L'action nationale, 1 décembre 1970, Décembre
[" L'ACTION NATIONALE Volume LX, Numéro 4\tDécembre 1970\t75 cents Angers L\u2019Octobre tragique: Brunet Genest L\u2019Angleterre 1970: Genest Un conseil supérieur: Bouchard La langue esquimaude: Schneider Dictons et proverbes: Des Ruisseaux Voyage dans le nord: Lapointe Jules Romains: Roger Duhamel L\u2019Édition québécoise: Julia Richer POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL : Des matraques aux baïonnettes .\u201e.265 Michel BRUNET : Occupation étrangère puis démocratie dirigée .281 Fr.-A.ANGERS : Devant cet octobre tragique .285 Jean GENEST : L\u2019Angleterre - 1970 .293 Louis BOUCHARD : Pour un Conseil supérieur des écoles catholiques .\u201e.301 Lucien SCHNEIDER : La langue esquimaude .307 Pierre DES RUISSEAUX : Dictons et proverbes .315 Bernard LAPOINTE : Impressions de voyage dans le Nouveau-Québec .328 Roger DUHAMEL : Jules\tRomains .335 Julia RICHER : L'édition\tquébécoise .345 Dépôt légal \u2014 Deuxième semestre 1970 Bibliothèque nationale du Québec TEXTES ET DISCUSSIONS (Sujets nationaux) Père Gustave Lamarche de l'Académie Canadienne française Non pas un ouvrage de protestation, de revendication et de contestation, mais de pensée profonde, dans un style vivant et vigoureux.Un ouvrage d\u2019un genre rare chez nous; qui va aux profondeurs de notre problème national et que tout nationaliste doit avoir lu et doit méditer.Un volume de 330 pages $5.00 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 I Nous accusons réception des ouvrages suivants : Jacques Hébert \u2014 Obscénité et liberté \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue St-Denis, Montréal 129, 192 pp., 1970 Robert Choquette \u2014 Poèmes choisis \u2014 Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal 129, 200 pp., 1970.Maximilien Laroche \u2014 Marcel Dubé : (Collection : Ecrivains canadiens d'aujourd\u2019hui) \u2014 Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal 129, 189 pp., 1970 .Saint-Denys Garneau \u2014 Poèmes choisis \u2014 Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal 129, 141 pp., 1970 Maurice Matte \u2014 Un pasteur capitaliste en Amérique latine Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal 129, 145 pp., 1970 .L\u2019Office catéchistique provincial \u2014 La force des rencontres Homme et femme il les créa (document pour l'éducateur) \u2014 Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal 129, 96 pp., 1970 .net Hermann Plante \u2014 L\u2019Eglise catholique au Canada (1604-1886)\t\u2014 Les Editions du Bien Public, 1563, rue Royale, Trois-Rivières, 500 pp., 1970 .Cécile Cloutier \u2014 Cannelles et craies \u2014 Jean Grassin Editeur, 50, rue Rodier, Paris (9) \u2014 B.-C.Payette, compilateur \u2014 Histoire de la famille Lavergne Edité par la Maison Payette Radio Limitée, 730, rue Saint-Jacques, Montréal 101, 480 pp., 1970 Quand les écrivains québécois jouent le jeu ! \u2014 43 réponses au questionnaire Marcel Proust présenté par Victor-Lévy Beaulieu \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 268 pp., 1970 Pierre Turgeon \u2014 Un, deux, trois (roman) \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 171 pp., 1970 .Louis Geoffroy \u2014 Le saint rouge et la pécheresse \u2014 Collection : Les poètes du jour \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 96 pp., 1970 Roger Des Roches \u2014 Corps accessoires \u2014 Collection : Les poètes du jour \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 55 pp., 1970 Jacques Boulerice \u2014 Pourquoi ! \u2014 Collection : Les poètes du jour \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 60 pp., 1970 .Rose Hubert \u2014 Comment lire dans les lignes de la main \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 196 pp., 1970 .Marc Doré \u2014 Le billard sur la neige (roman) \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 176 pp., 1970 .Marie-Claire Blais \u2014 Les apparences (roman) \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 203 pp., 1970 .$3.00 $2.50 $3.00 $2.90 $8.00 $3.50 $2.50 $2.00 $2.00 $2.00 $3.00 $2.50 $3.00 Il Nous accusons réception des ouvrages suivante : Jean-Claude Dussault \u2014 500 millions de yogis ?Un essai sur l\u2019Hindouisme \u2014 Editions du Jour, 1651, rue Saint- Denis, Montréal 129, 125 pp., 1970 .Bertrand-B.Leblanc \u2014 Le guide du chasseur \u2014 Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 268 pp-, 1970 .André Daveluy (Monsieur Bricole) \u2014 Petite encyclopédie du bricoleur \u2014 Editions du Jour, 1651, rue St-Denis, Montréa! 129, 188 pp-, 1970 .Hamelin-Grenier \u2014 Géographie contemporaine (cours secondaire) \u2014 Le Canada \u2014 Editions du Renouveau Pédagogique, 8955, bout.St-Laurent, Montréal 354, 130 pp., 1970.Dr Jean-Marc Brunet, n.d.\u2014 Les Vitamines naturelles \u2014 Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 132 pp., 1970 .Jean-Marie Poupart \u2014 Ma tite vache a mal aux pattes (roman) \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue St-Denis, Montréal 129, 244 pp., 1970 .Rodrigue Tremblay \u2014 Indépendance et Marché commun Québec-Etats-Unis \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue St-Denis, Montréal 129, 127 pp., 1970 .Mainmise \u2014 Nouvelle revue périodique sous-titrée : organe québécois du rock international, de la Pensée Magique et du Gay Savoir \u2014 Boite postale 10, Station C, Montréal 130 \u2014 numéro d'octobre 1970 \u2014 2 24 pages .Pierre Mathieu \u2014 Stabat Mater (poèmes) \u2014 Les Editions passe-partout \u2014 C.P.291, St-Constant, comté de Laprairie, 15 pp., 1970 .Dollard Dansereau (Juge des Sessions) \u2014 le citoyen face au droit criminel \u2014 Editions Beauchemin, 450, avenue Beaumont, Montréal 303, 224 pp., 1970 .W.Hidola Girard \u2014 Le solitaire de la montagne qui dort ___ Les Editions du Phare, Desbiens, Lac St-Jean, Qué., 272 pp., 1970 Eugène Cloutier \u2014 En Tunisie \u2014 Les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 207 pp., 1970 Roch Carrier \u2014 Il est par là, le soleil (roman) \u2014 les Editions du Jour, 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 142 pp., 1970 .Dr Serge Mongeau, m.d.\u2014 Comment garder votre santé ___ Les Editions du Jour, 1651 rue St-Denis, Montréal 129, 154 pp., 1970 .Yves St-Arnaud \u2014 J\u2019aime \u2014 essai sur l'expérience d'aimer _________ Les Editions du Jour et les Editions du Centre interdisciplinaire de Montréal \u2014 1651, rue Saint-Denis, Montréal 129, 120 pp., 1970 .-.$2.50 $3.00 $3.00 $2.50 $3.00 $2.50 $2.00 $0.25 $3.50 $3.00 $2.50 $2.50 $2.50 L\u2019ACTION NATIONALE Édifice Fides, Chambre 504, 235 est, boulevard Dorchester, Montréal (Tél.: 866-8034).Volume LX, Numéro 4\tDécembre 1970\t75 cents Editorial DES MATRAQUES AUX BAÏONNETTES CHERCHONS L'OR DANS LA PAILLE \u2014 Que dire qui n ait déjà été dit sur les événements déclenchés par le Front de libération du Québec ?Il s'agit d'un groupe d'une centaine de jeunes engagés résolument dans une spirale de violence \u2022 jusqu'au bout ».Les journaux de Montréal, d Europe et des États-Unis ont publié des tonnes de mots et d images entre lesquels il faut décanter quelques onces d'or.La peur semée par le F.L.Q., leurs sympathisants et les moyens audio-visuels de communication sociale, a été réelle, viscérale, générale.Nous avons appris que la peur, à un certain point d'intensité, agit comme un coagulant pour la pensée qui, pour rester libre, doit être fluide, objective, à la recherche de l\u2019essentiel.Il est réconfortant et beau pour l'homme que tous n'aient pas succombé à l'hystérie.En ces circonstances tragiques, plusieurs ont fait effort pour conserver leur lucidité.Ils ont vite découvert que la recherche de la sécurité n'était pas la paix véritable.Les matraques d\u2019hier ont-elles arrêté la révolution sociale ?Les baïonnettes d\u2019aujourd'hui apportent la sécurité mais arrêteront-elles les appels à la justice, les refus de l'humiliation, la volonté têtue d'être reconnue comme une nation égale à n'importe quelle autre, tous besoins qui sourdent de 266 ACTION NATIONALE partout ?Il nous faut trouver une paix véritable.Nous nous proposons d'articuler en quatorze points les bases d'une solution juste.1\t_ un CRIME EST UN CRIME.\u2014 C'est entendu: nous condamnons le recours à la violence.Nous condamnons l'enlèvement d'innocents comme otages et l'assassinat insensé d'une vie humaine.Ces tactiques de la guérilla urbaine montrent comment les idées font le tour de la terre.Aucun peuple n'est protégé contre la folie imitative et les importations criminelles.Il suffit qu'un groupe de citoyens perdent le sens de la morale pour qu aussitôt la vie humaine perde sa valeur.La gauche invoque souvent un certain humanitarisme.Elle est aussi capable de cruauté et de fanatisme.Elle cherche la justice, elle est aussi capable de crimes contre la société.Il nous faut des écoles où les distinctions du bien et du mal sont encore enseignées et où le respect de la vie humaine fait partie du civisme.2\t\u2014 LES MIRAGES DES EXTRÉMISTES.\u2014 À la base de la foi aveugle chez les extrémistes il y a la plupart du temps quelque paranoia : eux, ils voient plus juste; ils comprennent mieux leur temps; les autres sont des chiens couchants et des imbéciles; ils doivent leur imposer leur type de bonheur malgré eux.Cette paranoia ne leur permet pas d'accepter la démocratie et ses lenteurs, ni le dialogue et ses complexités.Pour tout rénover, il faudrait, d'après eux, faire tout sauter.Les recommencements en beauté seraient alors possibles.Ils s'attribuent du prophétisme.À se croire absolument dans la ligne de l'histoire, ils débouchent sur le messianisme propre aux petits groupes.Ce messianisme aux vues étroites fait prendre les rêves pour des réalités certaines.Il s'agirait seulement de foncer.Le volontarisme remplace l\u2019intelligence qui arrête de fonctionner normalement.Ainsi une société passe de l'agriculturisme à la guérilla, de la contemplation un peu passive des événements au fanatisme cru.La logique du fanatisme n\u2019est pas la conversion mais le meurtre.Sa mission DES MATRAQUES AUX BAÏONNETTES 267 s achève dans des destructions.Malgré tous les exemples de I histoire, ils espèrent que de leurs ruines s'élèvera une nouvelle race d'hommes.Nietzsche n'est pas loin : le mirage des paradis perdus retrouvés par la force.3\t~ CE CRIME EST SURTOUT UN AVERTISSEMENT.\u2014 A nous arrêter là nous en arriverions aux conclusions impitoyables : « Ces extrémistes, il faudrait les conduire au poteau d exécution ! » Au radicalisme des uns répondrait le simplisme des autres.En effet avons-nous ici des criminels ordinaires qui cherchent des profits personnels, des parasites du capitalisme, des adversaires de la propriété privée ?S'agirait-il plutôt d'idéalistes fourvoyés dans leurs buts et leurs moyens ?Dans le premier cas nous avons des crimes, dans le second le crime peut comporter un avertissement.La société couve-t-elle des maux que personne ne veut écouter ?Que les autorités ne veulent pas entendre ?La défense de l\u2019ordre établi ne cacherait-elle pas des désordres dont ces idéalistes sont plus conscients ?Par la rigueur, les autorités enfin alertées, peuvent freiner les criminels mais les seconds, devant les baïonnettes, ne deviennent-ils pas des martyrs et ne font-ils pas des disciples ?Les baïonnettes sont impuissantes : ont-elles jamais embroché une idée ?Le danger d'une répression, par aveuglement, doit être évitée par une étude intelligente des maux qui ont pu susciter de telles tumeurs sociales, de telles colères.4\tVISE-T-ON QUÉBEC OU OTTAWA ?\u2014 Ces membres du Front de libération du Québec, qui donc attaquent-ils ?On reste estomaqué devant l'imprécision de leurs attaques et de leurs buts.Attaquent-ils Ottawa ou Québec ?Quel renversement précis cherchent-ils ?L'enlèvement de M.Richard Cross, attaché commercial de F Angleterre à Montréal, pourrait signifier une mise en impasse du gouvernement fédéral d'Ottawa et la recherche d'une notoriété internationale.Mais l'enlèvement de M.Pierre Laporte, ministre de l'Immigration au gouvernement provincial, indique plu- 268 ACTION NATIONALE tôt une menace au gouvernement du Québec.Nous restons dans la confusion sur les motifs de tels enlèvements.M.Laporte ne menaçait rien : il n'était le drapeau de rien.Son action politique était assez opportuniste et impersonnelle pour n'ameuter personne.Pourquoi ce gris plutôt que ce noir ?Que vise-t-on : le gouvernement d'Ottawa ou celui du Québec ?Que veut-on implanter à la place ?Les spectateurs ont l'impression du hasard, d'un manque de cohérence dans les actions violentes, d'une sorte d'irrationnalité dans l'attaque.Si les membres du Front de libération veulent l'indépendance du Québec, pourquoi choisir des victimes dont le rapport avec le but est pratiquement inexistant ?Si les victimes n'ont été que des prétextes, les extrémistes ne sont pas indemnes de lâcheté en choisissant n'importe qui et en permettant ainsi de fausses interprétations.5 _ ON EN PROFITE POUR CRIER : « ONE NATION ! » \u2014 Cette ambiguité des crimes est probablement ce qui a jeté les Anglo-Canadiens et les officiels du gouvernement fédéral dans la confusion.Ils ont cru que ces meurtres allaient unir tous les Canadiens dans la même horreur et resserrer les liens des provinces avec le grand gouvernement du Canada.M.Trudeau revient plusieurs fois sur le « stick together as Canadians »; M.Stanfield est plus nuancé lorsqu'il dit : « Make sure that the terrorists don\u2019t succeed in dividing us »; M.Stanley Knowles, de Winnipeg : « This sadness will bind the country ».Or jamais ces événements n'ont montré davantage l'incompréhension des deux nations du Canada.Le New York Times, résumant le tout, concluait dans le sens du réalisme noir : « Moreover, most English Canadians are indifferent or hostile to French Canada » (Dimanche, 25 octobre 1970, section 4, revue de la semaine, p.6, par Edward Cowan).L'union des deux nations demeurera encore quelque temps un rêve de I esprit car si les enlèvements ont un sens c\u2019est d'abord et avant tout celui de sortir l'Establishment et toute l'opinion anglo-canadienne de sa quiétude de privilégiés et de dominateurs. DÈS MATRAQUES AUX BAÏONNETTES 269 Les affirmations, selon lesquelles il n'y aurait au Canada qu'une seule nation, causent un mal profond, une humiliation constante.Nous ne sommes pas considérés comme partenaires dans la Confédération mais comme une masse ouvrière à bon marché, dont les gouvernements et les grandes affaires peuvent abuser.Le chômage est pour le Québec et les grosses affaires pour Toronto ou Westmount.Les taudis sont pour le Québec et les réformes sociales coûtent toujours trop cher aux possédants.Le premier ministre du Canada pourrait-il parler de l\u2019union des deux nations puisqu'il a toujours nié qu'il en existât deux ?Là est le point fondamental : nous n'acceptons pas d\u2019être une entité qui serait autre chose que la nation canadienne-française.6 \u2014 LA CAUSE PROFONDE C\u2019EST UN FÉDÉRALISME FAUSSÉ.\u2014 Le terrorisme donne une première phase et si nous allons au-delà du terrorisme la réaction de l'État commence une deuxième phase.Sera-t-elle une accélé-lation des gangrènes de la société ?Il faut plutôt remonter aux causes historiques, aux réalités bafouées, qui expliquent la montée des guérilleros urbains.Le rapport Laurendeau-Dunton reconnaît pleinement les cent ans d'injustices dont souffre la nation canadienne-française, soit au point de vue linguistique, soit au point de vue économique, au sein de la Confédération.Il y a plus grave : les attaques du gouvernement fédéral érodent continuellement les pouvoirs provinciaux au profit des pouvoirs fédéraux.Toutes les discussions au niveau des gouvernements se font dans une atmosphère pourrie où le Québec est noyé à dix provinces contre une.Les orateurs disent : « Fédéralisme », mais les actes disent : « État unitaire ».Le fédéral en se mettant hors de la constitutionnalité, tue toute philosophie saine du fédéralisme.Les Canadiens-Français étouffent dans la Confédération telle que menée par Ottawa.Depuis la deuxième Grande Guerre on a retiré aux provinces les impôts directs accordés par la Constitution aux provinces.Or l\u2019État du Québec ne dispose pas d\u2019ar- 270 ACTION NATIONALE mée pour corriger les empiétements du gouvernement fédéral et ses coups de force contre la constitution.Si le gouvernement fédéral pratique les empiétements sans dialogue et traite la constitution comme un chiffon de papier, que nous reste-t-il pour le mettre à la raison ?Des extrémistes ?7 \u2014 UNE HUMILIATION COLLECTIVE QUI N'ACHÈVE PAS.\u2014 Ce freinage continuel de l'autonomie provinciale, au moment même où l'essor de la communauté québécoise demande plus d'autonomie et de souveraineté, est la raison fondamentale du malaise canadien-français.Ce malaise, s'il n'est pas guéri, et guéri durant cette génération-ci, ne peut qu'augmenter.Les thuriféraires fédé-ralisants le niaient.C'était une rhétorique pour dormeurs car le scandale éclate à la face du monde.La mauvaise gestion du fédéralisme canadien n'est plus un secret pour personne dans l'univers.Est-ce assez pour donner mauvaise conscience ?Car les sympathies du monde vont d'abord aux opprimés, aux minorités, non aux administrations coloniales.Les conséquences d'une hégémonie séculaire sont graves : le Québec n'a pu se donner une politique sociale et économique qui lui aurait été propre.Il a été contraint d'entrer dans des cadres d'une politique fédérale maniée par une majorité anglo-canadienne qui prend toutes les décisions importantes.Nous devons travailler à l'intérieur de leur point de vue, toujours supérieur.Le grignotement des pouvoirs de l'État du Québec est continuel.Aucune cour de justice, aucune armée ne nous permet de redresser les torts.Cette impression d'impuissance contre des autorités qui s'arrogent tous les pouvoirs, en conduit plusieurs à une sursaturation d amertume.Quelques-uns voudront renverser ce faux ordre établi par des moyens brutaux.On les appellera extrémistes.Mais comment faut-il appeler les politiciens fédéraux qui, incapables de maîtriser leurs invasions, donnent l'impression d\u2019empêcher le Québec de se développer conformément à sa culture et à son être propre ?Empêcher un 271 peuple d'être maître chez lui et le maintenir dans des tâches subalternes et d'infériorité politique, est-ce encore pensable au vingtième siècle ?Ont-ils si tort ces Canadiens-Français qui voient dans la Confédération un désordre établi contre lequel il ne reste aucun recours légal, sinon celui qui s'estompe dans la nuit des temps ?8\t\u2014 AUTRE PROVOCATION QU\u2019AUCUNE ARMÉE NE PEUT ARRÊTER.\u2014 Il y a à peine un mois : nouvelle offensive contre les pouvoirs provinciaux par la création d'un ministère fédéral des Affaires municipales.Passant par-dessus les gouvernements provinciaux, ce nouveau ministère pourra traiter avec chaque municipalité.Les provinces anglaises y voient même un avantage car les municipalités demanderont moins d'argent au gouvernement provincial et davantage au gouvernement fédéral.Pour le gouvernement du Québec, il n'en est pas ainsi.Il s\u2019agit d'une invasion d'un pouvoir strictement provincial et, par là, d'un affaiblissement de l'État provincial.Et cela malgré toutes les protestations les plus légitimes et les plus démocratiques.Le fédéralisme même est rongé par un autoritarisme progressif qui le tue.9\t\u2014 ON S'EST MOQUÉ DES MODÉRÉS.\u2014 Depuis longtemps le Québec étudie les problèmes existants et offre des solutions valables.On a apporté l'exemple des États Généraux où deux mille représentants venus de toute la province donnèrent l'exemple d'une saine démocratie organique de participation (L'Action Nationale, mai-juin 1969, p.533).Les milieux gouvernementaux haussèrent les épaules et rejetèrent le tout d'une façon étroitement partisane.Pourtant l\u2019affaire ne manquait pas d'ampleur.La collaboration des intellectuels et des gens responsables était évidente.Au lieu d'écouter, le gouvernement fédéral préféra poursuivre sa guérilla centralisatrice.Il ne démord pas : a-t-il jamais essayé de comprendre ?La conclusion s'impose : « Pour avoir refusé de discuter valablement avec des groupes modérés, dit la Saint-Jean-Baptiste de Montréal, nos gouvernements en 272 ACTION NATIONALE sont réduits aujourd'hui à devoir négocier avec des terroristes ».N'avons-nous pas là le fruit de vingt-cinq ans de négociations infructueuses, de mépris des intellectuels et des éléments les plus actifs du Québec français ?Pourtant les nations africaines ne sont-elles pas écoutées à l'Organisation des Nations-Unies ?La hargne du fédéral ne peut engendrer que haine et rancoeur.10 \u2014 VOLONTÉ D\u2019ÉCRASER TOUT NATIONALISME QUÉBÉCOIS.\u2014 Devant la riposte désespérée d'une poignée de jeunes révolutionnaires, le Québec voit arriver 8,000 soldats et la Royal Canadian Mounted Police.Les mercenaires du fédéralisme viendront-ils pour protéger la population ou pour l'étouffer de peur ?L\u2019une et I autre interprétation est possible devant la masse des commentaires.Une démonstration de force par le gouvernement fédéral reste toujours sujette à caution en elle-même et par l'ampleur qu'elle prendra.Pour embrouiller l'affaire, M.Sharp, ministre des Affaires extérieures, et M.VJ.H.Kelly, ex-directeur de la Royal Canadian Mounted Police, sans oublier M.Jean Marchand, précisent que l\u2019armée est nécessaire pour écraser les séparatistes.Il ne s\u2019agit plus du F.L.Q.mais des séparatistes.Ottawa croit discerner que son ennemi le plus sérieux, ce n'est pas le communisme mais le séparatisme.Les excès des terroristes donneront donc au gouvernement fédéral le prétexte voulu pour atteindre l'objectif véritable : écraser le séparatisme, semer la peur dans tous les milieux financiers, commerçants ou d'information quelque peu nationalistes.Le gouvernement fédéral a pris sur lui, après invitation des gouvernements provincial et municipal, dit-il, selon des motifs qui n ont pas convaincu l'ensemble des Anglo-Canadiens, et sans avoir cherché aucune autre mesure moins draconienne, d'écraser toute velléité d'autonomie intelligente.La peur a engendré le besoin de sécurité.Le besoin de sécurité a fait croire à la population qu'on la défendait contre tous les méchants.Mais la colère monte quand même.Le grand nombre n'assiste pas impassible à cet 273 assaut du fédéral, même invité par le gouvernement provincial.Le danger, c'est que, demain, le danger étant passé, l'exaspération ne se généralise.Si, après cette parade de la force, le fédéral ne sait présenter au Québec des promesses d autonomie et d'association intelligente, il risque des recommencements sans fin.Dans ces perspectives les baïonnettes sont dangereuses, sinon futiles.11 OUI EST L ADVERSAIRE ?\u2014 Les Anglo-Canadiens découvrent de plus en plus les contradictions du premier ministre fédéral, M.Pierre Elliott-Trudeau.Il était un des principaux révolutionnaires de 1950.Il ne craignit pas d attaquer l\u2019État et l'Église dans sa revue Cité Libre.Révolutionnaire encore timide, ses revendications étaient parfois bonnes, parfois irresponsables, mais dans l\u2019ensemble elles apportaient la tempête.Il ne veut plus aujourd'hui reconnaître sa part dans une telle postérité.Beaucoup d'hommes passent la seconde moitié de leur vie à réparer les erreurs de leur jeunesse.Il s\u2019opposa à Duplessis lorsque celui-ci protégeait les riches contre les ouvriers.Il s'opposa aux matraques lorsque celles-ci imposaient la loi du cadenas et mettaient hors la loi les communistes.Aujourd hui, on voit pire : aux matraques ont succédé les baïonnettes.Les matraques ont suscité des résistances; les baïonnettes en susciteront bien davantage : elles imposent le bâillon et l'humiliation à toute une nation qu on se refuse toujours à reconnaître comme telle.Qu'on se rappelle seulement ce petit fait divers au coin d une rue de Montréal.J\u2019y attendais la lumière verte quand passèrent deux camions chargés de soldats, mitraillettes à la main.Un monsieur bien habillé, d'un certain âge, marmotta à dents serrées suffisamment fort pour que ses voisins I entendent : « Foreigners, go home ! » Cette invasion du Québec n'aura-t-elle été qu\u2019un simple exercice, qu'une manoeuvre préliminaire ?Si une majorité de Canadiens-Français demandent l'indépendance, si la Confédération se révèle de plus en plus impos- 274 ACTION NATIONALE sible aux Québécois, reverrons-nous les mêmes armées et la même police maîtriser tous les points stratégiques de la province ?Même si les Canadiens-Français y vont par les moyens démocratiques ?Le problème se posera dans un avenir de plus en plus rapproché.Les baïonnettes ne paraissent pas une réponse mais un tempérament.L'exemple donné, les Anglo-Canadiens garderont-ils le style ?12 \u2014 OÙ EST NOTRE ÉTAT ?\u2014 Que penser de la reddition du gouvernement québécois au gouvernement fédéral pour régler le cas de deux enlèvements et de toute une rhétorique révolutionnaire ?Devant ces événements, invraisemblables pour notre milieu, le Québec révèle-t-il un manque d'imagination ou une incapacité de gouverner ?Est-ce vraiment lui qui a pris l\u2019initiative de demander l'armée ou a-t-il été invité à demander l'armée prête à envahir, de toutes façons ?Il ne faut pas oublier qu'à l'invitation du gouvernement provincial et municipal, l\u2019armée fédérale était déjà cantonnée sur un périmètre de vingt-cinq milles autour de Montréal.Il lui suffit d'une heure à peine pour « s'emparer » de tous les endroits stratégiques.Et les troupes de l'Ouest, ne parlant qu'anglais, nous arrivèrent d'Edmonton en vingt-quatre heures.Nous savions que nous avions des amis, mais pas tant que ça ! Le point principal : nous avons vu le gouvernement provincial se mettre lui-même sous la coupe du gouvernement fédéral.Une mise en tutelle, malgré les paroles officielles.Le Québec incapable de régler ses propres problèmes ! Ça lui prend quinze jours avant de prendre l'initiative d\u2019une récompense officielle à ceux qui aideraient la Sûreté du Québec à retrouver les auteurs des enlèvements.Faillite d'efficacité.Vu sous cet angle des relations fédérales-provinciales, ces événements ont été l\u2019occasion d'un recul.Comment pourrons-nous remonter en fait et en honneur ! La conclusion n\u2019échappera pas aux fédéralisants : l'indépendance est une utopie car les Québécois ont 275 prouvé qu'ils sont incapables de se gouverner eux-mêmes et qu ils ne sont définitivement pas maîtres chez eux ! Nous avons refusé de prendre les décisions.Or prendre les décisions, c'est cela l\u2019autonomie, c'est cela la maturité politique.Si le gouvernement du Québec ne nous obtient pas, pour bientôt, plus d'autonomie, il paraîtra pour l'histoire comme un gouvernement en tutelle.Il y a là tous les éléments d'une colère nationale qui n'est pas près de se terminer.On se rappellera au Québec que le gouvernement fédéral a pris figure d'occupant.Pourtant il faut trouver des solutions de paix : les baïonnettes ont plutôt envenimé les choses.13 \u2014 UN ÉPISODE DANS LE REDRESSEMENT.\u2014 Que conclure de tous ces événements ?Cet octobre tragique n'est qu'un épisode sanglant et déshonorant mais explicable.La lutte plus large dans laquelle cet épisode s'inscrit, est loin d'être terminée, elle s'est au contraire développée en images et en questions si essentielles que tous en restent songeurs.Les invasions de toutes sortes du gouvernement provincial par le gouvernement fédéral sont-elles justifiables ?Le mépris constant de la Constitution, l'absence de recours légaux contre les empiétements du gouvernement fédéral (ne parlons pas de la Cour Suprême I), la répression larvée des autonomies légitimes, la mainmise sur les impôts directs, les empiétements constants sur le culturel et le social constituent aussi une violence organisée, systématique, qui est au fond du malaise québécois au sein de la Confédération.Il faudrait donc que le gouvernement du Québec (là seulement sont les vraies initiatives pour nous), devant le pourrissement de la situation et l'accélération des gangrènes sociales, prenne sur lui de mener une consultation non partisane auprès des Canadiens-Français sur les grandes lignes d une Constituante.Ce dessein général de notre avenir constituerait le mandat fondamental à l'intérieur duquel le gouvernement provincial maintiendrait ses relations avec le gouvernement fédéral.Si les 276 ACTION NATIONALE Canadiens-Français perdaient confiance en leur État, ils ne se donneraient pas au gouvernement d'Ottawa mais ils pourraient, dans leur désespoir, se tourner vers d'autres cibles dangereuses.Il faudra donc entre le Québec et Ottawa un meilleur partage des éléments d'association et des éléments de souveraineté.Sans cela la paix véritable nous échappera.Sous cet aspect la mort de M.Laporte trouvera une utilité certaine : elle aura été un avertissement écouté.Il faudra aussi repenser l'éducation de la jeunesse au Québec et épurer le ministère de l'Éducation de tous ses doctrinaires en folies collectives et de tous ses incompétents irresponsables.Tout a été ébranlé : la foi, le civisme, la famille, les relations entre maîtres et élèves.Les jeunes livrés à eux-mêmes, ou parfois à de mauvais maîtres, se sont donnés à l'anarchie morale et civique.Eux aussi sont un avertissement.Les grèves d'adolescents ne sont-elles pas des semences d'irresponsabilité sociale ?Les faillites des autorités scolaires devant les grands complexes polyvalents ne doivent-elles pas nous faire réfléchir ?Et les parents chrétiens ont-ils tort de demander que leurs enfants fréquentent des écoles chrétiennes administrées par des commissions scolaires confessionnelles ?Sinon la coupure entre le pays réel à administrer et le pays administrateur provoque des malaises où les jeunes apprennent à rejeter et les valeurs représentées par l\u2019État et les valeurs représentées par la famille.Que nos écoles ne soient pas des ateliers de délinquance mais des centres d approche vers les valeurs.Il faudra une meilleure répartition du budget provincial.Les subventions aux industries pour arrêter l'hémorragie du chômage sont urgentes.Les problèmes du travail pour tous, des salaires adéquats, de la participation ouvrière aux bénéfices, de la langue française comme langue universelle du travail, de la promotion des Canadiens-Français aux postes de décision, du logement familial, contribueront à diminuer le langage révolutionnaire et à enseigner au Canadien-Français le respect de lui-même 277 dans la fierté nationale.Il n'y a pire terrain de révolte que celui où tout un peuple ressent une humiliation comme une blessure dans son être collectif même.L\u2019arrogance et les baïonnettes ont déjà fait tout le tort imaginable.Qu\u2019on nous reconnaisse le statut de nation et qu'on accepte les conséquences : nous aurons alors vaincu l'humiliation et le sentiment perpétuel d'infériorité dans la Confédération.14 \u2014 LE REDRESSEMENT VÉRITABLE.\u2014 Durant la révolution tranquille, nous avons tous connu au Québec une terrible déperdition des valeurs spirituelles.Il est temps que l'État fasse sa part pour les protéger.Parce que, quand elles sont parties, elles laissent un tel vide, une telle amertume, que n'importe quoi peut pousser dans des êtres non suffisamment alimentés.Parfois ce sera le goût de l'art mais parfois aussi ce sera le goût de la violence et de la destruction.On s'y diminue comme valeur humaine.Faire des hommes, non des tueurs, voilà la vocation du Québec.(1 novembre 1970).¦ \u2022 ¦ JEAN GENEST 278 ACTION NATIONALE BONNE et HEUREUSE ANNÉE à TOUS NOS LECTEURS ANNONCEURS ET AMIS H J-1 . Deux cent dix ans d\u2019occupation étrangère et cent soixante-dix-huit ans de démocratie dirigée par Michel Brunet1'1 À l\u2019époque de la Nouvelle-France, les habitants de la vallée du Saint-Laurent vivaient dans une société dont l\u2019orientation dépendait du consensus de la majorité.Devenus, depuis deux cent dix ans, membres d\u2019un peuple vaincu, conquis et occupé, les Canadiens français ont dû se soumettre aux maîtres britanniques que le sort des armes leur avait donnés et à leurs héritiers.Le degré et la nature de leur soumission ont varié selon les circonstances.L\u2019histoire nous démontre que la démocratie n\u2019a jamais existé au Québec depuis que les Britanniques s\u2019y sont installés après la capitulation de Montréal (1760) et le traité de Paris (1763).Entre 1760 et 1792, les conquis s'inclinèrent devant l\u2019omnipotence d\u2019un gouverneur dont ils attendaient un minimum de justice.Depuis l\u2019introduction du système représentatif en 1792 jusqu\u2019aux élections du 29 avril 1970 \u2014 sans parler des événements tragiques que nous vivons depuis quelques semaines, la majorité francophone du Québec a dû se contenter d\u2019un simulacre de démocratie.Dans la législature du Bas-Canada, qui exista de 1792 à 1837, les représentants des électeurs canadiens-français constituaient la majorité.Au Conseil législatif 1 \u2014 Texte préparé pour la Journée d'étude organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal sur ¦ Le système électoral du Québec ».M.Michel Brunet est professeur titulaire au département d'histoire à l'Université de Montréal.7 novembre 1970. 282 ACTION NATIONALE et au Conseil exécutif, les porte-parole officiels de la population francophone étaient toujours en minorité.Incapables de corriger la situation, les membres du parti patriote perdirent foi dans les institutions britanniques et eurent recours à la révolte armée.Leurs adversaires, qui avaient utilisé tous les moyens à leur disposition pour les pousser à ce geste de désespoir, en profitèrent pour établir un régime d\u2019exception.La constitution de 1791 fut suspendue et le Conseil spécial exerça des pouvoirs dictatoriaux sous la protection de l\u2019armée britannique.Celle-ci était alors commandée par John Colborne que nos ancêtres ont surnommé le « Vieux Brûlot » pour rappeler ses méthodes d'éducation politique auprès de la masse canadienne-française.En 1841, entra en vigueur l\u2019Acte d\u2019Union.Celui-ci réduisait les Canadiens français au statut d\u2019une minorité linguistique impuissante dans un pays qui, en fait, n'était plus leur patrie depuis la Conquête.Lord Gosford, l\u2019ancien gouverneur du Bas-Canada, signataire de l'ordre d\u2019arrêter les chefs patriotes qui eut pour effet de déclencher le soulèvement armé, déclara à la Chambre des Lords que cette mesure était « des plus injustes et des plus tyranniques ».De 1842 à 1867, les chefs politiques canadiens-français qui participèrent au gouvernement du Canada-Uni, le firent à titre de représentants d\u2019une minorité.Ils avaient dû renoncer au programme de libération nationale du parti patriote et aux idéaux des 92 Résolutions.L\u2019échec de 1837-1838 et la répression militaire aveugle qui s'ensuivit les avaient rendus très prudents et fort dociles.LaFontaine, Morin et Cartier s\u2019efforcèrent de convaincre la majorité britannique du pays qu\u2019ils acceptaient son leadership politique et économique.En retour, ils obtinrent quelques concessions en faveur de la langue française et reçurent la permission de conserver un système légal qu'ils croyaient nécessaires à la survivance de la collectivité canadienne-française.De son côté, l\u2019Église, profitant de la perte de prestige des dirigeants laïques auprès de la masse du peuple, s\u2019assura graduel- OCCUPATION ÉTRANGÈRE PUIS.283 lement une position privilégiée au sein de la société franco-québécoise.L\u2019institution du régime fédéral de 1867 et la création de la province de Québec consacrèrent le Grand Compromis conclu à l'époque de l\u2019Union entre les politiciens anglophones et francophones, la bourgeoisie anglo-canadienne et l\u2019Église québécoise.Les British Americans, devenus les Canadians, s\u2019approprièrent sans contestation possible l\u2019administration politique et économique du Royaume du Canada.À l\u2019intérieur de la province de Québec, dont il avait bien fallu accepter la formation, la minorité anglophone imposa sa langue à la majorité et s\u2019assura le contrôle d\u2019un certain nombre de comtés protégés.Ces deux faits révèlent le caractère nettement antidémocratique de la constitution de 1867.De plus, la puissance économique des Anglo-Québécois, capables de toujours compter sur l\u2019appui inconditionnel du gouvernement d\u2019Ottawa, faisait de cette minorité une véritable caste dominante.La population s'en rendit bien compte lorsque se forma le premier ministère québécois en 1867.La Bank of Montreal influença directement le choix du premier ministre.De 1867 à 1970, les Franco-Québécois ont continué à vivre en démocratie dirigée.La liberté qu\u2019ils ont exercée n\u2019a jamais dépassé les limites qu\u2019ont fixées ceux qui les dominent depuis la Conquête.Leurs élites traditionnelles ont surtout eu pour tâche de leur faire comprendre qu\u2019ils devaient se soumettre aux déterminismes de leur histoire.Chaque fois que les Canadiens français ont tenté de secouer le joug, il ont été vite rappelés à l\u2019ordre.La fièvre engendrée par l\u2019exécution de Riel s\u2019est rapidement diluée dans la chute ignomineuse du gouvernement Mercier.Le sursaut provoqué par la guerre des Boers se limita à une minorité un peu plus politisée que ne l\u2019était la majorité.Les Canadiens français comprirent très bien quels étaient les buts de la politique d\u2019immigration massive adoptée par Ottawa mais ne purent rien faire pour la modifier.Leurs protestations devant le génocide culturel des minorités francophones dans les autres provin- 284 ACTION NATIONALE ces furent stériles.La loi de la conscription durant la Première Grande Guerre donna une fois de plus au Canada anglais l\u2019occasion de rappeler manu militari à la population franco-québécoise qu\u2019elle n\u2019avait pas le droit de se poser des questions quand Ottawa a parlé.Au plébiscite de 1942, les Franco-Québécois découvrirent qu\u2019ils ne pouvaient même pas faire respecter un engagement solennel pris envers eux par tous les partis politiques pancanadiens.Depuis la décennie de 1920, ils réclament en vain le respect de la constitution canadienne.Chaque année, Ottawa s\u2019ingénie à étendre sa compétence sachant que la centralisation des pouvoirs lui permet de mieux diriger la démocratie québécoise.Cette démocratie dirigée a connu deux sommets au cours de la dernière génération.En 1942, 85% des Franco-Québécois refusèrent de relever le gouvernement King des promesses qu\u2019il leur avait faites.Leur vote massif fut ignoré.En 1970, 24% des citoyens québécois ont clairement manifesté leur volonté de remettre radicalement en question la constitution du pays.Privés de la représentation à laquelle ils auraient dû normalement avoir droit à l\u2019Assemblée nationale, ils sont maintenant condamnés devant l\u2019opinion publique qui est subtilement encouragée à les confondre avec les terroristes.En 1885, ceux qui soutenaient Riel étaient accusés de sédition.Les citoyens qui votèrent « NON » au plébiscite de 1942 furent soupçonnés d\u2019être à la solde des Nazis.Décidément, les animateurs de la démocratie dirigée manquent d\u2019imagination ! Les hommes qui ne croient pas en la liberté sont sans talent.Ils ont une mentalité de tortionnaires.Seule une population politiquement avertie et capable d\u2019exiger les réformes urgentes qui s\u2019imposent mettra fin à un régime arbitraire qui a duré trop longtemps et que les nouvelles générations rejettent.Qu'avons-nous à leur offrir ?La contestation globale ?Celle-ci ne peut conduire qu\u2019à un malheur collectif.Seule la démocratie intégrale, où les règles du jeu seront les mêmes pour tous les participants, assurera une société juste. Devant cet octobre tragique par François-Albert Angers, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal'1' Le refus de dialoguer a amené les terroristes La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui n'a jamais été favorable à la violence et a toujours poursuivi sa défense des intérêts francophones avec l\u2019arme de l\u2019étude et de l\u2019argument validé par des principes et des preuves, ne sait malheureusement que trop ce que pèse le mépris manifesté envers les idées par les pouvoirs établis, souvent plus préoccupés de la défense de leurs intérêts que du souci du bien commun et de service des idéaux ou aspirations de la communauté.Depuis au moins 25 ans, pour ne pas parler des cent ans d\u2019injustice que le rapport Laurendeau-Dunton lui-même reconnaît pleinement, elle voit avec effarement les aspirations de la communauté francophone québécoise constamment contrecarrées par le gouvernement fédéral, au mépris même de la constitution canadienne à laquelle l'autorité elle-même ne s\u2019est pas gênée pour faire violence, en y mettant souvent en plus le ton de l\u2019arrogance.1 \u2014 Nous avons omis le début où il était montré que la surdité constante des gouvernants créait un barrage entre eux et les injustices dont souffrait tout un peuple, pour en arriver au coeur même de cette argumentation éclairante.N.D.L.R. 286 ACTION NATIONALE Au moment même où tous les événements que nous connaissons se déroulent dans Québec, le discours du Trône d\u2019Ottawa annonce une nouvelle violation flagrante par la création d\u2019un ministère des Affaires municipales.Depuis ces vingt-cinq ans, le rouleau compresseur de la centralisation fédérale a avancé sans cesse sans aucun égard pour les cris des victimes, pour les protestations les plus légitimes et les plus démocratiques selon le système établi lui-même quand elles se manifestent, comme ce fut constamment le cas, par un gouvernement dit « provincial » validement élu, selon les termes mêmes de notre constitution actuelle, par le peuple du Québec.De ce fait, le peuple du Québec s\u2019est trouvé empêché de se donner la politique sociale et économique qu\u2019il désirait pour son développement et son bien-être, sauf dans les cadres d\u2019une politique fédérale dont les insuffisances pour les besoins du Québec n\u2019ont cessé de se révéler chaque jour plus évidentes.Il y a déjà dix ans, sous l\u2019influence même des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, fut mis en branle un mécanisme qui avait justement pour objet de révéler aux gouvernements les volontés du Québec, et leur permettre d'entreprendre au plus vite \u2014 car à notre avis, nous l'avons assez dit, il y avait urgence \u2014 les réformes essentielles.Au lieu de prêter aide et attention aux États Généraux (sauf sous le gouvernement Johnson qui accorda une certaine aide et a d\u2019ailleurs soulevé des espoirs qui calmèrent les esprits), les milieux gouvernementaux, les milieux d\u2019affaires, les milieux fédéralistes à l\u2019ancienne mode en général, ont préféré mépriser et dénigrer cette initiative qui marqua le signe des temps et montra les voies de solution.Pendant ce temps, la montée évidente de la pensée indépendantiste sur le plan électoral révélait assez l\u2019urgence des revisions indispensables; mais encore là on préféra se boucher les yeux, puis se réjouir et déclarer victoire éblouissante du fédéralisme dans Québec le cul-de-sac invraisemblable du 29 avril.Pour avoir refusé de discuter valablement avec des groupes modérés, nos gouverne- DEVANT CET OCTOBRE TRAGIQUE 287 merits en sont réduits aujourd\u2019hui à devoir négocier avec des terroristes.La leçon sera-t-elle comprise ?Urgence d'un redressement social, économique et politique Les événements qui se sont déroulés indiquent malheureusement que la leçon n\u2019a pas été comprise.Devant la tournure affreuse des événements, tournure qui a constitué en définitive une première défaite des autorités, aux mains des terroristes, qu\u2019avons-nous vu ?Une réponse policière et militaire, dirigée en définitive non pas seulement contre des coupables, mais prenant l\u2019allure d\u2019une occupation militaire contre toute une population soupçonnée en bloc de conspiration contre l'État, et à qui au surplus on impose d\u2019en payer doublement le prix.Dénonciation des abus policiers Tout en comprenant la nécessité d\u2019une action policière vigoureuse pour tâcher d\u2019atteindre rapidement les terroristes, nous réprouvons vivement, comme tous les autres corps intermédiaires qui l\u2019ont fait jusqu\u2019ici, et avec eux, le mépris des plus élémentaires droits de l\u2019homme et du respect de la dignité humaine dans la façon de mener les perquisitions et les arrestations.Si l\u2019état d\u2019urgence était vraiment si ressenti, le gouvernement n\u2019avait pas besoin de recourir à une loi qui équivaut à déclarer le pays en état de guerre ou d\u2019insurrection : les Communes qui siégeaient auraient pu en quelques heures donner au gouvernement les pouvoirs spéciaux nécessaires pour faire face à la circonstance, ou ratifier rapidement des décrets ministériels qui auraient été passés pour parer à ce qui pouvait être vraiment le plus pressé.Ce faux juridisme de la « loi extraordinaire qui n'existait pas » nous apparaît comme un nouveau prétexte pour dramatiser une situation, déjà pourtant assez dramatique, et se donner le capital politique du « Québec que l\u2019on n'hésitera pas à 288 ACTION NATIONALE mettre à sa place », y compris par l'usage de la force au besoin.Mais tout cela eût pu être un mal pour un bien, si en même temps, nos chefs d'État, à tous les niveaux, avaient su prendre une véritable conscience de la situation, dont la réalité n\u2019échappe même plus aux observateurs internationaux un peu au courant, et s'ils avaient annoncé à la population leur résolution de prendre des moyens non moins vigoureux pour opérer un redressement de la situation économique, sociale et politique.Réprobation d\u2019un faux purisme Un homme est mort.Il a été victime non seulement des assassins, mais d\u2019une décision prise par des puristes de l\u2019Ordre.Mais se sont-ils demandés, ceux-là, s\u2019ils étaient eux-mêmes politiquement assez purs pour être justifiés d\u2019un tel arrêt ?L\u2019Ordre même que leur politique a voulu défendre était-il lui-même si parfaitement juste, qu'il validât une telle réclamation de sacrifice de celui qui y fut forcé ?La situation faite au peuple francophone du Québec à travers les jeux politiques d\u2019un faux fédéralisme d\u2019occupation, a-t-elle été assez parfaitement marquée des signes du respect du Droit des peuples, pour vouloir la sauver en se lavant les mains du sort d'une vie qui a dépendu d'eux ?Et voilà que son sacrifice consommé, rien n\u2019indique qu\u2019ils s'en croient au moins tenus de descendre sur la place publique pour y procéder à leur propre examen de conscience, et faire ainsi que ce sacrifice ne soit pas vain.Nous l\u2019avons dit dans notre précédente déclaration, et ainsi pensait le premier ministre du Québec lui-même quand il n\u2019était qu\u2019aspirant-chef de son parti : les événements qui se sont déroulés chez nous au cours des dernières semaines ne sont pas un phénomène spontané ni superficiel.Ils sont le pourrissement d\u2019une situation malsaine qu\u2019on laisse sans solution depuis longtemps; bien pis, qu\u2019on refuse de reconnaître pour ce quelle est et qu\u2019on s\u2019acharne à vouloir régler en se servant des DEVANT CET OCTOBRE TRAGIQUE 289 ambiguïtés du vote populaire en suffrage universel pour imposer au peuple des vues et des politiques qu\u2019il ne partage pas et qu\u2019il n'approuve pas vraiment.L\u2019échec d\u2019une politique de puissance et d\u2019atermoiements Il est donc urgent qu\u2019en haut lieu, on prenne conscience du fait qui crève les yeux de ceux qui ne se refusent pas de les ouvrir à la réalité : ces événements récents sanctionnent définitivement l'échec de la politique d\u2019arrogance constitutionnelle qui nous vient d\u2019Ottawa et du Canada anglais, et des atermoiements du court terme qui nous viennent de Québec.Comment M.Bourassa, à Québec, n'a-t-il pas pris conscience du fait que le résultat de son élection l\u2019obligeait, s\u2019il voulait vraiment gouverner démocratiquement le Québec selon la volonté de la majorité, à modifier profondément le programme sur lequel il s\u2019est fait élire ?Ce programme ne s\u2019est trouvé finalement ratifié en majorité que par l\u2019opinion anglophone, qui constitue moins de 20% de la population, et par pas plus de 30% de la population francophone, qui en forme plus de 80%.Comment n\u2019a-t-il pas compris, par le vote péquiste de tant de comtés ouvriers de Montréal, que les travailleurs eux-mêmes ne voient pas uniquement le problème en termes de prospérité économique ?Comment a-t-il pu ne pas tenir compte du fait qu'environ 30% de cette population francophone (c\u2019est-à-dire autant d\u2019appui qu\u2019il en a reçu) a voté pour un parti qui proposait formellement la réalisation rapide d\u2019un Québec souverain ?Comme chacun sait qu\u2019une forte proportion des votes qui sont allés à l\u2019Union nationale et au parti créditiste sont, ou bien déjà disposés à accepter une politique d\u2019indépendance pour le Québec, ou en tout cas très fortement motivés par des idéaux nationalistes, au moins la moitié de la population francophone du Québec attache donc autant et même pour un bon nombre plus d\u2019importance aux aspects nationaux des problèmes québécois qu\u2019à leurs aspects proprement économiques et sociaux détachés du contexte national. 290 ACTION NATIONALE L\u2019urgence d'un vrai gouvernement populaire Si nos gouvernements ont encore quelque sens commun, ils doivent vouloir, dans les difficultés actuelles, se rapprocher du sentiment populaire et s'appuyer davantage sur une population laissée libre de s'exprimer vraiment, au-delà de ses peurs, dans des mécanismes appropriés de participation, où toutes les opinions seront sérieusement prises en considération à leur mérite propre.C\u2019est un mythe dangereux que de vouloir s'en remettre pour cela en pareille crise à la seule expression que représente le vote populaire à des élections générales.Si ce mode d'expression était si satisfaisant, nous qui le pratiquons depuis cent ans, nous ne nous trouverions pas aujourd'hui affrontés aux problèmes extrêmement graves et aigus que nous connaissons.Il n\u2019est pas vrai que le peuple pense nécessairement en tout et sur tout comme celui qu\u2019il a élu, quelle que soit l\u2019importance du vote qu\u2019il lui a donné.A fortiori est-ce encore plus délicat de se prétendre représentatif de la pensée populaire devant un résultat comme celui du 29 avril dernier.Si nos gouvernements sont sérieux et vraiment soucieux de démocratie dans nos temps difficiles, c\u2019est l\u2019expérience des États généraux, élargie, perfectionnée, approfondie, que nos gouvernements devraient vouloir reprendre, afin de pouvoir écouter vraiment le peuple parler selon ce qu\u2019il veut.Et la Constituante, demandée par les premiers États généraux, devrait être mise sur pied sans délai dans l\u2019esprit vraiment démocratique de donner au peuple du Québec l'occasion de se donner le régime politique et constitutionnel qu\u2019il désire.Ce sont là, à notre avis, des priorités plus prioritaires que toutes les autres, si impérieuses que soit, de toute évidence, la mise en train d'une politique vigoureuse de plein-emploi et de développement économique au Québec.La pauvreté seule n\u2019explique pas tout Il faut en finir avec l'erreur de croire que tous les malaises de notre société québécoise sont seulement DEVANT CET OCTOBRE TRAGIQUE 291 d\u2019ordre économique et social, sans égard aux cadres politiques dans lesquels nous vivons.Notre histoire tout entière prouve le contraire, même si les malaises économiques et sociaux prennent en diverses circonstances un relief plus accusé en raison même de leur accentuation.Plus importante que la pauvreté, comme facteur de malaise politique et social, il y a, comme le faisait remarquer un journaliste français en parlant du Québec, \u2014 « il y a l'humiliation ».Encore plus que de ce qui nous manque quantitativement, le malaise du Québec est fait des multiples refus que notre société oppose à la personne, à la reconnaissance de son identité et de son droit à la fierté.Et tout particulièrement du refus qui nous est opposé depuis deux cents ans de reconnaître notre identité française comme collectivité libre de s'épanouir dans l'exercice de ses droits nationaux, à travers lesquels doivent s\u2019interpréter l\u2019application des droits individuels et les politiques sociales dans le gouvernement de soi-même.Par suite, pendant le temps qu\u2019il faudra pour réaliser même les programmes économiques et sociaux minimums qui sont considérables du fait même de l\u2019aggravation persistante de notre situation depuis tant d'années, nous courrons à l\u2019échec si un nouvel esprit n'est pas insufflé dans le corps social.Et ce souffle nouveau devra venir d\u2019en haut et se manifester chez ceux qui ont été élus pour nous gouverner, par la substitution de la tendance à l\u2019esprit de service, à la tendance à l'esprit de domination d'une part et de petite politique d\u2019autre part.Oui, un homme est mort.Il est mort victime plus notoire que d\u2019autres des malaises de notre société.Sa mort crie vengeance au ciel.Elle crie vengeance contre ceux qui ont perpétré l\u2019acte ignoble lui-même.Mais n\u2019oublions pas quelle criera vengeance également contre ceux qui ne sauront pas tirer les leçons appropriées.Cela s\u2019adresse à nous tous et nous invite à la gravité 292 ACTION NATIONALE dans tout ce que nous disons ou faisons; mais cela s\u2019adresse avant tout à ceux qui sont en autorité et à qui une telle mort lance le défi de l\u2019avertissement et de la prise de conscience de leurs propres erreurs ou aveuglements.Nul organisme plus qu\u2019une Société Saint-Jean-Baptiste ne peut être sensible aux appels à l\u2019union et à l'unité dans les moments critiques.Mais l\u2019union dans l\u2019unité ne saurait jamais être unilatérale et devenir un prétexte pour permettre à des politiciens d\u2019imposer leurs vues au peuple et de réduire l'opposition au silence.La voie de l\u2019union est dans une préoccupation aiguë de justice et de vérité chez les gouvernants, afin de pouvoir aller au peuple pour lui donner ce qu\u2019il veut vraiment et a le droit de réclamer comme étant son bien commun (30 octobre 1970). ANGLETERRE - 1970 par Jean Genest La frustration Où en est l\u2019Angleterre en 1970 ?Cette question a une extrême importance dans le monde international, c\u2019est même devenu la grande question en Europe.Pays de 56,000,000 d'habitants, l\u2019un des plus avancés et des plus civilisés d\u2019Europe, il s\u2019impose par sa seule présence.Mais les gloires passées n'arrivent pas à taire les doutes sur l\u2019avenir de l\u2019Angleterre contemporaine.On la présente souvent comme la grande malade de l\u2019Europe.Nous nous souvenons avoir mené une étude assez fouillée sur l\u2019Angleterre de 1960, dans l\u2019Action nationale (mai-juin 1959, p.448), où nous avions étudié comment le partage égalitaire des souffrances et des sacrifices nécessaires après une guerre qui avait considérablement appauvri le pays, l\u2019avait obligée à se tourner résolument vers le socialisme, l\u2019excellence scientifique et le Marché Commun.Nous venons de séjourner en Angleterre et les différences entre 1960 et 1970 nous ont paru extrêmement significatives.Toutes les rencontres et toutes les observations peuvent se résumer en un mot : la frustration.La chute rapide des illusions enlève les espoirs de jamais reprendre le leadership de l'Europe.Le mécontentement donne comme conséquence une certaine agressivité qui n\u2019existait pas hier.(Time, 14 septembre 1970, p.70 et U.S.News and W.R., 14 septembre, p.37.) La déception chronique prend des formes malsaines. 294 ACTION NATIONALE De l\u2019empire La première déception vient de la perte de l\u2019Empire et de la conscience nouvelle que le Commonwealth n\u2019est qu\u2019un ersatz sans valeur et sans portée.Il semble que cette situation ne cesse de gagner des couches de plus en plus profondes de la conscience anglaise.Les Anglais se voient un peu comme les Espagnols du 18e et du 19e siècle quand ils eurent perdu leurs conquêtes et se mirent à vivre de souvenirs.Ou encore comme la France réduite à son hexagone et dont les musées renferment les gloires du passé comme pour mieux faire oublier les difficultés du présent.Les musées, pilules contre le triomphalisme.La comparaison entre hier et aujourd'hui engendre une frustration amère.Les Anglais ne sont plus certains de la validité des institutions royales.On les attaque plus fréquemment ou on hausse les épaules comme devant un objet de folklore bon pour vieilles femmes.Les Anglais doutent même de leurs institutions parlementaires.Ils voient mieux comment les élections à chaque cinq ans enlèvent l\u2019esprit de suite, toute planification valable et empêchent les fortes personnalités de trouver les solutions désirables.Ils vont d'élection en élection, dominés par des hommes moyens dont la vraie personnalité est de n\u2019en pas avoir trop.Les Anglais, devenus mécontents, restent sceptiques sur leurs oeuvres et ils se rappellent le mot de Churchill : « La démocratie est la pire forme de gouvernement, si l\u2019on excepte les autres.» Un grincement et un sourire mais le grincement est là.De l\u2019après-guerre Leur deuxième forme de déception leur vient des conséquences de la guerre.Les Anglais ont gagné la guerre.Ils en sont certains au point de minimiser \u2014-jusqu\u2019à l\u2019oublier \u2014 l\u2019apport du Canada et des États-Unis.Or l\u2019Angleterre n\u2019achève pas de se remettre des pertes dues à la guerre.Elle voit le Japon et l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest, ennemis terrassés hier, aller de prospérité en L'ANGLETERRE - 1970 295 prospérité, la dépasser au point de vue du commerce extérieur.Elle finit par croire qu\u2019en fin de compte c'est elle qui a perdu la paix.Les budgets ne s\u2019équilibrent pas.Le chômage est endémique.L\u2019équipement industriel n\u2019est pas renouvelé.Les grèves font perdre des millions de journées de travail.Bref, il y a un effet d\u2019érosion sur les courages et la volonté de vaincre qui porte les Anglais à accuser tout le monde.En 1958, l\u2019Angleterre fut invitée à signer à Rome le traité du Marché Commun européen.Elle refusa, incertaine qu elle était d\u2019elle-même.Au témoignage de M.Herman Kahn, directeur du Hudson Institute, « l\u2019Angleterre n\u2019est plus vraiment dans la compétition mondiale ».Sa décadence n'est pas rapide mais les esprits lucides la voient.Ils ne la croient pas inexorable.Que la remontée ne soit pas plus rapide, ils en accusent les gouvernements qui, depuis la guerre, n\u2019auraient été que médiocres et incapables des grandes prévisions sur les transformations du monde.Du socialisme Les critiques se font volontiers acerbes lorsqu'elles attaquent le socialisme du parti travailliste anglais.Les Anglais reconnaissent volontiers que le parti travailliste a probablement évité une guerre civile à l'Angleterre et que sa répartition forcée des revenus individuels et corporatifs par les impôts a été une oeuvre juste et nécessaire afin de distribuer entre toutes les classes sociales anglaises le fardeau des dettes et des sacrifices à rencontrer.Sur $25,000 imposables, le gouvernement en prend $18,250.L\u2019Angleterre est actuellement le pays le plus taxé au monde.Ceci dit, les Anglais ne se privent pas pour attaquer le socialisme du parti travailliste.Ils l'accusent d'avoir empêché tout réinvestissement des profits dans l\u2019équipement industriel.Les impôts sont si élevés que les industriels ne peuvent acheter la machinerie moderne nécessaire pour la concurrence mondiale.Par exemple 296 ACTION NATIONALE les ports anglais ne sont pas suffisamment équipés pour recevoir les grands tankers et manoeuvrer le transport par containers.Les petites et moyennes industries posséderaient, en général, des machineries démodées.L\u2019automatisation serait en retard.L\u2019industrie automobile n\u2019arrive pas à surmonter la concurrence étrangère, celle de l'Allemagne, de la France et de la Suède.Chaque jour les journaux britanniques apportent des exemples d'inefficacité et de bureaucratie dont la somme explique les difficultés de l\u2019exportation des produits anglais.On en accuse la centralisation excessive et les nationalisations du socialisme anglais (chemins de fer, gaz, fer, etc.).Beaucoup plus profondément on accuse le socialisme anglais, par méfiance des initiatives individuelles, de tuer la véritable recherche et ses applications aux techniques industrielles.Les meilleurs cerveaux, c\u2019est-à-dire les ingénieurs, les chercheurs, les savants en science atomique, émigrent partout là où ils peuvent trouver de meilleures conditions de travail et plus de liberté.La saignée est considérable au point qu\u2019une entreprise chimique allemande, à la recherche d'experts, aurait obtenu, à la suite de la publication d\u2019un carreau publicitaire, plus de cent cinquante demandes de renseignements de la part d\u2019Anglais saturés par le régime étouffant et sans horizon du socialisme anglais.Les médecins, du moins les meilleurs, désireux d\u2019échapper à la médiocrité des soins à la fournée, émigrent en nombre considérable, laissant la socialisation de la santé descendre vers un échec relatif.Le poids de l\u2019assurance-santé est tel qu\u2019il grève tous les budgets du gouvernement au-delà du raisonnable.Le programme d\u2019assurance-maladie qui, selon les pronostics de 1964, devait coûter environ 175,000,000 de livres par année, atteignait, en 1966 un coût total de 1,300,000,000 de livres.Et le coût allait en augmentant.Le gouvernement ne pouvait plus l'absorber.Le corps médical, payé à l\u2019acte médical, se détériorait et les médecins émigraient. L'ANGLETERRE - 1970 297 Le standard des hôpitaux, l\u2019enseignement universitaire et les centres de recherches sont atteints lentement et sûrement.Dans l\u2019enseignement, c\u2019est la même chose : on accuse le gouvernement socialiste d\u2019avoir tellement combattu les classes sociales qu\u2019il a opéré un nivellement du standard académique au point que l\u2019avenir des universités est menacé.Bref, les sujets de plaintes s'accumulent.Les Anglais ne voient partout que déception et se demandent ce que demain réserve à l\u2019Angleterre.Des syndicats Nul sujet ne les brûle davantage que la question des grèves.Les syndicats sont accusés de former un État dans I État.Ce sont eux qui dictent leurs volontés à l\u2019Angleterre par le truchement du parti travailliste.Ils sont trop nombreux dans la construction et l\u2019industrie.Les patrons sont toujours dans l'incertitude parce qu\u2019un groupe d\u2019ouvriers appartenant à tel syndicat peut paralyser toute la manufacture ou toute une branche de l'industrie.Plusieurs entreprises importantes doivent entreprendre des négociations avec près de vingt syndicats différents.Qu\u2019un seul ne marche pas et toute l\u2019usine est arrêtée (12,000,000 de jours de chômage en 1970).Ainsi les patrons ne peuvent exécuter leurs commandes à I expédition avec la sécurité nécessaire.Une grève de GKN Sankey Ltd.(5,000 ouvriers), spécialisé dans la construction de parties d\u2019automobiles, a entraîné l\u2019arrêt de travail de 35,000 ouvriers de l\u2019automobile.La British Layland Motors dut acheter des roues en Espagne, de la vitre en Italie et en Belgique.De nombreux contrats ont été perdus.Autre exemple : lors de la récente grève des débardeurs anglais, 47,000 hommes ont pu faire perdre près d\u2019un milliard de livres sterling à l\u2019industrie et au commerce anglais.Or avec l'arrivée des containers, les ports anglais pourraient donner un service plus efficace avec seulement 20,000 débardeurs.Les syndicats refusent une réorientation de I emploi pour les débardeurs surnuméraires.Les prix de toute exportation deviennent prohibitifs et les services trop lents, sans compter le 298 ACTION NATIONALE vol organisé sur les quais.Les syndicats anglais n'ont pas bonne presse.Lors de la récente grève des dockers, les restaurants annoncèrent à leurs clients une hausse de six pences sur tous les repas et les vendeurs de fruits au coin des rues en firent autant.L\u2019épicerie connut près de 300 hausses de prix.Au total les prix de détail ont augmenté de 7.7% cette année.Le téléphone, les trains, les métro, les timbres ont dû augmenter leurs prix.L\u2019opinion publique devient virulente.De l\u2019avenir Il ne lui reste qu\u2019une porte de sortie, celle de son entrée dans le Marché Commun.Le risque est immense.Les syndicats devront se réorienter, se fusionner, s\u2019ajuster à une concurrence européenne.Des industries non rentables devront disparaître, d'autres devront demander l\u2019aide accrue de l\u2019État.Des cartels devront se former.Des centres de recherches devront se multiplier.Depuis 1958, toute l\u2019Europe connaît cet immense remue-ménage colossal où des entreprises italo-françaises ou américano-allemandes s\u2019amalgament pour faire front à la concurrence aux proportions nouvelles.L\u2019Angleterre saura-t-elle trouver une formule où l\u2019État verrait à accélérer les équipements collectifs sans nuire aux initiatives privées et organiserait les centres de recherches pour éviter la fuite des meilleurs intelligences.L\u2019oeuvre de justice qui vise à réduire l\u2019écart entre les fortunes, ne doit pas détruire la recherche de l'excellence et les impératifs nouveaux de l\u2019organisation du management.Encore une fois la recherche de la justice ne doit pas être un obstacle à la volonté de faire face intelligemment au changement, par un art nouveau de I organisation industrielle et technique.Le socialisme du parti travailliste a certainement manqué d'envergure dans sa vision du futur, il a aussi manqué de confiance dans les hommes, c\u2019est pourquoi on l\u2019accuse d\u2019avoir étouffé l\u2019essor de l\u2019Angleterre.Il n'a L\u2019ANGLETERRE - 1970 299 pas vu comment la Communauté européenne à créer demandait une conception multinationale et multiculturelle qui fonctionnerait sur un modèle fédéraliste, selon certains axes choisis.L\u2019insularité anglaise est une maladie d\u2019après-guerre qui a failli conduire l'Angleterre à la faillite.On parle en septembre 1970 d'une autre dévaluation de la livre anglaise.Elle paraît inévitable.Mais I entrée de l\u2019Angleterre dans le Marché Commun pourrait devenir l'entreprise la plus importante du monde entre 1970 et 1980.Beaucoup d'Anglais le voient ainsi mais avant d y arriver, ils voient bien les difficultés intérieures : un socialisme myope, sans dynamisme véritable, un syndicalisme apeuré et égoïste et une monnaie malade.Si les Européens ont pu surmonter leurs propres difficultés, pourquoi les Anglais ne le pourraient-ils pas ?Ils affirment que c est en nageant qu\u2019on devient nageur, c est-à-dire qu en entrant dans le jeu européen on apprend à devenir européen.Tout le monde devra apprendre que I isolement ne conduit qu'à la décadence tandis que la coopération européenne ouvre des perspectives où le progrès deviendra normal.« Par l\u2019intermédiaire d\u2019agences fédérales créées en commun, le Marché Commun aboutirait selon M.Kahn, à une égalité de puissance avec les États-Unis et I Union Soviétique.Il aurait, du même coup une supériorité évidente sur le Japon .Sous la pression de cette concurrence, ces différentes puissances seraient amenées sans doute à de nouveaux et spectaculaires projets dans le progrès mondial.» De sa jeunesse Toutes les frustrations et les désirs d\u2019aliénation qui s\u2019emparent de l\u2019Angleterre d\u2019aujourd\u2019hui semblent synthétisés dans une certaine partie de sa jeunesse.La descendance des Beatties et les consommateurs de Carnaby Street ne semblent pas heureux.Ils ont le visage fermé, dur.Vous les rencontrez à Piccadilly Circus où des constables ne leur permettent pas de s\u2019étendre comme des parasites publics ou des coquerelles de monuments.Alors ils tournent en rond.Ils cherchent 300 ACTION NATIONALE un excitant.Ils cherchent des oublis.Sales avec ingéniosité, traînards et oisifs avec entêtement, ils paraissent accepter leur rôle de parasites de la publicité et ils se laissent photographier ad nauseam.Le nombre des filles mères, des avortements et des syphilitiques augmente en flèche.Comme l\u2019Angleterre ils semblent incertains de leur rôle dans le monde contemporain.Ils chantent des tristesses et des amours passées sur une musique qui détonne et suinte l\u2019ennui collectif.Ils auraient besoin d\u2019une grande cause, d'une grande personnalité, d\u2019un chef-d\u2019oeuvre à accomplir et ils n\u2019entendent parler que de grèves, de chômages et de récessions.Ils souffrent de n\u2019avoir confiance en personne, pas même en eux-mêmes.N\u2019est-ce pas un peu la maladie du siècle ?En 1960, l\u2019Angleterre connaissait des espoirs enthousiastes.En 1970, elle paraît vidée, mélancolique et incertaine.Pourtant le vrai rendez-vous est en 1980.Saura-t-elle opérer d'ici là sa remontée décisive ? Pour un Conseil supérieur des écoles catholiques du Québec par Louis Bouchard Le vice fondamental de notre système scolaire actuel, il est énorme, il crève les yeux, il crée, dans l'éducation, des dégâts inouïs, que nous n\u2019aurions même pas imaginés sous l\u2019ancien système et qui vont grandissants.Le voici : Tous les pouvoirs ont été centralisés dans les mains d un ministre.Mais comme les ministres passent, et rapidement, alors que les fonctionnaires demeurent, toutes nos écoles tombent en pratique sous la domination d\u2019une petite armée de fonctionnaires, les uns plus puissants que les autres, qui ne sont ni élus, ni vraiment responsables devant la population et qui appuient cependant toutes leurs décisions sur « les politiques établies, » dont ils tiennent les ficelles.En d\u2019autres mots, nous avons supprimé les corps intermédiaires responsables et établi un système de type totalitaire.Les dégâts sont de trois ordres : a) sociaux : conflits grandissants entre les parents et les commissions scolaires d\u2019une part, et ce pouvoir des fonctionnaires d'autre part; 302 ACTION NATIONALE b)\téconomiques : l\u2019enseignement coûte de plus en plus cher en équipement, en salaires inutiles, versés à des équipes régionales de fonctionnaires qui imposent aux milieux des politiques que les parents et les éducateurs jugent néfastes; c)\téducatifs : nos écoles ne savent plus quel ordre de valeurs doit sous-tendre l\u2019éducation.\u2014 L'État se doit d\u2019être, en un sens, neutre.La neutralité se transmet à l'école, à l\u2019enseignant.Il n\u2019y a plus de certitudes ni en morale, ni en religion.Nos enfants, nos adolescents sont parqués comme un troupeau sur des campus géants, où l\u2019entreprise d\u2019éducation est devenue extrêmement compromise.Peut-on parler, dans ces milieux, d'école catholique et d\u2019éducation chrétienne ?Dans leur recherche du sens de la vie, nos jeunes sont isolés dans l'anonymat, coupés de relations humaines interpersonnelles avec ceux qu\u2019on appelle parfois encore les éducateurs; ils voient devant eux des donneurs de cours, des spécialistes, qui n'ont ni le temps, ni souvent le goût et l\u2019occasion de leur donner, par un témoignage personnel et libre, la vision chrétienne de l\u2019homme, l\u2019éclairage de la foi.Il faut dire aux jeunes, qui cherchent l\u2019absolu, l'authentique, les valeurs permanentes, il faut leur dire qu\u2019il n'y a pas d\u2019espoir pour l\u2019homme, hors de la foi en Dieu, hors de l'amour total dont la source est Dieu.L\u2019éducation chrétienne c'est en même temps l\u2019enseignement et le témoignage.C\u2019est en même temps la vie de l\u2019éducateur et son dévouement, son amour gratuit pour l\u2019enfant qui lui est confié.L\u2019école est-elle encore, au Québec, un milieu d\u2019éducation chrétienne ?Voici donc les questions qui se posent aujourd\u2019hui à nous, les parents : a) Les professeurs qui enseignent aujourd\u2019hui, dans nos écoles, croient-ils, oui ou non, qu\u2019ils ont un mandat comme éducateurs chrétiens ? POUR UN CONSEIL SUPÉRIEUR.303 b)\tDevons-nous assurer l\u2019éducation de nos enfants autrement que par l\u2019école, celle-ci ne donnant que l\u2019instruction ?c)\tJe ne voudrais pas poser une troisième question qui serait la suivante : l\u2019école doit-elle donner une éducation morale, sociale, civique, qui serait non confessionnelle, et laisser à la famille et aux Églises le soin de l\u2019éducation religieuse ?Je ne voudrais pas poser cette troisième question, et vous savez pourquoi.Allez visiter nos CEGEP « neutres », questionnez nos jeunes étudiants et jeunes professeurs des écoles polyvalentes, sur la « morale naturelle, » I éducation sexuelle, l'amour, la justice sociale, le mariage, I avortement, la violence, etc.Vous verrez qu\u2019une morale naturelle dégagée de toute foi, de toute religion, d\u2019une conception spiritualiste de l\u2019homme, ça n existe pas, que cela conduit à n\u2019importe quoi, y compris I absurde, le suicide, la barbarie et le crime.L\u2019école n\u2019est jamais neutre, ni multi-confessionnelle, parce que l\u2019éducation ne peut pas être neutre.L école, comme l\u2019éducation, est toujours confessionnelle.Si elle n\u2019est pas chrétienne, si elle place Dieu et la religion en marge ou en dehors de l\u2019éducation de la morale, de la vie de l\u2019étudiant, elle est anti-chrétienne, dans les faits, par ses silences, avant de s\u2019expliciter dans des théories.Je vous ai posé le problème, je vous propose maintenant la solution.Cette solution s\u2019appuie sur trois données préalables : a) La famille chrétienne a besoin de l\u2019école pour assurer l\u2019éducation des enfants.Autrement, l\u2019école pourrait détruire ou empêcher l\u2019action efficace des parents.Il ne s\u2019agit pas, bien sûr, d\u2019abandonner toute l\u2019éducation à l\u2019école seule mais de s\u2019assurer que la famille et l\u2019école travaillent de concert, appuyées sur des valeurs et une foi communes. 304 ACTION NATIONALE b)\tIl n'appartient pas à l'ÉTAT de définir l\u2019école catholique, de lui fixer son ordre de valeurs.C'est là le privilège exclusif de la communauté chrétienne, parents, éducateurs, pasteurs, agissant en Église.Le rôle de l\u2019État, au contraire, est de faciliter l'exercice du droit des parents chrétiens, qui optent pour cette école catholique, sans préjudice, pour les parents qui désirent un autre type d\u2019école.Le rôle de l\u2019État n'est pas d\u2019instaurer, pour tous, l\u2019école non confessionnelle, ou de définir son propre type d\u2019école confessionnelle, au nom du pluralisme.C'est de donner aux divers groupes, dès lors que leur nombre le permet, l'école de leur choix.c)\tLe bien commun, dont l\u2019État est le gardien, ne confère pas à l'État un « magistère en éducation ».Il comporte pour l'État des devoirs : a)\tde distribuer les fonds de l\u2019éducation en justice distributive, sans discrimination de religion ou de langue, de classe sociale b)\tde voir à ce que toute école publique, quelle soit catholique ou autre, accueille les familles et les enfants qui désirent la fréquenter, et respecte leur liberté de conscience en reconnaissant les parents comme premiers responsables.L\u2019École catholique que veulent les parents chrétiens, celle que recommandent nos évêques et le Concile Vatican Il c\u2019est une école ouverte, accueillante pour les non-catholiques, qui respecte pleinement la liberté de conscience des jeunes dans le cheminement de leur foi et celle des familles des non-catholiques.Dans le monde d\u2019aujourd'hui, les écoles catholiques ont une clientèle de 40 millions.Or 1/6 de ces clients ne sont pas des catholiques.En Europe comme au Québec et aux États-Unis, les écoles vraiment catholiques, publiques ou privées, sont souvent le choix de familles non-catholiques, à cause de la qualité de l\u2019éducation qu\u2019on y trouve, qui est une éducation de la liberté. POUR UN CONSEIL SUPÉRIEUR.305 Je vous ai posé le problème commun des familles catholiques de notre province, dans notre système scolaire actuel.Je le redis en deux mots : L\u2019ÉTAT A PRIS TOUS LES POUVOIRS SUR NOS ÉCOLES; NOUS N\u2019AVONS PLUS DE CORPS INTERMÉDIAIRE RESPONSABLE ET REPRÉSENTATIF CHARGÉ DE RÉGLEMENTER NOS ÉCOLES CATHOLIQUES.Je vous soumets maintenant la solution, une solution appuyée sur trois données fondamentales que je viens d\u2019exposer.La voici : CRÉONS NOUS-MÊMES, LIBREMENT, UN ORGANISME BIEN REPRÉSENTATIF DE NOTRE COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE, CELLE OUI TIENT À L'ÉCOLE CATHOLIQUE.Cet organisme doit-être, bien entendu, d\u2019extension provinciale et mandaté par nous pour assurer le maintien et la promotion des écoles catholiques.Je vous propose, à titre de parents, de faire partie d\u2019un organisme de parents qui désire l\u2019école catholique ouverte, l\u2019autonomie pédagogique vis-à-vis du pouvoir de l'État, qui croit que notre communauté chrétienne a le droit de choisir ses valeurs et d\u2019appliquer dans ses écoles sa philosophie de l'éducation.Telle est la position fondamentale de l\u2019Association des parents catholiques du Québec, position fondée sur les directives de nos évêques, du Concile Vatican II, sur la Déclaration des Droits de l'Homme et même sur la constitution canadienne.Entendons-nous bien : je vous parle d\u2019un corps intermédiaire à créer, qui pourrait s'appeler « Conseil supérieur des écoles catholiques.» Ce Conseil supérieur des écoles catholiques n\u2019existe pas encore, c'est un projet qui a reçu l\u2019approbation unanime des « Assises de l\u2019École 1970 », groupant une vingtaine d'associations.Voici comment l\u2019a défini le proposeur: M.l\u2019abbé Maurice Audet : 1.créer un organisme qui pourrait s\u2019appeler «Conseil supérieur des écoles catholiques.» 306 ACTION NATIONALE 2.\tcet organisme voit à la promotion de lecole catholique et doit être représentatif de la communauté catholique qui veut cette école, publique ou privée : parents, enseignants, administrateurs, agents de pastorale.3.\tle Conseil des Assises est mandaté pour mettre sur pied ce Conseil supérieur des écoles catholiques.Son premier mandat est d\u2019inviter à participer à ce Conseil toutes les personnes et les groupements qui optent pour l\u2019école catholique, publique ou privée.Ce corps intermédiaire devra donc représenter non seulement les parents, mais aussi les enseignants catholiques, les directeurs d\u2019école, les commissions scolaires catholiques, les responsables de pastorale, les étudiants adultes, les universités.I! est évident, toutefois, que ce sont les parents, premiers responsables d\u2019éducation et clients vis-à-vis de l'école, qui doivent s\u2019unir en force, pour que ce projet devienne une réalité.C\u2019est par l\u2019A.P.C.O.que vous serez représentés et servis dans un Conseil supérieur des écoles catholiques. Qu\u2019est-ce donc que la langue esquimaude?par Lucien Schneider o.m.i.missionnaire à Fort Chimo, Nouveau-Québec La langue esquimaude ?Une magnifique cathédrale, un édifice d\u2019architecture remarquable, tant elle est structurée et logique.Ou bien, plus prosaïquement, un jeu de patience aux mille éléments qui s\u2019imbriquent les uns dans les autres, ou plutôt un « scrabble »' fait non de lettres, mais de radicaux, de désinences et d\u2019infixes : telle est cette langue flexionnelle et agglutinante.Une langue flexionnelle Elle est flexionnelle, comme le latin et comme le grec : elle a déclinaisons et conjugaisons.Le latin a cinq déclinaisons substantives, le grec trois; l'esquimau n\u2019a qu\u2019une déclinaison proprement dite, mais de huit cas (sujet, complément de nom, complément d\u2019objet, puis quatre cas premièrement locaux mais servant aussi pour le reste, compléments circonstanciels, complément d\u2019agent) et enfin un comparatif d\u2019égalité, l\u2019aequaiis (qui traduit comme, en .de « en français », « en esquimau ».).Pas de genre : en grammaire, l'esquimau n'a pas cette sorte de considération, mais trois nombres comme en grec : singulier, duel et pluriel.Au total, vingt-quatre désinences et assez proches les unes des autres, à chaque cas : mik, ngnik, nik, par exemple pour l\u2019accusatif.Ce qui complique un peu les choses, ce sont les quatre espèces de radicaux (des règles d'euphonie s'imposent alors) et aussi les particularités amenées, en outre, par les voyelles longues, par des adjectifs, participes et certains radicaux : il faut bien des exceptions aux règles.1 \u2014Jeu qui consiste à faire des mots et à gagner des points avec des lettres qu'on puise lesquelles ont différentes valeurs. 308 ACTION NATIONALE Une langue agglutinante Il y a, par ailleurs, une deuxième déclinaison substantive, mais d\u2019un autre ordre : le possessif.En latin, on a des adjectifs, pour chaque personne.En esquimau, même nécessité, évidemment, pour les personnes (l\u2019absence de genre simplifie, là encore, heureusement).La différence, c'est que l\u2019esquimau est synthétique, agglutinant pourrait-on dire, si le dictionnaire Larousse qui définit l'agglutination par « agglomération de radicaux » permet qu\u2019on entende par là, non seulement des radicaux proprement dits (bases de mots), mais aussi les affixes qui ont un sens, certes, mais ne sont essentiellement que des particules et non des bases de mots.L\u2019esquimau, donc, ajoute au nom pour la personne une particule (d\u2019une lettre parfois) et la déclinaison recommence aux huit cas, calquant, d'assez près, la première déclinaison.La complication vient ici des trois nombres, du fait qu\u2019ils s'appliquent aux deux facteurs composants : le substantif-base d\u2019une part, l\u2019objet, et d\u2019autre part, le possesseur qui peut être singulier, duel ou pluriel à chaque personne et là, les duels objectifs, subjectifs et surtout les doubles duels à chacune des personnes, nous emmènent dans un labyrinthe où les Esquimaux semblent se perdre eux-mêmes : les grammaires n\u2019ont pas encore fait la pleine lumière sur ce point.A celles des noms, il faut ajouter une déclinaison démonstrative.Le latin n\u2019en manque pas : hic, iste, ille.Là encore, l\u2019esquimau n'en a qu\u2019une où la philologie peut retrouver quelque peu la déclinaison primaire amalgamée d\u2019un « na \u2022> source de radicaux rapportant au lieu (substantifs et surtout verbes) et les terminaisons de Kina ?qui ?, Shuna ?quoi ?Mais plutôt que de « philo-loguer », il est plus simple d\u2019apprendre tout de go cette déclinaison spéciale avec les huit cas.Les nombres sont encore voisins : m, ngn, n; mik, nik indiqués, tout à l\u2019heure, deviennent minga, ninga et une particule caractéristique s\u2019insère comme pour les possessifs : o au singulier, ko au pluriel mais ceci retombe dans la philo- LA LANGUE ESQUIMAUDE 309 logie.Si la déclinaison est une, le vocabulaire, lui, brille par son abondance : une foule de démonstratifs qui indiquent d'eux-mêmes position ou condition de l\u2019objet sans faire appel à nos adverbes en haut, en bas, près, loin, présent, absent.Du synthétique encore.A chacun, adjectif ou pronom selon qu'il détermine un nom ou tient sa place, correspond un adverbe (ici, là) avec déclinaison identique aux quatre cas locaux (et rien qu\u2019eux évidemment).Faut-il parler des déclinaisons de pronoms personnels, aux deux personnes que ne rendent pas ces démonstratifs à la troisième personne ?Deux radicaux pratiquement inusités autrement, affublés des terminaisons des 1ère et 2ème personnes possessives (aux trois nombres) avec leurs particules caractéristiques : en gros, une simple particularité de la déclinaison possessive.Plaisir de synthèse Passons aux conjugaisons.La première est simple, comme la déclinaison primaire l'était: les trois personnes aux trois nombres, et cela, aux huit modes esquimaux : quatre principaux (indicatif, négatif, interrogatif, impératif-optatif) et quatre subordonnés (causatif, conditionnel, gérondif (un participe présent qui se conjugue) et le participe actif; ce dernier qui se conjugue aussi, peut de plus se décliner à la 3ème personne comme les autres participes, actifs et passifs; même déclinaison que les adjectifs).Les quatre classes de radicaux et les lois d'euphonie (les mêmes) reviennent ici.Où l\u2019avalanche arrive, c\u2019est dans la conjugaison dite à « forme transitive ».Plaisir de synthèse, la désinence traduit et souvent reflète dans sa composition, le sujet et l\u2019objet, aux trois nombres et à toutes les personnes et leurs nombres : on soupçonne combien de pages peut remplir le tableau d\u2019une telle conjugaison : je te, je vous deux, je vous .nous te, nous vous deux, nous vous . 310 ACTION NATIONALE nous deux te .etc .; tu me, tu nous deux, tu nous ., etc ., etc .On tombe dans les mêmes complications qu\u2019avec les possessifs (il y a, d\u2019ailleurs, parallélisme) et le même labyrinthe pour les duels, doubles duels surtout.Et les lois d\u2019accolage euphonique réapparaissent naturellement.Mille et une particules Agglutination.En disant que l'esquimau est une langue agglutinante, ce n\u2019est pas tant ce qui a été signalé (les particules caractéristiques des possessifs et démonstratifs) que l\u2019on visait.À s'en tenir là, on n'aurait même pas avancé ce qualificatif.C\u2019est à mille et un adjectifs, adverbes, verbes, prépositions, conjonctions de coordination et surtout de subordination que l\u2019on pensait : des particules suffixes qui se déclinent, des infixes qui se composent, se déclinent, se conjuguent, des invariables qui s'accolent.Les temps du verbe s'expriment par des particules de ce genre, qui s\u2019insèrent entre le radical et la terminaison.Il y en a pour le passé, pour le futur et même pour le présent, car l\u2019esquimau suit le sens du verbe qui, souvent au transitif, donne le parfait (ce qui revient au passé).Cette question « présent/parfait » est tout un problème, parallèle à celui des modes « causatif/con-ditionnel » qui, parfois, traduisent d'eux-mêmes aussi passé et futur, puisqu\u2019ils signifient respectivement le parfait, l\u2019inachevé, l\u2019hypothétique : les catégories de pensée des Esquimaux ne sont pas les nôtres.Quant aux passé et futur à exprimer, il y aura, pour chacun, encore un choix à faire, car les infixes ne manquent pas selon la proximité dans le temps, de l\u2019immédiat au commencement du monde ou à la parousie.Les infixes « adjectif/adverbe » sont souvent matériellement les mêmes.Pour les autres, la plupart du temps, une particule matériellement identique a un sens tout différent selon quelle est particule de nom ou de verbe. LA LANGUE ESQUIMAUDE 311 Un « scrabble » extraordinaire C\u2019est ici, en composition, qu\u2019on a le jeu de patience susdit : il s\u2019agit d'assembler ces particules en ordre logique (en fait l'ordre inverse de notre mode de penser) et d\u2019appliquer les lois de jonction (l\u2019infixe fait tomber la consonne du radical, se l\u2019adapte par euphonie ou s'adapte lui-même à elle selon la loi propre).Un verbe se substantifie pour se reverbifier, se resubstan-tifier et se re-reverbifier .autant de fois qu\u2019il faudra, ou prendre des déterminants adverbes (ou adjectifs pour les noms) ou verbes .: inuk homme, Esquimau; inukf/fuf comme des hommes, des Esquimaux, en esquimau; inuktitôrpoq il agit, parle comme des hommes, des Esquimaux .inuktituots/'apoq il parle bien (agit bien) en esquimau .inuktituotsiagayarpoq il est capable de bien parler (agir) en .inuktituotsiaqayarfor/Vâ il pense qu\u2019il (un autre pense de lui qu il) est capable de bien parler en esquimau .etc., etc.Je m\u2019arrête, mais on pourrait continuer .Remarquez le sens de la pensée : on traduit de l'arrière à l'avant.Des rencontres de voyelles longues amènent des particularités qu'il faudra respecter : le verbe « ovoq » il est, devient « ngovoq », aluk grand .fera raaluk, etc.L esquimau ne supporte pas une voyelle brève après une longue; le contraire ne semble pas le gêner, cependant.Parfois, la conjonction des particules se fait avec des contractions : il faudra y être habitué ou simplement connaître les mots comme tels.Cela arrive surtout avec les infixes en L : un nom en Tl avec Lerpoq fera serpoq 312 ACTION NATIONALE (pour tilerpoq; -utaq donne utsipoq) ; avec liyarpoq, on aura siyarpoq (tsiyarpoq), etc.; un mot en a (aq, ak, at) avec le même lerpoq, donnera dzipoq (djipoq) pour alerpoq : nuluaq (filet), nuludzipoq (il a posé un filet), (il en fait) (liorpoq) nuludziupoq, etc.tous les infixes en L y passent.Des mots en aq, yaq avec -tarpoq feront dzapoq : kiinaudzapoq pour kiinauyartapoq (il se procure de l\u2019argent) : on n\u2019y aurait pas pensé.Des « transpositions de son » Le vieil esquimau, perdu en Ungava, mais encore existant ailleurs, a, en outre, ce que le grammairien Bourquin appelait des transpositions de son : amaroq (loup) : amarqut des loups, pour amaroit; nutaraq (enfant) : nutarqat pour nutaraît; umiaq (bateau) : umidjat pour umiat.Cela et d\u2019autres vieux pluriels sont, en Ungava, au musée grammatical, pratiquement oubliés, sauf dans certains toponymes esquimaux, à ce qu\u2019il semble.Mais on se rattrape ici sur un autre terrain.Débarquant après un séjour de sept ans à l'Ouest de la Baie d'Hudson, je fus très surpris, en 1946, au détroit d Hudson de la tonalité tout à fait différente de la langue et de la disparition de nombre de lettres.Qu\u2019ont-ils à parler comme ça ?Au lieu de tuksiar\u2019poq j\u2019entendais tuk\u2019sia-poq, ok\u2019pepoq pour okper\u2019poq, etc.Compilant les exemples et comparant, j\u2019ai trouvé le « truc », la loi, si I on veut : un groupe de consonnes n\u2019en tolère qu une, la dernière, et fait tomber les autres dans un groupe qui suivrait immédiatement, et la syllabe « impérante » est plus accentuée.J\u2019ai appelé cela « dbl » pour double (cpl.eut été mieux « couple » ou grc.groupe de consonnes : dbl.semble se restreindre aux géminées mm, nn, etc.).Les Esquimaux n\u2019en reviennent pas Ainsi un mot comme le « toqolerviksaptingni » « à l\u2019heure de notre mort » de l'Ave Maria devient « toqo- LA LANGUE ESQUIMAUDE 313 len/isaffini » (tt pour pt, par suite du phénomène d\u2019assimilation qui joue de plus en Ungava, comme en Italie (petto, pour pecto) et vient encore compliquer, en adoucissant).Et si j'enlève le « 1er >* se mettre à .qui n\u2019est pas absolument nécessaire, j\u2019obtiens (comparez s.v.p.) « toqovi/rsatinni », tout un décalage que l\u2019esquimau ici fera tout naturellement : c'est si naturel ! Bref, toujours en Ungava 2, 1, 2, 1 ou 2, 1, 1, 2 .mais jamais 2, 2, 2.(Le dzipoq (djipoq) supra devient, par dbl., yerpoq : unngoaq (bouton) unngoyerpoq, pour unngoalerpoq).Dans les mots tout faits, on enregistre sans souci de philologie, mais, en composition, c\u2019est une gymnastique à laquelle il faut temps, patience et maîtrise de la langue, pour y parvenir pleinement.Je ne connais pas un missionnaire qui ait réussi le tour de force de ne jamais fauter sur ce point.Seuls les Blancs intégrés de vieille date, mariés au pays, pour qui l\u2019esquimau est devenu langue courante \u2014 et qu\u2019ils n'ont apprise qu\u2019à I oreille d ailleurs \u2014 sont capables de le faire, et cela sans doute sans le savoir, tout naturellement, comme les Esquimaux : ceux-ci n\u2019en reviennent pas quand on leur révèle cette règle de langage.Est-ce possible d\u2019apprendre l\u2019esquimau ?Cet aperçu général, incomplet, pourra faire comprendre à quelle montagne on se heurte quand on veut apprendre l\u2019esquimau.Est-ce alors possible ?La perfection est élevée; elle n'est pas nécessaire, et, avec les moyens actuels, dictionnaires des mots, des infixes, grammaires, orthographe élaborée, c\u2019est presque devenu un jeu, maintenant, à côté d\u2019il y a trente ans.Autrefois en deux ans on faisait plus que de se débrouiller; la preuve est faite qu\u2019actuellement, en un an, on peut arriver au même point.Et pourtant, hormis les missionnaires qui doivent s y mettre, beaucoup défaillent.Le gouvernement du Québec aurait voulu que ses administrateurs sachent l\u2019esquimau.La raison en est que le système des inter- 314 ACTION NATIONALE prêtes a ses inconvénients.L\u2019interprète est souvent pris entre deux feux.On veut lui faire dire, d'un côté ou de l\u2019autre, des choses qu\u2019il n\u2019est pas toujours agréable de dire, et alors, il dit un peu ce qu\u2019il veut : aucune des deux parties ne peut contrôler sa traduction.Que de récriminations n\u2019entend-on pas sur les interprètes ! Et combien de fois ne demande-t-on pas service au missionnaire par manque de confiance envers l\u2019interprète des Blancs comme des Esquimaux.Un peu de compréhension de la langue permet un bon contrôle, dans la même mesure, et l\u2019élimination totale de l\u2019interprète est l\u2019idéal.Des cours ont été donnés (mais trop brefs et surérogatoires) et, depuis huit ans, ceux qui ont appris l'esquimau de façon suffisante se comptent sur le bout des doigts, et les stages administratifs étant courts, ce qui en reste au Nord se compte encore plus facilement.Finalement, en 1970, on y a pratiquement renoncé, et les fonctionnaires québécois administrent, en passant par l\u2019anglais ! Même chose pour les instituteurs, malgré l'intention louable (pour sauver la langue) d'enseigner à lire et à écrire en esquimau, avant de passer aux langues secondes, français et anglais.Faute d'avoir réussi à produire des instituteurs eskimophones restant au pays, et surtout, pour avoir négligé ce qui était prioritaire, la formation de professeurs esquimaux pour les rudiments de la langue, la situation est même pire que pour l\u2019administration : les professeurs français doivent se servir d'interprètes esquimaux anglophones pour enseigner dans une école française.La difficulté de la langue peut être lourde de conséquences : l\u2019esquimau ne perdra-t-il pas sa langue à cause de cet échec, .s\u2019il n\u2019est pas réparé ? Sur les dictons et proverbes au Québec par Pierre Des Ruisseaux Chacun de nous, à quelque moment que ce soit de notre vie, avons eu ou encore avons l'occasion, lors de nos conversations quotidiennes, d'utiliser et d'entendre nombre de proverbes et dictons.S il est indéniable, ici au Québec comme ailleurs, que la langue est intimement liée à la culture, le proverbe, expression collective vécue de la langue au niveau populaire, exprime à l\u2019usage, la réalité même du rapport langue-culture.La culture, plus souvent qu\u2019autrement, se développe et se transmet, pour une grande part, sous forme orale, c est-à-dire par I intermédiaire de ce que nous appelons communément le folklore.Que ce soit sous le couvert de contes ou d'histoires transmis de père en fils, de chansons turlutées à travers plusieurs générations dans les familles ou encore d\u2019expressions et de « tournures » chères à un village ou une région, la culture non officielle dite « populaire » a toujours une fonction importante dans toute société, même si, le plus souvent, ce rôle n\u2019est pas souvent reconnu par ceux-là particulièrement, qui se sont posés en défenseurs de la Culture en général.Que le proverbe et les dictons expriment une « philosophie » ou une pensée populaire commune à un groupe 316 ACTION NATIONALE culturel spécifique, cela ne fait aucun doute, mais, ceux-ci transportent et communiquent des jugements de valeurs implicites révélateurs des traits et des institutions culturels d\u2019une communauté.A l\u2019aide de quelques exemples choisis, j\u2019essaierai d\u2019illustrer cette affirmation et de démontrer brièvement les liens qui unissent le proverbe considéré comme un élément intégré du processus de communication de la communauté, dans son ensemble, avec certains traits prédominants de la culture québécoise.Jusqu\u2019au début du XXe siècle, environ, la société canadienne-française se caractérise, plus ou moins, par une culture traditionnaliste rurale dont les valeurs religieuse et linguistique sont parallèles, surtout à partir du milieu du XVIIIe siècle, à ceux de la terre et de la survivance comme telle.Les impératifs religieux et moraux, fondés la plupart du temps sur l\u2019abnégation et la valorisation de la pauvreté associée à la vertu, rendent compte d\u2019une réalité, où toute recherche de dépassement, surtout au plan économique, est perçue de façon négative.Des proverbes utilisés couramment, même aujourd\u2019hui, tels : c\u2019est dans les petits pots qu'on trouve les meilleurs ou les bons onguents et ce n'est pas un vice d\u2019être pauvre mettent l\u2019accent sur la valeur positive rattachée au fait d\u2019être économiquement démuni.Associés à l'abnégation, le fatalisme et le déterminisme illustrent cette impossibilité de dépassement de la condition matérielle présente de I individu : quand on est né pour un petit pain ça sert à rien, contre la force il n'y a pas de résistance.On a pu voir ainsi comment à la perception sociale était liée celle de la morale; un autre exemple nous montrera, en guise d\u2019illustration, une certaine analogie existant entre « diable » et « argent », / argent du diable retourne en son, et comment, par ailleurs, à l'image de DICTONS ET PROVERBES AU QUÉBEC 317 I argent est parfois reliée celle de l'étranger, plus particulièrement du Juif (toujours dans l'idéologie populaire telle que nous la discernons dans les proverbes), en rapport, comme on le voit dans l\u2019exemple ci-haut, avec la figure du démon : où il y a de l'argent les Juifs y sont.Expression résumée, condensée d\u2019une pensée populaire, la valeur et aussi, en un sens, la limite du proverbe se trouvent justement dans son caractère de dénominateur commun de la culture.Ainsi le proverbe ne peut-il espérer traduire que le « juste milieu », qu\u2019être le point de convergence limite de I ensemble des « coordonnées individuelles » de la culture.Impersonnel, le proverbe est, en même temps, la somme d'expériences individuelles dans un temps et dans une société donnés, cristallisée dans une formule de langage, cette dernière acquérant, par rapport à la somme de ces expériences individuelles, une fonctionnalité propre comme véhicule de transmission culturelle.La dépendance de l\u2019homme québécois à son entourage, à son milieu s\u2019est fait sentir de la façon la plus caractéristique dans le rapport qu'il a déjà entretenu avec la terre et qui s\u2019est réfléchi, sous des formes diverses dans ses proverbes et dans ses dictons de tous les jours.L homme rural au Québec vit isolé sur sa terre, ne dépendant pour sa subsistance que du produit qu elle lui donne, ne trouvant d\u2019intérêt matériel que dans son entourage immédiat, ses contacts avec le monde extérieur sont réduits au strict minimum, ce qui résulte assez naturellement en une tendance nette à l\u2019individualisme, tendance qu on peut discerner dans certains proverbes : si chacun nettoyait le devant de sa porte, la rue serait propre, et encore chacun dans son verre et tout ira bien, que dire de celui-ci : c'est en se mêlant de leurs affaires que les Américains sont devenus riches. 318 ACTION NATIONALE Espace primordial de l'univers qui se donne immédiatement à l\u2019homme, la maison est un thème souvent présent dans les proverbes du Québec et est de façon assez constante associée au portrait de la femme : les femmes font et défont les maisons, quand les femmes ne secondent pas les hommes la maison finit toujours par pencher du côté du chemin (au sens propre signifie que si les femmes ne secondent pas les hommes les choses ne tournent pas rond).La perception que la collectivité a, en général, de ses institutions exprime en bonne partie les valeurs, ou mieux, l\u2019importance réelle qu\u2019elle leur accorde comme reflet d'elle-même et de ses aspirations.Nul mieux que le proverbe ne reflète cette perception collective avec autant d\u2019exactitude et de vérité.Jugements de valeur collectifs de faits sociaux dans leur ensemble, les proverbes sont des témoins anonymes, impersonnels de l\u2019auto-évaluation par la société de ses propres institutions.Les exemples suivants nous démontrent comment en général dans certains cas, on a pu considérer la justice dans la conception populaire au Québec : le pire arrangement vaut mieux que le meilleur procès, ou encore d'un procès le gagnant sort en cul de chemise, le perdant tout nu.Autant le proverbe peut-il exprimer un jugement de valeur ou encore être une sorte d\u2019auto-évaluation des institutions ou des traditions culturelles passées et présentes, autant peut-il avoir dans un autre ordre d\u2019idée un rôle de prévision de l'avenir.On pourrait affirmer que ce dernier aspect du proverbe forme une catégorie spéciale puisqu\u2019en fait il est inhérent à celui-ci en tant qu\u2019il est partie constituante de la fonction même du proverbe qui est de déterminer une conduite ou de soumettre une évaluation selon une expérience spécifique ayant eu lieu dans le passé.Ainsi l\u2019observation par l\u2019habitant des diverses phases saisonnières et atmosphériques et de leur concordance avec le cycle des fêtes religieuses dont nous donnons DICTONS ET PROVERBES AU QUÉBEC 319 ici quelques exemples : à ta Chandeleur, l\u2019hiver est fini ou il rempire, et quand le vent est nord-est durant le dimanche de la Passion, il y a un nord-est durant quarante jours.Les quelques exemples que j\u2019ai soulignés plus haut permettent de se rendre compte de l'importance, j'en suis certain, que I on doit attacher aux proverbes dans l\u2019étude du milieu québécois.En effet, seule une étude des règles et des valeurs d une communauté, de ce que nous appellerions son aspect prescriptif, officiel, ne suffit pas à rendre compte de l\u2019ensemble des problèmes et des réalités quelle comporte; encore faut-il se rendre compte de l\u2019usage et de la portée effective de ces règles et de ces valeurs, de I interprétation qui en est faite dans la vie quotidienne des individus, de l'évaluation par ces mêmes individus des valeurs et des règles sociales par rapport à leurs critères et leurs normes propres, etc.Alors seulement peut-on espérer rendre compte des aspects internes d\u2019une société, et, puisque c\u2019est notre sujet ici, de la société québécoise en particulier.A ce compte, «l\u2019art verbal» (Bascom, 1955) tel qu il s exprime à travers les diverses facettes des proverbes permet de saisir la portée réelle des institutions et des normes qui sont partie intégrante de la culture et ceci à leur source même, c\u2019est-à-dire dans l\u2019image mentale, la Weltanschauung (vision du monde) de la communauté, vision qui, traduite dans le langage des proverbes apporte des données certaines en vue d'une meilleure connaissance de la volkspsychologie.Jusqu à présent nous n avons fait qu\u2019aborder certains aspects de la relation du proverbe en soi et de la culture québécoise considérée d\u2019un point de vue externe.Il reste donc à considérer le point de vue interne à savoir l\u2019illustration du fait que les proverbes ne sont pas de simples observations isolées de comportements 320 ACTION NATIONALE ou d\u2019attitudes socio-culturels mais peuvent très bien être considérés comme « fragments d\u2019une vaste et complexe structure dialectique» (Kenneth Burke, 1945).En effet, chaque proverbe, en tant qu\u2019il est jugement d'une réalité culturelle à partir d'un certain point de vue apporte une nouvelle perspective et c\u2019est l\u2019union de toutes ces perspectives dans une totalité cohérente qui permettra de mesurer les différents écarts et les affinités de rapports dans la constitution même de l\u2019ensemble que nous considérerons et ainsi reconstituer la structure globale de ces rapports.En réalité je veux dire par là que les proverbes ne sont pas quelque chose d'isolé, de statique mais qu'ils répondent bien au contraire à un dynamisme culturel propre, qu\u2019ils évoluent et se transforment, prennent des figures différentes, adoptent des formes nouvelles selon le temps et l\u2019espace, bref qu\u2019ils font partie de façon réelle de l ensemble des faits culturels d une communauté, et que considérés globalement, ils reproduisent au plan de leurs rapports mutuels mais à une échelle différente la structure de la réalité telle quelle est perçue par la collectivité en général.Ainsi c\u2019est en analysant chacun des proverbes qu\u2019une enquête sur le terrain nous aura rapportés, les confrontant avec d\u2019autres selon la chronologie et les lieux d\u2019origine, que nous pourrons jeter une lumière nouvelle sur l\u2019histoire et la constitution d\u2019une « pensée populaire » québécoise.Mais déjà nous pouvons affirmer avec certitude que le champ des proverbes québécois réserve des surprises agréables autant que profitables à une compréhension de notre société.Évidemment on ne peut dire à l\u2019heure actuelle le nombre de proverbes pouvant être utilisés au Québec en 1970 mais qu\u2019il suffise d'affirmer en guise d'illustration qu\u2019un chercheur allemand a pu recueillir 25,000 de ceux-ci à travers son pays et, affirmait-il, il n'avait pas encore fini d\u2019en recueillir.¦ \u2022 ¦ 321 QUAND LA GAUCHE DEVIENT FOLLE ! Quelques-uns de nos jeunes sont vraiment bien informés.Ils ont appris l'importance des kidnappages dans le monde.Ils décident de se montrer à la hauteur par des imitations en série.Notre nouveau système scolaire nous donnera-il longtemps ces fruits pourris ?Une chose est certaine : ce n'est pas la jeunesse chrétienne qui pratique, avec des bombes et des menaces de mort, contre la société.La gauche s affolle.On voit bien de quoi elle est capable quand elle n a plus une conscience éclairée par des principes supérieurs.Elle s'arroge des droits inouïs sur la vie d'autrui, droits qui n'appartiennent qu'à Dieu seul ou à ses représentants autorisés.Ces esprits surchauffés, qui ne croient plus dans une oeuvre de raison, recourent à des pressions horribles que nous croyions propres au nazisme et au communisme.Ne sont-ce pas\tles\tRusses\tqui\tkidnappaient à\tBerlin-ouest\tles savants et les adversaires qu'ils voulaient faire disparaître ?Ne sont-ce\tpas\tles SS\tqui\tentraient dans\tles maisons,\tau petit matin,\tpour saisir\ttel\tpersonnage dont\tils voulaient\tse défaire et dont on n'entendait jamais plus parler ?N'est-ce pas imiter notre RCMP (Royal Canadian Mounted Police) qui, à la deuxième Grande Guerre, lors du volontariat obligatoire', recherchait nos jeunes pour en faire de la chair à canon ?On ne peut pas admettre ces méthodes qui proviennent d'une vision\tdu\tmonde\tdominée par la force et la haine.Personne ne peut admettre ce genre de violence qui menace la vie d'innocents, même s'ils appartiennent à un Establishment accusé de tous les écrasements nationaux.De plus, ces jeunes révolutionnaires, par leurs demandes excessives, révèlent leur immaturité et leur mépris profond de l'opinion publique.Ils font que tout un peuple ne se reconnaît plus en eux.Tout un peuple les refuse comme leurs avocats.Tout un peuple leur demande de ne plus s'occuper de ce qui ne les regarde pas, du moins par ces moyens et ces entêtements de bas étage.Ils nous nuisent.À trop manier l'épée ils périront par l'épée.Ils laisseront leur peuple dans une frustration encore plus grande que celle que nous connaissons actuellement sous la domination d'un sourd comme Pierre Elliott-Trudeau et d'une orgueilleuse clique d'Anglo-Canadiens stériles et inintelligents devant les demandes légitimes et raisonnables de tout un peuple fatigué de se faire dominer par eux. 322 ACTION NATIONALE MONSEIGNEUR ALPHONSE-MARIE PARENT 1906-1970 Il est mort le 7 octobre 1970.Déjà une première attaque au coeur, en 1963, lors d'un voyage d'investigation en Europe avec les autres membres de la Commission Parent, l\u2019avait marqué.Né dans un humble village du Québec, il a monté l'échelle sociale autant à cause de son intelligence que de sa modération et de ses talents d'administrateur.Mais ses doctorats et son rectorat à l'Université Lavai compteront bien peu devant la postérité.Pour elle il restera le président de la Commission d'enquête d'où sortira toute la révolution scolaire du Québec.Nous conservons à la mémoire une photographie de Mgr Parent: celle où, en 1965, il remet les derniers volumes de son rapport au premier ministre du Québec qui était, alors, M.Jean Lesage.Personne n'a l'air heureux.Pas plus Mgr Parent que M.Lesage.Nous nous rappelons aussi l\u2019avoir rencontré à la Gare du Palais, à Québec.Il était très pâle, défait, frustré.Son oeuvre, qu'il venait de signer, l'avait vieilli de dix ans.Il n'était pas satisfait et il le disait.Eut-il conscience d'avoir servi de paravent clérical pour des meneurs de jeu plus astucieux ?Pourquoi n'a-t-il pas écrit un rapport minoritaire 7 La vue des conséquences de son Rapport, qui devint un des éléments importants de la sécularisation de sa province, lui mordait la conscience.Il lui manqua du caractère.Malade, il ne sut pas s imposer.Les sociologues l'emportèrent.Le théologien et le philosophe en lui étaient comme absents.Toute la province en subit à l'heure actuelle les conséquences aiguës.Les démissions de ces personnes qui occupent des postes clés s'additionnèrent et finirent par causer ou, du moins, accélérer la dégringolade culturelle et la déchristianisation actuelles.Il en a fini avec la vie.Nous, nous devons continuer.Réparer les omissions et les démissions.Il est devant son Créateur et son Père : nous lui devons, en toute charité, une prière. 323 LES ÉCOLES POLYVALENTES ET L'ANGLETERRE Nous savons tous que nos fonctionnaires ont « pensé » l'école polyvalente et nous l\u2019ont imposée, bon gré mal gré, avec la complicité de commissaires, d'associations qui ne représentaient rien mais que, pour les besoins de la cause, les fonctionnaires affirmaient représenter la population.Et les ministres de notre ministère de l'éducation, prisonniers de leurs technocrates, poussaient une politique abusive où ils étaient bien plus dirigés que dirigeants.D'où une stérilité de pensée où les slogans non prouvés ont valeur de principes.En Angleterre, il n'en est pas ainsi.M.Michael Armstrong, président du Comité en faveur des écoles polyvalentes, vient de faire une critique exhaustive des écoles polyvalentes.Le fameux rapport Crowther, sur la réforme scolaire en Angleterre.avait proposé des écoles polyvalentes de 1400 élèves (pour six années de secondaire) ce qui équivaut aux 1,000-1,200 proposés pour cinq ans de secondaire par le Rapport Parent).OR M.ARMSTRONG TROUVE QUE C'EST EXCESSIF Une école de 1,400 élèves, dit-il, offre un défaut substantiel, celui de ne pas permettre une éducation centrée sur l'élève et de ne pas permettre de bonnes relations entre les maîtres et les élèves.Sans cela tout enseignement devient arriéré.(The Times Educational Supplement, July 3, 1970, p.7).Il propose des écoles de 300 élèves seulement.Ces unités de base seraient complémentaires dans une région donnée et elles seraient centrées sur « le centre des professeurs ».Les grandes écoles, à cause des difficultés humaines et culturelles, sont des fiascos.Il faut repenser l'école poly-valente en termes de petites unités entre lesquelles les professeurs voyageraient selon les besoins et, à titre exceptionnel, les élèves.Tout ce qu'offre M.Armstrong n'est pas à prendre tel quel mais au moins il essaie de a penser » l'école polyvalente au lieu de l'imposer comme un cadre uniforme avec tous les défauts que nous lui connaissons au Québec et qui nous conduisent au fiasco de l'éducation.Nos fonctionnaires basent leur assomption pour les polyvalentes géantes sur l'efficacité (laquelle ?l'efficacité administrative ou l'efficacité humaine 7), sur l'économie financière (elle n'est pas prouvée), sur le brassage des classes (l'anonymat des grandes écoles ne produit pas plus de brassage des classes sociales que les trains et les autobus).En 1969, le seul transport des élèves a coûté à la province de Québec : $35,000,000.Or tous ces mauvais effets, les fonctionnaires et le ministère de l'Éducation les cachent à la population et ils poursuivent bêtement, follement, une politique d'écoles géantes où la culture et l'éducation deviennent de plus en plus difficiles. 324 ACTION NATIONALE Qu'il repose en paix ! PIERRE LAPORTE Faut-il rappeler à nos lecteurs que M.Pierre Laporte, ministre de l'Immigration et redoutable jouteur à l'Assemblée nationale du Québec, a rempli les fonctions de directeur de L'Action Nationale de mars 1954 à septembre 1959 ?Il y succédait à M.André Laurendeau.Son nom s'était répandu dans le grand public depuis qu'il était devenu le chroniqueur attitré du DEVOIR au Parlement de Québec.Vit, à la plume alerte, nationaliste de bonne trempe, il servit bien la revue jusqu'au moment où la célébration du cinquantenaire du Devoir et les appels à la vie politique exigèrent la fin de sa collaboration pour une revue à laquelle il garda beaucoup de sympathie.Il faut distinguer entre l\u2019homme et le politicien chez M.Laporte.Comme homme, il était simple, causeur, intéressé à tout, vraiment un homme du Québec qui sait soupeser les hommes, les événements et discerner les orientations immédiates.Comme politicien, c'est une autre affaire.Comme bien d'autres il a passé la deuxième partie de sa vie à mettre des sourdines à la première partie.Les contradictions abondent.Il avait fait de M.Duplessis son ennemi personnel.Son livre montre que ce ne fut pas toujours pour de bonnes raisons.Mais plus il devenait ancré dans le parti libéral, plus il devenait partisan.Son passé nationaliste l'empêchait d'être aussi myope que les autres partisans.Mais il était devenu bien plus fédéralisant que son ancien adversaire et sur le bill 63 traitant de la langue officielle du Québec, il se rangea trop facilement à une politique qu'il savait inacceptable.Il faut signaler que son premier article comme directeur de l\u2019Action Nationale portait comme titre : Panorama de l'immigration ; la leçon des faits.Il date de mai-juin 1954.Sous sa poigne la revue connut une ascension remarquable puis, à cause de ses autres occupations, elle périclita dangereusement.au point qu'il fallut le remplacer.C'est alors qu'il décida Isuite sur l'autre pagel 325 de se lancer en politique.Il ne pouvait savoir où cela allait le mener.En effet on peut se demander pourquoi, entre tous les officiels de la politique, le F.L.Q.s'en est pris à Pierre Laporte ?Il était un des ministres les plus sympathiques.Combien auraient pu disparaître et le vide aurait été à peine perçu ?Combien d'autres étaient de véritables ennemis de la nation canadlenne-française ?Le choix était arbitraire, apte à soulever beaucoup d\u2019antipathies contre les kidnappeurs.Aussi les kidnappeurs apparurent-ils plus des raisonneurs fanatiques, pris dans la logique de leur simplisme, que comme des gens intelligents, qui ont du discernement, même dans leurs excès.Sa mort est devenue un événement national.C'est évidemment l'événement le plus triste de l'année : un Canadien-Français brillant, nationaliste, tortueux mais beaucoup moins que des milliers d'autres, tué par d'autres Canadiens-Français, cela ne s'était pas encore vu.Il y a donc quelque chose de changé au Québec.C'est notre conscience qui est changée.Notre pluralisme permet de voir comment une certaine gauche, vidée de tout principe chrétien et de toute conscience morale, peut aller loin lorsqu'elle se fanatise.C'est aussi vrai de la droite lorsque, fanatisée en ses thèses, elle instaure un ordre policier.Pierre Laporte n'aura jamais voulu de l'un comme de l'autre.Il aura été écrasé par des forces dont il aura soupçonné la présence sans trop en prévoir la virulence.Nous le saluons comme un ancien compagnon de combat, comme une personnalité perspicace et assez caractéristique du Québec.Courageux sans être héroïque, sa mort lui aura donné une auréole extraordinaire.Son plus grand service fut de sensibiliser toute notre population aux bienfaits de la démocratie et, indirectement, aux problèmes du Canada français devenus aujourd'hui monnaie courante pour l'univers entier.Jean GENEST 326 ACTION NATIONALE LES ÉVÊQUES D'ALLEMAGNE ET L'ÉCOLE Le parti libéral allemand voulut abolir les écoles confessionnelles en Basse-Saxe.Immédiatement les Évêques avertirent les catholiques : « Un tel programme montre clairement aux catholiques de Basse-Saxe ceux qui ne sont pas disposés à respecter leurs croyances et leur liberté de conscience ».Et le parti libéral connut un recul sensible aux élections du 14 juin 1970.En Rhénanie-Westphalie.les Évêques n'ont pas eu peur de revenir vigoureusement sur « le droit de chacun au libre choix de son instruction ».« Quiconque, affirment-ils.touche à ce droit et tente de monopoliser entre les mains de l'État l'enseignement depuis l'école maternelle jusqu'à l'université s'attaque aux fondements sur lesquels reposent l\u2019ordre et la liberté ».Ils ajoutèrent cette demande : « Que l'État rende également possible l'existence des écoles libres et mettent à leur disposition le même montant de moyens financiers qu'il accorde à ses propres écoles ».Est-ce que les mêmes principes ne doivent pas diriger la mainmise de I État sur les hôpitaux et les asiles de vieillards ?Tout comme au Québec, certains prônent la déconfessionnalisation des écoles afin que les catholiques, disent-ils, ne soient pas cantonnés dans des « réserves » ou dans des « ghettos ».Mais les Évêques de l'Allemagne de l'Ouest et du Nord refusent ces argumentations qui relèvent plus de la littérature que d'une pensée logique dans sa foi.Les Évêques reviennent avec courage sur cette vérité de base : les écoles confessionnelles sont nécessaires pour la croissance dans la foi, des baptisés.Si les Québécois avaient besoin d'une contre-preuve, ils n'auraient qu'à voir les désastres religieux et moraux accomplis par les écoles de Montréal qui sont vraiment sous-alimentées au point de vue spirituel.Et les meilleurs manuels ne font pas le poids quand les professeurs de matières profanes et le climat général de l'école ne sont pas favorables à la foi ou restent simplement indifférents.(Informations catholiques internationales, 1 juillet 1970, p.J 0.1 327 LA TENTATION DE REMPLACER DIEU PAR AUTRE CHOSE L'une des tentations qui s'insinue dans la mentalité moderne est que, somme toute, on peut se passer de Dieu .et qu'on peut le remplacer par d'autres valeurs.Il ne s'agit pas d'une négation absolue, ni d'un athéisme radical ou raisonné, mais d'une absence d'intérêt, d'une tentative de fonder sa vie sur d'autres bases que les bases religieuses traditionnelles .C'est le positivisme pratique.Le non-respect du repos et de la prière du dimanche montre combien cette tentation est forte et envahissante.Aujourd'hui, ceux qui y cèdent sont légion, alors que l'importance, tant personnelle que collective, de la participation à la liturgie eucharistique du dimanche est devenue plus clairement évidente, tant pour marquer sagement le rythme du temps et des occupations profanes que pour conserver à l'esprit son souffle, sa joie, son niveau, sa primauté.La vie religieuse devient facilement insatisfaisante et insignifiante .Aujourd'hui, on parle de penseurs qui proposent une ré-interprétation séculière de la foi chrétienne.Ils en font en quelque sorte un christianisme sans religion, dans lequel le Christ a une haute stature, mais en tant qu'homme.Dieu disparaît.Ces penseurs disent aussi des choses belles et profondes, qui font l'admiration des chrétiens de notre temps, doctrinalement sécularisés, et donc niant la vérité religieuse telle que l'Église de tous temps la défend et la diffuse.Ils ont souvent des pages impressionnantes, comme des roses admirables, mais coupées de leur vraie racine et réduites à une mesure purement humaine ?Et combien de temps pourront-ils durer pour sauver l'homme au niveau duquel ils sont fatalement réduits ?L'espace d'un matin ?On ne peut impunément remplacer Dieu, le Christ.l'Église.» (Paul VI.Docum.catholique, 6 sept.1970.p.758-759.1 Impression d\u2019un voyage au Nouveau-Québec par Bernard Lapointe1'1 En moto-neige de Moosonee (Baie James) à Povungnituk (Nouveau-Québec) «.Les mythes intouchables d'une tradition ancestrale s\u2019ébranlent lentement; l\u2019hospitalité légendaire de ces peuples s\u2019est très vite émoussée; on n\u2019entend presque plus le cri des hâleurs esquimaux encourageant leur horde de chiens .» Longtemps les territoires du Nouveau-Québec, longeant la côte ouest de notre province, entre Fort Rupert et Ivugivik, n\u2019ont eu qu\u2019un intérêt purement historique.Puis peu à peu, avec le rayonnement des grands centres, l'avènement de la technique, les échanges culturels et commerciaux, les peuplades esquimaudes ont vu leur mode de vie transformé.Aujourd\u2019hui, plus de deux mille Esquimaux dépendent d\u2019une politique gouvernementale.Aspect social Pour considérer la société esquimaude, il faut toucher toutes les agglomérations du Grand Nord québécois.Ces stations perdues, souvent distancées de plus de deux cents milles, ne peuvent former à elles seules un ensemble suffisant : on les nomme à juste titre, « postes ».Ivugivik, Povungnituk, Inoujouac et Poste à la Baleine ne totalisent pas plus de deux mille habitants.Ce dernier est voué à un développement remarquable.On y trouve déjà la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson, une filiale fe- 1 _ M Bernard Lapointe, pour cet aventureux voyage eRtai\u2018acconv pagné de M.Arpin et d'un Esquimeau du poste de La Baleine. IMPRESSIONS DE VOYAGE.329 dérale du département de transport (D.O.T.), un bureau de ia Sûreté du Québec, I Hydro-Québec, un bureau des affaires indiennes et esquimaudes, le centre de l'école du Nouveau-Québec et un département des études nordiques de I Université Laval.Le « transport » est la raison majeure de ce développement.À cause de leur étroite relation avec les grands centres, Poste à la Baleine et Frobisher Bay (Terre de Baffin), sont des centres vitaux de rayonnement à travers ces régions; les autres n\u2019étant que des relais dans ce circuit.L\u2019Esquimau de Poste à la Baleine subira donc plus I influence de l\u2019étranger (le Blanc), que celui d Inoujouac ou de Povungnituk.Le centre social de l\u2019Esquimau est avant tout « la famille » : ce mot est employé dans un sens très large, puisque plus de cinquante pour cent des enfants esquimaux sont adoptés.Cette société, que l\u2019on pourrait qualifier de « communautaire » est due à trois facteurs essentiels : puisque le gibier est moins abondant et dispersé, leur travail de chasse et pêche les oblige à s\u2019éloigner pour des périodes variant souvent entre quatre et sept semaines; ils laisseront donc leurs enfants sous la tutelle de proches parents.Les risques encourus par leur travail, surtout au printemps et à l\u2019automne, laissent souvent une famille entière sans chef.Le troisième et principal facteur de ce phénomène d\u2019adoption est la conséquence directe du grand nombre d\u2019incestes chez ces peuplades.Les inter-relations existent souvent au deuxième et troisième degré; ce qui a pour effet d\u2019unir presque tous les Esquimaux de la côte ouest de la province de Québec par un lien de parenté plus ou moins éloigné.Dans certains domaines, on observe cependant, un renouveau social accentué.Cette image de l\u2019Esquimau attelant ses chiens pour la chasse, a quelque peu disparu.L\u2019avènement de l\u2019auto-neige l\u2019a obligé à devenir mécanicien avant d\u2019être chasseur.Par contre son champ d\u2019action s\u2019est élargi : il peut avec ce moyen de transport parcourir Inoujouac-Povungnituk, soit cent cinquante milles, en une journée.Cette plus grande facilité pour se déplacer et se nourrir, permettra une plus grande 330 ACTION NATIONALE oisiveté.Il pourra, par exemple, s adonner à la sculpture (la pierre savon) ou au commerce (la coopérative esquimaude).Il conserve donc plus de temps pour I organisation interne de sa société.On remarque une nette présence du « blanc » sur le plan administratif, cependant elle a tendance à se faire moins présente.C\u2019est donc une initiative longue et laborieuse qui fait de ces postes un ensemble viable et mieux organisé.Mais il ne faut pas oublier que l\u2019Esquimau a une mentalité totalement différente de la nôtre : il est plus détaché du côté matériel et fondamentalement lié à ses valeurs morales.Voilà toute l\u2019optique avec laquelle nous devons aborder tout aspect social.Éducation Fortement influencée par le milieu, I éducation s\u2019oriente du côté pratique.Après avoir reçu une formation traditionnelle familiale, l\u2019enfant esquimau peut opter pour deux écoles : celle du provincial ou du fédéral.Comme la population est à majorité anglicane, soit 97 Vo, le choix s\u2019arrête premièrement sur l'école fédérale où les sept années du primaire sont en anglais.Au secondaire l\u2019étudiant se voit inscrit à une seule école, soit celle du Nouveau-Québec de Poste à la Baleine où I enseignement est axé sur la technique (mécanique).M.Claude Matthieu, directeur de l'école du Nouveau-Québec, à ce dernier endroit, expliquait le problème que pose cet unique choix :
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