L'action nationale, 1 juin 1983, Juin
[" //Action NATIONALE Volume LXXII, numéro 10, juin 1983 NUMÉRO SPÉCIAL: LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE COMMENT DONNER UNE ÂME A CES GRANDS CORPS?ppc JLVjIM La Ligue (l\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-présidents: Patrick Allen Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès André Auclair Raymond Barbeau René Blanchard Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Léo Jacques Jean-Marc Kirouac Anna Lagacé-Normand Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Nycol Pageau-Goyette Jean-Marcel Paquette André Provost Albert Rioux Jean-Paul Rioux Pierre Trépanier Claude Trottier Action Nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l'indépendance du Québec 7- Editions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l'avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (5141-337-7244 865 l\u2019ActlOn NATIONALE Volume LXXII, numéro 10, juin 1983 TABLE DES MATIÈRES MARCEL LAFLAMME: La démocratie industrielle au Québec.869 JEAN GENEST:\tUne société nouvelle.895 GILBERT TARRAB:\tLa participation: la perception des gens d\u2019affaires.907 ÉMILE BOUVIER:\tLe choix d\u2019une société.925 PAUL-ANDRÉ\tTricofil, une leçon de dignité.937 BOUCHER: JEAN-LOUIS\tRéflexions sur la «qualité de la vie BERGERON:\tau travail».950 INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES.956 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal ELLE FAIT PARTIE DU MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOIS 866 L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Jean GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques, dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d'envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2'erTU:\u2019 semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 867 ÉDITORIAL Philosophie du présent numéro spécial «Il paraît paradoxal de vouloir l\u2019indépendance du Québec sans avoir au préalable un projet d\u2019identification des millions de travailleurs québécois à la vie économique.» Marcel Laflamme «Aussi longtemps que le système économique, au Québec, sera propriété étrangère à 80%, on ne pourra guère attendre de considération pour les aspirations démocratiques du milieu.» Marcel Laflamme 868 L'ACTION NATIONALE LASSURANCEVIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTÈGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière.L'Assurance-vie Desjardins a diversifié ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés.Elle protège l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie.Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L'Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût.Assurance-vie Desjardins m LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 869 La démocratie industrielle au Québec par MARCEL LAFLAMME, professeur Faculté d\u2019administration, Université de Sherbrooke1 Introduction Après avoir connu au Québec la réforme scolaire des années «60» et la réforme des services sociaux et de santé des années «70», nous pouvons avancer que les années 80 seront celles de la réforme du monde du travail.Une crise généralisée de l\u2019industrialisme commande l\u2019indispensable reconversion des organisations en mettant en question les fondements des sociétés à capitaux anonymes et les modes d\u2019organisation scientifique qui aliènent l\u2019homme.Trop de signes entropiques manifestent cette détérioration au travers des maladies de civilisation, des conflits sauvages et des basses performances.Le défi est de battre en brèche les conceptions mécanistes de l\u2019organisation où la personne se confond avec l\u2019instrument de production ou avec la marchandise.À l\u2019encontre du modèle technicien, les nouvelles approches sociales consistent à faire du travailleur un associé, un partenaire actif.La fiabilité des contributions est assurée par la fierté d\u2019appartenance, une réciprocité activement vécue entre l\u2019organisation et ses membres tant au niveau du contrat économique (partage de l\u2019avoir) que du contrat psychologique (épanouissement de l\u2019être).L\u2019esprit de corps si nécessaire pour obtenu- des organisations performantées est le résultat d\u2019un meilleur équilibre entre capital et travail, c.-à-d., une plus grande démocratie industrielle impliquant un partage des avoirs, des pouvoirs, des 1.L\u2019article qui suit apparaît dans l\u2019ouvrage collectif: La psychologie organisationnelle au Québec, sous la direction de M.Gilbert Tarrab, récemment édité par la Maison Chenelière et Stanké (2127, rue Guy \u2014 Montréal \u2014 H3H 2L9).Nos remerciements à M.Tarrab pour la permission de reproduire ici cet important article.NDLR.L\u2019auteur est membre du groupe de la qualité de vie au travail (Q.V.T.) de la Faculté d\u2019administration de l\u2019Université de Sherbrooke. 870 L\u2019ACTION NATIONALE savoirs et des vouloirs dans l\u2019entreprise.Déjà, au début du siècle, Alphonse Desjardins mentionnait que «la société de demain appartiendra à l\u2019association».Le présent chapitre sur la démocratie industrielle au Québec comprend les trois parties suivantes: \u2022\tdes valeurs inspiratrices; \u2022\ttypologie des formes de démocratie industrielle; \u2022\tdynamisation de la démocratie industrielle au Québec.A.Des valeurs inspiratrices La démocratie industrielle se manifeste au sein d\u2019un contexte sociétal et valoriel donné.Notre première section introduit le lecteur à certaines tendances lourdes au niveau des valeurs sous-jacentes à la démocratie industrielle.Premièrement, au plan individuel, nous nous référons au besoin de plus en plus crucial du développement intégral de la personne, ceci renvoyant à une philosophie personnaliste.Deuxièmement, comme effet de ce besoin de plus être par rapport au plus avoir, nous pouvons observer l\u2019émergence d\u2019un courant post-matérialiste caractérisé par un mode de vie plus réaliste et simplifié.Finalement, au plan opérationnel, à l\u2019encontre des voies préconisées par New-York ou Moscou, un mouvement association-niste prend corps, en favorisant un meilleur équilibre capital-travail au sein des organisations économiques.1.1 Une conception de l\u2019individu: le personnalisme Notre société industrielle s\u2019identifie à l\u2019anti-personna-lisme, où l\u2019individu se fait émietter et devient un rouage inorganique au service d\u2019une technostructure engendrant le règne de l\u2019anonymat et de l\u2019aliénation.Fondamentalement, les théories classiques de gestion considèrent le travailleur moyen comme suit : il préfère la sécurité avant tout, ainsi que l\u2019unique satisfaction de ses besoins primaires; il a peu d\u2019ambition et il est indifférent aux finalités organisationnelles; il a un dégoût du travail et il cherche à éviter l\u2019effort physique ou mental; il préfère qu\u2019on lui dise exactement quoi faire et pour ces raisons, la majorité des personnes doivent être dirigées et contrôlées étroitement, pour fournir leur part de contribution aux objectifs de l\u2019organisation. LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 871 Cette théorie prend l\u2019allure d\u2019une prophétie qui se réalise d\u2019elle-même; c\u2019est une erreur de cause à effet, le comportement n\u2019étant pas une conséquence de la nature humaine mais se trouvant plutôt relié à la nature de l\u2019organisation.Que l\u2019employé soit devenu paresseux, indifférent, intransigeant est, en d\u2019autres mots, en relation directe avec la philosophie, le style et les pratiques managériales.C\u2019est le manque de considération pour la personne qui semble commander toujours de plus hauts salaires pour une productivité de plus en plus faible et un climat social de plus en plus négatif: absentéisme, roulement, alcoolisme, désintéressement, hostilité, griefs, grèves, etc.Emmanuel Mounier affirme que «la structure économique la plus rationnelle, si elle s\u2019établit au mépris des exigences fondamentales de la personne, porte en elle sa ruine2.» Le problème des problèmes consiste en une ré-insertion de la personne au sein des sociétés industrielles.On trouve dans le Vocabulaire de la philosophie de Régis Jolivet la définition suivante du personnalisme: Doctrine ou civilisation qui fait de la personne humaine la fin de la société et en général affirme le primat des valeurs personnelles (raison et liberté) sur les valeurs économiques et les organismes collectifs qui conditionnent leur progrès et leur épanouissement3.Le personnalisme considère l\u2019homme en tant que valeur intrinsèque et présente une orientation humaniste intégrale.L\u2019épanouissement de la vie proprement humaine concerne non seulement le développement matériel, mais le développement de l\u2019individu dans toutes ses composantes: économiques, psychologiques, sociales, culturelles, spirituelles, etc.Le travailleur est beaucoup plus complexe et a des besoins beaucoup plus nombreux que ce qui est dicté par les théories classiques de gestion.De nouvelles formes de rapport entre le capital et le travail transforment des sociétés anonymes et dévitalisées en sociétés de personnes où chacun s\u2019intéresse à l\u2019oeuvre accomplie et sent 2.\tMounier, Emmanuel, Le Personnalisme.Que sais-je, P.U.F.Paris, 1965 n° 395, p.27.3.\tJolivet, R., Le vocabulaire de la philosophie, E.Vitto, Éditeur, Lyon, 1957 p.143. 872 L\u2019ACTION NATIONALE qu\u2019il participe à une entreprise créatrice.Ces organisations se caractérisent par des communications plus ouvertes et authentiques, par la mise en valeur des talents, par la recomposition du travail, par la décentralisation et par la participation à l\u2019avoir.La grande erreur des cadres est d\u2019avoir sous-estimé la complexité des travailleurs, ainsi que leur capacité d\u2019imagination et d\u2019ingéniosité face à la solution des problèmes qui les affectent.1.2 Un courant post-matérialiste et un mode de vie simplifié À la faveur du progrès assurant la couverture des besoins primaires, la population ouvrière tend progressivement à passer de la lutte pour le bifteck à la lutte pour la satisfaction de ses besoins supérieurs: sociabilité, dignité, créativité, épanouissement.De plus, la généralisation de l\u2019instruction et l\u2019explosion des connaissances aident les citoyens à manifester plus de rationalité et de réalisme en tant que travailleurs ou consommateurs.On croit de moins en moins que la science ou la technologie peuvent résoudre toutes les difficultés de l\u2019humanité.La civilisation industrielle contribue à abaisser la misère matérielle, mais en même temps, elle semble engendrer la misère psychologique et morale chez un grand nombre.Le progrès technique s\u2019accomplit fréquemment au détriment de la dignité humaine.Aussi, une partie de la population remet en cause l\u2019idéologie libérale faisant du gain et de la consommation l\u2019unique but de la vie.De plus en plus d\u2019énergies sont canalisées à dénouer les multiples modes d\u2019asservissement populaire: publicité mensongère, gadget, désuétude intentionnelle, gaspillage, dégradation du milieu, travail aliénant, etc.À l\u2019instar de Schumaker, plusieurs remettent en cause le régime économique ayant comme fondement la cupidité, l\u2019égoïsme et la puissance.Le groupe québécois de prospective anticipe des conséquences profondes à ces changements de valeurs: Ces changements de valeurs et de priorités individuelles seront les facteurs les plus importants qui contribueront dans la prochaine décennie à faire baisser les taux de croissance.Il se produit, dans les vieux pays industriels, une certaine satiété vis-à-vis LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC\t873 des biens matériels dont le volume est mesuré dans les comptes nationaux.Cette satiété se manifeste par la recherche de nouvelles satisfactions qui se traduisent par: le régionalisme, la recherche de loisirs, la protection de l\u2019environnement, certaines attitudes anti-technologiques et anti-industrielles.Les limites ultimes à la croissance ne reflètent pas la rareté des ressources, mais sont l\u2019expression de préférences individuelles pour de nouvelles satisfactions et de nouveaux défis essentiellement non économiques.Une étude récemment réalisée par l\u2019OCDE montre la coexistence parmi les jeunes générations notamment en Amérique du Nord de valeurs «matérialistes» qui correspondent plus à des attitudes nouvelles.Ce dualisme constitue indiscutablement un fait porteur d\u2019avenir dont l\u2019importance est considérable4.Le défi posé aux individus est de recomposer leurs dimensions de la vie en retrouvant un équilibre aux différentes sphères de l\u2019existence: plan professionnel, rôle social, plan familial, loisir, éducation, bien-être matériel et plan spirituel.Plus de biens ne signifie pas nécessairement plus de bonheur et ce qui était bon pour General Motors n\u2019est plus automatiquement bienfaisant pour le peuple.Les grands canons du libéralisme perdent de leur influence: perte de légitimité de la grande entreprise, fin des grosses automobiles, réactions contre l\u2019uniformisation, le taylorisme et la croissance à tout prix.Illich et Schumaker se font avocats de la qualité de vie, de la participation et de l\u2019interdépendance par rapport à l\u2019environnement.Volontairement ou involontairement, les gens développent des modes de vie et de travail alternatifs et expérimentent de nouvelles formes sociales.Le droit à la différence renvoie à celui d\u2019une plus grande autonomie et à la démocratie industrielle.Le tout donne naissance à un ensemble de valeurs post-matérialistes5 associées à l\u2019humanisation du travail, à la simplicité matérielle, aux organisations de petites dimensions, à la conservation, au régionalisme, à la conscience écologique, 4.\tLe groupe québécois de prospective.Le futur du Québec au conditionnel, Gaétan Morin, éd., Chicoutimi, 1982, p.96.5.\tVoir Elgin, D.E., et Mitchell, A., «Voluntary simplicity: Life-style of the Future?» E.Kisties, May 1978 et Institut Vanier de la famille.Réflexions sur l'évolution de l'économie politique au Ca7iada, Ottawa, 1979. 874 L'ACTION NATIONALE aux horaires flexibles, etc.Il ne s\u2019agit pas d\u2019acte d\u2019altruisme, mais de remplacement des conceptions étroites et mécanismes prévalant au travail depuis un siècle.1.3 Un relent: le mouvement associationniste Ce mouvement tire ses origines du siècle dernier avec les Owen, Fourier, Gide, Bûchez et autres pionniers véhiculant l\u2019idéal communautaire et la coopération.Le sens de la solidarité économique fut aussi préconisé au Québec via les Desjardins (1900), J.B.A.Allaire (1916), Minville (1924), Barbeau (1938) et Angers.Ce qui caractérise ce mouvement, c\u2019est que l\u2019association dépasse le cadre de la gestion, pour atteindre celui de la propriété et de la démocratie économique.Examinons brièvement les propositions de deux représentants de la solidarité économique: P.Bûchez et E.Minville, respectivement de la France et du Québec.Philippe Bûchez (1796-1865) Bûchez fut reconnu comme celui qui a le premier exprimé les principes fondamentaux des coopératives ouvrières de production.Il postule que les travailleurs doivent se prendre en main eux-mêmes, en créant des coopératives auxquelles ils souscriraient le capital initial.Ces associations sont mises sur pied librement et les associés élisent parmi eux les directeurs de l\u2019entreprise.Les membres sont rémunérés en fonction de leur compétence et des normes existantes dans leurs professions respectives.Les nouveaux employés subissent une période de probation d\u2019une année avant d\u2019acquérir le statut de membre.Afin de favoriser une grande dissémination de coopératives ouvrières de production, Bûchez préconise la création d\u2019une banque d\u2019État du travail.Celle-ci effectue des prêts aux coopératives, permettant ainsi le transfert des moyens de production entre les mains des ouvriers.Esdras Minville (1896-1975) Minville propose de modifier certaines pièces du mécanisme capitaliste.Le rouage central à modifier est le mode d\u2019attribution du profit, alors que l\u2019ouvrier est tenu à l\u2019entreprise par l\u2019attrait du salaire.À cet effet, selon Minville, deux moyens LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 875 se présentent: premièrement, l\u2019actionnariat ouvrier avec comme corollaire la participation aux profits et, en deuxième lieu, la coopération, c\u2019est-à-dire la propriété et la gestion collectives de l\u2019entreprise.Si la première formule est souhaitable, la coopération accentue le caractère collectif de l\u2019entreprise par l\u2019association d\u2019humains et non de capitaux anonymes.Déjà Minville entrevoyait La coopération comme un élément de solution du problème ouvrier tel que l\u2019époque contemporaine standardisée et mécanisée le pose à l\u2019attention de la société.6 Bien que les coopératives ouvrières de production soient déjà une centaine au Québec, ce sont d\u2019autres formes mitigées de participation à la propriété et/ou aux profits qui gagnent l\u2019adhésion de plusieurs centaines d\u2019entreprises.Il existe même des programmes institutionnalisés (PACLE, au fédéral) et le 4e volet des programmes (OSE, au provincial) pour accentuer cette orientation prometteuse.Dans son ouvrage progressiste: De nouvelles orientations patronales?, le Centre des dirigeants d\u2019entreprises divulgue des cas québécois de participation de travailleurs aux profits de l\u2019entreprise.Il ne s\u2019agit pas simplement de contribution altruiste, mais aussi d\u2019une approche d\u2019harmonie sociale à base de dialogue, de formation et de promotion des initiatives et des responsabilités à tous les niveaux.Avec des employés qui deviendront de plus en plus co-proprié-taires de leurs entreprises, nous assisterons à de nouvelles formes de syndicalisme et peut-être même certains syndicats ouvriers deviendront-ils des syndicats patronaux, comme la chose se pratique en secteur agricole, avec l\u2019Union des producteurs agricoles.Les deux sections suivantes visent précisément à explorer le phénomène de la démocratie industrielle.7 B.Typologie des formes de démocratie industrielle La décennie 80 semble être celle de l\u2019innovation sociale en milieu industriel.Considérant que la collaboration patronale ouvrière devient un facteur clé pour réussir dans le contexte 6.\tMinville, E .La vie économique: systèmes et structures économiques, Fides et H.E.C., Montréal, tome 2, 1980.7.\tLe centre des dirigeants d\u2019entreprise, Relations du travail \u2014 Nouvelles orientations.Quinze, Montréal, 1978. 876 L\u2019ACTION NATIONALE contemporain, plusieurs centaines d\u2019entreprises du Québec font l\u2019expérimentation de nouveaux mécanismes d\u2019organisation visant à transformer la condition ouvrière.La mise en valeur des travailleurs prend, selon les entreprises, d\u2019innombrables formes: copropriété, partage des profits, gestion participative, enrichissement des tâches, groupes autonomes, programmes de qualité de vie au travail, etc.Le but de la présente section vise précisément à concevoir un modèle de classification suffisamment englobant pour nous permettre de regrouper pratiquement toutes les formes de participation appliquées dans les organisations.De nouveaux patterns, de nouveaux concepts, émergent en matière de relations de travail, ce qui témoigne de son évolution.La conception d\u2019un schéma intégrateur s\u2019appuie fondamentalement sur une division quadritype8 de la démocratie industrielle, selon ses niveaux d\u2019application: \u2014\tau niveau des vouloirs: valeurs et stratégies sociales préconisées par l\u2019organisation face à ses travailleurs; \u2014\tau niveau des savoirs: degré d\u2019information et d\u2019éducation dispensé aux travailleurs; \u2014\tau niveau des pouvoirs: degré d\u2019influence des travailleurs sur les décisions à différents paliers organisationnels: atelier et tâche, management, conseil d\u2019administration et assemblée générale; \u2014\tau niveau des avoirs: participation monétaire des travailleurs à la propriété de l\u2019entreprise et/ou à ses résultats.En conséquence, nous obtenons une typologie comprenant huit principales formes de démocratie industrielle (voir figure ci-après), au sein desquelles s\u2019insèrent les différents mécanismes de participation: cogestion, enrichissement des tâches, système socio-technique, etc.Enfin, la participation intégrée à différents paliers hiérarchiques peut être complétée au niveau d\u2019une structure parallèle via la négociation collective (forme de participation conflictuelle) et la mise sur pied de différents comités où les travail- 8.Terme emprunté de Henry Desroche, «La gestion des coopératives», dans Informations coopératives, BIT, Genève, 3/76, 1977, p.21 à 39. LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 877 leurs et leurs représentants exercent une influence sur les décisions en matière de gestion des ressources humaines.I- Démocratie au niveau des vouloirs Valeurs et stratégies sociales La pierre d\u2019assise de tout projet de démocratisation de l\u2019entreprise, c\u2019est avant tout un système de valeurs, une culture managériale ouverte à la dimension humaine de l\u2019entreprise, à l\u2019instar de sa dimension proprement technique.Essentiellement, l\u2019organisation est un système socio-technique au sein duquel les dynamismes sociaux sont des déterminants primordiaux des performances, du fait qu\u2019ils médiatisent et animent toutes les autres fonctions de l\u2019entreprise.Démocratiser l'organisation repose en premier lieu sur des vouloirs favorisant la mise en valeur de toutes les ressources humaines.Il ne pourra y avoir de bon programme de développement organisationnel ou de qualité de vie au travail sans une adhésion et un support entier de la part de la direction.Incidemment, une relation de cause à effet s\u2019établit entre les valeurs, les objectifs généraux, les politiques, les structures, les normes de comportement, les activités, les comportements émergents et les résultats exprimés en terme de productivité et de satisfaction du personnel.La spécificité propre à des vouloirs démocratiques opposés à des vouloirs autocratiques se mesure notamment: 1) par l\u2019attitude ou les postulats face aux travailleurs et 2) par les modèles de gestion démocratisés.La démocratie industrielle est congruente avec une philosophie positive face au travailleur moyen: celui-ci constitue un élément important de l'entreprise, il est capable d\u2019ingéniosité, de responsabilité et d\u2019autonomie dans la mesure où les conditions organisationnelles le favorisent.D\u2019autre part, l\u2019efficacité et l\u2019excellence organisationnelles coïncident avec des méthodes de gestion qui privilégient l\u2019identification des travailleurs ainsi que leur implication étroite au niveau des décisions qui les concernent.Bref, la démocratisation des entreprises repose d\u2019abord sur un concept organisationnel mettant l\u2019accent sur la responsabilité et le contrôle largement partagés, la confiance mutuelle, le travail d\u2019équipe, les communications 878 L\u2019ACTION NATIONALE franches et un travail valorisant.Voilà les facteurs d\u2019arrière-plan de tout programme de participation des travailleurs.II- Démocratie au niveau des savoirs Information et éducation L\u2019information et l\u2019éducation constituent les ingrédients primaires de la démocratie industrielle.Toute participation aux pouvoirs décisionnels implique au préalable, de la part des travailleurs, l\u2019acquisition de connaissances, d\u2019attitudes et d\u2019habiletés spécifiques.Une entreprise donnée est déjà engagée dans un processus de démocratisation, lorsqu\u2019elle met «les cartes sur la table», qu\u2019elle affiche les performances, qu\u2019elle diffuse les rapports annuels, qu\u2019elle favorise les communications ascendantes, etc.La Cie Domtar, par exemple, émet, à côté de son rapport annuel, un «Rapport aux employés», indiquant les bénéfices d\u2019opération, l\u2019utilisation de la capacité de production, les renseignements sur la sécurité et l\u2019économie d\u2019énergie, etc.Le tandem information-éducation vise, d\u2019une part, à créer un climat d\u2019ouverture, de dialogue, de confiance et, d\u2019autre part, à fournir une instrumentation indispensable aux travailleurs pour qu\u2019ils puissent accéder à un niveau de conscience et de responsabilité accru.Avant que Normick Perron, la Régie de l\u2019assurance-mala-die du Québec ou Rousseau Métal inc.lancent respectivement leur programme d\u2019actionnariat ouvrier, de gestion participative aux objectifs et de participation aux bénéfices, une longue préparation fut enclenchée au moyen de séances d\u2019information et d\u2019éducation des personnes concernées.À Drummond ville, depuis 1980, la stratégie d\u2019assainissement du climat des relations de travail passe par la création de structures de communication au sein de dizaines d\u2019entreprises appuyées par des rencontres de coordination à l\u2019échelle de la municipalité.Les rencontres de coordination permettent de faire le point, d\u2019échanger sur les expériences réalisées et d\u2019amorcer de nouveaux projets de collaboration patronale-ouvrière.Des progrès énormes se manifestent, en atténuant la passivité des travailleurs, le climat de suspicion et de conflit, LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 879 tout en aidant l\u2019ouvrier à oeuvrer de façon plus intelligente et motivée.Les syndicats ont aussi une responsabilité énorme pour faire des travailleurs des acteurs responsables dans les organisations de travail.Par exemple, le syndicat allemand (D.G.B.) dispose d\u2019une école de gestion visant à «instrumenter» les travailleurs participant aux organes de cogestion.En Suède, en Suisse, au Pérou, des efforts parallèles de formation font suite aux responsabilités accrues du personnel.L\u2019autogestion, philosophie si chère à l\u2019élite syndicale, ne pourra pas se réaliser sans les préalables relatifs à l\u2019éducation économique des travailleurs et à l\u2019instauration d\u2019une étape intermédiaire relative à la cogestion.III- Démocratie au niveau des pouvoirs Les pouvoirs, dans l\u2019organisation, se répartissent suivant un continuum se modelant sur la structure hiérarchique.Pour fins de classification, on peut considérer quatre niveaux principaux d\u2019exercice du pouvoir: l\u2019assemblée générale, le conseil d\u2019administration, le management et les employés oeuvrant au sein de l\u2019atelier et de la tâche.Une illustration simplifiée de cette structure du pouvoir peut se décrire ainsi: l\u2019assemblée des actionnaires élit les membres du conseil d\u2019administration qui sélectionnent les gestionnaires qui, finalement, embauchent et encadrent les employés.Voyons successivement les formes de participation se réalisant à ces quatre paliers: 3.1 Atelier et tâche Le processus de démocratisation des pouvoirs prend un sens pour l\u2019employé, surtout au niveau de l\u2019atelier de travail et de sa tâche.Ici et maintenant, les travailleurs deviennent des associés plus actifs dans le fonctionnement organisationnel, à la suite de modifications d\u2019ordres matériel et social.Les modifications d\u2019ordre matériel se rapportent davantage au contenu et au contexte physique du travail: système socio-technique, enrichissement des tâches, horaires flexibles de travail, sécurité et hygiène, ambiance et salles de repos, etc.L\u2019approche socio-technique présente une conception alternative de l\u2019organisation du travail visant à refaire l\u2019équilibre entre les facteurs humains et les facteurs technologiques du travail, 880 L\u2019ACTION NATIONALE afin que la personne ne puisse plus être conçue comme un simple prolongement de la machine.Les expériences de l\u2019usine Volvo et, plus près de nous, de l\u2019usine Lapointe de l\u2019Alcan, privilégient cette approche.L\u2019enrichissement des tâches se veut un processus à l\u2019opposé du schéma taylorien visant à la parcellisation indéfinie des tâches.L\u2019enrichissement des tâches peut se définir comme étant l\u2019aménagement de situations de travail susceptibles de répondre aux besoins individuels de niveau supérieur (responsabilité, croissance, actualisation.), en vue d\u2019augmenter la satisfaction psychologique et la performance des employés.Fréquemment, les modifications d\u2019ordre matériel se complètent par des modifications d\u2019ordre social: création de groupes semi-autonomes, de groupes qualité de vie au travail (Q.V.T.), de cercles de contrôle de qualité.Les groupes semi-autonomes sont constitués lorsque de petites équipes d\u2019employés sont groupées autour d\u2019un ensemble de procédés de production formant une unité complète en soi et lorsque le groupe de travail bénéficie d\u2019une autonomie importante lui permettant d\u2019assumer la responsabilité des opérations.Le centre de distribution des produits congelés Steinberg en est un exemple classique au Québec.De son côté, le programme qualité de vie au travail veut être une approche d\u2019implantation d\u2019un climat positif de travail par l\u2019instauration d\u2019un mécanisme de participation des employés.Plus précisément, la Q.V.T.consiste à mettre sur pied, au niveau des ateliers de travail, des comités consultatifs de solution de problèmes où contremaître, employés et représentants syndicaux suggèrent à la direction des moyens d\u2019améliorer le fonctionnement de leur unité de travail.Ces comités de la base sont chapeautés par un comité directeur formé de représentants de la direction et du syndicat, s\u2019il y a lieu: le comité directeur voit à coordonner et à implanter les suggestions provenant des comités de base.3.2 Management Avec le phénomène relié à la complexité organisationnelle, ce sont davantage les managers (cadres supérieurs et intermédiaires) qui détiennent le pôle des pouvoirs dans les grandes LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 881 organisations, au détriment même des actionnaires de l\u2019entreprise.Gailbraith appelle technostructure ce groupe de spécialistes dont le but vise à faire tourner de façon optimale l\u2019appareil de production.En dessous des technocrates, nous retrouvons les cols bleus qui font souvent figure de zérostructure et, au détriment de tous, nous assistons à un gaspillage important de ressources humaines.Des efforts substantiels ont été déployés en vue de revitaliser le fonctionnement organisationnel au moyen d\u2019approches managériales beaucoup plus démocratiques et humanistes.La contribution des spécialistes en sciences du comportement (McGregor, Likert, Maslow, Angyris, Herzberg.) a aidé beaucoup à dynamiser les processus sociaux clé: processus de motivation, de leadership, de communication, d\u2019esprit d\u2019équipe, de résolution de conflits et d\u2019introduction de changements.Un courant datant de la fm des années «GO», le développement organisationnel, vise de façon systémique à changer la culture managériale, afin de développer l\u2019esprit de corps et de bonifier l\u2019ensemble de la dimension humaine de l\u2019entreprise.Des changements significatifs en terme de démocratisation et d\u2019humanisation des entreprises sont poursuivis au moyen: des sessions T-group (groupe de formation), de la direction participative aux objectifs (D.P.O.), du modèle 9,9 pour le développement de l\u2019entreprise, de la gestion participative de Likert, de l\u2019intervention sur les processus sociaux (SCHEIN), du modèle différenciation-intégration, etc.Par exemple, la direction participative aux objectifs fait appel à une conception positive de l\u2019homme au travail, elle ouvre la voie aux communications dans les deux sens (descendant, ascendant), elle met en valeur l\u2019initiative, la responsabilité et une plus grande autonomie du personnel.Alors que les Européens misent surtout sur la législation et la représentation élective de travailleurs à des comités de participation (ex.: comité d\u2019entreprise), le Japon utilise plutôt des méthodes de gestion hautement dynamiques et humanistes, pour fins de démocratisation industrielle.Cette dernière approche est beaucoup plus naturelle et incarnée dans le vécu organisationnel.Ainsi, la satisfaction et le rendement élevés des employés s\u2019appuient essentiellement sur des prati- 882 L\u2019ACTION NATIONALE ques démocratiques de gestion, une structure flexible de travail et une prise de décision par consensus.Paradoxalement, il semble que ce soit au Japon que l\u2019on réalise, de façon la plus authentique, les objectifs recherchés par les spécialistes américains en sciences du comportement: communications franches et ouvertes, sens de la responsabilité et de la considération, travail d\u2019équipe, décision collective, méthodes de contrôle largement diffusées et décentralisées.3.3 Conseil d\u2019administration Les lois provinciales et fédérales des compagnies à charte obligent que les affaires de la compagnie soient gérées par un conseil composé d\u2019au moins trois administrateurs élus par l\u2019assemblée des actionnaires.Le conseil d\u2019administration constitue l\u2019organe décisionnel au sommet qui voit à la sauvegarde des biens des actionnaires, principalement en concentrant son rôle au niveau de la ratification des décisions stratégiques et de l\u2019évaluation des résultats d\u2019opération.L\u2019approche de représentation des employés au conseil d\u2019administration diffère grandement selon les entreprises américaines contredistinguées des sociétés européennes.Au Québec, de façon générale, il y aura une présence des employés au conseil d\u2019administration, dans la mesure où ceux-ci détiendront du capital-actions leur donnant la possibilité de voter à l\u2019assemblée générale des actionnaires et de faire élire leurs représentants.Dans chaque coopérative ouvrière de producteurs ou dans les entreprises autogérées, le conseil d\u2019administration sera composé essentiellement des employés, puisque ceux-ci sont en même temps les propriétaires.Pour d\u2019autres organisations cogérées (TEMBEC, TAPIS-ÉLITE, R.A.LAJOIE, PYLO-NEX.), les employés sont représentés de façon minoritaire ou majoritaire, selon le cas.À tout événement, ils ont un droit de regard important sur tout le devenir de l\u2019entreprise.Dans beaucoup de pays de l\u2019Europe de l\u2019ouest, la volonté défaire entendre la voix du personnel au pouvoir d\u2019orientation et du contrôle général de l\u2019entreprise est une création de la loi et non une convention privée entre les parties intéressées, comme c\u2019est le cas en Amérique.En Allemagne, par exemple, LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 883 c\u2019est par une ordonnance gouvernementale, la loi du 1er juillet 1976, qu\u2019est consacrée la représentation paritaire (actionnaires/employés) au conseil d\u2019administration des entreprises de plus de 2 000 salariés.Dans les autres entreprises de plus de cinq (5) salariés, cette participation est minoritaire, soit des représentants des actionnaires à concurrence des deux tiers et du personnel salarié de l\u2019entreprise pour l\u2019autre tiers.Cette forme de codétermination se complète par un autre mécanisme de participation, soit le conseil d\u2019entreprise ayant droit de regard notamment sur l\u2019ensemble des activités inhérentes à la gestion des ressources humaines.En Suède, pour les sociétés d\u2019au moins vingt-cinq personnes, les travailleurs ont le droit de désigner deux «membres salariés» pour les représenter au conseil d\u2019administration.D\u2019autres pays européens ont aussi introduit une représentation des travailleurs au conseil d\u2019administration: Autriche, le tiers; Espagne, un sixième; France, quatre membres à voix consultative et, à certaines conditions, Danemark, Norvège et Luxembourg: un tiers.En Angleterre, une commission d\u2019enquête sur la démocratie industrielle, la commission dite Bullock, publia un rapport en janvier 1977 et recommanda de donner aux membres des syndicats et aux actionnaires une représentation égale dans les conseils d\u2019administration.La Commission des communautés européennes propose, pour les entreprises exerçant leurs activités dans plusieurs états membres des Communautés, d\u2019adopter de façon volontaire une participation tripartite au conseil d\u2019administration: un tiers de représentants des actionnaires, un tiers de représentants des travailleurs et un tiers de membres cooptés par ces deux groupes.Bref, il ressort qu\u2019en Europe la participation du travailleur au conseil d\u2019administration des entreprises veut être un sujet d\u2019ordre public faisant l\u2019objet d\u2019arbitrage et d\u2019interventions gouvernementales pour le mieux-être collectif.3.4 Assemblée générale L\u2019assemblée générale des actionnaires ou des sociétaires dans le cas de coopérative est l\u2019organe décisionnel souverain de l\u2019entreprise.En règle générale, c\u2019est l\u2019assemblée générale qui élit les membres du conseil d\u2019administration, a le dernier mot sur les programmes d\u2019expansion et la disposition des résultats 884 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019exercice, tranche les litiges fondamentaux, interroge et juge les performances organisationnelles, etc.Au Québec, il existe plus d\u2019une centaine de coopératives ouvrières de production (SCOP: forêt, agriculture, imprimerie.) où l\u2019assemblée générale est constituée des sociétaires-travailleurs.De plus, dans ces coopératives, la pondération du vote est fondée sur l\u2019égalité des personnes et non le capital.Indépendamment du nombre de parts sociales détenues, le principe est le suivant: une personne, un vote.Dans les SCOP, l\u2019assemblée générale des travailleurs se réunit assez fréquemment durant l\u2019année, pour fins de concertation du collectif ouvrier.En Israël, par exemple, la vie coopérative intégrale des kibboutzim requiert la tenue d\u2019une assemblée générale hebdomadaire.Dans le secteur de l\u2019économie capitaliste, nous assistons de plus en plus fréquemment au phénomène des travailleurs-actionnaires, par suite d\u2019une nécessité d\u2019un recours de financement interne ou à l\u2019attribution de subventions gouvernementales dans le cadre des programmes (PECEC): programme expérimental de création d\u2019emplois communautaires ou (OSE): opération solidarité économique.La région de l\u2019amiante pourrait être citée en exemple, où les travailleurs ont investi des sommes importantes, afin de sauvegarder leur emploi: Les Produits Régal Inc., La Métallurgie Frontenac ltée, Métal Coleraine, Gosselin Transport, Visionic.Chez Les Produits Régal Inc., les travailleurs sont copropriétaires de l\u2019entreprise à 25%; ils participent à l\u2019assemblée générale, ils ont trois représentants au conseil d\u2019administration, ils sont informés annuellement des objectifs visés par l\u2019entreprise et mensuellement ils reçoivent des renseignements sur le degré de réalisation des objectifs prévus.Ainsi, se concrétise une cogestion intégrale prenant assise sur le vouloir, le savoir et le pouvoir pour se poursuivre jusqu\u2019à l\u2019avoir.IV- Démocratie au niveau des avoirs La démocratie industrielle renvoie de façon générale à la gestion participative et à l\u2019influence des employés dans la prise de décision; lorsque nous parlons de la participation des travailleurs au capital de l\u2019entreprise, ce phénomène correspond à LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC\t885 la démocratie économique.La participation à l\u2019avoir s\u2019effectue soit par l\u2019investissement (intrant), soit par d\u2019autres modes reliés au partage des fruits des opérations (extrant).Résultats d\u2019opération Du moment que les travailleurs de l\u2019entreprise privée détiennent des actions ordinaires, ils participent à l\u2019avoir des actionnaires ainsi qu\u2019aux profits ou pertes d\u2019opération en proportion de leur mise de capital.Par exemple, chez Les Produits Régal Inc., dès la seconde année après l\u2019investissement, les employés recouvraient 15%%' de leur mise de fonds, sous forme de dividendes.Pour les sociétés coopératives ouvrières de production (SCOP), les excédents d\u2019opération ne sont pas distribués en fonction du nombre de parts sociales qui sont rémunérées selon un intérêt fixe, mais plutôt en fonction de la contribution du travail de l\u2019employé aux résultats de l\u2019exercice financier, définie selon un mode de règlement interne.Sans que les employés détiennent d\u2019actions, d\u2019autres entreprises appliquent des politiques de partage des bénéfices entre travailleurs et actionnaires (profit sharing) ou d\u2019autres primes collectives accordées en vue de réduction de coûts ou d\u2019augmentation de la productivité (ex.: le plan Scanlon).Les Produits Le Boucan Inc., de Saint-Jean, entreprise de transformation dans le domaine de l\u2019alimentation comptant une cinquantaine d\u2019employés, ainsi que le magasin Canadian Tire à Chicoutimi, comprenant une centaine d\u2019employés, constituent deux cas intéressants d\u2019application de plans de partage des profits.En règle générale, environ 20% des profits avant impôt sont remis aux employés.De plus, ces plans de partage de l\u2019avoir sont complétés par d\u2019autres mécanismes de participation à la gestion, afin de faire des travailleurs des partenaires de l\u2019entreprise: informations sur les objectifs visés et les résultats d\u2019exercice, structures de communications, sens des responsabilités, de l\u2019initiative, de l'innovation, etc.Le plan Scanlon, du nom de son auteur, vise à associer les travailleurs dans l\u2019effort de diminution des coûts de production, moyennant compensation monétaire.De façon plus spécifique, le plan intègre un système de suggestions, un système d\u2019encou- 886 L\u2019ACTION NATIONALE ragement et de dialogue au niveau des groupes, ainsi qu\u2019un système de partage des profits.Le plan Scanlon s\u2019applique surtout aux entreprises familiales, PME et autres organisations ne disposant pas d\u2019un service élaboré de génie industriel.Ainsi, ce sont la capacité, l\u2019habileté et le vouloir de chacun des travailleurs qui sont mis en valeur, afin d\u2019obtenir une entreprise performante et innovatrice.Le plan de partage des bénéfices se mesure en fonction de la productivité.La part des employés pour la valeur accrue des biens produits peut représenter environ 60% des épargnes et sera distribuée mensuellement au moyen de bonis, l\u2019entreprise conservant l\u2019autre portion de 40%.La propriété Dans les coopératives ouvrières de production (SCOP), le collectif ouvrier possède totalement l\u2019entreprise, en détenant l\u2019ensemble des parts sociales.Ainsi, la SCOP donne lieu à la forme d\u2019autogestion la plus intégrale.De plus, l\u2019autogestion se qualifie d\u2019égalitaire avec la règle du partage des pouvoirs: une personne, un vote.Concernant l\u2019entreprise privée, il faut distinguer les organisations où les travailleurs sont les propriétaires uniques, des autres où ils sont majoritaires ou bien minoritaires.En effet, toutes sortes de combinaisons surviennent entre différents groupes d\u2019actionnaires: les travailleurs cadres, les ouvriers, les investisseurs privés, la communauté locale et les sociétés d\u2019Etat.Par exemple, chez Harvey Transport, Tapis Elite, Métallurgie Pelchat et Pylonex, l\u2019ensemble de l\u2019entreprise est possédé par les travailleurs cadres et les ouvriers.Chez Tembec, R.A.Lajoie et aux Industries Saguenay, les travailleurs cadres et non cadres ont le contrôle majoritaire, alors que chez les Papiers Cascades (Cabano) et Les Produits Régal Inc., ils détiennent respectivement 6% et 25% des actions ordinaires.L\u2019acquisition des actions de la part des travailleurs peut s\u2019effectuer sur une base volontaire ou obligatoire, sur une base individuelle ou en association.Fréquemment, lorsque l\u2019entreprise requiert un financement interne par les travailleurs, ceux-ci effectuent un paiement comptant et/ou une retenue hebdomadaire sur leur salaire (environ 5%), jusqu\u2019à concurrence de quelques milliers de dollars.Les plans diffèrent d\u2019une entreprise à l\u2019autre. LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 887 A Tembec, les travailleurs ont fourni $1 000 chacun à un holding, l\u2019Association des travailleurs de ATKWA, afin de se porter acquéreurs d\u2019une partie de l\u2019entreprise.Les employés de Mono-Lino, en plus d\u2019acheter $3 000 d\u2019actions, ont dû garantir un emprunt de la Société de développement industriel (SDI).Chez Normick Perron, c\u2019est la direction qui encourage l\u2019actionnariat ouvrier à raison d\u2019un maximum de $1 000 par employé par an, dont la moitié est assumée par la compagnie.Chez R.A.Lajoie et Pylonex, les travailleurs se sont portés acquéreurs de l\u2019entreprise, grâce à une subvention PECEC (programme expérimental de création d\u2019emplois communautaires) et à un investissement additionnel de $3 000 chacun, à raison de 5% de leur salaire hebdomadaire.La plupart des entreprises qui ont favorisé l\u2019implication des travailleurs à la propriété de l\u2019entreprise sont loin d\u2019être moribondes; au contraire, l\u2019intéressement monétaire des travailleurs accroit leur sens des responsabilités et préconise la convergence des intérêts entre Capital et Travail.Tembec constitue ce cas exemplaire où une multinationale ferme une entreprise qui, quelques années plus tard, se révélera des plus rentables.Actuellement, Tembec et Cabano ont présenté des propositions visant à relancer I.T.T.Rayonier sur la Côte nord, adoptant comme stratégie motrice l\u2019implication positive des travailleurs.C.Dynamisation de la démocratie industrielle au Québec La démocratie industrielle au Québec en est encore à une phase d exploration et de rodage, bien que de nombreuses expériences prolifèrent de façon diversifiée.La présente section vise à présenter quelques recommandations à la lumière de ce qui se pratique actuellement, ainsi qu\u2019à dégager quelques lignes directrices pour l\u2019implantation d\u2019une cogestion à la québécoise.I- Recommandations 1.1 Procéder suivant une approche organisationnelle globale de participation En raison de l\u2019intégrité de tout système organisationnel, il est vain de vouloir démocratiser une partie de l\u2019organisation 888 L\u2019ACTION NATIONALE Quinze entreprises québécoises réalisant différentes formes de démocratie industrielle ENTREPRISE\tSECTEUR D\u2019ACTIVITÉ\tNOMBRE D\u2019EMPLOYÉS (taille)\tLOCALISATION Canadian Tire (Chicoutimi)\tCommerce de détail\t85\tChicoutimi Harvey Transport\tTransport\t160\tAlma Imprimerie coopérative Harpell\tImprimerie\t450\tSte-Anne-de- Bellevue Industries Saguenay\tMétallurgie\t80\tLa Baie Lajoie R.A.\tMachinerie\t50\tSt-Pie de Bagot Les Produits Le Boucan inc.\tAlimentation\t50\tSt-Jean Métallurgie Pelchat\tMétallurgie\t125\tSt-Romuald Mono-Lino\tImprimerie\t11\tQuébec Normick Perron inc.\tProduits forestiers\t2700\tLa Sarre Papiers Cascades\tPâte et papier\t113\tCabano Produits Régal\tAlimentation\t65\tThetford-Mines Pylonex\tMétallurgie\t172\tQuébec Rousseau Métal\tMétallurgie\t125\tSt-Jean-Port-Joli Tapis Élite\tTextile\t138\tSte-Thérèse Tembec\tPâte et papier\t604\tTémiscamingue sans tenir compte de la cohérence avec l\u2019ensemble du système.Il serait illusoire de vouloir instaurer une gestion participative à un niveau inférieur, si celui-ci est noyé dans un ensemble autocratique.Les clivages au niveau des comportements et les disfonctions produites créeraient plus de tension que celle de la situation antérieure.Par exemple, instaurer la direction participative aux objectifs (D.P.O.) ou la qualité de vie au travail (Q.V.T.) au palier inférieur de l\u2019entreprise sans le support entier de la haute direction ne constitue que des cataplasmes sans longue vie.Les spécialistes en développement organisationnel, LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC\t889 ayant saisi les lacunes des anciennes approches en relations humaines, optent maintenant pour une stratégie globale et à long terme de changement de la culture de l\u2019entreprise visant à engendrer des comportements plus humains et démocratiques.Système de valeurs, politiques, décisions, structures, leadership, méthodes de planification et de contrôle sont tous des éléments interconnectés et hiérarchisés au sein d\u2019un même tout organisationnel.D\u2019où, l\u2019importance d\u2019une approche qui, tout en étant graduelle, s\u2019inscrit dans un cheminement global et à long terme.Ce sont les effets combinés de l\u2019ensemble des composantes d\u2019un plan de participation qui indiquent la valeur de celui-ci.1.2\tNe pas attendre les situations de crise La majorité des entreprises au Québec ont attendu d\u2019être acculées au mur (feu, fermeture, décès ou retraite du propriétaire, difficultés financières.) avant de passer de la monogestion à la cogestion.Il ne semble pas naturel chez nos dirigeants d'abandonner les modes de gestion traditiminels en faveur d\u2019une approche positive d\u2019intéressement des employés.C\u2019est à croire que la direction entend garder tout le plaisir pour elle-même et involontairement activer le militantisme syndical.Pourtant, la plupart des firmes qui ont favorisé l\u2019association capital-travail ont connu des succès appréciables, sauf bien entendu celles dont le bateau était déjà coulé (v.g., Tricofil).Ainsi, en 1981, des profits apparaissaient aux états financiers de Tembec, Papiers Cascades (Cabano), Harvey Transport, Tapis Élite, Pylonex, Métallurgie Pelchat, R.A.Lajoie, Mono-Lino, Produits Régal, etc.Il paraît injuste que l\u2019entreprise attende généralement d\u2019être «dans le rouge» (déficit), avant d\u2019intéresser sa main d\u2019oeuvre à l\u2019avoir de l\u2019entreprise.Il est urgent qu\u2019une toute nouvelle mentalité d\u2019intéressement du personnel soit instaurée au Québec.1.3\tGreffer la participation aux pouvoirs à la participation à l\u2019avoir La solution d\u2019un milieu de travail malade passe par le développement d\u2019une mentalité de salariés à une mentalité de cogestionnaires et de copropriétaires.Every employee a manager.L\u2019intéressement des travailleurs implique une plus grande par- 890 L\u2019ACTION NATIONALE ticipation de ceux-ci à la planification, à l\u2019organisation et au contrôle de leur contenu de travail.Aussi, des responsabilités additionnelles se doivent d\u2019être compensées par une gratification correspondante à l\u2019avoir de l\u2019entreprise.À ce moment, le circuit entier des quatre niveaux de démocratie industrielle (avoir, pouvoir, savoir, vouloir) est atteint, consacrant ainsi le principe de la cohérence.Même si la participation à l\u2019avoir est faible, comme c\u2019est le cas pour Cabano (les employés possèdent 6% des actions), le personnel est sensible à l\u2019esprit de communauté dans le travail, parce qu\u2019il est au courant de la situation financière, des perspectives de développement, des forces et faiblesses de l\u2019entreprise et, surtout, il se sent respecté par la direction et considéré comme un acteur essentiel au progrès de l\u2019entreprise.Ainsi, la participation à l\u2019avoir ouvre la porte à l\u2019implication au niveau des autres formes de pouvoir dans l\u2019entreprise.La démocratisation de la propriété et de la gestion est perçue par les travailleurs comme un élément de justice et de respect personnel.Cet élément, si galvaudé dans notre société industrielle, constitue pourtant le mobile le plus profond de la nature humaine.C\u2019est essentiellement sur la mise en valeur de cet élément que s\u2019est édifiée la gestion à la japonaise, par exemple.Pour émanciper le Québec, on ne peut négliger cet élément au sein de nos impératifs nationaux.À cette fin, en priorité, il faudra que l\u2019Etat, avec les acteurs socio-économiques, enclenchent un vaste mouvement d\u2019éducation ouvrière.La cogestion à la québécoise est à ce prix.II- Démocratie industrielle à la québécoise Il paraît paradoxal de vouloir l'indépendance du Québec sans avoir au préalable un projet d\u2019identification des millions de travailleurs québécois à la vie économique.Le Parti québécois avec sa social-démocratie Scandinave, est écartelé entre un patronat privilégiant le modèle américain et un syndicalisme (C.S.N.et C.E.Q.) orienté vers le socialisme yougoslave.Entre la démocratie laisser-faire et la démocratie totalitaire, le Parti québécois a peu de volonté et ne fait mieux qu\u2019offrir des miettes aux travailleurs.De fait, le fédéral semble manifester plus d\u2019initiative avec ses programmes dynamiques de qualité de vie au travail (Q.V.T.). LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC\t891 Mais quel type de démocratie industrielle, au Québec, permettra de mieux composer avec les forces positives émergentes, tout en annihilant les forces anarchiques de division et de désorganisation sociales?Notre dernière section vise à dégager quelques tendances lourdes favorisant l\u2019édification d\u2019un système de coopération entre capital et travail, par la voie d\u2019un meilleur équilibre au niveau du partage des avoirs, des pouvoirs, des savoirs et des vouloirs.2.1 Une plus grande démocratie économique au niveau global Aussi longtemps que le système économique sera propriété étrangère à 80%, on ne pourra guère attendre de considération pour les aspirations démocratiques du milieu.Tout de même, une volonté de prise en main autonome se manifeste avec le réseau des 2 500 coopératives et les dizaines de milliers de P.M.E.appartenant en propre aux québécois.De plus, des efforts substantiels de rapatriment des pouvoirs économiques s\u2019effectuent par la Caisse de dépôt du Québec qui, au 31 décembre 1981, administrait 2,3 milliards de dollars de titres de propriété et de valeurs convertibles d\u2019entreprises canadiennes.Cet investissement permet de contrôler: 20% de Domtar, 30% de Brascan, 13% de Noranda Mines, 14% de Dominion Textile, 30% de Provigo, 13% de Gaz Métropolitain et près de 10% dans Canadien Pacifique et l\u2019Alcan.Aussi, par l\u2019intermédiaire d\u2019autres sociétés d\u2019État (Rex-for, Soquia, Soquem, Soquip, S.D.I., S.G.F.), le gouvernement assume un rôle commercial et «entrepreneurial».Plus de 2 milliards de dollars étaient investis par l\u2019Etat au 31 mars 1981 dans une trentaine d\u2019entreprises à vocation économique.L\u2019implication économique de l\u2019État pourrait débloquer vers une forme de tripartisme économique: un tiers possédé par l\u2019État, un tiers par des actionnaires capitalistes entrepreneurs et un tiers par les travailleurs et/ou la communauté locale.Papiers Cascades de Cabano réalise d\u2019assez près ce modèle, en étant détenu par: 1) l\u2019État (Rexfor et S.D.I.), 2) un entrepreneur privé: la famille Lemaire et les Papiers Cascades de l\u2019Es-trie et 3) la communauté locale de Cabano, incluant les travailleurs.Le tripartisme économique nous apparaît la formule 892 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019avenir face aux multinationales, aux entreprises géantes et aux sociétés d\u2019Etat.D\u2019autre part, l\u2019aménagement d\u2019un cadre juridique pour les sociétés de développement communautaire (JAL, Société de développement de la vallée de la Matapédia.), ainsi que la canalisation des épargnes du Mouvement Desjardins ($14 milliards en 1981) vers le crédit commercial et industriel seraient des mesures essentielles pour revigorer l\u2019économie locale.Entreprendre à plusieurs devient la poHe de salut, pour parvenir à l\u2019autodétermination et à la démocratisation économiques.2.2 La cogestion au niveau organisationnel Il n\u2019existe pas de cogestion à la québécoise ni de modèle unique applicable à toutes les entreprises: la transformation des entreprises et du travail diffère selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019organisations géantes, de P.M.E.et de coopératives.Dans la grande entreprise, il faut viser à moyen terme une forme de tripartisme économique complétée par la cogestion aux différents niveaux organisationnels.Le tripartisme économique ne viendra pas de lui-même; il est du ressort de l\u2019Etat de présenter différentes mesures incitatives, fiscales ou autres, favorables au rapatriement des pouvoirs économiques.L\u2019implication des travailleurs à la copropriété pourrait se faire via leur fonds de pension, lorsque possible.Ainsi, la sauvegarde de l\u2019équilibre Capital-Travail s\u2019effectuera au sein même du Capital.En conséquence, au niveau gestionnaire, il deviendra tout naturel de démocratiser l\u2019information et la prise de décision et partant, d\u2019encourager l\u2019esprit d\u2019initiative et de responsabilité.Voilà le cheminement naturel pour augmenter la productivité et la capacité concurrentielle des firmes québécoises.Concernant la P.M.E., à cause de son caractère autochtone et de son visage plus humain, il semble d\u2019emblée plus facile aux diverses parties concernées de s\u2019asseoir à la même table pour fins de concertation.D\u2019ailleurs, c\u2019est dans ce secteur que se multiplient les expériences prometteuses de cogestion (voir ci-dessus la liste des 15 entreprises) aux quatre degrés: avoir, pouvoir, savoir et vouloir.Nous pensons que ce seront les P.M.E., les coopératives et les sociétés d\u2019État qui donneront LA DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE AU QUÉBEC 893 le ton à la spécificité du projet économique québécois: une société démocratique de développement fondée sur une économie participative, décentralisée, petit et moyen formats et utilisant une technologie douce.Avec un peu d\u2019ingéniosité de la part du patronat, ce virage social offrirait les meilleures promesses de consolidation organisationnelle, pour surmonter une conjoncture de plus en plus âpre.Quant au mouvement coopératif, il relève de ses valeurs propres de donner l\u2019exemple et d\u2019aller de l\u2019avant, concernant l\u2019insertion harmonieuse des travailleurs aux différents paliers organisationnels.Il serait odieux pour les dirigeants de ce secteur que le système capitaliste parvienne au rendez-vous de la démocratie industrielle avant le mouvement coopératif, dont la raison d\u2019être provient précisément de la critique d\u2019un capitalisme inhumain.C\u2019est à croire que l\u2019égoïsme individuel déploré en système capitaliste se transformerait en égoïsme de groupe, en milieu coopératif.Pourtant, il suffirait de simples changements de mécanismes organisationnels, pour que se réalise la mission historique de transformation sociale dévolue au mouvement coopératif.Les années 80 sont celles du virage social.Le primat de la machine, de la relation maître/servant et du syndicalisme d\u2019affaires auront duré un siècle.Il n\u2019y a plus que deux choix: la rigidité, les affrontements sociaux et la faible productivité, contre la transformation de l\u2019entreprise en un système de coopération intégrale par la circulation de l\u2019information et le partage des pouvoirs et des avoirs.Et, pour les Québécois, la coopération est une seconde nature, si on lui laisse l\u2019occasion de s\u2019exprimer.HOMMAGE de la SOCIETE NATIONALE DES QUÉBÉCOIS DES HAUTES-RIVIÈRES ELLE FAIT PARTIE DU MOUVEMENT NATIONAL DES QUEBECOIS 894 L\u2019ACTION NATIONALE LES VOYAGES HONE INC.Albert Ricard, président et directeur général 1460, avenue Union «Heureux qui, comme Ulysse,\tMontréal H3A 2B8 a fait un long voyage»\t(514) 845-8221 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5\t\t288-8711 \t\t CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B 2R3\t\tJACQUES POITRAS YVES POITRAS Poitras, Larue, Rondeau Inc.courtiers en assurances 7190, boul.St-Michel Bureau 101 Montréal H2A 2A5 376-1280 \t\t BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628\t\tLa Boutique Le Patrimoine Inc.Mercerie, tailleur Gilles Maillé, prop.Habits sur mesures Location d habit de gala et de marié 6990 rue St-Hubert Montréal 273-2523 \t\t BRISSON, GUÉRIN & ASSOCIÉS comptables agréés\t\tLAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité laine du Québec 5835 bout.Léger Bureau 200 Montréal-Nord H1G 6E1 323-8602\t\t2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154 \t\t GUY BERTRAND, avocat BERTRAND, OTIS, GRENIER, BLANCHET\t\tÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 42 rue Ste-Anne, Suite 200\t\t4115, rue Ontario Est Montréal H1V 1J8 524-7541 UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 895 Une société nouvelle par JEAN GENEST En septembre 1948, je remettais à mon directeur de thèse, à Buenos Aires, mon travail intitulé: Chrétienté et démocratie industrielle (236 p.).J\u2019y étudiais les réponses chrétiennes aux malaises endurés, durant le vingtième siècle, par les masses humaines.Je mettais en épigraphe la parole du Cardinal Suhard, en 1947: «C\u2019est un mystère de voir tant de chrétiens dormir sur le monde, tandis que le monde hurle à mort et souffre les angoisses de l\u2019agonie.» C\u2019est moins vrai en temps de prospérité, mais combien affolant dans les temps de calamité! J\u2019étudiais, dans cette thèse, la participation ouvrière aux bénéfices de l\u2019entreprise, la participation à la gestion et la participation à la propriété.Je terminais cette vaste enquête, érudite et fondamentale, par un chapitre sur l\u2019esprit de cette société nouvelle.J\u2019ai relu ces pages.Plusieurs doivent tomber.Mais il en reste assez d\u2019actuelles, trente-cinq ans plus tard, pour porter témoignage.Fin du capitalisme libéral Nous voyons arriver la fin du vingtième siècle et nous vivons la fin du capitalisme libéral, comme philosophie dominante de l\u2019économie des nations.Trop de gens ne s\u2019en rendent pas encore compte.Mais vraiment ce monde achève, puisque d\u2019autres idées se lèvent, d\u2019autres conceptions se font jour.Un univers comme le nôtre, s\u2019il n\u2019a à peu près pas écouté l\u2019Église, a dû entendre cent cinquante ans de socialisme et soixante-six ans de marxisme.Par le nombre des adhérents et la puissance acquise, ces militants nous ont apporté une révolution culturelle: nos façons de penser et de concevoir la vie ouvrière, l\u2019organisation industrielle et la rédemption des masses du Tiers-Monde ont évolué de façon rapide et profonde.Cette révolution culturelle (avant d\u2019être économique) paraît décisive et irréversible.Notre Québec a, de plus, une raison supplémentaire de bien accueillir cette évolution culturelle, car notre pays a vrai- 896 L\u2019ACTION NATIONALE ment souffert de ce capitalisme libéral, géré par des impérialistes, des multinationales et des étrangers.Nous avons durement appris, nos ouvriers en sont les témoins, ce que cela signifie, de ne pas être maître chez soi.Nous avons été trop longtemps le cheap labor d\u2019Amérique du Nord.Aussi, rêvons-nous de façon méthodique et constante à une nouvelle société où les leviers de commande nous appartiendraient.De là naît chez nos gens une vision de la démocratie industrielle qui contient quelque chose d\u2019urgent et de satisfaisant.Nous allons non vers un paradis terrestre, mais vers la construction d\u2019une maison modeste où il fera bon vivre et que nous appellerons notre chez nous.Fin du corporatisme Les foyers dynamiques de restructuration sociale ne se comptent pas à la douzaine, durant le vingtième siècle: il y en eut trois distincts, soit les propositions sociales de l\u2019Église catholique, les propositions sociales de la gauche où deux groupes distincts se font la guerre: le socialisme et le marxisme.L\u2019Église a eu le mérite de proposer une mesure positive pour régler les différents entre le capital et le travail, entre les patrons et les ouvriers.Elle proposa, comme principale mesure de l\u2019ordre social à venir, le corporatisme.Le pire service qu\u2019on put rendre à cette idée, ce fut de transformer le corporatisme social en corporatisme d\u2019Etat.Les États chrétiens intervinrent et imposèrent une structure corporative où, à l\u2019intérieur de chaque corporation, les ouvriers, par leurs syndicats, et les patrons, par leurs organisations propres, devaient négocier la paix publique et le bon fonctionnement de la vie économique.Théoriquement, cela évitait les grèves et permettait d\u2019obtenir un consensus entre toutes les forces productives.Mais, en pratique, les interventions de l\u2019État viciaient toute la structure et l\u2019Église ne pouvait reconnaître dans le corporatisme d\u2019État la solution qu\u2019elle avait proposée comme corporatisme social.Le deuxième défaut de cette solution généreuse, ce fut de viser d\u2019abord et avant tout à Y ordre social, plutôt qu\u2019à la justice sociale.L\u2019immense publicité des socialistes et des marxistes mettait en question l\u2019à-propos des lois qui confiaient au capital UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 897 la propriété des entreprises.Elle mettait en question le droit accordé aux seuls actionnaires de nommer le Conseil d\u2019administration.Bref, c\u2019est au nom de la justice sociale que socialistes et marxistes s\u2019insurgeaient contre le capitalisme et proposaient de nouvelles formules.Les socialistes ont mis de l\u2019avant, malgré de nombreux échecs, l\u2019autogestion et la coopérative de production.Ces deux formules, de l\u2019autogestion et de la coopérative de production, vont plus loin que ce que demandait Quadrage-simo Anno, avec la participation à la gestion (co-gestion) et l\u2019actionnariat ouvrier.La deuxième grande guerre a pratiquement mis fin aux essais de corporatisme.La vedette va à l\u2019entreprise gérée par les ouvriers ou les sociétaires.Pourquoi le corporatisme aura-t-il connu une vie si éphémère?J\u2019y vois trois raisons.La première est négative.L\u2019idée du corporatisme social n\u2019a jamais été vraiment comprise.Le fait que Mussolini, Salazar et Franco l\u2019aient adoptée et imposée comme la grande réforme sociale de leur régime, l\u2019a immédiatement fait rejeter par tous les pays anglosaxons protestants du monde.Il était alors facile de la confondre avec le fascisme.Aujourd\u2019hui, le corporatisme est bien mort.Survivent encore quelques pièces détachées, comme celle des tribunaux d\u2019arbitrage dans les conflits de travail, pour le maintien de la paix sociale, comme celle des rencontres au sommet entre tous les intéressés à un problème, par exemple ceux des transports, de l\u2019alimentation, de l\u2019épargne, etc.La deuxième raison est que le corporatisme maintenait les classes sociales et les enfermait dans une structure rigide: les uns sont patrons et indéfiniment tels, les autres sont ouvriers et indéfiniment tels.Il y avait là une acceptation d\u2019une hiérarchie sociale qui ne cadrait plus avec les aspirations ou les ambitions des populations travailleuses.Il y avait là aussi une sorte de rigidité dans le statu quo que notre univers économico-social pouvait difficilement admettre.Un rejet implicite de l\u2019individualisme et de la démocratie, à l\u2019intérieur d\u2019une usine, d\u2019une région ou même d\u2019une pays permettait un ordre social où les décisions étaient prises en haut et imposées à ceux d\u2019en bas.Après les guerres et l\u2019ébranlement du principe de l\u2019autorité (sinon des autorités elles-mêmes), les peuples voulaient avoir 898 L\u2019ACTION NATIONALE voix aux transformations qui les concernaient.La structure sociale favorisée par le corporatisme entraînait une quasi-alliance avec les forces conservatrices, lesquelles se heurtaient à l\u2019extraordinaire dynamisme économico-social du vingtième siècle.Ces forces économico-sociales constituent la troisième raison du rejet du corporatisme.Leurs noms spécifiques, c\u2019est la volonté de participation et la vague d\u2019égalitarisme qui caractérisent notre temps.Il s\u2019agit vraiment d\u2019une révolution culturelle.Elle signifie la mort du classicisme connu, d\u2019une société hiérarchisée: prendre part aux décisions qui concernent sa destinée propre et concevoir tous les hommes comme égaux, quel que soit leur métier, voilà des affirmations qui entraînent d\u2019autres problèmes graves, mais, présentement, il nous faut en tenir compte.Actuellement, elles signifient la libération des masses, une nouvelle conception de la dignité humaine, une nouvelle définition de la culture.La force de la gauche La grande force des socialistes et des marxistes réside dans leurs critiques du capitalisme.Ils ont mis à nu ses crises cycliques, son pouvoir d\u2019exploitation, ses arcanes troubles, la caste de ses privilégiés, son pouvoir corrupteur sur la politique et l\u2019information, ses exclusions, équivalant à un apartheid profond, de la classe ouvrière dans toutes les prises de décisions, même dans celles qui les concernaient directement.Leurs critiques sont substantielles, fondées la plupart du temps, et dévastatrices: elles étalent un pourrissement de la vie sociale montrant ad nauseam l\u2019aveuglement et l\u2019irréformabilité des grands capitalistes.Ces derniers se voient comme les grands réalistes, les grands juges, les constructeurs du monde actuel et ils s\u2019attribuent un monopole de privilégiés.Ils ne comprennent pas que les égoïsmes de leurs associations et de leurs représentants portent témoignage: installés dans leurs conforts, ils refusent tout changement, même les plus nécessaires.Toutefois, cette force de la critique représente des analyses purement négatives.La gauche est forte, quand elle s\u2019oppose.Sa faiblesse devient évidente dès qu\u2019il s\u2019agit de construire.Qu\u2019a construit le marxisme?Quelles rénovations a-t-il UNE SOCIETE NOUVELLE 899 apportées au monde, en 66 ans de pouvoir absolu?Grâce à des méthodes brutales et à de véritables dictateurs-bouchers, le marxisme a montré de quoi sa doctrine était capable, lorsqu\u2019il s\u2019agissait de construire: on supprime la mobilité des peuples, on installe une bureaucratie toute-puissante, on assure un ordre de terreur par l\u2019armée et la police secrète.Bref, non seulement les classes privilégiées réapparaissent, plus exigeantes que jamais, mais les dictatures, les plus abominables connues par l\u2019humanité, tranforment tous les pays conquis en autant de prisons dont des peuples entiers ne peuvent sortir jusqu\u2019à leur mort.Si capitalisme et marxisme se ressemblent par leur matérialisme et dans leur enfantement de dirigeants qui croient en l\u2019unique philosophie de l\u2019écrasement du prochain, le capitalisme, tout de même, laisse une certaine liberté de s\u2019en sortir.Le marxisme, jamais.Son fanatisme idéologique engendre la stérilité mentale et le psittacisme ou, pire encore, il engendre un terrible besoin d\u2019expansion dont le langage est celui de la paix, mais dont les activités disent la guerre, inlassablement reprise, sous trois ou quatre formes différentes (par la colonisation, par l\u2019information, par la conquête ou par l\u2019annihilation, comme au Cambodge).Il n\u2019a rien apporté de raisonnable au monde, sinon du sang, des larmes et de la misère.Les monstruosités dues au marxisme, tout au long du vingtième siècle, disent des faiblesses de structures, et celles-ci disent des failles idéologiques essentielles.Ce sont les socialistes, aidés en cela par de multiples milieux chrétiens, qui ont cherché des formules nouvelles, des formules aptes à construire une société nouvelle, plus humaine.Toutes les formes d\u2019entreprises communautaires les ont intéressés.Plusieurs péchaient par idéalisme et sont disparues.L\u2019expérimentation fut longue et pénible.Et combien de socialismes restent complètement bloqués, à cause de leur insistance sur la propriété et le contrôle universel de l\u2019État.Les véritables socialismes constructeurs, imaginatifs et audacieux, sont ceux qui ont invité les travailleurs à s\u2019organiser eux-mêmes.De là, avec des penseurs originaux et proches des réalités du monde économique, nous eûmes Paul Bureau (1922), Paul Chanson, Alexandre Dubois (1946), Charles Gide (1941), 900 L\u2019ACTION NATIONALE Louis Maire (1946) et combien d\u2019autres qui, aux États-Unis autant qu\u2019en France, cherchèrent des chemins nouveaux.Dès après la deuxième grande guerre, les États, devant les villes et les industries détruites, osèrent adopter des législations entièrement nouvelles, favorisant la formation de Comités d\u2019entreprise ouverts à la représentation ouvrière (Allemagne, France).D\u2019autres allèrent encore plus loin, jusqu\u2019à l\u2019autogestion.L\u2019exemple de la Yougoslavie est équivoque, car l\u2019intrusion de l\u2019État, par ses représentants autant que par ses plans quinquennaux, ne cesse d\u2019entraver la libre initiative, les lois du marché et le sens des responsabilités chez les nouveaux propriétaires.L\u2019État, donc, peut être un frein par ses ingérences ou un élément positif par ses législations.Il faut préciser, toutefois, que le monde ouvrier était mal préparé à assumer les responsabilités de l\u2019autogestion ou même de la cogestion.Vivant au jour le jour, n\u2019attendant de l\u2019usine que le salaire dû en fin de semaine, absolument pas intéressé à toute la marche complexe d\u2019une entreprise, l\u2019ouvrier qui, du jour au lendemain, est invité à prendre des décisions importantes, sans préparation, n\u2019est tout simplement pas à la hauteur de la situation.Ce point m\u2019a fortement frappé dans l\u2019émouvante expérience de Tricofil, telle que la raconte Paul-André Boucher, dans son excellent volume Tricofil tel que vécu! Face à l\u2019État, les ouvriers doivent être préparés à la démocratie industrielle, où les initiatives partent du groupe de base et où elles se développent avec toutes les conséquences des bonnes ou des mauvaises décisions.On mûrit vite, à ce jeu.En France, Danièle Demoustier raconte dans un petit livre fort intéressant les expériences vécues par près d\u2019un millier de coopératives de production.On y voit les ouvriers aux prises avec les décisions suivantes: 1) où trouver le capital nécessaire?; 2) où trouver un directeur compétent?; 3) où trouver la clientèle?(le marketing); etc.Et voilà les ouvriers qui élargissent leur horizon et comprennent, enfin, que les tâches dévolues à un comptable expert, aux responsables du design, aux vendeurs, à un dirigeant capable de dénicher des contrats et l\u2019importance d\u2019une bonne planification de la production sont aussi essentielles à la production et à la plus-value que leur travail propre. UNE SOCIETE NOUVELLE 901 Ce sont là quelques points si gros d\u2019importance que les ouvriers en oublient complètement les critiques séculaires contre la société et qu\u2019ils deviennent absorbés par les nouveaux chemins de leur entreprise.Ils se rendent compte qu\u2019une philosophie de l\u2019économie, sinon de la vie entière, domine leurs moindres décisions: il leur revient de les prendre et non plus de les subir au gré des motivations d\u2019une autorité étrangère, des actionnaires connus ou inconnus, ou des banquiers.Il y a là un progrès véritable pour une économie plus humaine: on diminue ou supprime Y obsession d\u2019aliénation.Les syndicats Comment préparer les ouvriers aux changements qui s\u2019en viennent?Qui peut les y préparer?Ce ne sont évidemment pas les tavernes, bien que ces lieux peuvent servir à des discussions passionnées et à une diffusion rapide des idées et des plans d\u2019opération.Les CEGEPS, par leur excellence dans toutes les régions du Québec, constituent des atouts de grande valeur si, par un secteur d\u2019éducation permanente, ils mettent un professorat compétent à la disposition des ouvriers et des syndicats.En effet, ce sont les syndicats qui, par leur mouvance dans un milieu donné, peuvent le mieux discerner ceux qui, parmi la force ouvrière, seraient prêts à faire avancer la cause de l\u2019autogestion ou de la cogestion.Jusqu\u2019ici, les syndicats, en régime capitaliste, y sont allés de mesures socialisantes plus ou moins heureuses et y sont allés surtout de revendications à l\u2019infini.Cette atmosphère de revendications personnelles, centrées sur le salaire à recevoir, a fait naître un égoïsme collectif aussi énorme que celui qu\u2019on rencontre chez leurs adversaires.La suspicion maladive, née de ces oppositions qui ne tiennent plus compte du bien commun ni même du bien de l\u2019entreprise elle-même, ont vicié les rapports entre Conseils d\u2019administration et syndicats, entre patrons et ouvriers.Il faut tout refaire le climat d\u2019entente.Maintenant, les syndicats sont invités à repenser la société et, sans tomber à gauche ni à droite, à inventer les chemins de l\u2019avenir pour la rédemption des masses.Les syndicats ne sont pas encore préparés, eux-mêmes, à cette tâche.Les hommes et leurs comités d\u2019action sociale 902 L\u2019ACTION NATIONALE devront changer ou être changés.Leur philosophie de revendications et de grèves contre le public leur ont créé une opposition, larvée, sourde, immense, diffuse, dans un public écoeuré d\u2019être manipulé et sans voix, que ce soit dans les hôpitaux, les transports publics ou les petites villes complètement paralysées par leurs erreurs de jugement et leur jaugeage de l\u2019opinion publique.Les syndicats auront à se rééduquer ou à se réorienter.A partir de là, ils pourront exercer un autre type d\u2019action sur le monde ouvrier: celui de préparer les nouvelles élites aptes à promouvoir la cogestion et l\u2019autogestion.C\u2019est-à-dire nonplus un ordre social, pleinement hiérarchisé, avec cantonnement des élites ouvrières dans un système de classes impossibles à briser, mais planificatiovi de la justice sociale, où la démocratie entrera à l\u2019usine.L\u2019égalité entre les hommes instaurera une nouvelle société.Cette nouvelle société, nous commençons à peine à l\u2019entrevoir de façon précise.Il y aura des échecs.Qu\u2019importe les échecs, si nous évitons le déchaînement d\u2019une révolution folle, limitée ou mondiale.Les faiblesses de la gauche, ce sont les murs de Berlin, les goulags pour les dissidents, les fuites de population par millions de personnes, c\u2019est le totalitarisme de type fasciste, c\u2019est l\u2019espionnage et le vol des inventions industrielles ou militaires comme moyen normal d\u2019assurer une puissance monolithique et toujours menaçante.Son apport positif dans la liberté est extrêmement mince.Les syndicats occidentaux peuvent jouer le rôle de constructeurs de la société nouvelle, de façon irremplaçable.Si tous les éléments dynamiques d\u2019une société, en accord avec les syndicats, arrivent à créer des Conseils d\u2019entreprise formés en tout ou en partie d\u2019ouvriers ou de représentants d\u2019une entreprise, nous aurons alors mis en place les laboratoires du futur, ces centres d\u2019instruction permanente pour le peuple au travail et pour les dirigeants qui n\u2019avaient pas toujours assez manifesté leur sens social.Comme nous serons alors loin de l\u2019État! Celui-ci sera appelé à aider, non à dominer.Comme dit Vandervelde (Le socialisme contre l'État): «L\u2019État-patron, c\u2019est l\u2019ouvrier doublement esclave parce que, tenu par le ventre, il est également tenu par UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 903 le collet.» Ou encore Jacques Leclerc, dans son volume De la communauté populaire, publié en 1938: «Lorsque l\u2019État centralise toute l\u2019activité du pays, il le fait au profit des gouvernants et des fonctionnaires ou de ceux qui parviennent à dominer ceux-ci.Il devient comme une immense pompe aspirante qui aspire toutes les ressources et les forces vives du pays au profit de ses objectifs propres, ceux qui intéressent les passions ou la grandeur des dirigeants.» Voilà la raison de fond qui rend l\u2019URSS si dangereuse: voilà 66 ans que toute la population est soumise à une austérité sans pareille, seulement pour que le pouvoir militaire de l\u2019État devienne le plus puissant du monde et puisse écraser tous les pays! Cette recherche de la domination universelle n\u2019échappe à nulle personne un peu informée (p.39-40).Sans initiative propre, le peuple de l\u2019URSS n\u2019a plus qu\u2019à obéir dans la peur et la terreur.Quant à nous, nous recherchons les solutions qui redonnent à l\u2019homme et à la femme leur pleine dignité d\u2019homme et de femme.Cette dignité ne se passe pas de liberté.Pour bien montrer l\u2019évolution des idées, proposons deux exemples.En 19U6, M.Cecil Adamson dirigeait l\u2019entreprise East Palestine, Ohio, États-Unis, où l\u2019on fabriquait des chaudières d\u2019acier pour l\u2019huile ou le gas.Pour intéresser davantage ses ouvriers à la production, il leur offrit la participation aux bénéfices à 50-50.Le syndicat des United Steelworkers of America comprit la situation et il assuma la bonne marche du projet.Le résultat le plus visible ne consista pas en un bonus extraordinaire, mais en un milieu psychologique profondément modifié.La production augmenta de 54% en un an.Les ouvriers eux-mêmes votèrent l\u2019augmentation de salaire du président de l\u2019entreprise.Aujourd\u2019hui, cette solution serait jugée insuffisante.La revue Time (28 mars 1983) rapporte l\u2019étonnante transformation de la succursale Weirton, qui appartenait à la National Steel et était située dans la Virginie-Ouest.À cause de la crise économique, l\u2019entreprise vient de perdre cinquante millions de dollars en 1982.Plus de six mille ouvriers sont menacés de perdre leur emploi.La ville est menacée d\u2019être paralysée ou vidée de sa population active.Devant ce désastre, on se met à réfléchir et à étudier.Les experts disent que si tous le veulent, il est encore possible de sauver l\u2019entreprise.Les ouvriers, avec 904 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019aide des banques, de la ville et leurs propres mises de fond, deviennent propriétaires de l\u2019entreprise.Dans un premier geste, ils décident de garder l\u2019exécutif en place, qui a contribué au passage de la propriété aux ouvriers.Le Conseil d\u2019entreprise est formé par les nouveaux propriétaires et les experts choisis par eux.Réussiront-ils?Tous voient bien que la solution est une solution in extremis, prise en désespoir de cause.Il est très possible qu\u2019avec la reprise des affaires, l\u2019entreprise devienne un succès entre les mains des travailleurs, mais l\u2019inquiétude demeure.Il faudrait arriver à la création d\u2019entreprises ou au transfert d\u2019entreprises, vers la cogestion ou l\u2019autogestion dans de meilleures conditions économiques que la condition actuelle.L\u2019audace n\u2019est pas le fait que des seuls patrons! La situation est suivie de très près par la National Center for Employee ownership (Arlington, Virginia) et les cinq cents autres entreprises dont la propriété relève des employés.La différence entre 1946 et 1983 réside justement dans ce point fondamental: la propriété par le partage des bénéfices restait, en 1946, entre les mains du patron; en 1983, la propriété ét l\u2019administration passent aux ouvriers eux-mêmes.C\u2019est là, répétée mille et une fois, la révolution qui est en marche.C\u2019est vers ces horizons, qui ne sont pas sans dangers ni illusions, que nous voyons s\u2019engager le Québec de demain.Propriétaires de la terre et d\u2019un pays, qui ou quoi nous empêcherait d\u2019être propriétaires de nos entreprises, industrielles ou commerciales?Si nous le voulons avec assez de force! En gros, la situation se présente comme suit: les travailleurs ne peuvent être représentés au Conseil des directeurs ou à l\u2019exécutif, car notre droit civil ne reconnaît qu\u2019aux seuls actionnaires le pouvoir d\u2019élire le Conseil exécutif et le Chef d\u2019entreprise.Pour modifier cette loi ou cette coutume, il faudrait que les travailleurs modifient les faits par des milliers d\u2019expériences comme à la succursale de la National Steel.Mais l\u2019évolution peut être très rapide, d\u2019autant plus rapide que les syndicats adopteront une politique définie et constructive, au lieu de verser dans l\u2019obstruction systématique.La confiscation de l\u2019autorité par le Capital est la cause latente d\u2019un très grand nombre de conflits et constitue l\u2019obstacle majeur à l\u2019évolution mesurée du monde économique vers la démocratie industrielle.Par la loi du 16 mai 1946, la France UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 905 ouvrit la porte à la formation de Comités d\u2019entreprise, réforme prudente mais qui rend possible l\u2019éducation du monde ouvrier à la cogestion ou à l\u2019autogestion, sinon à la coopérative de production.En France, la loi, si prudente soit-elle, s\u2019est heurtée à l\u2019impréparation des ouvriers et à la mauvaise volonté des syndicats dominés par le parti communiste, mais une mentalité s\u2019est faite, qui semble devenue irréversible.De même en Belgique, par la loi du 20 novembre 1948.De même, par la loi plus connue votée en Allemagne.Les Etats, au sortir des Grandes Guerres, ont parfaitement compris ce propos de Van Zeeland, cité par Lassègue (La réforme de l\u2019entreprise): «Les révolutions ne se trament pas dans la rue.Elis s\u2019y font, ce qui n\u2019est pas la même chose.En vérité, elles ont toujours eu à l\u2019origine le fait d\u2019un aigrissement de certaines élites» (p.163).Ou, nous pourrions méditer une pensée de Gustave Thibon, qui dit: «A droite, il est beaucoup trop de gens qui dorment.A gauche, il en est beaucoup trop qui rêvent.Notre tâche à nous est de rester éveillés et de distinguer un idéal sain dans une utopie» {Retour au réel, p.125).Dictature capitaliste dans l\u2019usine ou dictature communiste dans l\u2019État?Nous préférons chercher le chemin des hommes dans la démocratie, même économique.«Cette révolution, dit Léopold Levaux, ce sont les chrétiens, les catholiques qui aura'ent dû l\u2019inspirer, la conduire, la réaliser, à l\u2019époque où ils avaient encore tant à dire dans les affaires de l\u2019Europe et du monde.C\u2019est un fait historique qui pèse terriblement sur nous, qu\u2019ils ne l\u2019ont pas fait et qu\u2019ils se sont laissés supplanter par les révolutionnaires incroyants, athées, matérialistes.Alors, les masses, ainsi qu\u2019un grand nombre d\u2019intellectuels, ont, petit à petit, perdu toute confiance dans les chrétiens, dans les catholiques, dans l\u2019Église.Les responsables oseront-ils oser?Voilà toute la question.» Dans cette ligne de pensée, si nous considérons ce que les cent collèges classiques d\u2019hier ont apporté dans le domaine social et politique d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est à nous prendre la tête entre les deux mains, à propos des responsabilités peu ou mal assumées ou à propos d\u2019une société où nous n\u2019étions pas libres de prendre les décisions par nous-mêmes.Nous avons enfanté des partisans, mais pas assez d\u2019homme assoiffés de liberté et de justice! Que la jeune génération fasse mieux! 906 L\u2019ACTION NATIONALE Session de formation offerte aux groupes socio-économiques «LE PROJET ÉCONOMIQUE QUÉBÉCOIS» par: Marcel Laflamme Ph.D.; endroit: sur demande, partout au Québec; durée: 3 heures; coût: $150, couvrant: + frais de déplacement, + frais du matériel pédagogique (textes); arrangement: contacter l'Action Nationale à 514-845-8533 (ou 387-2541) ou Marcel Laflamme à 819-565-3443 ou 565-3406 L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES CONCEPTIONS GRAPHIQUES THÉRIEN FRÈRES LIMITÉE 8125, BOUL.ST LAURENT MONTRÉAL QUÉBEC H2P2M1 388 5781 LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.907 La participation: La perception des gens d\u2019affaires par GILBERT TARRAB, professeur au département des sciences administratives de l\u2019UQUAM.Au cours de l\u2019année 1981-82, j\u2019eus l\u2019occasion d\u2019interroger quelque 27 gens d\u2019affaires, occupant des postes supérieurs dans leur organisation respective (celui de Président ou de Vice-président exécutif), sur plusieurs thèmes, dont celui de la participation des employés à l\u2019entreprise.On trouvera en annexe la liste exhaustive des personnes rencontrées, ainsi que leur titre et l\u2019entreprise à laquelle ils appartiennent.Je livre ici les résultats de leur perception vis-à-vis de la participation.L\u2019échantillonnage, sans prétendre à l\u2019exhaustivité, n\u2019en demeure pas moins représentatif, me semble-t-il, des divers secteurs d\u2019activité économique du Québec.Je ne prétends pas non plus avoir développé des analyses statistiques particulièrement poussées: avec 27 interviews, c\u2019eût été une gageure.Cependant, les quelques tableaux présentés ici permettent de dégager une tendance.C\u2019est cette tendance que j\u2019essaye de décrire ici, à partir de la même question, posée à tous: «Des trois formules classiques de participation des employés à l\u2019entreprise, à savoir: la participation des employés au capital-actions de l\u2019entreprise, aux bénéfices et à la gestion, laquelle favorisez-vous le plus, et pourquoi?» * * * * Avant d\u2019entrer de plain-pied dans le corps de notre enquête, nous aimerions faire rapidement le point sur le concept même de participation, et rappeler un certain nombre d\u2019études qui furent réalisées autour de son opérationalisation.C\u2019est l\u2019objet de notre première partie, intitulée: Théorie.La deuxième partie présentera les résultats de notre enquête auprès de 27 gens d\u2019affaires. 908 L\u2019ACTION NATIONALE I- Théorie La «participation» a été un thème essentiel de réflexion en comportement organisationnel, depuis Rochthlisberger et Dickson (1939), et Mayo (1931).Cependant, depuis quelques années, il y eut relativement peu d\u2019intérêt porté à ce concept, du point de vue de la recherche.Bien que les travaux de Likert (1961 et 1967) furent le point de départ d\u2019une série de recherches sur la participation «formelle», telle qu\u2019elle est pratiquée dans quelques organisations nord-américaines, et à une échelle beaucoup plus large en Europe de l\u2019ouest (Allemagne de l\u2019ouest, France, Italie, pays Scandinaves), la participation «informelle», elle, est spontanée, non officiellement sanctionnée par la Direction: elle est plutôt basée sur des relations «face à face» entre supérieurs et subordonnés.La participation «formelle» est basée sur des arrangements structuraux, prescrits et renforcés par l\u2019organisation.La participation «formelle» est une dimension structurelle de l\u2019organisation, elle est formellement prescrite selon des règles et procédures précises, elle établit explicitement des structures de prise de décision dans lesquelles les employés contribuent effectivement aux décisions de la Compagnie.Ainsi, la distinction entre participation «formelle» et participation «informelle» est similaire à celle de Walker (1974), entre participation «structurelle» et participation «réelle», à celle de French (1964), entre participation «objective» et participation «psychologique», à celle de Roy (1973), enfin, entre participation «institutionnelle» et participation «interpersonnelle».En fait, toutes les sociétés industrielles \u2014 et spécialement celles d\u2019Europe \u2014 ont connu une prolifération de schémas dit «participatifs», tels que la cogestion, les conseils ouvriers, la consultation ouvriers-direction, etc., et il existe de bonnes raisons de croire que ces schémas, sous une forme ou sous une autre, vont continuer à connaître de plus en plus de succès au Canada.L\u2019apparition et le développement de ces schémas de participation dits «formels» au Canada ne fournissent pas seulement aux chercheurs un terrain privilégié pour tester leurs LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.909 théories de l\u2019organisation: ils représentent aussi un défi de taille pour les sciences du comportement.Notre domaine a un rôle clé à jouer en orientant ces efforts, afin d\u2019aboutir à la paix industrielle et à la pleine utilisation de tout le potentiel humain qui circule dans toute organisation moderne.Au Canada, l\u2019étude la plus complète sur les effets de la copropriété sur les travailleurs fut réalisée par Richard Long.Ce dernier étudia les extrants du système organisationnel, au plan des attitudes des travailleurs et au plan financier, avant et après que la compagnie (la Buyers Transport Limited, à Edmonton, Alberta), eut été achetée par les employés.Ces résultats montrent que, après l\u2019achat, les employés ont le sentiment d\u2019avoir plus d\u2019influence au niveau de l\u2019ensemble de l\u2019organisation, et au niveau départemental, ainsi que sur leur propre travail.Les co-propriétaires perçoivent leur implication dans l\u2019organisation plus positivement, et ils s\u2019y sentent plus intégrés que ceux qui ne sont pas propriétaires.Les cadres et les travailleurs citent les avantages suivants de la participation au capital-actions: gains monétaires, satisfaction de travailler pour soi-même, une motivation accrue du personnel ainsi qu\u2019une communication meilleure entre cadres et ouvriers.Ces résultats vont donc dans le sens de nos propres conclusions.Long rapporte aussi les changements suivants: \u2014\tles réclamations de dommages déclinèrent de 60%; \u2014\tla quantité de travail augmenta de 75%; \u2014\tle turnover diminua de 30%; \u2014\tles profits de la compagnie augmentèrent sensiblement.D\u2019autre part, une étude portant sur une comparaison de 30 firmes américaines qui disposent d\u2019un plan ESOP (Employee Stock Ownership Plan) avec 30 firmes conventionnelles de taille comparable qui ne disposent pas d\u2019un tel plan pour leurs employés montre que les premières ont des niveaux de profits légèrement supérieurs aux secondes (Conte et Tannenbaum, 1978).Les chercheurs trouvèrent que le prédicteur le plus important de rentabilité était le pourcentage de l\u2019actionnariat ouvrier.La rentabilité de l\u2019entreprise n\u2019était pas reliée au pourcentage ni au degré de participation des travailleurs au conseil d\u2019administration, à la natùre du droit de vote des action- 910 L\u2019ACTION NATIONALE naires-employés, ni à la nature de l\u2019actionnariat (direct ou plan ESOP).D\u2019après les résultats de toutes ces recherches, l\u2019actionnariat ouvrier devrait avoir un avenir prometteur, dans le sens d\u2019une plus grande démocratisation industrielle.En Amérique du Nord, la forme de participation aux profits qui semble avoir le plus de chances de fonctionner consistera sans doute à instituer des plans d\u2019achat d\u2019actions à taux préférentiel pour tous les employés d\u2019une compagnie, à tous les niveaux; ou encore, par des compagnies rachetées par les employés, pour sauvegarder des emplois qui, sans cette formule, risquent de disparaître (comme à Tembec).Il est évident que racheter des compagnies qui comptent fermer ne pourra se faire qu\u2019avec l\u2019aide financière substantielle de l\u2019État.Dès lors, les syndicats seront nécessairement amenés, dans cette hypothèse, à jouer un rôle déterminant dans les négociations avec l\u2019État, afin de garantir des emplois à leurs membres.Dans ce cas, le gouvernement sera en droit d\u2019attendre des employés leur participation effective à la compagnie rachetée, sous forme d\u2019achat d\u2019actions (et donc de «risque partagé») et/ou sous forme de participation à la gestion.Le gouvernement du Québec donna l\u2019exemple avec Tembec, bien qu\u2019il s\u2019opposât à la demande syndicale pour la parité ouvrière au Conseil d\u2019administration, car le gouvernement n\u2019était pas convaincu que la compagnie pouvait effectivement être bien gérée avec ce type de direction paritaire.L\u2019exemple de Tricofil, malgré les remous qu\u2019il a soulevés et les critiques incessantes dont il fut l\u2019objet de la part du milieu patronal, a quand même créé un précédent intéressant à plus d\u2019un titre, malgré les erreurs évidentes de parcours qu\u2019il faudrait évaluer à long terme.Toutefois, de plus en plus de milieux, et non seulement syndicaux, sont prêts aujourd\u2019hui à tenter l\u2019expérience de cette nouvelle forme d\u2019organisation du travail qu\u2019est la participation et aux profits et à la gestion de la part des travailleurs.Indubitablement, il s\u2019agit là, selon nous, d\u2019une formule qui a déjà fait ses preuves ailleurs et qu\u2019il est grand temps d\u2019expérimenter à grande échelle ici, en mettant sur pied, au niveau gouvernemental, des programmes d\u2019aide et des incitations de diverses natures: dégrèvements d\u2019impôts, aide financière accrue à ce LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.911 type de compagnies, avec risques calculés et partagés, etc.Ce type de politique va de pair avec un projet de société social-démocrate.Bernstein (1974) rapporte une étude réalisée sur 18 compagnies manufacturières des états d\u2019Oregon et de Washington qui sont possédées et dirigées par les employés.Ces compagnies sont de tailles variées: de 80 à 450 employés.Résultats de la recherche: ces compagnies sont plus productives que leurs contreparties, gérées de manière traditionnelle.La productivité dans ces 18 compagnies était de 25 à 60% supérieure à la moyenne nationale.On constate les mêmes résultats dans une recherche effectuée par Russell, Hochner et Perry (1977), portant sur une douzaine de compagnies avec actionnariat ouvrier de la région de San Francisco: le plus haut salaire et la plus grande productivité.O\u2019Toole (1979), quant à lui, conclut ses recherches sur l\u2019actionnariat ouvrier en disant que les effets de cet actionnariat sur le moral, la motivation et la productivité des travailleurs sont plus positifs, quand: \u2014\tl\u2019actionnariat est direct (et ne se fait pas sous la forme d\u2019un plan ESOP, par exemple); \u2014\ttous les employés, à tous les niveaux, sont éligibles à l\u2019actionnariat; \u2014\tl\u2019actionnariat représente une proportion significative des avoirs nets (ou des capitaux propres).Pour résumer, relevons les points suivants: \u2014\tl\u2019impact décisionnel des salariés devrait porter sur: \u2014\tl\u2019identification des conditions de travail dangereuses; \u2014\tle temps supplémentaire et la durée du travail; \u2014\tles changements technologiques; \u2014\tles échelles de salaires; \u2014\tl\u2019achat d\u2019équipement; \u2014\ten ce qui concerne les grandes orientations de la compagnie, l\u2019impact des salariés devrait toucher: \u2014\tla politique salariale et les avantages sociaux; \u2014\tla manière de disposer des profits et des actions; \u2014\tle choix des produits et des marchés; \u2014\tles investissements, la capitalisation, les réorganisations, les fusions et les acquisitions. 912 L'ACTION NATIONALE Enfin, il va de soi que la participation à la gestion seule (sans participation aux profits) est une formule boiteuse: la situation ainsi créée ne tardera pas à être source de conflits d\u2019intérêts.D\u2019un autre côté, une participation aux profits (sous certaines conditions) sans mécanisme de participation à la gestion n\u2019est guère souhaitable non plus.A moyen et à long terme, naîtront nécessairement des revendications des travailleurs, pour avoir plus qu\u2019un simple droit de regard sur la manière dont l\u2019entreprise est gérée.Tôt ou tard, ils demanderont d\u2019être représentés dans les centres décisionnels, nommément au Conseil d\u2019administration.Ces deux types de participation vont donc de pair et l\u2019un ne va pas sans l\u2019autre.Notre enquête auprès des gens d\u2019affaires n\u2019a pas établi de comparaisons quantifiées entre la productivité dans les compagnies participatives et les compagnies non participatives.Nous ne sommes donc pas en mesure de fournir ici des indicateurs de ce type.Par contre, les autres recherches signalées dans le présent article, et menées en Europe et en Amérique du Nord, tendent à montrer une corrélation positive entre le régime participatif et une plus grande productivité: les salariés-copropriétaires travailleraient de manière plus efficace, quand l\u2019entreprise leur offre l\u2019occasion d\u2019y être intéressés financièrement, ainsi que de participer aux processus décisionnels.Pour conclure, disons que par-delà les thèmes déjà classiques de l\u2019humanisation du travail, de la démocratie industrielle, de ce que les anglo-saxons appellent le job redesign et l\u2019enrichissement des tâches, par-delà même les fameux comités d\u2019entreprise à la française, le modèle participatif, comme présenté et entendu dans notre enquête, a le plus de chances, concrètement, d\u2019offrir aux salariés \u2014 sous certaines conditions \u2014 une intégration plus grande dans l\u2019entreprise, une efficacité et une motivation accrues, tout en diminuant sensiblement les revendications salariales de la part des syndicats.Pour introduire semblable système de fonctionnement, il est indispensable, bien entendu, que la direction soit convaincue de la valeur des objectifs qui sous-tendent ce modèle, et qu\u2019elle s\u2019assure de la collaboration du syndicat.Cette conclusion n\u2019écarte cependant pas les difficultés: les employés de la base se reconnaissent-ils dans leurs représen- LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.913 tants (syndicaux ou non) au Conseil d\u2019administration?Quel effet psychologique la participation déléguée à la gestion peut-elle avoir sur l\u2019ensemble de la population ouvrière?Celle-ci se sent-elle vraiment concernée?Certaines recherches (norvégiennes, yougoslaves, allemandes; voir aussi la recherche de Tannen-baum et al., 1974: Systems of Formai Participation) montrent que cet effet est quasiment nul sur tous ceux, parmi les ouvriers d\u2019ateliers, qui ne participent pas directement au processus de décision.Une autre difficulté: la législation prévoit que les membres d\u2019un conseil d\u2019administration sont censés protéger les intérêts des actionnaires contre la possibilité de poser certains actes frauduleux de la part de la direction.La question se pose, dès lors, de savoir comment les représentants ouvriers au Conseil peuvent en même temps protéger les intérêts des actionnaires en général et les intérêts des actionnaires travailleurs.Cette double responsabilité serait susceptible de créer un conflit d\u2019intérêt pour les représentants des salariés.Une troisième difficulté: dans les cas de participation formelle des travailleurs à la gestion, à travers le Conseil d\u2019administration, comment s\u2019assurer que les véritables décisions se prennent en séance régulière et non pas ailleurs, entre représentants du patronat qui parlent le même langage, et qui disposent en fait du monopole de l\u2019information?* II- L\u2019enquête 1.Analyse statistique L\u2019analyse quantitative des entretiens avec les gens d\u2019affaires est présentée d\u2019abord sous forme de tableaux.En totalisant les «pour» et les «contre» des vingt-sept personnes interviewées sur les différents types de participation des employés à la gestion, soit au capital-actions, soit aux bénéfices de l\u2019entreprise, nous obtenons les résultats suivants: Ce tableau donne le nombre de personnes qui favorisent ou défavorisent les différents types de participation; la colonne * Cette difficulté a été soulevée à la British Steel Corporation, en Grande-Bretagne. 914 L\u2019ACTION NATIONALE (tableau 1) \tà la\tau capital-\taux\ten modes\tgestion\tactions\tbénéfices\tgénéral pour\t10\t16\t10\t3 contre\t10\t2\t2\t1 «participation en général» indique le nombre de personnes qui disent être pour ou contre la participation, sans en préciser le ou les modes.On trouvera sur la page suivante un tableau un peu plus détaillé sur les opinions des hommes d\u2019affaires, quant au mode de participation favorisé (tableau 2).Le tableau suivant est analogue aux deux précédents, mais il est divisé selon le type d\u2019entreprise dirigée par les hommes d\u2019affaires interviewés, c\u2019est-à-dire les entreprises privées, les banques, (que nous avons mises à part), les sociétés d\u2019État, et la coopérative.Malheureusement, le nombre d\u2019hommes d\u2019affaires interviewés dans chaque division est très inégal: il y à beaucoup d\u2019hommes d\u2019affaires pom* les entreprises privées, mais peu pour les banques, et encore moins pour les deux autres types.Nous allons quand même tenter de tirer des éléments de conclusion, bien qu\u2019ils ne soient qu\u2019indicatifs.2.Analyse qualitative et discussion.Nous allons, dans un premier temps, essayer d\u2019interpréter les tableaux et tenter, dans la mesure du possible, de les «faire parler».Dans un deuxième temps, nous déterminerons les convergences et les divergences des hommes d\u2019affaires interrogés sur la question de la participation, selon le type d\u2019entreprise qu\u2019ils dirigent.(a) Interprétation des tableaux Pour ce qui est du premier tableau, on voit assez nettement que les hommes d\u2019affaires se prononcent davantage en faveur de la participation au capital-actions; c\u2019est le mode le plus populaire, et cela s\u2019explique par le fait que c\u2019est celui qui est le plus avantageux pour l'entreprise, le moins perturbateur dans le fonctionnement de celle-ci; c\u2019est également la formule Tableau 2 LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.\t915 £ TS 3 C O.£ c 916 L\u2019ACTION NATIONALE qui est perçue par eux comme probablement la moins suspecte aux yeux des syndicats.Le deuxième tableau nous montre que les employeurs favorisent davantage la formule de vente d\u2019actions aux employés avec avantages de paiements.Les hommes d\u2019affaires qui privilégient la vente d\u2019actions au public proviennent des sociétés d\u2019État et de la coopérative.Passons maintenant à la participation aux bénéfices.On voit que le même nombre de personnes favorisent les deux formules de participation aux bénéfices, c\u2019est-à-dire soit par la voie des bonis d\u2019encouragement, soit par la voie de la redistribution d\u2019un pourcentage des bénéfices aux employés.Enfin, pour ce qui est de la participation à la gestion, on voit que les hommes d\u2019affaires (un peu plus du tiers du nombre de personnes interviewées) ont une opinion qui est assez également partagée.Les hommes d\u2019affaires favorisent davantage la formule du partage des informations sans partager les prises de décisions majeures; les responsabilités devraient porter sur des points mineurs.Deux sont pour la cogestion (partielle), c\u2019est-à-dire qu\u2019ils favorisent le fait que les employés soient représentés au sein du conseil d\u2019administration.Là, ils pourraient occuper une place plus intéressante vis-à-vis des décisions qui sont prises dans l\u2019entreprise.Une personne a cru bon d\u2019implanter un comité de gestion dans son entreprise, comité qui semble être assez influent dans l\u2019entreprise.Enfin, la seule personne qui est pour la cogestion totale, c\u2019est-à-dire pour que tous les membres du conseil d\u2019administration soient des employés, vient d\u2019une coopérative.Cependant, on voit nettement que la très grande majorité des hommes d\u2019affaires ne favorise pas du tout la cogestion, qu\u2019elle soit totale ou partielle.Ils n\u2019aiment pas que les employés «mettent leur nez dans leurs affaires».Quant à la participation aux bénéfices, le nombre des «contre» est relativement petit (le cinquième de notre «population»).Pour ce qui est de la participation au capital-actions, personne n\u2019est contre ce mode de participation.Il s\u2019agit là, en effet, LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.917 de la formule la moins menaçante pour les hommes d\u2019affaires.Regardons maintenant le tableau 3.On voit, par exemple, qu\u2019au sujet de la participation à la gestion, les hommes d\u2019affaires provenant des entreprises privées sont autant pour que contre.Dans le détail, personne n\u2019est contre les prises de décisions communes, personne n\u2019est ouvertement contre les comités mixtes de gestion, mais personne non plus ne milite pour la cogestion totale.En ce qui concerne la participation aux bénéfices, une grande majorité des hommes d\u2019affaires la favorise.L\u2019encouragement par bonis est plus populaire que la redistribution des bénéfices.Même chose pour le mode de participation au capital-actions: la vente directe d\u2019actions aux employés est la méthode préconisée.Passons maintenant aux hommes d\u2019affaires oeuvrant dans les banques.Ils sont plutôt contre la participation à la gestion.Eux non plus n\u2019aiment pas que les employés se mêlent de leurs affaires.Ils favorisent néanmoins une certaine forme de participation aux bénéfices.Finalement, la vente d\u2019actions aux employés de la banque est à peu près le seul point sur lequel trois banquiers sur quatre sont d\u2019accord.Chez les deux hommes d\u2019affaires oeuvrant dans des sociétés d\u2019État, il n\u2019y a pas de désaccord.En effet, ils sont tous les deux pour la participation à la gestion, sans toutefois préciser davantage la façon dont cette participation devrait idéalement s\u2019exercer.Ils ne se prononcent pas, non plus, sur la participation aux bénéfices.Enfin, ils favorisent la participation au capital-actions, l\u2019un par la vente d\u2019actions aux employés, mais à taux non préférentiel, et l\u2019autre, par la vente d\u2019actions au public.Enfin, l\u2019homme d\u2019affaires de la coopérative est pour la cogestion totale; il préconise le procédé de la vente d\u2019actions de l\u2019entreprise au public.Les actionnaires deviendraient automatiquement gestionnaires.Les membres-sociétaires sont les dirigeants directs ou indirects de la coopérative.(b) Opinions et raisons données Nous allons tenter ici de donner les argumentations sur lesquelles s\u2019appuie leur évaluation de la situation. 918 L\u2019ACTION NATIONALE 1-\tParticipation en général Les personnes qui sont pour la participation en général proviennent toutes de l\u2019entreprise privée.Selon quelques-unes, ce modèle, bien que généreux dans son esprit, ne crée pas pour autant de richesses nouvelles.Pour les autres, il ne s\u2019agirait là que d\u2019un moyen d\u2019expression des employés dans leur entreprise: «Les employés ont leur mot à dire, et ils le disent fort.» D\u2019autres conçoivent ce modèle comme une finalité ultime à atteindre.Un seul homme d\u2019affaires n\u2019hésite pas à affirmer qu\u2019il est contre la participation sous n\u2019importe quelle forme, ne voyant aucun avantage à mettre sur pied une telle formule.2-\tParticipation à la gestion Parmi ceux qui sont pour la participation à la gestion, sans trop entrer dans les détails, disons qu\u2019il y a un homme d\u2019affaires oeuvrant dans l\u2019entreprise privée, un autre provenant d\u2019une société d\u2019état, et un troisième du milieu bancaire.Celui qui vient de l\u2019entreprise privée croit «en la collégialité au niveau de la gestion des activités de l\u2019entreprise», mais il pense que la décision finale doit être prise par une seule personne (sans doute la plus haut placée dans la hiérarchie de l\u2019entreprise).Le «banquier» est pour, mais il estime que les gestionnaires doivent être préparés pour assumer une telle responsabilité et avoir une formation appropriée.Le représentant de la société d\u2019état se réfère à l\u2019expérience passée en relations ouvrières, qui a été plutôt pénible, et conçoit la participation à la gestion comme un moyen de corriger les erreurs du passé.Des quatre personnes qui sont contre la participation à la gestion, deux proviennent du monde bancaire, les deux autres, des entreprises privées.Le premier pense qu\u2019on n\u2019avance pas d\u2019un iota avec un modèle de ce genre, et qu\u2019on arrive de toute façon aux mêmes résultats, en dernière analyse.Le second estime que les employés qui participent à la gestion font confiance aux patrons pour agir, ce qui fait qu\u2019à toutes fins pratiques, c\u2019est le modèle traditionnel qui prévaut, participation ou pas.Pour lui, aucune entreprise ne se mène par une assemblée d\u2019actionnaires.Selon le troisième, il ne doit y avoir dans une entreprise qu\u2019une seule personne qui prenne les décisions: le patron.Pour le dernier, il est difficile, voire utopique, de progresser dans semblable contexte. LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.919 \u2014 Participation aux prises de décisions: deux des trois personnes qui sont en faveur de cette formule proviennent d\u2019entreprises privées, et le dernier, d\u2019une société d\u2019État.Le premier justifie son opinion en disant que cette formule enrichit la structure de la tâche des employés, tout en enrichissant l\u2019organisation elle-même.Le deuxième favorise la participation aux prises de décisions ponctuelles, par la voie des recommandations, mais seulement pour des spécialistes dans certains domaines.Il pense que ce type de fonctionnement progressera sensiblement dans le futur.Pour ce qui est de l\u2019homme d\u2019affaires de la société d\u2019Etat, il conçoit comme normal le fait qu\u2019on exige une certaine participation aux décisions de la part d\u2019un employé, mais il y aurait un seuil (variant selon les fonctions) qu\u2019on ne saurait dépasser.Il favorise également la participation de l\u2019employé au processus d\u2019évaluation des tâches, ce qui «aurait pour effet d\u2019intéresser indéniablement cet employé au travail qu\u2019il effectue».\u2014 Présentation des employés au conseil d\u2019administration: deux personnes sont pour, tandis que trois sont contre.Ceux qui sont contre proviennent du milieu des banques, et ceux qui sont pour sont issues des entreprises privées.Celui qui croit en la cogestion partielle affirme qu\u2019il est juste que les employés occupent une place assez haute dans le processus décisionnel de l\u2019entreprise: d\u2019après lui, dès que les employés seront représentés au sein du conseil d\u2019administration, non seulement auront-ils la place qui leur revient, mais encore l\u2019entreprise aura tout à y gagner.Le second ne justifie pas son opinion: il se contente de donner les détails de l\u2019implantation d\u2019un tel modèle dans son entreprise.Parmi les «contre», on mentionne que tout conseil d\u2019administration doit être composé de personnes extérieures à l\u2019entreprise, avec d\u2019autres préoccupations, ce qui leur permettra de prendre des décisions moins biaisées et à moins courte vue.On dit aussi ne voir aucun avantage à une formule de ce genre, pour le moment.Enfin, on fait remarquer que semblable participation est difficile pour les employés eux-mêmes, compte tenu du professionnalisme exigé dans les procédures et du type de décisions à prendre.\u2014 Comités de gestion: il n\u2019y a qu\u2019une seule personne qui propose cette formule, mais cette formule est valable au même 920 L\u2019ACTION NATIONALE titre que les autres.La personne pense que les employés doivent avoir une certaine responsabilité dans les décisions de l\u2019entreprise, mais sans pour cela avoir à siéger au conseil d\u2019administration.Les comités de gestion, fonctionnant à différents niveaux de l\u2019entreprise, constitueraient un modèle préférable et, en tout cas, plus opérationnel.\u2014 Cogestion totale: une seule personne est pour la cogestion totale, tandis que les trois autres se prononcent contre.Venant d\u2019une coopérative, la personne en faveur de cette formule pense que c\u2019est le meilleur moyen d\u2019ajuster l\u2019entreprise aux besoins de ses membres et de les tenir au courant de ce qui se passe dans l\u2019entreprise.Parmi ceux qui sont contre, deux dirigent une entreprise privée et le troisième est issu des banques.Le premier avoue simplement qu\u2019il n\u2019est pas très familier avec ce genre de concept; le second dit qu\u2019il doit y avoir quelqu\u2019un qui doit prendre la responsabilité de la décision finale, même s\u2019il y a concertation; enfin, le «banquier» affirme qu\u2019on n\u2019avancera jamais avec ce genre de pratique et que partout où semblable modèle a été essayé («Tricofil», par exemple), cela fut un échec lamentable.2- Participation aux profits \u2014 En général: quatres personne sont pour, et une s\u2019oppose.Des quatre pour, trois viennent d\u2019entreprises privées, et une des banques.Deux hommes d\u2019affaires d\u2019entreprises privées disent que ces formules sont bonnes, mais ils ne disent pas pourquoi; le troisième croit qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un bon moyen pour mettre l\u2019employé au courant des difficultés et des succès de son entreprise, et de le rendre conscient de l\u2019importance de sa présence dans l\u2019entreprise; l\u2019homme d\u2019affaires des banques est aussi pour cette formule, mais il pense que si les employés acceptent de participer aux avantages, ils devraient aussi participer aux risques.La personne qui est contre vient d\u2019une entreprise privée et elle ne donne pas la raison de son opposition.\u2014 Par bonis d\u2019encouragement: trois sont pour, un est contre.Les trois «pour» proviennent de l\u2019entreprise privée; celui qui est contre, d\u2019une banque.Deux des hommes d\u2019affaires qui favorisent cette formule ne disent pas pourquoi; ils se contentent de décrire le fonctionnement de ce concept dans leur entre- LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.921 prise.Le troisième fait remarquer que «c\u2019est une question intéressante tant et aussi longtemps que les profits sont positifs».Il ajoute que si les profits sont nuis ou négatifs, il faut que les employés soient prêts à en subir les conséquences dans leur salaire, ce que les syndicats ne peuvent accepter, dans la mesure où ils trouvent suspecte cette façon de faire.La personne qui est contre, d\u2019ailleurs, invoque cette dernière raison pour rejeter la formule.\u2014 Par redistribution des profits: trois personnes sont en faveur de cette formule, et personne ne se prononce ouvertement contre; deux sont issues d\u2019entreprises privées, et une d\u2019une banque.Pour l\u2019un, la redistribution des profits est plus juste et plus équitable que l\u2019évaluation des performances (trop imprécise).Un autre croit qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une formule qui s\u2019implantera tôt ou tard dans son entreprise, dans le futur, étant donné l\u2019évolution des moeurs entrepreneuriales.Enfin, l\u2019homme d\u2019affaires des banques, comme quelques autres hommes d\u2019affaires, croit que si les employés veulent participer aux profits, ils devraient aussi participer aux risques que cette formule comporte.3- Participation au capital-actions \u2014 En général: il y a deux personnes qui la favorisent, sans en préciser pour autant le détail, et autant qui sont contre.Le premier homme d\u2019affaires qui est en faveur d\u2019une telle mesure (il provient d\u2019une entreprise privée) pense que c\u2019est une «formule sûrement très louable».Le second, venant du même type d\u2019entreprise (Métro-Richelieu), est aussi pour cette formule, mais il fait remarquer que les actions sont vendues, chez lui, seulement aux épiciers indépendants, qui n\u2019ont pas un pouvoir décisionnel très élevé dans l\u2019entreprise; pas aussi élevé, en tout cas, que d\u2019autres types d\u2019actionnaires.Parmi ceux qui sont contre, l\u2019un vient d\u2019une entreprise privée, et l\u2019autre, d\u2019une banque.Le premier pense qu\u2019il n\u2019est pas avantageux «d\u2019opter pour un capital de risques pour le travailleur ordinaire».Le second se dit contre, mais sans préciser exactement pourquoi; il préfère, tant qu\u2019à faire, la redistribution des surplus de profits.\u2014 Actions vendues aux employés avec avantages: ici, on a presque un consensus: des neuf personnes qui sont pour, huit 922 L\u2019ACTION NATIONALE sont d\u2019accord sans réserves avec cette formule, qui consiste à faciliter l\u2019achat d\u2019actions de l\u2019entreprise par les employés, soit en défrayant une partie du coût, soit en leur donnant certains avantages de paiements; la neuvième personne, bien qu\u2019avec certaines réserves, relève les avantages de cette formule, en rappelant les mesures fiscales adoptées par le gouvernement à ce sujet.\u2014 Actions vendues aux employés sans avantages: des trois hommes d\u2019affaires favorisant cette formule, deux viennent de l\u2019entreprise privée et le troisième, d\u2019une société d'État.Le premier affirme être pour cette formule, tout en signalant que les Québécois sont très peu renseignés sur le sujet, ce qui justifie son hésitation à l\u2019implantation d\u2019une telle formule.Le second se contente de décrire la situation présente dans son entreprise, sans aller plus loin; le troisième, qui vient d\u2019une société d\u2019Etat, pense qu\u2019il faudrait une dénationalisation partielle de l\u2019entreprise, pour libérer un certain nombre d\u2019actions.\u2014 Actions vendues au public: deux personnes sont pour, l\u2019une provenant d\u2019une société d\u2019État et l\u2019autre, d\u2019une coopérative.L\u2019homme d\u2019affaires de la société d\u2019État ne précise pas pourquoi il milite pour cette formule; pour ce qui est de l\u2019homme d\u2019affaires de la coopérative, il est évident qu\u2019il ne peut s\u2019objecter à cette formule sans entrer en contradiction avec le principe-clé du système coopératif: les membres d\u2019une coopérative sont, par définition, tous actionnaires à part égale.Conclusion D\u2019après cette analyse, on voit que les hommes d\u2019affaires ont des opinions assez divergentes, en ce qui concerne les modes et formules de participation à l\u2019entreprise.Ceux qui viennent d\u2019entreprises semblables sont généralement d\u2019accord entre eux, surtout en ce qui a trait aux modes de participation aux profits et au capital-actions.Pour ce qui est de la participation à la gestion, les opinions sont divisées, et il est difficile de tirer les grandes lignes sur ce mode de participation, vu la diversité des opinions.Nous pouvons quand même relever ceci: \u2014 les prises de décisions d\u2019ordre technique serait le minimum qu\u2019on peut demander à un travailleur; LA PARTICIPATION: LA PERCEPTION.923 \u2014\tle principe de la représentation des employés au sein du Conseil d\u2019administration est généralement rejeté; \u2014\tles comités de gestion rendent l\u2019employé plus conscient de sa responsabilité au niveau de la gestion à son niveau.Mais il ne doit, en aucun cas, gêner les membres du Conseil d\u2019administration dans leur mouvement; \u2014\tla cogestion totale et rejetée, comme relevant du domaine de l\u2019utopie, sauf pour celui qui oeuvre dans une coopérative; \u2014\tla décision finale ne saurait appartenir qu\u2019à une seule personne, ou à un petit comité d\u2019actionnaires; \u2014\tavec un système comme celui que préconise la participation à la gestion, l\u2019entreprise n\u2019avance pas.Néanmoins, nous voyons bien que les hommes d\u2019affaires sont tous à peu près d\u2019accord sur la participation aux profits, les justifications données allant toutes plus ou moins dans le même sens: \u2014\tla participation aux profits conscientise l\u2019employé aux hausses et baisses du rendement de l\u2019entreprise, ainsi qu\u2019aux fluctuations du marché; \u2014\tles employés qui participent aux profits devraient aussi participer aux risques et pertes; \u2014\tles bonis encouragent l\u2019employé à donner son plein rendement dans son travail; \u2014\tla redistribution des surplus de profits est plus juste pour les employés.Enfin, pour ce qui est de la participation au capital-actions, nous nous apercevons que les hommes d\u2019affaires sont bien d\u2019accord sur un point: la vente d\u2019actions aux employés, avec avantages de paiements.Certains iraient même jusqu\u2019à défrayer une partie du coût de Faction.Les justifications données résident, en gros, en ceci: en devenant actionnaires, les employés sont plus intéressés à faire avancer leur entreprise.Ils sont plus conscients des problèmes de celle-ci et tendent plus à les résoudre.Pour résumer, les hommes d\u2019affaires d\u2019entreprises privées ont des opinions assez divergentes sur la participation à la gestion, tandis que pour les deux autres modes de participation, ils sont à peu près tous du même avis. 924 L\u2019ACTION NATIONALE Les hommes d\u2019affaires du monde bancaire, eux aussi, sont à peu près d\u2019accord entre eux pour dire qu\u2019avec la participation à la gestion, une entreprise n\u2019avance pas.Ils sont également d\u2019accord entre eux, quand il s\u2019agit d\u2019évaluer les autres modes de participation.Quant aux deux personnes venant de sociétés d\u2019Etat, elles sont d\u2019accord sur le principe de la participation des employés à la gestion des entreprises, mais pas nécessairement sur la participation au capital-actions.L\u2019échantillonnage par type d\u2019entreprise étant pauvre, nous sommes conscient que ces conclusions restent très partielles et qu\u2019elles ne sont pas statistiquement significatives.Nous avons fait état d\u2019un sentiment général vis-à-vis de ces grandes questions.De plus, rares furent les hommes d\u2019affaires qui ont exprimé leur opinion sur tous les modes de participation, ce qui rend nos brèves conclusions encore plus incomplètes; d\u2019autant plus que même ceux qui ont donné leur opinion ne la justifient pas toujours.Néanmoins, nous pensons que le lecteur pourra se faire une idée générale de la façon dont réagissent nos hommes d\u2019affaires vis-à-vis de ce thème important des années 80; la participation des employés à la vie de l\u2019entreprise. LE CHOIX D\u2019UNE SOCIÉTÉ 925 Le choix d\u2019une société par ÉMILE BOUVIER, S.J., professeur émérite de l\u2019Université de Sherbrooke1 Fondamentalement, le système capitaliste repose sur l\u2019intérêt personnel, la propriété privée, la libre concurrence et l\u2019exclusion de l\u2019intervention de l\u2019État.À cause de l\u2019évolution historique, ce capitalisme est devenu un système de compression, d\u2019exploitation et d\u2019esclavage.Peut-il se transformer, s\u2019exorciser de tout le mal qu\u2019il contient?Plusieurs tentatives ont été amorcées, d\u2019abord dans les pays Scandinaves et plus tard en Europe Continentale.Depuis les années 1950, cette nouvelle croisade de restauration a débuté sous plusieurs formes, dont entre autres 1)\tcelle de la social-démocratie; 2)\tcelle de l\u2019économie des choix collectifs; 3)\tcelle de l\u2019économie reaganienne aux États-Unis.1) La sociale-démoeratie De 1950 à 1980, la plupart des pays d\u2019Europe se sont livrés à des expériences d\u2019économie mixte: les politiciens, les bureaucrates de la fonction publique et les propagandistes de la presse, ont accepté sur la base d\u2019une philosophie keynésienne, une économie de bien-être incluant les services sociaux gratuits, la sécurité sociale pour les pauvres, une nationalisation accentuée de l\u2019industrie, une politique des revenus, l\u2019acceptation des centrales syndicales et une politique de subsides et d\u2019aides à l\u2019entreprise.Ces programmes déjà connus et acceptés par les pays Scandinaves connurent leur paroxysme en Angleterre avec la venue en 1979 de Mme Thatcher et la venue en 1981 du président Reagan.Mme Thatcher est venue au pouvoir avec un mandat catégorique de stopper la législation sociale qui ruinait l\u2019Angleterre, de contrôler la masse monétaire, de geler les dépenses publiques et de diminuer les impôts.En 1981, le nouveau pré- 1.Nous n\u2019avons pu publier ici tout le travail du P.Bouvier.Nous publierons le reste à l\u2019automne.NDLR. 926 L'ACTION NATIONALE sident des États-Unis arrive au pouvoir avec un programme similaire: diminution des impôts, compression des dépenses publiques, réduction des déficits, contrôle de l\u2019inflation par la masse monétaire et l\u2019application de l\u2019économie de l\u2019offre (Supply side \u2014 Economies).Dans son ensemble, cette social-démocratie se caractérise: \u2014\tpar la coexistence du secteur privé et du secteur public de l\u2019économie; \u2014\tpar la propriété privée des moyens de production; \u2014\tpar la liberté des décisions économiques; \u2014\tpar le développement du secteur coopératif; \u2014\tpar l\u2019intégration des travailleurs dans la gestion du système économique; \u2014\tpar l\u2019intervention de l\u2019État de plus en plus prononcée dans la majorité des secteurs de l\u2019économie.À ces principes s\u2019ajoute une politique économique qui se réalise par la baisse des impôts, l\u2019administration de la dette publique, la compression des dépenses, le contrôle de la masse monétaire et des taux d\u2019intérêt et par une politique de subventions à l\u2019entreprise en vue du plein emploi.Cette politique en raccourci est loin d\u2019avoir été réalisée dans les pays d\u2019Europe et d\u2019Amérique.Au Canada, elle a été tentée au niveau fédéral, par la sécurité sociale, l\u2019assurance-chômage, la formation professionnelle, les pensions, la loi sur les banques, la politique de l\u2019énergie (1980), les mégaprojets en 1981, la lutte contre l\u2019inflation en 1982, le programme de relance en 1983 (avec un déficit de 31.3$ milliards).En dépit de tous ces efforts, le Canada connaît un chômage de 2 millions de travailleurs, une inflation de 12.4% et une stagnation des investissements.Au Québec, la social-démocratie a été marquée par l\u2019intervention de l\u2019État dans un grand nombre de secteurs de l\u2019économie.Au niveau financier, cette intervention se manifeste \u2014\tpar la Caisse de dépôt, la S.G.F.(Société générale de financement), la S.D.I.(Société de développement industriel). LE CHOIX D\u2019UNE SOCIÉTÉ 927 Au niveau industriel, \u2014\tpar la S.G.F., \u2014\tpar la SOQUIP (Société québécoise d\u2019initiative pétrolière), la SOQUEM (Société québécoise d\u2019exploitation minière), la SOQUIA (Société québécoise d\u2019initiatives agro-alimentaires), \u2014\tpar Rexfor, la S.D.I., les SODEQ, SOQUIP, \u2014\tpar l\u2019Hydro-Québec, la S.D.B.J.(Société de développement de la Baie James), \u2014\tpar la S.D.C.(Société de développement coopératif), \u2014\tpar la Régie des alcools, la raffinerie de St-Hilaire, \u2014 Asbestos Corp.\u2014 SIDBEC \u2014\tpar la Régie de l\u2019assurance-automobile.Au niveau des syndicats, par la création du C.S.T.transformé en Conseil consultatif de la main-d\u2019oeuvre et par la création de nombreuses commissions mixtes.Cette social-démocratie répond aux exigences politiques.Sa faiblesse réside dans le fait qu\u2019il manque à sa base un projet de société.La société n\u2019est pas orientée vers le développement de l\u2019homme, de la famille et du bien-être mais vers la permanence du pouvoir politique.L\u2019exemple récent du saccage de la Baie James ne démontre-t-il pas comment la pression du pouvoir peut affaiblir le sens des responsabilités et de la justice?Pour éviter les erreurs et les déviations, cette social-démocratie, pour remplacer le capitalisme d\u2019exploitation, doit reposer sur un programme d\u2019ordre social, celui de la propriété des moyens de production, du calcul économique, de la participation du capital et du travail dans l\u2019entreprise et l\u2019intervention indirecte et efficace de l\u2019Etat afin d\u2019assurer le plein emploi et une meilleure distribution des revenus.Ces principes ont pour corollaires: l\u2019autodétermination, la subsidiarité, la participation et le pluralisme.L\u2019autodétermination signifie que la personne détermine elle-même ses choix économiques.Non pas qu\u2019elle puisse s\u2019abandonner à l\u2019arbitraire et décider à sa fantaisie, mais qu\u2019elle dispose d\u2019une marge d\u2019appréciation pour concilier les exigences du bien commun et ses intérêts particuliers.Toute personne s\u2019insère dans un contexte social et doit s\u2019y ajuster. 928 L'ACTION NATIONALE En conséquence, les groupes doivent se reconnaître au service de la personne, tout comme l\u2019Etat doit se concevoir au service des personnes et des groupes.L\u2019Etat ne doit pas absorber des responsabilités que des individus, des familles, des syndicats peuvent et doivent remplir.C\u2019est ce que demande le principe de subsidiarité: une autorité supérieure ne doit pas indûment se substituer à une autorité inférieure.Par contre, personnes et groupes doivent collaborer avec l\u2019Etat et se soumettre à lui dans la poursuite des fins communes.La participation répond à une autre requête de la personne.Elle implique que les unités économiques collaborent à tous les paliers d\u2019autorité dans l\u2019élaboration des décisions, des initiatives et des projets, en éliminant toute influence monopolistique capable d\u2019empêcher les dissidences2.Le pluralisme ne signifie pas la multiplication anarchique des groupes, mais la multiplicité des efforts qui s\u2019emploient à bâtir une société solide et équilibrée.Ce système comporte, en plus, une économie de marché, une économie d\u2019entreprise et une économie de calculs: une économie de marché est constituée par des centres économiques distincts, reliés entre eux par des réseaux d\u2019échanges et de forces.Ces centres économiques sont des centres de production, d\u2019offres de facteurs et de demandes pour la consommation.Une solidarité fonctionnelle s\u2019établit entre eux, due à la nécessité de leur concours pour l\u2019accomplissement de l\u2019activité économique.Ce marché est multipolaire: il est en apparence concurrentiel mais, en fait, il est fortement monopolistique.Une économie d\u2019entrepnse.L\u2019entreprise est l\u2019unité économique de production qui assure la liaison entre les marchés de biens et de services (demande de consommation finale) et les marchés des facteurs de production (travail et capital).En déterminant ses quantités de facteurs, l\u2019entrepreneur procède à des combinaisons de prix, et compare prix de revient et prix 2.Rappelons ici le rôle de participation que pourraient jouer les syndicats et les travailleurs par une collaboration conjointe au niveau des conventions collectives, de la productivité et du rendement des travailleurs par des formules de cogestion, de participation active.Rappelons aussi certaines formules communautaires telles que Tembec, les Industries du Saguenay. LE CHOIX D\u2019UNE SOCIETE 929 de vente.Ces prix sont, en grande partie, administrés et manipulés.Une économie de calculs.La monnaie est un lien entre le passé, le présent et l\u2019avenir, et sert de commun dénominateur aux expériences des sujets économiques.Les prix déterminent les rapports entre les biens et la monnaie; ils expriment et mesurent les tensions engendrées par la rareté de biens économiques, ils traduisent les nécessités et les prétentions entre lesquelles s\u2019instaure un équilibre économique.L'Etat exerce une intervention indirecte et efficace.L\u2019Etat doit être présent à l\u2019activité économique.Ce qui est décisif, ce sont les caractères de son intervention: celle-ci doit être en premier lieu indirecte, c\u2019est-à-dire respecter la liberté de décision des demandeurs et des offrants et la liberté dans la formation des prix.L\u2019Etat peut influencer ces libertés par sa politique financière monétaire ou sociale.Il peut orienter l\u2019économie, mais sans éliminer la liberté de disposition des sujets économiques.Son intervention doit du même coup être globale; elle ne pénètre pas dans le détail du mécanisme économique sauf dans les cas plutôt rares de nationalisations.En un mot, l\u2019intervention de l\u2019État ne brise pas le ressort du marché: malgré ses imperfections, il apparaît comme le moyen le meilleur de déterminer ses activités.«Si imparfait qu\u2019il puisse être, écrit F.Perroux, le marché a le mérite de maintenir quelque contact entre les produits et les goûts des acheteurs et des consommateurs.Si dévié et si orienté qu\u2019il soit, le compromis des prix sauvegarde en quelque mesure la liberté des parties.Si critiquable qu\u2019il soit économiquement et moralement, le marché, malgré ses imperfections, apparaît comme le moyen le meilleur de déterminer les prix.Le profit est encore l\u2019incitation et la sanction la plus pratique et la moins coûteuse qui ait pu être mise en oeuvre dans une économie.Aussi l\u2019État doit-il chercher à protéger le marché, à l\u2019améliorer plutôt qu\u2019à le détruire.Ainsi parle-t-on souvent d\u2019intervention respectueuse de la logique interne de l\u2019économie de marché et d\u2019entreprise.Tout comme il existe des variétés de socialismes en U.R.S.S., en Yougoslavie, en Pologne, en Bulgarie, en Hon- 930 L'ACTION NATIONALE grie, à Cuba et en Tchécoslovaquie, on retrouve des variantes de social-démocratie en Suède, en Norvège, en Angleterre, en Hollande, au Danemark et au Québec.2) Un système d\u2019économie publique des choix collectifs Ce système s\u2019accroche à la social-démocratie en définissant le rôle de l\u2019État.Amorcée à la fin des années \u201950 par deux économistes de l\u2019Université de Virginie, James Buchanan et Gordon Tullock, cette théorie a été amorcée par l\u2019escalade des budgets et des réglementations d\u2019État qui se multiplièrent au-delà de la volonté populaire.En appliquant la grille de l\u2019analyse économique aux politiques anti-pollution, aux politiques régionales, aux politiques de l\u2019environnement, aux transports collectifs, à la protection du consommateur, au salaire minimum, à la sécurité sociale, aux transferts sociaux, au Code du travail, le gouvernement crée des pénuries et des abondances artificielles, et incite, par l\u2019octroi de subventions, à l\u2019abus de certaines ressources.L\u2019inefficacité administrative devient le sous-produit de la recherche incessante des transferts de revenus que les différents groupes d\u2019intérêt poursuivent à travers le processus politique et démocratique.Cette économie des choix collectifs est un effort de formulation d\u2019une théorie générale de l\u2019économie publique qui permette de faire dans le domaine des choix collectifs ce qui a été fait depuis longtemps au niveau des marchés.Il s\u2019agit de compléter la théorie de la production et de l\u2019échange des biens et des services par une théorie équivalente du fonctionnement des marchés politiques.Il ne s\u2019agit plus de comprendre comment sont prises les décisions de production de biens industriels, mais d\u2019essayer d\u2019expliquer pourquoi une certaine population, par la voie de ses institutions politiques, choisit telle structure de budget plutôt que telle autre, tel taux de pression fiscale plutôt que tel autre, ou encore tel type de système de prévoyance plutôt que tel autre.Cette économie des choix publics intègre la prise en compte des motivations et des intérêts particuliers des différents acteurs du jeu qui expriment leurs désirs par la voie des élec- LE CHOIX D\u2019UNE SOCIÉTÉ 931 fions; intérêts des représentants politiques, des hommes de gouvernement et des fonctionnaires qui forment en quelque sorte le corps des producteurs travaillant pour les citoyens-consommateurs.Elle tient compte des effets de rétroaction du produit final sur la structure des préférences des citoyens et sur les stratégies individuelles des agents de l'État: exemple d\u2019une réforme fiscale, décidée par le gouvernement et votée par le parlement, dont l\u2019effet est de modifier le fonctionnement des marchée privés (action sur la propension à épargner, par exemple), mais qui réagit également, d\u2019une part, sur les sentiments des électeurs (si elle fait trop de mécontents.), d\u2019autre part, sur la structure globale du système de contraintes décisionnelles de la société (accroissement du nombre de fonctionnaires, extension de la logique bureaucratique au détriment du marché).Elle permet de mesurer l\u2019efficacité «sociale» relative de tel «produit» par rapport à tel autre, et donc (toute institution étant un «produit» de l\u2019activité publique: une constitution, une administration, un règlement.), d\u2019apprécier le degré d\u2019optimalité de telle institution ou de telle autre; le degré d\u2019efficacité ne se mesurant pas par des chiffres ou des rendements, mais par la réussite (ou l\u2019échec) de l\u2019institution en cause à contraindre les finalités individuelles de s\u2019aligner sur l\u2019intérêt général.Ce qui intéresse l\u2019économiste du Public Choice, ce n\u2019est pas de savoir s\u2019il est meilleur que l\u2019État produise telle quantité de défense nationale, de solidarité ou de redistribution plutôt que telle autre; ce n\u2019est pas de savoir si tel impôt est, par nature, plus juste que tel autre, ou telle loi meilleure que telle autre.mais de comprendre pourquoi une collectivité choisit ceci plutôt que cela.Son objectif est de comprendre comment fonctionnent les processus de décision qui gouvernent la production et l\u2019allocation des produits publics.Son sujet est de savoir comment s\u2019organise, se structure l\u2019appareil de production collectif, quels y sont les systèmes de contrainte, de sanction ou de récompense qui déterminent ou influencent l\u2019action individuelle de tous ceux qui concourent au processus de production collective, quelle sont les finalités qui s\u2019en dégagent aux différents échelons. 932 L'ACTION NATIONALE L\u2019État y est analysé comme une mécanique dont on décompose les différents mécanismes, de la même façon que les économistes ont depuis longtemps décortiqué tous les aspects du fonctionnement des marchés privés.Ce qui importe, c\u2019est comment leurs actions rétroagissent sur le bien-être de la société, et non de savoir comment ils devraient se comporter en principe.Il s\u2019agit d\u2019une approche positiviste de l\u2019étude des mécanismes sociaux et politiques qui rompt avec l\u2019approche normative adoptée depuis trente ans par la science économique ou les autres sciences sociales comme la philosophie, la sociologie ou la science politique.Pour effectuer un tel travail, la première démarche consiste à rechercher quels sont les systèmes de finalité qui gouvernent l\u2019action des principaux ageyits en cause.Mais nous avons vu que cette recherche est inséparable d\u2019un autre problème: celui de l\u2019identification des systèmes de contraintes qui pèsent sur les individus.C\u2019est en effet la structure des systèmes de sanctions et de récompenses qui détermine l\u2019échelle des finalités individuelles que les agents en cause vont plus ou moins privilégier dans leur stratégie globale d\u2019amélioration de leur bien-être.De ces deux questions découle une première caractéristique du mouvement du Public Choice: la production de toute une nouvelle génération de modèles économiques qui tentent d\u2019expliquer les comportements observés des décideurs publics (les élus, les partis politiques, les gouvernements, les agents fonctionnaires de l\u2019État), par une analyse rationnelle des motivations et des contraintes qui conditionnent leurs attitudes et leurs choix décisionnels.Bref, c\u2019est l\u2019application de l\u2019analyse coûts-bénéfices des activités publiques.Une littérature abondante des années 1970 débouche sur une démystification des bienfaits apportés à la société par l\u2019État-Providence.Les déceptions du public américain devant les piètres résultats des grandes politiques sociales des années \u201960, et l\u2019échec de la guerre contre la pauvreté, multiplient les doutes sur l\u2019efficacité de l\u2019État.De ces grands programmes sociaux qui, depuis Kennedy et Johnson, ont coûté aux Américains des milliards de dollars: lutte contre la pauvreté, la rénovation urbaine, la lutte contre la pollution, la sécurité sociale, les régimes de retraite, qu\u2019en auront retiré les LE CHOIX D\u2019UNE SOCIÉTÉ 933 citoyens?Quelle fut l\u2019efficacité réelle de l\u2019action des innombrables agences fédérales qui ont enfermé les entreprises dans un carcan de plus en plus serré de coûts et de réglementations économiques?Dans quelle mesure l\u2019extension du pouvoir de la bureaucratie contribue-t-elle à corriger les gaspillages et l\u2019inefficacité de l\u2019économie américaine?Qu\u2019on mentionne le salaire minimum, l\u2019assurance-chômage, la protection du consommateur, le financement de l\u2019enseignement, la répression de la drogue et du crime, les normes anti-pollution, le résultat global ne laisse plus de doute: le contrôle public de l\u2019aviation, des chemins de fer et du camionnage a engendré des augmentations de prix de l\u2019ordre de 10 à 50% en longue période.Même phénomène dans les monopoles publics, les télécommunications, l\u2019électricité, la sécurité sociale, les plans de pension.L\u2019échec des systèmes des choix collectifs dépend, hélas! de la mise au rancart du principe de subsidiarité parce que le gouvernement se mêle de tout, mais n\u2019aboutit à rien.3.L\u2019économie reaganienne C\u2019est une nouvelle forme de l\u2019administration nationale de l\u2019économie qui est axée sur la production plutôt que sur la demande globale.Lors de la révolution keynésienne, l\u2019État prenait la responsabilité de corriger les fluctuations du cycle économique par la manipulation de la demande pour les biens et les services, par l\u2019injection des fonds publics dans une période de baisse ou par le retrait dans une période de hausse.Ce système est caractérisé par l\u2019impact de la production et non par la demande globale de l\u2019économie.Les stimulants se concentrent sur le produit national afin d\u2019augmenter les emplois et tempérer l\u2019inflation.Les moyens les plus efficaces pour atteindre cet objectif sont: a) la baisse des impôts, b) la diminution des dépenses publiques, c) le contrôle des déficits.La mise en branle de ce nouveau système a commencé, en 1964, par une coupure globale des impôts que le président J.F.Kennedy avait projetée avant sa mort prématurée en 1963.En 1978, la proposition 13 de l\u2019État de Californie proposait la coupure des impôts fonciers.En 1981, Ronald Reagan, en entrant sur la scène politique, annonça une baisse de 25% de l\u2019impôt fédéral, répartie sur une période de 33 mois.Cette opération 934 L'ACTION NATIONALE fiscale aboutit à cette nouvelle conception de l\u2019économie appelée l\u2019économie de l\u2019offre (Supply side Economies).Cette théorie prit naissance à l\u2019Université de la Californie du Sud avec le professeur Arthur B.Laffer.Sa thèse est la suivante: dans tout système économique, il existe deux taux de taxation qui produiront le même revenu.Au point zéro de l\u2019échelle des taux, il n\u2019y a pas de revenus, ainsi qu\u2019au point 100 qui enlève tout stimulant à la production.La courbe entre le point 0 et le point 100 indiquera les différents niveaux de revenus produits le long de la courbe OB et BD du graphique.La courbe de Laffer (1974) Revenus D 100% Taux de taxation Les revenus s\u2019élèvent sur la courbe de gauche OB, et s\u2019abaissent sur la courbe de droite BD.Les revenus d\u2019impôt baissent par suite de la baisse des stimulants à la production et au travail.Avec une augmentation d\u2019impôt de E à F les revenus baissent.Conclusion: une diminution d\u2019impôt bien structurée augmentera l\u2019effort productif d\u2019un pays, si bien qu\u2019en encourageant la prospérité générale, elle augmentera les revenus du Trésor. LE CHOIX D\u2019UNE SOCIÉTÉ 935 L\u2019économie de l\u2019offre décrit donc la mauvaise influence du gouvernement sur l\u2019allocation des ressources et le niveau de vie.Le gouvernement alors ne crée pas la richesse, mais doit seconder l\u2019initiative créatrice des entrepreneurs et des travailleurs qui aboutit à la prospérité nationale.Cette influence peut revêtir trois formes, selon que l\u2019on utilise la politique de J.F.Kennedy, celle de Mme Thatcher, celle du Président Reagan.La formule Kennedy, qu\u2019on appelle l\u2019économie des frontières, se caractérise par une réduction d\u2019impôt de revenus de 20% pour les contribuables au bas de l\u2019échelle des revenus à 91% à l\u2019échelle supérieure; par une réduction de l\u2019impôt des corporations de 52% à 47%; par une baisse des taxes qui se reflète par le chômage diminué de 10.8% à 7.3% en 1966.Cette économie des frontières se réalisera: a)\tpar la mise en action de la loi de l\u2019Emploi en \u201946; b)\tpar l\u2019objectif de 4% de chômage et de 3.5% de croissance du PNB; c)\tpar les balises salariales volontaires; d)\tpar la réalisation d\u2019un budget de plein emploi plutôt que d\u2019un budget annuel.La formule Thatcher (1979): se caractérise de son côté par \u2014\tun cran d\u2019arrêt sur la législation sociale; \u2014\tle contrôle de la masse monétaire et des dépenses publiques et \u2014\tla baisse des impôts sur les revenus, les capitaux et l\u2019épargne.La formule Reagan, en 1981, suit le même modèle: réduction des dépenses, contrôle du déficit et de la masse monétaire, la baisse des impôts.La différence entre les deux modèles provient du fait que Mme Thatcher a 25% de sa main-d\u2019oeuvre dans la fonction publique, et 50% dans les rangs des syndicats; tandis que celle de Reagan a 10% de sa main-d\u2019oeuvre dans la fonction publique, 20% dans les syndicats.Mme Thatcher est paralysée par un service civil, une bureaucratie rigide traditionnelle; elle ne peut pas rapidement trancher dans les dépenses, tandis que Reagan met ses hommes dans les positions de commandement et impose des coupures de 49.1 milliards en 1982.En Angle- 936 L\u2019ACTION NATIONALE terre, on a vécu la social-démocratie avec intensité; les États-Unis sont réfractaires aux mesures de décentralisation et de socialisation.Cette nouvelle formule de social-démocratie n\u2019a pas encore fait ses preuves: même si l\u2019attaque contre l\u2019inflation a gagné quelques points, le chômage continue à monter au delà de 10%, les hommes d\u2019affaires demeurent hésitants devant la reprise et le problème des armements complique sérieusement l\u2019échiquier.Conclusion Existe-t-il un système optimal qui procure le maximum de bien-être à la société?On a cru longtemps qu\u2019un système d\u2019entreprise libre et de marché y arriverait.Avec les expériences de l\u2019Est et de l\u2019Ouest, c\u2019est à se demander si la théorie économique n\u2019est pas à refaire.Quel régime d\u2019institutions peut assurer ce bien-être?C\u2019est celui qui respecte l\u2019homme, sa liberté, sa propriété.Si des économistes de la trempe de J.Schumpeter, de Chamberlin, de McCord Wright, de Boulding ont cru bon, à la fin de leur vie, de mettre en doute l\u2019arsenal des théories économiques qu\u2019ils ont contribué à créer et d\u2019affirmer que les papes à Rome ne parlent pas dans les nuages quand, dans leurs encycliques sociales, ils bâtissent une cité nouvelle où les puissances économiques sont au service de l\u2019homme, où la justice, la charité, l\u2019emploi, la sécurité sociale, les justes salaires, la sécurité de revenu constituent les pierres organiques de cette économie orientée, non au service de l\u2019or, mais au service de l\u2019homme, il faudrait sans doute se donner la peine de bien connaître leur enseignement.Bon nombre d\u2019économistes constatent que le comportement réel des hommes diffère du comportement idéal.La science économique prétend s\u2019élever au-dessus des différences de pays, de frontières, de systèmes; elle ambitionne de relever partout le défi de la rareté des ressources; elle demande que les théories soient logiques, conséquentes et établies à partir des réalités économiques.Elle est aussi une science normative qui n\u2019opère pas dans une tour d\u2019ivoire, mais rejoint l\u2019homme dans l\u2019élaboration des politiques économiques qui l\u2019aident à réaliser son épanouissement et celui de la société. TRICOFIL, UNE LEÇON DE DIGNITE 937 Tricofil, une leçon de dignité par PAUL-ANDRÉ BOUCHER1 On entrevoit maintenant l\u2019orée du bois.Quand on a commencé, je me disais: «Ça va être beau, quand on aura écrit 100 pages et finalement, on est rendu à 371».Je pense qu\u2019il fallait le faire et la longueur du récit n\u2019est pas exagérée, si on veut rendre justice à ces hommes et à ces femmes qui ont porté bien haut et dignement tout le poids d\u2019un tel projet, d\u2019un tel défi.Il fallait le dire et l\u2019écrire pour que Saint-Jérôme et, dans une certaine mesure, le Québec sachent une fois pour toutes qu\u2019on était pas une «gang» de malades et de rêveurs.Une leçon de courage On peut être d\u2019accord ou pas avec les objectifs qu\u2019on avait et avec la façon dont on s\u2019y est pris pour y parvenir.Mais je peux dire aujourd\u2019hui qu\u2019à Tricofil, il nous restait encore un petit fond d\u2019honnêteté et de fierté en tant que Bretons ou Normands, ou autres qui, une bonne journée, ont fait la folie de venir s\u2019établir ici.Nous, on espérait continuer à vouloir vivre, comme peuple distinct et en Amérique du Nord, et non pas seulement survivre.Tricofil, ça faisait partie de tous ces sentiments qu\u2019on a dans nos tripes, mais que malheureusement, on refoule tellement.Il y en a tant qui veulent qu\u2019on tienne cela continuellement refoulé.Mais, ils ne seront pas capables: un jour, on va être bien dans notre peau, dans notre chez nous, le Québec, notre pays, et finalement on sera vraiment maîtres chez nous.J\u2019y crois dur comme fer, de la manière que nos parents y croyaient eux aussi, mais à la façon d\u2019une autre époque.Il fallait être fou à lier, ou porter dignement le nom d\u2019homme et de femme pour avoir pu bâtir avec moins que rien ce qu\u2019est le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Comme pour les Acadiens, nos cousins de sang, 1.Le texte qui suit aurait pu être la conclusion de l\u2019ouvrage «Tricofil, tel que vécu».C\u2019est en effet au sortir de cette rédaction que l\u2019auteur, Paul-André Boucher, nous livre certaines de ses réflexions, après avoir revécu, aux fins d\u2019en faire le récit, cette extraordinaire expérience que fut Tricofil, dont la portée se révèle déjà immense. 938 L'ACTION NATIONALE nos adversaires avaient décidé, après 1760, de nous faire disparaître et ont tout mis en oeuvre pour y parvenir.Ces dangers nous guettent encore aujourd\u2019hui et je me dis des fois qu\u2019ils nous guetteront toujours.Il faudra continuellement se battre avec les moyens de notre époque, comme ce fut le cas par le passé et comme cela le sera pour l\u2019avenir.Bon! Quelqu\u2019un pourrait dire: «Regarde-le! Il est encore parti en peur, il est encore parti pour la gloire!» Bien petite gloire, par les temps qui courent: c\u2019est tellement plus simple de s\u2019écraser et de se laisser faire.Ça aurait été tellement plus simple, pour le groupe de la Regent Knitting Mills, de s\u2019écraser, le 7 juin 1974, et de s\u2019en aller chacun chez nous, de se bercer et d\u2019attendre en regardant la T.V.avec notre petite bière.Eh bien non! On ne l\u2019a pas fait.On s\u2019est tenu debout, et cela jusqu\u2019à la dernière minute.La conclusion de tout ça?Il faut la voir de deux façons: l\u2019une est à l\u2019intérieur du groupe même et l\u2019autre est au niveau du projet évoluant dans un contexte plus global, celui du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Il y en a sûrement plusieurs qui seraient tentés de dire que Tricofil a fait la preuve que ça ne pouvait pas marcher, autant sur le plan économique que sur le plan humain.Ces jugements viennent, à mon avis, de personnes qui ont décidé que ça ne valait plus la peine de se battre pour changer leurs conditions de vie.Il faut dire qu\u2019il y a une bonne partie de la population qui a ce réflexe consciemment ou inconsciemment, et même à l\u2019intérieur de Tricofil.Mais pour les autres, ceux qui ont décidé de continuer à se battre et qui le décident chaque jour, Tricofil a été important, Tricofil, ça a été positif, même si c\u2019est regrettable que cela se soit terminé comme ça s\u2019est passé.Les acquis: le rôle des femmes Mais pour reprendre l\u2019expression de la dernière présidente du syndicat, Jacqueline Richer: «La mère est morte, mais elle a eu le temps de faire des petits.» Et c\u2019est bien ça, la vie.Avec elle, on a, encore une fois, un bel exemple de la force de notre peuple et de la force de nos femmes québécoises.On ne souligne pas assez le rôle visible, mais aussi invisible, que vous avez joué TRICOFIL, UNE LEÇON DE DIGNITÉ 939 dans notre société.On aura beau dire ce qu\u2019on voudra, sans votre implication, le Québec ne serait pas ce qu\u2019il est.On fait souvent des farces pas très drôles par rapport au mouvement féministe, mais je pense qu\u2019il est temps que le sexe soit-disant fort descende du piédestal où on s\u2019est placés nous-mêmes sans faire de référendum à ce sujet, à ce que je sache.Les femmes ont joué des rôles importants dans la vie syndicale du temps de la Regent, mais elles ont surtout été très actives comme fondatrices et participantes du projet Tricofil.Elles étaient les premières à s\u2019impliquer au sous-sol de la cathédrale et ce sont elles qui se sont le plus mouillées, probablement.Premières arrivées et souvent dernières parties, elles ont rapidement pris les tâches les plus humbles, mais elles ont réfléchi aussi à ce que serait le projet.Je revois des figures: Thérèse, Yvette, Rose, Jacqueline, Marie-Paule, Denise, Mignonne, Pauline et combien d\u2019autres.Ça travaillait, je vous en passe un papier.Elles ont occupé des fonctions importantes et pas souvent faciles, autant comme élues au conseil d\u2019administration et au syndicat que comme responsables de la production ou du bureau.Leur participation a beaucoup diminué, quand on a fermé et ça se comprend, mais toute proportion gardée, ça a continué de façon importante jusqu\u2019à la fin.Ce sont d\u2019anciennes travailleuses de la production, par exemple, qui travaillaient au bureau.Elles n\u2019étaient pas préparées à le faire.Elles se sont formées sur le terrain et par des cours du soir; selon les besoins et ce qu\u2019elles aimaient le plus faire; elles ont alors appris à avoir confiance en elles-mêmes.On peut dire aujourd\u2019hui que la plupart d\u2019entre elles travaillent directement ou indirectement dans le genre de travail qu\u2019elles faisaient dans le bureau, à Tricofil.Elles ont pu se réaliser à partir du projet et dans le projet.Je trouve ça positif.Le système de boni ou diviser pour régner Un autre bel exemple qui est acquis pour le groupe, c\u2019est toute la redéfinition de l\u2019organisation de la productivité qui a été faite à Tricofil.Dans plusieurs usines traditionnelles, il existe une organisation du travail basée sur les opérations à accomplir et cette division des tâches est d\u2019autant plus poussée qu'il y a un sys- 940 L\u2019ACTION NATIONALE tème de boni à la pièce comme mode de rémunération, comme c\u2019était le cas, du temps de la R.K.M.Près de 50% des opérations étaient rémunérées à la pièce, avec tout ce qu\u2019il y avait d\u2019injustice monétaire, mais aussi d\u2019isolement entre les personnes.Il y avait alors des chicanes entre les travailleurs pour savoir qui serait le mieux servi en matières premières.Il y en avait aussi qui essayaient de se faire «chum» avec leur contremaître et leur contremaîtresse et dans certains cas, il ne fallait pas avoir une belle façon, seulement durant les heures de travail, mais aussi après.De plus, toute cette division des tâches à l\u2019extrême faisait aussi que chaque travailleur tendait à s\u2019identifier à la petite job et à rien d\u2019autre.Depuis l\u2019occupation, en 1972, on avait eu l\u2019occasion de réfléchir sur le système de boni à la pièce et sur les conséquences néfastes qu\u2019il avait sur ceux et celles qui le subissaient.C\u2019était le système du bâton et de la carotte, avec tout ce que ça a d\u2019inhumain et qui, dans certains cas, rend l\u2019homme semblable à la bête.Ce n\u2019est pas exagéré.Il faut avoir vécu le système de rémunération à la pièce pour savoir ce que c\u2019est.Ce qui est pire, c\u2019est de le vivre quotidiennement, sans trop s\u2019en rendre compte et sans pouvoir y réfléchir.Je me rappelle une usine de chaussures où ceux et celles qui avaient atteint leur quota pouvaient partir plus tôt.C\u2019était bon, surtout pour les plus jeunes qui avaient de la résistance, ils et elles finissaient à deux heures de l\u2019après-midi en travaillant comme des fous.Cette situation a fait que l\u2019entreprise a augmenté ses quotas quotidiens de production, en plus d\u2019accuser les autres de se traîner les pieds, sans parler du déchirement du tissu humain entre les travailleurs qui ne pouvaient plus se sentir.Les équipes de travail: moyen de solidarité Après l\u2019occupation de \u201972 et surtout en \u201973 et en \u201974, on a commencé à revendiquer et timidement à expérimenter une certaine forme de travail d\u2019équipe qui rend les travailleurs autonomes et responsables.C\u2019est dans cet esprit que le groupe a opté pour une organisation de production basée sur l\u2019équipe de travail durant les réunions du sous-sol de la cathédrale et a commencé à se donner TRICOFIL, UNE LEÇON DE DIGNITE 941 les outils nécessaires par une nouvelle convention collective, notamment en abolissant le système de boni, pour le remplacer par un salaire à taux horaire pour tous.Ce changement était majeur pour les couturières, notamment, pour lesquelles un fort décalage entre les salaires existait précédemment et le système de boni ne fonctionnait qu\u2019à 10%.De plus, des équipes de travail avaient commencé, du temps de Tricofil, à prendre le contrôle de leur production, à se fixer des objectifs sur une base hebdomadaire et mensuelle et dans certains cas, ça marchait bien.On ne peut pas aujourd\u2019hui porter un jugement définitif sur ce genre d\u2019organisation vécue à Tricofil, parce que nous n\u2019avons pas eu les moyens ni le temps de mener ces expériences à fond, pour en voir les fruits mûrs.Et puis, en abandonnant notre projet de formation, on remettait à plus tard ce genre d\u2019organisation.Par ailleurs, on peut dire qu\u2019il n\u2019est pas facile de mettre un tel système en marche, parce que le monde avait de la difficulté à se débarrasser des vieux réflexes du passé.L\u2019équilibre n\u2019était pas encore trouvé à Tricofil entre l\u2019ancien mode d\u2019organisation du travail et le nouveau, mais je suis convaincu que le processus vers l\u2019atteinte de cet équilibre était bien en marche, parce que, en général, le groupe était attaché à la réussite du projet.Aujourd\u2019hui, je crois personnellement qu\u2019il est plus que temps qu\u2019on réfléchisse à d\u2019autres moyens de motivation que les systèmes de rémunération à la pièce.Je crois qu\u2019on doit penser dorénavant en termes d\u2019organisation du travail et ceci me semble d\u2019autant plus possible, quand les travailleurs sont propriétaires de leur propre outil de production.Le premier homme, la première femme Un autre exemple des changements faits dans l\u2019organisation du travail, c\u2019est la nomination des premiers hommes et premières femmes qui étaient élus par les équipes de travail.Ça avait déjà commencé du temps de la R.K.M., mais on a appliqué ce principe à toutes les équipes de travail et, en règle généi'ale, ça a bien fonctionné.Ce qui est à retenir de cette expérience, c\u2019est que le responsable était considéré comme un maillon soudé au reste de l\u2019équipe.On n\u2019était plus parachuté d\u2019en haut avec on ne sait jamais trop quel mandat, sinon celui de surveiller.Voilà toute la différence. 942 L'ACTION NATIONALE Des tensions, il y en a eu, c\u2019est bien sûr, et même des affrontements.Mais notre façon de fonctionner faisait qu\u2019on était obligé de se parler et les membres d\u2019une équipe savaient comment les problèmes se réglaient et pourquoi.Un nouveau rôle pour le syndicat Un autre aspect qu\u2019on peut retenir de l\u2019expérience de Tri-cofil, c\u2019est la dynamique qu\u2019a créée la mise en place du comité de gestion.Composé des gestionnaires et des représentants syndicaux, il était prévu que tout, ou à peu près tout, pouvait se discuter là: salaire, discipline, sécurité au travail, problèmes humains, etc.Beaucoup de problèmes y ont été réglés, d\u2019ailleurs.C\u2019était, à mon avis, le lieu privilégié où devaient se concilier les objectifs des gestionnaires et ceux des travailleurs.Mais pour être efficace, ça prend des rencontres régulières.Il faut que ceux et celles qui se retrouvent là autant du syndicat que de la gestion, apprennent à travailler ensemble, à se parler, à comprendre les problèmes de l\u2019autre partie et à tenter de solutionner ensemble ces divers problèmes, dans un respect mutuel et dans l\u2019intérêt du projet de son collectif.A ce niveau, on n\u2019a pas mené l\u2019expérience à bout à Tricofil, parce que, d\u2019une part, on ne lui a pas toujours accordé l\u2019attention qu\u2019on aurait dû et que, d\u2019autre part, les difficultés financières qu\u2019on avait nous ont continuellement empêchés de nous occuper de la gestion interne comme nous l\u2019aurions voulu.Donc, ce qui a manqué jusqu\u2019à la fin de ce comité, c\u2019est la fréquence des réunions et surtout la régularité avec laquelle elles auraient dû se tenir.Il faudrait se le rappeler pour l\u2019avenir.Être administrateur, ce n\u2019est pas toujours facile Mais, à travers tout ça, il y a une chose qu\u2019on ne peut pas oublier, c\u2019est que le collectif était propriétaire, avait le contrôle de Tricofil au niveau des votes et composait 75% des membres du conseil d\u2019administration.Mais dans quelle mesure le groupe s\u2019identifiait-il au conseil d\u2019administration?Ça, c\u2019est difficile à dire.Le groupe était bien conscient que c\u2019était lui qui élisait ses représentants, c\u2019est évident.Les événements ont fait que le collectif ne s\u2019est pas vraiment identifié avec les administrateurs et ceux-ci ne se sont pas vraiment identifiés avec les objectifs de départ du projet des travailleurs. TRICOFIL, UNE LEÇON DE DIGNITÉ 943 Depuis les premiers temps de Tricofil, le conseil d\u2019administration était pris par des problèmes inimaginables de tout genre: financement de départ, embauche des cadres, démarrage de la production, campagne de financement pour l\u2019achat de l\u2019usine, réorganisation administrative, crise des congédiements, négociation du volet 4, mise en place d\u2019une nouvelle équipe de cadres et ainsi de suite.Le conseil d\u2019administration a été pris comme ça jusqu\u2019à la dernière minute.Évidemment, le groupe vivait aussi tous les problèmes que le conseil d\u2019administration vivait: urgence de sortir la production, manque de matière première, bris de machinerie et manque de pièces de rechange, pression quotidienne sur ses épaules: aura-t-on la paie ou ne l\u2019aura-t-on pas?A certains moments, c\u2019était quasiment un jeu de hasard.On a même renoncé à notre paie pour acheter de la matière première et de l\u2019huile à chauffage.Il y avait donc de la pression partout et on était obligé d\u2019aller au plus urgent, pour boucher les trous.Durant ce temps, le conseil d\u2019administration ne pouvait évidemment pas jouer un de ses rôles premiers, soit de communiquer constamment avec le collectif et l\u2019identification entre les deux parties ne s\u2019est pas vraiment faite.Il faut ajouter à cela que le temps jouant contre nous, on n\u2019avait pas réussi à déterminer véritablement le rôle que les administrateurs et administratrices jouaient dans notre projet.D\u2019ailleurs, il faut bien être honnête: ce rôle n\u2019est pas plus défini aujourd\u2019hui, dans la plupart des coopératives.On commence à y voir plus clair maintenant.On sait très bien qu\u2019il faut définir autrement le rôle du conseil d\u2019administration que celui de prendre connaissance du bilan financier des trop-perçus et de ce qu\u2019on va distribuer en ristourne et à la réserve générale.Son rôle est bien plus que ça: les membres du conseil d\u2019administration sont élus du collectif et doivent avant tout rendre des comptes au collectif.Dans ce contexte, les membres du conseil d\u2019administration doivent travailler continuellement à assurer un contrôle réel et efficace des objectifs économiques et humains du projet.De plus, avec l\u2019aide de leurs gestionnaires ou d\u2019autres ressources externes, ils doivent se développer des outils de contrôle, afin de répondre à toutes sortes de questions qui peuvent leur être posées.Ceci vaut d\u2019autant plus dans un contexte 944 L'ACTION NATIONALE de coopérative ouvrière de production où tout le monde travaille quotidiennement ensemble.Ils doivent s\u2019attendre à accepter de répondre continuellement tous les jours avec les autres travailleurs, donc, on se parle et après tout, les membres du groupe ont le droit de savoir.De leur côté, les gestionnaires, s\u2019ils sont sincères, doivent accepter au départ ce rôle du conseil d\u2019administration, quand ils choisissent de vivre une expérience dans un projet collectif.Pour ce qui est du conseil d\u2019administration de Tri cofil, il n\u2019a pas suffisamment joué son rôle au cours des deux dernières années.Ce n\u2019était pas facile pour lui, c\u2019est clair, parce qu\u2019il n\u2019avait à peu près pas d\u2019information, ou il était informé beaucoup trop tard.Mais il aurait dû, justement, se battre pour obtenir cette information, d\u2019autant plus qu\u2019il y avait une pratique en place, au conseil d\u2019administration, depuis les débuts tout à fait de Tricofil, selon laquelle les administrateurs recevaient l\u2019information qui leur permettait de faire le point et de voir où ils s\u2019en allaient.La démocratie, c\u2019est comme la terre: ça se prépare régulièrement Par ailleurs, durant cette même période, on peut aussi dire que la dynamique du début n\u2019était plus la même, parmi le groupe des travailleurs et des travailleuses.Dans quelque projet que ce soit, les membres ne doivent pas se dérober à leurs responsabilités, tout mettre sur le dos des élus et n\u2019avoir uniquement qu\u2019à chialer quand ça ne marche pas.Au niveau du collectif de Tricofil, je pense que c\u2019est un peu ce qui s\u2019est produit durant les dernières années.Ils ont beaucoup laissé aller les choses par elles-mêmes.Aujourd\u2019hui, je pense qu\u2019une démocratie qu\u2019on se donne lors du démarrage d\u2019un projet, ça doit être entretenu.Ça se cultive comme la terre et on sait tout ce qui arrive, quand on arrête de travailler la terre.Il faut bien accepter le principe fondamental qu\u2019il faut s\u2019occuper de ses affaires.C\u2019est encore plus vrai à l\u2019intérieur d\u2019un projet collectif.Mais ceci dit, on ne peut vraiment pas être trop sévère envers ces Tricofiliens, qui par leur lutte quotidienne, nous auront tellement apporté en expériences de tout genre.Ils nous ont aidés à réfléchir à une certaine redéfinition de l\u2019organisa- TRICOFIL, UNE LEÇON DE DIGNITE 945 tion du travail, à partir d\u2019une pratique quotidienne.Tricofil a été et le groupe a accepté d\u2019être un projet expérimental, sans pour autant avoir jamais eu les moyens financiers techniques et humains permettant d\u2019opérer normalement dans ce sens.Enrichissement individuel et collectif Maintenant, on peut se demander ce qu\u2019a apporté finalement l\u2019expérience Tricofil à chacune des personnes qui était partie composante du projet.Je pense que, si on le demandait, la première réaction serait négative et, dans certains cas, très négative, ne serait-ce qu\u2019à cause de la situation actuelle peu reluisante de ces personnes: pas d\u2019emploi, pas de milieu de travail et, dans une perspective prochaine, le bien-être social et les jobs en dessous de la table.Eh bien! il y a, bien sûr, le choc de la fin brutale du projet.Quand on a mis tous ses espoirs en quelque chose et qu\u2019on y a cru, quand on a vécu à l\u2019intérieur d\u2019un projet comme le nôtre et qu\u2019on se retrouve maintenant chez soi à se tourner les pouces, sans lieu de rencontres et d\u2019échanges, sans possibilité de se solidariser, c\u2019est très contradictoire, par rapport à ce qu\u2019on a justement refusé de vivre et d\u2019accepter, lors de la fermeture de la R.K.M.Mais derrière tout ça, il y a aussi toute une expérience acquise qui ne peut s\u2019effacer d\u2019un coup de brosse au tableau.Durant presque huit ans, cela a été un long apprentissage à se prendre en main, à s\u2019organiser et à avoir confiance avant tout en ses capacités de réalisation: c\u2019est ce qu\u2019on doit justement réapprendre, si on veut vraiment se bâtir un véritable avenir au Québec.Ça, on l\u2019a appris et ça va nous servir dans l\u2019avenir, pour tout ce qu\u2019on décidera de fame.Comme disait la présidente du syndicat, après le dernier conseil d\u2019administration de février: «Pour moi personnellement, c\u2019est dur.J\u2019y croyais, c\u2019était mon chez nous, mais, même si c\u2019est fini, ça ne sera jamais plus pareil pour moi.J\u2019ai appris à avoir confiance en moi.Ça ne peut pas s\u2019oublier.» C\u2019est sûrement vrai aussi pour beaucoup de personnes du groupe.Je peux dire aujourd\u2019hui que le groupe n\u2019a rien à se reprocher.Il a fait l\u2019impossible avec rien ou si peu, entre ses mains.Il a été digne du projet qu\u2019il a si patiemment tissé. 946 L\u2019ACTION NATIONALE Un projet de dignité On peut avoir la tête haute devant nos détracteurs qui, de tous côtés, nous accusaient de gaspiller les fonds publics.On peut dire que c\u2019est faux, quand on considère tous les côtés engendrés par les fermetures d\u2019usine: assurance-chômage, bien-être social, etc.et sans oublier les coûts humains; Félix Leclerc le dit très bien: «La meilleure façon de tuer un homme, c\u2019est de le payer à rien faire.» Mais dans notre société pleine de contradictions, on préfère et de loin cette formule.Ça ne dérange pas.Ça permet de continuer à vivre sans se poser de questions.Ça permet de continuer à dominer d\u2019en haut.Je serais bien curieux de voir qui étaient ceux ou celles qui décriaient tant notre projet: probablement une classe privilégiée de notre société, aux dépens justement de ce qu\u2019on nous reprochait, les fonds publics de tous genres.On va arrêter de se compter des histoires.Ça ne m\u2019a jamais fait pleurer, quand je lisais ou entendais ça, surtout quand ça venait d\u2019individus qui ne se donnaient même pas la peine d\u2019aller aux informations.Non! C\u2019était uniquement une façade.Le fond du problème, c\u2019était que nos détracteurs n\u2019acceptaient pas qu\u2019un groupe de travailleurs et travailleuses puissent aspirer à autre chose que d\u2019être des servants qu\u2019on utilisait à volonté, quand ça nous plaisait.De toute façon, on voit aujourd\u2019hui tomber les masques de nos détracteurs.Nos médecins, par exemple, ont décidé de faire la grève, parce qu\u2019ils n\u2019étaient pas suffisamment payés, les pauvres! De son côté, l\u2019Association des dentistes a décidé que le gouvernement n\u2019était pas responsable en mettant des contrôles pour les soins dentaires des moins de 16 ans; l\u2019annonce se termine disant: «Il y a sûrement une autre façon de solutionner le problème.» Il y en a une, c\u2019est certain, qui consiste en ce qu\u2019ils acceptent le principe qu\u2019ils sont suffisamment et largement bien rémunérés, par rapport à la moyenne du monde.De la même façon, on pourrait parler d\u2019autres groupes de la société.Pourquoi passe-t-on tant sous silence le cas d\u2019I.T.T.-Rayonier et son 40 millions en subventions directes?Pour moi, le groupe peut donc avoir la tête haute.Si on avait reçu, dès le départ, une aide vraiment sérieuse, on n\u2019aurait pas eu à vivre aussi difficilement tout le poids du projet.On a fait malgré tout un maudit bon bout de chemin, mais TRICOFIL, UNE LEÇON DE DIGNITÉ 947 actuellement, le groupe de Tricofil paye la note pour avoir été parmi les premiers, dans un milieu urbain industrialisé, à refuser les décisions des capitalistes que nous impose notre système économique.Ils ont encore le droit de décider uniquement en fonction de ce que va leur rapporter leur investissement, sans aucune considération de l\u2019humain qui produit et qui est le premier responsable de l\u2019augmentation des profits.Malgré ça, nous devons nous battre quotidiennement pour survivre et revendiquer quelques droits fondamentaux qu\u2019exige un minimum de dignité humaine.C\u2019est ça qu\u2019on a toujours fait, et rien de plus.Un projet où on se prenait en main On ne peut pas passer sous silence, enfin, ce qui aura été le plus positif pour chacun d\u2019entre nous qui avons vécu cette expérience unique.Ça nous a permis d\u2019élargir notre univers quotidien ainsi que notre bagage de connaissances de toutes sortes.De simples exécutants que nous étions, nous sommes devenus graduellement des personnes appelées à prendre les décisions qui s\u2019imposent dans de tels projets, que ce soit à l\u2019intérieur de notre équipe de travail, comme élus du groupe, au conseil d\u2019administration, au comité de gestion ou au syndicat.On ne peut vivre intensément une telle expérience sans y acquérir des connaissances de toutes sortes, se découvrir et forcément développer une confiance en soi.On est capable de réaliser beaucoup, quand on veut et qu\u2019on a certains moyens pour y parvenir.Il y a beaucoup de choses qu\u2019on a appris à faire et ça nous a donné confiance en nos capacités et nos possibilités de création en tout genre.Cet enrichissement individuel a commencé dès le sous-sol de la cathédrale et ça s\u2019est continué jusqu\u2019à la fin à un rythme plus ou moins grand, mais cette dimension y était toujours.Ça, c\u2019est très important à souligner.Je ne crois pas qu\u2019on puisse aller chercher par la scolarité l\u2019expérience qu\u2019on acquiert dans de tels projets.En général, on est beaucoup plus motivé à aller se chercher un complément de scolarité au fur et à mesure que les besoins se manifestent et qu\u2019on développe de nouvelles aptitudes dans le projet. 948 L\u2019ACTION NATIONALE Et le Québec On a vu de quelle façon le projet a pu être enrichissant pour le collectif.Il est important maintenant de situer à nouveau Tricofil dans un cadre plus global de l\u2019évolution du Québec.Delmas Lévesque, sociologue, au Centre de gestion des coopératives des H.E.C., faisait dernièrement un parallèle entre la grève de l\u2019amiante en \u201949 et le projet Tricofil.Selon lui, ce qui se dégage de commun, c\u2019est l\u2019implication massive de toute une partie du Québec, bien que l\u2019on soit à deux époques bien différentes.Tout comme à la grève de l\u2019amiante, Tricofil a eu droit au support très important d\u2019une bonne partie de la population, de l\u2019Eglise, d\u2019un parti politique qui prendra le pouvoir peu de temps après, des centrales syndicales, dans une certaine mesure, et de certains représentants du mouvement coopératif qui croyaient fermement au projet.Comment expliquer une telle réaction?Comment se fait-il que tant d\u2019organisations et de personnes des secteurs bien différents et dans certains cas opposés ont senti le besoin d\u2019unir leurs efforts et de nous supporter de l\u2019extérieur comme ça a été le cas?C\u2019est probablement qu\u2019on était à une étape importante de l\u2019évolution du Québec.En même temps que la population était très sensibilisée à nos objectifs, on s\u2019interrogeait de plus en plus dans tous les milieux sur l\u2019avenir du Québec.C\u2019était une période où, de plus en plus, on se redécouvrait, où on se rendait de plus en plus compte de la nécessité de se prendre en main et où, graduellement, notre peur collective faisait place à une certaine confiance en nous.Cette volonté s\u2019est manifestée aux élections de novembre \u201976 et puis 40% de la population ont fait confiance en nos capacités en votant OUI au référendum de \u201980; un an après, le P.Q.était reporté au pouvoir pour un nouveau mandat.Cette volonté s\u2019est manifestée aussi de façon beaucoup moins visible, mais probablement beaucoup plus solide, au niveau des groupes de base: syndicats, collectivités locales, ou encore groupes communautaires de tout genre.Ils travaillent ensemble, afin de trouver des solutions à leurs problèmes bien immédiats, que ce soit en termes d\u2019emplois, de logements, de développement des ressources d\u2019une localité ou d\u2019une région donnée, ou encore de leur désir de s\u2019intégrer dans une société dite active, tels que TRICOFIL, UNE LEÇON DE DIGNITÉ 949 les handicapés, les chômeurs ou les assistés sociaux.Ce sont, à leur façon, des modèles de courage et de persévérance.Et si l\u2019on regarde toute l\u2019évolution de cette pensée communautaire et collective, on voit très bien que Tricofil est né de ce mouvement et a représenté aux yeux de beaucoup de monde cette recherche et cette volonté d\u2019une bonne partie de la population de vouloir se reprendre en main et de ne plus dépendre toujours de quelqu\u2019un d\u2019autre ou d\u2019autre chose.On attend, on attend, pour s\u2019apercevoir à la fin qu\u2019on va attendre encore.Y a-t-il quelque chose de plus «plate» que d\u2019attendre et de se sentir de plus en plus impuissant et de plus en plus dépendant?On sent cependant que ça commence à changer.C\u2019est sûr que l\u2019idéal n\u2019est pas atteint, mais on sent qu\u2019on va accepter de moins en moins d\u2019attendre et de ne pas trouver de solutions.La seule façon de sortir de ce cul-de-sac, c\u2019est d\u2019accepter de rechercher avec d\u2019autres des solutions à nos problèmes les plus immédiats et élémentaires, tels que sa nourriture, son logement et un travail.Cette démarche de développement propre à nos besoins et à nos aspirations doit se faire en tenant compte des individus, mais en respectant aussi les contextes sociaux dans lesquels nous vivons: la localité, la région, le Québec, et aussi en acceptant de se retrousser les manches et de le bâtir, ce pays, une fois pour toutes.C\u2019est un peu ce qu\u2019on a fait à Tricofil, soit se prendre en main, refuser la fatalité, se redresser et on aura, durant presque huit années, construit quelque chose, une idée qui continue à faire son chemin et qui, demain, fera partie de notre histoire, de notre patrimoine québécois.C\u2019était, selon moi, tout ça, Tricofil. 950 L'ACTION NATIONALE Réflexions sur la «qualité de la vie au travail» par JEAN-LOUIS BERGERON, Ph.D., directeur du groupe de recherche et d\u2019intervention en qualité de vie au travail.Faculté d\u2019administration, Université de Sherbrooke Je dois dire dès le départ que ma présentation va porter uniquement sur la définition et l\u2019explication de ce qu\u2019on doit entendre par l\u2019expression qualité de la vie au travail.Cette première étape est nécessaire pour deux raisons: d\u2019abord, parce que les définitions qu\u2019on trouve dans la littérature sont très nombreuses et souvent ambiguës ou même contradictoires; deuxièmement, parce que «la chose» dont on parle est beaucoup plus vaste ou plus riche que l\u2019expression elle-même.Prise dans son sens littéraire, l\u2019expression qualité de la vie au travail indique simplement l\u2019existence, dans un milieu de travail, d\u2019une situation agréable et valorisante pour l\u2019employé.Cela peut inclure, par exemple, un travail intéressant, un patron compréhensif, des collègues aimables, un environnement physique propre et sécuritaire.Ce sont là les premières images qui viennent à l\u2019esprit, lorsqu\u2019on entend pour la première fois l\u2019expression: qualité de la vie au travail.Cette façon de concevoir la QVT n\u2019est pas mauvaise, mais elle est très incomplète, parce qu\u2019elle ne s\u2019attache qu\u2019à l\u2019objectif qu\u2019on veut atteindre, à la situation qu\u2019on veut créer, sans nous renseigner d\u2019aucune façon sur les moyens d\u2019y arriver.Or, en qualité de vie au travail, les moyens qu\u2019on prend pour introduire des changements dans l\u2019entreprise sont aussi importants que les changements eux-mêmes.C\u2019est donc dire que «la chose» qu\u2019on désigne par l\u2019expression qualité de la vie au travail comprend au moins deux aspects, dont un seul est reflété par l\u2019expression elle-même: le premier aspect, c\u2019est un ensemble de méthodes et de moyens qu\u2019on va utiliser pour transformer et améliorer le milieu de travail; le deuxième aspect, c\u2019est le résultat de ces transformations, la situation nouvelle qu\u2019on veut créer, par exemple, un travail REFLEXIONS SUR LA QUALITÉ.951 plus intéressant, un climat plus agréable, etc.Il y a donc un processus et un aboutissement.Pour rendre les choses un peu plus compliquées, je vous dirai que ma définition de «la chose» qualité de la vie au travail comprend en fait non pas deux, mais cinq aspects ou éléments.Ces cinq éléments sont les suivants: (1) la philosophie de gestion qui est à la base de tout projet de qualité de la vie au travail; (2) les méthodes ou moyens utilisés pour transformer le milieu de travail; (3) les aspects du milieu de travail sur lesquels on veut agir (qu\u2019est-ce qu\u2019on veut changer exactement?); (4)\tla situation nouvelle qu\u2019on veut créer (à quoi ressemble un milieu de travail qui contient beaucoup de «qualité de vie»?); (5)\tl\u2019objectif ultime qu\u2019on veut atteindre (pourquoi veut-on faire toutes ces «belles choses»?).Je vais maintenant reprendre et expliquer brièvement chacun de ces cinq éléments.1.\tLa philosophie de base La philosophie de gestion qui est à la base de la qualité de la vie au travail est souvent désignée par l\u2019expression «philosophie humaniste».C\u2019est un bien grand mot, un mot qui attire parfois des réactions amusées ou sceptiques de la part de certains auditeurs qui ont du mal à voir les chefs d\u2019entreprises comme des humanistes.et encore moins comme des philosophes.Ce qu\u2019il faut entendre par cette expression, c\u2019est une série de croyances concernant la valeur de l\u2019être humain et la place de l\u2019employé dans l\u2019entreprise.Croire, par exemple, que le travailleur est capable d\u2019assumer des responsabilités, de prendre des décisions, de se développer, de collaborer activement à la solution des problèmes techniques et humains qui surviennent dans le milieu de travail.Croire également que l\u2019intelligence, l\u2019initiative, la créativité, le souci du travail bien fait se manifestent ou peuvent se manifester aussi bien chez les employés que chez les patrons, à la condition que l\u2019on crée un environnement ou un climat favorable.En un mot, la philosophie humaniste, c\u2019est un acte de foi envers le travailleur.2.\tLes moyens utilisés pour transformer le milieu de travail Il s\u2019agit de mettre en place des mécanismes qui vont permettre aux employés de participer directement à l\u2019étude et à la solution des problèmes techniques et humains avec lesquels ils 952 L\u2019ACTION NATIONALE sont aux prises.Concrètement, cela veut dire créer des comités composés du contremaître (ou du chef de service) et de ses employés.Ces comités vont faire eux-mêmes le diagnostic des problèmes qu\u2019ils vivent, que ce soit des problèmes reliés à l\u2019efficacité de leur département ou à la satisfaction de leurs besoins personnels.Les solutions auxquelles ils arrivent par vote majoritaire vont ensuite être soumises à un organisme décisionnel appelé Comité directeur, qui, lui, est composé de représentants de la Direction et du Syndicat, s\u2019il y en a un.Ces modalités peuvent évidemment varier d\u2019une situation à une autre, mais il y a un élément qui est essentiel et qui doit se retrouver partout: c\u2019est la participation directe des employés aux décisions concernant la façon dont le travail se fait et le contexte physique ou social dans lequel il se fait.3.Les aspects du milieu de travail sur lesquels on veut agir Théoriquement, tous les aspects du milieu de travail peuvent faire l\u2019objet d\u2019études et de recommandations de la part des comités mentionnés dans la section précédente.Pour y voir un peu plus clair, on peut regrouper ces divers aspects en un certain nombre de catégories appelées systèmes.Par exemple, l\u2019effort de changement peut porter sur le système technologique, c\u2019est-à-dire les procédés de fabrication, l\u2019équipement et l\u2019outillage, le cheminement du travail, la disposition des machines, la division et l\u2019allocation du travail, le contenu des tâches, l\u2019environnement physique.On peut également vouloir modifier le système social, c\u2019est-à-dire les relations entre les individus et entre les groupes, les communications, les modes de résolution des conflits, les relations employeur-employés, l\u2019esprit d\u2019équipe, les normes qui régissent le comportement des individus.En troisième lieu vient le système gestionnaire, c\u2019est-à-dire les politiques et pratiques de rémunération, de formation, de promotion, de discipline, d\u2019évaluation du rendement; le système gestionnaire comprend également la planification, la coordination et le contrôle du travail, le contrôle des coûts et de la qualité, etc. REFLEXIONS SUR LA QUALITÉ.953 4.La situation nouvelle qu\u2019on veut créer Si tout le monde est d\u2019accord pour dire que le but de ces changements est d\u2019augmenter la qualité de la vie au travail, il n\u2019en est pas de même, lorsqu\u2019il s\u2019agit de décrire exactement la situation qui devrait exister pour qu\u2019on puisse parler de haute qualité de la vie au travail.Certains insistent sur la nature même du travail, par exemple un travail intéressant et varié.D\u2019autres insistent surtout sur le contexte physique: propreté, absence de bruit, de froid, de danger.D\u2019autres font intervenir le salaire, les avantages sociaux, la couleur des murs, le caractère du patron, la grandeur du terrain de stationnement, le droit d\u2019aller en appel contre les décisions de la gérance, le droit de ne pas travailler pendant les fins de semaine, etc.Ici encore, il est nécessaire, pour y voir clair, de regrouper tous ces éléments en un certain nombre de catégories.Les catégories que je propose sont au nombre de quatre: A.\tIl y a d\u2019abord le travail lui-même, qui devrait comprendre les dimensions ou caractéristiques suivantes: complexité suffisante, variété, autonomie, responsabilité, importance, rétroaction, rythme et effort raisonnables.B.\tEn deuxième lieu vient le contexte physique dans lequel s\u2019accomplit le travail.On retrouve ici des points comme santé et sécurité; ordre et propreté; éclairage et ventilation; un niveau raisonnable de bruit, de froid (et même d\u2019odeurs); salles de repos, cafétéria, vestiaires.C.\tLa troisième catégorie comprend le contexte social.Cela veut dire avoir des patrons compétents et compréhensifs, ainsi que des collègues agréables et prêts à rendre service.Cela veut dire, également, vivre dans un milieu exempt de dispute, de conflit perpétuel, de méfiance, d\u2019hostilité.d.Finalement, il y a une quatrième catégorie que j\u2019appellerais le contexte organisationnel, parce qu\u2019il dépasse de beaucoup les limites géographiques et la juridiction du département dans lequel l\u2019employé travaille.Pour que le contexte organisationnel comporte ou favorise une grande qualité de vie au travail, il devrait inclure les éléments suivants: des possibilités de formation et d\u2019avancement, une rémunération juste et suffisante, des avantages sociaux adéquats, une certaine sécurité d\u2019emploi, un système impartial d\u2019évalua- 954 L\u2019ACTION NATIONALE tion du rendement, des communications suffisantes entre les niveaux hiérarchiques, des plans de carrière qui permettent à l\u2019employé de prévoir son cheminement éventuel, des programmes de placement sélectif pour les handicapés ou les travailleurs âgés, etc.5.L\u2019objectif ultime qu\u2019on veut atteindre Certains auteurs présentent comme seul objectif ultime la satisfaction et l\u2019épanouissement des travailleurs.D\u2019autres vont un peu plus loin et laissent entendre (mais sans trop insister) que l\u2019organisation pourrait peut-être y gagner quelque chose elle aussi, à savoir un accroissement de la productivité.Mon opinion sur ce point est qu\u2019il ne faut pas hésiter à poser deux objectifs d\u2019égale importance: la satisfaction des employés et l\u2019efficacité de l\u2019entreprise.Je ne crois pas qu\u2019il soit utile de chercher à établir une priorité entre ces deux objectifs et je ne crois pas que les chefs d\u2019entreprises (et même les chefs syndicaux) devraient avoir peur ou avoir honte d\u2019affirmer qu\u2019ils sont préoccupés par l\u2019efficacité de l\u2019organisation.Il faut noter cependant que l\u2019accroissement de l\u2019efficacité n\u2019implique pas nécessairement un accroissement de la vitesse des machines ou un rythme de travail plus rapide.Une meilleure qualité, une baisse du taux d\u2019absentéisme et du taux de roulement, une amélioration du climat social, une diminution du nombre de plaintes et de griefs, un intérêt accru pour l\u2019entreprise, une meilleure utilisation des matières premières et de l\u2019équipement: voilà autant de résultats qui ont été obtenus par divers projets QVT et qui n\u2019impliquent certainement pas un retour vers le travail forcé des années 30! Pour conclure, je vous donne ma définition de la chose-QVT, définition qui englobe les cinq éléments couverts jusqu\u2019ici: la qualité de la vie au travail, c\u2019est l\u2019application concrète d\u2019une philosophie humaniste (1er élément), par l\u2019introduction de méthodes participatives (2e élément), visant à modifier un ou plusieurs aspects du milieu de travail (3e élément), afin de créer une situation nouvelle (4e élément), plus favorable à la satisfaction des employés et à l\u2019efficacité de l\u2019entreprise (5e élément). RÉFLEXIONS SUR LA QUALITE.955 Index des auteurs et des matières Septembre 1982 à juin 1983 (Les chiffres indiquent les pages) A.Table des auteurs\t\t\t ALLEN, Patrick\tActualités\t73, 175, 273, 375,\t474, 571, 668,\t766 ANGERS, Fr.-\tL\u2019Action nationale et Minville\t\t397 Albert\t\t\t BAILLARGEON,\tLe communautarisme, vous connaissez?\t\t769 Jean\tMouvement étudiant et remise en question\t\t811 BEAUPRÉ,\tInsomnie syndicale\t\t643 Viateur\tLes téléromans au Québec\t\t760 BEAUREGARD,\tCondition féminine: impasse et perspective\t\t806 Christiane\t\t\t BERGERON,\tLa qualité de vie au travail\t(voir juin 1983)\t Jean-Louis\t\t\t BLANCHARD,\tLa décision de la Cour Suprême\t\t483 René\tLe masochisme québécois\t\t99 \tL\u2019affaire Ryan\t\t156 \tQui gâte les chances de la jeunesse?\t\t781 BOUCHER,\tTricofil, une leçon de dignité\t(voir juin 1983)\t Paul-André\t\t\t BOUTET, Odina\tLa fin du Parti libéral\t\t554 BOUVIER, Émile\tLe choix d\u2019une société\t(voir juin 1983)\t BROCHU, Michel\tValeur intrinsèque de l'indépendance\t\t291 \tL'artichaut\t\t758 CHOUINARD,\tContraintes de la double légitimité\t\t166 Jean-Y.\t\t\t COLLIN, Claude\tDernier livre d\u2019André Dagenais\t\t564 CÔTÉ, Marcel\t\t\t DORÉ, Paul\tLa Caisse pop.de Coaticook\t\t150 DUCHARME,\tSituation des jeunes au Québec\t\t793 Marie-Noëlle\t\t\t 956 L\u2019ACTION NATIONALE DUHAMEL, Roger\tQuébec à Washington\t27 La méprise de M.Ryan\t109 Israéliens, Palestiniens et Libanais\t143 Les juges dans la fosse aux lions\t203 Politiques étrangères équivoques\t265 Le Canada en Amérique centrale\t295 Par mon hublot\t359, 419, 601 Le Tiers-mondisme\t457 Espionnage et renseignement\t529 Heureux qui comme Ulysse\t659 La souris et l\u2019éléphant\t731\t DUMAS, François\tÉchec de la réforme en éducation\t9 ÉTATS FINANCIERS\tL\u2019Action nationale et la Fondation Minville\t89, 767 GAGNON, Jacques\tManuels d\u2019introd.à la politique\t67 GENEST, Jean\tLa nourriture des humains\t43, 115 \tImpact d\u2019une décision\t89 \tLe socialisme au Québec\t211 \tIntellectuels irresponsables\t286 \tMon village\t305 \t50 ans d\u2019Action nationale\t387 \tImpérialisme d\u2019Ottawa\t675 \tUne société nouvelle\t(juin 1983) GIROUX, J.-B.\tLes suites du référendum\t241 \tLe commando libérateur\t542 GRENIER, Paul\tAchat-Québec\t59 \tSuggestion aux députés\t623 HAMEL, Paul\tLa plus grande richesse du Québec\t851 LAFLAMME,\tQuébec et le défi israélien\t125 Marcel\tVisage coopératif de TEstrie\t225 \tCoop, d\u2019habitation en Estrie\t339 \tDimension spirituelle du projet québécois\t464 \tProjet: un Québec coopératif\t579 \tL\u2019économie ouvrière israélienne\t717 \tDémocratie industrielle au Québec\t(voir juin 1983)\t LEMIEUX,\tÉtat de la jeunesse: précaire\t103 François\tLes jeunes et les autres générations\t834 MONIERE, Denis\tQuébec fait-il encore partie du Canada?\t487 MORENCY, Julie\tSolidarité communautaire\t827 MORIN, Bernard\tJeunesse et nationalisme québécois\t786 \tLe Sommet québécois de la jeunesse\t846 MORIN, Claude\tLe 5 novembre 1981\t425 MORIN, Jacq.-Yvan\tRencontre à Radio-Québec\t511 INDEX DES AUTEURS.957 MORNEAU,\tCapital et question nationale\t630 François\tLes femmes et les affaires\t325 \tEnjeu des sciences sociales\t742 NADEAU, Pierre\tRencontre à Radio-Québec\t511 PONCELET, Léo\tDémantèlement du réseau universit.\t37 PRÉVOST, Paul\tPetites et moyennes organisations\t683 RHÉAUME, Gilles\tAvoir le courage du verbe\t3 \tLoi 101 et jugement\t195 \tRevenons à Minville\t393 \tIl y a 145 ans, les Patriotes\t713 RIOUX, Albert\tEn souvenir de Mgr Ch.-E.Parent\t71 ROBILLARD,\tAntécédents d\u2019AUiance-Québec\t21 Jean-D.\tOttawa, source de tracas\t159 \tLa farce du bilinguisme\t253 \tGrand jeu du bilinguisme\t365 \tLa fonction publique\t445 \tRapport du Commissaire\t611 \tQui sont les racistes?\t699 ROCHEFORT, J.-Claude\tEchec de la réforme en éducation\t9 ROY, José\tSystème d\u2019éducation au Québec\t838 ROY, Léonard\tÉdouard Montpetit et le régionalisme\t409 TARRAB, Gilbert\tLa participation: la perception des gens d\u2019affaires\t(juin 1983) TREMBLAY, Michel\tJeunesse et syndicalisme\t821 TREPANIER, Pierre\tLe pouvoir en Acadie\t738 VENNE, Pascal\tConséquences politiques de la crise\t536 ST-JACQUES-VIEL, Claude\tÉconomie québécoise: au seuil d'un virage\t800 B.Table des matières Acadiens Achat-Québec Action nationale (bilan) Agriculture Agropur Amérique centrale Aztèques Alimentation Alliance-Québec André Anglophones 361 59 89, 387, 780 475 474 295 181 43, 115, 230 21, 671 52 21, 78, 265, 281, 425, 605, 671 958 L\u2019ACTION NATIONALE Associated Press\t311 Association France-Presse\t309 Assurance\t228, 475 Autogestion (voir juin 83)\t219 Bilinguisme\t253, 365, 425 Bombardier\t74, 378, 474 Bunge\t52 Caisse populaire\t150, 175 Canada\t81, 279 Canadian Press\t663 Capitalisme (voir juin 83)\t581, 630 Cargill\t46 Cartier, G.-É.\t376 Céréales\t43 Chaput-Rolland, Solange\t80 Chômage\t105, 623, 793 Coaticook (caisse pop.)\t150 Cogestion (voir juin 83)\t587 Colonisation\t64, 625 Commissaire aux langues\t611 Communautarisme (voir mai 83)\t769 Communication\t3, 305 Confédération\t487, 631 Conscription\t268 Conseil de planification (CPDQ)\t409 Conseil des Arts\t38 Constitution\t425, 487 Continentale\t50 Coopération\t131, 225, 339, 579 Cour Suprême\t433, 483 Cuba\t300 Dagenais, André\t564 Décentralisation\t409, 776 Démocratie\t41 Démocratie industrielle\t(voir juin 83) Deschênes, Juge\t195, 203 Drogue\t104 Ecole\t10 Économie\t(Israël) 136, (Québec) 800 Éducation\t9, 838 Éducation coop.\t237 Élèves\t9 Estrie\t225, 339 État\t211, 537 États-Unis\t27 Évêques\t479, 571 F édéralisme\t75, 80 F éminisme\t325, 806 Fonction publique\t445 Fondation Minville (bilan)\t90 INDEX DES AUTEURS.959 Gaz naturel\t380 Gibraltar\t33 Grégoire, Mgr\t479 Guinée\t457 Habitation Hébert, Jacques H.E.C.Humbleton, Hugh Hydro-Québec\t73, 233, 339 573 189 529 75, 375, 663 Indépendance Intellectuels Israël\t291, 837 285 125, 143 Japon Jeunesse (voir mai 83)\t277, 377 103, 179, 572, 781 Langue Liban Logement Loi 101\t159 143 73, 233, 339 195, 203, 273, 419 Maisons du Québec Malouines Manuels Marxisme Masochisme Mexico Minville, Esdras Montpetit, Édouard Minist.des Aff.intergouvern.Morin, Claude Mouvement étudiant Multinationales\t511 30 67 211 99 181 387, 393, 397 276, 409 511 75 767, 811 43, 115, 305 Nationalisme Nicaragua\t96, 191, 604, 630, 769, 786 297 Ordinateurs Ottawa\t477 159, 607 Palestiniens Parent, Mgr C.-E.Parizeau, Jacques Parti à Ottawa Parti libéral Participation Patriotes Patronat Pétro-Québec Pitfield, Michael P.M.E.Population Professeur\t143 71 665 542 554 voir juin 1983 664 633 672 282 65 75 9 960\tL\u2019ACTION NATIONALE Québec Québec-Ottawa\t424, 487, 663 166, 184, 278, 487, 542, 574, 629 Racisme Référendum Reuter Rouleau, Alfred Ryan, Claude\t184, 269 241, 436 308 175 85, 109, 156 Salvador Savard, F.-A.Sciences Science politique Social-démocratie Socialisme Solidarité Suicide\t34 188 39, 77 67 (juin 83) 583 211, 581 772, 834 126, 593, 643, 664, 821 Technologie Telbec Tricofil Trudeau, P.E.\t77, 803, 840 576 voir juin 1983 492, 659, 665, 668 United Press Université URSS\t313 37, 178 117 Véto, droit de Vietnam\t428, 483 284 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS % de» région» suivantes : La Société Nationale de l'Est du Québec^ La S.N.Q.de ta région des Hautes*Rivières' La S.N.Q.de la région de TOutaouais La S.N Q de ia région Saguenay Lac Si-Jean La S.N.Q.de la région de P Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Ya mask a De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d\u2019assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos 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