L'action nationale, 1 mars 1979, Mars
[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 7\tMars 1979\t$1.50 ÉCONOMIE ET SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION par François-Albert Angers 1979, L\u2019ANNÉE DE LA SOLIDARITÉ?par Pierre Trépanier LE FÉDÉRALISME QUI SÉPARE par Odina Boutet QUÉBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?par Jean Genest L\u2019AFFAIRE DU CHÂTEAU MAISONNEUVE par François-Albert Angers RÉACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED - 3 par Lise et Pierre Trépanier L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF par Patrick Allen NOTRE BILAN FINANCIER par Jean Genest LA COMPARAISON LINGUISTIQUE DE 1971 ET 1976 par Charles Castonguay TABLE DES MATIÈRES FRANÇOIS-ALBERT ANGERS: Économie et souveraineté-association.535 PIERRE TRÉPANIER: 1979, l\u2019année de la solidarité?.547 ODINA BOUTET: Le fédéralisme qui sépare.550 JEAN GENEST: Québec a-t-il ce qu\u2019il faut?.561 FR.-A.ANGERS: L\u2019affaire du Château Maisonneuve .579 LISE ET PIERRE TRÉPANIER: Réactions à André Siegfried \u2014 3.587 PATRICK ALLEN: L\u2019actualité sur le vif.602 JEAN GENEST: Notre bilan financier.617 CHARLES CASTONGUAY: Comparaison linguistique de 1971-1976 .621 ÉTAT OU ADMINISTRATION?\u201cHistoriquement et culturellement, le fait est que les Québécois et les Canadiens Anglais n'ont jamais compris le fédéralisme de la même façon.Pour nous (on s'en aperçoit vite en étudiant la pensée des hommes politiques québécois, à quelque parti qu'ils appartiennent, ainsi que les déclarations des Pères québécois de la Confédération), le fédéralisme a toujours été perçu comme la garantie de l\u2019autonomie provinciale.Dans cette perspective, les provinces sont de véritables États doués de la souveraineté dans leurs domaines de compétences.Cependant, dès 1867, pour les Canadiens Anglais le fédéralisme devait permettre la création et le maintien d'un gouvernement central fort à Ottawa et la naissance d'une nouvelle nationalité canadienne.Par conséquent, les administrations provinciales (car c\u2019est bien d\u2019administrations qu\u2019il s\u2019agissait, pas de véritables États) jouissaient d\u2019une certaine latitude, mais le gouvernement sérieux, le senior government, l'instrument réel du pouvoir politique, c\u2019est à Ottawa qu\u2019il se trouvait et qu'il devait rester.\" CLAUDE MORIN, à la Chambre de commerce, 15 janvier 1979, à l\u2019Hôtel Windsor.Dépôt légal \u2014 1er semestre 1979 ISBN-2-89070 Courrier de la deuxième classe enregistrement no 1162 ISSN-0001-7469 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 7\tMars 1979\t$1.50 ÉDITORIAL - 1 Économie et souveraineté-association par François-Albert Angers 536 L'ACTION NATIONALE Ilya des choses qui sont admissibles en stratégie, à condition de ne pas sacrifier ou menacer indûment l\u2019essentiel pour gagner l\u2019immédiat.Il y a même des nécessités stratégiques qui impliquent des risques raisonnables par rapport à l\u2019essentiel recherché, quand la réalisation même de l\u2019essentiel est évidemment à ce prix.Mais les exigences de la stratégie ne doivent jamais nous faire perdre le sens réel des choses, ni le mettre vraiment en jeu.La souveraineté-association appelle des interrogations, des réflexions cruciales à cet égard, car la formule même met en balance, par l\u2019utilisation même des mots, la signification profonde à donner aux options politiques fondamentales du peuple québécois.Mon propos ici veut se dégager des stratégies, donc ne pas les mettre en cause, quelque critiques que puissent paraître mes observations, fût-ce par l\u2019interprétation que d\u2019aucuns en peuvent faire.Non pas que je me sente obligé à des complaisances envers le gouvernement actuel du Québec, mais je veux laisser ici à l\u2019analyse toute sa portée, non pas de neutralité, mais d\u2019objectivité.Car c\u2019est à analyser certains aspects économiques du concept et de la réalité de souveraineté-association que je veux m\u2019appliquer pour le moment.La formule est en elle-même gênante pour une compréhension claire des problèmes d\u2019un Québec en voie de libération, car elle oblige à situer la question de l\u2019indépendance dans une perspective plus forcément ambiguë.Les deux idées de statu quo et d\u2019indépendance prises seules sont plus simples d\u2019abord en termes d\u2019idée, mais pas nécessairement pour cela en termes de réalisation.En statu quo, rien ne change; en indépendance, nous sommes libres de faire ce que nous voulons en théorie.Avec la souveraineté-association, nous sommes liés en idée même à une entente fondamentale estimée désirable ou même nécessaire, fût-ce pour des motifs uniquement politiques ou stratégiques, avec le Canada. ÉCONOMIE ET SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION 537 Non pas seulement à la reconnaissance de notre souveraineté même, et à ses conséquences normales, mais aussi à des aménagements institutionnalisés de vie commune dans le cadre de la souveraineté reconnue.De plus, dans sa déclaration d\u2019octobre, le premier ministre a lié la souveraineté et l\u2019association en un tout indissociable, sinon indissoluble, comme le suppose le trait d\u2019union mis entre les deux mots.Il est précisé au surplus que l\u2019\u201cassociation\u201d comporte \u201cunion douanière\u201d et \u201cunion monétaire\u201d.Même si la position n\u2019est que stratégique, au moins jusqu\u2019à ce qu\u2019ait lieu un autre référendum, ou une élection générale portant entièrement sur ce sujet, il n\u2019y aura pas, dès après le \u201coui\u201d, d\u2019association négociée sans souveraineté reconnue, mais non plus pas de réalisation de la souveraineté tentée sans association réalisée.Cela rend plus important de dégager les significations économiques réelles qui se trouvent impliquées dans le maniement de la formule.Et d\u2019autant plus que dans le feu des discussions et des efforts de conviction poursuivis auprès de la population pour la convaincre d\u2019accepter le projet d\u2019indépendance mitigée, le risque sera grand de faire flèche de tout bois; et de finir par dire des choses d\u2019un tel poids sur la nécessité même de l\u2019association, que la souveraineté elle-même risquera d\u2019apparaître en tous points impossible sans la \u201cgénérosité\u201d du Canada à accepter ce qui apparaît ainsi impossible sans cela.Il importe d\u2019autant plus encore de bien dégager les significations impliquées que persiste, dans l\u2019esprit des gens, de la confusion sur le fond même de la question, confusion que se plaisent à entretenir les adversaires de l\u2019indépendance, y incluant à la fois des économistes qui font de la politique et d\u2019autres qui les appuient en fonction de certains de leurs modèles traditionnels.Si l\u2019on remonte à une quarantaine d\u2019années, il n\u2019y avait guère qu\u2019Esdras Minville pour souligner les dégâts économiques que la Confédération canadienne a causés au Québec.La quasi-totalité des autres, même parmi les 538 L'ACTION NATIONALE plus ardents nationalistes, voyaient bien les dégâts mais ne faisaient pas la relation avec l\u2019économique; ils la faisaient uniquement avec les aspects politiques et culturels.L\u2019idée qu\u2019entretenait généralement le nationalisme posait qu\u2019il nous fallait plus d\u2019autonomie, ou d\u2019indépendance, parce qu\u2019un peuple ne peut pas sans périr, confier la direction et l\u2019administration des choses culturelles et sociales à une majorité étrangère.Mais il était généralement accepté que l\u2019indépendance devait autant que possible être évitée à cause de son \u201ccoût économique\u201d.Autrement dit, à l\u2019époque, il était généralement pris pour acquis, selon les enseignements de la théorie classique des relations internationales, comme des modèles de production reliés aux dimensions optimums des marchés, que la Confédération était forcément bénéfique au Québec en lui ouvrant l\u2019accès à des marchés non protégés dans un plus grand espace.De là, on en vient assez aisément à la conclusion que l\u2019intégration économique du Québec au Canada est indispensable à sa prospérité.En telle hypothèse, la souveraineté-association devient pratiquement la seule voie possible vers un stade approprié de souveraineté aussi large que possible.Mais si cela n\u2019était pas vrai \u2014 et selon moi, ce ne l\u2019est pas \u2014 la souveraineté-association constituerait une entrave sérieuse à l\u2019expansion et à l\u2019épanouissement complet du Québec.Ce n\u2019est pas le moment ici de pousser bien loin la démonstration de l\u2019erreur de perspective qui nous a fait voir la Confédération économiquement avantageuse au Québec.J\u2019ai d\u2019ailleurs exposé mon point de vue à ce sujet dans plusieurs articles (dans cette revue et aussi dans mon ouvrage sur La coopération \u2014 De la réalité à la théorie économique, vol.1, chap.10).Il a fallu que nos connaissances économiques soient bien insuffisantes ou bien abstraites, au temps jadis, pour qu\u2019on puisse nous faire croire avantageux, sans plus ample examen, un régime économique qui a ÉCONOMIE ET SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION 539 condamné notre peuple, dans un pays riche en ressources et bien placé sur la carte géographique du monde, à émigrer en masse vers l\u2019étranger; puis avec l\u2019avènement de la sécurité sociale, à vivre d\u2019assurance-chômage et d\u2019assistance sociale en raison d\u2019un taux de chômage constamment supérieur à la moyenne canadienne.Si, au contraire de la thèse officielle, la Confédération est responsable de ce sous-développement à cause du système de relations qu\u2019elle a engendré entre le Québec, le Canada et le reste du monde, ce ne sera pas la \u201ctrouvaille du siècle\u2019\u2019 que de la perpétuer, à travers la souveraineté, dans une association trop étroite.Il importera que cette situation d\u2019association dure le moins longtemps possible.ou qu\u2019elle ait comme conséquence de provoquer un renversement radical de la politique canadienne à notre égard, ce qui comportera de gros sacrifices de la part du Canada.Autrement, avec l\u2019union monétaire et l\u2019union douanière, éléments qui avec les politiques d\u2019investissements, constituent les principaux facteurs de notre sous-développement actuel, rien ne sera guère changé sur le plan économique au pays de Québec.Or, c'est pour changer cela et rendre le Québec prospère que l\u2019indépendance s\u2019impose aujourd\u2019hui encore plus sur le plan économique que sur le plan culturel.Il ne résulte pas de ce qui précède que la souveraineté-association est sans valeur, au delà même des perspectives stratégiques en vertu desquelles on ne l'envisage peut-être qu\u2019à titre temporaire.La vision de l\u2019économiste, même juste, a souvent le défaut de s'appuyer sur des agencements rigoureux qui font abstraction du temps, c\u2019est-à-dire dont les conséquences sont plus certaines à long qu\u2019à court térme.Et en l\u2019occurrence, le court terme, c\u2019est la période de transition critique qui surviendrait au lendemain d\u2019une indépendance déclarée absolue.Le transfert des relations internationales du Québec à des arrangements plus avantageux que ceux des relations avec le Canada ne se fera pas en criant \u201cciseaux\u201d. 540 L\u2019ACTION NATIONALE Réussir à stabiliser la situation actuelle pendant un temps, malgré les animosités, en raison des avantages mutuels qui en résulteront; mettre le Canada en position de faire son choix quant aux avantages qu\u2019il pourrait être prêt à nous accorder pour garder notre allégeance et notre clientèle, ou l\u2019induire à accepter le désengagement progressif nécessaire avec le minimum de heurts; ce sont là sûrement des avantages non négligeables à considérer.Mais fondamentalement, il faut que l\u2019indépendance conduise à la désagrégation progressive du Québec par rapport au Canada jusqu\u2019à un degré x qui reste à déterminer.Pour cela il faut qu\u2019il puisse jouer librement des grands leviers économiques que sont notamment la politique douanière ou des traités de commerce directs ou dans le cadre des grands organismes internationaux, ainsi que la politique monétaire.L\u2019un des grands torts que la Confédération a fait au Québec, c\u2019est précisément de l\u2019avoir retourné vers l\u2019intérieur du Canada, avec les coûts énormes qu\u2019il encourt pour en rejoindre le centre, en étant l\u2019extrémité, alors que sa situation géographique lui confère une vocation économique internationale éminente, vu notamment l\u2019étendue de ses richesses naturelles.Sa position sur un océan, avec cette extraordinaire voie maritime qui le pénètre de part en part, et ce fjord non moins extraordinaire du Saguenay, qui porte la mer jusqu\u2019au cœur d\u2019un Bouclier riche en ressources, lui aurait permis de livrer à bon compte ses produits \u2014 si l\u2019investissement approprié s\u2019était préoccupé de les mettre en valeur \u2014 à travers le monde entier.En termes de coûts de transport, nous sommes plus proches de Londres, de Paris, de Casablanca ou de Rio que de Winnipeg ou de Vancouver.Du moins, on disait autrefois pour montrer les grandes différences de coûts entre les transports maritimes et les transports par rail (j\u2019avoue n\u2019avoir pas vérifié récemment si des changements techniques révolutionnaires auraient pu renverser ces conditions) qu\u2019il en coûtait moins cher pour ÉCONOMIE ET SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION 541 transporter des marchandises de Montréal à Vancouver par le Canal de Panama que par rail à travers le Canada.Il faudra en venir à de telles perspectives pour faire la grandeur d\u2019un Québec qui se veut une économie ouverte pour se donner un plein développement moderne; et non pas se satisfaire de rester enfermé avec un Canada qui, lui, ne pouvait guère faire mieux, dans la masse continentale nord-américaine.Solution de facilité.Pour nous garder, il veut nous faire croire que nous ne pouvons pas faire mieux sans lui et devons accepter le chômage chronique et l\u2019assistance sociale pour 15 à 20% de la population comme prix de notre volonté de rester un État français et de notre refus de nous intégrer pleinement au Canada par le déplacement des nôtres vers l\u2019Ouest.En attendant, la souveraineté-association, avec ses avantages à court terme, risque d\u2019avoir un désavantage psychologique à long terme: celui d\u2019ancrer encore plus dans la mentalité populaire l\u2019idée que le Québec ne peut pas se passer économiquement du Canada, donc ne doit pas aspirer à la vraie souveraineté.Corde sur laquelle jouent les adversaires.Claude Ryan s'en fait l\u2019ambassadeur jusque chez les premiers ministres des autres provinces (dans un pays normal, on appellerait cela de la haute trahison), en disant que le projet de souveraineté-association est lui-même vain parce que les autres provinces vont refuser de négocier l\u2019association.Et il se promène pour leur demander de ne pas négocier afin de faciliter son accès au pouvoir.À ce sujet, il faut sortir des abstractions ou des généralités et regarder la réalité bien en face.La négociation de l\u2019association sera surtout importante pour obtenir voix au chapitre des décisions prises par le Canada, notamment en politique douanière et en politique monétaire.Mais l\u2019état d'association au Canada va se trouver automatiquement réalisé au jour même de l\u2019indépendance sans qu\u2019aucune négociation ait à intervenir. 542 L'ACTION NATIONALE Réfléchissons en effet à ce qui survient alors très concrètement.Pour avoir déclaré l\u2019indépendance, le Québec n\u2019aura pas de ce seul fait érigé un mur douanier entre l\u2019Ontario et le Québec, ni créé une monnaie québécoise.Aux lendemains de l\u2019indépendance, la frontière ontarienne reste toujours libre de douanes et de douaniers; et si le Québec s\u2019abstient de voter des droits et d\u2019édifier un tarif douanier, rien ne se trouve changé de nos relations commerciales ou de notre association actuelle avec le Canada sur ce plan économique.Toutes les affaires continuent de s\u2019effectuer en monnaie canadienne, qui est la monnaie que tout le monde a dans son portefeuille; et encore là, tant que le Québec ne crée pas sa banque centrale et n\u2019impose pas la circulation d\u2019une monnaie québécoise, rien n\u2019est changé et cet état de choses peut continuer ainsi indéfiniment.En supposant que le Québec veuille rester ainsi (il le fera tout le temps qu\u2019il négociera l\u2019association juridique désirable pour continuer l\u2019association de fait) que fera l\u2019Ontario?Une chose est certaine: l\u2019Ontario ne peut pas établir de droits douaniers contre les produits québécois; seul le gouvernement canadien a ce pouvoir.Le ferait-il?C\u2019est là que pourrait commencer un jeu de représailles dont le Québec ne serait pas l\u2019initiateur ni nécessairement l\u2019unique ou la pire victime.C\u2019est là un jeu qui se joue à deux.À Ottawa et à Toronto, on saurait que la réponse du Québec ne pourrait manquer d\u2019être un détournement de sa clientèle des produits de l\u2019Ontario vers d\u2019autres pays, qui seraient peut-être alors très heureux pour obtenir les commandes, de vouloir nous acheter les produits dont le Canada bloque l\u2019entrée chez lui.Autrement dit, de tels mouvements de représailles de la part du Canada ne feraient que nous obliger à pousser plus vite la désintégration qu\u2019ils prétendraient ainsi bloquer.Nous chercherions ailleurs vers les États-Unis, le Marché commun européen, l\u2019Amérique du Sud ou vers le Tiers-Monde, un système multilatéral d\u2019échanges.Cette action compenserait les pertes que le ÉCONOMIE ET SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION 543 Canada nous infligerait, en accentuant les pertes que lui-même subirait.Mais ce n\u2019est pas le refus de négocier l\u2019association comme telle qui serait en cause.Tant qu\u2019il y aurait refus de négocier sans plus, l\u2019état d\u2019union douanière continuerait d\u2019exister également sans plus.Même genre de situation quant à la monnaie.Le Canada n\u2019a sa monnaie propre que depuis 1858.Pourtant le Canada de l\u2019Union avant cette date, de même que le Haut et le Bas-Canada d\u2019avant 1840 et le Québec d\u2019avant 1791, ont grandi et se sont développés selon que le permettaient les politiques coloniales de l\u2019Angleterre, sans problèmes d\u2019\u201cunion monétaire\u201d.Avec quoi y faisait-on des affaires?Avec des livres sterling, des dollars américains, des monnaies portugaises et espagnoles, etc.Aux lendemains d\u2019une déclaration d\u2019indépendance du Québec, il en deviendra ainsi tant que le nouveau Québec ne se sera pas donné sa monnaie propre.Et ceci sans qu\u2019aucune négociation ou association soit nécessaire.Tous les Québécois se trouveront alors, ce jour-là et les jours suivants, comme la veille, en possession de monnaies canadiennes avec lesquelles ils pourront continuer leurs affaires comme si rien n\u2019était.Qui pourrait les en empêcher puisque ces sommes de monnaie leur appartiendraient en propre et garderaient toute leur valeur tant que d\u2019autres Québécois continueraient de les accepter en échange.Une union monétaire de fait se trouverait par suite automatiquement réalisée, en vertu de laquelle il y aurait monnaie unique entre le Québec et le Canada.Bien sûr des sommes de monnaie canadienne continueraient à sortir du Québec, exactement comme elles le font aujourd\u2019hui sans plus, chaque fois qu\u2019un Québécois devrait payer des produits ou des services à quelqu\u2019un en dehors du Québec.Mais des sommes de monnaie canadienne continueraient de rentrer au Québec, comme aujourd\u2019hui, chaque fois qu\u2019une personne en dehors du Québec devrait y payer des produits ou des services acquis au Québec. 544 L'ACTION NATIONALE Le tout serait donc une affaire de balance des paiements entre le Québec et les différents pays.Une balance des paiements constamment déficitaire pourrait naturellement drainer nos disponibilités de monnaie canadienne pour les échanges intérieurs, en lieu et place de faire baisser la valeur au change d\u2019une monnaie québécoise inexistante.Nous aurions alors à y remédier de la même façon que nous aurions à contrôler le change d\u2019une monnaie québécoise ou les stocks de monnaie canadienne au Québec dans une situation réalisée de souveraineté-association.Le gouvernement canadien n\u2019y pourrait pas grand-chose, car il ne saurait tout de même pas nous enlever la monnaie canadienne que nous possédons, ni refuser de la reconnaître pour les paiements faits hors du Québec.Mais que dire du déménagement possible, par les particuliers et les compagnies, des comptes de banque au Québec vers des succursales hors du Québec?Cela ne ferait qu\u2019affecter les affaires de certaines succursales de banque, même pas de la banque elle-même dans notre système.De toute façon, dans la mesure où cette monnaie sert à des transactions québécoises, elle continuera de circuler au Québec pour la continuation des affaires québécoises même si les chèques sont tirés sur une succursale de banque à Toronto.Si l\u2019on suppose que, par précaution, tous les déposants de nos banques allaient déménager à Toronto, cela ne changerait rien en soi aux disponibilités monétaires au Québec, qui se manifesteraient tout simplement alors par un va-et-vient constant de monnaie entre Toronto et le Québec.Mais qu\u2019en serait-il du besoin d\u2019accroissement de la masse monétaire pour tenir compte du développement de l\u2019économie québécoise, la monnaie canadienne se trouvant sous l\u2019égide du gouvernement canadien?Le mécanisme par lequel de la nouvelle monnaie canadienne peut venir en circulation pour les besoins de la conjoncture est lié à un automatisme dont la clef est au portefeuille des banques, par les obligations du Canada ÉCONOMIE ET SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION 545 qu\u2019elles détiennent en grande quantité.Même coupées de relations directes avec la Banque du Canada \u2014 en supposant que le gouvernement du Canada voudrait consacrer cette rupture sans délai \u2014 nos banques continueraient de pouvoir trouver de nouvelles disponibilités monétaires canadiennes en liquidant progressivement leurs obligations du gouvernement du Canada.Certes, comme à l\u2019heure actuelle, la Banque du Canada pourrait refuser de les acheter elle-même; et par suite obliger nos banques à refaire leur caisse à même la monnaie existante, sans accroissement de la masse monétaire globale.Il n\u2019en resterait pas moins qu\u2019en effectuant de telles liquidations en dehors du Québec, il y aurait accroissement de la masse de monnaie au Québec, même s\u2019il n\u2019en résulte pas d\u2019accroissement par rapport à l\u2019ensemble Canada-Québec.De plus, la Banque du Canada ne pourrait pas se refuser indûment à intervenir sans qu\u2019il en résulte une pression à la baisse des cours des obligations du Canada, donc un risque d'affecter le crédit du gouvernement canadien à l\u2019intérieur même du Canada comme à l\u2019étranger.Bien sûr, tout cela pourrait s\u2019accompagner de réflexes psychologiques aberrants, dont pourraient résulter alors certaines complications temporaires.Mais les premières victimes risqueraient d\u2019être les personnes mêmes qui perdraient leur sang-froid, beaucoup plus que l\u2019économie du Québec en général.C\u2019est un épouvantail que cette vision d\u2019un Québec économiquement catastrophé au lendemain d\u2019une indépendance déclarée parce que le Canada refuserait de négocier une souveraineté-association! Si nous savons ne pas nous énerver, les chances seront que la vie continuera de se dérouler alors passablement comme elle va aujourd\u2019hui sur le plan économique, pendant que nos gouvernements continueront de négocier sans issue, encore passablement comme aujourd\u2019hui.Ce qui fera la différence, dans notre monde d'aujourd'hui, c\u2019est la force de la quasi-unanimité avec la- 546 L'ACTION NATIONALE quelle les Québécois se prononceront en faveur de la souveraineté-association; et mieux encore en faveur de la pure et simple indépendance.Dans notre monde démocratique actuel, on ne pourra refuser de se rendre à notre volonté clairement exprimée.C\u2019est pourquoi on se démène tant pour nous faire peur et nous induire ainsi à ne pas l\u2019exprimer.LA VOLONTÉ, LE DÉSIR IMPÉRIEUX DU CANADA ANGLAIS DE NÉGOCIER, VU SES INTÉRÊTS, SERA D\u2019AUTANT PLUS FÉBRILE QUE NOUS NOUS MONTRERONS PLUS DÉTERMINÉS À ALLER DE L\u2019AVANT, QU\u2019IL PUISSE OU NON Y AVOIR ASSOCIATION, AU SENS INSTITUTIONNEL QU\u2019IMPLIQUE LA SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION. ÉDITORIAL - 2 1979, l'année de la solidarité?par Pierre Trépanier 548 L\u2019ACTION NATIONALE Les fins d\u2019année poussent aux bilans et aux récapitulations.Heureusement, ces examens de conscience se déroulent dans le climat des fêtes, propice aux élans de générosité.On est alors prêt à pardonner presque autant aux autres qu\u2019à soi-même.Les rancunes, fondées ou imaginaires, s\u2019estompent au profit des expériences positives, que la mémoire se plaît à évoquer.Peut-être en est-il des peuples comme des individus?Dans l\u2019Amérique massivement anglophone, seuls le Québec et l\u2019Acadie paraissent tenir bon.Celle-ci périrait sans celui-là; celui-là s\u2019appauvrirait sans celle-ci.L\u2019histoire les a faits solidaires.Les périls et les défis qu\u2019ils partagent les rappellent constamment à la conscience de leurs devoirs.Ce sont des devoirs de solidarité.La solidarité n\u2019est qu\u2019un vain mot si elle n\u2019est active.Une solidarité sonore mais vide est une faute et une hypocrisie.L\u2019histoire de la solidarité Québec-Acadie n\u2019est pas exempte de fautes et d\u2019hypocrisies.Parfois le Québec a été oublieux, égocentrique: il a dû revenir en son centre essentiel pour s\u2019y retrouver, s\u2019y fortifier.C\u2019est fait: il renaît à la solidarité.Parfois l\u2019Acadie aussi s\u2019est oubliée.Succombant à la tentation des jalousies mesquines et des frayeurs puériles, elle a cru voir des alliés dans ses adversaires anglophones, des adversaires dans ses alliés naturels.Toutes choses se replacent dans leur juste perspective: elle renaît à la solidarité.Ce désir de solidarité, le Québec et l\u2019Acadie l\u2019ont éprouvé à plusieurs reprises.On peut remonter aux sources de l\u2019histoire française sur le continent pour le démontrer.N\u2019allons pas si haut dans le temps.La Minerve, journal montréalais, a publié, le 18 juillet 1881, un article intitulé \u2018\u2018Réveil des Acadiens\u201d.C\u2019était à la veille du congrès de Memramcook.\u201cLes Acadiens sont des nôtres, y lit-on, et, qui plus est, ont aujourd\u2019hui besoin de nous.À notre tour, nous pourrons avoir besoin d\u2019eux plus tard.On ne sait pas ce que la Providence réserve à la race française dans ce pays.\u201d Plus bas, le rédacteur trouve cette heureuse formule: \u201cLe passé de deux races 1979, L\u2019ANNÉE DE LA SOLIDARITE 549 se ressemble, mais leur avenir se confond.\u201d Il précise sa pensée: \u2018\u2018Mais si nos deux passés se ressemblent comme un deuil ressemble à un autre deuil; si nos deux avenirs se mêlent et se confondent, nos nécessités présentes ne sont pas les mêmes.Les Acadiens, nés d\u2019hier à la vie politique, n\u2019ont peur eux que leurs droits civils, garantis par la constitution anglaise, tout le reste est à faire.\u201d Il conclut ainsi: \u2018\u2018Quoi qu\u2019il arrive, quel que soit l\u2019avenir qui nous est réservé, les Acadiens trouveront toujours chez les Canadiens \u2014 c\u2019est-à-dire les Québécois \u2014 des amis dévoués et des frères.\u201d Québécois et Acadiens sont rendus à une étape beaucoup plus fondamentale que celle à laquelle pouvait penser le journaliste du XIXe siècle.Québécois et Acadiens ont rendez-vous avec leur destin.Se pourrait-il que ce rendez-vous soit la définitive conjonction de deux évolutions que le destin jusque-là aurait voulues parallèles? \u201c.quand la confusion et le mélange se font dans les mêmes villes.\u201d Montaigne.Le fédéralisme qui sépare par Odina Boutet LE FÉDÉRALISME QUI SÉPARE 551 Ce qui fait qu\u2019un régime fédéral canadien réduit et brise la souveraineté, c\u2019est la division des pouvoirs entre gouvernements inégaux.Ce qui fait qu\u2019il sépare, c est l\u2019élection des représentants sous une allégeance qui n\u2019est pas celle de leur société d\u2019origine.Par exemple, le député élu d\u2019une circonscription située en territoire québécois, pour un parlement fédéral canadien, ne porte pas un mandat de l\u2019État québécois, mais un mandat de l\u2019État canadien.On peut invoquer en paroles son origine québécoise et entretenir des illusions sur son caractère représentatif.Mais il est porteur d\u2019un mandat canadien et non pas d\u2019un mandat québécois.Il doit allégeance à l\u2019État canadien et il lui faut se conformer à des politiques canadiennes et non pas québécoises.Par ailleurs, un régime confédéral ne donne pas de mandat.H reçoit les représentants que les États lui délèguent.Ce sont les États composants qui donnent les mandats.Ainsi, dans l\u2019hypothèse d\u2019une véritable confédération canadienne avec le Québec, les députés du Québec représenteraient le Québec et non pas une circonscription fédérale au Québec.Ce n\u2019est pas en divisant l\u2019allégeance du vote québécois en circonscriptions fédérales et provinciales, mais en donnant un mandat québécois, que la députation ainsi que l\u2019allégeance resteraient québécoises.C\u2019est ainsi qu\u2019on évite la duplication des allégeances et la décomposition de l\u2019identité qui en résulte autant pour les électeurs que pour les députés.C\u2019est donc comme Québécois qu\u2019un délégué serait mandaté, jamais comme Canadien ou représentant d\u2019un autre État que le sien, sans confusion des nationalités ni des caractères d\u2019origine.Transformation Dans un état de choses qui accorde le pouvoir des décisions à la majorité anglaise et, d'autre part, identifie des sociétés humaines différentes au seul nom de l\u2019unique pays, le Canada se revêt peu à peu d\u2019un seul caractère, celui qui se rattache aux décisions anglaises.La tromperie que constitue le nom du pays, le même que celui de ses premiers fondateurs, les Canadiens francophones, ne nuit aucunement au caractère anglais de la majorité qui prend, elle aussi, le nom des Canadiens. 552 L\u2019ACTION NATIONALE Alors, dans ce régime fédéral, on n\u2019a pas à savoir qui est Canadien d\u2019une telle sorte ou Canadien d\u2019une telle autre sorte: la population anglaise délègue ses députés en plus grand nombre que la population française.Les circonscriptions électorales sont fédérales et le mandat des députés est canadien, sans qu\u2019il soit spécifié que les décisions et l\u2019exercice du pouvoir doivent se faire dans le caractère de la population française ou de la population anglaise.C est la loi du nombre qui l\u2019emporte et le nombre est anglais.C\u2019est ainsi que le caractère du pays s\u2019en suit.Mais il ne s'agit pas d\u2019un caractère unique à tous les paliers des activités dans l\u2019ensemble de la population.Au sein même de chacune des deux sociétés en cause, une vie spécifique à chacune continue d\u2019exister, sauf que pour la société anglaise, la continuité se fait sans brisure et sans privation, tandis que pour la société française, tout ce qui est de caractère canadien devient anglais.C\u2019est une pente à sens unique qui a toutes les apparences de la légitimité et d\u2019une certaine efficacité pour les anglophones.Dans cette transformation du caractère français en caractère anglais, la démocratie se garde une conscience bien nette.Sans spécifier le caractère de la représentation, elle peut évoquer le caractère d\u2019origine du représentant et dire: \u201cFrancophones, vous êtes représentés; voyez, vous avez des députés, des fonctionnaires, des ministres et des premiers ministres.\u201d Mais aucun d'eux, à aucun moment de son mandat ou de son engagement, ne pourrait donner un caractère français à un ministère canadien, à un organisme canadien, là où les projets et leur exécution sont pensés et réalisés dans la tradition canadienne, pour le fonctionnement de la mentalité anglaise.Même en supposant que l\u2019anglicisation du Canada ne soit pas aussi avancée que nous le savons, imaginons pour un instant que nous repartons à l\u2019An Un de la fédération canadienne: des députés élus avec mandat canadien dans les circonscriptions fédérales de langue française LE FÉDÉRALISME QUI SÉPARE 553 angliciseraient aujourd\u2019hui le Canada encore plus vite qu\u2019il ne l\u2019a été dans les années antérieures.Les circonscriptions de langue française sont aujourd hui envahies par les communications anglaises, alors que dans le passé c\u2019était l\u2019isolement et la vie française en réclusion.Dissimulation La dissimulation du caractère anglais sous le nom de canadien, facilite la pénétration des communications anglaises sous une identification canadienne.La même identification canadienne sert au député d\u2019une circonscription fédérale de langue française pour soutenir des politiques et une allégeance canadienne qui sont de caractère anglais, ou qui nous attachent à des décisions de la société anglaise.C\u2019est donc en définitive à une allégeance de caractère anglais que l\u2019allégeance canadienne nous mène sous un régime fédéral.Cette allégeance au caractère anglais du Canada reste cachée sous le nom familier des Canadiens.Nous subissons donc, en ce pays ainsi constitué, une majorité anglaise qui donne son caractère très naturellement à son activité comme à sa pensée, un régime fédéral qui transmet ce caractère aux participants, soit chez ses représentants soit chez les électeurs qui en acceptent implicitement les conséquences.Le Canada est donc un pays fédéral de caractère anglais, alors que la société anglaise transmet son caractère à ce qui est canadien.L\u2019apparence inoffensive des circonscriptions électorales fédérales a suffi à cacher le transfert d\u2019identité qui s\u2019opère en douce avec l\u2019attribution du mandat.Le député fédéral, muni d\u2019un mandat canadien, donc d\u2019apparence française pour ceux qui sont d\u2019origine française, ne semble pas devenir un transfuge.La population vote avec une certaine conscience d\u2019accomplir un devoir naturel.Les francophones ont acquis cette conscience alors qu\u2019ils vivaient encore isolés dans leurs petites patries locales, les paroisses traditionnelles.Ils sont aujourd\u2019hui divisés là-dessus, précisément parce que certains d\u2019entre eux connaissent le caractère anglais du 554 L\u2019ACTION NATIONALE régime fédéral, tandis que d\u2019autres se sentent attachés à leur tradition canadienne d\u2019autrefois.Le séparatisme fédéral Imperceptiblement, l\u2019intrusion du caractère anglais dans les manières canadiennes est devenue à leurs yeux comme une forme inévitable de l\u2019autorité.Pendant qu\u2019ils se disent plus identifiés à leur gouvernement québécois, ils se croient inévitablement liés à l\u2019autre gouvernement canadien.Pendant que les députés fédéraux donnent leur allégeance à ce gouvernement canadien, les électeurs acceptent du même coup cette allégeance.Il en résulte une double allégeance une québécoise qui est de caractère nettement francophone, et une canadienne dont le caractère est incertain pour eux.Au plan des identités, les francophones du Québec restent en ballant entre deux identités, une qui est maintenant incertaine au niveau canadien et une autre qui demeure incomplète au niveau québécois.La double allégeance est en train de gruger l\u2019identité d\u2019une population francophone qui vit d\u2019une façon incertaine au niveau fédéral et d\u2019une façon incomplète au niveau provincial.La décomposition de l\u2019identité au sein de la population francophone s\u2019aggrave d\u2019une division quant au choix de ses objectifs nationaux ou collectifs.Une partie de cette population reste attachée à la tradition canadienne sans admettre le caractère anglais, envahissant et restreignant pour son caractère français.L\u2019autre partie veut compléter sa vie au niveau québécois, en y portant toute son allégeance et en refusant la division que le Canada lui impose.Puisque le caractère anglais du Canada est inévitable sous le gouvernement de la majorité, et que le caractère fédéral du Canada ne peut que légitimer des mandats canadiens, donc anglais de caractère par la suite, quand ce n\u2019est pas par le fait même, il est bien clair que tous les représentants du Canada ne peuvent être que mandatés pour continuer l\u2019anglicisation du Canada.La seule façon de préserver l\u2019identité de la société de langue française est de munir ses représentants de LE FÉDÉRALISME QUI SÉPARE 555 mandats qui relèvent d\u2019un pouvoir qu\u2019elle exerce là où elle peut l\u2019exercer.Le Québec est cet État où les pouvoirs de la société de langue française peuvent être complétés.Il ne devrait plus y avoir de circonscriptions électorales fédérales au Québec pour le choix de représentants canadiens.Mais seulement des circonscriptions électorales québécoises qui donnent des mandats québécois et non pas canadiens.À toute chose, il faut prévoir les conséquences.Et on ne peut se fermer les yeux sur une réalité aussi criante et dont les résultats découlent le plus naturellement du monde des dispositions qui ont été prises.Une majorité gouverne et pense dans son caractère, et une minorité se laisse gouverner et se met à penser selon les latitudes qui lui sont laissées.Le courant est naturel.La supercherie de la représentation fédérale est dans le déguisement canadien.Un mandat canadien ne peut qu\u2019être un mandat de caractère anglais, Personne ne change la nature des choses en les changeant de nom.Nous ne sommes plus des vaincus oubliés dans le fond de leurs paroisses, à qui on peut faire croire que les Anglais en prenant leur nom leur ont laissé la chose!!! Dans notre caractère Le respect que nous devons à notre société humaine de langue française, s\u2019il ne nous est pas accordé par les fédéralistes dans cette lente décomposition de notre identité, devra venir de l\u2019exercice naturel de nos activités selon notre caractère.Cela suppose que notre population aura su surmonter la supercherie qui se cache dans l\u2019emprunt de son nom d\u2019origine canadienne par une autre population qui n\u2019en a pas le caractère.Ne l\u2019oublions pas, un mandat est une limitation, et un mandat accordé en dehors du caractère d\u2019une collectivité ne comporte pas un exercice de représentation dans ce caractère.Un mandat accordé sous la limite d\u2019une représentation canadienne implique également que c\u2019est le caractère canadien qui doit être utilisé.Or, ce caractère étant celui de la majorité effective est aussi celui de la majorité active, donc anglais.Un député québécois sous 556 L\u2019ACTION NATIONALE mandat fédéral doit se conformer à l\u2019utilisation des manières de penser et de faire qui sont en usage dans les milieux canadiens, donc anglais.Cet aspect culturel du problème exclut le fonctionnement d\u2019une mentalité autre que la mentalité canadienne, donc anglaise.Gouvernement universel De nos jours, beaucoup de gens parlent de gouvernement universel et de fédéralisme.Il ne semble pas qu\u2019on fasse tellement de cas du lien naturel qui doit exister entre les activités exercées dans la société et le caractère de la représentation qui doit en être faite, surtout au niveau politique.Cette représentation est déjà imparfaite lorsqu\u2019elle est accomplie normalement, c\u2019est-à-dire dans l\u2019identité entre la société humaine représentée et la mission qui est confiée au représentant, ou autrement dit, dans l\u2019identité entre les mandataires, le mandaté et le mandat.S\u2019imagine-t-on que dans une représentation où l\u2019identité fait faux bond à un niveau ou l\u2019autre du mandat, on pourrait respecter les lois naturelles?Dans un fédéralisme allemand, entre peuples germaniques, il y a identité culturelle, mais dans un fédéralisme canadien, entre francophones et anglophones, il n\u2019y a pas identité culturelle.Dans l\u2019idée d\u2019un gouvernement universel, de même que dans le fédéralisme sans identité culturelle, il y a un abus et une exploitation de la nature humaine.Les arguments qui invoquent soit le désintéressement soit la neutralité sont du pur angélisme.Nous vivons dans un monde où les intérêts sont inégaux et divergents.Nous avons été éduqués pendant un certain nombre d\u2019années au Canada dans un supposé esprit de perfection qui nous était montré comme un idéal à atteindre.Cet idéalisme ne tenait pas compte des caractères vécus et se tournait tout entier vers les abstractions angéliques qui ne peuvent admettre de dispute entre rivaux.Alors que pendant ce temps la rivalité est aussi inévitable que le combat pour la vie. LE FÉDÉRALISME QUI SÉPARE 557 Dans un gouvernement mondial ou un fédéralisme sans identité culturelle, le supposé désintéressement ne pourrait s\u2019accorder qu\u2019avec un supposé intérêt général qui, à son tour, supposerait une égalité qui ne peut exister ni au même moment ni au même degré, le temps ayant ses exigences et la qualité ayant les siennes.Or précisément, dans les exigences de la qualité, il y a une notion élémentaire d\u2019un caractère qui confère l\u2019identité à chaque qualité.C\u2019est pour la même raison qu\u2019il n\u2019y a pas de rôles neutres dans une culture, pas plus qu\u2019il ne saurait y avoir d\u2019activités neutres.Ou bien une chose a un caractère ou bien elle n\u2019existe pas.Et si la même chose a plusieurs caractères, comme le Canada, et si ces caractères ne sont pas représentés distinctement, la chose est multiple et des discernements doivent être exercés.Problèmes de pensée Nous avons des problèmes de pensée au Québec.Pourquoi?Pour des raisons de discernement.Nous vivons dans une situation culturelle très particulière, dans la décomposition de notre identité sous une double allégeance politique.On ne peut pas comprendre quelque chose d\u2019intelligent, si quelque chose d\u2019intelligent n\u2019est pas fait.Nous sommes intelligents et nous devenons inintelligents, si nous n\u2019avons pas à comprendre quelque chose qui est fait par intelligence.Si les choses qui sont faites viennent d\u2019une autre sorte d\u2019intelligence que la nôtre, nous devons pour les comprendre changer d\u2019intelligence.Mais on ne change pas d\u2019intelligence comme on change de chemise.L\u2019intelligence anglaise ne nous donne pas ses raisons comme nous sommes faits pour les recevoir en français.Nous vivons une période d'inconséquence qui affecte nos vies, notre pensée et nos actions.La fédération canadienne pose aux Canadiens-Français un problème irrationnel.La culture française au Canada est limitée à des rôles abstraits, sans passage dans le 558 L'ACTION NATIONALE monde réel et anglais qui gère et conçoit les activités et les choses canadiennes.Problèmes de langue En réduisant les rôles d\u2019une pensée et de ceux qui pensent, on réduit les rôles de leur langue, non seulement dans les activités du pays mais dans leur propre esprit.Et là est le véritable problème de la langue française au Canada et au Québec.Quand nous l\u2019aurons résolu à ce niveau-là, nous pourrons, comme les anglophones, nous passer d\u2019une loi sur la langue.Concentrons-nous un instant sur une observation à laquelle nous ne pouvons pas échapper: C\u2019est en réduisant les rôles d\u2019une langue qu\u2019on réduit d\u2019autant les schémas ou les représentations de la pensée, la disposition générale de l'esprit, la perspective des plans que l\u2019on se trace, la vue de ce que l\u2019on est ou devrait être.L\u2019image que l\u2019on accepte pour soi-même devient négative, nos facultés incertaines, nos projets jamais assez rassurants pour servir de fondement.Le monde que nous formons semble insolite dans le monde des autres si bien installé.Nous n\u2019en finirions plus de faire cette démonstration.Tout ce qui amoindrit, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, les schémas de la pensée, est néfaste à l\u2019esprit en général et nuisible à la mentalité qui leur sert de mobile ou de véhicule.Lorsque les rôles de gestion et de conception sont confiés à une mentalité étrangère, les schémas de la pensée qui en découlent sont aussi de conception étrangère.Il en résulte pour l\u2019esprit une limitation, un er-rement et un constant désabusement.On nous engage alors à penser sur des termes qui ont été disposés de façon trompeuse, sur des propositions mal fondées ou détournées, sur des figures émotivement orientées vers des buts qui nous sont étrangers.Notre pensée devient alors un organe difforme, et notre monde un univers restreint.La langue dans laquelle LE FÉDÉRALISME QUI SÉPARE 559 nous exprimons cette pensée et cet univers devient désuète, parce qu\u2019elle se revêt des mêmes caractères qui rendent notre pensée et notre monde peu utiles dans cette activité qui leur est étrangère.Pour corriger cette situation, il faut reprendre les rôles de gestion, de conception et de décision, se refaire un monde à soi, dans un univers humainement complété pour soi.L\u2019esprit ne peut pas se former normalement s\u2019il est sans cesse sous l\u2019inquisition d\u2019une question qui n\u2019est pas de son entendement, parce qu\u2019elle lui est posée par un entendement étranger.Notre grand tort politique aura été de continuer à raisonner, sous le gouvernement des anglophones, comme si la chose à venir était assurée par une disposition préalable qui n\u2019a jamais été prise par nous.C\u2019est ainsi que dans notre nouvelle logique nous sommes devenus un sujet qui assure l\u2019action d\u2019autrui, parce qu\u2019il a perdu le caractère nécessaire pour assurer sa propre action.Voilà où commencent, dans un simple mandat fédéral, des problèmes humains qui deviennent incontrôlables: perte d\u2019identité, défection de la pensée, confusion culturelle, incertitude sur le caractère, opposition des activités et, désorganisation générale de l\u2019authenticité, donc de l\u2019autorité en soi.Déconvenue d\u2019une société Cette déviation provient du fait que les activités qui s\u2019exercent naturellement dans une société humaine distincte ne sont plus exercées ni représentées dans le même caractère, à des niveaux aussi essentiels et aussi décisifs que ceux de l\u2019organisation supérieure et l\u2019agencement des rapports d\u2019autorité.Voilà l\u2019effet du fédéralisme quand il s\u2019applique à des groupes et à des individus qui ne partagent pas une même identité culturelle.La désastreuse expérience canadienne devrait être mieux connue et mieux étudiée.Il y a encore beaucoup de nations et de sociétés humaines qui, dans le monde, pourraient s\u2019éviter les mêmes égarements. 560 L'ACTION NATIONALE Quant au problème de réaménager nos relations avec le Canada, si ces relations doivent être assez étroites pour qu il y ait association, ce devra être sous un mandat québécois, mais jamais sous un mandat canadien.C\u2019est la condition qui préserve l\u2019identité entre le caractère des activités et le caractère de la représentation.Que ce soit la représentation par une personne déléguée ou la représentation dans l\u2019esprit, c\u2019est par mandat québécois seulement qu\u2019on peut éviter la décomposition de l\u2019âme québécoise.Montesquieu disait: \u201cUne société ne saurait subsister sans un gouvernement\u201d.Ceux qui ont cru nous éloigner de notre but, en nous identifiant à une société de langue française plutôt qu\u2019à une nation, dans le rapport de la Commission d\u2019enquête sur le Bilinguisme et le Biculturalisme, nous en ont plutôt rapprochés.Car la société est concrètement ce qu\u2019on veut désigner par définition dans la nation.Nous sommes cette société des humains qui partagent une même origine, les mêmes usages et les mêmes lois.Dans ce précepte qu\u2019une société doit avoir un gouvernement pour subsister, il ne vient pas à l\u2019idée d\u2019un citoyen que ce gouvernement pourrait être formé par d\u2019autres que les responsables de leur propre vie.Pour Montesquieu ou n\u2019importe lequel Français, une société française subsiste avec un gouvernement français.Mais pour une société confuse et mélangée, la notion de représentation n\u2019est pas aussi claire.La tâche de la société québécoise est de se démêler de cette confusion et de se donner un gouvernement qui ne soit pas incomplet ni ambigu.La responsabilité des citoyens est de se départir d\u2019une double allégeance, pour n\u2019en retenir qu\u2019une seule, et de veiller à ce qu\u2019elle ne soit pas à plusieurs sens.Car nous ne survivrons pas au mépris des lois naturelles.Notre nature humaine ne peut surpasser ni les facultés, ni le temps.Nous avons survécu dans l\u2019isolement, mais nous ne survivrons pas dans le mélange des communications. Nos ressources naturelles Le Québec a-t-il ce qu'il faut?par Jean Genest 562 L'ACTION NATIONALE Le Québec a-t-il ce qu'il faut pour devenir indépendant?Avant que notre bateau prenne le grand large, ne convient-il pas de faire la révision de tout le bateau: gouvernail, cales, approvisionnement, communications, personnel d\u2019embauche, moteurs et énergies motrices?Faire l\u2019indépendance cela demande à la fois du génie et du cœur aux tripes.Elle se fait dans une grande colère ou avec une immense fierté.Il faut avoir le goût d\u2019y arriver et plenty of guts, disent les Américains.Nous ne pouvons plus partir \u201cbaluchon à l\u2019épaule\u201d comme au temps de la colonie française pour \u201caller aux fourrures\u201d ou vers une autre terre.Mais il nous faut compter nos richesses, nos éléments de troc.Comment, autrement, entrevoir un formidable PROJET-QUÉBEC où, avec toute la souveraineté requise, nous serions capables de faire les associations nécessaires ou les négociations utiles?La première question à nous poser est celle-ci: avons-nous les hommes qualifiés?avons-nous les hommes suffisamment résolus?avons-nous ceux dont l\u2019appel sera assez puissant pour soulever tout un peuple de six millions à accomplir de grandes œuvres?Avons-nous les hommes?Une chose me paraît certaine: les hommes nécessaires nous ne les rencontrerons pas parmi les dirigeants du Conseil du patronat, de ces dernières années.La liste de leurs 400 membres corporatifs est assez révélatrice de leur ton nouveau.Cette liste contient trop de noms d\u2019associations et d\u2019entreprises anglo-canadiennes pour que ce Conseil du patronat soit une voix authentique du Québec français.La présence de nombreux membres de la grande finance anglo-canadienne ne leur permet pas d\u2019avoir une voix désintéressée.La voix est française mais les peurs et les apocalypses sont typiquement du genre \u201cminorité anglo-québécoise\u201d.En effet ne serait-il pas compromettant pour un vice-président, un directeur ou simplement un cadre canadien-français, au service d\u2019une entreprise anglo-canadienne depuis vingt ou trente ans, de parler d\u2019autonomie ou simplement de promettre son concours positif au PROJET-QUÉBEC qui se dresse devant nous? QUÉBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?563 Ces gens parlent au nom du réalisme mais ils ne sont pas réalistes.Ils sont seulement pratiques et donnent l\u2019impression de beaucoup trop défendre leurs intérêts propres beaucoup plus que ceux de la nation franco-québécoise.Ils sont la fausse note dans le concert contemporain au Québec.Ils ont l\u2019agressivité de ceux qui poursuivent des combats d\u2019arrière-garde mais pas l\u2019esprit d\u2019offensive de ceux qui construisent.À part ce petit groupe, souvent compétent mais souvent trop \u201cconditionné\u201d, nous pouvons dire que, depuis l\u2019essor de nos grandes universités canadiennes-françaises et depuis que l\u2019État du Québec met des fonds abondants à l\u2019appui de nos hommes-ressources, le tableau culturel, social et économique a complètement changé.Une quinzaine d\u2019enquêtes économiques poussées m\u2019ont permis de prendre un contact prolongé avec ces gens et de saisir jusqu\u2019à quel point ils ont modifié, par un redressement extraordinaire, notre monde économique.Faut-il évoquer quelques gestes plus fameux?L\u2019Hydro-Québec, dirigée par les Franco-Québécois, secondés par les ingénieurs autrefois vilipendés, traités de bons à rien et aujourd\u2019hui reconnus comme capables d\u2019entreprendre les plus grands barrages du monde.L\u2019extraordinaire expansion du Mouvement coopératif Desjardins qui, de son Complexe à Montréal, surveille un empire dont la puissance lui vient de l\u2019appui constant et magnifique du peuple canadien-français.La Laurentienne contrôle maintenant l\u2019Imperial Life comme Provigo qui absorbe Loeb d\u2019Ottawa et qui propose hardiment une offensive économique sur tout le continent nord-américain (L'Action nationale, décembre 1978).Énumérons quelques hommes qui ont fait leur marque à travers la province: Roland Giroux, Jean-Marie Poitras, Antoine Turmel, Michel Bélanger, Roger Néron, André Dion, André Marsil, Paul Gourdeau, Jean-Louis Lévesque, Paul Normand, Jules Tourillon, etc.Indépendamment de leurs idées, ils ont ouvert un nouveau climat 564 L'ACTION NATIONALE et ils sont secondés par une petite armée de spécialistes de première valeur: actuaires, informateurs, administrateurs, spécialistes de la vente ou de la publicité.Bref, en grande partie à cause d\u2019eux, le Québec de 1979 n\u2019est pas le Québec de 1930.À cause d\u2019eux, Québec connaît un développement dont n\u2019importe quel pays peut s\u2019enorgueillir*1».Advenant le jour où le Québec prendra une injection d\u2019autonomie plus radicale qu\u2019aujourd\u2019hui, ces hommes auront la responsabilité conjointe de vêtir, chauffer, nourrir, transporter plus de six millions de Québécois et de leur assurer un niveau de vie raisonnable.Pouvons-nous avoir foi en eux?Je le crois mais à la condition que, collectivement, ils prennent conscience de leurs responsabilités vis-à-vis de leur nation.Autrement dit, il faut absolument dépasser le conservatisme et les peurs du Conseil du patronat officiel.Leur dynamisme en affaires doit avoir son effet sur le Québec de demain.Aurons-nous de quoi manger?Nous savons maintenant que les dimensions du Québec agricole ne sont pas énormes.Pourront-elles, nos terres, nourrir six ou sept millions d\u2019habitants?Des études serrées ont montré que les produits agricoles et les produits d\u2019élevage du Québec suffisaient à peine pour 55% de nos besoins.L\u2019importation subvient à 30% de ces mêmes besoins, comme le café, le chocolat, les fruits tropicaux ou semi-tropicaux, etc.Mais nous sommes en train d\u2019accomplir de sérieux progrès en ce qui regarde l\u2019élevage, la transformation industrielle des produits.C\u2019est dans ces perspectives qu\u2019il faut voir la nouvelle loi de Jean Garon, ministre de l\u2019Agriculture, qui propose un zonage des terres arables.1.M.Ivan Guay, dans La Presse du 3 janvier 1979, parle des entreprises d\u2019État comme d\u2019un troupeau d\u2019éléphants blancs.Il ignore probablement que le mode de financement adopté par l\u2019État est la grande cause de rapports déficitaires.Quant à leurs résultats globaux sur notre société, il paraît regarder le Québec du mauvais bout de la lunette! Ce type de libéralisme manchestérien est dépassé. QUÉBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?565 Il faut enlever aux spéculateurs les terres jugées convenables à l\u2019agriculture et, avec leur mise en valeur, diminuer nos importations en produits maraîchers ou mieux servir les usines qui transformeront ces produits.Avec une géographie plus stable et mieux connue de nos terres cultivables, nous pourrions arriver à produire suffisamment pour répondre à 70% de nos besoins actuels.Aux États-Unis, 5% de la population suffit à nourrir le pays et une bonne partie du monde.Des hommes pensent donc à demain.Des hommes sont déjà à construire le Québec de demain.La vallée du Saint-Laurent peut devenir une corne d\u2019abondance.Tant que notre agriculture et notre élevage resteront déficitaires, il faudra importer et payer la différence avec d\u2019autres richesses que nous trouverons en surplus.Avons-nous de quoi nous chauffer et nous éclairer?Nous n\u2019avons ni platine ni diamants comme l\u2019Afrique du sud.Nous n\u2019avons ni charbon comme les États-Unis, ni pétrole encore comme l\u2019Alberta.Mais nous avons l\u2019électricité.Après l\u2019URSS, nous sommes même le pays le plus riche au monde en électricité.Voilà une forme d\u2019énergie limitée en ses applications mais qui ne tarit pas et qui ne pollue pas.L\u2019exploitation de toute les ressources hydrauliques de nos rivières nous donnera, au maximum, 30% de l\u2019énergie dont notre pays aura besoin.Il nous faudra trouver et payer pour les 70% qui manquent soit sous forme de gaz, soit sous forme de pétrole.Aux prix fixés par l\u2019OPEP, cela constitue une source de déficit extrêmement pénible.Avec l\u2019électricité, notre population a de quoi éclairer ses villes et ses nuits, réchauffer ses blocs de maisons et activer une partie de ses usines.Mais les transports (autos, locomotives, avions) et mille autres formes d\u2019activités exigeront le pétrole.Depuis novembre 1969 le gouvernement a formé SOQUIP (Société québécoise d\u2019initiatives pétrolières). 566 L\u2019ACTION NATIONALE Soquip a trouvé quelques petites poches de gaz près de Québec.Elle cherche dans le Saint-Laurent et en Gaspésie.Elle peut trouver dans l\u2019Ungava.Mais, en résumé, à part les terrains achetés en Alberta, elle n\u2019a pas encore fait de découvertes propres à modifier notre économie énergétique.Et si nous ne trouvons rien, le Québec sera longtemps déficitaire en énergies.Nous explorons la tourbe, l\u2019énergie éolienne, l\u2019énergie solaire mais, encore une fois, 70% des énergies nécessaires devront venir d\u2019autres sources que celles de nos usines hydroélectriques.Une négociation avec I Alberta ou avec le Vénézuéla (ou avec le Mexique) sera nécessaire.Il devient alors évident que, pour payer ce déficit, il nous faudra trouver des surplus ailleurs: 1) nos richesses naturelles et 2) nos richesses transformées par l\u2019industrie.Avons-nous ce qu\u2019il faut?Il faudra nous lancer vers l\u2019énergie nucléaire.Oui, nous avons de l\u2019uranium en abondance.Pour construire nos immenses barrages, il nous faut emprunter sur les marchés internationaux, surtout américains.Ces derniers posent des conditions dont nous ignorons la teneur exacte.En bref, il s\u2019agit d\u2019une garantie que nous alimenterons leurs villes du nord-est, de New York à Boston, en électricité à bon marché pendant un certain nombre d\u2019années.En acceptant ces conditions, les Américains nous prêteront plus de sept ou huit milliards de dollars.D\u2019autres viendront d\u2019Europe et du Japon.D\u2019autres viendront des surplus annuels de l\u2019Hydro-Québec.L\u2019ensemble représentera le coût total de La Grande, soit, selon les derniers chiffres, un total d\u2019environ quinze milliards de dollars.Cela coûte extrêmement cher.Mais une donnée est essentielle: en moins de dix-huit ans, avec la seule énergie électrique vendue, nous aurons payé toute cette dette.Le barrage nous restera: nous serons maîtres de nos taux de vente, aux provinces Maritimes, à l\u2019Ontario QUEBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?567 et aux États-Unis.Ces ventes représentent un surplus commercial suffisant pour payer une bonne partie des autres énergies importées.Sur ce point, nous sommes à la fois solides et fragiles.Mais nous devenons les Arabes de l\u2019électricité.Avec quoi payer notre déficit?Si nous devenions banquiers du monde comme la Suisse, nous pourrions compter sur les surplus financiers: le fameux argent de papier! Mais il est plus sûr de compter sur nous-mêmes.Nous avons la forêt: il s\u2019agit d\u2019une moisson extrêmement importante.Elle n\u2019est renouvelable qu\u2019à tous les quarante ans.Mais notre quantité de bois de forêt est telle que nous pouvons alimenter en papier une bonne partie de l\u2019univers.Comme les prix du pétrole augmentent, il faudra augmenter les prix de notre papier et de nos produits forestiers ou former un OPEP du papier.Il est possible que des pays consommateurs crient au meurtre! Mais les prix plus élevés empêcheront le gaspillage éhonté du papier, tel que pratiqué en Occident.Les journaux ne publieront plus que des choses utiles.Que de temps serait ainsi récupéré pour la culture des peuples! Moins de remplissage donnerait plus de temps pour vérifier les nouvelles et supprimer tous les mensonges.Moins lourds, les journaux conserveront leur poids d\u2019or! Une politique de reforestration judicieuse s\u2019impose: notre forêt doit se renouveler à tous les quarante ans.Sa surface exploitable équivaut à la moitié du Québec global, soit 775,000 kilomètres carrés.À part la forêt, il nous reste les mines.C\u2019est d\u2019elles surtout que nous voulons parler.Avons-nous suffisamment de mines?Le travail de tout un peuple vient surtout des activités primaires, secondaires et tertiaires.Les activités primaires concernent les ressources telles que nous les 568 L\u2019ACTION NATIONALE cueillons dans la nature: l\u2019agriculture, la forêt et les mines sont de bons exemples.Les activités secondaires sont celles qui s\u2019exercent dans les métiers de transformation, par exemple l\u2019industrie qui reçoit les matières premières: la laine et le minerai de fer pour les transformer en toiles ou en barres et tôles.Les activités tertiaires sont celles de l\u2019administration, du fonctionnarisme, de l\u2019enseignement, bref les activités du bureau, de la santé, de la finance.Pour qu\u2019un pays reste au travail, il lui faut savoir exploiter ses ressources.Or, au Québec, nous n\u2019avons pas une longue histoire avec les mines.Un prospecteur me disait:\u201cJamais je ne pourrais devenir un agriculteur ou un bûcheron.Moi, je suis à l\u2019affût des roches et des sédiments.Je rêve et je calcule.Je cherche l\u2019inconnu.Passer des mois et des mois, de-ci de-là, en examinant le terrain et ses composantes, pour moi c'est la vie la plus fascinante!\u201d Évidemment c\u2019est une vie très proche de la nature, épuisante.Mais une seule trouvaille apporte des joies inexprimables et des compensations pour toute une vie.Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a presque plus de prospecteurs isolés, à la recherche d\u2019un gisement à fleur de roche.Les prospecteurs amateurs aussi disparaissent devant les professionnels tels que les techniciens et les ingénieurs du gouvernement ou des grandes entreprises.Leurs recherches, par avion, par équipes, donnent un rendement méthodique qui laisse peu de chances aux autres.Mais l\u2019obstacle principal provient des sommes énormes qu\u2019exige la prospection moderne.Un individu ne peut pas transporter le matériel d\u2019exploration, de forage, de zonage requis.Finalement les experts, basant leurs affirmations sur des statistiques fort précises, disent qu\u2019entre la découverte d\u2019un gîte prometteur et son exploitation, il se passe en moyenne une douzaine d\u2019années et qu\u2019une moyenne de $25,000,000 auront été dépensés.Ainsi, dans la course aux richesses minérales, il ne reste plus que les gros entrepreneurs aux reins solides.Les petits restent des unités de commandos qui, dès un premier soupçon, QUEBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?569 doivent se replier vers les grandes compagnies et leur vendre leurs droits.Nous sommes en retard sur l\u2019Ontario et, à ce point de vue, nous sommes un pays presque neuf.En 1920 la production minérale du Québec ne dépassait pas $28,000,000, surtout à cause de l\u2019amiante.Mais nous atteindrons les deux milliards vers 1980, surtout grâce au fer et à l\u2019amiante.Nous n\u2019avons rien de spectaculaire comme l\u2019Amazonie au Brésil.On vient d\u2019y découvrir un gisement de 60 milliards de tonnes de fer à 66% pur.Diamants et pierres précieuses y abondent, de même qu\u2019à peu près tous les minéraux métalliques.La route transamazonienne qui conduit à Brasilia et même au-delà, a bien servi le rêve du président Kubitchev quand il l\u2019inaugura: il la vit comme l\u2019axe autour duquel se grefferait la découverte systématique des richesses naturelles du Brésil.Il avait eu raison de voir grand.Il en va de même au Québec où la route entre Mattagami et Radisson constitue un axe pour explorer tout le Moyen-Québec.Il faudra même garder et entretenir la route qui va de Fort-George, et Radisson jusqu\u2019à LG 4, près du lac Caniapiscau.Non parce que le trafic augmentera du jour au lendemain mais parce qu\u2019elle constitue une infrastructure essentielle à l\u2019exploration minière et qu'après avoir payé pour la construire il vaut mieux l\u2019entretenir que de lui permettre de retourner à la sauvagerie.Ces routes constituent des points de repère essentiels à tous ceux qui s'intéressent aux mines.À partir de ces données: une infrastructure routière est à se construire; la prospection systématique avance graduellement; les découvertes sont déjà suffisantes pour affirmer que notre avenir est de ce côté.Nous ne serons peut-être jamais un Eldorado mais, non plus, une république de la banane! Nous ne sommes pas favorisés comme l\u2019Afrique du Sud, le Congo et l\u2019Australie mais nous ne sommes pas miséreux! Et nos mines continueront à produire quand toutes celles de l\u2019Ontario se 570 L\u2019ACTION NATIONALE seront vidées.Cela pourrait même signifier un retour de toute la haute finance vers Montréal, quand l\u2019Alberta et l\u2019Ontario auront épuisé leurs principales ressources minérales, peu après l\u2019an 2000.Nous serons peut-être la Sibérie de demain! Goulags mis à part! Les étapes douloureuses du réalisme $25,000,000 et douze ans pour exploiter une mine! Vous avez trouvé une roche curieuse.Vous l\u2019avez comparée à d\u2019autres échantillons de votre collection personnelle.Évidemment cela ressemble à quelque chose et c\u2019est différent.Vous avez des soupçons mais vous n\u2019êtes pas sûr.Vous ramassez différents échantillons dûment localisés.Vous les envoyez au ministère des Richesses naturelles, service des mines.Là des spécialistes vous les analysent gratuitement.Pendant ce temps vous inscrivez, parce que vous commencez déjà à connaître la fièvre des métaux, auprès d\u2019un registraire du ministère, votre jalonnement d\u2019un terrain minier.Chaque année, le ministère inscrit 30,000 à 40,000 terrains miniers où des prospecteurs ont cru trouver un projet de mine intéressant.Mais vous êtes méfiant: si les échantillons sont vraiment riches en zinc ou en manganèse ou en uranium, est-ce que les experts du gouvernement n\u2019avertiront pas des compétiteurs éventuels?Garderont-ils le secret?Vous poussez donc l\u2019étude de votre terrain: les lignes géologiques, les surfaces horizontales et verticales de la pierre, vous suivez les moindres dykes.Vous faites un relevé minutieux, comme une lecture du terrain.Vous poursuivez le filon où vous avez pris vos échantillons.Vous pensez qu\u2019il est plus sûr de vous procurer un deuxième et même un troisième terrain jalonné et certifié au bureau du registraire au cas où ce tas rocheux contiendrait une richesse.Enfin, la réponse vous arrive.Elle peut être décevante et alors vous prenez vos pénates et déménagez vers d\u2019autres horizons.Elle peut être formidable et dans ce cas la rumeur se répand comme une traînée de poudre et vous vous voyez entouré d\u2019une myriade de prospecteurs.Généralement la réponse annoncera des résultats intéressants sans être extraordinaires.Alors vous pensez QUEBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?571 qu\u2019au dessous, ce sera plus riche et vous voilà avec un pic et une pelle, enlevant arbres et terre, vous creusez des tranchées et vous commencez de modestes forages.Vous étudiez les poussières au microscope: les proportions du métal varient d\u2019une étude à l\u2019autre mais leur présence semble plus concentrée.Il vous faut un autre genre de forage: il vous faut des \u201ccarottes\u201d qui proviendront de la roche, à 100 ou 200 pieds de profondeur.Les frais s\u2019accumulent.Les risques augmentent.Vous rendez tout le monde vraiment nerveux autour de vous: votre famille, votre banquier, vos associés et tous ceux qui ont entendu parler de vos allers et retours.Que faire?Continuer vos recherches et y investir toutes vos réserves d\u2019un seul coup ou vendre votre terrain avec toutes les données que vous avez précieusement consignées?Rôle de SOQUEM-SOQUIP Comme par hasard, à ce moment psychologique, une entreprise vous approche: elle propose d\u2019acheter si vos analyses sont bonnes.Pour cela elle demande une permission pour ses \u201cexperts\u201d de tout vérifier.En peu de temps ceux-ci abandonnent ou acceptent d\u2019acheter, généralement pour une somme de base et un certain nombre d\u2019actions de leur entreprise ou de la nouvelle qu\u2019ils vont fonder sur les espoirs permis par leurs études.Cela peut vouloir dire $100,000 comme base et un 10% d\u2019actions ou un 15%.Des prospecteurs ont fait des fortunes importantes sur ces bases d\u2019entente.L\u2019entreprise qui a acheté le terrain au prospecteur, continue les recherches.Elle tâtonne vers l'endroit où la présence du minerai se fait plus dense.Puis il faudra délimiter le terrain, c\u2019est-à-dire l\u2019extension du gisement.Les grands forages commencent: ils peuvent atteindre 5,000 pieds.Une petite entreprise, à ce stage, devra souvent s\u2019associer à une entreprise plus importante.C\u2019est ainsi que les grandes multinationales attendent: elles ont des milliers de prospecteurs et des centaines de petites entreprises qui travaillent pour elles.Pour briser le cercle vicieux, celui de la vente de nos richesses minières aux étrangers, il n\u2019y a pratiquement, 572 L'ACTION NATIONALE au Québec, que l\u2019État.Lui seul a les capacités de s\u2019associer aux petites entreprises minières et de mettre en valeur des gisements prometteurs.Voilà la place de SOQUEM dans le tableau général de l\u2019essor du Québec dans les mines et de SOQUIP dans les gaz et le pétrole.À ne pas le voir, M.Yvan Guay, de La Presse, fausse les données d\u2019un sain réalisme.Le prix international Supposons que les forages, scientifiquement poursuivis, ont révélé un gisement important dont la teneur minérale est intéressante, quel est l\u2019élément le plus important qui décidera de pousser plus avant le travail et même d\u2019entreprendre l\u2019exploitation du gisement?Ce n\u2019est plus la mine qui offre le plus d\u2019intérêt mais le prix international.Il faut alors rencontrer les financiers.Ceux-ci établiront le prix de l\u2019exploitation, en plein air ou en galeries souterraines et, surtout, ils vous informeront sur le prix international, présent et futur, auquel est coté le ou les métaux que vous voulez extraire.En possession de ces chifres et de ces données mouvantes, vous vous mettez à calculer: \u2018\u2018Je tire cent tonnes de minerai par jour.Je concasse la pierre.J\u2019obtiens le minerai brut, disons à un kilo par tonne métrique.Ce kilo se vend, au prix international, $50.D\u2019où le raisonnement: cent tonnes me donneront 100 kilos à $50.soit $5000.Est-ce suffisant pour payer les ouvriers, l\u2019équipement nécessaire, les taxes, etc.?À 300 jours de travail au même rythme, il s\u2019agit d\u2019une somme de $1,500,000.\u201d Ce raisonnement mathématique repose sur plusieurs variantes: la situation de ma mine me permet-elle d\u2019y conduire l\u2019équipement nécessaire: moteurs, foreuses, habitations pour les mineurs, nourriture, bref, tous les multiples problèmes de logistique.L\u2019exploitation répartie sur dix ans vous coûtera $5,000,000.Par ailleurs la vente de votre minerai, au prix international actuel, vous rapportera $10,000,000.Vos profits seront alors de l\u2019ordre de $5,000,000.Résultat: vous commencez à QUÉBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?573 vous construire une maison nouvelle! Ou la compagnie prévoit des dividendes mirobolants.Le point crucial: le prix international demeurera-t-il au même niveau?Le cuivre chute; le zinc, le manganèse, l\u2019or, tous ont connu des périodes où le prix ne permettait plus l\u2019exploitation.Exemples de réussites et d\u2019obstacles Quand l\u2019or était à $50.presque toutes les mines d\u2019or de l\u2019Abitibi ont dû fermer leurs portes.Chômage.En 1974, SOQUEM découvre un gisement de 1,150,000 tonnes à 8.4% de zinc.Le prix du zinc étant élevé, SOQUEM fait de grands profits.Puis en 1977 le prix du zinc tombe.SOQUEM connaît alors une année de déficit à sa mine de Louvicourt.En janvier 1979, la East Malartic Mine parlait de fermer ses portes car ses frais pour une mine à demi épuisée montait à $190.pour chaque once d\u2019or.Puis le prix international coté à Londres remonta à $230.l\u2019once.Peut-être ne fermera-t-elle pas! Cela est important à remarquer car nos mines d\u2019or ne sont pas comme en Australie et en Afrique du Sud, à une densité de 5.5% mais elles sont marginales à 2% ou moins.Pour le niobium, cela est différent puisqu\u2019un des dépôts les plus importants du monde se trouve à Saint-Honoré, de Chicoutimi, où un 100 millions de tonnes contient du niobium à 0.5%.À part la densité du métal, il y a la profondeur.Ainsi aux iles-de-la-Madeleine, des Québécois cherchèrent du pétrole jusqu\u2019à 270 pieds: ils ne trouvèrent rien et ils vendirent leurs droits miniers à SOQUEM.Celle-ci, à 485 pieds, rencontra du sel.À 3,000 pieds elle rencontrait encore du sel.Découverte extraordinaire qui assure l\u2019autosuffisance du Québec pour 400 ans.Sans compter le gypse excellent pour la construction.En Gaspésie, depuis toujours, les prospecteurs savent que le pétrole affleure à la surface.Jusqu\u2019en 1964 nos gens creusèrent 95 puits totalisant près de 200,000 pieds de forage, mais peu dépassaient 250 pieds.Or le pétrole de Leduc, en Alberta, ne fut découvert, en 1947, 574 L\u2019ACTION NATIONALE qu\u2019après 600,000 pieds de forage! Aujourd\u2019hui, en Gaspésie, on croit savoir qu\u2019il faudra creuser entre 6,000 et 20,000 pieds de profondeur.Autrement dit, on ne sait pas avec exactitude! Surtout, on ne sait pas où creuser avec certitude de trouver! Ces piqûres de maringouins sur la croûte terrestre doivent compter à la fois sur l\u2019expérience scientifique et sur la chance! Le mica, utile pour les pneus, les peintures et les revêtements plastiques, pourrait avoir un marché intéressant mais il y en a beaucoup dans le monde et le prix international n\u2019est pas intéressant.Le gisement de mica muscovite de Charlevoix, d\u2019excellente qualité, doit attendre des temps meilleurs.Près des Monts Otish, il y a une grande quantité d\u2019uranium.Le prix international est excellent.Mais l\u2019extraction de l\u2019uranium, en pleine sauvagerie, sans routes et infrastructure, coûterait trop cher: on laisse dormir le gisement.L\u2019entreprise française SEREM Ltée poursuit des forages à l\u2019ouest de la Fosse du Labrador au 56e degré de latitude.C\u2019est plus au nord que Schefferville.Si on trouve, il faudra probablement exporter le minerai par Fort Chimo.Vous aurez donc une petite cité minière dans le Grand Nord, des débarcadères et des entrepôts à Fort Chimo sur la Baie d\u2019Ungava ouverte à la circulation maritime pendant deux mois par année! Une autre difficulté provient d\u2019un excès de richesse.À Mingan, SOQUEM possède un gisement qui dépasse le milliard de tonnes avec une teneur moyenne de 44% en fer, 11% en oxyde de titane, 11% en oxyde d\u2019aluminium, 1.5% de chrome, du vanadium et un peu d\u2019or.Le problème est de démêler tous ces métaux pour que ce soit économique, donc plus rentable.La solution viendra des laboratoires.En attendant, le gisement dort.Demain, il y aura là une ville et un port.De même, à Joutel, près de Matagami où la Selco Mining, filiale torontoise de la Selection Trust, de Londres, a fait une découverte très importante, dit-on, de cuivre, nickel, or et argent.Pour le cuivre, la fluctuation des prix internationaux suit des cycles assez honteux.Il n\u2019y a pas d\u2019OPEP du cuivre car cela contribuerait à stabiliser les prix et la pro- QUÉBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?575 duction.Ainsi le cuivre atteignit $1.72 la livre en 1974 et tombait à .70 en 1978.Le Zaïre et le Chili doivent absolument vendre leur production afin d\u2019obtenir les devises étrangères sans lesquelles toute leur économie serait étranglée.Nos petites mines de cuivre qui produisirent pour $165,000,000 en 1977, se ferment les unes après les autres.Il faut découvrir d\u2019autres gisements, plus riches, et attendre la remontée des prix pour vendre.L\u2019exemple de la Gaspé Copper Mines Ltd est assez éloquent.La découverte du cuivre en abondance décida les promoteurs à construire un concentrateur et une fonderie.Les opérations débutèrent en 1955 quand le prix du cuivre était à 30 sous la livre.Le gisement de la montagne à l\u2019Aiguille et de la montagne du Cuivre était de 67,000,000 de tonnes avec une teneur en cuivre de 1.28% soit 25 livres de cuivre par tonne.En 1962, l\u2019investissement industriel s\u2019établissait à $40,000,000 mais l'extraction du minerai (2,800,000 tonnes annuellement), sa concentration (7,400 tonnes par jour) et la fonderie (4,400 tonnes par mois) permettaient de calculer un revenu brut annuel de $20,000,000 de dollars.Ce profit était intéressant.En 1962, le personnel comptait 884 personnes dont les salaires représentaient $4,285,000.De plus différents autres métaux mêlés au cuivre donnaient des revenus supplémentaires: de l\u2019or (4,000 onces), de l'argent (480,000 onces), du bismuth (58,000 livres), du molybdène (445,000 livres).L\u2019apport de cuivre d\u2019une mine de Terre-Neuve permit d\u2019établir les revenus totaux, en 1964, à $24,000,000.et les profits nets pour cette année-là, à près de $5,000,000.Depuis 1958, la Gaspé Copper Mines Ltd a fourni une moyenne de 22% du cuivre du Québec.De nouvelles découvertes ont permis de prévoir des réserves de cuivre beaucoup plus considérables.Cette mine est riche.Elle illustre bien, dans le domaine minier, cette inconnue qui s\u2019appelle la chance.Si en 1974, le prix du cuivre atteignit $1.72 la livre, on voit qu\u2019après les .70 de 1978, le cuivre atteindra .75 en 1979.Avec l\u2019inflation, ce prix n\u2019est pas mirobolant et une entreprise peut décider de baisser sa production. 576 L'ACTION NATIONALE Ces exemples peuvent être multipliés.Mais nous n\u2019avons pas abordé le fer et l\u2019amiante (qui feront l\u2019objet de prochains articles) dont nous possédons une richesse incalculable.La transformation industrielle Ce n\u2019est pas tout de posséder la richesse minière à l\u2019état brut ou raffiné.La principale richesse d\u2019un pays provient de ses multiples capacités de les transformer.Les grands profits proviennent de la capacité de transformation industrielle d\u2019une nation.Nous avons le fer, pourrions-nous nous lancer dans une industrie automobile?Évidemment non, car notre marché est beaucoup trop petit à côté du mastodonte américain et le marché mondial est déjà occupé par les grandes multinationales américaines et japonaises.Alors serons-nous un simple exporteur de boulettes de fer à 60% ou même à 93%?Sidbec dit non: elle peut, avec des sous-traiteurs, le transformer en mille objets et les exporter.Un exemple, extrême, qui illustre magnifiquement l\u2019importance de la transformation industrielle nous a été révélé par le ministre Yves Bérubé: \u201cSi l\u2019on considère que la production de fibre d\u2019amiante québécoise équivaut à 50% de celle du monde libre, on est à même de se rendre compte que cela équivaut à beaucoup de transformations et à beaucoup d\u2019emplois.Jusqu\u2019à maintenant ce n\u2019est pas le Québec qui profite de ces emplois.À ce sujet, l\u2019examen de la valeur ajoutée de la fibre d\u2019amiante est révélateur: pour une tonne d\u2019amiante de $140.on retrouve une valeur de $9,800.pour des garnitures de freins fabriquées, à même cette fibre.Par exemple, en 1974, la valeur de la production québécoise de fibres d\u2019amiante était de $326,000,000.alors que la taille du seul marché des freins se chiffrait à $842,000,000.Et il ne s\u2019agit là que d\u2019une seule des 3000 utilisations possibles de l\u2019amiante.\u201d (Le Devoir, jeudi 22 juin 1978, p.19).On pourrait dire la même chose à propos du fer, de l\u2019aluminium, de l\u2019uranium, du cuivre et de tous les produits minéralisés.Par exemple une tonne de minerai de fer à Fire Lake peut coûter dans le camion qui le charrie, QUÉBEC A-T-IL CE QU\u2019IL FAUT?577 une vingtaine de dollars.Fondu et mis en brames, puis en fils, il rapporte $350.par tonne.Le gouvernement québécois a annoncé un plan quinquennal de $65,000,000 en vue d\u2019explorer et de mettre en valeur le Grand Nord québécois.La Société de développement de la Baie James laisse une trentaine de grandes entreprises ontariennes, américaines et étrangères explorer son territoire.Il y a donc des millions qui se dépensent en recherches systématiques.Les accords avec ces entreprises sont moins clairs.Quelle sera la part de participation du Québec dans l\u2019exploitation des gisements découverts?Peu de personnes le savent! Cette participation est-elle décisive?Si des découvertes importantes sont faites, laisserons-nous faire l\u2019exportation du minerai brut ou imposerons-nous des normes pour leur transformation avant de les expédier?Actuellement nos expéditions de bois, de fer et d\u2019amiante ne sont pas un objet de très grande fierté! Que pouvons-nous répondre à la question posée: \u2018\u2018Le Québec a-t-il ce qu\u2019il faut pour marcher seul dans une véritable Confédération d\u2019États souverains ou en dehors de toute Confédération?\u201d M.Yvon Dionne, du bureau de Planification au ministère des Richesses naturelles, écrit ceci qui est révélateur: \u201cTout comme pour l\u2019amiante, le taux de transformation du fer extrait au Québec est infime, moins de 4% en 1977 sur des livraisons totales de 19,000,000 de tonnes courtes.Les livraisons de l\u2019Ontario, par ailleurs, étaient de 10,000,000 de tonnes dont 69% étaient destinées aux aciéries ontariennes.Si l\u2019on ajoute à cela les importations en provenance des États-Unis et de la mine de Wabush au Labrador, l\u2019Ontario transformait 120% de sa production locale.Comme il se crée environ cinq fois plus de valeur dans la sidérurgie que dans l\u2019extraction et la transformation primaire du minerai consommé par cette sidérurgie, on peut ainsi se faire une idée du manque à gagner pour le Québec\u201d (Ressources-Québec, août 1978, p.13).Un esprit de bâtisseur Ce tour de tableau a bien mis en relief nos capacités d\u2019exploitation, d\u2019exportation et de transformation.Notre 578 L\u2019ACTION NATIONALE situation n\u2019est certainement pas parfaite.Mais quel pays est dans une situation préférable à la nôtre?Une dizaine, c\u2019est-à-dire ceux qui ont pu s\u2019industrialiser depuis un ou deux siècles.Nous sommes un pays neuf.Nous savons où nous allons.Nous avons ce qu\u2019il faut.Aussi à notre question: \u201cLe Québec a-t-il ce qu\u2019il faut pour marcher seul dans une véritable Confédération d'États souverains ou en dehors de toute Confédération?\u201d la réponse paraît claire: \u201cNous marcherons mieux que maintenant.Nous n\u2019aurons plus d\u2019État fédéral pour nous dire quoi exporter ou ne pas exporter (comme lorsqu\u2019il refusa l\u2019exportation de notre uranium à M.Bourassa!).Nous ne serons plus dépendants de ses services fédéraux à l\u2019étranger portés à favoriser l\u2019Ontario ou les grandes entreprises anglo-québécoises.Nous serons maîtres.Maîtres de ces grandes richesses naturelles que nous sommes prêts à développer avec l\u2019aide étrangère dans un esprit de négociations généreuses (vu tous les risques encourus) mais fermes en ce qui regarde la transformation industrielle, la recherche industrielle et la répartition des profits.Affaire d\u2019intelligence et de volonté.Ou encore, affaire de chercher le bien commun de notre nation.En avant et bonne chance au Québec! Ou sinon, connaissez-vous le revers de la médaille?Un exemple devrait nous brûler! Depuis juillet 1954, l\u2019Iron Ore Company a sorti de ses mines 357,000,000 de tonnes fortes d\u2019un minerai à haute teneur en fer.Elle l\u2019exporte surtout aux États-Unis.Nous restons avec des salaires, un immense trou et la nécessité de racheter ce même fer sous forme d\u2019automobiles, de camions ou de machineries pour des prix qui font la fortune des magnats américains.C\u2019est cela même l\u2019essence d\u2019une colonie! Nous étions, autrefois, dit-on, des charrieurs d\u2019eau.Nous sommes devenus des pelleteurs de fer.Seul l\u2019État québécois peut briser cet avenir en obligeant les \u201cétrangers\u201d qui pigent dans nos richesses à un esprit de collaboration plus soutenue par la transformation industrielle au Québec de nos produits.Nous verrons comment Sidbec peut rendre le Québec autosuffisant en fer à 70% et exporter au monde entier pour donner au Québec sa part des échanges internationaux. L'affaire du Château Maisonneuve par François-Albert Angers 580 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019hôtel Queen Elizabeth (version française mais non officielle: hôtel Reine-Elisabeth) a fêté, l\u2019an dernier, le vingtième anniversaire de son inauguration.Je n\u2019ai appris qu\u2019après coup cet événement mais il n\u2019aurait pas été sans intérêt que nous profitions de la circonstance pour célébrer, nous aussi, cet anniversaire à notre façon.Car il y a vingt ans, ce fut l'occasion d\u2019une affaire qui restera célèbre dans notre histoire, quand l\u2019histoire contemporaine s\u2019écrira dans la plus complète objectivité, par des historiens en pleine possession de tous les documents du temps, et assez éloignés des événements pour pouvoir envisager ces questions sans préjugés.Le choix du nom de cet hôtel donna en effet naissance à I\u2019\u201caffaire du Château Maisonneuve\u201d.Ce que des historiens objectifs devront dire, c\u2019est que cette \u201caffaire\u201d a sonné le réveil du nationalisme canadien-français, passablement endormi depuis l\u2019après-guerre par la montée chez les jeunes (incarnées dans la revue Cité Libre) des idées internationalistes, foncièrement antinationalistes, laïcisantes et socialisantes, qui avaient creusé un profond fossé entre les conceptions traditionnelles et les conceptions nouvelles sur l\u2019avenir politique et culturel des Canadiens-Français.On a tendance à dater de la grève des réalisateurs de Radio-Canada, en 1958 je crois, ce réveil.Mais en fait cette date correspond plutôt à la fin de Cité Libre, au passage de la gauche au nationalisme et à l\u2019indépendantisme, fait sans doute très important puisque réapparaissait par là \u201cFeu l\u2019unanimité!\u2019\u2019que Gérard Pelletier s\u2019était tant plu à célébrer.Toutefois, c\u2019est dans le cadre d\u2019un nationalisme revivifié dans la population que s\u2019est effectué ce virage de la gauche.Et le réveil avait commencé avec \u201cl\u2019affaire du Château Maisonneuve\u201d (bataille techniquement perdue), suivie de l\u2019affaire de la question des origines ethniques au recensement de 1961.Cette bataille-là fut gagnée, cette fois contre Diefenbaker, qui céda et fit réimprimer des millions de nouvelles formules du recensement pour réintroduire la L'AFFAIRE DU CHÂTEAU MAISONNEUVE 581 question qu\u2019il avait lui-même fait supprimer (\u201cWe are ail Canadians.No more hyphenated Canadians\u201d, disait-il.).C\u2019est à l\u2019automne 1954 que Donald Gordon, président du CN (Canadien National), annonçait qu\u2019à la suite de consultations et d\u2019un concours dont personne n\u2019avait entendu parler, le nouvel hôtel en construction porterait, avec la permission de \u201cnotre gracieuse souveraine\u201d, le nom de \u201cQueen Elizabeth Hotel\u201d, en version anglaise seulement, au surplus.Tout de suite, dans l\u2019état d\u2019ataxie nationale où nous nous trouvions prostrés à l\u2019époque, c\u2019est l\u2019instinct profond qui réagit dans toutes les couches de la société.C\u2019est notre fonds héréditaire \u201cmaudits anglais\u201d qui prit le dessus sur toutes les savantes thèses qui étaient en train de nous endormir, thèses alimentées par l\u2019hostilité de tout notre monde intellectuel et syndical d\u2019alors envers Duplessis.On ne comprenait plus rien aux thèses de \u201cl\u2019autonomie provinciale\u201d, surtout incarnée par un tel homme.Mais ce nom de la reine, en anglais, à un nouvel hôtel, en plein cœur du Montréal français, révolta tout le monde, sauf les milieux citélibristes.En janvier 1955, La Ligue d\u2019Action nationale, organisme ayant alors plus de prestige politique qu\u2019au-jourd\u2019hui mais sans guère de moyens d\u2019agir, décida de prendre la tête d\u2019un mouvement de protestations.Le grand organisateur de la campagne fut Pierre Laporte, qui était alors directeur de la revue.Le mouvement est lancé par une lettre de tous les députés francophones de la Chambre des Communes.Chose étonnante, qui prouve bien le choc produit, une dizaine de députés libéraux, donc du parti au pouvoir, répondirent et nous promirent leur appui en Chambre et au Comité des Chemins de fer.Chose étonnante, disions-nous, quand on connaît le cas que nos députés du temps, surtout au pouvoir à Ottawa, faisaient habituellement de protestations nationalistes de ce genre, émanant au surplus de l'Action nationale.Parmi ces réponses, il y en avait de pas mal catégoriques venant de Jean-François Pouliot (Témiscouata), 582 L'ACTION NATIONALE Marcel Monette (Mercier), Philippe Valois (Argenteuil-Deux-Montagnes), Lionel Bertrand (Terrebonne) et surtout Jean-Paul Deschatelets (Maisonneuve-Rosemont) qui devait devenir notre porte-parole en quelque sorte officiel sur le parquet de la Chambre et qui fit des pieds et des mains pour gagner la bataille auprès du Cabinet.L\u2019une de ces réponses était \u201cofficiellement\u201d neutre: celle de l\u2019orateur Beaudoin, que ses fonctions, disait-il, empêchait de prendre position en des matières concernant les Communes.Mais à côté de cette lettre officielle, s\u2019amorça entre lui et nous (car j\u2019en étais en tant que président de la Ligue) une correspondance confidentielle active.Selon toutes nos apparences, il fut en quelque sorte le leader de la campagne, ou en tout cas le relais-clef entre Jean-Paul Deschatelets, tout particulièrement, et le Cabinet alors dirigé par le premier ministre Louis Saint-Laurent, avec Georges Marier comme ministre directement impliqué en tant que ministre des Transports.La lettre adressée aux députés par le Président de la Ligue paraissait dans le numéro de mars-avril 1956 de l'Action nationale.Nous eûmes alors la surprise d\u2019assister à un déclenchement spontané d\u2019adhésions au mouvement, venant de toutes parts.La campagne dura, très active, pendant près de deux ans, jusqu\u2019à l\u2019automne 1956.Elle fut constamment fertile en manifestations et en rebondissements de toutes sortes.Dès le début, une quarantaine d\u2019associations diverses voulurent nous donner leur appui.Progressivement ce nombre monta jusqu\u2019à 100, englobant outre les associations nationalistes ordinaires comme les Sociétés Saint-Jean-Baptiste de tout le Québec mais aussi bien l\u2019UCC, l\u2019Association des hôteliers, les Chambres de Commerce, des syndicats ouvriers, des associations professionnelles, des institutions coopératives, etc, etc.En mars, nous décidions de lancer une pétition réclamant le nom de \u201cChâteau Maisonneuve\u201d.Pas besoin d\u2019organisation, de promotion bien poussée.Notre maigre secrétariat est tout de suite débordé.Les demandes de feuilles de pétition affluent de partout.Comme en un rien de L\u2019AFFAIRE DU CHÂTEAU MAISONNEUVE 583 temps, puisque la pétition sera effectivement déposée aux Communes par Jean-Paul Deschatelets, le 5 juillet, en 16 volumes, 250,000 signatures bien authentifiées seront recueillies.Aux signatures individuelles vont être associées des résolutions dûment votées par les Conseils des cent associations et de mille municipalités et Commissions scolaires.Tout cela n\u2019impressionne en rien la morgue bien connue de M.Gordon.Aux lendemains du dépôt de la pétition et des résolutions, il déclare que cela n\u2019est rien.Il a la conviction que la majorité des Canadiens, y compris la majorité des Canadiens-Français, veulent que cet hôtel prestigieux \u2014 alors destiné à être le plus prestigieux par rapport à ce qui existe déjà \u2014 porte le nom de leur \u201cbien-aimée souveraine\u201d.Tout ce qu\u2019il concède, c\u2019est qu\u2019il y aura une version française affichée \u201cHôtel Reine-Elisabeth\" mais qui ne sera pas officielle.C\u2019est alors l\u2019indignation partout.Les manifestations devant l\u2019hôtel en construction et sur ce qui sera plus tard la Place, se multiplient.Elle deviendra la Place Ville-Marie: nous y reviendrons.On y brûle Gordon en effigie.À Ottawa, les députés protestent contre tant d\u2019arrogance.Commence alors un intense lobbying, discussions de caucus, etc.Mais les protestations fusent de partout, aussi bien du Canada anglais que du côté français.La revue Macleans dénonce la stupidité de l\u2019attitude de M.Gordon.D\u2019autres journaux anglais en font autant.Il s\u2019est écrit sur le sujet, 1400 articles dans vingt quotidiens, cent hebdomadaires et cinquante revues, tous, sauf un seul, en faveur de la campagne et contre la folie des grandeurs \u201croyales\u201d de Donald Gordon.En fait, si nous avions gagné, c'eût été le premier moment d\u2019une véritable unité nationale canadienne sur un certain point depuis la Confédération.L\u2019importance de la campagne et sa durée en font d\u2019ailleurs bientôt un élément de portée internationale, en ce sens qu\u2019on en parle aussi bien dans des journaux américains et français.Mais nous avons perdu.Avec la défaite tout cela est en quelque sorte passé à l\u2019égout. 584 L'ACTION NATIONALE Pendant tout l\u2019automne, nous attendons notre victoire, d\u2019un jour à l\u2019autre, sous la forme d\u2019une déclaration du premier ministre.Pour une fois, nous ne le faisons pas en vaines illusions car nous sommes bien branchés sur le pipe-line qui remonte jusqu\u2019au premier ministre lui-même.Par le truchement de l\u2019Orateur et de notre député-porte-parole, nous apprenons de jour en jour ou en semaine, que c\u2019est gagné, que la décision est imminente, qu\u2019elle est favorable.Mais alors, sur ce plan politique va survenir, avons-nous su, une rencontre finale Saint-Laurent-Marler-Gordon.M.Gordon n\u2019accepte pas de se laisser convaincre pour aucune considération.Naturellement le CN est une corporation autonome où c\u2019est M.Gordon qui décide, non pas le ministre des Transports ou le premier ministre.M.Gordon était une tête de mule.C\u2019était bien connu.Finalement si on veut lui passer par-dessus la tête ou le forcer de quelque façon, sa démission comme président des Chemins de fer nationaux du Canada est sur la table.Le gouvernement n\u2019osera pas passer outre.Mais la campagne continue aussi intense.Jean Drapeau, alors maire de Montréal pour son premier mandat \u2014 la continuité de ses multiples mandats n\u2019a été interrompue que par une seule défaite aux mains de Sarto Fournier \u2014 avait été le premier signataire de la pétition, et la plupart sinon la totalité des échevins et des membres de l\u2019exécutif avaient signé.Mais en février 1956, c\u2019est par une résolution unanime que le Conseil municipal de Montréal tout entier donne son appui à la campagne et demande au Comité exécutif d\u2019envoyer une délégation auprès de M.Gordon pour tâcher de lui faire entendre raison.Rien n\u2019y fit.À l\u2019automne 1956, la Ligue lance un boycottage contre le National Canadien, consistant à confier systématiquement au Pacifique tout ce qui peut passer par son canal relativement aux transports requis par chemins de fer. L'AFFAIRE DU CHÂTEAU MAISONNEUVE 585 Cette action rallie moins l\u2019unanimité que les initiatives précédentes, mais produit des résultats.Plusieurs hommes d\u2019affaires entreprennent systématiquement d\u2019enlever au National ce qu\u2019ils peuvent confier au Pacifique.En somme, la lutte continue de chauffer tout l\u2019automne, si bien qu\u2019à un moment donné je reçois une lettre personnelle du sénateur Paul-Henri Bouffard, avec qui j\u2019avais de vagues liens de parenté par alliance, me suppliant d\u2019arrêter cette campagne, qui va faire un tort énorme, sans doute, au parti, mais aussi.à toutes sortes de choses, tellement les pressions sont fortes à l\u2019intérieur du parti et de l\u2019extérieur.Je répondrai à ce vague \u201ccousin\u201d (sa lettre commençait par \u201cmon cher cousin\u201d) qu\u2019il serait bien hors de mon pouvoir d\u2019arrêter une campagne, dont j\u2019avais pu être un peu l\u2019initiateur, mais qui était maintenant tout à fait hors de mon contrôle.Le mieux était pour le parti libéral de se rendre au désir des Canadiens-Français.Un élément nouveau va intervenir qui assurera notre défaite finale.Il y avait, face à l\u2019hôtel, la Place que l\u2019on connaît bien et dont le projet était en marche.Il était question d\u2019un certain nom pour cette Place, anglais je pense, mais au sujet duquel je n\u2019ai pas assez poursuivi mes recherches en vue de cet article pour le retrouver.On nous propose alors le troc: donnez votre acceptation au nom \u201cQueen Elizabeth Hotel \u2014 Hôtel Reine-Elisabeth\u201d et nous donnerons à la Place le nom de Place Ville-Marie.Les têtes de la campagne, c\u2019est-à-dire La Ligue d'Ac-tion nationale et d\u2019autres dirent non: l\u2019hôtel doit avoir un nom significatif pour Montréal, ville française et la Place aussi.Mais la plupart de nos associés se tinrent pour satisfaits de cet arrangement.Il ne pouvait plus être question d\u2019avoir quelque chance de gagner la bataille, que plus de persévérance et d\u2019activité nous eussent, à mon sens, sûrement fait gagner. 586 L'ACTION NATIONALE Plus tard, c\u2019est cette campagne qui incita le Pacifique à faire un pied de nez au National en appelant son nouvel hôtel: Château Champlain.Le grand argument-refuge de M.Gordon pour ne rien changer, c\u2019était t\u2019insulte qu\u2019il ne ferait jamais à la Reine, de lui demander de retirer son autorisation à utiliser son nom après l\u2019avoir obtenue.Or, à peine quelques mois plus tard, le gouvernement canadien demandait à la Reine de reprendre une décoration qu\u2019elle avait accordée à un citoyen canadien-anglais.Ce geste n\u2019était pas considéré conforme aux nouvelles habitudes d\u2019autonomie ou d\u2019indépendance canadienne en matière de décorations émanant de l\u2019extérieur du Canada.C\u2019est Jean Drapeau qui tira la conclusion éminemment prophétique de l\u2019importance et des conséquences de cette bataille.À l\u2019appui de la résolution du Conseil municipal de Montréal, il prononçait à Ottawa, en avril 1956, une grande conférence sur le problème canadien, dont une bonne partie était consacrée à l\u2019affaire du Reine-Elisabeth.Sa conférence terminait ainsi: \u201cLa décision que prendront finalement les autorités compétentes (sur la question du nom de l\u2019hôtel) sera la pierre de touche de l\u2019unité canadienne, l\u2019illustration de ses chances ou la démonstration de son irrémédiable faiblesse\u2019\u2019.On pourra, en effet, dater de là le moment à partir duquel, de plus en plus de Canadiens-Français auront mesuré jusqu\u2019à quelle profondeur de détail allait le mépris des Anglo-Canadiens à leur égard, et décidé que le Canada ne pourrait plus leur être une patrie.? Le Québec, une société dominée?Réactions québécoises au livre d'André Siegfried - III* (1906-1907) par Use et Pierre Trépanier * Pour la deuxième partie, voir l\u2019Action nationale, février 1979. 588 L\u2019ACTION NATIONALE 5.La polémique Rinfret-Gonthier Le livre de Siegfried proposait une analyse de la situation coloniale avec laquelle étaient aux prises les Franco-Québécois.Mais jusque-là le débat avait presque uniquement porté sur le rôle national et social de l\u2019Église, qui, selon l\u2019observateur français, était le facteur premier de cohésion du groupe en même temps que le principal obstacle à son progrès.La polémique Rinfret-Gonthier n\u2019allait nullement faire progresser la discussion.Elle compromettrait même les chances d\u2019un examen serein de la question du colonialisme.Finalement, les combattants auront déposé les armes avant que cet examen n\u2019ait été vraiment entrepris.Gonthier revient donc à la charge contre un livre qui \u201cfait bien l\u2019affaire de notre école de laïcisateurs plus ou moins conscients et de maçons plus ou moins enragés\u201d, parmi lesquels il range Rinfret ainsi que \u201cd\u2019autres, et non des moins huppés, [qui] le lisent avec enthousiasme et le commentent avec ferveur en petit comité1\u201d.Et voici, de la même encre, son opinion de l'Avenir du Nord, qui, comme on sait, publie la prose de Rinfret: Cette feuille, où écrivent habituellement sous des noms d\u2019emprunt des maçons de marque et quelques libres-penseurs qui font leurs dents, semble vouloir continuer le défunt Écho des Deux-Montagnes ou peut-être les Débats de Montréal.Rinfret réplique vigoureusement à Gonthier et à son alliée, la Croix2, en stigmatisant ces insinuations \u201caussi dégoûtantes que lâches et vides3\u201d.D\u2019ailleurs le rédacteur en chef de l\u2019Avenir du Nord appuie inconditionnellement son collaborateur: À l\u2019Avenir du Word il n\u2019y a pas de libres penseurs, mais des penseurs libres qui ont des principes religieux inébranlables qu\u2019ils ne se croient pas obligés de faire \u201csonner comme des éperons\u201d à chaque pas qu\u2019ils font4.Après avoir stigmatisé ses adversaires, Gonthier s\u2019emploie à réfuter Siegfried: ce dernier exagère l\u2019opposition du clergé à la France moderne; il dénature l\u2019autorité morale de l\u2019Église sur ses fidèles, autorité qui n\u2019a pas le caractère tyrannique qu\u2019il veut lui prêter et qui ne met aucunement en péril la liberté des Canadiens français; il RÉACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED \u2014 3 589 se méprend sur l\u2019intervention de l\u2019Église dans la politique, preuve qu\u2019il n\u2019a puisé ses renseignements qu\u2019auprès d\u2019anticléricaux.Quant au rôle du clergé dans la formation de la \u201crace\u201d, Gonthier donne raison à Siegfried contre Rinfret et son interprétation leplaysienne.Il se plaît aussi à souligner la justesse du portrait qu\u2019a brossé Siegfried des journalistes québécois: plusieurs sont libéraux, même anticléricaux, mais dissimulent leurs principes.Il s\u2019en doutait bien! En réponse, Rinfret consacre un long article à démontrer qu\u2019il n\u2019y a pas de divergence entre la foi catholique et la science sociale et que l\u2019influence de l\u2019Église s\u2019exerce dans la formation psychologique d\u2019un peuple, mais parallèlement à d\u2019autres facteurs5.Gonthier ne baisse pas pavillon.Il adresse de nouvelles remontrances à Rinfret sur la question de la rivalité entre clergé séculier et régulier, des discordes entre les ordres religieux et les évêques: \u201cl\u2019aigle de Saint-Jérôme s\u2019est empêtré les serres dans une proie trop pesante pour ses ailes6\u201d.Puis il revient à l\u2019éternelle question de l\u2019enseignement.Il reproche à Siegfried de s\u2019être laissé renseigner par les réformistes de l\u2019enseignement.Voilà pourquoi le visiteur français pense que l\u2019enseignement primaire au Québec est inférieur parce qu\u2019il est catholique et qu\u2019il n\u2019est pas dirigé par un ministre de l\u2019Instruction publique.Et Gonthier de proposer sa propre version, inédite, de l\u2019échec du gouvernement Marchand dans sa tentative de rétablir un ministère de l\u2019Instruction publique.Pour sa part, Rinfret se refuse à poursuivre la discussion tant que Gonthier n\u2019aura pas prouvé ou retiré ses imputations de maçonnerie et d\u2019anticléricalisme7.Heureusement pour Rinfret, le Canada-Français et le Franco-Canadien vient verser du baume sur ses plaies: [.] son appréciation du fameux livre de Siegfried sur le Canada nous a révélé que nous avions ici un véritable maître de la critique, portant des jugements impartiaux sur les oeuvres et les choses8.L\u2019abbé Auclair du Propagateur intervient de nouveau pour s\u2019étonner qu\u2019un catholique puisse mettre en doute 590 L'ACTION NATIONALE ^influence de la religion et de l\u2019éducation dans la formation des \"races\u201d comme des individus.Rinfret \"rêve d une religion large et libérale.[.] Ceci expliquerait peut-être certaines de ses idées étranges9\u201d.La Vérité reproduit et entérine10.Rinfret se sent obligé à une nouvelle mise au point.On l\u2019a mal compris.Comment peut-on encore lui reprocher \"de proclamer que la formation religieuse n\u2019est pas désirable pour une société [?] [.] Il y a là un mépris si absolu de tout ce que j\u2019ai fait pour établir mes opinions de sociologue catholique que j\u2019en suis tout ébahi11\u201d.Il a pourtant expliqué aussi clairement qu\u2019il a pu que ce qu\u2019il entendait par formation sociale était d\u2019un tout autre ordre que la formation religieuse; qu\u2019elle s\u2019occupait de l\u2019organisation du travail, sous l\u2019influence du lieu, et de la création du type de famille, sans cesser d\u2019être catholique; que cette théorie sociale était orthodoxe, et ne niait nullement l\u2019action divine de l\u2019Église sur les moeurs; qu\u2019elle lui concédait même une action sociale quelconque, quoique non primordiale, puisque le catholicisme se retrouve chez des peuples d\u2019organisation sociale différente.Quant au P.Gonthier, il publie sa dernière contribution au débat.Ses réflexions portent sur l\u2019enseignement secondaire.Siegfried aurait dû tenir compte de l\u2019enseignement commercial dont les Canadiens français se sont dotés.Néanmoins cet enseignement ne suffit pas à vaincre la supériorité anglophone dans le commerce et l\u2019industrie car cette supériorité tient \"à une aptitude spéciale de la race\u201d et à \"une mise plus considérable de capitaux12\u201d.Enfin, Gonthier admet que le livre de Siegfried tire sa valeur des trois dernières parties et des quatre chapitres sur les sentiments nationaux.Par une intervention personnelle \u2014 une lettre qu\u2019il adresse à Rinfret pour lui donner raison \u2014 Siegfried semble clore le débat: Vous avez parfaitement compris dans quel esprit j\u2019avais écrit ce livre.[.] Votre résumé est des plus consciencieux, des plus clairs et des plus fidèles.Les reproches de la Vérité, dans ces conditions, ne sont évidemment pas justifiés13.Mais la Vérité veut avoir le dernier mot.Elle assimile Rinfret à \u201cceux qui ont entrepris une campagne de dénigre- RÉACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED \u2014 3 591 ment contre tout ce Qui a fait dans le passé notre force et notre progrès [.], ceux qui importent et répandent parmi nous les idées et les pratiques de la maçonnerie française'4\u201d.À toutes fins utiles, le débat est terminé, du moins publiquement.De temps à autre, un article ou une conférence y feront écho15.6.Opinions d\u2019hommes politiques et d\u2019un haut fonctionnaire Quelques hommes politiques se sont prononcés en public sur le Canada, les deux races.Ainsi, dans un discours prononcé à la Chambre des communes le 9 avril 1907, le ministre des postes, Rodolphe Lemieux, jugeait que c\u2019était là le meilleur ouvrage publié sur le Canada depuis vingt-cinq ans.Voici un Français qui a visité notre pays, qui connaît notre population et qui a écrit des chapitres d\u2019un vif intérêt et qui ont créé une profonde sensation parce qu\u2019on n\u2019aurait jamais supposé qu\u2019un Français pouvait saisir aussi bien les questions canadiennes16.Dans une lettre, le premier ministre, Wilfrid Laurier, abondait dans le même sens: \u201cSon livre, je pense, est un exposé assez fidèle de la situation au Canada17\u201d.Siméon Le Sage, sous-ministre des Travaux publics et du Travail du Québec, conservateur en politique, a lui aussi livré ses impressions privément, avec l\u2019émotivité du colonisé dont la fierté a été blessée.Il ne peut accepter que ce soit un Français qui vienne nous lancer à la figure que \u201cparce que nous nous sommes obstinés à vouloir rester nous-mêmes [.] nous sommes restés et resterons des vaincus18\u201d.D\u2019après lui nous avons eu tort de tolérer le joug du clergé, et tout de même il ne peut s\u2019empêcher de reconnaître que c\u2019est à lui que nous sommes redevables de la conservation de notre nationalité.Nous aurions dû dès le lendemain de la cession faire cause commune avec nos nouveaux maîtres, adopter leur langue, leur religion et leur mode d\u2019éducation.Il conclut, avec une pointe d\u2019exaspération: \u201cles Huguenots m\u2019ont toujours fait l\u2019effet d\u2019être de mauvais Français et celui-ci ne vaut pas mieux que les autres\u201d. 592 L'ACTION NATIONALE 7.L\u2019attitude du Canada anglais Réédité en 1907, l\u2019ouvrage de Siegfried est traduit cette année-là en anglais19.Les intellectuels Canadiens-anglais semblent lui réserver un accueil très favorable.La Review of Historical Publications en vante \u201cla valeur scientifique, la sérénité et la pénétration20\u201d.W.L.Grant, conférencier d\u2019histoire coloniale à l\u2019université d\u2019Oxford, avait déjà publié un compte rendu très louangeur de l'édition française: Peut-être est-ce la première fois qu\u2019on traite du Canada scientifiquement.Il y a quelque chose de presque inhumain dans le détachement de M.Siegfried [.].Bien que Français, protestant et anticlérical, il n\u2019a presque rien laissé transparaître, dans son livre, de sa nationalité, de sa religion ou de ses convictions politiques.Bien que sans parti pris, il n\u2019est pas terne; il s\u2019est gardé de toute simplification excessive et il n\u2019a pas essayé de réduire la vie nationale du Canada à quelques catégories21.Le doyen de la faculté de droit de l\u2019Université McGill, F.P.Walton, voit dans ce livre \u201cun bel exemple de l\u2019admirable lucidité de l\u2019esprit français22\u201d.Or bien des passages du Canada, les deux races, par exemple l\u2019analyse des partis politiques canadiens, étaient de nature à mécontenter les Canadiens anglais.F.H.Underhill le reconnaît, qui écrit: \u201cJ\u2019en déduis qu\u2019il a froissé la plupart des Canadiens non-universitaires qui l\u2019ont lu en 190723\u201d Conclusion Les réactions québécoises au livre de Siegfried nous paraissent très révélatrices, par ce qu\u2019elles taisent comme par ce qu\u2019elles expriment.En histoire des idéologies, les silences peuvent être aussi éloquents que les formulations.Ils illustrent, en creux, les postulats tacitement reçus dans une culture, la structuration de l\u2019espace social et, au sein d\u2019une collectivité donnée, les rapports de force auxquels renvoient inévitablement les idéologies.Les groupes dans la société sont en effet engagés dans une lutte d\u2019influence: leur discours et leur action tendent à réaliser un consensus autour de leur vision du passé, du présent et de l\u2019avenir.Cette vision particulière à chaque groupe s\u2019enracine dans des intérêts matériels: ceux-ci entretiennent avec celle-là d\u2019intimes RÉACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED \u2014 3 593 relations de causalité.Mais elle aspire aussi à I actualisation d'un certain idéal, d\u2019un certain archétype.Ce serait appauvrir l\u2019histoire, nous semble-t-il, que de réduire les idéologies à des occultations plus ou moins machiavéliques d'intérêts égoïstes.Elles le sont assez souvent qui oserait le nier, \u2014 mais assez souvent aussi elles sont des approximations d\u2019un rêve généreux: l\u2019état social le mieux accordé à la nature de l\u2019homme et à son environnement, ainsi qu\u2019à la satisfaction de ses besoins les plus élémentaires comme les plus nobles.Une idéologie, assez souvent, c\u2019est donc une tension entre des intérêts et un idéal.On ne saurait s\u2019étonner de la présence d\u2019idéal ou même d\u2019utopie dans les idéologies, du moins telles que les pensent les élites intellectuelles, en quelque sorte commises à leur production par les groupes sociaux en lutte.Nous pouvons invoquer, à l\u2019appui de cette assertion, deux des grands courants de pensée des XIXe et XXe siècles.Le libéralisme et le socialisme, bien qu\u2019historiquement liés à une classe sociale en particulier, sont devenus le patrimoine de l\u2019humanité tout entière.La bourgeoisie a donné à la société globale les libertés et la démocratie.De même la société globale s\u2019est assimilé certains éléments du socialisme, idéologie des classes laborieuses: reconnaissance des syndicats, Etat-providence, sécurité sociale, etc.Le défi de l\u2019Occident de nos jours est peut-être de chercher l\u2019harmonisation d\u2019une certaine tendance à l\u2019égalitarisme et au partage avec la préservation et l\u2019affermissement des libertés.A cette fin, la multiplicité des centres de décision paraît indispensable.En regard de cet objectif, le coopératisme se révèle une formule prometteuse alors que le collectivisme, du moins tel qu\u2019il a fonctionné jusqu'à ce jour, semble dangereux.(Nous pensons que le drame du communisme est d\u2019avoir d\u2019abord pris le pouvoir aux marches de l\u2019Occident, dans des territoires sans traditions libérales.) Comme on démontre le mouvement en marchant, nous venons d\u2019exposer l\u2019une des contradictions de la condition d\u2019historien des idéologies: analyser et expliquer scientifiquement les idéologies alors qu\u2019on est soi-même, consciemment ou non, imprégné de l\u2019une d\u2019entre 594 L\u2019ACTION NATIONALE elles.Aussi l\u2019historien trouvera-t-il prudent de se rappeler constamment qu\u2019une idéologie peut être une tension entre des intérêts et un idéal et que bien des protagonistes, dans la lutte idéologique, méritent qu\u2019on ne conteste pas leur sincérité24.Dans son entreprise, l\u2019historien doit être à l\u2019affût des occasions propices, celles où les idéologies se laissent plus facilement saisir qu\u2019en temps ordinaire.Une controverse en est une.Bien que ponctuelle, elle permet l\u2019affleurement de tendances durables (structures).Tel nous apparaît l\u2019accueil réservé au Canada, les deux races.Il nous faut donc, dans la présente conclusion, expliquer les réactions et les silences.Ce qui frappe le plus, dans l\u2019analyse du dossier que nous avons constitué, c\u2019est le quasi-monopole que détient la question religieuse.Pourtant, la domination coloniale qui pèse sur le Canada français est fort lucidement décrite par Siegfried, avec les nuances qu\u2019impose l\u2019originalité du cas québécois.On ne peut assimiler purement et simplement la situation des Québécois à celle des peuples du Tiers-Monde.Or les critiques, avons-nous dit, se sont braqués le plus souvent sur l'aspect religieux même si, comme Thomas Chapais et le P.Gonthier, ils admettaient la qualité des chapitres consacrés à d\u2019autres sujets.Plus tard, des nationalistes feront l\u2019éloge du livre.Ce ne sera certainement pas le traitement réservé à la question religieuse dans cet ouvrage qui portera Lionel Groulx à l\u2019admirer.Comme F.H.Underhill, Groulx comparera Siegfried à Tocqueville25.Dans une conférence prononcée à Sherbrooke, en mars 1927, Il citera un passage du Canada, les deux races, commençant par cette phrase: \u201cLe Canada français porte encore le poids de la conquête.\u201d Il accompagnera cette citation de ce commentaire: \u201couvrage, discuté, mais le plus fort peut-être qu\u2019on ait publié sur notre pays26\u201d.Cet éloge, la plupart des Québécois cultivés pouvaient sans doute y souscrire.Largement diffusé, l\u2019ouvrage se trouvait d\u2019ailleurs dans toutes les bibliothèques importantes27.Au dire de Victor Barbeau, les livres sur le Canada de ce \u201cdoctrinaire sentencieux et grave\u201d qu\u2019était Siegfried \u201cfaisaient autorité d\u2019office, chez nous aussi bien qu\u2019en France28\u201d.En 1936, F.-A.Angers RÉACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED \u2014 3 595 n\u2019hésitera pas à soutenir que Siegfried est \u201cle Français qui a le mieux compris le Canada, notamment le Canada français29\u201d.L\u2019année suivante, André Laurendeau observera, au sujet cette fois d\u2019un autre ouvrage de Siegfried, le Canada, puissance internationale: Si nous faisions l\u2019analyse de ce livre, nous aurions à faire quelques réserves importantes.Mais ces différences sont dépassées par un désir qui emporte tout, celui de comprendre30 [.] Et en 1956, Pierre de Grandpré classera Siegfried parmi les \u201cmeilleurs praticiens de la psychologie des peuples31\u201d.Pourquoi donc un ouvrage de qualité d\u2019un auteur aussi généralement respecté n\u2019a-t-il été commenté que partiellement?Si la polémique a porté sur la question religieuse, c\u2019est en partie parce que l\u2019auteur abordait un aspect très délicat, mettant en cause l\u2019exercice du pouvoir dans la société québécoise, mettant en cause, plus précisément, la puissance de l\u2019Église, son influence, son autorité.Les réactions ainsi déclenchées se comprennent mieux quand on les replace dans le contexte de la vieille lutte entre ultramontanisme et libéralisme.Cette rivalité a profondément marqué l\u2019évolution des idéologies québécoises dans la seconde moitié du XIXe siècle.L\u2019ultramontain avait une conception éminemment sociale de la religion, qui devait imprégner et dirigertoute la vie de la collectivité.L\u2019Église, dépositaire de la Vérité révélée, était supérieure à l\u2019État, auquel elle devait par conséquent prodiguer ses directives.Le libéral, au contraire, distinguait entre le domaine de l\u2019État et du savoir, d\u2019une part, et le domaine de l\u2019Église et de la Révélation, d\u2019autre part.L\u2019individu devait avoir droit à la libre discussion dans la recherche de la vérité, désormais relative plutôt qu\u2019absolue.La religion, affaire privée, ne relevait plus que des consciences et des familles.Cependant le nationalisme s\u2019interposait, pour ainsi dire, entre les deux tendances qui s\u2019affrontaient: l\u2019Église, admettait-on règle générale, avait protégé l\u2019intégrité de la nation et assuré sa survie.Ce facteur, avec d\u2019autres, a contribué à rendre moins tranchées les distinctions entre les deux camps.En effet, les doctrinaires, qu\u2019ils fussent libéraux ou ultramontains, étaient minoritaires dans la société 596 L'ACTION NATIONALE québécoise de sorte que l\u2019idéologie la plus répandue était, nous semble-t-il, une sorte de traditionalisme modéré.Or ce conservatisme admettait la prépondérance de l\u2019Eglise dans nombre de secteurs de la vie collective.Lors de la parution du Canada, les deux races, cette influence atteignait son apogée.C\u2019était l\u2019aboutissement de la cléricalisation progressive de la société québécoise à partir de l\u2019échec révolutionnaire de 1837.L\u2019augmentation des effectifs cléricaux et l\u2019évolution dans le domaine de l\u2019éducation témoignent de ce phénomène.Cette force de l\u2019Eglise, conjointement avec le poids de la civilisation rurale, par définition antipluraliste, dans le Ouébec d\u2019alors, entraînait un conformisme assez contraignant, aux yeux de certains.Des esprits libres, curieux! novateurs pouvaient se sentir brimés, opprimés, comme en fait foi cette remarque de Rinfret: \u201cdans ce pays de fourches caudines et de carcan [.], la liberté, quand il s\u2019agit d\u2019intelligence, n\u2019est qu\u2019un vain mot32\u201d.La controverse sur la question religieuse aurait sans doute été encore plus animée, plus vive, si la crainte n\u2019avait retenu des libéraux et des crypto-anticléricaux de faire valoir publiquement leur point de vue.Pour constituer notre dossier, nous avons dépouillé 25 périodiques33.De ce nombre, 22 faisaient au moins mention du Canada, les deux races.Nous avons observé une constante: l\u2019accueil que lui réservent les périodiques libéraux, au sens idéologique ou partisan du terme, est beaucoup plus favorable que celui des périodiques conservateurs, cléricaux ou ultramontains.Si le débat sur la question religieuse se comprend en termes de structures socio-idéologiques, la conjoncture, comme facteur explicatif, doit aussi être retenue.Le livre, nous l\u2019avons vu, a paru à l\u2019époque du combisme, qu\u2019on interprétait ici comme une persécution anti-catholique.Certains esprits pouvaient craindre la contagion, d\u2019autant que certains événements survenus au Québec depuis peu pouvaient prendre, à la lumière de l\u2019expérience française, un aspect menaçant, une valeur prémonitoire.Il n\u2019y avait pas si longtemps, en 1893-95, le périodique avancé Canada-Revue n\u2019avait-il pas intenté une poursuite en dommages-intérêts contre l\u2019archevêque RÉACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED \u2014 3 597 de Montréal, Mgr Fabre?En 1897-98, les libéraux n\u2019avaient-ils pas tenté de rétablir le ministère de l\u2019Instruction publique?Bref, structures et conjoncture prises en compte, les classes moyennes franco-québécoises \u2014 que ses membres fussent ultramontains, traditionalistes ou libéraux modérés \u2014 ne pouvaient que réprouver le sort que, dans son analyse, Siegfried faisait à l\u2019Église québécoise.Indépendamment de leurs convictions religieuses, elles ne pouvaient tolérer que fût contestée une institution depuis toujours partie intégrante de leurs univers, garantie et légitimation d\u2019un ordre social où apparemment elles dominaient.Voilà pour l\u2019ampleur de la controverse sur la question religieuse.Mais comment expliquer directement et précisément l\u2019absence de débat sur le problème national des Québécois, sur le colonialisme qui pèse sur leur destin.En public, ce fut le silence ou peu s\u2019en faut.En privé, l\u2019exaspération pouvait plus facilement se donner libre cours.On a vu Siméon Le Sage, par exemple, conservateur mais nullement ultramontain, se récrier, dans sa correspondance, contre l\u2019étiquette de vaincue que Siegfried voulait accoler à sa nation.D\u2019autres, même en public, admirent implicitement leur état de dominés: Aegedius Fauteux trouvant humiliantes pour nous certaines constatations de Siegfried, mais incapable, semble-t-il, de les réfuter; Fernand Rinfret, repoussant une solution politique globale, mais préconisant une réforme de l\u2019enseignement; Charles-Joseph Magnan, évoquant rapidement le rêve d\u2019une Nouvelle-France indépendante, \u2014 le rêve de Jules-Paul Tardivel, mort en 1905, un an avant la parution du Canada, les deux races.Mais personne n\u2019a eu le courage ou la lucidité d\u2019affronter le constat global dressé par Siegfried.Le libéral Hector Garneau, interprétant la révolution avortée de 1837, y discernait une éclatante victoire: \u201cC'est à cette époque que notre nationalité en dépit de ses revers, devint maîtresse d\u2019elle-même et prit conscience de ses forces nouvelles et de son avenir triomphant.\u201d Ce discours aberrant, transmuant un désastre national en triomphe, n\u2019est pas innocent: il porte sur le pouvoir dans la société.Pour 598 L'ACTION NATIONALE Garneau, en effet, 1837-38 avait abouti, dix ans plus tard, à la conquête de la responsabilité ministérielle, qui, bien que ne constituant à nos yeux qu\u2019une libération collective toute formelle, n\u2019en était pas moins le fondement du statut de notre classe dirigeante laïque.De ce fait, le Canada anglais avait associé à l\u2019exercice du pouvoir politique les professions libérales franco-québécoises et les avait reconnues comme classe dirigeante à l\u2019intérieur de leur sous-structure ethnique.Ce pacte tacite entre les groupes dirigeants de la société dominante, canadienne-anglaise, et les groupes dirigeants de la société dominée, franco-québécoise, était trop fondamental, par rapport à l\u2019ordre de choses existant, pour qu\u2019on pût adopter une autre attitude que le silence, sans risquer la subversion idéologique34.Les Québécois ne pouvaient polémiquer autour de la question du colonialisme parce que, à cette étape de leur évolution collective, ils en étaient incapables, ou plutôt leurs élites en étaient incapables.Aux enivrantes périodes de l\u2019abbé Pâquet sur la glorieuse mission du Canada français, Siegfried opposait une impitoyable analyse de la précarité d\u2019un petit peuple et de l\u2019insignifiance objective de sa classe dirigeante.Ce tableau rien moins que fardé jurait trop sur la toile de fond que nous nous étions imaginée.Non content de ramener notre XIXe siècle à ses proportions réelles, Siegfried mettait à nu l\u2019indigence de notre projet collectif, de notre programme d\u2019avenir politique et économique.Les élites qui en étaient les auteurs ne pouvaient que réagir émotivement et négativement.Seuls ceux qui auraient le courage intellectuel de méditer les dures leçons de Siegfried seraient en mesure, quelques années plus tard, d\u2019y puiser les éléments d\u2019un nouveau projet de société.Groulx fut de ceux-là.Enfin, notre dossier sur les réactions québécoises au Canada, les deux races nous amème à voir, dans la polémique Rinfret-Gonthier, une anticipation de l\u2019opposition qui caractérisera l\u2019évolution du Québec dans les années 50 et pendant la révolution tranquille: le choc des nouveaux savoirs des sciences sociales avec les anciennes certitudes doctrinales de l\u2019Église d\u2019ici. RÉACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED \u2014 3 599 De nos jours, l\u2019Église n\u2019étant plus ce qu\u2019elle était au tournant du siècle et le pluralisme régnant sur la cité, la question religieuse ne monopoliserait plus la discussion.D\u2019ailleurs les Québécois en sont rendus à cette étape où ils peuvent placer en pleine lumière le problème de leur domination comme le démontre le débat sur la souveraineté-association.D\u2019autant qu\u2019ils savent que Siegfried était trop pessimiste et que, dans une certaine mesure, l\u2019homme peut agir sur l\u2019histoire.Le coopératisme, la nationalisation de l\u2019électricité, l\u2019intervention de l\u2019État, directement ou par des sociétés mixtes, ont amorcé leur libération économique.La loi 101 a solidement engagé leur libération culturelle.Ces deux évolutions pointent vers leur libération politique.On tirerait grand profit de la lecture du Canada, les deux races: la comparaison de la situation telle que la décrivait Siegfried avec la situation actuelle montrerait le chemin déjà parcouru en regard de ce qu\u2019il reste à parcourir.Alors qu\u2019on sort de la poussière de vieux ouvrages qui peut-être ne méritent pas tant d\u2019honneur, qui nous offrira une réédition de la prose pénétrante et limpide d'André Siegfried?NOTES 1.\tR.Gervais, \u201cErreurs et préjugés\u201d, La Nouvelle-France, sept.1906, t.5, no 9, p.436-447.2.\t\u201cAutour d\u2019un mauvais livre\u201d, La Croix, 22 sept.1906, p.2; voir aussi Franc et sans dol, \u201cLisez ça\u201d, ibid., 13 oct.1906, p.4.3.\tF.Rinfret, \u201cDoucereuse insinuation de La Croix\u201d, L\u2019Avenir du Nord, 5 oct.1906, p.1.4.\t\u201cNote de la rédaction\u201d, L\u2019Avenir du Nord, 5 oct.1906, p.1.5.\tF.Rinfret, \u201cLa science sociale et la foi catholique, d\u2019après l\u2019abbé Henri de Tourville\u201d, L\u2019Avenir du Nord, 28 sept.1906, p.1-2.Voir aussi cet autre article de Rinfret, \u201cM.Léon Gérin et la Science Sociale\u201d, L'Avenir du Nord, 19 oct.1906, P.1: Rinfret croit faire œuvre nationale en étudiant les phénomènes sociaux.6.\tR.Gervais, \u201cErreurs et préjugés\u201d, La Nouvelle-France, t.5, no 10, oct.1906, p.485-499.7.\tF.Rinfret, \u201cDernier mot\u201d, L\u2019Avenir du Nord, 26 oct.1906, p.1.8.\t\u201cLouis Fréchette par Fernand Rinfret\u201d, Le Canada Français et le Franco-Canadien, 30 nov.1906, p.2.9.\tE.Auclair, \u201cChronique mensuelle\u201d, Le Propagateur, sept.1906, p.327.10.\t\u201cRinfret-Siegfried\u201d, La Vérité, 13 oct.1906, p.8; \u201cM.Rinfret et nous\u201d, ibid., 3 nov.1906, p.4: La Vérité se défend d\u2019avoir attaqué la 600 L\u2019ACTION NATIONALE personne de Rinfret, \u201ccar ce n\u2019est pas à M.Rinfret que nous en voulons mais bien à certaines de ses théories\u201d.Elle n\u2019a pas publié sa lettre \u201cparce qu\u2019elle contient des plaintes imaginaires.Ainsi, M.Rinfret semble avoir la manie de se croire traiter par nous de libre-penseur, de non catholique.Cette manie tend à devenir épidémique au Nationaliste et à L'Avenir du Nord.\" 11.\t\u201cLa \u201cVérité\u201d et M.Rinfret\u201d, L\u2019Avenir du Nord, 9 nov 1906, p.1.12.\tR.Gervais, \u201cErreurs et préjugés\u201d, La Nouvelle-France, t.5, no 11, nov.1906, p.544-555.13.\t\u201cUne lettre de M.Siegfried\u201d, L'Avenir du Nord, 16 nov.1906, p.1.14.\tJ.-A.de la Morandière, \u201cUne théorie du progrès\u201d, La Vérité, 2 fév.1907, p.6-7.Cet article est une réponse à l\u2019article de Rinfret, \u201cUne théorie du progrès\u201d, L'Avenir du Nord, 21 déc.1906; voir aussi L\u2019Avenir du Nord, 8 fév.1907 et J.-A.de la Morandière, \u201cProcédé loyal\", La Vérité, 16 fév.1907, p.8.15.\t\u201cUn intéressant article de M.Arnould\u201d, La Presse, 10 nov.1906, p.16.\tLe Nationaliste se moquera du compte rendu de La Presse (\u201cÉchos et commentaires\", 18 nov.1906, p.2).Voir aussi \u201cConférence au Havre\u201d, Paris-Canada, 1er déc.1906, p.3-4 et \u201cLivres et revues\u201d, Le Bulletin du Parler français au Canada, t.5, no 5, janv.1907, p.181.Le Bulletin a signalé la parution du livre dans sa bibliographie (t.4, no 10, juin-juill.-août 1906, p.374).Commentant un passage des Chroniques de Georges Dangon [il s\u2019agit d\u2019un récit de voyage au Canada] où celui-ci dit: \"Quoique anti-clérical convaincu, je dois avouer que l\u2019influence française n\u2019est si grande que grâce au clergé catholique canadien-français\u201d, Adjutor Rivard \u2014 qui écrit sous le pseudonyme d\u2019Antoine \u2014 y a décelé \u201cune nouvelle confirmation de ce que disait M.Siegfried\u201d (Antoine, \u201cLe Canada en France\u201d, ibid., t.5, no 1, sept.1906, p.23).16.\tLe Canada reproduit intégralement le discours de Lemieux (\u201cL\u2019hon.M.Lemieux [.]\u2019\u2019, 20 avril 1907, p.9).17.\tAPC, fonds W.Laurier, v.467, no 126217: lettre de Laurier à l\u2019honorable Arthur J.Balfour, ancien premier ministre de la Grande-Bretagne, 11 juill.1907.Il s\u2019agit d'une lettre de recommandation pour Siegfried.Traduction des auteurs.18.\tANQ, fonds Siméon Le Sage, B7, CC9, f.341-342: lettre de Le Sage à Léon de Tinseau, 12 déc.1908.Dans une autre lettre à de Tinseau, Le Sage dit, en parlant d\u2019un article de Barrés dans le Gaulois intitulé \u201cLe miracle canadien\u201d, que \u201cles adversaires du traité de commerce ne manqueront pas de trouver qu\u2019il fait mieux leur affaire que le livre Siegfried\u201d (ANQ, fonds S.Le Sage B7, CC9, f.350, lettre du 28 déc.1908).19.\tA.Siegfried, The Race Question in Canada, London, Eveleigh Nash, 1907, VIII-343 p.20.\tReview of Historical Publications relating to Canada, t XII, 1908, p.137.Traduction des auteurs.21.\tReview of Historical Publications relating to Canada, t.XI, 1907, p.144-148.Traduction des auteurs.22.\tThe University Magazine, avril 1907.Traduction des auteurs. REACTIONS À ANDRÉ SIEGFRIED \u2014 3 601 23.Introduction to the Carleton Library Edition par F.H.Underhill dans A.Siegfried, The Race Question in Canada, /Toronto/, McClelland and Stewart, rt 1966/, 252 p., p.1-13.Traduction des auteurs.24 Cari Berger, par exemple, a insisté sur les convictions humanitaires de plusieurs impérialistes canadiens (The sense or power, Studies in the ideas of Canadian imperialism, 1867-1914, Toronto, 1970).25.\tPréface de L.Groulx au livre de Jean Ménard, Xavier Marmier et le Canada., P.U.L., 1967, p.vii.F.H.Underhill, op.cit., p.1.26.\tL.Groulx, \u201cNotre histoire maîtresse de fierté\", Maurice Filion, sous la dir.de, Hommage à Lionel Groulx, Leméac, 719787, p.192-3.27.\tA.Yon, Le Canada français vu de France (1830-1914), P.U.L., 1975, p.207.28.\tV.Barbeau, \u201cLa Tentation du passé, Ressouvenirs\u201d, La Presse, 719777, p.96-97.29.\tF.-A.Angers, \u201cAndré Siegfried et le Canada\", Actualité économique, v.1, nos 5-6, 1936, p.363.30.\tA.Laurendeau, \u201cLettres de Paris.\u201d, Le Devoir, 13 fév.1937, p.9.31.\tP.de Grandpré, \u201cCivilisation canadienne-française\u201d, L'Action nationale, v.45, no 5, janv.1956, p.377.32.\tF.Rinfret, \u201cUne théorie du progrès\u201d, L\u2019Avenir du Nord, 21 déc.1906.33.\tTous mentionnés précédemment, sauf le Trifluvien, qui ne parle pas du livre, et la Vigie, journal libéral, qui se borne à en signaler la parution (8 sept.1906, p.1), ainsi que deux journaux acadiens.Le moniteur acadien et i'Évangéiine n'en soufflent mot, rendant la pareille à Siegfried, dont le mutisme sur l\u2019Acadie est étonnant.Il y avait pourtant à peine 7 ans que Rameau de Saint-Père, le grand \u201cami\u201d des Acadiens, était décédé.Peut-être l\u2019Acadie ne présentait-elle pas le même intérêt pour Siegfried, protestant, républicain et moderniste, que pour Rameau, catholique et passéiste?Pour établir la tendance des différents périodiques, nous nous sommes inspirés de l\u2019excellent ouvrage d\u2019André Beaulieu et Jean Hamelin, La Presse québécoise des origines à nos jours, P.U.L.1973-77, 3 v'.34.\tRemarquons que, du côté canadien-anglais, les réactions publiques ne laissent entrevoir aucune prise de conscience du schéma de domination dont on vient de parler.Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les intellectuels canadiens-anglais de l\u2019époque n\u2019aient été aucunement enclins à l'autocritique.La possession tranquille de la vérité n'était pas une exclusivité québécoise. L'actualité sur le vif par Patrick Allen L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 603 Décès de M.René Chaloult, voix de la conscience nationale \u201cPar une providentielle coïncidence, René Chaloult meurt à la fin du centième anniversaire de Lionel Groulx\u201d, écrivait Albert Rioux dans L\u2019Action nationale de février 1979.Ce n\u2019est pas le seul lien qui réunit Groulx et Chaloult.Les deux hérauts du nationalisme québécois ont été pendant plusieurs décennies en communication constante par des envois d\u2019articles à L\u2019Action française, dirigée, en ce temps, par Lionel Groulx, par un échange suivi de lettres et de documents sur les problèmes du Québec, notamment sur l\u2019idée et le processus d\u2019adoption d\u2019un drapeau national.René Chaloult n\u2019a pas manqué de cran et de courage.Son éloquence chaude et châtiée en a fait le favori des tribunes privées et publiques: il fut l\u2019un des meilleurs orateurs du Parlement québécois.Comme le rapporte Albert Rioux, \u201csous des gouvernements pas plus nationaux qu\u2019il ne fallait ou nationaux à la manière discrète et peureuse, René Chaloult était l\u2019homme des propositions hardies, la voix de la conscience nationale\u2019\u2019.Le Journal des débats de l\u2019Assemblée nationale (20 décembre 1978) rapporte en quels termes MM.Maurice Bellemare, René Lévesque, Gérard-D.Lévesque, Camil Samson, Fabien Roy et Jean Garon, ont présenté leurs condoléances à l\u2019occasion du décès de M.Chaloult et ont exprimé la haute estime qu\u2019ils conservent pour ce grand Québécois.\u201cJe pense, dit M.René Lévesque, que personne n\u2019a le droit d\u2019oublier qu\u2019en très grande partie, c\u2019est à sa ténacité, à son obstination qu\u2019on a fini par obtenir, il y a 31 ans cette année, l\u2019adoption de ce symbole essentiel de toute nation, de point de ralliement d\u2019une collectivité qui, pour nous, est le drapeau fleurdelisé\u201d.M.Maurice Bellemare, qui a siégé avec M.Chaloult pendant plusieurs années, l\u2019a qualifié de \u201cgrand nationaliste\u201d puis il a rappelé deux événements plutôt insolites, tragiques même.Élu député de l\u2019Union nationale dans 604 L'ACTION NATIONALE Kamouraska en 1936, M.Chaloult n\u2019était pas un député de tout repos pour M.Duplessis: Un jour celui-ci était tellement mortifié, choqué par l\u2019attitude que prenait René Chaloult, qu\u2019il avait même fait sauter, par une loi spéciale, le comté de Kamouraska.\u201cC\u2019était assez draconien\u2019\u2019, commente M.Bellemare.Il ajoute: \u201cLe premier ministre, en 1939, M.Godbout, pensant faire un geste politique récupérable, était allé chercher M.Chaloult et l\u2019a fait élire dans le comté de Lot-binière comme libéral.Au cours d\u2019un débat qui fut très acerbe en cette Chambre, il avait accusé M.Godbout, après tous les bienfaits que M.Godbout lui avait faits, d\u2019être le pire premier ministre que l\u2019histoire du Québec eût jamais connu.M.Godbout est parti de son siège et est venu ici, au siège qu\u2019occupe mon chef et lui cracha en pleine face, en lui disant: \u201cTu es un ingrat!\u201d M.Bellemare poursuit (page 5171 du Journal): Je n\u2019ai pas besoin de vous le dire, ni l\u2019Union nationale ni le Parti libéral ne l\u2019ont supporté dans le comté de Québec, mais les associations pieuses, religieuses, nationalistes l\u2019ont fait élire comme indépendant nationaliste.\u201d Que M.Bellemare, doyen de l\u2019Assemblée nationale, profite du décès d\u2019un grand Québécois comme M.Chaloult pour faire passer dans son message de condoléances de tels souvenirs et de telles réflexions, c\u2019est pure mesquinerie politique et une nouvelle preuve que de véritables grands hommes, tel un René Lévesque, savent rester debout! La Ligue d\u2019Action nationale perd Dominique Beaudin Les lecteurs de l\u2019Action nationale se rappelleront sans doute longtemps les articles bien écrits, bien équilibrés, empreints de finesse et d\u2019humour où Dominique Beaudin faisait passer son message avec une fierté toute québécoise.Or, après dix ans de maladie, M.Beaudin nous a quittés le 20 janvier 1979.Il a été administrateur de la L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 605 revue pendant plusieurs années, avec tout le dévouement et le désintéressement requis.De 1928 à 1932, il fut rédacteur du Progrès du Saguenay, à Chicoutimi, puis chef du secrétariat général de l\u2019ACJC de 1933 à 1934, puis directeur du Richelieu à Saint-Jean de 1935 à 1936 et, de 1937 à 1955, rédacteur et directeur de La Terre de chez nous, journal de l\u2019Union catholique des cultivateurs.À titre d\u2019officier spécial, au service des travaux publics de la ville de Montréal, il s\u2019occupa particulièrement de la publicité entourant la construction du métro, de 1955 jusqu\u2019au moment de sa retraite.La brochure illustrée qu\u2019il publia à cette occasion, est presque entièrement épuisée.M.Beaudin fut l\u2019homme du travail bien fait.Sa pensée était originale, logique.Il avait un sens de l\u2019humour gouailleur qui portait cet homme, tout fait de mesure, à pointer les ridicules, les contradictions et les bassesses politiques du temps.Ses amis se rappellent encore comment les Services de guerre, de 1941 à 1945, alimentaient les journaux du Québec avec des photographies et des commentaires de super-zélotes.À titre de directeur de La Terre de chez nous, il publiait, avec fidélité, la propagande fédérale et impérialiste mais il donnait un tel tour de plume aux commentaires que les lecteurs en avaient un rire gargantuesque.Mince consolation durant la dictature guerrière du fédéral mais quel bien-être, fait de liberté intellectuelle et de franchise, en ces temps de mensonges et de passions, nous communiquait M.Beaudin.Son nationalisme était éclairant et, mieux encore, hilarant.Le vrai crime contre l\u2019humanité En janvier (revue Relations), M.Jean-Èthier Blais insiste sur \u201cune responsabilité du sentiment national\u2019\u2019 qui est d\u2019\u201carrêter l\u2019érosion de la civilisation française en Amérique\u201d. 606 L'ACTION NATIONALE Pour arrêter cette érosion, il faut cerner en nous l\u2019êfre minoritaire.Nous ne sommes pas minoritaires à la façon des Suisses et des Belges, proches de la France, de sa culture et de sa présence constante dans toutes les activités de leur vie.Pour eux, la promotion sociale implique la connaissance du français.Mais pour nous, coincés que nous sommes entre Ottawa et Washington, forcés de vivre pour l\u2019Autre, jamais autonomes, la situation est plus dangereuse.\u201cNous ne pourrons échapper à cet univers du mimétisme, poursuit M.Blais, que dans la mesure où, sous une forme ou sous une autre, le Québec se constituera véritablement en État national et que les rouages de l\u2019État ne fonctionneront que pour nous, en fonction de notre forme d\u2019esprit, de nos besoins.Cette loi est essentielle à notre survie.Elle l\u2019est aussi à notre honneur.\u201d Il continue: \u201cQuelqu\u2019un a soutenu un jour que la disparition du Canada tel qu\u2019il est, en son entité politique, serait un crime contre l\u2019humanité.Le vrai crime contre l\u2019humanité, en terre américaine, ne serait-ce pas la lente et implacable érosion de la civilisation française qui entraînera notre disparition, à long terme certes, mais de façon totale?Ne nous faisons pas d\u2019illusions, cette disparition, qu\u2019on appellera intégration, beaucoup la souhaitent précisément parce que nous sommes Français.Dans un continent où triomphe l\u2019uniformité, singulièrement linguistique, nous sommes la pierre de touche de toutes les contradictions.\u201d Les deux articles de M.Blais devraient être médités par ceux qui prétendent parler et agir au nom du Québec et des francophones d\u2019Amérique! Ottawa et le CNR concoctent un nouveau sapin au Québec Atomic Energy of Canada, par le truchement du Conseil national de la recherche d\u2019Ottawa et la complicité du French Power, serait en train de \u201cpasser au Québec le plus colossal des sapins en rééditant le scénario de 1945\u201d, selon Jacques Martel, directeur de l\u2019INRSQ, tel que le rapporte Pierre Dupont dans L\u2019Actualité (février 1979).Son article s\u2019intitule: Les Parias du nucléaire. L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 607 Le Québec qui compte cent ingénieurs nucléaires, n\u2019en retrouve qu\u2019un seul qui ait réussi à être engagé depuis deux ans à I 'Atomic Energy of Canada! Cette société, pourtant propriété de la Couronne fédérale, est responsable de la construction des centrales nucléaires pour tout le Canada.Sur 6106 employés, il n\u2019y a que 230 permanents à Montréal dont 88 francophones! La majeure partie se trouve à Toronto (4600), au Manitoba (800) et en Nouvelle-Écosse (500).La discrimination se pratiquerait sous les formes les plus diverses à Atomic Energy of Canada, fief de l\u2019Anglosaxondom: le moins de francophones possible au bureau de Montréal ouvert depuis 1974! Les francophones tolérés sont dans l\u2019impossibilité de parler leur langue.Ils ne peuvent s\u2019envoyer que des notes en anglais.Tout devis ou document en français est automatiquement refusé.Les étrangers comme les Pakistanais et les Mindi reçoivent plus de courtoisie que les Québécois.Entre les dirigeants et les francophones (surtout commis et dactylos), où on retrouve 5 cadres sur 22 et 16 ingénieurs sur 69, on a placé un bloc-tampon formé essentiellement d\u2019immigrants dont le zèle anglophile n\u2019a rien de rassurant pour les francophones dans leur propre ville et leur propre État.La discrimination à VAtomic Energy of Canada se prolonge comme tout naturellement dans le blocage des promotions pour les francophones et les conséquences d\u2019ordre salarial.Tout cela en 1979 dans un pays en quête de justice, d\u2019égalité et d\u2019unité.À cause de ce racisme anglophone (qu\u2019eux-mêmes ne veulent pas voir!) le Québec a dû se lancer seul dans la recherche sur l\u2019énergie de fusion de l'atome, à l\u2019Institut de recherches de l\u2019Hydro-Québec, à Varennes.Le gouvernement canadien bouda ce domaine de la recherche jusque vers 1977.Depuis, tout a changé à Ottawa et les subventions de recherche dans ce seul secteur ont atteint $126 millions dont $2 millions ont été versés au Québec en 1976! 608 L'ACTION NATIONALE Ainsi, en septembre 1977, l\u2019INRS et l\u2019université de Montréal demandent une subvention de $400,000 pour continuer leurs recherches sur le réacteur à champ magnétique.On leur refusa cette subvention.Toutefois une subvention de $20,000 est venue d\u2019Ottawa, pour un programme de recherche sur les lasers! Par ailleurs, le fédéral a consenti le quadruple de $400,000 aux universités d\u2019Alberta et McMaster de Hamilton, PRÉCISÉMENT POUR DES PROGRAMMES ENTAMÉS PAR DES CHERCHEURS QUÉBÉCOIS.\u201cEn 1974, rappelle Jacques Martel, le bulletin du Conseil des sciences du Canada tournait en ridicule la recherche que nous faisions au Québec sur la fusion thermonucléaire.On accusait l\u2019INRS de jouer les prétentieux et le Québec de se lancer dans un domaine trop complexe.Décidément, on nous prend pour des caves! Nous espérions, malgré cet article non signé, que nous obtiendrions la grosse part lorsque des fonds seraient enfin débloqués pour la recherche sur la fusion, puisque nous étions non seulement en avance, mais presque les seuls.Comme vous le voyez, nous étions naïfs\u201d.Pourtant les premières pages de l\u2019histoire de l\u2019atome au Canada ont été écrites à Montréal, de 1942 à 1944, dans les laboratoires de l\u2019université francophone, par une équipe formée de Français, de Britanniques, de Canadiens dont Pierre Demers, qui a travaillé dans le plus grand secret à la mise au point d\u2019un réacteur à eau lourde.Le déplacement du matériel de l\u2019université de Montréal et de la recherche s\u2019est ensuite fait à Chalk River, à 175 kilomètres d\u2019Ottawa, au lendemain de la guerre et de la loi que fit adopter C.D.Howe, ministre fédéral de l\u2019Industrie et du Commerce, pour donner au pouvoir central la responsabilité totale du nucléaire.Sans s\u2019en rendre compte, le Québec venait de perdre une guerre et des centres de décisions.Ontario gagna tout cela et aussi les retombées économiques pour leurs savants, les entreprises de sous-traitance de Canadair, de General Electric et de Westinghouse.Les entreprises québécoises comme Dominion Bridge, Dominion Engineering, Cana- L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 609 dian Vickers, Bombardier-MLW, etc.perdirent ces contrats possibles! Voilà un exemple entre des centaines d\u2019autres, depuis cinquante ans, d\u2019un agissement fédéral au profit de l\u2019Ontario, sans compensation pour le Québec.On nous enlève même des possibilités de développement.Ensuite ce même fédéral, cynique, trouve qu\u2019il y a plus de chômeurs, moins de hauts salaires, moins de savants, au Québec! La base de tout cela: la conviction chez les Anglo-Canadiens, universitaires et fédéralistes, que l\u2019atome devait être anglais! Adam, dans son testament, n'a-t-il pas introduit une clause leur réservant l\u2019énergie atomique?À partir de cette confiance dans leur bon droit et de leur supériorité, le gouvernement fédéral a aidé l\u2019atome à s\u2019angliciser à fond! Quelles conclusions tirerez-vous de ce scandale nucléaire?La relève, selon Pierre Laurin, directeur des HEC Notre prospérité s\u2019appuie sur une économie nord-américaine et sur des investissements étrangers, dit M.Pierre Laurin, directeur de l\u2019École des Hautes études commerciales, dans la revue Commerce (janvier 1979).Il pense \u201cqu\u2019à l\u2019avenir nous devrons beaucoup plus compter sur nous-mêmes pour forger notre prospérité.Nous sommes d\u2019abord beaucoup plus éveillés qu\u2019avant au contrôle de notre patrimoine et cela est bien normal.Il y a aussi le fait que les grands investissements étrangers intéressés à notre marché et à nos ressources naturelles sont déjà sur place dans une large mesure et qu\u2019ils seront relativement moins importants comme facteur de notre développement.\u201d \u201cDésormais, l\u2019avenir du Québec devra donc, beaucoup plus qu\u2019avant, se développer à partir de conquêtes par nos entreprises de marchés nouveaux, d\u2019innovation sur place et d\u2019une infrastructure propre à encourager les industriels étrangers à transformer chez 610 L\u2019ACTION NATIONALE nous.\u201d Bref, nous devons, de plus en plus, être les moteurs de notre propre développement économique.Viser à être moteurs dirigeants plutôt que poussés par les autres, telle est l\u2019idée-force de nos chefs d\u2019entreprise, de nos professeurs et des éducateurs, auprès des jeunes.Cette perspective est prometteuse.Le Crédit Foncier et la Banque d\u2019épargne \u201cLe Crédit Foncier passe sous le contrôle de la Banque d\u2019épargne\u201d, voilà la grande nouvelle du 19 janvier.Transaction financière très importante à l\u2019intérieur du monde financier francophone: \u201cAvec des actifs de deux milliards et demi et peut-être de trois milliards, la Banque d\u2019épargne se hissera ainsi au rang des cinq grandes institutions de gestion de l\u2019épargne multi milliardaire dirigées par des Québécois de langue française\u201d, selon Michel Nadeau (Le Devoir, 19 janvier 1979).Que de succès économiques en ces dernières années! Et ce n\u2019est pas fini! Nécessité d\u2019idées nouvelles et originales Des universitaires et des hommes d\u2019affaires viennent de créer un organisme de recherche sous le nom d'Institut canadien de politique économique pour apporter au pays des propositions constructives et originales qui sortent des sentiers battus de l\u2019orthodoxie économique libérale que l\u2019on ne cesse de retrouver dans les travaux du Conseil économique du Canada et du C.D.Howe Institute.Parmi les membres de la direction on trouve des francophones, des anglophones et quelques grands noms, comme celui de Walter Gordon, qui ont préconisé un nationalisme réaliste dans les politiques économiques canadiennes.C\u2019est de bon augure.Cette bouffée d\u2019air frais nous reposera des études trop souvent tendancieuses du C.D.Howe Institute Reports.Télémag fait bondir un économiste Télémag cherche à expliquer les récentes hausses du taux d\u2019intérêt au Canada.M.Léon Courville, directeur L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 611 de l\u2019Institut d\u2019économie appliquée à l\u2019École des HEC, y trouve quatre erreurs principales.Il les commente dans Le Devoir, 18 janvier 1979.L\u2019important, ici, n\u2019est pas de résumer l\u2019article (on peut le lire soi-même) mais de signaler I aspect positif.Radio-Canada fait bien de lancer des émissions éducatives sur l\u2019économie.L\u2019important, aussi, c\u2019est que les professionnels se donnent la peine de commenter ou critiquer ces émissions.Qu\u2019il y ait plusieurs M.Courvilles! Il faut I applaudir.Priorité aux internes et aux résidents francophones Cela paraît normal: les francophones, au Québec, doivent avoir la priorité sur les étrangers.Pourtant il a fallu que le gouvernement s\u2019en mêle.L\u2019internat et les résidences d\u2019étudiants en médecine, dans les hôpitaux du Québec sont des postes rémunérés et coûtent annuellement à l\u2019Etat environ trente millions de dollars.Or, depuis 1977, le ministère des Affaires sociales diminué les postes rémunérés de futurs praticiens réguliers de la médecine.L\u2019université McGill, parce qu\u2019elle admet depuis toujours plus que les autres universités du Québec un bon nombre d\u2019étudiants provenant d\u2019ailleurs, voit donc diminuer ses postes d\u2019internes et de résidents.Il était inconcevable que le contribuable québécois subventionne ainsi indirectement les autres provinces canadiennes et les étrangers par des subventions à leurs futurs médecins étudiant au Québec.Gros bon sens que les gouvernements précédents n\u2019ont pas perçu.Toutefois le ministère a consenti à échelonner les coupures annuelles sur cinq ans au lieu de trois, par déférence pour McGill et ses étudiants.L\u2019économie de la région de Montréal, manque d\u2019entrepreneurship Un document d\u2019une quarantaine de pages préparé par Pierre Lemieux (Chambre de Commerce de Montréal, 612 L'ACTION NATIONALE décembre 1978) fait le portrait économique de Montréal.Il est inévitablement ambigu et sombre.Historiquement depuis une trentaine d\u2019années, Montréal décline et Toronto grandit.Peu de causes d\u2019ordre strictement économique! Les responsables sont les décisions discutables des gouvernements et surtout le manque d\u2019entrepreneurship chez les hommes d\u2019affaires de Montréal.Les difficultés ne sont pas insurmontables: identifier et faire disparaître les obstacles politiques qui ont paralysé l\u2019essor de la ville; valoriser et encourager l\u2019esprit d\u2019entreprise.Les trois annexes du document sont importantes: A) liste des entreprises qui, depuis 1976, ont décidé de déplacer leurs activités administratives; B) à propos d\u2019une étude récente de l\u2019OPDQ sur Montréal; C) quelques réflexions sur les subventions et l\u2019assistance des gouvernements.Le patronat se décontracte devant le Parti québécois En janvier 1979, le 7e questionnaire semestriel du Conseil du patronat du Québec a donné des résultats, imprévus des dirigeants, et a indiqué une attitude décontractée devant le Parti québécois: 78% croient que le climat social est bon ou passable; 69% portent le même jugement sur les conditions économiques et 44% sur le contexte politique.De tels résultats, pour être compris, doivent être lus en fonction des rapports antérieurs.Actuellement les chefs d\u2019entreprises indiquent une nette amélioration de l\u2019ambiance pour les affaires.Serait-ce que la réalité a vraiment changé ou que les hommes d\u2019affaires s\u2019adaptent graduellement aux changements?L\u2019important est de commencer à être moins émotif et moins pessimiste face à l\u2019évolution du milieu.Plus rationnels, deviendront-ils plus dynamiques? L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 613 La transition de minoritaire à majoritaire présente un défi En dehors de toute considération politique, la notion de QUÉBÉCOIS représente un statut majoritaire par opposition à la notion de CANADIEN-FRANÇAIS qui reflétait le statut minoritaire, consacré pour les francophones, par la constitution de 1867.Avec révolution de la mentalité au Québec et malgré les actes de répression excessive lors de la révolte de 1837, les deux crises de la conscription (1914-1918 et 1939-1945) et celle d\u2019octobre 1970, beaucoup de francophones ont acquis une grande fierté pour leur propre milieu et une plus grande confiance en eux-mêmes en vivant comme majoritaires chez eux.Ces deux éléments de transformation attisent la méfiance ou le rejet, chez eux, pour tout ce qui vient d\u2019Ottawa et de son impérialisme comme pouvoir central.Les politiques économiques d'Ottawa sont perçues comme organisées pour favoriser l\u2019Ontario et I Ouest.Ce fait augmente les frustrations des francophones et les incitent à prendre en main tous les contrôles de leur vie économique et sociale.Cet élément de fierté et d\u2019autosuffisance que reflète le terme de QUÉBÉCOIS ne vient donc pas du Parti québécois mais de tout le contexte historique et politique que le Parti québécois est venu, par la suite, cristalliser.Ces réflexions émergent dans un texte (Le Devoir, 10 janvier 1979) de Victor Taboul intitulé: De la présence à la participation: la communauté juive au Québec, extrait de son remarquable volume, Mythe et image du Juif au Québec.L\u2019économie du Québec dépassera celle du Canada M.Pierre MacDonald, premier vice-président de la Banque de Montréal, section du Québec, a prédit, vers la mi-janvier 1979, devant 400 hommes d\u2019affaires, que l\u2019économie québécoise connaîtra en 1979 une croissance plus forte que celle du Canada, surtout si le climat social ne se détériore pas. 614 L'ACTION NATIONALE Au cours d\u2019une conférence de presse, M.MacDonald a reconnu que: \u201cdeux ans après novembre 1976, les Québécois mangent encore et que l\u2019on vit depuis deux ans avec la certitude qu\u2019il y aura un référendum: il n\u2019y a rien de nouveau.\u201d Comme l\u2019année 1979 sera, au Québec, celle de l\u2019économie, après celle de la culture (1977), et celle des mesures sociales (1978), le bilan économique s\u2019annonce d autant plus encourageant que les leaders d\u2019entreprises 6t les chefs syndicalistes semblent s\u2019être acclimatés aux nouvelles conditions politiques du Québec et devraient finir par se parler comme des hommes libérés et adultes.Un vice-roi aligné?Vendeur politique parmi d\u2019autres?La crédibilité d\u2019un représentant suprême de l\u2019autorité politique, en régime britannique, dépend en grande partie de sa modération et de son impartialité face aux débats du milieu.Le 22e gouverneur général du Canada, M.Edward Schreyer, l\u2019aurait-il oublié lors de la cérémonie d\u2019investiture?Lise Bissonnette, dans un éditorial lucide et objectif (Le Devoir, 17 janvier 1979), a exprimé un point de vue digne d\u2019être lu et relu, en regard du discours du vice-roi.Après avoir souligné les bons côtés de M.Schreyer, elle explique pourquoi on peut s\u2019étonner que sa première déclaration comme vice-roi ait rompu d\u2019une façon aussi radicale avec la tradition de neutralité politique toujours respectée par ses prédécesseurs.Bien sûr, le gouverneur général peut inviter les Canadiens à la pratique des vertus politiques qui favorisent l\u2019unité canadienne mais n\u2019aurait-il pas dû s\u2019abstenir de jugements politiques carrément partisans?Les droits des jeunes et d\u2019être jeune Les membres du Comité de la protection de la jeunesse ont rendu public un document de qualité (Le Devoir, 17 janvier 1979) à l\u2019occasion de la mise en vigueur L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 615 de la nouvelle loi québécoise sur la protection de la jeunesse et l\u2019inauguration de l\u2019Année internationale de l\u2019enfance.Il est ainsi plus facile de distinguer puis de lier la PROTECTION au DÉVELOPPEMENT de la jeunesse.Quand les adultes ont tellement peur de créer et d\u2019éduquer de nouveaux jeunes aux responsabilités sociales et économiques, l\u2019année 1979 qui gravitera autour des enfants qui ont réussi à naître, pourra-t-elle aussi faire penser à ceux qui ont été refusés ou qui ont été avortés?Seize milliards perdus à cause du pouvoir central L\u2019étude Politiques fédérales et économie du Québec, publiée par l\u2019Office de planification et de développement du Québec, conclut: le Québec aurait dû recevoir du pouvoir central $16,000,000,000 de plus entre 1961 et 1974, soit l\u2019équivalent des barrages de La Grande, à la Baie James.Ce détournement, équivalant à $1,100,000,000 par année, correspond à 83,000 emplois directs et indirects dont le Québec a été privé.Ces conclusions, limitées à la dimension économique, limitées à la période récente, limitées par des concessions mathématiques à Statistique-Canada, ne forment pas un bilan total du fédéralisme canadien.Toutefois cette étude montre à l\u2019évidence que la centralisation des pouvoirs économiques par le gouvernement fédéral est une erreur.Car le Québec, géré par le fédéral, devient un terrain d\u2019exploitation.Que le fédéral donne des règles, des normes et des critères uniformes, acceptés par les provinces, peut-être, mais qu\u2019il ne gère pas le Québec en le vidant de ses ressources.Se retrouver avec le rapport Pépin-Robarts Sous le titre Se retrouver, le rapport Pépin-Robarts, connu depuis le 26 janvier 1979, identifie deux des caractères du Canada: la dualité linguistique et les régionalismes.Voilà, pour les Commissaires, les racines 616 L'ACTION NATIONALE de la crise canadienne et les points à reconstruire, selon les recommandations du rapport.Il propose le renforcement de l\u2019intégration économique du pays et la provincialisation des responsabilités linguistiques et culturelles.Il consacre aussi la spécificité du Québec.Le rapport a évidemment peur de parler de deux nations mais il admet implicitement que cette réalité sous-tend toute la crise actuelle du pays.Les commissaires veulent un fédéralisme plus structuré, plus équilibré.Document lucide et constructif, estime Claude Ryan.Désaveu de l\u2019approche Trudeau, déclare Claude Morin.Avertissement pour Trudeau, écrit Le Monde.Dossier qui met en relief les contradictions du fédéralisme selon René Lévesque.En 111 ans de fédéralisme nous avons accumulé trop de preuves contre la centralisation économique d\u2019Ottawa pour accepter toutes les recommandations du rapport.Mais les commissaires ont fait preuve de courage.Leur perception des réalités canadiennes est souvent plus juste que celle du Parti libéral fédéral ou provincial.C\u2019est à leur honneur. Notre bilan financier par Jean Genest 618 L'ACTION NATIONALE Nos lecteurs et amis se sont montrés tellement généreux envers la revue, ils en ont tellement fait leur affaire, qu\u2019il me paraît juste de leur donner un état de compte de L\u2019ACTION NATIONALE.Nous sommes une entreprise à but non lucratif.Depuis 1958, M.François-Albert Angers et moi-même, nous nous sommes partagé les tâches de la direction de la revue et de son administration financière.Nous avons calculé qu\u2019à un salaire minimum ($1,500.par année), à nous deux, nous représentions des salaires accumulés de $23,000.jamais payés.C\u2019est en grande partie parce que tout notre travail a été bénévole que la revue a pu continuer et prospérer.Voilà notre part.Sans compter les recherches et les articles.Nos amis, par ailleurs, ont correspondu à ces efforts en confiant à la Fondation Minville, fondée en 1968, un capital d\u2019environ $40,000, à l\u2019heure actuelle.L\u2019intérêt de ce capital a aidé la revue à \u201crencontrer\u201d les augmentations des frais, l\u2019inflation générale et les hausses du ministère fédéral des Postes.La revue est donc le résultat de beaucoup de dévouements et de gestes pratiques.Voir l\u2019état de l\u2019évolution des fonds, du 1er janvier 1978 au 31 décembre 1978 à la page suivante.Quelques commentaires 1\t\u2014 L\u2019année 1978 est une des meilleures connues par la revue depuis la direction de l\u2019abbé Groulx et d\u2019André Laurendeau.2\t\u2014 Cependant il faut signaler la fragilité de l\u2019ensemble.Une perte de 200 abonnés suffirait pour nous mettre sur le bord de la faillite.Un gain de 200 abonnés nous lancerait en pleine prospérité.3\t\u2014 Un plus grand nombre d\u2019annonceurs, parmi les grandes entreprises canadiennes-françaises, constituerait une garantie et une nouvelle solidité.Mais il n\u2019est pas difficile de discerner les \u201cpeurs\u201d qui régnent dans le monde des affaires.En général on y craint, faussement, une répercussion à une annonce dans l\u2019Ac- NOTRE BILAN FINANCIER 619 BILAN DE L\u2019ACTION NATIONALE POUR 1978 Provenance des fonds Disponibilités en banque au 1er janvier 1978 .$ 1,835.40 Dépôts: abonnements, annonces, ventes\t31,660.54 Dons .2,614.00 TOTAL: .$36,109.94 Utilisation des fonds Imprimerie (impressions, enveloppes) .\t$21,349.20 Fondation Minville (dons reçus à l'Action nationale et remis à la Fondation).3,046.00 Loyer du secrétariat.600.00 Salaires.3,270.00 Cadeau à l\u2019ex-secrétaire.550.00 Correcteur d\u2019épreuves.410.00 Secrétariat (équipement, timbres, enveloppes, etc.) .1,978.53 Conseil d\u2019expansion économique (expédition).986.22 Receveur général (affranchissement de la revue) .\t500.00 Ottawa.Impôts au Receveur général .\t103.68 Québec.Impôts au Ministère du Revenu\t213.63 Commission des accidents du travail .\t50.04 Varia .1.00 TOTAL: .$32,507.30 SOLDE EN BANQUE POUR LE 1er JANVIER 1979:.3,051.64 $36,109.94 tion nationale.On semble craindre le mécontentement de l\u2019influence anglo-canadienne par leurs banques ou leurs entreprises d\u2019approvisionnement.Psychologiquement, une bonne partie d\u2019entre elles ne sont pas mentalement libres.Plusieurs, nées avec un grand élan patriotique, se sont mues, en devenant de grandes entreprises, en agents neutres et ont abandonné tout rôle social, surtout en ce qui regarde l\u2019essor politico-social du Québec. 620 L'ACTION NATIONALE 4\t\u2014 Notre revue est inscrite dans 489 bibliothèques dont Harvard, Yale et Cornell et plusieurs universités anglo-canadiennes qui veulent se renseigner sur le Québec.5\t\u2014 Dans les bibliothèques du Québec notre revue est l\u2019une des plus consultées en ce qui regarde les travaux et les recherches des élèves et des étudiants.Toutefois nous sommes surpris de voir comme il y a peu de professeurs dans le secondaire, les CEGEP et les universités qui s\u2019abonnent.Ils consultent mais ne s\u2019abonnent pas.Autrefois le monde de l\u2019enseignement était la principale source d\u2019abonnements de la revue.Pas actuellement.C\u2019est regrettable! 6\t\u2014 Toutes les associations et mouvements nationalistes du Québec et du Canada sont abonnés à la revue.7\t\u2014 Nous voulons profiter de cette période de prospérité relative pour redonner un nouveau dynamisme à la Ligue d\u2019Action nationale en cherchant de nouveaux collaborateurs et directeurs et en multipliant les rencontres au point de devenir un véritable Centre de pensée et d\u2019action pour faire progresser le PROJET-QUÉBEC.8\t\u2014 Notre merci à tous les annonceurs, abonnés et amis actuels.La revue est \u201cnotre\u201d oeuvre à tous.9\t\u2014 Au 20 janvier 1979, les derniers résultats de notre souscription-maison lancée en décembre 1978, donnent $7002.à la Fondation Minville.Dans le monde des spécialistes en relations publiques, on considère comme phénoménal que 10% des sollicités aient répondu.? CORRESPONDANCE Note sur la comparaison des données linguistiques de 1971 et 1976 par Charles Castonguay 622 L'ACTION NATIONALE Dans son article \u201cLa langue française au Canada et au Québec\u2019\u2019 paru dans le précédent numéro de cette revue, le père Richard Arès a comparé les données des recensements de 1971 et de 1976 portant sur la langue maternelle.Il en a tiré la conclusion suivante: \u201cIl en découle un fait significatif et brutal: tant au pays que dans chacune des provinces, même au Québec, le français, en tant que langue maternelle, a subi, en un bref espace de cinq ans, un recul qui laisse songeur et ne peut que faire douter de son avenir\u201d.Le père Arès trouve en effet que de 80.7 pour cent en 1971, la fraction de la population de langue maternelle française a passé à 80.0 pour cent au Québec en 1976.Cependant, contrairement au procédé utilisé en 1971, en 1976 Statistique Canada n\u2019a pas assigné aux différents groupes linguistiques de 1.8 pour cent de Québécois qui n\u2019ont pas répondu à la question.Évidemment, donc, avant de comparer les données de 1971 et de 1976, il faut distribuer d\u2019une façon ou d\u2019une autre les non-répondants de 1976 parmi les diverses langues maternelles.À première vue, il paraît acceptable d\u2019effectuer cette distribution au prorata des répondants, ce qui équivaut à supposer qu\u2019environ les quatre cinquièmes des non-répondants seraient de langue maternelle française.Cela donnerait au total environ 81.4 pour cent de Québécois de langue maternelle française en 1976, soit une nette augmentation par rapport à 1971.À partir d\u2019une telle méthodologie, dans un discours retentissant le ministre fédéral Monique Bégin a en effet tiré une conclusion diamétralement opposée à celle d\u2019Arès: \u201cLe poids relatif des francophones au Québec a légèrement augmenté entre 1971 et 1976\u201d (Le Devoir, 23 novembre 1977).Qui donc a raison?Dans l\u2019état actuel des connaissances, il faut répondre ni l\u2019un ni l\u2019autre.J\u2019ai critiqué en détail la méthodologie utilisée par Bégin, car il semble que les personnes de langue maternelle française seraient sous-représentées parmi les non-répondants de 1976, et que leur distribution au prorata des répondants ne serait pas un procédé valide (Le Devoir, 7 mars et 11 avril 1978).Jusqu\u2019à ce que Statistique Canada se décide de présenter les données de 1976 sous une forme corn- COMPARAISON LINGUISTIQUE DE 1971-1976 623 parable à 1971, il serait par conséquent indiqué de s\u2019abstenir de conclure quant à l\u2019évolution des groupes linguistique au Québec de 1971 à 1976.La même réserve s\u2019impose devant les comparaisons du père Arès concernant les minorités francophones du Canada anglais. I Compliments du Mouvement national des québécois et des sociétés membres: SNQ ABITIBI - TÉMISCAMINGUE SNQ CENTRE DU QUÉBEC SNQ CÔTE-NORD SNQ EST DU QUÉBEC SNQ DES HAUTES RIVIÈRES SNQ DU LANAUDIÈRE SSJB DE MONTRÉAL SNQ QUTAOUAIS-NORD SNQ RÉGION DE L'AMIANTE SNQ RÉGION DE LA CAPITALE SNQ DES LAURENTIDES SNQ SAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ RICHELIEU - YAMASKA SSJB DE ST-JEAN SSJB DE LA MAURICIE Il Hommage de la FÉDÉRATION DE MONTRÉAL des CAISSES POPULAIRES HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL et de M.JEAN-MARIE COSSETTE, Président 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal \u2014 H2X 1X3 843-8851 Ill HOMMAGE DE LA FÉDÉRATION DE ÛUÊBEC DES CAISSES POPULAIRES DESJARDINS IV LES AMIS DE LA REVUE BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.J Brassard, prés.256 est.rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\tGABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle \u2014 366-9116 AVOCAT\tJEAN-HUBERT MARANDA, avocat 325 est, boul.St-Joseph Montréal \u2014 288-4254 FER\tF.X.LANGE INC.ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 10,530 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445 TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste, 604, rue Waterloo.LONDON - ONTARIO N6A 4E3 LAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité: laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1 K8 388-9154\t GROULX, CADIEUX & MONGEAU Notaires Yvon Groulx, b.a., I.ph., Il.l.Gilles Cadieux, b.a., Il.l.Denis Mongeau, b.a., Il.l.J.-C.Larocque, b.a., Il.l.4416, boul.Pie-IX Tél.: 254-9435 V AVOCATS GUY BERTRAND & ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec, Qué.G1R3X3 Tél.: 692-3951 Guy Bertrand, Gilles Grenier, Louise Otis COMPTABLES Desforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, bout, Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.: 388-5738 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC Courtier en valeurs mobilières 500, place d\u2019Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels QUINCAILLERIE EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Té! 524-7541 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages, publié en 1969, qui reproduit le meilleur de la pensée de M.Angers et qui éclaire l\u2019actualité que nous vivons sans toujours voir les grandes lignes de fond. VI FONDATION MINVILLE La mini-souscription de décembre 1978 a rapporté la jolie somme de $7277.Le plus fort montant jamais atteint.MERCI de la part de toute l\u2019équipe de l\u2019Action Nationale! Ce capital inaliénable nous apporte un intérêt qui donne vigueur et longévité! VII DES VOLUMES À DISTRIBUER 1)\tBiographie de LIONEL GROULX, 1968, 288 pages, $5.Illustré.Une dizaine d\u2019études essentielles.Tout étudiant de CEGEP et d\u2019université devrait connaître le grand inspirateur de notre indépendance.2)\tLes États Généraux: assises nationales, mai-juin 1969, 640 pages, $7.La plus grande synthèse jamais entreprise sur le nationalisme québécois et les problèmes du Québec à étudier.3)\tSur les Acadiens: \u2022\tL\u2019Acadie actuelle, 180 pages, $3.\u2022\tLe Parti Acadien, 110 pages, $3.4)\tFr.-A.Angers: Pour orienter nos libertés, 280 pages, $5.Les grands textes d\u2019un grand patriote et d\u2019un penseur. L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (saut en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou TéL: de 09.00 à 13.00 h.à: 845-8533.Abonnement: $15.par année.De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PÉRIODIQUES CANADIENS, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques.PÉRIODEX, publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS: MM.Yvon Groulx Richard Arès Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Ruth Paradis Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pierre Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos\tChicoutimi\tSherbrooke\tBeauceville-Est Québec\tRimouski\tVille de Laval\tRivière-du-Loup Longueuil\tSainte-Foy\tDrummondville "]
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