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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1977-03, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVI, Numéro 7\tMars 1977\t$1.50 ROGER BÊDARD: Paierons-nous $85,000,000 de plus à Terre-Neuve ?MAURICE LEBEL : La culture en transition (II) ODINA BOUTET: La stabilité avec l\u2019indépendance JACQUES POISSON : «Un génocide en douce» (P.Vade-boncœur) PATRICK ALLEN : Au fil de l\u2019actualité ANDRÉ GAULIN : Le thème de l\u2019exil (1940-1960) GEORGES ALLAIRE : Tâtonnements patriotiques POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D\u2019ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES Roger BÉDARD\t: Paierons-nous $85,000,000 à\tPages \tTerre-Neuve ?\t\t\t499 Maurice LEBEL\t: La culture en transition (II)\t\t\t514 Odina BOUTET:\tLa stabilité avec l\u2019indépendance.\t\t528 Jacques POISSON : À propos de « Un génocide en\t\tdouce ».535 Patrick ALLEN :\tAu fil de l'actualité\t\t\t545 André GAULIN :\tLe thème de l\u2019exil (1940-1960)\t\t\t563 Georges ALLAIRE : Tâtonnements patriotiques\t\t\t\t578 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS LA COOPÉRATION, 2evolume Vient de paraître aux éditions Fides au prix de $8.00.Le premier volume coûte $5.00.Pour bien marquer l\u2019importance que M.Angers attache à ces deux volumes qui résument une partie de son enseignement et de sa pensée, il disait, lors du lancement : « J\u2019aimerais être pour la coopération ce que Adam Smith fut pour le capitalisme ».Dépôt légal \u2014 2e semestre 1976 Bibliothèque nationale du Québec Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 ISSN-0001 -7469 L'ACTION NATIONALE Volume LXVI, Numéro 7\tMars 1977\t$1.50 Paierons-nous $85,000,000 de plus à Terre-Neuve ?par Roger J.Bédard 500 L\u2019ACTION NATIONALE Plusieurs événements récents ont replacé l\u2019ignoble affaire du Labrador au centre de l\u2019actualité.\u2022\tCinq ans seulement après la signature du contrat entre Churchill Falls Labrador Corporation et l\u2019Hydro-Québec, le gouvernement de Terre-Neuve étatise Churchill Falls Labrador Corporation, remet en question ce contrat et exige que l\u2019Hydro-Québec verse à Terre-Neuve un subside de $85,000,000', par année en plus des sommes prévues au contrat, pour les 67 ans qui restent avant l\u2019expiration de l\u2019accord de 1969.\u2022\tLe gouvernement de Terre-Neuve fait préparer des plans 1) pour un aménagement à Gull Island et 2) pour un tunnel entre Pointe Amour au Labrador et Yankee Point dans l\u2019île de Terre-Neuve et exige que le consommateur d\u2019électricité du Québec en paie le coût.L\u2019énergie ainsi produite et distribuée à Saint-Jean, Terre-Neuve, coûterait six fois le prix de l\u2019électricité des centrales thermiques au prix actuel du pétrole.\u2022\tL\u2019Hydro-Québec est tenue en échec dans ses efforts pour aménager cinq rivières de la Basse Côte Nord à cause de l\u2019irritante affaire du Labrador.\u2022\tDes chefs politiques au Québec et au Labrador rejettent ouvertement l\u2019injuste jugement rendu par le Conseil privé en mars 1927 ; le mouvement s\u2019accélère depuis l\u2019élection du 15 novembre.Voilà donc le plan que nous suivrons dans cet article.Dans la première partie, nous discuterons de quelques problèmes bien concrets et bien actuels reliés à l\u2019affaire du Labrador : 1.\tla renégociation du contrat de Churchill Falls ; 2.\tle projet de Gull Island et le tunnel de Pointe Amour à Yankee Point ; 1.Chiffre cité par M.Moores, premier ministre de Terre-Neuve.Rappelons ici que Terre-Neuve n'a qu\u2019une population de 542, 104 en 1971, c'est-à-dire à peu près égale à la seule ville de Québec. PAIERONS-NOUS $85,000,000 501 3.la mise en échec de l\u2019Hydro-Québec dans ses efforts pour aménager cinq rivières de la Basse Côte Nord ; dans la deuxième partie, nous ferons un tour d\u2019horizon des contestations récentes du jugement du Conseil privé dans l\u2019affaire du Labrador.A \u2014 1.La renégociation du contrat de Churchill Falls.Le 6 juin 1966, lendemain de l\u2019élection du 5 juin, M.Jean-Claude Lessard, président de l\u2019Hydro-Québec, a présenté à Churchill Falls Labrador Corporation une offre d\u2019achat pour un gros bloc d\u2019électricité en provenance de la centrale projetée aux chutes Hamilton (maintenant appelées Churchill Falls).Cette offre fut entérinée et complétée par une lettre d\u2019intention signée par M.Lessard le 13 octobre 1966.Sur la foi de cette lettre d\u2019intention, Churchill Falls Labrador Corporation, filiale de la Brinco, a octroyé pour environ $15,000,000.de contrats durant la seule année 1966.La Société St-Jean-Baptiste, le R.I.N., les États généraux, M.Brochu, le signataire de cet article et beaucoup d\u2019autres Québécois se sont opposés à la signature d\u2019un contrat pour l\u2019achat d\u2019électricité de Churchill Falls Labrador Corporation.Tous, nous avons exigé une remise en question préalable de l\u2019ignoble jugement du Conseil privé qui a appelé « côte du Labrador »» des territoires situés à 460 milles de l\u2019Atlantique.Placé entre le marteau et l\u2019enclume, M.Daniel Johnson a eu recours à deux mesures : d'une part, M.Johnson a fait expédier une lettre d\u2019intention à Churchill Falls Labrador Corporation et d\u2019autre part il a nommé une Commission d\u2019enquête sur l\u2019intégrité du territoire.Après trois ans de lobbying agressif de la part de la Brinco et de l\u2019Hydro (cette dernière a exigé et obtenu des garanties et des mesures de contrôle sur C.F.L.Co.), le 502 L'ACTION NATIONALE contrat pour l\u2019achat de l\u2019électricité produite à la centrale de Churchill Falls fut signé le 12 mai 1969.Deux bills pour donner force de loi aux engagements de $5,400,000,000 contractés par l\u2019Hydro-Québec par ce contrat furent adoptées en 90 secondes par l\u2019Assemblée nationale du Québec le 29 mai 1968.Plusieurs députés ont dit dans la suite qu\u2019ils ne connaissaient absolument rien du contenu de la lettre d\u2019intention et du projet de contrat de soixante pages rédigés en jargon juridique très corsé.Par le contrat signé avec Churchill Falls Labrador Corporation, l\u2019Hydro-Québec a acheté 90% des 5,225 Mégawatts produits à la centrale de Churchill Falls.Terre-Neuve a reçu 225 mégawatts pour remplacer l\u2019énergie produite à l\u2019usine de Twin Falls, mise hors de service par le nouvel aménagement et 300 mégawatts de rappel.L\u2019Hydro-Québec détient 34.2% du capital-action de Churchill Falls Labrador Corporation.L'Hydro-Québec a également garanti que C.F.L.Co.aurait assez d\u2019argent pour rencontrer toutes ses obligations.L\u2019Hydro-Québec s\u2019est engagée à verser annuellement entre $93,000,000.et $65,000,000.à Churchill Falls Labrador Corporation pour une durée de 65 ans depuis la fin des travaux.Selon le prix convenu le 12 mai 1969, l\u2019électricité achetée de C.F.L.Co.était assez coûteuse.Par suite de l'inflation de 1970-1975 et de l'augmentation conséquente des coûts de construction et de financement, le prix de l\u2019électricité achetée de Churchill Falls Labrador Corporation est devenu avantageux pour le Québec.À partir de 1974, M.Frank Moores, nouvellement élu premier ministre de Terre-Neuve, s\u2019est agité pour forcer le gouvernement du Québec et l'Hydro-Québec à renégocier le contrat de Churchill Falls.M.Bourassa a éludé poliment toutes les requêtes de M.Moores à cet effet.Dans l\u2019espoir d\u2019intimider le gouvernement du Québec, M.Moores décréta l\u2019étatisation de la Churchill Falls Labrador Corporation.Après d\u2019interminables tractations, les parts de C.F.L.Co.détenues privément par Brinco, pro- PAIERONS-NOUS $85,000,000 503 priété de Rio Tinto et par Bethleem Steel furent cédées à la Commission Hydroélectrique de Terre-Neuve et du Labrador au prix de $7.07.Cette province versa $132 millions pour acquérir les parts de C.F.L.Co.et $28 millions pour ses droits sur les ressources hydroélectriques.Fort de ce contrôle, M.Moores exigea de nouveau la réouverture du contrat de Churchill Falls afin d\u2019obtenir 800 mégawatts au prix de 1969 ou une augmentation équivalente du prix convenu.Nouveau refus poli de M.Bourassa.M.Moores demanda et obtint l\u2019appui du ministre fédéral de l\u2019Énergie, M.Donald MacDonald, dans ses représentations au gouvernement du Québec en vue de la réouverture du contrat de Churchill Falls.En 1975, le portefeuille de l\u2019Énergie changea de titulaire à Ottawa et à Québec.Le nouveau ministre fédéral de l\u2019Énergie, M.Alastair Gillespie, reprit le manège de son prédécesseur et exerça sur M.Bourassa et sur le ministre québécois des Richesses naturelles, M.Cournoyer, les pressions les plus dures pour qu\u2019une nouvelle négociation du contrat de Churchill Falls soit engagée.Le 12 juillet 1976, invoquant «l'intérêt national», M.Gillespie menace ouvertement le Québec « de faire voter une loi par le Parlement canadien pour forcer l\u2019Hydro-Québec à entamer des négociations en vue d\u2019établir un nouveau prix pour l\u2019électricité produite à Churchill Falls ».Outré, le ministre des Richesses naturelles, M.Jean Cournoyer, intima publiquement à M.Gillespie l\u2019ordre de « se mêler de ses ch.d\u2019affaires ».Quelques jours plus tard, M.Cournoyer déclara à la télévision de Radio-Canada : « Le ministre de l\u2019Énergie, M.Gillespie, fait preuve d\u2019ignorance crasse dans cette affaire parce que l\u2019électricité est une juridiction exclusive des provinces.Je n\u2019ai pas besoin d\u2019ignorants crasseux dans mon dossier », ajouta M.Cournoyer.Le 13 septembre 1976, M.T.A.Hickman, procureur général et ministre de la Justice de Terre-Neuve inscrivit une procédure devant la Cour suprême de Terre-Neuve 504 L\u2019ACTION NATIONALE «en vue d\u2019obtenir une déclaration à l\u2019effet que le contrat d\u2019énergie de C.F.L.Co.est assujetti à la réserve contenue dans le bail entre Terre-Neuve et C.F.L.Co.stipulant le droit pour les Terreneuviens de prendre l\u2019énergie dont ils auront besoin pourvu qu\u2019il soit possible et économique de le faire ».Les défendeurs sont Churchill Falls Labrador Corporation et l\u2019Hydro-Québec.M.Hickman allègue qu\u2019une clause du bail signé en 1961 entre le gouvernement de Terre-Neuve et C.F.L.Co.assure la « priorité aux citoyens de la province de Terre-Neuve quant à l\u2019approvisionnement d\u2019électricité, en autant qu\u2019il est possible et économique de le faire.« M.Hickman allègue en outre que, selon un principe de common law, ce bail est en priorité de droit par rapport au contrat entre Churchill Falls Labrador Corporation et l\u2019Hydro-Québec signé en 1969.Selon le contrat du 12 mai 1969, la Cour suprême de Terre-Neuve n\u2019a pas juridiction en cette matière.Sous la rubrique intitulée « Applicable Law », le contrat de Churchill Falls est clair comme une eau de source à ce chapitre : « This power contract shall at all times and in all respects be governed by and interpreted in accordance with the laws of the Province of Quebec.The only courts competent to adjuge disputes between the parties hereto arising out of this contract are, subject to appeal to the Supreme Court of Canada when such appeal lies, the Courts of the Judicial District of Montreal where, for purpose of litigation only as aforesaid, CFLCo elects domicile for service at One Westmount Square in the City of Westmount, District of Montreal, or at such other place in the said district of Montreal of which CFLCo may from time to time give written notice to Hydro-Quebec.» L\u2019Hydro-Québec a inscrit en Cour suprême de Terre-Neuve un avis de motion ayant pour but d\u2019obtenir de l\u2019information et de contester la compétence de la Cour suprême de Terre-Neuve relativement à la dispute relative au contrat d\u2019énergie de Churchill Falls Labrador Corp.La cause s\u2019est ouverte à St-Jean, Terre-Neuve, le 7 janvier dernier.L\u2019Hydro-Québec a plaidé sur la première partie de l\u2019avis de motion et demandé à contre-interroger le ministre Hickman.L\u2019affaire est en délibéré. PAIERONS-NOUS $85,000,000 505 Au début de décembre, la nouvelle a circulé que Churchill Falls Labrador Corporation allait déménager prochainement son siège social de Montréal à St-Jean, Terre-Neuve.Voilà où nous en sommes aujourd\u2019hui.C\u2019est un dossier sur lequel il faudra tenir les yeux grands ouverts.A \u2014 2.La centrale de Gull Island et le Tunnel Pointe Amour-Yankee Point À 140 milles environ en aval des Grandes Chutes déjà aménagées, le fleuve Churchill offre un deuxième site avantageux pour la construction d\u2019une centrale hydroélectrique : il s\u2019agit de Gull Island.Le potentiel de cet emplacement est d\u2019environ 1,800 mégawatts.Cette énergie peut être aménagée à un prix équivalent par kWh à celui de L.G-2 à la baie James.La Commission hydroélectrique de Terre-Neuve et du Labrador a effectivement requis les services de grands bureaux d\u2019ingénieurs-conseils (Montreal Engineering Co., Acres et Techmont Consultants).Une société appelée Lower Churchill Development Corp.a effectué les études et tracé les plans d\u2019aménagement.Le projet comprend : 1.\tune centrale hydroélectrique située à Gull Island ; 2.\tun tunnel de douze milles à être construit 1,400 pieds sous le plancher du détroit de Belle Isle entre Pointe Amour au Labrador et Yankee Point dans l\u2019Ile de Terre-Neuve ; 3.\tDes lignes de transport de l'électricité sur une distance de plus de 500 milles entre Gull Island et St-Jean, Terre-Neuve.Selon une étude réalisée par Morgan, Stanley & Co, la centrale par elle-même pourrait être rentable.Toutefois en raison du coût astronomique du tunnel Pointe Amour \u2014 Yankee Point, le prix de revient de l\u2019électricité de Gull Island dans l\u2019Ile de Terre-Neuve serait absolument prohibitif.J\u2019ai calculé que cette énergie coûterait huit fois plus par kWh que l\u2019électricité de Churchill Falls. 506 L\u2019ACTION NATIONALE En mars 1975, le coût de l\u2019aménagement de Gull Island et du tunnel a été établi à $1,800,000,000.Les ingénieurs-conseils ont évalué à $2,300,000,000.le coût de ce projet en septembre 1975.Depuis lors l\u2019escalade des coûts a été d'environ $1,000,000.par jour.Les consultants financiers Morgan, Stanley & Co ont établi que Terre-Neuve pouvait soit construire la centrale de Gull Island et vendre l\u2019électricité au Québec, soit récupérer 800 mégawatts au prix de 1969 et les acheminer dans l\u2019île par le tunnel.Morgan Stanley Co ont ajouté qu\u2019il était insensé de penser que Terre-Neuve, même avec l\u2019aide du Canada, pouvait construire les deux.Terre-Neuve a décidé de construire l\u2019aménagement de Gull Island et le tunnel Pointe Amour \u2014 Yankee Point à la condition d\u2019en faire payer le coût par le consommateur d\u2019électricité du Québec et par le gouvernement fédéral.D\u2019où l\u2019embarrassante insistance du premier ministre Moores à renégocier le contrat de vente de l\u2019électricité produite à Churchill Falls.L\u2019objectif de cette nouvelle négociation serait pour Terre-Neuve a) d\u2019augmenter de $85,000,000 par année les sommes perçues de l\u2019Hydro-Québec pour l\u2019électricité achetée à Churchill Falls ou b) récupérer 800,000 kW d\u2019électricité produite à Churchill Falls au prix de 1969, l\u2019Hydro-Québec étant dans l\u2019obligation de produire une même quantité d\u2019électricité dans des centrales construites au prix fort d'aujourd\u2019hui.Le coût additionnel pour l\u2019Hydro-Québec dépasserait les $100,000,000.par année.M.Moores et les députés de Terre-Neuve à Ottawa ont multiplié les démarches afin d\u2019obtenir l\u2019appui financier du gouvernement fédéral dans la réalisation du projet de Gull Island et du tunnel Pointe Amour \u2014 Yankee Point.Ces efforts ont produit des résultats.Le premier ministre, M.Trudeau, le ministre des Finances, Macdonald et le ministre de l\u2019Énergie, M.Gillespie, ont tour à tour vanté « l\u2019intérêt national » du projet de Gull Island.Tous trois ont PAIERONS-NOUS $85,000,000 507 indiqué que le gouvernement canadien considérerait favorablement une participation au financement de ce projet.Quelques jours seulement après l\u2019élection du 15 novembre, M.Frank Moores a prononcé des discours à l'emporte-pièce devant la Canadian Society de New-York (7 déc.) et l\u2019Empire Club de Toronto (9 déc.).Dans les deux cas, M.Moores a parlé de la mise en valeur du potentiel hydroélectrique du bassin inférieur du fleuve Churchill.Programmées depuis longtemps, ces visites dans les capitales financières des États-Unis et du Canada avaient un objectif précis : trouver du financement intérimaire pour le projet de Gull Island.M.Moores avait tout prévu, sauf l\u2019imprévisible : l\u2019avènement en force d\u2019un gouvernement du Parti Québécois.Dans ses discours de New-York et de Toronto, M.Moores a clairement exprimé ses craintes au sujet de l\u2019incertitude que crée sur les marchés financiers l\u2019élection du Parti Québécois.M.Moores a indiqué que l\u2019incertitude est accentuée par la crainte d\u2019une contestation éventuelle par le nouveau gouvernement du Québec de la frontière du Labrador telle qu\u2019établie par le Conseil privé.La mise en chantier de la centrale de Gull Island et la construction du tunnel Pointe Amour \u2014 Yankee Point dépendra donc de la décision des tribunaux au sujet de la renégociation du contrat signé le 12 mai 1969 entre l\u2019Hydro-Québec et la Churchill Falls Labrador Corporation pour l'électricité de Churchill Falls.Ces mises en chantier dépendront aussi de l\u2019attitude que le nouveau gouvernement du Québec adoptera face à un jugement ignoble, largement basé sur le Traité de Paris de 1763.Affaire à suivre de très près.A \u2014 3.L\u2019aménagement des rivières de la Basse Côte Nord Cinq rivières situées dans la Basse Côte Nord offrent un potentiel avantageux pour la construction de centrales hydroélectriques.Ce sont les rivières Romaine, Natash-quan, Petit Mecatina, St-Augustin et St-Paul. 508 L'ACTION NATIONALE Ces ouvrages ne seront pas des aménagements gigantesques comme ceux des rivières Bersimis, Mani-couagan ou Churchill, mais plutôt une série de petites centrales semblables à celles de la rivière St-Maurice.Malheureusement, l\u2019Hydro-Québec ne peut pas aménager ces chutes de façon rentable dans l\u2019immédiat.L\u2019Hydro-Québec est tenue en échec depuis des années dans ses efforts pour aménager ces rivières par le litige de la frontière.Les centrales seraient bien construites au Québec, mais une partie de la réserve d\u2019eau serait située au Labrador.La logique crochue des lords-juges du Comité judiciaire du Conseil privé a appelé «côte» le versant ou bassin de drainage en direction de Terre-Neuve, mais pas en direction du Québec.Du côté de la province française, les lords de sa Majesté ont tiré une ligne d\u2019arpenteur-géomètre.Aujourd\u2019hui, la ligne idiote tracée par les lords-juges du Conseil privé entrave sérieusement la mise en valeur des ressources hydroélectriques de la Basse Côte Nord.L\u2019Hydro-Québec ne peut pas construire économiquement les centrales de la Basse Côte Nord sans acquérir le contrôle de l\u2019ensemble des réserves d\u2019eau.En 1975 et 1976, M.Jean Cournoyer, ministre des Richesses naturelles a offert à Terre-Neuve les 800 mégawatts demandés en provenance de Churchill Falls en échange pour la juridiction québécoise sur le haut bassin des cinq rivières afin de produire l\u2019énergie de remplacement.M.Moores a refusé.Ces cinq rivières peuvent produire ensemble environ 3,600 mégawatts.L\u2019emplacement de Gull Island, nous l\u2019avons vu, a un potentiel de 1,800 mégawatts et celui de Muskrat Falls, 800 mégawatts.Toutes ces centrales produiraient une quantité suffisante d\u2019électricité pour justifier la construction d\u2019une ligne de transport d\u2019environ 1,200 milles.En l\u2019absence de contrôle approprié l\u2019Hydro-Québec a PAIERONS-NOUS $85,000,000 509 dû laisser sur la table de travail le projet d\u2019aménager ces rivières.D\u2019où l\u2019urgence pour le Québec de rétablir une fois pour toutes sa juridiction sur tout le Labrador intérieur.B \u2014 C\u2019est toujours NON au Conseil privé.Six premiers ministres du Québec ont, depuis 1927, carrément refusé d'exécuter le jugement injuste et non fondé rendu par le Conseil privé de Londres dans l\u2019affaire du Labrador.En effet, MM.Taschereau, Duplessis, Godbout, Johnson, Bertrand et, tout récemment, M.René Lévesque, ont tour à tour opposé une fin de non-recevoir catégorique à ce jugement.Ces chefs politiques ont interprété fidèlement l'opinion publique québécoise.Tous les groupes authentiquement dévoués aux intérêts québécois ont à tour de rôle contesté ce jugement ignoble : l\u2019Action française en 1927, l\u2019A.C.J.C.en 1935, l\u2019Union nationaleen 1936, le Bloc Populaire canadien en 1943, la Société St-Jean-Baptiste en 1954 et en 1966, le R.I.N.en 1966, les États généraux du Canada français en 1967, le Parti québécois dès 1970, etc., ont tous exigé, sous une forme ou sous une autre, que le gouvernement du Québec rétablisse sa juridiction sur le Labrador intérieur.Dans plusieurs ouvrages, articles, mémoires et causeries, j\u2019ai établi les fondements juridiques d\u2019une contestation du jugement rendu par le Conseil privé dans l\u2019Affaire du Labrador.Fait intéressant, la remise en question de la frontière du Labrador a pris de l\u2019ampleur depuis l'élection du P.Q.L\u2019affaire du Labrador est redevenue de grande actualité depuis trois mois.L\u2019un des très rares observateurs à l\u2019extérieur du Québec qui ont prévu l\u2019éclatante victoire du P.Q.lors de l\u2019élection du 15 nov.fut M.Campbell, chef d'entreprise à Labrador City.Avant même que les Québécois ne se rendent aux urnes, le News de St-Jean, Terre-Neuve titrait : « Labrador said up for grabs and Separatist P.Q.might grab it » (Daily News, 15 nov.). 510 L\u2019ACTION NATIONALE M.Campbell a également prévu que dès son accession au pouvoir, le Parti Québécois : a) fermerait toute négociation au sujet de Churchill Falls ; b) rejetterait le jugement du Conseil privé et déclarerait le litige de la frontière du Labrador officiellement ouvert.Dès le lendemain de l\u2019élection, le premier ministre Moores exprima ses craintes au sujet de la victoire du Parti Québécois concernant l\u2019avenir de la juridiction sur le Labrador.Le News écrit en première page : « It\u2019s a worry for Moores » (Daily News, 16 nov.1976).La semaine suivante, dans une causerie prononcée devant le Club Kiwanis, M.Geoff Stirling exprime l'avis que l\u2019avènement du Parti Québécois pose, une fois de plus, le problème de la juridiction sur le Labrador.Le compte rendu est intitulé : « Geoff Stirling warns of Quebec Threat to Labrador» (Daily News, 24 novembre).Quelques jours seulement après l\u2019élection, M.René Lévesque a affirmé sur une chaine de postes de radio, en riposte aux élucubrations du Dr.Isabelle, « que le territoire d\u2019un Québec indépendant inclurait la province actuelle et le Labrador » (Montreal Star, 6 déc.p.1).Le 9 décembre 1976, M.René Lévesque a affirmé à Fermont puis répété à Wabush : « Nous sommes d\u2019avis que le Québec s\u2019est fait voler le Labrador par un jugement injuste ».Le premier ministre a ajouté : « Le Québec indépendant portera ce litige devant la Cour internationale de LaHaye afin de réparer l\u2019injustice dont nous avons été victimes » (Le Soleil et La Presse, 10 décembre).Le News a aussi rapporté fidèlement en première page : « Lévesque on Labrador: : We got gypped » (Daily News, 10 décembre).Fait encore plus remarquable, plusieurs autres journaux de langue anglaise du Canada commencent à s'intéresser à l\u2019affaire du Labrador.Dans son édition du 8 janvier dernier, le « Toronto Star » titre: « A separate Quebec should be smaller, lawyer says ».Me E.James Arnett prétend, dans cet article, que PAIERONS-NOUS $85,000,000 511 dans l\u2019éventualité d\u2019une séparation le Québec devrait être amputé définitivement des Rupert Lands (i.e, l\u2019Ungava) et du Labrador.Ainsi ajoute l\u2019avocat Arnett, le Québec serait réduit aux dimensions de la colonie française de 1759, c\u2019est-à-dire une mince lisière sur chaque rive du Saint-Laurent (Toronto Star, 8 janv.1977).Quelques jours plus tard, M.Dave Thomas prétend dans The Gazette de Montréal, que M.René Lévesque n\u2019est vraiment pas intéressé à augmenter de 25,000 la population anglophone du Québec par l\u2019annexion du Labrador.Dans son article intitulé « Labrador : the map is only political », M.Thomas réaffirme que le jugement du Conseil privé en 1927 auquel l\u2019amendement au B.N.A.de 1949 a donné force de loi pour intégrer Terre-Neuve au Canada, ferme définitivement toutes les avenues d\u2019ordre juridique.Simultanément, la Société St-Jean-Baptiste parle d\u2019organiser un comité pour la récupération du Labrador similaire au Comité Philippe Hamel pour la nationalisation de l\u2019électricité.Certains journaux préparent des tours d\u2019horizon de tous les articles qu\u2019ils ont publiés sur la question du Labrador depuis un demi-siècle.Les Éditions du Jour parachèvent une troisième édition de mon livre intitulé « L\u2019Affaire du Labrador » pour mars 1977.Plusieurs juristes se sont également prononcés en faveur d\u2019une contestation ouverte de la décision du Conseil privé.En conclusion d\u2019un ouvrage intitulé «Le Territoire québécois », publié par l\u2019Institut de recherche en droit public de l\u2019Université de Montréal, Me Jacques Brossard écrit : ,, Quant au Labrador, le Québec ne saurait accepter la décision arbitrale par laquelle le Comité judiciaire du Conseil privé a voulu délimiter la frontière labradorienne en faveur de Terre-Neuve, alors colonie britannique (1927) sans que le Québec fût partie à l'instance ; les vices de forme et les nombreuses faiblesses de cette décision, plus politique que juridique, permettraient au Québec de la remettre en question » (p.318).« Le Québec pourrait remettre en question la décision rendue par le comité judiciaire du Conseil privé britannique en 1927 quant à la frontière du Labrador et réclamer que celle-ci, comme elle aurait dû l\u2019être originellement, fut reportée jusqu'à la côte » (p.326). 512 L'ACTION NATIONALE De son côté, Me Henri Brun, de la Faculté de droit de l\u2019Université Laval écrit dans son ouvrage sur « Le Territoire du Québec » : « Pour forcer le règlement du conflit relatif à la frontière du Labrador, en des termes différents de ceux dégagés par le Conseil privé en 1927, deux canaux Juridiques s\u2019offrent en définitive au Québec.« Le succès de ces deux démarches successives évoquées, bien qu\u2019aléatoire, n\u2019est pas à exclure si l\u2019on s\u2019en remet aux enseignements de la doctrine et de la jurisprudence.L\u2019une et l\u2019autre sont suffisamment fondées en droit pour inviter à ne pas les négliger.Le poids de l\u2019enjeu devrait au contraire exiger du Québec qu\u2019il épuise les recours dont il dispose ».Réglé définitivement par le jugement du 1er mars 1927, le problème du Labrador?Absolument pas.La contestation de l\u2019odieux jugement du Conseil privé reprend avec une vigueur nouvelle.Non, mille fois non, nous Québécois, nous ne plierons pas l\u2019échine devant l\u2019ignoble jugement du Conseil privé qui a appelé « côte du Labrador » des territoires situés à 460 milles de l\u2019Atlantique pour sortir le Trésor britannique d\u2019une entreprise en banqueroute. PAIERONS-NOUS $85,000,000 513 Message PAR L\u2019ÉTENDUE DE SON TERRITOIRE DANS LE MONDE, LE QUÉBEC OCCUPE LA SEPTIÈME PLACE.PAR SA PRODUCTION NATIONALE BRUTE (PNB).QUI APPROCHE $40,000,000,000, LE QUÉBEC OCCUPE LA 23e PLACE DANS LE MONDE.PAR SON NIVEAU DE VIE INDIVIDUEL, SUR LES 146 PAYS-MEMBRES DES NATIONS-UNIES, LE QUÉBEC OCCUPE LA ONZIÈME PLACE.RODRIQUE TREMBLAY, ministre.CES FAITS, AVEC NOTRE VOULOIR-VIVRE, NE JUSTIFIENT-ILS PAS NOTRE ACCESSION À LA SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION ?L\u2019ACTION NATIONALE La culture en transition (2e partie) par Maurice Lebei professeur à la Faculté des Lettres de l\u2019Université Laval LA CULTURE EN TRANSITION (II) 515 1 \u2014 La culture et la société technologique La culture du jour est en grande partie dominée et orientée par la technologie, qui est l\u2019une des grandes créations du XIXe siècle.La technologie est l\u2019invention de la méthode d\u2019innover et d\u2019inventer indéfiniment.C\u2019est une force aveugle et barbare, sauvage et vorace, sans but, sans mesure, sans pause, sans réflexion, sans pensée autonome qui se développe à même le milieu culturel et les maisons du savoir.Au laisser-faire du monde économique correspond le laisser-innover du monde technique.Le savoir devient pouvoir, employé par les hommes pour des fins pratiques et utilitaires.Les techniques, je préfère de beaucoup le pluriel au mot abstrait technologie, comprennent un modèle, un système, des machines, des outils, un réservoir, de capacités et d\u2019habiletés, une organisation systématique des découvertes scientifiques et des appareils techniques, capables de maîtriser la nature, de contrôler l\u2019environnement et les hommes eux-mêmes.La bombe atomique est le produit le plus parfait de la science et de la technique.Les subdivisions du savoir s\u2019identifient de plus en plus avec les subdivisions administratives dans les maisons d\u2019enseignement.Ainsi la structure bureaucratique de l\u2019Université contemporaine, avec ses sections, ses départements, ses centres, ses écoles, ses instituts solidement installés en tranchées distinctes avec des spécialistes engagés dans des disciplines ad hoc est l\u2019expression même de la manière de penser et de la pensée technologique.C\u2019est l\u2019analyse, la recherche, genre damier ou domino, pièce à pièce, fragmentaire, parcellaire, divisée et subdivisée à l\u2019extrême.Tel est l\u2019enfant de la technologie.De là à croire, à tort, que tout travail intellectuel sérieux doit être hautement spécialisé, même s\u2019il est illisible, de là à croire aussi, à tort, qu\u2019on doit se spécialiser en une seule discipline, les esprits versés en deux ou trois disciplines étant suspects, peu sérieux et dignes d\u2019attention.Seuls penseraient les archi- ou maxispécialistes ! Sans doute les Égyptiens et les Perses, les Grecs et les Romains, les Arabes et les Aztèques, les Chinois et les Hindous ont-ils connu de grandes innovations techno- 516 L'ACTION NATIONALE logiques ; au Moyen âge et à la Renaissance, les bâtisseurs des cathédrales et des châteaux, des palais et des tours ne manquaient certes ni de goût, ni d\u2019imagination créatrice, ni de savoir en mathématiques, comme certains esprits du jour essaient de nous le faire croire.L\u2019homme du XXe siècle, dont l\u2019humilité est loin d'être le trait fondamental, a bien tort de vouloir s\u2019attribuer le monopole des techniques.Mais ce qui est nouveau aujourd\u2019hui, c\u2019est que, contrairement au passé, les innovations technologiques se succèdent à un rythme si accéléré et si massif que la méthode finit par l\u2019emporter sur le contenu, que l\u2019instrument prime la formation, que la structure l\u2019emporte sur la matière d\u2019enseignement et que l\u2019organisation l\u2019emporte sur la chose elle-même, voire sur l\u2019homme ; car on perd souvent de vue l\u2019homme, comme on finit souvent par penser comme l\u2019on vit, par prendre les moyens pour la fin, par faire servir les techniques à tout et par leur donner la première place.On voit des universités offrir des cours de technologie de l\u2019enseignement, genre Pic de la Mirandole à tous les niveaux \u2014 on ne doute de rien aujourd\u2019hui \u2014, comme on voit des étudiants de lettres fréquenter des ateliers de techniques littéraires, des laboratoires d\u2019histoire, de linguistique, de sciences religieuses.Bien plus, la technologie, qui n\u2019a rien à son épreuve, a déjà pris en main l\u2019organisation de l\u2019effort humain, voire du travail intellectuel.Mais, fait singulier, l\u2019effort intellectuel lui-même, malgré la contagion des techniques et des innovations technologiques, n\u2019est pas encore devenu contagieux ; c\u2019est plutôt la peur de l\u2019effort intellectuel qui est aujourd\u2019hui contagieuse, épidémique, généralisée, massive, avec son amour et son goût de tout ce qui est facile et superficiel, passager et transitoire.Il existe sur ce sujet deux écoles de pensée.Les uns soutiennent que la société et les techniques sont en train de créer une culture autonome.Les autres sont d\u2019avis que les sciences et les techniques sont en train de créer un produit fini, variant énormément de signification culturelle et d\u2019appropriation dans la société.Ce qu\u2019il y a de sûr, c\u2019est que le progrès accéléré, vertigineux, des techniques a changé sensiblement les conditions, la qualité et la signification de la vie, a augmenté forcément le pouvoir centra- LA CULTURE EN TRANSITION (II) 517 lisateur de l\u2019État, créé une élite scientifique et technique de qualité, élargissant ainsi le fossé entre le peuple et les diplômés d\u2019université.Ce qu\u2019il y a de sûr aussi, c\u2019est que le grand public ne considère plus chaque nouvelle technique comme un bien public et que les beaux jours de son admiration enthousiaste et sans critique pour la plus récente découverte scientifique sont bien morts.Au contraire, il craint de plus en plus les techniques incontrôlées et incontrôlables.Il sait maintenant de certitude que la science et la technique ne sont pas nécessairement la sagesse et que l\u2019effort artisanal, individuel, est irremplaçable ; la machine, le système, l\u2019organisation ne peuvent pas se passer de l\u2019homme.Contrairement à ce que pensait Spinoza, l\u2019homme est nécessaire.Pour les socialistes, la culture est le ciment de cohésion et de nivellement de l\u2019édifice social.Pour les ouvriers, la culture est la chasse gardée des bourgeois et de la classe moyenne, donc un adversaire de qualité.Pour les dilettantes et les esthètes, la culture est une tour d\u2019ivoire, un isoloir, une cuirasse protectrice contre la foule et la masse populaire.Pour les philosophes, les moralistes et les théologiens, la culture est la nature parfaitement dominée, Bacchus soumis à Apollon, le Centaure apprivoisé par Athéna, le Cyclope disciple d\u2019Ulysse.Pour les psychiatres et les psychanalystes, la culture est l\u2019adversaire de la nature, de la libre expression des instincts, la répression collective.Pour les anthropologues et les sociologues, la culture est le milieu de l\u2019homme, fait de conventions, d\u2019usages, de contrastes, de sentiments, d\u2019images, de valeurs, de tabous, auquel le citoyen doit s\u2019intégrer au risque de passer pour un émigré de l\u2019intérieur, c\u2019est-à-dire un aliéné.Et qui est-ce qui ne souffre pas d\u2019aliénation aujourd\u2019hui ?Qui est-ce qui n\u2019est pas quelque peu étranger à son milieu, à sa société ?Pour les humanistes, la culture est une addition à la nature, ce par quoi l\u2019homme n\u2019est plus un accident de l\u2019univers mais est plutôt ouvert, présent au monde, par la vie de l\u2019esprit en lui, conscient de sa vie individuelle, communautaire et sociale.Pour le peuple ou la masse des gens, la culture est un passe-temps, une distraction, un divertissement, un alibi, quelque chose qui em- 518 L'ACTION NATIONALE pêche de penser à soi, d\u2019être seul avec soi-même, qui comble et remplit la solitude.À tel point un homme seul, ce n\u2019est pas un homme.Or, les progrès techniques sont souvent aveugles, barbares, égotistes, sauvages, se développent au hasard des découvertes, des inventions, des besoins immédiats, comme en vase clos, sans souci du lendemain et de l\u2019environnement.Aussi sont-ils souvent, pas toujours, par bonheur, anti-culturels, donc antihumains.Nous vivons dans une société technologique, dans un siècle à des milliers de mains.Les techniques ne civilisent pas forcément ; elles s\u2019intéressent seulement aux aptitudes et au rendement maximum.De l\u2019homme, elles ne connaissent que le numéro matricule, la carte perforée, la cote, la série, les chiffres.La presse-radio-télévision dont elles dépendent arrose littéralement et systématiquement le public de renseignements plus ou moins précis et d\u2019une culture trop souvent commerciale, médiocre et vide ; le public en est fatigué, gavé, saturé : on dirait de l\u2019eau sur un canard.Dans notre société technico-industrielle, les masses éprouvent peu de goût pour la lecture.D\u2019autant plus que l\u2019école publique n\u2019a guère réussi jusqu\u2019ici à leur inculquer le goût véritable de la lecture du livre de qualité, faute de quoi il n\u2019existe point de culture aujourd\u2019hui.C\u2019est que la culture crée de nature un lien, un nœud de relations, relie les hommes entre eux, comme elle relie l\u2019homme avec soi-même, avec sa propre vie et son propre milieu.Et pourtant la culture du peuple existe, qu\u2019il ne faut pas confondre avec le folklore ou la démocratisation de l\u2019enseignement.Elle est la participation consciente du peuple à sa propre vie ; elle est la présence du peuple à lui-même, présence active et créatrice, qui s\u2019inquiète, se pose des questions, s\u2019émeut et se passionne ; elle est la réalité vécue avec la réflexion, le retour sur soi, l\u2019interrogation et le doute, l\u2019imagination et le rêve ; elle est l\u2019art d\u2019ouvrir les yeux et les oreilles, de faire sienne toute expérience vécue, de s\u2019étonner, de rompre la routine et les habitudes ; elle est le désir de passer d\u2019une vie physique et superficielle à une vie plus authentique et plus consciente.Aussi les chefs des LA CULTURE EN TRANSITION (II) 519 syndicats ne doivent-ils pas s\u2019occuper uniquement d\u2019améliorer les conditions de travail et les salaires de leurs mandants ; ils doivent aussi voir à la qualité de la vie et à la promotion humaine de leurs mandants.En d\u2019autres termes, ils devraient imiter Job et Bouddha qui s\u2019en prenaient non à la société mais à la forme vulgaire de la vie.2 \u2014 La Culture et l\u2019État La culture relève de l\u2019individu, de la société et de l\u2019État.Elle est personnelle, sociale et bureaucratique.Presque chaque État se fait gloire aujourd\u2019hui de posséder son ministère de la Culture ou des Affaires culturelles.Loin de s\u2019en désintéresser, il vise, avec les fonds publics dont il dispose, à l\u2019éveiller, à l\u2019animer, à la répandre et à la faire progresser ; il multiplie les centres culturels et les maisons de la Culture.Insidieuse est la tentation pour le parti démocratique au pouvoir de vouloir la monopoliser aux fins de prestige, de propagande, de publicité, de partisanerie.Celle-ci est d\u2019autant plus difficile à résister que l'État est porté par nature à la centralisation.Or, la culture de l\u2019esprit est individuelle, personnelle ; elle se poursuit au-delà et en marge du pouvoir centralisateur et puissant de l\u2019État.Le rôle de l\u2019État ne peut se limiter, bien sûr, à distribuer des subsides aux fins du développement culturel de la société.Il possède le devoir et le droit de surveiller la façon dont les fonds publics sont administrés.Sont-ils employés à bon escient ?Servent-ils réellement à améliorer le milieu et à rehausser le niveau culturel des esprits ?Ne seraient-ils pas par hasard employés à détruire les principes les plus chers à la société elle-même ?Non content de veiller à la saine administration des fonds consacrés à l\u2019animation et à la diffusion de la culture, l'État doit aussi exercer son esprit critique, savoir dire tantôt oui, tantôt non, encourager telle ou telle initiative, appuyer ou rejeter telle ou telle manifestation artistique et culturelle.Il se refuse, non sans raison, à exercer seulement un rôle de comptable ou de distributeur de subventions.Il ne peut se borner à fabriquer et à mettre en circulation les pièces de monnaie et les billets de banque les plus authentiques et les mieux quali- 520 L'ACTION NATIONALE fiés ; il doit aussi pourchasser sans pitié et appréhender même les faussaires pour les livrer ensuite à la justice.Or, il existe beaucoup de faux, de contrefait, de trompe-l\u2019œil dans la culture du jour, comme il s\u2019en trouve dans les billets et les pièces de monnaie.L\u2019État doit savoir discerner l\u2019ivraie du bon grain ; la culture est libre comme l\u2019esprit, il est vrai, mais, destinée au grand public, elle devient un bien commun auquel il doit voir de près.S\u2019il ne peut esquiver ses responsabilités en ce domaine, il doit déployer cependant beaucoup de clairvoyance, de doigté, et de savoir-faire dans son activité.On n\u2019a que faire aujourd\u2019hui de la religion d\u2019État.Il ne faut donc pas remplacer celle-ci par la culture officielle de l\u2019État.Sans doute l\u2019autonomie de la culture est-elle un mythe.À vouloir la charger d\u2019une autonomie, on commet un acte frauduleux.Aucune culture ne peut se suffire à elle-même.À l\u2019instar de l\u2019esprit, elle n\u2019est pas circonscrite par des frontières géographiques.Elle a beau être nationale dans son cadre et son expression, elle a beau donner naissance à des œuvres nationales, elle n\u2019est pas, dans l\u2019acception de vie de l\u2019esprit, limitée au territoire géographique d\u2019un pays.Elle est, de nature, hors cadre, diffuse, multiple, polyvalente, protéiforme, primesautière, mobile, imprévisible, aussi difficile à préciser et à saisir qu\u2019à rendre et à exprimer.Aussi l\u2019État, si puissant soit-il, qui se met en tête de la créer, de la diriger et de la contrôler à ses fins propres, finit-il tôt ou tard par rencontrer son Waterloo.Tout péché contre la vie de l\u2019esprit se paie durement un jour ou l\u2019autre.La souveraineté de l\u2019État est aujourd\u2019hui reconnue.L\u2019autonomie de l\u2019Église est admise aussi presque partout.Mais la situation est différente quant aux rapports entre la culture et l\u2019État.L\u2019autonomie de la culture est loin d\u2019être réalisée ; je doute fort même qu\u2019elle le soit jamais.Le gouvernement, la bureaucratie, les hommes politiques n\u2019arriveront jamais à la définir et à en circonscrire les champs d\u2019action une fois pour toutes ; il existe aujourd\u2019hui plus de 180 définitions de la culture.Pour moi, cependant, elle est la vie de l\u2019esprit.Or, l\u2019esprit souffle où bon lui LA CULTURE EN TRANSITION (II) 521 semble.Impossible de le ligoter comme Prométhée au Caucase.L\u2019homme doit lutter chaque jour pour en sauvegarder la vie et rester ainsi fidèle à sa nature propre.Mais comme il est un animal politique et que la politisation est aujourd\u2019hui nettement visible presque dans toutes les sphères de l\u2019activité humaine, il se doit de veiller constamment au grain.Pas davantage ne doit-il jamais oublier que l\u2019idée de culte est comprise dans le concept même de culture ; culte de la terre, de la Terre-Mère, Alma Mater.L\u2019homme n\u2019est pas qu\u2019un animal politique ; il est aussi un animal religieux.Pour bien des esprits, la culture tient aujourd\u2019hui lieu de religion ; ils lui rendent un véritable culte, comme d\u2019autres le font à l\u2019art, à la langue, au travail, à la violence, à l\u2019érotisme, à l\u2019homme lui-même.Les héros de Zola ne sauraient que faire aujourd\u2019hui de la religion du travail ; même en U.R.S.S., les héros du travail ne font plus les manchettes depuis 1958.Le terréisme est à la mode, comme la violence et la confusion mentale, dans notre société permissive où les loisirs, les congés et les vacances augmentent sans cesse.Le travail n\u2019est plus l\u2019unique valeur à poursuivre, peut-être parce qu\u2019il est devenu trop hiérarchisé, parcellaire et répétitif.En revanche, la religion de la culture est dans nos mœurs ; Godefroy Demonbynes a même écrit récemment un volume intitulé La Religion de la culture.Il y a un siècle exactement Marie-Jean Guyau (1854-1888) publiait un livre au titre singulièrement prophétique, L'irréligion de l\u2019avenir.On peut rendre un culte à l\u2019État, à une idole, à la raison, à la science, vivre même sans croyance aucune, comme on peut adorer le vrai Dieu, être disciple de Jésus ou de Mahomet, de Bouddha ou de Confucius.On peut aussi pratiquer le culte de la mythologie, lequel est fort répandu de nos jours.Le retour à la mythologie dans l\u2019enseignement supérieur, les essais et les pièces de théâtre, est même l'un des traits distinctifs de notre époque comme de la Renaissance; les cours et les livres de mythologie sont fort populaires à l\u2019heure présente.C\u2019est que l\u2019homme ne peut vivre sans mythes ; il doit en faire un large usage pour gouverner et pour durer ; il a même un profond besoin du sacré pour 522 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019épanouir complètement.Quant aux adorateurs des vedettes de l\u2019écran et de la politique, ils ne se comptent plus en notre temps, qui n\u2019en est pas à une contradiction près, où l\u2019on voit, par contraste, nombre d\u2019esprits s\u2019ingénier par tous les moyens à démythifier ou à désacraliser tout ce qu\u2019il y a de plus noble et de plus spirituel, les gestes et les lieux reconnus depuis des siècles.L\u2019homme moderne est si divisé, écartelé, morcelé, tiraillé qu\u2019il a perdu le sentiment de l\u2019unité de sa personne.En d\u2019autres termes, il a perdu son assiette, c\u2019est-à-dire un fonds commun d\u2019idées et de sentiments, de points de vue et de principes ; il ne respecte plus un ensemble cohérent de valeurs humaines, celles-ci étant de plus en plus déplacées et mutilées, pour ne pas dire déspiritualisées, dans notre monde qui se plaît autant à oublier vite qu\u2019à donner sa démission.Cela est si vrai que tout enseignant, pour me limiter à un seul exemple, me fait penser aujourd\u2019hui à un quart de personne qui enseigne un quart de matière à un quart d\u2019élève.Aussi l\u2019État qui entreprend de répandre la culture de masseet de cultiver le grand public n\u2019a-t-il pas la tâche facile.De même que l\u2019État me paraît avoir beaucoup trop d\u2019enfants pour être un excellent père de famille, de même il s\u2019adresse à trop d\u2019esprits disparates pour être capable de servir à chacun d\u2019eux un programme culturel fait sur mesure.Son rôle est d\u2019autant plus difficile à remplir que la véritable culture de l\u2019esprit s\u2019acquiert lentement et personnellement par la réflexion et le retour sur soi ; on ne la reçoit pas comme une douche ou une ondée ; on se la donne à soi-même, on se cultive soi-même ; on enrichit et nourrit son esprit, comme le paysan engraisse et remue son terreau.Personne d\u2019autre ne peut le faire pour soi, ni l\u2019État ni la presse-radio-télévision.3 \u2014 L\u2019humanisme nouveau Parvenu au terme de ce développement, une question toute naturelle vient à l\u2019esprit : « De quoi demain sera-t-il fait ?» L\u2019homme civilisé ne se borne pas à vouloir savoir quelle heure il est ; il se plaît aussi à plonger son regard dans l\u2019avenir.Demain sera fait, bien sûr, de ce que nous aurons voulu qu\u2019il soit.Nous sommes responsables de nos LA CULTURE EN TRANSITION (II) 523 actes et nos actes nous suivent.Cependant, et c\u2019est là le hic, pas nécessairement à la première génération.Plus souvent à une génération ultérieure, à la deuxième, voire à la troisième ou à la quatrième génération.Car, on l\u2019oublie trop souvent, l\u2019un des traits distinctifs de la condition humaine est précisément l\u2019imprévisibilité fondamentale d\u2019un grand nombre de conséquences de nos actes.Si nous sommes maîtres de nos actes, nous ne le sommes pas toujours, loin de là, des conséquences de nos actes.Voilà un fait indiscutable qu\u2019on peut aisément vérifier.Pour l\u2019homme civilisé, c\u2019est dans la mesure de leur durée que les choses existent.Autrement, autant en emporte le vent.Mais, faute d\u2019être le maître absolu de sa destinée, il se plaît à bâtir l\u2019avenir, à prévoir, souvent même à faire de la prospective ou encore à imaginer une science de l\u2019avenir.Bâtisseur de tempérament, il lui arrive souvent aussi d'être si intéressé à construire qu\u2019il finit par confondre l\u2019action avec la pensée.Il ressemble alors à beaucoup de parents trop absorbés par leur travail et leur vie sociale pour voir à l\u2019éducation de leurs enfants ou encore à beaucoup de contestataires et de révolutionnaires qui préparent mieux le happening destructeur qu\u2019ils n\u2019élaborent de pensée constructive.Le choc du futur a beau être déjà dans nos moeurs, aucun économiste n\u2019avait prévu cependant la guerre du pétrole arabe ; aucun démographe n\u2019avait pressenti ni l\u2019instabilité démographique ni la croissance des populations du tiers-monde ; aucun spécialiste de la prospective, aucun historien du futur n\u2019avait annoncé la menace de pollution de l\u2019air et des eaux ni n\u2019avait prédit l\u2019apparition de l'homme nouveau, différent de celui dont parlent saint Paul et les chrétiens, différent de l\u2019homme traditionnel, différent même de l'homme nouveau rêvé par les socialistes et les marxistes.Les socialistes eux-mêmes, ces impénitents rêveurs en couleur, à commencer par Lénine qui croyait pouvoir bâtir une société sans bureaucratie et créer une économie sans monnaie, alors que l\u2019U.R.S.S.compte aujourd\u2019hui plus de 35,000,000 de bureaucrates, de comptables et de ronds de cuir et que ses réserves d\u2019or roulant dans le Pactole feraient moisir d'envie le fameux roi Crésus, les socialistes, dis-je, croient 524 L\u2019ACTION NATIONALE à tort pouvoir donner satisfaction en même temps à toutes les catégories sociales et remettre en question toutes les bases de l\u2019économie sans provoquer de choc en retour.L\u2019illusion est ici aussi puérile que la prophétie.Laissons aux astrologues la fonction de jouer à la Pythie.Quant à la science de l\u2019avenir ou de l\u2019anticipation, ce n\u2019est pas mon rayon.Autant dire que je n\u2019y crois pas du tout, pour la simple raison que la vie est truffée d\u2019impondérables et d\u2019imprévus.Tout ce qu\u2019on peut affirmer avec certitude, c\u2019est que nous sommes déjà entrés dans la civilisation audio-scripto-visuelle et que la télévision est à l\u2019aube de son âge d\u2019or.Les sciences et les techniques forment les espoirs les plus grands de l\u2019humanité ; elles constituent aussi les menaces les plus sérieuses contre sa survie.Les générations se télescopent ; les sociétés évoluent fort rapidement ; les élèves de cinquième année de médecine sont déjà vieux par rapport à ceux de première.L\u2019avenir appartient aux jeunes, se plaisait-on à répéter il y a vingt ans.Cela n\u2019est plus vrai aujourd\u2019hui, car il n\u2019y a plus de jeunes.L\u2019avenir leur échappe, il appartient plutôt aux gens de quarante ans ; dans six ans, en 1982, il y aura 30% de moins d\u2019étudiants au Canada qu\u2019il ne s'en trouve aujourd\u2019hui, et cela par suite de notre égoïsme collectif.Le milieu scientifique et technique, complexe, fragile et instable, se modifie sans cesse sous nos yeux et entraîne des réactions en chaînes ; les progrès scientifiques et technologiques ont modifié complètement les mentalités et les conceptions du monde.De toute évidence, la culture actuelle n\u2019est plus associée à la société ancienne ; chaque nation perd sa culture propre et est à la recherche d\u2019une nouvelle culture convenant mieux à la société d\u2019aujourd\u2019hui.Une culture propre au Canada est en voie de formation sous nos yeux.Or, ces changements sont si incessants, ininterrompus et nombreux, que beaucoup d\u2019esprits n\u2019arrivent plus à comprendre la société où ils vivent, encore moins à s\u2019y adapter aisément.Aussi la schyzophrénie \u2014 le mot remonte à 1911 \u2014 est-elle l\u2019un des traits marquants du XXe siècle, 80% des malades étant des schyzophrènes ; le progrès galopant de la schyzophrénie va de pair avec le développement prodigieux des techniques. LA CULTURE EN TRANSITION (II) 525 L\u2019avenir appartient à tout le monde, c\u2019est-à-dire à personne.Les humanistes ont une chance inouïe de tirer le meilleur parti de notre civilisation audio-scripto-visuelle pour revaloriser la culture de base, l\u2019humanisme classique et l\u2019humanisme scientifique, pour relier l\u2019humanisme occidental à l\u2019humanisme oriental.Car il existe deux expressions de l\u2019humanisme, celle de l\u2019Occident et celle de l\u2019Orient.Pendant des siècles l\u2019Occident et l\u2019Orient se sont développés en vase clos, isolément, chacun de son côté.L\u2019Europe, repliée sur elle-même, a trop longtemps cru qu\u2019elle avait tout inventé, alors qu\u2019il n\u2019en est rien.Bien avant Marco Polo la Chine était déjà installée au Mozambique.Bossuet, dans son Discours sur l\u2019Histoire Universelle, qui est une dissertation sur la Providence dans le monde de la Méditerranée et du Proche-Orient, ignore tout de l\u2019Inde, de l\u2019Afrique, de la Chine et du Japon, voire du Moyen Âge, car il termine sa vision des choses à Charlemagne, ce qui est pour le moins une vue assez courte des réalités ; l\u2019Univers pour lui se limitait au tiers du monde.Mais aujourd\u2019hui, depuis l\u2019avènement de la Société des Nations et des Nations Unies, l\u2019Occident et l\u2019Orient, l\u2019Est et l\u2019Ouest se rencontrent et s\u2019affrontent plus que jamais.L\u2019arabe, le chinois, l\u2019hébreu, l\u2019hindoustani et le russe sont les grandes langues et littératures de l\u2019avenir immédiat, qui renferment pour l\u2019Occident des valeurs nouvelles et insoupçonnées.Loin d\u2019être mort, l\u2019humanisme, comme l\u2019avenir, est au contraire très prometteur.Mais encore faut-il qu\u2019on cesse de s\u2019entêter, comme l\u2019autruche dans le sable, à vouloir maintenir contre vents et marées une vue périmée de l\u2019humanisme, tel que nous l\u2019avons connu naguère.La formation continue, l\u2019éducation permanente, l\u2019université du 3e âge, l\u2019université ouverte à tous par la radio-télévision, la prolongation scolaire, la traduction des grands textes, le livre de poche, le recyclage, les microsillons, les video-cassettes, les musées, le rôle grandissant de l\u2019artisanat en certains milieux, le progrès de la culture artistique, littéraire et scientifique, la recherche sur ordinateur, la cybernétique, les satellites, les télécommunications, les facilités de voyage : voilà autant d\u2019instruments et de signes avant-coureurs d\u2019une ère nouvelle qui doivent nous empêcher de 526 L'ACTION NATIONALE désespérer de la culture et de l\u2019humanisme dans notre monde en ébullition.Au contraire, nous sommes en train de vivre une seconde Renaissance et de jeter les fondements d\u2019un humanisme nouveau.Voici, en gros, les traits distinctifs de cet humanisme nouveau.D\u2019abord, des hommes nouveaux, tournés beaucoup plus vers le présent et l\u2019avenir que vers le passé ; des mécènes et des organismes culturels d\u2019envergure encourageant les travaux d\u2019équipe à long terme, de préférence aux travaux artisanaux individuels ; un univers mental élargi, largement dominé par les sciences et les mathématiques, les techniques nouvelles et les techniques traditionnelles, se livrant à une meilleure connaissance de l'Orient et visant à revaloriser le travail manuel, en soi culturel, étant donné que la main, facteur d\u2019équilibre, contribue à l\u2019épanouissement de la personnalité et de la sensibilité et reste toujours aussi indispensable que l\u2019imagination créatrice à l\u2019expression de l\u2019art, de l\u2019artisanat d\u2019art et des arts appliqués ; un retour à l\u2019étude de la Renaissance, servant ainsi de lien entre le présent et le passé, car le monde moderne a la nostalgie de la Renaissance, en partie parce qu\u2019il y reconnaît plus d\u2019un trait de son visage comme dans un miroir, en partie parce qu\u2019il se refuse à rejeter du revers de la main six siècles remarquables de civilisation occidentale, de 1350 à 1950 ; l\u2019étude et le culte des mythes dont l\u2019homme a un constant besoin pour vivre et durer ; le comparatisme en droit, en littérature, en philosophie, en sciences religieuses, en géographie, en histoire ; l\u2019histoire des civilisations, de l\u2019humanisme, de la médecine, des sciences et des techniques ; la réduction des centaines de langues aujourd\u2019hui parlées dans le monde à l\u2019étude approfondie d\u2019une douzaine de grandes langues universelles, où le lecteur avide de savoir pourra lire en traduction les plus grandes oeuvres littéraires, philosophiques et scientifiques de l\u2019humanité; l\u2019expansion et le renouvellement du christianisme et de la spiritualité par des laïcs, car la relève du matin a déjà commencé.Humaniste de métier et de tempérament défenseur des humanités classiques et des humanités modernes, à une époque qui ressemble fort à la Renaissance que j\u2019aime tant, dans un âge où nous assistons, comme au XVIe siècle, LA CULTURE EN TRANSITION (II) 527 à la disparition d\u2019un monde et à la naissance d\u2019un monde nouveau, où la nostalgie du passé le dispute en spectaculaire à l\u2019appréhension de l\u2019avenir, je ne cesse de proclamer ouvertement ma foi en l\u2019homme, inséparable de ma foi en Dieu, laquelle ne fait qu\u2019un, pour moi du moins ; l\u2019Un est relié à l\u2019autre comme par un chaînon invisible mais réel, l\u2019homme étant une presqu\u2019île et non une île.S\u2019il tend naturellement de toutes ses forces vers la perfection, c\u2019est qu\u2019il vient de la perfection, qu\u2019il est né pour la perfection à laquelle il retourne et qu\u2019il est immortel comme la perfection qu\u2019il recherche sans répit et qu\u2019il admire sans réserve.L\u2019homme moderne, il est vrai, est souvent négatif et porté à se délecter dans le pessimisme à la grecque, comme si le christianisme n\u2019avait jamais fait son apparition dans le monde ; je connais des esprits qui sont encore plus païens ou moins religieux que les Grecs ne l\u2019étaient.Il est enclin, à tort, à considérer l\u2019époque où il vit comme la pire de toute l\u2019histoire, sans doute parce qu\u2019elle a produit de très grandes choses.La plupart de nos intellectuels prennent aujourd\u2019hui un sombre plaisir, me semble-t-il, à voir et à peindre tout en noir \u2014 le naturalisme est loin d\u2019être mort \u2014, comme s\u2019ils pouvaient réduire et rendre la réalité mouvante, toute complexe et nuancée qu\u2019elle est, en quelques phrases désabusées et tristes ; comme si même un proverbe pouvait contenir plus d\u2019un quart de vérité.Aussi est-ce une excellente chose que les intellectuels de cet acabit ne soient pas trop nombreux à la tête de l\u2019État et aux postes de commande où se prennent les décisions d\u2019importance.Toute servitude, même militaire, n\u2019est pas dénuée de grandeur.Ne sommes nous pas tous des gens de métier, des gens de service?Il ne suffit pas de dresser le bilan d\u2019une situation et d\u2019y voir clair ; nous devons aussi travailler à la redresser, sans jamais oublier l\u2019élément spirituel imprévisible qu\u2019est la force de rebondissement et de renouvellement chez l\u2019homme.Car l\u2019homme, croyant et pensant, est plus grand que les machines et les systèmes.Le sage Marc-Aurèle me semble résumer admirablement notre état d\u2019esprit dans cette pensée remarquable de plénitude et de lucidité : « Il faut avoir, écrit-il, la sérénité de ce qu\u2019on ne peut changer, le courage de changer ce qui peut l\u2019être et la sagesse de connaître la différence.» La stabilité avec l\u2019indépendance par Odina Boutet LA STABILITÉ AVEC L'INDÉPENDANCE 529 Les adversaires de l\u2019indépendance parlaient d\u2019instabilité, au cas où le P.Q.prendrait le pouvoir.D\u2019où vient principalement l\u2019instabilité au Canada ?Ottawa peut par des mesures, des règlements et des refus d\u2019autorisation : ruiner la classe agricole, par les quotas, les importations, les prix, les subsides refusés aux Québécois ou les préférences accordées à d\u2019autres concurrents, etc.De la même façon, il peut ruiner les caboteurs du St-Laurent, ruiner les manufacturiers de n\u2019importe quel secteur, ruiner n\u2019importe quelle entreprise québécoise et décourager toute initiative professionnelle au Québec, par la simple incertitude que ses décisions et ses contrôles peuvent laisser planer.Ottawa peut le faire, car il détient les pouvoirs, les ministères et la majorité concurrente, formée par le nombre et une population différente de celle du Québec.Ce seul fait autorise la population du Québec à se donner une représentation différente de celle du Canada.La Confédération n\u2019a pas différencié les populations du Haut et du Bas Canada, afin de former un seul pouvoir, un seul maître et une seule majorité, alors qu\u2019il y a deux populations différentes et concurrentes.Ainsi, la population du Québec doit se donner une représentation en dehors de la Confédération, pour soutenir sa différence et tout ce qu\u2019elle comporte de concurrence.La population du Québec doit reprendre son Canada de toujours, se débarrasser de l\u2019impôt du Canada anglais, se refaire un gouvernement responsable et une représentation entière.Avançons quelques hypothèses économiques La concurrence du pouvoir politique d\u2019Ottawa met un frein à la productivité économique du Québec.L\u2019indépendance serait donc pour le Québec un facteur économique positif pour la productivité et attirerait les investisse- 530 L'ACTION NATIONALE merits de la grande finance.Elle rétablirait le climat économique canadien, en libérant un secteur productif naturel, important, à la mesure et selon la situation naturelle du Québec.Ottawa empêche, pour des raisons de concurrence politique, le développement économique du Québec, et cette politique, en éloignant les investissements du Québec, nuit à la productivité naturelle d\u2019une grande partie du Canada.L\u2019indépendance du Québec contribuerait à rétablir l\u2019équilibre économique dans l\u2019hémisphère nord du continent, en supprimant automatiquement de la politique canadienne cette préoccupation de concurrence raciale qui n\u2019est pas bonne en affaires pour le reste du Canada.Le potentiel économique du Québec retrouverait son éventualité et il ne resterait plus aux administrateurs du Québec et aux financiers que de le mettre en valeur, avec l\u2019accord de la population.Actuellement, les ministères fédéraux détournent l\u2019économie canadienne vers des régions et des secteurs choisis pour des raisons politiques.Cela a pour effet de retarder les investissements, pour des raisons de flair économique, dans l\u2019ensemble du Canada et dans le Québec en particulier.Les voix compétentes pourraient témoigner contre les obstacles que les ministères fédéraux ont semés pour diminuer le développement économique du Québec.Une énumération serait la bienvenue.En outre, les décisions politiques de cette nature ont eu pour effet d\u2019empêcher la liberté de la concurrence en économie, comme la centralisation ontarienne et les coûts du transport aux régions défavorisées.Le refus d\u2019ouvrir en hiver les grands ports du Québec à la circulation maritime est un autre exemple d\u2019une décision politique qui augmente le coût du transport en prolongeant le trajet par chemin de fer des provinces plus à l\u2019est, alors que les navires conduiraient leur marchandise à meilleur prix jusqu\u2019aux centres industriels de Montréal et de Québec.Les préférences accordées par Ottawa pour l\u2019im- LA STABILITÉ AVEC L'INDÉPENDANCE 531 plantation des industries et les renseignements qu\u2019il peut distribuer selon ses politiques ont généralement augmenté la concentration en Ontario, aux dépens des régions concurrentes.Les motifs politiques de cette concentration et les privilèges qui en découlent pour l\u2019avancement de la technique et de la science ont joué en particulier au détriment du Québec dont le potentiel naturel et l\u2019accès géographique ont servi à une économie d\u2019exploitation coloniale plutôt que d\u2019épanouissement culturel.Du simple point de vue de la rentabilité financière, le potentiel économique du Québec bénéficierait d\u2019un transfert des pouvoirs politiques vers le Québec.De même, au plan canadien, en supprimant d\u2019Ottawa les décisions politiques dont le caractère économique n\u2019est pas le meilleur pour sa rentabilité, on ramènerait au Canada un plus grand nombre d\u2019investissements et un meilleur équilibre.Vue dans cette perspective, l\u2019indépendance du Québec est non seulement un avantage économique pour le Québec mais également pour le Canada et pour l\u2019Amérique du Nord.Des faits existent, nombreux, qui pourraient servir à confirmer le caractère positif de cette hypothèse.Il appartient à ceux qui ont accès aux documents de prouver maintenant, avec tout le sérieux et la force nécessaires, que le rôle d Ottawa est négatif pour le Québec et même pour le Canada.L honnêteté politique du nouveau gouvernement de Québec peut nous laisser espérer que les documents seront utilisés de façon à éclairer la population.Cette situation d un parti libre qui détient le pouvoir à Québec, pour la première fois dans notre histoire, peut ouvrir la voie.Ce ne sont pas seulement les cœurs ardents qui peuvent espérer, mais également les hommes compétents, les chercheurs, les savants, les hommes d\u2019affaires et les financiers, toute une société enfin.La compétence est étroitement liée au succès de la fonction culturelle dans une société, et c\u2019est dans la compétence que I économie et la finance trouvent leur propre succès. 532 L'ACTION NATIONALE L\u2019épanouissement culturel sera facilité par les renseignements et les mesures d\u2019autorité qui pourront désormais parvenir à notre société sans être déviés.La compétence s\u2019en suivra.L\u2019économie et sa compagne, la finance, ont tout à espérer d\u2019un gouvernement et d\u2019une population qui s\u2019acheminent vers une plus grande compétence, grâce à la remise en mouvement de l\u2019appareil culturel de leur société, par la reprise d\u2019une autorité politique normale et normative.La stabilité est là.Elle est aussi dans le climat social.Le nouveau gouvernement de Québec a un avantage sur ses prédécesseurs, parce qu\u2019il n\u2019a pas les nerfs à fleur de peau en ce domaine.Arrivé libre au pouvoir, sans attache autre que son engagement à respecter autant les syndicats ouvriers que les compagnies et les patrons, il peut offrir une paix sociale que les autres partis politiques avaient compromise par leurs attaches.L\u2019importance d\u2019avoir à Québec un gouvernement social et démocrate ouvre encore une fois la voie à l\u2019éducation des masses et des organismes qui composent notre société et notre État québécois.La responsabilité sous toutes ses formes va faire des progrès au Québec.Les syndicats autant que les compagnies vont en bénéficier.Si, dans l\u2019ensemble, on peut dire que le sens des responsabilités va nous revenir, comme Québécois, avec le pouvoir, on peut dire que déjà, seulement avec un gouvernement provincial social-démocrate, malgré les limites d\u2019un pouvoir qui est seulement provincial, le climat social va s\u2019améliorer.Le sens des responsabilités va s\u2019éveiller un peu.Et quand les pouvoirs seront ramenés d\u2019Ottawa à Québec et que l\u2019autorité nationale québécoise sera en place, notre sens des responsabilités sera accru.La stabilité économique peut entrevoir ses meilleurs jours dans cette perspective.Mais il faut travailler.Il faut que les gens qui ont en main les informations se mettent à faire des compilations et qu\u2019ils rendent ces informations disponibles.Il faut publier les faits qui donnent un sens aux événements du passé et LA STABILITÉ AVEC L'INDÉPENDANCE 533 du présent.Nous pourrons mieux tous ensemble orienter I avenir.Qu\u2019on se mette à la tâche résolument et qu'on nous démontre que les ministères fédéraux nuisent au développement du Québec, nuisent à l\u2019information de notre société culturelle et nuisent à la rentabilité de nos entreprises.Le seul fait qu\u2019Ottawa a les pouvoirs pour nous nuire, même s\u2019il n\u2019en usait pas, est déjà une raison suffisante pour dénoncer la Confédération.Notre peuple n\u2019y manquera pas, dès qu\u2019il l\u2019aura compris.Le gouvernement d\u2019Ottawa n\u2019est pas le nôtre et ses pouvoirs ne sont pas représentatifs de notre société.Là est l\u2019invraisemblable situation d\u2019une société québécoise qui a, par ailleurs, reçu de la couronne anglaise le droit d\u2019une nation distincte par sa langue et ses droits, dans I Acte de Québec, et plus tard le droit d\u2019un gouvernement responsable dans sa province du Bas-Canada dite la Province de Québec.Il ne manque plus que le rapatriement des pouvoirs à Québec.Pour y parvenir, il faut que la population sache, jusqu\u2019au dernier des citoyens, ce qu\u2019est son vrai Canada, ce qu\u2019est son vrai gouvernement et ce qu\u2019est sa patrie à elle.Il faut dénoncer la cachette des deux Canadas en un seul, la fausseté d\u2019une représentation dans le gouvernement fédéral, et la fiction d\u2019une normalité canadienne-française dans un Canada dominé par une autre normalité, ou en termes plus simples la vie courte de toute culture canadienne-française dans la Confédération.L économie, qu\u2019on le veuille ou non, est reliée à la culture, comme la compétence est reliée à la culture.Or, si la culture n\u2019est pas un vain mot, elle a une fonction dans la société, elle doit participer aux pouvoirs dans la détermination des règlements et des lois, dans l\u2019administration et la conception.Cela ne se fait pas au Canada où la seule norme comprise et admise doit avoir le caractère de la majorité dite démocratique, donc anglaise.Dans toutes nos protestations et nos récriminations du passé contre la Confédération ou contre la majorité anglaise, nous n\u2019avons jamais vraiment insisté sur ce carac- 534 L'ACTION NATIONALE tère normatif de la culture.Nous n\u2019aurions jamais osé, en tant que Canadiens français, supposer que notre façon de penser ait pu s\u2019élever jusqu\u2019à la compétence, surtout pas jusqu\u2019à la compétence fédérale.Notre infériorité n\u2019était pas seulement numérique.Être canadien-fraançais, c\u2019était aussi être vite dilué dans le caractère anglais.Il a fallu que l\u2019identité québécoise s\u2019affirme pour qu\u2019on retrouve plus d\u2019étendue et d'espace pour notre substance.Le paradoxe est là, dans un Canada qui se dit grand « d\u2019une mer à l\u2019autre » et dans lequel nous sommes plus petits que dans notre seul Québec qui, lui, ne prétend pas en couvrir si grand.« Qui trop embrasse.» Quand la population du Québec aura encore compris cela, il n\u2019y aura plus de mirage canadien en son esprit.Le référendum aura peut-être eu lieu avant, il y en aura peut-être eu plusieurs, je ne sais.Mais nous allons vers la fin de notre infériorité, vers l\u2019affirmation de notre caractère et de notre culture, dans les normes et dans l\u2019autorité.Nous allons vers la compétence et l\u2019économie, nous allons vers le bon emploi de tout bien. I.Un génocide en douce (de Pierre Vadeboncœur) par Jacques Poisson 536 L'ACTION NATIONALE Tel est le titre d\u2019un recueil d\u2019essais et d\u2019articles polémiques écrits par Pierre Vadeboncœur, lauréat du prix David en 1976.En employant le terme génocide, l\u2019auteur se trouve à rompre audacieusement avec la répugnance de notre bourgeoisie libérale à soupçonner le capitalisme anglo-saxon d\u2019un dessein aussi peu démocratique que celui de nous dénationaliser.Il fallait du courage pour proposer ce thème à une classe sociale encline depuis longtemps à considérer les peuples de langue anglaise comme démocrates à vie, démocrates par le sang, démocrates par la grâce de Dieu.Voici donc une autre croyance en péril, puisque l\u2019ouvrage reçoit un accueil enthousiaste parmi les intellectuels de toutes tendances, dont les indépendantistes sociaux-démocrates.Est-ce que ce sont les prototypes de la démocratie qui dégénèrent ou notre sens critique qui s\u2019avive ?L\u2019histoire le dira à nos descendants.Une phrase lapidaire et vigoureuse illustre, dès le deuxième essai, les positions de l\u2019auteur à l\u2019égard du régime économique : « Il est patent que le capitalisme est indépendant de tout principe et que le simple humanisme, par exemple, signifierait sa destruction».Nous verrons plus loin que ce jugement sévère, auquel je souscris spontanément, ne peut être interprété comme une adhésion au camp opposé.En effet, M.Vade-boncœur s\u2019applique à une démarche intellectuelle prudente et sagace, sauf dans ses polémiques presque féroces contre les adversaires: Trudeau, Lalonde, Ryan, Pellerin, Bourassa et quelques autres.Il redoute autant la pensée sectaire, l\u2019idée fixe, que les assauts sauvages de la libre entreprise contre notre liberté.Il estime qu'« on n\u2019ira jamais plus loin que le matérialisme capitaliste dans l\u2019atomisation de la race humaine, parce que les rapports de l\u2019individu avec les choses d\u2019utilité immédiate auront dévoré tous les autres rapports ».Déjà le lecteur un peu sensible éprouve une immense inquiétude pour la personne humaine, pour la nation.Et ce sentiment, à mon avis, peut transcender les attitudes politi- UN GÉNOCIDE EN DOUCE 537 ques, qu\u2019on soit de gauche ou de droite.Pour un gouvernement québécois qui récuserait le capitalisme à la nord-américaine, la marge de manœuvre serait extrêmement étroite, à n\u2019en pas douter.Justement, c\u2019est là une préoccupation en filigrane dans une bonne partie du recueil.Or, le système économique en vigueur nous condamne à une mutation dégradante.« En Amérique, le capitalisme est actuellement le véhicule de l\u2019histoire, et l\u2019histoire, dans les conditions modernes, a acquis une puissance inouïe, au moment même où elle nous investissait.» Nous avons été amenés, sans trop y prendre garde, à une liquidation du passé et sommes devenus des « errants sédentaires ».« Pas de passé, pas de patrie non plus.Il y a ces trous béants dans notre langage et notre sensibilité.» La pensée chemine ainsi, au milieu de réflexions perspicaces, jusqu\u2019à la découverte du génocide, antérieure de quelques mois à l\u2019avènement du Parti québécois.« Pour la première fois, le pays politique ne se défend absolument plus ; pour la première fois la nation, qui tente cependant par le néo-nationalisme un grand effort de redressement, se trouve dans la condition et dans le fait d\u2019un peuple aspiré par le néant.Mais pour la première fois aussi, il y a correspondance entre cette double démission et un tiers phénomène, particulièrement accusé, qui est celui d\u2019une volonté capitaliste et anglo-saxonne de pousser si rapidement son offensive contre nous qu'elle ne nous laissera plus, dans un avenir pas très lointain, de moyen pour y faire face efficacement.Cette offensive n\u2019est plus une plaisanterie.Pour la première fois, on peut parler d'une entreprise de génocide.» L\u2019auteur, toujours en juin 1976, attribue au gouvernement Bourassa une politique de dissolution culturelle, de démission constitutionnelle, d\u2019aliénation économique, de neutralisation idéologique et de désorganisation politique du peuple québécois, puis il établit un rapport entre cette politique et l\u2019impérialisme américain. 538 L'ACTION NATIONALE li faut dire que la commission Parent avait déjà préparé le terrain, pour ce qui est de la décomposition culturelle.La dynamique de l\u2019assimilation et de la déculturation est déjà observable dans nos écoles depuis plus de dix ans.M.Bourassa aurait donc suivi une voie toute tracée, comme M.Bertrand d\u2019ailleurs.Le rappel de ces faits n\u2019infirme pas les énoncés un peu généraux de M.Vadeboncœur, mais vise à les resserrer d\u2019un peu plus près dans le temps et dans la chaîne des causalités.D\u2019ailleurs, l\u2019enseignement, ainsi que l\u2019histoire en témoigne, est l\u2019arme de prédilection dans toute entreprise génocidaire.Cette question exigerait une étude exhaustive comme complément à un génocide en douce.Il serait grand temps que nous mesurions le rôle de nos écoles et de nos collèges dans notre aliénation collective.Le sixième essai est consacré à la découverte du racisme.« D\u2019aucuns s\u2019imaginent qu\u2019il n\u2019y a plus de racisme.Quelle idée niaise ! La hargne antifrançaise n\u2019est pas morte.J\u2019affirme qu\u2019elle est encore là tout entière.Cette violence, qui est une crampe chronique au niveau des instincts agressifs, est suspendue sur le vieux peuple du Québec, lequel n\u2019a jamais cessé d\u2019irriter ceux qui l\u2019entourent.» « À droite, au centre, cette idée fleurit toute seule, et c\u2019est bien explicable, car elle préside aux échanges entre maîtres et serviteurs dans des clubs select où règne I égalité du verre de scotch.» « Le génocide québécois n\u2019est pas seulement l\u2019affaire de l\u2019impérialisme, ce qu\u2019on connaît assez maintenant, bien que la chose ne sautât pas d\u2019abord aux yeux , c est aussi l\u2019affaire du racisme, si bien recouvert depuis des décennies qu\u2019on l\u2019a pu croire éteint.Les contrôleurs et pilotes anglophones, de plus, font maintenant du racisme dans la plus pure tradition.Même l\u2019immigrant récent, à Montréal, où il est fort nombreux, se juge, par participation, investi du même pouvoir ou du même hautain privilège que l\u2019Anglais proprement dit et nul doute qu\u2019il a déjà commencé sa résistance, pour ne pas dire sa conquête.» UN GÉNOCIDE EN DOUCE 539 « L\u2019impérialisme et le racisme convergent donc dans leurs efforts pour avoir raison de nous.» « Trudeau ignore tout du racisme, parce qu\u2019il a passé des années à ronger les balustres d\u2019une espèce d\u2019église protestante de la démocratie, dans le temple de laquelle il a longtemps préparé ses sermons politiques et dans laquelle il a fini par officier.» Les citations qui précèdent sont typiques d\u2019une bonne partie de l\u2019ouvrage, c\u2019est-à-dire de celle qu\u2019on peut qualifier de polémique.Mais l\u2019auteur, malgré sa passion fort compréhensible, ne semble pas s'aviser que le racisme le plus détestable et le plus funeste sévit aujourd\u2019hui chez nous.Il se manifeste par une hargne d\u2019emprunt contre la France, les Français, la langue française, contre la Nouvelle-France et ses légendes.Le racisme anglo-saxon a pénétré l\u2019âme des Québécois et, y évoluant en complexe ou en névrose, y a introduit des contradictions mortelles.Si les malades ne guérissent pas à temps, l'entreprise de génocide pourrait bien être relayée par celle de génosuicide.Le mal en question se contracte un peu partout, mais sa forme virulente a pour principal foyer l'enseignement d\u2019esprit américain instauré dans nos écoles par la génocidaire commission Parent, c\u2019est-à-dire par MM.Arthur Tremblay et Guy Rocher, si l\u2019on excepte figurants, touristes et cautions.Il faut tout de même préciser ici que les instituts pédagogiques et les écoles normales étaient dans la mouvance américaine depuis quelques décennies déjà.Si M.Jacques-Yvan Morin entend redonner à nos écoles une âme française, il a une lourde tâche de déconditionnement pédagogique devant lui.Et il ne peut s\u2019appuyer pour cette mission sur aucune synthèse historique.Certes, il existe un ouvrage sur l\u2019évolution de l\u2019enseignement au Québec, mais on n\u2019y trouve peu d\u2019information sur notre glissement vers l\u2019idéal pédagogique américain.« Devant l\u2019éventualité de la déchéance nationale et de notre disparition comme peuple, l\u2019indépendance se fera ou ne se fera pas .l\u2019échec du projet d'indépendance ne serait que le commencement d\u2019une fin à n\u2019en plus finir.L\u2019homme n\u2019est pas un lombric, qu\u2019on peut couper en deux 540 L'ACTION NATIONALE sans dommage pour les segments qui en résultent.Tout se tient.Ceux qui pensent qu\u2019un tel peuple, diminué et confus, sans pouvoir d\u2019aucune sorte, sans aucune charpente nationale et sans identité, ferait la révolution sociale, confient à des inexistants futurs et à des forces explosées une mission d\u2019énergie.Ils s\u2019en remettent, pour une mission de résistance, à la ruine de toute fortification.» Cette mise au point s\u2019adresse aux révolutionnaires coupés de la réalité québécoise.M.Vadeboncœur, après des années d\u2019action syndicale, manifeste un souci du possible qui ne se relâche jamais.Aussi se défend-il tout au long de son livre d\u2019être un doctrinaire.Ses repères me semblent moins sûrs cependant dans la façon dont il se démarque de la droite, çà et là.Comment n\u2019a-t-il pas senti que les termes « fascisant », « droitiste » et « réactionnaire » ont été trop galvaudés pour conserver beaucoup de signification ; ils ne valent guère mieux que celui de « communiste » venant de M.Camille Samson.Confondre, par exemple, fascisme et oligarchie, ou encore droitiste et totalitaire, n\u2019est-ce pas céder à un déplorable relâchement dans le choix des mots ?Or, le Québec, proie élective d\u2019une entreprise de conditionnement impitoyable, a besoin de toute la rigueur possible pour se défendre, dont celle qui consiste à recourir aux termes les plus justes pour se définir et pour définir ses adversaires.Je n\u2019aimerais pas qu\u2019on en vienne à embrasser pêle-mêle, sous le terme de droite, M.Robert Stanfield, Pinochet, la CIA, Duplessis, Hitler, l\u2019ITT, Caouette, le clergé québécois d\u2019hier et M.Trudeau.Dans « le schéma projeté de la désintégration nationale », l\u2019auteur distingue chez les adversaires le dessein d\u2019opérations expéditives.« On n\u2019envisage pas la réduction patiente de plusieurs millions de Québécois ; ce n\u2019est pas nécessaire.On travaille seulement à amener à point nommé une défaite stratégique, dont l\u2019effet historique serait cependant incalculable .Les modes et les courants se succèdent, comme d\u2019ailleurs partout en Occident, par lesquels on réussit dans une certaine mesure, pendant que le temps UN GÉNOCIDE EN DOUCE 541 passe, à neutraliser, à désintéresser, à distraire des milliers d\u2019individus, ou à en lancer d\u2019autres vers des objectifs politiques différents, sans parler des moyens plus ordinaires d'entraver la marche d\u2019un parti (le PQ).» Ces considérations amènent l\u2019auteur à un exemple d\u2019action insidieuse sur notre psychologie : le libre choix de la langue d\u2019enseignement.« Ceux qui s\u2019imaginent qu\u2019il s\u2019agit là simplement d\u2019un complot pour rendre possible le passage d\u2019une masse vraiment importante de francophones au secteur anglophone dans une période de temps plutôt restreinte se privent d\u2019apercevoir le dessein plus plausible et certainement plus grave qui sous-tend cette politique.De quoi s\u2019agit-il ?Il s\u2019agit à mon avis d\u2019amorcer par des précédents et par l\u2019exemple un changement culturel, un changement de mentalité chez les francophones à l\u2019égard de l\u2019anglais, de manière à leur faire considérer cette langue d\u2019un point de vue nouveau, comme on fait tomber un préjugé, une prévention ou comme on lève un tabou.Cette stratégie est extrêmement pernicieuse et de longue portée.» Faisons ici une pause dans notre promenade à travers un génocide en douce et fixons quelque peu notre attention sur le procédé perfide (sorte de décalage psychologique) dénoncé par M.Vadeboncœur.Il consiste en somme à suggérer au Québécois un point de vue, en apparence inoffensif, qui l\u2019amène néanmoins à un léger déplacement dans son idendité culturelle.À quand remonte l\u2019emploi de cette arme psychologique contre nous ?Je ne saurais dire, n\u2019étant pas historien des idées au Québec, mais, chose certaine, un effort analogue de dissociation constitue la trame du rapport Parent, dont je me suis imposé naguère la lecture et la relecture.Je pourrais en donner une multitude d\u2019exemples, mais je me bornerai à deux afin de ne pas trop alourdir la présente analyse.1) Pour l\u2019enseignement de l\u2019histoire, la commission Parent se situe d\u2019abord dans l\u2019optique canadienne et propose le manuel unique, ce qui nous ramène à l\u2019époque de l\u2019abbé Arthur Maheux.Ensuite elle nous suggère hypo- 542 L'ACTION NATIONALE critement une sorte de dilution de notre identité, au carrefour de quatre pays, dont trois de langue anglaise : « Outre l\u2019histoire du Canada, dont le programme pour les écoles françaises est surtout centré sur la province de Québec, les programmes font peut-être une place trop grande sinon exclusive à l\u2019histoire de France.Un programme équilibré devrait aussi faire connaître l\u2019histoire du Canada moderne, celle de l\u2019Angleterre, celle des États-Unis .» (tome 3, p.150).Manuel unique et équidistance théorique relativement au Québec, au Canada anglais, aux États-Unis, à l\u2019Angleterre et à la France, nous savons aujourd\u2019hui où nous a menés ce prétendu cosmopolitisme culturel.L\u2019idéologie américaniste qui a inspiré le rapport et que rayonne aujourd\u2019hui l\u2019enseignement québécois crée, pour le moins, une ambiguïté profonde vis-à-vis de l\u2019histoire.Une enquête auprès de la jeunesse et du personnel enseignant établirait sans doute que le « loyalisme »1 chez eux est très confus et dispersé, que les États-Unis y figurent en bonne place, devant le pays de nos origines, \u2014 ce qui n\u2019était pas le cas avant la révolution tranquille ; que le passé québécois y est compromis par une commune hostilité envers le Canada anglais, l\u2019Angleterre et la France.On est bien loin du consensus sur lequel pourrait s\u2019appuyer l\u2019enseignement d\u2019une histoire nationale.Léandre Bergeron n\u2019est pas un accident dans ce fouillis idéologique.Dans certaines écoles anglo-québécoises, soit dit en passant, le loyalisme est si brouillé que l\u2019histoire des États-Unis est la seule qu\u2019on y enseigne.Si les Québécois ne distinguent rien dans tout ce scénario, eh bien ! ils sont mûrs pour la déchéance.2) Pour présenter notre deuxième exemple de suggestion perfide, il convient de citer encore une fois la commission Parent : « Certaines des méthodes que nous avons préconisées pour l\u2019enseignement de la langue maternelle sous sa forme parlée s'imposent moins pour l\u2019anglais en tant « UN GÉNOCIDE EN DOUCE 543 que langue maternelle, cette langue ne se trouvant pas dans le même état de défense en Amérique, et offrant par ailleurs des structures, des formes et une grammaire sans doute plus souples » (tome 3, p.40).N\u2019insistons pas sur l\u2019idée de l\u2019anglais « ne se trouvant pas dans le même état de défense en Amérique », singulier euphémisme pour désigner une agression de tous les jours.Examinons plutôt l\u2019attribution de la souplesse qui ferait la supériorité d\u2019une langue sur l\u2019autre.On conçoit quelle peut être la force de pareil thème de propagande, \u2014 puisque c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit, \u2014 à une époque où l\u2019idéologie de la « beat generation » déferle sur le Québec.Il n\u2019en fallait pas davantage pour discréditer le français aux yeux des enseignants d\u2019abord et des élèves qu\u2019ils conditionneraient par la suite.Notre peuple était-il trop confiné à la quotidienneté, suivant un point de vue exprimé par M.Vadeboncœur dans une perspective plus générale, pour que son corps enseignant ne pressente pas les conséquences funestes d\u2019une attaque de cette nature contre le français ?Il est vrai que la traduction à sens unique, omniprésente au Québec, est un prisme déformant pour qui veut apprécier les ressources d\u2019une langue ou encore comparer celles de deux langues.La langue d\u2019arrivée (celle vers laquelle on traduit) se trouve fatalement désavantagée, étant contrainte à suivre le cheminement idiomatique de l\u2019autre plutôt que le sien.On concevrait que M.Guy Rocher, interprète assidu du sociologue américain Talcot Parsons, ait été victime lui aussi du prisme de la traduction.1.Le terme \u2022< loyalisme », aussi ambigu ici que la situation qu'il évoque, pourrait être remplacé par « patriotisme », par « fidélité culturelle », par « sens de l\u2019identité collective ». 544 L'ACTION NATIONALE Dans un deuxième article, nous poursuivrons notre survol d'un génocide en douce, puis nous verrons que l'auteur pourrait écrire également « un génosuicide en douce », s\u2019il tournait son extraordinaire talent d\u2019analyse vers d\u2019autres aspects du péril national, dont une forte tendance à l\u2019auto-intoxication psychologique. Au fil de l\u2019actualité par Patrick Allen. 546 L'ACTION NATIONALE Bryce Mackassey : un sauveur gênant.Venu d\u2019Ottawa pour sauver le Québec de M.Bourassa du fléau «séparatiste» qui le menaçait avec l\u2019élection de novembre 1976, Bryce Mackassey est prêt à y retourner pour appuyer le premier ministre Trudeau dans la mission que lui ont donnée les anglophones de protéger l\u2019unité nationale.D\u2019abord l\u2019unité nationale au Canada a-t-elle déjà existé ailleurs que dans un «wishful thinking» de ses leaders et des textes juridiques et constitutionnels ?On n\u2019a jamais réussi depuis 1867 à créer un consensus cordial et dynamique d\u2019Halifax à Vancouver, surtout avec le Québec, pour un style d\u2019unité nationale qui est de plus en plus un « mensonge officiel » parce que sous le couvert du fédéralisme, on cache une idéologie d\u2019union fédérative de toutes les parties du pays sous un seul centre important de décisions à Ottawa.C\u2019est cette dissimulation officialisée que véhicule Mackassey avec son va-et-vient politique comme député fédéral à Verdun, comme député provincial à NDG, comme harangueur souvent farfelu dans plusieurs villes du pays.C\u2019est un homme gênant et dangereux pour tous les dirigeants politiques et les électeurs qui se contenteraient d\u2019un tel informateur.Il pourrait même provoquer une nette accélération d\u2019agressivité contre le fédéralisme canadien du style Trudeau et dans le sens le plus rétrograde et le plus fermé à toute innovation créatrice pour le Québec et l\u2019ensemble du Canada.Qu\u2019on mette cet homme en veilleuse ou qu\u2019on lui donne des ailes on ne réglera rien.Qu'on le laisse se suicider politiquement on ne fera qu\u2019enrichir l\u2019arsenal de ceux qui combattent le fédéralisme rétrograde du gouvernement central.Une 11e province à même le QUÉBEC : une charge de dynamite.Au lieu d\u2019annoncer une nouvelle formule de recherche réaliste pour retenir le Québec à l\u2019intérieur du Canada, une certaine horde de leaders anglophones cachée comme d\u2019habitude sous l\u2019anonymat et une poignée de notre valetaille francophone à leur service annonçaient par les ondes, vers la fin de la semaine du 10 janvier 1977, la for- AU FIL DE L'ACTUALITÉ 547 mation d\u2019un comité pour la création d\u2019une 11e province canadienne formée du West Island de Montréal et d\u2019autres portions du Québec comparables du point de vue de structure démographique.Voudrait-on physiquement construire un mur de Berlin entre les deux groupes principaux de Québécois pour inciter les francophones militants et convaincus à réclamer l\u2019appui de l\u2019URSS et tout ce qui pourrait s\u2019ensuivre, que l\u2019on ne procéderait pas autrement ! Que les Amérindiens aient depuis longtemps cherché à récupérer une portion de leur propre territoire, cela est explicable.Mais que des Québécois refusent à la grande majorité d\u2019entre eux le droit à l\u2019intégrité de son territoire déjà grugé ici et là par les décisions arbitraires du gouvernement central comme ça été le cas pour le Labrador cédé à Terre-Neuve avant les années 30, les découpages de parcs nationaux, etc.Cela est plus inquiétant que les objectifs du Parti québécois.La désintégration brutale et graduelle du territoire québécois a ruiné la confiance dans les relations fédérales-provinciales, augmenté les frustrations, jeté de l\u2019huile sur le feu et peut avoir l\u2019effet d\u2019une charge de dynamite pour faire exploser les esprits les plus sereins.Si on voulait pousser le ridicule plus loin, on pourrait se demander pourquoi les francophones du Nouveau-Brunswick, de l\u2019Ontario et des autres parties du pays ne réclameraient-ils pas aussi leur propre province ?Mais dix provinces au Canada, n\u2019est-ce pas déjà trop de déséquilibre sous les aspects géographiques, démographiques et politiques?Les quatre provinces maritimes ensemble ont-elles le tiers de la population du Québec ?toutes les provinces de l\u2019Ouest ne groupent-elles ensemble qu\u2019à peine l\u2019équivalent de la population du Québec ?Si ce projet de 11e province devait être pris au sérieux, c\u2019est toute la division politique du Canada qu\u2019il faudrait remettre en question.Mais toute cette affaire est plutôt une nouvelle tactique d\u2019intimidation familière du pouvoir de l\u2019argent, plus provocante toutefois que le coup de la Brink\u2019s.Est-ce une nouvelle stratégie de faire peur, ou de provoquer les ê-lecteurs ? 548 L'ACTION NATIONALE Les libéraux fédéraux : front commun contre le référendum ?Le Dimanche du 16 janvier annonçait que MM.Marc Lalonde et Judd Buchnan présidaient la veille à la première réunion conjointe à Montréal des cadres supérieurs ontariens et québécois du Parti libéral fédéral.Ils ont réaffirmé d\u2019une façon absolue et inconditionnelle leur plus entière confiance dans le leadership du premier ministre Trudeau.Ils ont convenu de créer un comité conjoint permanent chargé d\u2019étudier les problèmes de l\u2019unité nationale, l\u2019ensemble des relations entre le gouvernement fédéral et les provinces d\u2019Ontario et de Québec, la participation des provinces aux événements nationaux.Serait-ce la naissance d\u2019un front commun des libéraux fédéraux contre le référendum promis par le parti québécois ?Aux Québécois lucides qui veulent changer ou améliorer leur cadre politique, d\u2019ouvrir leurs yeux et leurs oreilles et d\u2019être vigilants.Les anglophones ont-ils raison de s\u2019inquiéter au Québec ?À causer avec des amis anglophones et après avoir é-couté rémission de télévision « Le pour et le contre » du 14 janvier à Radio-Canada, il faut comprendre qu\u2019un certain nombre d\u2019anglophones s\u2019inquiètent de leur avenir linguistique plutôt que de l'économie au Québec.Qu\u2019ils aient raison de s\u2019inquiéter, ce peut être discutable.Ils auraient raison si le nouveau gouvernement du Québec décidait tout simplement de traiter les minorités comme elles le sont depuis si longtemps dans les autres provinces.Mais le Parti Québécois n\u2019a jamais indiqué dans son programme que les anglophones de la province seraient considérés comme les francophones le sont dans l\u2019Ontario, les provinces de l\u2019Ouest ou de l\u2019Est.L\u2019excès de tolérance, l\u2019ambiguité des politiques d\u2019accueil et de linguistique des gouvernements antérieurs du Québec ont rendu un mauvais service aux anglophones comme aux francophones, en favorisant l\u2019instinct de solitude et de supériorité chez les uns et un complexe d\u2019infériorité et d\u2019agressivité chez les autres.Le Parti Québécois, à part certaines carences à combler AU FIL DE L'ACTUALITÉ 549 dans son programme scolaire et linguistique à l\u2019endroit des anglophones, devra s\u2019affirmer comme le VRAI GOUVERNEMENT d\u2019une province francophone.S\u2019il déçoit trop et trop vite, il devra être critiqué et même rejeté par ses électeurs, s\u2019il trompe la confiance que les Québécois ont mise en lui.Par contre, tous les citoyens du Québec doivent combattre toute l\u2019attitude négative qu\u2019on leur reproche face à l\u2019immigrant désirable et s\u2019ouvrir généreusement à cet actif important qu\u2019il constitue.Mais plus les Québécois seront rassurés dans leur existence et la maîtrise de leurs décisions, mieux ils s\u2019empresseront auprès des immigrants et des activités canadiennes ; ils perdront certaines de leurs attitudes d\u2019intolérance, d\u2019agressivité et de xénophobie.Un sénateur à suivre de près : Pietro Rizzuto.Quand le premier ministre du Canada a demandé à M.Pietro Rizzuto s\u2019il pouvait consacrer la plus grande partie de son temps au service du peuple canadien, il a répondu dans l\u2019affirmative et M.Trudeau l\u2019a nommé sénateur.Quand M.Rizzuto est arrivé au Canada « il ne disposait que de sa chemise ».Il a dû faire un peu de tout pour vivre : engagé d\u2019abord comme manœuvre « pour la Ville», puis ouvrier de la construction qui a transporté de la brique sur ses épaules, puis plusieurs années à l\u2019emploi d\u2019une compagnie de pavage, puis partenaire avec plusieurs des siens dans la fondation de la compagnie Inter State Paving Inc.et qui s\u2019appelle Corrival depuis 1974, il affirme avoir beaucoup reçu de la communauté canadienne et qu\u2019il se sent o-bligé envers elle.Combien de francophones depuis toujours au Québec auraient pu imiter cet esprit d\u2019entrepre-neurship et ne l\u2019ont pas fait ! Beaucoup de Néo-Canadiens ont ainsi plus que les francophones de vieille souche au Québec le sens des affaires et qui perdent la chance de s\u2019affirmer sur le plan économique, l\u2019un des leviers de notre épanouissement comme groupe.L\u2019exemple du réalisme que nous ne pouvons pas leur donner, ils nous le donnent.Quand serons-nous innovateurs ?Par ailleurs, il est bien é-vident que M.Rizzuto aura à Ottawa une responsabilité particulière envers les Néo-Canadiens qu\u2019il connaît bien.En fédéraliste qui se dit « pas intransigeant » parce qu'il est 550 L'ACTION NATIONALE du Québec et qu\u2019il entend le rester, il veut prendre le pouls de la population et innover en créant des comités de citoyens à qui il demandera de lui transmettre des dossiers sur diverses questions d\u2019intérêt public.Novateur et dynamique, il déclare que ces dossiers ne resteront pas au fond des tiroirs ou sur les tablettes.Que fera Rizzuto, parti de rien ?Que feront, à son exemple, les sénateurs francophones, comme les Lamontagne et les Marchand, à son exemple ?Plein feu sur ce qui vient de se passer au Québec ! Arrêtez de courir après les journaux américains et les grandes revues de l'Europe si vous voulez vraiment trouver, comprendre et méditer sur le sens du pouvoir aux mains du Parti québécois ! C\u2019est chez nous dans votre revue L\u2019Action Nationale, que vous allez redécouvrir le sens du nouveau pouvoir : « L\u2019effort de libération du Québec mis en marche par nos ancêtres dès le lendemain de la Conquête, la victoire constitutionnelle de 1774, les victoires politiques de 1791 et les débuts du self-government dans une structure de partis qui oppose les conquis (le parti « canadien-français ») aux conquérants (le parti des « marchands » ou des « Anglais »), l\u2019obstruction des forces coloniales et la montée vers l\u2019échec de 1837, la prise en tutelle des conquis dans des structures de partis imposés qui ignorent volontairement les aspects nationaux de notre vie collective et nous divisent en « bleus » et en « -rouges » selon les lignes de pensée du conquérant qui assume le « pays » et nous intègre dans ses institutions à lui.»» « De 1837 jusqu\u2019au 15 novembre 1976 nous n\u2019avons donc plus eu de politique nationale vraiment à nous .nous n'avons jamais cessé d\u2019être dans l\u2019opposition.Aucun de ces partis, même à façade francophone dans Québec, ne nous a jamais vraiment appartenu en dépit des majorités si fortement manipulées, qui les soutenaient .»«-René Lévesque .donne en somme la main à Louis-Joseph Papineau par dessus 140 ans d\u2019histoire morne et divagante, pour reprendre la marche vers la libération là où AU FIL DE L'ACTUALITÉ 551 la faillite de la rébellion de 1837 l\u2019obligea à rentrer dans le dilemme de la résistance et de la collaboration.» Vous en saurez plus long et d\u2019une façon plus convaincante si vous lisez le magistral article de quelque vingt pages par F.-A.Angers, AU LENDEMAIN DES ÉLECTIONS, dans l\u2019Action Nationale de janvier 1977, et pour mieux saisir le déclic majeur du nouveau processus historique où le Québec vient d\u2019entrer, un autre article de l\u2019Action Nationale de janvier 1974 sur les élections d\u2019octobre 1973.Sentinelles ou canons à braquer face au Parti Québécois.Il y a dans le parti québécois une qualité d\u2019hommes et de femmes comme on n\u2019en rencontre pas souvent dans la faune politique et qui inspire confiance.Cependant, avant de tout attendre du gouvernement, chacun de nous doit apporter au jour le jour sa part de collaboration, d\u2019effort et de rendement sous toutes les formes.Ensuite, nous pourrons exiger beaucoup des nouveaux élus.On s\u2019attend d'un «vrai gouvernement» qu\u2019il ait de l\u2019imagination, qu\u2019il soit novateur et qu\u2019il décide avec sagesse dans les domaines essentiels à la vie économique, sociale et culturelle de toute la collectivité qu\u2019il gouverne.Le Parti Québécois « doit créer un État français qui fasse l\u2019honneur et la joie de la majorité francophone du Québec.Il doit voir à ce que tous les Néo-Québécois soient respectés mais dirigés vers l\u2019école française, au moins s\u2019ils n\u2019ont pas déjà commencé à envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise.» Il faut mettre fin à l\u2019hémorragie constante depuis sept ans qui s\u2019est faite au détriment de la francisation au Québec par suite des trahisons à la faveur des lois 63 et 22.Pas plus qu\u2019il ne faut continuer cette saignée, faut-il cesser de reconnaître cette dualité linguistique à l\u2019intérieur de notre système scolaire, ce qui serait créer une sorte de statut d\u2019égalité des deux langues dans l\u2019ensemble des institutions du Québec.C\u2019est ce type d\u2019exigences et d\u2019autres du même ordre qui sont exprimées dans l\u2019article sur le lendemain des élections dans l\u2019A.N.de janvier 1977 et qu\u2019il faut lire avec attention.C\u2019est en quelque sorte l\u2019arsenal, la batterie de sentinelles et de canons nécessaires à la surveillance des décisions que prendra le nouveau gouvernement.Mais il faut d\u2019abord lui 552 L'ACTION NATIONALE faire confiance, lui permettre de se « retourner », de se tromper pas trop souvent, surtout pas dans les domaines vitaux de la société québécoise.Quatre sujets de frictions Ottawa-Québec le même jour ! Dans les quotidiens du 15 janvier 1977, quatre cas de difficultés irritantes entre le pouvoir central et le gouvernement du Québec faisaient la grande manchette : \u2014\tle français dans l\u2019air ; \u2014\tla guerre du câble ; \u2014\tla présence clandestine de la GRC au Québec ; \u2014\tl\u2019amputation des pouvoirs contraignants de la régie des mesures anti-inflationnistes.Le juge Louis Marceau, de la Cour fédérale s\u2019est prononcé contre l\u2019action intentée par les Gens de l\u2019Air du Québec visant à annuler l\u2019ordonnance fédérale du 30 août dernier, interdisant l\u2019usage du français dans toutes les communications aériennes du Québec.Le Commissaire fédéral aux langues officielles, Keith Spicer, s\u2019en est pris avec énergie au jugement Marceau et aurait souhaité qu'il adopte l\u2019analyse qu\u2019avait faite de la loi sur les langues officielles le juge en chef de la Cour Supérieure du Québec, M.Jules Deschesnes, pour qui l\u2019article 2 de cette loi permet «d\u2019enraciner dans les faits» l\u2019égalité des droits et privilèges des deux langues officielles au Canada.Les Gens de l\u2019Air, profondément dégoûtés et déçus, ont d\u2019abord décidé de tout laisser tomber, mais le député Serge Joyal ne l\u2019entendait pas ainsi.Il est bien probable qu\u2019avant les élections fédérales partielles, tout devrait être réglé sur un plan politique, du moins en apparence et pour le temps que durent les roses .Pour ce qui est de la guerre du câble, un jugement de la Cour d\u2019Appel déclarait ultra vires et inconstitutionnelle la législation québécoise en matière de télédistribution.Même après avoir qualifié Ottawa de « pouvoir étranger », le ministre O\u2019Neil a décidé de porter la guerre du câble en Cour Suprême.Jeanne Sauvé, ministre fédéral des communications, n\u2019a pas été lente à répliquer : « Je ne sache pas, a-t-elle dit, que le gouvernement de M.Lévesque ait AU FIL DE L'ACTUALITÉ 553 reçu le mandat de réaliser l\u2019indépendance du Québec ; que M.O\u2019Neil considère dès aujourd\u2019hui Ottawa comme « un pouvoir étranger » et qu\u2019il choisisse en même temps de porter en appel devant la Cour Suprême du Canada la décision que vient de rendre la Cour d\u2019Appel du Québec dans cette affaire, illustre assez la difficulté de concilier l\u2019idéologie péquiste avec le mandat de former un bon gouvernement provincial que le Parti québécois a sollicité .» Dans un long éditorial sous le titre L\u2019INDÉPENDANCE, C\u2019EST FAIT !, dans Dimanche-Matin du 16 janvier 1977, Claude Lavergne prend très au sérieux ce qui n\u2019est qu\u2019une boutade inélégante et analyse la réaction du ministre O\u2019Neil comme si elle présageait « un type d\u2019État où le pouvoir judiciaire serait à toutes fins utiles subordonné au pouvoir exécutif, donc au gouvernement et aux gouvernants, donc aux politiciens ».Sur ce que Mme Sauvé qualifiait « d\u2019insulte pour les Québécois d\u2019Ottawa », M.Lavergne, parti en peur, a écrit « qu\u2019il n\u2019y a pas de formule plus dangereuse pour la liberté et la démocratie.» Mme Sauvé a gardé le sens de la modération et n\u2019a pas fait de procès d\u2019intention à M.Lavergne.Non seulement M.Lavergne exagère-t-il dans un autre sens que l\u2019a fait O\u2019Neil, mais il sème la panique sur l'avenir à partir d'une saute d\u2019humeur plus politique que juridique du ministre des affaires culturelles.Selon le solliciteur général du Canada, M.Francis Fox : « La Gendarmerie royale n\u2019exerce au Québec aucune activité secrète ou clandestine ».Elle est une police nationale « qui opère dans des secteurs qui, de tout temps, soit par droit constitutionnel, soit par tradition, lui ont été dévolus ».Elle s\u2019occupe des douanes, de l\u2019immigration, de la subversion, de l\u2019espionnage, du contre-espionnage, du terrorisme national et international et de toutes les questions impliquant la sécurité du territoire canadien.Dans le Québec, elle enquête sur la contrefaçon et certaines fraudes commerciales.M.Fox ne reconnaît pas le bien-fondé du solliciteur général québécois, M.Marc-André Bédard, et encore moins l\u2019obligation de verser à la province le demi-milliard de dollars annuel déjà réclamé par le Québec.Question irrecevable et réglée alors que M.Choquette était ministre de la justice, toujours d\u2019après M.Fox ! 554 L'ACTION NATIONALE Enfin, le Conseil des ministres du Québec a accepté la démission du commissaire de la Régie des mesures antiinflationnistes, M.Blier, et il a décidé de ne pas le remplacer, supprimant ainsi le pouvoir contraignant de la Régie pour limiter les augmentations de salaires.Surpris, estomaqué, le ministre fédéral des finances, Donald Macdonald a demandé de rencontrer son homologue du Québec, Jacques Parizeau après avoir déclaré qu\u2019il lui semblait au moins avoir eu le droit d\u2019être consulté au préalable, ce qui paraît bien compréhensible.Le gouvernement précédent avait accordé des augmentations salariales que la Régie ne pouvait pas permettre.Le nouveau gouvernement n\u2019a pas voulu faire les corrections nécessaires et n\u2019a pas voulu appliquer les décisions de la Régie, lié qu'il é-tait par ses promesses électorales.L\u2019application de la loi du salaire minimum porté à trois dollars l\u2019heure devait avoir un effet d\u2019entraînement sur les échelles de salaires de tous les travailleurs.Yvan Guay de la Presse du 15 janvier 1977 a écrit que « la population pardonnera cette affaire au gouvernement Lévesque, non seulement à cause de sa franchise mais probablement surtout parce qu\u2019elle n\u2019en saisira pas toutes les conséquences pour l\u2019économie du Québec.» Les scénarios de l\u2019indépendance.Dans un intéressant article de L\u2019Actualité de février 1977, Jean Paré et Yves Taschereau écrivent d\u2019abord que pour un interlocuteur québécois francophone qui travaille en anglais dans le monde de la publicité et qui habite une maison cossue du West-Island, René Lévesque est « un politicien comme les autres et que l\u2019indépendance est une promesse comme les autres ».Mais dans le Parti québécois on étudie diverses formes de stratégie du référendum qui pourraient bien ne pas réussir du premier coup et qui pourraient servir d\u2019outil de négociation pour un vrai fédéralisme.Toutefois, les «vieux» du PQ ramènent ces tactiques à quelque chose de sérieux et qui ne se trafique pas : on attendra d\u2019être prêt, on fera confiance, mais on posera « la bonne question ».L\u2019article parle ensuite des stratégies du fédéral et du provincial face au scénario du référendum.Selon Yves Martin, recteur de l\u2019Université de Sherbrooke, il AU FIL DE L'ACTUALITÉ 555 faudra, outre départager les pouvoirs, surtout bien voir à la préparation de ce fameux référendum, poser « la » bonne question en y pensant deux fois, prévoir et adoucir les réactions du milieu des affaires, s\u2019apprêtera négocier avec le bon interlocuteur au plan fédéral.Le Toronto Star et beaucoup d\u2019anglophones pensent retirer à M.Trudeau le mandat de négocier et de le confier à un autre interlocuteur.Ils ont probablement raison.On n\u2019en est pas encore rendu là.Beaucoup d\u2019eau coulera encore dans le Saint-Laurent.Une sécession pacifique, s\u2019est-elle réalisée quelque part ?Selon l\u2019article de MM.Paré et Taschereau dans l'Actualité de février 1977, beaucoup de gens posent la question : « Une sécession pacifique, par voie de référendum, sans guerre civile, est-ce que ça s\u2019est déjà vu ?Jacques Brossard, professeur de droit à l\u2019Université de Montréal, auteur d\u2019une étude de 800 pages sur les problèmes juridiques de la souveraineté, L\u2019Accession à la souveraineté et le cas du Québec, en cite plusieurs exemples : la Belgique qui a quitté volontairement les Pays-Bas, l\u2019Islande qui s\u2019est détachée en 1946 du Danemark, la Norvège qui approuva son détachement de la Suède par référendum et Singapour qui s\u2019est détachée de la Fédération de la Malaisie en 1965.D\u2019autres pays ont relevé avec sérénité ce défi.Si le Québec décidait de se retirer du Canada, pourquoi ne le ferait-il pas avec douceur, fermeté et pondération ?
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