L'action nationale, 1 février 1984, Février
[" /Action NATIONALE Volume LXXIII, numéro 6, février 1984 AVEC LE TRAVAIL, ÇA VA! OU PRESQUE! MAIS AVEC LE CHÔMAGE?RIEN NE VA! mësz La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Thérèse Dionne-Picard Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 481 F ActlOn NATIONALE Volume LXXIII, numéro 6, février 1984 TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL-l:\tOttawa pris au piège.483 ÉDITORIAL-II:\tUne Académie des sciences.\t486 ÉMILE BOUVIER:\tÉconomie à pleine vapeur et chômage permanent.489 MARCEL\tLa participation des LAFLAMME:\ttravailleurs .507 ODINA BOUTET:\tLe poumon artificiel.514 VIATEUR BEAUPRÉ:\tL\u2019esprit du syndicalisme de masse.521 FRANÇOIS\tL\u2019influence du droit dans la MORNEAU:\tsociété québécoise.528 ROGER DUHAMEL:\tDe Nord-Sud à Est-Ouest.\t534 LÉANDRE FRADET:\tAffirmation du fait français en Amérique.544 ROGER DUHAMEL:\tPetite histoire d\u2019un attentat avorté .549 MICHEL\tLes tanks connaissent BRINDAMOUR:\tla vérité.553 AXEL MAUGEY:\tRelecture du livre d\u2019André Siegfried.555 PATRICK ALLEN:\tÀ l\u2019affût de l\u2019actualité.561 MICHEL LAÇASSE:\tDescription d\u2019un village industriel de la Beauce: La Guadeloupe.570 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois 482 L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2ième semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien OTTAWA PRIS AU PIÈGE 483 Éditorial-1 Ottawa pris dans son piège constitutionnel par RENÉ BLANCHARD (SNQ \u2014 Centre du Québec) Le gouvernement fédéral est pris dans le filet de sa Charte des Droits.C\u2019est ainsi, une fois de plus, que l\u2019on constate que sans données précises, toute discussion, même constitutionnelle, est ridicule.L\u2019histoire dira que c\u2019est parce que les promoteurs de la nouvelle constitution canadienne n\u2019ont pas voulu s\u2019en remettre aux données socio-politiques dégagées par les rapports Laurendeau-Dunton et Pépin-Robarts, que la Charte des Droits qu\u2019ils ont pondue dans une hâte fébrile, au cours de la dernière nuit d\u2019une conférence honteuse, risque de faire sauter la cohérence des institutions du pays.On aura beau inventer des mesures d\u2019urgence, tel le Bill Cl57, pour colmater les brèches ouvertes par cette tapageuse Charte des Droits individuels, on ne pourra éviter la remise en question des relations d\u2019autorité entre l\u2019État et les citoyens, ni faire prédominer le collectif sur le particulier.Depuis le temps que, visant le Québec, l\u2019on rabaisse le collectif au profit de l\u2019individuel, voilà un juste retour des choses \u2014 c\u2019est l\u2019effet boomerang traditionnel que ménage aux «déviants» le mépris des données fondamentales.À chercher à avoir tout le monde, voilà que le fédéral est pris à son piège.Voici ce qu\u2019en dit, le 30 septembre 1983, l\u2019éditorialiste du Devoir, Lise Bissonnette, commentant la décision du juge Alex Cattanach de la Cour fédérale.Dans un jugement de 9 pages, le savant juge a reconnu à la Coalition Canadienne contre les essais du missile Cruise en sol Canadien le droit de réclamer une injonction pour suspendre la décision du Cabinet fédéral à ce sujet: «Pour l\u2019heure, la déconfiture des plaideurs fédéraux confirme au moins une chose: écrite à toute vitesse, et négociée avec neuf provinces dans l\u2019affolement d\u2019une dernière nuit de conférence constitutionnelle, la Charte est en train de 484 L\u2019ACTION NATIONALE causer à ses auteurs des problèmes non seulement imprévus, mais d\u2019une inquiétante ampleur.Les opposants à l\u2019essai des Cruise s\u2019appuient sur l\u2019article 7 de la Charte des droits qui proclame le droit de chacun \u2018à la vie, à la liberté, et à la sécurité de sa personne\u2019.Selon eux, ces essais en territoire canadien pourraient directement menacer la sécurité des Canadiens, ce que le gouvernement nie évidemment.Mais ce même gouvernement, affirme le juge Cattanach, s\u2019est clairement et volontairement soumis à la suprématie de la Charte; en son article 32, celle-ci s\u2019applique \u2018au Parlement et au gouvernement du Canada\u2019.Le pouvoir fédéral réplique que la Charte des droits n\u2019a jamais voulu annuler le principe constitutionnel britannique, importé au Canada, qui protège les décisions proprement politiques de l\u2019ingérence des tribunaux.C\u2019était vrai avant l\u2019adoption de la Charte des droits, dit le juge, mais le texte de la Charte a fait disparaître cette étanchéité».Pour le fédéral, la seule façon de colmater cette brèche sera de recourir à la règle «nonobstant» exigée par les provinces et que M.Trudeau qualifiait de honteuse, et passer une loi lui permettant de contourner sa propre Charte! Ce sera le ridicule politique consommé.L\u2019auguste papier signé par la reine s\u2019en remettra encore moins que de cette mésaventure qui lui valu d\u2019être récemment passé à l\u2019encre rouge par un opposant, fanatiquement loyaliste! La réforme constitutionnelle de M.Trudeau se révèle donc déjà un replâtrage de mauvaise qualité sur un sépulcre blanchi.Sonnez donc, trompettes de 1981, le rappel du peuple oublié dans la nuit des longs couteaux du 11 novembre! Il vaut mieux, de toute façon, se remettre à table et discuter à partir des données historiques certaines, qui sont d\u2019ailleurs évidentes, et qu\u2019on pourrait résumer ainsi: a)\til y a deux nations en ce pays; b)\tla Confédération de 1867 fut un pacte entre les deux groupes fondateurs, l\u2019un français, l\u2019autre anglais; c)\til appartient seulement à ces deux groupes, dûment et légalement représentés et volontairement réunis, de modifier ou de réaménager la Constitution de ce pays. OTTAWA PRIS AU PIÈGE 485 Sans l\u2019admission préalable de ces données fondamentales, toute la discussion politique ne mène à rien, sinon à des conflits interminables et au sabotage des institutions.Et les savants juges qui doivent assurer le respect de l\u2019article 7 de la Charte actuelle deviennent, à leur corps défendant, des anarchistes au terme du Bill C157 sur la sécurité de l\u2019État.C\u2019est vraiment le chaos qui s\u2019annonce! REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMERIQUE FRANÇAISE fondée en 1947 par Lionel Groulx 4 forts numéros par année NOM.ADRESSE BULLETIN D\u2019ABONNEMENT $20.00 $10.00 $20.00 $40.00 Abonnement régulier (comprenant la cotisation de membre de l\u2019IHAF) Abonnement étudiant (avec pièce justificative \u2014 comprenant la cotisation de membre de l'IHAF) Abonnement institutionnel (sans cotisation de membre) Abonnement de soutien REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué\t\u2019 H2V3R6 Tél.: 271-4759 486 L\u2019ACTION NATIONALE Éditorial-2 Pour une Académie des sciences au Québec par MICHEL BROCHU Le Québec possède, à l\u2019heure actuelle, 2 Académies: l\u2019Académie canadienne-française, fondée en 1944, composée de 40 membres, comme sa sœur aînée fondée par le Cardinal de Richelieu en 1635.Cette Académie, très active et prestigieuse, n\u2019a malheureusement pas de maison propre; l\u2019Académie des Sciences morales et politiques a été fondée en 1948, mais elle n\u2019a jamais été aussi vivante que la première et semble, à toutes fins pratiques, en veilleuse prolongée.Une Académie des sciences manque encore au Québec.Sa grande aînée de Paris a été fondée par Colbert, en 1666.En mai 1959, j\u2019avais, sous le pseudonyme de Michel le Droit, proposé dans le Devoir, la création d\u2019une Académie des sciences au Québec, mais le sujet n\u2019avait pas été développé en profondeur dans cet article qui touchait au problème général de la recherche scientifique.Presque 25 ans après cette première suggestion, qui était restée sans écho, il convient de reprendre cette question, afin qu\u2019elle débouche sur une réalité concrète.Le Québec, durant le dernier quart de siècle, a triplé le nombre de ses universités, quadruplé le nombre de ses centres de recherches et de ses publications scientifiques et, au moins, quintuplé le nombre de ses chercheurs relevant des universités ou de certains ministères.Comme corollaire à cette évolution favorable, la production scientifique du Québec s\u2019est considérablement développée, tant en qualité qu\u2019en volume.Cette situation et la maturité scientifique du Québec rendent éminemment souhaitable, urgente même, la création d\u2019une Académie des sciences au Québec. UNE ACADÉMIE DES SCIENCES 487 Cette Académie gagnerait à être mise sur pied par le gouvernement du Québec au plus haut niveau, avec la collaboration étroite des hommes de science québécois et de leurs associations.L\u2019action et l\u2019orientation futures de cette Académie pourraient, en partie, s\u2019inspirer de celles de son aînée de Paris, mais devraient remplir un rôle plus large et plus dynamique.Cette Académie devrait, entre autres, être responsable de projets scientifiques d\u2019envergure, comme la participation structurée du Québec aux programmes des futures années géophysiques internationales et avoir la direction de deux ou trois bases scientifiques, avec observations à caractère permanent dans les régions arctiques et subarctiques du Québec, ce qui n\u2019a encore pu être mené à bien.Il va de soi que la condition première de viabilité de la future Académie des sciences du Québec est qu\u2019elle soit puissamment dotée, afin qu\u2019elle puisse remplir sa mission, qui va bien au-delà de ce que les universités ont pu réaliser à ce jour.Il est non moins évident que cet organisme, qui sera le seul de langue française sur le continent américain, aura pour mission inhérente complémentaire de favoriser et de patronner exclusivement des recherches dont les résultats seront publiés en français: il s\u2019agit là d\u2019une orientation nécessaire, puisque les auteurs qui désirent publier en anglais ont tout loisir de le faire dans les revues étrangères, canadiennes ou américaines.Cette nouvelle Académie devrait normalement tenir des séances régulières (en alternance à Québec et à Montréal) où seraient présentées les communications à être publiées dans les comptes rendus de séances.Les grandes sections de cette Académie pourraient être celles des sciences de la terre et de la mer, des mathématiques, de la physique, de la chimie, de la botanique, de la zoologie et de la biologie.La médecine devrait être laissée de côté, en raison probable et souhaitable de la création d\u2019une Académie de médecine du Québec.Un organisme aussi complexe doit, de toute nécessité, être abrité dans des locaux spacieux sans être luxueux, à seule fin de remplir sa mission convenablement. 488 L\u2019ACTION NATIONALE Pour l\u2019Amérique d\u2019expression française, une Académie des sciences à l\u2019action dynamique, soutenue et vigoureuse est devenue absolument indispensable et le foyer de cette Académie ne peut être que le Québec.Le gouvernement de ce pays saura-t-il le comprendre et mesurer l\u2019importance de cette proposition?SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 ÉCONOMIE À PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 489 r Economie à pleine vapeur et chômage permanent par ÉMILE BOUVIER, S.J., professeur d\u2019économie à l\u2019Université de Sherbrooke I\u2014 Chômage et plein emploi Toute discussion sur le chômage commence par une polémique: qui est chômeur?Qui est demandeur d\u2019emploi?Qui est chômeur officiel?Qui est chômeur officieux?Statistique Canada nous répond en suivant la définition du Bureau international du Travail: «Est chômeur celui qui remplit quatre conditions: être dépourvu d\u2019emploi, être à même de travailler, être à la recherche d\u2019un emploi rémunéré et être disponible immédiatement.» Malgré cette apparence limpide, cette définition n\u2019est pas complète: qui déterminera l\u2019aptitude au travail, qui mesurera l\u2019ardeur à chercher un emploi?qui comptabilisera les chômeurs découragés qui abandonnent le marché du travail?Au Canada, l\u2019information statistique sur l\u2019activité, l\u2019emploi et le chômage nous vient de l\u2019enquête mensuelle par Statistique Canada sur la population en âge de travailler (15 ans et plus).Tous les mois, un échantillon constamment renouvelé de plus de 55,000 ménages répartit la population en âge de travailler en trois catégories: les personnes occupées, les chômeurs, les inactifs.Les personnes occupées sont celles qui pendant la semaine de l\u2019enquête ont effectué un travail rémunérateur à temps plein ou à temps partiel ou qui avaient un emploi mais ne pouvaient pas travailler à cause de maladie, d\u2019invalidité, de conflits de travail.Les chômeurs sont ceux qui étaient sans emploi pendant la semaine de référence mais qui avaient activement cherché du travail au cours des quatre semaines précédentes et étaient prêts à travailler.La population active comprend les employés et les chômeurs.Les inactifs comprennent tous ceux qui sont en âge de 490 L\u2019ACTION NATIONALE travailler mais ne font pas partie de la population active.Le taux de chômage et le pourcentage de la population active que forment les chômeurs se présentent de la façon suivante: (pour septembre 1983, population de 15 ans et plus1) En âge de travailler (PAT) Personnes en emploi (EM) Chômeurs (CH) Population active (PAC = EM + CH) Inactifs (IN = PAT - PAC) Taux d\u2019activité TAC = PAC PAT Taux de chômage = CH = ch PAC 4.980.000 2.643.000 382,000 3.025.000 4,980,000-3,025,000 = 1,955,000 60,6% 12,6% En avril 1983, pour la première fois, le nombre des chômeurs au Canada s\u2019est élevé au niveau de 2,000,000, c\u2019est-à-dire 1,993,000, dont 1,658,000 chômeurs déclarés et 335,000 chômeurs découragés ou cachés, ce qui aboutit à un chômage de 12,6%.Au Québec, le nombre des chômeurs s\u2019élevait à 621,000, dont 473,000 chômeurs officiels et 148,000 chômeurs découragés.En juin 1983, Statistique Canada compte 1,452,000 chômeurs officiels: si on ajoute 300,000 chômeurs découragés on aboutit à 1,752,000.Le Québec, en juin 1983, compte 438,000 chômeurs officiels et 150,000 chômeurs découragés, ce qui fait un total de 588,000 chômeurs.Pour bien mesurer l\u2019étendue du chômage, il faut distinguer entre les chômeurs officiels et les chômeurs cachés ou non déclarés.Les premiers sont comptabilisés par Statistique Canada et désignent les personnes sans emploi qui en avaient cherché un 1.Statistique Canada.La population active, n° 71-001, Ottawa. ÉCONOMIE À PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 491 activement au cours des 4 dernières semaines de référence et qui étaient prêts à travailler.En octobre 1983, Québec comptait 379.000\tchômeurs officiels.Les seconds comprennent deux catégories de personnes inactives: celles qui, à force de chercher du travail sans succès au cours des six derniers mois, sont persuadées qu\u2019elles n\u2019en trouveront pas et ont cessé toute recherche.En octobre dernier (dernier mois disponible), on en répertoriait 41,000 au Québec.Une seconde catégorie de chômeurs cachés, qui n\u2019apparaissent pas parmi les chômeurs officiels publiés chaque mois, est formée des personnes mises à pied qui attendent une réponse favorable d\u2019un employeur ou un rappel au travail de leur précédent patron.De ce fait, elles ne désirent pas s\u2019orienter ailleurs et se contentent d\u2019attendre passivement: même si les statistiques mensuelles les oublient, on en dénombre 34.000\tau Québec.Si l\u2019on regroupe ces deux types de chômeurs cachés, ils totalisent 75,000 au Québec, ajoutant 20% aux effectifs officiels de 379,000, soit un total réel de 454,000 candidats à l\u2019emploi.Un tableau général pour le Canada refléterait 146,000 chômeurs cachés pour le Canada en octobre 1983.Tableau I Le chômage caché au Canada (en milliers) 1983\tQuébec\tOntario\tC.Britannique\tCanada Octobre\t75\t19\t16\t146 Juillet\t98\t27\t16\t178 Avril\t119\t41\t17\t232 Janvier\t124\t39\t22\t244 Octobre 1982\t84\t29\t22\t170 Juillet\t114\t31\t16\t201 Avril\t110\t24\t12\t197 Janvier\t97\t23\t8\t177 Octobre 1981\t49\t15\t4\t98 Juillet\t67\t18\t5\t116 Source: Statistique Canada. 492 L\u2019ACTION NATIONALE D\u2019après un document fédéral intitulé Stratégie industrielle pour le Québec (1983), le taux de chômage restera supérieur à 13%, d\u2019ici 1988.MM.Parizeau et McDonald abondent dans le même sens.Devant le pessimisme anticipé de la Commission McDonald (Financial Post, 11/06/83), qui analyse les problèmes économiques canadiens, les mémoires découvrent de multiples causes qui n\u2019ont pas toutes le même poids et qui s\u2019entrecroisent: la crise, la natalité, le travail noir, la femme au travail, la croissance, la flambée des prix, le virage technologique, les taux d\u2019intérêt et l\u2019inflation.Mme S.Ostry, économiste en chef de l\u2019OCDE, se montre prudente et réservée dans la prétendue reprise des affaires.Pour elle, l\u2019économie même à pleine vapeur ne pourra maîtriser ce chômage officiel et officieux qui détraque l\u2019économie canadienne.Même avec la relance des affaires, nous ne connaîtrons pas les mêmes taux élevés d\u2019emploi.Les chômeurs ne pourront plus réintégrer les postes qu\u2019ils occupaient.Le triste bilan du rendement de l\u2019entreprise canadienne sur les marchés internationaux en est la preuve.Sur les quelque 24 nations industrialisées de l\u2019OCDE de 1976 à 1981, le taux moyen de croissance du PNB réel par employé était en moyenne de 2,10.Le Japon, en tête de file, affiche un taux de croissance de 3,34, suivi de la France avec 2,21, de l\u2019Amérique avec 2,07, de l\u2019Italie avec 1,71, du Royaume-Uni avec 1,51, de la Suisse avec 1,49, de l\u2019Australie avec 1,47, des États-Unis avec 0,44 et du Canada avec 0,39.De plus, la récession, la pire depuis celle de 1930, affiche des prix élevés des matières premières, de la main-d\u2019œuvre, des hausses implacables de taux d\u2019intérêts, la chute du dollar, autant de facteurs qui obligent les entreprises à réduire les coûts, à licencier des travailleurs, à fermer les usines.Les disputes syndicales et patronales, les recours aux grèves, aux ralentissements de production obligent les employeurs à recourir à la technologie et à la substitution de la main-d\u2019œuvre par le capital.De plus en plus, l\u2019économie développe un nouveau type de chômage qui ne peut plus être qualifié de cyclique et marqué de mouvement de reprise, parce qu\u2019il ne peut disparaître une fois ECONOMIE À PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 493 les stocks épuisés.Travailleurs et travailleuses ne pourront plus réintégrer le poste qu\u2019ils auront quitté, parce que leur tâche désormais s\u2019effectuera à l\u2019aide d\u2019ordinateurs, de robots, d\u2019appareils électroniques, de machines sophistiquées.Dans un congrès récent, VAmerican Management Association escompte que même avec une relance économique complète, l\u2019embauche des entreprises n\u2019atteindra plus les niveaux d\u2019emploi de la pré-récession.On se trouve en présence d\u2019un chômage, comme l\u2019indique le tableau II, qui s\u2019accentue et qui échappe de plus en plus à la responsabilité des groupes sociaux, des entreprises et même des gouvernements.Tableau II Taux de chômage dans sept pays de l\u2019OCDE Pays\t1965\t67\t70\t73\t75\t77\t80\t81\t82\t83 États-Unis\t4,4\t3,7\t4,8\t4,7\t8,3\t6,9\t7,0\t8,2\t10,5\t10,2 Japon\t1,2\t1,3\t1,1\t1,3\t1,9\t2,0\t2,0\t2,2\t2,4\t2,7 Allemagne\t0,3\t1,3\t0,8\t0,9\t3,7\t3,7\t3,1\t5,3\t7,1\t7,3 France\t1,5\t1,9\t2,4\t2,6\t4,1\t4,7\t6,3\t2,7\t8,1\t8,0 Royaume-Uni\t2,3\t3,4\t3,1\t3,0\t3,9\t6,2\t7,4\t12,1\t12,9\t13,5 Italie\t5,3\t5,3\t5,3\t6,2\t5.8\t7,0\t7,4\t8,9\t9,0\t9,6 Canada\t3,6\t3,8\t5,6\t5,5\t6,9\t8,0\t7,5\t8,4\t12,7\t12,6 Québec\t5,9\t5,3\t7,9\t7,4\t8,8\t10,3\t9,9\t11,9\t14,7\t13,5 Source: Perspectives économiques, 1981, 1982, 1983 OCDE Avant de clore cette discussion, il importe de distinguer entre le chômage conjoncturel et le chômage structurel.Le chômage conjoncturel est celui qui peut être éliminé à court terme par la création d\u2019une demande globale très forte de biens et de services, v.g., une baisse de chômage de 8,4 en 1961 à 4,1 en 1966 a supprimé pratiquement le chômage conjoncturel.Le chômage structurel est le taux minimum de chômage incompressible, quelle que soit la vigueur de la demande globale.C\u2019est ce chômage minimum que les économistes estimaient à 3% dans les années 50-60.Ce nouveau type de chômage qu\u2019on appelle aussi normal ou naturel s\u2019installe dans l\u2019économie moderne comme un phéno- 494 L\u2019ACTION NATIONALE mène endémique qui ne subit plus les variations du cycle des affaires, qui n\u2019est pas appelé à disparaître lorsque les inventaires et les stocks seront épuisés.Les travailleurs en chômage ne pourront plus réintégrer leur poste de travail, parce que la tâche quittée s\u2019effectuera à l\u2019aide d\u2019ordinateurs, de robots, d\u2019appareils électroniques, et d\u2019équipements sophistiqués.Pour mesurer la gravité de ce chômage permanent, il faut alors définir le plein emploi.On le définit d\u2019ordinaire comme la situation du marché du travail où tous les travailleurs en état de travailler peuvent le faire.Il implique donc une variable permanente qui est celle du taux de chômage intégré, i.e.un taux qui devrait varier de 3% à 5%, mais qui dans la conjoncture actuelle oscille aux environs de 8% à 13%.Au Canada, quelques économistes ont avancé des taux de chômage naturel différents: \u2014\tle Bureau International du travail: 3%; \u2014\tle Conseil économique du Canada: 3% \u2014 4%; \u2014\tle «Conference Board»: 5% (\u201973-\u201976); \u2014 Conference Board: 6,4% (\u201979); \u2014 F.Delorme: 6,6% (\u201978); \u2014 P.Fortier (U.Laval): 6,6% (\u201978); \u2014 C.Beige (U.T.): 7 à 8% (\u201982); \u2014 M.Lalonde: 7 à 8% (\u201983); \u2014 J.Parizeau: 13% de \u201983-862.Même si l\u2019économie devait tourner à pleine capacité, le plein emploi devrait se concilier avec un taux de chômage qui varierait de 8% à 13%.Plus le taux de chômage est bas, moins l\u2019économie doit faire effort pour maintenir le plein emploi: plus le taux est élevé, plus le gouvernement doit faire effort pour maintenir un réservoir de chômeurs financés par des injections massives de dépenses pour des programmes d\u2019emploi et des travaux publics.II\u2014 Les coûts économiques du chômage Toutefois, avant de se lancer dans l\u2019aventure des dépenses 2.Il faut noter que Mesdames Bellemare et Poulin le maintiennent à 3,5%. ÉCONOMIE A PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 495 publiques, tout gouvernement doit se laisser guider par des principes sociaux et par la loi des coûts-bénéfices dans ses décisions économiques.Dans son encyclique sur le Travail humain, Jean-Paul Il nous rappelle certaines vérités primordiales: «Le travail est une obligation, un devoir de l\u2019homme et ceci à plusieurs titres.L\u2019homme doit travailler parce que le Créateur le lui a ordonné et aussi du fait de son humanité même dont la subsistance et le développement exigent le travail.L\u2019homme doit travailler par égard pour le prochain, spécialement pour sa famille, mais aussi pour la société à laquelle il appartient, pour la nation., pour toute la famille humaine dont il est membre.Tout cela constitue l\u2019obligation morale du travail.» En parlant de l\u2019obligation du travail et des droits du travailleur correspondant à cette obligation, il faut distinguer entre l\u2019employeur direct et l\u2019employeur indirect.Le premier est la personne ou l\u2019institution avec lesquelles le travailleur conclut directement le contrat de travail et le second comprend les personnes, les institutions, les politiques qui déterminent le système socioéconomique et assurent le plein emploi.En considérant les droits des travailleurs avec cet employeur indirect, on doit privilégier un problème fondamental, celui d\u2019avoir un travail, de fournir un emploi adapté à tous les sujets qui en sont capables.L\u2019employeur indirect doit donc pourvoir à une planification globale.Ce souci global pèse avant tout sur l\u2019État, mais n\u2019implique pas une centralisation opérée unilatéralement par les pouvoirs publics; il signifie plutôt une coordination, une concentration de personnes, de groupes, d\u2019associations et d\u2019institutions en vue du plein emploi.Parmi les pressions qui s\u2019exercent sur ces pouvoirs, mentionnons les coûts économiques.En effet, qui peut prendre sur soi le poids économique du chômage?La conception populaire des coûts du chômage se limite d\u2019ordinaire aux prestations d\u2019assurance-chômage et aux déboursés de l\u2019aide sociale.Le chômage, selon l\u2019expression populaire, entraîne des pertes de salaires compensées partiellement par l\u2019assurance-chômage et l\u2019aide sociale.Mais cette façon de concevoir les coûts du chômage est erronée à deux points de vue: A) la compensation financière aux chômeurs se limite, au Canada, à 496 L\u2019ACTION NATIONALE 60% du salaire brut assurable qui ne peut dépasser 315$ en 81 et 350$ en 82; B) le chômage représente une perte de revenus pour la société.La mise au travail des ressources humaines inemployées crée une production de biens et de services qui permet aux chômeurs de gagner un salaire et permet aussi aux entreprises de réaliser des profits, aux employés actuels d\u2019accroître les heures de travail et aux gouvernements de percevoir plus d\u2019impôts.Cet ensemble de revenus engendrés par la production de biens et de services constitue les coûts économiques du chômage.Ces coûts comprennent les coûts directs et les coûts indirects.Les coûts directs comprennent: a)\tles pertes de salaires; b)\tles prestations d\u2019assurance-chômage; c)\tles déboursés de l\u2019aide sociale; d)\tla perte de revenus engendrés par la production des biens et des services résultant des ressources humaines inemployées; e)\tla perte de profits; f)\tla perte d\u2019impôts pour le gouvernement; g)\tla perte d\u2019heures de travail supplémentaires.Bref, ces coûts directs représentent la somme des revenus perdus: pour les chômeurs (la différence entre les salaires et l\u2019assurance-chômage et l\u2019aide sociale); pour les travailleurs et les entreprises (les salaires, les profits et les pertes de productivité); pour les gouvernements (les impôts perdus et les dépenses sociales encourues).Les coûts indirects comprennent: a)\tla perte de revenus pour la société; b)\tles anticipations défavorables aux investissements; c)\tla pollution psychologique et les pertes sociales causées par la maladie et la délinquance.Comment calculer ces pertes de revenus?Par ce que certains spécialistes appellent la loi ou le coefficient d\u2019Okun, cet économiste américain qui a effectué une série de tests pour la période ÉCONOMIE À PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 497 1947-1960 et qui conclut que tout point de pourcentage du taux de chômage supérieur à 4% est associé à une diminution du PNB réel de 3%.En d\u2019autres mots, la perte de production associée à un taux de chômage de 5% plutôt que 4% serait de 3% de la production observée.Cette relation de 1 à 3% entre les variations du taux de chômage et de la production s\u2019appelle la loi d\u2019Okun3 4 5.Cette loi permet de calculer la perte de valeur de la production associée à un chômage supérieur à 4%.Ainsi la perte de production = la production réalisée x (3 x (taux de chômage réalisé-4 j 100 Exemple: si, en 1983, la production = $100 milliards et que le chômage = 10%, la perte de production = $100 m.x production réalisée x (3x_O0-4) = 100x_iL = $18 milliards).100 100 De là, on peut tenter d\u2019évaluer le coût du chômage par son influence sur la baisse du PNB et le coût de la création d\u2019un emploi.Certains économistes du Québec ont risqué quelques chiffres: ils ont évalué le coût du chômeur à $66,237\u201c et le coût de la création d\u2019un emploi à $44,633-'.Pour eux, une politique de création d\u2019emploi serait moins coûteuse qu\u2019une politique d\u2019assurance-chômage.Sans vouloir engager le débat, disons qu\u2019il manque aux paramètres des données importantes sur les investissements à long terme, le rôle du marché et des prix, la productivité, le calcul de la relation entre le capital investi et le rendement.3.\tVoir D.Bellemare et L.S.Poulin, Le plein emploi: pourquoi?Montréal, Trad., 1983, p.77 et s.4.\tBellemare et Poulin, Le plein emploi: pourquoi?Montréal, Trad., 1983, p.77-95.5.\tLacroix & Rabeau.Politiques nationales, régionales.PUM., 1981. 498 L\u2019ACTION NATIONALE III\u2014 À quel pouvoir recourir?Sans recourir aux calculs mathématiques, qui ne semblent pas concluants, on peut tout de même élaborer une politique de plein emploi qui reposerait sur trois pouvoirs fondamentaux: a)\tl\u2019État; b)\tl\u2019entreprise privée; c)\tle jumelage du secteur privé et du secteur public.A) L\u2019État Le plein emploi constitue un bien collectif que l\u2019on fait peser souvent sur l\u2019État qui ne doit pas centraliser mais coordonner les pressions dans un cadre qui garantisse l\u2019initiative des personnes et des groupes libres.Aucun gouvernement n\u2019en peut assumer seul la responsabilité, étant donné que le plein emploi doit être réalisé par l\u2019action inter-dépendante de tous les agents.Quel que soit l\u2019écart entre le coût de l\u2019emploi supprimé et le coût de l\u2019emploi créé, l\u2019on ne peut renoncer à une politique de création d\u2019emploi.Mais celle-ci ne peut pas reposer exclusivement sur l\u2019État, pour trois raisons: La première est que toute intervention de l\u2019État pour prendre en charge la création d\u2019emploi accroît les dépenses publiques et le poids de l\u2019État dans l\u2019économie.Cet accroissement du poids de l\u2019État entraîne une détérioration continue des conditions économiques.Par le tableau III, la part de l\u2019État dans le PNB est passée de 29,1% en 1966 à 47,9% en 1980 et à plus de 50% en 1983.À mesure que la part de l\u2019État s\u2019accroît, le taux de chômage suit une progression parallèle.La même corrélation apparaît entre l\u2019évolution de la part de l\u2019État et les taux annuels de croissance du PIB au Québec.Si on soumettait ces chiffres à une analyse de régression, les résultats aboutiraient au phénomène suivant: chaque fois que les dépenses publiques augmenteraient de 5%, le taux de chômage augmenterait de 1,5%, l\u2019inflation de 3,5%, la productivité chuterait de 1,3% et la croissance chuterait de 0,8%.Un économiste britannique a comparé la croissance économique de 19 pays industrialisés et la conclusion aboutissait au fait que chaque augmentation de 5 points de % dans la part de ÉCONOMIE À PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 499 l\u2019État entraînait une réduction de 1% dans la croissance économique.En conséquence, l\u2019État seul ne peut pas, par l\u2019injection financière, assurer la solution du chômage par la création d\u2019emplois.Tableau III Évolution comparée du poids de l\u2019État (tous niveaux d'administration) dans le PIB et taux de chômage et de croissance ultérieurs \u2014 Québec, 1966-1980 Dépenses publiques Taux de Croissance annuelle totales chômage du PIB réel en °7o du PIB en %\ten % 1966\t29,1\t4,8\t4,2 1967\t30,7\t5,4\t4,2 1968\t32,6\t6,2\t4,1 1969\t33,2\t6,8\t4,7 1970\t35,5\t7,3\t4,7 1971\t38,0\t7,2\t5,9 1972\t38,8\t7,0\t5,9 1973\t39,3\t7,2\t4,5 1974\t41,3\t7,8\t3,5 1975\t44,8\t9,0\t2,4 1976\t43,8\t10,0\t2,6 1977\t46,1\t10,3\t2,9 1978\t46,0\t10,1\t1,5 1979\t45,8\t10,0\t1,0 1980\t47,9\t11,4\t1,9 1981\t\t11,2\t 1982\t\t14,8\t 1983\t50,0\t13,5\t Sources: Statistique Canada, Comptes économiques provinciaux 1966-1981, 13-213 au catalogue; et Statistiques chronologiques sur la population active \u2014 chiffres réels, facteurs saisonniers et données désaisonnali-sées, 71-201 au cat.Les taux de croissance réelle du PIB québécois sont des estimés du Conference Board du Canada.La main-d\u2019œuvre, Stat.Canada, 71-001, sept.1983.Les pouvoirs publics n\u2019auraient qu\u2019à mettre en œuvre des 500 L\u2019ACTION NATIONALE politiques keynésiennes pour stimuler la demande des biens et des services par l\u2019injection des dépenses publiques.Or, cette solution est nettement dépassée.De 1975-76 à 1980-81, le déficit fédéral a totalisé $58 milliards et celui du Québec a dépassé $9 milliards, ce qui n\u2019a pas empêché un accroissement du chômage de 13%.Une deuxième raison qui explique l\u2019impuissance de l\u2019État est que celui-ci finance ses interventions avec des taux d\u2019impôts de plus en plus élevés et que la lourde fiscalité qui s\u2019ensuit décourage les incitations au travail.D\u2019après certaines études, l\u2019impôt entraîne une perte sociale de 0.40 par dollar perçu par les contribuables.En 1966, le salarié québécois devait payer 25% d\u2019impôt sur chaque dollar additionnel de revenu.Ce taux atteint maintenant 43%.Troisième raison, si, au lieu d\u2019augmenter les impôts, l\u2019État laisse croître son déficit, il devra emprunter davantage et exercer des pressions à la hausse sur les taux d\u2019intérêt qui décourageront l\u2019investisseur privé.Quand les administrations publiques détournent à leur profit plus de 50% du PNB et ne réussissent pas à prévenir le chômage, avec quoi espèrent-elles réussir?Il faut donc se demander si l\u2019entreprise privée est à même de supporter une partie du fardeau.B) L\u2019initiative privée\t^ Les hommes d\u2019affaires ne désirent qu\u2019une chose: faire des affaires, vendre leurs produits, réaliser des profits: les salariés désirent travailler et augmenter leurs revenus.Il importe donc de créer un climat de relance et de s\u2019engager dans la déréglementation de l\u2019économie.Il importe que les gouvernements mettent en œuvre une réduction importante des niveaux de fiscalité car ceux-ci peuvent décourager l\u2019initiative individuelle et disloquer une économie québécoise compétitive.Il importe de réduire les dépenses publiques et de s\u2019engager fermement à la déréglementation, de se débarrasser des contrôles multiples qui pèsent sur les prix, les conditions de travail et de reviser le Code du travail dans le but de retirer à l\u2019establishment syndical les pouvoirs démesurés que la loi lui a accordés. ÉCONOMIE À PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 501 Ne l\u2019oublions pas, l\u2019entreprise privée ne peut pas supporter seule le poids du plein emploi.La rentabilité d\u2019une entreprise dépend de paramètres imposés par ses coûts et non pas par les coûts sociaux.Les limites de ses responsabilités sont inscrites par ses moyens financiers et humains.Elle doit donc jumeler ses efforts à ceux de l\u2019État, afin d\u2019assurer l\u2019équilibre social.IV\u2014 Le plein emploi est-il réalisable?C) Le jumelage de l\u2019activité privée et publique L\u2019Organisation internationale du travail sur la politique de l\u2019emploi, adoptée en 1964, a déclenché récemment une discussion sur la crise de la structure des économies mondiales.Le chômage et le sous-emploi constituent une priorité majeure qui affecte les pays industrialisés et en voie de développement.La mondialisation de la production ne permet plus aux économies nationales de rejeter en vase clos le problème de l\u2019emploi.En juin 1983, à Genève, quelque 135 pays membres de l\u2019O.I.T.se sont penchés sur l\u2019article 1 de la constitution de \u201964.«En vue de stimuler la croissance et le développement, tout membre formulera et appliquera une politique active visant à promouvoir le plein emploi, productif et librement choisi.Une telle politique doit être conçue, élaborée et mise en œuvre avec la partie des groupes sociaux et économiques.À ces structures s\u2019ajoute le mécanisme de négociation collective d\u2019institutions politiques qui garantissent le plein emploi.» Les Outils des gouvernements sont de deux ordres: les mesures générales et les mesures sélectives.Les mesures générales, de nature macro-économique, sont commandées par les politiques monétaires, fiscales et commerciales.Les mesures sélectives s\u2019attaquent aux inégalités et disparités régionales au niveau de certains secteurs d\u2019activité, de certaines entreprises, de certains groupes, de certaines populations cibles.Parmi les mesures générales, mentionnons celles qui créent les conditions favorables au maintien de la demande globale, du niveau des investissements, du commerce extérieur et des dépenses gouvernementales.Aussi, pour maintenir le plein emploi, un gouvernement utilisera les leviers de la politique monétaire et fiscale, tarifaire et sociale pour stimuler la consommation l\u2019investissement, le bien-être de la population par l\u2019assurance- 502 L\u2019ACTION NATIONALE chômage, les revenus de transferts, les pensions, l\u2019aide sociale tout en réduisant les impôts et les charges sociales des entreprises.Les mesures sélectives se réaliseront par des incitations aux transferts ou à la création d\u2019entreprises à haute intensité de main-d\u2019œuvre par des incitations financières au partage des emplois disponibles, par la réduction de la durée des heures de travail, la restriction du temps supplémentaire, l\u2019allongement des congés annuels, l\u2019abaissement de l\u2019âge de la retraite, la prolongation de la scolarité obligatoire, l\u2019octroi de congés payés de formation par le financement de programmes spéciaux de travaux publics, tels que des projets de reforestration, d\u2019épuration des eaux, d\u2019incitation au travail pour les assistés sociaux.Mentionnons aussi le programme de prêts aux entreprises et la proposition de 5000 bourses d\u2019affaires de 25,000$ chacune, qui sert de capitaux de risque pour les jeunes gens d\u2019affaires.Le gouvernement fédéral dans son dernier budget attribue cette année près de $1.5 milliard pour la création d\u2019emplois et comme le secteur privé fait face à de graves difficultés, le gouvernement fédéral n\u2019a pas hésité à consacrer $2.4 milliards, en avril dernier, pour venir en aide à l\u2019entreprise privée et l\u2019aider à accélérer des investissements productifs, à accroître les exportations par un tarif spécial et relancer l\u2019emploi.Chaque jour, le gouvernement canadien alloue $2.5 millions aux programmes et services d\u2019emploi destinés aux jeunes.De ce budget, 52% sont consacrés à la formation des jeunes, à l\u2019amélioration de leurs compétences professionnelles et à l\u2019acquisition de celles qui sont et seront en demande sur le marché du travail.Afin de simplifier les programmes du gouvernement canadien, le nouveau ministre de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration, M.John Roberts, a annoncé que les 12 programmes actuels seront fusionnés en quatre grands programmes appelés: Accès-carrière, Compagnie de travailleurs, Canada au travail et Croissance locale de l\u2019emploi.À son tour, le gouvernement du Québec a établi quatre programmes de création d\u2019emplois: ÉCONOMIE A PLEINE VAPEUR ET CHÔMAGE PERMANENT 503 \u2014\tbons d\u2019emploi; \u2014\tretour au travail; \u2014\tchantier Québec; \u2014\tcréation d\u2019emplois communautaires.Parmi ces programmes, mentionnons en partie la stratégie communautaire qui se réalise à Drummondville et à Alma.Cette stratégie comporte d\u2019abord une table de concertation, afin de canaliser dans une même direction des ressources qui travaillent de façon concurrente et souvent opposée: les centres d\u2019emploi du Canada, les centres de main-d\u2019œuvre du Québec, les bureaux d\u2019aide sociale, les municipalités, les groupes populaires d\u2019alcooliques, d\u2019assistés sociaux, de familles monoparentales, des caisses populaires, des employeurs et des fonctionnaires fédéraux et provinciaux.Le budget de l\u2019organisation est assuré à 75% par le gouvernement fédéral et à 25% par le provincial.Elle comporte ensuite un centre opérationnel, cheville ouvrière de la stratégie communautaire d\u2019emploi.C\u2019est là qu\u2019on reçoit les candidats, qu\u2019on les interviewe, qu\u2019on les dirige vers des programmes de formation, en abattant les barrières à l\u2019emploi: formation scolaire insuffisante, absence de moyens de transport, logement inadéquat, perte de l\u2019habitude du travail, gêne devant l\u2019employeur.Afin d\u2019éliminer ces barrières, on établit des entreprises-couloirs.Celles-ci devraient permettre de créer progressivement chez les candidats des habitudes et des conditions de travail se rapprochant le plus possible des autres milieux de travail, afin d\u2019aboutir à une productivité qui se rapproche de celle du marché.Enfin, on établit les dossiers de présentation.À Drummondville, on a monté 450 dossiers de chômeurs qui cherchent de l\u2019aide: 147 sont encore actifs.À chaque mois, s\u2019ajoutent environ 15 nouveaux clients, 53 sont dans le processus, 29 sont en formation, 40 personnes sont en attente d\u2019emploi et 25 sont en emploi.Grâce au jumelage de ces initiatives fédérales, provinciales, municipales et communautaires, l\u2019on pourra créer un réservoir d\u2019emplois qui répondra à ce chômage permanent qui alourdit le fonctionnement normal de l\u2019économie canadienne et québécoise.La nouvelle économie tient plus à la recréation d\u2019un climat 504 L\u2019ACTION NATIONALE 03 X c/2 C 4J OJj = âf i 2 O W a> X '4> O iw s u n ¦o o U c/d a/ 0/ l/ « u- ©D O 5 g* co E a» o i.3 >* 03 3 3 A \u201cO 3 3 3 U x 1/5 In d 3 '«* ë£.ïï û\u2019?o O.3 O «U 3 g S -es S Ç£, 3\t- W ' 3 o O CL °- s c/2 c b \tc/5 3 3 -?\u2014> C/5 c CJ c,& U
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