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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1984-11, Collections de BAnQ.

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[" /^Action NATIONALE Volume LXXIV, numéro 3, novembre 1984 NOTRE AMARRE À LA TERRE DU QUÉBEC, EST-ELLE AUSSI SOLIDE QU ELLE PARAÎT?CE QUE LE FÉDÉRAL LAISSE, LA CIVILISATION AMÉRICAINE NE LE CORROMPT-ELLE PAS? La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Min ville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 I\u2019ActlOn NATIONALE Volume LXXIV, numéro 3, novembre 1984\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t ÉDITORIAL: ROGER DUHAMEL:\tUn virage de grande envergure .\t197 JEAN-D.ROBILLARD:\tNos cousins franco-ontariens .\t203 LÉO GAGNÉ:\tLa Nation et les Sociétés nationales\t\t219 GERARD CLÉMENT:\tLa guerre des écoles privées en France \t\t227 LOUISE PEARSON:\tPromotion industrielle à Richmond\t\t232 RENÉ BLANCHARD:\tLe rêve de Lord Durham ne passe pas\t\t240 ROGER DUHAMEL:\tUne théologie de combat temporel\t\t245 RENÉ BLANCHARD:\tL\u2019agriculture, un risque à assumer\t\t251 CHRISTIAN LAMONTAGNE:\tAsbestos, ville mono-industrielle\t\t257 YVES COURVILLE:\tLettre à mon député péquiste .\t263 MARCEL LAFLAMME:\tLe projet éducatif québécois .\t269 \t\t HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois 194 L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2iéme semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien L\u2019ASSURANCE-VIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTÈGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière L'Assurance-vie Desjardins a diversifie ses services pour mieux repondre aux besoins de tous ses assurés Elle protege l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun L'Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assures pour mieux les servir à un meilleur coût Assurance-vie Desjardins 196 L\u2019ACTION NATIONALE revue ^ critère Revue publiée par la Société de publication Critère inc., avec l\u2019aide du Ministère de l\u2019Éducation du Québec, du fonds F.C.A.C.du gouvernement du Québec et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy-H.Allard, Claude Gagnon, Jean Proulx, Jean Stafford.Dernières parutions: No 34: L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique\u2014 I, automne 1983, 188p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1 L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1 500, Montréal H3A3G5 288-8711 UN VIRAGE DE GRANDE ENVERGURE 197 Éditorial Un virage de grande envergure par ROGER DUHAMEL Depuis la mi-août, il était écrit dans te ciel et dans les sondages que le Canada changerait de gouvernement.Tout le monde s\u2019attendait à ce renversement, mais non pas à une hécatombe.À plusieurs signes, il était prévisible que les électeurs, cette fois, ne se laisseraient plus abuser par les faussetés habituelles.Nous avons ainsi assisté à une réaction démocratique tout à fait saine.Un souffle de libération a balayé le pays.C\u2019est la chute d\u2019un régime néfaste.Qu\u2019il suffise de citer ici le témoignage d\u2019un journaliste anglo-canadien qui s\u2019est souvent montré bienveillant à l\u2019égard des libéraux.Peter Newman doit néanmoins tenir compte de la réalité: «Nous avions le parti unique exerçant son autorité avec une arrogance à laquelle ne se serait risqué aucun gouvernement de ce côté-ci de l\u2019Albanie.L\u2019ironie finale de la carrière de Trudeau, c\u2019est d\u2019être entré en politique pour combattre la machine de patronage corrompu de Maurice Duplessis et de quitter la politique en rivalisant avec elle.» Au lendemain du 4 septembre, le même Newman porte un jugement d\u2019ensemble d\u2019une équitable modération: «Le parti libéral a perdu les élections, parce qu\u2019après avoir gardé le pouvoir pendant deux décennies, il était devenu corrompu et avait perdu la volonté et la compétence pour gouverner.» C\u2019est ce qui s\u2019appelle prévenir le verdict de l\u2019histoire.Que les citoyens des provinces anglophones aient changé d\u2019allégeance n \u2019est pas une source d\u2019étonnement.Ils ne se sentent jamais rivés à un parti quelconque et ils modifient leurs choix selon la perception qu\u2019ils se font de leurs propres intérêts.Les Canadiens-Français ne sont pas portés à manifester une semblable souplesse.Si l\u2019on excepte le précédent de 1958 (la victoire sans lendemain de Diefenbaker), ils préfèrent généralement mettre tous leurs œufs dans le même panier, le panier libéral.Cette année, ils ont rompu ce pacte infâme conclu avec les libéraux en 198 L\u2019ACTION NATIONALE décidant de reprendre en mains leur destin national.Ce qui ne signifie en aucune façon qu\u2019ils se soient à jamais livrés pieds et poings liés aux conservateurs.À quoi tient ce revirement?Il est normal que la nécessité d\u2019un changement se fasse sentir au détriment d\u2019un gouvernement qui a dominé la scène politique pendant une génération, surtout quand ce gouvernement a été hautainement dirigé depuis quinze ans par un snob intellectuel coupé de toutes racines profondes dans la réalité.Même nos compatriotes les plus aveuglés par l\u2019imposture du French power ont fini par s\u2019apercevoir des fautes d\u2019une administration incapable de résoudre les problèmes économiques et sociaux de la fédération et contribuant par son impéritie à les aggraver.Les Québécois ont aussi réagi, peut-être sans toujours se l\u2019expliquer clairement, à un sentiment de frustration et d\u2019humiliation.Malgré l\u2019alternance des paroles doucereuses et des menaces à peine voilées, ils ont enfin compris qu\u2019ils étaient engagés sur une pente qui deviendrait bientôt irréversible s\u2019ils ne s\u2019empressaient de freiner cette glissade.L\u2019intervention odieuse des centralisateurs fédéraux, lors du référendum, et leurs promesses mensongères ont suffi à ébranler les convictions des fédéralistes honnêtes.La manipulation brutale de la constitution et de la charte des droits qui s\u2019y est greffée a rendu la province de Québec prisonnière de la majorité.Oui, nous aurons connu et subi le temps du mépris.Le vote massif qui a fait élire de nombreux députés conservateurs francophones au Québec, de même que des représentants de nos minorités en Acadie et au Manitoba, a correspondu à un instinct de survivance et de redressement.Nous avons été les acteurs et les témoins d\u2019un réveil collectif qui est un signe réconfortant de notre santé nationale.Un dernier facteur à ne pas négliger, c\u2019est le renouvellement interne du parti conservateur.C\u2019est l\u2019aboutissement d\u2019une oeuvre de longue haleine.Ce n \u2019est pas diminuer les mérites du premier ministre Mulroney, dont il nous reste à voir s\u2019il respectera les engagements solennels pris au cours de ta campagne électorale, que de noter qu\u2019il a grandement bénéficié du travail persévérant poursuivi sans relâche par ses prédécesseurs immé- UN VIRAGE DE GRANDE ENVERGURE 199 diats, M.Stanfield et M.Clark.Ces deux hommes d\u2019une exemplaire probité intellectuelle n\u2019ont rien négligé pour tenter de comprendre le Québec et de l\u2019expliquer dans les autres régions du pays.Bien que nous n \u2019ayons jamais accordé nos suffrages ni à l\u2019un ni à l\u2019autre, nous avons contracté à leur égard une dette de reconnaissance.Contrairement à leur pratique traditionnelle, les conservateurs québécois ont su reconnaître les exigences d\u2019une organisation solide et efficace.À deux ou trois exceptions près, ils n\u2019ont pas recherché de ces grandes vedettes qui se révèlent souvent, à l\u2019usage, des étoiles filantes.Ils ont préféré choisir des candidats sérieusement impliqués dans leur milieu et ayant fourni au niveau local des preuves de leur dévouement et de leur habileté administrative.Ce qui explique que M.Mulroney ait dû procéder à de pénibles et inévitables exclusions, lors de la formation de son cabinet.Au cours de la campagne, le nouveau premier ministre a prononcé d\u2019innombrables discours sur une foule de sujets où la prudence de ses affirmations se conjuguait à l\u2019imprécision de ses promesses.Il ne lui est arrivé à vrai dire qu\u2019une seule fois de s\u2019éloigner de ces généralités rassurantes et de prendre une position ferme et catégorique; il ne l\u2019a fait que sur la question constitutionnelle, qui n \u2019est pas devenue aussi éloignée de nos préoccupations que d\u2019aucuns semblent le croire ou souhaitent nous le faire croire.Le discours vibrant prononcé à Sept-îles demeure un texte auquel il y aura lieu désormais de se référer.M.Mulroney a publiquement reconnu à cette occasion que le référendum de 1980 a causé aux Québécois un traumatisme véritable et que les libéraux ont tiré parti de ce désarroi pour frapper notre province d\u2019ostracisme.«Nous sommes à l\u2019aube d\u2019un authentique recommencement national» lance-t-il à ses auditeurs.Comment franchir heureusement cette nouvelle étape?Nous y parviendrons par «la concertation et l\u2019harmonisation des deux ordres de gouvernement, le respect des compétences provinciales et la dépolitisation du régime des subventions».Quand M.Turner repousse toute négociation avec un gouvernement québécois qui ne soit pas d\u2019allégeance libérale, M. 200 L\u2019ACTION NATIONALE Mulroney se conforme à la discipline démocratique en affirmant son empressement à négocier avec les autorités légitimement élues du Québec.Son principal souci, c 'est d\u2019abattre tous les obstacles artificiels, en ne s\u2019embarrassant «ni de protocole pointilleux ni de visibilité ostentatoire».En d\u2019autres termes, il importe de remplacer sans délai l\u2019affrontement haineux par la collaboration cordiale, la rigidité par la souplesse.Pour atteindre ces fins et esquisser un rapprochement, le premier ministre entend mettre sur pied dans les prochains mois un conseil permanent des onze premiers ministres en vue d\u2019éliminer progressivement les chevauchements politiques et les querelles stériles de juridiction.Peut-être deviendra-t-il ainsi possible de «proscrire une fois pour toutes les interventions parallèles, souvent même les chassés-croisés entre les deux ordres de gouvernement».Certes, notre expérience des conférences fédérales-provin-ciales sous l\u2019égide intolérante d\u2019Ottawa a été le plus souvent décevante.Réussira-t-on dorénavant à y faire prévaloir un meilleur esprit?Il semble en tout cas que ce soit là l\u2019espoir qu \u2019entretienne le premier ministre Lévesque.Après s\u2019être félicité de la fin de l\u2019arrogant monopole libéra! sur le Québec, il a consenti à renouer le dialogue avec le gouvernement central.Comme preuve de sa bonne foi et agissant dans le cadre du régime actuel, il entend reprendre dès maintenant sa participation pleine et entière à toutes les conférences fédérales-provinciales qu \u2019il avait dû bouder depuis la nuit des longs couteaux orchestrée par le tandem Trudeau-Chrétien.Nous pouvons redouter que cette détermination pratique heurte les sensibilités des purs et des durs de l\u2019intégrisme national.Elle obéit cependant à des impératifs auxquels ne peut se soustraire un homme d\u2019État: «On peut ne pas avoir les mêmes idées sur l\u2019avenir, déclare M.Lévesque, ce qui est souvent inévitable dans une société pluraliste comme la nôtre.Mais il est quand même possible de s\u2019entendre sur bon nombre de choses, à la condition de se retrouver avec un minimum de bonne volonté et d\u2019ouverture d\u2019esprit de part et d\u2019autre.» Tant de problèmes urgents et concrets se posent qui ne peuvent attendre notre accession éventuelle à l\u2019indépendance! Combien de solutions ponctuelles et immédiates s\u2019imposent dans UN VIRAGE DE GRANDE ENVERGURE 201 de nombreux secteurs: la santé, l\u2019éducation post-secondaire, les rapports avec les municipalités, la formation professionnelle, le développement régional, la politique économique, les forêts, les parcs, les garderies! Quand deux Québécois sur trois, selon un sondage Sorecom d\u2019avril dernier, sont convaincus, à tort ou à raison, que l\u2019indépendance ne s\u2019accomplira jamais, un gouvernement a-t-il le droit de se réfugier dans un superbe isolement et de priver sa population des avantages économiques et sociaux qui lui reviennent dans le cadre constitutionnel actuel, en prévision de l\u2019acquisition douteuse de la souveraineté?Que les intransigeants qui répondent affirmativement à cette question portent le poids de leur cécité politique.Prenons bien soin d\u2019éviter toute équivoque: s\u2019il a été heureux de recueillir les suffrages des péquistes, avant tout désireux de se délester de la chape de plomb d\u2019un parti honni, M.Mul-roney demeurera toujours, néanmoins, un partisan inconditionnel de la formule fédérale.Il n\u2019existe aucune ambiguïté à ce sujet, ni dans son esprit ni dans le nôtre.Toutefois, nous discernons mal l\u2019intérêt que nous aurions à nous mettre délibérément entre parenthèses pour une période indéterminée.L\u2019histoire ne se déroule jamais à l\u2019avantage de ceux qui s\u2019en détachent délibérément.Le repliement sur soi, s\u2019il est admissible pour les individus, est condamnable chez un peuple qui s\u2019y complaît.D\u2019autres ne sont pas lents alors à tirer tes marrons du feu.Dans le Devoir, M.Jean-Louis Roy dégage une perspective sur laquelle on a fait silence depuis longtemps, en soulignant qu\u2019il faudra «s\u2019attaquer à la réforme des institutions fédérales et à la définition d\u2019un nouveau partage des compétences entre Ottawa et les provinces, partage qui pourrait conduire à un statut particulier pour le Québec».De son côté, dans la Presse, M.Michel Roy parle d\u2019une ère nouvelle et, tout en laissant entendre qu\u2019il soit douteux qu\u2019un premier ministre conservateur puisse donner suite pleinement à tous ses engagements en matière de fédéralisme, il constate lucidement qu\u2019«on voit mal ce que la province pourrait perdre par rapport au régime actuel».Nous sommes en effet descendus tellement bas, sous le règne opportuniste du parti de la médiocrité intellectuelle et de la bassesse morale, que nous ne pouvons plus que remonter la pente. 202 En exprimant sa confiance dans les conjonctures nouvelles, une confiance nullement exclusive d\u2019une raisonnable circonspection, M.Lévesque situe le débat au niveau élevé qui doit demeurer le sien: «Sans renoncer à nos principes ou à nos droits, mais dans le respect de ceux des autres, nous entendons sincèrement, du côté québécois, continuer à consacrer toutes nos énergies et nos ressources à l\u2019amélioration du sort de nos concitoyens, mais avec l\u2019espoir désormais qu\u2019on puisse le faire de façon complémentaire et partant plus efficace que jusqu \u2019à tout récemment.» C\u2019est le début d\u2019un nouvel âge dont personne ne peut augurer avec certitude s\u2019il sera bénéfique ou non, mais il s\u2019ouvre sous des auspices plus favorables que ce que nous avons connu depuis très longtemps.La vigilance des nationalistes ne doit pas se relâcher, bien au contraire.Nous devrons surveiller de près, avec autant d\u2019attention que de sympathie, la cinquantaine de députés conservateurs de langue française qui devraient éprouver peu de mal à se montrer supérieurs à leurs prédécesseurs.C\u2019est à eux qu\u2019il appartiendra de mettre en échec les orientations rétrogrades qui se feraient jour au sein de leur caucus.Nous ne devons jamais cesser d\u2019être fidèles à nos convictions indépendantistes, nous devons toujours travailler à l\u2019avènement d\u2019un Québec libre.Mais avant qu\u2019il soit possible d\u2019y parvenir, il nous faut, sans aucun compromis honteux, convenir d\u2019accommodements qui permettent à notre peuple de s\u2019épanouir et d\u2019assurer honorablement sa subsistance matérielle.Avant de fouler le sol de la terre promise, les Israélites n \u2019ont pas refusé de se nourrir de la manne du désert.Le lait et le miel, ce sera pour plus tard. 203 «Le français en Ontario devient une tangue morte comme te latin».Robert Nixon, chef libéral provincial, février 1974.Nos cousins franco-ontariens par JEAN-D.ROBILLARD Pour ce qui est des francophones de l\u2019Ontario, voici quelques vexations parmi plusieurs autres qu\u2019ils ont dû subir, la liste bien incomplète des batailles qu\u2019ils ont dû livrer et quelques conséquences tragiques de l\u2019anglicisation galopante.1838-67: La revue de l\u2019ACELF publie «Pour un plan de développement de l\u2019éducation française au Canada.» Le numéro 1 est consacré à l\u2019Ontario.Dans les notes historiques on écrit: «Les efforts pour angliciser les Canadiens s\u2019avéraient vains et d\u2019autres solutions devaient être envisagées.Pour en finir avec ces Canadiens, Durham proposait l\u2019union des deux Canadas.Et l\u2019Union vint.Cette fois, la langue officielle du nouveau gouvernement serait la langue anglaise» (p.9).«Tous les brefs, proclamations, instruments pour mander et convoquer le Conseil Législatif et l\u2019Assemblée législative de la province du Canada et pour les proroger et les dissoudre et tous les brefs pour les élections ne seront que dans la langue anglaise» (p.9).1890: Les écoles françaises reçoivent l\u2019ordre de suivre le programme ordinaire des écoles publiques anglaises et d\u2019utiliser les manuels de langue anglaise (Revue de l\u2019Acelf, vol.7, No 1, P- 11).1912: Aboutissement des mesures prises par le gouvernement provincial pour faire de l\u2019anglais la seule langue d\u2019enseignement sans égard pour les droits acquis et exercés par les Franco-Ontariens.L\u2019étude du français doit se limiter à une heure par jour.Les Franco-Ontariens résistent.Alors le gouvernement provincial dépose les commissaires rebelles de la ville d\u2019Ottawa et nomme d\u2019autres personnes pour diriger la commission scolaire.On plaide.Les juges concluent que l\u2019article 93 de l\u2019A.A.N.B.protège la religion et non la langue. 204 L\u2019ACTION NATIONALE On essaie alors de faire appel à la bonne volonté.Ernest Lapointe propose la résolution suivante: «La Chambre.invite respectueusement l\u2019Assemblée législative de l\u2019Ontario à faire en sorte qu\u2019il ne soit point porté atteinte au privilège des enfants d\u2019origine française de recevoir leur éducation dans leur langue maternelle» (Groulx, Lionel, L\u2019enseignement français au Canada.Tome II, p.232.).Cette résolution polie, pleine d\u2019élégance, n\u2019est même pas acceptée.Elle est rejetée après trois jours de débats par le gouvernement Borden.1915: On ferme les écoles françaises; l\u2019Ontario mène une croisade contre le français et vote l\u2019inique règlement XVII qui met le français hors la loi dans les écoles (Monde Nouveau, vol.XX-VI, No 6-7, juin-juillet, 1965, p.240).1950: Le rapport de la Commission Hope précise que ceux qui assurent le soutien des écoles séparées catholiques romaines ne peuvent bénéficier des fonds publics pour le soutien des écoles et ne sont pas exemptés du paiement des taxes pour le soutien des écoles publiques.(Revue de l\u2019Acelf, vol.7, No 1, p.13.) 1962, 15 février: Roger Saint-Denis, président de la Société Saint-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa, écrit dans La Presse qu\u2019il faut détruire l\u2019école bilingue, sinon d\u2019ici deux générations au plus le Canada français aura perdu les Franco-Ontariens.En effet, les écoles bilingues sont dans les faits des écoles unilingues de langue anglaise.Toute école où l\u2019on considère le français comme langue seconde est une école anglaise, même si on l\u2019appelle bilingue.«Une race biculturelle est une impossibilité.Une telle race ne produira que des dégénérés culturels qui n\u2019apporteront la gloire, ni à la culture française ni à la culture anglaise».1962, 5 septembre: J.-Conrad Lavigne, président régional de l\u2019Association canadienne-française d\u2019éducation pour Timmins, dénonce, dans Le Devoir, l\u2019assimilation des jeunes Canadiens-Français de l\u2019Ontario: «Trop de jeunes ne s\u2019expriment en français qu\u2019au foyer et dans l\u2019enceinte de l\u2019école, la porte franchie, l\u2019anglais prend alors la part du lion.Les jeux, les rencontres sociales, les divertissements, les lectures, tout est laissé à l\u2019anglicisation conquérante.Après avoir lutté d\u2019arrache-pied pour réussir les fameux examens du ministère d\u2019éducation de l\u2019On- NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS\t205 tario, les étudiants des classes avancées optent avec une regrettable facilité pour le cours universitaire anglais».1962,\t1 octobre: Marcel Gingras écrit dans La Presse: «À la grande joie des Orangistes, en Ontario, les catholiques anglophones se chargent de faire la lutte au français».1-\tÀ Stony Creek, tout près de Hamilton, la lutte contre les catholiques de langue française est menée par le curé qui est également président de la Commission scolaire.2-\tÀ Toronto, la Commission scolaire est composée de 17 membres dont un seul de langue française, M.Gérard Godin.On compte parmi les 16 autres commissaires quatre prêtres.Or les 60 000 catholiques de langue française doivent se contenter d\u2019une seule école primaire remplie à capacité.Aux plaintes, on répond: «Le Canada est un pays britannique où il ne devrait s\u2019y parler qu\u2019une seule langue.» 1963,\t13 juin: La Presse, comme gênée, écrit dans un coin perdu du journal, quelques lignes seulement sur le fait que la Commission scolaire de Vaughan, au nord de Toronto, a décidé d\u2019abandonner l\u2019enseignement du français parlé dans les 23 écoles publiques de la municipalité.Il faut dire que 2 000 parents anglophones avaient signé quelques mois auparavant une pétition demandant l\u2019abolition du français.1963,\t12 septembre: Dans le Toronto Star, le premier ministre Robarts, en réponse à une question du journaliste Nielsen, montre ses couleurs; il est contre le bilinguisme pour l\u2019Ontario, même si c\u2019est la province qui compte la plus importante minorité canadienne-française.1964,\t23 août: Dans le Petit Journal, Claude Bruchési, directeur de la Société historique de Montréal, commente une enquête qu\u2019il a menée dans les provinces à l\u2019ouest du Québec.Son séjour en Ontario l\u2019a beaucoup déçu.1- Dans une ville comme Windsor qui compte 25 000 Canadiens-Français, la préposée au télégraphe du C.N.R organisme fédéral, lui a répondu: «/ don\u2019t speak French and I don\u2019t want to speak it.Remember that you are in Ontario and that English is the official language here». 206 L\u2019ACTION NATIONALE 2-\tÀ bord des avions de la société d\u2019État Air Canada, il est impossible d\u2019obtenir des hôtesses de l\u2019air qui sachent parler français.Les voyageurs de langue française doivent se débrouiller dans la langue de Shakespeare.1964-65: Le gouvernement ontarien rejette les demandes en faveur de systèmes séparés pour les écoles secondaires et les collèges qui forment des professeurs.pourtant les Ontariens de langue française paient double et souvent triple taxe pour tenter l\u2019impossible.(Monde Nouveau, op.cit., p.240.) 1-\tÀ Toronto et à Hamilton, il y a bien quelques écoles dites bilingues; mais elles sont fréquentées par à peine 10% des enfants d\u2019origine canadienne-française.La masse ne désire plus rester française! Arrêter l\u2019anglicisation?C\u2019est impossible.On n\u2019arrête pas l\u2019histoire.2-\tLondon qui a une population canadienne-française de 5 000 âmes n\u2019a même pas une seule classe bilingue; et il n\u2019y a aucun mouvement pour en établir.3-\tÀ Georgetown, le restaurateur, Peter Korolidir, a reçu un appel téléphonique à la mi-mai, où on le menaçait de faire exploser une bombe dans son restaurant s\u2019il continuait d\u2019accueillir des enfants français au cours d\u2019une grève scolaire déclenchée par leurs parents.4-\tDans la région de Windsor, 53% des 40 892 Canadiens-Français sont complètement anglicisés; et les autres parlent presque tous mieux l\u2019anglais que le français.Le français deviendra folklorique comme ça l\u2019est présentement en Louisiane, au Michigan, au Minnesota et au Missouri.5-\tSolange Chaput-Rolland s\u2019est fait dire publiquement qu\u2019on allait recommencer les plaines d'Abraham, histoire de nous remettre à notre place et de nous dompter définitivement.6-\tMarie-Blanche Fontaine, auteur d\u2019un ouvrage intitulé Une femme face à ta Confédération écrit: «Dix ans passés en Ontario m\u2019ont appris qu\u2019un fanatisme britannique et antipapiste latent mais virulent couve souvent tout près de la surface».1965, avril: «Je démissionne parce que les Canadiens-Français sont ostracisés à Ottawa».Voilà ce que Dominique Joncas, président des fonctionnaires de langue française, fait savoir à La Presse. NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 207 1-\tIl dénonce plusieurs nominations politiques, comme par exemple l\u2019embauchage au ministère du Revenu du fils d\u2019un ex-ministre fédéral, M.R.Knowland.M.Joncas affirme que le poste n\u2019a pas été affiché dans la section concernée du ministère et que la feuille de concours n\u2019était présentée qu\u2019en langue anglaise.2-\tTous les membres du jury pour les concours au ministère des Transports sont de langue anglaise et ne comprennent pas un mot de français.3-\t«Nous avons entrepris plusieurs travaux dans le Québec; les fonctionnaires unilingues de ce ministère forçaient les entrepreneurs canadiens-français à travailler en anglais».4-\t«Tous les plans et devis étaient rédigés dans cette langue (anglais) et pour surveiller les chantiers, le ministère déléguait toujours des gens de langue anglaise».5-\tÀ Ottawa, près de la moitié des fonctionnaires sont de langue française et un très petit nombre d\u2019entre eux occupent des postes supérieurs.1966, 15 avril: Le Devoir titre à la page huit: «Les francophones ontariens expriment leur mécontentement des anglophones catholiques».1-\tM.Roger Séguin, président de l\u2019Association canadienne-française d\u2019éducation de l\u2019Ontario, donne une raison inavouée qui motive cette attitude négative: «C\u2019est que si les Canadiens-Français d\u2019Ontario restent une race secondaire, sans éducation, ça fait leur affaire parce qu\u2019ainsi le clergé irlandais demeurera le plus fort et maintiendra notre dépendance vis-à-vis de lui».2-\tM.l\u2019abbé Louis Binet, curé de Clarence Creek, renchérit: «Depuis 50 ans, ce sont toujours les Irlandais qui nous ont calés».Il ajoute que l\u2019exercice de son ministère l\u2019avait amené à visiter toutes les parties de l\u2019Ontario et «savez-vous que dans des paroisses, on me défendait d\u2019entendre les confessions en français».3-\tM.Séraphin Marion, membre de la Société royale du Canada, demande pourquoi 50 Commissions scolaires irlandaises à travers la province refusent des classes françaises?4-\tDes chiffres officiels communiqués à l\u2019assemblée révèlent que 208 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019Ontario compte 620 000 Canadiens-Français et que de ce nombre 410 000 seulement parlent encore le français.1967,\t15 octobre: Dans le Dimanche-Matin, on peut lire que «le tiers des Franco-Ontariens sont anglicisés».Plus on s\u2019éloigne de la frontière du Québec, plus l\u2019anglicisation est évidente pour atteindre 85% dans le comté de Manitoulin.1968,\t16 mai: Sudbury, qui compte 34% de sa population de langue française, refuse le bilinguisme.La Commission B.B.vient de publier son premier livre; on y recommande la création de districts bilingues.Les édiles de la ville se réunissent et voilà leur décision.Ici au Québec, il suffit qu\u2019un Anglais grogne un peu fort dans une ville à 99% francophone et aussitôt on impose le bilinguisme.Dans VIndépendance, on écrit que la minorité francophone de l\u2019Ontario, aussi importante numériquement que la minorité d\u2019origine britannique du Québec, ne jouit d\u2019aucune reconnaissance pratique de l\u2019usage de sa langue.1968, juin: Vincent Gauthier, administrateur de l\u2019Association des Commissions des écoles bilingues d\u2019Ontario, écrit dans La Revue Scolaire que la répartition des taxes scolaires des corporations constitue une autre injustice flagrante, car l\u2019école élémentaire seulement jouit d\u2019un régime d\u2019octrois, mais il y a inégalité dès que l\u2019école séparée dessert les élèves de 9ième et lOième années.En Ontario, le français est autorisé par le ministère de l\u2019Éducation lorsque la Commission scolaire le veut bien; et il arrive trop souvent que les commissaires d\u2019écoles ne jugent pas à propos de tirer profit de cette permission.1969,1 février: Les griefs se succèdent; les lecteurs s\u2019y habituent.Il arrive parfois qu\u2019une promesse surgit dans cette moisson de plaintes.Aussitôt les éditorialistes francophones la publie à la une, espérant nous faire oublier les misères passées.Ainsi, Vincent Prince, dans un éditorial, nous parle des Franco-Ontariens qui prennent au mot la promesse du premier ministre Robarts, promesse qui consiste à favoriser le fait français.Le gouvernement Robarts s\u2019engage (donc, auparavant, rien de cela n\u2019existait!) NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 209 1-\tà établir un réseau complet d\u2019écoles françaises; 2-\tà accepter un certain bilinguisme au niveau de la fonction publique; 3-\tà extensionner ce bilinguisme à la législature, à certaines municipalités et aux tribunaux.Il n\u2019a jamais été question cependant d\u2019encourager la culture, car beaucoup d\u2019Ontariens ont beaucoup de peine à souscrire aux «concessions» déjà proposées par leur premier ministre.Vincent Prince conclut: «Il s\u2019agit d\u2019une question de justice et M.Robarts a déjà démontré qu\u2019il entendait être juste envers sa collectivité francophone».Entendre cela sans sourire.Voyons si on donnera suite à ces promesses en continuant la lecture des griefs.1970, 9 mai: La Presse Canadienne de Toronto nous apprend qu\u2019un groupe de contribuables anglophones ont pris l\u2019initiative d\u2019une requête en injonction qui vise à empêcher la Commission scolaire d\u2019Ottawa de transformer une école secondaire de langue anglaise en école française afin de pouvoir reloger les 400 élèves de l\u2019école Notre-Dame-du-bon-Conseil, école francophone qui doit fermer ses portes en juin à l\u2019expiration de son bail.Le juge Cari Stewart, de la Cour suprême de l\u2019Ontario, prend en délibéré cette demande qui soumet aussi au tribunal que soit déclarée nulle et non avenue la décision du 10 février de convertir à l\u2019enseignement français cette école secondaire! 1970, 13 novembre: Jean-Nil Bouchard, étudiant de l\u2019Université de Montréal, écrit dans Polyscope, un article sur la désaliénation du peuple québécois; en voici un extrait: «J\u2019ai vu de pauvres bougres pas plus calés en anglais que moi, trembler devant des «Employment Supervisors» qui leur refuseraient furieusement le droit de gagner leur pain dans la région de Sudbury, à la mine Falconbridge, alors que 90% des employés qui assumaient la production parlaient le français.Ces employés d\u2019ailleurs, quelques mois avant mon arrivée, avaient dû refuser, un bon matin, de descendre sous terre parce qu\u2019une affiche proclamait qu\u2019il leur était interdit dorénavant d\u2019utiliser le français entre eux sur les lieux du travail». 210 L\u2019ACTION NATIONALE 1972, 19 janvier: Suite au rapport intérimaire de la Commission d\u2019enquête sur l\u2019enseignement post-secondaire en Ontario, l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario déplore le rejet de sa demande d\u2019un sous-ministre de l\u2019éducation pour les francophones; en attendant, l\u2019ACFO continuera de jouer son rôle de leadership sur les questions scolaires, mais il s\u2019agit là d\u2019un rôle appartenant en propre au gouvernement.Présentement, des 20 collèges communautaires en Ontario, un seul, le Collège Algonquin, ouvre ses portes aux francophones! 1972, 11 novembre: La Presse relate la lutte que les Franco-Ontariens doivent mener contre les autorités scolaires de la région d\u2019Elliot Lake.1974, 1er juin: Un article dans La Presse fait un tour d\u2019horizon dans les différentes provinces du Canada quant à la langue d\u2019enseignement; en Ontario, les règlements indiquent qu\u2019il faut au moins regrouper 20 élèves pour assurer l\u2019enseignement en français et même lorsque cette condition est remplie, les conseils scolaires à majorité anglophone peuvent très bien trouver diverses raisons pour refuser cet enseignement; d\u2019ailleurs en 1973, le ministre a dû instituer un tribunal d\u2019arbitrage après le dur conflit de Sturgeon Falls.Selon un porte-parole de l\u2019Association canadienne-française d\u2019Ontario, les choses se sont améliorées mais, comme on le sait, après trois quarts de siècle de luttes épiques et démoralisantes.et après qu\u2019une grande partie des francophones eurent été carrément anglicisés.Voilà le secret.Il faut lutter contre les efforts des francophones; puis, quand le seuil de non-retour est franchi, alors donnons quelques subventions par-ci, par-là, laissons tomber un peu de lest pour faire valoir le fair-play britannique; mais le mal sera fait et l\u2019anglicisation se continuera d\u2019une façon irréversible.Même le Québec n\u2019est pas à l\u2019abri de cette sournoise tactique assimilatrice.1974, 10 juin: Charles Castonguay, professeur de mathématiques de l\u2019Université d\u2019Ottawa, publie un texte dans Le Devoir intitulé: «Les illusions brisées de la Commission B-B».Voici quelques extraits: L\u2019ACTION NATIONALE 211 1-\tLa cause principale du désiquilibre progressif observé est l\u2019anglicisation croissante des Franco-Ontariens qui demeurent du côté ontarien de la ville d\u2019Ottawa.2-\tEn passant de l\u2019adolescence au monde adulte, c\u2019est-à-dire au moment de leur choix linguistique définitif, 27% des jeunes Franco-Ontariens de la région d\u2019Ottawa optent pour l\u2019usage de l\u2019anglais en famille.Leurs enfants auront aussi l\u2019anglais comme langue maternelle.3-\tDans Ottawa, un jeune francophone sur trois s\u2019anglicise.1975, 28 avril: Jacqueline Pelletier d\u2019Ottawa écrit à John Clemente, procureur général de l\u2019Ontario, pour se plaindre du fait qu\u2019elle a reçu une contravention rédigée en anglais seulement.Ce sont ces mille et une petites choses qui font que l\u2019Ontario ne respecte pas l\u2019autre peuple fondateur ni l\u2019esprit ni la lettre du pacte de la Confédération de 1867.1975, fin de l\u2019année: La Presse canadienne nous annonce que le français à Ottawa est en mauvaise posture.Il s\u2019agit d\u2019une enquête faite en 1974-75 par un sociologue de l\u2019Université d\u2019Ottawa, M.Lamy pour le ministère de l\u2019Éducation de l\u2019Ontario.Les francophones, même s\u2019ils constituent 20% de cette ville (Ottawa), ont conscience d\u2019être un groupe extrêmement faible.La moitié de ces francophones seulement en méritent le titre.55% de ce groupe ne parlent plus le français à la maison! Au travail, 35,2% ne parlent que l\u2019anglais; 42,4% conversent autant en anglais qu\u2019en français et enfin, seulement 12,7% ne parlent que le français.(P.C., 28 mars 1977.) 1977, 18 janvier: Luc Bernier de Vanier écrit dans Le Devoir en réponse à Rodrigue Biron qui affirmait que le maintien de la Confédération canadienne retardait l\u2019assimilation rapide des minorités canadiennes-françaises dans le reste du Canada.Comment cela serait alors, si en 10 ans, on a constaté que 225 000 francophones, soit 50% des Franco-Ontariens, ont opté pour l\u2019anglais comme langue d\u2019usage?Après plus de cent ans de fédéralisme, les Franco-Ontariens (6,9% de la population) ne jouissent d\u2019aucune reconnaissance légale sur le plan provincial.Aucune loi, aucun règlement n\u2019oblige les commissions scolaires à construire des écoles françaises.Impossible d\u2019obtenir un seul collège communautaire (équivalent du Cégep au Québec). 212 L\u2019ACTION NATIONALE Aucune institution de santé qui soit obligée de fournir des services en français même dans les endroits où existent des groupes importants de francophones! 1977, 23 février: André Lafrance, m.d., d\u2019Ottawa écrit dans Le Devoir: «Quand j\u2019ai fait rédiger mon testament, je m\u2019attendais, vu que je transigeais avec un avocat de langue française, à recevoir une version française de ce document; quelle ne fut donc pas ma surprise de recevoir un texte anglais.Quelques mois plus tard, j\u2019achetais d\u2019un courtier francophone une police d\u2019assurance émise par une compagnie francophone (l\u2019Économie) qui a son siège social à Montréal; là encore, je devais avoir la désagréable surprise de me voir remettre un texte anglais.Dans un cas comme dans l\u2019autre, on a eu la gentillesse de me faire remarquer qu\u2019il était techniquement possible de préparer ces documents en français mais qu\u2019une telle version française n\u2019aurait aucune valeur légale et que conséquemment, il y allait de mon intérêt d\u2019accepter la version anglaise.J\u2019ai compris que l\u2019obligation qui est faite aux Franco-Ontariens de s\u2019en tenir à l\u2019anglais, et à l\u2019anglais seulement, dans tous leurs rapports avec les divers niveaux de gouvernement de leur province dépasse les bornes du réalisme, de la raison et du gouvernement civilisé.J\u2019ai compris que, contrairement à celui du Québec, le gouvernement de l\u2019Ontario n\u2019admet pas comme souhaitables des formes raisonnables et civilisées de reconnaissance pour la principale communauté minoritaire et qu\u2019il agit comme si cette minorité n\u2019existait pas».1977, 17 mars: Marc Lalonde écrit dans Le Devoir un article au sujet du français en Ontario: «Entre les mots et la réalité, l\u2019écart reste trop grand».L\u2019auteur affirme que même si «le premier ministre Davis prétendait la semaine dernière avoir assuré aux Franco-Ontariens une gamme complète de services, les résultats sont équivoques».Voici quelques faits pour appuyer cette affirmation: 1- Il y a deux semaines, le principal de l\u2019une des écoles secondaires de langue française, à Ottawa, propose d\u2019obliger les élèves à s\u2019exprimer uniquement en français à l\u2019école; en réac- NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 213 tion, la presse anglophone soulève une vive controverse.2-\tDans le comté d\u2019Essex, le projet de créer une école secondaire française provoque une vive hostilité.3-\tLa région d\u2019Ottawa compte 36% de francophones et pourtant, le gouvernement de l\u2019Ontario n\u2019a pas encore trouvé le moyen d\u2019instituer un système d\u2019administration judiciaire qui soit véritablement bilingue.4-\tEn Ontario, une assignation pour infraction au code de la route est toujours signifiée en anglais.Le maire de Hull en sait quelque chose, il a récemment passé une journée dans une prison d\u2019Ottawa pour manifester sa désapprobation.5-\tLe directeur de la formation permanente au Collège Algonquin ne peut adresser la parole en français au cours des audiences à Ottawa sur l\u2019Ottawa-Carleton Official Plan», c\u2019est le conseil municipal de l\u2019Ontario qui l\u2019a mis au courant (à moins d\u2019aviser 24 heures avant pour retenir les services d\u2019un interprète).Ainsi, dans cette région où les francophones sont les plus nombreux, le gouvernement de l\u2019Ontario n\u2019a pas jugé utile d\u2019assurer les services d\u2019un interprète.Comment ensuite, après ces quelques faits, avoir l\u2019audace d\u2019affirmer que l\u2019Ontario protège les droits des Canadiens-Français et qu\u2019elle leur accorde les mêmes services que ceux dont jouit la population anglophone du Québec! 1977, 29 mars: Marcel Pépin du journal La Presse écrit que «La rengaine de Davis ne convainc plus personne».Les Ontariens sont passés maîtres dans l\u2019art de proposer des solutions généreuses et de se retirer juste au moment où un effort concret s\u2019impose pour les appliquer.Relevons quelques autres idées de cet article: 1-\tFaisant mine d\u2019être d\u2019accord, tout en se traînant les pieds, le gouvernement ontarien, depuis des décennies, refuse dans les faits d\u2019appliquer les principes qu\u2019il énonce dans les conférences fédérales-provinciales, au sujet de la bilinguisation du Canada.2-\tL\u2019Ontario n\u2019a pas de vie française.Ils y sont officiellement 750 000 Canadiens de langue française et pourtant, même dans la région où leur concentration est la plus forte, on a beau chercher, on ne peut trouver de civilisation française à l\u2019œuvre. 214 L\u2019ACTION NATIONALE 3-\tL\u2019université, depuis le jour où le gouvernement s\u2019y est immiscé, fonctionne surtout en anglais.4-\tLes hôpitaux, depuis qu\u2019ils ont cessé d\u2019appartenir à des corporations privées, sont devenues anglophones.5-\tLes Ontariens ne croient pas au Canada bilingue et biculturel.La réalité, c\u2019est que l\u2019Ontario a d\u2019abord le souci de protéger la prépondérance fédérale au pays, de manière à protéger ses marchés et à agir, par le biais de son influence et de ses dollars, sur l\u2019orientation des neuf autres provinces.6-\tSi un groupe vit quotidiennement les brimades de son statut de minoritaire, c\u2019est certainement le groupe franco-ontarien, d\u2019où les nombreuses défections enregistrées chaque année parmi ces courageux ouvriers qui, après un certain temps, laissent tomber et inscrivent leurs enfants dans les institutions anglophones de manière à ce qu\u2019ils n\u2019aient pas à subir les humiliations dont leurs parents ont fait les frais pendant trop longtemps.1977, avril: Les Francophones hors Québec publient Les Héritiers de Lord Durham.On y donne quelques titres d\u2019articles de journaux qui dépeignent on ne peut mieux les problèmes de nos frères ontariens: 1-\tLes Franco-Ontariens et l\u2019assimilation: «Plus de la moitié ne parlent plus le français».Ottawa.2-\tL\u2019assimilation se fait surtout par le travail.Ottawa.3-\tLa population en l\u2019an 2 000: seulement 23% de francophones dans 25 ans.Ottawa.(P.C.) On y mentionne que depuis quelques années, les 200 000 francophones du Nord de l\u2019Ontario réclament un poste de production de radio et de télévision.La société a présentement deux correspondants à Sudbury.Ces derniers doivent couvrir tout le nord, ce qui leur est évidemment impossible.Le temps d\u2019antenne quotidien à leur disposition est insuffisant et ne touche qu\u2019une partie de la francophonie du nord.Le rétablissement d\u2019un centre de production dans le nord ontarien est urgent, compte tenu des distances et des différences culturelles qui séparent cette région de Toronto et d\u2019Ottawa. NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 215 1977, 1 avril: William Davis, premier ministre de l\u2019Ontario, vient au Québec.Il semble qu\u2019il ne dit pas toute la vérité au sujet des Franco-Ontariens.Le docteur André Lafrance d\u2019Ottawa se charge de préciser certains faits, ce qui nous rapprochera de cette vérité: 1-\tMarc Lalonde fait certains reproches à W.Davis au sujet des Franco-Ontariens.M.Davis devient étrangement silencieux, lorsqu\u2019il est mis au défi par M.Lalonde de prouver que ses accusations ne sont pas fondées.il y a, entre autres, la question du conflit scolaire d\u2019Essex-Windsor qui comment à s\u2019ébruiter.2-\tQuand M.Davis affirme que l\u2019Ontario a créé un système d\u2019enseignement en langue française, il s\u2019agit tout au plus d\u2019un réseau d\u2019écoles élémentaires et secondaires dont plusieurs furent obtenues au terme de luttes pénibles et prolongées.Quand on parle des choses très positives auxquelles les Franco-Ontariens ont eu droit, dans le cas des écoles secondaires de Cornwall et de Sturgeon Falls, il s\u2019agit du même ordre que celles d\u2019Essex-Windsor! Et quand M.Davis ajoute que le développement du réseau d\u2019écoles élémentaires et secondaires se fait harmonieusement, «je ne peux m\u2019empêcher de lui rappeler les noms de Mississauga, Elliott Lake, Orillia, London, Hamilton, Cambridge, Burlington etc., noms qui rappellent aux Franco-Ontariens la voie trop souvent semée d\u2019obstacles qu\u2019ils doivent encore aujourd\u2019hui affronter pour l\u2019obtention de leurs écoles.Pour ce qui est des collèges communautaires, il serait plus juste de parler du Collège communautaire, car il n\u2019y a que le Collège Algonquin qui ne puisse être considéré raisonnablement bilingue, puisque environ 20% de sa clientèle y suivent des cours en français.Quant aux universités françaises, on mentionne celle d\u2019Ottawa; or Charles Castonguay l\u2019a décrite comme «une université ontarienne comme les autres, saupoudrée de francophonie».«Et moi-même, à titre de diplômé de cette université, je peux témoigner de l\u2019absence totale d\u2019enseignement en français à la faculté de médecine de cette université.» 216 L'ACTION NATIONALE Pour ce qui est de l\u2019université Laurentienne, un professeur qui y enseigne faisait remarquer il y a quelques jours que de 1967 à 1977, le pourcentage d\u2019étudiants francophones est passé de 18,1% à 9,2%.3-\tLe secteur judiciaire.On ne parle que du projet pilote de Sudbury.(D\u2019abord, c\u2019est uniquement pour certaines cours de justice de la région de Sudbury et non à Ottawa!) Et cela, c\u2019est suite aux pressions exercées par les membres du Mouvement.C\u2019est par le temps et par d\u2019autres personnes qui avaient préféré aller en prison plutôt que de payer des contraventions unilingues anglaises et non pas de sa propre initiative que M.McMurtray a été amené à prendre cette décision.De plus, ce projet pilote se limite à la division criminelle de la cour provinciale et à la cour dont relèvent les infractions au code de la route.Les cours des petites créances, les cours civiles et les tribunaux supérieurs en sont exclus.M.McMurtray a bien exprimé l\u2019intention de rendre ce projet permanent; mais depuis un mois on entend plus parler de rien! Serait-ce une autre promesse?«En somme les services judiciaux bilingues en Ontario, ce n\u2019est pas pour demain! M.Davis devrait avoir le courage et l\u2019honnêteté de dire sans ambage que son gouvernement n\u2019a jusqu\u2019à maintenant à peu près rien fait dans ce domaine.» Le ressac causé par les programmes de bilinguisme du gouvernement Davis fut minime pour la bonne raison que «le ressac n\u2019existe pas quand on ne fait à peu près rien» comme le disait Albert Roy, député libéral du comté provincial d\u2019Ottawa-est.4-\tS\u2019il n\u2019y a pas de politique d\u2019égalité des langues officielles en Ontario, ce n\u2019est pas parce que les Franco-Ontariens implicitement et explicitement ne l\u2019ont pas demandé, c\u2019est tout simplement parce que M.Davis et son cabinet n\u2019en veulent pas.D\u2019ailleurs, Sydney Handelman, ministre de la Consommation et du Commerce, déclarait l\u2019automne dernier devant les membres de l\u2019Alliance pour le bilinguisme que l\u2019Ontario ne reconnaissait pas le français en tant que langue officielle et n\u2019avait aucune intention d\u2019en inscrire la reconnaissance dans un texte de loi. NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 217 1977, 16 juillet: L\u2019ACELF fait un tour d\u2019horizon au sujet de l\u2019enseignement en français hors du Québec: en Ontario, les législatures existantes font du français une langue d\u2019enseignement, bien qu\u2019il reste beaucoup de chemin à parcourir afin d\u2019assurer aux francophones des institutions scolaires adéquates à tous les niveaux.1977, 25 juillet: Les commissaires de la Commission scolaire du Comté d\u2019Essex se débarrassent du problème de la construction d\u2019une école française; ils passent la patate chaude au gouvernement de l\u2019Ontario.Pour un porte-parole de la population francophone de Windsor, ces commissaires «viennent de démontrer qu\u2019ils ne veulent rien savoir de la langue française ou des droits de la minorité francophone».Quand la province de l\u2019Ontario, pour une fois, pourrait aider la cause des francophones, c\u2019est la commission scolaire qui met des bâtons dans les roues! Comme conclusion, nous continuerons à citer Marcel Pépin (La Presse, 29 mars, 1977): Quand le premier ministre William Davis vient raconter aux Québécois que son gouvernement est conscient de la dimension biculturelle du Canada et qu\u2019il agit en conséquence, il se moque de son auditoire.Personne en Ontario ne connaît mieux le dossier de l\u2019éducation que le premier ministre Davis qui, à titre de ministre de l\u2019éducation, dans le passé, a reçu des dizaines de mémoires des organismes franco-ontariens, réclamant non seulement des écoles françaises mais une vie française encouragée par l\u2019État.L\u2019Ontario, sous Davis comme sous ses prédécesseurs, a plutôt opté pour l\u2019anglicisation inévitable des Franco-Ontariens, ce qui s\u2019est effectivement produit. 218 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM.ADRESSE .Abonnement régulier (comprenant la cotisation de membre de l'IHAF)\t$20.00 Abonnement étudiant (avec pièce justificative \u2014 comprenant la cotisation de membre de l'IHAF)\t$10.00 Abonnement institutionnel (sans cotisation de membre)\t$20.00 Abonnement de soutien\t$40.00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Oué.H2V3R6 Tel.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public el parapublic \u2022\tLa réforme scolaire Des soirées publiques\t \u2022 chaque mois un débat\tsur un sujet d'actualité\t Abonnement\t 1 an (10 nos):\t12.50S à l'étranger:\t14.50S par avion\t20.00S Nom _\t Adresse\t \t \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Église \u2022\tLe travail à temps partiel 8100, St-Laurent, Montréal H2P 219\t(514)387-2541 7194 LA NATION ET LES SOCIÉTÉS NATIONALES 219 La Nation et les Sociétés nationales par LÉO GAGNÉ' Je me suis demandé: «Qu\u2019est-ce qu\u2019il reste dans ce \u2018Nationale', dans les S.S.J.B.d\u2019autrefois, transformées en Sociétés Nationales des Québécois?En quoi et pourquoi peut-on les qualifier de Nationales?Qu\u2019est-ce qui la différencie des autres associations ou organismes?Quels sont les devoirs qui s\u2019imposent à une Société qui se définie \u2018Nationale\u2019?» Je ne sais pas si mon propos peut apporter des réponses à toutes ces questions.Mais je sais qu\u2019elles méritent au moins d\u2019être posées, et pour cela même, elles méritent un effort de réflexion commune.La question nationale, j\u2019allais dire le combat national, mais cela est autre chose, est une question fort complexe qui englobe l\u2019ensemble du fonctionnement d\u2019une nation structurée.Dans tous ses aspects: politique justement, mais aussi économique et social, et culturel.Sans oublier l\u2019éducation.Et une Société qui s\u2019affirme Nationale doit en conséquence se préoccuper: \u2014\tdu politique, du statut politique de la Nation et de la santé politique, aussi bien que de la vie politique, relations entre les niveaux de gouvernements.\u2014\tde l\u2019économique, de l\u2019indépendance économique, de la vitalité économique de la Nation, des leviers économiques, des centres de décision, de développement.1.Exposé au Château Bonne Entente, à Québec, le 14 septembre 1984.\u2014\tdu social, du bien-être de la population, de la qualité de la vie, de l\u2019environnement; toutes valeurs sociales nouvelles qui méritent qu\u2019on s\u2019y intéresse, de la jeunesse et des problèmes angoissants qui la confrontent.et la place des femmes.\u2014\tdu culturel aussi, de l\u2019enracinement dans la culture 220 L\u2019ACTION NATIONALE populaire de la nation, des modes d\u2019expression nouveaux et plus proches de la jeunesse, de leur jonction avec les anciens modes d\u2019expression, du folklore, de la culture religieuse dans sa dimension patrimoniale, de la densité des arts d\u2019interprétation et la richesse des métiers d\u2019art, de la production intellectuelle et des métiers qui la sous-tendent: l\u2019imprimerie, la diffusion du livre, etc.\u2014 et j\u2019ajoute de l\u2019éducation, de la qualité de l\u2019enseignement, de son adaptation aux exigences de la cité technologique, aux valeurs nouvelles, la formation aux adultes, le recyclage et surtout, à la qualité de l\u2019enseignement du français, enseignement qui reste à la base de tout apprentissage, même de la maîtrise de l\u2019ordinateur.Que voilà, direz-vous, un éventail de préoccupations et d\u2019objets qui risquent de vous essouffler en tant que dirigeants d\u2019une Société Nationale! En effet! En conséquence, les choix s\u2019imposent à votre réflexion.C\u2019est le sujet même de notre rencontre de fin de semaine.Que choisirez-vous?Quoi choisir?Devant l\u2019ampleur de ces choix, on reste perplexe.On ne peut tout faire, et surtout on ne peut faire tout en même temps.Aussi, essayons de décortiquer les questions, de les sérier.Si on me demande: à quel ordre de problèmes faut-il d\u2019abord s\u2019attaquer?Je répondrais spontanément: à tous! Oui à tous, mais pas avec la même importance et pas de la même façon dans tous les cas.Je n\u2019entreprendrai pas de faire un bilan de l\u2019état actuel du Québec.Je me contenterai d\u2019en tracer, assez grossièrement d\u2019ailleurs, les grandes lignes.En tête de liste, parlons de politique, avec un grand P, de grande politique.Où en sommes-nous présentement?Nous sortons d\u2019une longue et pénible période d\u2019affrontements entre les pouvoirs fédéral et québécois.L\u2019arrogance du gouvernement Trudeau qui jouissait d\u2019une option majoritaire \u2014 inconditionnelle, tribale (disait-il) au Québec, a tenu en échec toutes les aspirations les plus légitimes des gouvernements québécois, et LA NATION ET LES SOCIÉTÉS NATIONALES 221 qui ont leur enracinement dans l\u2019histoire politique des dernières décennies, réduisant le Québec au statut d\u2019une province comme les autres, d\u2019un grand gouvernement local.Avec acharnement et hargne manifeste à l\u2019endroit du nationalisme québécois, tout a été mis en oeuvre pour contrer les projets collectifs du Québec.Nos politiciens fédéraux ont même poussé l\u2019effronterie jusqu\u2019à prétendre qu\u2019ils incarnaient, eux seuls, la légitimité québécoise après le référendum.Cette lutte a été dure et coriace, avec le résultat que sur le plan constitutionnel et politique, le Québec en sort affaibli et sa population profondément divisée.J\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019écrire à la suite de la démission de Pierre Trudeau, que le French Power était un accident historique, une erreur de l\u2019histoire récente du Canada.Le French Power n\u2019est pas tellement le résultat de la volonté des Québécois, qui n\u2019en savaient pas trop rien de toute façon, à l\u2019origine, mais le fait de la grande peur des Canadians, c\u2019est-à-dire des Anglo-Canadiens.Une situation anormale, contre nature, qui ne pouvait durer encore longtemps, ce qui est plus important, qui ne pourra jamais se répéter, quand bien même tous les francophones le voudraient expressément, de toutes leurs forces.Donc les circonstances ont changé depuis lors.Il y a eu le 4 septembre.Mais ne nous méprenons pas.Quels que soient les porte-paroles fédéraux à Ottawa, ils continueront les politiques centralisatrices inscrites au cœur même du régime fédératif canadien.C\u2019est une tendance qui ne s\u2019est jamais démentie depuis le rapport Rowell-Sirois des années 40.Nous sommes en quelque sorte dans une situation en porte-à-faux.D\u2019une part, nous élisons à Québec des députés pour servir les intérêts les meilleurs des Québécois, pour que le Québec soit un instrument au service de la promotion des intérêts collectifs et du bien-commun, un outil d\u2019affirmation, d\u2019épanouissement et d\u2019émancipation.D\u2019autre part, nous déléguons à Ottawa, souvent aveuglément, des députés qui sacrifient à l\u2019esprit de parti et à la solidarité partisane, qui endossent des politiques centralisatrices et interventionnistes, qui desservent les intérêts du Québec sous prétexte de servir les intérêts de tout le pays.C\u2019est 222 L\u2019ACTION NATIONALE ainsi qu\u2019on aboutit à un rapatriement unilatéral, à des politiques d\u2019uniformisation des minorités, à des appuis en Cour suprême aux contestations de la Charte de la langue française.Tout cela frise l\u2019imposture, sûrement l\u2019indécence politique.Au Québec, qu\u2019en est-il?Il y a en place un gouvernement indépendantiste, dont la volonté est chancelante.On y manque de fermeté politique et, disons-le, de clairvoyance.Du côté de la relève, on ne peut que rester perplexe.Le parti libéral est inféodé \u2014 un peu malgré lui \u2014 à la collectivité anglophone, farouchement opposée à l\u2019émancipation du Québec, qui a tenu en échec les politiques linguistiques, en faveur du français.Situation affligeante en réalité sur le plan intérieur québécois! Nous sortons à peine d\u2019une grave crise économique qui a ébranlé les assises de notre société, qui en a compromis non seulement la prospérité (arrogante en quelque sorte) des années 60 et 70, mais qui a stoppé dangereusement le développement du Québec.Je n\u2019ai pas l\u2019intention de traiter de tous ces maux qui ont nom: récession, inflation, taux d\u2019intérêts élevés, chômage et pauvreté.Tout cela se traduit par la misère d\u2019un grand nombre de nos compatriotes.La jeunesse, on le sait, est durement frappée par cette crise multiforme qui persiste.Pour en sortir, les gouvernements proposent des palliatifs, des solutions à court terme, sinon à courte vue.Il est de la première importance que nous fassions tous ensemble un effort de réflexion pour asseoir notre économie sur des bases solides, populaires, qui fassent appel au génie créatif des Québécois.Déjà la coopération nous a donné des éléments de réponses.Mais nous n\u2019en sommes qu\u2019à l\u2019ABC de cette formule de prise en charge de nos moyens de développement.Au point de vue culturel, la société québécoise, vous le savez, est une société en très profonde mutation.Nous vivons un changement qui se traduit par un déplacement de valeurs.Le Québec constitue une société ouverte et perméable, fragile en quelque sorte, influençable par toutes les modes nouvelles, même les plus farfelues, et les grands courants de pensée qui viennent d\u2019ailleurs, surtout du sud des États-Unis, et plus particulièrement, de l\u2019Ouest américain. LA NATION ET LES SOCIÉTÉS NATIONALES 223 Notre jeunesse consomme avidement les produits culturels américains.Elle s\u2019agglutine dans les stades et les parcs pour acclamer ses idoles venus d\u2019ailleurs, elle consacre de longues heures à l\u2019écoute de la télé américaine, ou encore, de la musique à la radio.La lutte pour assurer la sécurité culturelle des Québécois entreprise il y a vingt ans par les S.S.J.B., en faveur du français, seule langue officielle du Québec, a été endossée par le gouvernement qui, après la Loi 22, a adopté la Charte de la langue française.On sait que depuis son adoption, cette législation, pourtant saine et nécessaire, a été attaquée de toutes parts, d\u2019abord par les porte-parole de la collectivité anglophone, et en premier lieu par The Gazette et CJAD, qui ont livré un combat d\u2019arrière-garde sous les prétextes les plus fallacieux.Ils ont été endossés par des citoyens irréductibles qui ont intenté des procès à la Charte.Mais le scandale vient des milliers de francophones avec à leur tête des députés fédéraux séniles et félons, et des ministres qui ont décrié la Charte comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une oppression à l\u2019endroit de «pauvres et malheureux anglophones» oubliés au Québec, sur une terre inhospitalière.On a réussi à réveiller de vieilles bibites chez les Québécois et à leur donner mauvaise conscience.Cela s\u2019est reflété dans la presse de langue française et chez de nombreux faiseurs d\u2019opinions de tous les milieux, et surtout du monde des affaires, qui n\u2019ont eu de cesse d\u2019estoquer cette loi pourtant salvatrice, jusqu\u2019à ce que des jugements de cour, à répétition, l\u2019aient charcutée et vidée de sa substance même.Aujourd\u2019hui, la lutte est à reprendre sur une autre base.Il faudra y réfléchir, trouver des moyens de réaffirmer la prédominance du français, de lui assurer la place qui lui revient de droit, la première, et je dirais, sans partage.Au plan social, la société québécoise est aussi en mutation.Les vieilles valeurs qui ont fait la force et la stabilité du peuple québécois ont sauté.Je n\u2019en ferai pas le bilan.Vous connaissez la situation tout aussi bien que moi, pour la vivre tous les jours.S\u2019il y a des facteurs négatifs, il faut aussi tenir compte des aspects positifs: la scolarisation plus poussée, les rôles de plus en plus nombreux assumés par les femmes dans tous les secteurs de 224 L\u2019ACTION NATIONALE la vie communautaire, les politiques de bien-être qui assurent une vie décente aux gens du troisième âge, etc.Voilà un tableau bien sommaire de l\u2019état de la nation pour orienter notre discussion.N\u2019attendez pas de moi que je vous apporte des solutions toutes faites.Dans l\u2019état actuel du Québec et des francophones, il n\u2019y a pas de solutions miracles, de remèdes à tous nos maux.Il faut prendre les problèmes un à un et leur accorder toute 1 attention qu\u2019ils méritent.C\u2019est à vous de le faire en votre qualité de dirigeants d\u2019une Société Nationale.Mais cela m\u2019amène à poser la question: Les Sociétés Nationales ont-elles encore un rôle à jouer aujourd\u2019hui dans ce Québec profondément transformé?Si oui, quel rôle peuvent-elles tenir?Disons d\u2019abord, et je l\u2019ai souvent répété, les Sociétés Nationales, en cela même qu\u2019elles sont et se déclarent nationales, n\u2019existent pas pour elles-mêmes.Elles ne sont pas là pour accumuler des richesses, (bien qu\u2019il faille avoir les moyens de son action) ni pour sauvegarder des intérêts de classe, de clans, de professions.Elles sont, et c\u2019est là leur unique raison d\u2019être et la justification de toutes leurs actions.Elles sont au service de la NATION, dans sa totalité.Elles existent pour servir la collectivité toute entière.Elles doivent épouser les aspirations les plus profondes, les plus permanentes de la nation et mettre toutes ses forces vives à leur service.Elles doivent identifier, dans le contexte nouveau du Québec et du Canada français, les intérêts supérieurs des francophones et, les ayant reconnus, organiser et mener les luttes pour que ses intérêts collectifs soient respectés.Pour s\u2019acquitter de cette responsabilité, elles doivent se donner des moyens pour agir.Et ces moyens tiennent à leur rôle.Un rôle d\u2019interprète: Les Sociétés, en cela même qu\u2019elles sont vouées aux intérêts supérieurs de la Nation, ont un rôle d\u2019interprète de ces intérêts LA NATION ET LES SOCIÉTÉS NATIONALES 225 collectifs auprès de la population et des gouvernements de tous les palliers.Ce rôle lui impose cependant le devoir d\u2019indépendance face aux partis politiques et aux gouvernements.Il faut se garder les coudées franches pour parler nettement et être crédible.Interpréter, oui! S\u2019inféoder, non! Un rôle de rassembleur: Les Sociétés doivent s\u2019ouvrir à toutes les familles et tendances politiques, et rassembler toutes les bonnes volontés qui acceptent le dénominateur commun de travailler à la promotion des intérêts collectifs du Québec et des Québécois, et du Canada français et des francophones.Il ne faut pas se contenter des renouvellements de cotisations des membres du Service d\u2019entraide et d\u2019assurance.Il faut susciter l\u2019adhésion du plus grand nombre de gens possible, certes, mais il faut aussi aller chercher des personnalités capables d\u2019apporter leur connaissance et leurs talents à la cause nationale.La Société a le devoir de se renseigner, de recueillir toute l\u2019information possible relative aux grands dossiers de la Nation, politique, économique, social, etc.Pour cela, il faut se donner les moyens de faire des enquêtes et des analyses de situation, susciter des études bien documentées et, au besoin, se payer des recherches sérieuses.Évidemment, toutes ces formes d\u2019étude et d\u2019enquête doivent être évaluées avant de les entreprendre, si on ne veut pas y engloutir, pour des résultats futiles, des énergies indispensables à la vie des Sociétés et des ressources financières.Un rôle d\u2019éclaireur: La Société doit constamment être préoccupée par la nécessité d\u2019informer ses membres d\u2019abord, sa population locale et tous les compatriotes, des enjeux en cause et des avenues de solution.Il lui faut donc se doter des moyens de faire connaître le contenu de ses grands dossiers, de diffuser ses analyses et ses prises de position.Enfin, et je voudrais terminer là-dessus, les Sociétés Natio- 226 L\u2019ACTION NATIONALE nales ont un nécessaire rôle de solidarité.Un devoir de solidarité et de cohésion entre elles.Rien n\u2019est plus attristant, à ce moment-ci de l\u2019évolution du Québec, que la division et la suspicion qui régnent entre les Sociétés Nationales.Comment peuvent-elles prétendre rassembler les forces vives de la Nation, de leur population respective, lorsqu\u2019elles ne sont pas capables de solidarité (et de respect.)?Comment cette absence de cohésion dans les Sociétés peut-elle s\u2019expliquer, sinon parce qu\u2019on a perdu de vue les intérêts supérieurs de la Nation?Ce devoir de solidarité doit aussi trouver son application dans l\u2019agir collectif.Des moyens pour agir: L\u2019agir collectif: les Sociétés d\u2019État \u2014 les institutions.Appuyer tout ce qui peut faciliter l\u2019action de la Société.Se donner, si possible, un journal de combat.La responsabilité commune de tous les dirigeants des Sociétés Nationales est d\u2019être des éclaireurs de leur collectivité locale, régionale et nationale; des porteurs d\u2019idées salvatrices en ces temps particulièrement difficiles pour le Québec et le Canada français. LA GUERRE DES ÉCOLES PRIVÉES EN FRANCE 227 La guerre des écoles privées en France par GÉRARD CLÉMENT, professeur Depuis plus de deux ans, le parti socialiste dont M.Mitterrand est le Président et M.Pierre Maurois, le premier ministre dirige la France.Dans son programme électoral, il y avait, entre autres propositions: l\u2019étatisation des écoles privées pour les remplacer par des écoles neutres et gratuites, dont les professeurs deviendraient des employés de l\u2019État.À la mi-janvier, le gouvernement présenta à la Chambre des députés un projet de loi dans ce sens.C\u2019était jeter le feu aux poudres dans un secteur vital pour les catholiques, dont la population alimente 97% des écoles libres (privées).Aussi les parents ne tardèrent pas à s\u2019organiser, afin de protester en masse.Le Comité national de l\u2019enseignement catholique prit la direction de ce vaste mouvement contre la loi-guillotine de l\u2019enseignement privé.Il en résulta des rassemblements régionaux monstres destinés à faire pression pour que le gouvernement retire sa loi.22 janv.80 000 personnes à Bordeaux; 29janv.150 000 personnes à Lyon; 18 janv.350 000 personnes à Lille; 4 mars 800 000 personnes à Versailles (1ère manifestation); 17 mars 1 500 000 personnes à Versailles (2e manifestation).Les journaux firent largement état de ce mouvement de protestation et en firent des commentaires élogieux.En voici quelques extraits: «Aucune cause de mémoire de République n\u2019a soulevé, en si peu de temps, une telle masse de manifestants.Les grandes pompes du Panthéon, en mai 1981, font petite figure en regard de ce déferlement populaire.» (Robert Masson, La France Catholique) 228 L\u2019ACTION NATIONALE «À Rennes, c\u2019était, dans les rues, un formidable rassemblement pour la liberté qui a dépassé toutes les espérances: 350 000 personnes: une véritable marée humaine rappelant celle de l\u2019Apocalypse dont l\u2019auteur nous dit que nul ne pouvait la compter.» L\u2019organisation avait concentré 14 trains spéciaux, 3 000 autocars, sans compter les milliers d\u2019automobiles et autres moyens de locomotion de toutes sortes.Sept évêques étaient présents, dont le cardinal Gouyon.Celui-ci prit la parole: «Nous avons attendu l\u2019heure où le péril deviendrait assez pesant pour jeter le poids de notre autorité morale au service de l\u2019école libre menacée.Aujourd\u2019hui, nous sommes là avec vous et nous resterons à vos côtés jusqu\u2019au bout.Vous pouvez compter sur notre total appui.Il faut que vous le sachiez».(Antoine de Fabrèques, La France Catholique.) Comme la Chambre législative ne bougeait pas, surtout les socialistes, le Comité national de l\u2019enseignement catholique décida de frapper un grand coup.Le 17 mars, environ 1 500 000 personnes venant de tous les coins de la France convergèrent vers Paris.Les Parisiens en eurent plein les yeux de voir défiler 10 ou 12 personnes à la fois, en rangs serrés, en direction de Versailles.Il y avait même un char allégorique qui représentait une école libre que l\u2019on plaça dans un lieu élevé, afin que tout le monde la voie; on pouvait aussi remarquer des banderoles et des pancartes.Les autres rassemblements furent monstres; celui de Paris, le deuxième, fut spectaculaire.Ce coup de bélier ébranla le gouvernement, sans le faire céder.Il y eut, en Chambre, d\u2019âpres débats où fut discuté le projet de loi.Le Président du Conseil, M.Pierre Roy, ne voyant pas d\u2019issue à son projet qui allait diviser la France, se rendit au château de l\u2019Élysée, résidence du Président de la République, et donna sa démission.Comme, en France, c\u2019est le Président qui nomme les premiers ministres, M.Mitterrand chargea un de ses amis, M.Laurent Fabius, de constituer un autre cabinet.Les quatre ministres communistes démissionnèrent.Ce qui est un gain du point de vue catholique.Le Chef de l\u2019État, d\u2019accord avec Laurent Fabius, eut recours à un subterfuge pour atteindre le même but: la suppression des écoles libres et leur étatisation.Ils décidèrent de faire LA GUERRE DES ÉCOLES PRIVÉES EN FRANCE\t229 voter la tenue d\u2019un référendum sur la même loi, référendum qui dispenserait ensuite les députés de voter sur cette question.Or, pour tenir un référendum qui entrave les droits et libertés des citoyens, il faut le consentement des deux Chambres.Malgré l\u2019opposition du chef de la droite M.Jacques Chirac, et de ses alliés, la loi fut adoptée sur division, les socialistes ayant la majorité.Le sénat, à l\u2019unanimité ou presque, vota contre le principe de la loi sur le référendum, de sorte que la loi fut battue.Le mardi 17 avril 1974, le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, devant la foule innombrable réunie à Versailles, déclarait: «À la veille de graves décisions, et comme le Comité national de l\u2019enseignement catholique, je dis NON à un processus de fonctionnarisme qui mettrait en péril l\u2019identité de l\u2019école catholique.11 serait trop grave pour la nation tout entière que cette requête ne soit pas prise en considération.» Voici où on en est, en France, à la veille d\u2019une nouvelle année scolaire.Grâce à la résistance organisée des catholiques, le premier projet de loi contre les écoles privées est tombé, entraînant dans sa chute un premier ministre et son Conseil.Le 2e projet a été battu au Sénat et les socialistes en sortent affaiblis.Me GUY BERTRAND, Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois et Mignault, avocats, Place d'Iberville 1, 1195 avenue Lavigerie, no 200, Sainte-Foy \u2014 G1V4N3 LAINE PAUL GRENIER ENR.\t\tDr JEAN-CHARLES CLAVEAU Spécialité laine du Québec\t\tClinique de pédiatrie 2301 est, rue Fleury\t\tChicoutimi Montréal H2B 1K8\t\t 388-9154\t\tQuébec 230 L\u2019ACTION NATIONALE La messe dominicale à Saint-Pascal Le 11 mars, nous avons constaté qu\u2019aux messes du dimanche, 1 260 personnes sont venues.Il n\u2019y avait aucune activité spéciale, c\u2019était un beau dimanche.Nous sommes maintenant assurés qu\u2019aux dimanches, il y a entre 1 200 et 1 400 personnes qui viennent à l\u2019église.Nous sommes 3 700 chrétiens dont 500 ne viennent pas parce qu\u2019ils ont entre 0 et 7 ans, 200 vont aux deux Messes de la Villa (pensionnaires, gens du H.L.M., travaillants, etc.), admettons que 300 sont malades, ont la garde d\u2019enfants ou ne peuvent venir.Il reste donc 2 700 paroissiens susceptibles de participer à la Messe du dimanche, c\u2019est donc dire que notre taux de participation se situe entre 40 et 50%.Nous avions l\u2019intuition d\u2019environ 50 à 60%, nous étions donc dans l\u2019erreur de 10 à 15%.Une communauté chrétienne dont plus de la moitié de ses membres ne va plus à l\u2019église est dans un état de maladie inquiétante, car c\u2019est l\u2019Église qui fait l\u2019Eucharistie et c\u2019est l\u2019Eucharistie qui fait l\u2019Église.Quand on ne célèbre plus l\u2019Eucharistie, la foi s\u2019affaiblit dangereusement.Si on ne participe plus à l\u2019Eucharistie, la fidélité (toutes les fidélités) se disloque.C\u2019est autour de l\u2019Eucharistie du dimanche qu\u2019on participe aux œuvres du Tiers-Monde, au partage avec tous les sinistrés de notre milieu, au partage avec l\u2019Église locale, l\u2019Église diocésaine, l\u2019Église universelle.Si nous avions 90% de nos chrétiens qui venaient à l\u2019Église, nos partages seraient très différents, ils reposent maintenant sur seulement 40% de la population.C\u2019est non seulement la foi et la charité qui sont en perte de vitesse, mais c\u2019est aussi l\u2019espérance.Dans 20 ans, les chrétiens de St-Pascal devront recommencer à faire du porte à porte pour évangéliser ceux qui ne le sont plus et qui ne croient plus au Dieu de Jésus-Christ. L\u2019ACTION NATIONALE 231 LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre\tPrix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF Synthèse de nationalisme canadien-français de 1917 à 1963.260 pages $2 LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on a fêté le centenaire de sa naissance Seul volume sur sa vie et son travail Études de Angers.Arès, Allen, Barbeau, Brunet, Blais.Frégeault, Lacroix, Rémillard, Dionne, Tétreault, Genest 1968, 288 pp.$5.Volume indispensable et très actuel Must TOUTE LA PENSÉE DE BOURASSA SUR LE SÉPARATISME! Lettres et textes de Bourassa sur le séparatisme Angers et Nish.158 pages.$2 Pour travail historique.LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, Brunet, Filion, Laporte, Laurendeau, P -E Trudeau, 1957,135 pages, $2.LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers, Arès, Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacq.-Yvan Morin 1972 148 pages, $2 ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès.Gagnon, Létourneau, Harvey, etc.188 pages, 1976, $5 00 Illustré LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme 1976,160 pages, $3.00 LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS 3 vols dont celui de février 1968 est épuisé) I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov -déc.1967.275 pages, $3.00.II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin, 1969, 640 pages, $7 00 LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS, par Angers, Arès.Beaupré, Castonguay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud, 1975,172 pages, $2.00.L\u2019ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent.Enquête sur le problème national des Québécois francophones.1962,180 pages, $2 POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DÉFINITIVEMENT FRANÇAIS, par Angers.DOCUMENT majeur sur la langue au Québec 1977, $2.LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole.Avril 1977.104 pages.$2.00.AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE.Où en est l'Acadie?Et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur leur futur La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle Nov.-déc 1977 180 pages $3.00 L\u2019ACADIE AUX ACADIENS 180 p $3 00 LE RÉFÉRENDUM, juin 1979, 22 p $6 John Grube: BÂTISSEUR DE PAYS, 1981.250 p $12 F -A Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS, 280 p $5 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, H2X 1X3 232 L\u2019ACTION NATIONALE Promotion industrielle à Richmond par LOUISE PEARSON (de Sherbrooke) La crise économique des années 1980 se fait ressentir fortement au niveau des petites villes.Richmond n\u2019échappe pas à la règle.Lorsque la majorité de la population ouvrière se concentre dans 2 ou 3 usines, la fermeture d\u2019une entreprise laisse un grand vide difficile à combler.En 1981-1982, deux importantes inondations ravagent le centre-ville et une usine ferme ses portes.Le taux de chômage est alors estimé à 30%.Face à cette situation, quelques personnes de Richmond se rassemblent, afin de trouver des solutions concrètes et rapides.C\u2019est ainsi que s\u2019est formé le Comité de promotion industrielle de la zone de Richmond Inc (C.P.I.R.) Ce comité regroupe des personnes qui se préoccupent d\u2019économie et d\u2019affaires; personnes de tous âges, de toutes les tendances politiques, qui ne sont pas nécessairement des gens d\u2019affaires.Ces personnes sont réunies par un objectif commun, celui de sauver la communauté de Richmond.Pour ce faire, le comité définit plus précisément son objectif comme étant de «renverser le vent de pessimisme qui règne à Richmond, créer un climat d\u2019accueil aux entrepreneurs, mettre en lumière nos forces, valoriser les entreprises-moteurs du milieu, et se doter d\u2019outils modernes de stimulation de l\u2019emploi.» À partir de cet objectif, le Comité a entrepris et mis à terme plusieurs projets: \u2014\tcréation d\u2019une usine de moulage de plastique; \u2014\tcréation d\u2019un commissariat industriel; \u2014 D.E.P.A.R.T.(Motel industriel); \u2014\trevitalisation du centre-ville; \u2014\torganisation de la semaine industrielle; \u2014\tsupervision de différentes recherches relatives au secteur commercial.Le C.P.I.R.a été officiellement créé le 30 septembre 1981, à PROMOTION INDUSTRIELLE A RICHMOND\t233 la suite des problèmes économiques mentionnés plus haut.Toute personne adulte désireuse de participer à l\u2019amélioration de la communauté peut devenir membre de cet organisme et tous les membres peuvent participer aux activités par la voie du conseil d\u2019administration.Il y a présentement 93 membres, qui se répartissent ainsi: \u2014\t22 au C.A.général et ses comités; \u2014\t9 au C.A.du Motel industriel; \u2014\t62 au Comité D.E.P.A.R.T.Le Comité de promotion industrielle de la zone de Richmond désire un changement des mentalités de la population, de façon à créer un contexte plus propice au développement économique.Il a même présenté sa candidature au Prix Desjardins, 1984.Les Plastiques Richmond Inc.Préoccupé par le taux élevé de chômage régnant dans la ville, le C.P.I.R.a créé le projet Les Plastiques Richmond Inc., qui est une usine de transformation de plastiques-amiante.Grâce à des études et des subventions, on a démontré la possibilité de fabriquer des roulettes industrielles en plastique phénolique renforcé de résidus d\u2019amiante.Les Plastiques Richmond Inc.est une usine de type communautaire où le personnel détient la propriété.Les travailleurs ont été recrutés dans la catégorie des chômeurs de 18 à 30 ans.Ce sont les employés qui forment le Conseil d\u2019administration et demeurent ainsi les seuls propriétaires avec le C.P.I.R.représenté par deux délégués au Conseil.L\u2019entreprise est en opération depuis un an, 11 emplois ont été créés et l\u2019avenir est envisagé avec optimisme.Le Commissariat Industriel Le Commissariat Industriel est un organisme autonome qui a pour objectif de susciter et d\u2019accélérer la connaissance et le développement économique de son territoire par la consolidation, l\u2019expansion et l\u2019implantation d\u2019entreprises.Le Commissariat regroupe les municipalités de Windsor, Bromptonville et Richmond.Il a été financé par onze munici- 234 L\u2019ACTION NATIONALE palités environnantes et par le gouvernement provincial qui participe à ce projet pour un montant de 60 000$.Ce Commissariat fonctionne depuis un an.D.E.P.A.R.T.et le complexe industriel Il y a 2 ans, quelques personnes se sont réunies pour faire la synthèse de la situation économique de la région1.«La zone de Richmond ira en se dégradant si elle ne fait pas bientôt quelque chose pour stimuler son économie.» Tel est le commentaire qui ressort de cette réunion.À partir de cela, on cherche des solutions concrètes, d\u2019où l\u2019idée de lancer un défi à la population de Richmond: le Motel industriel.On créa donc le comité en charge de ce projet: il portera le nom de D.E.P.A.R.T.(Développement .Économique pour et avec les Résidents du Territoire).Ce comité sensibilise la population à l\u2019importance d\u2019investir directement dans la création d\u2019emplois permanents.Le Motel industriel consiste en un édifice physique où des gens pourraient louer un espace afin de réaliser des projets de fabrication.Ce Motel offre aux personnes qui ont des projets la possibilité de démarrer leur propre entreprise et à ceux qui sont déjà en affaires il offre la possibilité d\u2019élargir leurs activités sans pour autant augmenter leur dépense en immobilisation.Le Motel industriel est situé dans le Parc industriel de Richmond et pourra loger 3 ou 4 entreprises.De nombreux avantages découlent de ce projet, notamment la possibilité d\u2019obtenir des subventions gouvernementales et de proposer aux entreprises désireuses de s\u2019implanter chez nous un prix de location de beaucoup inférieur à la moyenne régionale.Le complexe industriel offre également des aménagements physiques facilement adaptables à n\u2019importe quel genre de production, et il peut être agrandi à tout moment, pour permettre l\u2019expansion industrielle.La gestion du Motel industriel est confiée à une corporation sans but lucratif et on réinvestira les profits à la création d\u2019emploi.En juin 1983, on assiste au lancement de la campagne de souscription volontaire avec comme objectif 100 000$ pour la 1.Étincelle, 7 juin 83. PROMOTION INDUSTRIELLE À RICHMOND\t235 construction du Motel industriel.Grâce à 62 bénévoles et à la participation de la population et des entreprises, on atteint les 3/4 de l\u2019objectif visé en 6 mois, soit 70 000$.Somme considérable, si on considère que Richmond a une population active de 3 800 habitants.En plus de cet argent, D.E.P.A.R.T.a reçu une subvention de 140 000$ de l\u2019Office de planification et de développement du Québec.La balance des coûts sera financée par une hypothèque prise sur la bâtisse.Aussi, après de nombreuses négociations, la ville de Richmond offre 2 000$ et un terrain pour la construction du motel.Les points caractéristiques de ce projet est son originalité et son caractère innovateur.C\u2019est un projet organisé et financé par la population et c\u2019est elle qui en bénéficiera.En effet, entre 30 et 40 emplois seront directement créés par ce projet.Le C.P.I.R.étudie présentement la possibilité d\u2019agrandir le Motel et d\u2019ajouter une annexe, afin que chaque locataire puisse bénéficier de services communs, tels secrétariat, photocopies, salles de conférences, micro-ordinateurs, etc.Le centre-ville de Richmond Deux inondations importantes ont frappé le centre-ville en 1982: 84 places d\u2019affaires sont touchées, 250 personnes demandent de l\u2019aide.Étant donné la gravité de la situation, le C.P.I.R.convoque tous les sinistrés à une assemblée.La question: «Vaudrait-il mieux sauver le centre-ville en effectuant des travaux pour le protéger et le rénover ou le relocaliser à un endroit où les eaux ne pourront l\u2019atteindre?» Il est à noter que le centre-ville procure 300 emplois à plein temps et 109 à temps partiel.Suite à ces constatations, le C.P.I.R.organisa des revendications et manifestations auprès des autorités provinciales et fédérales et a ainsi obtenu un projet de construction d\u2019une digue protectrice le long de la rivière (coût 4 500 000$).On a également effectué des sondages pour connaître l\u2019opinion des gens d\u2019affaires, des commerçants et des consommateurs.La première solution a été retenue, et on prépare présentement des projets d\u2019aménagement de la rue principale et de rénovations de commerces et logements. 236 La semaine de l\u2019industrie Pour une deuxième année consécutive, le C.P.I.R.a organisé une semaine industrielle.Celle-ci a eu lieu du 23 au 29 octobre 1983.Les objectifs de cette semaine: \u2014\tmontrer aux industriels que la population est présente et intéressée à participer à cette activité; \u2014\tdémontrer aux futurs industriels de la région qu\u2019il y a dynamisme économique souvent peu connu; \u2014\téduquer la population et la sensibiliser à l\u2019esprit innovateur que possèdent les industriels de la région; \u2014\tfaire connaître aux industriels la disponibilité et la qualité de la main-d\u2019œuvre locale.Cette semaine a débuté par un colloque qui avait pour thème Gérer pour une meilleure relance.Par la suite, la population était invitée à visiter quatre entreprises de la ville soit: Scierie Melbourne, Thermo 2 000 Inc., Camoplast Inc., Créations Noryla Inc.Deux cents personnes y participèrent.La Semaine de l\u2019industrie a été organisée par des bénévoles et financée par les entreprises manufacturières de la région.Après l\u2019étude des dossiers et la rencontre des dirigeants du C.P.I.R., on se rend compte de l\u2019importance de l\u2019implication des gens de la place pour la reconstitution de notre économie.Les affaires allant mal, la tendance est de blâmer tout le monde et en particulier l\u2019État.On n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même est un proverbe qui devrait inspirer un grand nombre d\u2019entre nous.Lorsque certains s\u2019impliquent, comme c\u2019est le cas avec le C.P.I.R., de nombreux commentaires se font entendre, tout le monde a son mot à dire, mais personne ne vient en aide.Les nombreuses contraintes ont retardé de beaucoup l\u2019exécution des projets.Si on prend le Motel industriel, par exemple, on a commencé la construction officielle le 23 décembre 1983, soit presque trois ans après la définition du projet.On prévoit qu\u2019au 1er mars 84 tout sera prêt.Le manque d\u2019enthousiasme de la population face à ce projet est une des raisons de ce retard; le refus de la municipalité d\u2019aider financièrement, le manque de bénévoles et de ressources financières s\u2019y ajoutent.Néanmoins, PROMOTION INDUSTRIELLE À RICHMOND\t237 le projet se réalisera, puisque la presque totalité des locaux sont déjà loués.La revitalisation du centre-ville est un autre projet contre-versé parmi la population.On ne partage pas tous les mêmes sentiments envers la rue principale.Pour certains le centre-ville agit à titre de dépanneur, car ces gens vont faire leurs achats à l\u2019extérieur.On se plaint des prix trop élevés et du manque de marchandises, donc on se dirige vers Sherbrooke ou Drum-mondville.En ce qui concerne ceux qui s\u2019intéressent au sort du centre-ville (les consommateurs réguliers, des marchands, des gens d\u2019affaires ou simplement des personnes qui y habitent), ils ne sont pas tous d\u2019accord avec la solution retenue: celle de rénover et protéger le centre-ville au lieu de le changer d\u2019endroit.Il y a aussi le fait que la municipalité devra emprunter (des millions) pour la réalisation de ce projet et ainsi les citoyens verront leurs comptes de taxe augmenter.Pourtant, on se doit de reconstituer le centre-ville, car on a besoin d\u2019un centre-ville dynamique pour le développement industriel.Un autre phénomène ressort de cette recherche: peu de jeunes s\u2019intéressent au sort de leur ville natale.C\u2019est pourtant sur eux que repose l\u2019avenir de Richmond et on n\u2019en retrouve que quelques-uns dans les comités.Que l\u2019on parle au niveau économique ou culturel, on entend la même remarque: «Il n\u2019y a rien à faire.» C\u2019est pourquoi la majorité des jeunes s\u2019empresse d\u2019aller vers les grandes villes, alors que les autres attendent.Le Comité industriel de la zone de Richmond est le meilleur moyen pour réveiller la population.Ce Comité a fait preuve de beaucoup de détermination, car il est extrêmement difficile d\u2019implanter un mécanisme de sauvegarde dans une population à demi endormie.Leurs différentes activités et projets ont fait en sorte que les citoyens ont dû y participer, donc prendre conscience du problème.L\u2019implantation d\u2019une nouvelle usine et D.E.P.A.R.T.ont permis la création d\u2019un bon nombre d\u2019emplois; il est certain que cela n\u2019a pas créé de miracles, comme certains l\u2019espéraient, mais 238 L\u2019ACTION NATIONALE cela reste quand même un très bon début.Le C.P.I.R.a été l\u2019objet de nombreuses critiques ces dernières années, certaines à tort, d\u2019autres à raison, mais il demeure néanmoins le seul espoir, actuellement.Un seul groupe de personnes ne peut régler tous les problèmes, c\u2019est pourquoi on devrait à l\u2019avenir s\u2019inspirer d\u2019un tel Comité pour reprendre en main nos affaires.Il est grandement temps de s\u2019en préoccuper, avant que Richmond ne devienne une ville fantôme. L\u2019ACTION NATIONALE 239 LECTEURS ET LECTRICES RENOUVELEZ VOTRE ABONNEMENT ET TROUVEZ-NOUS D\u2019AUTRES AMIS 240 L\u2019ACTION NATIONALE Le rêve raciste de Lord Durham ne passe pas! par RENÉ BLANCHARD, directeur de la SNQ-Centre du Québec Les anglophones du Québec, tout comme ceux du Canada, veulent croire que le référendum du 20 mai 1981, au Québec, a réglé définitivement le sort du nationalisme québécois et consacré la thèse de Pierre Elliot-Trudeau, selon laquelle le Canada est enfin un pays unifié, centralisé, officiellement de langue anglaise, même si, au Québec et dans quelques institutions fédérales, il faut encore accepter un bilinguisme stratégique.Nous serions donc à une époque post-nationaliste québécoise et assisterions à la consolidation du nationalisme canadien! Il n\u2019y aurait plus au Québec qu\u2019une bourgeoisie intellectuelle, d\u2019ailleurs de plus en plus mal en point, pour entretenir l\u2019illusion péquiste! 11 faut donc, en bonne stratégie, profiter de la situation économique actuelle pour discréditer définitivement ces universitaires attardés, et redonner le pouvoir à une bourgeoisie d\u2019affaires déjà fédéraliste, docile exécutante! La paix, la tranquillité, si appréciées il y a quelques décennies, seront ainsi rétablies au Canada! Ainsi donc, le Québec, après avoir évacué sa fièvre nationaliste et sa révolution tranquille, redeviendra province comme les autres.On lui redonnera ses pouvoirs traditionnels: contribuer aux grandes affaires canadiennes et seconder le gouvernement central et les autres gouvernements régionaux.À la condition toutefois que ses leaders soient d\u2019accord avec les structures gouvernementales, les programmes et les politiques qui conviennent à la majorité canadienne.Ce qui comporte évidemment la disparition du gouvernement péquiste, la renonciation, par les leaders québécois, à des prétentions de véto, à des concepts d\u2019autodétermination et d\u2019État national! Cette vue simpliste est révélatrice.Elle prouve qu\u2019on n\u2019a jamais cessé de croire, en milieux anglophones «avertis», que le nationalisme québécois était l\u2019ennemi à abattre au Canada.On LE RÊVE DE LORD DURHAM NE PASSE PAS\t241 se réjouit que cet élan séditieux se résorbe enfin comme une mauvaise grippe.On retiendra surtout de Pierre Elliot-Trudeau qu\u2019il a su traiter ce malaise comme une tare interne, entre Québécois, en les divisant profondément et à peu de frais pour le reste du pays, même si quelques séquelles comme le bilinguisme de la fonction publique fédérale ont pu, à l\u2019occasion, être désagréables pour la grande bourgeoisie d\u2019affaires de Bay Street.Mais la page serait enfin tournée.Place maintenant à un Canada fort, tory, conservateur ou travailliste, royaliste, soudé à l\u2019Angleterre et au Commonwealth.Et dans les cercles mondains, ceux de l\u2019armée, du haut fonctionnarisme, et chez les universitaires anglophones, on se félicite qu\u2019une situation si longtemps attendue soit enfin établie.Que le Canada soit enfin le pays rêvé.Que les lois du Québec soient soumises à la Constitution canadienne adoptée par les neuf gouvernements provinciaux à l\u2019instigation d\u2019Ottawa, toujours inspiré par Toronto.Il y a bien quelques politiciens, tel Joe Clark, qui doutent encore de la mise à la raison du Québec.Mais Joe Clark n\u2019est-il pas un brave garçon des Prairies que l\u2019on a écarté parce qu\u2019il ne comprenait rien aux intérêts et aux politiques de Toronto?Mais tout est-il si simple?L\u2019évolution politique du monde nous dit que non.Cette conclusion hâtive annonce des temps difficiles pour le Canada fédéral.Car, même lorsqu\u2019on chérit une hypothèse, on demeure contraint à la réalité, et la réalité est tout autre.En politique, on ne fait pas semblables simplifications, à moins d\u2019être abusé par les déviations qui ont marqué l\u2019ère coloniale, politiques brimant les peuples, installant et opérant des législatures au mépris des droits les plus élémentaires, des traités et des engagements historiques.Et ce fut l\u2019erreur, qui apparaît aujourd\u2019hui grossière, des gouvernements européens du 19e et du 20e siècle, de penser qu\u2019en vertu du droit d\u2019occupation ou de conquête, on pouvait impunément, par la force, prétendre imposer ses vues, ses systèmes culturels, sociaux ou économiques à d\u2019autres peuples.Et la même erreur peut se faire à partir d\u2019un contrôle exercé par voie de majorité, notamment dans le cadre 242 L\u2019ACTION NATIONALE fédéral.Car, fondamentalement, la démocratie n\u2019a de signification que lorsqu\u2019elle s\u2019exerce dans une même famille humaine.Les empires taillés dans le vif des peuples et des cultures n\u2019ont jamais tenu longtemps, parce qu\u2019il y a des réalités plus profondes que les jeux politiques.Le vouloir-vivre collectif est la base de la politique et le nationalisme demeure un élément premier de tous les véritables et fonctionnels appareils législatifs de notre siècle.Il est à l\u2019origine de toutes les motivations collectives et les explique.Les médailles d\u2019or olympiques y trouvent leur signification, en dépit même de l\u2019esprit olympique.Preuve qu\u2019on a beau tenter d\u2019articuler autrement l\u2019histoire du monde, elle demeure encore trop marquée par des mépris scandaleux de la condition humaine exercés par la force, au détriment du droit et de la justice, pour qu\u2019il puisse en être autrement.Et l\u2019instinct de domination demeure trop présent pour que les peuples se départissent de ce moyen de défense et de survie qu\u2019est le nationalisme.La colonisation a un effet boomerang.Se peut-il que des coloniaux n\u2019aient pas encore assimilé les leçons de l\u2019histoire et que les fils de la fière Albion n\u2019aient pas compris que les notions de races supérieures ne sont que des fixations de l\u2019esprit colonial, justificatives de politiques et de pratiques infamantes, contraires à la dignité humaine et au respect des peuples, dont les différences de culture, d\u2019aspirations, de religion ou de langue, n\u2019atténuent en rien les droits à l\u2019égalité?Que l\u2019on regarde les Nations unies.On aura une idée de ce qu\u2019est inexorablement la grande famille humaine: un ensemble de nations revendiquant fièrement liberté, égalité nationale.Non pas que la fraternité humaine ne soit un idéal supérieur à la souveraineté nationale, mais parce que ce concept n\u2019assure aucune protection et n\u2019a aucune valeur de droit.Il en va de même du fédéralisme, qui est mal codifié et mal défini, et dont toutes les nations se méfient.Il faut vivre en 1984, à corps défendant, avec des codes et des traités, des frontières et des armes, des alliances et des menaces, qui sont nationales.Quand les grands ténors de la politique mondiale auront dépassé ce stade moyenâgeux de l\u2019histoire, les nationalismes seront culturels et non politiques, et le monde LE RÊVE DE LORD DURHAM NE PASSE PAS 243 pourra tourner la page «du droit du plus fort».Il faudra que disparaisse ce travers des grandes nations, qui consiste à vouloir les autres à son image et à sa ressemblance.D\u2019ici là, les petits peuples ne feront qu\u2019imiter les grands coupables de l\u2019état et de l\u2019esprit des lois.Pour se faire une idée de la justice, ils regarderont la situation de ceux qui les oppriment et voudront faire comme eux.Pour se faire une idée du droit, ils regarderont l\u2019usage qu\u2019en font les puissants et tenteront d\u2019assimiler leurs codes, leurs institutions, leurs lois et leurs armes.Pour se faire une idée des droits nationaux, ils liront l\u2019histoire et concluront que ce qui est bon pour les autres est aussi bon pour eux.Il y a des classes acceptées à l\u2019intérieur des familles humaines, mais en dehors il n\u2019y a qu\u2019une espèce humaine.À l\u2019évidence, le droit ressort de la nature des choses.On le dit naturel.Il n\u2019appartient à aucun groupe en propre.La justice non plus.La recherche de l\u2019égalité humaine est une constante de l\u2019évolution du monde, le nationalisme demeurant son outil privilégié pour tous les peuples suffisamment organisés pour prétendre participer au concert des nations.N\u2019est-il pas curieux que des universitaires anglophones ne soient pas sensibles à d\u2019autres thèses que la leur et qu\u2019ils aient été simplement secoués par l\u2019évolution du Québec?Qu\u2019ils n\u2019aient pas encore compris et accepté le Canada à deux?Qu\u2019ils prennent encore leurs vieux rêves Durhamiens pour un objectif politique toujours valable au 20e siècle et sur le point d\u2019être atteint?Pourtant, l\u2019époque des conquêtes est révolue! Ces dinosaures attardés du Canada se ménagent d\u2019autres surprises.Ils risquent même de détruire la colonie! 244 L\u2019ACTION NATIONALE LA PENSEE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS John Grube K PAYS Aux Éditions de l'Action Nationale 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 ou tel.: de 9 à 13h à 845-8533 12$ le volume L\u2019auteur du livre Un écrivain anglo-canadien de Toronto, John GRUBE Le sujet: La pensée de François-Albert Angers sur le nationalisme cana-dien-français Les sources de documentation Les centaines d\u2019écrits La méthode de travail de M.Grube Il a écrit ce nouveau livre selon sa propre compréhension des textes, son jugement personnel, en toute liberté d'analyse et d\u2019interprétation.Brûlante actualité de chacun des chapitres du livre: \u2014\tLa guerre de la centralisation \u2014\tLa réforme de la réforme (éducation) \u2014\tUne sécurité sociale bien de chez nous.\u2014\tLa conscription \u2014\tL\u2019indépendance fiscale \u2014\tLa pensée nationale de F.-A Angers \u2014\tLa libération économique du Québec \u2014\tLa bataille de la langue ^936 UNE THÉOLOGIE DE COMBAT TEMPOREL\t245 À contre-courant Une théologie de combat temporel par ROGER DUHAMEL «Je désire vous inviter à prier pour l\u2019Église du Nicaragua qui a vécu ces jours derniers un malheureux événement» déclarait Jean-Paul II à la mi-juillet, à ses auditeurs de la Place Saint-Pierre.Il se référait à l\u2019expulsion, par le gouvernement sandi-niste, de dix prêtres étrangers, accusés d\u2019avoir critiqué les autorités politiques en place.L\u2019archevêque Miguel Obando y Bravo n\u2019a eu recours à aucune circonlocution prudente pour reconnaître que «le gouvernement exige une Église en cheville avec le régime marxiste-léniniste.» On doit souligner ici un revirement important.La hiérarchie catholique n\u2019a pas ménagé son appui au mouvement sandi-niste, en 1975, en vue de renverser le régime autoritaire et corrompu du dictateur Somoza.Il fallut bientôt déchanter, quand les nouveaux maîtres s\u2019attaquèrent aux libertés individuelles, notamment en imposant la censure de la presse et en limitant le droit d\u2019association.On se souviendra également que c\u2019est à Managua, en mars 1983, qu\u2019à l\u2019instigation de la junte au pouvoir, le Saint-Père a été copieusement hué au cours de son homélie.Dans ce climat, il n\u2019est pas étonnant que le Vatican ait dû rappeler à leurs devoirs ecclésiastiques quatre prêtres qui occupent des postes de premier plan dans l\u2019administration.Ils ont refusé de résigner leurs fonctions, conformément aux exigences de leur état.Des prêtres à la barre Trois de ces religieux détiennent des portefeuilles.Ce sont Ernesto Cardenal, trappiste, ministre de la Culture; son frère Fernando, jésuite, à l\u2019Éducation; Miguel d\u2019Escoto, membre de la Congrégation de Maryknoll, ministre des Affaires étrangères.Le quatrième larron, Edgar Parrales, assume la représentation diplomatique auprès de l\u2019Organisation des États américains 246 L\u2019ACTION NATIONALE (OEA).Tous avaient jusqu\u2019au 30 août de cette année pour offrir leur démission et rentrer dans le rang, mais aucun ne l\u2019a fait, en dépit du nouveau code de droit canon entré en vigueur en 1983 et interdisant expressément aux prêtres d\u2019exercer des fonctions politiques qui les associent directement au pouvoir civil.Cette désobéissance flagrante entraînera-t-elle leur suspension?Nous n\u2019avons pas à nous immiscer dans une mesure disciplinaire qui ne concerne que Rome et les récalcitrants.Ce débat ne se limite pas à l\u2019Amérique centrale, bien qu\u2019il apparaisse particulièrement acrimonieux dans notre hémisphère.Ce que l\u2019Église peut difficilement admettre, à moins de renier sa raison d\u2019être, c\u2019est que sa mission se réduise à des préoccupations purement temporelles.La résistance énergique opposée à cette tendance s\u2019explique aussi par le fait que Jean-Paul II a vécu trente-cinq ans sous l\u2019oppression communiste, qu\u2019il méprise tout ce que représente le marxisme et qu\u2019il redoute que la doctrine et l\u2019autorité de l\u2019Église ne soient édulcorées et affaiblies par les pratiques, souvent audacieuses et irréfléchies, découlant de Vatican II.De Kamouraska à Managua L\u2019un de nos compatriotes se trouve en excellente situation pour savoir de quoi il retourne au Nicaragua.Le Père Benoît Laplante, originaire de Kamouraska, a exercé son ministère sacerdotal pendant quatorze ans, surtout dans la localité de San Marcos, non loin de la capitale.Bien qu\u2019il se soit tenu à l\u2019écart de toute activité politique, le gouvernement l\u2019expulsait l\u2019été dernier, en l\u2019accusant d\u2019ingérence indue.Il n\u2019hésite pas à affirmer que ce régime sandiniste est devenu athée et communiste et il demeure convaincu que «le peuple ne veut plus d\u2019un régime qui le tient dans une prison.» On ne se surprendra pas que ce propos d\u2019un homme libre ait eu l\u2019effet d\u2019un pavé dans la mare au diable de nos intellectuels captifs de la propagande gauchiste.Des tribunes libres (?) ont cherché à rétablir la confiance dans le sandinisme, sans néanmoins s\u2019attaquer directement au Père Laplante; il est toujours gênant de s\u2019en prendre aux témoins prêts à se faire égorger! Cependant, le missionnaire québécois, lassé de lire autant de contre-vérités et de demi-mensonges, a répliqué par une lettre UNE THÉOLOGIE DE COMBAT TEMPOREL 247 ouverte parue dans le Devoir (13-9-84).De ce texte sobre, il convient de citer le paragraphe suivant qui rend compte du sentiment actuel de la population locale: «Si le gouvernement san-diniste avait été fidèle aux statuts fondamentaux qu\u2019il a présentés au peuple en prenant le pouvoir, pensez-vous qu\u2019il y aurait autant de contre-révolutionnaires?C\u2019est tout le peuple qui a lutté pour en finir avec la dictature de Somoza, et non pour y installer un autre gouvernement totalitaire.La preuve, vous l\u2019avez quand la majorité de ceux qui ont lutté les armes à la main en 1979 ont repris le même chemin et se retrouvent aujourd\u2019hui dans les mêmes montagnes et plus nombreux pour en finir avec le totalitarisme.» Ce sont des informations précises que nous n\u2019avons pas encore lues dans les colonnes du New York Times ou du Washington Post.Une option déchirante La position des clercs en Amérique latine se révèle extrêmement délicate.Le spectacle quotidien de la misère pousse les plus généreux d\u2019entre eux à se solidariser avec leurs ouailles, jusqu\u2019à s\u2019engager dans les combats politiques où les opprimés revendiquent leur minimum vital contre des gouvernements et des classes sociales qui les maintiennent en état d\u2019infériorité permanente, aussi bien culturelle qu\u2019économique.C\u2019est dans cette atmosphère qu\u2019a pris naissance cette théologie de la libération qui défraie aujourd\u2019hui la chronique.Ce mouvement, qui remonte aux environs de 1968, au moment de la fameuse assemblée à Medellin de l\u2019épiscopat latino-américain, est surtout l\u2019œuvre du Péruvien Gustavo Gutierrez et du Brésilien Leonardo Boff.Ce dernier, un franciscain, est l\u2019auteur d\u2019un ouvrage intitulé Église, Charisme et pouvoir.Il a dû se rendre à Rome, cet automne, pour expliquer ses positions au cours d\u2019entretiens avec le cardinal Joseph Ratzinger, président de la Congrégation pour la doctrine de la foi.Déjà, en mars 1983, le cardinal adressait aux évêques du Pérou des observations qui définissent avec clarté l\u2019attitude officielle du magistère romain sur la théologie de la libération, dont personne ne met en doute la pureté et la noblesse d\u2019intentions, puisqu\u2019elle s\u2019inspire de l\u2019exigence essentielle de la charité. 248 L\u2019ACTION NATIONALE Le danger, toutefois, c\u2019est qu\u2019elle accorde une attention prioritaire à la misère des masses et à une acceptation insuffisamment critique de l\u2019interprétation marxiste.C\u2019est risquer de tomber dans un messianisme temporel, de s\u2019en tenir à une conception restrictive du péché, exclusivement social et non plus individuel.Un christianisme utilitaire Ce réductionnisme théologique aboutit à l\u2019utilisation du christianisme comme un facteur de mobilisation au service de la révolution promue au rang d\u2019un idéal, alors qu\u2019elle n\u2019est toujours qu\u2019un mal, même si nécessaire parfois.La lutte des classes, ce fruit empoisonné récolté dans le jardin de Marx, s\u2019insinue dans les milieux ecclésiastiques militants pour qui la soi-disant Église des pauvres mène immanquablement au rejet de la hiérarchie et de sa légitimité.Contre ce glissement qui serait fatal à l\u2019Épouse du Christ, Jean-Paul II a réagi fortement dans sa lettre aux évêques du Nicaragua (29-6-82), en déclarant qu\u2019il était «absurde et dangereux d\u2019imaginer à côté de \u2014 pour ne pas dire contre \u2014 l\u2019Église construite sur l\u2019évêque.une Église populaire.sans référence aux pasteurs légitimes, infiltrée de connotations idéologiques.» Ce qui n\u2019a pas empêché le Saint-Père, lors de la réunion du CELAM tenue à Port-au-Prince en 1983, de se pencher avec une sympathie fraternelle sur «l\u2019amertume de beaucoup qui, à cause d\u2019une option erronée pour les pauvres, se sentent abandonnés et délaissés dans leurs aspirations et leurs besoins religieux.» Le pape n\u2019est pas et ne doit pas être un pape de classe.Les griefs exprimés ou, plus exactement, les réserves faites au sujet de la théologie de la libération découlent d\u2019un souci très normal d\u2019orthodoxie.Comment ne s\u2019inquiéterait-on pas en effet de voir des prêtres, animés d\u2019un zèle qui fait plus honneur à leur bon cœur qu\u2019à leur lucidité, rechercher dans l\u2019analyse marxiste, peu scientifique et vieille d\u2019un siècle et demi, une explication pertinente à l\u2019état de la société contemporaine! C\u2019est ce qui permet au pape d\u2019établir une distinction très nette entre la libération chrétienne et «une libération qui s\u2019alimente d\u2019idéologies qui détruisent la cohérence qu\u2019elle doit revêtir avec une vision évangélique de l\u2019homme, des choses et des événements» (Managua, 4-3-83). UNE THÉOLOGIE DE COMBAT TEMPOREL 249 Le subversif de Nazareth Un autre écueil vaut d\u2019être souligné, puisqu\u2019il touche à la rédemption même.Dans cette nouvelle optique, Dieu aurait privilégié certaines de ses créatures et, à la limite, la Bonne Nouvelle ne serait destinée qu\u2019aux pauvres: «Le Christ de l\u2019Évangile est réduit au Christ de la seule libération temporelle» (Mgr Quarracino).Selon un autre prélat, le cardinal Lopez Trujillo, le Seigneur n\u2019est plus présenté «comme l\u2019envoyé du Père, mais comme un instrument de lutte des classes, le subversif de Nazareth».Cette manipulation de la vérité à des fins profanes, si désintéressées soient-elles, entretient parmi les fidèles appartenant à d\u2019autres catégories sociales des frustrations qui tendent à les éloigner des voies du salut.C\u2019est la politique séculaire de Rome de ne pas rompre brusquement les ponts, de rechercher au contraire sans relâche les chemins difficiles de la conciliation.Cette conduite à la fois prudente et charitable explique les longues dissertations avec les prêtres dissidents, non pas dans la volonté de les briser, mais dans l\u2019espoir de les convaincre.Il arrive cependant un moment où les autorités légitimes n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019intervenir pour partager l\u2019ivraie du bon grain.C\u2019est dans cet esprit qu\u2019il faut lire le texte publié en septembre sous la signature du cardinal Ratzinger.La libération et la faute Le principal point de divergence porte sur les notions de libération et de péché.Pour Rome, les structures sociales et économiques ne sont pas une cause, mais une conséquence de la situation actuelle.La cause véritable du péché, même social, réside dans le cœur de l\u2019homme et c\u2019est ce cœur qu\u2019il faut changer, avant de transformer les structures.De leur côté, les Pères Gutierrez, Boff et leurs adeptes mettent avant tout l\u2019accent sur les maux engendrés par l\u2019égoïsme propre au capitalisme, jugé et condamné comme à jamais irrécupérable.Bref, tout se ramène à demander s\u2019il est possible et recommandable, pour un théologien catholique soucieux de comprendre l\u2019organisation politique de son époque, de recourir à une grille d\u2019explication qui repose sur l\u2019athéisme, le matérialisme le plus épais, la négation de la personne humaine et la lutte des 250 L\u2019ACTION NATIONALE classes.Le texte romain ne fulmine aucun anathème, il lui suffit de s\u2019en tenir à un enseignement éprouvé: «On (i.e.certains tenants de la théologie de la libération) dénonce dans la hiérarchie et dans le magistère des représentants objectifs de la classe dominante qu\u2019il est nécessaire de combattre.Théologiquement, cette position revient à dire que c\u2019est le peuple qui est la source des ministères et qu\u2019il peut donc se doter des ministres de son choix, selon les besoins de sa mission révolutionnaire historique.Tous ceux, prêtres, religieux et laïcs qui, à l\u2019écoute de la clameur pour la justice, veulent travailler à l\u2019évangélisation et à la promotion humaine le feront en communion avec leurs évêques et avec l\u2019Église, chacun dans la ligne de sa vocation ecclésiale spécifique.» À la lecture de ce rappel à Tordre, un religieux canadien-français, après avoir cité plusieurs exemples de l\u2019influence de la théologie de la libération sur l\u2019épiscopat canadien, concluait avec une insolence satisfaite: «Ça m\u2019étonnerait que les gens à la base changent à cause d\u2019un document semblable.» En d\u2019autres termes, avec l\u2019Église pourvu qu\u2019elle confirme mes erreurs et sanctionne mes préjugés; sinon, c\u2019est à moi seul qu\u2019il appartient de décider de mes orientations, je ne relève que de ma conscience, si déviée qu\u2019elle puisse être! Cela s\u2019est déjà produit au temps de Babel, mais la tour est demeurée à jamais inachevée. L\u2019AGRICULTURE, UN RISQUE À ASSUMER 251 L\u2019agriculture, un risque à assumer collectivement par RENÉ BLANCHARD La récente grève de la faim de producteurs agricoles en faillite est révélatrice.Nous payons le prix d\u2019une transformation trop rapide de notre agriculture.On a voulu une agriculture calquant le modèle industriel.Nos fermes familiales sont devenues de véritables P.M.E.Conséquemment, elles partagent la vulnérabilité des petites entreprises, dans un contexte où unités petites et moyennes de production sont soumises aux lois de la concurrence, constamment visées par les politiques de récupération des multinationales et soumises aux conditions voraces du marché de l\u2019argent.Que les producteurs agricoles vivent aujourd\u2019hui les conditions qui prévalent dans la jungle des P.M.E., avec ses cortèges de faillites, cela n\u2019a rien de surprenant.Mais l\u2019agriculture n\u2019est pas une industrie comme les autres.Les drames qui s\u2019ensuivent, les faillites et saisies de fermes, sont autrement plus graves, parce qu\u2019elles emportent non seulement le gagne-pain, mais aussi la maison parfois paternelle et la dignité de l\u2019agriculteur, intégré plus que tout autre citoyen à son milieu de vie.S\u2019il est ridicule de se lancer dans une bataille de chiffres comme le font certains fonctionnaires pour défendre leurs gestes d\u2019aveugles exécutants de normes et de règlements, il n\u2019en demeure pas moins que 303 cas de faillites parmi les 22 000 agriculteurs emprunteurs emportent beaucoup plus de misère humaine et d\u2019humiliation profonde que dans d\u2019autres secteurs de production.Et demeurent cachés les abandons de fermes, après que leurs propriétaires auront sacrifié tous leurs avoirs, pour respecter les dettes encourues par des productions déficitaires, sans qu\u2019il en soit totalement de leur faute.Ce volet caché n\u2019est pas comptabilisé.Selon les témoignages de leaders agricoles, ces cas sont nombreux et il faudrait en tenir compte.Sans doute, les producteurs ont leur part de responsabilités.L\u2019U.P.A.a préconisé de nombreux programmes que le 252 L\u2019ACTION NATIONALE Ministre de l\u2019Agriculture a plusieurs fois endossés, sans avoir peut-être la patience de faire précéder ses énoncés de politiques, d\u2019études précises portant sur la planification à moyen et à long terme, sur l\u2019intégration de nouveaux produits à un marché généralement conservateur et sur la localisation optimale des nouvelles productions.Il faut comprendre également que planifier l\u2019agriculture dans un contexte politique fédéral sans pouvoir compter sur la compréhension et la collaboration des ministères fédéraux, tant de l\u2019agriculture que du commerce et de l\u2019exportation, et sans rallier tous les offices de mise en marché, n\u2019est pas chose facile.Le Ministère Garon est un homme progressif, qui avance vers des objectifs précis.Souvent, on a l\u2019impression qu\u2019en plus d\u2019être obligé de pousser ses propres fonctionnaires, il est obligé de mener une guerre de tranchées contre Ottawa qui traditionnellement n\u2019est dévoué qu\u2019à une agriculture expensive au Canada, celle de l\u2019Ouest, et qu\u2019à des productions traditionnelles que le Québec doit partager avec toutes les provinces.À cette difficulté de planifier dans un tel contexte s\u2019ajoute évidemment celle d\u2019organiser la mise en marché des produits de l\u2019Est du Canada.Il serait curieux de relever et de comparer les sommes, les services et les efforts du fédéral pour prospecter et ouvrir des marchés aux productions de l\u2019Est canadien, comparativement à ce que l\u2019ensemble des citoyens du Canada paient pour soutenir et écouler les productions de l\u2019Ouest.À partir de ces chiffres, on pourrait commencer à parler d\u2019équité de politique fédérale.Il ne s\u2019agit pas ici de blâmer les efforts du gouvernement central pour rentabiliser et consolider les productions de l\u2019Ouest, mais de voir si l\u2019agriculture de l\u2019Est, qui implique beaucoup plus de citoyens et s\u2019incarne dans une sociologie beaucoup plus complexe et importante, reçoit le traitement adéquat.Souvent, les programmes spéciaux du fédéral soutenant les productions de l\u2019Est sont temporaires, dérisoires et ponctuels, alors que ceux qui s\u2019adressent à l\u2019Ouest sont permanents et suffisants pour traverser les crises régulières qui secouent toutes les agricultures.Il faut noter également que les situations inflationnaires et la croissance rapide et excessive des taux d\u2019intérêts sont fatales à l\u2019économie agricole.Une majoration de 2% du taux d\u2019intérêt L\u2019AGRICULTURE, UN RISQUE À ASSUMER 253 dans l\u2019économie d\u2019une ferme suffit pour transformer un succès en faillite! Cette réalité devrait inciter l\u2019État à prévoir des mesures particulières, notamment pour les jeunes agriculteurs.Au Québec, comme ailleurs, la ferme familiale traditionnelle, vivrière, s\u2019est transformée.Mais il faudrait faire en sorte que son caractère familial soit préservé, car ce genre d\u2019exploitation garantit la stabilité des productions et est tout à l\u2019avantage des consommateurs.Il est en effet facile de faire la preuve qu\u2019aucun autre type d\u2019entreprise ne peut produire à meilleur compte des denrées de meilleure qualité.Il faut évidemment un entourage gouvernemental plus directif et des mesures particulières de protection, mais c\u2019est là un prix que la société a tout avantage à payer.Ce qu\u2019il faut réaliser sans parti pris, c\u2019est que les politiques mises de l\u2019avant par le ministre Garon ont consolidé l\u2019agriculture québécoise et lui ont donné un dynamisme nouveau.Axée sur le zonage agricole, la modernisation et l\u2019autosuffisance, l\u2019agriculture québécoise est définitivement sortie de l\u2019enlisement traditionnel et du défaitisme qui la caractérisaient.Ce phénomène nouveau dans le contexte canadien n\u2019a pas eu l\u2019air de plaire au gouvernement central, pas plus qu\u2019aux gouvernements des autres provinces, notamment de l\u2019Ontario qui, fidèle à son habitude, considérait le Québec comme un marché acquis.Le fait, par exemple, que l\u2019autosuffisance céréalière se réalise à grand pas depuis 1977, passant de 30% à près de 75% en 1984, atteignant près de 2 millions de tonnes, n\u2019est pas pour plaire aux commerçants de grains de l\u2019Ouest, implantés dans l\u2019Est, qui ont toujours réalisé, grâce à un contrôle serré du marché de l\u2019Est, des fortunes importantes.Il faut ajouter que malgré les plaintes répétées du Québec, la qualité des grains acheminés vers les ports de l\u2019Est était loin de correspondre aux normes jugées nécessaires.Pour se faire une place équitable sur les marchés canadiens et extérieurs, les agriculteurs du Québec devront travailler fort.La bataille ne fait que commencer.Elle sera plus dure qu\u2019en d\u2019autres secteurs, parce que les agriculteurs québécois n\u2019ont aucun allié.Et il n\u2019est pas sûr qu\u2019ils puissent toujours compter 254 L\u2019ACTION NATIONALE sur un ministre québécois aussi décidé.Et il est impossible, voire imprudent de laisser tout le fardeau à un seul homme et à un gouvernement.C\u2019est là le travail de l\u2019État par le truchement des fonctionnaires, engagés, compétents et responsables.On concède de plus en plus qu\u2019on ne doit pas laisser les agriculteurs payer seuls pour les programmes qui pourraient échouer à cause des difficultés créées par les conjonctures du marché, ou les entraves suscitées par des groupes de pression ou par des politiciens fédéraux contre les initiatives concertées entre gouvernement et agriculteurs du Québec.Face aux incidents qui viennent de se produire et qui ont alerté l\u2019opinion, la première tâche du gouvernement serait sans doute de s\u2019assurer que ses experts soient vraiment bien préparés.Que les programmes proposés aux agriculteurs et endossés par l\u2019Office du Crédit agricole soient planifiés, rentables et équitablement garantis.Il faudra aussi trouver plus de qualifications chez les fonctionnaires chargés du suivi de ces programmes.Un fonctionnaire incapable de comprendre le but et l\u2019esprit d\u2019une politique, de l\u2019adapter à des économies familiales particulières, borné au point d\u2019être obligé de s\u2019en tenir aux normes et «à son livre», est un handicap pour une économie agricole qui se veut rentable, progressive et humaine.De plus, le choix des candidats qui sollicitent des prêts importants doit être resserré.Un élément important pour apprécier l\u2019effort des cultivateurs du Québec est certes le fait que dans la majorité des cas, notamment pour les fermes importantes, les investissements en terme d\u2019efforts constants, de travail, de talent et d\u2019énergie rapportent moins en argent que le simple investissement de la valeur en obligations gouvernementales! L\u2019État doit veiller à corriger cette iniquité fondamentale qui subsiste et même augmente entre le travail et le capital.Avec cette crise, on comprendra mieux l\u2019illogisme de ne pas garantir aux agriculteurs un revenu garanti et décent.Ils demeurent les piliers de l\u2019occupation rationnelle, de l\u2019humanisation et de la mise en valeur du territoire national.Ils constituent l\u2019élément premier de la figure qu\u2019offre le Québec à ses citoyens.Mais cette dimension culturelle et environnementale n\u2019est possible que si, en 1984, on rationalise les productions, que si on planifie en fonction de nos L\u2019AGRICULTURE, UN RISQUE À ASSUMER 255 besoins, d\u2019abord, et des possibilités de mise en marché ailleurs, ensuite.Il serait irresponsable pour le Ministère de laisser certains de ses experts, biaisés par leur expérience ou leur spécialisation personnelle, engendrer des programmes de productions qui n\u2019ont pas de place sur les marchés.La pureté des intentions ou la seule valeur scientifique ne suffit pas, en agriculture.Il faut vendre! C\u2019est à cela que le Ministère devra veiller, s\u2019il ne veut pas être ensuite forcé de défendre l\u2019indéfendable et de payer politiquement, en même temps que les producteurs paient économiquement, les pots cassés, alors que les «experts» responsables se réfugieront dans la permanence et la sécurité d\u2019emploi, à l\u2019abri «des leçons de la vie».Les consommateurs Québécois ont aussi leur responsabilité.Elle est majeure.C\u2019est celle d\u2019assurer, de privilégier par leurs achats la mise en marché des productions de nos agriculteurs.A-t-on suffisamment assuré l\u2019éducation populaire dès l\u2019école à ce sujet?En matière économique, le ministère de l\u2019Éducation en est toujours à des balbutiements.Produire du bœuf, du veau de grain, de l\u2019agneau au Québec, pour ne citer que ces productions, suppose que les consommateurs assument leur part, c\u2019est-à-dire le volet consommation.Et acheter nos produits est la meilleure méthode d\u2019alléger nos impôts! Quant à nos surplus, comme dans le cas du porc où nous sommes autosuffisants à 145%, il faut s\u2019assurer des débouchés.Sinon, cesser d\u2019encourager et de financer à outrance de telles productions, dont la concentration, dans certaines régions, cause des problèmes d\u2019environnement et de pollution.L\u2019entreprise privée a certes ses vertus, mais en agriculture, l\u2019État doit tenir solidement les rênes; les implications sociales sont trop graves et le coût des erreurs, trop élevé.Le gouvernement, en économie agricole, doit intervenir plus qu\u2019en d\u2019autres secteurs par quotas et contingentements, si on ne veut pas voir la loi de la jungle et la déstabilisation s\u2019installer en permanence dans une économie qui plus que toute autre a besoin de stabilité.Il ne s\u2019agit pas là de socialisme, mais d\u2019intelligence.Quant on y réfléchit bien, l\u2019agriculture est la plus importante de toutes nos industries.Elle s\u2019exerce sur un territoire qui, au-delà des pro- 256 L\u2019ACTION NATIONALE priétés privées, est aussi un territoire national qu\u2019elle met en valeur, conserve et entretient.Elle mérite, à ce titre, l\u2019attention de l\u2019État, et l\u2019agriculteur qui exerce «le noble métier», souvent dans des conditions difficiles, a droit à la sécurité qu\u2019on donne à beaucoup de serviteurs de l\u2019État moins essentiels à la vie collective. ASBESTOS, VILLE MONO-INDUSTRIELLE 257 L\u2019enjeu d\u2019Asbestos, ville mono-industrielle par CHRISTIAN LAMONTAGNE, de Sherbrooke Que ce passe-t-il à Asbestos?Où sont donc passées les années de «vaches grasses»?Mais oui, vous vous souvenez, ce bon temps où la multinationale Johns Manville du Canada pouvait se permettre de distribuer bonis et emplois sans aucun souci.Et pourquoi pas?Au début des années \u201970, la demande mondiale d\u2019amiante était extrêmement forte et cette entreprise empochait des bénéfices assez impressionnants.Par contre, aurait-il été possible de prévoir cette crise de l\u2019amiante, pour un meilleur contrôle de gestion de l\u2019entreprise?Sûrement, mais on préférait les dépenses irréfléchies qui ont amené toutes sortes de répercussions au niveau de la population d\u2019Asbestos.Faudra-t-il investir dans les PME, pour sauver Asbestos?Je n\u2019ai pas l\u2019intention de décrire la compagne Johns Manville de façon exhaustive.Je m\u2019intéresserai plutôt à jeter un regard général sur la situation économique d\u2019Asbestos en rapport avec l\u2019entreprise privée.La situation d\u2019une ville quasi mono-industrielle, avec une multinationale en tête, est un problème dont la population d\u2019Asbestos prend davantage conscience aujourd\u2019hui.Le danger, c\u2019est qu\u2019une population dépend complètement de la situation économique de l\u2019entreprise en question.Il n\u2019y a donc que très peu de diversification et le risque augmente.C\u2019est ce qui se produit dans cette ville de 8 000 habitants, à 60 km seulement de Sherbrooke.Comme on le sait, le secteur de l\u2019amiante en est un très controversé depuis déjà quelques années.Cela est dû premièrement à la toxicité de la fibre d\u2019amiante.Une publicité anti-amiante fit donc ravage dans le monde entier et, par le fait même, les inventaires augmentaient sans cesse.Le prix de la fibre d\u2019amiante chuta et les mises à pied commencèrent vers 1979.Environ 2 300 personnes y travaillaient en 1978; on se retrouve aujourd\u2019hui avec 1 100 personnes. 258 L\u2019ACTION NATIONALE On peut difficilement critiquer cette entreprise parce qu\u2019elle congédie des travailleurs à coup de 250, étant donné ce facteur incontrôlable.Par contre, une maladie appelée amiantose est fort bien connue de l\u2019entreprise depuis très longtemps.C\u2019est là un problème des multinationales du secteur primaire: on paie la main-d\u2019œuvre sur la qualité de vie au travail.Aujourd\u2019hui, il y a de bonnes mesures de contrôle sur la qualité de l\u2019air, mais il est un peu tard.Il y a fort longtemps que la Johns Manville aurait dû investir dans des recherches intensives, soit pour trouver un additif contre la toxicité de l\u2019amiante, soit pour développer des substituts avec les résidus.Cela aurait été aussi bénéfique à l\u2019entreprise que pour les travailleurs, car la publicité anti-amiante ne serait peut-être pas aussi aiguë qu\u2019elle l\u2019est aujourd\u2019hui.C\u2019est de cette publicité mondiale en question que souffrent beaucoup la Johns Manville et les autres compagnies d\u2019amiante.Plusieurs grandes compagnies ont dû, ainsi, remplacer la composante d\u2019amiante dans leur produit.Bien sûr, il y a eu des investissements à ce niveau, mais en trop faible quantité.Le gouvernement a donc dû intervenir pour investir dans la recherche, entre autres.C\u2019est tout de même déplorable que ce soit le gouvernement qui doive toujours intervenir en de telles circonstances.Mais que voulez-vous, c\u2019est un rôle ingrat du gouvernement, de réparer les mauvaises manœuvres des grandes entreprises.L\u2019avenir de l\u2019amiante repose beaucoup sur le résultat de ces recherches.On mise sur deux points: les sous-produits de l\u2019amiante et la façon de la rendre moins toxique.Deux organismes sont directement impliqués au niveau de la recherche sur l\u2019amiante.Il s\u2019agit, premièrement, de la Société nationale d\u2019amiante (SNA).Différentes recherches ont été effectuées sur la fabrication industrielle de magnésium sous forme de métal tiré des résidus d\u2019amiante (Magnaq-II).D\u2019autres recherches ont misé sur les fertilisants, les matières plastiques, les nouveaux matériaux de construction avec certaines composantes d\u2019amiante.Un deuxième organisme, l\u2019Institut de recherche et de développement des produits de l\u2019amiante (IRDA), axe surtout ASBESTOS, VILLE MONO-INDUSTRIELLE 259 les recherches sur la toxicité des fibres d\u2019amiante modifiées et sur la santé des travailleurs ou des consommateurs en contact avec le produit.Donc, deux organismes très importants en recherche pour assurer en quelque sorte l\u2019avenir de l\u2019amiante et pour refaire son image.Dernièrement, la Cour Suprême du Canada déclarait l\u2019amiante comme produit non-toxique, mais le contraire est déjà ancré dans la pensée de millions de gens.Le secteur de l\u2019amiante en est un assez risqué et qui demande beaucoup de capital.Les multinationales et, plus souvent qu\u2019autrement, américaines, sont capables d\u2019investir ces sommes importantes.Mais cette domination par des étrangers apporte une instabilité économique due aux investissements irréguliers et au très peu de transformation de la matière première.En effet, on exporte presque toute l\u2019amiante à l\u2019état brut.Le gouvernement québécois se doit donc de corriger ce déséquilibre, pour une croissance plus stable et des retombées économiques plus réparties.Un changement de mentalité devra nettement faire partie d\u2019un plan de restructuration économique de la région d\u2019Asbes-tos.La population d\u2019Asbestos et, entre autres, les plus jeunes, ont tous été entraînés vite à recevoir de très bons salaires pour des charges de travail plus ou moins onéreuses.Quelle que soit la période économique de passage, c\u2019est une situation plus ou moins normale.On en a profité, puis c\u2019est devenu un réflexe spontané de la part de la population.Il faudra donc se défaire de cette mentalité.Chose difficile mais réalisable, car on est tous un peu amers à devoir modifier notre style de vie.Par contre, la population éveillée accepte de faire un effort collectif.Un exemple concret est certainement le fonds d\u2019investissement maintenant en cours, pour créer une entreprise dans la fabrication d\u2019un isolant industriel (silicate de calcium).Pour les années à venir, on ne prévoit guère d\u2019accroissement des ventes de l\u2019amiante.Le secteur minier étant durement touché, on remarque une certaine instabilité du marché dû à la fluctuation des prix et, par le fait même, la rentabilité n\u2019est plus aussi assurée. 260 L\u2019ACTION NATIONALE Vu la situation présente, il faut intervenir dans de plus brefs délais au niveau de la création d\u2019emplois.Le gouvernement, bien sûr, fait sa part, en créant des projets de toutes sortes, mais ceux-ci ont le défaut d\u2019être à court terme, soit pour 20 semaines.Il est beaucoup trop facile d\u2019imaginer le but de tels projets: c\u2019est-à-dire le retrait d\u2019assurance-chômage au terme du projet.Je trouve cela assez peu motivant pour les employés des projets.De toute façon, des millions de dollars sont redistribués par la suite sous forme d\u2019assurance-chômage.Ne serait-il pas plus logique de rassembler ces sommes, afin de créer des emplois plus stables pour une perspective d\u2019avenir plus motivante?Mais qu\u2019on le veuille ou non, notre système fonctionne de façon à réparer temporairement les irrégularités du capitalisme.Intervenir pour des emplois stables, mais de quelle façon?Le choix est simple, mais non la façon d\u2019en arriver à des résultats concrets.On peut soit amener des entreprises à Asbestos, soit en créer à même les fonds de la population.La première formule suppose donc d\u2019attirer des investissements au niveau de petites et moyennes entreprises, en leur offrant une aide pour les parrainer dès leur création.J\u2019imagine que cette façon de procéder ressemble à celle des Beaucerons.Pour cela, différentes politiques municipales devront être mises en œuvre.On pourrait, par exemple, offrir des emplacements (terrains) à peu de frais, pour les entreprises intéressées à s\u2019établir dans la région.De toute façon, les terrains et bâtisses sont tellement dévalués, pourquoi ne pas offrir cette solution de rechange?De plus, certains locaux sont inactifs: on pourrait ainsi proposer certaines clauses de non-paiement des taxes pour un certain nombre d\u2019années, tout en respectant certaines conditions.Cela supposerait sûrement une hausse des taxes pour les citoyens durant une certaine période, mais l\u2019effort collectif en vaut la peine.Une autre solution consiste en la création d\u2019entreprises à l\u2019aide de fonds communautaires.Comme mentionné auparavant, il semble toutefois exister déjà un certain effort, afin de restructurer l\u2019économie d\u2019Asbestos, car en ce moment, une étude sérieuse est en cours, afin de déterminer s\u2019il y a ou non faisabilité pour l\u2019implantation d\u2019une PME.Cette dernière s\u2019impliquerait dans la fabrication d\u2019un isolant industriel, créant ainsi ASBESTOS, VILLE MONO-INDUSTRIELLE 261 environ 25 emplois.C\u2019est peut-être peu, mais combien encourageant.En effet, les résultats devront être dévoilés sous peu et ils semblent très positifs.Si le projet se réalise, il s\u2019agirait sûrement d\u2019une première forme d\u2019entreprise créée de cette façon à Asbestos.Il est indispensable, toutefois, que ce mouvement puisse se consolider, pour innover dans différents domaines.C\u2019est en quelque sorte la recette des Beaucerons qu\u2019il faudrait adapter à notre région.Cela suppose des efforts considérables, d\u2019une part, parce que la situation économique n\u2019est pas tellement alléchante; et, d\u2019autre part, il faudrait corriger une mentalité de dépendance d\u2019une population face à une compagnie. 262 L\u2019ACTION NATIONALE LES COLLECTIONS Il nous a fallu plus de dix ans pour constituer ces collections complètes.Maintenant que nous vous les offrons, il ne faudrait pas qu\u2019elles partent, toutes, vers les États-Unis.Quel travail en histoire, en sociologie, en évolution des idées, sur la période qui va de 1917 à 1984, peut être sérieusement pensé sans référer à L\u2019ACTION FRANÇAISE ou à L\u2019ACTION NATIONALE?Nous offrons: 1\t\u2014 L\u2019ACTION FRANÇAISE (1917 à 1928) 7 (sept) collections complètes: reliée.$450 non reliée $400 2\t\u2014 L\u2019ACTION NATIONALE (1933 à juin 1984) 4 (quatre) collections complètes à $1000 chacune.Instrument de travail incomparable.Lorsque nous aurons vendu ces collections, pourrons-nous en trouver d\u2019autres?Pour les États-Unis, nous offrons ces collections respectivement à $350 et $800, en argent américain, transport inclus. LETTRE À MON DÉPUTÉ PÉQUISTE 263 Lettre (ouverte) à mon député péquiste par YVES COURVILLE Mon cher homme politique, Vous apprécierez, j\u2019espère, que je ne vous donne pas du «Cher politicien»: le terme fleurant toujours sa connotation péjorative, je m\u2019interdirais bien de l\u2019employer avec vous.Car, malgré ce que je peux avoir à vous reprocher, je ne mettrais jamais en doute votre intégrité ou la pureté de vos intentions! Ces derniers temps, cher Député, j\u2019ai beaucoup pensé à vous, m\u2019inquiétant jusqu\u2019à un certain point de votre équilibre émotif! On ne cesse en effet de parler de la «morosité» des Péquistes.À tort ou à raison.Et plutôt «à raison», dirait-on, quand on vous voit traverser la défaite du Référendum, le scénario rocambolesque du rapatriement de la Constitution, les défaites en série au cours des élections partielles.Sans oublier les grincements de dents qui précèdent, accompagnent et suivent le «Rénérendum»! Oui, vous devez avoir le cœur en compote et le vague à l\u2019âme, surtout à la suite du dernier Congrès du Parti, alors que vous avez été catalogué, bon gré mal gré, comme «radical» ou «temporisateur» ou «néo-étapiste», qu\u2019on a cherché à vous embrigader parmi les «Landryistes» ou les «Johnsonistes» et que si vous hésitiez à vous brancher, on vous proposait la porte de sortie \u2014 c\u2019est bien le cas de le dire! \u2014 du «Richardisme».C\u2019est ce dernier Congrès, au fait, qui m\u2019a amené à réfléchir un peu sur l\u2019avenir: celui du Québec, bien sûr, et de son cheminement vers la plénitude de sa souveraineté.Mais «l\u2019avenir» également du Parti québécois, puisqu\u2019il demeure le seul et irremplaçable véhicule de cette «idée» du Québec.Je ne suis sans doute pas le seul à avoir été littéralement scandalisé de ce que des députés du PQ, porte-parole privilégiés s\u2019il en est, se disent prêts à mettre au fond du tiroir l\u2019option souverainiste, seule raison d\u2019être de ce Parti, pour des raisons de stratégie électoraliste. 264 L\u2019ACTION NATIONALE Entendons-nous bien: ce n\u2019est pas par vertu offensée que je m\u2019indigne! Ne versons tout de même pas dans l\u2019angélisme! Bien plutôt, ce que je trouve ahurissant au dernier point, c\u2019est la candeur, l\u2019ingénuité d\u2019hommes politiques pourtant rompus à toutes les subtilités du métier, lorsqu\u2019ils conçoivent que le slogan du «bon gouvernement» puisse jouer encore, et pour une troisième élection.Comme administrateur ou «gestionnaire», le Gouvernement du Parti québécois n\u2019a peut-être pas fait moins bien qu\u2019un autre, sans doute, dans bien des cas, a-t-il même fait mieux.Mais force est d\u2019admettre qu\u2019en cours de campagne électorale, les plus belles réalisations, les plus grandioses dont il cherchera à se vanter ne feront jamais le poids avec tout ce que la propagande adverse réussira à monter en épingle.Or, on doit se rendre à l\u2019évidence que cette propagande bien orchestrée, ce n\u2019est pas le fait du seul Parti libéral du Québec, mais aussi des Partis fédéraux, des milieux d\u2019affaires (Chambre de Commerce, Board of Trade, Conseil du Patronat) et de la quasi totalité des media.Ces derniers, surtout, sous des dehors et des apparences de vertueuse objectivité, se déchaîneront contre le Parti québécois.Voici un exemple: le Gouvernement décide d\u2019octroyer une subvention de 30 millions à l\u2019OSM pour sa nouvelle salle de concerts.Au départ, on ne justifie pratiquement pas l\u2019opportunité d\u2019un tel geste, susceptible de paraître élitiste et «bourgeois» aux yeux des profanes qui se demandent bien pourquoi l\u2019OSM a si pressant besoin d\u2019une «deuxième» salle de concerts.Mais les choses se compliquent, quand le projet Cadillac-Fairview suscite de véhémentes levées de boucliers.Alors, les media prennent un malin plaisir à lier entre eux des éléments disparates: on ne parle jamais du projet CF sans innocemment relever qu\u2019il est subventionné «par le Ministère des Affaires culturelles du Gouvernement du Parti québécois».Ainsi, l\u2019impopularité croissante de l\u2019un rejaillit sur l\u2019autre, transformant une bonne intention en geste dérisoire, mal inspiré, inopportun.Pour un peu, on soupçonnerait nos «Affaires culturelles» de s\u2019acoquiner avec les investisseurs torontois.Pendant ce temps, le Ministre est étrangement silencieux; une semi-explication viendra, trop tardivement pour convaincre qui que ce soit.J\u2019imagine qu\u2019on parlera d\u2019un «manque de communications», qu\u2019on a «été mal cité». LETTRE À MON DÉPUTÉ PÉQUISTE 265 On tirera peut-être aussi la salutaire leçon que, dans leur quête du sensationnalisme, les media sont habiles à faire flèche de tout bois! Ingénuité et candeur, aussi, de croire que les électeurs (assommés ou non par la propagande adverse) puissent et veuillent se souvenir des «splendides réalisations» du Parti gouvernemental.Au départ, ils ont avant tout le goût d\u2019un peu de changement.Or, depuis 1960, un seul parti s\u2019est maintenu au pouvoir d\u2019une seule traite pendant plus de six ans: le Parti québécois! Tout ce qui va mal est forcément son fait.Et pour chaque coup de génie, chaque politique audacieuse et appropriée, on vous trouvera toujours des puces, mille projets non encore réalisés.En 66, Lesage pouvait afficher une très belle liste de réalisations.qui ne lui ont pas conservé le pouvoir.Aussi longtemps qu\u2019un parti ne parle que de ses réalisations administratives, il ne fait que se comparer à un autre parti qui, lui, prétend pouvoir encore faire mieux, qui offre l\u2019attrait de la nouveauté, met de l\u2019avant le prétendu «sang neuf» de ses candidats, s\u2019affiche comme la seule solution de rechange valable.Cette voie est celle de la banalisation: il n\u2019est pas plus conséquent de changer de gouvernement que de changer de chemise! Fort heureusement, le Parti québécois dispose d\u2019un élément clef qui le distingue de tous les autres partis.Ce n\u2019est pas son habileté à présenter des budgets équilibrés, à marchander avec Ottawa (pour ça, il peut toujours repasser!), à se concilier les bonnes grâces des syndiqués des secteurs para-publics! En lettres hautes comme ça, il a promis en tête de son programme de doter le Québec de sa souveraineté politique.Et cette intention déclarée, désormais bien connue, ce n\u2019est pas un boulet aux pieds, comme quelques Cassandres s\u2019évertuent à nous le crier.Cette distinction essentielle, je gage que bien des libéraux donneraient cher pour l\u2019abolir et si, par hypothèse, le Parti libéral devenait souverainiste demain matin, je ne donnerais pas cher du PQ aux prochaines élections.Le cas des élections partielles, perdues l\u2019une après l\u2019autre, confirme bien ce point de vue: pas une seule de ces élections ne portait sur la souveraineté.Les électeurs savaient pertinemment que le fait d\u2019élire un député péquiste n\u2019entraînerait pas la «proclamation de l\u2019indépendance» le lendemain matin! S\u2019ils 266 L\u2019ACTION NATIONALE voulaient voter sur vos «réalisations», c\u2019était le moment ou jamais.Vous savez la fin de l\u2019histoire.Et, inversement, le fait que ces élections étaient dépouillées de leur intérêt de politique pure a démobilisé bon nombre de vos militants.Lors des trois partielles de juin, le Parti libéral n\u2019a pas recueilli plus de suffrages qu\u2019en 81.En fait, il a gagné «par défaut», avec 5 200 votes en moins! Les quelque 36 000 électeurs qui ne se sont pas présentés aux urnes en juin dernier (et qui avaient pourtant voté en 81) ne sont sans doute pas tous des libéraux bon teint! Si on scrutait attentivement les listes d\u2019électeurs, je parie qu\u2019on trouverait, parmi les absents de juin, une majorité de partisans, voire de militants péquistes qui ont peut-être vu là une belle occasion de servir à un Gouvernement qu\u2019ils trouvent trop mollasse, une petite correction sans gravité et aux effets limités.Ce qui m\u2019amène d\u2019ailleurs à me demander si l\u2019organisation matérielle de la campagne dans les trois élections de juin n\u2019a pas battu un peu de l\u2019aile, si les stratèges n\u2019ont pas trop présumé de l\u2019enthousiasme de leurs troupes et si ces troupes elles-mêmes ont fourni le même effort qu\u2019elles auraient donné dans le cadre d\u2019une élection générale et.sérieuse.Nous touchons là une autre facette du défaut congénital péquiste: un défaitisme chronique, démobilisateur, qui rejoint souvent ce complexe bien de chez-nous des «nés pour un petit pain».À force de perdre des partielles, le Parti s\u2019est pratiquement résigné à n\u2019en jamais gagner! Entendu en cours de campagne: «Nous espérons mettre fin à la série noire des défaites aux partielles» ou bien: «Nous tenterons de conserver au moins un comté sur trois».Que voilà un langage capable de galvaniser les énergies! La morosité du sommet a engendré le désenchantement de la base.Et pourtant, vous le savez bien, mon cher Député, que dans votre propre comté \u2014 et idem pour le Parti dans chacune des circonscriptions \u2014 votre succès dépendra bien davantage de l\u2019enthousiasme et de l\u2019efficacité de votre organisation que de votre charisme, de votre popularité ou de vos prestigieux états de service! Or, je doute fort que vos militants s\u2019astreignent à défendre des politiques purement «administratives», auxquelles les adversaires sauront opposer d\u2019autres recettes tout aussi séduisantes LETTRE À MON DÉPUTÉ PÉQUISTE 267 (et sans doute tout aussi valables).Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi vous avez déçu l\u2019électorat en général et rebuté en particulier vos propres militants?Vos réalisations, prétendez-vous, sont tellement spectaculaires que nous devrions en béer d\u2019admiration.Hélas non.Comme on dit, le cœur n\u2019y est pas! La vraie raison de l\u2019actuelle défaveur, ne serait-ce pas celle-ci: vous avez été «créés et mis au monde» pour défendre et promouvoir une «idée».Tout le reste ne pouvait être que tactique, temporaire, circonstanciel.À l\u2019origine du MSA et, un peu plus tard, du Parti québécois, on ne trouvait sûrement pas la notion du «bon gouvernement»: sinon, pourquoi se serait-on encarcané dans les dures exigences d\u2019un programme construit sur la notion de la souveraineté, pour en arriver en fin de compte à tarauder l\u2019adversaire sur son propre terrain?C\u2019était un détour qui n\u2019en valait pas la peine, qui n\u2019aura servi qu\u2019à retarder l\u2019accession au pouvoir de 70 à 76.Plutôt, ce qui forçait l\u2019adhésion d\u2019un nombre croissant de Québécois, c\u2019était le Programme du Parti, parce qu\u2019il avait le mérite exemplaire de transformer une idée plus ou moins précise et cohérente en authentique «idéologie» (pardonnez-moi ce grand mot, cher Député, mais il faut bien appeler un chat, un chat.).Avec le sociologue Guy Rocher, je crois que le propre d\u2019une idéologie, c\u2019est de décrire, expliquer et justifier la situation d\u2019une collectivité, tout en s\u2019inspirant de «valeurs» pour orienter l\u2019action historique de cette même collectivité.À l\u2019examen, en regard de l\u2019idéologie souverainiste, celle du fédéralisme ou du «néo-fédéralisme» ne fait pas le poids: elle lance des slogans (par exemple, celui de la «société juste») qu\u2019elle ne s\u2019embarrasse même pas d\u2019expliquer, elle propose des «valeurs» inconsistantes, superficielles, sentimentales ou carrément mythiques («peuple fondateur» \u2014 «nos belles Rocheuses»).Mais alors, d\u2019où tient-elle son succès?De ce que, sans aucune vergogne, elle envahit tout le champ que vous lui avez abandonné, elle escalade toutes les tribunes, met à contribution les gloires posthumes de Lemelin ou du Frère Untel, envoie à la ligne de feu un Trudeau machiavélique ou un Chrétien bagarreur.Alors que pendant tout ce temps, nos propres hérauts (et 268 L\u2019ACTION NATIONALE non héros) évitent de riposter, soit par couardise, soit par manque de temps, accaparés qu\u2019ils sont par la «saine gestion» de l\u2019État.Et c\u2019est, à nouveau, le grand silence de la morne plaine de Waterloo.J\u2019emprunte encore à un sociologue (Jacques Grand\u2019Mai-son) cette mise en garde que vous avez peut-être trop allègrement oubliée et que vous devriez recopier cent fois en guise de pensum: toute idéologie, étant fluide par essence, disparaît quand elle cesse d\u2019être combattante.Vous avez, les premiers, abandonné le combat, proposant en quelque sorte à vos plus irréductibles ennemis une sorte de pacte de non-agression: ne leur avez-vous pas juré vos grands dieux que votre seul désir était de «bien administrer» le Québec; que votre idéal de souveraineté, vous étiez disposés à le mettre dans le fond de votre poche et votre mouchoir par-dessus?Pour les amadouer à tout prix, n\u2019avez-vous pas imité le jeu d\u2019une belle de nuit qui troque ses services à rabais pour racoler la clientèle, n\u2019avez-vous pas sciemment émoussé vos armes?Relisez aujourd\u2019hui la célèbre «question» du Référendum: avec le recul du temps, elle montre encore mieux ce qu\u2019elle était vraiment: une dilution imbuvable d\u2019un idéal sacré.Tout ça rappelle un certain plat de lentilles.Pour gagner quelques appuis hypothétiques et d\u2019ailleurs très «ponctuels» (comme celui de Léon Dion), vous avez à ce point édulcoré l\u2019enjeu de ce Référendum que plusieurs péquistes authentiques et sincères ne se sont même pas montré le bout du nez, ce mémorable 20 mai.S\u2019il subsiste un espoir, si la situation n\u2019est pas irrémédiablement gâchée, vous le devez en grande partie à de tels irréductibles.Ils n\u2019ont pas changé d\u2019idée, vous le savez bien, au fond.Ils ne vous ont pas «abandonnés».Leur lassitude ne vient pas d\u2019une foi vacillante, bien au contraire: c\u2019est plutôt la fermeté de leur idéal qui leur interdit les compromis, les «replis stratégiques», les prétendus «reculs pour mieux sauter».L\u2019idéologie, chez eux, ne s\u2019est pas éteinte, parce qu\u2019ils sont encore et toujours prêts à combattre.Et vous, l\u2019êtes-vous? LE PROJET ÉDUCATIF QUÉBÉCOIS 269 Le projet éducatif québécois) par MARCEL LAFLAMME, Ph.D.Introduction On commence à s\u2019interroger sur certaines erreurs de la révolution tranquille, qui fut caractérisée par une croissance sauvage et une éducation aveugle.Raymond Garneau, lors d\u2019une entrevue, mentionnait que la révolution tranquille dont il fut un élément actif s\u2019est réalisée sous le couvert d\u2019une grande naïveté, face à l\u2019État apte à régler tous nos problèmes.On a appris à la population à tolérer l\u2019intolérable; mais le temps des évaluations est venue, car le système est en crise de toute part.Afin d\u2019éviter de répéter les mêmes erreurs d\u2019une réforme à l\u2019autre, il faut porter le débat sur les questions d\u2019ensemble: autant les orientations philosophiques de l\u2019éducation que les structures scolaires.Le tout doit se faire en vue de reprendre contact avec l\u2019essentiel: les appentissages, les personnes, l\u2019acte pédagogique.Beaucoup de connaisseurs attestent qu\u2019il n\u2019y a pas de réforme plus essentielle au Québec que celle de l\u2019école; car c\u2019est en même temps un questionnement sur notre projet de société, une revision du travail, du contrat social, du syndicalisme.I - Diagnostic du système éducatif Pour les fins d\u2019évaluation du système scolaire, nous nous inspirons du modèle de A.N.TURNER (1961); adapté au milieu éducatif, le schéma conceptuel comprend cinq catégories de variables séquentielles: le contexte culturel, le contexte organisationnel, l\u2019orientation philosophique, le comportement émergent des agents et les conséquences qui en résultent.(Voir figure I.) L\u2019avantage de ce cadre conceptuel est de fournir un éclairage sur les grandes questions d\u2019ensemble, tout en évitant de se perdre dans les détails de la «forêt».1.Étude donnée aux SSJB, au Domaine Saint-Laurent, à Compton, les 22 et 23 septembre 1984. 270\tL\u2019ACTION NATIONALE 1.1\tLe contexte culturel Une ethnie culturelle prédomine au Québec, c\u2019est celle de la communauté francophone.Trois courants culturels principaux marquent la communauté francophone: une culture humaniste et chrétienne, une culture anglo-saxonne matérialiste et individualiste et l\u2019idéologie marxiste prônée par certaines élites.1.1.1\tL\u2019esprit français Nos assises ethniques ont donné lieu à une culture d\u2019une grande densité humaniste; son expression se manifeste premièrement par la langue française et, au niveau des usages et coutumes, selon Minville2, elle présente quatre caractères fondamentaux: \u2022\tElle est personnaliste: \u2014\tvoit dans l\u2019homme un être doué d\u2019intelligence et de volonté libre, appelé comme tel à une vocation personnelle dont il est le maître artisan et le seul responsable devant le temps et devant l\u2019éternité.\u2022\tElle est qualitative: \u2014\tconçoit l\u2019accomplissement de l\u2019homme lui-même et de ses aspirations vers la beauté, la bonté et la vérité.\u2022\tElle est communautaire: \u2014\tconçoit la société comme une entité organique dont chaque communauté est ordonnée au bien commun, en définitive à l\u2019épanouissement des personnes.\u2022\tElle est spiritualiste: \u2014\tconçoit les valeurs et les activités humaines comme hiérarchisées et ordonnées à la vocation naturelle et surnaturelle de l\u2019homme.C\u2019est par fidélité à cette culture que nos ancêtres ont combattu pendant plus de douze générations sur le continent américain.1.1.2\tCulture anglo-saxonne, matérialiste, individualiste et libérale 2.E.Minville, La vie économique /, Fides et Presses HEC, Montréal, 1979 p.155 à 159. LE PROJET ÉDUCATIF QUÉBÉCOIS FIGURE I 271 GRILLE-SYNTHÈSE DIAGNOSTIC DU MILIEU SCOLAIRE 1\t2\t3\t4\t5 Contexte culturel\tContexte organisationnel\tOrientation philosophique\tComportement émergent (agents)\tConséquences (Étudiants et société) \t>\t\t\t\t 1.1 Esprit français (Fluma- nisme chrétien)\t2.1 Monopole étatique sur les écoles\t3.1 Pensée catholique (homme fraternel)\t4.1 Démotivation\t5.1 Insatisfaction 1.2 Culture améri- caine, matéria- liste, indivi- dualiste, libérale.\t2.2 Monopole syndical sur les professeurs\t3.2 Pensée industrielle (homme économique)\t4.2 Confusion (contradic- toire)\t5.2 Faibles réalisations 1.3 Influence marxiste\t2.3 École technobureaucratique\t3.3 Pensée marxiste (homme révolu- tionnaire)\t4.3 Conflits perpétuels\t5.3 Détérioration de la collectivité (entropie) \t\t3.4 Pensée libertaire (homme individualiste)\t\t \t^\t\t*\t\t*\t\t^\t
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