L'action nationale, 1 juin 1975, Juin
[" L'ACTION NATIONALE Volume LXIV, Numéro 10\tJuin 1975\t$1.00 EMPIRISME ET NATIONALISME DE MAURRAS Maurice Torelli 9 LES QUÉBÉCOIS ET LEUR ÉCONOMIE Rodrigue Tremblay SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP ?Maurice Lebel FINI LES FANTÔMES Georges Allaire IMPRESSIONS DE ROME Jean Genest TABLE DES AUTEURS ET DES MATIÈRES POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE REPERTOIRE O\" ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES pages Maurice TORELLI : Deux pôles de la pensée de Charles Maurras : empirisme organisateur et nationalisme intégral .791 Rodrigue TREMBLAY : Les Québécois et leur économie.801 Maurice LEBEL : Succès ou faillite des CEGEP ?.810 Georges ALLAIRE : Fini les fantômes .849 Jean GENEST : Impressions de Rome .857 TABLE DES AUTEURS ET DES MATIÈRES, 1974-1975 .873 Dépôt légal \u2014 1« semestre 1975 Bibliothèque nationale du Québec hommaqes de LQUEBECOÎSE notre cigarette à nous Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 Voyage de l Action Nationale Espagne - Portugal - Angleterre 3 au 25 JUILLET 1975\t\u2014 TOUT COMPRIS: $1325.DESCRIPTION 3\tjuillet : Départ de MONTRÉAL, par C.P.:AIR, vers 22.00 h.4\tjuillet : Arrivée à MADRID (Barajas), vers 07.30 h.Ran- donnée en autocar jusqu\u2019à GRANADA.Déjeuner en route .450\tkil.5\tjuillet : Visite de GRANADA (Alhambra, Généralité, Ca- thédrale, etc.) .100\tkil.6\tjuillet : En autocar, de GRANADA à CORDOBA (visite de la ville)\t 170\tkil.7\tjuillet : De CORDOBA à SEVILLA (cathédrale, alcazar, etc.) .150\tkil.8\tjuillet : Journée libre à SEVILLA : découverte de la ville, musées .100\tkil.9\tjuillet : De SEVILLA à LISBOA (déjeuner à BEJA, Por- tugal).Visite .350\tkil.10\tjuillet :\tLISBOA (déjeuner et dîner).Visite\tde la ville\t150\tkil.11\tjuillet:\tLISBOA: Praça do Comercio, do Imperio,\tetc.100\tkil.12\tjuillet :\tjournée libre.Excursion probable\tà Estoril\t100\tkil.13\tjuillet:\tLISBOA-FATIMA-COIMBRA, visite\tde l\u2019Université 250\tkil.14\tjuillet : COIMBRA-GUARDA-SALAMANCA, visite de la vieille ville .350\tkil.15\tjuillet: SALAMANCA-AVILA-SEGOVIA, visite de la mai- son Ste-Thérèse .150\tkil.16\tjuillet : SEGOVIA-VALLE DE LOS CAIDOS-EL ESCO RIAL-MADRID .150\tkil.17\tjuillet : MADRID, visite du PRADO, du PALACIO REAL, de la ville .100\tkil.18\tjuillet:\tMADRID, journée libre, programme individuel\t100\tkil.19\tjuillet : MADRID-TOLEDO : départ à 09.00 et retour à 18.00 h.160\tkil.TOTAL\t3000 envir.20\tjuillet : MADRID.À l\u2019aéroport de Barajas, avion pour LONDRES et transport à l'hôtel.Visite de la ville-centre.21\tjuillet : LONDRES : visite de la ville historique.London Towers 22\tjuillet : LONDRES : visite du British Museum, West- minster Abbey, etc.23\tjuillet : LONDRES-OXFORD-STRATFORD ON AVON.24\tjuillet : LONDRES-COVENTRY.25\tjuillet : LONDRES : de l\u2019aéroport Heathrow à DORVAL- MONTRÉAL. RENSEIGNEMENTS \u2022\tQUE COMPREND LE PRIX ?1\u2014\tTous Iss transports de groupe: aérien, autobus, taxis.2\u2014\tTous les hôtels, à raison de 2 personnes par chambre (lits jumeaux, salle de bain).3\u2014\tTous les repas, pourboires et boissons ordinaires.4\t\u2014 Toutes tes taxes d'aéroport, taxes d\u2019entrée aux musées.5\t\u2014 Le transport de 44 livres de bagages (deux valises par per- sonne).\u2022\tQUESTIONS PRATIQUES : 1\t\u2014 Apporter le moins de bagages possibles.Un chandail pour les soirées fraîches.De bons souliers légers et souples.Imperméable léger qui sert pour tout : vent, pluie, plage, etc.2\t\u2014 Tous les touristes du monde apportent avec eux .aspirines, entéro-vioform, réveille-matin, caméra.3\t\u2014 Le courant électrique n\u2019est pas le même qu\u2019au Canada.4\t\u2014 Le dollar vaut présentement 55 pesetas (Espagne), 24 escudos (Portugal).Une livre anglaise vaut $2.44 canadiens.5\t\u2014 Le prix de $1325 inclut, à raison de deux personnes par cham- bre, des hôtels de première classe, un autocar privé de luxe.\u2022\tNE MANQUEZ PAS VOTRE CHANCE : 1\t\u2014 Il s'agit d\u2019un voyage vraiment enrichissant : étude de trois cultures occidentales à comparer.2\t\u2014 Son inscription : envoyez votre nom, votre adresse, votre date de naissance, votre numéro de passeport, votre numéro de téléphone et un dépôt de $100.Le groupe est limité à 30 personnes.Un mois avant le départ, le prix total devra être versé.Toute annulation dans le mois antérieur au départ exige des frais d'administration égaux à 10% du prix du voyage.3\t\u2014 Tout passager a besoin d'un passeport valide.Un certificat de vaccination antivariolique n\u2019est pas requis mais tant mieux pour ceux qui l\u2019obtiendront.4\t\u2014 Les organisateurs ne sont pas responsables pour la perte de bagages, d\u2019accidents de route, de retards et de changements d\u2019horaires ou d\u2019itinéraires pour raison sérieuse ou pour grèves affectant le parcours.ADRESSEZ-VOUS À : JEAN GENEST 25 OUEST, RUE JARRY MONTRÉAL (TÉLÉPHONE: 387-254!) L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXIV, Numéro 10\tJuin 1975\t$1.00 Deux pôles de la pensée de Charles Maurras: empirisme organisateur et nationalisme intégral* par Maurice Torrelli * Voir les numéros précédents de mars et mai pour les deux premières parties de cette étude. 792 L\u2019ACTION NATIONALE Le mot « nation » n\u2019a pas été créé, comme on le croit parfois, par les révolutionnaires de 1792 puisque on trouve déjà l\u2019expression « à la gloire de la nation » dans le discours de réception de Bossuet à l\u2019Académie.) Le mot « nationalisme » est beaucoup plus récent.C\u2019est l\u2019abbé Barruel qui semble l\u2019avoir employé pour la première fois, en 1798, pour stigmatiser la doctrine jacobine.Dans cette conception, la société est le fruit d\u2019un contrat passé entre des hommes libres et égaux, modifiable à tout moment.La nation, la nation-contrat, est une agglomération volontaire et transitoire d\u2019individus en ayant disposé ainsi par « autodétermination » : chaque individu adhérant au pacte en vertu de l\u2019idée qu\u2019il s\u2019en fait, la nation est une abstraction.La patrie également n\u2019est pas un bien, une propriété, c\u2019est une conquête qu'il faut garantir : elle devient une éthique qui pourra être partagée par les hommes de différents pays (« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous .» ; Lamartine se reconnaît « concitoyen de toute âme qui pense, la vérité c\u2019est mon pays »).Cet effort de regroupement permettra aux hommes de constituer une nation nouvelle : telle est l\u2019origine du « principe des nationalités » qui déterminera l\u2019histoire de la politique étrangère du XIXe siècle et qui triomphera au XXe avec le traité de Versailles, les guerres de libération des minorités allemandes par le national socialisme, le mouvement de décolonisation.L\u2019idéologie jacobine ressuscite enfin l\u2019antique théorie romaine de l\u2019État souverain, pour maintenir la nation une et indivisible.Si le mot « nationalisme » allait changer de sens, l\u2019idéologie qu\u2019il recouvrait n\u2019en demeure pas moins.On s\u2019entend aujourd\u2019hui pour désigner cette dernière par le mot, un peu barbare, de « nationalitarisme » 1.C\u2019est Barrés qui donne son sens nouveau à « nationalisme » dans un article du Figaro du 4 juillet 1892, intitulé : « La querelle des nationalistes et des cosmopo- 1.Voir J.Plonsard d\u2019Assace, «Les nationalistes».La librairie française, Paris. DEUX PÔLES DE LA PENSÉE .793 lites » En ce sens, la société est un phénomène naturel.Il faut donc rechercher des lois qui la régissent : c\u2019est sur cette conception que s\u2019appuie la nation-histoire, la nation-héritage.« Patriotisme convenait à Déroulède, parce qu\u2019il s\u2019agissait de reprendre la terre, nationalisme convenait à Barrés, et à moi, parce qu\u2019il s\u2019agissait de défendre les hommes, leur œuvre, leur art, leur pensée, leur bien .Il faut se reporter à cette époque de 1885 \u2014 1895 \u2014 1900 non pour EXCUSER, mais pour juger et comprendre le mouvement de défense indispensable.Il ne s\u2019agissait pas seulement de répondre à l\u2019internationalisme, mais aux AMTINATIONALISMES : dans une Europe où tous les peuples maximaient, systématisaient, canonisaient leur droit à la vie et la prétention de chacun à tout dominer, une France sans nationalisme eût été et serait gravement menacée ou compromise, parce que démantelée.» 2.Ainsi, le nationalisme s\u2019affirme avant tout comme un mouvement de défense : défense contre l\u2019étranger, mais aussi défense contre la désagrégation du pays.Mais le nationalisme de Barrés reste sentimental, romantique et républicain ; comme Péguy, il considère que la révolution fait partie de l\u2019héritage national et, sur le plan des institutions, ses goûts vont à un régime plébiscitaire qui saurait concilier le nationalisme et la démocratie.Le nationalisme de Maurras est contre-révolutionnaire.Si la France est menacée de dislocation, c\u2019est, l\u2019empirisme l\u2019enseigne, la faute de la république.Prétendre donc être nationaliste et vouloir rester républicain est, aux yeux de Maurras, une contradiction insoutenable.En l\u2019absence de la monarchie, gardienne naturelle de la France, le nationalisme doit assurer la sauvegarde de l\u2019héritage.Mais il n\u2019est qu\u2019une phase transitoire, il n\u2019est qu\u2019une régence, puisque son aboutissement doit être la restauration de l\u2019ordre politique conforme aux intérêts de la France : la monarchie.2.C.Maurras, Action française, 21 octobre 1926. 794 L'ACTION NATIONALE « Quand nous avons écrit.que la monarchie était le « nationalisme intégral », nous avons pris soin de l\u2019expliquer aussitôt en disant que la monarchie correspondait, trait pour trait, à tous les vœux, à tous les besoins, à toutes les tendances, à tous les intérêts moraux, politiques, économiques manifestés par le mouvement nationaliste » 1.Le nationalisme est une régence.Nous savons que pour Maurras le dénominateur commun auquel se ramène tout élément de la vie politique, est l\u2019intérêt national.« L\u2019esprit du système peut bien le nier, mais la réalité en témoigne avec une éclatante évidence : les classes peuvent être hostiles en apparence, elles sont solidaires au fond » 2.Un nationaliste subordonne donc les intérêts particuliers à l\u2019intérêt national, non pour les sacrifier mais pour les ordonner.Mais si l\u2019intérêt national est ainsi pris pour but politique, c\u2019est parce qu\u2019il admet que le plus grand intérêt temporel des hommes est le salut de leur nation qui détermine les conditions profondes de leur vie.Si l'homme est un héritier, le nationalisme est avant tout la défense d\u2019un héritage.Mais on a souvent dénoncé ce nationalisme (D.Reps, par exemple, dans « Un combat pour Dieu ») comme intransigeant et exagéré.Or ce nationalisme, gardien de l\u2019héritage, dans la pensée de Maurras, ne peut être érigé en absolu, il est tout au contraire tourné vers l\u2019universel.\u2014 Le nationalisme : défense d'un héritage Les nationalistes ne sont nationalistes que parce qu\u2019ils reconnaissent le fait de la naissance.L\u2019homme est un héritier : qu\u2019il le veuille ou non, il appartient à une famille, à une patrie.La patrie, écrit Maurras, « on est tenté de la définir : une association d\u2019intérêts ; mais si le mot d\u2019intérêts porte un sens précieux, celui d\u2019association en détruit l\u2019effet, car « s\u2019associer » est un acte de volonté personnelle, et 1.\tAction française, 21 octobre 1926.2.\tAction française, 4 mars 1909. DEUX PÔLES DE LA PENSÉE .795 ce n\u2019est pas par la volonté que nous sommes Français.Nous n\u2019avons pas voulu notre nationalité, nous ne I avons ni délibérée, ni même acceptée.Quelques transfuges la quittent bien : ceux qui restent ne choisissent pas de rester.C\u2019est un état dont ils s\u2019accommodent et dont dix mille fois contre une, ils ne songent même pas de cesser de s'accommoder.Une association dure par l\u2019acte continue de la volonté individuelle, mais la patrie dure au contraire par une activité générale, supérieure en valeur, comme en date, à la volonté des personnes.La patrie est une société naturelle, ou ce qui revient au même, historique.Son caractère décisif est la naissance.On ne choisit pas plus sa patrie \u2014 la terre de ses pères \u2014 que l\u2019on ne choisit son père et sa mère.On naît Français par le hasard de la naissance, comme on peut naître Montmorency ou Bourbon.C\u2019est avant tout un phénomène d\u2019hérédité » 3.Et Maurras poursuit : « Une patrie est un syndicat de familles, composé par l\u2019histoire et la géographie ; son organisation exclut le principe de la liberté des individus, de leur égalité, mais elle implique en revanche une fraternité réelle, profonde, organique, reconnue par les lois, vérifiée par les mœurs et dont la circonscription des frontières n\u2019est rien que le signe naturel » * 1.L\u2019homme est façonné par le paysage sur lequel s\u2019ouvrent ses yeux d\u2019enfant.Il baigne dans un milieu dont il reçoit les tares et les qualités.Si un nouveau né, selon Le Play, est un petit barbare, naître français, cela signifie être le dépositaire d\u2019une tradition millénaire que l\u2019on reçoit en usufruit et que l\u2019on a le devoir de continuer.On hérite avant de le transmettre à son tour, de tout le poids d\u2019une hérédité, qui est le produit de l\u2019histoire, c\u2019est-à-dire, de l\u2019action des ancêtres qui, dans les siècles passés, ont agi, créé, formé.La nation est ainsi constituée par les morts, les vivants et ceux à naître (dans le mot nation, il y a le mot naissance).Ainsi, le « nationalisme s\u2019applique.plutôt 3.Action française, 9 juillet 1912.1.Action française, 14 avril 1910. 796 L'ACTION NATIONALE qu\u2019à la Terre des Pères, aux Pères eux-mêmes, à leur sang et à leurs œuvres, à leur héritage moral et spirituel, plus encore que matériel » 2.Mais cet héritage peut être menacé par autre chose que par le poids des armes.En un temps de guerre révolutionnaire, les peuples sont avant tout à conquérir par l\u2019intérieur.Le sol peut être inviolé, les hommes peuvent aller et venir à leur labeur, et pourtant tout est modifié si en eux la tradition est morte, s\u2019ils ne savent plus ce qu\u2019ils sont, ni pourquoi ils se battent, s\u2019ils ne détiennent plus la ferveur qui faisait pousser ce cri à Camus : « J\u2019aime mieux ma mère que la justice ».Dans cette situation, le patriotisme n\u2019a pas son emploi immédiat car « Patriotisme s\u2019est toujours dit de la piété envers le sol national, la terre des ancêtres et, par extension naturelle, le territoire historique d\u2019un peuple : cette vertu s\u2019applique en particulier à la défense du territoire contre l\u2019existence du nationalisme, il la nécessite et la provoque à la vie.Le nationalisme est la sauvegarde due à tous ces trésors qui peuvent être menacés sans qu\u2019une armée étrangère ait passé la frontière, sans que le territoire soit physiquement envahi » 2.Les cités humaines sont soumises à la loi du temps ; il faut des siècles de patience pour que naisse une nation car en politique rien ne se fait sans la durée.Mais elles peuvent aussi disparaître lorsqu\u2019elles ont perdu le sens de la communauté de sentiments liant les individus qui les composent.« Le sentiment national varie évidemment de peuple à peuple ; il y a des formes de gouvernement qui le protègent et le fortifient, d\u2019autres qui le relâchent et le dissolvent » 3.Ainsi a-t-on vu des pays perdre des provinces, on en a même vu disparaître complètement, perdre jusqu\u2019à leur nom (la Pologne, au XVIIle siècle, par exemple), et pourtant ils ne sont pas morts parce que le sentiment national restait intact.Il a suffi d\u2019un tournant de l\u2019histoire et la nation a retrouvé ses fils et son sol.Le mouvement de l\u2019histoire est fait de la force du senti- 2.\tAction française, 23 avril 1928.3.\tAction française, 26 août 1932. DEUX PÔLES DE LA PENSÉE .797 ment national qui maintient les empires ou les ruines pour en établir d\u2019autres.Le nationalisme ne peut donc être rien d\u2019autre que l\u2019art de lutter contre la mort de la nation.Il faut pour cela faire en sorte que parmi les membres de la communauté, les causes d\u2019amitié et d\u2019union restent supérieures aux causes d\u2019inimitié et de division, que la puissance des destructeurs ne dépasse pas celle des constructeurs.Il faut un État indépendant de la nation, quoique fondé en elle, qui la préserve et la sauve, parfois malgré elle.« La bonne vie des États ne peut consister dans la mise en tas de ressources hétéroclites et d\u2019individus désencadrés.Le bon sens dit qu\u2019il faut un rapprochement organique et un engrainement hiérarchisé de proche en proche, par des groupes d\u2019abord homogènes, puis différent peu à peu les uns des autres et se distinguant par degré ; ils s\u2019accordent entre eux sur des points bien déterminés mais pas importants, chaque petite société étant, au contraire, tenue pour originale, libre et maîtresse, disposant de l\u2019essentiel de ses fonctions individuelles au maximum et à l\u2019optimum de la force, se définissant par des actes, des modalités, des œuvres marquées du seing personnel.Ces actes, ces œuvres, ces produits sont obtenus purs, nets, d\u2019une qualité qui n\u2019appartient qu\u2019à eux, au rebours des fabrications en série et en cohue qui naissent de Cosmopolis.Ces collectivités graduées forment une nation, dont les traits les plus différents se répondent et se composent dans une unité qui n\u2019est point monotone, avec ses arts et ses caractères bien vivants que le mécanisme de l\u2019étatisme dessèche ou mutile » L Dans pareille société, le nationalisme n\u2019a alors plus son emploi et Maurras peut logiquement écrire : « Le peuple français est le moins nationaliste de tous les peuples, parce qu\u2019il est, de tous, le plus anciennement achevé, le plus spontanément réuni en corps de nation » 1 2.1.\tC.Maurras, « Votre bel aujourd\u2019hui », cité, p.290, 291.2.\tAction française, 12 octobre 1926. 798 L'ACTION NATIONALE Ce nationalisme ne fait donc pas de la nation un absolu ; il tend uniquement à conserver ce que Péguy appelait « le plus beau royaume qui soit sous le ciel ».Il considère d'ailleurs que tout ce qui affaiblit ou diminue la France, atteint chaque Français dans son particulier, mais aussi le genre humain pris en tant que corps.Au national, il superpose l\u2019universel.\u2014 Le sens de l'universel exclut le totalitarisme de la nation « Nous ne faisons pas de la nation un Dieu, un absolu métaphysique .Nous observons que la nation occupe le sommet de la hiérarchie des idées politiques.De ces fortes réalités, c\u2019est la plus forte, voilà tout » 3 4.Loin de faire de la nation une sorte d\u2019idole, le nationalisme insiste au contraire sur son caractère contingent.Sans la volonté patiente et tenace de la dynastie capétienne, il n\u2019y aurait pas eu de nation car aucun impératif de la géographie ou de la « race » (pour reprendre les critères qui, selon Barrés, déterminent la naissance d\u2019une nation : voir « Scènes et Doctrines du Nationalisme ») n\u2019en imposait la constitution.Maurras, loin de donner à l\u2019intérêt national ou de donner une telle valeur aux différents principes qu\u2019une bonne politique compose et concilie : « la décentralisation n\u2019est pas Dieu », dit-il d\u2019un de ses principes qui lui est le plus cher.Ainsi, le sens du relatif est essentiel à la pensée de Maurras et son nationalisme ne s\u2019y soustrait pas.La nation n\u2019est pour lui que « le plus vaste des cercles communautaires qui soient (au temporel) solides et complets » 3.Si elle n\u2019échappe pas au relatif, encore est-elle nécessaire car, ainsi que l\u2019écrivait Péguy, tout éternel humain est tenu, est requis de prendre une naissance, une inscription charnelle.Maurras condamne donc les idéologies totalitaires qui divinisent l\u2019État et la nation érigées en fins dernières, absorbant tous les droits publics et privés, qui regardent 3.\tAction française mensuelle, 1901.4.\tC'est-àdire, hitlérien. DEUX PÔLES DE LA PENSÉE .799 l'État et la nation comme un système clos se suffisant à lui-même et réclamant un véritable culte exempt de toute loi.Il dénonce constamment les grandes dictatures du XXe siècle, le fascisme, le despotisme luthérien4 ou stalinien qui ne sont que l\u2019exacerbation du césarisme bonapartiste et jacobin de la statolâtrie.De même, Maurras dénonce-t-il l'impérialisme, car d une part, une nation a le droit de mener une vie propre et, d\u2019autre part.« De ce qu\u2019un peuple impose doctrine ou méthode à un autre peuple, il ne s\u2019en suit pas du tout qu il le rapproche d\u2019une culture plus générale, plus voisine de l\u2019universel.Cela peut arriver.Cela n\u2019arrive pas toujours » l.Certes, « Pas plus que les hommes, les patries ne sont égales ni les nations » 2.Au sens où nationalisme s\u2019oppose à cosmopolitisme, Maurras fait constamment sentir la hiérarchie des valeurs de civilisation.Le génie national est infiniment précieux parce qu\u2019il correspond aux façons qui sont les plus naturelles et les plus faciles pour s\u2019élever à un type supérieur d\u2019humanité.Être attaché à son langage, à ses coutumes, aux styles artistiques de chez soi, n\u2019est-ce pas la meilleure façon de connaître, la meilleure chance de développer ses aptitudes et de les appliquer à l\u2019acquisition de dons universels.Sophocle l'Athénien et Sophocle l\u2019universel ne sont pas deux figures contraires qui s\u2019excluent mais bien le même personnage.Pour Maurras, au bel instant où elle n\u2019a été qu\u2019elle même, l\u2019Attique fut le genre humain.Rappelons que le félibrige de Maurras est la racine même de son nationalisme.Celui qui comprend l\u2019attachement de Maurras à la langue et aux autres particularités de sa Provence, la place que Mistral tient parmi ses maîtres, peut saisir le rang éminent mais ordonné qu\u2019'I donne à la culture française dans la civilisation universelle.Loin que le nationalisme intellectuel se pose comme un absolu, il se juge lui-même par rapport à l\u2019humanisme : la civilisation française ne vaut que dans la mesure où elle exprime à son tour, dans le monde moder- 1.Action française, 23 avril 1928. 800 L\u2019ACTION NATIONALE ne, la civilisation dont les modèles précédents sont donnés par la tradition gréco-latine.Ainsi Maurras pouvait-il dire : « Je suis de Martigues et de Provence.Je suis de France.Je suis romain, je suis humain.» Maurras regrette d\u2019ailleurs la fâcheuse dégradation de l\u2019unité médiévale.Il y avait jadis une république chrétienne étendue à l\u2019Europe occidentale qui formait une sorte d\u2019unité temporelle.Cette unité a été brisée par Luther.C\u2019est depuis cette rupture que la nation est devenu le dernier cercle social sur lequel l\u2019homme puisse s\u2019appuyer.Mais le monde moderne ne retarde pas seulement sur l\u2019empire romain, mais aussi sur le moyen âge, puisqu\u2019il est moins unifié2.« Enfin, loin de se fusionner et de se fédérer, les grandes nations modernes vivent dans un état croissant d\u2019antagonisme qui suffirait à montrer que l\u2019avenir européen et planétaire appartient à l\u2019idée de la défense des nations, nullement à la concorde cosmopolite.Pour faire place à cet avenir, la France contemporaine n\u2019aura point trop de toutes ses forces, de leur organisation la plus pratique et la plus vigoureuse » 3 : la monarchie.La monarchie, assurant naturellement la défense de la nation, rendra donc inutile l\u2019état d\u2019esprit nationaliste.Voilà pourquoi la monarchie, c\u2019est le nationalisme intégral.Nous verrons dans un prochain et dernier article comment s\u2019articule cette relation dans la pensée mau-russionnél.2.\tCf.Amérique latine, 1er février 1928.3.\tC.Mauras, « l\u2019Étang de Berre », cité, p.187. « La question nationale est une question économique ».Edouard Montpetit Les Québécois eï leur économie par Rodrigue Tremblay 802 L'ACTION NATIONALE Au début de ce siècle, Errol Bouchette publiait un ouvrage qui reprenait les grandes lignes de la pensée d\u2019Étienne Parent cinquante ans auparavant et dans lequel il articulait les raisons de l\u2019infériorité économique des Canadiens-Français et les moyens de renverser la situation.Cet ouvrage, « L\u2019indépendance économique du Canada français », créa un mouvement dans l\u2019opinion francophone en argumentant que la subjugation économique des francophones était attribuable à la négligence des élites francophones et à leur ignorance des sciences économiques.Confondant la cause avec le résultat, on proposa aux francophones provincialisés, pour secouer l\u2019infériorité et atteindre la maîtrise économique, de troquer leur « mission » à saveur religieuse et agricole pour entreprendre une nouvelle « mission » industrielle au cri de «Emparons-nous de l\u2019industrie».La publication en 1983 du livre de Victor Barbeau, « Mesure de notre Taille » démontra cependant qu\u2019en matières économiques, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir, et que la reconquête et la prise de contrôle d\u2019une économie ne découlent point de vœux pieux.Il faut plutôt un engagement ferme d'une population en faveur d\u2019un objectif et d\u2019une stratégie et des décisions concrètes d\u2019un gouvernement pour mettre en marche un processus de correction dont l\u2019action doit nécessairement s\u2019étaler sur de nombreuses années, si on exclut le recours aux bouleversements brusques, avant que les efforts ne portent fruits.Les velléités industrielles de la génération d\u2019Errol Bouchette, de même que les constatations pessimistes de Victor Barbeau, il y a quarante ans, alors que les francophones étaient pratiquement absents du monde industriel œuvrant sur leur propre territoire, témoignent de la nécessité d\u2019une proportion entre les objectifs visés et les moyens mis en œuvre pour les atteindre.Aujourd\u2019hui, au début de ce dernier quart du ving- LÊS QUÉBÉCOIS ET LEUR ÉCONOMIE 803 tième siècle, les Québécois francophones ne contrôlent guère plus leur appareil économique, de plus en plus le prolongement et l\u2019appendice du capitalisme anglo-canadien et international, alors que leurs entreprises n\u2019emploient guère plus de 22 pourcent des travailleurs industriels, alors que les entreprises anglo-canadiennes au Québec ont une importance plus que deux fois plus importante avec 47 pourcent des emplois et une contribution de 31 pourcent de la part des entreprises étrangères 1.Néanmoins, le pronostic d\u2019Erro-l Bouchette à l\u2019effet que l\u2019agriculture était en quelque sorte un cul-de-sac économique, a été confirmé par les événements, puis-qu\u2019au début du siècle, la majorité des emplois étaient reliés au secteur primaire alors qu\u2019on n\u2019en retrouve guère plus aujourd\u2019hui de 6 pourcent.Par contre, le secteur tertiaire où les francophones sont plus fortement représentés absorbe aujourd\u2019hui 62 pourcent des emplois, tandis que le secteur secondaire fournit 32 pourcent des emplois.Du secteur primaire, les Québéoois francophones sont passés au secteur tertiaire, sans transformer profondément leur représentation dans le secteur de la fabrication.Il ne s\u2019en suit pas, loin de là, que les francophones contrôlent autant le secteur tertiaire que le secteur primaire, car si les établissements francophones employaient récemment environ 70 pourcent des travailleurs dans les industries des services, cette proportion tombe à 25 pourcent dans le secteur financier en passant par des pourcentages de 34 à 57 pourcent pour les commerces de gros et de détail2.1.\tVoir à ce sujet l'enquête récente entreprise par le Conseil d\u2019Ex-pansion Économique, «La Prospérité» juin 1974.Voir aussi, A.Raynauld, « La propriété des entreprises au Québec », Étude de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Ottawa, 1969.2.\tVoir, Livre III, Rapport de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Ottawa, 1969. 804 L'ACTION NATIONALE Comment reposer le problème ?Les forces économiques modernes rendent difficile, sinon impossible, l\u2019émergence dans plusieurs industries-clé de nouvelles entreprises locales capables de concurrencer les entreprises existantes, qu\u2019elles soient nationales ou multinationales.Ce n\u2019est pas principalement parce que les grandes entreprises modernes sont abondamment pourvues en capitaux qu\u2019elles maîtrisent si bien leurs marchés, mais leur position enviable est attribuable à la capacité qu\u2019elles ont de se spécialiser dans l\u2019innovation technologique et la création de nouveaux produits.Les grandes entreprises sont constamment à la recherche de marchés où elles peuvent valoriser leurs procédés exclusifs de production et la nouveauté de leurs produits.Les marchés nationaux protégés derrière des murs tarifaires et autres obstacles aux échanges sont une invitation directe à ces entreprises à établir des filiales qui exploitent à profit les avantages comparatifs exclusifs qu\u2019elles sont, pendant un temps, les seules à détenir.Les entreprises locales qui veulent s\u2019imposer, doivent elles-mêmes viser un grand marché, en exportant au besoin lorsque le marché national est trop étroit, afin de franchir la dimension-seuil qui permet la spécialisation et l\u2019originalité technologique.Les grandes entreprises industrielles au Québec sont de trois types.Le premier groupe est celui des entreprises qui sont localisées au Québec à cause de la disponibilité de matières premières et de sources énergétiques à bon marché et qui exportent vers le reste du Canada, les États-Unis et le marché international la majeure partie de leur production (ex.: Iron Ore, CIP, Johns Mansville etc .) Ce sont surtout des entreprises à propriété étrangère dont l\u2019administration est confiée à des Anglo-Canadiens et à un degré moindre, à des Québécois francophones.C\u2019est le secteur où l\u2019intégration à la société québécoise devrait être la plus forte, ou encore la plus LES QUÉBÉCOIS ET LEUR ÉCONOMIE 805 facile à réaliser, car l\u2019entreprise ne peut opérer sans cet accès aux richesses du pays.La deuxième catégorie d\u2019entreprises québécoises est celte qui regroupe les firmes qui desservent le marché local ou national, en s\u2019appuyant souvent sur une main-d\u2019œuvre à bon marché et la protection artificielle accordée par les tarifs douaniers et les contingentements.Il n\u2019y a qu\u2019un secteur où les établissements francophones soient majoritaires, et c\u2019est celui du bois, tandis que cette représentation atteint 40 pourcent dans l\u2019impression, l\u2019ameublement, le cuir et l\u2019alimentation.En général, cependant, ce type d\u2019entreprises est à propriété anglo-canadienne et se concentre dans le vêtement, le textile, le papier, les boissons et les produits non métalliques (ex.: Distilleries Seagrams, Dominion Textile, Dominion Glass etc .).Ce groupe se double d\u2019un réseau de distribution dont les sièges sociaux sont en Ontario (ex.: Eaton, Simpsons, Canadian Tire etc.).Ces entreprises sont interrégionales et tirent profit du marché commun canadien.À l\u2019exclusion peut-être des entreprises de distribution, cette catégorie d\u2019entreprises est sans doute la plus réfractaire à toute intégration réelle à la société québécoise car, en plus d\u2019être anglo-canadienne de contrôle et d\u2019administration, elles sont orientées en priorité vers des marchés qui sont en grande partie extérieurs au Québec.Le troisième groupe d\u2019entreprises québécoises regroupent des entreprises à propriété étrangère, avec statut de filiales, qui opèrent au Québec principalement pour desservir le marché local et, dans certains cas, le marché de la partie est du continent.Ces entreprises s\u2019imposent par leur technologie, leur achalandage et leurs techniques de mise en marché (ex.: General Motors of Canada, RCA ,Shell, GE, CIL, etc .).Quoique moins associées au milieu québécois que les entreprises du premier groupe, les entreprises de ce dernier groupe pourrait s\u2019intégrer assez facilement à la société québé- 806 L'ACTION NATIONALE coise, même si leurs opérations au Québec sont souvent fusionnées à celles qu\u2019elles poursuivent dans les autres régions canadiennes.Duplication ou intégration ?Les efforts entrepris au Québec depuis une quinzaine d\u2019années au niveau de la formation académique dans les disciplines « économiques » du génie, de l\u2019administration et des sciences économiques ont permis un rattrapage et une meilleure adaptation de la population aux besoins économiques modernes.Comme l'expérience passée illustre amplement qu\u2019il ne suffit pas de « vouloir pour pouvoir », les retards qu\u2019accusent les Québécois francophones dans leur participation au fonctionnement de leur économie sont tels qu\u2019il ne suffit pas de «savoir pour pouvoir».Il ne suffit surtout pas de mettre sur pied de petites entreprises autochtones dont l\u2019activité demeure marginale et déphasée par rapport au grand réseau économique moderne.La formation d\u2019un nombre grandissant d\u2019économistes, d\u2019ingénieurs, d\u2019administrateurs et de tous les spécialistes dont a besoin une économie moderne n\u2019est que la condition nécessaire pour que les Québécois francophones prennent la place qui leur revient dans le fonctionnement de leur économie.Un plafonnement apparaîtra rapidement s\u2019il n\u2019est déjà atteint, cependant, si le secteur de la production au Québec peut continuer de fonctionner en marge du milieu francophone.Plutôt que de privilégier les efforts de duplication des entreprises existantes, procédé coûteux et dont l\u2019expérience passée illustre toute la difficulté, les Québécois francophones doivent assurer leur participation à l\u2019activité économique en poursuivant les efforts en vue de former un plus grand nombre de spécialistes rompus aux rouages de l\u2019économie et de l\u2019entreprise, mais en assortissant ces efforts de mesures concrètes pour que les entreprises œuvrant au Québec s\u2019intégrent à leur milieu et cessent d\u2019être des « enclaves » qui s\u2019a- LES QUÉBÉCOIS ET LEUR ÉCONOMIE 807 breuveot de ressources et de travail à bon marché.On pourrait dire ici qu\u2019il faut « agir pour pouvoir ».Une approche circonstanciée La première mesure d\u2019intégration du monde industriel à la société québécoise se situe au plan économique et consiste à encourager une plus grande transformation sur place des matières premières.Quand on constate que quelque 70 pourcent des minerais et concentrés au Québec sont exportés tels quels et que l\u2019on s\u2019apprête a exporter de plus grandes quantités d\u2019énergie électrique à l\u2019état brut, il est évident que ce secteur stratégique de l\u2019activité économique doit être revu de fond en comble.En fait, la convergence et la nature des problèmes économiques auxquels le Québec fait face présentement ne sont peut-être jamais mieux prêtées à une révision en profondeur que seule une commission générale d'enquête sur les perspectives économiques du Québec pourrait systématiquement entreprendre.En effet, une plus grande transformation des ressources doit reposer sur une interaction des politiques industrielles et commerciales dont la cohérence doit être clairement établie.Une structure industrielle davantage ancrée dans les avantages comparatifs du Québec serait non seulement moins vulnérable mais serait davantage susceptible de coller au milieu en s\u2019associant, à tous les niveaux, la population québécoise.Qu\u2019une entreprise produise pour le marché québécois, ou pour le marché interprovincial et international, il ne devrait y avoir aucune justification, du moment que sa position concurrentielle repose sur l\u2019accès aux matières premières et aux sources énergétiques du Québec, pour qu\u2019une telle entreprise demeure une « enclave » économique coupée, dans ses décisions et son fonctionnement de la population et du reste du milieu.La caractéristique d'une « enclave» économique est d\u2019exporter en aval les effets d\u2019entraînement découlant de ses opérations au détriment de l\u2019activité économique en- 808 L\u2019ACTION NATIONALE vironnante.Dans ces secteurs de base, la participation québécoise à tous les niveaux de fonctionnement de l\u2019entreprise pourrait être largement majoritaire, tout en s\u2019accompagnant de retombées économiques positives au lieu de résulter en des effets défavorables sur les décisions de localisation des nouveaux investissements.Il est à craindre par contre, qu\u2019une politique uniforme et non différenciée d\u2019intégration du monde économique au milieu ne doive, par la force des choses, s\u2019appuyer sur le ptus petit dénominateur commun, de crainte qu\u2019une mesure généralisée qui soit autre que symbolique, ne crée plus de problèmes qu\u2019elle n\u2019en solutionne.L\u2019importance de sérialiser les problèmes et de différencier les solutions devraient être carrément admise de manière à orienter correctement les analyses économiques et légales et à déboucher sur une action concrète et efficace.Il ne fait pas de doute qu'aujourd\u2019hui, c\u2019est le secteur relié aux ressources naturelles et aux sources énergétiques qui peut plus facilement se prêter aux efforts d\u2019intégration au milieu économique du Québec.À ce titre, l\u2019exemple du modèle flamand en Belgique devrait retenir il\u2019attention car, pour avoir su attirer et intégrer des entreprises modernes sur son territoire dans le cadre du marché commun européen, la Flandre a vaincu un sous-développement séculaire et a pu aussi raffermir le pouvoir économique et politique de ses habitants.Par conséquent, on peut pour deux raisons importantes, mettre en doute l\u2019efficacité d\u2019une politique fondée sur une distinction légale des entreprises en fonction de la propriété (québécoise, canadienne, étrangère) par rapport à une distinction fonctionnelle de ces entreprises selon leurs attaches économiques au territoire.En premier lieu, pour les Québécois francophones, il n\u2019est nullement établi qu\u2019une entreprise anglo-canadienne œuvrant au Québec soit davantage intégrée au milieu que l\u2019entreprise sous contrôle américain, anglais, japonais ou suédois.Plusieurs indications suggèrent LES QUÉBÉCOIS ET LEUR ÉCONOMIE 809 même le contraire.C\u2019est une brèche de taille que ne pourra toucher une politique de règlementation des investissements étrangers au Québec.En deuxième lieu, puisque plusieurs entreprises étrangères établissent des filiales au Canada pour contourner les obstacles tarifaires et desservir l\u2019ensemble du marché commun canadien, il est à craindre et même prévisible qu\u2019une réglementation québécoise uniforme ne renforce les avantages que l\u2019Ontario détient déjà au chapitre des coûts de transport.La polarisation de l\u2019activité économique en Ontario, située au centre de cette économie canadienne en lisière, s\u2019accentuera et le déplacement des secteurs de services économiques et financiers et des sièges sociaux vers cette région ne pourra que s\u2019accélérer.Conclusion En conclusion, la propriété et le contrôle des entreprises ne sont peut être pas aussi importants que leur degré d\u2019intégration au milieu où elles opèrent, et à la qualité de ce milieu.La propriété et le contrôle peuvent favoriser cette intégration tout en améliorant ou en détériorant cette qualité, mais, c\u2019est là un cheminement long et coûteux, alors que d\u2019autres mesures plus circonstanciées peuvent plus facilement être adaptées à l\u2019ampleur des objectifs poursuivis, tout en produisant des résultats plus rapidement.En définitive, la vraie mesure de notre taille au Québec ne doit peut-être pas se mesurer en termes de pourcentage de propriété, mais plutôt par le degré d\u2019intégration de la population aux institutions économiques et par la qualité de l\u2019activité économique qui y est poursuivie.Pour progresser dans ces directions, il ne suffit pas de modifier la structure de la propriété des entreprises mais il faut surtout changer et améliorer l\u2019environnement économique lui-même. Succès ou faillite des CEGEP « par Maurice Lebel * Article extrait du volume Le Rapport Parent, dix ans après, lequel contient les textes du colloque organisé, en 1974, par l\u2019Académie des Lettres et des Sciences humaines de la Société royale du Canada.Ce volume vient de paraître aux Éditions Bellarmin. SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 811 INTRODUCTION Succès ou faillite des CEGEP.Le titre exact de ce pensum qu\u2019on m\u2019a aimablement imposé et que j\u2019ai eu la périlleuse témérité d\u2019écrire est dû à la plume d\u2019un jésuite, le Père Richard Arès, organisateur du colloque sur « le Rapport Parent, dix ans après.» L\u2019intitule de mon propos est à la fois nanti de la conjonction « ou » et dépourvu du point d\u2019interrogation.Il se lit un peu comme les grandeurs ou les servitudes du service militaire.Non content de me proposer le sujet, le Père Arès a poussé la gentillesse jusqu\u2019à m\u2019en suggérer le plan en trois parties, comme un sermon en trois points d\u2019avant « la révolution tranquille », laquelle n\u2019a de tranquille que l\u2019épithète qui la coiffe, comme l\u2019instruction gratuite n\u2019a de gratuit que l\u2019expression.« Ce que le Rapport Parent a recommandé à l\u2019époque ; ce qui s\u2019est fait, avec appréciation ; ce qui resterait à faire.» In cauda venenum.Ce plan gradué, logique et méthodique, me sied à merveille.Mais, au rebours de Racine qui disait : « Mon plan est fait, ma tragédie est finie, » il me reste tout à faire, c\u2019est-à-dire à remplir les cadres et à étoffer les trois charnières en ce qui concerne les CEGEP.Pour arriver à cette fin, mon intention est de prendre le chemin des écoliers, si cher à Socrate, patron des étudiants et des professeurs de sciences humaines, soit de commencer par réfléchir un instant au thème qui nous rassemble et par clarifier quelques notions de base indispensables à la compréhension du débat en cours.Après quoi, j\u2019entrerai dans le vif du sujet et essaierai de développer les trois parties proposées.Quelques réflexions sur le succès ou la faillite des CEGEP serviront de conclusion.Le Rapport Parent, dix ans après.Le Rapport Parent a-t-il vraiment d'x ans d\u2019âge ?Le dernier tome a paru en 1966 et le premier CEGEP a ouvert ses portes en 1967.Il s\u2019agit donc, pour ainsi dire, d\u2019un arbrisseau, à peine sorti de terre.Mais ne voilà-t-il pas qu\u2019on lui demande depuis quelque temps à cor et à cri de produire des fruits mûrs et qu\u2019on est même prêt, en certains milieux du moins, à en secouer vigoureusement les branches comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un olivier séculaire ?Il y a quelque vingt ans, certains esprits criaient haro sur les 812 L'ACTION NATIONALE collèges classiques ; aujourd hui certains esprits crient haro sur les CEGEP.Décidément, nous sommes restés Français ; il n y a plus à en douter.Quiconque a tant soit peu étudié et enseigné, observé et voyagé sait fort bien que l\u2019enseignement a toujours été et sera même toujours \u2014 c\u2019est une loi de la condition humaine \u2014 un demi-succès et une demi-faillite.L important est d\u2019y cultiver à tout prix la qualité et l\u2019excellence, puis d en limiter le coût et les dégâts autant que possible.Quoiqu il en soit, le secteur public compte aujourd\u2019hui 37 CEGEP, le secteur privé compte 23 collèges habilités à dispenser un enseignement de niveau collégial.Les CEGEP anglophones ou bilingues sont âgés tout au plus de trois ou de quatre ans.Peut-on demander la maturité et la tradition à des institutions aussi jeunes ?Ne serait-il pas plus sage de donner du temps au temps ?Ainsi les mémoires de la Société royale du Canada présentés en 1974 ne marquent-ils pas un progrès sur ceux de 1882 ?Il n est pas vain d\u2019affirmer qu\u2019ils sont au moins plus étoffés, plus nombreux et plus pertinents que ceux de 1882.Mais je n\u2019ai garde d\u2019oublier que nous sommes en Amérique, où il est sans cesse question de dynamisme et de rendement, aussi bien au hockey qu\u2019à la messe dominicale, aussi bien à la banque qu\u2019au volant de sa voiture.Et un rendement immédiat, à brève échéance, à court terme, au garage comme à 1 hôpital.Sans doute dans le monde du travail manuel, de 1 administration et de la politique, des affaires, de l\u2019industrie et du commerce, est-il assez légitime ou naturel de penser ainsi et de viser à des résultats patents en un temps record.Et nous sommes pétris d\u2019économique et soumis au politique.Mais dans le monde de l\u2019esprit, de la formation et de l\u2019éducation, du travail intellectuel, on constate que la gestation, l\u2019accouchement, la production, les résultats sont plus lents à venir et moins spectaculaires, disons, que dans la construction immobilière, routière, commerciale et industrielle; les bâtiments, les barrages et les ponts ont beau sortir de terre et se dresser dans le ciel en quelques années, en revanche l\u2019éveil et la formation d\u2019esprits, le montage, l\u2019entretien et le perfectionnement de bibliothèques et de laboratoires, la composition et l\u2019ajustement de programmes d\u2019études, la préparation et la rédaction SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 813 d\u2019ouvrages de qualité, la fondation et le maintien de revues de qualité, tout cela ne se fait pas et ne peut se faire de façon rapide et spectaculaire.Il faut à une université au moins 25 ans de travail ardu et tenace pour bâtir en hommes un département de qualité.Or le CEGEP, à l\u2019instar du lycée français créé par Napoléon en 1808, est une création de l\u2019esprit, et non de l\u2019histoire ou de la tradition ; il n\u2019est pas sorti du passé du Québec ; il a été conçu par un groupe de commissaires mandatés en fonction du présent et surtout en vue de l\u2019avenir du Québec.Le Rapport Parent, avec ses qualités et ses défauts, reste un magistral essai de prospective.Napoléon a tellement pensé à son enfant chéri, le lycée, qu\u2019il a oublié l\u2019université ; les membres de la Commission Parent ont tellement pensé à leur enfant ^chéri, le CEGEP, qu\u2019ils ont quelque peu oublié l\u2019université.À vouloir juger trop tôt l\u2019œuvre de cette institution d\u2019enseignement pré-universitaire et d\u2019enseignement spécialisé des techniques, a vouloir se prononcer ex cathedra sur son activité fort complexe, on risque fort de voir l\u2019urgence d\u2019un bilan se transformer sous peu en un bilan de l\u2019urgence, qu\u2019on ne manquera pas d\u2019écrire en 1984.Pourquoi en effet cette hâte, voire cette impatience à vouloir se permettre des jugements de valeur sur les CEGEP ?On vient à peine de les mettre en place qu\u2019on leur demande déjà des comptes.Quant aux pères des CEGEP \u2014\u2022 tout vient des pères, quoiqu\u2019en pensent certains jeunes d\u2019aujourd\u2019hui qui se croient sortis d\u2019une feuille de chou ou de la cuisse de Jupiter, ils ont sans doute raison d\u2019être quelque peu inquiets de leur jeune enfant de sept ans.Leur inquiétude, cependant, me touche et me rassure à la fois, comme ce sentiment de responsabilité les honore.Ce sont de bons parents qui ont du cœur au ventre et ne se contentent pas de mettre au monde ; ils suivent de près l\u2019évolution rapide de leur progéniture ; non contents de veiller au grain, ils observent les mouvements d\u2019implantation des CEGEP et ne manquent jamais l\u2019occasion de faire île point là-dessus dans les journaux et les revues.Étant donné que l\u2019homme ne perd pas la foi mais change plutôt de foi \u2014, il est un être essentiellement religieux : il 814 L'ACTION NATIONALE ne peut vivre sans foi \u2014, nous croyons à l\u2019efficacité immédiate et au rendement à brève échéance.Nous mettons aussi notre foi et nos certitudes dans l\u2019instruction comme source de progrès et de développement, de richesse individuelle et collective.Pétris que nous sommes d\u2019économique, nous sommes portés à vouloir ramener presque tout à des chiffres, à vouloir tout quantifier, «comptabiliser», pour me servir d\u2019un néologisme à la mode.Nous cherchons à apprécier ou à mesurer le travail et les diplômes en termes de chiffres ; les cours d\u2019études ne portent pas seulement des numéros comme les maisons de villes, ils sont aussi souvent interchangeables que de produits de consommation.Ce qui compte le plus aujourd\u2019hui, semble-t-il, ce n\u2019est ni le contenu de l\u2019enseignement, ni la cohérence des matières et leur équilibre dans un ensemble donné, ni la vue d\u2019ensemble et la synthèse ; ce ne sont pas non plus les méthodes de travail, l\u2019effort d\u2019analyse et de synthèse, la formation de l\u2019esprit, non, ce qui compte le plus à l\u2019heure actuelle, c\u2019est le total des notes obtenues en cours de route et en fin de cours, c\u2019est la promotion par matière, c\u2019est l\u2019addition d\u2019unités de valeur, c\u2019est le quantitatif, c\u2019est le régime du compte-gouttes.Le certificat d\u2019études secondaires le diplôme d\u2019études collégiales, le baccalauréat spécialisé, la maîtrise et le doctorat, tous ces diplômes valent chacun un certain nombre de crédits.Notre conception même de la culture de l\u2019esprit est polluée par le poids du nombre.La culture de l\u2019esprit, considérée au plan des élèves des cours secondaire et collégial, poursuivie qu\u2019elle est pendant sept ou huit ans par des jeunes de 12 à 19 ans, est regardée, à tort, chez nous comme « un ensemble de notions que tout homme doit savoir.» Cela est impossible et même dépassé depuis environ cent ans ; c\u2019est une idée fausse, un vieux mythe cher au Rapport Parent qu\u2019on se plaît à répéter à l\u2019envi et qui traîne encore partout dans les journaux et les revues, les conversations et les débats ; il ne faut pas confondre la culture générale des qualités de l\u2019esprit, de 12 à 19 ans, avec le savoir et une juxtaposition de savoirs, avec l\u2019érudition, avec l\u2019ency-c'opédisme universel ; il ne faut pas confondre aussi le savoir-faire avec le savoir, la matière d\u2019un cours avec le but d\u2019un cours, des éléments de travail avec la méthode de travail ; il SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 815 ne faut pas confondre non plus la culture des qualités de l\u2019esprit au niveau secondaire et collégial, de 12 à 19 ans, avec la culture des connaissance spécifiques et du savoir spécialisé, au niveau universitaire, postuniversitaire et permanent la vie durant.La culture, au plan du cours secondaire et du cours d\u2019enseignement général au CEGEP, devrait être la culture générale des aptitudes, des capacités, des qualités intellectuelles des jeunes qui apprennent alors peu à peu à apprendre, c est-à-dire à voir, à observer, à faire attention, à lire, à penser, à réfléchir, à dire, à écrire, à composer ; ils deviennent ainsi peu à peu aptes à entreprendre des études hautement spécialisées, lesquelles devraient se poursuivre uniquement à l\u2019université.Or, à l\u2019heure actuelle, c\u2019est surtout pendant les trois années d\u2019enseignement technique ou professionnel des CEGEP que la spécialisation est le plus poussée ; on ne peut évidemment pas parler de culture générale ou de formation générale \u2014 c\u2019est la même chose \u2014 à propops de ce niveau ou de ce secteur, car les études techniques qu\u2019on y fait aujourd\u2019hui en 1974 sont nettement spécialisées; elles s\u2019adressent aux jeunes dans la proportion de 50%, parfois de 60%, voir de 70% en quelques CEGEP.Ils font, ces jeunes, ce que certains technocrates appellent, sans trop réfléchir au sens précis des mots, des « humanités techniques » ; l\u2019expression est aussi creuse que celle de « peinture abstraite ».Dans un cas comme dans 1 autre, il s\u2019agit de contradiction dans les termes.Mais notre époque, quelque peu déboussolée, n\u2019est pas à une contradiction près.D\u2019ailleurs, même les diplômés d\u2019études collégiales qui entrent à l\u2019université n\u2019ont pratiquement pas de véritable formation générale, parce que les pré-requis dressés par les universités sont trop élevés ou trop lourds, de sorte que les étudiants des CEGEP doivent se spécialiser pour les atteindre aussi bien en lettres que dans les sciences de la santé et les sciences pures et appliquées.L\u2019élève, nu\u2019il fréquente l\u2019école secondaire pendant cinq ans ou le CEGEP pendant deux ou trois ans, ne se connaît guère lui-même, comme il ne connaît guère son propre milieu, son quartier, sa ville, sa région, sa province, son pays.Il apprend peu à peu à se connaître lui-même, et à connaître le cadre de son activité.Jadis, cinq cents ans avant Jésus-Christ, 816 L\u2019ACTION NATIONALE les pèlerins pouvaient lire, écrits en lettres d\u2019or au fronton du temple d\u2019Apollon à Delphes, ces mots à la fois simples et profonds, restés célèbres : « Connais-toi toi-même ».Telle était aussi la devise de Socrate.Pour le Grec païen du temps de Périclès et de Platon, cela voulait dire : sache que tu es né de la terre, que tu es fils de la terre et que tu retournes à la terre : essaie de devenir ce que tu es ; on ne naît pas homme : on le devient.Pour le Grec païen, il s\u2019agissait du moi, de l\u2019homme, centre du monde.Pratiquant la religion de l\u2019homme, le culte de l\u2019homme, il a fait ses dieux, son Panthéon, à son image et à sa ressemblance ; il a humanisé ses dieux, il a divinisé l\u2019homme.Aussi n\u2019est-il point surprenant qu\u2019il ait le premier en Occident défini l\u2019humanisme en termes limpides et inoubliables.En effet Sophocle et Isocrate, aux Ve et Vie siècles respectivement, ont jeté les bases de l\u2019humanisme, fondées sur la connaissance de l\u2019homme et de ses oeuvres ; ils s\u2019intéressaient, comme Socrate, beaucoup plus à l\u2019homme lui-même qu\u2019au reste du cosmos.Mais depuis lors le Christ et saint Paul sont venus sur la terre ; ils ont dit, répété, voire écrit que l\u2019homme est fils de Dieu, révélant ainsi ce qu\u2019il y a de divin dans l\u2019homme et la filiation de la nature humaine à la nature divine.De païen qu\u2019il était, l\u2019humanisme a pris du même coup une nouvelle dimension ; il est devenu chrétien.Pour moi du moins, il n\u2019y a de transcendance que la transcendance divine ; toute autre est pur verbiage, jonglerie ou piperie de mots.Je n\u2019ignore pas cependant que beaucoup d\u2019esprits pensant le contraire, ne reconnaissent aucun humanisme, ni païen ni chrétien, aucun passé, aucu héritage, aucune tradition.Pour eux, l\u2019histoire, c\u2019est l\u2019existence, le contemporain, l\u2019actualité, l\u2019immédiat, l\u2019instantané, le présent, le fait courant et divers ; l\u2019homme se fait et se forge, la création a été manquée ou n\u2019est pas finie ; elle se poursuit sans cesse sous l\u2019action de l\u2019homme.Seul l\u2019avenir importerait.Quiconque est imbu de cette idée soi-disant progressiste ressemble à un arbre sans racines ; on dirait un enfant sans parents.Or, les milliers d\u2019étudiants de 19 ans qui entrent chaque année dans nos universités font penser depuis quelque temps SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 817 à des arbres sans racines, car la plupart d\u2019entre eux ne possèdent aucune connaissance du passé.Les professeurs d\u2019universite auraient grandement tort de les blâmer de leur ignorance.Ce n\u2019est pas la faute des étudiants s\u2019ils sont aussi ignorants ; ce n\u2019est pas davantage celle des maîtres des écoles secondaires et de professeurs de CEGEP.Les vrais responsables de ce déracinement, de ce suicide intellectuel, de cette aberration mentale et catastrophique se trouvent à la direction générale de l\u2019enseignement collégial qui, pour habiter un gratte-ciel olympique, ne semble pas voir la nécessité de faire de l\u2019histoire un enseignement de base, un enseignement obligatoire pour tous, et à l\u2019école secondaire et au CEGEP.Faute de savoir d\u2019où ils viennent, faute de connaître leurs origines et l\u2019évolution historique de leur pays, faute d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble de l\u2019histoire, de l\u2019Égypte ancienne à nos jours, les nouveaux étudiants d\u2019université sont alors portés à croire dur comme fer que le monde commence avec eux et à tenir le milieu québécois et ses œuvres pour le nec plus ultra de la planète.Ce fait est d\u2019autant plus grave, ironique et paradoxal que la devise du Québec est toujours, dit-on, Je me souviens.Ce que le Rapport Parent a recommandé à l\u2019époque C\u2019est dans le deuxième volume du Rapport de la commission royale d\u2019enquête sur Venseignement que se trouvent les principes, les propositions et les recommandations concernant les CEGEP.Les commissaires ont consacré avec raison plusieurs chapitres à ce sujet d\u2019importance.L\u2019institut, appelé CEGEP depuis la loi 21 de 1967, y est défini comme un établissement appelé à dispenser un enseignement interdé-diaire entre l\u2019école secondaire et l\u2019université, soit un enseignement intermédiaire entre l\u2019école secondaire et l\u2019université, soit un enseignement pré-universitaire et professionnel de caractère polyvalent.L\u2019adjectif polyvalent et le nom polyvalence, dont on nous rabat les oreilles depuis plusieurs années, sont des mots assez récents, puisqu\u2019ils datent de la fin du XIXe siècle ; employés d\u2019abord en chimie et en médecine, ils sont appliqués aujourd\u2019hui par extension à l\u2019enseignement et à l\u2019éducation.Ils sont d\u2019origine hybride, composés qu\u2019ils sont à la fois d\u2019un adjectif grec classique, poly, signifiant nombreux, fréquent, et 818 L'ACTION NATIONALE d\u2019un adjectif latin valens ou d\u2019un nom valentia, selon le cas, impliquant l\u2019idée de force, de puissance, de capacité, d\u2019influence, de valeur.L\u2019enseignement est polyvalent quand il remplit plusieurs fonctions, comprend plusieurs activités différentes, correspond à des liaisons multiples.Si j\u2019insiste là-dessus au départ, c\u2019est que la polyvalence occupe une position clef dans l\u2019esprit des commissaires ; elle revient comme un leitmotiv sous leur plume.Et ils l\u2019appliquent aussi bien à l\u2019école secondaire qu\u2019au CEGEP, de sorte que l\u2019université devrait s\u2019appeler, en bonne logique, polyversité ou mieux multiversité, ce quelle est en fait.Le CEGEP est défini, d\u2019une part, comme une étape préparatoire, d\u2019une durée de deux ans, nécessaire aux études supérieures pour les étudiants qui se destinent à l\u2019université, d\u2019autre part, comme une phase terminale de formation générale et professionnelle pour tous les autres qui se destinent au marché du travail.11 est donc, pour me servir d\u2019une image empruntée au monde animal, un être à deux têtes, ou bi-fonc-tionnel, général et professionnel.Comme il est de caractère polyvalent, il se doit d\u2019offrir une grande variété de cours et, partant, un programme d\u2019études souple.Le Rapport propose et recommande trois catégories de cours : des cours communs de base : langue maternelle, langue seconde, philosophie, éducation physique ; des cours de spécialité, des cours complémentaires à la spécialité, chaque catégorie occupant environ un tiers du programme.Les commissaires insistent sur la durée : « au moins deux ans d\u2019études avant l\u2019entrée à l\u2019université ; » ils laissent ainsi la porte ouverte à une troisième année.D\u2019ailleurs ils suggèrent les cours d\u2019été ou une troisième année de cours « pour compléter la formation ou pour entrer à l\u2019université.» D\u2019autre part, ils demandent aux universités de vouloir bien renoncer à l\u2019enseignement général et professionnel de niveau collégial.Puis ils définissent clairement les deux fonctions majeures du CEGEP.La première consistera à dresser l\u2019inventaire des ressources d\u2019enseignement dans la région et à réaliser la mise en commun de ces ressources ; la seconde consistera à planifier et à organiser de véritables campus pour opérer le regroupe- SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 819 ment des étudiants de 12e et de 13e années.«Pas moins de 1500 étudiants » sur un campus, avec des maisons d étudiants, lit-on dans le Rapport, « pas trop grandes pour éviter l\u2019anonymat des foules» (293); aucun maximum nest suggéré, seul un minimum de 1500 est indiqué.Pour ce qui est de la carte des Instituts de la province, on devrait la dresser avec le temps.L\u2019enseignement du soir aux adultes sera une occupation majeure des CEGEP.Il va sans dire que les examens doivent éviter le bachotage.11 y aurait lieu de créer un régime d\u2019accréditation des Instituts d\u2019après des critères précis et reconnus.Les objectifs du CEGEP sont aussi clairement définis que la nature même de l\u2019institution.Le chapitre VI commence par les phrases suivantes : « Nous avons insisté sur le caractère polyvalent que devra prendre l'enseignement secondaire.Cette polyvalence des programmes et des établissements devrait se trouver au-delà du cours secondaire, dans l\u2019enseignement en 12e et 13e années.D\u2019où le nom d\u2019enseignement pré-universitaire et professionnel qu au chapitre II nous avons recommandé de donner à cet enseignement qui sera dispensé dans un nouveau type d\u2019institution que nous avons proposé d\u2019appeler «institut».Comme il s\u2019agit d\u2019une idée nouvelle dans notre milieu, nous devons expliquer les motifs que nous avons eus d\u2019en recommander l\u2019application.» (Parag.258).Suivent les objectifs qu\u2019on peut ramener à huit et qui éclairent les nouvelles structures proposées.Ils sont décrits avec soin l\u2019un après l\u2019autre et forment chacun l\u2019objet d\u2019un paragraphe étoffé.Les uns sont généreux et nobles, comme des idéaux de qualité ; les autres sont d\u2019ordre administratif et pratique.« Élever la moyenne de fréquentation scolaire, assurer à tous un meilleur enseignement, diminuer les cas d\u2019abandon des études, assurer une meilleure orientation, hausser le niveau des études professionnelles, mieux préparer à la vie, hausser le niveau des études universitaires, uniformiser l\u2019accès aux études supérieures : » tels sont les termes proores du Rapport Parent à cet égard.Le Rapport résume ensuite l\u2019ensemble au paragraphe 269, capital pour la compréhension de l\u2019esprit et de l\u2019activité des CEGEP.Je ne puis résister au plaisir d\u2019en citer la moitié : on ne saurait mieux dire. 820 L'ACTION NATIONALE «Tais sont en bref les objectifs que nous assignons à l\u2019enseignement pré-universitaire et professionnel : assurer au plus grand nombre possible d\u2019étudiants qui en ont les aptimdes la possibilité de poursuivre des études plus longues et de meilleure qualité ; cultiver l\u2019intérêt et la motivation chez les étudiants, pour diminuer le nombre des échecs et les abandons prématurés ; favoriser une meilleure orientation des étudiants selon leurs goûts et leurs aptimdes ; hausser le niveau des études pré-universitaires et de l\u2019enseignement professionnel ; uniformiser le passage des études secondaires aux études supérieures et mieux préparer les étudiants à entreprendre ces dernières.On peut donc dire que c\u2019est la préoccupation d\u2019un système d\u2019enseignement plus riche et plus large, plus souple et plus simple, plus généreux et plus démocratique qui nous a amenés à proposer cette étape polyvalente entre le cours secondaire et les études supérieures.» Il ne suffit pas de rappeler, même brièvement, les recommandations du Rapport et de monter en épingle les objectifs majeurs des CEGEP.Pour comprendre l\u2019esprit et la portée de ces nouvelles institutions dans notre milieu, il faudrait se pencher longuement sur une quarantaine d\u2019articles relatifs aux CEGEP qui renferment des mots clés tels que le nouvel humanisme (45), l\u2019orientation (49), le problème culturel (61) la structure de l\u2019enseignement au niveau secondaire et la place des enseignements techniques (74-98), la formation générale et la spéculation (106), les deux phases d\u2019orientation et de spécialisation (272) (273), les divers types de programmes (277), l\u2019éducation permanente (278).Mais de tels sujets sont si riches qu\u2019ils demanderaient à eux seuls une étude distincte.Aussi devons-nous nous contenter de dégager les grandes lignes et la signification profonde des nouvelles structures profondes.Pour ce faire, il suffit de rappeler quelques affirmations majeures des commissaires comme les suivantes : « Tout enfant doit recevoir la meilleure formation générale possible ; l\u2019enseignement secondaire doit offrir tous les enseignements nécessaires au développement d\u2019élèves aux aptitudes très diverses ; l\u2019orientation de l\u2019enfant ne doit pas être prématurée ni irréversible ; l\u2019orientation ne peut être vraiment graduelle et prudente que dans un système d\u2019options incluant aussi bien le technique que les actuels enseignements scientifiques, classiques et autres» (parag.129). SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 821 Toutes ces propositions sont lourdes de conséquences, car tout se tient dans un système d\u2019enseignement.Il est impossible en effet de proposer la création des CEGEP sans modifier du même coup l\u2019école primaire et l\u2019école secondaire d\u2019où viennent les élèves des CEGEP.Pas davantage n\u2019est-il possible de créer un enseignement intermédiaire entre l\u2019école secondaire et les études supérieures sans modifier du même coup l\u2019enseignement universitaire auquel se destinent en grand nombre les diplômés d\u2019études collégiales.On ne peut prétendre unifier le système d\u2019enseignement des CEGEP sans introduire des changements au niveau de l\u2019école secondaire et de l\u2019université.Les auteurs du Rapport Parent ne manquent point de dégager en quatre articles ou paragraphes (129-132) les conséquences de leurs propositions et recommandations.Les voici en gros : la promotion automatique de tous les élèves de l\u2019école élémentaire d\u2019un degré à l\u2019autre chaque année ; l\u2019intégration de l\u2019enseignement technique au cours secondaire ; la création d\u2019un riche éventail d\u2019options dans un enseignement polyvalent ; la recherche d\u2019un équilibre entre les matières de base, la formation générale et les matières à options; l\u2019expérimentation obligatoire en 7e et 8e année de cours-options ; la concentration des options après la 8e année, soit après deux années d\u2019études secondaires générales ; une formation professionnelle terminale ; une meilleure formation générale et spéciale pour les étudiants entrant en faculté.Il va sans dire que les commissaires sont parfaitement conscients de la difficulté d\u2019équilibrer l\u2019enseignement collégial.Ils ne cessent de revenir sur ce point dans le volume IL « Il ne sera probablement pas facile, écrivent-ils à l\u2019article 276, d\u2019arriver à une formule équilibrée de cours communs, de cours spécialisés et de cours complémentaires.Ce sera d\u2019autant plus difficile que les jeunes adultes de cet âge s\u2019engagent dans des orientations très variées.Beaucoup d\u2019expérimentation et de réflexion seront nécessaires : les professeurs devront être attentifs aux réactions et aux succès des étudiants.» Bien plus, les employeurs, les centres universitaires des sciences appliquées et les universités devront rester en contact régulier avec les diplômés des CEGEP.Quoiqu\u2019il en soit, chaque étudiant devra consacrer un tiers de son programme aux cours communs, un 822 L'ACTION NATIONALE tiers à des cours spécialisés, un tiers à des cours complémentaires ou connexes.En somme, c\u2019est autour de ces proportions, quelque peu variahles selon les programmes d\u2019études, que devra s\u2019établir «le programme moyen» (276).Et par « moyen » il faut entendre idéal.Les commissaires ont aussi conçu le CEGEP moyen, idéal, dont l\u2019image me paraît encore un peu trop tenace à la direction générale de l\u2019enseignement collégial ; on semble y éprouver quelque difficulté à s\u2019en détacher.Le CEGEP diffère à la fois du Junior College des États-Unis, du Sixth Form d\u2019Angleterre et de l\u2019Institut spécial de France.Voici l\u2019image de l\u2019institut idéal de l\u2019avenir (285) : « Il sera utile tout d\u2019abord de se représenter par l\u2019imagination un institut idéal complet, tel qu\u2019on pourrait le rêver pour l\u2019avenir.C\u2019est un campus assez vaste pour accueillir au moins 1500 étudiants et étudiantes.On peut imaginer ce campus formé d\u2019un certain nombre d\u2019immeubles, d\u2019accès facile l\u2019un à l\u2019autre abritant les divers départements et services : bibliothèque générale, laboratoires avec salles de cours attenantes, ateliers nécessaires pour les différents enseignements professionnels, salles de cours prévues pour des groupes variables allant de 20 à 300 étudiants ; gymnase et terrain de jeu pour l\u2019éducation physique, bureaux de l\u2019administration centrale et des différents services ; salle à manger, maisons pour les étudiants et pour les étudiantes et un cercle pour les professeurs.Les étudiants qui circulent sur ce campus forment un groupe hétérogène : on en trouve qui se préparent à poursuivre leurs études dans diverses facultés universitaires ; d\u2019autres suivent des cours en vue d\u2019un emploi dans le monde des affaires, de l\u2019administration, des services publics ; d\u2019autres se spécialisent dans une branche de la technologie industrielle (électronique, technique de laboratoire, métallurgie, dessin, etc.,) ou de la technologie médicale ; les futures infirmières ont un programme d\u2019études plus concentrées en sciences qui leur donne la formation de base préparatoire à l\u2019année de stage hospitalier ; certains autres se préparent aux travaux de bureau et s\u2019initient au maniement des machines de bureaux et des calculatrices électroniques ; d\u2019autres s\u2019exercent à un art plastique ou rythmique ; et on pourrait allonger encore l\u2019énumération.Bien qu\u2019inscrits à des départements différents suivant leur orientation, les étudiants peuvent suivre certains coins ensemble, qu\u2019il s\u2019agisse de cours communs SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 823 obligatoires pour tous ou de cours spécialisés ou complémentaires à la spécialité.Le programme de cours de chaque étudiant varie selon le département auquel il est inscrit et se.on les cours qu'il a choisi de suivre, d\u2019accord avec son directeur ou son tuteur.Les cours variés offerts aux étudiants sont assurés par plus d\u2019une centaine de professeurs à temps complet, tous au moins licenciés dans la matière qu\u2019ils enseignent.» Que cette image de l\u2019institut idéal, exprimée en 1964, se rapproche ou non de la réalité en 1974, cela reste à voir et à vérifier.Pour le moment, contentons-nous d\u2019ajouter que les commissaires invitaient la direction des instituts à faire appel aux étudiants pour la discipline, la bonne marche et la vie ordonnée des campus (295), la collaboration de ces derniers étant indispensable au succès des instituts.D autre part, voici quel sera le rôle de l\u2019enseignement supérieur (296) : « Les universités devront se retirer d ici les cinq prochaines années de ce champ d\u2019enseignement qui est surtout centré sur la formation générale et la préparation de techniciens ; l\u2019institut contiendra beaucoup plus que le seul cours préparatoire aux études universitaires, puisqu\u2019il sera de caractère polyvalent, assurant la formation professionnelle, en même temps qu il sera un stade préparatoire aux études ultérieures ; le cours pré-universitaire et professionnel devra s affirmer comme un niveau d'études distinct du cours secondaire et de l\u2019enseignement supérieur, et l\u2019on devra éviter toute confusion à ce sujet ; les universités, comme nous le verrons au chapitre suivant, auront fort à faire pour accueillir tous les candidats aux études supérieures dans les prochaines années et pour développer l'enseignement ainsi que la recherche au-delà du premier diplôme universitaire.Ces quatre raisons nous incitent à proposer que les instituts ne relèvent d\u2019aucune façon des institutions universitaires.Mais la collaboration des universités sera requise de diverses façons.Nous avons déjà dit quelles participeront à la formation de la corporation ; elles devront surtout collaborer à la préparation des programmes d\u2019étude et à la direction pédagogique.Ce sont là des services qu\u2019on s\u2019attendra quelles rendent, soit à une direction générale de tous les instituts, soit à des instituts en particulier.Les universités devront donc adopter à l\u2019endroit des instituts une attitude de disponibilité, tout en maintenant la réserve et la discrétion nécessaires à l'égard d\u2019établissements indépendants d\u2019elles.» 824 L'ACTION NATIONALE Ce qui s\u2019est fait, avec appréciation S\u2019il est relativement aisé de résumer les propositions et les recommandations du Rapport Parent sur les CEGEP, il est en revanche plus difficile de cerner de près la réalité mouvante et d\u2019apprécier les réalisations du ministère de l\u2019Éducation depuis l'ouverture du premier CEGEP en septembre 1967.Laissant de côté les propos négatifs des méchantes langues et les divagations des pédagogues au clavigraphe, essayons de voir ce qui s\u2019est fait dans l\u2019enseignement collégial du Québec.Car, n\u2019en déplaise aux auteurs des 320 mémoires soumis à la récente enquête du Conseil supérieur de l\u2019Éducation sur l\u2019état et les besoins de l\u2019enseignement collégial, tout observateur impartial ne peut manquer d\u2019inscrire plus d\u2019un point à l\u2019actif des collèges et de la direction générale des collèges ; soit dit entre nous, il n\u2019est rien de plus décevant, de plus déprimant, de plus ennuyeux et de plus monotone que ces mémoires dont la longueur varie d\u2019une page à trente ; 95 % d\u2019entre eux, que dis-je ?99% \u2014 je pèse mes chiffres \u2014 ne sont pas constructifs et ne reconnaissent rien de valable aux CEGEP.Autant vous dire que je ne m\u2019en suis pas inspiré : ils renferment trop de vinaigre pour mon palais.Les commissaires de l\u2019enquête Nadeau demandaient-ils des critiques négatives, ils n\u2019auraient pu être mieux servis.Que de pertinentes réflexions ne pour-rait-on point faire sur cette amère constatation ! Mais passons.Nombreuses sont les réalisations de l\u2019enseignement collégial depuis septembre 1967.Pour me documenter, j\u2019ai pris le temps \u2014 le temps, comme la liberté, doit se prendre : on ne l\u2019a jamais \u2014 de visiter 20 CEGEP et de causer avec 142 administrateurs et enseignants ; j\u2019ai fait ce travail sans mandat précis, à mes propres frais, pour satisfaire ma curiosité intellectuelle et pour participer quelque peu à l\u2019activité des campus nouveau genre.Faute d\u2019avoir jamais enseigné dans un CEGEP, je me devais de procéder ainsi.N\u2019est-on pas en droit d\u2019exiger ce strict minimum de probité intellectuelle d\u2019un professeur d\u2019université qui accepte de traiter le sujet qui nous rassemble ?Voici, en gros, les aspects positifs, les réalisations.Je mets au premier rang la création d\u2019un réseau complet, unifié, provincial, des Collèges d\u2019enseignement général et SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 825 professionnel.Il existe une carte des CEGEP qu\u2019on peut consulter et qui est définitive, car il ne saurait être question de faire quelque addition.On compte aujourd\u2019hui 37 CEGEP avec une population totale d\u2019environ 100,000 étudiants, soit une moyenne théorique de 3000 étudiants par institution ; ajoutons 23 collèges du secteur privé habilités à dispenser un enseignement de niveau collégial, avec une population totale d\u2019environ 10,000 élèves.En fait, plusieurs CEGEP de la Côte-Nord et du Bas du Fleuve n\u2019ont même pas 1000 étudiants, tandis que d'autres, comme ceux de Limoilou et de Sainte-Foy, d\u2019Ahuntsic et du Vieux Montréal, en ont plus de 3000, voire de 4000, et Dawson en compte cette année plus de 6000.En plus des CEGEP de grandes villes, de villes moyennes et de petites villes, on a fondé plusieurs CEGEP régionaux depuis septembre 1971.Le réseau est créé, l\u2019implantation est finie.Reste, bien sûr, la consolidation.Des éducateurs d\u2019Angleterre et de France, d\u2019Australie et des États-Unis, de la Colombie britannique et de l\u2019Ontario se sont donné la peine d\u2019en faire le tour récemment.La carte ou le réseau des CEGEP implique la mise en place et l\u2019activité d\u2019un système et d\u2019une fédération de l\u2019enseignement collégial.On a inventé des liens ou des mécanismes de communication entre les CEGEP, du moins au niveau de la cueillette et de la transmission de l\u2019information, au plan des agents de développement pédagogique.Grâce au Centre d\u2019animation et de recherche en éducation (CADRE), qui entretient une banque d\u2019information et publie une revue de qualité, PROSPECTIVES, grâce aussi aux CAHIERS DE L\u2019ENSEIGNEMENT COLLÉGIAL, chaque année remis à jour, et aux diverses publications de la direction générale de l\u2019enseignement collégial (DIGEC), les CEGEP, dispersés qu\u2019ils sont un peu partout sur l\u2019immense territoire du Québec, ne manquent point d\u2019information d\u2019ordre pédagogique.À ce niveau du moins, le système est déjà rodé ; la fédération des CEGEP est constamment informée.C\u2019est une réussite à cet égard.On note aussi avec un vif plaisir l\u2019accessibilité d\u2019un plus grand nombre d\u2019élèves aux études postsecondaires.Il s\u2019agit ici d\u2019un essai ou d\u2019une tendance beaucoup plus que d\u2019un franc 826 L\u2019ACTION NATIONALE succès, et il faudrait bien se garder de confondre l\u2019accroissement sensible des jeunes aux études collégiales avec la démocratisation de l\u2019enseignement, dont on nous rabat les oreilles depuis quinze ans ; les élèves ont beau être nombreux dans les CEGEP, il ne faut pas conclure de là que chaque collège est une démocratie en miniature.On est encore loin du compte, car environ 40% des élèves d\u2019école secondaire ne franchissent jamais le seuil d\u2019un CEGEP, et cela pour diverses raisons que les orienteurs de métier pourraient fournir.N\u2019empêche que les jeunes et leurs parents participent de façon plus concrète qu\u2019avant à la chose scolaire ; maîtres et parents s\u2019intéressent aussi davantage aux programmes de cours, au carnet scolaire, au dossier cumulatif, à l\u2019évaluation continue, aux méthodes d'enseignement, au travail personnel et à l\u2019activité des jeunes sur les campus.Il existe un mouvement de confiance et de coopération.A l\u2019instar de l\u2019enseignement primaire et de l\u2019enseignement secondaire, l\u2019enseignement collégial est intégré au secteur pu-blc de l\u2019éducation.Bien plus, il est intégré au milieu urbain ou régional ou rural ; il essaie du moins de connaître les besoins et les ressources de la localité ou de la région, il cherche à y répondre et à les utiliser au mieux dans l\u2019intérêt de la population environnante.Il faut compter avec le temps et sur le temps pour arriver à une complète intégraf'on au milieu, en somme, pour insuffler une âme, un esprit, une vocation à chaque collège.Ce qu\u2019il y a de sûr pour le moment, c\u2019est qu\u2019on a réussi en peu d\u2019années, grâce au développement rapide de l\u2019enseignement technique de niveau collégial, à améliorer sensiblement la formation des travailleurs techniques.Ce qui me paraît évident aussi, c\u2019est que les étudiants, sans toujours aimer outre mesure l\u2019atmosohère ou l\u2019ambiance de leur CEGEP respectif, se sentent cependant solidaires les uns des autres et intégrés principalement au niveau des snorts, des loishs, des activités culturelles et sociales ; ils ont beau suivre des cours communs et participer à un brassage du cours général et du cours professionnel, il ne saurait être question pour eux de se mêler au point de perdre leur identité propre ; à l\u2019instar des Arabes de la diaspora qui conservent toujours un peu de terre natale à leurs souliers, les étudiants n\u2019ont garde d\u2019oublier le SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 827 milieu d\u2019où ils viennent; on peut même affirmer avec certitude que la plupart d\u2019entre eux se sentent quelque peu égarés ou perdus, isolés ou solitaires, comme les foules anonymes des grandes villes.D\u2019ailleurs plusieurs CEGEP ne sont-ils pas déjà, les uns, de gros villages, les autres de petites villes au point de vue démographique ?Aussi 1 intégration des étudiants des CEGEP à leur milieu scolaire est-elle, pour me servir d\u2019un euphémisme, en voie de développement.Pour ma part, je crains quelle ne le soit encore pour longtemps.L\u2019introduction d\u2019un riche éventail de techniques n\u2019est pas la moindre réalisation de l\u2019enseignement collégial, Il m est arrivé en effet d\u2019en compter, sauf erreur, jusqu\u2019à 45, réparties de la façon suivante : 29 techniques biologiques et physiques, 7 techniques administratives, 5 techniques humaines, 4 arts appliqués ; l\u2019éventail des options est aussi considérable que celui des programmes de cours.Je me demande cependant s il n\u2019est pas un peu trop vaste en quelques CEGEP, où les étudiants, en suivant la pédagogie du choix et la pédagogie de l\u2019intérêt, toutes deux chères aux auteurs du Rapport Parent, m\u2019ont nettement donné l\u2019impression de circuler comme dans un super-marché parallèle à la Steinberg.Les cours y sont si nombreux et les options si multiples qu\u2019il semble y en avoir assez pour satisfaire tous les goûts d\u2019une clientèle hétérogène et nombreuse.Plus qu\u2019il n\u2019en faut en tout cas pour ajouter un chapitre aux supplices de Tantale.Il est heureux cependant qu\u2019on ait introduit de nombreuses techniques et qu\u2019on inide les jeunes au travail de l\u2019apprentissage, comme il est agréable de constater à Trois-Rivières, par exemple, la création de nouvelles or'entations, qu\u2019il s\u2019agisse de diététique, d\u2019hygiène dentaire, ou de travaux pratiques pour les ensembliers et les peintres décorateurs d\u2019appartements.Il va sans dire qu\u2019on dut aussi élargir l\u2019éventail des cours complémentaires en raison de l\u2019augmentation de la populadon étudiante.Cela a eu pour effet de hausser le niveau des études techniques et de répondre aux besoins de la société en cadres, en techniciens, en travailleurs.Ajoutons que la création de CEGEP régionaux, en seotembre 1971, a eu pour heureuse conséquence de polariser l\u2019activité de la région ; le CEGEP y 828 L'ACTION NATIONALE est devenu en peu de temps un milieu bouillonnant d\u2019activité : cinéma, conférence, exposition, sport, théâtre ; en raison de ses rapports constants avec les coopératives, les hôpitaux, les industries, les journaux, les imprimeries et les maisons de commerce et d\u2019enseignement, il a tôt fait de devenir le point de railliement et de rencontre, de discussions et d\u2019échanges de vues.Il faut voir un CEGEP en pleine activité pour pouvoir en juger l\u2019efficacité et le prolongement dans le milieu.L\u2019animation et le pluralisme se voient aussi bien dans les méthodes d\u2019approche et d\u2019enseignements diversifiés que dans les programmes de cours et les options multiples ; on le constate également dans un ensemble d\u2019activités typiques, car dans un CEGEP on apprend en faisant ; apprendre et faire y sont presque synonymes.Ainsi on s\u2019initie aux media d\u2019apprentissage, aux techniques nouvelles.Sans compter que l\u2019enseignement y est de plus en plus orienté vers l\u2019individualisation ou le respect des différences individuelles.Et l\u2019étude des techniques y joue un rôle primordial.De sorte que le cours magistral dans un amphithéâtre tend de plus en plus à disparaître ; en thèse générale, les maîtres et les étudiants préfèrent les classes de 25 ou de 30, le travail en équipe, en petits groupes, en atelier ou en laboratoire ; les uns et les autres se sentent comme perdus dans de grands bâtiments, recherchent le contact et l\u2019échange.D\u2019autant plus qu\u2019ils se sentent un peu partout à l\u2019étroit en raison du trop grand nombre d\u2019étudiants sur le campus et du manque d\u2019espace vital.Le renouveau pédagogique est à l\u2019honneur dans les CEGEP.Ils y participent en prenant des initiatives, par exemple, dans le domaine de l\u2019enseignement audio-visuel, de la télévision par câble ; ils multiplient les rencontres, les journées pédagogiques, les réunions syndicales, les échanges entre professeurs de différentes disciplines.Il est évident que la pédagogie des Collèges se cherche encore.Les maîtres, dont la moyenne d\u2019âge est de 30 ans, ne se considèrent pas seulement comme des dispensateurs du savoir ; ils veulent être aussi des éclaireurs, des guides auprès des étudiants en apprentissage.Ils créent de nouveaux services, de nouvelles orientations ; ils se livrent à de nouvelles expérimentations.Ils aimeraient être SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 829 plus souvent consultés dans lia mise à jour annuelle des Cahiers de Venseignement collégial.Ils sont très lucides et très critiques ; ils poussent même assez loin l\u2019auto-critique, ce qui les garde de la routine et de l\u2019enlisement.Encore relativement jeunes eux-mêmes, ils sont unanimes à vouloir accorder un plus grand rôle aux étudiants ; ils les écoutent peut-être un peu trop au plan pédagogique, faute de se rappeler que les étudiants sont de passage dans l\u2019institution tandis que les enseignants sont destinés à y demeurer longtemps.Quoiqu\u2019il en soit, grâce à leur souplesse et à leur esprit de camaraderie et de collaboration avec les étudiants, ils ont réussi à amenuiser les objets de contestation, lesquels sont même en voie de disparition, au grand dam d\u2019une poignée d\u2019agitateurs de métier.Iis ont même fait admettre aux étudiants une conception plus saine de la consultation.Les enseignants des CEGEP, conscients d\u2019œuvrer en de nouvelles institutions, ne se contentent pas de créer et d\u2019ajuster une nouvelle pédagogie à l\u2019image de leur milieu respectif, car extrême est la variation d\u2019un CEGEP à l\u2019autre ; le rôle du CEGEP varie énormément d\u2019un endroit à l\u2019autre selon le bassin de population, les besoins et les ressources du milieu.Or personne ne se rend mieux compte de cette disparité que les professeurs eux-mêmes.Aussi voient-ils un déséquilibre entre l\u2019autorité du collège et les moyens dont il dispose.Au plan pédagogique, il est presque autonome, dans la mesure où il suit les directives de la direction générale de l\u2019enseignement collégial.Mais celles-ci sont trop centrées sur un modèle abstrait, moyen, unique, beaucoup trop rigide de 2 ans ou de 3 ans d\u2019études.Au plan pédagogique, le CEGEP reçoit aussi des directives méthodologiques à la fois nombreuses et précises de la DIGEC, mais peu ou point de directives précises et valables quant au contenu des programmes et aux objectifs de l\u2019enseignement des disciplines.En grande partie autonome au point de vue pédagogique, il ne l\u2019est pratiquement pas au point de vue financier.De là la nécessité de rétablir un certain équilibre entre l\u2019autonomie et la responsabilité des CEGEP.Au chapitre des aspects positifs et des réalisations récentes, on peut inscrire les faits suivants : la création, du moins 830 L\u2019ACTION NATIONALE en plusieurs villes, du service régional des admissions ; l\u2019accès d\u2019une foule de jeunes à l\u2019enseignement pré-universitaire et, éventuellement, à l\u2019enseignement supérieur ; l\u2019organisation de nombreux cours du soir aux adultes ; le développement de l\u2019éducation permanente de niveau collégial ; l\u2019amélioration sensible de l\u2019enseignement des sciences de base au cours professionnel ; l\u2019enrichissement et l\u2019amélioration des équipements de laboratoire ; les progrès réalisés dans l\u2019orientation des élèves passant d\u2019une concentration à une autre, bien que la liberté de choix par l\u2019étudiant soit considérablement réduite dans son champ de concentration.Ainsi le futur médecin, inscrit aux cours de formation générale, est aussi spécialisé que l\u2019étudiant du cours professionnel ; de même, le futur étudiant de sciences pures et appliquées, inscrit aux cours de formation générale, est presque aussi spécialisé que l\u2019étudiant du cours professionnel.Point n\u2019est besoin d\u2019insister sur tous les points que je viens d\u2019énumérer.Considérons seulement le cas des adultes inscrits aux cours réguliers ; ils n\u2019ont aucun droit d\u2019inscription à payer.D\u2019autre part, les cours du soir, suivis presque exclusivement par des adultes, ne sont pas gratuits.Us attirent des foules de plus en plus considérables.Les gens qui les fréquentent assidûment \u2014 commis de bureau, secrétaires, assureurs, agents syndicaux, directeurs de banque, fonctionnaires et alii \u2014 sont si rompus à la soumission qu\u2019ils paraissent contents de l\u2019enseignement qu\u2019on leur donne.Or, il n\u2019en est rien : les cours du soir aux adultes ne sont guère un succès, en partie parce que les professeurs ne font que répéter le soir aux adultes les cours qu\u2019ils ont faits le jour aux jeunes, en partie parce qu\u2019on manque de professeurs chevronnés ou expérimentés dans les CEGEP pour faire des classes ou des cours à des étudiants plus âgés, selon des méthodes appropriées, en partie enfin parce que le soir trop de jeunes se mêlent aux adultes, ce qui forme un auditoire pour le moins difficile à instruire.Gardons-nous bien de confondre les cours du soir aux adultes, c\u2019est-à-dire les cours d\u2019éducation populaire, avec l\u2019éducation permanente proprement dite.Celle-ci est déjà dans nos mœurs et même florissante au niveau universitaire.Ainsi, à SUCCES OU FAILLITE DES CEGEP 831 l\u2019Université de Montréal, des milliers de diplômés d\u2019université, âgés de 35 à 50 ans, suivent des cours réguliers de faculté, désireux qu\u2019ils sont de se recycler chacun dans sa discipline respective.En fait, l\u2019éducation permanente est une idée chère à i\u2019UNESCO aussi bien qu\u2019au Rapport Parent.Ce dernier insiste même beaucoup sur le sujet.Voici, entre autres, quelques phrases clés de l\u2019article 278 : « L'institut aura un rôle primordial à jouer dans 1 enseignement permanent.On constate qu\u2019un nombre grandissant de personnes reviennent aux études post-secondaires, soit en vue d\u2019une meilleure formation générale, soit pour recevoir un entraînement professionnel.On le voit, par exemple, à la clientèle que recrutent aisément universités et collèges à leur cours de baccalauréat pour adultes .il est désirable que chaque établissement soit chargé de l\u2019enseignement aux adultes pour son niveau.Il entrera donc dans les tâches de l\u2019institut d\u2019organiser des cours du soir, professionnels ou généraux, à l'intention de tous ceux qui n\u2019ont pu poursuivre leurs études jusqu\u2019à la 13e année.On devra, à cette fin, songer à utiliser en particulier la radio ou la télévision de la région, pour permettre au plus grand nombre de personnes de bénéficier de cet enseignement.En outre, nous avons recommandé au chapitre V qu\u2019à l'instar de certains pays européens, on étudie avec les employeurs et les syndicats ouvriers la possibilité de faire donner aux jeunes de moins de 18 ans une scolarité partielle, soit de jour, soit du soir : ce sera donc aussi la responsabilité de l\u2019institut d\u2019assurer l\u2019enseignement à temps partiel à ces jeunes adultes déjà au travail.Enfin, l'éducation populaire dans son sens le plus large devra entrer dans les préoccupations de tout institut : celui-ci sera, dans la plupart des régions où il s\u2019établira, le symbole le plus élevé du savoir et de la culture.Il se devra de rayonner dans son milieu, de contribuer, par la collaboration avec d\u2019autres mouvements, à toute initiative éducative et de prêter son concours à toute culture populaire.» Les CEGEP ont accepté leur entière et pleine responsabilité quant aux cours d\u2019éducation populaire et aux cours d\u2019éducation permanente.Ils sont restés fidèles au Rapport Parent à cet égard.L\u2019article 278, loin de le biaiser ou de l\u2019esquiver pour une raison ou pour une autre, ils y ont donné suite avec détermination et succès, relevant ainsi un défi de taille. 832 L\u2019ACTION NATIONALE Il est un aspect positif des CEGEP que je n\u2019ai pas encore mentionné et que j\u2019ai gardé pour la fin, bien qu\u2019il soit à mon avis le plus important de tous, je veux dire : le type d\u2019homme nouveau que les administrateurs et les enseignants des CEGEP sont en train de forger.Toutes les réalisations des CEGEP que je viens de relever et qui sont forcément incomplètes ne valent pas grand-chose si elles ne contribuent pas d\u2019une façon ou de l\u2019autre à créer un type d'homme nouveau de qualité.Il ne faut jamais perdre de vue l\u2019homme : il est le produit du potier qu\u2019est l\u2019enseignant-éducateur.Les organigrammes et les structures les mieux agencés, les programmes de cours les mieux équilibrés et répartis, les bibliothèques les plus richement garnies, les laboratoires les plus adéquatement équipés, les gymnases et les piscines, les ateliers, les amphithéâtres et les salles de concerts ou de spectacles les plus confortables ou les plus luxueux, tout cela doit être considéré en fonction de l\u2019homme à éduquer et en vue de lui assurer la meilleure formation possible ; on ne doit pas limiter les efforts à la construction de bâtiments, si indispensables soient-ils ; il faut aussi bâtir en hommes.En d\u2019autres termes, peut-on commencer à voir un type d\u2019homme nouveau émerger des CEGEP ?Sans doute manque-t-on de recul pour l\u2019étudier sur une longue période de temps puisque les premiers CEGEP remontent à septembre 1967.Pour ma part, je ne connais guère de diplômés d\u2019études collégiales en formation professionnelle.En revanche, depuis cinq ans, je cause tous les jours à l\u2019université avec des diplômés d\u2019études collégiales en formation générale.Bien que mon expérience soit limitée, voici quelques traits que je reconnais à ces derniers, qui portent déjà l\u2019empreinte de l\u2019école secondaire polyvalente et du CEGEP polyvalent.En thèse générale, ils ne tiennent pas à étudier et à se développer pour eux-mêmes mais plutôt pour améliorer leur milieu ; un milieu qu\u2019ils n\u2019aiment guère et qu\u2019ils voudraient tout autre ; moins esclave de la loi de l\u2019intérêt et du profit.Us ne veulent pas du tout se former seulement en vue d\u2019être mis sur le marché du travail.Lisez les journaux socio-culturels de leurs Collèges, vous constaterez qu\u2019ils ont soif d\u2019idéal et de perfection ; ils ont le sens des valeurs collectives.Ils sont assez lucides pour voir que l\u2019optimisme d\u2019après guerre est SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 833 périmé, comme ils ont tôt fait de se rendre compte, à leur entrée à l\u2019université, qu\u2019ils sont déjà beaucoup trop spécialisés et qu\u2019ils manquent d\u2019ouverture d\u2019esprit.Leur franchise ne me déplaît pas du tout.Bien au contraire, je l\u2019admire.Quant à leur impatience ou à leur intolérance, je la trouve égale à leur esprit revendicatif et syndicaliste.Conscients de leur nombre et de leur puissance, familiers avec les rapports de force, de dominant et de dominé, qu\u2019ils ont vus à l\u2019œuvre dans les CEGEP où trop d\u2019enseignants brûlent de devenir administrateurs et où l\u2019on peut compter jusqu\u2019à quatre syndicats en pleine activité : le syndicat des professeurs, le syndicat des professionnels, le syndicat du personnel de soutien, puis le groupe des administrateurs et des cadres ; tiraillés aussi qu\u2019ils sont par toutes sortes d\u2019idéologies morales, politiques et religieuses, ils se cherchent, car ils sont quelque peu perdus à l\u2019université, comme ils l\u2019étaient à l\u2019école secondaire polyvalente et au CEGEP polyvalent.Incertains, très inquiets même, ils sont à la recherche d\u2019une philosophie de la vie et d\u2019une échelle de valeurs ; bon nombre d\u2019entre eux sont beaucoup plus vieux de cœur et d\u2019esprit qu\u2019ils ne le paraissent, bon nombre d\u2019entre eux sont même beaucoup plus vieux que leurs professeurs.Fait singulier, ils manquent très souvent de résistance physique.Quant à leur sens de l\u2019effort et du travail, de la persévérance et de la ténacité, il ne saute pas encore aux yeux des professeurs d\u2019université.Ce qui resterait à faire Qu\u2019il reste encore énormément à faire au CEGEP est l\u2019évidence même.Les administrateurs et les enseignants le savent encore mieux que les nombreux auteurs d\u2019articles critiques auxquels ils ne peuvent, faute d\u2019énergie et de temps, répondre comme il conviendrait.C\u2019est que le travail en éducation n\u2019est jamais fini ; le perfectionnement intellectuel et moral de l\u2019homme est inépuisable ; il n\u2019a pas de limite ; il n\u2019est jamais terminé.Et c\u2019est le plus beau titre de gloire de l\u2019homme d\u2019avoir soif de perfection et d\u2019infini.La production de certains articles de consommation peut être saturé ; le marché du travail peut être saturé en telle ou telle sphère d\u2019activité humaine ; les richesses naturelles ne sont pas toutes inépuisables ; le 834 L\u2019ACTION NATIONALE pouvoir d\u2019achat est loin d\u2019être illimité ou incommensurable ; le progrès matériel est loin d\u2019être indéfini.Nous ne le savons que trop.Mais la culture générale ou la formation générale des qualités de l\u2019esprit, l'information, l\u2019instruction, l\u2019éducation, le savoir, la poursuite du travail intellectuel et le perfectionnement moral, tout cela est inépuisable, toujours perfectible.Tous les niveaux de l\u2019enseignement sont donc perfectibles, de l'école primaire à l\u2019université inclusivement.Et ils le seront toujours.Que reste-t-il à faire au CEGEP ?Beaucoup sans doute.D\u2019autant plus qu\u2019ils viennent à peine de naître.Soyons pratiques et réalistes.Que peuvent-ils réaliser d\u2019ici 1984, au corns des dix prochaines années ?Voici quelques suggestions pratiques, parfaitement réalisables au cours de la prochaine décennie ; elles m\u2019ont été inspirées par mes visites dans les CEGEP.C\u2019est un choix de points chauds, que je me propose de passer en revue en me plaçant aux points de vue suivants : 1\t\u2014 Au plan des bâtiments et des effectifs scolaires ; 2\t\u2014 au plan de la direction et de l\u2019atmosphère des CEGEP ; 3\u2014au plan des programmes d\u2019études, des objectifs et de la coordination provinciale de l\u2019enseignement des disciplines ; 4\t\u2014 au plan des professeurs et des étudiants ; 5\t\u2014 au plan de l\u2019école secondaire, d\u2019où viennent les étudiants des CEGEP ; 6\t\u2014 au plan du marché du travail et de l\u2019université où vont les diplômés des CEGEP.Bon nombre de CEGEP \u2014 pas tous, bien sûr \u2014, comme ceux de Limoilou, de Sainte-Foy, d\u2019Ahunstic, de Dawson et du Vieux-Montréal, ne sont pas faits à l\u2019échelle humaine.Ce sont, comme nombre d\u2019écoles secondaires polyvalentes, des monstres à plusieurs mille têtes ; on dirait des super-marchés parallèles, comme les mass media forment une école parallèle.Cette tendance déplorable au gigantisme dans les CEGEP n\u2019est guère favorable à la formation et à l\u2019éducation d\u2019adolescents.Il faudrait donc les ramener à des proportions humaines et, au lieu de contenir 3500, 4500, voire 6000 ou 7000 étudiants, SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 835 ils ne devraient guère dépasser 3000 au maximum sur le même campus ; on pourrait pratiquer certaines divisions ici et là.Autrement, ce sont des pépinières d\u2019endoctrinement, et non des centres de culture et de formation.Les étudiants des CEGEP, quelque peu dépaysés dans de vastes ensembles, se sentent aussi perdus dans les amphithéâtres, qui tendent à disparaître des campus, bien que le cours magistral reste toujours formateur et utile, compte tenu du professeur qui le fait, de la discipline enseignée et de la maturité des auditeurs .Mieux vaut avoir des ateliers, des classes, des laboratoires, des salles de dimension humaine.Je sais bien qu\u2019on peut encore voir des classes de 60 ou 65 étudiants, voire de 120 ou 160, mais elles tendent à disparaître, l\u2019idéal étant 25 ou 30 par classe au maximum, ce qui est excellent pour la formation de l\u2019esprit, du caractère et de la volonté.Cela est d\u2019autant plus nécessaire que les étudiants recherchent des échanges et des rapports avec leurs professeurs ; ils ne les tiennent pas seulement pour des enseignants mais aussi pour des guides.On doit se garder de les décevoir.Pour cela, il faut se méfier du gigantisme, ramener les trop grands CEGEP et les classes trop populeuses à des proportions humaines.C\u2019est toujours un malheur d\u2019oublier l\u2019homme, de le perdre de vue.D\u2019autre part, si l\u2019on veut que les CEGEP ne déçoivent pas l\u2019attente de la population et que la démocratisation de renseignement ne soit pas qu\u2019un vain mot, il faut à tout prix réduire le nombre des élèves qui ne franchissent jamais le seuil d\u2019un CEGEP.Sans doute se trouve-t-il beaucoup d\u2019inaptes parmi les 40% qui ne font point d\u2019études postsecondaires.C\u2019est par un travail assidu d\u2019information, d\u2019orientation et de persuasion qu\u2019on pourra arriver à rendre les CEGEP accessibles à un plus grand nombre de jeunes.Parents et professeurs, administrateurs et orienteurs devraient, je crois, en Secondaire V tout au moins, peut-être même en Secondaire IV, se pencher sur ce problème très urgent de la prolongation de la scolarisation.\u2014 2 \u2014 Quant à l\u2019atmosphère actuelle des CEGEP, elle n\u2019est pas, dans l\u2019ensemble, tout à fait propice au travail intellectuel en 836 L'ACTION NATIONALE profondeur.Bien que la contestation y soit aujourd\u2019hui en perte de vitesse par suite de l\u2019amélioration sensible des con-didons de vie sur les campus, au grand dam des mass media qui ratent ainsi de belles occasions de faire un tapage bien orchestré autour du moindre désordre, les étudiants y sont cependant beaucoup trop nombreux et manquent d\u2019espace vital.Les bibliothèques sont pleines à craquer.Que d\u2019étudiants se réfugient dans les salles de cours ou à l\u2019extrémité de longs corridors silencieux pour pouvoir étudier ! Et puis un peu partout des construcdons de vastes bâtiments sont en cours.La vie en plusieurs CEGEP ressemble à une chasse au renard.Dans les 20 institutions que j\u2019ai visitées, ce qui m\u2019a aussi frappé, outre le va-et-vient continu, c\u2019est le débraillé de la tenue et des manières, du moins d\u2019un fort pourcentage d\u2019entre eux, disons, d\u2019une importante minorité.Pas de tous, loin de là, par bonheur.Le désordre, le laisser-aller, le négligé, dans l\u2019air, la tenue et les manières, tout cela ne peut manquer de frapper le visiteur impartial.Un peu partout, c\u2019est la mise débraillée, c\u2019est le genre débraillé qui règne.Qu\u2019il entre là-dedans une bonne dose d\u2019audace, d\u2019épate, voire de snobisme, je le sais mieux que tout autre.Je sais aussi de certitude que les étudiants des CEGEP, si jamais il s\u2019en trouve pour me lire, vont se moquer royalement de mes remarques sur leur débraillé et m\u2019envoyer promener à la balançoire comme une vieille barbe.Mais, puisque la liberté existe pour tout le monde, et pas seulement pour eux, je ne voudrais pas du tout qu\u2019ils prennent mon silence pour un signe d\u2019approbation de leur débraillé.Je le trouve détestable ; il n\u2019est pas encore né celui qui me fera dire le contraire.Ne pourraient-ils pas mettre l\u2019auto-discipline et le respect des autres au rang de l\u2019auto-évaluation qui leur est si chère ?En tout cas, je parle de ce que j\u2019ai vu et je dois avouer que l\u2019impression première est assez décevante ; on dirait que la rue a envahi les CEGEP.À voir bon nombre d\u2019étudiants, je ne dis pas tous, agir dans les corridors, les cafétérias, les salles communes, les bibliothèques, à les écouter parler aussi, c\u2019est à se demander si l\u2019on est véritablement dans une maison de formation générale et de formation professionnelle.Mais SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 837 ça fait chic, paraît-il, d\u2019être débraillé dans sa tenue et ses manières, comme de mal parler, à tel point Je nivellement par le bas est contagieux et la bêtise humaine est profonde.La direction \u2014 il faut toujours s\u2019en prendre à la tête \u2014 est en grande partie responsable de cette atmosphère débraillée.Hélas ! certains directeurs de CEGEP, sous le fallacieux prétexte de se rendre populaires aussi bien auprès des élèves que des professeurs, prennent plaisir, semble-t-il, à maintenir un climat tendu de rapports de force, de revendications syndicales, d\u2019idéologies philosophiques et politiques.Ajoutons que bon nombre d\u2019enseignants considèrent leur beau métier d\u2019homme uniquement comme un job, un gagne-pain, voire un tremplin, et non pas aussi comme un apostolat, une mission, une vocation.Un professeur, vraiment digne de ce nom, ne devrait-il pas être aussi un éducateur ?Les jeunes, quelque peu bouleversés et déboussolés par le tempo de la vie contemporaine, ne comptent-ils pas sur eux pour avoir des directives et se sentir davantage en sécurité ?Ce qu\u2019il y a de sûr, c\u2019est qu\u2019ils méprisent, au fond, tous ceux qui leur font la cour, se montrent peu exigeants, manquent d\u2019autorité et de fermeté, d\u2019ordre et de discipline.En bref, les CEGEP ont encore énormément à faire pour devenir des maisons d\u2019étude et de réflexion, de vie intérieure et de travail intellectuel ; ce qu\u2019ils seront, quand l\u2019extérieur aura cessé d\u2019envahir l\u2019intérieur.La coordination provinciale de l\u2019enseignement des matières de base comme le français et la philosophie est encore bien loin d\u2019être un fait accompli.Cela n\u2019est guère surprenant.Le réseau des CEGEP est bigarré et complexe ; il paraît beaucoup plus unifié sur une carte qu\u2019il ne l\u2019est en réalité ; il est réparti aux quatre vents d\u2019un immense territoire.Si les moyens de transport sont devenus relativement faciles, ils sont cependant à la fois coûteux et fatigants ; les réunions de professeurs, au plan provincial, demandent de l\u2019argent, de l\u2019énergie et du temps, ce qui fait souvent défaut ; elles sont plus faciles à tenir au niveau local ou régional.Elles sont absolument indispensables.Sans quoi, chacun fait à sa tête, comme bon lui semble, sans programme précis et sans objectifs précis. 838 L\u2019ACTION NATIONALE La coopération provinciale de l\u2019enseignement de la philosophie est tout à fait inexistante, polluée quelle est par la division et la mésentente qui régnent chez les professeurs de philosophie.D autre part, la coopération provinciale de l\u2019enseignement du français est une réussite partielle; les professeurs de français se réunissent souvent et se concertent sur le contenu des programmes d\u2019études mais ne s\u2019entendent pas encore sur les objectifs à poursuivre dans l\u2019enseignement du français.Les professeurs de français et de philosophie ont tout intérêt à tomber d\u2019accord le plus tôt possible, car leur tiraillement n est pas sans influer sur la bonne marche, le comportement et la formation des étudiants.Par bonheur, il ne se fait point de véritable enseignement de la philosophie dans les CEGEP ; plus exactement on ne l\u2019enseigne pas comme dans les universités.Il serait intellectuellement et pratiquement impossible de le faire puisque les professeurs de CEGEP doivent s\u2019adresser en chaque institution à des centaines, voire à des milliers d\u2019étudiants ; la philosophie y est une matière de base obligatoire.Ce qu\u2019ils enseignent, c\u2019est une initiation à la réflexion philosophique à partir de faits divers, de courants d\u2019actualité ; ils abordent aussi des thèmes majeurs, les textes de quelques auteurs, l\u2019évolution de la pensée.L\u2019enseignement varie donc d\u2019une institution à l\u2019autre.Et il ne peut en être autrement dans l\u2019état actuel des choses.Cependant, on a souvent reproché aux collèges classiques d\u2019enseigner jadis obligatoirement le grec, le latin et la philosophie à tous les élèves sans distinction.C\u2019était, paraît-il, une erreur pédagogique.On commet, à mon avis, une erreur identique en enseignant obligatoirement la philosophie à tous les étudiants des CEGEP ; la plupart d\u2019entre eux ne mordent pas plus à la philosophie que leurs devanciers ne mordaient jadis au grec, au latin et à la philosophie dans les collèges classiques.En tout cas, on ne saurait prendre de meilleure méthode pour dégoûter à jamais les étudiants de J a philosophie et des professeurs qui l\u2019enseignent.Que pourrait-on faire pour améliorer la situation et limiter les dégâts ?Voici quelques suggestions à cet égard : 1) circonscrire ou limiter l\u2019enseignement de la philosophie aux SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 839 étudiants du cours d\u2019enseignement général qui se destinent à l\u2019université ; 2) enseigner aux étudiants des cours d\u2019enseignement professionnel des éléments de morale professionnelle, de dynamique de groupe, de psychologie sociale ; 3) initier les étudiants du cours collégial 1 et II à la pensée philosophique et à l\u2019évolution de cette pensée, les rendre conscients de ce développement, de la Grèce à nos jours, soit à l\u2019aide de quelques thèmes majeurs ou de quelques textes de base.Le grand public a beaucoup entendu parler aussi de l\u2019enseignement du français dans les CEGEP.On y fait aujourd\u2019hui des cours de linguistique, de grammaire historique, de phonétique, de littérature, d\u2019histoire littéraire, d\u2019analyse et d\u2019explication de textes, de composition, voire de création littéraire.A mon avis, il faudrait procéder ici comme pour l\u2019enseignement de la philosophie ou pour ce qui en tient lieu, ne pas dispenser le même enseignement de français à tous les élèves des CEGEP sans distinction.Il faudrait, je crois, répartir les étudiants en deux groupes : ceux qui ont opté pour le cours professionnel de trois ans et ceux qui ont opté pour le cours général de deux ans.Aux élèves du cours d\u2019enseignement professionnel, il conviendrait de faire des leçons de français courant et pratique, des leçons concrètes de grammaire normative, d\u2019analyse, de lecture expressive, de vocabulaire courant et de phrases usuelles ; les travaux pratiques pourraient comporter la rédaction de lettres, de rapports, de précis, de résumés, d\u2019exposés, d\u2019avis, de procès-verbaux, d'ordres du jour, de descriptions, de portraits, de narrations.De grâce qu\u2019on ne fasse pas de cours de linguistique proprement dite à ce groupe d\u2019étudiants.Aux élèves du cours d\u2019enseignement général, il conviendrait de dispenser, outre une bonne partie de ce qui précède, des éléments de linguistique et une vue panoramique de la littérature française, avec la lecture de textes appropriés, une initiation aux principaux genres littéraires ; il y aurait lieu aussi d\u2019étudier quelques textes de haute qualité, sans limiter ceux-ci au Québec.Quant aux travaux pratiques, ils pourraient comprendre des analyses littéraires, des dissertations, des essais. 840 L'ACTION NATIONALE Seuls quelques élèves bien doués, triés sur le volet, pourraient se livrer à la création littéraire, pour me servir d\u2019une expression prétentieuse à la mode ; le snobisme étant contagieux, on parle même de créativité.Soyons plus simples et enseignons 1 art de la composition, lequel est en voie de disparition ; faisons découvrir aux élèves l\u2019émotion créatrice qui naît de 1 expérience intime, personnelle, de la puissance des mors ; nous pensons avec et par l\u2019entremise de mots ; si un député ne peut se servir de mots, il ne peut pas penser.Mais quel français ?Le français international.Rien d\u2019autre.Et tout professeur est professeur de français.Laissons aux étudiants d\u2019université la tâche de préparer et de composer des travaux longs, des essais d\u2019envergure, de 30 ou de 40 pages.Au niveau collégial, qui est celui de l\u2019apprentissage, demandons plutôt des travaux courts, mais fréquents, bien faits, finis ; personnels, solidement charpentés, des essais de qualité, remarquables par le plan, la réflexion et la correction.Ce qui forme le plus, c\u2019est l\u2019écrit ; il n\u2019est rien de tel pour développer l\u2019intelligence et la réflexion, tremper le caractère et la volonté.Si tant d\u2019élèves le détestent au plus haut point, c\u2019est qu\u2019il demande beaucoup d\u2019effort d\u2019attention et de concentration.Autant dire que les élèves en ont un grand besoin.Que l\u2019enseignement de l\u2019histoire et de la géographie \u2014 on devrait unir ces deux disciplines dans l\u2019enseignement au niveau secondaire et au niveau collégial \u2014 ne soit pas obligatoire pour tous les élèves des écoles secondaires et des CEGEP, c\u2019est pour moi une aberration monumentale de la part de la direction générale de l\u2019enseignement secondaire et de l\u2019enseignement collégial.Quelle erreur lamentable ! Mais c\u2019est de la folie pure de concentrer l\u2019étude de l\u2019histoire en un an sur cinq à l\u2019école secondaire; c\u2019est aussi de la folie pure de n\u2019en pas faire une matière de base au CEGEP, comme à l\u2019école secondaire ; c\u2019est enfin de la folie pure de concentrer l\u2019étude de la géographie en un an sur cinq à l\u2019école secondaire.Le ministère de l\u2019Education, en procédant ainsi, est en train de préparer une génération de déracinés, de techniciens sans âme, sans racines, sans passé, sans histoire et géographie, sans héritage, SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 841 sans culture, sans tradition, sans connaissance autre que celle de techniques.Ne devrait-on pas plutôt leur enseigner l\u2019histoire générale des civilisations et l\u2019histoire générale des techniques ?Comment les diplômés des CEGEP peuvent-ils prétendre avoir une formation générale et une formation professionnelle sans une connaissance de l\u2019histoire ?Sans une connaissance de la géographie physique et humaine ?\u2014 4 \u2014 Les rapports entre professeurs et étudiants gagneraient à être mieux accordés dans les CEGEP.Ces institutions auraient tôt fait d\u2019enregistrer un progrès sensible, si les maîtres voulaient bien seulement prendre les élèves tels qu\u2019ils sont à leur entrée au CEGEP, les hausser peu à peu à leur niveau et les développer le plus possible, au lieu de blâmer, comme ils le font trop souvent, l\u2019école secondaire de ne pas leur avoir appris ceci ou cela, au lieu aussi de répéter mot à mot, comme ils le font trop souvent, les cours de langues ou de linguistique, de littérature ou de philosophie, de mathématiques ou de sciences qu\u2019ils ont suivis à l\u2019université.Les professeurs ne doivent pas craindre de descendre de leur piédestal, de baisser le ton au début de l\u2019année scolaire, puis de le hausser peu à peu en cours de session et de servir même au besoin bouchée double à mesure que l\u2019année avance.Les professeurs de CEGEP sont dans une position délicate et difficile.Us se doivent d\u2019accueillir les élèves de Secondaire V, de préparer de futurs étudiants pour les universités et de former de futurs techniciens pour le marché du travail.Ils dispensent l\u2019enseignement intermédiaire entre l\u2019école secondaire et l\u2019université.Conscients de la position clef qu\u2019ils occupent et des nombreuses critiques, plus ou moins justes, qu\u2019on leur adresse de tous côtés, ils prennent peu à peu la mesure de leur taille et de leur force numérique, de leur rôle et de leur responsabilité.La plupart d\u2019entre eux, encore relativement jeunes, débordent d\u2019enthousiasme et d\u2019initiative.Ils ont l\u2019esprit ouvert, critique, plein de plans et de projets.Us ont le sentiment, cependant, d\u2019être isolés, comme coincés, faute de rapports avec l\u2019école secondaire et l\u2019université.Us ont des rapports entre 842 L'ACTION NATIONALE eux au plan professionnel, comme ils ont des rapports avec leurs étudiants au plan scolaire.Tels des pionniers, ils cherchent à se tailler une place au soleil.Ils sont tellement accaparés par leurs multiples tâches quotidiennes qu\u2019ils sont forcément enclins à vivre repliés sur eux-mêmes ; de sorte que le grand public ignore à peu près tout ce qu\u2019ils font.Or, le moment me paraît venu pour eux de fonder un journal bimensuel d\u2019information, lequel serait rédigé exclusivement par les enseignants.Je suis sûr que les parents des étudiants des CEGEP et le vaste public seraient fort intéressés à le lire ; ils seraient alors au courant de l\u2019activité, des projets et des développements des CEGEP.La fédération des CEGEP se doit de créer ce journal d\u2019information, dont le tirage ne devrait pas être inférieur à 100,000 exemplaires.Il formerait un lien, un moyen de communication des CEGEP avec les parents et le public intellectuel et populaire.Il va sans dire que l\u2019on devrait créer un comité provincial de professeurs d\u2019école secondaire, de CEGEP et d\u2019université pour éviter le chevauchement, une mauvaise planification des programmes et des cours, pour assurer un enseignement continu, gradué et progressif du français, de l\u2019histoire et de la géographie, pour accélérer le processus relatif au changement dans la grille des cours et répartir ces derniers selon un ordre logique.Des cours de troisième année pourraient être donnés en deuxième ou en première ; chaque cours devrait être précédé d\u2019une initiation préparato:re ; peut-être y aurait-il lieu de réduire la théorie et d\u2019augmenter la pratique ; de consulter davantage les employeurs et les enseignants dans l\u2019élaboration des programmes d\u2019études.Faute d\u2019orientation claire et précise, les services pédagogiques ne savent pas toujours où aller.Plus d\u2019un conseil d\u2019administration me paraît manquer d\u2019une philosophie de l\u2019éducation, d\u2019une connaissance de la psychologie de l\u2019apprentissage et d\u2019une connaissance des valeurs universelles importantes en éducation.Il ne suffit pas d\u2019acheter des recettes méthodologiques, des cassettes et des magnétophones ; reste à enseigner l\u2019art d\u2019apprendre et d\u2019apprendre à apprendre.Le Rapport Parent recommandait la création du « tuto-rat » ; on n\u2019en a pas tenu compte jusqu\u2019ici.Il serait grandement SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 843 temps de l\u2019instituer.Le « tutor », qu\u2019il soit directeur d\u2019un groupe d\u2019étudiants, chef des travaux pratiques, préparateur, répétiteur ou qu\u2019il donne des leçons particulières, individuelles, le cas échéant, il est indispensable dans une institution aussi complexe, hétérogène et polyvalente que le CEGEP.Ce n\u2019est sans doute pas une formule-miracle, une panacée pour régler tous les problèmes ; mais le rendement des étudiants serait de beaucoup supérieur s\u2019ils se sentaient dirigés, encouragés et stimulés par des « tutors ».Je connais fort bien le système pour l\u2019avoir pratiqué et vécu moi-même nombre d\u2019années.Il convient à merveille au milieu d\u2019un CEGEP.\u2014 5 \u2014 Au plan de l'école Secondaire, je persiste à croire que l\u2019enseignement de l\u2019histoire et de la géographie, comme de la langue maternelle, devrait y être obligatoire pour tous pendant cinq ans.Il s\u2019agit là de connaissances fondamentales, sans quoi il n\u2019existe aucune culture de l\u2019esprit, aucune formation générale.De plus, la connaissance, même imparfaite, du grec et du latin, doublée de celle de l\u2019histoire de la Grèce et de Rome, est la clef de la connaissance de deux civilisations dont la nôtre est née et qui ont servi de modèles à nos artistes, et h nos écrivains, à nos philosophes et à nos scientifiques, à nos institutions juridiques, politiques et sociales.D\u2019autre part, il importerait de comprimer l\u2019éventail des options, de ne pas trop se livrer au jeu capricieux de la pédagogie du choix et de la pédagogie de l\u2019intérêt, de ne pas s\u2019orienter, donc de ne pas se spécialiser trop tôt, avant d\u2019avoir des ailes et du souffle.À l\u2019école secondaire, on pratique aujourd\u2019hui l\u2019orientation de façon beaucoup trop prématurée.L\u2019éventail des options y est aussi beaucoup trop vaste.D\u2019ailleurs, on constate le même excès au CEGEP et à l\u2019université.Les options sont, en fait, des concentrations, des spécialisations ; elles rompent la cohés:on des disciplines entre elles, elles nient leur complémentarité, comme celles de l\u2019histoire et de la géographie.Ces options doivent être collectives et organisées ; autrement, elles sont individuelles et anarchiques.En d\u2019autres termes, au lieu du menu fixe, traditionnel, de 844 L'ACTION NATIONALE l\u2019enseignement, on propose tantôt un menu à la carte, tantôt un menu individuel sur mesure, selon les aptitudes et les goûts d\u2019un chacun.Mais comment une maison d\u2019enseignement, qu\u2019elle soit une école secondaire, un CEGEP ou une université, peut-elle prétendre adéquatement à un pareil éventail de demandes aussi variées ?Le but premier de l\u2019enseignement secondaire et collégial étant de former, je crois, non pas des esprits déséquilibrés, mais des talents équilibrés, il faut sans doute pousser les élèves dans les branches pour lesquelles ils ont des aptitudes et des goûts prononcés, mais sans exclure et négliger pour autant les branches où ils sont faibles et où ils révèlent par là que certaines qualités chez eux ne sont pas suffisamment développées.C\u2019est une très dangereuse illusion de croire que la meilleure préparation à la vie pour les élèves consiste à choisir leur programme d\u2019études et leur orientation ; ce qui compte aussi pour eux, ce n\u2019est pas seulement de choisir ce qu\u2019ils aiment, c\u2019est bien de choisir ce qui les arme pour la vie.Le plus important n\u2019est pas l\u2019intérêt-attrait subjectif, mais l\u2019intérêt-avantage objectif.Ce qui compte, ce n\u2019est pas seulement ce qui a de l\u2019intérêt pour le jeune homme avant et pendant ses études, c\u2019est aussi et surtout ce qui est de l\u2019intérêt du jeune homme après ses études ; au lieu de l\u2019agrément ou du plaisir anticipé, c\u2019est l\u2019efficacité accomplie ; au lieu de quelques notions de savoir, vite acquises et plus vite oubliées, ce sont plutôt les qualités et les virtualités conquises de haute lutte qui demeurent.S\u2019il est permis à chaque élève de faire ce qu\u2019il lui plaît en prenant un menu à la carte ou un menu sur mesure, il finira par faire n\u2019importe quoi, n\u2019importe où, n\u2019importe comment.On aboutit alors à la glorification du caprice personnel, de la licence individuelle, de la licence absolue dans toutes les licences.Si, à l\u2019école secondaire et au CEGEP, chaque élève peut pratiquer pendant 7 ou 8 ans le menu à la carte ou le menu sur mesure, si, en d\u2019autres termes, il fait toujours ce qui lui plaît selon ses goûts, je ne vois pas très bien pourquoi il ne continuerait pas de le faire à l\u2019université.Or, soyez rassuré, l\u2019université a tout prévu ; dans l\u2019enseignement supérieur, il SUCCÈS OU FAILLITE DES CEGEP 845 est parfaitement libre d\u2019étudier ce qui lui plaît.Si Jean-Jacques Rousseau pouvait revenir, il ne pourrait en croire ses yeux : son utopie est en voie de réalisation.\u2014 6 \u2014 Les diplômés d\u2019études collégiales en formation générale avec les mentions suivantes : 1) sciences de la santé ; 2) sciences pures et appliquées ; 3) sciences de l\u2019administration ; 4) sciences humaines ; 5) arts ; 6) lettres, entrent chaque automne dans nos universités, où ils se sentent, au premier trimestre du moins, quelque peu dépaysés ou perdus.Et pourtant ils ne devraient point l\u2019être, pour avoir déjà suivi avec succès les cours pré-requis assez spécialisés dans les CEGEP et pour être déjà assez familiers avec l\u2019organisation des départements des CEGEP.Ainsi le CEGEP de Sainte-Foy compte 13 départements: 1) Action sociale; 2) Arts; 3) Biologie; 4) Chimie; 5) Éducation physique; 6) Français; 7) Informatique; 8)Mo-dernes (langues); 9) Mathématiques; 10) Philosophie; 11) Physique ; 12) Sciences humaines ; 13) Techniques administratives, forestières, infirmières, d\u2019inhalothérapie, de laboratoire médical, radiologiques.Le même CEGEP s\u2019occupe de l\u2019éducation des adultes, possède un centre de l\u2019informatique et comporte une bonne demi-douzaine de services.Or, presque toute cette nomenclature se trouve aussi à l\u2019université.N\u2019empêche que les diplômés des CEGEP ont peine à se reconnaître en franchissant le portail de l\u2019université.Au fond, ils entrent dans un ensemble encore plus complexe et plus populeux que celui qu\u2019ils viennent de quitter.De là leur premier désarroi.Fait assez ironique et singulier, l\u2019université, qui avait exigé d\u2019eux des pré-requis spécialisés, leur fait suivre maintenant des cours inter-disciplinaires pour leur grade du 1er cycle.Que les pré-requis des universités soient trop lourds, trop élevés et mal répartis, est l\u2019évidence même ; ainsi, des mathématiques, il y en a partout ; tout le monde doit en faire : impossible d\u2019y échapper.Elles sont beaucoup plus importantes que le français.Tout de même ! On pense, on parle, on écrit, autant que je sache, avec des mots ; les mathématiques, si 846 L'ACTION NATIONALE utiles et nécessaires soient-elles en notre monde, ne forment pas encore ce qu\u2019on appelle la langue courante, orale et écrite.En bref, les pré-requis des universités manquent d\u2019équilibre et de proportion ; il y a beaucoup à faire en ce domaine pour les amener à la mesure, qui est celle de jeunes de 18 et de 19 ans.C\u2019est une formation générale qu\u2019il faut leur donner, et non une formation spécialisée avant le temps.Autant les élèves des écoles secondaires doivent retarder le plus loin possible leur orientation ou leur choix définitif, autant les étudiants des CEGEP qui se destinent à l\u2019université ne doivent pas pousser trop avant dans leur concentration ou spécialisation ; autrement ils sont dépourvus de formation générale, comme ils le sont aujourd\u2019hui, avec les conséquences que les professeurs d\u2019université constatent non sans aigreur.Notre époque se distingue autant par la confusion générale des esprits au point de vue moral et religieux que par l\u2019omniscience instantanée de l\u2019école parallèle que sont les mass media.Elle se distingue aussi par le rêve utopique de l\u2019égalité collective absolue, si chère à beaucoup de socialistes et de radicaux puérils, qui sont heureux de voir, par exemple, tous les élèves de l\u2019école primaire finir automatiquement la course en même temps.Comme si la sélection intellectuelle, fondée sur l\u2019habileté, la compétence, le talent et le travail, pouvait être rayée d\u2019un trait de plume ; comme si la liberté, le choix et la liberté du choix n\u2019étaient point des éléments naturels de division ; comme si le monde du travail ne comprenait point à la fois des ouvriers qualifiés et des ouvriers non qualifiés.Or, c\u2019est en maintenant un haut niveau de qualité et d\u2019excellence que les universités réussiront à enrayer cette vague de fond que constitue la tendance au nivellement par le bas.Il ne faudrait pas confondre le rôle de l\u2019enseignement supérieur avec celui de la Société Saint-Vincent-de-Paul.Les jeunes universités du Québec doivent se montrer aussi exigeantes que les universités plus anciennes.Il ne suffit pas de rendre notre système d\u2019enseignement plus juste en favorisant l\u2019égalité des chances d\u2019accès aux études postsecond aires et universitaires ; il faut aussi que les étudiants se tiennent à la hauteur et se montrent dignes des chances qu\u2019ils ont d\u2019étudier.Car l\u2019important n\u2019est pas d\u2019entrer à l\u2019univers-'té, mais plutôt d\u2019en sortir. SUCCES OU FAILLITE DES CEGEP 847 CONCLUSION Arrivé au terme de cet aperçu, forcément incomplet et tronqué, d\u2019une question fort complexe et discutable, je ne puis m\u2019empêcher de faire, en guise de conclusion, deux réflexions sur les techniques et sur la culture.Les techniques ne sont pas tout, si importantes, voire nécessaires, soient-elles dans une société en pleine mutation ; il existe aussi un ordre, une hiérarchie des valeurs, il existe des valeurs spirituelles.Je sais bien que le mot de nature humaine est proscrit par les marxistes progressistes et toute une psychologie sociale.Je sais bien aussi que la tendance est assez généralisée de vouloir tout mesurer et tout ramener à des chiffres, comme si les finalités et les valeurs humaines pouvaient être mises en paramètres, comme si la vie ne comportait point de variables irréductibles à toute analyse scientifique.L\u2019humanisme occidental auquel nous appartenons par nos origines et notre langue, notre foi et notre histoire, a beau s\u2019être enrichi et élargi depuis la Grèce et Rome, depuis la Renaissance et le début du XXe siècle, il exprime toujours sa foi en l\u2019homme, il croit toujours aux valeurs fondamentales de la culture et de la civilisation.Nous connaissons tous, pour l\u2019avoir entendue assez souvent, la rengaine du jour : des chiffres, des chiffres ; de grâce, pas de métaphysique.Que vaut le culte des techniques, donc de la puissance et du rendement, sans métaphysique, sans la connaissance interne de l\u2019homme, être raisonnable, social et spirituel ?Sans l\u2019amout et le cœur ?Tout en préparant les milliers de techniciens dont notre société a un urgent besom, nous ne devons jamais perdre de vue l\u2019homme et l\u2019homme complet.Nous devons bâtir en hommes, ce qui m\u2019amène à la seconde réflexion sur la culture.Nous devons bâtir en hommes cultivés, et pas seulement en spécialistes à œillères.Les éleveurs de l\u2019Ouest canadien, comme ceux du Middle West américain, « fabriquent » littéralement des bœufs qui ressemblent à des cubes de viande montés sur pattes, comme au Danemark on « fabrique » littéralement des vaches qui ressemblent à des outres gonflées de lait, comme en Ecosse et en Nouvelle-Zélande les éleveurs spécialisent les moutons en ne leur laissant, pour ainsi dire, 848 L'ACTION NATIONALE qu\u2019une laine surabondante sur des os déchiquetés.Notre époque ne serait-elle pas par hasard en train de former de pareils phénomènes ?Des esprits, prématurément orientés et spécialisés dès le niveau secondaire, presque totalement dépourvus d\u2019agilité et de curiosité intellectuelle, incapables de sortir du pré carré où ils vivent et qu\u2019ils broutent depuis plusieurs années ; tels des troupeaux, si j\u2019ose dire, parqués dans des enclos de fils de fer, ils sont coupés de presque tout le reste par leur manque de curiosité.En d\u2019autres termes, les diplômés d\u2019études collégiales auraient grandement tort aujourd\u2019hui, une fois entrés à l\u2019université pour y conquérir des grades supérieurs, de cesser pour autant la poursuite de leur culture générale et de se cantonner uniquement dans l\u2019étude d\u2019une spécialité.Si la sagesse conseille à l\u2019homme de mettre ses œufs et son avoir en plusieurs paniers, elle recommande aussi fortement aux étudiants d\u2019université de poursuivre sans cesse leur culture générale, tout en se spécialisant en quelques disciplines et gardant l\u2019esprit ouvert sur le reste du savoir.C\u2019est que l\u2019invention et le perfectionnement des techniques modifient rapidement le visage de la société et influent sur la condition humaine ; c\u2019est que le ministère des Loisirs sera bientôt aussi important que le ministère du Travail.Aussi les jeunes doivent-ils s\u2019armer, non seulement pour gagner leur vie, mais aussi pour vivre la vie de l\u2019esprit, pour conserver et interpréter la hiérarchie des valeurs spirituelles dans leur milieu.En bref, la meilleure et la plus sûre formation reste aujourd\u2019hui, à mon avis du moins, la formation générale permanente et la formation spécialisée en deux ou trois branches du savoir. Réflexion sur l'histoire Finis les fantômes par Georges Allaire 850 L\u2019ACTION NATIONALE Dans ma jeunesse [j\u2019ai présentement 31 ansi, l\u2019on m\u2019avait appris à chanter « O Canada [on voulait dire « O Canada français », c\u2019est-à-dire « O Québec »] terre de nos aïeux.ton histoire est une épopée ».Et l\u2019on m\u2019avait assuré qu\u2019il était important que « je me souviens ».Car j\u2019avais à respecter « Notre maître le passé » et à me rendre digne de l\u2019héritage de ce Français enraciné et poussé en sol d\u2019Amérique sachant « porter l\u2019épée », « porter la croix ».J\u2019étais embarqué à la suite de héros, j\u2019étais de l\u2019étoffe de héros, j\u2019étais leur représentant actuel.Puis un jour je suis parti à la rencontre de ces héros.J\u2019ai vu Dollard dans son fortin qui tenait tête aux Iroquois.Certains m\u2019ont dit qu\u2019il était parti au devant d\u2019eux pour protéger la colonie naissante.J\u2019imagine qu\u2019un tel acte d\u2019abnégation n\u2019est pas contraire à l\u2019humain.D\u2019autres lui attribuent un projet plus mesquin : celui de piller les fourrures des Iroquois pour son profit personnel.Ce que je sais des hommes me permet de croire que cela aussi est possible.Quand je l\u2019ai rencontré, Dollard venait d\u2019être cerné par le bataillon de guerriers indigènes que sa bravoure ou son imprudence l'avait fait rencontrer.Vint le moment où il bourra un mousquet de poudre pour le lancer sur l\u2019ennemi.Je lui ai dit alors : « Dollard, j\u2019ai lu le bouquin.Je t\u2019avise de choisir une autre trajectoire pour lancer ta bombe.Par ici, tu vas heurter cette branche et le pétard va vous sauter à la figure.» Mais il ne m\u2019a pas écouté ; il a lancé son mousquet, celui-ci a heurté la branche, est retombé dans le fortin, a blessé une partie de la garnison et ce malheureux contre-temps leur a tous coûté la vie et la chevelure.J\u2019ai au moins eu la consolation d\u2019apprendre que les Iroquois abandonnèrent l'idée d\u2019attaquer la colonie cette année-là.Je me suis avisé que Montcalm pourrait tirer profit de mon expérience, car après lui l\u2019irréparable serait fait.Après lui, les Anglais ne retourneraient pas à leur village ; ils garderaient la colonie.C\u2019est pourquoi je me suis empressé à conseiller Montcalm de renforcer ses troupes FINI LES FONTÔMES 851 sur la rive sud face à Québec.« Si Wolfe y met le pied, il va pouvoir canarder la ville avec facilité et brûler Québec sans y débarquer ».Mais Montcalm ne m\u2019a pas écouté et Wolfe, qui avait peut-être eu vent de ma suggestion, accomplit ma prédiction.Alors je revins à la charge.« Montcalm, lui dis-je, au moins tâche de garder l\u2019accès aux Plaines d'Abraham.Une distraction et tu vas avoir les Anglais dans les jambes.» En vain.Wolfe débarqua, monta, nous fit face.Dans un effort suprême, je tirai Montcalm par la manche et lui criai dans l\u2019oreille : « Attends les renforts.Attends Lévis.Attends les gars de Trois-Rivières.Les Anglais sont coincés sur les Plaines.Vous n\u2019en ferez qu\u2019une bouchée.De leur côté, ils ne peuvent prendre Québec d\u2019assaut.La ville est trop bien fortifiée.» Mais Montcalm n\u2019en fit qu\u2019à sa tête, lança ses troupes à la course, récolta une balle fatale et une défaite.C\u2019en fut fait.Alors je me suis hâté à Battoche.Je me suis dit que Louis Riel méritait quand même un coup de main.Si les Français de l\u2019Est n\u2019avaient pas su m\u2019entendre, les Français de l\u2019Ouest seraient sans doute plus sages.Ils ne se réfugieraient pas derrière la sagesse importée d'Europe.Leur mélange de sang blanc et indigène saurait les rendre plus prudents et avisés en matières du nouveau monde.Les Anglais approchaient déjà, mais l\u2019encerclement ne faisait que commencer.J\u2019obtins l\u2019entrevue désirée avec Riel le Rebelle, Riel le Libérateur des Métis, Riel l\u2019espoir du français de l\u2019Ouest.« Louis, me suis-je permis de rappeler.Je te prie de ne pas te laisser enfermer dans Battoche.Ce serait suicidaire.Écoute ceux de tes hommes qui te conseillent la guerre de guérilla à la guerre rangée.Tes gars ne connaissent rien à la guerre de siège, mais ils sont imbattables sur leur propre terrain.Une apothéose dans un bain de votre sang est un non-sens irresponsable.On ne vit pas pour l\u2019honneur de mourir sous les balles.On vit pour construire sa paix, même par les balles.» Mais Louis avait étudié sous des maîtres formés aux gloires d\u2019Europe.Il n\u2019a pas voulu comprendre.Je l\u2019ai quitté lorsque les dernières batteries 852 L\u2019ACTION NATIONALE anglaises étaient mises en place et que la souricière se fermait définitivement sur ce petit peuple du Centre de l\u2019Amérique du Nord.Ils moururent sous les balles ou pendus.Je vous ai raconté mes interventions dans l\u2019histoire militaire des miens.Vous connaissez sans doute des tournants identiques de notre histoire culturelle, politique, économique et religieuse.Car le « Je me souviens » est impératif, n\u2019est-ce pas ?J\u2019imagine que vous avez fait, vous aussi, le retour dans la gloire et la déchéance historiques et que vos conseils n\u2019ont pas été entendus par ceux que vous aimez tant.Mais, que diable, comment comprendre ce comportement de somnambules, ce déterminisme d\u2019hommes que l\u2019on voudrait tant aimer ?J\u2019ai voulu rencontrer des hommes.Et pourtant jamais ils n\u2019ont réagi en hommes.Ils ont sans cesse posé les mêmes gestes.Ils ont produit tout aussi mécaniquement leurs grandes œuvres que leurs grandes bêtises.À croire qu\u2019ils n\u2019habitaient plus leur corps.A croire qu\u2019ils jouaient une comédie sans la vivre.Vivre ?Voilà peut-tre la clef de l\u2019énigme.Car ils sont bel et bien morts.L\u2019histoire est bel et bien un tombeau aux chairs dévorées, aux os effrités.L\u2019histoire est une fresque, un paysage de fantômes, des ombres projetés à l\u2019écran alors que les acteurs sont partis.Inlassablement nous interrogeons l\u2019écran.Inlassablement nous appelons les morts.Mais toujours la machine nous répond : « Ce que vous venez de voir est une reprise.Il n\u2019y a plus personne ici.» Je veux interrompre mon interlocuteur : « Mais, dis-je, .» et mon élan est coupé par la suite du monologue : « Ceci est un enregistrement.» Et j\u2019assiste impuissant au ronronnement de la voix monotone qui reprend : « Ce que vous venez de voir est une reprise.Il n\u2019y a personne ici.Ceci est un enregistrement.Ce que vous venez.» « Alors Louis, alors Montcalm, alors Dollard, vous ne m\u2019entendiez pas ?Vous n\u2019étiez pas là ?» Mais je FINI LES FONTÔMES 853 m\u2019arrête.À quoi bon continuer de leur parler.Ils ne sont pas.Je parle à des souvenirs, à des symboles de réalités qui ne sont pas.Pourquoi interpeller Louis Riel lorsque je sais qu\u2019en aucun lieu de ce monde il n\u2019existe de Louis Riel.Aussi bien m\u2019amouracher d\u2019un personnage de roman.Il n\u2019y a pas plus de Louis Riel qu\u2019il n\u2019y a de Roger Marier, ce personnage du roman que je ne terminerai peut-être jamais et qui n\u2019existera pas plus même si je le termine sinon comme des taches d\u2019encre sur du papier et des images que je m\u2019invente moi-même.Je regarde le passé.Je regarde mes amours de jeunesse.Je regarde ces héros.Puis je tourne la tête et vois une simple pellicule de film déroulant une suite d\u2019images mortes et figées devant une lumière qui projette sans cesse les mêmes ombres sur le mur.Ils ont vécu ?Mais oui.Mais il ne sont pas.Et je sens alors l\u2019absurdité de mes mouvements de joie ou de colère devant leur fortune ou leur infortune.Je pèse le vide que fut et qu\u2019est encore mon amour des fantômes.Je découvre la vacuité de mes élans vers le néant.J\u2019embrasse un héros, et dans mes bras il n\u2019y a que taches d\u2019encre et pellicules usées.Le passé est un souvenir et le souvenir est une absence, un rien que l\u2019on retient par l\u2019impression superficielle que son geste a une fois laissée.Je crois le suivre et suis seulement une trace figée dans le ciment.Cette trace est vidée du pied qui est passé par là.Ce pied n\u2019est plus.Et je demande à ce vide de me remplir, de me faire vivre ?Elle est absurde cette phrase qui nous invite à « être fidèle aux Patriotes de 1838 ».Car ils ne sont pas.Notre fidélité peut aller à quelqu\u2019un, pas à rien.Autant être fidèles aux légions romaines.Autant se suicider parce que Hamlet est mort sur papier.Ou, si je veux trouver un sens à cette phrase, il sera le suivant : « Soyons fidèles à cette valeur en nous qu\u2019avaient reconnue les Patriotes de 1838.» Alors ma fidélité n\u2019en sera pas une envers eux mais envers moi.Et finalement les Patriotes ne me donneront pas un sens qu\u2019ils n\u2019ont plus.C\u2019est moi qui 854 L'ACTION NATIONALE ferai revivre leur symbolisme.C\u2019est moi qui leur donnerai un sens, qui donnerai un sens aux souvenirs qui nous restent d\u2019eux, vu qu\u2019eux-mêmes ne sont pas.Fidélité au passé ?Oui, tant que le passé est encore notre présent.Sans quoi notre passé n\u2019est rien.Fidélité à la langue si je la parle ; si elle est moi.Fidélité à la croix si elle existe ; si elle est ici.Alors que vaut l\u2019histoire ?Que valent les hommes ?Car je suis un homme.Je serai histoire.Mes gestes d\u2019aujourd\u2019hui, les mots que j\u2019écris présentement volent vers le passé, sont périmés au moment où tu me lis.Que je sois mort ou que je vive encore, je ne les habite plus.Car ou je ne suis plus ou je vis ailleurs à d\u2019autres préoccupations.Que vaut donc ce temps que je passe qui n\u2019est pas le même que tu passes, qui est dépassé par celui que tu passes ?Qu\u2019est-ce que je vaux dans cette histoire ?Je vais te dire ce que j\u2019en pense.Mon passé ne vaut rien s\u2019il ne t\u2019est pas utile d\u2019une façon ou une autre.Ce temps que je perds (je ne peux le retenir) n\u2019existe plus à mesure qu\u2019il passe.N\u2019essaie pas de le ravoir.Tu ne le peux pas plus que moi.Il est mon geste éphémère et je ne gagnerais pas à m\u2019y rattacher.Je partirais avec lui.Mais si son signe, son symbole, son effet t\u2019atteint, alors qu\u2019il te fasse du bien ou qu\u2019il te laisse tranquille.En fait, il ne peut rien par lui seul.Aussi c\u2019est à toi de le ramasser, de lui donner vie en colorant la tienne de son message.Et si ce message ne t\u2019apprend rien, ne te divertit pas ou ne t\u2019aide pas, laisse-le à la mort qu\u2019il est.L\u2019histoire est uniquement fonctionnelle pour nous.Si certains se révoltent contre le carcan de l\u2019histoire, c\u2019est parce qu\u2019ils ont cru qu\u2019on voulait les mouler à la mort, les lier à des cadavres plutôt que leur donner des instruments relatifs à leur bien personnel et vivant.Tous nos gestes et actes sont ceux de notre vie et prennent valeur et profondeur à notre vie.Lorsque nous les avons quittés, ils ne vivent plus et n\u2019ont de valeur que s\u2019ils aident d\u2019autres vies en s\u2019asservissant à celles-ci. FINI LES FONTÔMES 855 Mais nous-mêmes ?Ne serons-nous pas aliénés d\u2019être ainsi réduits au rang de la fourche, du cerveau électronique ou de l\u2019oubliette, après notre départ ?N\u2019est-ce pas insulter Léonardo da Vinci ou Jean XXIII ou le camarade Lénine que de proclamer l\u2019absurdité du culte de leur souvenir ?N\u2019est-ce pas ravir leur valeur, la valeur de leur vie ?N\u2019est-ce pas ravir la valeur de notre vie qui bientôt s\u2019éteindra comme la leur ?Je ne le crois pas.Je ne crois pas que j\u2019y gagnerais d\u2019être réduit à l\u2019état d\u2019amulette, de porte-bonheur révéré et impuissant.Non, je n\u2019aime pas le souvenir de Léonardo da Vinci ; je n\u2019accepte pas de vivre ce souvenir.J\u2019en accepte uniquement ce qui me plaît ou m\u2019est utile.J\u2019ose ajouter, mais il faut me comprendre : je n\u2019aime pas le souvenir de mon père qui fut.Je ne vis pas pour ce souvenir.Son souvenir me plait et m\u2019est utile, mais je ne suis pas relatif à cette ombre.Et je ne voudrais pas qu\u2019on le fut à la mienne lorsque je ne serai plus dans l\u2019histoire palpable.Si j\u2019aime toujours mon père, c\u2019est parce qu\u2019il vit actuellement.Si je désire qu\u2019on m\u2019aime après ma disparition d\u2019ici, c\u2019est parce que je vivrai alors et serai, si j\u2019ose dire, sensible à votre amitié.Et si je dois aimer Montcalm ou Lévis ou le docteur Allaire qui fut Patriote des années 1830, c\u2019est parce qu\u2019ils existent actuellement.Leurs actes et paroles passées me sont peut-être utiles, agréables ou pénibles comme souvenirs ou comme mots d\u2019ordres que je peux vivifier peur nous-mêmes, mais leur présence m\u2019est valable uniquement s\u2019ils vivent actuellement, si je les aime en réalité et non en fiction.Alors, si je les aime réellement, je prie pour eux, je prie avec eux, je les prie.Comprenez-moi.Si le mot vous choque, n\u2019en gardez que le contenu.Je leur parle en esprit.Je veux leur bien actuel.Je leur veux un présent heureux.Il peut être amusant d\u2019évoquer le passé et l\u2019état qu\u2019ils ont connu.Mais il est important de vivre la vie, donc le présent ; moi le mien, eux le leur.Et avec eux, ce présent ne se vit que dans la transcendance qu\u2019ils habitent.Je les sais introduits dans la Grande 856 L'ACTION NATIONALE Histoire, l\u2019histoire auprès de laquelle celle-ci n\u2019est que l\u2019ombre bien que la préparation, bien que le temps de l\u2019option.Il me semble que ce comportement est le seul qui soit à la hauteur des hommes, le seul qui récupère les personnes, qui nous récupère.Toute autre affection n\u2019est que baiser posé sur la pellicule usée.J\u2019irai plus loin : je rejoins mon père et ceux dont le souvenir me rappelle la présence actuelle, dans la Vie sans temps, sans passage, sans passé, Jésus-Dieu, qui a posé un geste dans notre histoire, qui a laissé un enseignement et un exemple fonctionnels, mais qui Est toujours de sorte que si je l\u2019aime, j\u2019aime la Vie actuelle et non un souvenir ou un fantôme.C\u2019est en Lui que notre Maître le passé est le Maître Actuel. Impressions de Rome par Jean Genest 858 L'ACTION NATIONALE Il fut un temps, après Chateaubriand et Veuillot, où tous les ambassadeurs de France et les écrivains à la recherche d\u2019inspiration écrivaient, à leur retour de Rome, quelques pages fort raffinées sur les charmes ou les odeurs de Rome, lis publiaient ensuite dans la Revue des Deux-Mondes ce qui devenait un morceau de choix pour une anthologie rêvée ou un chapitre remarquable de Mémoires qui, telles que prévues, seraient laissées inachevées.Mon but est tout autre : il s\u2019agit moins de me présenter que de dire ce qu'est Rome en 1975.Rome, autrefois, occupait une place unique et prééminente dans la pensée de nos pères.Aujourd hui I a-v on, en mettant toutes les capitales du monde à la portée de nos désirs et de nos pas, a comme enlevé a Rome ce qu\u2019elle pouvait avoir d\u2019unique.Que de capitales ont quelque chose d\u2019unique à offrir, comme Jérusalem, Istanbul, Athènes, Londres, Paris, Madrid, Washington, etc De plus la chute accélérée et spectaculaire des forces spirituelles de l\u2019Europe et le rôle historique plus restreint du christianisme dans le développement et le gouvernement des peuples, ont enlevé à Rome quelque chose de sa prééminence.Toutefois, en 1974, Rome conserve, entre toutes les villes du monde, une importance qui ne le cède a aucune.Cinquante-cinq millions d\u2019Italiens la considèrent comme leur grande capitale où le pouvoir civil est objet de hautes passions et de profondes inquiétudes pour tous les foyers.Six cents millions de catholiques y sont rattachés par les fibres les plus puissantes de leur foi et de leur intelligence de la vie : sans Rome que serait notre foi concrète ?Plus d\u2019un milliard de personnes, voyant le monde menacé par le matérialisme dialectique ou pratique, se tournent vers Rome, à la recherche d une unité spirituelle perdue pour que le monde ne perde pas irrémédiablement son âme.Quand une ville joue tous ces rôles à la fois, elle ne devient pas seulement importante dans l\u2019histoire du monde mais nécessaire à sa cohesion et à son développement. IMPRESSIONS DE ROME 859 Ce rôle extraordinaire de ferment et de principe unificateur des forces spirituelles trouve son explication dans la présence de trois Rome qui se superposent ou se juxtaposent dans cet espace vital entre les Apennins et la Méditerranée où tant de fois, dans l\u2019histoire, s\u2019est jouée la destinée de l\u2019Europe et, par là, du monde entier.Ces trois Rome sont la Rome historique, la Rome de la Renaissance et la Rome moderne.En parcourant ses rues, le voyageur passe sans cesse de l\u2019une à l\u2019autre et il se crée dans son esprit un écheveau de périodes et de dates qui peut entraîner la confusion si nous n\u2019y mettons pas de l\u2019ordre.I \u2014 La Rome historique Je ne suis pas un archéologue ni un voleur de tombes mais une certaine érudition par les livres et les albums, ainsi que par la visite du superbe musée de la Villa Giulia, entre autres, m\u2019a permis de prendre contact avec le monde étrusque.Déjà six siècles avant Jésus-Christ, ce peuple, prédécesseur des Romains, avait atteint une expression sculpturale et picturale vraiment extraordinaire.On peut même se demander si les Grecs ne leur cnt pas emprunté des techniques et des formes au moins autant qu\u2019aux Égyptiens.Les Étrusques sont l\u2019étonnement des chercheurs de civilisations disparues.Comment expliquer leur présence et leur art si spontané en sa floraison ?Cela nous fait entrer dans les obscurités historiques car s\u2019ils ont laissé des œuvres, ils n\u2019ont à peu près pas laissé, au contraire des Égyptiens et des Hittites, d'histoire.Ils ont créé puis se sont amalgamés aux voisins.Les Latins ou Italiques sont, comme les Étrusques, les Sabins, les Samnites, des tribus qui proviennent du grand tronc indo-européen et qui errent à la recherche d\u2019un endroit d\u2019implantation.Ce serait vers l\u2019an 1000 avant Jésus-Christ que les Romains se seraient installés dans cette magnifique plaine marquée de collines suffisantes à la défense.Les anciens volcans des monts Albans qui 860 L\u2019ACTION NATIONALE ont laissé par endroits jusqu\u2019à cent pieds de lave maintenant durcie, se sont apaisés et la fertilité des terres assure un bonheur pastoral.Les Romains qui ont tout emprunté à leurs voisins surent améliorer et donner des dimensions colossales à ce qui n\u2019était qu\u2019une timide inspiration.Nous savons ce qu\u2019ils ont fait avec l\u2019arche, la voûte, le dôme, le chemin, le pont, la peinture, la sculpture, la mosaïque, le sarcophage, la statuaire, la colonnade, l\u2019architecture, etc.Ce peuple n\u2019a pas été créateur comme les Étrusques, les Grecs, les Chinois, mais il a plutôt eu le sens de l\u2019organisation et le sens de la grandeur.Il triomphera avec l\u2019armée, le gouvernement impérial, la législation, le spectacle, la logistique de l\u2019économie.Quand vous visitez la vingtaine de grands musées que détient Rome, sans compter les musées privés (Co-lonna, Farnèse, etc.), vous restez surpris de voir le nombre de « copies » : il s\u2019agit d\u2019une statue « d\u2019après Praxitèle » ou quelque chose du genre.Quand Néron veut orner sa nouvelle ville dorée, il commande qu\u2019on « prenne » 500 statues au sanctuaire de Delphes (Grèce) mais il ne lui vient pas à la pensée de les commander à des artistes romains et par là de favoriser leur esprit créateur.La clientèle romaine, assez conservatrice en matière d'art, ne pensait que selon le canon grec.Faut-il en rester avec cette note négative ?Ce serait ne rien comprendre à Rome ?Si nous ne leur devons la « création » que d\u2019un très petit nombre de choses, nous leur devons la diffusion et, par là, la permanence d\u2019un grand nombre d\u2019institutions que nous prenons pour acquises et qui sont caractéristiques de notre civilisation occidentale.Ce sont les promenades à Rome qui nous les révèlent.J\u2019en énumère quelques-unes : les palestres ou les thermes qui étaient des lieux de réunions autant pour les philosophes que pour les athlètes, quand ils n\u2019étaient pas les deux à la fois ; les amphithéâtres ou colisées pour les divertissements de masse ; les cirques pour les courses de chevaux (l\u2019empire anglais n\u2019a rien IMPRESSIONS DE ROME 861 inventé !) ; les théâtres non seulement, comme les Grecs, pour leurs nationaux et leurs colonies, mais pour tout l\u2019empire, depuis Nîmes jusqu\u2019à Césarée ; les édifices gouvernementaux avec la bureaucratie qui, déjà, commençait à devenir encombrante et impersonnelle ; les chemins qui ont plus de mille kilomètres et qui, en favorisant les communications, obligent à multiplier les ponts, les passes et les camps stratégiquement multipliés qui deviendront souvent des villes importantes ; un besoin de multiplier les œuvres d\u2019art comme objet de consommation à la fois pour la maison privée comme pour la vie publique.L\u2019invention du ciment, l\u2019utilisation du marbre, le commerce international, l\u2019organisation du trésor public, et mille autres aspects, nous montrent ce que notre monde leur doit.Le centre de Rome est rempli des ruines de l\u2019empire romain.Pas un édifice, à la recherche de fondations solides, qui ne découvre une colonne, une statue ou quelque autre « témoin » du monde romain.Combien de banques, d\u2019édifices publics et même de maisons privées, arborent une frise, une statue, une mosaïque qui, découverte, est devenue bien privé, constituant, pour le touriste actuel, les surprises de Rome.Ce monde ancien nous hante et nous envahit.Mais il faut avouer que « la Rome antique » finit par créer des problèmes à la Rome nouvelle ! Ces immenses excavations demeurent des trous que les rues modernes ne peuvent traverser, elles les contournent d'où une congestion du trafic, une impossibilité de construire ou de rénover au cœur même de Rome qui, parfois, devient un héritage lourd à porter.Rome, à s\u2019étendre trop, devient pour les émigrants et les classes plus déshéritées, une ville difficile à vivre.Il y a bien le fameux soleil de Rome mais l\u2019infrastructure urbaine et les communications de surface laissent à désirer.Qui ne connaît pas le trafic de Rome, n\u2019a rien vu ! On dit que Mexico s\u2019en rapproche mais je crois que c\u2019est calomnier Mexico ! 862 L'ACTION NATIONALE Tous ceux qui ont fait leurs humanités classiques peuvent, en circulant dans les ruines, rêver à César, Cicéron, Virgile, Tacite mais ce sera pour verser deux pleurs de plus en plus inutiles : le premier sur la mortalité des civilisations et le deuxième sur la mortalité de la culture classique telle que pensée par nos bureaucrates du ministère québécois de l\u2019Éducation.Bien davantage seront émouvantes pour nous les ruines chrétiennes, celles des catacombes qui entourent Rome et celles du tombeau de saint Pierre, sur lequel avait été construite d\u2019abord la basilique constantinienne (vers 320) et sur lequel s\u2019élève maintenant la basilique de Bramante, Michelangelo et Bernini.Ces ruines chrétiennes ont un autre sens : elles nous montrent que les membres de l\u2019Église passent mais que l\u2019Église demeure.Poussières sous l\u2019Église, fastes et marbres sur la surface, peu importe car ce n\u2019est pas tellement la mort qui est étonnante que la vitalité même de la semence évangélique.Une visite à ces sources chrétiennes s\u2019impose au pèlerin de Rome.En nos temps où tant de gens perdent la tête parce qu\u2019ils ont perdu contact avec leurs racines et leurs origines, il est bon d\u2019opérer un ressourcement et de prendre conscience de la continuité que chacun de nous incarne.Quelque fidélité est le seul remède au chaos intérieur de l\u2019âme contemporaine.La Rome antique finit donc par une sollicitation au service et par une présentation des valeurs qui demeurent.I! \u2014 La Rome de Ea Renaissance Il s\u2019agit d\u2019une Rome qui contient au plus 100,000 habitants, entre 1500 et 1650.Une Rome extraordinaire par la concentration des génies, des saints et des grandes œuvres.La France a connu une période aussi féconde de l\u2019esprit créateur quand, au douzième et au treizième siècles, elle a comme explosé en cathédrales et en universités.Mais au seizième siècle, c\u2019est le tour de l\u2019Italie où tout a commencé à Venise, Florence, Sien- IMPRESSIONS DE ROME 863 ne, pour se concentrer à Rome comme en un feu d\u2019artifice qui fait encore l\u2019émerveillement du monde.Cette Rome ne cesse d\u2019être photographiée pour donner une certaine fixité aux souvenirs qui demandent à ne pas périr.Si l\u2019on additionnait tous les « clics » des caméras promenées par les touristes de Rome, nous aurions un bruit semblable à celui d'une mini-bombe atomique.Là où le Canadien se promène avec une modeste caméra Kodak, le Japonais arbore une Yashica et une Nikkon, auxquels l\u2019Américain ajoute une Polaroid, « afin de ne rien manquer » comme il répète.Que faut-il d\u2019abord visiter dans cette Rome de la Renaissance ?Saint-Pierre-de-Rome, évidemment, attire comme un aimant sur la limaille.C\u2019est peu à peu, par comparaisons répétées, que le touriste arrive à prendre conscience de l\u2019énormité de ce monument et du travail artistique qui l\u2019affine.Vous croyez voir un tableau aux dimensions royales ?Regardez bien, c\u2019est une mosaïque, oeuvre d\u2019un maître.Vous intéressez-vous aux proportions ?Regardez bien alors les deux angelots qui soutiennent un bénitier de l\u2019entrée, à droite : n\u2019ont-ils pas au moins six pieds chacun ?Puis regardez les touristes qui déambulent sur la promenade à la base du dôme principal : ne ressemblent-ils pas à des pygmées ou à des fourmis pénétrant une ruche des champs ?Pour voir Rome entière, montez-vous sur la terrasse de la Basilique ou encore mieux, montez-vous sur le dôme même, vous atteindrez une hauteur qui vous surprendra.C\u2019est alors seulement que vous répéterez à mi-voix cette phrase du Guide Michelin : « Berceau des civilisations chrétienne et occidentale, Rome est la cité du monde la plus riche en chefs-d'œuvre ».Ces mots commenceront alors à prendre un sens ! Un sens qui ira à l\u2019émerveillement dès qu\u2019on passe aux différents musées du Vatican, dont la Chapelle Six-tine, les Chambres de Raphaël, le musée Pio-Clémentino et la Pinacothèque.(Il ne faut pas manquer les salles égyptiennes).Le Jugement Dernier par Michel-Ange, ses 864 L\u2019ACTION NATIONALE neuf grands panneaux sur la Création, la Dispute du Saint-Sacrement et l\u2019École d\u2019Athènes par Raphaël restent des chefs-d\u2019œuvre de tous les temps.Faut-il ajouter cependant que si la visite personnelle est obligatoire, c\u2019est encore dans les grands albums de luxe que ces peintures nous donnent le plus de satisfaction, parce que plus près de nos yeux et parce qu\u2019aucun guide ne nous dérangera.Aux guides il faudrait conseiller de passer de courts commentaires imprimés, d\u2019être les gardiens du silence et de ne répondre qu\u2019aux questions individuelles ! Les tapisseries, j\u2019en ai soupé ! On dit que Madrid, si elle mettait les siennes bout à bout, en aurait pour quatorze kilomètres.La France en a partout.La Turquie en a dans toutes ses mosquées.Trois choses me paraissent plus remarquables : la salle des cartes géographiques, la salle des manuscrits et l\u2019ensemble des arts dits mineurs.Parcourir avec attention les différentes cartes géographiques nous permet de comprendre comment l\u2019Europe voyait naître le visage des différents continents du monde : que d\u2019expéditions, que de mesures, que de sciences se sont développées à partir des besoins astronomiques et géographiques ! Que d\u2019instruments ingénieux ont servi à guider les hommes pour prendre possession de leur Jardin ! Déjà nous commençons à le trouver trop petit mais, toutefois, cela ne fait vraiment que trois ou quatre siècles que nous en connaissons les dimensions.Dans la salle des manuscrits, nous voyons le plus grand nombre d\u2019incunables au monde.Que de génies y ont leur œuvre avec leurs corrections marginales.J\u2019ai été heureux d\u2019y voir comme des « brouillons » de Thomas d\u2019Aquin : il raturait, marginalisait, perfectionnait, bref, il m\u2019a fait plaisir quand j\u2019ai pu contrôler que cet écrivain n\u2019était jamais content de son expression et qu\u2019il avait toujours le désir de recommencer sa page ! Ce concert silencieux des grands esprits enfermés là au milieu de leurs profondes pensées est comme un condensé des fabriquants de la civilisation occidentale.Les moines ont IMPRESSIONS DE ROME 865 recopié de l\u2019Aristote, du Virgile.Dante est présent, comme Bonaventure et combien d\u2019autres.Robert Hutchins, ancien président de l\u2019Université de Chicago et Mortimer Adler, artisan émérite de la grande Encyclopédie britannique, ont cru pouvoir résumer l\u2019évolution du monde occidental en cent vingt-cinq volumes.Or la presque totalité de ceux qui sont antérieurs à l\u2019époque moderne, se retrouvent dans cette salle des manuscrits.Si je ne me trompe, on les retrouve, micro-filmés, à l\u2019Université de Saint-Louis, aux États-Unis, par privilège spécial, afin que l\u2019humanité puisse toujours posséder une copie de ces grands chefs-d\u2019œuvre de la pensée.Saluts et révérences à l\u2019intelligence humaine.À cette inlassable recherche de la vérité.Il n y a pas une salle spéciale réservée aux bijoux mais partout, nous rencontrons de ces merveilles miniaturisées que sont les objets plus familiers, comme les bijoux (colliers, bagues, bracelets, insignes) ; les tabatières ; les tables ornées de pièces d\u2019onyx, de lapis-lazulis, de topazes ; les horloges indiquant l\u2019heure suivant tel ou tel astre ; les vases en malachite ; les miroirs sculptés, argentés, à myriades de facettes ; les chaises de tous les styles, à petits points et parfaitement inconfortables ; les lits à baldaquins, à rideaux, surélevés, bour-soufflés et parfaites glacières pour personne royale esseulée durant les mois d\u2019hiver.Les Italiens sont passés maîtres dans cet art, tout fait de goût, de précision, d\u2019équilibre et de compétence dans le maniement des matières précieuses.Artistes, ils vous présentent un camée entouré d\u2019or ou un pendentif à torsades et l\u2019objet n\u2019a pas de prix : celui qu\u2019ils vous indiquent, n\u2019est là que pour offrir une base à une mutuelle satisfaction.Ah, les gredins ! Mais quelle beauté ! La Rome de la Renaissance c\u2019est beaucoup plus que cela : elle est partout dans Rome sous la forme de basiliques, de palais, de « piazzas » et de quartiers entiers figés dans leur moment de gloire.Des basiliques et des palais, qu'y a-t-il à dire ?Qu'ils sont nombreux, qu\u2019ils 866 L'ACTION NATIONALE sont très beaux, qu\u2019ils sont à visiter.Très bien : je le dis.J\u2019ajoute aussi que les basiliques sont immenses, froides, vides, emmaillottées de marbres et de mosaïques.À part l\u2019aspect historique et l\u2019aspect musée, elles sont devenues à peu près inutiles et plutôt encombrantes dans le sillage du Concile Vatican II qui demande une Église moins triomphaliste, plus pauvre, plus au service du peuple de Dieu.Beaucoup de palais justifient leur existence comme musées publics ou privés mais ils sont inadaptés à notre temps et les impôts fonciers menacent leur existence même.Qui aujourd\u2019hui veut d\u2019un éléphant blanc ?Beaucoup plus intéressants, quoique créant problèmes, les quartiers centraux de la ville, comme le Champ de Mars, le Transtevere.Dans une des grandes boucles du Tibre, comme dirigée en pointe vers le Vatican, il y a le quartier du Champ de Mars.Tout touriste en a peur mais sans raison.Les « rues » ont été tracées pour deux charrettes : pour nous elles sont des ruelles ou des corridors.Mais elles sont remplies d\u2019une vie surprenante, remplies de surprises.Ici c\u2019est le Panthéon qui devait recevoir la dépouille de l\u2019empereur Hadrien mais qui, aujourd\u2019hui, garde les restes des rois d\u2019Italie et la tombe de Raphaël.Là c\u2019est la Place Navona, toujours débordante de gens, qui est située sur l\u2019endroit même du Cirque de l\u2019empereur Domitïen.Magasins d\u2019antiquités réputés voisinent les épiceries, les cafés-bars, les « trattorias » (restaurants populaires), les restaurants, les bijouteries, les vendeurs de journaux.Bref on y trouve de tout, à condition d'y flâner.L\u2019ocre des maisons s\u2019est défraîchi, les tuiles ont grisonné, une teinte vieillotte imprègne le tout, mais quand le soleil pénètre ces petites rues étroites et silencieuses (pourtant quel refuge de matous et de chattes qui vivent plutôt la nuit que le jour!), quand les gens y circulent dans toutes les directions tâchant de ne pas se faire happer par une Fiat rapide ou une bicyclette surchargée, alors tout devient gai.Les maisons ont un style personnel.Les rues courbes donnent des points de vue qui sont une fête de l\u2019œil IMPRESSIONS DE ROME 867 pour les photographes.On ne s\u2019y perd jamais car tout débouche sur tout.C\u2019est la vie populaire telle qu\u2019on la vivait au 16e siècle et telle qu\u2019elle continue dans une Rome qu\u2019on dit immortelle quand on veut simplement dire qu\u2019elle ne change pas ! Un des charmes de cette Rome-là, ce sont les fontaines, justement célèbres.Il y a la Fontaine de Trévi où tous les amoureux du monde ont rendez-vous ; la Fontaine des Fleuves à la Place Navona, dominée par un obélisque égyptien, la Fontaine de la Piazza del Popolo, la Fontaine du Triton.Il n\u2019y a pas de « piazza » un peu renommée qui n\u2019ait « sa » fontaine, ses dauphins, ses dieux mythologiques et ses eaux cascadantes.Comment ne pas aimer toute cette Rome complexe, à la fois pauvre et luxueuse, pleine de souvenirs et pleine d\u2019une jeunesse remuante, remplie de gloires assagies et mornes mais aussi remplie d\u2019affiches révolutionnaires et de slogans politisés.Toutefois j\u2019aime signaler ici qu\u2019en traversant le Pont Garibaldi, vous pourrez lire en lettres blanches d\u2019un mètre de hauteur, sur le quai de ! 'Isola Tiberina, cette petite île qui occupe le milieu du Tibre brun : « Angela, te adoro !» \u2014 « Angèle, je t\u2019adore ! » Ce cri est profondément romain, même italien, et s\u2019il n\u2019est pas de la Renaissance, il est de la Rome actuelle qui vibre, comme hier, autant à l\u2019amour qu\u2019à la révolution ! Mais remarquez bien, c\u2019est toujours l\u2019enlèvement des Sabines qui continue sous des mots différents ! Ill \u2014 La Rome moderne Un jour, sur la merveilleuse petite place du Campi-doglio, dessinée par Michel-Ange en 1538, je voyais un rassemblement compact où les orateurs, avec des haut-parleurs à puissance illimitée, vociféraient contre l\u2019inhabilité des « autorités » à loger convenablement les immigrants qui, des différentes parties de l\u2019Italie, venaient à Rome pour y trouver du travail.Une autre fois, sur la Via Vittorio Veneto, c\u2019est une manifestation, avec pétition monstre, contre la hausse des prix de l\u2019électricité. 868 L'ACTION NATIONALE Finalement j\u2019assistai au défilé de 20,000 partisans du parti communiste demandant du travail et un salaire qui tienne compte du coût de la vie.Logement, inflation et chômage, voilà en résumé les trois plaies de la Rome actuelle, les trois principales.Elles forment la base de toutes les revendications ouvrières et la force d\u2019attraction des partis de gauche ou de droite ou du centre.Mais si tout le monde s\u2019entend sur les objectifs, pourquoi n\u2019y a-t-il pas de changements et d\u2019améliorations ?Tous les partis multiplient les affiches politiques.Les unes sont simplement subversives ou pornographiques ou scandaleuses, ne faudrait-il pas les arracher ?En Italie on ne s\u2019en fait pas pour si peu, on attend l\u2019espace d\u2019une nuit et une autre affiche a recouvert la précédente.Un beau jour, à cause du froid et de l\u2019eau, les affiches qui atteignent maintenant une certaine épaisseur, se décollent et sont ramassées comme détritus.Inlassables, d\u2019autres activistes remettent des affiches et le cycle continue.Mais rien ne changera-t-il jamais ?Après avoir connu la prospérité de l\u2019après-guerre, voici l\u2019Italie aux prises avec l\u2019inflation ou même la récession économique.Le chômage augmente.L\u2019État et les municipalités se sont endettés et, au prix où monte le seul intérêt, il est évident que rien de grand ne peut être entrepris.Ajoutez à cela le problème du pétrole.Les entreprises Fiat ont dû renvoyer 100,000 ouvriers, les autres travaillent à mi-temps et tout le monde industriel se demande comment payer le fameux pétrole dont tous les pays industrialisés sont complètement dépendants.Bref, l\u2019Italie a une dette de treize milliards ; le seul intérêt de cette dette approche le milliard par année ; finalement, durant 1975, on prévoit que la dette augmentera d\u2019un autre deux milliards pour payer le pétrole.Combien de temps l\u2019Italie pourra-t-elle continuer à ce jeu ?Ou elle déclare banqueroute et c\u2019est la pagaille dans l\u2019univers, ou elle tombe sous la quasi tutelle du Marché Commun et ce n\u2019est qu'un répit avant la pagaille ! Alors que peut faire la Rome moderne pour affronter le chô- IMPRESSIONS DE ROME 869 mage, le coût élevé de la vie et le logement où il faut à la fois remplacer les taudis et créer de nouveaux espaces pour les familles qui arrivent de partout ?Ou faudra-t-il accepter les « favellas » romaines?Tout cela n\u2019est pas gai.Pourtant Rome, dans ces difficultés, détient une clé.Même si les usines doivent diminuer leur production, le tourisme, lui, peut devenir une poule aux œufs d\u2019or.Ainsi, pour l\u2019Année Sainte, Rome attend au moins cinq millions de touristes, ce qui représenterait pour tous les services concernés une pluie d\u2019un milliard de dollars, sans compter ce que peut recevoir le reste de l\u2019Italie.La paralysie du Nord aurait été quelque peu compensée par l\u2019appel du Centre.Rome reste un phénomène du monde moderne : elle est restée un des plus grands centres de pèlerinages au monde.Que personne ne s\u2019y trompe : c\u2019est la personne même du Pape, comme vicaire de Jésus-Christ sur la terre, qui attire les foules.Je me rappelle, en 1968, avoir vu Paul VI, à Bogotà, au milieu d\u2019une foule en délire de deux millions de personnes.Cela est prodigieux.À Rome c\u2019est la même attirance religieuse qui attire et, par là, Saint-Pierre-de-Rome reste un des plus grands centres spirituels du monde, sinon le plus grand par l\u2019ensemble des masses qu\u2019il fait se mouvoir.Aujourd\u2019hui Rome compte plus de 3,000,000 de personnes.Elles sont installées dans une plaine magnifique à peine ondulée.À quelque cinquante kilomètres, elles jouissent de la plage sur la Méditerranée, le Lido di Roma et à une cinquantaine de kilomètres dans l\u2019autre sens, elles ont la fraîcheur de la montagne et les paysages pastoraux tant vantés par Horace et Virgile.Capitale de l\u2019Italie, Rome est avant tout une ville de fonctionnaires, une ville de longues traditions mais où doivent aboutir tous les conflits, tous les intérêts importants.Rome devient par là la ville des rumeurs bien plus que la ville des industries : elle fabrique des « bruits ».Tout le monde y pige, depuis les ambassadeurs les plus huppés jusqu\u2019aux plus modestes agents secrets au ser- 870 L'ACTION NATIONALE vice des gros contrats.L\u2019art millénaire de la politique a rendu cynique et indulgent, vif à comprendre les combinaisons et les compromis.À ce point de vue, Rome, et peut-être Paris, reste un des rares points du monde où les gens ne sont pas victimes des pressions exercées par les mass-média ! Rome demeure la ville des petits métiers artisanaux.Tout le monde travaille quelque chose.Partout on découvre quelque échoppe, depuis celle où l\u2019on « fait » de l\u2019antique, des vêtements, des objets de cuir, d\u2019onyx, de verre, d\u2019albâtre, de marquetterie etc, qui ensuite se répandent dans toute l\u2019Italie.Naples, cependant, semble exercer un quasi monopole sur les camées et la maroquinerie, Florence domine les cuirs de grand luxe.L\u2019observation des vitrines de boutiques occupe donc une bonne partie du temps des touristes éparpillés le long du Corso, de la Via del Tritone, Veneto ou Vittorio Emmanuele.Les promenades conduisent au sommet de la coupole de Saint-Pierre, au Pincio, au mont Janicule, où les paysages de Rome sont de toute beauté.Quand le touriste veut s\u2019arrêter, il a à sa disposition d\u2019innombrables cafés-bars avec tables sur les trottoirs pour une conversation ou une observation indéfinies.Puis il rencontrera plus de cinq mille « trattorias » et restaurants à sa disposition.Partout on lui offrira, par décret d\u2019État, un menu touristique d\u2019une valeur d\u2019environ $3.Parfois le touriste restera sur sa faim ou sur sa soif mais, à moins d\u2019aimer à la folie le poisson et le veau pannés, son repas atteindra facilement les $7 à $10 incluant le bon vin d\u2019Italie.Si donc vous venez à Rome, en 1975, hormis d\u2019avoir un voyage-tout-compris, vous devez prévoir pour la pension et l\u2019alimentation, le transport et les pourboires, environ $30 canadiens par jour.Mais ça en vaut le coup ! Quelqu\u2019un a appelé les autobus « ces chars romains modernisés ! » mais, avec le métro qui est passable, vous pouvez vous déplacer rapidement et économiquement.C\u2019est ainsi que j\u2019ai découvert la périphérie de Rome, les quartiers ouvriers et, surtout, le fameux quartier Europa. IMPRESSIONS DE ROME 871 Il s\u2019agit bien plus que d\u2019un quartier.Mussolini, profitant de l\u2019Exposition universelle, avait décidé de « refonder Rome ».Devant l\u2019ampleur d\u2019une réfection de la vieille Rome, il avait décidé de transférer tous les édifices gouvernementaux à 10 kilomètres du centre et de recommencer à neuf, entre la Méditerranée et la vieille Rome, une Rome impériale, à la mesure des temps modernes.Ce quartier est une surprise monumentale : il est construit avec goût et grandeur.Derrière cette initiative, se profile, évidemment, l\u2019idée d\u2019une Rome sécularisée, d\u2019une Rome où la division entre l\u2019État et l\u2019Église serait pratiquement consommée.Ce quartier, bourgeon d\u2019une ville nouvelle, répond aussi aux besoins de l\u2019urbanisme.La vieille Rome est prise comme dans un corset de fer : il est difficile d\u2019y modifier quoi que ce soit mais la nouvelle Rome aurait permis une expansion indéfinie, tout en profitant de toutes les améliorations modernes en routes larges et droites, en stationnement, en chauffage central et en espaces verts pour la promenade ou pour la culture physique.La ville nouvelle a avorté : il en reste un quartier spectaculaire et qui garde des garanties d\u2019avenir.Conclusion Rome reste un monde exubérant.Vous le voyez par le trafic où le fait de traverser les rues du centre c\u2019est vous mettre entre la vie et la mort.Vous le voyez aussi dans ce tempérament où, entre ses palais, ses souvenirs grandioses et son sens de l\u2019histoire ou de la durée, tout Romain a quelque chose de l\u2019acteur : il cherche à persuader autant par les gestes que par les mots, il vous «engueule» mais il ne se fâche jamais, il accepte l\u2019inévitable comme si le texte de l\u2019avenir était déjà tout écrit d\u2019avance, il est un inventeur de « troisième voie » et, pour lui, tout dénouement doit toujours être heureux.Il désespère, ou logique, il annonce les catastrophes mais foncièrement il a besoin de vous sourire et de votre amitié.Tout est bien : il ne faut pas s\u2019en faire.Si aujourd\u2019hui est dur, demain aura mille ans ! 872 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Église, par Paul VI, vient de connaître deux importantes défaites.L\u2019Italie vient d\u2019admettre le divorce et la France l\u2019avortement.Malgré tous ses efforts envers les deux pays les plus étroitement liés au Saint-Siège, pendant plus de mille ans, nous voyons l\u2019Italie et la France prendre leurs distances envers l\u2019Église.Ce n\u2019est plus la morale chrétienne qui fera le fond de 'leurs législations.Vraiment la chrétienté est terminée : les États refusent l\u2019influence de la morale chrétienne.Ils s\u2019ouvrent à autre chose.Les peuples occidentaux, déchristianisés, ne demandent plus une morale biblique ; ils la rejettent.Nous ne sommes plus en morale païenne mais en morale naturaliste.Cette profonde sécularisation des masses occidentales qui, après avoir rejeté le dogme, en arrive à rejeter la morale judéo-chrétienne, est un des signes les plus profonds de notre temps.L\u2019influence de Rome a donc baissé : ce n\u2019est plus vers les États ni même vers les élites traditionnelles qu\u2019elle doit tourner mais vers les masses où se trouvent, comme en état de gestation, la croissance des « nouvelles élites ».Tout le style de Rome, quoi qu\u2019il en soit de la jurisprudence et des bureaucrates romains, devra se modifier.Rome sent ce monde entier qui bouge, sous elle, et qui demande à émerger.Plus que n\u2019importe où ailleurs, Rome reste la ville où l\u2019homme acquiert le plus profondément « le sens du monde, lie drame des grands tournants ».Des révolutions peuvent venir, des barbares peuvent passer, des États peuvent persécuter, mais à Rome il appartient de préparer les lendemains et d\u2019offrir à tous les peuples de la terre, « jusqu\u2019à la fin du monde », l\u2019Évangile comme la nourriture la plus nécessaire qui soit.«Je serai avec toi », a dit Jésus à Pierre. TABLE DES AUTEURS ET DES MATIERES 873 INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES Septembre 1974 à juin 1975 (Les chiffres Indiquent les pages) A \u2014 TABLE DES AUTEURS ALLAIRE, Georges : Le Goéland, par Livinsgstone, 170.Le mort de l'homme, 656.Fini les fantômes, 849.ALLEN, Patrick : Révolution verte, grise ou rouge, 467.Langue seconde à l'élémentaire, 622.ANGERS, Fr.-Albert : Dossier de l\u2019Acte de Québec, 871.Français : situation de droit, 207.Français : situation de fait, 287.ARÈS, Richard : Synode et droits de l\u2019homme, 368.Livres (Groulx, Rumilly, Benjamin, Cappon), 519.Langues dans les écoles du Québec, 535.La dénatalité, 617.ASSOCIATION DES PARENTS C.de Q.: Le projet de loi des droits de l\u2019homme, 610.BEAUPRÉ, Viateur : Loi 22, franglais ou schizophrénie, 229.BOUTET, Odina : Psychologie de l\u2019indépendance, 721.BROSSARD, Gabriel : Liberté et restrictions, 281.BRUNET, Michel : Anglophones du Québec, 1760-1974, 452.CHAMPAGNE, Maurice : Violence et projet de loi 22, 955.ÉDITORIAUX : Fondation Esdras-Minville, 361.Loi cadre pour le cinéma, 449.Langues dans les écoles du Québec, 535.La dénatalité, 617.Langue seconde à l\u2019élémentaire, 622.FABI, Thérèse : Miron, libérateur, 179.Chamberland, Québécois hurlant, 597.FAUCHER, Albert : Propagande de Léandre Bergeron, 487.GAULIN, André : Billets d\u2019actualité, 591.Sentences d\u2019actualité, GENEST, Jean : L\u2019autogestion, 239.L'alimentation au Québec, 302.La coopération, 390.Énergie et monde occidental, 543.Impressions de Rome, 857.GINGRAS.Jules-Bernard : Système scolaire américain, 130.Démission de l\u2019autorité, 266.Moratorium à l\u2019adolescence, 331.Publicité et média de communication, 509.Facteurs moraux et religieux, 569.Révolution étudiante, 734.Conflit des générations, 746.LAURION, Gaston : Manichéisme intellectuel, 965. 874 L'ACTION NATIONALE LEBEL, Maurice : Succès ou (ailite des CEGEP, 810.LUSIGNAN, Lucien : Canadien au Proche-Orient, 778 MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS À propos du bill 22.923.NORMAND, Madame Paul : Planification humaine de l'éducation, 111 (pour pagination restaurée, voir octobre 1974, à la fin).Turquie, 413.Rhodes, 556.Grèce, 669.OLIVIER, Réjean : Marcel Hamel, journaliste, 628.PAGEAU, René : Idéologie de G.Lamarche, 758.SCHENCK, Ernest : Eugène Lapierre, 154.SOC.ST-JEAN-BAPTISTE-MONTRÉAL En marge du bill 22, 947.TORELLI, Maurice : Maurras et la théorie du nationalisme intégral, 581.Maurras et la démocratie, 703.Empirisme et nationalisme, 791.TREMBLAY, Rodrigue : Les Québécois et leur économie, 801.TRÉPANIER, Lise (et Pierre) : Le nationalisme est un humanisme, 143.Louis Archambeault, 649.XXX : Lettre de Chine, 193.B \u2014 TABLE DES MATIÈRES Adolescence, 331.Agriculture, 470.Alimentation, 302 - 345.Alliance Coopérative Internationale, 406.Américanisation, 130 - 345 - 571.Angers, Fr.-Albert, 394 - 448.Anglais à l'élémentaire, 622.Angleterre, 543.Anglicisation, 622.Anglo-catholiques, 343.Archambeault, Louis, 649.Athènes, 671.Autogestion, 238.Autorité, 266.Banques, 318.Benjamin, Jacques, 528.Bergeron, Léandre, 487.Bill 22.923, 207, 229, 452.Capitalisme, 323 - 391.Cappon, Paul, 530.Carleton, 919.CEGEP, 810.Chamberland, Paul, 597.Chapais, Thomas, 873.Chine, 193 - 281.Cinéma, 449.Communications, 509.Communisme, 240 - 323.Compétence, formation à la, 119.Conflit des générations, 746.Oonscience, formation de la, 115, Contestation, 734.Coopération, 390 - 448 - 482.Coopérative, 326 - 390.Delphes, 696.Démocratie, 703.Dénatalité, 617. TABLE DES AUTEURS ET DES MATIÈRES 875 Dominion Stores, 315.Droits de l\u2019homme, 368 - 610.Drogues, 349.Écoles anglo-catholiques, 343.Économie, 801.Éducation, objectifs de, 111.Éducation américaine, 130.Église, 368.Énergie, 543.Enseignants, 122.Éphèse, 441.État, 260 - 281 - 570.États-Unis, 130.Fascisme, 341.Fédéralisme, 449.Fondation Esdras-Minville, 361.Forêt, 472.Français, numéro spécial sur le bill 22 en sept.1974.207 - 287 - 535.Franglais, 229.Garneau, Fr.-Xavier, 881, 891.Goéland, Le, 170.Grèce, 669.Groulx, Lionel, 519 - 889 - 914.Hamel, Marcel, 628.Humanisme, 143.Indépendance, 533 - 534 - 721.Institutions privées, 341 - 349.Intelligence, formation de, 116.International, 126.Istanbul, 416.Italie, 543, 857.Lamarche, Gustave, 758.Langue seconde, 622.Lapierre, Eugène, 154.Libération, 344.Liberté, 260 - 281.Livingstone, Jonathan, 170.Lutte des classes, 347.Magasins, grands, 346.Marxisme, 240 - 323 - 392 - 487.Mass-média, 509.Maurras, Charles, 581 - 703 - 791.Miron, Gaston, 179.Moralité, 569.Mort, 656.Mozambique, 533 - 534, Mycènes, 685.Nationalisme, 143 - 400 - 581.Objectifs de l'éducation, 113.Olympie, 690.Parents, 123.Pariseau, Léo, 143.Pinochet, 340.Polyvalente, 140.Pragmatisme, 130.Proche-Orient.778.Projet éducatif, 111.Publicité, 509.Québec, 801.Relations féd.-prov., 449.Religion, formation à la, 116.Ressources naturelles, 467.Révolution étudiante, 734.Revues.Rhodes, 556.Rome, 857.Rumilly, Robert, 526.Socialisme, 240.Sociologisme, 577.Steinberg, magasins, 321 - 327 - 342.Synode, 368.Système scolaire, 130.Troie, 434 - 686.Turquie, 413.Violence et bill 22, 955.Yougoslavie, 246.AUX LECTEURS! De septembre 1974 à juin 1975, la revue L\u2019ACTION NATIONALE a réuni 28 collaborateurs qui ont écrit 59 articles.L\u2019ensemble constitue un volume de 875 pages.Aidez-nous à trouver de nouveaux lecteurs.Seul un merci efficace compte ! Nos annonceurs participent à la vie de la revue .Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les consultent d\u2019abord .RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurances générales\tÉditions Assurance vie\tFer Avocats\tImprimeries Cigarettes\tMercerie Comptables\tPlacements Coopératives Quincaillerie Il Répertoire des Noms Bélanger, Lorenzo & Associés Bellefleur, Gustave Bertrand, Guy Bilodeau, Réal Brabant, Aurèle Brassard, Jean Buffet Louis-Quinze Camus, Raymond Canuel, Germain Chabot, Pierre Charbonneau, Yves Charron, Gabriel Chevrier, J.-Normand Cossette, Jean-Marie Éditions Fides Desforges, Beaudry, Germain & Associés Desjardins, Gilles Doray, Pierre Fédération des Magasins Co-op Filion, Roland Gauvreau, Charles-A.Grenier, Paul Houde, G.-E.Jacques-Cartier (Imprimerie) Jasmin, Alban Lacoste, Claude Lange, Émilien Lanthier, Roger La Québécoise La Solidarité Létourneau, Bernard Maillé, Gilles Mainville, George Maranda, Jean-Hubert Marcil, Pierre-Paul Michaud, Robert Montréal Oxygène Pelletier, Jean-François Poirier, Fernand Prévost, Maurice Rheault, Fernand Richard, Clément Robillard, Michel Robillard, Pierre Roy, Édouard Roy, Robert Senécal, Yvan Thérien Frères Vachon, Robert Viau, Lucien & Associés Ill A VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES \u2022\tAssurance-vie régulière et variable \u2022\tAssurance collective \u2022\tRentes viagères \u2022\tRevenu-épargne variable I,»\tC O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE Agences et unités DRUMMONDVILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal H2X 3N9, tél.: 844-2050 IV ASSURANCES GÉNÉRALES ROGER LANTHIER & FILS 655,chemin Bord de l\u2019eau,\tSt-Lambert 878-2455 \u2014 671-6102 GUY BERTRAND & CLÉMENT RICHARD, avocats 42, rue Ste-Anne, suite 200 Québec Téléphone : 692-3951 COMPTABLES AVOCATS Desforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.\u2022 383-5738 LUCIEN VIAU & ASSOCIÉS comptables agréés Charles Gauvreau, C.A.Fernand Rheault, C.A.Robert Roy, C.A.Pierre Doray, C.A.Yves Charbonneau, C.A.210 ouest, boul.Crémazie, suite 4 Montréal 351\t388-9251 Lorenzo Bélanger et Associés Montréal, Québec comptables agréées 2055, rue Peel, bureau 1025 H3A 1V4 (514) 849-9167 COOPÉRATIVES jcooprix::: .C\u2019EST LA SOLUTION EDITIONS VIENNENT DE PARAITRE LES DÉBUTS DU RÉGIME SEIGNEURIAL AU CANADA par MARCEL TRUDEL Une étude magistrale sur la mise en place du régime seigneurial en Nouvelle-France et sur son fonctionnement, des d-buts jusqu\u2019en 1663.Un très beau volume relié \u2014 313 pages \u2014 23.5 cm Dans la collection «Fleur de lys» \u2014 $12.00 LA SOCIÉTÉ CANADIENNE-FRANÇAISE AU XIXe SIÈCLE ESSAIS SUR LE MILIEU \u2014 Par Gérard Parizeau Dans cet ouvrage, Gérard Parizeau tente d\u2019expliquer un siècle et certains personnages qui ont contribué à le faire (Joseph Bouchette, Mgr Ignace Bourget, P.-J.-O.Chauveau, Philippe Aubert de Gaspé, Joseph Papineau, etc.).Nombreuses illustrations \u2014 550 pages \u2014 21.5 cm \u2014 $12.00 En vente partout 245 est, boul.Dorchester, Montréal 861-9621 F.X.LANGE INC FER ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 11580 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL 478 - 648-7445 IMPRIMERIES IMPRIMERIE JACQUES-CARTIER INC.Imprimeurs-lithographes Service d\u2019artistes 388-5781\t8125.rue Saint-Laurent 8477, 8e ave, Mil 455 - 729-1351 Montréal 351, Qué. VI MERCERIE TAILLEUR LA BOUTIQUE LE PATRIMOINE inc.Gilles Maillé, propriétaire Spécialité : Habits sur mesures 6990, RUE ST-HUBERT, MONTRÉAL 273-2523 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d'Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels QUINCAILLERIE EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl 403 Tél.: 524-7541 François-Albert Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages.Il assemble les meilleurs articlts de M.Angers, écrits entre 1939 et 1969.Pour la première fois le public a à sa disposition les grandes lignes de la pensée de M.Angers.Livre essentiel pour connaître les orientations et les appuis rationnels de ce maître du nationalisme québécois.($5.) VII COMPLIMENTS DU Mouvement National des québécon ET DES SOCIÉTÉS MEMBRES: SNQ ABITIBI-TÉMISCAMINGUE SNQ CENTRE DU QUÉBEC SNQ CÔTE-NORD SNQ EST DU QUÉBEC SNQ DES HAUTES RIVIÈRES SNQ DU LANAUDIÈRE SSJB DE MONTRÉAL SNQ OUTAOU Al S-NORD SNQ RÉGION DE L\u2019AMIANTE SNQ RÉGION DE LA CAPITALE SNQ DES LAURENTIDES SNQ SAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ RICHELIEU - YAMASKA SSJB DE ST-JEAN SSJB DE LA MAURICIE LE MÉTRO DE MONTRÉAL EN PHOTOS ET EN PROSE par Dominique BEAUDIN Nous avons recueilli un certain nombre d\u2019exemplaires de cet ouvrage qui nous est souvent demandé.En vente à $1.50 \u2014 Case postale 189 Succursale N Montréal, Québec H2X 2N2 VIII LES AMIS\tDE\tLA REVUE Hommage de GUSTAVE BELLEFLEUR\t\tGABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle - 366-9116 BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.\t\t m.jean orassara, près.\t\t 256 est, rue Ste-Catherine Montréal 129 - 861-9293\t\tNORMAND CHEVRIER opticien d\u2019ordonnances BIJOUTERIE SILENCE enr.M.Pierre Chabot, gérant 1935, rue Des Érables Montréal 133 - 523-3673\t\t537.rue Cherrier Montréal 132 - 845-2673 Suce.: 803, Marie-Victorin Tracy, Qué.- 742-3349 \t\t \t\tHommage de HOMMAGE\t\tJEAN-MARIE COSSETTE D'UN AMI\t\tGILLES-H.DESJARDINS AURÈLE BRABANT Courtier en assurance\t\tCase postale 40 Rapide-des-Joachims Comté de Pontiac 1840, 55e av., Pointe-aux-Trembles Montréal 530 - Tél.: 642-7907\t\tFILION et ROBILLARD BUFFET LOUIS QUINZE inc.Banquets - mariages 7230.19e avenue, Rosemont Montréal 453 - 376-8660\t\tNotaires, Conseillers juridiques 11903, rue Ste-Gertrude Montréal-Nord - 322-1960 Roland Filion - Pierre Robillard GERMAIN CANUEL, avocat 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal 126 - 842-9403\t\tLAINE PAUL GRENIER Enrg.Spécialité : Laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal 360 - 388-9154 IX LES AMIS DE LA REVUE Dr ALBAN JASMIN 7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours CLAUDE LACOSTE 5325, rue Hubert Guertin Saint-Hubert, Québec Téléphone : 678-2947 PIERRE-PAUL D.MARCIL Chirurgien ROUYN-NORANDA Jean-Hubert Maranda, avocat 325 est, boulevard St-Joseph Montréal - 288-4254 Dr ROBERT MICHAUD 241 ouest, rue Fleury Montréal 357 Montréal Oxygène inc.4890, 5e ave, Rosemont 527-3656 Geo.-E.Houde, président ABONNEZ UN AMI PEINTURE BLAINVILLE ENRG.1020, boul.Labelle Blainvill» - 435-0248 JEAN-FRANCOIS PELLETIER Conseil en publicité et communication 1500, rue Stanley, bureau 425, Mtl PHARMACIE LÉTOURNEAU 3828, boul.Décarie Montréal - 484-7311 DOCTEUR FERNAND POIRIER 822 est, rue Sherbrooke, suite 400 Montréal 132 Lan-3000 MAURICE PRÉVOST Directeur de l\u2019Éducation des Adultes Commission Scolaire Régionale Duvernay MICHEL ROBILLARD, Notaire 2650 est, rue Beaubien Montréal 402 - 728-4541 Hommage de Yvan Senécal HOMMAGE DE ROBERT VACHON Médecin HOMMAGE D\u2019UN AMI George Mainville L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en Juillet et août) DIRECTION : JEAN GENEST Rédaction et administration : C.P.189, Succursale N, Montréal, H2X 2N2 ou Tél.de 3 è 8 : 866-8034 Abonnement : $10.00 par année.De soutien : $15.00 Les articles de la revue sont répertoriés et Indexés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques PÉRIODEX, publié par La Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS : Madame Paul Normand Charles Poirier SECRÉTAIRE : M.Gérard Turcotte TRÉSORIER : M.Yvan Sénéoal DIRECTEURS : MM.René Chaloult M.Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudln Albert Rloux Jean-Marc Léger Jean Qenest Patrick Allen M et Mme Michel Brochu Claude Trottlei Jean Mercier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Klrouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Quand tous les Québécois se donnent la main.La Solidarité COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social i 925, chemin St*Louis Québec "]
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