la dynamisation des organisations du travail et de l\u2019édification d\u2019un pays.Il faut en appeler à la responsabilité de l\u2019entreprise, à la maturité syndicale et à la volonté politique pour restaurer la véritable communauté de travail.Afin d\u2019enrayer le système d\u2019antagonisme à deux, les changements proposés sont d\u2019abord dans les mentalités, ils sont d\u2019ordre philosophique et comportemental.Plusieurs pays industrialisés font la démonstration que cette orientation est possible et avantageuse pour tous les acteurs impliqués.Notre régime de relation du travail est moulé au creuset du modèle américain et du modèle français avec l\u2019émergence d\u2019un syndicalisme radical.Le régime procède d\u2019une logique conflictuelle, qui devient de plus en plus disfonctionnelle.Dans le nouveau contexte de l\u2019édification du Québec et de la survie des entreprises, il faut plutôt tendre vers un régime institutionnel de concertation sociale et de valorisation des 2 1/2 millions de travailleurs québécois.Il faut donc rechercher une nouvelle base socio-économique POUR UN NOUVEAU SYSTÈME DE RELATIONS DU TRAVAIL 513 supérieure en termes d\u2019efficacité et d\u2019humanisme.L\u2019émergence de consensus sociaux implique des modifications au niveau de chacun des acteurs.2.1\tL\u2019État Actuellement, on observe un décalage entre les intérêts corporatistes des acteurs du régime des relations du travail et ceux de la société en général.Alors, l\u2019État a la responsabilité de promouvoir l\u2019existence d\u2019une politique articulée de relations du travail en fonction du bien commun, des travailleurs, des consommateurs, des citoyens.À cet effet, il faut tendre à moyen terme à la manifestation d\u2019un régime de relations du travail mutualiste.Le régime conflictuel ne peut être changé du jour au lendemain, mais l\u2019État doit déjà poser les conditions convergeant dans ce sens: \u2014\tconception d\u2019un droit de l\u2019entreprise et d\u2019un droit de l\u2019organisation syndicale; \u2014\trévision de la répartition socio-économique entre le capital et le travail; \u2014\téducation des travailleurs à l\u2019exercice de la gestion; \u2014\tsupport fiscal et autres favorisant la participation ouvrière à la vie de l\u2019entreprise; \u2014\taide aux syndicats, quant à leur nouveau rôle dans le cadre de la recomposition des milieux de travail.Il demeure à l\u2019État de donner le ton et l\u2019impulsion visant à promouvoir les nouvelles initiatives, telles celles de la CSD visant à «instaurer un nouveau syndicalisme moderne devant allier sa vocation traditionnelle de revendication à un syndicalisme novateur axé fondamentalement sur la prise de responsabilité dans les domaines socio-économiques»4.En somme, l\u2019État devra tendre d\u2019abord à repenser l\u2019équilibre capital-travail et, d\u2019autre part, encourager l\u2019essor des entreprises et des centrales qui favorisent les réformes positives des milieux de travail.2.2\tPatronat Il s\u2019agit essentiellement d\u2019implanter d\u2019autres types de rela- 4.Proposition de la C.S.D., en vue de changer les rapports sociaux dans l\u2019entreprise, Conférence au Sommet de Québec, 5, 6 et 7 avril 1982. 514 L\u2019ACTION NATIONALE tions professionnelles sur les lieux de travail, afin de mieux concilier les pratiques avec les idéaux de la démocratie et de la concertation socio-économique.Le concept de démocratie industrielle couvre tout un ensemble de formules concernant la participation des travailleurs aux: \u2014\tsavoirs: degré d\u2019information et d\u2019éducation dispensés aux travailleurs; \u2014\tpouvoirs: degré d\u2019influence des travailleurs sur les décisions à différents paliers organisationnels: atelier et tâche, management, conseil d\u2019administration et assemblée générale; \u2014\tavoirs: participation monétaire des travailleurs à la propriété de l\u2019entreprise et/ou à ses résultats.Il apparaît de plus en plus évident que ce seront avant tout les organisations qui développent des approches de collaboration patronale-ouvrière qui pourront passer au-travers des années de perturbations actuelles.L\u2019élément capital consiste à découvrir le caractère rentable de la participation d\u2019une force ouvrière compétente et onéreuse.Il ne s\u2019agit plus d\u2019altruisme ou de philanthropie, mais d\u2019une condition essentielle à l\u2019organisation dynamique.La rigidité des structures sociales et de taylorisme constituent un anachronisme au sein d\u2019un environnement très concurrentiel, dynamique et complexe.Notre capacité compétitive ne peut se maintenir sans l\u2019assouplissement des structures sociales et la concertation des acteurs; il en est ainsi en ce qui concerne la concrétisation du virage technologique.Les cadres ne peuvent plus affronter à eux seuls la concurrence: ce sont tous les paliers organisationnels qui doivent manifester une capacité d\u2019innovation et de responsabilité.C\u2019est ce qui se pratique sur une grande échelle dans de nombreux pays industrialisés.On peut comprendre les différents paliers de participation ouvrière.Actuellement, dans les grandes entreprises, la participation ouvrière se concentre au niveau de l\u2019atelier et de la tâche (palier 3); cercles de qualité, enrichissement des tâches, système socio-technique, Q.V.T., etc.C\u2019est au niveau des P.M.E.qué- POUR UN NOUVEAU SYSTÈME DE RELATIONS DU TRAVAIL 515 bécoises que se réalisent les expériences les plus inédites de participation ouvrière: intéressement monétaire, présence au conseil d\u2019administration, comités d\u2019employés, etc.2.3 Le syndicat Bien qu\u2019il revienne au patronat de prendre l\u2019initiative en matière de démocratie industrielle, les syndicats ont aussi une responsabilité énorme pour faire des travailleurs des acteurs responsables dans les organisations de travail.Par exemple, le syndicat allemand (D.G.B.) dispose d\u2019une école de gestion visant à «instrumenter» les travailleurs participant aux organes de cogestion.En Suède, en Suisse, au Pérou, des efforts parallèles de formation font suite aux responsabilités accrues du personnel.L\u2019autogestion, philosophie si chère à l\u2019élite syndicale, ne pourra pas se réaliser sans les préalables relatifs à l\u2019éducation économique des travailleurs et à l\u2019instauration d\u2019une étape intermédiaire relative à la cogestion.Les CEGEPs et les universités pourraient être rapidement mobilisés pour préparer une élite ouvrière apte à promouvoir la cogestion et l\u2019autogestion.Pour leur part, la CSD et le FTQ amorcent différentes initiatives en matière de cogestion ouvrière et d\u2019entrepreneur-ship, par exemple: Corvée Habitation et le fond d\u2019investissement industriel préconisés par la FTQ.Il y aurait lieu, pour notre syndicalisme, de s\u2019inspirer de la grande confédération syndicale israélienne, la «Histadrout», qui manifeste une approche originale en matière d\u2019instauration d\u2019une démocratie économique et d\u2019une économie ouvrière.Partie III \u2014 Relations du travail en secteur public 3.1 Problématique Pour mieux appréhender la réalité, nous allons nous servir d\u2019un cas-type, celui de l\u2019éducation (secteurs primaire, secondaire et collégial) caractérisé par le monopole syndical.Le monopole syndical sur les enseignants fut le pendant naturel du monopole étatique sur l\u2019éducation.Le syndicalisme des professeurs a connu deux moments déterminants: Premièrement, par la formule Rand, environ 100 000 professeurs se faisaient imposer un syndicalisme obligatoire qui les 516\tL\u2019ACTION NATIONALE rendait à la merci de l\u2019appareil syndical.Deuxièmement, vers 1970, ce fut la prise de contrôle de l\u2019appareil syndical par un groupuscule de permanents marxistes.Le monopole qu\u2019exerce le syndicat sur ses membres en connexion avec le pouvoir élevé de dissidence collective constitue, pour le syndicalisme de combat, le fer de lance visant à instaurer une société syndicalo-socialiste.C\u2019est un État dans l\u2019État, dont la société civile doit acheter la paix sociale à un prix incommensurable.Le noyautage de tout le groupe enseignant par un petit groupe de permanents radicaux sera éventuellement considéré comme la plus grande duperie de la révolution tranquille.Comme nous l\u2019avons dit, au début, l\u2019objectif avoué de la C.E.Q.n\u2019est pas de faire la révolution, le temps n\u2019y est pas propice, mais de créer les conditions menant à la révolution.Sur sa droite, la C.E.Q.assure sa survie en faisant le jeu des négociations collectives, tandis que sur sa gauche, elle vise à casser l\u2019ensemble du système politico-économique.Dans ce cas, les professeurs deviennent des ouvriers de l\u2019enseignement dont la fonction éducative ne compte plus.De leur part, les élèves n\u2019existent pas: il n\u2019y a que des fils et filles de travailleurs.Pour les fins pédagogiques, le militant s\u2019inspire d\u2019une pédagogie de conscientisation du type développé par la C.E.Q.fondée sur la dialectique (opposition) comme principe du savoir5.Cette pensée s\u2019infiltre largement dans les cours de littérature, d\u2019histoire, d\u2019économie et de philosophie, du niveau secondaire au niveau universitaire.En s\u2019enfermant dans des corridors idéologiques, la C.E.Q.fait que tous les fondements du Code du travail, reliés à la négociation de bonne foi, ne tiennent plus.Lorsque le droit de grève fut accordé aux fonctionnaires en 1964, ce dispositif se voulait à titre expérimental, alors qu\u2019on avait emprunté les mêmes mécanismes qu\u2019en secteur privé.5.C.E.Q.: Pour une journée d\u2019école au service de la classe dominante, et École et luttes des classes au Québec. POUR UN NOUVEAU SYSTÈME DE RELATIONS DU TRAVAIL 517 Pourtant, en cas de grève dans le secteur privé, actionnaires et employés sont pénalisés également; aussi, le lock-out est une arme patronale qui fait contre-poids à la grève.Dans le secteur public, l\u2019État ne peut en pratique se prévaloir du lock-out; ici, l\u2019arme de la grève est nettement à l\u2019avantage du syndicat, qui a des droits, des pouvoirs et peu de responsabilité.L\u2019envergure des problèmes de négociation soulevés en secteur public durant les dernières décennies commande une révision complète des mécanismes de négociation.Aussi, les sondages indiquent que 80% de la population québécoise estiment que le droit de grève doit être retiré dans tous les secteurs pouvant causer des préjudices irréparables aux citoyens.Que le législateur ait dû intervenir à chaque négociation est un signe d\u2019un grand désordre.3.2 Recommandations Les recommandations en secteur public visent à favoriser le passage à la liberté syndicale, au pluralisme, à la décentralisation des unités de négociation et à l\u2019abolition du droit de grève.Nous trouvons aberrant qu\u2019une société permette le monopole syndical à la C.E.Q.(formule RAND), alors que toute forme de monopole est défendue en secteur privé.En France, on favorise la liberté syndicale et le pluralisme.À cet effet, nous recommandons l\u2019émergence d\u2019unités de négociations décentralisées au niveau de chaque Commission scolaire.Cette formule contribuerait à l\u2019avènement de conventions collectives plus souples et adaptées au milieu et ferait une place plus large à la présence du professeur auprès des jeunes, à l\u2019école.L\u2019approche décentralisée assure plus de flexibilité et de dynamisme par rapport aux négociations centralisées faites en fonction de moyennes qui n\u2019existent nulle part.En outre, pour tout le secteur public, le droit de grève devrait être aboli et remplacé par des mécanismes efficaces de médiation et d\u2019arbitrage.En complément, une organisation professionnelle des professeurs serait établie, vouée à la promotion de la profession et à la protection de la qualité de l\u2019acte professionnel des enseignants. 518 L\u2019ACTION NATIONALE Afin d\u2019éviter les perpétuels fronts communs et afin de répondre aux nouveaux impératifs socio-économiques, nous souscrivons au scénario déjà envisagé par le ministre Parizeau: «Au delà des trois années du décret, des mécanismes fixeront automatiquement l\u2019augmentation des salaires au même rythme que le secteur privé6.» L\u2019assouplissement de tout le régime de relations du travail en secteur public s\u2019accompagnerait de la décentralisation de l\u2019arbitrage des griefs.Conclusion Actuellement, notre système de relations du travail ne se situe pas à un niveau d\u2019équilibre optimal face à l\u2019environnement moderne: il y manque une mise en valeurs de nos ressources humaines et une meilleure association entre capital et travail.Entre l\u2019extrême droite et l\u2019extrême gauche représentées respectivement par New York et Moscou, il y a moyen de concevoir un système de relations du travail plus conforme à notre culture qualitative personnaliste et communautaire.Nous disposons des atouts pour nous situer à l\u2019avant-garde des sociétés industrialisées dans l\u2019instauration d\u2019une société industrielle plus démocratique.Au cours des dernières décennies, l\u2019ingéniosité de notre peuple a été reconnue dans les domaines de l\u2019ingénierie, de l\u2019énergie, du matériel de transport, des télécommunications, etc.Compte tenu de notre tradition humaniste, le génie québécois ne pourrait-il se manifester aussi avantageusement en ce qui concerne l\u2019aménagement de son contrat social?6.Rouillard J.: La comparaison privé-public est signée.Le Devoir, mardi, 18 janvier 1983. LES INTERVENTIONS FÉDÉRALES 519 Les interventions fédérales et leurs conséquences par JULIEN HARVEY' Les promesses des candidats, surtout libéraux, pendant la campagne électorale viennent mettre un comble à un phénomène que nous sommes malheureusement trop habitués à rencontrer, surtout depuis le début des années \u201980.Il s\u2019agit de l\u2019envahissement du domaine des provinces par le gouvernement fédéral.En entrant dans une confédération, en 1867, nous avions pourtant suivi avec attention le chemin tracé avec tant de peine par les grands fédéralistes américains, Hamilton, Jay, Madison et la Conférence de Philadelphie de 1787, le chemin de la complémentarité des pouvoirs, permettant de respecter l\u2019identité des provinces et de les intéresser en même temps à une unité profitable pour toutes.C\u2019est ce que l\u2019historien André Siegfried décrivait, il y a 50 ans, comme «un modus vivendi sans cordialité», le Canada confédéral qui a malgré tout fonctionné, et souvent progressé, pendant plus d\u2019un siècle.Et voilà que l\u2019équilibre a été mystérieusement rompu.Nous avons assisté à une guerre des subventions aux municipalités, une guerre que le parti libéral promet de reprendre.Nous avons vu une des plus sérieuses initiatives financières du Québec, la Caisse de Dépôt et Placement, compromise par le projet de loi fédérale S-31.Nous avons vu le gouvernement fédéral, en mars dernier, tenter de régler la question du gouvernement des autochtones par-dessus la tête des provinces.Nous avons vu le gouvernement fédéral gagner de vitesse le gouvernement du Québec pour acheter pour Parcs Canada les îlets de Mingan.Et tout au long de l\u2019été nous avons vu la double célébration du 450e anniversaire de l\u2019arrivée de Cartier, fédérale dans le Vieux-Port de Québec, provinciale à la Haute-Ville, compromettre à la fois le succès financier et l\u2019image touristique du pays par une absurde 1.L\u2019Action nationale ne reproduit à peu près jamais des articles déjà publiés.Celui-ci, qui a paru dans Relations (sept.1984), est exceptionnel.Nous le publions avec l\u2019aimable permission de Relations et de l\u2019auteur. 520 L\u2019ACTION NATIONALE compétition sur le même terrain.Et il y aura dorénavant à Saint-Malo une place du Québec et une place du Canada.Depuis le référendum, la compétition s\u2019est malheureusement étendue à des domaines où le gouvernement fédéral devrait normalement jouer un rôle décisif, mais où sa maladresse a compromis de façon inacceptable sa présence.Le jugement de la Cour suprême, du 26 juillet courant, concernant l\u2019incompatibilité des articles 72 et 73 de la Charte québécoise de la langue française (Loi 101) avec la Charte canadienne des droits et libertés dit s\u2019adresser à un des «constituants», soit la Province de Québec.alors que le Québec a explicitement refusé d\u2019être un de ces «constituants», lors du rapatriement de la constitution.Il y a là une violence fédérale qui rejoint le droit et qui est par conséquent d\u2019autant moins acceptable.Et voilà que M.John Turner, chef du PLC, promet de mettre en marche, dès le 1er octobre 1984, des stages de formation professionnelle dans les entreprises, le projet «Première chance», avec un budget initial de cent millions mais qui atteindrait bientôt le milliard.Comme on le sait, ce même projet avait été déjà formulé et annoncé par le Québec, pour septembre 1984, avec un budget de trente millions! Quand on considère les conséquences de ce nouvel envahissement, sur le plan de l\u2019entreprise, des syndicats, des relations avec le domaine spécifiquement provincial de l\u2019éducation, on ne peut éviter la stupeur! Il est plus que temps que nous analysions froidement les vraies conséquences de ce jeu des centralisateurs d\u2019Ottawa.La première est de nous diviser entre nous.Récemment, le député libéral de Westmount, Richard French, essayait de démontrer qu\u2019il n\u2019y a pas de véritable lutte entre Québec et Ottawa, mais un combat tenace entre deux bourgeoisies au Québec, une fédéraliste et l\u2019autre séparatiste.Un spécialiste en affaires gouvernementales à Québec, M.Dominique Boivin, a tenté de lui faire comprendre que l\u2019une de ces bourgeoisies est plus ancienne, plus inspirée par les anglophones (et, il faut l\u2019ajouter, plus cyniquement «achetée» par le gouvernement d\u2019Ottawa, comme les révélations récentes sur la rénovation du Vieux-Port le démontrent), alors que l\u2019autre est plus récente, plus inspirée par le nationalisme francophone (Le Devoir, 20 juillet 1984). LES INTERVENTIONS FÉDÉRALES 521 Mais surtout, Monsieur French a tort de penser que cette lutte de deux bourgeoisies exonère Ottawa: la lutte entre Québécois est causée par l\u2019intervention d\u2019Ottawa et elle ne fera que s\u2019aggraver si les interventions indues se répètent.La deuxième conséquence, plus sérieuse encore, est celle que la dynamique des groupes a démontrée depuis longtemps (lisez par exemple Kurt Lewin, Resolving Social Conflicts, N.Y., 1948; M.et C.Shérif, In Common Predicament: Social Psychology of Intergroup Conflicts, Boston, 1966), à savoir que le conflit naît de la concurrence des solidarités.Toute personne est normalement capable de plusieurs fidélités: famille, groupe de travail, paroisse, quartier, syndicat, ville, pays.Mais cela est vrai à une condition: que ces fidélités ne soient pas en compétition sur le même terrain.Comme le faisait remarquer Gordon W.Allport (The Nature of Prejudice, Garden City, 1958): «Le bigame qui a fondé deux familles est en sérieuse difficulté avec lui-même et avec la société.Le traître qui sert deux pays est dans une situation mentale inextricable et dans une situation sociale analogue».C\u2019est malheureusement ce qui arrive à un nombre croissant de Québécois et de Québécoises: à force de rencontrer deux drapeaux sur le même terrain, réclamant des fidélités trop souvent opposées, on finit par considérer les feuilles d\u2019érables ou les fleurs de lys comme de mauvaises herbes! Maintenant que les deux gouvernements sont continuellement et consciemment en lutte sur le même terrain, alors que la constitution avait soigneusement prévu que cela ne se produirait pas, il devient de moins en moins possible d\u2019être sincèrement fédéraliste et sincèrement québécois.Le parti conservateur en campagne promet de créer un organisme permanent de concertation et de coordination, au niveau des premiers ministres.Cela peut constituer un premier pas.Mais il faudra aussi une enquête sur ce commerce très payant qu\u2019est, pour les fonctionnaires d\u2019Ottawa et pour les entreprises qui subventionnent généreusement la caisse du parti au pouvoir, l\u2019empiètement sur le terrain des provinces.À l\u2019heure actuelle, ce commerce de l\u2019empiètement est sans doute la première source d\u2019emplois nouveaux et de contrats lucratifs à Ottawa. 522 L\u2019ACTION NATIONALE LE LAMINOIR ENR.IMPRESSION DE L UXE JEAN-GUY DUPUIS IMPRESSION LUXOR CARTED \u2019AFFAIRES, ETC.BENOIT DUPUIS POUR DU BEAU TRAVAIL BIEN FAIT CHEZ NOUS FRANÇOIS DUPUIS, RELIEUR RELIURE ARTISANALE ET COMMERCIALE 251, RUE LARAMÉE HULL \u2014 QUÉBEC \u2014 J8Y 2Z4 (819) 777-0321 BONNE ANNÉE À TOUS NOS AMIS ET LECTEURS! Me GUY BERTRAND, Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois et Mignault, avocats, Place d'Iberville 1, 1195 avenue Lavigerie, no 200, Sainte-Foy \u2014 G1V 4N3 LAINE PAUL GRENIER ENR.\t\tDr JEAN-CHARLES CLAVEAU Spécialité laine du Québec\t\tClinique de pédiatrie 2301 est, rue Fleury\t\t Montréal H2B 1K8\t\tChicoutimi 388-9154\t\tQuébec RÉCONCILIATION ET COLLABORATION 523 À contre-courant Réconciliation et collaboration par ROGER DUHAMEL Il y a les principes, et il y a aussi les hommes.Le comportement de ceux-ci aident à mieux faire comprendre et accepter ceux-là.Car rien n\u2019est à jamais figé dans les rapports humains et la bonne volonté réciproque favorise une collaboration fructueuse.Tout cela pour souligner que si rien n\u2019est encore substantiellement changé dans la politique étrangère du Canada, nous devons constater qu\u2019une attitude de courtoisie et de bonne foi a succédé à un souci maniaque d\u2019affrontement et de mépris arrogant.C\u2019est déjà un bon point.La visite au Canada et au Québec du premier ministre français Laurent Fabius s\u2019est effectuée dans un climat sans précédent.Nous n\u2019avons pas eu à assister à ces ridicules chamailles de tapis rouge d\u2019une mesquinerie honteuse.M.Mulroney a affiché dès le départ, en ce domaine comme en plusieurs autres, son désir de travailler à la réconciliation nationale: «J\u2019ai l\u2019intention d\u2019éliminer dans la mesure du possible toute entrave à une communication logique et normale.» C\u2019est une position raisonnable dont nous avions perdu la mémoire.Fin des querelles stériles De son côté, M.Fabius a bien compris que les règles du jeu étaient modifiées pour le mieux.Il en a pris acte dès avant son départ de Paris en déclarant à un journaliste canadien: «Ne nous perdons pas dans des querelles de ce genre.Je crois qu\u2019il est tout à fait normal qu\u2019il y ait à la fois visite au Canada, à Ottawa.et au Québec avec lequel nous poursuivons des relations privilégiées.» C\u2019est d\u2019une diplomatie exemplaire et qui ne peut qu\u2019agréer à tout esprit non préjugé.En présence de son homologue français, M.Mulroney a été encore plus catégorique.Il s\u2019est gaussé d\u2019un gouvernement fédéral jouant les maris jaloux et il a affirmé que cette méfiance était désormais révolue.Il estime que les relations directes entre 524 L'ACTION NATIONALE Paris et Québec sont tout à fait légitimes et qu\u2019il est souhaitable que le gouvernement québécois maintienne avec la France des rapports fondés sur l\u2019identité culturelle du Québec.Ce qui signifie en pratique que notre province sera dorénavant plus libre d\u2019agir dans les domaines de sa juridiction exclusive, v.g.l\u2019éducation et la culture.Bien entendu, le premier ministre canadien se devait de rappeler que les relations franco-québécoises ne doivent pas battre en brèche l\u2019autorité du gouvernement central dans les secteurs où sa compétence est nettement établie.Personne ne remet en cause cette limitation conforme au régime constitutionnel actuellement en vigueur.Mais le temps est passé où un visiteur étranger, quand il souhaitait avoir un entretien avec un ministre québécois, devait être flanqué d\u2019un ambassadeur ou d\u2019un fonctionnaire d\u2019Ottawa chargé de surveiller l\u2019orthodoxie de ses propos aussitôt rapportés à la Maison Pearson! De même est-il permis de prévoir que si jamais le projet d\u2019un Commonwealth de langue française refait surface, Ottawa ne s\u2019opposera plus à ce que le Québec y joue un rôle actif, distinct et plénier.Hostilité anti-française Un article très éclairant de M.Jean-François Lisée, paru dans la Presse-Plus (3 novembre 1984), met en lumière la détestation profonde que le gouvernement fédéral, sous les libéraux, nourrissait pour la France: «Depuis 12 mois, tous les grands dossiers que les membres de l\u2019équipe Trudeau pouvaient faire mine d\u2019ouvrir devant leurs collègues français ont été définitivement rangés, jetés ou brûlés.» Il ne fallait tout de même pas que les Français construisent avec nous des hélicoptères, qu\u2019ils acquièrent des boulons canadiens pour leurs avions Airbus, qu\u2019ils démontrent la qualité de leur savoir faire dans l\u2019exploitation du gaz naturel du Grand Nord! Nos amis de l\u2019hexagone se rendaient facilement compte de cette hostilité sourde dont ils faisaient les frais sans en être la cause directe.Tous leurs efforts de rapprochement n\u2019aboutissaient à aucun résultat concret.De cette situation pénible, un conseiller de l\u2019ancien premier ministre Mauroy fournit la seule explication plausible: «Ce n\u2019est pas la peine de faire des gestes de normalisation si Ottawa les utilise dans des opérations de poli- RÉCONCILIATION ET COLLABORATION 525 tique intérieure anti-québécoise.Les rapports de Trudeau avec la France étaient faussés, il y voyait toujours un moyen de coincer le Québec.» Cet homme n\u2019aura donc jamais rien négligé pour mener son entreprise en démolition.La paix à tout prix Des représentants de la Caravane pour la paix se sont rendus dans la capitale fédérale, porteurs d\u2019une pétition signée par près d\u2019un demi-million de citoyens.Les chefs des trois partis politiques les ont accueillis avec courtoisie et sympathie.En théorie, qui n\u2019est pas contre la guerre et pour la paix?Cette pétition se ramène à quatre points: interdire les essais de missile de croisière au-dessus du territoire canadien; déclarer le pays zone dénucléarisée; affecter le budget de la défense à des fins sociales et humanitaires; tenir aux Communes un vote libre sur les trois demandes précédentes.Pourquoi ne pas exiger également l\u2019élimination de la faute originelle, ce qui favoriserait grandement le retour au paradis terrestre! M.Mulroney a évité de s\u2019engager, bien qu\u2019il ait manifesté quelque intérêt pour la suggestion d\u2019un vote libre au Parlement.N\u2019assumant pas les responsabilités du pouvoir, il a été plus facile à M.Turner de faire entendre la note juste en doutant fort qu\u2019il faille abandonner à un vote libre la détermination de notre politique étrangère.Certes, les rapprochements historiques demeurent toujours approximatifs.Si les événements se répétaient sans la moindre modification, il nous serait facile de prendre des décisions sages, à la lumière de l\u2019expérience acquise.Il n\u2019empêche que certains précédents sont susceptibles de nous éclairer, surtout si nous avons pu les observer dans le laps d\u2019une vie humaine.Hier et aujourd\u2019hui Les aînés de notre société sont en mesure de faire des comparaisons utiles avec un passé dont ils ont conservé le souvenir.La situation actuelle n\u2019est pas sans offrir quelque ressemblance avec celle de l\u2019Europe occidentale vers la fin des années 30.On réclamait alors la paix à grands cris et à tout prix.Le premier ministre Chamberlain rentrait tout heureux d\u2019Allemagne avec son parapluie et un chiffon de papier portant le sceau fatal de 526 L\u2019ACTION NATIONALE Munich.Il n\u2019avait pas compris, et la majorité de ses contemporains partageaient son illusion, que l\u2019idéalisme de l\u2019apaisement se briserait sur le réalisme brutal de l\u2019ennemi éventuel.Il a suffi d\u2019à peine un demi-siècle pour que nous assistions à la résurgence des mêmes chimères.Un peu partout surgissent des mouvements pacifistes réclamant à tous les échos l\u2019arrêt de la production des armements, surtout s\u2019ils sont nucléaires.Toute cette agitation entretient et propage cette fausseté que la paix universelle est accessible par un désarmement qui serait le fruit d\u2019efficaces négociations.Sans mettre en doute la bonne foi de certains pacifistes, il nous faut avouer qu\u2019ils ont choisi la voie facile du refus et de l\u2019inaction.Il n\u2019est pas déplacé de leur rappeler l\u2019observation du Russe Solzhenitsyne: «Il est normal de redouter les armes nucléaires.Je ne condamnerais personne à cet égard.Mais la génération qui gradue actuellement des écoles occidentales est incapable de distinguer le bien du mal.Je leur dis: Vous protestez contre les armes nucléaires, mais êtes-vous prêts à défendre votre partie avec des armes conventionnelles?La réponse est non.Ces gens-là récusent toute forme de combat.» Cette attitude plonge loin ses racines dans le comportement des individus.En privilégiant un humanisme découronné de tout prolongement surnaturel, nous avons fait de l\u2019homme la mesure de toute chose, le centre de l\u2019univers.Nous avons tourné le dos à une longue tradition judéo-chrétienne, nous lui avons substitué une conception matérialiste de l\u2019homme et de la société.Nous nous appuyons sur des valeurs fragiles et frelatées, parce qu\u2019elles sont personnelles, égoïstes, relatives et arbitraires.Ce qui ne revient pas à dire qu\u2019il faille céder à la fatalité des conflits, mais ce qui importe, c\u2019est en quelque sorte de mériter la paix.Non pas par des défilés et des pétitions, mais par une exigence plus haute de la dignité humaine et par un retour aux valeurs spirituelles qui seules justifient le dépassement de l\u2019homme et son émergence à la lumière.Prudence au Nicaragua Si le nouveau ministre des Affaires extérieures n\u2019a pas eu encore l\u2019occasion de s\u2019affirmer, il a eu en tout cas le bon sens de RÉCONCILIATION ET COLLABORATION 527 refuser d\u2019envoyer des observateurs au Nicaragua lors des élections ex parte tenues dans ce pays dans le seul but de conférer une couverture légale au gouvernement marxiste qui a renversé la dictature du clan Somoza.M.Clark a soutenu à juste titre que notre présence dans les Caraïbes aurait constitué comme une approbation tacite d\u2019une évidente fraude électorale.Par la suite, l\u2019ambassadeur du Nicaragua à Ottawa, M.Casimiro Sotelo, a fait une démarche officielle pour prier notre pays de faire pression auprès des États-Unis afin que ces derniers n\u2019exercent pas une action militaire contre le Nicaragua.Le diplomate fonde sans doute ses craintes sur l\u2019arrivée de troupes aéroportées supplémentaires au Honduras, sur les vols américains de surveillance au-dessus du littoral pacifique du Nicaragua et sur la présence de frégates américaines au large du pays.S\u2019agit-il de préparatifs en vue d\u2019une invasion imminente?Le secrétaire d\u2019État Georges Schultz prétend qu\u2019il n\u2019en est rien, mais on ne peut oublier que depuis le début du siècle, les marines ont procédé à trois reprises à des actions punitives, soit en 1909, en 1912 et en 1926.L\u2019hypothèse d\u2019une quatrième intervention n\u2019est donc pas à rejeter d\u2019un revers de la main.D\u2019autant moins qu\u2019il est aujourd\u2019hui établi que le pouvoir sandiniste constitue une menace à la sécurité militaire de ses voisins et des États-Unis et qu\u2019il sert de courroie de transmission pour la fourniture d\u2019armes aux mouvements révolutionnaires d\u2019Amérique centrale.Ceux qui s\u2019imaginent ou aiment s\u2019imaginer que le scrutin récent marque une étape importante dans l\u2019évolution démocratique du pays feraient bien de se rappeler le mot sans équivoque de Humberto Ortega, le frère du coordonnateur de la junte: «Souvenez-vous bien que ce sont des élections pour consolider le pouvoir révolutionnaire, non pour le mettre en jeu, parce que le pouvoir est aux mains du peuple, à travers son avant-garde, le FSLN.» (Esprit, octobre 1983).S\u2019il subsiste quelque doute sur l\u2019orientation du gouvernement de Managua, il est facile de le dissiper en notant ce qu\u2019écrivait dès 1931 l\u2019âme même du mouvement, Augusto Cesar Sandino: «Nous sommes plutôt communistes» (Politique internationale, automne 1984).Cette litote est tout à fait plaisante.Dans les circonstances, la sagesse politique recommande la 528 L\u2019ACTION NATIONALE prudence au gouvernement canadien qui n\u2019a pas à plonger dans ce panier de crabes.Pour deux raisons.D\u2019abord parce que son intervention totalement inefficace ne ferait qu\u2019attiser des polémiques idéologiques dont nous avons intérêt à faire l\u2019épargne.Ensuite parce que la situation est trop fluide et trop complexe pour ne pas nous faire courir le risque de gestes contraires aux fins désintéressées que nous sommes censés poursuivre.Mieux vaut attendre que la situation ait eu le temps de décanter.Pourquoi pas à l\u2019Éthiopie?Après avoir raté le Prix Nobel qui est échu à un prélat noir de l\u2019Afrique du Sud, M.Pierre Trudeau est allé à Washington recevoir le prix de la paix qui porte le nom du savant Albert Einstein.L\u2019occasion lui a paru favorable pour démontrer enfin qu\u2019il possède quelques qualités d\u2019homme d\u2019État.Hélas, fidèle à lui-même, il a préféré gaffer et embarrasser tout le monde.Sans doute a-t-il trouvé opportun de déclarer dans la capitale américaine que le président Reagan, réélu à une majorité écrasante, n\u2019entendait rien au désarmement et que les conseillers auxquels il prête une oreille complaisante ne peuvent que nous acheminer vers une guerre des étoiles.Au passage, il a aussi critiqué l\u2019OTAN, accusant les chefs de gouvernement d\u2019employer leurs rencontres à la lecture de discours ennuyeux qu\u2019ils n\u2019ont pas rédigés eux-mêmes.Certes, nous reconnaissons désormais à M.Trudeau le droit de dire à voix haute toutes les sottises qui lui passent par la tête.Il ne détient plus, Dieu merci, aucun mandat public et il ne représente plus que lui-même.Toutefois, compte tenu du rôle que nous avons eu l\u2019aveuglement de lui permettre de jouer pendant de nombreuses années, il devrait s\u2019imposer un devoir de discrétion.Ce qui éviterait l\u2019irritation justifiée de la Maison blanche.Quand on connaît le personnage, on s\u2019étonne quelque peu que le premier ministre Mulroney l\u2019ait reçu en grande pompe à Ottawa et surtout qu\u2019il ait exprimé sa satisfaction de bénéficier des conseils de son prédécesseur en politique étrangère.Serait-ce là une forme imprévue du fameux wit irlandais dont ne doit pas être dépourvu le petit gars de Baie Comeau?À moins que M.Mulroney ne soit la dernière victime de la détestable trudeau- RÉCONCILIATION ET COLLABORATION 529 manie dont nous pensions être à jamais libérés.Un journaliste demandait à M.Trudeau comment il comptait disposer des 50 000$ qui accompagnent la remise du prix Einstein.11 a répondu par l\u2019une de ses pirouettes habituelles, déclarant qu\u2019il consacrerait cette somme à des soins de santé propres à favoriser sa longévité.Dommage que ce multimillionnaire n\u2019ait pas songé à verser cet argent pour parer à la désolation éthiopienne.11 est vrai que le même homme se demandait naguère en Chambre s\u2019il existait des Biafrais. 530 L\u2019ACTION NATIONALE LA PENSÉE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS\tL'auteur du livre Un écrivain anglo-canadien de Toronto, John GRUBE John Grube A\tLe sujet: La pensée de François-Albert Angers sur le nationalisme cana-dien-français BATISSEUR\tLes sources de documentation Les centaines d écrits DI PAYS\tLa méthode de travail de M.Grube Il a écrit ce nouveau livre selon sa propre compréhension des textes, son jugement personnel, en toute liberté d'analyse et d'interprétation.\tBrûlante actualité de chacun des chapitres du livre: \u2014 La guerre de la centralisation Aux Éditions de l\u2019Action Nationale 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 ou tél.: de 9 à 13h à 845-8533\t\u2014\tLa réforme de la réforme (éducation) \u2014\tUne sécurité sociale bien de chez nous.\u2014\tLa conscription \u2014\tL'indépendance fiscale \u2014\tLa pensée nationale de F.-A.Angers \u2014\tLa libération économique du Québec \u2014\tLa bataille de la langue 12$ le volume\t NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 531 Un sondage auprès des progressistes-conservateurs de l\u2019Ontario révèle que 57% s\u2019opposent à ce que le français devienne une langue officielle dans leur province.(Le Devoir, 18 septembre 1978.) Nos cousins franco-ontariens par JEAN-D.ROBILLARD Le déséquilibre entre la façon de traiter la minorité francophone de l\u2019Ontario et la minorité anglophone du Québec dure encore.après tant d\u2019années! Pourquoi?Comment avons-nous pu endurer pareilles injustices?La seule réponse à cette question nous est donnée par Gérard Pelletier, une des trois colombes: «C\u2019est que le Québécois est plus généreux! » Où est la limite entre la générosité et l\u2019imbécilité heureuse dans ce domaine?Voici d\u2019autres faits que les anglophones québécois, s\u2019ils avaient dû les subir, n\u2019auraient nullement tolérés; et à quelle levée de boucliers n\u2019aurions-nous pas assisté de la part de leurs concitoyens canadiens?1977, 27 juillet: Le gouvernement Trudeau et toutes les provinces du Canada, sauf la Saskatchewan qui préférerait voir la défense des minorités confiée au gouvernement fédéral, rejettent l\u2019offre du Québec de négocier des accords de réciprocité au sujet des droits linguistiques du Canada.L\u2019Ontario, pour sa part, est prêt à discuter, mais jamais jusqu\u2019à signer un accord! Pour ce qui est des discussions et des promesses verbales, l\u2019Ontario en est; mais lorsqu\u2019il s\u2019agit de s\u2019engager par écrit, «Vous repasserez!» 1977, septembre: Tony Merola, pensionnaire et président du Groupe culturel français, du pénitencier de Millhaven en Ontario, fait parvenir une lettre au journal Tightwire de la prison des femmes de Kingston; il y écrit: «L\u2019article Parole d\u2019une Québécoise par D.F.Martin est sensationnel.Chère D.F.tu as vraiment mis les points sur les i.Nous avons de nombreux exemples ici à Millhaven de la discrimination envers les Français par l\u2019administration.Ils ne veulent même pas acheter une machine à 532 L\u2019ACTION NATIONALE écrire en français et c\u2019est la raison pour laquelle j\u2019ai écrit à la main pour ne pas utiliser une machine anglaise.1977, 7 novembre: Michel Nadeau nous parle dans Le Devoir de l\u2019école française de Toronto: 1-\tTout le réseau scolaire public de Toronto tient dans l\u2019école élémentaire Gabrielle-Roy.2-\tAu service des 30 000 francophones qui habitent maintenant Toronto, l\u2019école reçoit chaque matin 350 élèves qui partent de tous les coins de la ville.3-\tToronto n\u2019ayant pas d\u2019institution d\u2019enseignement francophone au niveau secondaire, les étudiants doivent, cette fois, se rendre dans une municipalité de la banlieue, complètement au nord de la ville.L\u2019école Étienne-Brûlé est la seule école secondaire de langue française pour toute la région métropolitaine de Toronto.4-\tThomas Maxwell, sociologue, affirme que seulement 7,5% des enfants francophones d\u2019âge scolaire fréquentent des institutions francophones.Dans les familles où l\u2019on parle le français à la maison, on constate que presque les trois quarts des enfants vont à l\u2019école anglaise.5-\t60 ans exactement après l\u2019abrogation du célèbre règlement 17, les francophones recommencent à rêver d\u2019une amélioration réelle du système scolaire.Composé de neuf membres, le Conseil consultatif compte six francophones et trois commissaires du Toronto School Board.Deux de ces derniers ne parlent pas français et c\u2019est en anglais que les parents francophones doivent exprimer leur point de vue.6-\tLa baisse de la clientèle scolaire à Toronto a réduit l\u2019effectif de certaines écoles.L\u2019opinion publique anglophone éclaterait de colère, si jamais on s\u2019avisait de déplacer de jeunes anglophones pour libérer complètement une école.7-\tPrésentement, Toronto paie pour 125 étudiants à l\u2019école Étienne-Brûlé, dans North York.Les jeunes doivent voyager durant près d\u2019une heure pour se rendre à cet endroit.La commission scolaire locale a refusé d\u2019accorder un système d\u2019autobus.Les étudiants utilisent les transports en commun.Presque en cachette, la direction de l\u2019école rembourse les billets d\u2019autobus et de métro aux familles qui en font la NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 533 demande.8-\tEn mai dernier, M.Wells, ministre de l\u2019Éducation, annonce un programme de 26 millionsS supplémentaires, pour améliorer l\u2019enseignement du français.Mais tant à Étienne-Brûlé qu\u2019à Gabrielle-Roy, on attend toujours ces nouveaux crédits.9-\tLe gouvernement a réalisé que l\u2019étude du français ne progresse plus chez les jeunes Ontariens, depuis qu\u2019il n\u2019est plus nécessaire pour l\u2019entrée à l\u2019université.10-\tLes francophones doivent exercer des pressions constantes pour empêcher que ne s\u2019accroissent l\u2019assimilation par l\u2019école.L\u2019éparpillement des francophones favorise l\u2019anglicisation.Sur 100 000 personnes d\u2019origine française à Toronto, 50 000 avaient en 1971 le français comme langue maternelle.Un peu plus de 25 000 seulement parlent encore français à la maison.11-\tTout mouvement visant à améliorer le réseau scolaire doit se faire par une stratégie discrète.1977, 11 novembre: L\u2019Association des enseignants de langue française de l\u2019Ontario soutient que les étudiants francophones inscrits en 12^ et 13e année dans les écoles françaises de l\u2019Ontario connaissent mieux l\u2019anglais que le français.Au recensement de 1976, le nombre de citoyens ontariens qui se sont déclarés de langue maternelle française a baissé par rapport au recensement précédent.C\u2019est la première fois qu\u2019on constate une telle baisse en nombre absolu depuis un siècle.1977, 15 novembre: Rémy Beauregard, directeur exécutif de l\u2019Association des Franco-Ontariens, souligne les lacunes des services de Radio-Canada, qui ne remplit pas sa tâche d\u2019assurer des services convenables dans les provinces hors du Québec.Ce manquement contribue à l\u2019assimilation des minorités dans ces provinces.1977, 28 novembre: L\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario affirme dans un mémoire présenté à la Commission Pépin-Robarts sur l\u2019unité nationale que le gouvernement ontarien se moque éperdument de l\u2019avenir du fait français en Ontario.Le mémoire ajoute que le Québec a fai preuve de justice et de générosité envers sa minorité, contrairement au sort des 534 L\u2019ACTION NATIONALE Franco-Ontariens qui n\u2019ont pas été plus heureux que les minorités francophones dispersées dans les autres provinces anglaises: «Nous avons assisté à une tentative délibérée et systématique de la part du Canada anglais, en vue d\u2019assimiler les communautés hors Québec telle le règlement 17 en Ontario».1977,\t15 décembre: M.Davis écrit à l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario que son gouvernement refuse de faire du français une langue officielle.C\u2019est la réponse faite à Mme Gisèle Richer, présidente de cette association qui, au nom des 600 000 francophones de l'Ontario, demandait au premier ministre de cette province de passer cette mesure législative.1978: L\u2019ACELF publie Pour un plan de développement de l\u2019éducation française au Canada (volume 6, numéro 2).Au sujet de l\u2019Ontario, on y mentionne que le ministère de l\u2019Éducation ne possède pas de direction uniquement francophone.Les fonctionnaires d\u2019expression française travaillent avec les anglophones, pour en arriver à émettre des directives uniques, à bâtir des programmes similaires et à proposer des manuels adéquats à l\u2019un ou à l\u2019autre groupe.1978,\t23 janvier: Les députés de la Chambre des communes refusent d\u2019appuyer unanimement une motion qui déplore le fait que le Premier ministre de l\u2019Ontarien refuse de reconnaître le français comme langue officielle.Ce genre de motion doit recevoir l\u2019appui unanime pour être adopté; or, quelques non se sont fait entendre.1978, 8 février: Marc Lalonde, dans un discours au Retail Council of Canada, regrette que M.Davis, qui refuse de proclamer le français langue officielle, ne comprenne pas qu\u2019il faut faire en sorte que les Canadiens de langue française se sentent chez eux partout au pays.1978, 10 février: M.Timbrell, ministre ontarien de la Santé, amène les reporters, dans une conférence de presse, à discuter de l\u2019expansion des services médicaux en français dans sa province.Il a toutefois été incapable de leur dire combien d\u2019argent le gouvernement ontarien voulait dépenser pour l\u2019expansion des services en français ni de nommer les domaines qu\u2019il entend favoriser. NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 535 Des groupes franco-ontariens se sont plaints récemment de l\u2019absence de services psychiatriques en français, prenant comme exemple que 30% d\u2019un hôpital psychiatrique de Brockville étaient francophones, mais que les services en français étaient négligeables.Tout le monde sait que l\u2019Ontario a toujours préféré une démarche non officielle en matière de bilinguisme; or, on voit ce que cela donne, de laisser les différents projets au bon vouloir des autorités locales; ainsi, Dennis Timbrell n\u2019a pu répondre à aucune question précise sur son programme, ses budgets, ses projets et cela, près de deux ans après avoir reçu le rapport d\u2019une commission que son gouvernement avait lui-même créée sur ce sujet.1978, 15 février: Donald Lanteigne, dans une lettre au Devoir, nous souligne que le taux d\u2019assimilation des Franco-Ontariens est de 27%; il ajoute que «les Franco-Ontariens ont besoin d\u2019espérer, mais à la fin, ils ne pourront que surseoir à l\u2019assimilation totale».1978, 27 février: Michel Nadeau écrit dans Le Devoir un article consacré à l\u2019école Gabrielle-Roy de Toronto.Les 60 000 Toron-tois francophones ne possèdent que cette seule école publique française rattachée au Toronto School Board.Or, il est question d\u2019une cohabitation éventuelle entre francophones et anglophones dans une même école.Ce serait l\u2019asphyxie.Les dangers d\u2019anglicisation sont trop énormes; c\u2019est aller tout droit vers l\u2019assimilation, affirme M.Derstine, jeune écrivain qui mène le combat des parents de cette école.L\u2019auteur ajoute que l\u2019opinion torontoise réagirait plutôt mal, si des anglophones étaient déplacés pour agrandir une école française.Et pourtant, on ne les gâte pas, nos francophones de Toronto, comparativement à nos anglophones du Québec; ainsi, «l\u2019école n\u2019a pas de réfectoire (bien que les enfants dînent à l\u2019école), pas de gymnase, et la cour de récréation a été rétrécie jusqu\u2019à la limite de l\u2019illégalité pour y mettre des préfabriqués.La bibliothèque est pathétiquement inadéquate.Les fournitures scolaires sont souvent achetées par les fonds personnels des professeurs, car ils viennent trop lentement du Board.Pour 13 536 L\u2019ACTION NATIONALE classes, l\u2019école possède un projecteur, un globe terrestre et une carte du Canada (en anglais).Il y a des tables et des chaises, mais trop souvent disproportionnées aux tailles des élèves des classes supérieures.Beaucoup de cours sont faits sans avoir de textes, car il y en a peu de disponibles pour le système public français en Ontario.L\u2019anglais est enseigné dans une petite salle sans fenêtre, et l\u2019infirmière et la psychologue travaillent chacune leur tour dans un cagibi à peine plus grand qu\u2019un placard.» L\u2019héroïsme a quand même ses limites.Même si les francophones de Toronto sont aussi nombreux que les francophones de tout le Manitoba, ils sont invisibles; «Cette clandestinité favorise évidemment un taux élevé d\u2019assimilation.» Sur une population scolaire possible de 30 000 jeunes, le secteur catholique reçoit 1 350 élèves et le secteur public, un peu plus de 800! Déçus par la qualité des services reçus, les parents choisissent le système scolaire anglophone.Pourtant, c\u2019est une question de survie pour les francophones.1978, mai: Louis Martin interroge des Franco-Ontariens à une émission de Radio-Canada intitulée: Vivre à peu près en français.Voici quelques extraits parus dans Ici-Québec (Vol.2, n° 13, p.14-15).1-\tUn défenseur du bilinguisme affirme qu\u2019il n\u2019y a aucun problème à vouloir parler le français en Ontario, car «je m\u2019ex-press dans cette langue et tout le monde devrait pour s\u2019ex-presser dans leur langue.» Un autre ajoute avec la même verve qu\u2019il use le français.Il raconte également les raisons qui l\u2019ont amené à «mouver» en Ontario.«Les Franco-Ontariens, le long de la highway 69, comme le dit un maire ontarien, peuvent entendre des records qui \u2018jousent\u2019 enfin en français à la radio!» Sans commentaire sur les bienfaits du bilinguisme.2-\tLes francophones viennent de passer de 10% à 6% de la population globale.3-\tNous sommes ici fort loin des droits et des situations privilégiées des Québécois anglophones qui, même avec l\u2019adop- NOS COUSINS FRANCOONTARIENS 537 tion de la Loi 101, non seulement ont un vaste réseau d\u2019écoles primaires, secondaires, mais également ont le même nombre d\u2019universités que celui des francophones; il en est de même pour les hôpitaux et les journaux, alors que les Franco-Ontariens n\u2019ont aucun journal francophone, en dehors du Droit d\u2019Ottawa.4-\tLa culture française en Ontario doit être perçue comme toute autre culture étrangère, qu\u2019elle soit lituanienne, ukrainienne ou canadienne-française.5-\tIl n\u2019est pas étonnant d\u2019entendre les doléances de ces Franco-Ontariens qui disent n\u2019éprouver aucune fierté à parler français ou à être français dans un état où s\u2019adresser en français dans un bureau de poste est décrit comme un acte de courage et d\u2019humiliation auquel les anglophones répondent avec mépris par le traditionnel «I don\u2019t speak french.» 6-\tUne entrevue avec de jeunes étudiants universitaires francophones nous apprend successivement tantôt que les Franco-Ontariens ne se veulent pas Français et qu\u2019ils aimeraient être Anglais, tantôt qu\u2019ils devraient entrer dans le vrai monde, les Anglais.7-\tLes dernières statistiques révèlent que le taux d\u2019anglicisation des Franco-Ontariens est de 27%.1978, 22 mai: Le français est conspué pour la seconde journée consécutive, nous apprend la Presse Canadienne.C\u2019est à l\u2019occasion du match de baseball au Stadium de Toronto entre les Blue Jays et les Yankees.La relationiste des Blue Jays, M.Dur-se, rappelle qu\u2019il y a eu des incidents semblables à des matches de hockey et de football.1978, 2 juin: M.Davis écarte de l\u2019ordre du jour de la législation un bill visant à garantir les services gouvernementaux aux Franco-Ontariens.Il s\u2019agit d\u2019un bill privé sur le français.Selon Jean-Louis Bourdeau, président de l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario, les Franco-Ontariens ne devraient pas être obligés d\u2019aller mendier auprès du premier ministre, trois ou quatre fois par année, un engagement au sujet des droits du français.1978, 6 septembre: Alex Paterson et Sterrs McCall, co-présidents du Comité d\u2019Action positive, sont consternés, attristés et 538 L\u2019ACTION NATIONALE frustrés par la décision de Bill Davis de reporter aux calendes grecques l\u2019adoption du projet de loi 89 visant à assurer à la population francophone de l\u2019Ontario des services en français dans les secteurs de l\u2019éducation, de la justice, de la santé, des services sociaux, des services municipaux et autres.Selon eux, ce geste du premier ministre ontarien n\u2019est qu\u2019une autre preuve à ajouter au dossier des mesquineries dont ont été victimes les francophones canadiens de la part des anglophones.Ces deux co-présidents déplorent l\u2019assimilation croissante des francophones hors Québec.Ce Comité d\u2019Action positive, formé d\u2019un groupe d\u2019anglo-québécois qui se vouent à la cause de l\u2019unité canadienne, présente un document dans Le Devoir (13 septembre), intitulé Seule une loi peut protéger les Franco-Ontariens.Et Bill Davis la refuse! 1-\tCette aptitude à se sentir chez soi implique que tous les Canadiens appartenant à une communauté linguistique suffisamment importante puissent éduquer leurs enfants, recevoir les services essentiels, se présenter devant les tribunaux et communiquer avec les divers paliers de gouvernement, soit en français, soit en anglais.Un pays qui ne pourrait leur donner satisfaction à ce sujet ne sera jamais, à leurs yeux, leur pays.2-\tAction positive et, sans aucun doute tous les Canadiens, reconnaissent l\u2019existence de faits historiques qui ont rendu la vie difficile aux francophones hors Québec, particulièrement lorsque la majorité anglophone a pris des dispositions contraires à leurs intérêts.De toute évidence, une minorité ne peut survivre sans une forte infrastructure sociale, notamment au chapitre des écoles, des médias et des services publics fédéraux, provinciaux et municipaux.3-\tMême si les paroles et les promesses ont été nombreuses, rares sont les occasions où les gouvernements ont pris des mesures concrètes pour favoriser la survie des minorités (traduisez: des minorités francophones).4-\tLes francophones hors Québec ont souffert à maintes reprises, au cours du dernier siècle, de dispositions prises par les NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 539 pouvoirs publics pour mouler leur infrastructure et accélérer leur assimilation.Ainsi, l\u2019Ontario, par son règlement numéro 17, a restreint très sévèrement l\u2019usage du français dans le système d\u2019enseignement public.5-\tDeux poids, deux mesures renferme suffisamment de preuves pour faire réfléchir sur la façon dont la majorité a traité l\u2019un des deux peuples fondateurs depuis de si nombreuses années.Il est encore plus révélateur de constater que les médias anglophones canadiens ont observé le mutisme le plus total au sujet de ce document! 6-\tPour le grand public, les francophones de l\u2019Ontario sont condamnés à l\u2019assimilation et leur langue comme leur culture sont promises à la disparition.1978, 30 septembre: Mgr Joseph A.Plourde prononce une homélie à Toronto, à l\u2019occasion du congrès annuel de l\u2019Association canadienne-française d\u2019Ontario.Voici quelques passages: 1-\tDevraient-elles (les minorités francophones), pour sauver l\u2019unité et l\u2019harmonie du pays, se taire et se laisser assimiler?Je crois devoir répondre en disant: Non.2-\tEst-ce favoriser l\u2019unité que d\u2019inonder les journaux de lettres qui ressuscitent des préjugés que l\u2019on croyait morts ou des arguments que l\u2019on croyait dépassés?3-\tEst-ce favoriser l\u2019unité que de huer, lorsque l\u2019on chante notre hymne national en français?4-\tSerait-ce favoriser l\u2019unité, si l\u2019on persistait à refuser aux francophones de cette province d\u2019administrer leurs propres écoles?5-\tEst-ce favoriser l\u2019unité que de prêter aux minorités la ténébreuse ambition de dominer le pays, quand leur seule ambition est de travailler à son enrichissement culturel, linguistique, artistique et religieux?1978, novembre: W.André Lafrance, m.d., écrit dans l\u2019Information Nationale que l\u2019esprit du règlement 17 est toujours vivant, en Ontario.De plus, il nous apprend qu\u2019un groupe de 2 000 anglophones de l\u2019Ontario s\u2019est formé; il s\u2019agit de Alliance for the Preservation of English in Canada.Ce groupe affirme que l\u2019Église catholique, les politiciens et l\u2019Association cana- 540 L\u2019ACTION NATIONALE dienne-française de l\u2019Ontario sont à l\u2019origine d\u2019un complot pour transformer l\u2019Ontario en une province française et catholique romaine.Sans commentaire.1978,\t5 décembre: Patricia Dumas, correspondante particulière au Devoir, signe un article intitulé «L\u2019ONF met fin à l\u2019expérience du cinéma franco-ontarien».1-\tLe gouvernement fédéral décide de réduire de 4 millionsS le budget accordé à l\u2019ONF.C\u2019est alors que le Conseil d\u2019administration de cet organisme coupe à son tour 350 000$ à la régionalisation française, c\u2019est-à-dire aux programmes en Ontario et au Manitoba; mais le 16 décembre, Le Devoir ajoute que cette décision sent l\u2019arbitraire et la discrimination, d\u2019autant plus que l\u2019équivalent anglophone du programme n\u2019a été coupé que de 50 000$.2-\tLe 4 décembre, le Regroupement d\u2019action pour le cinéma à Ottawa dépose une plainte officielle au bureau des langues.Il veut savoir pourquoi l\u2019ONF a décidé d\u2019enlever aux communautés francophones de l\u2019Ontario le droit à une expression personnelle dans le domaine du cinéma, alors qu\u2019il l\u2019accorde aux communautés anglophones.3-\tCe regroupement souligne la dette morale de l\u2019ONF envers les groupements ontariens qui ont participé financièrement à plusieurs des projets régionaux de l\u2019ONF.4-\tParmi les films réalisés par les Franco-Ontariens, il en est un: «Rien qu\u2019en passant», qui a créé bien des remous dans les écoles du nord de la province, quand un professeur l\u2019a présenté à ses élèves.Le sujet traite de l\u2019assimilation du jeune Franco-Ontarien.La direction de l\u2019école l\u2019a jugé subversif et le professeur a été remercié.5-\tC\u2019est une décision injuste et discriminatoire qui constitue une négation du droit des minorités francophones à l\u2019expression et les réduit au sous-développement.1979,\t25 janvier: L\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario lance une campagne d\u2019information pour sensibiliser les Ontariens et le gouvernement Davis de leurs problèmes.1- Si, demain matin, le gouvernement ontarien donnait aux Franco-Ontariens les mêmes droits que ceux que le Québec NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 541 accorde à la minorité anglophone même sous l\u2019empire de la Loi 101, L\u2019AFCO et tous ceux qu\u2019elle représente seraient très satisfaits.2-\tLa justice pour les Franco-Ontariens, selon la présidente de l\u2019AFCO, Mlle Jeannine Séguin, cela veut dire: a)\tla création d\u2019un conseil scolaire homogène de langue française à Ottawa-Carleton; b)\tune loi assurant les services en langue française; c)\tle maintien du bureau régional francophone de l\u2019Office national du film; d)\tune école secondaire française à Penetanguishene; e)\tla possibilité d\u2019enregistrer des actes de vente en français; f)\tl\u2019affichage bilingue par le gouvernement ontarien; etc.3-\tLes francophones de l\u2019Ontario se sont vu refuser, depuis un peu plus d\u2019un an: a)\tune reconnaissance de la langue française; b)\tla création d\u2019un collège communautaire francophone; c)\tune loi sur l\u2019éducation post-secondaire pour les francophones.4-\tEnfin, l\u2019AFCO s\u2019étonne qu\u2019une réunion promise par le premier ministre Davis, en septembre 1978, n\u2019ait pas encore eu lieu.1979, 27 janvier: Le solliciteur général Jean-Jacques Blais déclare, en réaction à la publication du rapport Pépin-Robarts: «Les droits des 600 000 francophones d\u2019Ontario ont été brimés durant longtemps.et beaucoup ont déjà été assimilés.» 1979, 2 février: Les FHQ dénoncent le rapport Pépin-Robarts: 1-\tUs se sentent trahis et abandonnés, parce que ce rapport recommande que ce soient les provinces plutôt que le fédéral qui déterminent les droits linguistiques de leurs minorités.2-\tM.Paul Comeau, président de la F.F.H.Q., affirme: «Nous ne pouvons faire confiance aux provinces.» Il rappelle que le premier ministre Bill Davis de l\u2019Ontario a eu recours à son droit de véto pour empêcher l\u2019adoption d\u2019un projet de loi qui aurait assuré certains services en langue française aux Franco-Ontariens. 542 L\u2019ACTION NATIONALE 3-\tLa présentation des nombreux mémoires à la Commission était inutile.«Nous avons perdu notre temps.» 4-\tM.Landry, directeur général de la F.F.H.Q., est en colère, en pensant qu\u2019il faut gaspiller tant d\u2019énergie pour obtenir le respect de ses droits.1979, 14 février: Le Conseil scolaire régional de Simco rejette la demande d\u2019une école secondaire francophone, après deux ans de discussion.Le fait est qu\u2019à Penetanguishene, on compte présentement 8 500 habitants, dont la moitié sont francophones.Actuellement, les enfants canadiens-français sont dans une école secondaire bilingue; mais le taux d\u2019assimilation de ces écoles bilingues est bien connu et le seul moyen de l\u2019empêcher est d\u2019offrir une éducation française complètement indépendante du milieu anglais.Le spectre du déclin des effectifs scolaires est un autre atout pour le conseil, dans son refus d\u2019accéder aux désirs de la communauté française.Victor Dupuis, étudiant de 12e année de l\u2019école secondaire bilingue de Penetang, disait: «C\u2019est encore un exemple où les anglophones décident de notre survie en faisant la bataille des chiffres.» Il ajoute: «La décision du Conseil sonne le glas de la culture française dans la région.Pour qu\u2019une école soit bilingue, il faudrait qu\u2019elle soit française, parce que c\u2019est seulement les Français qui sont bilingues!» Tiens, là aussi?On a entendu cela quelque part.On sait que dans le comté d\u2019Essex, dans le sud de la province, pendant dix ans, les francophones de cette région ont vainement tenté d\u2019obtenir de leur Conseil scolaire régional une école secondaire française autonome.1979, 28 février: Le gouvernement de l\u2019Ontario publie un livre vert qui donnerait un certain pouvoir décisionnel à l\u2019intérieur du système scolaire francophone, si les propositions de ce livre vert sont mises en vigueur par le gouvernement.Mais voilà, on craint le backlash que le gouvernement recevrait d\u2019une bonne proportion d\u2019anglophones qui voient dans chaque miette accordée aux Français un danger pour la survie de la culture anglaise.Il n\u2019est donc pas prudent que les francophones crient victoire, car il ne faut pas effrayer la population.On a encore à la mémoire ces NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 543 luttes longues et farouches avec les Irlandais, au début du siècle; ceux-ci ont tenté de faire abolir complètement l\u2019enseignement du français dans les écoles, afin d\u2019obtenir ainsi plus de pouvoir à l\u2019intérieur du système séparé.Le gouvernement ontarien refuse donc, dans la région d\u2019Ot-tawa-Carleton, la création d\u2019une commission scolaire homogène de langue française, même si, il y a deux ans, une commission étudiant la restructuration de la municipalité régionale en avait fait la proposition, qui avait été endossée par les quatre conseils scolaires à majorité anglophone de la région {Le Devoir, 9 mars 1979).1979, 19 mai: Les francophones de Penetang réclament une école secondaire française depuis trois ans.On compte 400 étudiants, c\u2019est beaucoup plus que le minimum requis; la loi de l\u2019éducation en Ontario établit que les francophones ont le droit de réclamer une école secondaire dans leur langue, chaque fois qu\u2019il y a un nombre suffisant d\u2019élèves.Mais, selon cette loi, les conseils scolaires ne sont pas obligés de construire des écoles pour les francophones.Il revient donc au gouvernement provincial lui-même de faire respecter la loi.Il s\u2019agit d\u2019une situation d\u2019injustice dans laquelle sont tenus les francophones hors Québec.Et cette école, c\u2019est tout de suite qu\u2019on en a besoin; dans cinq ans, il sera trop tard.1979, 28 juin: Michel Dubé écrit une Lettre au Devoir qui en dit long.Il assistait à l\u2019omnium Canadian de golf à Oakville.Les Québécois ont été profondément méprisés par les 15 000 spectateurs présents à la remise des trophées.Le commentateur sportif et maître de cérémonie, Pierre Dufaux, fut malheureusement interrompu par les huées de la foule, lorsqu\u2019il tenta de prononcer quelques mots en français, et cela se passait le jour de la fête des Québécois, le 24 juin! 1979, 30 août: Le Devoir titre: «Privés de leurs droits à Pene-tanguishene, des Franco-Ontariens obligés d\u2019ouvrir une école parallèle.» 1- Présentement, les étudiants du secondaire fréquentent une école bilingue; or, il est maintenant prouvé que ces écoles sont des foyers d\u2019assimilation. 544 L\u2019ACTION NATIONALE 2-\tEn 1950, près de 90% de la population était francophone; en 1979, environ 40% des 5 500 habitants sont d\u2019origine française.3-\tDepuis deux ans, les parents, les enseignants et les élèves de Penetanguishene tentent d\u2019obtenir du gouvernement une école secondaire française autonome et indépendante.Selon la loi de l\u2019éducation en Ontario, votée il y a 10 ans, ils ont droit à cette école.Mais selon cette même loi, les Conseils scolaires ont le dernier mot, quant à l\u2019établissement d\u2019écoles.Voilà la contradiction qui annule \u2014 peut-être volontairement \u2014 les bonnes intentions! 4-\tMme Bette Stephenson, ministre de l\u2019Éducation, avait promis une réponse du gouvernement pendant l\u2019été.À la mi-août, tout ce que les francophones avaient reçu était des lettres de vœux pieux.5-\tLe pouvoir de lobbying des francophones est mince, en face de ce mur anglophone.6-\tPourtant, le 14 juillet dernier, Bill Davis déclarait dans Le Devoir: «Je crois que, fondamentalement, la préservation d\u2019une langue et d\u2019une culture se fait par le système d\u2019éducation.» N\u2019est-ce pas se moquer de nous?7-\tEt pourtant, encore le 7 août, dans Le Devoir, Thomas Wells, en réponse aux accusations d\u2019inertie de la part du gouvernement ontarien n\u2019affirme-t-il pas: «Cette critique était fondée, si l\u2019on songe à ce qui se passait avant.Mais je crois que le temps est venu de se ressaisir, d\u2019abandonner le passé, de reconnaître que les jeux ont changé.» Que de belles paroles! Mais les faits sont tout autres, puisque, et ce sera notre conclusion, cinq ans plus tard, le 23 mai 1984, P.-E.Trudeau se mettait pratiquement aux genoux de Bill Davis pour le supplier.pour l\u2019exhorter «à prendre au nom de votre gouvernement l\u2019engagement de consolider les droits constitutionnels des Ontariens d\u2019expression française.» (Le Devoir, 14 juin 1984).On connaît la réponse: c\u2019est NON. LE SAUMON DE LA CÔTE-NORD 545 Le saumon de la Côte-Nord par BERNARD GAUTHIER La rivière Moisie est située sur la Côte-Nord du Québec, à environ 20 kilomètres à l\u2019est de Sept-îles.Elle prend son origine principalement du lac OPOCOPA, non loin de Wabush, et du Mont Wright.La Moisie s\u2019étend sur une longueur de 500 kilomètres, pour finalement se jeter dans les eaux du Golfe Saint-Laurent.La rivière Moisie présente un attrait particulier pour les pêcheurs, grâce à sa forte population de saumons.Celle-ci est estimée à près de 16 000 individus, ce qui en fait le bassin le plus important de sa catégorie au Québec.En 1984, entre juin et septembre, on y a pêché quelque 1 000 saumons.Deux biologistes du ministère loisir, chasse et pêche, MM.Gilles Lamontagne et Aubin Rouleau, prétendent même que la population du saumon pourrait être beaucoup plus importante, s\u2019il n\u2019y avait pas un obstacle naturel et infranchissable: les chutes TONKAS.Ces chutes sont réellement impressionnantes: hautes de 25 mètres dans une nature encore toute vierge, elles empêchent toute possibilité de remontée du saumon vers d\u2019autres nids de fraie.Depuis 1972, le club de pêche au saumon Moisie, la compagnie minière IOC section Sept-îles et des biologistes du gouvernement québécois unissent leurs efforts, afin d\u2019augmenter la population de saumons.Pour ce faire, on capture des saumons géniteurs en aval de la chute, pour les remettre à l\u2019eau en amont de celle-ci.Cette intervention favorise la fraie des saumons; elle nécessite le concours d\u2019environ 35 personnes.Il s\u2019agit d\u2019une opération d\u2019envergure, délicate et coûteuse: 20 mille dollars au total.Dans ce secteur, pas de routes: seule une voie ferrée longe la rivière Moisie, voie ferrée qui se rend jusqu\u2019à Schefferville, au nord du Québec.Ce chemin de fer est la propriété de la Quebec North Shore and Labrador, la QNSL, une filiale de la minière IOC.La vitesse maximale est de 50 kilomètres à l\u2019heure.Raison: le relief est très accidenté et extrêmement sinueux à plusieurs endroits. 546 L\u2019ACTION NATIONALE Les chutes Tonkas sur la Moisie. LE SAUMON DE LA CÔTE-NORD 547 Deux heures plus tard, nous faisons un premier arrêt.Un arrêt relativement court, afin de permettre aux biologistes de remplir six immenses bassins d\u2019eau, spécialement aménagés à bord d\u2019un wagon à découvert pour le transport du minerai.Deux pompes géantes aspirent l\u2019eau de la rivière Moisie jusqu\u2019au wagon.La température de l\u2019eau est égale à 17 Celsius.Selon les biologistes, cela ne devrait pas constituer un trop grand écart entre le moment où le saumon sera capturé quelques kilomètres plus au nord et déposé dans l\u2019une des six cuves.Puis, nous arrivons à la première véritable étape de l\u2019expédition.Le train s\u2019arrête pour une deuxième fois, à 50 kilomètres au nord de Sept-îles.À l\u2019extérieur, il y a véritable épidémie de mouches noires.C\u2019est la saison, nous dit-on.Un hélicoptère arrive et amène une partie de l\u2019équipe, journalistes inclus, de l\u2019autre côté de la rivière Moisie.C\u2019est ici que le travail débute.En trois jours, les garde-pêche ont capturé 61 saumons géniteurs dans une passe migratoire construite il y a quelques années.À vrai dire, la passe migratoire n\u2019a jamais été fonctionnelle et a plutôt servi de lieu sûr pour retenir le saumon après sa capture.À l\u2019aide d\u2019une puise géante, deux membres du club de pêche au saumon Moisie recueillent les saumons dans la passe migratoire, pour les déposer dans un sac très profond et très résistant accroché sous l\u2019hélicoptère.Cinq saumons, maximum, sont ensuite transportés vers les bassins situés de l\u2019autre côté de la rivière.Pour Gilles Lamontagne du MLCP, c\u2019est une manœuvre délicate.Le poisson vit la phase la plus angoissante de son périple.Mais une fois à bord du train, ajoute celui-ci, il devrait retrouver vite son calme.Les bassins sont oxygénés pour la circonstance, avec une température maintenue constante à celle de la rivière.En tout, il aura fallu 1 1/2 heure à l\u2019appareil, pour effectuer 12 fois la navette entre la passe migratoire et les six bassins.La phase 1 du programme est maintenant complétée.Après quelques heures de voyage, la deuxième phase de l\u2019expédition approche.Nous avons dépassé les chutes TONKAS 548 L\u2019ACTION NATIONALE Rivière Moisie: un paysage grandiose de roche, d\u2019eau et d\u2019épinettes. LE SAUMON DE LA CÔTE-NORD 549 et nous nous arrêtons, à présent, à 150 kilomètres au nord de Sept-îles, pour remettre le saumon à l\u2019eau.Ici, on improvise une glissoire en bois reliant les bassins à la rivière.Avant d\u2019être jeté dans la Moisie, chaque saumon est soigneusement identifié.Ainsi, un biologiste agrafe une étiquette sur chaque saumon, sur laquelle est inscrite l\u2019adresse à rejoindre du Ministère Loisir, Chasse et Pêche du Québec, pour tout pêcheur qui en fait la prise.Ce dernier est alors invité à fournir certains détails au Ministère, comme l\u2019endroit et la date de la capture.Tout ceci vise à aider les biologistes dans leur travail de recherche sur le mode de vie du saumon.Cinq kilomètres plus loin, le même scénario se répète.Les scientifiques veulent éviter une trop grande concentration du saumon au même endroit.On y ensemence donc la rivière de trente autres saumons qui attendaient patiemment leur tour dans les bassins.Les buts fixés au départ de cette aventure auront été atteints.Cette opération dure depuis douze ans et n\u2019a pas encore véritablement apporté de lumière, quant à une plus grande reproduction du saumon pendant son cycle de vie.Selon Gilles Lamontagne, l\u2019étude du comportement du saumon doit s\u2019échelonner sur une période beaucoup plus longue, avant d\u2019obtenir des résultats concluants, puisque sa moyenne du cycle de vie est de six ans.Le saumon n\u2019est pas une ressource inépuisable.Certaines rivières, comme celle des Escoumins sur la Côte-Nord, font l\u2019objet de mesures spéciales visant à préserver l\u2019espèce.En outre, les biologistes déplorent le trop grand nombre de prises illégales dans nos rivières, ce qui a pour effet, disent-ils, de minimiser leurs efforts dans la reproduction du saumon.Aussi, grâce à l\u2019initiative et aux énergies soutenues de personnes responsables, certaines espèces, comme celle du saumon de l\u2019Atlantique dans la rivière Moisie, pourront être mieux protégées.Somme toute, cette participation du milieu sera bénéfique pour chacun d\u2019entre nous, tout en assurant pour les générations futures la conservation de l\u2019espèce. 550 L\u2019ACTION NATIONALE Le double langage du bilinguisme canadien par JACQUES GAGNON Le débat linguistique au Canada charrie tellement d\u2019ambiguïtés qu\u2019on en oublie certaines distinctions fondamentales; par exemple, qu\u2019il y a le bilinguisme des minorités et le bilinguisme des majorités.I-\tQu\u2019est-ce que le bilinguisme des minorités?C\u2019est d\u2019abord le bilinguisme officiel.Ainsi, l\u2019État canadien et l\u2019État québécois sont tenus depuis 1867 d\u2019avoir un parlement et des tribunaux bilingues.Depuis 1982, le Nouveau-Brunswick s\u2019est imposé un tel bilinguisme officiel par la loi constitutionnelle et le Manitoba se l\u2019est fait imposer par un jugement de la Cour suprême auquel il n\u2019a pas encore vraiment donné suite.Le bilinguisme des minorités, c\u2019est aussi le bilinguisme scolaire auquel sont tenues toutes les provinces canadiennes depuis 1982, «là où le nombre le justifie».Dans la pratique, ce bilinguisme scolaire n\u2019a été intégralement appliqué que dans la Province de Québec, avec son double système de Commissions scolaires, françaises et anglaises, sous couleur confessionnelle.«Les anglophones ont l\u2019entière gestion de 29 commissions scolaires anglaises protestantes au Québec, tandis que les francophones n \u2019en ont que cinq au Nouveau-Brunswick seulement.» (J.D.Robillard, L\u2019Action Nationale, vol.LXXIII, n° 5, 1984, p.440).II-\tRappelons que le bilinguisme officiel et le bilinguisme scolaire sont là pour assurer des services aux minorités dans leur propre langue.Mais qu\u2019en est-il de l\u2019enseignement de la langue seconde dans les différents systèmes scolaires?Encore là, il n\u2019y a qu\u2019au Québec qu\u2019on enseigne obligatoirement l\u2019anglais à l\u2019école française et le français à l\u2019école anglaise.Dans les autres provinces, l\u2019enseignement de la langue seconde est facultatif et les sondages Gallup nous rappellent que les Québécois sont les seuls Canadiens à promouvoir en très forte majorité l\u2019enseignement obligatoire de la langue seconde dans les différents systèmes scolaires (La Presse, 25 octobre 1984, p.A-4). LE DOUBLE LANGAGE DU BILINGUISME CANADIEN 551 Régions canadiennes\tPour l\u2019enseignement obligatoire du français à l\u2019école anglaise\tPour l\u2019enseignement obligatoire de l\u2019anglais à l\u2019école française Maritimes\t65%\t78% Québec\t85%\t92 % Ontario\t46%\t69 % Prairies\t26%\t55% Colombie britannique\t39%\t63% Si nous faisons la somme des Canadiens-Français hors Québec, cela veut dire qu\u2019à peine la moitié d\u2019entre eux favorisent le français à l\u2019école anglaise, mais que les trois quarts préconisent l\u2019anglais à l\u2019école française.Ces chiffres restent à peu près constants depuis au moins dix ans que Gallup pose la même question aux citoyens canadiens.En conclusion, on peut se demander pourquoi ces différences de comportement et d\u2019opinion entre les Québécois et les autres Canadiens: parce que les Québécois sont plus tolérants, ou parce qu\u2019ils sont plus dépendants? 552 L\u2019ACTION NATIONALE La dernière classe par YVES COURVILLE Citant le poète provençal Mistral, Alphonse Daudet fait parler comme suit le personnage principal du plus émouvant, peut-être, de ses Contes du Lundi: «Quand un peuple tombe esclave, tant qu\u2019il tient bien sa langue, c\u2019est comme s\u2019il tenait la clef de sa prison.» Je ne relis jamais ce conte sans un serrement de cœur, parce qu\u2019il me rappelle que je suis toujours menacé dans ma propre Patrie.Ne me demandez pas de rationaliser ni de dominer cette impression, si farouchement enracinée en moi que je la vois comme inscrite dans ma grammaire génétique! Et pour cause: pendant sept ou huit générations, mes ancêtres ont lutté pour survivre.Ils ont résisté non seulement aux assauts physiques ou aux guerres ouvertes, mais aussi, avec une admirable clairvoyance, aux subterfuges et aux artifices déployés pour les assimiler.Qu\u2019on m\u2019accuse si l\u2019on veut de faire de la fixation: je ne peux renoncer aux valeurs qui leur étaient chères sans trahir ma race et renier mon propre sang.Voici donc que la Cour suprême déclare inconstitutionnelle la restriction prévue par la Loi 101 pour l\u2019accès à l\u2019école anglaise.Médecine amère, mais à laquelle on s\u2019attendait, en raison de notre dépendance politique et juridique.Là, toutefois, où la surprise confine à la consternation, c\u2019est quand un sondage révèle qu\u2019au-delà de 80 pour cent des Québécois sont favorables à une libéralisation maximale de l\u2019accès à l\u2019éducation en anglais.Sans contester la valeur scientifique du sondage, je m\u2019interroge cependant sur l\u2019exacte compréhension que mes compatriotes ont pu avoir du problème posé.Par hasard, n\u2019auraient-ils pas compris qu\u2019on leur demandait s\u2019ils favorisaient, tant pour eux et leurs enfants que pour les immigrants, une connaissance solide et pratique de l\u2019anglais?Auquel cas, je me rangerais bien sûr de leur côté.Mais il s\u2019agirait, dans ce cas, de l\u2019acquisition d\u2019une langue «seconde».Tandis qu\u2019à l\u2019école anglaise, on demande d\u2019oublier et de mettre au rancart la langue maternelle, l\u2019anglais devenant la langue «première». LA DERNIÈRE CLASSE 553 Certains commentateurs patentés, se targuant de libéralisme, de largeur de vues et d\u2019universalisme, prétendent qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de s\u2019inquiéter et se réjouissent même de ce qu\u2019ils décrivent comme une solution normale.S\u2019inquiéter, disent-ils, tient plus de la paranoïa que d\u2019une juste vision des choses, parce que l\u2019indice de fréquentation de l\u2019école anglaise n\u2019augmentera que d\u2019une infime proportion et que seules les régions de Montréal et de l\u2019Outaouais en seront affectées.Mais la «juste vision des choses» m\u2019indique bien à quel point la culture française, encerclée dans le monde anglo-saxon de l\u2019Amérique et du Canada même, se voit quotidiennement menacée, sinon agressée, et qu\u2019elle ne peut se permettre le luxe d\u2019entamer sa cohésion ou de réduire son poids, ne serait-ce que d\u2019une fraction d\u2019un pour cent.Quant à la normalité de la solution, je me demande à quelles aunes on la mesure, dans un pays offrant un exemple unique au monde: un État qui maintient en parallèle avec son système d\u2019éducation un réseau scolaire public et complet, de la maternelle à l\u2019université, le tout dans une autre langue que la langue nationale.Pour justifier semblable invraisemblance, on affirme sans rire que la réciproque est vraie ailleurs au Canada.Avec, il est vrai, cette commode restriction (plus souvent mentale que déclarée): «là où le nombre le justifie».Sachant très bien, au fond, que «les autres» pourront éternellement prétendre que le nombre ne le justifie pas.Nous avons décidément la «norme» très généreuse envers autrui et très modeste, quand elle doit délimiter nos propres intérêts.Je laisse aux panégyristes de «nos belles Rocheuses» cette considération: le dernier carré des «Francophones hors Québec» peut témoigner que les transferts linguistiques, dont le nombre croissant les condamne inexorablement à disparaître, ont toujours eu leur point de départ sur les bancs de l\u2019école.Est-il «normal», alors, qu\u2019on introduise dans nos propres murs un tel cheval de Troie?Notre anglicisation pourra se faire de mille manières, mais elle commencera à l\u2019école.Ses prêtres nous feront miroiter la «normalité», voire le fair play, voire la justice! L\u2019assimilation suivra inévitablement et, avec elle, la disparition de notre entité culturelle.La belle «largeur de vues» ne permet donc pas de voir plus loin que le bout de son nez?Et l\u2019acuité d\u2019une telle «vision des choses» ne laissera-t-elle jamais envisager l\u2019imminence de notre «dernière classe»? 554 L\u2019ACTION NATIONALE Correspondance Les amis de Lionel Groulx M.Raymond Garneau, Député de Laval-des-Rapides, Chambre des Communes, Ottawa.4 novembre 1984 Monsieur, Quand vous avez annoncé votre candidature dans le Parti libéral du Canada, vous avez interpelé ceux qui, d\u2019après vous, veulent briser la Confédération.N\u2019y a-t-il pas là une erreur?Avons-nous une Confédération?Avons-nous une fédération?Le Canada Act du 17 avril 1982 n\u2019a-t-il pas rendu notre supposée fédération vraiment odieuse?Des politiciens sans conscience ont transformé notre supposée fédération en un État unitaire.Ils n\u2019avaient aucun mandat pour changer la nature constitutionnelle et politique de la dite fédération.Hélas! les mêmes politiciens qui trompèrent nos gens lors du référendum de 1980 ont signé la mort d\u2019une possible fédération.Quand vous avez fait la malencontreuse déclaration susdite, vous êtes-vous rappelé votre histoire, celle du Québec depuis 1759, surtout depuis 1867?Ne savez-vous pas que les Anglo-Canadiens n\u2019ont jamais accepté une fédération?Et vous semblez collaborer avec les nôtres qui se sont rendus à leurs assauts contre tout projet de fédération véritable.Dès 1867, tous les premiers ministres, excepté M.Pearson, ont tout tenté en vue d\u2019une plus grande centralisation.Le Québec seul s\u2019y est opposé fermement, constamment, unanimement.Ils ont poursuivi leur lutte contre la fédération, sournoisement, continuellement, progressivement.Ils n\u2019ont jamais cessé d\u2019empiéter sur les droits légitimes et légaux des États membres de Y ex-fédération, depuis les droits sur la taxation directe jusqu\u2019aux droits inaliénables sur l\u2019éducation et la culture.Ces droits était pourtant enchâssés dans la Constitution! M.RAYMOND GARNEAU ET LE FÉDÉRALISME\t555 Faut-il rappeler que les plus grands lutteurs contre toute fédération, ce furent les pires francophobes, comme G.Brown, Syndenham, McNab, J.A.MacDonald (celui qui permit l\u2019assassinat de Louis Riel, notre frère).Les Anglos n\u2019hésitèrent pas à s\u2019emparer par les armes du Manitoba, l\u2019arrachant aux Métis et aux Canadiens-Français, parce qu\u2019ils ne voulaient pas de fédération.Marcel Chaput a fait la synthèse de cette historique: 220 ans d\u2019injustice (Information nationale, juin-juillet 1980).Citons-en les dates les plus mémorables; nous ajouterons des commentaires que nous placerons entre guillemets.1755: La déportation de nos frères acadiens.1759: Les Anglais s\u2019emparent de notre pays par la force des armes.1763: Le serment du Test interdit à tout Canadien-Français catholique l\u2019accès à un poste officiel.1791: William Pitt nous donne une nouvelle constitution qui, d\u2019après lui, doit avoir pour effet d\u2019angliciser les Canadiens (français).1837: Les Patriotes se rebellent «contre l\u2019oligarchie anglaise qui pille le trésor public, sans tenir compte des élus du peuple.» Grâce au Vieux Brulôt, Colborne, il y a pendaisons, exils, rasage de maisons et le feu dans les villages.1840: Lord Durham recommande l\u2019anglicisation des Canadiens-Français.1841: Avec l\u2019Acte d\u2019Union des Deux-Canadas, la langue française est mise hors la loi.Il a fallu un L.-H.Lafontaine pour restaurer ses droits en 1848 et sa présence à la Législature.1864: La Nouvelle-Écosse enlève les écoles françaises aux Acadiens.1867: Ladite Confédération est imposée sans aucune consultation populaire.On a craint «avec raison, que les Canadiens-Français ne rejettent ce projet anglicisateur, lequel serait une ruine pour notre nation, n\u2019eût été l\u2019appui indû du clergé de l\u2019époque, mal renseigné sciemment par les instigateurs francophobes de ce projet.» 556\tL\u2019ACTION NATIONALE 1871: Le Nouveau-Brunswick abolit l\u2019enseignement du français et de la religion catholique.1877: L\u2019île-du-Prince-Édouard, à son tour, nous ostracise.1870: «Les Canadiens-Français sont majoritaires au Manitoba; cependant, à la demande expresse des Anglos eux-mêmes, nos frères de cette région acceptèrent que le Manitoba soit bilingue.» (.) 1890: «Vingt ans plus tard, le Manitoba maintenant devenu majoritairement anglais interdit l\u2019enseignement du français.» Exemple de fair play\\ 1885: C\u2019est qu\u2019entretemps, les Orangistes de l\u2019Ontario ont pendu Louis Riel.1892: Les Territoires du Nord-Ouest, de juridiction fédérale, imposent l\u2019anglais comme langue unique.1905: La Saskatchewan et l\u2019Alberta entrent dans la Confédération et abolissent le français sur leur territoire, malgré la garantie inscrite dans la Constitution de 1867.1912: Le Keewatin supprime l\u2019école confessionnelle et l\u2019enseignement du français.1915: L\u2019Ontario, par le Règlement 17, supprime les écoles françaises «sous la pression des Orangistes et des Irlandais catholiques, nos frères ennemis».1916: Le Manitoba revient à la charge, pour supprimer toute trace de français.1917: Ottawa impose la conscription contre la volonté des Canadiens-Français.1930: La Saskatchewan engage un combat sans merci contre les Canadiens-Français.1937: George Drew, chef conservateur ontarien devenu premier ministre de l\u2019Ontario, déclare publiquement: «Il est bon de rappeler aux Canadiens-Français qu\u2019ils ont été vaincus en 1760.» 1940: Le 20 juin, jour de la capitulation de l\u2019armée française devant les armées d\u2019Hitler, mon capitaine, dit Marcel Chaput, Alec Rose, en uniforme de la Royal Canadian Army, se dit (en anglais, bien sûr): «Chaput, à partir d\u2019aujourd\u2019hui, tu peux oublier ta langue française, la France est morte.» M.RAYMOND GARNEAU ET LE FÉDÉRALISME 557 1941: Sous le prétexte de la guerre, Ottawa s\u2019empare des droits de taxation, réservés aux provinces selon la Constitution de 1867.Il ne les restitua jamais.Une simple lettre de M.Godbout, premier ministre du Québec, sans aucune consultation de l\u2019Assemblée législative du Québec, suffit pour cette opération illégale.1942: «Après des promesses faites seulement aux nôtres, pendant près de 25 ans» et malgré le vote quasi unanime des Canadiens-Français qui s\u2019y opposent, Ottawa impose la conscription.Où est l\u2019esprit fédératif en toutes ces impositions?Ne sommes-nous pas en État unitaire?1945: «Pendant que la Société Radio-Canada érige des stations radiophoniques anglaises dans le Québec, à même nos impôts, cette Société refuse aux nôtres dans l\u2019Ouest l\u2019édification de stations radiophoniques françaises.Deux poids, deux mesures: où est l\u2019esprit fédératip.1949: Terre-Neuve entre dans la Confédération et contribue ainsi à nous mettre davantage en minorité.1958: Ottawa met deux jours à régler la grève du réseau anglais de Radio-Canada et deux mois à régler la grève du réseau français.1963: Donald Gordon, président du Canadien National, entreprise du gouvernement fédéral, répond ne pouvoir trouver de Canadien-Français assez compétents pour occuper un des 18 postes de vice-président aux Chemins de fer nationaux.1966: La grève des débardeurs de Vancouver est réglée en quelques jours.Celle de Montréal traîne pendant des semaines.Pourtant, dans les deux cas, le litige relève du fédéral.Injustices criantes.Y avait-il des injustices envers les Canadiens-Français dans les autres provinces?Jamais on ne se servit de son droit de désaveu.Mais que les Anglo-Québécois se plaignent, immédiatement Ottawa intervient de mille façons! De par la Constitution, Ottawa a la haute main sur l\u2019immigration.Ottawa s\u2019en est servi pour amoindrir la part du Québec dans le Canada.Ainsi, en 1850, la population du Québec représentait 50% de la population totale du Canada; en 1920, 33%; 558 L\u2019ACTION NATIONALE en 1940, 30%; en 1980, 25%.Qu\u2019en sera-t-il de nous, en l\u2019an 2000?Où, dans ces menées, peut-on discerner une volonté de fédération?N\u2019est-ce pas Wilfrid Laurier, avant qu\u2019il ne devienne premier ministre du Canada, qui disait: «La Confédération est la seconde étape sur la route de l\u2019anglification (s/c) tracée par Lord Durham».Il s\u2019y opposait parce qu\u2019il y voyait le tombeau de la race française.Voilà, M.Garneau, ceux qui brisèrent l\u2019ex-fédération.Il y a eu du vandalisme constitutionnel et du racisme, en tout cela.Quels sont ceux qui, parmi les nôtres, ont travaillé avec eux, pour eux?Il n\u2019est pas étonnant alors, M.Garneau, que les Québécois-Français veuillent à tout prix préserver, sauver le peu de droits qu\u2019ils peuvent encore sauver, avant qu\u2019il ne soit trop tard! Vous avez remarqué que le désir persistant, tenace d\u2019anglicisation des Canadiens-Français, par tous les moyens légaux ou sociologiques, éducationnels ou par les moyens de communications, ne s\u2019est jamais arrêté depuis 1957.Les Anglos ne s\u2019arrêteront qu\u2019avec l\u2019anglicisation totale, irrémédiable, de notre nation française.Un fédéraliste, un peu comme vous, n\u2019a-t-il pas déclaré que tous ces faits ne sont pas une question d\u2019histoire, mais une question de nombre?Avec une formule aussi creuse, on laisse entendre qu\u2019il ne s\u2019agit pas de droits imprescriptibles et historiques des Canadiens-Français, si enchâssés soient-ils dans le Canada Act\\ Ainsi, nous n\u2019aurions nulle garantie! Voyez notre diminution démographique, ajoutez l\u2019immigration assimilatrice et ne voyez-vous pas poindre à l\u2019horizon, un unique gouvernement bien anglais, avec référendum sur l\u2019existence du français et la conclusion négative qu\u2019y apportera la majorité anglo-canadienne?Ne vivons-nous pas un leurre monumental?Ces faits, et bien d\u2019autres que nous avons omis, n\u2019expli-quent-ils pas la naissance de divers mouvements au Québec?L\u2019Alliance laurentienne, dès 1957, de Raymond Barbeau, entrevit le danger et donna l\u2019alarme.Ces mouvements ne voyaient M.RAYMOND GARNEAU ET LE FÉDÉRALISME 559 d\u2019autre possibilité, pour sortir notre nation de son impasse faussement fédérative, que de proclamer la terre de Nouvelle-France leur première et unique patrie.Ce sont les Canadians que vous auriez dû accuser de briser la fédération.Et vous auriez pu y ajouter la liste pénible de nos propres renégats.Vos propos électoraux ne rendaient pas justice à votre intelligence: déposez plutôt les oeillères que votre Parti vous a fabriquées.Bien vôtre, Léandre Fradet, secrétaire.La nation par JEAN-PAUL II Je suis fils d\u2019une nation qui a vécu les plus grandes expériences de l\u2019histoire, que ses voisins ont condamnée à mort à plusieurs reprises, mais qui a survécu et qui est restée elle-même.Elle a conservé son identité; et elle a conservé, malgré les partitions et les occupations étrangères, sa souveraineté nationale, non en s\u2019appuyant sur les ressources de la force physique, mais en s\u2019appuyant uniquement sur sa culture.Ce que je dis ici concernant le droit de la Nation au fondement de sa culture n\u2019est donc l\u2019écho d\u2019aucun nationalisme-, mais il s\u2019agit toujours d\u2019un élément stable de l\u2019expérience humaine et des perspectives humanistes du développement de l\u2019homme.Il existe une souveraineté fondamentale de la société qui se manifeste dans la culture de la Nation.Il s\u2019agit de la souveraineté par laquelle, en même temps, l\u2019homme est suprêmement souverain.Et quand je m\u2019exprime ainsi, je pense également avec une émotion intérieure profonde aux cultures de tant de peuples antiques qui n\u2019ont pas cédé, lorsqu\u2019ils se sont trouvés confrontés aux civilisations des envahisseurs: et elles restent encore pour l\u2019homme la source de son être d\u2019homme dans la vérité intérieure de son humanité.(À l\u2019UNESCO, 2 juin 1980 \u2014 Doc.cath., 1980, p.606.Voir aussi Aux jeunes Polonais, 3 juin 1979 \u2014 Doc.cath., 1979, p.613.) L\u2019ACTION NATIONALE 560 À l\u2019affût de l\u2019actualité par PATRICK ALLEN Les nouveaux capitalistes Sous le titre «Les nouveaux capitalistes», dans L\u2019Actualité d\u2019octobre 1984, Daniel Latouche fait parler de la réussite des francophones en affaires par des vedettes de ce milieu: Bernard Lamarre, p.d.g.de la firme d\u2019ingénieurs-conseils Lavalin, Claude Castonguay, président de la Laurentienne, Pierre Lortie, président de la Bourse de Montréal, Marcel Côté, directeur général de SECOR, Roland Gratton, chef de la direction du Montréal Trust et Jacques Parizeau, ministre des finances dans le gouvernement du Québec.Une fresque d\u2019idée nouvelles et dynamiques jaillissant de la réalité quotidienne et qui tranchent avec celles trop facilement diffusées sans vérification dans les faits.Quelques extraits: «Ce qui frappe, c\u2019est la rigueur, la bonne organisation, l\u2019absence de complexes des entrepreneurs francophones: quel contraste avec il y a 20 ans! Le FRENCH POWER, c\u2019est désormais aussi le contrôle des secteurs de l\u2019ingénierie, de l\u2019alimentation, de l\u2019assurance et de plus en plus de la finance.Toute décision d\u2019un francophone quelque part renforce le pouvoir des francophones.» L\u2019article est pétillant d\u2019espérances et de fierté, sans naïveté, sans bavures et sans rides.Un peu de maquillage cependant! Comment obtenir la collaboration des travailleurs et des syndicats?«Si l\u2019on veut vraiment obtenir la collaboration des travailleurs et de leurs syndicats, il faudra que l\u2019on fasse connaître l\u2019état réel des finances des entreprises» répond Marcel Pépin, ex-président de la CSN, à une question posée lors de la RND-entrevue publiée en octobre 1984, sous le titre «Il ne faut pas profiter de la crise pour appauvrir les travailleurs.» M.Pépin ajoute que «malheureusement, on ne fait connaître cet état réel que lorsque les compagnies sont au bord de la faillite.Je crois que, jusqu\u2019à maintenant, les syndicats ont fait plus que ce qu\u2019on aurait pu attendre d\u2019eux.Et que malgré tant de désillusions, ils demeurent ouverts à la collaboration.» Les autres agents économiques peuvent-ils en dire autant?C\u2019est à démontrer! À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 561 L\u2019avenir du Québec Le Carnet de l\u2019éditeur (L\u2019Actualité, novembre 1984) rapporte qu\u2019en quatre mois de recherches et d\u2019entrevues sur l\u2019avenir du Québec avec une cinquantaine de personnes ressources, Jean Blouin a eu «la surprise de constater qu\u2019il existe sur plusieurs questions une remarquable convergence de vues chez les hommes d\u2019affaires, les sociologues, les médecins, les ingénieurs, les écrivains, les hommes politiques et les savants qu\u2019il a rencontrés».L\u2019une des personnes interrogées, Jean-Paul L\u2019Allier, délégué du Québec à Bruxelles de 1982 à 1984, déclare à Jean Blouin que la vraie politique se fera de plus en plus à Ottawa, que le nationalisme québécois va s\u2019orienter autrement ou se désintégrer et que le Québécois se définira de plus en plus comme Nord-Américain, tant sur le plan culturel que sur le plan économique.Un autre voyant de l\u2019an 2000, Claude Morin, ex-ministre, s\u2019en félicite: «On dit que le nationalisme se déplace du champ politique vers le champ économique, mais ce sont pourtant des vases communiquants.Et c\u2019est un signe de santé que le nationalisme déborde de partout.Je crois que le nationalisme va continuer à être un moteur important de notre société.» L\u2019Action Nationale invite ses lecteurs à lire dans ce reportage surtout la partie intitulée LA MÉTAMORPHOSE DU NA TIONALISME et à dire ce qu \u2019ils en pensent.Patronat et entreprise au XXe siècle: l\u2019exemple mauricien Claude Bellavance vient de faire paraître (Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, automne 1984) un article bien documenté et fort intéressant intitulé Patronat et entreprise au XXe siècle: l\u2019exemple mauricien.Cet article apporte des éléments qui font mieux connaître «ceux qui, après avoir été les principaux instigateurs de la forte poussée industrielle de la région dans le premier tiers du XXS siècle, contribuèrent par leur décision à son recul».Il met en évidence le bouleversement des rapports patronat/entreprise et le nouveau style de patronat qui en découle.Toutes les régions du Québec devraient être ainsi étudiées.La paix, l\u2019économie et l\u2019emploi La course aux armements et l\u2019escalade des budgets militaires font la manchette des nouvelles et des commentaires à peu près chaque semaine dans les médias.L\u2019industrie de guerre est le 562 L\u2019ACTION NATIONALE numéro 1 de toutes les activités économiques aux États-Unis, en URSS et dans plusieurs autres pays.Quiconque parle en Occident de stopper cette course à la mort nucléarisée est souvent étiqueté de rêveur ou de communiste.Comment créer en faveur de la paix les emplois qu\u2019engendre l\u2019industrie de guerre?Comment réformer l\u2019économie des nations pour la rendre plus humaine, plus près des besoins de tous, surtout des millions et même des milliards de gens dans le monde qui n\u2019ont même pas le minimum vital?Face à ces questions et à quantité d\u2019autres, un important colloque sur la reconversion économique réunissait au Boston College, du 22 au 24 juin dernier, des représentants du monde politique, des économistes, des syndicalistes et des porte-parole du mouvement pacifiste.Un agent de recherche à la Confédération des syndicats nationaux, Pierre Bonnet, nous met au courant des discussions à ce Congrès, en réponse aux questions de Relations (octobre 1984).Une réflexion enrichissante! À qui se fier pour acheter ou vendre des valeurs mobilières ou immobilières?Un sondage réalisé pour la première fois au Canada montre qu\u2019en matière de placement l\u2019investisseur se fie d\u2019abord à lui-même, rapporte Jean Poulain (La Presse, 24 octobre 1984).Cette attitude s\u2019affirme avec l\u2019expérience de l\u2019investisseur, comme l\u2019indique le tableau ci-dessous.LES MEILLEURS CONSEILLERS EN MATIÈRE DE PLACEMENT \tCourtiers\tCourtiers\tClients Selon la clientèle des:\tà escompte\ttraditionnels\tpotentiels \u2014\tSoi-même \u2014\tSon courtier\t66,7%\t40,7%\t28,8% en valeurs mobilières\t7,8 %\t27,9%\t8,3% \u2014 Son comptable\t8,5%\t11,6%\t17,4% \u2014 Un parent\t7,0%\t6,0%\t6,1% \u2014 Un ami\t3,1%\t5,6%\t13,6% \u2014 Son directeur de banque\t1,6%\t3,7%\t16,7% \u2014 Un représentant d\u2019un trust\t1,6%\t1,4%\t5,3% \u2014 Son notaire\t0,8%\t0,5%\t0,8% \u2014 Son avocat\t0,8%\t0,9%\t0,0% \u2014 Son assureur-vie\t0,0%\t1,4%\t1,5% \u2014 NSP/NRP\t2,1%\t2,3%\t1,5% TOTAL\t100,0%\t100,0%\t100,0% Source: Créatec, Montréal.L\u2019interprétation de ce tableau et la méthodologie du sondage qui a permis de le dresser sont clairement décrites dans l\u2019article de À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 563 Jean Poulain.Ottawa veut-il mettre la main sur les universités?William Winegard, membre du parti conservateur nouvellement élu pour représenter la circonscription de Guelph au parlement et ancien président du Conseil ontarien des affaires universitaires, «a réclamé l\u2019établissement d\u2019un conseil permanent de l\u2019enseignement et de la recherche universitaires qui serait chargé de déterminer ce que devraient faire les universités canadiennes et d\u2019aider les établissements particuliers à définir leur rôle à l\u2019intérieur du système» lit-on dans AFFAIRES UNIVERSITAIRES (novembre 1984).«Déterminer ce que devraient faire les universités canadiennes», n\u2019est-ce pas une superbe prétention, une nouvelle usurpation du pouvoir des universités et une intrusion directe dans l\u2019enseignement, qui est du domaine propre des provinces?Qui oubliera avec quelle arrogance le ministre Joyal a voulu imposer ses priorités aux universités du Québec?Ottawa se mêlera-t-il de ses oignons?Le point sur la grève dans l\u2019industrie automobile Aux États-Unis, les travailleurs d\u2019une partie de l\u2019industrie automobile ont réussi à s\u2019entendre avec leur employeur sans conflit majeur, mais au Canada c\u2019est la grève! Pourquoi?À cause d\u2019un autre contexte économique et social, dit-on.À l\u2019émission de Radio-Canada, Le Point du 24 octobre 1984, Pierre Nadeau a interrogé un représentant des deux parties en cause, non pour entrer dans le détail de la différence de comportement ici et outre-frontière, mais pour parler des conséquences de la robotisation sur l\u2019ensemble de cette industrie.Personne n\u2019a semblé mettre en question le robot, qui peut à lui seul remplacer 3 hommes, mais la façon non civilisée d\u2019imposer la nouvelle technologie, en particulier la robotisation.Civiliser l\u2019approche du changement, par un dialogue franc, humain et prévoyant qui assure la sécurité de l\u2019emploi et des salaires: voilà un aspect de la question.Un autre, c\u2019est que l\u2019avènement du robot n\u2019est qu\u2019une facette des exigences de l\u2019industrie moderne: il y a le rendement, la productivité du capital et des ressources humaines, si on veut jouer le jeu des marchés, la bonne gestion, l\u2019organisation scientifique, le contrôle, les relations personnelles, la motivation, etc.Patrons et chefs du syndicat visent à peu près les mêmes objectifs, mais ne savent plus se parler.Au Japon, il semble qu\u2019on se 564\tL\u2019ACTION NATIONALE parle et on se comprend mieux! Visions d\u2019avenir: La Presse entrant dans sa 101e année Ce quotidien centenaire qu\u2019est La Presse, après avoir consacré tout près de 600 pages aux événements passés marquants qui ont distingué la société québécoise pendant cette longue vie, s\u2019est tournée vers une VISION D\u2019AVENIR, non pas avec des prophètes ou une boule de cristal, mais avec des journalistes qui ont écrit ce qui s\u2019en vient.Ils l\u2019ont fait dans 3 cahiers du dimanche 21 octobre 1984, 101e année, n° 2, 92 pages.En première page, sont présentées en couleur 23 personnalités qui pourraient devenir des leaders dans leur domaine respectif au cours des dix ou vingt prochaines années.C\u2019est un cahier à conserver.Les prix du Québec 1984 En présence du ministre des affaires culturelles, Clément Richard, et du ministre de la science et de la technologie, Gilbert Paquette, et plus de 400 personnes à la salle de bal du Château Frontenac, les prix du Québec 1984 ont été décernés à 6 personnalités: Jean-Charles Falardeau, prix Léon-Gérin, pour sa carrière exceptionnelle dans les sciences humaines, l\u2019histoire et la sociologie à l\u2019Université Laval, où il a formé en 40 ans des générations de sociologues; William Henry Gauvin, prix Marie-Victorin, pour ses qualités d\u2019inventeur, d\u2019homme d\u2019affaires et de chercheur qui a su associer la recherche fondamentale au développement industriel; Claude Jutras, prix Albert Tessier, pour son intelligence, sa sensibilité et sa rigueur et parce qu\u2019il est devenu l\u2019un des pionniers du cinéma québécois, dont les films «À tout prendre», «Kamouraska» et «Mon oncle Antoine», sont parmi les meilleurs de la dernière décennie; Fernand Nault, prix Denise Pelletier, pour son talent de chorégraphe, de danseur et de maître de ballet.Alfred Pellan, prix Paul-Émile Borduas, pour son excellence comme peintre moderne qui a fait un apport dynamique à l\u2019enseignement des arts visuels, à la lutte en faveur de la liberté d\u2019expression, et pour ses oeuvres d\u2019art répandues au Québec et au Canada comme à l\u2019étranger; Jean-Guy Pilon, prix Athanase-David, pour sa contribution fervente comme poète à la vie littéraire au Québec.Le prix du Québec est non seulement une bourse de 15 000 dollars à chacun des lauréats, ainsi qu\u2019un certificat calligraphié par une personne exceptionnelle et une médaille en argent créée en exclusivité par des joailliers et des À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 565 sculpteurs québécois, mais un TÉMOIGNAGE D\u2019UNE EXCELLENCE PARTICULIÈRE qui devrait être contagieuse à la nième puissance parmi les jeunes et les adultes.Les jeunes revendiquent le partage de la richesse Devant la Commission Beaudry, commission consultative sur le travail, les porte-parole d\u2019ENGAJ (Ensemble dans les groupes d\u2019action-jeunesse) ont revendiqué à Québec un train de mesures menant à un partage permanent de ta richesse, rapporte Clément Trudel (Le Devoir, 22 novembre 1984).Julie Morency, Mario Guilbert et Jacques Leblanc, porte-parole d\u2019ENGAJ, ont clamé leur refus de dépendre de l\u2019État (aide sociale) et leur désir d\u2019obtenir des emplois valables et utiles, disant dépassés les ténors des syndicats, du patronat et du gouvernement.La commissaire Jeannine McNeil est tentée de voir là une réflexion de magicien croyant créer de l\u2019argent alors qu\u2019on ne fait que le déplacer.Viateur Larouche, son collègue, sympathise avec cette sorte de cri de désespoir.Avant de lancer la pierre, il faut se rappeler qu\u2019au Québec en 1984, 26% des 15-24 ans sont sans emploi et que nombre de jeunes veulent une société moins individualiste, moins corporatiste, plus communautaire.À nous les aînés, non pas de nous contenter d\u2019écouter, mais de prendre conscience des faits et d\u2019agir chacun hors de notre isoloir, d\u2019en sortir ayant qu\u2019il soit trop tard! Un premier texte inédit de Groulx à la source de son oeuvre LIONEL GROULX, journal inédit (1895-1911) est un premier texte original de Groulx, une édition critique, première et unique en son genre, permettant de le suivre comme étudiant au Petit séminaire de Saint-Thérèse, professeur au Collège de Valley field et de nouveau étudiant, cette fois en Europe.Deux volumes reliés, 1 000 pages, 200 000 mots.Plus de 6 000 notes dues à des spécialistes.Disponibles aux Presses de l\u2019Université de Montréal à un prix d\u2019aubaine pour ceux qui n\u2019attendent pas à la dernière minute pour se documenter.PREMIÈRE MONDIALE à l\u2019Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) L\u2019hypertension qui affecte, sous une forme ou sous une autre, 20% de la population mondiale est une spécialité de l\u2019Institut de recherches cliniques de Montréal.Dans un communiqué du 28 juin l\u2019Institut annonçait avoir isolé et synthétisé une hor- 566 L\u2019ACTION NATIONALE mone endocrine, provenant des oreillettes du cœur.Cette hormone est un peptide aux effets multiples et apparaît comme un agent thérapeutique prometteur chez les patients souffrant d\u2019hypertension artérielle, d\u2019insuffisance cardiaque, d\u2019œdème d\u2019origine hépatique, rénale ou idiopathique, d\u2019hyperaldostéronisme, de sécrétion exagérée de cortisol.Des essais cliniques commenceront dès le début de janvier 1985 à l\u2019IRCM, en collaboration avec les laboratoires de recherche de Merck Sharp & Dohme.Comme d\u2019autres équipes de chercheurs aux États-Unis, au Japon et au Canada sont mobilisées pour prendre la tête dans cette recherche et lancer sur le marché un nouveau remède miracle, l\u2019Institut veut conserver l\u2019avance qu\u2019il détient et s\u2019est adressé au ministère de la Science et de la technologie.Le ministre Gilbert Paquette a annoncé le 19 novembre 1984 que l\u2019IRCM bénéficiera d\u2019une subvention de 879 000$ répartie sur deux (2) ans.Il a conclu son exposé en déclarant que la brillante réputation de l\u2019IRCM, tant chez nous qu\u2019à l\u2019étranger, «doit être portée à l\u2019attention de tous, car cet institut est un des agents québécois qui permet à notre société d\u2019opérer le VIRAGE TECHNOLOGIQUE.» Qu\u2019est-ce que cet Institut et qui en a été le fondateur et l\u2019animateur?Un Québécois, surtout un Montréalais, devrait pouvoir répondre sans hésiter à une telle question.Pour ceux qui n\u2019ont pas bonne mémoire, il est possible de les aider.En effet, l\u2019IRCM occupe un imposant édifice (qui devrait bientôt s\u2019agrandir) à 110, avenue des Pins, en face de l\u2019hôpital Hôtel-Dieu de Montréal.Il s\u2019agit d\u2019une institution autonome, entièrement orientée vers la recherche appliquée à la découverte des causes, des mécanismes et des traitements les plus efficaces des maladies, dans tous les domaines de la médecine.Trente laboratoires de recherches cliniques, six cliniques externes, des centres de recherches sur les maladies industrielles, un centre renommé de bioéthique et un centre multidisciplinaire en médecine préventive.Administré par des savants, il a aussi des hommes d\u2019affaires influents dans son Conseil d\u2019administration.Un Comité d\u2019éthique est chargé d\u2019examiner les protocoles de recherche.Où trouve-t-il ses finances?Les gouvernements sont appelés à donner des subventions à la recherche.Quelques Fondations canadiennes et américaines, des sociétés philanthro- À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 567 piques et des entreprises privées y vont aussi de leur appui.À cela il faut ajouter des dons individuels.Au cours des six dernières années, on peut retenir quelques résultats concernant l\u2019activité scientifique: 897 articles publiés dans des revues spécialisées à travers le monde, 27 livres ou ouvrages spécifiques, 1 086 conférences données sur invitation dans tous les pays qui font de la recherche intensive, 8 614 patients en clinique pour un total dépassant 80 000 visites.L\u2019Institut s\u2019identifie avec son fondateur, le docteur Jacques Genest.Il a su s\u2019entourer de collègues spécialisés, rompus à la recherche pure et appliquée, et de techniciens de qualité.Il aime rappeler qu\u2019une religieuse de l\u2019Hôtel-Dieu a facilité ses démarches, grâce à sa largeur de vue.Le rayonnement du docteur Genest, au Canada, aux États-Unis et en Europe, est impressionnant et a peu d\u2019égal au Canada.Puisse son Institut avoir un effet d\u2019entraînement auprès de la jeunesse studieuse qui aime le travail scientifique.Un monde à découvrir: l\u2019InstitSt Armand Frappier Situé dans un vaste domaine sur le boulevard des Prairies, Ville de Laval, créé en 1938 par le docteur Armand Frappier et un groupe d\u2019hommes de sciences, l\u2019Institut de microbiologie et d\u2019hygiène de Montréal s\u2019associe d\u2019abord à l\u2019Université de Montréal en 1942 et devient une constituante de l\u2019Université du Québec en 1972, puis, en hommage à son fondateur, il prend le nom d\u2019institut Armand Frappier en 1975.Bien administré par un conseil de quinze membres, l\u2019Institut compte environ 500 employés dont 75 scientifiques, 60 étudiants, stagiaires et assistants de recherche, six centres d\u2019enseignement et de recherche: bactériologie, épidémiologie et médecine préventive, immunologie, médecine vétérinaire, sciences appliquées à l\u2019alimentation et virologie.Le budget de l\u2019année courante est de l\u2019ordre de 24 millions de dollars dont 40% proviennent de la production sur place de biens et de services, et 20% de divers programmes de subventions et commandites des secteurs public et privé.Les chercheurs de l\u2019IAF ont à leur actif plus de 1 500 articles publiés dans les grandes revues scientifiques internationales, une cinquantaine de brevets, une douzaine de vaccins, plus de 400 produits diagnostiques, plus de 300 produits chimiques en réponse aux besoins du milieu.Des prospectus sont disponibles sur demande.L\u2019IAF est une des réalisations scientifiques qui a 568 L\u2019ACTION NATIONALE mis le Québec sur la carte des grands centres biologiques et chimiques du monde.«Irresponsables», les coupures fédérales en recherche! «Les coupures envisagées par le gouvernement conservateur dans le domaine de l\u2019environnement et de la recherche sur les produits toxiques constituent des gestes \u2018irresponsables\u2019, qui risquent de placer le Canada \u2018à la remorque des Américains\u2019 dans un domaine où la santé du public et celle du milieu naturel passent par une connaissance approfondie des phénomènes», vient de déclarer Jacques Prescott, président sortant de l\u2019Association des biologistes du Québec.Plus ça change de gouvernement, plus c\u2019est pareil, pourrait-on ajouter ici! Fin de la récréation au Parti québécois Après avoir permis à ses députés de discuter librement et ouvertement sur l\u2019option souverainiste, René Lévesque, président du Parti, a sonné le 19 novembre «la fin de la récréation», selon l\u2019expression de Jacques Bouchard (La Presse, 20 novembre).Claude Morin, ex-ministre des Affaires gouvernementales du Québec, est tout à fait d\u2019accord sur la décision du premier ministre d\u2019écarter la souveraineté, comme un enjeu, aux prochaines élections générales.Pour Claude Charron qui a été longtemps l\u2019homme de confiance de René Lévesque, il appuie le chef du Parti, mais il prévoit que de «gros noms» vont partir.Pour le président du Mouvement national des Québécois, Gilles Rhéaume, l\u2019indépendance ne se fera pas à l\u2019Assemblée nationale, mais «dans la rue» comme dans tous les pays du monde.Le temps «n\u2019est pas aux dispersions, mais au regroupement des forces indépendantistes.Pour le président du Parti québécois Ou-taouais, Jacques Soulières, il regrette la déclaration de M.Lévesque et il est convaincu que la souveraineté n\u2019est pas une notion vide de sens, mais «l\u2019aboutissement de tout un peuple.» Quant à Roger Duhamel, dans un éditorial de six pages, de l\u2019Action Nationale de novembre 1984, sous le titre UN VIRAGE DE GRANDE ENVERGURE, il conclut: «Nous ne devons jamais cesser d\u2019être fidèles à nos convictions indépendantistes, nous devons toujours travailler à l\u2019avènement d\u2019un Québec libre.Mais avant qu\u2019il soit possible d\u2019y parvenir, il nous faut, sans un compromis honteux, convenir d\u2019accommodements qui per- À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 569 mettent à notre peuple de s\u2019épanouir et d\u2019assurer honorablement sa subsistance matérielle.Avant de fouler le sol de la terre promise, les Israélites n\u2019ont pas refusé de se nourrir de la manne du désert.Le lait et le miel, ce sera pour plus tard.» Mais pour les durs indépendantistes, ce PLUS TARD est-il synonyme de JAMAIS?Que pensent les milieux d\u2019affaires du départ de Parizeau?À New York, sur Wall Street, les analystes qui suivent la «chose québécoise», le départ de Parizeau n\u2019étonne pas.Mais l\u2019homme habile qu\u2019il était, inquiétait les capitalistes et les financiers américains à cause de ses idées trop socialisantes.David Schulman, analyste chez Geoffrion Leclerc est à peu près du même avis.Pierre Macdonald, vice-président à la Banque de Montréal, même si, à l\u2019instar des banquiers, ne prisait pas toujours M.Parizeau comme ministre des Finances, estime que cet homme a pris sa tâche au sérieux, avec dévouement et a apporté une contribution indiscutable.Quant à Jean-Luc Landry, conseiller en placement à la Société Bolton Tremblay, il est d\u2019avis que Parizeau pourra se dire qu\u2019il s\u2019est acquitté du plus pressant, à savoir la remise en ordre du budget de la province: «Parizeau au cours des deux dernières années est parvenu à nettoyer les finances, à régler les conventions collectives, à assainir le bilan des dettes.Il y a encore beaucoup de travail à faire, mais sa succession, aux yeux des hommes d\u2019affaires, ne constitue pas un problème insoluble.» Parizeau parti, quel autre personnage attendent les hommes d\u2019affaires?Pierre-Marc Johnson qui serait le grand successeur de René Lévesque à cause de sa modération, comme si le premier ministre en manquait.Ces propos sont tirés d\u2019un éditorial de Jean Pelletier intitulé La solution 870 pour Parizeau (Journal de Montréal, 23 novembre 1984, section des AFFAIRES).Que pensent les autres du bouillonnement au sein du PQ?D\u2019après l\u2019enquête sommaire du Devoir (24 novembre 1984), à la suite du rejet de l\u2019option souverainiste, Lévesque est jugé sévèrement par les artistes en général: «Le réalisme c\u2019est aussi avoir un avenir», selon Gaston Miron.«On a auditionné pour un rôle, et on ne l\u2019a pas eu», d\u2019après Louise Forestier.«Le Parti québécois a manqué de vigilance, il ne pourra livrer ce qu\u2019il a promis», pense Michel Tremblay.«Ce mouvement qui secoue le 570 L\u2019ACTION NATIONALE PQ est mieux que la stagnation qui régnait» déclare Gilles Vigneault.«René Lévesque, pour moi, n\u2019est qu\u2019un agace-indé-pendance.Il ne la fera jamais» dit Denise Boucher.«René Lévesque sera jugé sévèrement par l\u2019histoire», lance Denys Ar-cand.Selon le Journal de Montréal (23 novembre 1984), «L\u2019homme de la rue aurait préféré que le PQ fasse le ménage en famille; les électeurs de Parizeau croient qu\u2019il est fidèle à ses idées.mais ne l\u2019approuvent pas tous.» Ces témoignages donnent la dominante de la pensée d\u2019une douzaine de personnes interrogées.Québec: opération LASER Optique-laser, biomasse, bureautique, médecine de pointe.la vieille capitale se mijote un Silicon Valley, nous dit Benoît Aubin dans son article: Quebec: opération Laser (L\u2019Actualité, décembre 1984).Savants de l\u2019Université Laval, membres de la Chambre de Commerce, industriels de la technologie se retrouvent aujourd\u2019hui dans le même bateau ou lobby pour changer complètement la vocation économique de la région de Québec.Quand?D\u2019ici l\u2019an 2000?Peut-être bien avant! Quel est le projet?Créer au centre de la ville un vaste parc technologique, «branché sur les universités et les grandes entreprises, plein de laboratoires de recherche appliquée et d\u2019industries de pointe.Avant la fin du XXe siècle, on veut faire de Québec une cité scientifique d\u2019avant-garde: «La parfaite petite ville de la Troisième Vague, qui exporte des produits de pointe plutôt que des cerveaux comme maintenant.C\u2019est le recteur de l\u2019Université Laval, un chercheur à l\u2019esprit scientifique qui a fait le tour du monde plusieurs fois.Jean-Guy PAQUET qui sert de locomotive au projet.Rien de réalisé pour le moment, mais la voie est tracée.Transport en commun: Toronto fait plus et mieux avec moins d\u2019argent Michel Girard (La Presse, 29 septembre 1984) explique, tableau comparatif à l\u2019appui, comment Toronto fait plus et mieux que Montréal au chapitre du transport en commun: À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 571 Transport en commun: Toronto et Montréal Dépenses d\u2019exploitation Nombre d\u2019employés Revenu moyen/employé Kilométrage Coût/kilomètres Nombre de passagers Dépenses / passagers CTCUM 415,7 millionsS 7796 33,62$ 140,5 millions 2,96$ 312 millions 1,33$ TTC 362,8 millions$ 9414 29,688$ 185,4 millions 1,96$ 405,7 millions 0,89$ Ce tableau se passe de commentaires et devrait faire rougir les gestionnaires et surtout les employés à la CTCUM, même si les situations ne sont pas entièrement comparables.Pourtant il en coûte cher pour vivre à Toronto! La Banque nationale de Paris a son siège social canadien à Montréal Les banques étrangères sont un stimulant financier là où elles s\u2019implantent, une concurrence saine pour nos banques et une porte ouverte sur le monde que celles-ci n\u2019offrent pas aussi efficacement.Elles préfèrent et de loin Toronto à Montréal.À preuve, sur les 58 banques étrangères avec une filiale au pays, 46 ont implanté leur siège social canadien à Toronto alors que seulement six ont choisi Montréal.Michel Girard (La Presse, 24 novembre 1984) explique pourquoi.Nous extrayons le tableau suivant de son article: Les plus grosses banques étrangères au Canada (ordre d\u2019importance) Banque\tActif $\tSiège social\tPays d\u2019origine Citibank\t2,9 milliards\tToronto\tÉtats-Unis Chemical Bank\t1,4 milliard\tToronto\tÉtats-Unis Barclays Bank\t1,3 milliard\tToronto\tRoyaume-Uni Bank of America\t1,3 milliard\tToronto\tÉtats-Unis Banque nationale de Paris\t1,0 milliard\tMontréal\tFrance Crédit Lyonnais\t825 millions\tMontréal\tFrance National Westminster\t738 millions\tToronto\tRoyaume-Uni Continental Illinois\t706 millions\tToronto\tÉtats-Unis Morgan Bank\t705 millions\tToronto\tÉtats-Unis Société générale\t674 millions\tMontréal\tFrance 572 L\u2019ACTION NATIONALE La proportion des actifs détenus au pays par les banques étrangères représente 7,5% de l\u2019ensemble des actifs canadiens dans toutes les banques.Comme la limite permise est de 16%, les banques étrangères ont encore une marge de manœuvre importante au Canada.Enfin, il ne faut pas oublier qu\u2019une infime partie de l\u2019actif total de ces banques est investi au Canada.Rodolphe Joubert et Émile Barrière outremer pour étudier le marché franco-canadien L\u2019École des Hautes Études commerciales et la Chambre de commerce française de Montréal ont innové en offrant à deux des nouveaux diplômés en sciences commerciales et maritimes, Rodolphe Joubert et Émile Barrière, dès 1915, un stage d\u2019études en France pour se renseigner sur tous les aspects des marchés franco-canadiens, nouvelle que rapporte le quotidien LE CANADA du 23 novembre 1915, avec commentaires généreux à l\u2019appui.Ce serait, en 1984, une initiative qui ferait encore la manchette dans les journaux.Édouard Montpetit dirait: «Notre maître le passé en aura toujours à apprendre aux jeunes et aux moins jeunes.» Constitution: Lévesque soumettra des projets précis à Brian Mulroney «Je vais rencontrer M.Lévesque en me rendant à Mani-couagan (son comté), probablement dans la première quinzaine de décembre.Je présume que M.Lévesque voudra discuter de constitution» a déclaré M.Mulroney aux journalistes, écrit (Le Devoir, 14 novembre) Paule Des Rivières.«Inévitablement, a répliqué M.Lévesque qui, tout en notant qu\u2019une rencontre en décembre nous laisse deux ou trois semaines pour y penser et nous aurons des choses précises à demander.» Mais les «durs» et les «mous» du Parti en pleine effervescence pourront d\u2019ici cette rencontre avoir changé la couleur du temps.Les accès de franchise chez un Trudeau libéré Allocution plutôt fracassante que celle de Pierre Elliott Trudeau à Washington au moment de recevoir son prix (50 000$) de la paix Albert Einstein: «Les chefs d\u2019État et de gouvernement ne se rencontrent aux sommets de l\u2019OTAN (Organisation du Traité de l\u2019Atlantique Nord) depuis 1949 que pour lire des discours ennuyeux, écrits par d\u2019autres, dans le seul but À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 573 de ne pas faire de vagues.» Marc Laurendeau (La Presse, 19 novembre) montre un peu comment le franc-parler de Trudeau sur la scène internationale peut être une véritable bénédiction et comment, par contre, le même ton de riposte peut être vindicatif et peu éclairant dans les affaires intérieures.Trudeau affirmait récemment qu\u2019il aurait pu gagner les élections générales du 4 septembre, en réponse à John Turner qui déclarait avoir reçu un héritage difficile, un parti mal préparé et vide.Compte tenu de l\u2019usure du régime libéral, Trudeau aurait perdu les élections, selon Marc Laurendeau, comme l\u2019indiquaient déjà tous les sondages d\u2019opinion.Les évêques américains passent à l\u2019attaque «Les évêques américains font peur aux Américains.Ou, tout au moins, aux hommes politiques américains: ils viennent d\u2019entreprendre une démarche pastorale qui inquiète déjà Washington et tous ceux qui défendent les politiques économiques actuelles républicaines et même démocrates», écrit Jean-Guy Dubuc (La Presse, 22 novembre 1984).Le débat risque d\u2019être acerbe un peu comme au Canada, quand nos évêques ont eu le courage de secouer le même pommier.On écrit déjà que l\u2019Église se mêle de politique et d\u2019économique et qu\u2019elle s\u2019en mêle mal.Des grands périodiques américains, comme U.S.News & World Report et le New York Times, accordent beaucoup d\u2019importance à la démarche pastorale des évêques.Pourtant, rien d\u2019absolument neuf dans une telle intervention de l\u2019Église dont l\u2019une des plus lucides remonte au moins en 1891 avec l\u2019encyclique Rerum novarum de Léon XIII.Informer et former la population, rétrécir l\u2019écart entre les riches et les pauvres, rechercher le plein emploi dans le respect de la société toute entière, tels sont quelques objectifs que poursuivent les évêques à la suite du pape.Il faut lire l\u2019article de Jean-Guy Dubuc et suivre le débat pour se faire une conscience rajeunie du respect de nos semblables plutôt que des structures économiques et sociales.Les femmes dans l\u2019Église «Ce que nous recherchons, ce n\u2019est pas une identité dans les rôles, c\u2019est la promotion de la véritable égalité de l\u2019homme et de la femme, c\u2019est la participation des femmes, par les dons parti- 574 L\u2019ACTION NATIONALE culiers qui sont les leurs, au leadership dans l\u2019Église et à l\u2019établissement du Royaume,» telle est l\u2019attitude fondamentale des évêques canadiens que les membres du conseil d\u2019administration de la Conférence des évêques catholiques canadiens (CECC) a exprimée le 27 janvier 1977.Raymond ST-GELAIS, évêque auxiliaire à Saint-Jérôme et membre du comité «ad hoc» de la CECC sur le rôle des femmes dans l\u2019Église, a rappellé ce texte à Jean-Guy DUBUC (La Presse, 19 novembre 1984), «comme complément d\u2019information qui permettra de mieux saisir les intentions des évêques canadiens au sujet du rôle des femmes dans l\u2019Église.» Ce supplément d\u2019information est un pas dans la bonne direction, mais les attentes légitimes des femmes sont loin d\u2019être comblées! Nous nous sommes pris pour le nombril du monde Le syndicalisme à la manière de la CSN doit retrouver sa capacité d\u2019autocritique pour redevenir un «agent de transformation de notre société», selon Louis Favreau et Pierre l\u2019Heureux, coauteurs du document intitulé LE PROJET DE SOCIÉTÉ DE LA CSN de 1966 à aujourd\u2019hui (Le Devoir, 21 novembre 1984).Louis Favreau estime que l\u2019autocritique n\u2019était pas tellement active ces dernières années: «On s\u2019est pris pour le nombril du monde, pour l\u2019avant-garde de l\u2019avant-garde.on se retrouve la gueule à terre», en raison surtout du lamentable échec du Front Commun de 1982-1983.Pas de bilan provisoire précis, pas de conclusion définitive dans ce document, mais l\u2019amorce par la base d\u2019une réflexion critique sur le socialisme en cherchant à le concilier avec la liberté! «Québec a abdiqué devant la CSN», selon l\u2019Association des hôpitaux André Brousseau, président de l\u2019Association des hôpitaux du Québec (AHQ), qui regroupe 200 conseils d\u2019administration de centres hospitaliers, a dénoncé avec vigueur la faiblesse du gouvernement du Québec qu\u2019il accuse «d\u2019avoir pactisé avec la CSN, afin d\u2019acheter la paix dans le conflit illégal de l\u2019hôpital Saint-Julien à Saint-Ferdinand d\u2019Halifax.Il craint que cette solution donne à d\u2019autres syndicats le goût de confrontation et la volonté de régler dans «la rue» quelque litige que ce soit.Selon Ghislain Dufour, vice-président du Conseil du patronat du Québec, qui s\u2019en prend à la fois à la CSN et au gouvernement, A L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 575 n\u2019importe qui peut maintenant faire une grève illégale avec l\u2019assurance d\u2019une impunité totale, en passant par-dessus la tête des administrateurs d\u2019une institution locale, de façon désinvolte et sans égards aux droits des malades.Enfin, cette grève illégale vient de donner lieu à une requête en recours collectif contre la CSN en dommage et intérêts pour un moment dépassant 14 millions de dollars (La Presse, 22 novembre 1984).Afrique du Sud: les enfants et l\u2019apartheid En Afrique du Sud, il y a 4,5 millions de Blancs (37% d\u2019anglophones, 60% de descendants des colons afrikaners), 2,8 millions de métis, 800 000 Indiens et 20 millions de Noirs (trois habitants sur quatre) qui vivent sous le régime de l\u2019apartheid qui, en afrikaans, signifie SÉPARATION, MISE À L\u2019ÉCART.À Cape Town, par exemple, un Noir doit montrer un passeport d\u2019accès aux trois zones blanches.Anna Gaël, en Afrique du Sud, n\u2019a pas voulu réaliser un reportage traditionnel, dans LE POINT, hebdomadaire d\u2019information du 25 novembre 1984.«Elle a interrogé les enfants, des garçons de 10 à 14 ans, trop jeunes pour être fortement politisés, mais assez mûrs déjà pour se forger une opinion personnelle.Ces jeunes se racontent avec des mots simples, crus et émouvants, à faire honte à bien des personnages politiques et religieux.Quelle civilisation blanche rétrograde et primitive est la nôtre! Education au Japon: samouraï contre Tottochan Le Japon connaît une crise sans précédent dans son système d\u2019éducation qui semble ouvrir la porte aux vertus martiales d\u2019an-tan, et «ressusciter les démons qui ont conduit à la guerre.» On semble aux prises entre une pression extrême en faveur du succès à tout prix aux examens secondaires et universitaires.L\u2019individualisme, suscité par la société d\u2019abondance et l\u2019importation de valeurs occidentales à travers «un système d\u2019éducation imposé par les Américains» ne tient pas compte des valeurs spécifiquement japonaises.À lire dans Le Point (25 novembre).Des affaires avec les pays du bloc communiste De plus en plus d\u2019entreprises de l\u2019Occident font des affaires avec les pays du bloc communiste, comme le rapporte, de New York, Le Devoir (19 novembre 1984): «Les pillards du temps de Marx sont devenus les partenaires de ses héritiers».Est-ce un 576 L\u2019ACTION NATIONALE signe des temps?L\u2019exigence démocratique en Amérique latine Dans de nombreux pays latino-américains en voie de passer d\u2019un «régime fort» à une certaine «redémocratisation», de nouvelles menaces pèsent lourdement.Au moins onze de ces pays pressent l\u2019Occident d\u2019examiner les conséquences de leur endettement.Et il y a les rivalités idéologiques et politiques des Deux Grands: les États-Unis et l\u2019URSS.Le Monde diplomatique (novembre 1984) sous le titre L\u2019exigence démocratique en Amérique latine, présente une étude fouillée et intéressante sur ce qui se mijote de ce côté.C\u2019est une facette de la vérité parmi d\u2019autres! Dix ans de dialogue Nord-Sud: au moins une victoire sur l\u2019ignorance À nous qui sommes souvent orientés vers les questions Est-Ouest, le cahier du journal Le Devoir (16 novembre 1984) intitulé DIX ANS DE DIALOGUE NORD-SUD apporte un peu d\u2019oxygène et un révélateur pénétrant de notre ignorance.On y trouve des articles venant d\u2019un journal de Tôkyô, de Varsovie, de Tunis, de Paris, de Mexico, etc.; des titres comme : La bombe de la misère, Le trilogue, étape du dialogue Nord-Sud, Moins de dialogue, plus de Nord-Sud, Industrialisation du Sud et ambivalence du Nord, Crise qui décime une génération, À qui profite le désordre économique?etc.Un continent en danger de mort: le cauchemar en Afrique! N\u2019y aurait-il que le peuple de l\u2019Éthiopie dans la famine et la misère noire que nous montrent depuis plusieurs semaines la télévision et les quotidiens que ce serait déjà trop triste et qu\u2019il faut à tout prix venir au secours de ceux qui souffrent.Mais c\u2019est 30 pays d\u2019Afrique qui sont affectés comme le montre si bien une carte impressionnante publiée à l\u2019intérieur d\u2019un article intitulé AN AFRICAN NIGHTMARE (NEWSWEEK, 26 novembre 1984).À part l\u2019Éthiopie, les pays les plus affectés sont le Tchad, la Mauritanie, le Mali, Le Niger, le Soudan, etc.La lecture de la carte vaut mille discours. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS % de* régions suivantes : La Société Nationale de l'Est du Québec La S.N.Q.de ta région des Hautes-Rivières' La S.N.Q.de la région de TOutaouai* La S.N.Q de ia région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la region de l'Amiante La S.N.Q.de ia région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yatnaska De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu'à vous! La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siege social: Québec Agences: Amos.Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi.Laval-des-Rapides.Longueuil, Montréal, Québec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivieres.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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