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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1978-11, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 3 Novembre 1978\t$1.50 FÉDÉRATION?ASSOCIATION?INDÉPENDANCE?par Jean Genest L\u2019EXPÉRIENCE QUÉBÉCOISE (II) par Delmas Lévesque POUR MIEUX CONNAÎTRE GROULX par Pierre Trépanier MONTÉE DE L\u2019EXOGAMIE CHEZ LES JEUNES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC par Charles Castonguay L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF par Patrick Allen ÉGALITÉ DE DROITS POUR LES PEUPLES CANADIEN ET QUÉBÉCOIS par Jean-Yves Chouinard LE DOSSIER FORD ET GENERAL MOTORS par Jean-Marie Cossette TÉMOIGNAGE SUR LE KIBBOUTZ par Esther Leclerc DE LIONEL GROULX À MARCEL RIOUX par Albert Rioux ÉLÉMENTS D\u2019UNE POLITIQUE SCIENTIFIQUE DU QUÉBEC par Michel Brochu DÉLIRES - LA VIE SOUVERAINE par André Gaulin TABLE DES MATIÈRES JEAN GENEST: Fédération?Association?Indépendance?.181 DELMAS LÉVESQUE: L\u2019expérience québécoise, 2e partie.193 PIERRE TRÉPANIER: Pour mieux connaître Groulx .209 CHARLES CASTONGUAY: Montée de l\u2019exogamie chez les jeunes francophones hors Québec 219 PATRICK ALLEN: L\u2019actualité sur le vif.225 JEAN-YVES CHOUINARD: Égalité de droits pour les peuples canadien et québécois.234 JEAN-MARIE COSSETTE: Le dossier Ford et General Motors .240 ESTHER LECLERC: Témoignage sur le kibboutz .247 ALBERT RIOUX: De Lionel Groulx à Marcel Rioux .251 MICHEL BROCHU: Éléments d\u2019une politique scientifique du Québec.255 ANDRÉ GAULIN: Délires \u2014 La vie souveraine.260 SANS COMMENTAIRE When you ask in Ontario about Quebec, national unity, Premier Rene Levesque, sovereignty-association, the two languages, these are some of the voices you hear: \u2022\t\u201cI don\u2019t care if Quebec goes \u2014 as long as they take Trudeau with them.\u201d Ontario trucker.\u2022\t\u2018\u2018In Canada, you go to a Canadian school.That means an English school\u201d.Windsor autoworker.The Gazette, Saturday, September 30, 1978, page 1.DEVINETTE: Où iront Trudeau et Lalonde quand le Québec sera indépendant?Dépôt légal \u2014 lersemestre 1978 Courrierdeladeuxièmeclasse Enregistrement no 1162 ISSN-0001-7469 L'ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 3 Novembre 1978\t$1.50 ÉDITORIAL Fédération?Association?Indépendance?par Jean Genest 182 L'ACTION NATIONALE Au Québec, tout le monde, en dehors des spécialistes et de ceux dont les opinions sont toutes faites d\u2019avance, est un peu perdu devant tant de problèmes, tant de nuances, tant de possibilités.Que faut-il entendre par fédération, confédération, États associés, souveraineté, indépendance, association?Est-il possible d\u2019y voir clair?L\u2019une des meilleures études (sinon la meilleure) parues sur ces sujets est celle de Jacques Brossard, L\u2019accession à la souveraineté (PUP, 1976, 800 PP-)- Des notions Commençons par le plus facile puisque nous vivons dedans: la fédération.Système politique dans lequel plusieurs États abandonnent une part de leur souveraineté au profit d\u2019une autorité supérieure mais conservent des souverainetés en ce qui regarde leur territoire, leur culture, leur type de société.Une fédération est donc une association.Mais une association qui crée une autorité supérieure.Par ses excès, de force ou de faiblesse, cette autorité entraîne deux possibilités, le centralisme ou l\u2019indépendance des parties.Une confédération c\u2019est une union d\u2019États soumis à un pouvoir général dont les capacités ont été négociées et dont l\u2019interprétation relève des États participants.Le pouvoir fondamental reste ici dans les parties contractantes et le pouvoir central n\u2019exerce que les pouvoirs concédés.Chaque État garde le maximum d\u2019autonomie politique.On a soulevé le problème: une confédération véritable serait impossible car elle glisserait inévitablement vers une fédération.C\u2019est possible.Quelques penseurs invitent les Anglo-Canadiens à former une fédération avec les provinces où ils sont en majorité puis, se tournant vers le Québec, de former avec lui une confédération véritable.Projet lourd et compliqué.La souveraineté, c\u2019est de n\u2019être pas soumis à un contrôle de la part d\u2019un autre État.La souveraineté est globale et s\u2019identifie à l\u2019indépendance lorsqu\u2019un État est FÉDÉRATION?ASSOCIATION?INDÉPENDANCE?-|33 libre dans son action, soit au point de vue interne, soit au point de vue externe.Pratiquement un État devient souverain et indépendant lorsqu\u2019il est accepté par les autres nations dans l\u2019organisme mondial des Nations unies.Le Québec, en 1978, n\u2019a pas de souveraineté externe; Ottawa ne lui laisse même pas représenter la culture française à l\u2019étranger ou dans la francophonie.Au point de vue interne, il est évident aussi que le Québec n\u2019a que des souverainetés fragmentées.Cette autonomie incomplète empêche le développement politique, économique, social et culturel du Québec.Tout le malaise canadien est là: les rouages gouvernementaux sont viciés.Bien fou le ministre canadien qui croit qu\u2019un cataplasme comme Unité-Canada arrivera à regrouper tous les Québécois dans un fédéralisme bien-aimé et que le cauchemar prendra fin.Les structures constitutionnelles elles-mêmes du pays sont remises en question et portent sur ces deux points: le Québec a besoin de plus d\u2019autonomie interne et d\u2019une certaine marge d\u2019autonomie externe.Plutôt que de mesurer ces souverainetés au compte-gouttes, un grand nombre demande, pour le Québec, l\u2019indépendance.Folie pour les uns, route définitive pour les autres.L\u2019indépendance signifie l\u2019absence de contrainte, de dépendance.Plus le fédéralisme se fait rigide et centralisateur, plus les souverainetés du Québec se voient remises en question, comme dans le cas des envahissements du territoire québécois par le fédéral, nos communications, nos municipalités, notre production agricole et industrielle, nos ressources financières, nos problèmes sociaux, etc.Soumis à l\u2019autorité d\u2019un autre, le Québec se sent pris dans une camisole de force et la façon dont Ottawa le traite devient de plus en plus autoritaire (l\u2019armée à Montréal), arbitraire (Victoria, retouches à la constitution) et dangereuse.Qu\u2019est-ce que le Québec veut: le fédéralisme ou l\u2019indépendance?Un fait s\u2019impose: une fédération de dix provinces satellites gouvernées par Ottawa, le Québec n\u2019en veut 184 L'ACTION NATIONALE plus car il n\u2019en peut plus! Le fédéralisme, tel que vécu depuis 111 ans, à dix provinces contre une, donne chaque année la preuve de son impuissance.Institutionnellement, il est devenu un organisme de garrottage progressif pour la nation canadienne-française et pour les Québécois français.Tous les Québécois s\u2019entendent pour demander, comme minimum, un fédéralisme rénové.Même le gouvernement actuel de M.Trudeau se voit obligé de prendre les devants et de proposer quelque chose.Mais que d\u2019inconscience et de futilité dans ces propositions incomplètes de dernière heure! Verroterie pour indigènes! Toutes les rénovations vont dans le sens d\u2019accorder plus de protection et d\u2019autonomie aux provinces.Accorder plus d\u2019autonomie au seul Québec c\u2019est lui accorder un statut particulier.Si on envisage d\u2019en accorder davantage à toutes les provinces, on parle alors de fédéralisme coopératif ou d\u2019une décentralisation des pouvoirs.Le Québec peut-il, en 1978, accepter des miettes?Un fait est certain: le fédéralisme, tel que vécu, n\u2019a plus de sens.Les fédéralistes ont mauvaise conscience lorsque pour se justifier, ils invoquent le \u201cfédéralisme théorique\u201d comme la meilleure forme de gouvernement.Le fédéralisme théorique, supposant une autre espèce d\u2019homme, peut être merveilleux mais le fédéralisme historique nous atteint dans notre dignité collective et notre sens de la justice politique.Le procès du fédéralisme historique 1) Le fédéralisme canadien aurait pu être acceptable à la condition de trouver des hommes souples qui auraient su respecter l\u2019esprit et le pacte de 1867.Actuellement nous n\u2019avons plus que les apparences du fédéralisme initial.Nous glissons inexorablement vers l\u2019union législative et, comme gouvernement jugé inférieur, Québec voit ses prérogatives mutilées et rongées.Comment entreprendre au Québec un projet de communauté française quand Ottawa ne consulte sur rien d\u2019important, qu\u2019il accapare les pouvoirs et passe pardessus le gouvernement provincial pour aller rejoindre les municipalités ou même chaque individu, manifestant FÉDÉRATION?ASSOCIATION?INDÉPENDANCE?-j 35 par là le peu d\u2019importance qu\u2019il accorde au pouvoir provincial élu.Il brise les règles du jeu avec un mépris complet parce que la Cour Suprême lui accorde l\u2019impunité! Nous n\u2019avons plus du fédéralisme mais du centralisme.Nous n\u2019avons plus un accord entre deux nations mais des brochettes de frustrations à voir neuf provinces contre une.Notre projet de société n\u2019avance pas parce que Ottawa s\u2019est emparé des ressources fiscales et qu\u2019il les garde illégitimement.2)\tNon seulement l\u2019organisme constitutionnel a été dévié de son esprit et modifié unilatéralement mais le régime a divisé les Canadiens-Français selon les lignes des intérêts anglo-saxons.Le Québec n\u2019a pas un parti pour le représenter auprès du gouvernement fédéral mais il n\u2019y a que des partis dominés par d\u2019autres intérêts que ceux de la nation canadienne-française.L\u2019électoralisme, les servitudes mentales, la poursuite de ses intérêts personnels ont comme déboussolé la plus grande partie des politiciens québécois que nous avons élus à Ottawa.La plupart se sont identifiés aux problèmes canadiens tels que les voyait la majorité anglo-canadienne et ils n\u2019ont pas fait valoir le point de vue du Québec avec suffisamment de brio.Ainsi le Québec, à Ottawa, est resté sans voix et, vraiment, sans influence.Ils ont accepté de traiter le Québec comme un pouvoir inférieur: ils ont accepté de lui donner des contrats mais jamais plus de pouvoir.Et pourtant n\u2019étaient-ils pas élus pour représenter le Québec?Aussi, par ses hommes autant que par ses institutions de parti, le gouvernement fédéral est devenu le grand mensonge et un facteur de division.Un espoir trompé! 3)\tChargé d\u2019appliquer la constitution, Ottawa en a donné, surtout depuis 1942, des interprétations si unilatérales et abusives, qu\u2019il y a eu corruption de la constitution.Une constitution donne un titre juridique à l\u2019exercice du pouvoir: elle fournit les normes.En les violant, l\u2019exercice du pouvoir ne devient-il pas illégitime?Donnons des exemples.Le gouvernement anglo-saxon fédéral a revendiqué le droit absolu de dépenser comme il veut, là où il veut. 186 L'ACTION NATIONALE La raison: la constitution ne spécifie rien et ne limite en rien le droit de dépenser! Mais implicitement, les Pères de la Constitution ne prévoyaient-ils pas que le gouvernement fédéral ne dépenserait que là où il exerce ses souverainetés propres?Le gouvernement fédéral ne s'est pas posé la question ni n\u2019a consulté les gouvernements provinciaux.La conséquence: aucun gouvernement provincial ne peut faire un budget financier sans connaître les politiques fédérales du moment.Si le gouvernement fédéral décide de dépenser en faveur des chômeurs ou de la construction domiciliaire, ou des transports, ou des ressources naturelles, immédiatement les gouvernements provinciaux doivent revoir tout leur programme de dépenses.Le problème est profond car, par l\u2019or, il envahit les souverainetés provinciales et il les déboulonne! Ainsi lorsqu\u2019il veut aider les municipalités, il prétend passer par-dessus l\u2019hégémonie provinciale et il ne respecte plus l\u2019esprit du fédéralisme.De même pour ce qui regarde les parcs, les aéroports, son pouvoir discrétionnaire en ce qui regarde les permis: aviation, postes de radio, etc.Autre exemple: la constitution, explicitement, accorde les impôts directs aux gouvernements provinciaux.Sous le prétexte de la guerre, le gouvernement fédéral se les fait concéder.Ce champ des ressources fiscales est envahi, depuis 1942, pour une raison qui n\u2019existe plus, et le gouvernement fédéral ne s\u2019en retire pas.Son centralisme s\u2019alimente à même cet accaparement inconstitutionnel.Son budget de quarante-cinq milliards de dollars lui donne toutes les souverainetés et le Québec est sans cesse menacé d\u2019être grugé, contourné, bafoué.Ottawa n\u2019a pas le droit à ces sources d\u2019impôts mais il les prend, les garde et se fiche autant du fédéralisme que du Québec.Nous ne pouvons continuer CE fédéralisme.Il arrête tout projet d\u2019un pays.Nous n\u2019avons jamais voulu cette situation historique.Le Canada de 1867 est mort.Aussi le nombre des opposants au fédéralisme ne cesse d\u2019augmenter chez les gens instruits et lucides.Quelques-uns vont même jusqu\u2019à questionner la légitimité du gouvernement central car le pacte initial a été déformé et FÉDÉRATION?ASSOCIATION?INDÉPENDANCE?-| Q7 détourné en vue d\u2019assurer la domination de la majorité anglo-canadienne et le développement de l\u2019Ontario.Au Québec, on a alors parlé de lutter pour une véritable confédération (retour au pacte) ou pour les États associés.Une vraie confédération, ne sont-ce pas les États associés, envisagés pour le Canada?Mais confédération et États associés ne supposent-ils pas d\u2019abord une certaine indépendance préalable aux négociations et à l\u2019association?Puis plusieurs penseurs québécois sont réticents en parlant d'États associés à cause du problème de la représentativité externe.Dans les États associés, le gouvernement central aurait-il, seul, le droit de représenter tous les États associés?En ce cas, que resterait-il au Québec au point de vue international?Alors plusieurs ont conclu: il faut demander l\u2019indépendance pour le Québec.Puis, par des traités, des ententes fractionnées, le Québec en arriverait à des associations toujours recommencées, au gré des circonstances nationales et internationales.La population du Québec se voit donc offrir deux pôles extrêmes: l\u2019indépendance (souveraineté globale) et l\u2019association.Les uns mettent l\u2019urgence sur une souveraineté inconditionnelle et illimitée; les autres mettent l\u2019importance actuelle sur les avantages de l\u2019association.À partir de là, toutes les nuances et tous les groupements sont possibles.Quel que soit l\u2019avenir que nous préparons, il est certain que le Québec de l\u2019avenir devra obtenir plus de souveraineté, plus d\u2019autonomie.Mais quelles sont les associations indispensables, imposées par le contexte nord-américain et dont le réalisme nous rejoindra un jour ou l\u2019autre?Le refus de les envisager peut nous créer de solennels emmerdements ou conduire à des exaltations en cul-de-sac.Voici quelques points de réflexion.Quelques points de réflexion 1) Le fleuve Saint-Laurent.Nous détenons son embouchure.Théoriquement nous devrions exercer le droit de passage et d\u2019amarrage en suzeraineté absolue.Prati- 188 L\u2019ACTION NATIONALE quement le fleuve est le cordon ombilical qui relie le centre des États-Unis et du Canada au commerce européen.Deviendra-t-il un autre Panama?Les États-Unis et l\u2019Ontario obligeront-ils le Québec, sous menace de guerre, à internationaliser le passage sur le fleuve?Notre souveraineté resterait nominale ou tripartite.2)\tL\u2019armée.Nous n\u2019en avons pas.Nous avons même une tradition anti-militariste qui n\u2019admet pas autre chose que des garde-côtes.Dans l\u2019hypothèse d\u2019une guerre nucléaire continentale et de parachutages, le Québec constituerait le flanc mou de l\u2019Amérique du Nord.Pouvons-nous envisager un minimum de défense pancontinentale qui soit valable?Ou chercherons-nous une alliance avec le reste du Canada qui, lui-même, la recherche avec les États-Unis?Notre souveraineté sur le nucléaire et le militaire, que seront-elles?Toutefois avec l\u2019indépendance nous aurons gagné de vendre notre uranium à qui nous voudrions, sans qu\u2019Ottawa s\u2019immisce dans la gérance de nos richesses naturelles! 3)\tLa monnaie.Une monnaie frappée à NOTRE effigie dont NOTRE État serait garant au point de vue national et international, voilà un titre de fierté légitime.Mais que vaudra cette monnaie?Elle dépendra, bien sûr, de notre balance commerciale: arriverons-nous à vendre assez de matières premières pour acheter le pétrole nécessaire?Pour garder à notre monnaie, sa valeur, ne devrons-nous pas réduire notre programme social et entrer dans une époque d\u2019austérité convenable, comme l\u2019Angleterre après la guerre?Et l\u2019austérité serait convenable pour qui?Les pays du Tiers-Monde \u201csuspendent\u201d leurs programmes de redressement social précisément pour ne pas dévaloriser leur monnaie et leur capacité d\u2019emprunter sur les marchés internationaux.Quelle souveraineté voulons-nous en matière monétaire et qui nous parlera des conséquences à prévoir?Mais une monnaie commune ne nous enlèverait-elle pas la souveraineté sur notre commerce canadien et international?4)\tLa représentativité externe.Avec l\u2019indépendance nous entrons au concert des Nations unies et nous FÉDÉRATION?ASSOCIATION?INDÉPENDANCE?-|89 ouvrons des ambassades aux couleurs du Québec.Moment d\u2019ivresse collective.Avec la France nous jouerions un rôle de premier plan dans la francophonie mondiale.Mais une confédération et certains types d\u2019association nous permettront-ils de jouer ce rôle?Aussi faut-il se demander: quelle sorte d\u2019indépendance voulons-nous?Que d\u2019autres sujets à examiner! Notre politique agro-alimentaire ne doit-elle pas prévoir que le Québec importe, pour ses besoins en alimentation, plus de 45% de sa consommation?En ressources naturelles, le Québec ne peut se financer lui-même, aussi invite-t-il les participants étrangers et les multinationales à l\u2019exploration de son territoire et à son industrialisation.Et nous ne nous soucions pas encore d\u2019exiger que le Québec détienne 51 % des actions pour rester maître chez soi! En politique de l\u2019énergie, nous savons que notre potentiel hydroélectrique peut assurer 30% et que le pétrole doit répondre à 65% de nos besoins.Comment arriverons-nous à payer?Véritable hémorragie de notre monnaie.Comment envisager l\u2019indépendance?\u201cLa centralisation à outrance, dit Jacques Brossard (p.42), viole les principes du fédéralisme\".Nous répondons par notre tendance actuelle à la sécession.Le fédéralisme canadien est un échec.C\u2019est l\u2019échec dû à la courte vue des politiciens anglo-canadiens: ils ont mal géré le Canada par manque de générosité et de grands dessins et ils se sont asservis quelques personnalités du Québec par l\u2019intermédiaire de partis politiques qu\u2019ils dominaient.Le goût de l\u2019indépendance n\u2019est pas à concevoir comme de l\u2019extrémisme et de la folie collective: il est normal.\u201cL\u2019aspiration à l\u2019indépendance étatique, dit encore Jacques Brossard, est le réflexe normal d\u2019une collectivité en santé face aux dangers de nivellement dont l\u2019évolution actuelle la menace, tout comme le désir d\u2019autonomie personnelle est le réflexe normal d'un individu en santé face aux pressions massifiantes qui voudraient le réduire à l\u2019état de pion, de rouage ou de cellule morte plutôt qu\u2019en faire un agent adulte et conscient du progrès collectif\u201d (p.742).\u201cUn peuple pourra 190 L'ACTION NATIONALE mieux collaborer avec les autres peuples s\u2019il est autonome et s\u2019il peut épanouir et exprimer librement ses valeurs spécifiques\u201d (p.742).Voilà qui est bien dit.Cependant nous sommes 6,000,000: ce chiffre fait de nous un petit peuple.De plus notre démographie est stagnante, pourrie, caput! Comment envisager l\u2019avenir si même l\u2019idée d\u2019indépendance ne nous inspire pas un certain esprit de grandeur et un certain esprit de sacrifice?Nos divisions actuelles ne parlent-elles pas assez de notre manque de motivation collective ou plutôt d\u2019une absence de qualité dans nos motivations politiques?Certaines déclarations des patrons, des hommes d\u2019affaires et de fédéralisants n\u2019ont-elles pas de quoi décourager sur le peu d\u2019éducation nationale qu\u2019elles révèlent?Certains Québécois français montrent, dans les grandes circonstances historiques, un esprit si mesquin, une attitude si misérabiliste, une myopie si tenace, au sujet de nos intérêts immédiats, que ceux qui travaillent aux destinées du Québec sont assaillis de doutes et de tristesses!(1) Il y a une façon d\u2019appeler à l\u2019indépendance qui ne peut que multiplier les frustrés et il y a une façon de parler d\u2019association et de fédéralisme qui est tout simplement de la lâcheté ou un goût d\u2019esclavage perpétuel.Il y a aussi une façon de ne jamais envisager ces questions qui est une acceptation du servilisme en soi-même et chez les autres \u201cejusdem farinae\u201d.Chaque Québécois, en ces années, est appelé à exercer sur l\u2019avenir de sa collectivité, le jugement d\u2019un véritable homme d\u2019État.Qu\u2019on nous épargne les veuleries des fédéralistes et les exaltations des idéalistes: il y aura des sacrifices à envisager, des négociations dures à mener.J\u2019attends qu\u2019arrivent sur la scène publique les grands esprits que nous pourrons appeler les Pères du Québec! L\u2019indépendance, groupant toutes les souverainetés, admettant l\u2019interdépendance des nations, ne me paraît possible qu\u2019à la condition de rencontrer un peuple vraiment solidaire.Un fédéralisme imposé conduit à l\u2019échec.Une indépendance non désirée conduit à des schizophrénies.Jacques Brassard, se demandant quoi faire avec l\u2019indépendance, termine son volume en nous FEDERATION?ASSOCIATION?INDÉPENDANCE?-| g-| conviant à une nouvelle forme de fédéralisme mais, lucide, il nous avertit qu\u2019il faudra trouver, au Canada, une nouvelle espèce d\u2019homme.Pour le moment, il me suffit d\u2019envisager l\u2019étape de l\u2019indépendance et de sa capacité de motiver une certaine unanimité chez les Québécois français.Or ce n\u2019est pas le cas: les historiens et les sociologues doivent se pencher sur les motivations des réticences.Manque de maturité politique?Insécurité collective?Remarquons, toutefois, que les Gallup Pools affirment, par exemple: \u201cAu Québec, 45% des citoyens sont contre l\u2019indépendance.Seulement 41% sont en faveur\u201d.Toutes ces affirmations sont à prendre avec un grain de sel car la présence des Anglo-Québécois, avec leur 20% des votes, vient tout fausser.On devrait plutôt dire: \u201c25% des Québécois français et 20% des Québécois anglais sont contre l\u2019indépendance et 41% des Québécois français sont en faveur!\u201d Alors tout deviendrait clair! Et nous saurions que nous commençons à vaincre nos complexes séculaires! En Amérique du Nord, nous n\u2019avons aucun appui réel et séculaire.Notre entourage est toujours prêt à négocier pourvu que nous acceptions ses conditions.Nous ne pouvons suppléer à notre inégalité démographique et à nos divisions historiques que par un surcroît d\u2019âme.Un projet de société qui propose une nouvelle dignité, qui est l\u2019aboutissement inéluctable de notre histoire, doit être envisagé avec sympathie.Pour notre nation, il y a là un fait nouveau qui commande un homme nouveau, capable à la fois d\u2019indépendance ferme et d'association lucide.NOTE 1 Voici un exemple d\u2019affirmations pleines de préjugés ou puisées dans le style des prophètes Amos et des apocalypses.Le texte est de Roger Dehem, qui a des idées claires et de grande érudition, mais qui les met au service de L\u2019Institut de recherches C.D.Howe (HRI).Son texte s\u2019intitule: La notion d'association économique (1978).La citation se trouve à la page 19, dans la conclusion: \u201cLa solution du problème constitutionnel canadien devrait être recherchée entre deux extrêmes: l\u2019État quasi unitaire et l\u2019association d\u2019États autonomes.Ni l\u2019un ni l\u2019autre de ces extrêmes n\u2019est concevable sur le plan pratique.LÉtat quasi unitaire 192 L\u2019ACTION NATIONALE ne pourrait qu'écraser ou assimiler les minorités, comme le montre l\u2019exemple français.L\u2019association d\u2019États autonomes se heurte à trois objections: 1) la difficulté de la conclusion d\u2019une convention qui lui donnerait naissance.Les conditions d\u2019un tel traité seraient inévitablement le reflet des forces en présence, c\u2019est-à-dire que le partenaire le plus faible ne pourra qu\u2019accepter les conditions du partenaire le plus puissant; 2) une telle association ne pourra réaliser l\u2019intégration économique souhaitée par les partenaires, et vitalement nécessaire à la prospérité du plus petit de ceux-ci, en l\u2019absence d\u2019un lien politique, c'est-à-dire d'une autorité commune à pouvoir arbitral réel; 3) même si elle pouvait être conclue, une telle association serait vulnérable à tout changement de circonstances.La désintégration qui s\u2019ensuivrait entraînerait un effondrement économique et la recherche de solutions de désespoir\u201d.Alors il faut désespérer du Marché Commun en Europe et de tous les essais d\u2019associations en Afrique ou dans l\u2019univers! Toute association est fondamentalement vouée à l\u2019échec! Et nous qui sortons d\u2019un fédéralisme centralisateur, que pouvons-nous penser de cette phrase: \u201cune autorité commune à pouvoir arbitral réel\u201d?Nous sommes prêts à des négociations mais jamais plus à une soumission, comme par un chèque en blanc! Et l\u2019effondrement économique entrevu ici me paraît un extrême dont aiment se régaler les fédéralisants inquiets de leur gestion! (15 septembre 1978). L'expérience québécoise - Il par Delmas Lévesque 194 L\u2019ACTION NATIONALE III.LE COURS RÉCENT DE NOTRE EXPÉRIENCE COLLECTIVE Les expériences que nous venons de relater ont toutes fait l\u2019objet d\u2019interprétations controversées.Toutes.La dernière ne fait pas exception à la règle.On ne s\u2019entend pas sur l\u2019importance, sur le sens à donner à la révolution tranquille.On ne s\u2019accorde pas, non plus, sur sa durée.Pour certains, elle se termine en 1965 ou 1966.Pour d\u2019autres, elle continue.Il y en a qui prétendent qu\u2019elle n\u2019a pas eu lieu, tout simplement.On en trouve aussi pour qui elle ne fait que commencer.Pour notre part, nous tenons l\u2019expérience collective d\u2019un peuple pour plus fondamentale que l\u2019une ou l\u2019autre de ses expériences, fussent-elles les plus significatives.La tradition vivante d\u2019un peuple se nourrit de ses expériences, tout en les dépassant.Nul doute que notre peuple a vécu, ces dernières années, une intense période de changement.Un changement qui, rempli d\u2019ambiguïtés, a peut-être touché à sa condition humaine fondamentale.L\u2019expérimentation du changement Une société réputée stagnante se livre tout à coup à la pratique du changement.Le changement n\u2019est plus tabou.Tout le monde se met à faire des \u201cexpériences\u201d.Prise de la parole, baisse ou cesse de la pratique religieuse, usage des contraceptifs, froc oux orties, divorces, voyages psychédéliques, essais de vie en communes, en communautés de base, en coopératives populaires, nouvelles formes de militantisme, changements de doctrines, revendications, contestations, nouvelles expressions littéraires et artistiques, emploi de la violence, associations nouvelles, politisation, dépolitisation, émiettement, regroupement, cynisme, dévouement, etc.On dirait que toute une société est devenue expérimentale.Les idoles sont renversées.Les tabous sont transgressés.Tout paraît possible, tout semble permis! ne sort-on pas de \u201cl\u2019obscurantisme\u201d pour accéder à \u201cl\u2019âge des lumières\u201d?La conformité se renverse en faveur du changement.Les changements se multipliant à vive allure, bientôt on juge du changement au style, aux vêtements, à la coiffure, L'EXPÉRIENCE QUÉBÉCOISE \u2014 Il 195 à l\u2019article de consommation.À chacun son \u201ckick\u201d et son \u201ctrip\u201d.A chacun sa \u201clibération\u201d.Comment interpréter cette magnifique floraison littéraire et artistique des dernières années?Dans la musique, dans la chanson, dans la peinture, au théâtre, au cinéma, en poésie, en tous genres littéraires.La production traditionnelle ne soutient pas la comparaison.La levée des interdits et le déblocage des inhibitions libèrent un torrent de créativité.Quelle importance accorder à ce qui se passe dans le secteur public et para-public?Réforme de l\u2019éducation, des services de santé et de bien-être, nationalisation complète de l\u2019électricité, création de sociétés ou de .régies d\u2019État comme S.G.F., SIDEBEC, SOQUEM, SOQUIP, REXFOR, R.R.Q., etc.Comment comprendre les nouveaux rôles joués par la C.S.N.Ja F.T.Q., la C.E.Q., le C.P.Q., l\u2019U.P.A.?Quel sens donner aux \u201cfronts communs\u201d et à l\u2019emprisonnement des chefs syndicaux?Que signifie la fondation de la C.S.D.?Comment expliquer la percée des créditistes dans les années \u201960 et la trouée du P.Q.au début des années 70?Qu\u2019est-il arrivé à l\u2019Union Nationale?Et les vagues du F.L.Q.dans cette histoire?D\u2019où viennent ces promotions accélérées de francophones dans les entreprises privées anglophones, au secteur public fédéral?A Bell Canada, à la Bourse de Montréal, à Air Canada, au Conseil Économique du Canada, au C.R.T.C., etc.?La grève d\u2019Asbestos soutiendra-t-elle longtemps la comparaison avec la grève à la United Aircraft?La Super Franco-Fête de 1974 ne rappelle-t-elle pas le Congrès Marial d\u2019Ottawa, en 1947?Se pourrait-il que Power Corporation soit venu prêter main-forte à Radio-Canada?Comment se fait-il que les réalisateurs en grève (1958) ne figurent pas sur la liste des agents de la révolution tranquille?Avons-nous la mémoire assez courte pour ne pas faire de rapprochement entre le bois de la Basse-Côte Nord et le fer de l\u2019Ungava?\u201cDe la Manie à la Baie James\u201d l\u2019inspiration s\u2019essouffle.Tembec, Cabano, opérations Dignité, Jacqueries et batailles de l\u2019indexation, 196 L\u2019ACTION NATIONALE nous disent que le changement souffre plus d\u2019une interprétation.Les ambiguïtés du changement La grande ambiguïté du changement des quelque quinze dernières années tient peut-être au fait que tout ne s\u2019est pas passé comme prévu.La révolution tranquille, par exemple, s\u2019est révélée toute grosse de conséquences inattendues.Une culture qui se désagrège présente le meilleur et le pire comme spectacle.Les spectateurs se demandent s\u2019il s\u2019agit de renaissance ou de décadence.La débâcle des glaces risque d\u2019entraîner la débâcle de la terre.La modernité \u201clibératrice\" s\u2019est faite aussi dévastatrice.Elle a dénoué, une à une, dans la famille, au village, dans le quartier, dans les organisations et les institutions des solidarités séculaires.Elle s\u2019est attaquée comme un acide corrosif aux vieilles croyances qu\u2019elle a dissoutes les unes après les autres.\u201cSacerdos in aeter-num\u201d et \u201cindissolubilité du mariage\u201d, véritables colonnes du temple traditionnel, ont été descendues de leur socle.Les archétypes furent renversés.Les normes sont apparues comme des contraintes.Ce n\u2019est pas pour rien que les hommes d\u2019Église prêtaient le serment anti-moderniste.Le projet de l\u2019Église se voulait l\u2019antithèse de la modernité.L\u2019Eglise n\u2019a jamais détaché l\u2019individu de sa communauté ou vice versa.Bien au contraire, elle a procuré à l\u2019individu toute une chaîne de médiations.Ne pratiquant pas toujours elle-même l\u2019Évangile de la pauvreté, elle n\u2019en prêchait pas pour autant l\u2019Evangile de la richesse.Fondatrice des Universités, elle a toujours subordonné la science à la foi.Sa révélation n\u2019est pas celle des sciences naturelles ou du Positivisme.À la lumière de sa tradition, Marxisme et Libéralisme prennent figure d\u2019hérésies.chrétiennes.L\u2019affaissement du pouvoir temporel et spirituel de l\u2019Église a laissé un vide culturel béant et une société instable.Certains prophètes de la révolution tranquille ont pris peur.Ils ne voulaient pas tant de changements.Eux qui ont accédé à un pouvoir dont le revêtement en autorité laisse à désirer.Ils se prennent à douter des bienfaits de la liberté qu\u2019ils avaient octroyée à leur peuple. L'EXPERIENCE QUÉBÉCOISE \u2014 Il 197 Leurs analyses parlent de dissolution culturelle.Ils craignent, au fond, que le flot furieux se retourne contre eux.Le mot se donne que le moment approche où il faudra ramener cette hystérie à la raison.Tout le monde ne porte pas l\u2019alcool, encore moins la drogue! Et c\u2019est la cinglante gifle de la répression.Les \u201crévolutionnaires\u201d d\u2019hier ont suspendu les libertés \u201cchéries\u201d.Les choses ne sont pas si simples.Les apprentis-sorciers vont devoir faire leur apprentissage.Les verrous traditionnels qui retenaient les comportements n\u2019étaient pas que les serrures d\u2019une prison.Derrière ces portes, s\u2019était aménagé, avec le temps, un habitat chargé de significations.C\u2019est bien malin de faire sauter les verrous, de libérer les prisonniers, croyant qu\u2019ils iront tout droit adorer les nouvelles idoles dressées pour eux sur la place publique.Encore eût-il fallu avertir les prisonniers que les nouvelles divinités ne seraient pas moins exigeantes et jalouses de leurs libertés que les anciennes.Encore eût-il fallu les prévenir que ces nouveaux dieux avaient un petit accent étranger.Encore eût-il fallu leur offrir autre chose que des \u201csolidarités\u201d fonctionnelles.Il ne faut pas se mettre en colère si certains prisonniers se font tirer l\u2019oreille et font mine de regarder ailleurs.La révolution tranquille s\u2019est accomplie sur le dos de l\u2019Église et de la culture traditionnelle.La montée de l\u2019État provincial, commencée sous Duplessis, s\u2019est effectuée au détriment de l\u2019Église comme institution.Il y a eu échange de pouvoir temporel entre l\u2019Église et l\u2019État, au profit de celui-ci.L\u2019État a occupé exactement les anciennes juridictions de l\u2019Église.Il ne s\u2019est guère avancé plus loin, malgré les instruments qu\u2019il s\u2019est donnés pour ce faire.Le Canada anglais, qui a célébré la fin de la \u201cfolk culture\u201d, ne s\u2019y est pas trompé lui.Enfin le Québec devenait une \u201cprovince comme les autres\u201d! La culture traditionnelle en déroute a cédé la place à la modernité dont les valeurs, curieusement, coïncident avec les besoins d\u2019expansion de l\u2019entreprise multinationale.L\u2019entreprise multinationale, nouvelle puissance rivale de l\u2019Etat, comme autrefois l\u2019Église, semble avoir gagné, avec la complicité de l\u2019État fédéral, la première 198 L\u2019ACTION NATIONALE manche de la révolution tranquille.Si l\u2019entreprise multinationale dispute aux États l\u2019âme des peuples, ce n\u2019est pas pour assumer elle-même des fardeaux dont elle n\u2019a que faire.Il lui suffit que par la quête des emplois et la recherche des satisfactions de la consommation les populations soient retenues dans les filets de ses réseaux.Il n\u2019est pas indifférent de remarquer que parmi ces réseaux figurent en bonne place les media d\u2019information.N\u2019est-ce pas que la démocratisation de l\u2019éducation s\u2019avère plus fonctionnelle que ce dinosaure de cours classique?Bien sûr que l\u2019étude de l\u2019histoire et que l\u2019enseignement de la philosophie peuvent faire l\u2019objet de cours optionnels.On n\u2019est pas seulement fonctionnels, on est même pluralistes! Quoi de mieux qu\u2019une culture technique pour entrer sur le marché du travail.Pas d'objection à ce que l\u2019État s\u2019occupe de sécurité sociale.Bien au contraire.Il faut bien quelqu\u2019un pour assumer les coûts de la croissance.Pourquoi l\u2019industrie de l\u2019automobile se plaindrait-elle des volumineux budgets de la voirie?L\u2019industrie de l\u2019érotisme s\u2019accommode assez bien de l\u2019émiettement sexuel.Il y a, de ce côté, un marché insoupçonné auparavant.La diffusion de la modernité fraie la voie à l\u2019entreprise multinationale, laquelle se permet plus d\u2019audaces, comme l\u2019a démontré I.T.T.Le pouvoir fédéral, acculé un moment à la défensive, a repris du poil de la bête et se fait plus envahissant que jamais.Pas très nationale, une révolution tranquille qui laisse intact un pouvoir économique et politique étranger, lequel s\u2019accroît même.À moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019un ressac contre-révolutionnaire.Pas très sociale, une révolution qui ne porte pas au pouvoir politique une nouvelle classe sociale.Anciens et nouveaux professionnels s\u2019entendent plutôt bien à ce niveau.Une révolution administrative, cette révolution tranquille qui fait de nous des éléments mieux intégrés à la concentration économique continentale.Intégration plus fonctionnelle.Au prix d\u2019une désintégration culturelle, au profit de la modernité.La cohésion traditionnelle a fait long feu.La différence s\u2019amenuise.Si révolution L\u2019EXPÉRIENCE QUÉBÉCOISE \u2014 Il 199 culturelle il y a eu, c\u2019est plutôt dans le sens du nivellement culturel au sein de la civilisation de la modernité ambiante.Ce mouvement d'homogénéisation ne nous laisse que peu de place comme culture distincte, hormis une survivance folklorique.La révolution industrielle venue de l\u2019extérieur a investi la place, a pénétré dedans, a fait éclater le vieil encadrement et peut désormais, à l\u2019intérieur, se dérouler jusqu\u2019à son terme.Phénomène inattendu, la modernité, en faisant de la place pour elle-même, en a aussi fait pour un mouvement de différenciation qui entend contrer la poussée en faveur de l\u2019intégration.Mouvement \u201cnationalitaire\u201d dont l\u2019ampleur dépasse de beaucoup l\u2019ancien courant de résistance à l\u2019assimilation.Le nationalisme de conservation a fait place à un nationalisme d\u2019affirmation nationale.Un nationalisme beaucoup plus agressif, articulé et qui foisonne de projets.Un nationalisme qui a le sens du pouvoir économique et politique, surtout dans sa partie émergée: le mouvement d\u2019indépendance nationale.Il n\u2019entend en rien retourner aux définitions spirituelles du nationalisme juridico-culturel.La découverte d\u2019un État provincial a déclenché des aspirations à un État national.Le Libéralisme a mis en branle, malgré lui, des revendications sociales en provenance des classes populaires et des milieux défavorisés.Le divorce traditionnel du \u201cnational\u201d et du \u201csocial\u201d s\u2019estompe.Le mouvement \u201cnationalitaire\u201d s\u2019élève lui aussi sur la destruction de la culture traditionnelle.En un sens, l\u2019affaiblissement de l'identité culturelle constitue un handicap pour lui.Dans un autre sens, c\u2019est bien là sa chance.L éclatement du vieil encadrement libère des énergies d\u2019audace et de créativité.On veut faire neuf.On pense dans de nouveaux schémas.Les anciennes attaches ne retiennent plus.\u201cBozo les culottes\u201d s\u2019est fâché.\u201cL\u2019alouette s\u2019est mise en colère\u201d.On redécouvre les \u201cpatriotes\u201d.On réécrit l\u2019Histoire.On veut \u201cnationaliser\u201d l'État provincial.On entend bien se servir des instruments inutilisés, hérités de la révolution tranquille.On renoue avec une tradition qui n\u2019est plus perçue comme traditionnelle.La \u201cmaison canadienne\u201d se fait \u201cquébécoise\u201d.Le vieux fonds québécois commence à se 200 L'ACTION NATIONALE mouvoir dans cette direction.Le \u201cQuébec international\u201d prolonge le \u201cCanada français missionnaire\u201d.On chante son pays sur toutes les scènes du monde dans des accents jamais entendus.De magnifiques chants d\u2019amour s\u2019élèvent sur la révolution sexuelle.Les poètes se font prophètes.On reprend symboliquement possession de son pays avant de le faire en termes réels.Le mouvement \u201cnationalitaire\u201d vient du fond de notre âge comme peuple.Comme un instinct de vivre, notre expérience collective tend vers son accomplissement.Courant qui devant l\u2019obstacle s\u2019étale en flaque d\u2019eau, fait un certain plein, puis repart en ruisseau, auquel on impose un barrage comme cran d\u2019arrêt.Un lac plus ou moins stagnant se forme, trouve son déversoir dans une rivière, laquelle grossit en un fleuve qui cherche la mer.Une rivière se détourne plus facilement qu\u2019un fleuve.Un peuple qui atteint une masse critique consciente de son potentiel ne s\u2019endigue qu\u2019à des coûts de plus en plus onéreux.Notre expérience collective exerce une pression de plus en plus forte dans le sens d\u2019une responsabilité complète d\u2019elle-même.Un possible changement de condition Bouclant la boucle, nous nous demandons si nos expériences collectives les plus significatives ont modifié substantiellement le substrat de notre \u201ccondition humaine\u201d.À première vue, pas tellement.Les cinq données de base, l\u2019origine, le nombre, le pays, l\u2019isolement, la dépendance, sont toujours là.Mais en y regardant de plus près, on trouve des traces de modifications plus que sensibles.L\u2019origine n\u2019a pas changé; c\u2019est là un truisme.Tout vient d\u2019elle.C\u2019est notre singularité première sur le continent.Nous en avons cependant une conscience plus vive, à la mesure même de la pression environnante.Nous repartons à la redécouverte de notre origine pour en exprimer tout le suc.Nous en refaisons une nouvelle source d\u2019inspiration.Le passé se fait élan vers l\u2019avenir.Le nombre plus que jamais nous fait cruellement défaut.La croissance zéro nous atteint au défaut de la cuirasse.Nous sommes menacés d\u2019une perte de poids L'EXPÉRIENCE QUÉBÉCOISE \u2014 Il 201 numérique relatif, dont le point de non-retour se situe pas très loin quelque part.Cette nouvelle conjoncture nous oblige, d\u2019une part, à mettre davantage à profit l\u2019allégement considérable de la pression démographique interne, d\u2019autre part, à prendre le contrôle du phénomène vital des mouvements migratoires.Nous avons le dos au mur.Une immigration qui ne cesse d\u2019enfler la proportion anglophone du Québec ne nous laisse plus le choix.Dans le même temps nous sommes devenus beaucoup plus conscients de la nécessité d\u2019utiliser le levier de la majorité pour \u201cfrancophoniser\u201d l\u2019espace québécois.Nous réclamons, nous exigeons des terres dans la sphère économique.La pression des diplômés sur le marché du travail se fait politique.La bataille à propos du \u2018\u2018bill 22\u201d a recélé une pression collective dans le sens de faire prévaloir la langue française sur toute l\u2019étendue du territoire, au travail, dans l\u2019éducation, dans l\u2019entreprise, partout.Une nouvelle conscience de la force que donne la majorité.Le pays.Depuis que nous avons cessé de rêver à la reconquête du Canada par \u201cla revanche des berceaux\u201d, nous avons renoncé à l\u2019espace flou du Canada français sans frontières visibles.Nous avons opté pour un territoire plus nettement délimité, le Québec, où nous faisons le nombre.Un territoire plus réel, plus charnel, plus \u201cbiologique\u201d, sur lequel nous prenons appui.Un territoire qui définit l\u2019aire d\u2019une nouvelle identité, celle de Québécois.\u201cC\u2019est alors que j'ai compris que l\u2019Québec, c\u2019est mon pays\u201d.Nous savons maintenant que le Canada français n\u2019a d'existence réelle qu\u2019en autant qu\u2019il coïncide avec le Québec.Hors du Québec, l\u2019assimilation complète n\u2019est plus qu\u2019une question de temps.La situation s\u2019est clarifiée.Plus possible d\u2019imaginer le salut collectif hors des frontières du Québec.Bien sûr que la conscience du territoire national ne parvient pas encore à maturité complète! Chaque jour nous en arrache un autre lambeau.Parcs nationaux du fédéral, terres de l'Abitibi achetées par les Américains, lacs \u201cClubés\u201d à la disposition des magnats étrangers, forêts consommées par le \u201cChicago Tribune\u201d ou \u201cI.T.T.\u201d, minerais de fer et d\u2019amiante transformés aux États-Unis.Mais l\u2019irritation que cause la dilapidation de notre patrimoine naturel 202 L'ACTION NATIONALE grandit de jour en jour et pas seulement chez les \u201cpéquistes\u201d.Les agriculteurs montent le ton.On commence à dresser des barrages à la voracité des multinationales.L\u2019État québécois se voit pressé d\u2019occuper le terrain en modifiant la règle du jeu sur le territoire.Le temps est venu pour la collectivité et son État de s\u2019arc-bouter sur le territoire national.L\u2019isolement rompu, nous semblons par ailleurs aussi isolés qu\u2019auparavant.De par l\u2019origine, de par le nombre, sur le continent et dans le monde.La rupture de l\u2019isolement nous a exposés aux quatre vents.Ouverts à toutes les influences comme une passoire.L\u2019isolement culturel a pris fin.L\u2019isolement, en terme de pouvoir, se continue.Sans alliés inconditionnels puissants.Le fédéral s\u2019est fait portier de la francophonie.Chaque rencontre lui fait déployer des prodiges d\u2019inventions.Apparaissent des générations spontanées de francophones surgissant de tous les coins du Canada: athlètes, professeurs, artistes, poètes, etc.Ne nous a-t-on pas assez reproché de nous isoler.Isolés, sans isolant, désormais.Seule la dépendance nous isole.Les voyages nous l\u2019ont appris.Au surplus, nous savons maintenant que nous partageons l\u2019isolement avec beaucoup d\u2019autres peuples dans le monde.L\u2019isolement ne peut plus tenir quand il n\u2019est plus qu\u2019imposé.Le barrage s\u2019est retourné de bord.La dépendance, voilà la clé de voûte de notre condition fondamentale.Dépendants nous étions, dépendants nous sommes demeurés.Dépendants plus confortables, mais dépendants tout de même.Un peu mieux entretenus, à peine.Avec toutes les humiliations que cette situation comporte.Entretenus de façon condescendante, à même nos propres ressources.Régence qui nous tient démunis, refaisant ainsi continuellement sa preuve de notre incapacité à prendre soin de nous-mêmes.Paternalisme qui nous présente sans cesse le miroir déformant de la comparaison verticale.Évidemment, nous ne faisons pas montre des attitudes culturelles requises! Le \u201cbon géant\u201d n\u2019a pas le droit de nous abandonner à nos insuffisances.Il est bien obligé de prolonger l\u2019adolescence, tant nos progrès sont lents.La majorité peut toujours attendre.Rien ne presse pour ceux qui font bombance de notre carence.Plus con- L\u2019EXPÉRIENCE QUÉBÉCOISE \u2014 Il 203 scients de la situation, nous sommes passés des récriminations aux revendications.Les exigences ne tarderont pas.Nous bercer d\u2019une complainte ne suffit plus à nous endormir.Nous faisons des crises.Une bonne volée pour nous calmer.Nous récidivons.Combien de temps serons-nous tenus en laisse?Un peuple ne se détourne pas aussi facilement qu\u2019un avion.On comprend mieux maintenant que ce qui nous manque le plus ce sont des institutions économiques et politiques qui fassent le poids.Du pouvoir.Des institutions autochtones.Un pouvoir décisif qui soit vraiment le nôtre.Nous n\u2019avons pas besoin d\u2019entrepreneurs-météores, comètes longues d'allégeance courte, qui ne font que rassembler un temps nos ressources pour mieux en remettre le paquet à ceux qui s\u2019engraissent déjà de notre substance.Nous n\u2019avons que faire du \u201crôle social\u201d de l\u2019entreprise et de ses \u201crelations publiques\u201d.Le \u201crespect des cultures\u201d par la multinationale ne nous intéresse même pas.La question n\u2019est pas de sauvegarder quelques valeurs culturelles ici et là.Nous voulons un pouvoir économique qui se mêle intimement à l\u2019expérience collective et s\u2019en rende solidaire.Nous voulons un pouvoir politique qui réponde aux impulsions émanant de sa collectivité.Un pouvoir transparent aux siens, un pouvoir légitime.Notre pauvreté d\u2019imagination provient de nos conditionnements de colonisés, de nos réflexes d\u2019imitation à réaction.La créativité se puise pourtant à la source de l\u2019expérience collective.L\u2019inspiration passe par l\u2019identification.Il faut être quelqu\u2019un de quelque part pour innover.En lieu et place de produits qui renforcent nos conditionnements, il nous faut des biens et services qui traduisent notre expérience, qui portent nos aspirations, qui expriment notre souffrance.Des thèmes collectifs, comme celui de l\u2019exilé, des imageries comme celles de l\u2019hibernation et du réveil printanier, une tradition, comme l\u2019interminable combat québécois pour la libre disposition de lui-même, attendent une mise en forme matérielle et symbolique à laquelle chaque Québécois pourra s\u2019identifier.Soulager les angoisses de son peuple, anticiper sa personnalité future plutôt qu\u2019aggraver ses complexes ou exploiter ses \u201ccordes sensibles\u201d. 204 L\u2019ACTION NATIONALE Que les industriels s\u2019équipent d\u2019antennes sensibles capables, à la manière des artisans et des artistes, de détecter le précieux filon et l\u2019on reparlera de la culture, désormais assurée d\u2019assises solides.On ne peut toujours compter sur \u201cle jet héroïque d\u2019une immense volonté\u201d.Il nous faut des structures d\u2019accueil qui retiennent l\u2019eau de la source et la canalisent de tous côtés en un système d\u2019irrigation de la terre.La culture a besoin de moyens matériels pour vivre et grandir à l\u2019aise.Nécessaire accouplement \u201cdu sens et de la puissance\u201d7, de la signification et du pouvoir.Que cela se fasse et l\u2019on reparlera longtemps de ces industriels qui auront remporté le test d\u2019allégeance à leur peuple.Alors, le cours récent de notre expérience collective n\u2019aura pas été le dernier.Conclusion Comme expérience collective, la culture c\u2019est bien autre chose que ses fonctions ou ses visages d\u2019époque.La culture, c\u2019est la tradition vivante d\u2019un sujet collectif qui tend vers son accomplissement.Une allégeance collective à la vie.Notre expérience collective éprouve présentement le plus pressant besoin d\u2019une très forte structuration.Nous avons marché de changement structurel en changement culturel, il nous faut maintenant avancer du changement culturel au changement structurel.Renforcer tout ce que nous possédons d\u2019autochtones comme structures.Et en créer d\u2019autres également autochtones.Au premier chef, l\u2019État, puisque la lutte entre l\u2019État national et les entreprises multinationales s\u2019annonce comme un des enjeux du dernier quart de siècle.Laissera-t-on ja multinationale assumer la double succession de l\u2019Église?L\u2019État doit s\u2019arc-bouter sur le territoire national et se faire le maître-d\u2019œuvre du développement.L\u2019État, reflet et point d\u2019appui de la nouvelle identité québécoise.(7) Voir Georges Balandier, Sens et puissance, P.U.F., 1971 L\u2019EXPÉRIENCE QUÉBÉCOISE \u2014 Il 205 En second lieu, l\u2019Église.Cette universelle, accoucheuse de nations à qui elle a fourni le ciment national, n\u2019a pas terminé son rôle.Notre première \u201cmultinationale\u201d s\u2019est servie de nous autant qu\u2019elle nous a servis.Quelques années ne peuvent mettre fin à une identification séculaire.Affaiblie, retraitée, l\u2019Église voit l\u2019époque voler à son secours en un sens.La civilisation de la modernité n\u2019a plus beaucoup de significations à offrir.L\u2019Église possède une longue expérience des besoins de significations des gens.Les sensibilités ont changé, mais les besoins de transcendance et de communauté demeurent.L\u2019expérience mondiale de la modernité, comme pouvoir, idéologie et civilisation, démontre que la religion ne détenait pas le monopole de l\u2019aliénation.Pro-méthée va se faire rassurer chez le \u201cguru\u201d.Les rejetés du système ne sont-ils pas \u201cles plus petits d\u2019entre les miens\u201d?Les exilés politiques qui se heurtent aux portes fermées des ambassades ne dédaigneraient pas trouver quelque \u201cmonastère\u201d sur leur route.Le bas-clergé a déjà pris parti.Le haut-clergé, occupé à l\u2019analyse autopsique de sa subvention \u201cmoyens-fins\u201d commence à en être lui-même touché.Le modèle par excellence de la signification, cette relation unique au monde, l\u2019Église l\u2019a proposé pendant des siècles.Elle sait depuis toujours que l\u2019homme est autre chose qu\u2019une vibration, un module ou une particule.Parmi nos institutions économiques, le mouvement coopératif a peut-être le plus contribué à retenir notre substance collective.Profondément autochtone, il plonge des racines dans notre Histoire, se nourrit au terroir, s\u2019étend au territoire.Comme entrepreneurs, certains coopérateurs n\u2019ont rien à envier à personne.En quête \u201cd\u2019entrepreneurship\u201d, on n\u2019a pas assez regardé de ce côté, semble-t-il.Qualifié de traditionnel, le mouvement coopératif a désormais pignon sur rue et voit s\u2019accrocher à lui des aspirations nationales et sociales.Sa taille, son originalité, sa fidélité justifient les unes et les autres.C\u2019est beaucoup lui demander quand même.N\u2019empêche que l\u2019éclatement de l'homme libéral en \u201chomo economicus\u201d, \u201chomo politicus\u201d, \u201chomo socius\u201d, en un mot, en spécialisations distantes et incommunicables, trouve un commencement de réponse dans une formule 206 L\u2019ACTION NATIONALE coopérative qui intègre le social, l\u2019économique et le politique au sein de l\u2019entreprise.L\u2019homme n\u2019y est pas non plus réduit à la dimension production-consommation.Doté d\u2019une règle du jeu coopératif, le mouvement pourrait jouer un rôle majeur dans le développement du Québec, équilibrant d\u2019autant le rôle de l\u2019Etat.Le mouvement coopératif fait la preuve que l\u2019on peut, à l\u2019époque moderne, compter sur le vieux fonds québécois.Le syndicalisme d\u2019agriculteurs, d\u2019ouvriers, d\u2019enseignants, de professionnels, constitue un ensemble institutionnel qui a aussi contribué à retenir notre substance.Sorti tout droit de la cuisse de l\u2019Église, comme le mouvement coopératif et l\u2019État, il se heurte au pouvoir décuplé de la multinationale.La grève de l\u2019amiante, c\u2019était une autre époque.Les affrontements d\u2019aujourd\u2019hui et de demain seront, sont déjà beaucoup plus fondamentaux pour la continuation des expériences nationales.Les États n\u2019ont pas encore compris qu\u2019il y va de leur salut, comme États nationaux, de s\u2019allier au syndicalisme plutôt que de voir en lui leur \u201cennemi public numéro un\u201d.Tout au moins, le considérer comme partenaire du jeu social, sorte d\u2019associé-rival.Par ce biais, et grâce à une législation favorable en ce sens, quantité de rejetés du système, acculés à la dépendance chronique, auraient l\u2019occasion d\u2019effectuer leur rentrée dans la responsabilité collective.Héritage et projet leur redeviendraient accessibles.L\u2019entreprise privée \u2014 la multinationale prenant amplement soin d\u2019elle-même \u2014 est conviée à s\u2019arracher à ses problèmes de survivance à chaque tournant de génération pour entrer, comme partie intégrante de l\u2019expérience collective, en formant un réseau institutionnel qui se tienne.Pourquoi accepterait-elle indéfiniment \u201cle socialisme des riches\u201d, ces relations d\u2019intimité douteuse entre la grande entreprise étrangère et l\u2019État national, au détriment du \u201ccapitalisme des pauvres\u201d qui lui est dévolu comme tout partage?Pourquoi se satisferait-elle d\u2019un régime de \"sous-traitance\u201d?L\u2019entreprise québécoise ne peut plus se contenter d\u2019un rôle de citoyen de seconde zone chez nous.L\u2019entreprise étrangère ne peut sûrement pas jouer à sa place ce rôle de support de notre culture.Beaucoup d\u2019hommes d\u2019affaires québécois sont parfaite- L\u2019EXPÉRIENCE QUÉBÉCOISE \u2014 Il 207 ment capables de relever le défi de rendre profitable à eux-mêmes et à la collectivité le filon d\u2019une tradition séculaire.L\u2019entreprise québécoise, rassemblée en institution, pourrait jouer au même titre que le mouvement coopératif, le syndicalisme et l\u2019État, un rôle de partenaire majeur du jeu social.Quelle contribution à la collectivité! Un domaine d\u2019urgence nationale pour le sujet collectif québécois et sa culture, c\u2019est le secteur des media d\u2019information.Les industries modernes de la persuasion ont une puissance \u201csocialisatrice\u201d équivalente à celle de l\u2019Église, de la famille et de l\u2019école réunies.d\u2019autrefois.Institution d\u2019importance stratégique majeure à notre époque les media d\u2019information forment un réseau qui, jour après jour, diffuse livres, périodiques, journaux, images, symboles, idées, nouvelles, modèles, vedettes, langages, connaissances, dont l\u2019ensemble compose une sorte d\u2019utérus culturel de la société.Voici que par le \u201clibre jeu\u201d de la concentration économique se profile, derrière cette institution vitale, l\u2019ombre du pouvoir parallèle de la multinationale laquelle ne connaît d\u2019autre loyauté que la sienne.Seule une collectivité, entretenue dans l\u2019ambivalence indécise comme la nôtre, peut hésiter à prendre le contrôle d\u2019une telle puissance.Pénélope chaque jour tisse sa toile et chaque soir la défait.N\u2019écartant nettement aucun prétendant, elle n\u2019en retarde pas moins tout engagement définitif avec l\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre eux.Dans l\u2019attente d\u2019Ulysse qui tarde tant.Peut-être craignons-nous, par instinct de peuple peu nombreux, la cassure qui nous diviserait irrémédiablement.Dans l\u2019intervalle, le Québec \u201cse fait\u201d et \u201cse défait\u201d tous les jours.Nous prenons notre temps, afin de mieux basculer d\u2019un seul bloc le moment venu.Peut-être.Pourvu que ce soit \u201cdu bon bord\u201d.Notre expérience collective est animée d'un vouloir vivre collectif dont la légitimité a dépassé la simple volonté de \u201csurvivance\u201d.Mais la turbulence secoue l\u2019appareil, les interférences brouillent les ondes, une spirale menace de happer le véhicule hors de contrôle du personnel navigant.Vite, complétons les instruments de bord et mettons-y les gaz pour effectuer le virage pendant qu\u2019il en 208 L\u2019ACTION NATIONALE est encore temps.Déjà, l\u2019on entend les premiers craquements des vieux États continentaux pris en tenaille sous la double poussée des entreprises multinationales et des régionalismes en quête d\u2019identité.L\u2019ère de la décolonisation intérieure commence. Pour mieux connaître Groulx par Pierre Trépanier 210 L\u2019ACTION NATIONALE Rarement des heures consacrées à ta lecture m\u2019auront paru aussi agréables, aussi stimulantes.C\u2019était des heures en comoaanie de Lionel Groulx.Je les dois, vous les devrez, à Georges-Émile Giguère, à un groupe de collaborateurs sous la direction de Maurice Filion et surtout à Guy Frégault1.Frégault qui nous revient pour la dernière fois avec une oeuvre remarquable par l\u2019esprit qui l\u2019anime, par la pensée et le style.Aucun disciple de Groulx n\u2019a été plus digne de lui, littérairement parlant, que Frégault.Les deux manifestent une commune ferveur disciplinée, une rigueur, une élévation exemplaires, servies par un admirable talent d\u2019écrivain, avec, chez Frégault, plus de sobriété.Ce qui m\u2019a toujours le plus touché chez Groulx, c\u2019est la tension vers l\u2019idéal choisi et la sévérité qui en est la condition et la rançon.Cette qualité, que partageait Frégault, je ne la retrouve guère, à un degré aussi éminent, que chez Victor Barbeau.Georges-Émile Giguère a écrit une biographie populaire, sans prétention, promise sans doute à une large diffusion.Le récit, un peu capricieux, n\u2019est pas rectiligne, laisse place souvent aux commentaires.L'auteur a beaucoup insisté sur le milieu physique et l'environnement humain qui ont fait Groulx.Avec raison: les Rapaillages le disent assez pour qu\u2019il ne soit pas permis d\u2019en douter.Même signification du débat sur le régionalisme en littérature.Une conclusion fondamentale, donc, à retenir car d\u2019autres auteurs y font écho: le fondement solide de la pensée de Groulx est populaire, c\u2019est l\u2019identité profonde, l\u2019instinct du peuple.Dans les termes de Frégault, c\u2019est le \u201cpatriotisme\u201d de Groulx.La doctrine de Groulx est l\u2019édifice intellectuel que l\u2019homme instruit a élevé sur ces fondations: le \u201cnationalisme\u201d de Groulx, toujours d'après Frégault.Dans le premier cas, culture populaire; dans le second, culture savante.Giguère rappelle ensuite les interactions du catholicisme et du nationalisme qui rendent compte de l\u2019édification (1) G.-É.Giguère, Lionel Groulx, Biographie, \u201cNotre Etat français, nous l\u2019aurons!.\", Montréal, Bellarmin, 1978.M.Filion, sous la dir.de, Hommage à Lionel Groulx, (Montréal), Leméac, (1978).G.Frégault, Lionel Groulx tel qu\u2019en lui-même, (Montréal), Leméac, (1978). POUR MIEUX CONNAÎTRE GROULX 211 progressive dans la conscience de Groulx, d\u2019abord, puis dans ses écrits, de son exigente synthèse.Une synthèse, il faut le reconnaître, qui n\u2019est plus accordée au Québec contemporain car celui-ci n\u2019est plus une chrétienté.La société québécoise a éclaté, elle est pluraliste.Or, aux yeux de Groulx, la foi était indispensable, fondement, ciment, justification, garde-fou de sa doctrine.Ce que Groulx couchait dans son testament, en parlant des Québécois, qui oserait l\u2019écrire en 1978: \u201c(.) petit pays et petit peuple qui, parce que catholiques, m\u2019ont toujours paru la grande entité spirituelle en Amérique du Nord.\u201d Je ne déplore rien et ne juge pas: je constate.L\u2019actualité de Groulx est ailleurs.Giguère examine aussi la question: le nationalisme de Groulx était-il séparatiste?Sa réponse n\u2019est pas fausse, mais elle n\u2019est pas satisfaisante.Il y répond un peu à la manière de Groulx, avec plus de subtilité que de clarté.Groulx, affirme-t-il, n\u2019était pas séparatiste.Mais il ajoute, du même souffle: \u201cUn parti politique qui propose avec la souveraineté de multiples associations n\u2019est pas davantage séparatiste, terme qui convient mieux à tous ceux qui refusent ces associations, avec la souveraineté, l'autonomie et l\u2019indépendance politique (p.157).\u201d C\u2019est esquiver, me semble-t-il, le fond du problème.Dans Hommage à Lionel Groulx, François-Albert Angers envisage la question d\u2019une manière qui n\u2019est pas sans analogie avec celle de Giguère: Mais finalement, insistera-t-on, Groulx était-il oui ou non indépendantiste?La question ainsi posée (.) est sans issue parce qu\u2019elle part d\u2019une problématique de combattants qui tendaient à classer les Canadiens français en deux catégories: ceux qui appuyaient formellement le mouvement indépendantiste \u2014 ce que Groulx n\u2019a jamais fait \u2014 et les autres, qui sont pris forcément alors comme les fédéralistes, dans le sens péjoratif de faire passer avant tout la Confédération, quoi qu\u2019il arrive au Québec p.27).C\u2019est encore déplacer le problème.Mais les deux auteurs s\u2019entendent évidemment pour affirmer que le nationalisme de Groulx était d\u2019abord québécois et que sa logique mène, en définitive, à l\u2019indépendance.C\u2019est de Frégault que viendra l\u2019explication la plus convaincante. 212 L'ACTION NATIONALE La contribution de M.Angers à notre connaissance de Groulx réside dans l\u2019insistance qu\u2019il met à voir dans ce dernier un homme politique, au sens large du terme.Frégault dira: un homme d\u2019action.Hommage à Lionel Groulx comprend plusieurs autres textes intéressants, tel celui de Benoît Lacroix sur la religion de Groulx, des témoignages et des inédits sans compter la chronologie dressée par Madame Juliette Lalonde-Rémillard, utile sans doute, mais qui ne remplace pas celle, beaucoup plus détaillée, que propose Jean Genest dans le numéro spécial de l\u2019Action nationale intitulé \u201cLionel Groulx, ptre\u2019\u2019 (juin 1968).J\u2019ai dit, dans les pages de cette revue, toute l\u2019admiration que suscitait en moi la Chronique des années perdues de Guy Frégault.C\u2019est avec la même admiration que je salue, du même auteur, Lionel Groulx tel qu\u2019en lui-même.Cet ouvrage-ci m\u2019apparaît d\u2019ailleurs comme la suite de celui-là.Les deux nous aident à approfondir notre connaissance du Québec.Raconter Groulx avec la perspicacité de Frégault, c\u2019est expliquer Groulx; expliquer Groulx, c\u2019est expliquer le Québec.Frégault a voulu être véridique et tendre dans son analyse de Groulx.À ne considérer que la logique implacable de certains passages, on perd de vue la tendresse.Mais, quand on ressaisit d\u2019un geste ces deux cents pages, une fois la lecture achevée, on prend conscience de toute la tendresse disciplinée qui voudrait frémir à chaque paragraphe.Quand on parle de Groulx, l\u2019hommage, pour être digne de son objet, ne peut être que la vérité.Vérité sur un homme, vérité sur un peuple et un temps qui l\u2019ont fait et qu\u2019il a faits.Le lecteur trouvera dans ce livre l\u2019une des interprétations les plus lucides et les plus profondes de notre 20e siècle.Qui, par exemple, mieux que Frégault, peut parler de la révolution tranquille?Mais ce livre n\u2019est pas qu\u2019une oeuvre d\u2019historien: on y puisera des aperçus qui sont d\u2019un fin observateur, des réflexions qui sont d\u2019un grand moraliste, au sens le plus noble du terme, au sens qu\u2019il faut l\u2019entendre quand on dit que Groulx, Barbeau et Frégault sont des moralistes.Et tout cela, je le répète, sans complaisance aucune, avec le souci de ne rien celer et de faire face.Ain- POUR MIEUX CONNAÎTRE GROULX 213 si comment contester la justesse de l\u2019observation suivante?L\u2019opinion canadienne-française a toujours abrité deux tendances majeures: d\u2019un côté, une majorité qui s'accommode du monde comme il va, accueillante au loyalisme, patiente avec les impérialistes, parlant anglais avec les anglophones, cliente des partis traditionnels, conservatrice, quelle que soit son étiquette, sage avec le clergé, pensant plutôt librement avec ceux qui, sans trop de bruit, en font autant, prenant ses idées à l\u2019étalage et faisant son nid où elle peut; de l\u2019autre, une minorité qui, comme toutes les minorités, se prend volontiers pour une élite, s\u2019applique à redresser les sentiers et les esprits, peuple les sociétés nationales, proclame son attachement à la langue française, lit la bonne presse et parfois les bons livres, manifeste une humeur généralement maussade, incline au cléricalisme, exalte les valeurs rurales et se définit comme nationaliste (p.159-160).J'ajouterais: ils sont moins nombreux qu\u2019on croit les Québécois qui n\u2019ont pas varié, qui n\u2019ont pas vu dominer, selon les méandres de leur existence, tantôt une tendance, tantôt l\u2019autre, quand ce n\u2019est pas un mélange des deux.Elles sont à méditer aussi les lignes où l\u2019auteur nous convie à réfléchir sur la tentation passéiste (p.43).Et peut-on exprimer de façon plus saisissante la continuité nationaliste au Québec?Il importe peu que, dans l\u2019immédiat, la formule [Maître chez nous!] ait été tirée de la rédaction d\u2019un fonctionnaire; elle avait sa source dans l\u2019action de Groulx, qui avait elle-même sa source dans son école; et celle-ci avait mieux que des devanciers: une histoire avant elle, qui se confondait avec l\u2019histoire (p.169).La continuité nationaliste et sa légitimité, puisqu\u2019il faut encore la défendre2.Car le patriotisme, le nationalisme équilibré \u2014 arbitrage cohérent entre les libertés individuelles et les réalités collectives dont elles ont besoin pour leur épanouissement \u2014 ne sauront être qu\u2019un humanisme: il vient de très loin, (2) Cf.M.Morin et C.Bertrand, \"Dénationaliser l\u2019État\u201d, Le Devoir.18 mai 1978 p.5; 19 mai, p.5-6; 20 mai, p.5 et 23 mai, p.5. 214 L'ACTION NATIONALE de la nécessité, de la dignité aussi, d\u2019appartenir à cette espèce humaine, dont c\u2019est l\u2019inéluctable, obscur et magnifique destin que de voir l\u2019épanouissement de l\u2019être unique passer par les contraintes et les chances d\u2019une communauté fraternelle (p.228).Aucune digression dans ce qui précède.Il est toujours question de nous, donc de Groulx.Groulx en effet a été poussé par l\u2019élan vital de son peuple en même temps qu\u2019il a été freiné par les contraintes pesant sur celui-ci.Les attitudes de Groulx, \u201cdans leurs variations, jusque dans leur recherche d\u2019une difficile cohérence, [.] ne font que reproduire les aspirations déçues et les angoisses de la collectivité dont il est issu\u2019\u2019 (p.222).Groulx s\u2019est contredit.Non pas bien sûr sur sa passion catholique et française, son indéfectible attachement à l\u2019idée de libération économique et politique de sa nation, au rêve qu\u2019il caressait pour elle d\u2019un avenir de dignité et d\u2019accomplissement.Non, mais sur le point très précis de l\u2019indépendance.Une évolution circulaire, qui embarrasse visiblement l\u2019auteur intègre et sincère des Mémoires.La vérité est que Groulx indépendantiste à sa façon en 1922, ne l\u2019est plus en 1935 et 1937.La vérité est que ce n\u2019est pas Bourassa qui s\u2019est éloigné de son credo nationaliste canadien, mais Groulx, en 1922, pour y revenir dans les années trente.Bourassa soutenait les mêmes idées dans les années 1920 qu\u2019au début du siècle, au moment de son échange de vues franc et direct avec Tardivel, indépendantiste affiché.La vérité est que la célèbre formule de l\u2019État français a connu, suivant les époques, des glissements de sens, tantôt État indépendant, tantôt province consciente de sa mission.Groulx avait le droit d\u2019évoluer, puis de chercher, en toute sincérité, son unité.Nul ne le lui disputera.Mais l\u2019historien qui se penche sur lui a le devoir de découvrir pourquoi il a varié.L\u2019explication est complexe, comme le phénomène.Elle ne diminue en rien notre admiration pour Groulx, mais nous le rend plus attachant dans sa pénible quête, pour son petit peuple, d\u2019un destin à la mesure de son histoire.Pour Frégault, Groulx est plus homme d\u2019action qu\u2019historien.Entendons-nous.Il s\u2019agit d\u2019une question de degré dans l\u2019excellence.On ne conteste pas la valeur éminente de son oeuvre historique.Mais Groulx a lui- POUR MIEUX CONNAITRE GROULX 215 même avoué que ce sont ses supérieurs qui lui ont confié cette tâche, que, par obéissance, il a acceptée.Il sera toujours tiraillé entre son penchant pour l\u2019action et son devoir d'état.Frégault a raison de conclure son premier chapitre ainsi: \u201cfigure de maître et de directeur spirituel, mais véritablement et par-dessus tout figure de chef\u201d (p.51).Ici il y a un paradoxe.Parce que clerc, Groulx ne pouvait aller jusqu\u2019au bout de sa trajectoire de chef national; d\u2019une certaine manière, pourtant, il a été un chef national parce qu\u2019il était clerc.C\u2019est ce qui amène Frégault à porter un de ces jugements limpides dont il a le secret.Voilà un corps [le clergé] trop rapidement qualifié de dominateur, alors qu\u2019il n\u2019est que dominant, et dominant parce que, en même temps que la responsabilité dont elle fait, à tous les sens du terme, l\u2019économie, la société canadienne-française lui abandonne une fonction que la nation assume dans la plupart des pays libres [i.e.l\u2019éducation], Même divisé, loyaliste en haut, patriote en bas \u2014 cela en très gros: il faudrait ici plus que des nuances \u2014, ce clergé se révèle plus qu\u2019aucun autre corps en mesure de soutenir les sujets d\u2019élite que le peuple lui fournit; de tous les ordres, c\u2019est probablement celui dont les assises populaires sont les plus larges et sûrement celui dont les idéaux sont les plus élevés.Le talent de Lionel Groulx peut s\u2019y développer; il le peut, ce qui importe aussi, dans une relative sécurité (p.51).Le chapitre 2 étudie Groulx en tant qu\u2019historien.Il montre jusqu\u2019à quel point Groulx écrivait l\u2019histoire pour préparer l\u2019avenir; jusqu\u2019à quel point son interprétation s\u2019enracinait dans le vieux fonds de culture du Canada français (patriotisme et messianisme).L\u2019auteur met à nu ce qui lui semble une faille logique dans la synthèse qu\u2019a élaborée Groulx de notre passé collectif, dans sa magistrale Histoire du Canada français: l\u2019évolution constitutionnelle y est décrite, comme un enchaînement de victoires arrachées à la Grande-Bretagne et au Canada anglais, couronnée par l\u2019ultime victoire de 1867.Pourtant, au lendemain de 1867, tout se gâte.Groulx la plupart du temps accuse la veulerie des hommes politiques, mais il lui arrive de mettre en cause les structures.En outre, dans son Histoire du Canada français, l\u2019entité politique qui passe de l\u2019autonomie à l\u2019indépendance, ce n\u2019est pas 216 L'ACTION NATIONALE le Canada français, mais le Canada tout court.Ici encore se profile la grande ombre de Bourassa; ici encore s\u2019appesantit sur l\u2019historien la masse des idées reçues.Comme son nationalisme, l\u2019œuvre historique de Groulx paraît ambiguë parce qu\u2019elle marque une transition, que dans l\u2019ensemble Groulx ne réussit pas complètement.À certains moments privilégiés, il a opéré cette transition de façon claire et nette, pour ensuite se laisser ressaisir par les contraintes idéologiques de son temps.La grande actualité de Groulx réside dans ces moments de lumière qu\u2019ont partagés l\u2019homme d\u2019action et l\u2019historien.Les deux derniers chapitres analysent l\u2019évolution idéologique de Groulx.L\u2019interprétation de Frégault repose sur la lutte que se font en Groulx l\u2019instinct populaire et la culture savante, le patriotisme et le nationalisme, le fond de choses et la formule nationaliste, Groulx tel qu\u2019en lui-même et Bourassa.L\u2019actualité de Groulx date de 1922.Même quand le maître sera revenu à l\u2019ambiguïté du juste milieu, les disciples, la jeunesse continueront à l\u2019écouter à cause de 1922.En 1922, Groulx est donc sorti du rang, idéologiquement parlant, pour prendre contact avec le fond des choses, de l\u2019histoire, du pays, pour renouer, dans les termes de Fernand Dumont, avec le mythe de la genèse, avec le nous-mêmes3.Qu\u2019a proposé Groulx en 1922?Pourquoi après est-il rentré dans le rang, tout en entretenant le feu sacré pour le passer aux générations futures?En 1922, Groulx était indépendantiste.Son indépendantisme était cependant en quelque sorte passif et conditionnel parce qu\u2019il s\u2019entourait de prudences.On prévoyait l\u2019écroulement prochain de la Confédération.Il fallait se préparer.Il n\u2019en reste pas moins que Groulx, malgré ses précautions, avait posé le problème dans sa juste perspective et qu\u2019il avait mis en cause les structures et non plus seulement les hommes.Personne ne s\u2019y trompait: c\u2019était un manifeste indépendantiste.Il eut l\u2019effet bombe.Écoutons Groulx, il va à l\u2019essentiel: \u2014 La preuve est faite: depuis la Confédération, nous avons discontinué la race; ce fut l\u2019arrêt soudain d\u2019une (3) F.Dumont, \u201cActualité de Lionel Groulx\u201d, Hommage à Lionel Groulx, op.cit., p.55-80. POUR MIEUX CONNAITRE GROULX 217 histoire, l\u2019interruption d\u2019un effort qui, depuis deux cents ans, coordonnait laborieusement vers leur fin naturelle les énergies de la Nouvelle-France (p.183).Les structures (dualisme) sont coupables autant sinon plus que les hommes: \u2014 Cette aspiration [vers la fin naturelle], le dualisme politique de 1840 et de 1867 l\u2019a affaiblie, parce que l\u2019idéal qui est un, ne peut souffrir ces dédoublements.C\u2019est donc elle, la vieille espérance des ancêtres, qui seule, dans le passé, a su tenir le rôle et la dignité d\u2019une fin, c\u2019est elle qu\u2019il faut ranimer.Elle est d\u2019ailleurs dans la logique de l\u2019avenir; elle jaillit de notre histoire comme sa fleur naturelle; et c\u2019est elle, au fond, avec ses faibles lueurs subsistantes, qui nous a empêchés de sombrer totalement (p.184).C\u2019est Groulx tel qu\u2019en lui-même qui parle.Pas le disciple de Bourassa.Un Groulx affranchi des thèmes du nationalisme officiel.Un Groulx visionnaire.Ou encore, dans la prose somptueuse de Frégault: C\u2019est ainsi que le petit prêtre encore un peu cam pagnard, avant de devenir un personnage très distingué, de prendre toute sa stature de chef et de s\u2019entourer de toutes les prudences du sage, aurait soudain assumé les aspirations muettes et les rêves jamais oubliés du \u201cpetit peuple\u201d en qui il ne voyait pas encore une masse inerte.À travers les alluvions des doctrines, au-delà des oeuvres éphémères de l'histoire à demi savante, perçant les épaisseurs de papier du \u201cnationalisme\u201d d'ici et d\u2019ailleurs, il aurait atteint ce que cachent les apparences et découvert, au sens propre, un fond immuable, à la fois souvenir et projet, doute et certitude, conscience et tourment.Alors, il aurait eu la vision de la patrie: patria, pays des pères.C\u2019est ce qu\u2019il montre aux fils.Peu importent, après cela, les éclaircissements convenables qu\u2019il s\u2019ingénie à formuler et les formules qu\u2019il emprunte à l\u2019actualité.Le \u201cvent qui passe\u201d n\u2019emporte pas tout.Permanente, la vision continue d\u2019émerger des systèmes qui changent (p.227).En d\u2019autres termes, Groulx a voulu par la suite filtrer la lumière trop vive de la vision: Sentiment spontané, son patriotisme est québécois.Il vient du fond de l\u2019histoire et du fond du pays.Cependant, cultivé, travaillé, documenté, réfléchi \u2014 c\u2019est le mot juste \u2014, réfléchi, mais attention! dans le miroir des notions savantes que véhiculent l\u2019expression littéraire du na- 218 L'ACTION NATIONALE tionalisme français4 et surtout le nationalisme canadien de Bourassa, il se constitue en système et devient le nationalisme canadien-français de l\u2019entre-deux-guerres (p.128).Même dans son texte de 1922, Groulx multipliait les précautions; cette tendance devait aller en s\u2019accentuant jusqu\u2019à occulter presque parfois le caractère proprement québécois de son nationalisme.Pourquoi?Triple prudence, répond Frégault: prudence ecclésiastique, prudence politique et prudence de chef.Un chef a besoin de troupes, nombreuses, le plus nombreuses possible.Il ne pouvait trop devancer l\u2019opinion publique de peur de perdre son audience, comme il était arrivé au franc et trop entier Tardivel.Mais l\u2019idée indépendantiste n\u2019était jamais bien loin chez Groulx.Il tenait à maintenir une certaine tension des énergies.En 1962, il proférera une nouvelle prophétie: \u201c[.] dans quarante, peut-être trente ou même vingt-cinq ans, \u2014 l\u2019histoire va si vite \u2014 l\u2019indépendance deviendra l\u2019inévitable solution\u201d (p.218).Voilà ce que, sur Groulx, nous apprend Frégault, en vérité et en toute tendresse, dans son beau livre, qui est son testament tout autant que la Chronique des années perdues.Celui-là ne trahit plus la lassitude de celle-ci.Entre les deux, s\u2019est interposée la surprise du 15 novembre.Depuis 1960, \u2018\u2018une lente \u2018ressaisie\u2019 s\u2019opère\u201d (p.236).Depuis lors, les Québécois s\u2019occupent \u201cà rassember les éléments d\u2019un projet de société\u201d (p.237).L\u2019histoire retiendra sans doute, à la source de cette ressaisie, parmi d\u2019autres facteurs et d\u2019autres acteurs, \u2018\u2018un petit homme en noir qui faisait des conférences\u201d (p.237).Frégault a écrit, à la dernière ligne de sa dernière page: \u2018\u2018Qui vivra verra\u201d (p.237).Conclusion laconique à de si lumineuses évocations.Ses yeux, trop tôt fermés, ne verront pas.Sa plume s\u2019est arrêtée de courir sur le papier, pour notre malheur.(4) Après ce livre, on ne peut plus douter de l\u2019influence de Maurras et de son mouvement sur Groulx, quoi qu\u2019en ait dit ce dernier. La montée de l'exogamie chez les jeunes francophones hors Québec 1,1 une cause majeure de l'assimilation croissante des minorités canadiennes-françaises.par Charles Castonguay, département de Mathématiques, Université d'Ottawa.(1) Les résultats de cette étude ont été présentés aux rencontres annuelles de la Northeastern Anthropological Association et de la American Ethnological Society tenues à l\u2019Université Laval du 17 au 19 mars 1978.La recherche a été financée par des subventions du Centre international de recherche sur le bilinguisme de l\u2019Université Laval, et de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Les opinions exprimées par l\u2019auteur n\u2019engagent en rien l\u2019une ou l\u2019autre de ces institutions. 220 L\u2019ACTION NATIONALE En marge des analyses actuelles de la situation des minorités canadiennes-françaises, il nous paraît utile de souligner un aspect du mécanisme de leur assimilation que le recensement de 1971 nous a permis d\u2019approfondir, soit celui de l\u2019exogamie linguistique.Dans Les héritiers de Lord Durham, la Fédération des francophones hors-Québec (FFHQ) a déjà souligné la forte incidence de l\u2019exogamie sur l\u2019anglicisation des minorités francophones.En effet, au recensement de 1971, dans huit des neuf provinces autres que le Québec, plus de 90% des personnes de langue maternelle française qui se sont déclarées mariées à un conjoint de langue maternelle non-française, se sont également déclarées de langue d\u2019usage anglaise.La relation entre exogamie et anglicisation serait par ailleurs un peu moins rigoureuse au Nouveau-Brunswick, où le taux d\u2019anglicisation des partenaires de langue maternelle française dans de tels mariages mixtes se situait autour de 80%.À cette nuance près, on peut dire qu\u2019à l\u2019extérieur du Québec, dans la quasi-totalité des cas, l\u2019exogamie linguistique s'accompagne de l\u2019adoption de l\u2019anglais comme langue principale de communication au foyer.Dans le même rapport, la FFHQ a d\u2019autre part confirmé la croissance du taux d\u2019anglicisation des générations minoritaires plus jeunes par rapport à celui de leurs aînés.Il vient alors tout naturellement à l\u2019esprit d\u2019examiner le taux d\u2019exogamie par groupe d\u2019âge chez les minorités de langue maternelle française.Car en autant qu\u2019exogamie et anglicisation soient reliées, on s\u2019attendrait à observer une augmentation dans la proportion des mariages mixtes contractés chez les jeunes minoritaires, en comparaison avec le taux d\u2019exogamie de leurs aînés.Le tableau ci-dessous établit effectivement une tendance très régulière vers une exogamie accrue chez les jeunes francophones hors Québec.En analysant de plus près les données de ce tableau, nous supposerons d\u2019une part que la proportion de mariages mixtes observée, par exemple, chez les personnes âgées de 65 ans ou plus en 1971 et qui cohabitaient encore avec leur conjoint, témoigne assez fidèlement du taux d\u2019exogamie en vigueur chez les jeunes adultes LA MONTÉE DE L\u2019EXOGAMIE.221 minoritaires il y a quelque quarante ou cinquante ans.D\u2019autre part, nous supposerons que la fraction de mariages mixtes observée auprès de minoritaires âgés de 15 à 24 ans et déjà mariés en 1971 se maintiendra approximativement chez les nombreux célibataires de ce même groupe d\u2019âge qui ne se marieront que plus tard.De cette façon, les taux d\u2019exogamie observés en 1971 en aval et en amont de l\u2019âge moyen auquel une personne se marie nous renseignent sur les taux d\u2019exogamie passés et à venir, et le champ d\u2019information qu\u2019offre notre tableau s\u2019étend au total sur quelque cinq ou six décennies.Si on admet ces deux types d\u2019hypothèses, les données de 1971 conduisent directement à un certain nombre de réalités démolinguistiques massives.POURCENTAGE DE MARIAGES MIXTES CHEZ LES PERSONNES MARIÉES DE LANGUE MATERNELLE FRANÇAISE, PAR GROUPE D'ÂGE, RECENSEMENT DE 1971.\t\t\t\t\t\t \t15-24 ans 1%)\t25-34 ans (%l\t35-44 ans l%l\t45-54 ans l%)\t55-64 ans (%)\t65 ans et plus 1%) Terre-Neuve\t42\t42\t31\t46\t38\t50 île du Prince-Édouard\t55\t41\t34\t18\t17\t15 Nouvelle-Écosse\t49\t42\t37\t31\t23\t17 Nouveau-Brunswick\t13\t12\t11\t9\t7\t5 Ontario\t35\t34\t31\t28\t23\t17 Manitoba\t46\t41\t35\t28\t23\t18 Saskatchewan\t59\t55\t47\t38\t33\t23 Alberta\t57\t56\t51\t43\t35\t29 Colombie Britannique\t68\t63\t60\t60\t56\t47 Premièrement, dans le temps d\u2019un demi-siècle, c\u2019est-à-dire en parcourant le tableau en allant du groupe des 65 ans et plus jusqu\u2019à celui de 15 à 24 ans, le taux d\u2019exogamie chez les minoritaires de langue maternelle française aura approximativement triplé à l\u2019est du Québec, sauf à Terre-Neuve, et doublé à l\u2019ouest, sauf en Colombie Britannique.Si l\u2019on préfère, on peut interpréter les données du tableau en termes d\u2019endogamie: par exemple, on pourrait alors dire qu\u2019il y a cinquante ans, environ 85% des Acadiens de l\u2019île-du-Prince-Édouard ou de 222 L\u2019ACTION NATIONALE la Nouvelle-Écosse choisissaient un conjoint parmi leur groupe linguistique, alors que vers 1971 ce pourcentage était tombé à 50% dans ces deux provinces.Le taux d\u2019exogamie à Terre-Neuve et en Colombie se situait déjà à environ 50% il y a cinquante ans, et la variation irrégulière des taux d'exogamie par groupe d\u2019âge à Terre-Neuve s\u2019explique sans aucun doute par la présence conjoncturelle relativement importante d\u2019ouvriers franco-québécois au Labrador en 1971.Règle générale, donc, de décennie en décennie les mariages mixtes sont devenus de plus en plus fréquents chez l\u2019ensemble des neuf minorités.Deuxièmement, dans toutes les provinces en question sauf au Nouveau-Brunswick et en Ontario, au début de la présente décennie à peu près la moitié des nouveaux mariés minoritaires choisissaient un conjoint de langue maternelle non-française.Comme nous l\u2019avons vu, la vaste majorité des couples linguistiquement mixtes dans ces provinces choisissent l\u2019anglais comme langue principale à la maison et leurs enfants éventuels seront donc à peu près tous de langue maternelle anglaise.En d\u2019autres mots, au rythme atteint par les mariages mixtes dès 1971, les minorités de langue maternelle française dans chacune de ces provinces perdent la moitié de leur relève naturelle.Ce manque se situerait au tiers de la relève en Ontario, et à un dixième au Nouveau-Brunswick, vu que le taux d\u2019anglicisation au sein des mariages mixtes dans cette dernière province ne s\u2019élève qu\u2019à 80%.Par conséquent il n\u2019est nullement surprenant que pour la première fois dans l\u2019histoire du Canada, le recensement de 1976 a indiqué une diminution en chiffres absolus de la population de langue maternelle française à l\u2019extérieur du Québec.(Voir Le Devoir du 7 mars dernier, p.5.) Troisièmement, le fait que chez chaque minorité le taux d\u2019exogamie est le plus élevé justement chez le groupe d\u2019âge le plus jeune, soit les 15 à 24 ans, laisse prévoir des taux d\u2019anglicisation futurs encore plus élevés que ceux observés par la FFHQ chez les jeunes adultes minoritaires à partir des données de 1971.Car la grande majorité des jeunes minoritaires de 15 à 24 ans n\u2019étaient pas encore mariés en 1971, et puisqu\u2019il y a toute raison de LA MONTÉE DE L\u2019EXOGAMIE.223 croire que leur choix de conjoint et éventuellement de langue d\u2019usage s\u2019alignera sur celui de leurs collègues déjà mariés en 1971, il s'ensuit que le taux d\u2019anglicisation de cette cohorte sera en 1981 encore plus élevé que celui observé en 1971.Quatrièmement, enfin, la régularité générale de la tendance vers la hausse de l\u2019exogamie dans l\u2019ensemble des provinces permet de prédire avec assurance que les taux d\u2019exogamie et d\u2019anglicisation continueront inévitablement à croître chez toutes les minorités dans l\u2019avenir.Il ne manque surtout pas de faits sociologiques pour expliquer cette tendance et en appuyer le renforcement futur, en commençant par l\u2019estompage graduel des barrières religieuses et l\u2019ouverture progressive d\u2019un marché matrimonial plus vaste et linguistiquement hétérogène suite à la scolarisation, l\u2019urbanisation et la mobilité générale accrues des jeunes minoritaires.Il paraît donc tout à fait évident et inéluctable que hormis une immigration massive de francophones, dans les sept provinces où le taux d\u2019exogamie a atteint 50% ou plus, les minorités de langue maternelle ou de langue d\u2019usage françaises s\u2019effaceront de plus en plus rapidement.Et avec un taux d\u2019exogamie actuel de plus d\u2019un tiers, la francophonie ontarienne semble irréversiblement vouée au même destin.Un groupe ethnique minoritaire n\u2019a aucun avenir une fois atteint d\u2019un taux aussi élevé de désintégration intérieure.Restent les Acadiens du Nouveau-Brunswick qui, contrairement aux autres minorités, vivent encore suffisamment leur différence pour que leurs jeunes se recherchent assez systématiquement sur le marché matrimonial, et tiennent assez fortement au français comme langue d\u2019usage.L\u2019examen très sommaire que nous venons de faire de la relation entre exogamie et anglicisation permet de constater la profondeur de l\u2019engagement des minorités francophones dans le processus d\u2019assimilation définitive.Cela fait, que faut-il penser de la dernière trouvaille de Pierre Elliott Trudeau, qui a récemment imploré le gouvernement du Québec de sauver les minorités francophones du Canada anglais?On imagine mal René 224 L'ACTION NATIONALE Lévesque, qui paraît un homme plutôt libéral, prêcher avec ardeur aux jeunesses canadiennes-françaises de se marier entre eux! Que l\u2019on se rende donc compte à quel point la foi en la ressuscitation des minorités hors-Québec est devenue aussi ridicule qu\u2019illusoire.Ces réalités démolinguistiques appellent des réajustements politiques importants.Évidemment ni le gouvernement fédéral ni le Québec ne peuvent plus rien pour la stabilisation du français comme langue première dans les huit provinces où le taux d\u2019exogamie a franchi le point de non-retour.Il serait plus réaliste et efficace pour les gouvernements intéressés d\u2019orienter graduellement leur politique auprès des francophonies de ces provinces dans le sens de celle pratiquée auprès des francophonies d\u2019origine acadienne ou québécoise aux États-Unis.Par contre, les Acadiens du Nouveau-Brunswick forment toujours un groupe ethnique qui se tient, et qui de ce fait exige des gouvernements concernés une politique fort différente, et ce non pas seulement sur le plan linguistique, visant la reconnaissance adéquate de son authenticité collective et la promotion efficace de ses légitimes projets d\u2019avenir. L'ACTUALITÉ SUR LE VIF Par Patrick Allen 226 L'ACTION NATIONALE De Léon Dion à P.-E.Trudeau: il faut repartir de zéro! \u201cOn avait l\u2019impression de voir un géant en train de démolir des châteaux de cartes\u201d, écrivait Claude Turcotte (Le Devoir, 21 septembre 1978).Le professeur Léon Dion \u201cparlait d\u2019abondance et sur un ton presque désinvolte de la direction prise par le gouvernement Trudeau et des efforts sans doute pénibles du Comité mixte du Sénat, des Communes et des partis politiques fédéraux pour relancer la négociation constitutionnelle\u201d.Au co-président de la Commission parlementaire, le sénateur Maurice Lamontagne, le politicologue Dion sut répondre: \u201cLe gouvernement fédéral ne va pas trop vite, il va mal!\u201d Le projet de réforme constitutionnelle (loi C-60) ne mène nulle part.Le gouvernement devrait cesser sa bi-linguisation du territoire canadien.Et il devrait repenser la question constitutionnelle dans le sens d\u2019une ASSEMBLEE CONSTITUANTE.Cette Assemblée, votée par tous les parlements du Canada, serait formée par des députés, des sénateurs et des représentants de groupes organisés.La caractéristique capitale et essentielle de cette assemblée constituante serait sa composition bilatérale, c\u2019est-à-dire le CANADA ANGLAIS et le CANADA FRANÇAIS.La nouvelle constitution serait ainsi élaborée à DEUX et non à ONZE, contrairement aux conférences fédérale-provinciales.Ainsi, à deux, s\u2019élaborerait un nouveau Canada à partir des DEUX NATIONS ou des deux peuples fondateurs.Selon Marc Laurendeau (Montréal-Matin, vendredi 22 septembre), c\u2019est une voix fédéraliste très autorisée que celle de Léon Dion \u201cqui a formulé les critiques les plus pénétrantes\u201d sur le projet de réforme constitutionnelle de M.Pierre-Elliott Trudeau, intitulé LE TEMPS D\u2019AGIR.Toujours selon Marc Laurendeau, le jugement le plus sévère de M.Léon Dion vise la manière: \u201cAu fédéral, on est obnubilé par le Parti québécois et on s\u2019ingénie à singer les plus contestables de ses stratégies étapistes et électoralistes.Or, il s\u2019agit de fonder un pays et non simplement de contrer le Parti québécois\u201d. L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 227 On peut comprendre, d\u2019après les propos de M.Dion, que les vrais varlopeurs ou pelleteurs de nuages sont plutôt du côté de l\u2019entourage de M.Trudeau qui s\u2019y prend si gauchement pour liquider un adversaire politique de taille, le Parti québécois.Le fédédral en est encore au stade de faire revivre la conception simpliste et dépassée du bilinguisme à travers le Canada, attitude irréaliste.Pourquoi pas Jean-Marc Léger à la succession du Devoir?Solange Chaput-Rolland (Le Devoir, 21 septembre) avoue ne pas comprendre pourquoi plusieurs amis et administrateurs de ce journal \u201centaillent\u201d si durement les jours heureux où Michel Roy acceptait de participer à des émissions d\u2019affaires publiques dont elle était l\u2019animatrice et qui put \u201cimposer sa marque, sa personnalité et son autorité\u201d.Les confrères de M.Roy ont aussi exprimé leur opposition unanime aux administrateurs et ont exigé leur participation active à toute décision relative au choix d\u2019un nouveau directeur\u201d.Après tant d\u2019années d\u2019hégémonie de M.Ryan, au Devoir, on en est arrivé à prendre des solutions et un genre de style beaucoup moins engagé que chez les prédécesseurs.Il y en a même un qui n\u2019est engagé que contre M.Drapeau! Si les administrateurs ne veulent pas permettre à M.Michel Roy de relever le défi qu\u2019il a relevé en acceptant l\u2019intérim, pourquoi ne pas chercher à rappeler un journaliste de carrière qui a eu le courage de ses convictions pendant plusieurs années au Devoir même, M.Jean-Marc Léger?Un pays qui ose: la Beauce On a répété aux jeunes: \u201cépargnez, économisez, pensez à votre avenir\u201d.On ne leur a pas assez dit: \u201cfaites produire votre argent, investissez, bâtissez des industries, ouvrez des commerces, faites fructifier vos richesses naturelles, mettez votre région sur des bases économiques solides!\u201d 228 L'ACTION NATIONALE Dans la belle vallée de la Chaudière, les Beaucerons ont généralement manifesté une vitalité économique exceptionnelle.Entre les États-Unis et un Canada difficilement accessibles, entourés d\u2019érables et de conifères, les Beaucerons ont dû trimer dur, aller autrefois dans le Maine et le Vermont pour y chercher le minimum vital.Il ne fallait compter que sur soi-même.Avec du courage, de l\u2019intelligence et de l\u2019audace, les Beaucerons ont édifié un empire commercial et industriel.Il s\u2019agit d un grand nombre de petites et moyennes industries: bois, alimentation, vêtement, transports, services communautaires, fer et acier, etc.Ils vendent partout au Québec, au Canada et savent exporter à l\u2019étranger.Avec des leaders comme les Lacroix, les Dionne, les Vachon, les Cloutier, les Poulin, etc., ils ne se sont pas contentés d\u2019épargner.Avec le goût du risque, ils ont su investir et donner du travail à une abondante et compétente main-d\u2019œuvre venue du milieu.Les quelque cent millions de dollars accumulés dans la Beauce par les Caisses populaires, les Caisses d\u2019établissement et les Caisses d\u2019entraide ont contribué à placer la Beauce à l\u2019avant-garde de toutes les régions économiques du Québec.Cet exemple devrait servir aux autres régions comme modèle d\u2019animation économique et sociale.Les ouvriers sont aussi bien payés en Beauce qu\u2019ailleurs.Les patrons sont honnêtes et travailleurs.Le climat est à l\u2019ouverture, à la collaboration entre patrons et ouvriers.Cette ambiance donne une excellente productivité et encourage les investissements locaux.À compter sur soi, puis sur l\u2019aide éclairée des gouvernements, les Beaucerons sont à s\u2019imposer leaders et modèles au reste du Québec.Gilson est mort à 94 ans Beaucoup de Québécois connaissent, pour l\u2019avoir lu ou entendu, Étienne Gilson.Ce grand philosophe fut l\u2019auteur de travaux remarquables sur la philosophie thomiste.Ses travaux lui valurent les plus grands honneurs de la part d\u2019universités célèbres comme celles de Milan, Oxford, Washington, Columbia, Toronto et Montréal.Il fut un éveilleur, un très grand écrivain et un L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 229 profond penseur.En particulier, c\u2019est lui qui a mis en relief comment saint Thomas a toujours été un des plus grands existentialistes, répondant ainsi à des exigences philosophiques et religieuses de notre temps.La \u201cpetite brochure\u2019\u2019 d\u2019Ottawa est dangereuse pour l\u2019Ontario! Le gouvernement fédéral a mis au monde \u201cune petite brochure\u201d: Le temps de l\u2019action.On la trouve dans tous les bureaux de poste, à la portée de la main, gratuite et sans saveur.Elle fut lancée, le 25 septembre, par M.Marc Lalonde, ministre d\u2019État chargé des relations fédérales-provinciales.Mieux aurait valu, en ce cas précis, un avortement ou une fausse couche! M.Jacques Parizeau, ministre des Finances du Québec, montra, devant quelques centaines d\u2019hommes d\u2019affaires invités à Montréal par le \u201cConference Board\u201d, comment le gouvernement fédéral inquiète imprudemment les hommes d\u2019affaires canadiens, d\u2019un océan à l'autre.La monnaie canadienne baisse, le chômage augmente et le fédéral, cherchant un bouc émissaire, désigne le Québec! Il suggère que l\u2019Ontario, devant un Québec indépendant, n\u2019aurait aucun intérêt à une entente tarifaire.Par là il nuit aux investissements autant en Ontario que dans le Québec.M.Parizeau analyse les conditions de la reprise de la croissance économique canadienne: modération des revendications salariales, limitation des dépenses publiques et réduction des impôts.Les tours de passe-passe du gouvernement fédéral, sa volonté d\u2019éponger son déficit en le faisant porter par les provinces, le bris des contrats comme celui de La Prade, son terrorisme économique envers le Québec, ne rendent pas ses \u201cpetites brochures\u201d semées à tout vent, bien sympathiques.Le gouvernement fédéral ruine plutôt sa crédibilité et la confiance dans la relance économique.En septembre n\u2019a-t-il pas eu recours au mensonge?En effet un ministre responsable n\u2019a-t-il pas affirmé \u201claisser flotter librement le dollar\u201d alors que la Banque du Canada vient de révéler: \u201cDurant le mois de septembre, elle a dû dépenser $1,200,000,000 en monnaie américaine afin de 230 L\u2019ACTION NATIONALE racheter les dollars canadiens en surplus et qui auraient contribué à une chute plus grave de la valeur du même dollar canadien.Le dollar canadien ne flotte pas librement si on essaie de le renflouer par tous les moyens dirigistes! Le nationalisme de Lionel Groulx On redécouvre le nationalisme lucide de Lionel Groulx dans un livre très important écrit par le sympathique Guy Frégault.Celui-ci a bien connu Groulx dont il faillit devenir l\u2019héritier à l\u2019université de Montréal.L\u2019ouvrage (Lionel Groulx tel qu'en lui-même, Leméac, 1977) commente les Mémoires de Groulx avec une perspicacité que le style rehausse.La rencontre de deux grands noms, Groulx et Frégault, constitue un événement culturel unique.Un paragraphe (page 221) est à retenir: \u201cDans les dernières pages de ses Mémoires, celles qu\u2019il écrit l\u2019année de sa mort, Groulx prédit que \u201cles plus graves conflits restent à venir\u201d.Ils ne s\u2019élèveront pas, pense-t-il, à l\u2019intérieur du Québec mais entre Québec et Ottawa.À Ottawa, il voit \u201cun retour agressif d\u2019une politique centralisatrice\u201d de nature à pousser le Québec sur la pente de \u201cl\u2019agitation constitutionnelle pour des réformes en profondeur qui ont nom: État associé, statut particulier, indépendance à défaut d\u2019égalité\u201d.Le maintien du statu quo lui paraît comme une impossibilité.Il aura donc prévu le durcissement des positions fédérales, déjà perceptibles, il est vrai, depuis l\u2019entrée en scène de nouvelles vedettes d\u2019origine québécoise dont l\u2019emploi sera de raviver, par l\u2019exemple de leur succès personnel, l\u2019intérêt des francophones envers les institutions et les objectifs fondamentaux de l\u2019État central.Il disparaît trop tôt pour constater que les conflits destinés à se développer, il a raison de l\u2019écrire, entre Québec et Ottawa auront aussi l\u2019effet, secondaire sans laisser d\u2019être important, de diviser le Québec contre lui-même\u201d.Frégault se demande quelle part de ces idées provient de la création collective ou du sentiment de l\u2019historien.Disons, de son intuition profonde guidée par une vie consacrée à écrire l\u2019histoire du Québec! Enseignement de l\u2019économique L\u2019enseignement des sciences économiques, selon le ministre de l\u2019Éducation, pourrait devenir obligatoire L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 231 pour les élèves du secondaire V, dès septembre 1979.On s\u2019en réjouit et les professeurs d\u2019économique promettent d\u2019être prêts à répondre à ce besoin.Mais il faudra que cet enseignement colle à la réalité du milieu.Il ne peut alors se passer de l\u2019enseignement de l\u2019histoire et de la géographie qui disent la mise en valeur des richesses dont dispose notre coin de la Terre.Avec l\u2019enseignement de la religion, nous aurions là des matières fondamentales obligatoires à la préparation des futurs citoyens du Québec ou, du moins, d\u2019un enseignement de la morale civique pour ceux qui croient pouvoir la dissocier de toute religion instituée.Le coup de la Brink\u2019s Pierre Godin révèle (L\u2019Actualité, octobre 1978) les dessous de la Brink\u2019s.Nous y voyons les saloperies du monde des affaires et de la politique: pour faire peur aux Québécois, leur laisser croire que les entreprises fuiront un Québec trop autonome, de grands financiers ont organisé un scénario où on voit des millions \u201cfictifs\u201d partir vers l\u2019Ontario! Mensonge et mensonge éhonté! Il s\u2019agit là de terrorisme économique.Ces révélations sont sensationnelles.Ajoutons-y les immoralités, mensonges et faussetés de la \u201cRoyal Mounted Police\u201d, telles que révélées par une enquête publique et tous comprendront que pour gagner l\u2019indépendance, le Québec rencontrera toute une confrérie de \u201cgangsters\u201d et de \u201cmafiosi\u201d qui seront protégés par la légalité et l\u2019innocence du gouvernement fédéral! Cet article est à lire.Les Juifs du Québec en exemple Un Montréalais sur vingt est d\u2019origine juive.À la fin du siècle dernier, dans un Québec en grande partie agricole, les Juifs ont occupé le vacuum: le commerce.Aux États-Unis, les Juifs sont six millions, soit à peu près le double de la population d\u2019Israël.Au Canada, ils sont 300,000 dont près de la moitié au Québec.Tous ne sont pas riches comme Bronfman, Steinberg, Pascal.Il y a parmi eux, comme dans toutes les ethnies, des pauvres.Toutefois chez les Juifs, le sens de la solidarité et de l\u2019entraide jouent mieux qu\u2019ailleurs. 232 L'ACTION NATIONALE En général, un Juif sur deux est son propre patron: manufacturiers, commerçants, boutiquiers, artisans, etc.L\u2019instruction, le travail ardu, sans compter les heures, l\u2019esprit de sacrifice, le sens de l\u2019ethnie, voilà les secrets et la clé de ses réussites.Les dizaines d\u2019institutions culturelles ou sociales juives constituent une sorte de muraille de protection et favorisent l\u2019essor communautaire.Les Juifs ont lutté contre l\u2019assimilation de leur identité grâce à leur forte organisation, bien structurée.Leurs efforts, conscients et planifiés, pour garder leur identité dans le monde, constituent une inspiration pour les Québécois.Nuis plus que les Juifs ne sont faits pour comprendre les Québécois à l\u2019heure de l\u2019indépendance ou de leur affirmation collective.Population du monde en l\u2019an 2000 La population du monde continue d\u2019augmenter à un rythme rapide.Une étude de la Banque mondiale le dit.Notre planète comptera près de six milliards d\u2019habitants en l\u2019an 2000.Or.elle n\u2019en compte qu\u2019un peu plus de quatre milliards en 1978.À elle seule, la Chine comptera un milliard d\u2019habitants, l\u2019Inde 958 millions.Le Brésil, le Nigéria et le Pakistan doubleront leurs effectifs présents.Au Canada, avec une natalité baissante, sa population oscillera entre 28 et 34 millions d\u2019habitants.Celle du Québec se situerait alors entre 6,700,000 et 7,400,000 personnes, ce qui signifie un affaissement majeur de son importance relative dans le grand tout canadien.Qui dira les conséquences de la baisse de notre natalité aux jeunes d\u2019aujourd\u2019hui?La famille, chez nous, est bien malade! Détrôner le \u201cChem Study\u201d au Québec et ailleurs! Pour s\u2019initier à la chimie, à la physique et à plusieurs autres sciences, pendant longtemps les Québécois ne disposaient que de manuels écrits en anglais ou traduits de l\u2019américain. L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 233 Il y avait là un signe de grande pauvreté et de grand retard.C\u2019est ainsi que des docteurs en science comme Paul Riou et Joachim Delorme lancèrent un manuel de chimie et un manuel pour travaux de laboratoires qui connurent plusieurs éditions.Mais les traductions et les ouvrages scientifiques en anglais ont repris le dessus au point de laisser croire que personne au Québec ne pouvait en rédiger en français.Les jeunes Québécois allaient-ils être condamnés à apprendre les sciences en anglais?Ou dans des traductions plus ou moins satisfaisantes?Or voici que Marianne Favreau nous révèle (Le Devoir, 14 septembre) que trois professeurs du cours secondaire viennent d\u2019éditer un manuel de chimie expérimentale.Les éditions Holt, Rinehart et Wilson lancèrent une traduction anglaise, sous le titre de Element of Experimental Chemistry.La conception originale, la présentation attrayante, l\u2019intégration de la partie laboratoire avec un guide du maître est si complète et si pratique que le manuel a des chances d\u2019inonder le marché américain.Si le fameux \u201cChem Study\u201d, où tant de jeunes américains et canadiens apprennent les éléments de la chimie, était supplanté par un manuel conçu par des francophones du Québec, ce serait une première dans l\u2019édition du manuel des sciences.Des gestes comme ceux-là demandent à être multipliés! ?\u2022 ? \u201cCe qui était autrefois la lutte pour la survivance est devenu le combat pour l\u2019autodétermination.\u201d Daniel Johnson Égalité de droits pour les peuples canadien et québécois par Jean-Yves Chouinard ÉGALITÉ DE DROITS POUR LES PEUPLES.235 Lorsque l\u2019on aborde la question du droit à l\u2019autodétermination et, notamment, de l\u2019égalité de droits du peuple québécois et de son droit à disposer de lui-même, on peut trouver toutes les justifications nécessaires dans les déclarations de l\u2019O.N.U.signées par le Canada.D\u2019abord, il y a la Charte même de l\u2019O.N.U.(1945), ensuite, la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme (1948), la Déclaration sur l\u2019octroi de l\u2019indépendance (1960) et la Déclaration sur les relations amicales entre les États (1970).Dans un autre cadre, il ne faut pas oublier l\u2019Acte final de la Conférence d\u2019Helsinki (1975).Pour ceux qui considèrent les \u201cCanadiens-Français\u201d comme une nation dont le Québec est l\u2019État national, ils remontent aux énoncés de T.Woodrow Wilson (vers 1918), ce qui les conduit au principe des nationalités formulé par l\u2019Institut de Droit international à la session de Bruxelles (1936) puis à la déclaration du Conseil national de l'Épiscopat canadien (17 et 18 janvier 1945) et finalement à l\u2019encyclique \u201cPacem in Terris\u201d de Jean XXIII (1963).Donc, il y aurait deux catégories de références.La première s\u2019appliquerait plus spécifiquement au droit des peuples à s\u2019autodéterminer, la seconde, au principe des nationalités.Le Comité du Droit à l\u2019Autodétermination des Québécois (Comité D.A.Q.) ne considère pas les références nationalistes comme les meilleures, bien qu\u2019elles ne soient pas à rejeter.En effet, si le droit des peuples à s\u2019autodéterminer découle du principe (plus ancien) des nationalités, il y a une distinction à faire, même si en certains cas le premier comprend le second.La distinction, lorsqu\u2019elle s\u2019applique, est mince, mais elle n\u2019en constitue pas moins la laisse idéologique de M.Trudeau.Celui-ci, pour introduire son distinguo, nie que l\u2019ensemble des \u201cCanadiens-Français\u201d constitue une nation ou que les Québécois constituent un peuple.La négation est faite dans le titre même de son livre publié en 1967: \u201cLe fédéralisme et la société canadienne-française\u201d (c\u2019est nous qui soulignons).Aux pages 164-165, en parlant des Nations-Unies, il écrira: \u201cCelles-ci plutôt que de reprendre l\u2019expression équivoque de Wilson (.) ont préféré parler \u2014 à l\u2019article premier de la Charte \u2014 236 L\u2019ACTION NATIONALE du droit des peuples à s\u2019autodéterminer.«Les peuples» c\u2019est bien autre chose que les «gouvernements ethniques».On voit le procédé: d\u2019abord, remplacer les concepts de nation et de peuple par celui de société et, ensuite, ramener le concept de société à celui d\u2019un simple groupement ethnique pour laisser entendre que les \u201cCanadiens-Français\u201d ou Québécois ne sont qu\u2019une minorité au sein du peuple canadien.L\u2019ensemble des Canadiens-Anglais constitue bel et bien un peuple, qu\u2019il englobe ou non dans un régime politique plus grand, un peuple québécois.Mais englobés ou pas, cela n\u2019empêche pas les Québécois d\u2019exister distinctement en tant que peuple, car on ne peut pas contester le fait que les Québécois constituent un peuple au plein sens du terme, et ce, conformément aux principes du droit international.Au surplus, ce peuple québécois a tous les attributs historiques, culturels, linguistiques, ethnologiques et démographiques d\u2019une nation.Le peuple québécois comprend, dans un cadre géographique et juridique bien défini, 85% à 90% de tous les ressortissants \u201cCanadiens-Français\u201d et cela fait de lui, dans l\u2019État du Québec, une majorité certaine, consciente de son \u201cpouvoir-vivre\u201d économique et de son \u201cvouloir-vivre\u201d collectif.Ainsi, dans ce cas précis du peuple québécois, le droit à l\u2019autodétermination inclut le principe des nationalités.Il ne faut donc pas feindre l\u2019étonnement si plusieurs Québécois, selon l\u2019angle ou le niveau de leurs recherches, se réfèrent tantôt au principe des nationalités et tantôt au droit des peuples à s\u2019autodéterminer.Mais, au-dessus des rhétoriques et au-delà des sources de références, il y a des faits.Ces faits sont de deux ordres, à savoir: les faits historico-constitutionnels et les faits d\u2019actualité politique.Le Comité D.A.Q.a résumé les faits historico-constitutionnels dans les quatre considérants du projet de loi 194, intitulé: \u201cLoi reconnaissant le droit à la libre disposition du peuple québécois\u201d.Ces considérants sont les suivants: ÉGALITÉ DE DROITS POUR LES PEUPLES.237 \u2014\tconsidérant que le peuple québécois possède, en tant que peuple distinct, des caractéristiques propres et une continuité historique enracinée dans le territoire québécois sur lequel il exerce un droit de possession par l\u2019entremise de son gouvernement et de la Législature; \u2014\tconsidérant que la Législature a le pouvoir de voter des lois pour modifier la constitution du Québec; \u2014\tconsidérant que les membres de l\u2019Assemblée nationale du Québec sont élus au suffrage universel par le peuple du Québec; \u2014\tconsidérant que l\u2019Assemblée nationale du Québec tient sa légitimité du peuple québécois dont elle constitue le seul organe législatif qui lui soit propre.Dans les faits d\u2019actualité politique, revient en mémoire, tout ce qui a été écrit depuis 1960 sur le droit à l\u2019autodétermination du peuple québécois, d'abord, déclarations des politiciens, commentaires des journalistes, énoncés des éditorialistes, positions des syndicats et ce en passant par les États Généraux (1967), le Comité mixte de la Chambre et du Sénat à Ottawa (1971), le Comité permanent de la constitution de l\u2019Assemblée nationale du Québec (1971-1972).Enfin, tous les hommes publics (leaders de groupes) ont pu se prononcer et se faire entendre sur le sujet.Et tous, à quelques exceptions près, se sont déclarés pour le droit à la libre disposition du peuple québécois.Si l\u2019on s\u2019en remet au résultat des États Généraux, tous ces gens désignés comme délégués de leur milieu se sont prononcés à 98% en faveur de la reconnaissance de ce droit.Mais le peuple n\u2019a pas eu les moyens de se faire entendre.Le droit d\u2019initiative référendaire ne lui est pas acquis; en revanche, les règlements de l\u2019Assemblée nationale permettent d\u2019y déposer officiellement une pétition, c\u2019est un début.C\u2019est pourquoi le Comité D.A.Q.a lancé une vaste pétition populaire.De plus, nous sommes, comme l\u2019avait prévu le politicologue Gérard Bergeron, dans un état \u201cpréconstituant\u201d.Le peuple aura donc à se prononcer sur une ou plusieurs options, alors qu\u2019aucun des gouvernants ou des puissants de l\u2019heure n\u2019a jugé bon de reconnaître, 238 L'ACTION NATIONALE dans un texte précis et solennellement sanctionné, le droit universellement reconnu que le peuple québécois s\u2019apprête à exercer par la consultation populaire.À quoi sert, disent certains, de statuer sur un droit déjà admis, cela ne va-t-il pas de soi?Si cela permet au peuple de légitimer la contrainte morale et politique dans le sens de son choix, il faut immédiatement reconnaître ce droit dans un texte de loi.Même si cette loi n\u2019avait que la valeur d\u2019une affirmation politique, cela servirait à clarifier la situation.Le professeur Léon Dion s\u2019est longuement et très précisément expliqué sur ce point devant le Comité mixte de la Chambre et du Sénat en 1971. Dans son récent rapport \u201cVers un Canada nouveau\", le comité de l\u2019Association du Barreau canadien dit qu\u2019une nouvelle constitution canadienne devrait comprendre un préambule exposant les attributs essentiels du fédéralisme canadien, notamment:\tla recon- naissance que les Canadiens forment un peuple libre se gouvernant lui-même par des institutions démocratiques\u201d.Voilà! voilà ce qui serait (si une telle constitution est adoptée) une reconnaissance officielle et sanctionnée de l\u2019égalité de droits et du droit à la libre disposition du peuple canadien.Et c\u2019est normal.Cependant, ce qui est bon pour un peuple doit pouvoir l\u2019être pour un autre, fût-il membre d\u2019un ensemble politique d\u2019un ordre de grandeur différent du sien.C\u2019est ici qu\u2019intervient le concept de l\u2019égalité de droits des peuples.Aussi, le comité de l\u2019Association du Barreau canadien aurait dû tenir compte du fait que le Parlement du Canada reconnaît officiellement l\u2019égalité des deux peuples canadien et québécois dans l\u2019Arrêté en Conseil du 19 juillet 1963 établissant le mandat de la \u201cCommission royale d\u2019enquête B.B.\u2019\u2019.Le texte est clair: \".pour faire enquête et rapport sur l\u2019état présent du bilinguisme et du biculturalisme au Canada et recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d\u2019après le principe de l\u2019égalité entre les deux peuples qui l\u2019ont fondée.\u2019\u2019 (c\u2019est nous qui soulignons).(1) Comité mixte de la Chambre et du Sénat, 30 mars 1971, fascicule n° 60, pp.81-82. ÉGALITÉ DE DROITS POUR LES PEUPLES.239 Il y a donc au Canada deux peuples distincts qui auront, peut-être, à adopter une nouvelle constitution.Pour y adhérer librement, les deux peuples devront exercer leur droit à l'autodétermination et le peuple québécois ne veut pas perdre ce droit pour l\u2019avoir utilisé.On se demande alors, comment se rédigerait un attribut de la nouvelle constitution canadienne si le droit à la libre disposition des deux peuples fondateurs devait y être explicitement reconnu?Entendu que le Comité D.A.Q.ne préjuge pas du choix que fera bientôt le peuple québécois, il se propose d\u2019étudier cet aspect, car sur le fond, nous croyons avec M.Claude Ryan qu\u2019\u201cen pareil cas, le droit fondamental à l\u2019autodétermination doit l\u2019emporter sur le droit de la fédération à une indispensable cohésion\u201d.
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