Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 1965-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" L'ACTION NATIONALE Volume LIV, Numéro 8\tAvril 1965\t50 cents SOMMAIRE ÉDITORIAL : Reconnaissance de l'autodétermination François-Albert ANGERS : Les imcompréhensions majeures du Rapport Parent Autour de l'idée d'Etats associés : Qui sommes-nous ?Où allons-nous (Piel-Petjo MALTEST) \u2014 Fausse identité (Odina BOUTET) \u2014 Le véritable canadianisme (Georges ALLAIRE) Jean GENEST : Que penser de la surpopulation du monde ?Marthe HANDFIELD : Mimétisme et aggiornamento Jean MARCEL : Pierre Perrault, poète ÉTUDIANTE 65 : Litanie à l'emporte-pièce CHRONIQUES LES ÉVÉNEMENTS : Le livre blanc sur l'amendement à la Constitution (François-Albert ANGERS) \u2014 Le premier rapport Laurendeau-Dunton (François-Albert ANGERS) \u2014 Fondation d'une Union des Jeunes Chambres d'expression française (Alban COUTU) LES ÉCRITS ET LES LIVRES : La vie quotidienne en Nouvelle-France (Maurice LEBEL) \u2014 L'ethnie française d'Europe (Dominique BEAUDIN) L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur: FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN \u2014 PATRICK ALLEN \u2014 JEAN GENEST, secrétaire.Rédaction et administration : C.P.189, Station N, Montréal ou 235 (est), rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2Vi à 6Yi: 866-8034 Abonnements : $5.00 par année.De soutien : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante DIRECTEURS: MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archambault, S.J., C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Paul-Emile Gingras, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu.Où trouver L\u2019Action Nationale ?À MONTRÉAL: À QUÉBEC : A HULL: A OTTAWA : Dupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Cotherine Fides, 245 est, rue Dorchester Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Universelle, 5165, Cdte-des-Nelges Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony.554 est, rue Ste-Cotherine Librairie Leméac, 371 ouest, avenue Laurier Librairie La Québécoise, 169 (est), rue Beaubien Librairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Lotin, 111, rue Saint-Jean Librairie Libre, 130, rue de l'Hôtel-de-Ville Librairie Dussault, 170, rue Rideau Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. I Lucien\tViau et associés\t \tComptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A FERNAND RHEAULT, C.A\t 210 ouest, Boul.\tCremoric (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES)\tDU.8-9251 F A.DROLET INC.FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier de Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont,\tQuébec 2.Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS \u2014 GÂTEAUX \u2014 TARTES GRENACHE Roch Grenache CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL CONFITURES et MARINADES GRENACHE INC.9500, boul.Parkway, Ville d'Anjou, Montréal - 5 Téléphone 352-3630 Il LES AMIS DE LA REVUE Adrien Angers & Fils Ltée Bureau d'Assurances 4009, rue Hochelogo\tEdmond FRENETTE président, Dupuis & Frères Les Edifions Beliarmin 8100, boulevard Saint-Laurent \u2022\tMontréal-1 1\tGALARNEAU, DESMARAIS, ET ASSOCIÉS COMPTABLES AGRÉÉS 237 ouest, Boul.St-Joseph, Montréoi Tél.: 274-2534 * BERNARD BENOÎT Linoléum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 1 1857 est, rue Notre-Dame \u2022 Pte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159\t \tYvon Groulx, L.PH., LL.L Gilles Codieux, LL.L.GROULX & CADIEUX NOTAIRES 4416, boul.Pie IX, Montréal \u2022\tTél.: 254-9435 Bourbonnais & Pépin QUINCAILLERIE EN GROS 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995\tG.-E.HOUDE, président MONTRÉAL OXYGEN INC.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 ROSAIRE MORIN, c.L.U.LA SAUVEGARDE\t\u2014\t288-9106 i\td\t2 C + E- +E- + A = F \u2022\t3\t2\tANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336\tLAVIGNE, C.E.(1961) Ltée Courtier d'assurances 3750, rue Locombe \u2022\tRE.9-1748 ÉTABLI EN 1870 Wilson Frères Enrg.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tMANOIR SAINT-CASTIN Lac Beauport \u2022\tQuébec \tMAXIME Nettoyeurs Limitée BUREAU ET ATELIER : 1415 BOIS FRANC\tRL 8-6188 SUCCURSALE : 4140 ST-DENIS\tVI.4-1158 Hommage d\u2019un Ami\t Ill G.LEBEAU ltée Remoourreur d'autos, Housses, Vitres, Capotes d'autos CR.4-3503 5940, rue Papineau, MH.6270, Upper Lachine 1 690, boul.Lobelle, Chomedey\tMario Du Mesnil AVOCAT 107, Ouest, rue St-Jacques, Montréal 842-8741 482.rue Victorio, Soint-Lombert \u2022\tOR.1-9295 DISQUES BOURASSA Réédition limitée Discours et conférences de Bourassa Introduction du Chanoine Groulx 4 long jeu, 12\" Album en héliogravure $25.à C.P, 189, St.N.Montréal\tROBILLARD, Michel NOTAIRE 934 est, rue Ste-Cotherlne \u2022\t849-9663 \tÉMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t550 est, rue St-Vallier, Québec 2 CR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal\tSÉGUIN, Paul-Émile NOTAIRE 6726, rue St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 PHARMACIE MICHON 1361 est, rue Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022\tRoland Michon, Pharmocien\tSERVICE DE PNEUS\tLA.4-1177 STADIUM Ltée 1871, rue DeLorimier, Mtl.Eugène Turcotte\tAndré Trudeau President\tDirecteur-Gérant /dgOMPOMOÏÏQ inc.'V f\tJ.BRASSARD, prés.\u2022\t256 est, rue Ste-Catherine, Mtl\tTHERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jocques, Mtl \u2022\tVI.2-9768 Convoyeurs et Machines Victory Inc.Dollard Mathieu, président Machinerie générale \u2014 Manufacturiers de Convoyeurs à rouleaux, à courroie, et à chaînes \u2014 Monte-charge.250, rue Rose de Lima 933-1138\tMontréal\tWE.5-6316\tJ.-M.Valade Président Parisian Laundry Co.Inc.Buanderie et nettoyoge de qualité supérieure 3550, rue St-Antoine Montréal EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario\tMontréal 4 Tél.: LA.4-7541\t Ce que le coût de la vie impose à un placement en capital fixe (hypothèques, obligations).Un dollar de 1935 ne vaut plus que 47 cents en pouvoir d\u2019achat de 1965.Ce que le placement en actions produit Un dollar placé en 1935 ne valait que 60 cents en 1942 à la suite de la crise, mais s\u2019est relevé depuis à $3.22 en 1965, soit $1.46 en pouvoir d\u2019achat de 1935 Voilà pourquoi il faut placer son argent en fonds mutuel pour qu'il fructifie vraiment Consultez nos représentants P| LES PLACEMENTS | COLLECTIFS INC.vous aident à m/eux investir! BUREAUX À: MONTRÉAL.QUÉBEC.ST-H Y AC 1 NT H E.ST-JÉRÔME.SHERBROOKE, TROIS-RIVIÈRES.~ Voyez nos conseils sur le placement dans nos onnonces précédentes L\u2019ACTION NATIONALE Volume LIV, Numéro 8\tMONTRÉAL\tAvril 1965 Editorial Reconnaissance de ('autodétermination, signe de bonne foi! Les discussions se poursuivent ferme autour de l a-venir du Canada et du Québec.Le premier rapport Lau-rendeau-Dunton sonne pour sûr un coup de clairon inhabituel au ciel fédéral en avouant la nécessité d\u2019une renégociation sur une base d égalité nationale, de la vie commune des deux groupes fondamentaux.Il s\u2019agira pour la commission d en formuler maintenant les modes et conditions de réalisation.En ces dernières années surtout, on a discuté à perte de vue sur la question de savoir si l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique a été un pacte ou une loi.Sur le plan immédiat de la réalité légaliste, personne n a jamais pu contester que ce fut une loi du Parlement de Westminster.Mais sur le plan juridique des bases et de la portée de la loi, comment a-t-on pu nier le processus d entente entre les provinces qu\u2019ont été les conférences de Charlottetown et de Québec, Londres n ayant fait que ratifier, à peu de chose près, leurs conclusions ?De plus, étant donné tout ce qui s'est dit à ces conférences, les motifs avoués de la formule adoptée et la subdivision proposée d une des trois provinces consti- 736 ACTION NATIONALE tuantes en deux (le Canada divisé en Québec et Ontario) pour redonner aux Canadiens français un gouvernement majoritaire dans une province, pourquoi s être tant a-charné ensuite à nier le caractère de pacte entre deux nations qui a informé l entente des provinces ?A tout événement, I existence des deux nations déjà reconnue par Carleton et Durham, et maintenant ratifiée par une commission royale officielle, suppose que les revisions à effectuer dans le régime politique canadien devront faire l\u2019objet d\u2019un pacte explicite entre les deux partenaires.Et pour que le contrat soit valide, il importe que les représentants des deux sociétés puissent librement envisager n importe quelle hypothèse, y compris la disjonction des liens actuels.Gela appelle une déclaration nette au départ sur la reconnaissance du droit absolu du Québec à l'autodétermination, de la part des représentants autorisés de la nation anglo-canadienne; et par suite leur désir de respecter les conclusions finales des délégués constituants de la nation canadienne-fran çaise sur la conclusion ou la non-conclusion de l accord acceptable à 1 autre partie.Ce sera là la pierre de touche de leur bonne foi dans la négociation: et les négocia fions juridiques formelles ne doivent pas s engager sans une pareille déclaration préalable.Quels sont les obstacles techniques à une telle admission de la réalité sociologique par le Canada anglais ! On les a aperçus à divers moments depuis 1867, quand s\u2019est discuté l\u2019avenir constitutionnel du Canada.La Constitution actuelle ne prévoyant aucune clause de retrait pour une province on a voulu arguer que la puis sance constituante n\u2019avait conféré ce droit à personne et qu\u2019il se trouvait forclos pour toujours.D autre part, les Anglo-Canadiens partisans de la théorie du pacte, de même que les Canadiens français plus ou moins honnêtement et consciemment à leur solde, considéraient que le RECONNAISSANCE DE L'AUTODÉTERMINATION .\t737 Canada français, par l intermédiaire de ses représentants légitimes, avait aliéné définitivement le droit du Québec à son autodétermination en acceptant une Constitution qu on s était donné la peine de mouler pour qu elle leur soit acceptable.Il est plus facile aux tenants de la théorie de la C onstitution purement et simplement imposée par la puissance coloniale de soutenir que les dictées d un conquérant n aliènent jamais les droits du conquis à la liberté et à 1 indépendance: et cela explique peut-être pourquoi certains juristes et historiens canadiens-français à tendance plus ou moins séparatiste ont préféré se rallier à la conception coloniale de l'A.A.N.B.plutôt qu\u2019à I idée de pacte.Les tenants du pacte ont toujours eu, d autre part, beau jeu pour soutenir qu il avait manqué à celui-ci, tel qu inscrit par Londres dans l\u2019A.A.N.B., I approbation réelle du peuple canadien-français, la ratification par élection ou référendum.Et en ce s dernières années, les protestations persistantes et formelles de l\u2019au torité légitimement constituée du Québec contre les invasions fédérales dans les champs constitutionnels provinciaux, ont apporté l argument de taille du droit à l\u2019autodétermination acquis par la violation grave du pacte sans le consentement de l\u2019autre partie.En fait, il n est pas nécessaire de fausser la réalité en niant le pacte pour justifier l\u2019autodétermination par le fait de conquête; ni de se raccrocher à des arguments c irconstanciels, si forts qu ils soient, comme le manque de ratification ou la violation des clauses du contrat.Le droit lui-même est antérieur à tout cela.Il réside dans la reconnaissance de l existence des deux sociétés, des deux nations; et dans le fait que les droits d\u2019une nation ne peuvent être que des droits inaliénables.Il serait trop simple et trop bête de se laisser prendre à des arguties et de con céder à un groupe de politiciens donnés à un moment 738 ACTION NATIONALE donné, ou à l'ensemble des membres vivants d une société à un instant de l histoire, le pouvoir d engager pour 1 éternité le destin d un peuple, même si les clauses du contrat sont toujours parfaitement respectées par la suite.Une telle doctrine est en effet monstrueuse d inhumanité quand on mesure la réalité de I acte considéré comme va lidement aliénateur et la conséquence aussi terrible que celle du péché originel.L erreur, la faiblesse ou la lâche té des politiciens ou même de tout un peuple en pareille matière n est pas de soi un vice de nature; il peut tout aussi bien n\u2019être que pure circonstance.Ils peuvent conditionner l opportunité de réclamer l exercice du droit à tel moment particulier; ils ne peuvent pas dirimer le droit.Ce qui s est passé au Canada ; les discussions interminables qu engendre la possibilité de jouer sur les mots pour paralyser l action, ne sont pas sans montrer la vérité de l'axiome, que si une chose vraie reste vraie sans être dite, elle va toujours beaucoup mieux en étant dite.C\u2019est pourquoi il y a lieu de retenir la suggestion que soumettait, le mois dernier, monsieur Raymond Barbeau à la Commission Laurendeau-Dunton, à savoir: que le droit de sécession du Québec devrait être inscrit dans la nouvelle constitution des Etats associés, comme garantie que ses droits ne seront jamais violés sans que puisse être remis en cause tout 1 équilibre constitutionnel même.Peut-être faudrait-il que la chose soit dite en « ter mes plus galants », mais l'idée est à retenir pour être clairement exprimée.\t.lirL LE DIRECTEUR La deuxième tranche du rapport Parent (II) Les incompréhensions majeures du rapport Parent par François-Albert Angers Notre deuxième article se terminait, après avoir montré quelles structures exigerait un système d\u2019enseignement fondé sur une saine philosophie de l\u2019éducation, en indiquant la nécessité d\u2019examiner les réponses que la Commission Parent a elle-même voulu apporter à l\u2019encontre d\u2019une division du genre de celle que nous proposions.Il y a, naturellement en premier lieu, le principe de la démocratisation selon une conception égalitariste des élites, dont nous avons déjà dit dans le premier article (février 1965) que c\u2019est une sorte de collectivisme délirant (voir aussi La Presse, 12 mars).Mais c\u2019est aux réponses proprement pédagogiques que nous voulons nous arrêter.A la page 56 du deuxième volume, la Commission répond ceci, à ceux qui contestent la validité du tronc commun des P et 8- (8« et 9' actuelles): ce serait oublier que la moitié au moins du programme est constituée par les matières de base, dans lesquelles on avancera à un bon pas, selon des méthodes améliorées et plus vivantes; c\u2019est aussi (percevoir) l\u2019initiation technique pour tous comme une sorte de bricolage, alors que, dans notie esprit, (.) il s\u2019agit d\u2019un aspect de l\u2019éducation globale de la personne qu\u2019on a beaucoup trop négligé jusqu\u2019ici.\u201d 740 ACTION NATIONALE A la page 121, le secondaire unique est justifié par le mal qu\u2019il y a à des cloisonnements qui maintiennent \u2019\u201cdes différences d\u2019esprit, de méthode, de discipline\u201d, non pas seulement d\u2019ailleurs entre deux secondaires \u201ccloisonnés\u201d, mais même entre Vélémentaire et le secondaire.Et à la page 129, on reproche à un régime de type plus traditionnel, comme celui qui était proposé en fin de notre article précédent, d\u2019obliger l\u2019étudiant à optei alors qu\u2019il n\u2019a \u201caucune expérience d\u2019aucun (des) enseignements\u201d entre lesquels on lui demande de choisir.Après quoi, page 161, on justifie le tronçonnement horizontal du cours secondaire en deux sections, secondaire et institut, parce que \u201cl\u2019enseignement secondaire ne doit pas durer trop longtemps; autrement il retarde inutilement les progrès de l\u2019étudiant et risque d\u2019énerver sa motivation.\u201d Le pourrissement par la tête L\u2019incroyable tragédie, c\u2019est que paraît complètement perdu le sens des différentes pédagogies et de leur nécessité commandée par les objectifs poursuivis en éducation selon les différentes qualités d\u2019esprit.La chose est patente, puisqu\u2019on va jusqu\u2019à considérer comme un défaut la persistance de ces différences.N\u2019est-ce pas effroyable! Le fait est que, comme dans le rapport des dix-huit éducateurs cette fois et selon la même indigence de pensée, le rapport Parent ne distingue guère les niveaux d\u2019enseignement qu\u2019en fonction de considérations pratiques ou ordinatrices.S\u2019il doit par exemple y avoir un élémentaire et un secondaire, ce n\u2019est pas en fonction d\u2019un besoin de changer les méthodes.Bien au contraire, nous venons de le voir, ce changement est un mal; c\u2019est en cela que le cours classique est devenu le pelé, le galeux.Vouloir maintenir une vraie distinction entre les deux, nous dit le rapport, c est encore oublier quelque chose: que \u201cdésormais l\u2019enseigne- INCOMPREHENSIONS MAJEURES DU RAPPORT PARENT 741 ment secondaire s\u2019apparente à l\u2019enseignement élémentaire en ce sens que comme celui-ci, il est destiné à tous les jeunes sans exception\u201d (p.121).Et plus loin, le rapport continue sans sourciller : \u201cOn a souvent défini l\u2019enseignement élémentaire comme celui qui doit assurer à tous les hommes un minimum de préparation à la vie; c\u2019est aussi désormais la définition de l\u2019enseignement secondaire\u201d.Pourquoi alors les distinguer?Raisons purement pratiques: \u201cUne école qui se voudrait à la fois élémentaire et secondaire sans sacrifier les besoins propres à chacun des niveaux\u201d (en raison de l\u2019âge psychologique des enfants, de la diversification des programmes et de la multiplication des services), \u201cse trouverait devant un éventail trop large de problèmes différents.\u201d D ailleurs, c\u2019est un peu selon des raisonnements semblables (une étape où un certain nombre d\u2019élèves est rejeté vers la vie et où seule une sélection d\u2019étudiants plus résistants aux examens continuera ensuite des études), qu\u2019est définie l\u2019université.Et ensuite, par différence, le secondaire (13 moins 6 font 7), lui-même scindé en deux tronçons de 5 et de 2 ans (avec une subdivision du 5 en 3 et 2).Plus loin dans le rapport (p.170), il est vrai qu\u2019on insistera sur le renouvellement de l\u2019esprit et des méthodes dans la période de 2 ans qui suivra le secondaire proprement dit (instituts), mais la raison invoquée pour cette création se ramène à ce qu\u2019\u201cil serait sans doute difficile et coûteux d\u2019imposer brusquement aux commissions scolaires l\u2019addition d\u2019une ou deux années supplémentaires au cours qu\u2019elles donnent dans leurs écoles\u201d (p.39).Et c\u2019est alors que sans davantage sourciller, les commissaires vont nous définir l\u2019université comme étant \u201ctout enseignement (.) qui se situe au delà de la 13e année\u201d.Et que tout de go, comme des enfants qui jouent aux blocs et qui défendent leurs constructions, ils ont l\u2019ingénuité d\u2019ajouter: \u201cOn n\u2019a pas été habitué à définir ainsi l\u2019enseignement supérieur qu\u2019on a généralement entendu 742 ACTION NATIONALE comme un enseignement d\u2019un certain type et d\u2019une certaine qualité, réservé à une très faible minorité d\u2019étudiants.Nous croyons que l\u2019on doit plutôt le définir comme un niveau d\u2019études, quel qu\u2019en soit le contenu.\u201d Ce qui me renverse encore plus après cela, c\u2019est que tant d\u2019esprits que l\u2019on pourrait croire cultivés, même chez près de 100 supérieurs de collèges classiques, tout en faisant des réserves, nous vantent la grande hauteur et la grande profondeur de vues de ce document! Que tous les grands esprits de l\u2019Antiquité et des époques-sommets de notre civilisation occidentale s\u2019estiment heureux d\u2019être morts ; autrement, ils se croiraient fous s'ils allaient hésiter et un instant, douter d\u2019eux-mêmes au lieu de voir que la technique et les machines sont en train, par mimétisme de nos propres créations, de nous décerveler ! C\u2019est le même genre de globalisme primitif de la pensée qui préside à la conception du secondaire.Il a été défini à priori comme \u201cun enseignement pour tous; non plus, comme dans le passé, un enseignement réservé à une minorité\u201d (p.123).A partir de là, c\u2019est devenu pour la société un \u201cdevoir de faire accéder tous les jeunes à l\u2019enseignement secondaire\u201d.On admet comme \u201cévident que l\u2019enseignement secondaire ne peut être le même pour tous\u201d (p.124), mais selon une diversité qui n\u2019est que de matières prises dans les options, sans aucune idée de l\u2019unité nécessaire d\u2019un cours pour un type de formation approprié aux esprits offrant plus de possibilités.Aussi avec toute la naïveté du \u201cVoilà pourquoi votre fille est muette\u201d, les commissaires concluent à un moment donné pour le cours secondaire, comme plus tard pour l\u2019université: \u201cOn voit que nous nous faisons de l\u2019enseignement secondaire une conception beaucoup plus large que celle qui avait cours traditionnellement dans le milieu canadien-français\u201d (p.125), \u2018 loin de la conception du secondaire traditionnel des collèges classiques\u201d.\u201cLoin\u201d est sans doute un mot juste; et \u201clarge\u201d aussi puisque dans le domaine des idées il signifie : Qui n est INCOMPREHENSIONS MAJEURES DU RAPPORT PARENT 743 pas strict, rigoureux, serré.Qui manque de rigueur\u201d (Robert).Mais si elle est large, c\u2019est une conception singulièrement légère, superficielle, insignifiante dans le sens de peu signifiante, donc sans valeur éclairante pour le problème à résoudre.La satisfaction des commissaires devant le fait qu\u2019au tronc commun de 7e et de 8e, la moitié du programme est constituée par les matières de base n\u2019est nullement une justification: c\u2019est la méthode d\u2019enseignement pratiquée qui est le problème.Et il ne suffit pas qu on nous parle de méthodes améliorées et plus vivantes; il faudrait qu\u2019on puisse nous montrer possible 1 application d une véritable pédagogie secondaire, dans le sens plein du mot, à ceux-là qui en ont l\u2019aptitude.Or, il y a plus que lieu d\u2019en douter puisqu\u2019il n\u2019y aura même pas de différences d\u2019esprit et de méthode entre l\u2019élémentaire et le secondaire; et qu\u2019au surplus le secondaire de ces messieurs-dames apparaît d\u2019une qualité telle, si médiocre donc, que prolongé sur sept ans (méthode traditionnelle qui a fait ses preuves pour un vrai secondaire), il a pour conséquence \u2018\u2018de retarder inutilement les progrès de l\u2019étudiant et énerve sa motivation\u201d.Quant au problème de la difficulté pour l\u2019enfant cl opter dès la 7e année, le fait pour les commissaires de poser ainsi le problème montre qu\u2019ils ne l\u2019ont pas compris.Bien sûr, ils ont raison dans leur système.Et c\u2019est ce qui en démontre la faiblesse pour les enfants à quotient intellectuel élevé.Il est vrai, comme il est dit à la page 48, qu\u2019il faut éviter l\u2019orientation prématurée entre un cours à dominante scientifique et un cours à dominante trop littéraire, du moins à notre époque.Et s\u2019ils ont tiré là argument contre le cours secondaire traditionnel ________ ce dont nous reparlerons plus loin \u2014, c\u2019est parce qu\u2019ils ne l\u2019ont considéré que superficiellement, dans l\u2019orientation passée de ses programmes et non dans son objet propre et dans l\u2019élément substantiel, encore une fois, de sa vraie pédagogie.Aussi est-ce le désavantage dû régime d\u2019option, par opposition au cours monolithique 744 ACTION NATIONALE calibré, d\u2019obliger l\u2019enfant à faire des choix prématurés.Pour les enfants à quotient intellectuel élevé et à succès scolaire établi, le problème ne se pose pas dans l\u2019optique traditionnelle : les maîtres surtout, aidés aujourd hui des orienteurs au besoin, le dirigent vers le cours qu on sait déjà lui convenir parfaitement.Ce qui permet justement de le plonger tout de suite dans un cours plus intensif, sans la perte de temps que les autres subiront forcément dans les années d\u2019orientation par suite de leur manque de talent et de la plus grande difficulté de déterminer la voie qui leur permettra de maximiser leurs virtualités.A ce moment, en effet, il ne s\u2019agit pas de déterminer une orientation professionnelle, mais une orientation proprement culturelle selon le type d esprit dont 1 enfant a fait preuve par ses résultats scolaires des six premières années du cours.Ses aptitudes intellectuelles se sont-elles révélées de tendance purement technique, répétitives au point de vue intellectuel, et manuelles?ou au contraire, ses réactions scolaires démontrent-elles l\u2019existence d une aptitude à la conceptualisation, à la création intellectuelle ?C\u2019est tout ce qu\u2019il est nécessaire de savoir à ce stade ; et une expérience déjà séculaire prouve à 1 envi que cela est tout de même, et assez aisément, possible.Un primaire supérieur technique enrichi de culture quantitative Que peut-on dégager de tout cela quant à la qualité de la nouvelle école Parent?Qu\u2019au lieu de créer un véritable secondaire public pour faire droit à certaines réclamations anticléricales et faire face aux besoins croissants, la Commission détruit pour toutes fins pratiques le véritable enseignement secondaire, et sublime l\u2019ancien primaire supérieur enrichi.Dans le régime qui nous est proposé, ce qu\u2019on nous donne, c est un primaire élémentaire de 6 ans, un primaire supérieur de 5 ans, et une espèce de secondaire de 2 ans dans les instituts C est INCOMPRÉHENSIONS MAJEURES DU RAPPORT PARENT 745 extrêmement grave pour ceux qui ont de la culture une autre conception que la seule formation à caractère technique et professionnel, et qui restent convaincus que le Canada français doit sa survivance et son originalité à la formation d\u2019une élite culturelle par un enseignement d\u2019esprit authentiquement secondaire.Examinons donc la chose d\u2019un peu plus près.Nous avons déjà vu précédemment comment la Commission Parent s est élevée contre l\u2019idée que le secondaire doive être un cours donné dans un esprit et selon des méthodes autres que ceux du primaire.En un sens et selon sa logique propre, elle a raison.Car si le secondaire doit vraiment recevoir tout le monde sans distinction, il est vrai qu\u2019il ne peut être qu\u2019un primaire prolongé, ainsi que nous le constations nous-mêmes le mois dernier.Comme seulement 20,% des talents ont quelque chance de réussir un cours ayant 1 esprit et les méthodes du secondaire traditionnel, il n\u2019y aurait pas de sens à appliquer cet esprit et ces méthodes dans un secondaire élargi institutionnellement à un point tel qu\u2019il doive recevoir et former 100% des élèves.Mais il faut être vraiment obnubilé par le mythe démocratique pour ne pas apercevoir alors le désastre humaniste que représente cette solution.Que ce secondaire soit bien une sorte de cours primaire supérieur, et non un cours de véritable formation humaniste, on le précise bien.Primaire et secondaire sont si semblables qu\u2019ils vont s\u2019interpénétrer pour assurer plus de continuité, plus d\u2019unité entre les deux, par delà la séparation qu\u2019ont nécessitée les données pratiques que nous avons vues.\u201cLa fin de l\u2019élémentaire, dit le Rapport, doit déjà ressembler au début du secondaire ; et le commencement du secondaire ne doit pas être trop différent de la fin de l\u2019élémentaire\u2019\u2019 (p.121).Le bain d\u2019esprit nouveau pour un véritable développement intellectuel que l\u2019on faisait débuter autrefois aux éléments, c\u2019est cinq ans plus tard, avec l\u2019entrée aux instituts, qu\u2019on le reporte. 746 ACTION NATIONALE A ce moment, en effet, le Rapport insiste sur l\u2019idée d\u2019un changement radical d\u2019attitude.L\u2019institut, nous dit le Rapport, ne devra pas être \u201cun simple prolongement du cours secondaire ; il faudra que cet enseignement soit vraiment d\u2019un calibre supérieur à celui du cours secondaire\u201d (dont il a été dit déjà, rappelons-le, qu\u2019il n\u2019a pas lieu d\u2019être d\u2019un calibre différent du primaire, mais offrir seulement du plus avancé dans le même calibre), \u201cque se développe une pédagogie adaptée aux jeunes adultes, que se crée un climat différent de celui des institutions secondaires.Il ne doit pas non plus être un enseignement universitaire déguisé ; il ne resterait toujours alors qu un cours tronqué, sans statut reconnu.L\u2019enseignement préuniversitaire et professionnel doit donc prendre une personnalité propre, officiellement et pratiquement reconnue de tous.\u201d (p.170).Pour ceux qui savent lire et comprendre, la chose est donc claire.Le secondaire Parent n\u2019est qu\u2019un primaire prolongé, après quoi commencera à la 12e année d\u2019étude seulement quelque chose qui sera une sorte de secondaire véritable.Car si ces instituts ne sont, à cause du changement de pédagogie, ni le primaire prolongé du secondaire Parent, ni de l\u2019universitaire, ce ne peut être que quelque chose de vraiment secondaire.Après tout, il n\u2019y a pas tellement de voies possibles en pareille matière; et les anciennes divisions qui étaient plus pensées que simplement mesurées sur des contingences pratiques les représentaient bien.On commence à entasser dans l\u2019esprit des notions qui pourront ensuite être utilisées pour l\u2019apprentissage de la pensée; et c\u2019est l\u2019époque primaire ou élémentaire de l\u2019éducation.Puis à 1 aide de ces notions, on apprend à penser véritablement, objet propre du secondaire ; auquel se substitue un technique pour ceux qui ne sont capables que de pensée réflexe.L\u2019art de penser, ou en tout cas ses rudiments étant acquis, on en approfondit l\u2019usage.On en apprend le maniement, dans une spécialisation particulière, sous la direction et par l\u2019exemple d\u2019un maître; et c\u2019est l\u2019université.Selon ces termes, il INCOMPRÉHENSIONS MAJEURES DU RAPPORT PARENT 747 apparaît donc assez clairement que la formule du rapport Parent équivaut à un primaire de 11 ans, orné d\u2019éléments secondaires au cours des 5 dernières années, un vrai secondaire (et encore!) de 2 ans, puis l\u2019université.On comprend alors que le rapport Parent ne veuille pas prolonger son secondaire au delà de 5 ans pour ne pas retarder davantage les élèves, ni nuire à leur motivation.Cinq ans de ce primaire supérieur enrichi sont déjà évidemment beaucoup trop longs pour les meilleures intelligences, qui y auront perdu un temps précieux, irrécupérable d\u2019ailleurs ensuite en raison de l\u2019âge trop avancé de ces enfants.Etant donné son esprit et ses méthodes, qu\u2019est-ce qu\u2019on fera en somme au secondaire Parent?On s\u2019imagine y faire du secondaire par une continuation intensifiée de 1 élémentaire assaisonné de plus de sujets relevant d\u2019un degré plus avancé de culture.On y stimule particulièrement, dit-on, l\u2019initiative, la responsabilité, l\u2019esprit de travail, comme si cela était la caractéristique d\u2019une formation secondaire, alors que la fonction d\u2019un secondaire humaniste est fondamentalement de développer ce type pai ticulier d initiative intellectuelle, ce sens de responsabilité dans la rectitude de pensée, cet esprit de travail particulier dans l\u2019ordre de l\u2019esprit, qui conduit à l\u2019aptitude à la pensée créatrice.L\u2019initiative, la responsabilité et l\u2019esprit de travail ne sont pas en effet l\u2019apanage des seuls penseurs.C\u2019est la réalisation vers laquelle sont sous-tendues ces vertus qui distingue la qualité du résultat; et c\u2019est dans la distinction qualitative que réside justement la nécessité des deux pédagogies qui orienteront la pratique de ces vertus, l\u2019une vers des réalisations techniques plus a la portée de tous, l\u2019autre vers des idéalisations humanistes qui seront toujours l\u2019apanage du petit nombre.Au rapport Parent, on présume en quelque sorte qu\u2019en prolongeant l\u2019élémentaire dans des matières dites de culture, en stimulant certaines vertus de travail jus- 748 ACTION NATIONALE qu\u2019à la 11e année, il suffira ensuite d\u2019un choc de deux ans pour réveiller définitivement l\u2019esprit créateur.D où l\u2019absence d\u2019inquiétude à prolonger la \u201cdémocratisation de l\u2019enseignement commun, adapté à tous par la polyvalence; et prolongé d\u2019ailleurs même au niveau de l\u2019institut par le campus commun aux techniciens comme aux humanistes dans les cadres d\u2019une plus grande sélectivité des programmes.C\u2019est là même une conception tellement mécanisée de l\u2019apprentissage secondaire qu elle ne saurait que nous être très suspecte.Il est douteux que les procédés pédagogiques les plus modernes remplacent jamais le mûrissement dans la formation des esprits; et c\u2019est pourquoi la formation d\u2019un esprit humaniste ne me paraît pas compatible, pour la plupart de ceux qui en sont capables, avec une pédagogie qui pio-longe si longtemps la simple accumulation quantitative combinée à l\u2019acquisition de certaines vertus de travail, pour ensuite en deux ans transformer le tout en une aptitude à la pensée personnelle comme par le miracle d\u2019un finissage, d\u2019un vernissage ou d\u2019une transformation chimique ex abrupto sous le choc de quelque étincelle électrique.Plutôt la rénovation du classique L\u2019erreur de la Commission Parent n\u2019est toutefois pas uniquement de s\u2019être laissé halluciner par le mythe de la démocratisation.Il y a, au surplus, dans le rapport, la preuve d\u2019une méconnaissance effarante des vrais problèmes.Elle apparaît à la façon dont on parle du cours classique et de ses possibilités.A la page 47, on lit: Foi-mation littéraire et philosophique, formation scientifique et formation technique sont désormais complémentaires dans la notion de culture.L\u2019unique critère traditionnel de culture, la culture littéraire, est aujourd\u2019hui non pas périmé mais tout à fait partiel.Il est aussi important pour notre milieu culturel de former des ingénieurs que des écrivains.\u201d C\u2019est là la réflexion qui va postuler la INCOMPRÉHENSIONS MAJEURES DU RAPPORT PARENT 749 disparition du cours classique comme tel, et justifier le tionc commun polyvalent.Le cours traditionnel souffrant du vice de n\u2019être qu\u2019\u201cune formation générale à dominante littéraire et philosophique\u201d, doit devenir l\u2019un dans le plusieurs indifférencié.En somme, pour le rapport Parent, il n\u2019y a qu\u2019un pioblème: former des techniciens, préparer à un emploi; et dans la solution de ce problème la culture est une inclusion de formation générale par un programme reflétant les composantes sociologiques de la culture de chaque époque.Jamais n\u2019est considérée la qualité substantielle de l\u2019esprit développé chez celui qui sera ingénieur ou écrivain, par opposition à d\u2019autres emplois où, si une qualité humaniste élevée peut toujours être désirable et utile, elle n\u2019est pas strictement nécessaire au meilleur accomplissement de la fonction.Cela n\u2019étant pas vu, l\u2019idée de distinguer les voies principales d\u2019un enseignement du second degré comme devant être différenciées ne saurait évidemment avoir de sens.Du point de vue concret, cette façon de présenter le problème du cours traditionnel dans le rapport Parent sent un peu sa mauvaise foi anticléricale, car il y a belle lurette que les cours classiques du Québec comme d\u2019ailleurs dans le monde ne sont plus des cours littéraires et philosophiques seulement.Ce qui est vrai, c\u2019est qu\u2019histo-i iquement, on a mis du temps à y inclure convenablement les mathématiques et les sciences; et qu\u2019un peu partout dans le monde et spécialement au Québec, on a mis encore plus de temps à les y admettre de plein droit, c\u2019est-à-dire en les utilisant selon une pédagogie appropriée.Inclus par addition et sous pression, les cours de mathématiques et de sciences ont comme brisé l\u2019unité du cours secondaire traditionnel, et préparé la décomposition actuelle.Il a fallu rogner sur les matières littéraires et philosophiques pour leur faire une place; mais on les a introduits dans le cours selon une pédagogie de \u201crecettes\u201d, d\u2019apprentissage du \u201cfaire\u201d et du \u201csavoir mémorisé\u201d, une 750 ACTION NATIONALE pédagogie technique, plutôt que selon la pédagogie secondaire de la formation à un langage (mathématiques) et de l\u2019apprentissage d\u2019un mode de penser (sciences).D\u2019où le caractère diminué et bâtard de nos enseignements classiques au cours du dernier demi-siècle.Quand on n\u2019a qu\u2019une pensée réflexe, conditionnée par des déterminismes conceptuels acquis, on va tout de go de là à conclure que le cours classique démontre la nécessité d\u2019évoluer dans le sens de la Commission Parent.Qu\u2019il est déjà la préfiguration imposée par les événements de la solution proposée dans le rapport Parent, qui nous apporte ainsi le parachèvement rationalisé d\u2019une évolution nécessaire.Mais une pensée réfléchie ne saurait manquer de voir là une dégradation d\u2019une forme d\u2019enseignement dont rien n\u2019indique qu\u2019on puisse y substituer, sans dommage pour la culture, une évolution pédagogique insoucieuse de la culture ; et par suite, elle aurait attendu d\u2019une commission d\u2019enquête une réflexion sur le problème au lieu de suivre simplement le courant sociologique; un effort pour revaloriser ce qui doit être sauvé de l\u2019ancien tout en nous donnant ce qu\u2019il faut de nouveau.Il fallait nous redonner un véritable enseignement secondaire.Et si ce qui en tenait lieu a vraiment commis l\u2019erreur de rester un enseignement purement littéraire et philosophique dans un monde où la science et la technique ont pris tant de place, il fallait le faire évoluer en conséquence dam les cadres de sa pédagogie propre, donc en lui laissant toute son individualité; et tout en répondant aux autres besoins encore plus urgents par la mise sur pied d\u2019un autre second degré cohérent de nature technique.En fait, ce n\u2019est pas tout à fait cela qu\u2019il y avait à faire.Il y avait à redonner à notre enseignement classique sa vocation propre, perdue dans l\u2019effort maladroit d\u2019adaptation des dernières années.Il fallait y intégrer définitivement l\u2019enseignement des mathématiques et des INCOMPRÉHENSIONS MAJEURES DU RAPPORT PARENT 751 sciences selon une pédagogie du secondaire, de façon à ce qu\u2019elles prennent leur part au développement de la pensée créatrice.Il fallait faire le nettoyage de tout ce fatras d\u2019options qui ont réduit notre enseignement classique au niveau de l\u2019enseignement polyvalent technique.Retrouver le sens ordonné, progressif, de la vieille tradition : apprendre à parler et à écrire avant de prétendre penser, apprendre à raisonner par l\u2019exercice dans les différentes méthodologies du savoir avant de prétendre penser par soi-même.Et cela par l\u2019intermédiaire d\u2019un programme logique, cohérent, continu, progressif, dirigé par une série de maîtres agissant, chacun dans sa classe, comme le guide d\u2019une communauté fraternelle de vie intellectuelle.Tout le nouveau qu\u2019apporte le rapport Parent n\u2019est pas en contradiction avec l\u2019ancien; il s\u2019y ajoute pour nous permettre effectivement d\u2019étendre la connaissance, de la démocratiser si on veut en permettant à plus de citoyens d\u2019y participer.Mais ce nouveau, il est loin d\u2019être clair qu\u2019il contient l\u2019ancien et en conserve ce qu\u2019il contenait de bon; le contraire est plutôt évident, de sorte qu\u2019il est fait pour compléter l\u2019ancien, être construit à côté de l\u2019ancien et au besoin l\u2019aider à rendre plus efficace ses techniques propres.Le malheur, c\u2019est que notre génération qui se croit tellement supérieure à toutes celles qui l\u2019ont précédée, est en fait une génération d\u2019enfants, d\u2019adolescents, d\u2019adultes qui se conduisent comme des enfants et des adolescents.L\u2019émerveillement devant le nouveau pousse à vouloir sans vraie réflexion lui faire prendre toute la place en détruisant tout ce qui a existé auparavant.Ce genre d\u2019enfantillage est particulièrement grave quand il s\u2019agit de la culture; et de l\u2019avenir d\u2019un peuple qui a joué son destin sur la culture.Dans tout cela, il y a des choses certaines; et d\u2019autres qui ne le sont pas.Parmi les choses certaines, il y a que c'est l\u2019enseignement secondaire traditionnel, même à travers son exclusivisme 752 ACTION NATIONALE littéraire et philosophique du passé, qui a donné naissance à toute cette pensée créatrice grâce à laquelle les sciences et les techniques sont devenues ce qu\u2019elles sont à l\u2019heure actuelle.Sa prétendue inefficacité, même si personne ne nie la possibilité et la nécessité de progrès, n\u2019est donc qu\u2019un préjugé d\u2019école, et disons-le franchement d\u2019ignares.Si l\u2019on détruit cette base culturelle de notre civilisation, encore une fois plus dans ses méthodes pédagogiques que dans ses programmes comme tels, est-on sûr de faire mieux avec de nouvelles méthodes dont les résultats ne sont pas éprouvés?Il existe telle chose que des retours à la barbarie, même dans l\u2019efficacité technique.Parmi les choses certaines, il en est une autre.Le nouveau que l\u2019on prétend établir d\u2019une façon si totalitaire chez nous, il n\u2019est en très grande partie nouveau que chez nous.Qu\u2019il ait ailleurs produit des résultats \u2022partiels relativement à certains objectifs en éducation, ou même dans la vie pour les expériences un peu plus anciennes, ne se conteste sans doute pas.Mais il y aurait à retenir que ce ne sont que des résultats partiels relativement à des objectifs ou des résultats de portée plus ou moins limitée.Quant aux objectifs d\u2019ensemble, ce qui est certain c\u2019est que nulle part on n\u2019est tellement plus satisfait des résultats des régimes d\u2019éducation qu\u2019on ne l\u2019était auparavant.Ce qui est certain, c\u2019est que partout où on s\u2019est éloigné des méthodes secondaires traditionnelles, on déplore l\u2019insuffisance culturelle des hommes, leur inaptitude à la vraie pensée personnelle et créatrice, on y parle d\u2019une restauration nécessaire des valeurs libérales, non seulement pour les fins de la pure culture, mais en raison de l\u2019incapacité dont font preuve des esprits trop techniques à concevoir les idées fondamentales et les idées d\u2019ensemble qui sont de plus en plus nécessaires à la gouverne des peuples.Voudra-t-on enfin s\u2019arrêter et réfléchir, au lieu seulement de réagir selon nos amitiés et nos haines, nos INCOMPREHENSIONS MAJEURES DU RAPPORT PARENT 753 préjugés et nos prétentions, nos emballements pour la nouveauté et les effets apparents.La plus grande preuve de la faillite de notre enseignement classique récent, de sa dévaluation, c\u2019est que la hauteur de pensée n\u2019existe à peu près plus chez nous.Nous ne sommes plus que des techniciens intéressés aux merveilles des gadgets de toute sorte que notre esprit fertile engendre à jets continus.Mais où est le nord?Dans un éditorial de septembre 1962, le soussigné se demandait si nos éducateurs n\u2019avaient pas perdu le nord?Qui d\u2019autorisé chez nous, et en nombre suffisant pour faire impression, se décidera à abandonner les courbettes, les critiques qui s\u2019em-mitoufflent afin de ne faire mal à personne et se condamnent à l\u2019inefficacité, à dire franchement tout haut ce qu\u2019ils ronchonnent tout bas dans l\u2019espoir d\u2019en pousser d\u2019autres à parler à leur place?Manquons-nous seulement de courage ou sommes-nous complètement déboussolés?C\u2019est la question de l\u2019heure devant les options majeures qu\u2019appelle le rapport Parent. Autour de l'idée d'Etats associés - I - Qui sommes-nous?Où allons-nous?par Piel-Petjo Maltest Depuis 1912, L\u2019Action nationale se fait alternativement le témoin alarmé ou l\u2019agent catalyseur de nos crises de conscience ou de nos prises de conscience collectives.Si on peut lui reprocher de n\u2019avoir pas toujours occupé les avant-postes, on ne saurait prétendre qu\u2019elle ait, à aucun moment, déserté le coeur du combat, surestimé l\u2019adversaire ou sousestimé nos forces.On trouvera donc normal qu\u2019elle s\u2019attache la toute première à faire le point, à définir l\u2019identité de la nation, à tracer une carte de la bataille en indiquant nos avantages comme nos faiblesses stratégiques.Dans cette optique, elle peut se permettre d\u2019accueillir le présent essai, dont la seule ambition est de soumettre un aperçu synthétique de certains facteurs trop souvent négligés dans nos équations nationalistes.Vos papiers s\u2019il-vous-plaît ?La polyvalence, l\u2019ambiguïté et la confusion de notre vocabulaire expliquent en grande partie la nébulosité de nos concepts.La récipropre n\u2019est d\u2019ailleurs pas moins vraie.Des termes aussi importants pour nous que \u201ccanadien\u201d, \u201cfrançais\u201d, \u201canglais\u201d, \u201cquébécois\u201d, \u201cindien\u201d, sont ici autant d\u2019amphibologies.\u201cCanadien\u201d a désigné successivement ou simultanément: Indien d\u2019Amérique française, colon français établi en Nouvelle-France, citoyen d\u2019Amérique du Nord britannique de culture française et d\u2019origine franco- QUI SOMMES-NOUS?OU ALLONS-NOUS?755 indienne, tout citoyen d\u2019Amérique du Nord britannique.Il faut toujours accoler un parasite à ce mot pour en préciser le sens: Canadien français, Canadien-Français, franco-canadien, canadien d\u2019expression française ; Canadien anglais, Canadien-Anglais, anglo-canadien, canadien d\u2019expression anglaise; haut-canadien, bas-canadien, pan-canadien, néo-canadien, canadien-tout-court, etc.On doit de même distinguer \u201cFrançais\u201d et \u201cAnglais\u201d des \u201cvrais Français\u201d, \u201cFrançais de France\u201d, \u201cvrais Anglais\u201d ou \u201cAnglais d\u2019Angleterre\u201d.Sans parler des \u201cmaudits Français\u201d, des \u201cJaunes\u201d, des \u201cHabits Rouges\u201d, des \u201cBloques\u201d et des \u201cTêtes Carrées\u201d.\u201cQuébécois\u201d désignait déjà l\u2019habitant de notre capitale, d\u2019un comté, d\u2019une région et d\u2019une province.On a cru bon le charger encore et en baptiser notre peuple entier, au mépris de ceux des nôtres qui occupent d\u2019autres portions de notre territoire national.Quant aux Indiens, en plus de les confondre avec leurs homonymes des Indes et des \u201cWest Indies\u201d, on les affuble d\u2019une kyrielle de qualificatifs nominalisés, généralement péjoratifs: sauvages, indigènes, naturels, natifs, aborigènes, primitifs, Peaux-Rouges, hommes des bois, ou simplement barbares.Il s\u2019est révélé impossible d\u2019opérer un choix dans cette jungle de faux synonymes.Pour savoir de qui nous parlons dans cette esquisse, nous devrons nous résigner à proposer des acceptions définies à certains de ces termes, ou des néologismes audacieux quand le besoin de clarté l\u2019exigera.On qualifiera sans doute notre terminologie d\u2019arbitraire, de présomptueuse ou de fantaisiste.Il nous suffit qu\u2019elle soit exacte, claire, défendable, et surtout qu\u2019elle colle le plus possible à la réalité désignée.Ainsi \u201cFrançais\u201d et \u201cAnglais\u201d s\u2019appliqueront exclusivement à des citoyens d\u2019outre-Atlantique, ou aux régimes coloniaux de la France et de l\u2019Angleterre. 756 ACTION NATIONALE \u201cCanadien\u201d gardera ici l\u2019acception populaire et trois fois séculaire qui l\u2019oppose à \u201cAnglais\u201d et à \u201cFrançais de France\u201d dans l\u2019esprit et le coeur de nos gens.La nation canadienne se définissait déjà nettement dès 1660 par ce mot.\u201cCanadien\u201d nous est propre, et nous appartient de droit: nous ne pouvons le céder gentiment aux envahisseurs.Après l\u2019avoir méprisé pendant deux siècles, ils ne l\u2019ont jamais adopté avec enthousiasme, ne s\u2019y étant résignés qu\u2019à titre de concession diplomatique.Il n\u2019y a pas de Canadien-ceci ou de Canadien-cela.Nous sommes les seuls Canadiens, historiquement et ethniquement, en droit comme en fait.Et nous le resterons.C\u2019est par \u201cfédéral\u201d qu\u2019il faut qualifier ce qui ressortit à la juridiction que s\u2019est attribuée l\u2019actuel gouvernement central.Sans référence aux nations qu\u2019il sert ou asservit.Quant à \u201cQuébécois\u201d, dont l\u2019usage s\u2019est modifié avec la montée de l\u2019indépendantisme, il reprendra ici sa valeur régionale.Les concentrations canadiennes extérieures au centre de notre territoire central, ce Québec plus favorisé qu\u2019elles, cessent ainsi de se considérer parents pauvres ou étrangers.Le Québec constitue la portion la plus habitée et la mieux équipée de notre territoire national, soit.Mais il ne peut nous faire renoncer au Canada, i.e.à cette contrée de l\u2019Amérique du Nord que nous habitons majoritairement et qui nous revient tout entière: des cinq comtés acadiens du Nouveau-Brunswick au Nord-Est ontarien, de la frontière américaine à l\u2019Arctique.Ecartelés entre leurs moeurs américaines et leurs attaches britanniques, fabricants et profiteurs de l\u2019Amérique du Nord britannique, les soi-disant Canadiens anglais méritent bien le nom de \u201cBrinorricains\u201d et leurs pays celui de \u201cBrinorrique\u201d.Ces mots se forment par un procédé d\u2019alliage tout anglo-saxon: BRItish NORth ame-RICA.Ces noms ne sont pas plus curieusement hybrides et stupéfiants que la réalité. QUI SOMMES-NOUS ?OU ALLONS-NOUS ?757 Voilà pour Français, Anglais, Canadien, fédéral, Québécois et.Brinorricain.Les acteurs présentés, voyons maintenant leur jeu.Le jeu des forces A un nombre grandissant de Canadiens, l\u2019accession d\u2019un Etat canadien (canadien-français) à la souveraineté totale, absolue et inconditionnée paraît inéluctable.Et ceux-là s\u2019étonnent de rencontrer encore, en 1965, des gens qui osent parler sans rire de leur Confédération, ou rire en parlant de notre nation.Tous ces Canadiens qui ont le sens de la patrie et de l\u2019honneur et qui sont les forces vives de la nation, se consacrent déjà à une grande et belle tâche.A partir des matériaux légués par la tradition, ils ont relevé le défi exaltant de construire leur pays à leur image et à leur ressemblance.Ces hommes n\u2019ont plus à s\u2019interroger interminablement sur la nécessité de se créer un Etat bien à eux.Ils ont accédé au stade moins puéril où on choisit sa méthode et se met au travail.Avec ou sans étiquette, on les trouve répartis en trois écoles principales, répondant souvent à autant de tendances psychologiques.Les uns, fougueux et pétulants, parlent en termes de LIBERATION et proposent carrément la méthode forte, la légitime défense.Si on peut regretter les excès de leur système, il reste triste à remarquer que ces excès mêmes ont plus obtenu des Brinorricains en deux ans que le parlottage et le bonententisme en deux siècles.Mais dans les conditions spécifiques où nous vivons, la valeur tactique du terrorisme s\u2019arrête là.Il ne peut produire ici que des concessions, de l\u2019irritation et de la méfiance.D\u2019autres, plus âgés dans l\u2019ensemble, se rallient à l\u2019idée d\u2019ASSOCIATION et soumettent calmement un projet d\u2019Etats associés.Leurs positions ne semblent pas 758 ACTION NATIONALE tellement claires, et on peut se demander ce qui les motive.Ambiguïté savante engendrée par la crainte de manquer le train de l\u2019Histoire ?Simple scrupule sentimental poussant à offrir une dernière chance à Ottawa avec le secret espoir que son refus légitimera une option plus radicale ?Souci de sauver la chèvre fédérale et le chou national ?Ou ne serait-ce pas plutôt un mouvement de diversion stratégique permettant d\u2019entamer déjà les négociations de partage ?Quoi qu\u2019il en soit, la formule présente sûrement des avantages immédiats, et on comprendra que les situations sociales de ses tenants les obligent à s\u2019y retrancher pour mieux travailler aujourd\u2019hui.Mais le vestibule n\u2019est pas la maison.Cette solution ne saurait galvaniser les énergies de la nouvelle génération, ni constituer en soi, un idéal national suffisant.De nos jours l\u2019entre-deux et l\u2019à-peu-près ne réussissent qu\u2019à exaspérer la soif d\u2019épanouissement et l\u2019appétit de dépassement d\u2019un peuple qui a depuis longtemps épuisé l\u2019amertume desséchante des demi-mesures.De loin les plus importants par le nombre et le potentiel de leurs effectifs, les partisans de l\u2019INDEPEN-DANCE pure et simple se distinguent par leur réalisme et leur dynamisme.Ils accueillent aisément toutes les méthodes efficaces et légitimes, sans tomber dans un certain purisme de méthode.Ils évitent la mystique des systèmes tout faits sans bannir l\u2019enthousiasme pour les programmes constructifs.Chez eux le sérieux n\u2019exclut pas l\u2019audace, la réflexion n\u2019interdit pas l\u2019action.On sent d\u2019ailleurs que les deux premières tendances évoluent vers leur maturation complète dans la mesure où elles se rapprochent de cette attitude.Car c\u2019est ensemble qu\u2019il nous faut lutter pour construire un Etat vigoureux, une nation pleinement indépendante sur les plans politique, économique, social, culturel et religieux.C\u2019est avec nos sueurs communes que nous devons cimenter les pierres lavées dans le sang des ancêtres, pour édifier ensemble l\u2019heureuse et fière patrie de nos héritiers.La lutte ingrate et patiente de nos devanciers n\u2019aura pas été vaine QUI SOMMES-NOUS?OÙ ALLONS-NOUS?\t759 et nous pourrons enfin donner un sens à leurs souffrances et à leurs humiliations en dotant nos enfants d\u2019un Etat libre et fort.Les six formes du déracinement Nous tombons tous d\u2019accord sur l\u2019urgence prioritaire de l\u2019indépendance politique.Bon ! Comment expliquer alors le manque de coordination dans notre action libératrice et créatrice ?Cet éparpillement de nos énergies est attribuable à la confusion de nos concepts respectifs de \u201cnation canadienne\u201d.Il est extrêmement curieux d\u2019observer que chaque nouvelle prise de conscience nous embrouille un peu plus et nous précipite immanquablement dans une nouvelle crise.Nous y remettons en question les composantes mêmes de notre identité propre, quand nous ne la nions pas.Il en résulte un fractionnement néfaste en clans rivaux, dont le seul point commun est d\u2019opérer de corps sur notre sol, tout en vivant de coeur et d\u2019esprit dans quelque capitale étrangère.Chaque équipe a son quartier général dans celle des six capitales qu\u2019elle croit devoir nous assigner.On propose LONDRES, par exemple, sous prétexte que l\u2019histoire nous a faits britanniques.Ne sommes-nous pas juridiquement les fils adoptifs d\u2019Albion ?Londres n\u2019a-t-elle pas eu la magnanimité de nous laisser vivre, quitte à nous exploiter ?Ne nous a-t-elle pas protégés en nous fournissant l\u2019étendard sous lequel nous pouvions nous faire tuer en paix, aux premiers rangs de ses glorieuses armées ?Et si elle nous a empêchés de grandir, n\u2019était-ce pas dans notre propre intérêt ?Enfin, par ses massacres, ses destructions, ses exactions, ses trahisons, ne nous a-t-elle pas simplement écrit cette histoire et donné ces martyrs qui nous manquaient ?Au carrefour du compromis, OTTAWA ne représente-t-il pas la perfection de l\u2019équilibre et du juste milieu ?Chargée par la métropole de convertir à la quiétude anglaise les arriérés que nous sommes, elle a accepté géné- 760 ACTION NATIONALE reusement le rôle de tutrice.Il lui revient alors de nous administrer en réprimant nos abus de minoritaires, en distribuant légèrement notre sol et nos richesses, compensés par des suçons, et en défendant les intérêts de ses sujets brinorricains menacés par les entreprises impérialistes des vilains Canadiens.Et qui, je vous le demande, qui sinon Ottawa réussirait à dépenser aussi allègrement ces flots d\u2019argent que les vaincus arrivent à verser en taxes et en impôts tout en détenant le championnat du chômage ?Parce que nous devons respect et amitié à la France, berceau des fondateurs blancs de notre pays, nous serions des Français d\u2019Amérique devant regarder vers PARIS.Nous devrions nous ranger filialement aux côtés d\u2019un Duhamel qui nous assigne le noble idéal de devenir, \u2014 ô sublime réalisation de nous-mêmes, \u2014 une branche de l\u2019arbre français ! Il faudra attendre un Français, Gilson, pour nous rappeler: \u201cLe Canada se souvient de bien des choses, car non seulement il a une mémoire, il en est une.Il se souvient d\u2019abord d\u2019avoir été une branche de l\u2019arbre français, mais aussi d\u2019en avoir été coupé, puis, laissé sur le sol, d\u2019avoir tout seul pris racine, d\u2019avoir vécu sans nous, pensé sans nous, grandi sans nous, conquis par son seul courage, par sa seule perspicacité, et par une continuité de vues qui ne nous doit rien, le droit à sa propre langue, à ses propres méthodes d\u2019éducation et à sa propre culture.Si nous sommes l\u2019arbre, jamais arbre ne s\u2019est moins soucié de sa branche.\u2019\u2019 Mais oublions que la France nous a oubliés.Nous risquerions de couper sec le cordon ombilical qui relie encore certains colonisés culturels à cette noble dame.Importons des pédagogues qui pourront entretenir chez nous ce doux état de sujétion intellectuelle.Demandons à Paris comment penser, quoi penser et comment nous exprimer.Il n\u2019est bon bec que de Paris: abreuvons-nous de sa littérature et resserrons nos liens culturels en inondant nos bibliothèques de livres importés \u201cau prix de Paris\u2019\u2019.Puis plaignons-nous amèrement du pauvre mar- QUI SOMMES-NOUS?OÙ ALLONS-NOUS?\t761 ché littéraire canadien et de la pâleur pastichante de nos écrivains, de nos artistes et de nos penseurs.Guerre aux canadianismes et aux anglicismes, mais vivent les rocking-chairs, les pull-overs, le catch, les week-ends et les w.-c.Ün ne se gêne pas d\u2019autre part, pour confondre benoîtement les fibres patriotiques et religieuses, sans prendre garde au tort immense causé aux unes comme aux autres.Eh quoi ! faut-il que nous rééditions de ces nationalismes à l\u2019arabe ou à l\u2019espagnole ?Tout en reconnaissant la richesse de nos communes origines catholiques, devrons-nous définir la nation en termes d\u2019église et de soumission à ROME ?Serait-ce, en toute bonne foi, plus acceptable que la proposition inverse ?Quels seraient les avantages d\u2019une théocratie sur un césaro-papisme ?Peut-on impunément entretenir cette tragique confusion d\u2019un ordre spirituel et ecclésial avec un ordre matériel et politique ?Quant aux croyants, peuvent-ils vraiment accepter que les manifestations extérieures de leur culte portent indéfiniment l\u2019empreinte exclusive de coutumes sans doute fort intéressantes, mais étrangères ?Peuvent-ils prétendre incarner sincèrement leur foi en faisant l\u2019abstraction la plus totale de leur milieu national ?Pour certains, WASHINGTON est le seul fait important: nous vivons sur le continent américain, avec des capitaux américains et selon le mode de vie américain.Nous serions donc des Américains pauvres.Ils regardent avec une condescendance apitoyée les arriérés ou les utopistes qui croient en d\u2019autres réalités.Pour eux l\u2019annexion économique et culturelle s\u2019impose, en attendant la fusion politique.Ils négligent les deux grands exemples donnés au monde par nos voisins: la courageuse acquisition de leur indépendance et leur dynamique détermination de construire à leur mesure.Ils s\u2019attachent au contraire à proposer l\u2019imitation servile de tout ce qu\u2019il y a de superficiel dans une civilisation ou le mot \u201cesprit\u201d s\u2019écrit t-e-c-h-n-i-q-u-e et le mot pouvoir, a-r-g-e-n-t.Il 762 ACTION NATIONALE devient pour eux naturel de s\u2019enligner sur Washington non seulement en matière de défense et d\u2019économie, mais aussi de littérature, de philosophie et d\u2019éducation.Se grandir en se prostituant à un grand client.La conséquence normale de la censure des oeuvres socialistes a été l\u2019éblouissement des inquiets qui ont réussi à risquer un oeil côté Marx-Lénine.Ils cherchaient la solution de problèmes souvent négligés ou tout bonnement ignorés par ceux qu\u2019on leur avait appris à considérer comme des phénix ayant réponse à tout.Blâmés pour leur \u201ccuriosité malsaine\u201d par ces derniers, ils se sont jetés à corps perdu dans l\u2019étude quasi mystique d\u2019un système qui a dû remplacer leur religion.Rassasiés enfin par certaines réponses marxistes, qui sont d\u2019un réel apport pour le monde contemporain, ils ne savent plus toujours distinguer l\u2019utile du suranné, assimilant volontiers toutes nos situations à des équivalents du monde soviétique, avec des variantes algéro-cubaines.Ils parlent des réalités qui nous sont propres en termes de politburo.Certains en viennent même à vendre notre indépendance à LA révolution, sous l\u2019égide étrangère d\u2019attiseurs professionnels.Croyant préparer notre avenir, ils n\u2019arrivent qu\u2019à nous reculer de 50 ans ou de 5,000 milles en substituant l\u2019impérialisme de MOSCOU aux hégémonies dénoncées plus haut.Et voilà comment notre pays est devenu un champ clos où s\u2019affrontent les hérauts de Paris, Londres, Ottawa, Moscou, Rome et Washington.Quand donc aurons-nous le courage de secouer ces jougs divers, de jeter ces masques, de dénoncer ces faux-semblants ?Quand donc aurons-nous l\u2019honnêteté et la fierté de chercher à nous définir de l\u2019intérieur, d\u2019après nos valeurs intrinsèques et nos caractéristiques propres ?Quand donc oserons-nous analyser minutieusement chacun des éléments constitutifs de notre personnalité nationale, sans enfler ou remplacer les uns pour amenuiser ou effacer les autres ?Quand donc commencerons-nous à QUI SOMMES-NOUS?OÙ ALLONS-NOUS?\t763 penser plus à ceux qui dépendent de nous qu\u2019à ceux dont nous avons dépendu ?Quand donc enfin aurons-nous la simplicité de nous situer franchement dans le temps et dans l\u2019espace: ICI \u2014 1965 ! Les Binons, le facteur oublié Nous avons délibérément omis de proposer un mot pour désigner ceux qui ont partagé spontanément avec nous le sol canadien, ses premiers habitants et légitimes possesseurs.Il est temps d\u2019y revenir, à cause des implications importantes que cela comporte pour l\u2019analyse de notre enracinement.Nous sommes fiers d\u2019introduire dans notre langne un néologisme qui restitue aux tout premiers Canadiens leur titre à\u2019Elnous (*).Si nous choisissons un terme d\u2019une de leurs langues, c\u2019est qu\u2019il nous semble juste de leur demander leur nom, à eux-mêmes.L\u2019utilisation de ce mot nous paraît infiniment préférable aux appellations péjoratives qu\u2019ils ne méritent pas, à \u201cAmérindiens\u201d et ses relents d\u2019anthropologie, ou à la confusion ridicule d\u2019\u201cIndiens\u201d.Certes, notre dette est grande envers toutes les nations elnoues du Canada.Pourquoi sélectionner un mot du micmac plutôt que de toute autre langue elnoue ?Cette nation a été la première à accueillir nos ancêtres.Dès 1524, Verazzano les rencontrait.En 1534, Jacques Cartier traite avec eux dans deux de leurs villages, Port-Daniel et Carleton, avant même d\u2019arriver à Gaspé.Les premières paroles jaillies du sol canadien et enregistrées par l\u2019histoire sont micmaques.Cartier les rapporte: \u201cNapou tou-daman asourtat\u201d (en graphie moderne: napeo, gtotemao gsaloltat), i.e., \u201cHomme, tes amis sont prêts à t\u2019aimer\u201d.(1) En micmac, \u201celnou\u201d signifie littéralement \u201cles hommes\u201d ou mieux, \u201cles vrais hommes\u201d.Ils l\u2019emploient couramment avec le sens \u201chabitant de l\u2019Amérique précolombienne\u201d, incluant ainsi les Fuégiens, les Caraïbes et les \u201cIndiens\u201d d\u2019Amérique latine aussi bien que les \u201cPeaux - Rouges\u201d d\u2019Amérique du Nord et les Esquimaux. 764 ACTION NATIONALE Ce sont encore des Micmacs qui assistent Champlain et De Monts en 1604, en Acadie ; qui sont les premiers baptisés (Membertou, 1610) ; et qui manifestent une telle fidélité à l\u2019amitié canadienne, qu\u2019en plus de mêler leur sang au nôtre dans le mariage, ils n\u2019ont pas hésité à le faire sur le champ de bataille.A telle enseigne que les Anglais payaient, à la fondation d\u2019Halifax, 10 louis sterling par scalp micmac; en 1750, il se détaillait 50 louis sterling, et en 1756 un Micmac vivant en valait trente, son scalp, sa femme ou son enfant vingt-cinq chacun.(c.f.Faucher de St-Maurice, Promenades dans le golfe St-Laurent, p.17) Ces mêmes Micmacs enfin ont guidé les Français en exploration, supporté les Acadiens en détresse, et contribué plus que quiconque à l\u2019établissement d\u2019un Etat canadien.La cote en bourse de leur chevelure indique bien qu\u2019ils luttaient encore après la reddition des nôtres.Ils nous ont aussi légué quantité de mots savoureux comme mocassin, sagamo, manitou, mitasse, esquimau, mi-couane, mascoui, québec, caribou.Sans compter les topo-nymes comme Rimouski, Matane, Gaspé, Matapédia, Causapscal, Amqui, Cascapédia, Richibouctou, Caraquet, Lameque, Tracadie, Ristigouche et combien d\u2019autres.Alliés et parents de la première heure, ils ont mérité de la patrie mieux que l\u2019oubli, le dédain, la spoliation.Leur emprunter un terme qui désigne sans équivoque l\u2019ensemble des habitants de l\u2019Amérique précolombienne, c\u2019est à la fois s\u2019enraciner un peu plus dans le sol canadien et souligner enfin les liens qui nous unissent.Conclusion Le choix d\u2019un mot nous aura menés à entamer l\u2019analyse d\u2019un facteur de notre identité nationale qu\u2019on s\u2019est plu à nier ou à minimiser: notre dette envers l\u2019Elnou, tant sur le plan du sang et de l\u2019action que sur celui de la culture et des caractères spécifiques qui distinguent notre ethnie.Une telle étude est forcément longue et corn- QUI SOMMES-NOUS P OÙ ALLONS-NOUS ?\t765 plexe.On n\u2019en saurait même donner une faible idée en un seul article.Nous n\u2019avons pas d\u2019ailleurs qu\u2019à déterminer ce que nous leur devons au passé, en inventoriant tous les domaines où la présence elnoue nous est essentielle ou nous a été vitale.Il faudra encore examiner ce que nous leur devons au futur : serons-nous pour eux paternalistes, impérialistes, colonialistes, assimilateurs ?Ce serait aussi tragique que facile.C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019il faut déterminer quelle politique nous adopterons envers ces nations fières qui ont accepté il y a quatre siècles de vivre avec nous.Décevrons-nous leurs justes aspirations, en continuant le génocide amorcé par les Français, puis continué par les Anglais avant d\u2019être accéléré par les Brinorricains ?Ou serons-nous les frères sur qui ils pourront compter pour s\u2019affirmer en tant que nations distinctes ?Partagerons-nous avec eux notre Canada commun, ce Canada qu\u2019ils ont mérité encore plus que nous, et que nous ne saurions faire grand et digne sans eux ?Ces explorations en terre elnoue ne sont qu\u2019une partie de la tâche qu\u2019il nous reste à accomplir en vue d\u2019une connaissance approfondie de notre nation, et du programme d\u2019action qui nous presse.C\u2019est à bon escient qu\u2019il faut orienter nos efforts afin de pouvoir goûter un jour l\u2019enivrant repos d\u2019un exaltant devoir accompli: la création d\u2019un Etat à la mesure de notre nation, issu du sang, des cendres, des pleurs et des sueurs, le Canada libre fort et heureux que nous voulons pour nos fils.- n - Fausse identité par Odina Boutet Le drame d\u2019un peuple, comme celui d\u2019une personne, peut être lié à des événements subséquents qui se sont produits à un moment de son existence, sans qu\u2019il ait pu 766 ACTION NATIONALE en prévoir les conséquences ou qu\u2019il ait pu les éviter.Lorsque le peuple que l\u2019on nommait canadien eut à subir la conquête du Canada, il aurait pu protéger son identité s\u2019il avait pu à ce moment-là mettre son nom à l\u2019abri de l\u2019emprunt qu\u2019allait en faire, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, le conquérant.Aurait-il pu également garder pour son territoire le nom du Canada, qu\u2019il aurait empêché le conquérant de s\u2019en servir pour désigner un pays qui ne représentait plus la même réalité politique qu\u2019auparavant.La confusion qui s\u2019est installée dans l\u2019esprit des Canadiens a commencé avec la conquête dans cette utilisation des mêmes mots dont se servaient les Canadiens pris dans un sens différent.Le Canada ne fut plus un pays à régime français et les Canadiens, le peuple qui s\u2019était d\u2019abord formé sous le régime français.Nous avons eu depuis des Canadiens qui sont en réalité un peuple anglophone, et d\u2019autres Canadiens qui sont toujours un peuple francophone.Le Canada a changé de régime politique plusieurs fois, mais il n\u2019est toujours resté officiellement qu\u2019une unité dans laquelle les divergences fondamentales n\u2019ont eu de pouvoirs que si elles ont été soutenues par la majorité des voix.Pour les francophones, l\u2019espoir de la reconquête n\u2019eût pas été la seule ambition possible, s\u2019ils avaient pu préserver leur identification officielle, gardant du même coup vivante leur conscience à travers la connaissance des objets et des événements.Mais une fois perdue l\u2019authentique identité que le régime officiel a remplacée par une confusion, tout effort d\u2019identification plaçait aussitôt le Canadien français à contre-courant vis-à-vis des autorités.Le mouvement nationaliste s\u2019y est employé obstinément, mais les effets de cette nouvelle lucidité ont mis du temps à se généraliser ; et il en faudra encore avant qu\u2019ils aient atteint une envergure qui permette la réalisation d\u2019une culture exprimant un être totalement incarné.C\u2019est que notre peuple vit encore partiellement sous la contrainte morale saxonne, la même qui a donné FAUSSE IDENTITE 767 naissance à la confusion des termes officiels, la même qui ne permettrait pas aux dissidents d\u2019avoir bonne conscience s\u2019ils approuvaient la position officielle et qui les rend suspects aux dominateurs parce que leur triomphe convaincrait ceux-ci de mauvaise foi, s\u2019ils persistaient à maintenir l\u2019état de chose actuel.Admettons qu\u2019il serait gênant pour les anglophones de paraître avoir bonne conscience dans la mauvaise foi.Identification officielle Du point de vue politique, le problème sera toujours d\u2019aboutir à une identification officielle de la réalité cana-dienne-française.Lorsque cela sera fait nous obtiendrons une première transformation de la morale saxonne en politique, en Amérique du Nord.Et les anglophones n\u2019y viendront que s\u2019ils y sont forcés, et encore.Ce qui nous préoccupe fondamentalement, nous, c\u2019est l\u2019absence de vie dans la conscience que le peuple francophone a de lui-même à cause du manque de perspective de ses initiatives et leurs chances réduites de succès.On a dit déjà que tout notre peuple vivait imprégné d\u2019un esprit qui se traduisait par les mots: A quoi bon ! Un Canadien pure laine n\u2019avait pas d\u2019avenir au delà des oeuvres obscures que son milieu s\u2019acharnait, d\u2019ailleurs, à diminuer par une sotte moquerie.Son intelligence, déjà faussée par l\u2019embrouillement d\u2019un monde extérieur auquel il n\u2019avait bien souvent accès que par des voies détournées, était fort mal menée dans les disputes locales.Jugée à l\u2019aube des réalisations et de la morale saxonne, elle apparaissait sans consistance.De là à considérer les anglophones et les saxonisés comme des êtres supérieurs, débarrassés de la sottise, il n\u2019y avait qu\u2019un pas et il fut, en bien des cas, très allègrement franchi.De là, à l\u2019opposé, l\u2019admiration du Français ou du Latin, qui se révélait supérieur dans son habileté à disputer sans se laisser arrêter ni détourner, comme nous, par le complexe saxon. 768 ACTION NATIONALE Ainsi, d\u2019une fausse identité politique, nous avons été amenés peu à peu à une fausse identité ethnique, puisque ni entièrement saxonisés, ni entièrement francisés, nous sommes mal à l\u2019aise dans les normes qui régissent respectivement la vie des anglophones et des Latins.La conception saxonne dü bon comportement social nous ferme l'horizon vers lequel court la logique du raisonneur latin ; et faute d\u2019accomplissement, nous tournons en rond, en nous appauvrissant progressivement tant en vocabulaire et en terminologie qu\u2019en notions et concepts.Aux yeux d\u2019un anglophone qui ne connaît que superficiellement les Français, nous pouvons nous faire passer pour des Français.Mais pas aux yeux d\u2019un Français.De même, nous pouvons paraître anglicisés aux yeux d\u2019un Français, mais combien nous en sommes loin aux yeux d\u2019un anglophone.Et c\u2019est peut-être là notre impasse.Nous n\u2019arrivons pas à la conscience morale grégaire, qui se recrée sans cesse pour tenir unis les gens d\u2019une même patrie intérieure, laquelle conscience remplacerait le système de référence extérieur, incomplet et inavoué, qui est le nôtre à l\u2019égard des anglophones.Et nous ne parvenons pas non plus à pratiquer ni même parfois à concevoir la démarche intellectuelle, qui est liée à ce que nous appelons une même langue, alors que chez nous la terminologie s\u2019éloigne de la science universelle et s\u2019embourbe dans une réflexion mal guidée.Le discours français n\u2019existe pas dans nos esprits.Nous cherchons nos mots, comme des anglophones précautionneux, sans avoir le guide d\u2019une morale assimilée ou d\u2019un instinct que l\u2019expérience a dressé à réagir sans hésitation.Nous sommes déchirés entre l\u2019intransigeante morale latine et la louvoyante morale saxonne.Deux expériences Il semble que l\u2019expérience populaire, c\u2019est-à-dire celle de la masse des gens, se fait à l\u2019écart de celle de l\u2019élite, des intellectuels et des artistes en général.Ces derniers, FAUSSE IDENTITE 769 sans doute à cause de leurs contacts avec le monde francophone qui excelle dans les arts et les idées, sont nettement sympathiques à la victoire de l\u2019esprit latin dans la population franco-canadienne.Ils s\u2019éloignent en cela de la masse qui, par ses contacts également, vit une expérience anglo-saxonne.J\u2019appellerais cette expérience un ajustement constant de moyens, une vérification sans cesse reprise des buts et des résultats obtenus au niveau des contacts entre individus qui se côtoient régulièrement et qui sont normalement en compétition, qui participent à un défi de réussir ou de faillir.De cette double expérience naîtra-t-il un jour la morale civile particulière qui nous identifiera en profondeur?C\u2019est en tout cas à ce niveau que se produit le tiraillement actuel le plus authentique et le plus significatif.En pratique, pour le francophone le plus représentatif, la situation se résumerait largement à ceci: des moyens dont il a hérité de par son apprentissage local, il n\u2019obtient pas les mêmes résultats, selon qu\u2019il les utilise avec ses compatriotes francophones ou avec ses pseudocompatriotes anglophones.Son âme en ressent une impression d\u2019égarement et fausse sa notion de patrie dans ce qu\u2019elle a de plus intime et de plus spontané.Et la morale saxonne continue sa marche victorieuse sur les Canadiens français, selon le même processus qui a assimilé les Ecossais et les Irlandais.Sauf que pour eux, la langue française, même mutilée reste un frein à l\u2019égarement complet, un phare, parfois affaibli, qui révèle une présence, une durée.La direction qu\u2019il impose à ses moyens décidera quels droits il accorde à telle ou telle morale, mais je doute qu\u2019il puisse donner jamais entièrement son adhésion à l\u2019une ou à l\u2019autre.Il a eu trop à se plaindre de l\u2019une et de l\u2019autre.De la morale civique française, je choisirais l\u2019obligation qu\u2019on se fait d\u2019avoir un discours très honnête envers l\u2019ordre des choses et la définition fidèle aux méthodes gréco-latines, mais je rejetterais sans hésitation l\u2019intran- 770 ACTION NATIONALE sigeance individuelle qui se réclame des principes pour s\u2019accorder, de préférence, une autorité qu\u2019on refuse à autrui.De la morale saxonne, je retiendrais, au contraire, l\u2019obligeance individuelle qui reconnaît justement la distribution des vérités à tous dans une légitime proportion par l\u2019Auteur de la nature, qui ne s\u2019est pas voulu plus intransigeant dans sa toute-puissance que certains humains dans leur relative \u201cinvulnérabilité\u201d.Par contre, je refuserais la déviation de cette autorité vers le camouflage des faits et des choses afin, selon l\u2019ordre français, de les entretenir dans la clarté d\u2019un entendement universel, plutôt que de les infléchir aux intérêts comme l\u2019esprit saxo-nisé.Les références Le drame d\u2019un peuple devient celui des personnes quand, dans les démarches et les agissements de chaque jour, les individus se trompent de références, en utilisant des moyens dont on leur a promis des résultats qui restent impossibles.En toute bonne volonté, ils acceptent tel ou tel mode d\u2019action, telle ou telle présentation des faits, et ils se rendent finalement compte qu\u2019ils se sont trompés, qu\u2019ils ont été trompés, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019issue satisfaisante.L\u2019impatience s\u2019installe en permanence et devient une forme de leurs manières individuelles.Oublions, pour un instant, tous les cas de politique auxquels s\u2019applique le système des fausses références, et voyons au niveau des rapports entre individus quel désastre nous vivons.Prenons n\u2019importe laquelle de nos petites familles modernes et observons-la pendant une seule journée.Père et mère, entourés de quelques enfants, vivant en pleine impatience, se servent remarque sur remarque, conseil sur conseil, commandement sur commandement, tous justifiables sous la loi des bonnes intentions.Ce que nous constaterons sera le spectacle d\u2019une société désespérément bien intentionnée qui n\u2019obtient pourtant de ses efforts que de sottes disputes. FAUSSE IDENTITE 771 Quelle morale civique nous oblige à ces disputes et nous justifie de nos bonnes intentions ?C\u2019est évidemment la conception des liens qui existent entre la perfection d\u2019une part et notre amour-propre d\u2019autre part.Entre les deux, nous ne voulons pas être pris en trop mauvaise posture et voilà que nous nous débattons, à qui mieux mieux, oubliant le bien-fondé de notre nature, engageant les autres avec nous-mêmes et obligeant toute une société à jouer le jeu d\u2019une perfection qui n\u2019existe pas.Nos références se font aussi en rapport avec ce monde-là.Mais pourquoi la dispute, comme moyen de s\u2019affirmer ?Est-ce que l\u2019intelligence ne peut pas établir des contacts entre raisonneurs autrement que sur un mode de dispute ?L\u2019impatience, elle, ne provient pas du régime de raisonnement, nous le savons, car les Grecs étaient des raisonneurs et ils étaient également d\u2019une patience extraordinaire.On n\u2019aurait d\u2019ailleurs qu\u2019à lire Homère pour comprendre que la notion du temps était chez eux étrangement tempérée.Je crois encore que notre impatience provient principalement d\u2019un mauvais établissement de nos points de repère, d\u2019un système de fausses références, tant au niveau politique qu\u2019au niveau individuel.Par exemple, la conception qu\u2019on se fait de l\u2019autorité dans une société où le père et la mère ou leurs remplaçants croient avoir toute l\u2019autorité, sans respecter en cela la part que la nature a réservée à tout être vivant, qu\u2019il soit jeune ou vieux, petit ou grand.Ceux qui abusent ainsi des autres ne les préparent pas à exercer leur part d\u2019autorité dans chaque circonstance où ils en auraient besoin et le cercle vicieux se perpétue sans espoir de rupture salutaire.Car, quelle est la révolution qui peut remplacer assez largement un système de référence qui fut entretenu pendant des siècles et qui n\u2019a instruit de rien autre que de ce qu\u2019il a exercé et provoqué ?Par quel miracle tomberait-on dans une expérience qui nous instruirait d\u2019autres moyens et remplacerait un assez grand nombre de nos références, pour nous ouvrir la voie à des applications nouvelles de 772 ACTION NATIONALE l\u2019intelligence ?N\u2019y aurait-il pas ici matière à réflexion sur le rôle que peut jouer pour nous l\u2019obligation dans laquelle nous sommes de traiter avec des anglophones qui n\u2019ont pas le même système de référence que nous ?La dispute, ou l\u2019exaspération des moyens, vient principalement d\u2019un prétexte dont personne ne veut abandonner à autrui l\u2019exclusivité; et avec raison, puisqu\u2019il s\u2019agit de nos fameuses bonnes intentions.Nul n\u2019est prêt à céder à autrui l\u2019exclusivité des bonnes intentions.Celui qui veut s\u2019en servir pour établir ses relations dans la société doit s\u2019attendre à une farouche et incessante réplique, que dis-je, à une controverse, parfois ouverte, parfois simplement apparente dans le ton qui enveloppe les mots les plus courtois.Dans nos rapports avec l\u2019anglophone, cette dispute tombe dans le vide et s\u2019évanouit, puisqu\u2019elle ne rencontre pas un antagoniste.Ce dernier ne base pas l\u2019affirmation de son individualité sur les bonnes intentions qu\u2019il a.Il les réserve plutôt pour ses activités, alors que sous le couvert des bonnes intentions, il peut cacher les faits les plus déplorables qu\u2019une interprétation logique française aurait vite montrés sous leur vrai jour.Non, ce qui fait la fierté de l\u2019individu anglophone, c\u2019est ce que j\u2019appellerais le bon naturel.Non pas dans le sens idéologique qui a donné lieu au débat bien connu, à savoir si les hommes sont naturellement bons, mais dans le sens indiscutable qui a donné naissance à l\u2019expression non moins bien connue que l\u2019on emploie pour dire d\u2019un geste ou d\u2019une action qu\u2019elle est d\u2019un bon naturel.L\u2019individu anglophone a été élevé dans une société où l\u2019on cultive le bon naturel.Le Canadien français vient en contact avec cette société anglophone et il éprouve les attraits de ce bon naturel.Ses bonnes intentions ne lui servent plus à grand chose lorsque les rencontres et l\u2019affrontement se font contre une expérience si différente, et des individus aussi longuement exercés à un autre genre d\u2019autorité. FAUSSE IDENTITE 773 Mystification et espoir En conclusion, le Canadien français paraît être la victime d\u2019une double mystification.D\u2019abord, la mystification politique qui promet des libertés et des droits dans un Etat où son identification incomplète ne lui permet pas d\u2019établir naturellement ses libertés et ses droits.Ensuite, la mystification individuelle, dans une société qui entretient la hantise de la perfection au détriment du caractère naturel de l\u2019être créé.Dans l\u2019ordre politique, on aurait beau promettre le respect de tous les droits des hommes et même ceux des anges.Cela n\u2019engage pratiquement à rien, aussi longtemps qu\u2019on ne leur reconnaît pas officiellement les marques d\u2019identité nécessaires.Les Canadiens français auront beau protester, on ne saura jamais qui ils sont ni pourquoi ils protestent.Voilà où nous en sommes, en politique, dans l\u2019Etat quasi fédéral du Canada.Cette situation est proprement une mystification.Le peuple qui en a été la victime a toujours été conscient de la diminution de vie et de moyens qui lui était imposée, mais il n\u2019a jamais entrepris le rassemblement de ses chefs dans la cohésion et la persévérance qui auraient été nécessaires.Il a été divisé par les partis politiques et a vécu la plus démagogique des distractions que pouvait lui fournir la superficielle aventure du parti rouge ou du parti bleu.Le renoncement à ces partis aurait signifié pour lui qu\u2019il renonçait également au pouvoir officiel.Plutôt que d\u2019avoir un pouvoir réel, il a préféré recevoir les éloges de ceux qui le conduisaient vers une unité canadienne dont seuls ils avaient les moyens.Tout lui est promis, beaucoup lui est accordé, mais que peut-il recevoir puisqu\u2019il n\u2019existe presque pas?Et pour qui peut-il réclamer quelque chose, puisque tout a été donné à ceux qui existent vraiment! 774 ACTION NATIONALE Il était prédisposé à tomber dans ce piège.La société dans laquelle il a pris forme ne le reconnaissait pas tellement bien, elle non plus.Elle faisait de lui quelque chose de très reconnaissable, oh ! oui, mais de reconnaissable en tant qu\u2019individu qui a été dépouillé d\u2019une grande partie de ses mouvements naturels et qui a été entraîné dans la prétendue perfection qui aurait voulu l\u2019arracher à sa nature.Il s\u2019est mystifié lui-même, en même temps qu\u2019il l\u2019était par d\u2019autres.La société qui l\u2019a reçu ne l\u2019a pas reconnu, elle non plus dans l\u2019individu que Dieu marquait du signe de l\u2019espèce humaine, mais qu\u2019elle voulait plus parfait que ceux de cette espèce-là.Elle l\u2019a tiraillé afin qu\u2019il le devienne, mais ne lui a appris qu\u2019à tirailler ceux qui viennent après lui.Je ne vois qu\u2019un espoir.C\u2019est que, renonçant à une perfection qui n\u2019existe pas, des individus entreprennent patiemment, au sein de notre population, la belle aventure du naturel et de son épanouissement chez les petits surtout et chez les grands plus difficilement.Non pas dans la servile copie des manières apprises auprès des anglophones, mais dans l\u2019amour vécu d\u2019une humble autorité quotidienne que les individus respirent comme ils vivent, dans la pensée que les gestes que nous faisons correspondent à l\u2019amour que nous avons.Et non pas dans la vaine ambition d\u2019égaler ceux qui nous ont servi telle ou telle leçon de morale ou de savoir-vivre, les anglophones ou les Français qui nous ont amorcés à un moment ou l\u2019autre.Ainsi, l\u2019occasion d\u2019une rencontre inévitable entre anglophones et francophones sur un territoire de l\u2019Amérique du Nord, ne sera pas éternellement pour nous l\u2019occasion d\u2019une maladroite servilité.Le système de référence sera changé par nous, à partir d\u2019une réalité intérieure, bien que la réalité extérieure ait servi, à un moment donné, à nous faire prendre conscience de l\u2019existence d\u2019un autre monde de valeurs dans l\u2019ordre individuel.C\u2019est donc de l\u2019extérieur que cette rencontre nous aura valu FAUSSE IDENTITE 775 une prise de conscience intérieure.L\u2019effort actif qui vient ensuite est en relation directe avec la fierté de l\u2019espèce et non plus la grimace coloniale des imitateurs.Au sein de notre société, l\u2019individu n\u2019aura pas à chercher de références étrangères, pour s\u2019établir une existence.Il y a un amour de l\u2019espèce qui peut lui donner enfin justice chez les siens.Le mode d\u2019établissement de ses références demeure essentiellement un mode de définition et cet individu, sans être latin, continue à réfléchir selon la conception hellénique, et sans être saxon, il accorde au caractère individuel la ferveur nordique.Le lieu humain de cette croissance, géographiquement identifié par le pays conquis à droite et à gauche du St-Laurent, constitue également une laurentie sociale et une laurentie cordiale.Aucun autre lieu du monde ne porte cet appel à ses enfants et aucune autre terre n\u2019a été préparée à le recevoir.Si mon témoignage est valable, qu\u2019on me permette d\u2019ajouter que je trouve bien agréable la liberté que je prends de le communiquer.m - Le véritable canadianisme par Georges Allaire * A.Le canadianisme de Monsieur Roblin Au début du mois de septembre 1964, les premiers ministres fédéral et provinciaux se réunissaient à Charlottetown en vue de marquer le centième anniversaire de la conférence de Charlottetown qui, en 1864, avait été à l\u2019origine des pourparlers aboutissant à l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique de 1867.*M.Allaire, étudiant à Laval, est bachelier ès arts du Collège de St-Boniface et natif du Manitoba, où il a toujours vécu jusqu\u2019à sa venue à l\u2019Université Laval. 776 ACTION NATIONALE A cette occasion, le premier ministre du Manitoba, monsieur Duff Roblin, donna sa province en exemple du bilinguisme et du biculturalisme canadien.Ou'en est-il ?Avec l\u2019adoption de l\u2019Acte du Manitoba en 1870, le Manitoba entrait dans la confédération canadienne.L\u2019élément francophone de sa population dépassait alors légèrement en nombre l\u2019élément anglophone, et les droits des deux groupes culturels étaient légalement reconnus.Cependant à Ottawa le mot était donné: il fallait empêcher à tout prix que le Manitoba devienne le \u201cQuébec de l\u2019Ouest\u201d.La politique fédérale d\u2019immigration fut manipulée conséquemment, d\u2019une part bloquant tout débouché vers l\u2019Ouest à des milliers de jeunes Québécois qui durent plutôt se déverser aux Etats-Unis, et, d\u2019autre part, favorisant l\u2019établissement au Manitoba d\u2019immigrants britanniques et d\u2019autres groupes ethniques (lesquels choisiraient de préférence l\u2019anglais comme langue canadienne vu la prépondérance de celle-ci dans le domaine économique).Première tentative d\u2019assimilation Aussi lorsqu\u2019en 1890, l\u2019élément anglophone du Manitoba décida, sur l\u2019instigation des loges orangistes d\u2019Ontario, d\u2019abolir les écoles confessionnelles pour établir un seul système scolaire, neutre et anglais, les Franco-Manitobains, étant déjà réduits à l\u2019état irrémédiable de minorité, durent s\u2019avouer vaincus dans l\u2019arène provinciale.Il ne leur restait qu\u2019un recours: celui d\u2019aller en appel auprès du gouvernement fédéral.En effet, il était convenu dans l\u2019Acte du Manitoba que le gouvernement fédéral pourrait intervenir au Manitoba si jamais le groupe anglophone ou francophone manitobain venait à être lésé dans ses droits. LE VERITABLE CANADIANISME 777 Après que de multiples démarches, légales et autres, furent entreprises auprès du gouvernement d\u2019Ottawa, celui-ci décida de sanctionner un \u201cbill réparateur\u201d qui aurait comme but de rétablir partiellement la situation.Ce bill était manifestement incomplet, mais les Franco-Manitobains savaient qu\u2019ils ne pourraient obtenir davantage pour le moment, aussi favorisèrent-ils son adoption.Cependant Sir Wilfrid Laurier voulait devenir premier ministre du Canada.En Chambre, il fit traîner en longueur le débat sur le \u201cbill réparateur\u201d si bien qu\u2019on ajourna la session parlementaire sans que le bill fût adopté.Comme une élection fédérale suivait cette session, le \u201cbill réparateur\u201d en devint l\u2019enjeu.Sir Wilfrid parcourut alors l\u2019Ontario, criant que ce n\u2019était pas dans les prérogatives d\u2019Ottawa d\u2019intervenir de force dans les questions provinciales, se gagnant ainsi la sympathie des loges orangistes.Du côté du Québec, il démontra les lacunes réelles du bill, déclarant celui-ci insatisfaisant.Le retour du scrutin voyait le Canada accablé de Sir Wilfrid Laurier comme premier ministre.Une fois à ce poste, non seulement n\u2019accorda-t-il pas le minimum offert par le \u201cbill réparateur\u2019\u201d, mais il trahit même ses compatriotes du Manitoba au moyen de son \u201centente\u201d Laurier-Greenway (1895).Cette entente entre le gouvernement fédéral et le gouvernement manitobain accordait à tous les groupes ethniques du Manitoba le droit d\u2019enseigner leur langue respective à l\u2019école, tout en conservant l\u2019anglais comme langue d\u2019enseignement.Le français qui jusqu\u2019à 1890 avait eu un statut égal à l\u2019anglais au Manitoba, se voyait maintenant réduit au rang de langue de seconde zone avec l\u2019ukrainien, l\u2019allemand, etc.Mais comme chaque groupe ethnique vivait alors respectivement dans des centres homogènes, on ne tarda pas à dépasser les provisions de la nouvelle législation 778 ACTION NATIONALE scolaire et la langue du milieu l\u2019emporta bientôt sur la langue anglaise.On eut alors des écoles allemandes, des écoles ukrainiennes, des écoles françaises, etc.dans lesquelles l\u2019anglais, tout en y étant enseigné, se vit relégué au second rang.Aussi, pour le moment, la situation scolaire française se trouva-t-elle partiellement rétablie.Seconde tentative d\u2019assimilation En 1916, le Canada était en pleine guerre.Au Manitoba, le système scolaire souffrait d\u2019une réelle balkanisation.Aussi le gouvernement provincial décida-t-il de remédier à la situation, et, au nom de l\u2019unité nationale, abolit toute langue d\u2019enseignement ou enseignée autre que l\u2019anglais dans les écoles manitobaines.Le français, ayant définitivement perdu son titre de langue officielle depuis l\u2019entente Laurier-Greenway, subit donc le même sort que les langues étrangères.Les Franco-Manitobains s\u2019organisèrent alors en Association d\u2019Education afin de mieux entreprendre leur lutte pour la sauvegarde de leur langue.Profitant encore une fois du fait qu\u2019ils vivaient pour la grande majorité dans des centres homogènes canadiens-français, ils décidèrent d\u2019enseigner en français à l\u2019école malgré la loi.Ce fut le début de la période où élèves et instituteurs cachaient leurs manuels français lors de la visite de l\u2019inspecteur d\u2019écoles pour les ressortir après son départ.Malgré les quelques inévitables démêlés qu\u2019elle entraîna çà et là avec les représentants gouvernementaux, la politique de l\u2019Association d\u2019Education des Canadiens-Français du Manitoba permit aux jeunes Franco-Manitobains d\u2019être instruits dans leur langue maternelle.Cette situation dura jusqu\u2019à la seconde guerre mondiale. LE VÉRITABLE CANADIANISME 779 L\u2019effritement La période de 1939 à 1945, avec sa mobilisation et surtout son industrialisation, entraîna plusieurs bouleversements démographiques.Il y eut affluence des campagnes à la ville.Un certain nombre de Franco-Manito-bains s\u2019installèrent à St-Boniface, ville-soeur de Winnipeg, mais alors à majorité française.Cependant un grand nombre aussi se perdit dans les milieux anglophones de Winnipeg et ses banlieues.Encore d\u2019autres, tout en demeurant à la campagne, commencèrent à travailler \u201cen ville\u201d, i.e.à Winnipeg.Ceci eut pour effet d\u2019affaiblir les structures paroissiales et homogènes qui avaient jusque-là protégé le Manitoba français.De plus, le plus grand contact avec les secteurs économiques \u2014 d\u2019où anglais \u2014 contribua à engendrer un certain sentiment d\u2019insuffisance parmi les Franco-Manitobains à l\u2019égard de la langue anglaise.Subrepticement cette idée allait germer dans la mentalité franco-manitobaine à un point tel qu\u2019aujourd\u2019hui l\u2019assertion est largement répandue dans la population franco-manitobaine voulant qu\u2019il faille d\u2019abord et avant tout assurer une solide connaissance de l\u2019anglais aux jeunes Canadiens français du Manitoba avant de considérer d\u2019aucune façon le temps à allouer à l\u2019enseignement du français à l\u2019école.Un autre problème allait aussi commencer à poindre vers cette époque, un problème qui, lui aussi ne prendrait toute son importance qu\u2019après une assez longue maturation: il s\u2019agit de l\u2019affaiblissement du corps enseignant franco-manitobain.Le Manitoba français, n\u2019ayant pas d\u2019écoles normales, les futurs instituteurs et institutrices, pour la plupart, devaient ou bien se contenter d\u2019une certaine médiocrité ou bien apprendre leur métier en anglais.Dans le premier cas, la valeur de l\u2019enseignement en français devait en souffrir; dans le second, les instituteurs et institutrices 780 ACTION NATIONALE acquéraient un certain assouplissement de leur mentalité française en faveur de la mentalité anglaise, et voyaient de moins en moins d\u2019un mauvais oeil la place moindre que prendrait le français à l\u2019école.Tous ces facteurs agissant, le français allait lentement perdre du terrain d\u2019année en année dans les écoles franco-manitobaines.A cela vint s\u2019ajouter l\u2019influence grandissante des mass médias \u2014 lesquels sont, au Manitoba, prépondé-ramment de langue anglaise \u2014 dont surtout la télévision.Conséquemment l\u2019esprit français, et de ce fait la résistance française, allait de plus en plus s\u2019anémier.Bientôt le Manitoba français se retrouvait avec à peine une heure de français par jour à l\u2019école, heure que, de son côté, le gouvernement provincial avait accepté de reconnaître légalement.Cependant, cette reconnaissance légale n\u2019eut comme effet que d\u2019illusionner la population franco-manitobaine que la génération montante apprenait enfin le français à l\u2019école avec la bénédiction de l\u2019Etat, qu\u2019enfin la lutte était gagnée.Heureusement qu\u2019en dernière heure un certain éveil s\u2019esquisse au Manitoba français.De toute façon, l\u2019effet de la débâcle scolaire d\u2019une part et de l\u2019influence submergeante du milieu anglophone sur les îlots francophones d\u2019autre part, fut catastrophique.De 1941 à 1961, le Manitoba français perdait plus du quart de sa population.C\u2019est ainsi qu\u2019aujourd\u2019hui, sur un nombre de quelque 80,000 Manitobains d\u2019origine française, seulement quelque 60,000 d\u2019entre eux parlent encore le français.Et parmi ces survivants mêmes, le processus d\u2019anglicisation provoque d\u2019énormes saignées.C\u2019est ainsi que dans un secteur de la ville de St-Boniface que le recensement fédéral de 1961 voulait à 70% canadien-français, rencontrer des jeunes conversant en français fait marque d\u2019exception. LE VERITABLE CANADIANISME 781 Monsieur Roblin a raison.Le Manitoba répond vraiment à l\u2019idéal anglo-canadien du bilinguisme et du biculturalisme.B.Le Manitoba à l\u2019heure de la biculture Les étudiants franco-manitoba tis Durant l\u2019année scolaire 1963-64, monsieur André Marsan, professeur de sociologie au collège classique de St-Boniface, faisait auprès des étudiants de ce même collège une enquête sur le fait français.En conclusion à cette enquête on apprenait entre autre que 32% des collégiens pensaient surtout en anglais, bien que la quasi-totalité des étudiants fussent canadiens-français.Le collège, avec ses huit années d\u2019enseignement en français, réussissait certes à franciser de façon régulière de 53% en huitième année (Eléments latins) à 80% en quinzième année (Philo II).Malgré cela l\u2019anglicisation demeurait énorme si l\u2019on considère que le Collège de St-Boniface est l'unique institution d\u2019enseignement au Manitoba qui donne un cours complet en français et que, conséquemment, on y retrouve les meilleurs éléments de la classe étudiante franco-manitobaine.Si l\u2019élite de la jeunesse franco-manitobaine se trouve si fortement affectée par l\u2019anglicisation, on ose à peine s\u2019imaginer quel doit être alors le sort des autres étudiants franco-manitobains, lesquels non seulement n\u2019ont pas espoir de se refranciser grâce à huit années du cours classique en français mais doivent, au contraire, subir pendant quelques années encore l\u2019enseignement des écoles publiques où le français n\u2019a droit qu\u2019à une heure par jour.Déjà les meilleurs étudiants franco-manitobains arrivent en huitième année au Collège de St-Boniface à 41% à mentalité anglaise.Qu\u2019en est-il pour les étudiants qui ne fréquentent pas cette institution \u2014 la vaste majorité \u2014 lesquels sont moins bons, et qu\u2019en sera-t-il pour 782 ACTION NATIONALE ceux-ci à la fin de leur douzième année alors même que les sept premières années ont réussi à inculquer une mentalité anglaise à près de la moitié de l\u2019élite?Et ces jeunes Franco-Manitobains qui s\u2019anglicisent font partie des quelque 72% des Manitobains d\u2019origine française qui affirment encore parler le français.C\u2019est donc le corps même des Franco-Manitobains qui souffrira de cette saignée et non pas quelques semi-anglicisés périphériques.Les écoles manitobaines Si l\u2019avenir s\u2019annonce sombre pour le Manitoba français, la cause principale peut en être attribuée au système d\u2019éducation de la province.En ce pays bilingue et biculturel qu\u2019est le Canada, le Manitoba a su assurer le bilinguisme \u2014 quand ce n\u2019est pas l\u2019unilinguisme anglais \u2014 aux Franco-Manitobains en leur interdisant d\u2019enseigner plus d\u2019une heure par jour en français.Ainsi donc le jeune Franco-Manitobain, dans la plupart des cas, passe douze ans de sa vie à étudier en anglais à longueur de journée dans une école où, cependant, les élèves sont habituellement tous franco-manito-bains, où les professeurs sont de langue française, et dont les commissaires sont aussi de langue française.Les écoles séparées ?Il y a certes les écoles séparées.Cependant, au Manitoba, l\u2019école séparée n\u2019est pas une école française comme elle l\u2019est dans d\u2019autres provinces.On y enseigne le même programme qu\u2019à l\u2019école publique, c\u2019est-à-dire l\u2019anglais à coeur de jour.L\u2019aspect spécifique de l\u2019école privée au Manitoba est sa confessionnalité et non sa langue.Or la question religieuse n\u2019est qu\u2019un problème de dernier LE VÉRITABLE CANADIANISME 783 degré pour les Franco-Manitobains, car la plupart de ceux-ci sont en majorité dans leurs écoles publiques, ont des professeurs et des commissaires canadiens-français, d\u2019où catholiques, aussi leurs écoles, tout en étant officiellement neutres sont de fait catholiques.En effet, le Manitoba français n\u2019a que sept écoles privées contre quarante chez les catholiques de langue anglaise, et ces sept écoles sont tout aussi anglaises que les écoles publiques.Aussi est-ce à tort que le Québec s\u2019émeut lorsqu\u2019une école séparée canadienne-française du Manitoba se voit intégrée dans le système des écoles publiques.Elle ne perd alors en rien de sa langue et si elle est intégrée comme un tout elle conserve aussi sa confessionnalité.L\u2019effet Le jeune Franco-Manitobain apprend donc toutes ses sciences (sciences expérimentales, histoire, géographie, maths, etc.) en anglais.Lorsqu\u2019il voudra discuter de quoi que ce soit, il devra employer un vocabulaire anglais et les idées qu\u2019il déploiera sur maints domaines de la vie quotidienne lui auront été d\u2019abord enseignées en anglais selon la mentalité anglaise.Il n\u2019est donc pas surprenant qu\u2019il considère le français comme une langue sans valeur dans le monde moderne, comme un archaïsme quelconque et qu\u2019il discute en anglais.Les jeunes Franco-Manitobains sont en général tellement plongés dans l\u2019anglais qu\u2019on en a même entendu dire qu\u2019ils préféraient lire des livres anglais parce que \u201cle français n\u2019a pas de littérature contemporaine\u2019\u2019 (et quand l\u2019on pense que c\u2019est seulement de nos jours que les Canadiens anglais découvrent vraiment l\u2019existentialisme!).Un Manitoba charitable Le Manitoba, l\u2019exemple du véritable canadianisme, sait bien intégrer dans son milieu sa population cana- 784 ACTION NATIONALE dienne-française.Il n\u2019y a pas à dire, les Anglo-Manito-bains ont véritablement un coeur charitable d\u2019ouvrir ainsi aux Franco-Manitobains l\u2019avantage incontestable de passer du côté de la majorité.\u201cMais, en fin de compte, le Canada est un pays anglais, n\u2019est-ce pas?L\u2019économie est anglaise, la politique est anglaise, la majorité est anglaise.Et qu\u2019est-ce que c\u2019est que de perdre son français lorsqu\u2019on a tellement à gagner en devenant vraiment canadien?\u201d L\u2019incompréhensible dans toute cette histoire est que le Manitoba français traîne la patte plutôt que de reconnaître la charité réelle que lui fait le gouvernement en l\u2019anglicisant.Quels sans-coeurs, ces \u201cfrogs\u201d! C.Pour un Québec vraiment canadien Alors que le Québec cherche son chemin à travers mille nuances indépendantistes, nationalistes et internationalistes, les Canadiens anglais \u2014 s\u2019appuyant sur le principe intuitif qu\u2019un ordre social qui convient à soi ne peut que convenir aux autres \u2014 en un élan altruiste, ne cessent d\u2019exhorter la population québécoise à devenir vraiment canadienne.Or si l\u2019on considère le calme régnant au Canada anglais à l\u2019encontre des sautes d\u2019humeur qui affligent profondément le Québec quant aux questions ethniques, ne faut-il pas concéder que le Québec y gagnerait à devenir vraiment canadien?Cependant afin de favoriser une canadianisation plus complète du Québec, il importe d\u2019offrir au Québec un modèle exemplaire.Ainsi pourra-t-on mieux observer les déficiences dont souffre le Québec.Or l\u2019on se souviendra que monsieur Duff Roblin, premier ministre du Manitoba, déclarait récemment que sa province est l\u2019exemple idéal du bilinguisme et du biculturalisme canadien.Aussi sera-ce à la lumière du canadianisme manitobain que nous examinerons le cas du Québec. LE VÉRITABLE CANADIANISME 785 Ce faisant, il appert de premier abord que les Québécois sont d\u2019ignobles égoïstes.Conservant pour eux-mêmes les avantages sociaux du milieu canadien-français dans lequel ils vivent, ils contraignent les Canadiens anglais du Québec à demeurer en marge de la société québécoise, en laissant ces derniers péricliter dans des écoles de langue anglaise.Le gouvernement manitobain, de son côté, a su aider sa minorité de langue française à mieux entrer dans le contexte social anglophone du Manitoba en lui donnant des écoles de langue anglaise aux frais mêmes de l\u2019Etat.Certes, quelques fanatiques sentimentaux ont rouspété et rouspètent encore occasionnellement; certes, parfois il a fallu avoir la poigne ferme.Malgré cela, en père aimant, le gouvernement manitobain a même accepté d\u2019employer la coercition dans le but de favoriser l\u2019intégration des Franco-Manitobains.Qui aime bien châtie bien, dit-on.N\u2019est-il donc pas honteux de voir ensuite le gouvernement du Québec favoriser la ségrégation, laisser durer un état de fait si minable qui réduit au ghéttoïsme sa minorité de langue anglaise, lui refusant les avantages de la langue française et du milieu social canadien-français?Honni sois-tu, Québécois, qui permets telle iniquité! Le temps est venu de mettre un terme à ce genre de discrimination, de donner des écoles françaises aux Anglo-Québécois.Qu\u2019une opposition à un tel changement se fasse sentir parmi les éléments fanatiques anglo-québécois, cela est inévitable.Cependant le gouvernement du Québec ne doit pas se laisser dérouter pour autant.Qu\u2019il sache prendre exemple du gouvernement manitobain, qu\u2019il sache être courageux et charitable envers les Québécois de langue anglaise \u2014 même à l\u2019encontre de la volonté de ceux-ci, s\u2019il le faut.Toute autre attitude serait vile et infâme. 786 ACTION NATIONALE Il faut que le Québec devienne vraiment canadien, qu\u2019il rétablisse le calme et l\u2019unité chez lui.Le Canada anglais l\u2019en supplie et, qui plus est, lui donne l\u2019exemple.Que le Québec ne se laisse donc pas surfaire par celui-ci ! Georges ALLAIRE LA COÉDUCATION ET LE RAPPORT PARENT Voici ce qu'écrivent les Commissaires dans leur Rapport Parent, deuxième volume, numéro 224: \"Ce sont des préoccupations d'ordre moral qui ont surtout inspiré et qui inspirent encore les adversaires de la coéducation.Nous n'ignorons pas que cette conviction a été renforcée par un passage de l'encyclique sur l'éducation que le pape Pie XI a publiée en 1929.Mais ce texte a été inspiré par la situation de l'époque, et les circonstances ont depuis évolué très rapidement.Parce que le milieu social devient de plus en plus ouvert, becucoup de catholiques en sont venus à croire qu'une conception plus positive de la morale doit aujourd'hui inspirer les méthodes d'éducation de la jeunesse\".Or les Papes ne se basent pas sur l'évolution du milieu social mais sur une donnée intemporelle de la nature humaine à l'âge de la puberté.C'est pourquoi.Pie XII, en décembre 1957, soit trois ans et deux mois avant la nomination des Commissaires du Rapport Parent, réaffirmait dans une Instruction de la Sacrée Congrégation des Religieux: \"C'est pourquoi l'encyclique Divini illius Magistri doit toujours être considérée comme le document fondamental en ce qui concerne l'éducation et la coéducation.\" (DC, 30 mars 1958, p.403.) Conclusion: en ce qui regarde la coéducation, pour trouver la pensée de l'Eglise il ne faut pas tenir compte de la pensée des Commissaires, ils l'ignorent! Allons-nous faire les frais de cette ignorance? Que penser de la surpopulation du monde?par Jean Genest Les lemmings, rongeurs de Scandinavie, d\u2019environ cinq pouces de long, se reproduisent à raison de deux portées annuelles, chacune de trois à huit petits.A ce rythme, et parce que les lemmings ne peuvent rien inventer, la région connaît la surpopulation de ces animaux.A tous les quatre ou cinq ans, comme pour répondre à un instinct de l\u2019espèce, les lemmings courent par millions, droit devant eux, traversent villages et rivières, dévorent tout ce qu\u2019ils trouvent et vont en un immense suicide collectif se jeter dans l\u2019océan.Pourquoi ?Quel instinct mystérieux les avertit ?Nul ne le sait.Leur course folle à la mer est-elle une réponse à leur surpopulation locale ?Le même instinct existerait-il enfoui dans le psychisme humain ?Lorsque les humains sentiraient ou appréhenderaient une relative surpopulation, est-ce qu\u2019un déclic atavique ne réveillerait pas chez un grand nombre des adultes comme un goût de mort?Evidemment les manifestations de l\u2019instinct différeraient entre les lemmings et les humains: le moment venu chez les premiers ce serait un défilé vers la mort, mais chez les humains nous les verrions se liguer contre la vie, par la stérilisation des organes producteurs, l\u2019avortement des foetus ou l\u2019usage des contraceptifs.On a voulu caractériser notre temps comme étant devenu la civilisation des contraceptifs: est-ce une réponse à la surpopulation du monde ?Le premier à avoir vu le problème de la surpopulation pour l\u2019ensemble de l\u2019humanité c\u2019est Thomas Robert Malthus (1766-1834).Il écrivit en 1798 son fameux Essai sur le -principe de la population.Déjà il croyait que le 788 ACTION NATIONALE monde entrait dans une époque de surpopulation parce que, disait-il, la population augmente beaucoup plus vite que les ressources disponibles.Après un certain point critique, ce serait la misère pour toute l\u2019humanité.Comme moyen de prévenir ce futur de cauchemar il proposait la continence.Cent cinquante ans après la parution de son livre, la population humaine a augmenté à un rythme qu\u2019il ne soupçonnait même pas et les ressources ont été multipliées par les découvertes scientifiques et géologiques.Alors les malthusiens contemporains répondent: \u201cTrès bien.Malthus s\u2019est trompé sur la date des échéances mais il continue certainement à avoir raison: il arrivera un moment où la Terre connaîtra trop d\u2019humains pour les richesses à partager.Ce sera alors la misère, sinon la guerre pour arriver à prendre ce qui restera.Tout l\u2019avenir est rempli de chaos, de guerres et de misères.Un seul moyen nous reste pour que la terre demeure habitable, c\u2019est de limiter les naissances.Malthus s\u2019est encore trompé en ne proposant que la continence.Celle-ci est insuffisante.La vraie réponse ce sont les contraceptifs pour tous.\u201d Qu\u2019en savent-ils ?Voilà où nous en sommes en 1964: l\u2019espèce humaine affolée par des visions d\u2019avenirs apocalyptiques ne voit plus comment concilier les chiffres qui expriment l\u2019explosion future de la population terrestre et ceux qui montrent la rareté progressive des ressources matérielles.Ce cauchemar produit un genre d\u2019épidémie mentale chez les humains qui, maintenant, célèbrent la famille sans enfant et utilisent tous les moyens de propagande imaginables en faveur des poisons, de l\u2019amour sans finalité et des contraceptifs.L\u2019épouvante a remplacé la joie.La fécondité est devenue un malheur.Démographes et statisticiens des Etats ont sonné l\u2019alarme.Jamais l\u2019humanité n\u2019a été si prospère et jamais l\u2019humanité n\u2019a été si angoissée.Dans le présent nous connaissons tous les tensions de la guerre froide et dans l\u2019avenir, pour un grand nombre de personnes, il n\u2019y a plus d\u2019espérance.Comme est fini et enterré le mythe du QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?\t789 progrès indéfini que l\u2019on entretenait au 19e siècle ! Aujourd\u2019hui les philosophes, les poètes et les chanteurs, autant que les sociologues et les économistes nous avertissent que tout est absurde et que la vie est source des malheurs futurs.Sommes-nous tous malades ?Qu\u2019en est-il, au juste, de cette situation ?Que notre pessimisme actuel soit dû à un mystérieux instinct comme chez les lemmings ou aux raisonnements comme chez Malthus, le résultat est le même: autodestruction de l\u2019espèce ou au moins une peur de la vie qui avoisine la catastrophe.L\u2019humanisme païen ne craint pas de remettre le salut de l\u2019humanité aux bons soins, si l\u2019on peut dire, des machines électroniques chargées de déterminer par calculs rapides le nombre optimum de nouveaux humains que, chaque année, la Terre pourra se permettre de recevoir pour les nourrir et les éduquer convenablement.Mais l\u2019humanisme chrétien peut-il accepter une telle façon de penser et d\u2019agir ?Reprenons le problème par la base.1.\u2014 Quelle est Vaugmentation actuelle de la population mondiale ?Que la population augmente à un rythme jamais vu jusqu\u2019ici, cela est un fait indéniable.L\u2019empire romain, dans sa plus grande gloire, faisait vivre un peu plus de cinquante millions de personnes.Aujourd\u2019hui le même espace est occupé par un peu moins d\u2019un milliard de personnes.Quand saint François-Xavier découvrit les grandes villes des Indes et du Japon, il les vit incroyablement plus peuplées que Paris et Rome et, déjà, on y abandonnait les enfants que les familles ne pouvaient nourrir (1).Un tableau montrera mieux que des paroles l\u2019accroissement démographique du monde.(1) Population, avril-juin 1962.Michel Lutfalla: La Chine vue par quelques économistes du 18e siècle, p.289. 790 ACTION NATIONALE 1650: la population mondiale atteint.550,000,000\td\u2019habitants 1750: .728,000,000 1850: .1,175,000,000 1900: .1,620,000,000 1950: .2,476,000,000 I960: .3,000,000,000 Malthus, avec ses connaissances de 1798, aurait cru impossible que l\u2019humanité puisse jamais atteindre ce dernier chiffre et continuer à vivre.Son grand tort était de ne pas tenir compte de l\u2019intelligence humaine et des découvertes apportées par la science.Les chiffres donnés sont éloquents en ce qu\u2019ils décrivent la montée de la population.En effet, de la création de l\u2019homme jusqu\u2019à 1850, l\u2019humanité a mis des milliers de siècles avant d\u2019atteindre le premier milliard de vivants.Or 80 ans suffiront, soit de 1850 à 1930, pour atteindre le deuxième milliard.Finalement, 30 ans, soit de 1930 à 1960, permettront de parvenir au troisième milliard.L\u2019accélération du rythme des naissances et la prolongation de la vie ont changé quelque chose à l\u2019histoire de la terre: il y a maintenant des problèmes mondiaux qui intéressent l\u2019ensemble de l\u2019humanité.Nous ne pouvons pas dire qu\u2019il y a encore un véritable problème de surpopulation.Nous rencontrons le problème aigu de la faim dans plusieurs parties du monde, mais il est moins aigu que dans les temps anciens et qu\u2019au moyen âge où l\u2019irrégularité des récoltes et les épidémies ne trouvaient aucun correctif.La faim, aujourd\u2019hui, est plutôt un problème régional dû non pas au fait que les aliments manqueraient dans le monde mais engendré par une mauvaise distribution, laquelle est elle-même due à la mésentente entre les nations qui n\u2019arrivent pas à coordonner leurs efforts. HOTEL WINDSOR 25 AVRIL 1965 BANQUET-CAUSERIE PAR LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Invitation spéciale à tous nos lecteurs, lectrices et à leurs amis Qui nous aidera à recruter une table d'amis ?SURTOUT DANS LES VILLES AUTOUR DE MONTRÉAL : DUVERNAY LONGUEUIL VAUDREUIL VALLEYFIELD JOLIETTE RIGAUD BEAUHARNOIS LACHINE SAINT-JEAN SAINTE-THÉRÈSE SAINT-JÉRÔME SAINT-HYACINTHE GRANBY VERCHÈRES SAINT-EUSTACHE DRUMMOND VILLE, etc., etc.MERCI DJAVANCE A TOUS CEUX QUI COOPÉRERONT. \\ DIMANCHE, 25 AVRIL 1965 - À L'HÔTEL WINDSOR JOURNÉE DE LA LIGUE D ACTION NATIONALE \u201cLES ÉTATS ¦\tÀ 3 h.: COMITÉS D'ÉTUDES \u2022\tRICHARD ARÈS, \"Le statut particulier, minimum vital pour le Québec\".\u2022\tJEAN-MARC LÉGER, \"Les Etats Associés, sens, histoire, importance\".\u2022\tJACQUES-YVAN MORIN, \"Moyens juridiques et politiques d'arriver à une constitution renouvelée\".¦\tÀ 5 h.: SESSION PLÉNIÈRE dirigée par les animateurs.¦\tÀ 6 h.: PUNCH POUR TOUT LES INVITÉS ¦\tÀ 7 h.: GRAND BANQUET-CAUSERIE \u201c LES ÉTATS ASSOCIÉS, FORMULE D\u2019INDÉPENDANCE\u201d CONFÉRENCE DONNÉE PAR FRANÇOIS-ALBERT ANGERS PRÉSIDENT DE LA LIGUE ASSOCIES\u201d ¦\tToute l'organisation relève de notre secrétariat : MLLE MARGUERITE ROBERT, sec.du Comité, ÉDIFICE FIDES, BUREAU 504, 235 EST, RUE DORCHESTER, MONTRÉAL.¦\tHeures de bureau : 2.30 h.à 6.30 h.p.m.Téléphone : 866-8034 ¦\tLe billet: $10.00 Table de dix invités : $100.00 ¦\tBienvenue aux dames.\u2014 Habit de ville.(Découpez en suivont le pointillé et envoyez avec votre chèque.) NOM .ADRESSE VILLE NOMBRE DE BILLETS : Les billets vous arriveront par retour du courrier.Votre prompte réponse nous permettra une meilleure organisation.Merci.POURQUOI NE PAS INVITER VOTRE FEMME ?VOTRE AMI ? CETTE JOURNÉE D\u2019ÉTUDES, PAR LA QUALITÉ DES PARTICIPANTS, LA VIGUEUR DES DIRECTIVES ET LE GRAND NOMBRE DES PRÉSENTS MARQUERA UNE ÉTAPE DANS L\u2019ÉVOLUTION DU CANADA FRANÇAIS NOUS AVONS BESOIN DE VOTRE AIDE ET DE VOTRE PRESENCE POUR TOUT RENSEIGNEMENT ET ACHAT DE BILLETS ADRESSEZ-VOUS ENTRE 2.30 h.ET 6.30 h.À (Tél.: 866-8034) MLLE MARGUERITE ROBERT, sec.du Comité d'organisation, ÉDIFICE FIDES, BUREAU 504, 235 EST, RUE DORCHESTER, MONTRÉAL. QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?791 2.\u2014 Onelle sera la population mondiale en l\u2019an 2000 ?Nous entrons maintenant dans Y avenir prochain, dans cet avenir qui n\u2019échappe pas à notre responsabilité et à notre prévoyance.A partir des données citées et par projections graphiques, statisticiens et démographes essaient de prévoir la population du monde jusqu\u2019en l\u2019an 2000.Ces études sont nécessaires aux chefs d\u2019Etat poulies aider dans leurs planifications industrielles et financières.Il faut signaler en particulier une étude des Nations Unies, en février 1957, qui, à cause du prestige de l\u2019institution, éclipsa toutes les autres études.Elle était intitulée: \u201cQuelques données sur la population mondiale et les tendances démographiques\u201d (Nations Unies, document ECN-9-139).Nous y lisons que de 1960 à 1975, soit en quinze ans, la Terre atteindra son quatrième milliard d\u2019habitants.De 1975 à l\u2019an 2000, soit en vingt-cinq ans, l\u2019humanité augmentera de deux autres milliards pour en arriver à six milliards d\u2019habitants.Ici encore un tableau aidera à mieux saisir le problème : Population en 1955 Afrique\t.216,000,000 Amérique\tdu\tNord .182,000,000 Amérique centrale\tet du Sud 183,000,000 Asie .1,490,000,000 Europe .409,000,000 U.R.S.S.197,000,000 Océanie .15,000,000 Population moyenne en Tan 2000 517.000.\t000 312.000.\t000 592.000.\t000 3,870,000,000 568.000.\t000 379.000.\t000 29,000,000 Total .2,692,000,000 6,267,000,000 Si, alors, les Amériques comptent un milliard, l\u2019Asie comptera quatre milliards d\u2019habitants, ou encore, si les Amériques, l\u2019Europe et la Russie comptent deux mil- 792 ACTION NATIONALE liards d\u2019habitants l\u2019Asie en comptera quatre.La richesse sera contrôlée par les populations d\u2019un tiers du globe pendant que les deux tiers lutteront pour survivre.Hormis que les hommes décident de s\u2019entraider et que les découvertes scientifiques concourent au bien de toute l\u2019humanité.Qu\u2019en sera-t-il de l\u2019Asie ?Ceux qui sont à l'école de l\u2019Europe et de l\u2019Amérique apprennent vite et se révèlent d\u2019excellents collaborateurs.Mais si la Chine et les pays circonvoisins restent enfouis dans une idéologie communiste, ils croîtront contre l\u2019Amérique et l\u2019Europe.Le péril jaune peut devenir une réalité, surtout si la Chine continue à sacrifier ses masses humaines à ses rêves d\u2019hégémonie impérialiste et à sa force de frappe.N\u2019anticipons pas: la politique internationale peut changer cinquante fois en cinquante ans.Si rien ne vient changer les chiffres et leurs projections, l\u2019humanité peut prévoir une population de six milliards en l\u2019an 2000.Et même elle le doit.Cependant pouvons-nous dire ce que sera le monde en l\u2019an 2000 ?Nul ne le sait d\u2019une façon complète.Les calculs établis à l\u2019aide de notre intelligence ne disent pas toute la réalité d\u2019alors: il faut en tenir compte pour assumer toutes nos responsabilités.Nous pouvons et devons compter sur le fait que si la population augmente, les découvertes introduiront des éléments tout nouveaux de solution.La synthèse de la chlorophylle, quelque aliment fabriqué par la chimie, et voilà tout le tableau des ressources terrestres profondément changé.Alarmistes et idéalistes sont à rejeter.3.\u2014 Pouvons-nous nourrir, loger et éduquer lu population prévue pour Van 2000 ?Dès que nous plongeons dans l\u2019avenir nous entrons dans l\u2019inconnu.Un industriel prévoit une durée moyenne de vingt ans pour les machines ultra-modernes qu\u2019il achète car il sait que dans vingt ans elles seront entièrement QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?793 démodées, bien qu\u2019il ne sache pas comment cela se fera.En 1963 il s\u2019est fabriqué 12,000,000 d\u2019automobiles dans le monde, or personne ne sait, si dans trente ans, nous aurons encore des automobiles.Plusieurs inventions en stage d\u2019expérimentation nous laissent croire que les automobiles ne seront pas du même type.Ainsi pour tout.Nous sommes entrés dans une ère où le changement devient la règle et l\u2019imprévu la loi.Quoique partisan du birth control et en ne se basant que sur les seules données actuelles, M.Harrison Brown, du California Institute of Technology, donne comme population maximum que la terre peut nourrir, le chiffre de 50,000,000,000 d\u2019habitants.Des experts disent que les aliments actuels, cultivés selon les méthodes hollandaises, pourraient nourrir 28,000,000,000 de personnes, mais que cultivées selon les méthodes japonaises elles pourraient en nourrir deux fois plus.L\u2019Organisation pour l\u2019alimentation et l'agriculture, un des grands services des Nations Unies, créé en 1945 avec siège à Rome, signale qu\u2019actuellement il n\u2019y a que 3,400,000,000 d\u2019acres, ou 11% de la terre émergée, qui sont cultivés par l\u2019homme (Zimmerman, p.63).Or Colin Clark, professeur de l\u2019université d\u2019Oxford, dont les travaux font autorité, estime que la terre comprend 19 mil-lards d\u2019acres de terres arables.Je ne puis discuter ces chiffres mais je deviens intéressé au plus haut point quand je vois les ingénieurs tourner leur imagination vers de gigantesques travaux propres à transformer les continents et y intéresser les Etats.Les plans du futur laissent loin derrière eux le barrage d\u2019Assouan ou le canal de Suez.Pour eux le problème majeur est celui de la répartition de l\u2019eau.Les déserts du Moyen-Orient, de l\u2019Afrique, de la Chine et de l\u2019Australie n\u2019attendent qu\u2019à être irrigués.On a trouvé des méthodes pour dessaler l\u2019eau de l\u2019Océan, opération rentable avec l\u2019aide des Etats. 794 ACTION NATIONALE L\u2019année internationale de géophysique, terminée en janvier 1959, a déclenché des travaux sur les océans qui ont eu un grand retentissement.Les océanographes ont rappelé ce fait que l\u2019eau occupe 70% de la surface de la Terre, c\u2019est-à-dire que 70% de la Terre demeure à peu près inexploité.Or les océans sont, disent les travaux des savants en ce domaine, des réservoirs inépuisables de nourriture animale (poissons) et végétales (les algues).Le sol marin et l\u2019eau salée elle-même contiennent des ressources industrielles indéfinies (2).Ces richesses sont en bonne partie immédiatement exploitables à condition que nous nous y mettions.Les Etats-Unis ont décidé de consacrer $2,300,000,000 à un plan de dix ans pour l\u2019étude des fonds marins.Pour mieux comprendre la richesse de la Terre pour nourrir l\u2019humanité de l\u2019an 2000, rappelons-nous que l\u2019actuel budget mondial des armements est d\u2019environ $140 milliards de dollars ! Cette seule somme nous permettrait de nourrir tous les humains.Si la terre porte tant de sous-alimentés n\u2019est-ce pas parce que l\u2019effort de guerre détourne des ressources vitales ?L\u2019unique but des budgets de guerre est celui-ci: comment tuer le plus de gens dans le moins de temps possible ?Le temps n\u2019est peut-être pas loin où l\u2019humanité entière demandera qu\u2019au lieu d\u2019être gaspillées ces ressources soient entièrement consacrées à nourrir, loger, éduquer et remplir les loisirs des hommes.Devant ces faits nous comprenons l\u2019ancien président de l\u2019Organisation pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture, M.Josué de Castro, lorsqu\u2019il signale que l\u2019humanité pourrait régler le problème du sous-développement en une génération: \u201cJ\u2019ai dit et je répète, dit-il, qu\u2019il n\u2019y a pas de (2) George A.W.Boehm: Inexhaustible Riches from the Sea, Fortune, décembre 1963, p.133.En particulier cet article signale une farine à base de poissons aussi riche en protéines que la viande animale mais à un prix beaucoup plus bas.\t____ Voir aussi Selection du Reader\u2019s Digest, décembre 1963, sur l\u2019Incaparina, merveille d\u2019alimentation à bon marché. QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?\t795 limites prévisibles aux ressources naturelles mises en valeur par la science.Toutes les matières sont remplaçâmes, synthétisables, transmutables.La seule ressource naturelle irremplaçable est l\u2019imagination humaine\u201d (3).Cette pensée rejoint ce que le P.de Lestapis écrivait dans son beau volume La limitation des naissances: \u201cLe jour où les charges militaires diminueront au profit des véritables investissements de paix, l\u2019humanité sous-développée pourra voir l\u2019aurore de sa libération\u201d (4).Tous les hommes sensés souscriront à ces jugements.4.\u2014 Pourquoi l'humanité augmente-t-elle maintenant si vite ?Les hommes ont fini par vaincre des ennemis implacables devant lesquels ils se résignaient avec fatalisme.Les Parques, ces trois divinités des enfers, pourraient être appelées: les pestes, les famines et les morts à la naissance.Il était assez rare que les hommes échappent à l\u2019une ou l\u2019autre de ces Parques vigilantes.Jusqu\u2019en 1700, l\u2019espérance de vie en Europe n\u2019était que de 28 ans.Les chroniques du moyen âge nous ont laissé des tableaux horribles de ce qu\u2019était le passage du choléra, de la fièvre jaune ou plus simplement de la peste, à travers les campagnes et les villes d\u2019Europe.Une ville du nord de l\u2019Italie, où toute la population de cinq mille âmes est resserrée entre des murailles qui arriveraient à peine à ceinturer un parc moderne, pouvait passer à la suite d\u2019une peste au total de quinze habitants.La France qui avait 20 millions d\u2019habitants en l\u2019an 1000 n\u2019en avait pas davantage sept siècles plus tard.La peste noire a fait disparaître de 1347 à 1350 probablement un tiers de la population européenne.On put compter en une région de l\u2019Allemagne quarante-six famines en un siècle.Le combat légendaire entre l\u2019homme et le végétal se terminait par quelque famine qui décimait la population (3)\tRevue Planète, no 13, p.25 (4)\tSpes, 1959, p.271. 796 ACTION NATIONALE \u201cLes famines, écrit Jean Fourastié, apparaissent comme le caractère fondamental de l'histoire traditionnelle\u2019\u2019 (5).Le seigneur de Vauban, maréchal de France, disait lui-même vers 1700: \u201cIl n\u2019y a pas dix mille familles petites ou grandes qu\u2019on puisse dire fort à leur aise.\u201d Les six dizièmes de la population sont réduits à la mendicité.Aujourd\u2019hui, grâce à la science, les hommes purent améliorer les cultures et les plantes ; ils inventèrent les remèdes qui protègent, fortifient le corps ; les diététiciens introduisirent une alimentation plus rationnelle ; les ingénieurs contrôlèrent les inondations, les sécheresses, l\u2019irrégularité de la production.Les famines disparurent de l\u2019Europe, de l\u2019Amérique et de presque toute l\u2019Asie.Les pestes sont des souvenirs et presque tous les nouveau-nés ont, en nos pays, une espérance de vie longue de 68 ans et probablement de 78 ans en l\u2019an 2000.En sauvant presque toutes les naissances et en allongeant la vie, le nombre total des vivants a augmenté à un rythme nouveau dans l\u2019histoire.L\u2019homme sait qu\u2019il est maintenant possible de dominer la nature et les fatalités.Il restera toujours des difficultés et d\u2019autres apparaîtront mais l\u2019homme sait qu\u2019avec son intelligence et son initiative il peut en venir à bout.Ce qu\u2019il y a de plus curieux c\u2019est la présence de deux humanismes qui interrogent le passé et l\u2019avenir: l\u2019humanisme de celui qui, ne croyant pas en Dieu, ne veut croire qu\u2019en l\u2019homme.Il a multiplié les hymnes de gloire à l\u2019homme qui a su triompher de la nature.Avec la science, dit-il, l\u2019homme peut se passer de Dieu et faire son bonheur sur la terre.Le communisme croit même que par l\u2019union des forces les hommes arriveront à installer le paradis sur terre.Cet humanisme, triomphant de 1850 à 1950, se fait anxieux et désespéré quand il songe à la surpopulation.Il passe de l\u2019exaltation à la prostration.(5) Jean Fourastié: Machinisme et bien-être.Ed de Minuit, 7, rue Bernard-Palissy, Paris-6, 1962, p.68. QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE?797 Ayant mis tous ses espoirs dans l\u2019homme seul, il a maintenant peur de l\u2019avenir comme si l\u2019accroissement démographique de l\u2019humanité était le pire des fléaux.Cet humanisme terréniste envisage que le bonheur des survivants exige la planification des naissances.Il a ses apôtres et ses fanatiques.L\u2019amour et la liberté deviennent secondaires au but et aux moyens à prendre pour empêcher la fécondation.Il crée des tabous et il se tourne vers les Etats pour qu\u2019ils facilitent d\u2019abord, et pour qu\u2019ils imposent demain, le contrôle des naissances.Les être3 humains deviennent des objets.Cet humanisme ne croit plus tellement en l\u2019homme qu\u2019en l\u2019Etat omnipuis-sant.Monde d\u2019Hégel et de Marx.Mais il y a un autre humanisme, l\u2019humanisme chrétien.Il voit les mêmes faits mais n\u2019aboutit pas aux mêmes désespoirs parce que, Dieu présent, il n\u2019a pas la même conception de l\u2019homme et de l\u2019avenir.5.\u2014 Quelle conception de l\u2019homme et de l'avenir a l\u2019humanisme chrétien ?Ce n\u2019est pas un secret mais il faut toujours le répéter: pour l\u2019humanisme chrétien l\u2019homme est un être sacré du fait que Dieu en est l\u2019auteur, avec ceci de particulier qu\u2019il lui a été conféré quelque image et ressemblance de Lui-même.Il ne peut être assimilé à un objet manié par l\u2019Etat ou à un reproducteur soumis aux impératifs catégoriques d\u2019une société intolérante.Il existe non pour construire des paradis artificiels mais pour atteindre une destinée éternelle.Tant qu\u2019ils sont sur terre, l\u2019humanisme chrétien considère les hommes comme collaborateurs d\u2019un dessein de Dieu dont la grande trame nous échappe.Collaborateur intelligent il doit, par son travail et sa prévoyance, organiser la terre et la soumettre aux besoins de l\u2019homme.Collaborateur responsable il doit aménager la cité terrestre pour ses fils, pour autant qu\u2019il lui est possible de le faire: héritage, instruction poussée, introduction à 798 ACTION NATIONALE la profession et à la société.Mais au-delà de la deuxième et de la troisième génération, tout lui échappe.Son intelligence et sa responsabilité sont limitées.Le reste appartient à Dieu.Pourquoi l\u2019humanisme agnostique se préoccuperait-il de l\u2019avenir ?Sa seule dimension logique c\u2019est le présent car il n\u2019a aucun compte à rendre à personne.Pour lui tout se termine avec la matière et l\u2019homme n\u2019est pas très différent de l\u2019animal.En ce cas son univers se borne à lui-même.Que lui importe le bonheur des autres et les bonheurs des autres générations ?Au contraire l\u2019humaniste chrétien se préoccupe des enfants et petits-enfants qu\u2019il considère comme prêtés par Dieu, confiés à ses efforts d\u2019éducateur.Sa responsabilité va aussi loin que son emprise sur l\u2019avenir.Au-delà c\u2019est le souverain empire de Dieu qui s\u2019adjoindra d\u2019autres collaborateurs auxquels il confiera du génie d\u2019action ou de pensée, s\u2019il juge bon de se choisir des collaborateurs spéciaux.Demandons-nous : qu\u2019est-ce que l\u2019avenir ?Il faut dire qu\u2019en nos temps modernes l\u2019avenir appartient de plus en plus en Dieu, si nous pouvons dire, en ceci qu\u2019avec la multiplication fantastique des découvertes les changements incessants deviennent la règle de notre conduite.Notre vie doit s\u2019adapter aux situations mouvantes qui remplacent ces routines qui recommencent toujours.Notre vie en est plus nerveuse et fatigante mais aussi plus dynamique et plus riche.L\u2019imprévisible devient un élément même de notre vie et par là, notre responsabilité sur l\u2019avenir est diminuée: cet avenir devient de plus en plus de l\u2019inconnu pour nous et le terrain inviolable de Dieu.Nous nous sommes vantés d\u2019avoir vaincu les fatalités antiques mais c\u2019était pour nous livrer plus profondément au mystère qu\u2019est l\u2019avenir.Plus profondément que jamais l\u2019humanité ne sait pas où, sur terre, elle s\u2019en va et quel visage elle aura demain.Aussi les experts des Nations Unies ont-ils été sages de ne pas poursuivre QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?799 leurs travaux au-delà de l\u2019an 2000, car ils auraient quitté les données scientifiques pour entrer dans les fouillis de l\u2019imagination.J.Vialatoux commente une page célèbre du Journal métaphysique de Gabriel Marcel où celui-ci introduit une distinction profonde entre problème et mystère, distinction propre à nous mieux faire comprendre la situation interrogative des hommes devant l\u2019avenir.Le mystère, dit-il, ce n\u2019est pas de l\u2019incompréhensible, de l\u2019inintelligible et de l\u2019insoluble, mais les mystères sont mystères en ce qu\u2019on ne saurait s\u2019y prendre avec eux comme avec les problèmes.\u201cLes problèmes, on les cerne, on les toise, on en construit la solution en soumettant à un ordre rationnel leurs données empiriques.Les mystères, on ne les cerne pas, on y rentre ; on ne les entoure pas, on les creuse; on ne les toise pas, on les réfléchit; on ne les résout pas, c\u2019est-à-dire : on ne les réduit pas à autre chose: on les médite et on les approfondit\u201d (6).Comme dit encore le P.Jouve: \u201cLes mystères ne sont pas des vérités qui nous dépassent, mais des vérités qui nous comprennent.\u201d L\u2019humanisme des incroyants veut toujours tout réduire en problèmes, même l\u2019avenir.Comme il leur échappe totalement, ils sont effrayés.Une dimension du monde échappe totalement à leur raison et à leurs efforts de comprendre.Gabriel Marcel leur dit: \u201cIl est toujours possible de dégrader un mystère pour en faire un problème ; mais c\u2019est là une procédure foncièrement vicieuse et dont les sources devraient peut-être être cherchées dans une sorte de corruption de l\u2019intelligence\u201d (7).L\u2019humanisme chrétien, au contraire, traite les problèmes en problèmes mais il respecte le mystère.Il n\u2019y voit pas une raison d\u2019affolement mais une raison d\u2019adhérer plus profondément à Dieu.La source de sa joie est sa confiance.La source de son espérance est sa foi.(6)\tJ.Vialatoux: Le peuplement humain, Ed.ouvrières, I, 1957, p.143.(7)\tEtre et Avoir, pp.169-170. 800 ACTION NATIONALE 6.\u2014 Que penser du programme d\u2019une limitation moud raie des naissances ?Tout le long du 19e siècle nous avons connu la magnifique lutte entreprise par les savants contre la mort.La science n\u2019a pas de plus grand titre de gloire: Pasteur, Fleming, Koch, Banting et Best, entre autres savants, l'ont illustrée.Mais il appartient au 20e siècle de lutter contre la vie.Les nations les plus riches, qui ont été les plus impérialistes, sont à l\u2019avant-garde de la lutte pour la limitation des naissances (8).Les pays les mieux dotés au point de vue des lois sociales et qui ont la plus grande proportion de gens qui dépassent cinquante ans, demandent aux autres nations et à leur propre peuple de limiter les naissances.Les Etats-Unis, dans leurs dons à l\u2019étranger, demandent qu\u2019une partie soit consacrée à la propagande et au soutien de cliniques en faveur du birth control, et cela par tous les moyens, légitimes ou non.Plus surprenante encore que cette intrusion dans les politiques intérieures des pays concernés est la part prise par la Croix-Rouge internationale.Le secrétaire général de la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge, M.Henrik Beer, a révélé que la Ligue travaillerait de concert avec la Chine communiste pour briser, par une adroite campagne, la résistance psychologique au birth control.De quoi se mêlent les Etats-Unis et la Croix-Rouge ?(9).Il ne faut pas nous le cacher: l\u2019usage des contraceptifs relève d\u2019une conception de la vie et de l\u2019homme.On voudrait que le nombre des vivants devienne facteur des productions industrielles.La prospérité matérielle devient un absolu auquel mesurer tout le reste, même la fécondité.(8)\tAlfred Sauvy: De Malthus à Mao Tsé-Toung, Denoel, 1958, p.201.(9)\tThe Gazette, vendredi 6 décembre 1963, p.2.Si tel est le cas pour la Croix-Rouge est-il encore à propos de l\u2019aider par des aumônes ? QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE?80T Pourquoi l\u2019usage des contraceptifs viole-t-il la loi naturelle et n'est-il pas acceptable ?C\u2019est qu\u2019ils obligent l'homme à poser des actes irrationnels et qui détruisent la fin de la sexualité.Quand les convives, dans les orgies romaines, après s\u2019être empiffrés, passaient au vomitorium afin de recommencer à goûter à de nouveaux plats, ils nous écoeu-rent.L\u2019acte devenait irrationnel en ce que les convives mangeaient et ne mangeaient pas.Us séparaient le plaisir de manger de la nutrition elle-même.Aucun animal ne peut arriver à cette perversion du goût parce qu\u2019il faut une intelligence pour poser des gestes qui se contredisent.Mais alors il y a toujours perversion de l\u2019intelligence.De même, par les contraceptifs les époux accomplissent tous les gestes qui expriment le désir de la nature de donner et de recevoir la semence procréatrice mais en même temps ils bloquent la nature.L\u2019acte est contradictoire en ce que les époux prétendent suivre la nature et ne pas suivre la nature.Ils séparent le plaisir et rendent l'acte sans but.Ils veulent ce que veut la nature et en même temps ils ne le veulent pas.Les conséquences de cet acte sans finalité c\u2019est un gaspillage volontaire de semence.L\u2019homme se révèle alors mauvais administrateur d'une richesse prêtée par Dieu.Les contraceptifs ne sont donc pas acceptables en ce que, volontairement, l\u2019homme pose un acte irrationnel qui fausse la fin de la nature.D\u2019autres conséquences s\u2019ajoutent à celles-ci dans l\u2019usage extensif des contraceptifs.Là où s\u2019installe la civilisation de la contraception s\u2019infiltre le fléau des avortements.Le massacre des innocents est perpétuellement renouvelé.Rien de surprenant à ceci: en effet, les clients utilisent les contraceptifs pour éviter les enfants mais si les enfants arrivent, par accident, les gens n\u2019ont rien de plus pressé que de se débarrasser du fruit indésiré.Dans le but de protéger la vie humaine la plupart des pays ont déclaré l\u2019avortement coupable de sanctions juri- 802 ACTION NATIONALE diques relativement sévères.Alors l\u2019avortement devient clandestin avec tous les dangers d\u2019un manque d\u2019hygiène élémentaire ou de rendre la mère victime d\u2019un avorteur charlatan.Pour briser le cercle infernal, des Etats croient bon de permettre l\u2019avortement.L\u2019avortement légal ne supprime pas l\u2019avortement clandestin et le nombre des avortements monte en flèche.Au Japon, en 1955, on compta 1,170,143 avortements légaux et 1,727,040 naissances, c\u2019est-à-dire que le pourcentage des avortements par rapport aux naissances atteignit près de 68%.Un enfant sur trois est tué.(10).Arrivés là, les Etats ne prennent pas de temps à franchir l\u2019étape suivante pour motifs eugéniques : la stérilisation.On apporte comme raison à ce rôle de l\u2019Etat la maladie incurable des parents comme au Manitoba, ou simplement la protection de la mère comme au Japon.La lutte pour les droits de l\u2019homme aura fort à faire dans une civilisation où l\u2019homme n\u2019a plus de droits inaliénables et où règne le matérialisme comme doctrine.La propagande en faveur des contraceptifs, avec les motifs qu\u2019elle invoque, pousse irrévocablement les Etats à passer d\u2019une propagande persuasive à une imposition acceptée d\u2019un plan-contrôle sur la fécondité humaine.Nous n\u2019en sommes pas loin.Les contraceptifs favorisent aussi la désintégration de la famille.En favoriser l\u2019emploi dans le mariage ce n\u2019est pas les y limiter.Aussi les relations extra-conjugales et les relations pré-maritales augmentent-elles en enlevant les risques de conséquences dangereuses.Nous en arrivons à la question ultime : pourquoi alors se marier ?Ne se marieront que ceux qui veulent avoir des enfants.Pour les autres, le règne de l\u2019amour libre ! Tous les foyers sont alors menacés car la licence des moeurs s\u2019installe.On n\u2019a d\u2019abord voulu rechercher par les contraceptifs que le seul plaisir sexuel mais très vite la civilisation (10) De Lestapis: La limitation des naissances, Spes, 1959, p.295. QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?803 actuelle connaît la peur de l\u2019enfant et elle finit par traiter la femme comme un objet.Personne plus que la femme n\u2019a d\u2019intérêt à restaurer la dignité de la famille et la beauté de l\u2019acte sexuel intégralement accompli.D\u2019abord complice, la femme est devenue une victime.Quelle part de leur clientèle sont pour les psychiatres les femmes frustrées par l\u2019usage des contraceptifs ?Les névroses arrivent quand la femme découvre, souvent trop tard, que par les contraceptifs, sa vie a été utilisée par l\u2019homme bien plus que complétée.La limitation des naissances par les contraceptifs a donc introduit dans notre civilisation riche, éclairée, instruite, mais profondément erratique en ses valeurs morales, des fléaux que la société de demain pourra difficilement enlever.Elle appelle le déchaînement des instincts et un grave affaiblissement de la famille.Les nations sont alors prêtes à entrer en décadence, quel que soit l\u2019état de leur littérature et de leurs arts.Les volontés sont pourries.7.\u2014 Que propose Vhumanisme chrétien devant ce problème contemporain ?Devant notre civilisation qui excite dangereusement les passions, l\u2019Eglise continue à enseigner la discipline des instincts et la maîtrise de soi.Les grands moyens de communications audio-visuels ne l\u2019aident que très peu et, pour maintenir le sens du sacré et le sens de la dignité humaine, elle reste à peu près seule.Sa gloire est de croire que l\u2019homme n\u2019est pas que matière ni qu\u2019un animal mais elle discerne en lui quelque ressemblance lointaine avec Dieu.Elle sauve l\u2019homme d\u2019une dégradation monstrueuse parce qu\u2019en oubliant Dieu les hommes oublient qui ils sont vraiment.Elle vante la force de la continence et nombreux sont les prêtres, religieux et religieuses qui suivent son appel.Elle maintient l\u2019idéal de la chasteté pour les jeu- 804 ACTION NATIONALE nés et les gens mariés.Et nombreux les jeunes et les foyers qui l\u2019écoutent.Si des difficultés, graves et longues, comme la maladie ou le manque d\u2019argent, atteignent les foyers, l\u2019Eglise élève le coeur des époux et n\u2019hésite pas à leur présenter ces circonstances comme une occasion de sacrifices méritoires.Et si, malgré les difficultés sérieuses les époux désirent des rencontres, les époux chrétiens savent que, seules actuellement, deux méthodes sont permises: la méthode Ogino-Knauss, dite du calendrier, et la méthode des températures.Pourquoi ces deux seules méthodes ?Parce qu\u2019avec elles ce n\u2019est plus la volonté de l\u2019homme qui s\u2019oppose au cours de la nature mais la nature elle-même, telle que planifiée par Dieu, qui rend la procréation impossible.L\u2019homme ne s\u2019est pas opposé à Dieu mais a tiré parti du cours suivi par la nature.Par tous ses enseignements l\u2019Eglise s\u2019oppose au culte des idoles: la sexualité est en train d\u2019en devenir une avec la constellation des stars, des effeuilleuses et de la propagande en faveur de l\u2019impudeur et de l\u2019amour libre.Ces directives données aux administrateurs des biens confiés par Dieu ne se terminent pas là.L\u2019Eglise s\u2019adresse aussi aux familles.Pour elle les foyers n\u2019ont pas à être populistes ou non, ils ont à rechercher ce nombre raisonnable d\u2019enfants qu\u2019ils pourront convenablement éduquer dans notre civilisation.Pour l\u2019Eglise, procréer et éduquer ne sont pas deux devoirs mais un seul devoir continué, une seule responsabilité assumée.Il ne faut pas se laisser prendre par les visions romantiques, qui relèvent du cauchemar, que veulent diffuser les apôtres des contraceptifs : \u201cL\u2019humanité, disent-ils, croulera sous sa fécondité comme un pommier trop chargé de fruits.\u201d Ils représentent la terre comme une boule à laquelle s\u2019agrippent des grappes d\u2019humains, elles pendent comme des fils d\u2019araignées, perdues, sans recours.Ils nous parlent d\u2019un effrayant encombrement, d\u2019une multiplication démentielle, d\u2019une angoissante absurdité, QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?805 d\u2019une expansion démographique insensée (n).Ils font penser à ce pauvre hère qui se promenait devant le Metropolitan Museum, de New York, avec une pancarte où les passants pouvaient lire: \u201cPréparez-vous, la fin du monde s\u2019en vient !\u201d Aux obsédés de la fin du monde ou de la surpopulation finale du globe, nous pourrions demander: \u201cQu\u2019en savez-vous ?\u2014 Que savez-vous de la volonté de Dieu ?\u201d L\u2019Eglise n\u2019invite pas les chrétiens à se croiser les bras et à attendre dans une confiance béate que Dieu décide.Nous croyons à la nécessité d\u2019une action sur les subsistances plutôt qu\u2019à une action sur les populations.Plutôt que de travailler à la limitation des naissances par les contraceptifs ne serait-il pas plus important que tous travaillent à l\u2019aménagement du monde.Nous ne demandons pas la grève de la maternité mais une nouvelle ardeur à inventer, à découvrir et à préparer le monde de demain.Nous nous mettons du côté de la science réaliste plutôt que du côté des brasseurs de chiffres.Ces chiffres, plus ils plongent dans l\u2019avenir, plus ils s\u2019éloignent des réalités.L\u2019Eglise profite de la situation pour corriger des anormalités: il faut enseigner aux nations riches à partager.\u201cLa faim dans le monde n\u2019a jamais coupé l\u2019appétit des bien nourris, dit le fameux économiste François Per-roux.Jusqu\u2019ici, on n\u2019a pas vu une classe ou une nation consentir spontanément à restreindre son niveau de vie ou à ralentir son rythme de croissance pour aider les plus défavorisés.Les lourds sacrifices qu\u2019elle accepte pour se sauver et pour attaquer, elle y répugne s\u2019il s\u2019agit de sauver des vies humaines\u201d.Si ce n\u2019était de cet égoïsme des nations et des gaspillages scandaleux au nom du confort, ou de la guerre, les nations pourraient entreprendre, en coopérant, des travaux colossaux qui amélioreraient considérablement la situation des pays moins fortunés.(Il) Gaston Bouthoul: La surpopulation dans le monde Payot, 1958, p.35, 90-95. 806 ACTION NATIONALE L\u2019Eglise, éducatrice d\u2019éducation coopérative entre les nations, détient la clé de l\u2019avenir immédiat.S\u2019il s\u2019agit de Y avenir lointain, nous entrons dans le mystère.Plus nos prévisions veulent plonger dans l\u2019avenir, plus le seul langage qui convient c\u2019est le silence.Ou plutôt, plus nous devons réfléchir sur notre petitesse et sur la fragilité de notre destinée.Les réponses ne sont plus du domaine de la science et nous n\u2019avons pas à courir vers les apprentis-sorciers que deviennent les propagateurs des contraceptifs, mais nous avons à nous tourner vers notre foi en Dieu.Cette doctrine très simple et très claire fait de l\u2019humanisme chrétien le garde-fou de l\u2019humanité contemporaine.La croyance en l\u2019absurdité du tout par les incroyants ou les peurs morbides entretenues parmi les populations par le tam-tam des diffuseurs modernes d\u2019images et de sons ne doivent pas nous faire prendre l\u2019avenir pour un abîme effroyable et les montagnes de chiffres pour des prophéties éclairantes.Ce qui n\u2019est pas du domaine de l\u2019homme est du domaine de Dieu.Conclusion Que l\u2019homme accomplisse toute sa tâche dans le présent, qu\u2019il prévoie cet avenir qui entre dans le rayonnement de son intelligence.Pour le reste qu\u2019il ne s\u2019étonne pas si l\u2019humanité, à s\u2019éloigner de Dieu, ne comprend plus rien et s\u2019affole.Sartre parlera de l\u2019univers absurde, et il l\u2019est parce que d\u2019abord il en a enlevé toute présence divine.L\u2019humanité crie au secours.A nous de l\u2019aider à s\u2019aider.Jusqu\u2019à un certain point les pays sous-développés ont moins besoin d\u2019argent que de professeurs : ceux-ci enseigneront aux populations à sortir de leurs ignorances et de leurs routines, ils leur apprendront à s\u2019entraider et à s\u2019instruire pour bâtir un monde meilleur. QUE PENSER DE LA SURPOPULATION DU MONDE ?\t807 \u201cLa faim et la misère, disait Nehru, ne sont pas nouvelles, ce qui est nouveau c\u2019est la conscience de la faim et de la misère.\u201d On a tellement tourné les yeux et les désirs de l\u2019homme vers les biens terrestres et les comparaisons avec les pays riches sont tellement scandaleuses qu\u2019un certain matérialisme accapare les mentalités des peuples moins favorisés.Si ces peuples, à broyer du noir et à rêver à des revendications sociales de plus en plus violentes, ne sont pas élevés à l\u2019intelligence de la destinée éternelle de l\u2019homme et ne sont pas stimulés dans leurs initiatives et leur dynamisme constructeur, tous les lendemains sont chargés d\u2019éclairs et de coups de tonnerre.Rien n\u2019est plus dangereux que la stagnation.Or \u201cla dénatalité, dit le grand historien René Rémond, est solidaire de la stagnation économique, comme de l\u2019impuissance politique; ce sont autant de manifestations qui signalent une déperdition de vitalité, un recul de la vie\u201d.Les contraceptifs ont pu faire croire aux incroyants qu\u2019ils rendaient le présent acceptable mais ils n\u2019ont jamais favorisé le progrès d\u2019une civilisation ou d\u2019un peuple, ils n\u2019ont aidé qu\u2019à son vieillissement physique et psychologique.Quant à l\u2019avenir éloigné pourrions-nous donner ici notre conviction la plus profonde: ce que l\u2019humanité nécessite le plus c\u2019est de lever les yeux vers Dieu.Nous en avons assez de cette littérature de pacotille qui parle du ciel vide et des déserts infinis où l\u2019homme traîne sa misérable vie.En haut les coeurs ! Dieu est là et il ne nous abandonne pas.Plusieurs disent que la prière ne sert à rien, mais actuellement elle aurait au moins cet effet bénéfique qu\u2019à nous mettre en présence de Dieu, elle ferait s\u2019envoler les chimères qui menacent notre santé intellectuelle et morale.Elle nous apprendra, dans la paix d\u2019un coeur confiant, que les aubes lointaines sont plus remplies de ciel que de terre. 808 ACTION NATIONALE BIBLIOGRAPHIE Stanislas de Lestapis, S.J.: La limitation des naissances, Spes, 316 pp.Poussée démographique, dans Relations, juin 1961, Anthony Zimmerman, S.V.D.: Catholic Viewpoint on Overpopulation, Hanover House, New York, 1961, 214 pp.Josué de Castro: Géopolitique de la faim.Editions Ouvrières, 1952, 332 pp.Gaston Bouthoul: La surpopulation dans le monde, Payot, Paris, 1958, 270 pp.Alfred Sauvy: De Malthus à Mao-Tsé-Toung, Editions Denoel, Paris, 1958, 304 pp.Richesse et population, Payot, 1944, 328 pp.Pie XI: Casti connubii (1931).J.Vialatoux: Philosophie économique, Desclée, 1933.Le peuplement humain.Ed.ouvrières, Paris, tome 1, 1957 172 pp.; tome 2, 1959, 718 pp.Pie XII: Le corps humain.Allocution aux sages-femmes, 29 octobre 1951.Discours au Congrès Mondial de la Fertilité, 19 mai 1956.Doc.Cath.1956, col.746.Congrès intern, d\u2019hématologie, 12 sept.1958, D.C.1958, c.1244.Mgr Montini: Semaine sociale d\u2019Italie, Doc.Cath.1953, col.1556.Nations Unies: Quelques données sur la population mondiale et les tendances démographiques, Document ECN-9-139, février 1957.U.S.News and World Report, Sept.16, 1963, p.60: Too many people in the world?January 6, 1964, p.28: Why hunger is to be the world\u2019s no.1 problem ?Population, avril-juin 1963, Mahmoud Seklani: Efficacité de la contraception: méthodes et résultats, p.329-349.Cepede, Houtard, Grond: Nourrir les hommes, CEP, Bruxelles, 1963, 432 pp.UTOPIE ET RÉALITÉS EN MATIÈRE DE NATIONALISATION Des comités et sous-comités mixtes à la population étaient prévus dans tous les services et exploitations.Les commissions du personnel ont perdu leur pouvoir de décision et sont devenues de simples organes consultatifs.le Conseil central des oeuvres était dissous.Quant aux Comités mixtes, ils furent mis en veilleuse et n'expédièrent plus que des questions secondaires.(Monique Maillet-Chassagne, Influence de la nationalisation sur la gestion des entreprises publiques, Paris, 1956, pp.185-190). Réflexions laïques sur Vactualitê chrétienne Mimétisme et aggiornamento par Marthe Handfield Quelquefois des chrétiens sérieux se demandent où va l\u2019Eglise.Il leur semble que tous les principes sur lesquels ils avaient édifié leur vie morale et leur attitude religieuse sont remis en question.Les informations qui leur arrivent sur les nouvelles tendances dans l\u2019Eglise, sur les décisions que prendra le Concile, sur la victoire plus ou moins soufflée de ceux qui sont sympathiques à l\u2019ouverture et sur la défaite de \u201cminorités d\u2019arriérés\u201d, peuvent ébranler les plus solides.Dans leur coeur s\u2019insinue un doute sur la certitude de Celle que, il n\u2019y a pas si longtemps, l\u2019on parait des titres de Maîtresse infaillible de vérité, de Roc solide de sainteté.Au moment où ces chrétiens tentent de mettre de l\u2019ordre dans leurs pensées, de se raffermir dans la confiance filiale envers celui à qui le Christ a confié le gouvernail de sa barque, tel un coup de vent tempétueux, leur arrive les \u201cdires\u201d d\u2019un religieux couronné de sa célébrité personnelle, le \u201cdictamen\u201d d\u2019un théologien sûr de son autorité, et le brouillard s\u2019épaissit davantage.C\u2019est une situation étrange.C\u2019est une situation anormale.C\u2019est aussi une épreuve pour la vie de foi et la vie d\u2019espérance.Mais cette épreuve, ce n\u2019est pas l\u2019Eglise qui la prépare aux chrétiens; ce sont certains chrétiens eux-mêmes qui l\u2019infligent à leurs frères.Epris de leurs propres pensées, ces chrétiens ne se rendent pas compte de l\u2019interprétation tendancieuse, subjective ou passionnée qu\u2019ils font des documents ou des informations que nous donne l\u2019Eglise.Ils ne s\u2019aperçoivent pas qu\u2019ils sont infidèles à la Vérité et qu\u2019ainsi ils sont cause de souf-rances, quelquefois profondes. 810 ACTION NATIONALE Nous avons recueilli un fait, qui, d\u2019une certaine façon, illustre ce que nous disons.Dernièrement, dans un grand quotidien montréalais on pouvait lire cette conclusion d\u2019un article sur la planification des naissances : \u201cLa planification des naissances sera désormais une affaire de conscience individuelle de chaque couple\u201d.(1) Cette conclusion terminait un article où l\u2019on renseignait les lectrices féminines sur une conférence traitant des moyens de contraception, conférence suivie d\u2019un débat au cours duquel un clerc fut appelé à donner la pensée de l\u2019Eglise.Que faut-il reprocher à cette phrase?A première vue, rien.Rien sauf le mot \u201cdésormais\u201d.Car, que vient faire ce mot?La régulation des naissances a toujours été une affaire de conscience, c\u2019est-à-dire qu\u2019il a toujours appartenu au couple de connaître le nombre d\u2019enfants qu\u2019ils sont appelés, par Dieu, à procréer.Engendrer un enfant est une décision à prendre selon la prudence chrétienne, une décision qui ne peut être prise que par les époux.Et la règle dernière pour guider cette décision est toujours, comme pour tout acte moral, la conscience personnelle.Jamais, l\u2019Eglise n\u2019a supprimé la conscience.Pourquoi, alors, ce \u201cdésormais\u201d?Pour suggérer que maintenant l\u2019Eglise va changer la loi morale en ce domaine, qu\u2019elle n\u2019existera plus comme guide de la conscience et que cette dernière va devenir la seule et unique norme de moralité ; que les époux en conséquence, seront libres de choisir les moyens qu\u2019ils jugeront bons ou efficaces pour parvenir à leur fin?Le reste de l\u2019article conçu pour faire porter la conclusion, témoigne de cette confusion.A preuve cette autre phrase: \u201cToutefois, une idée maîtresse nous a semblé émaner.C\u2019est que les responsabilités cléricales et médicales s\u2019es- (1) Le Devoir, 30 janvier 1965. MIMETISME ET AGGIORNAMENTO 811 tompent de plus en plus et que désormais seul le couple devra s\u2019interroger et avoir le courage de prendre en conscience la responsabilité de planifier les naissances au sein de sa propre famille.\u201d Pourquoi l\u2019interrogation n\u2019appartiendrait-elle qu\u2019au seul couple?Et pourquoi dans leur recherche ces couples ne devraient-ils plus tenir compte des enseignements de l\u2019Eglise?Et s\u2019interroger de cette façon, c\u2019est cela, suivre sa conscience?L\u2019on voit dans quelle ambiguïté l\u2019on est conduit.C\u2019est la dialectique de la conscience contre l\u2019Eglise.Car, ou l\u2019on agit en ce domaine \u201cen suivant sa conscience\u201d sans s\u2019inquiéter de savoir si elle est en conformité avec ce que demande la loi morale dont la norme d\u2019application pratique a été confiée à l\u2019Eglise.et l\u2019on est un chrétien d\u2019avant-garde.Ou alors, on essaie d\u2019éclairer sa conscience en se tournant vers l\u2019Eglise.et l\u2019on ne sait plus, parce que, selon ce que l\u2019on dit, l\u2019Eglise va prescrire que \u201cdésormais\u201d il faut suivre sa conscience ! Et voilà comment l\u2019on peut trahir la vérité avec des mots faits pour la signifier.Le mot \u201cconscience\u201d, en effet, est un terme difficile.Antérieurement, il voulait signifier l\u2019application particulière de la loi morale; mais.maintenant il semble qu\u2019il veut désigner la manière personnelle de suivre ses passions.Personne ne nous avait avertis du changement.Nous n\u2019avons pas évidemment l\u2019intention de discuter du problème de la régulation des naissances; nous voulons simplement faire remarquer comment une information insuffisante peut engendrer l\u2019erreur et le trouble en laissant entendre que l\u2019Eglise changera d\u2019idée, alors qu\u2019il n\u2019en est pas question.Car en matière de régulation des naissances comme en toute autre matière morale, l\u2019Eglise n\u2019abandonnera pas la norme ultime de moralité à la seule conscience individuelle. 812 ACTION NATIONALE L\u2019attitude d\u2019esprit que révèle cet article se rencontre souvent chez nos frères chrétiens.Certains voudraient l\u2019Eglise plus respectueuse de la conscience individuelle même erronée; d\u2019autres, l\u2019aimeraient plus conforme au monde profane dans lequel ils vivent.Et ces chrétiens ne sont pas seulement des laïcs.Et ces chrétiens ne nous parlent que d\u2019aggiornamento, et de réforme.Paul VI dans Ecclesiam Suam écrivait cette phrase \u201cN\u2019arrive-t-il pas souvent au jeune clergé ou encore à tel religieux plein de zèle, mû par l\u2019intention si louable d\u2019entrer dans les masses populaires ou en certains milieux, de chercher à se confondre avec eux au lieu de s\u2019en distinguer et de sacrifier par un mimétisme inutile le fruit véritable de son apostolat.\u201d (2) Lorsqu\u2019on commença à nous parler de réforme, de mise à jour, on le fit de toutes les façons.Certaines d\u2019entre elles nous firent sourire, d\u2019autres nous inquiétèrent, d\u2019autres nous bouleversèrent.Car selon certains informateurs l\u2019Eglise, avant le Concile, avant Jean XXIII, était devenue une vieille bonne-femme retardée, croupie dans sa vieillesse, méprisable et laide.Elle avait besoin d\u2019une sérieuse cure de rajeunissement à cette fontaine de jouvence qu\u2019est le monde contemporain.Certains parmi ses fils, étaient fatigués de la traîner en remorque, d\u2019entendre les plaintes de ses essoufflements.D\u2019autres, à la pointe du progrès, voulaient courber l\u2019échine de leur vieille mère l\u2019Eglise et la contraindre au joug de l\u2019adaptation à l\u2019humanité actuelle.Pour bon nombre de fidèles : \u201cla réforme de l\u2019Eglise devrait consister surtout à régler ses sentiments et sa conduite sur ceux du monde.Si puissante est aujourd\u2019hui la séduction exercée par la vie profane! A bien des gens le conformisme apparaît comme inévitable et même sage.\u201d (3) (2)\tEcclesiam suam 2e partie.(3)\tIbid. MIMETISME ET AGGIORNAMENTO 813 Si nous réfléchissions sur les valeurs contemporaines ! Mis à part les progrès techniques et scientifiques qui, concrètement, ont apporté à l\u2019humanité un bien-être jusque là inconnu, quelles sont les valeurs spirituelles dont se nourrissent nos civilisations?Pour le savoir, il faut écouter la jeunesse.Elle a un flair pour détecter l\u2019idéal de la société dont elle fait partie, société à laquelle elle apporte sa vigueur, mais à qui elle demande sa \u201cnourriture\u201d.Or la jeunesse nous parle de démocratie, de socialisme, de volonté de puissance, de confort et de sensualisme.Elle est éprise de liberté, mais ne reconnaît plus le sens de la personne; elle rêve de fraternité mais manque de charité; elle se passionne de justice et d\u2019égalité mais méprise les droits de ceux qui la gênent.Et quelquefois, elle tombe dans l\u2019athéisme et l\u2019agnosticisme.La jeunesse présente, si on sait la reconnaître, l\u2019image en traits accusés de la société qui la porte.Si l\u2019Eglise pour se réformer devait se conformer au monde, il lui faudrait alors, devenir démocrate c\u2019est-à-dire renoncer au primat du pape sur l\u2019ensemble de l\u2019Eglise; accepter le socialisme comme système économique politique meilleur que le capitalisme; favoriser le sensualisme en rejetant l\u2019effort de l\u2019ascèse chrétienne et la vertu purificatrice de la pénitence; renoncer à la vérité pour glorifier la liberté; réaliser la fraternité contre la charité ou la justice contre le droit.Et renoncer, sinon à Dieu, mais à la prétention d\u2019en être le meilleur témoin.Est-ce réellement cela le vrai sens de la réforme?\u201cAinsi, en ce domaine, s\u2019il est permis de parler de réforme, celle-ci ne doit pas s\u2019entendre comme un changement, mais plutôt comme l\u2019affermissement de la fidélité, qui garde à l\u2019Eglise, la physionomie donnée par le Christ lui-même et qui.mieux encore, veut ramener constamment l\u2019Eglise à sa forme parfaite.(4) (4) Ibid. 814 ACTION NATIONALE Ces paroles du Saint-Père donnent un tout autre son de cloche.Car elles nous font voir clairement que la conformité que l\u2019Eglise recherche n\u2019est pas celle du monde mais celle du Christ.Et l\u2019aggiornamento qu\u2019elle prépare, c\u2019est la mise à jour de nombreux moyens d\u2019apostolat pour lui permettre, comme au Christ, de sauver le monde.D\u2019où à ces sociétés passionnées de démocratie mais empêtrées dans les rouages d\u2019un gouvernement autocratique, l\u2019Eglise donne l\u2019exemple d\u2019une véritable communauté où chacun participe, selon sa fonction, à la responsabilité du Corps tout entier.C\u2019est le peuple de Dieu en marche vers son salut.A ceux qui luttent pour l\u2019instauration d\u2019un système économique, l\u2019Eglise rappelle que toute justice sociale ne peut s\u2019établir que sur la reconnaissance effective des droits de la personne.A ceux que tenaillent les affres du sensualisme, elle enseigne que la dignité humaine se préserve par la maîtrise de soi garantie par le renoncement chrétien.Elle proclame que c\u2019est la vérité qui rend libre même si elle reconnaît à la personne la responsabilité de ses actes.Elle dit que tous les hommes sont frères parce qu\u2019ils sont fils d\u2019un même Père mais elle ajoute que l\u2019esprit de fraternité est une conséquence de la pratique de la justice et de la charité.Et à ces sociétés qui deviennent athées ou agnostiques, l\u2019Eglise par une liturgie vivante, rapproche le Christ, rend la parole accessible à tous et son enseignement à la portée des plus petits.Cela, dans l\u2019Espérance d\u2019une nouvelle Pentecôte.La réforme dans l\u2019Eglise c\u2019est donc l\u2019oeuvre de l\u2019Esprit.Et les chrétiens ne doivent pas avoir peur de la réforme.Au contraire, leur fidélité leur demande d\u2019être les premiers à la mettre en oeuvre dans la PENSEE et dans les FORMES que demande le Concile.Car, autrement cette restauration pourrait être ravagée par les malins qui sous couvert de progrès, sont des semeurs d\u2019ivraie. Pierre Perrault, poète Le succès du cinéaste a peut-être fait oublier le poète; et pourtant la voix qui pénètre l\u2019imagerie cinématographique de Pour la suite du monde, est celle-là même qui, dans Portulan (1), Ballades du temps précieux (2) et Toutes Isles (3), dresse le chant de l\u2019homme épris d\u2019espace et d\u2019amour.De la trouvaille métaphorique, de la musique nom-brée, la poésie de Pierre Perrault n\u2019a que faire ; elle trouve son exigence dans la simplicité, auprès du coeur des choses et de l\u2019homme.Ici, point de grande théorie poétique, point de ces grandes pensées qui se pensent (et dont se couvre d\u2019ailleurs assez facilement une certaine poésie qui ne sait plus retrouver son propre visage), mais une parole dont Perrault nous dit: ne plus habiter les langages qui n\u2019en savent rien.n\u2019étre qu\u2019une parole sans nom d\u2019auteur.11 y a, en effet, de l\u2019anonyme dans la poésie de Perrault; et c\u2019est pour cela précisément que cette parole nous est \u201csympathique\u201d, car, elle nous éloigne pour un temps de ceux qui n\u2019achèvent plus de s\u2019écorcher.En cela Pierre Perrault est de la lignée des coureurs de bois, de ceux qui cherchent et pourchassent un continent pour retrouver l\u2019homme et sa quête sans fin; il est de ceux qui vers 1700 nous ont donné le premier chant québécois, Le chant du voyageur (4).Le pays, pour Perrault comme pour ces premiers voyageurs canadiens, n\u2019est pas ce qu\u2019on garde et défend, c\u2019est ce qu\u2019on n\u2019a pas encore découvert : la terre me parut partout ailleurs alors j\u2019ai profondément désiré ce voyage. 816 ACTION NATIONALE En dépit de ce thème majeur du pays, fondamental dans son oeuvre, Pierre Perrault se situe en dehors de la trajectoire lyrique du \u201crecours au pays\u201d; il est, si l\u2019on peut oser le dire, le classique de cette \u201cécole\u201d.Ce n\u2019est pas seulement le Québec que Perrault chante, c\u2019est, par delà son terroir, semble-t-il, la forêt du Finlandais, l\u2019île du Cingalais, la mer du Polynésien, bref, chaque parcelle précise de terre d\u2019où l\u2019homme tire son visage et son humanité.La patrie n\u2019est qu\u2019une distance à défendre ; le pays est un espace intérieur à conquérir.Nul, malgré l\u2019universalité de ce thème, n\u2019a pourtant mieux saisi que Perrault l\u2019âme de notre peuple et l\u2019orbite de notre histoire.A cet égard, le poème Naguère est l\u2019un des plus émouvants qui aient été écrits sur notre passé.Las des clichés qu\u2019on use à nous peindre notre histoire, l\u2019on ne peut s\u2019empêcher de retrouver une ferveur originelle à la lecture de ces vers qui, en plus de leur vérité, portent en eux une grande perfection poétique : N\u2019avions que la hache pour écrire une histoire ceux qui savaient l\u2019écriture ont raconté l\u2019aventure de leur clocher, de leur moulin, de leur grenier, de nos faiblesses ils n\u2019ont rien dit de nos amours ni les jamais, ni les toujours ni les tHstes blasphèmes qui nous servaient de poèmes.Nous sommes loin ici des grotesques esquisses socio-historiques de Jean Le Moyne, car Pierre Perrault a saisi le poids de l\u2019homme \u201ccanadien\u201d par l\u2019intérieur et l\u2019a projeté dans son chant avec un amour qui n\u2019a d\u2019égal que la rusticité de son art: PIERRE PERRAULT, POETE 817 J\u2019ai accumulé tellement de temps passé que désormais je vis au futur de l\u2019univers: plus insatiable que jamais de la vie et parfaitement insatisfait de la mort.Cet accent mêlé de folklore et de métaphysique est unique dans la production poétique d\u2019ici.Le poète cependant nous livre ses plus beaux vers dans les poèmes consacrés à l\u2019amour.Rien ici de cet érotisme culturéiste et artificiel, mais la reconnaissance des sources profondes de l\u2019amour en l\u2019homme : et pourtant je vivrai de toi seule et de la nudité de quelques fruits dans la corbeille des pénombres si tu rentres dans mes nuits Tous les vers d\u2019amour de Perrault seraient dignes de figurer dans les anthologies, mais, chez les snobards, on préfère à cette poésie grave, les salacités sans saveur des chansonniers adolescents.Peut-on citer, dans notre poésie, des vers aussi réussis et aussi vrais que ceux-ci : tranvasons nos espaces dans une même urne de terre rouge qui sera notre vestige et notre archéologie j\u2019attends que tu viennes belle de chair et belle d\u2019esprit tangible et impondérable pour dormir autour de toi jusqu\u2019à la fin du monde.Perrault a réussi, semble-t-il, là où Saint-Denys-Garneau a failli; cette saisie complète du monde intérieur et extérieur est chez Perrault d\u2019une franchise et d\u2019une générosité que Garneau n\u2019aura jamais pu atteindre : 818 ACTION NATIONALE J\u2019ai trouvé dans l\u2019arbre de connaissance la terre plus rugueuse que ronde On dirait bien que l\u2019étoile cherche un sens à l\u2019homme et que l\u2019homme n\u2019a pas trouvé un sens à l\u2019étoile.Ceux pour qui la poésie est un ensemble de mots auquel on superpose un tremblement de voix, seraient bien déconcertés à l\u2019audition des vers durs et rugueux que voici : la mort contiendra certes plus de fleurs que de fruits la mort qui nous déconcerte et la sève qui nous convie.Mais, quelle musique interne n\u2019entend-on pas à travers ces mots pleins de contraintes harmoniques?Perrault chante pour ceux qui ne le peuvent, car, nous dit-il : Qui dira le sang muet de ceux qui fréquentent les silences prolongés.Il n\u2019est pas faiseur de mots, mais faiseur de lumière et de joie attentive: Le faiseur de mots cherche à défendre une muraille ancienne et belle dont il ne reste qu\u2019une face, et le faiseur de joie est toujours celui qui découvre à l\u2019homme les sources de la mort: Nous sommes dans la mort comme l\u2019église du village duns l\u2019eau de la rivière Tous feux éteints sauf peut-être les yeux, et quelques paroles échappées du visage; et le reflet dure plus longtemps que la pierre PIERRE PERRAULT, POETE 819 et un arbre que personne ne connaît tremble dans les yeux de la rivière.Portulan est un atlas de l\u2019amour et de la vie, où le coeur est une île, et chaque filet dans la mer, un coeur secret de l\u2019homme ; c\u2019est aussi un livre de bord dont Perrault nous dit: Je n\u2019ai pas laissé de traces dans l\u2019eau des tempêtes.mon coeur n\u2019est pas une parole qu\u2019on répète.Avec les Ballades du temps précieux, Pierre Perrault déserte la simplicité du premier recueil, et, plus expérimentateur du verbe, s\u2019accommode fort bien d\u2019un certain exotisme mêlé à la grande mythologie des vents, des forêts, des eaux et des îles du pays.Ce livre semble surtout retracer le mystère de l\u2019homme: naissance et mort.Et Pierre Perrault avoue, après la précise géographie de Portulan: qu\u2019une île introuvable manquait à nos itinéra ires : toujours la même.Et c\u2019est alors que Perrault aborde le thème de la vie originelle de l\u2019homme: Quelqu\u2019un se trouve-t-il réduit à cette extrémité [ de naître?qui donc réclame le passage vers l\u2019Inde?[et les tissus dociles en secret se déchirent, sacrifiant [la fermeté nubile, dédaignant le ventre dur et rond de l\u2019amour pour livrer aux vastes approches du en les nexif clés de la citadelle la plus impérieuse.A-t-on jamais trouvé paroles plus mystérieuses et plus belles sur la naissance?Pierre Perrault, coureur de bois, n\u2019est pas un parcoureur de surfaces; il repère l\u2019homme 820 ACTION NATIONALE dans la distance du coeur au coeur.C\u2019est ainsi qu\u2019animée d\u2019un grand souffle de liberté, l\u2019oeuvre de Perrault revendique l\u2019unicité de chaque être fût-il broyé sous le poids de la servitude ; dans un poème intitulé Jazz, le poète écrit : par l\u2019esclavage de la douleur nul n\u2019est amoindri sans son consentement.L\u2019homme, pour Perrault, est le noyau même de la liberté du monde, et les chaînes ne parviendront pas à lier son chant intérieur.Il serait difficile de citer tout en entier l\u2019un des récits de Toutes Isles; plus que de récits, il s\u2019agit ici de poèmes en prose aussi beaux que les vers de Portulan.Ce livre est fait de hautes légendes créées à même la vie des pêcheurs et des Amérindiens du Québec.Tout aussi traversé de l\u2019amour des hommes du pays que les recueils précédents, Toutes Isles est une somme de l\u2019âme québécoise ; exclu de toute l\u2019aigreur qui fait de tant de nos écrivains des anti-poètes, Pierre Perrault retrace, à travers des scènes d\u2019une haute intensité poétique, les origines vivifiées de notre être collectif.S\u2019il était, dans sa poésie, fils des bardes anonymes, il se fait ici continuateur des conteurs de village; la verve, la poésie et l\u2019art de ces derniers, Pierre Perrault les a recueillis et nous les redonne dans une esthétique tout à fait propre à satisfaire notre sensibilité contemporaine.Chroniqueur de ce qu\u2019il pressent d\u2019éternel dans le quotidien des humbles, Perrault rejoint, avec les récits de Toutes Isles, les grands livres de merveilles qu\u2019ont écrits les voyageurs du régime français : Cartier, Charlevoix, Jolliet et Sagard.Il semble impossible d\u2019apporter quelque conclusion à cette brève étude sur la poésie de Pierre Perrault; d\u2019abord parce qu\u2019elle nous distrait, par sa densité et sa vérité, des traditionnelles tactiques de la dissertation ; parce qu\u2019elle nous séduit aussi par sa profonde humanité exclue de toute vanité pseudo-littéraire.Mais Perrault PIERRE PERRAULT, POETE 821 n\u2019a pas pour autant négligé l\u2019aspect esthétique de son oeuvre qu\u2019il a voulue aussi près que possible de la tendresse des choses; il y a une perfection secrète dans sa poésie qui vient d\u2019une certaine sagesse du langage.C\u2019est cette sagesse de grand large qui donne aux oeuvres diverses de Pierre Perrault son unité parfaite \u2014 comme ces variétés de fleurs à la surface des étangs en Inde, où l\u2019on voit, à travers le visage translucide de l\u2019eau, qu\u2019elles tiennent toutes, nombreuses et variées, à une seule tige forte qui leur est commune nourrice et commun support.Si la poésie n\u2019était qu\u2019une interrogation, que serait-elle donc?Celle de Pierre Perrault est cela aussi, mais d\u2019abord une réponse qui est voie de l\u2019homme vers les choses et par laquelle les choses retournent vers l\u2019homme : et c\u2019est lui nul autre que lui qui a lancé l\u2019oiseau du cri à la quête des ailes.Jean MARCEL (1)\tEditions Beauchemin, 1961.Prix du grand jury des lettres.(2)\tEditions d\u2019Essai, 1963.(3)\tEditions Fides, 1963.(4)\tImproprement appelé A la claire fontaine.L'AVENIR DES NATIONALISATIONS Il est important de constater qu'à l'exception de l'électricité et de l'aviation, les industries nationalisées appartiennent au passé; on ne saurait admettre que leur avenir soit aussi riche que leur passé.Charbon, gai, chemins de fer, ont connu la grondeur durant la période victorienne.Les lois de la nationalisation n'ont pas incité les hommes capables à rester et à accepter des postes dans les Boards.La nation peut être propriétaire des industries, mais elle subit les vicissitudes de cette propriété plutôt que ses avantages.(R.Kelf-Cohen, Nationalisation in Britain The End of a Dogma, Londres, 1959, PP.197, 209).A noter: M.Kelf-Cohen n'est pas un capitaliste, mais un fonctionnaire qui s'est occupé des nationalisations de 1945 à 1955. Actualité Litanie à l'emporte-pièce Bienheureux Jean-Paul Sartre, inspirez-moi votre sainte nausée et ayez pitié de mon dualisme; Aidez-moi à recracher les légendes et les leçons de ma mère puritaine et bêtement croyante et bonne.Si l\u2019hostilité, l\u2019agressivité, le ressentiment sont des armes défensives et offensives, donnez-moi les vôtres, cher Jean-Paul.Si la solitude, le refus de soi, l\u2019avarice de soi sont un gain, défendez-nous de l\u2019enfer de la charité, cher Jean-Paul.Si le grand split (pardon, le grand écart) de la conscience consiste à danser sur le néant, soyez partenaire, cher Jean-Paul.Si Dieu est plus funeste à l\u2019homme que l\u2019ombre sur le mur, rasez nos vieux murs pieux, cher Jean-Paul.Si le vertige charnel est le corps de mon âme, donnez-moi beaucoup d\u2019incarnation, cher Jean-Paul.Si l\u2019homme n\u2019est qu\u2019un trou vide, remplissez-nous de votre désespoir payant, cher Jean-Paul.Si l\u2019homme n\u2019a que la liberté de contempler son ombilic, enseignez-nous la vue basse, cher Jean-Paul.Si vous ne pouvez plus lâcher votre plume parce qu\u2019un Autre vous tient la main, parlez-nous de VAutre, cher Faust magicien.Si nos petits amis et damoiseaux nous méprisent trop, apprenez-nous la stérilité, chère Simone à Jean-Paul.S\u2019il vaut mieux avoir sa mue que ses diplômes, pardonnez-nous nos attardements aux niaiseries de Françoise Sagan, forte Simone.Si le vice est la seule ferveur, délivrez-nous de nos froideurs québécoises, chère étrangère honorée par notre Châtelaine. LITANIE A L'EMPORTE PIECE 823 Si l'obscénité n\u2019est que hardiesse, courage et prouesses, délivrez-nous de la grâce féminine et de l\u2019amour masculin, chère Sapho.S\u2019il vaut mieux s\u2019asseoir entre deux mondes, avec les Mandarins, conquiérez toute la Chine, ô Simone inchoisie et choisissante.Comme Romulus et Rémus, engraissez-vous, ô couple exemplaire, de nos montagnes universitaires, mamelles intarissables de votre gloire à rabais.Si l\u2019existence est sordide et si l\u2019essence ne va pas plus loin que la motocyclette, enragez avec nous, ô jeune fille rageuse et rangeuse.S\u2019il vaut mieux soigner sa syphilis que d\u2019aller soigner les lépreux, qu\u2019on nous laisse avec nos maîtres et avec la Lolita à Nabukov.Si les pourceaux sont plus soyeux que les moutons, qu\u2019on nous enseigne Miller, Laclos et les bâtardes réussies.Si l\u2019intelligence est une perle à polir dans la boue, neutralisons les \u201cvieux\u201d: Pascal, Platon, Claudel et tous les \u201cnuagistes\u201d de la divinité.Si la vertu est un reliquat de notre artisanat, et le stupre, l\u2019art de la Dolce Vita, terminons nos études dans les maisons closes ou dans l\u2019enfer à huis clos.Si le sexe est une mouture sans nom, l\u2019anarchie, notre avenir le plus certain, suicidons-nous en masse au pied de la montagne, chers camarades.Si mes chers camarades catholiques étouffent trop dans leur lâcheté, qu\u2019ils prennent la force de l\u2019âge dans les penseurs publics, ceux du prix Nobel ou de Radio-Canada.Si le recteur magnifique a perdu les clefs de la maison, vite, qu\u2019on fasse venir le fauteuil de Voltaire pour le prochain recteur sectaire.Si les poètes ont le droit de hurler et d\u2019être récompensés pour leurs aboiements, nous invoquons les Ménades et le droit de vomir de saintes indignations devant tout le monde, comme Jean-Paul et Simone.ETUDIANTE 65 CHRONIQUES Les événements Le livre blanc sur l'amendement de la Constitution Nous avons déjà dit dans notre éditorial du mois dernier quelle est la ligne de conduite qui s\u2019impose en regard de la formule d\u2019amendement à la Constitution que M.Lesage s\u2019acharne à vouloir vendre aux Canadiens pour remplir les conditions du marché qu\u2019il a apparemment conclu à Charlottetown.Il n\u2019est peut-être pas sans intérêt quand même de fournir à nos lecteurs, pour les fins des dicussions en cours, certaines remarques supplémentaires que suggère ou que ratifie le livre blanc publié par Ottawa.1.La règle de l\u2019unanimité sur toutes les parties essentielles de la Constitution.Nous avons dit sa nécessité et l\u2019illusion quasi naïve qu\u2019il y aurait à vouloir l\u2019assouplir sous prétexte d\u2019amendement favorable au Québec dans l\u2019actuelle Constitution.Mais il faut ajouter qu\u2019au surplus la formule actuelle qui prescrit l\u2019unanimité reste beaucoup trop vague; nous ne verrions vraiment bien clair dans cette affaire que si on s\u2019était donné la peine d\u2019expliciter quels sont les articles de l\u2019A.A.N.B.qui sont ainsi protégés.Qu\u2019on se garde bien de le faire est déjà une indication qu\u2019une fois la procédure adoptée, les querelles d\u2019interprétation ne manqueront pas d\u2019être soulevées quant aux articles ou parties d\u2019articles qui tombent ou non sous cette disposition, avec tendance à peu près assurée de toutes les provinces anglaises, 9 sur 10, à vouloir la restreindre à un strict minimum. LE LIVRE BLANC SUR L'AMENDEMENT 825 2.\tL'éducation.La mise à part de cette catégorie, couverte par l\u2019article 93, a été justifiée par la nécessité de donner à Terre-Neuve un droit spécial.Dans l\u2019état actuel des choses, il est assez clair qu\u2019on ne pouvait pas non plus ici abandonner la règle de l\u2019unanimité.Non seulement les droits des minorités, mais même ceux du Québec risqueraient d\u2019être mis en jeu par une formule plus souple.Et une souplesse qui donnerait au Québec un statut à part serait une menace évidente et directe pour les droits des minorités françaises et catholiques dans tout le reste du pays.Mais l\u2019incroyable reste que sur ce point précis nos représentants officiels soient prêts à accepter une procédure d\u2019amendement qui, par la règle de l\u2019unanimité, consacre la protection donnée à la seule minorité catholique et non pas à la minorité française.LE CANADA FRANÇAIS NE DEVRAIT POUR AUCUNE CONSIDERATION ADMETTRE QUE LA CONSTITUTION DU CANADA DEVIENNE CANADIENNE SANS LA RECONNAISSANCE OFFICIELLE ET DEFINITIVE, GARANTIE PAR LA REGLE DE L\u2019UNANIMITE, DU CARACTERE OFFICIEL DU FRANÇAIS A TRAVERS TOUT LE PAYS, EN PARTICULIER PAR L\u2019ADMISSION DU DROIT DE TOUS LES FRANCOPHONES A LEURS ECOLES FRANÇAISES DU PRIMAIRE JUSQU\u2019A L\u2019UNIVERSITE INCLUSIVEMENT.Il faut singulièrement manquer de coeur et de fierté pour se contenter de moins quand on commit l\u2019histoire de ce qui s\u2019est passé sous le régime de l\u2019actuelle Constitution, dont on peut au moins dire qu\u2019elle est une constitution coloniale, non encore celle d\u2019un pays totalement libéré.3.\tLa partie II sur la délégation de pouvoir.Combien caractéristique elle est de la lâcheté trop traditionnelle de nos politiciens.Ils n\u2019ont pas osé, dans la première partie, exiger le redressement du statut du français dans l\u2019éducation.Ils auraient pu encore se défendre en disant : pour faciliter le rapatriement de la Constitution, il importait de n\u2019exiger au départ aucun changement dans le 826 ACTION NATIONALE statu quo constitutionnel.Mais ils ne le pourront pas, car ce qu\u2019ils n\u2019ont pas eu le courage d\u2019exiger, ils ont eu la lâcheté de le céder au refus des provinces anglo-canadiennes de se contenter du statu quo dans le rapatriement.Par la délégation de pouvoir on effectue donc un amendement majeur à l\u2019A.A.N.B., sans avoir même le courage de sauvegarder ce qui nous a été assuré par une décision formelle du Conseil privé de Londres, qui a rejeté le droit de délégation en spécifiant qu\u2019il n\u2019était pas conforme à l\u2019esprit du pacte de 1867 et incompatible avec les droits des Canadiens français dans la Confédération.Et voyons, soit l\u2019incomparable naïveté et insignifiance de nos politiciens, soit leur dégoûtant machiavélisme pour se faire valoir auprès des intérêts politiques anglo-canadiens en vue d\u2019un prestige fédéral.M.Lesage, jouant sur notre tendance latine à nous laisser arrêter par l\u2019idée pure, fait campagne en insistant qu\u2019il a tout sauvé par la règle de l\u2019unanimité.Oui ! tout sauvé en ce qui concerne les amendements proprement dits; MAIS PAR LA DELEGATION DE POUVOIR, IL PERMET AUX ANGLO-CANADIENS DE FAIRE A PEU PRES TOUT CE QU\u2019ILS VEULENT DE LA CONSTITUTION SANS AMENDEMENTS.Et alors, nous sommes dans une situation où tout le monde risque d\u2019être content, sauf que les Canadiens français seront cocus contents.Nous aurons une formule d\u2019amendement qui protège en principe tous les droits juridiquement parlant; mais les Anglo-Canadiens qui se fichent des textes s\u2019ils ne les embarrassent en rien pourront bâtir, en pratique, derrière les textes, la véritable Constitution à leur façon en multipliant les dérogations aux textes et les précédents.Et vous trouverez que j\u2019exagère quand je dis que tout cela ne donne que le goût de vomir ! 4.L\u2019étendue de la délégation de pouvoir.A première vue, et pour le non-initié \u2014 on jouera d\u2019ailleurs peut-être sur cet argument \u2014 la délégation de pouvoir paraît LE LIVRE BLANC SUR L'AMENDEMENT 827 limitée.Elle ne concerne que quatre des seize sujets de l\u2019article 92: par.6, les pénitenciers; par.10, les travaux publics; par.13, la propriété et les droits civils; et par.16, tout ce qui est aussi de nature privée ou locale (clause résiduaire).Mais, et ici je n\u2019aurai pas besoin d\u2019interpréter car le livre blanc le dit en toute lettre: \u201cils embrassent et représentent la généralité des pouvoirs exercés par les législatures provinciales\u201d (p.49).La situation est donc claire : le Canada anglais, sous les regards d\u2019un Québec paralysé par l\u2019obligation d\u2019obtenir l\u2019assentiment de trois autres provinces et du Fédéral pour bâtir l\u2019Etat national du Canada français, va pouvoir librement dégager ses provinces et se bâtir un Etat national fort et libre à Ottawa.La situation va même devenir cocasse, car les députés du Québec à Ottawa vont finir par être obligés de consacrer une partie croissante de leur temps à discuter et à voter des législations d\u2019importance majeure qui ne concerneront pas la province de Québec.On atteint au comble de la stupidité dans les perspectives d\u2019une logique latine ; mais pour l\u2019Anglo-Canadien, l\u2019important c\u2019est d\u2019arriver à son but.Et avec cela nos députés vont être à vendre plus que jamais pour les empêcher de faire trop de bruit autour de certaines législations fédérales faisant le jeu du Canada anglais contre le Canada français.5.Centralisation ou décentralisation.La formule et le livre blanc marquent un bel effort pour détourner l\u2019attention et faire croire que la délégation de pouvoir n\u2019est ni centralisatrice ni décentralisatrice.Mais il reste amusant de voir comment le livre blanc explique qu\u2019on ait été si précis quant aux pouvoirs provinciaux qui pourront être délégués à Ottawa, et si imprécis quant à ceux des pouvoirs fédéraux qui pourraient être délégués aux provinces.En termes galants, on nous dit en somme que c\u2019est une clause de sûreté.et d\u2019habileté, mais qu\u2019on ne voit pas très bien quand elle servira: \u201c.il aurait été difficile, en l\u2019absence de précédents et de besoins nettement établis dans ce domaine, de prévoir les circons- 828 ACTION NATIONALE tances dans lesquelles une telle délégation pourrait s\u2019avérer utile en pratique et, partant, de préciser les catégories pour lesquelles une telle délégation de la part du Parlement pourrait être souhaitable et acceptable.\u201d Succulent, n\u2019est-ce pas?D\u2019ailleurs le texte s\u2019empresse de rassurer ceux qui ont bien peur de la décentralisation : \u201cA tout événement, aucune délégation par le Parlement aux législatures provinciales ne peut avoir lieu sans que le Parlement donne son consentement exprès dans chaque cas.\u201d Alors, vous pensez bien hein! \u201cQu\u2019en termes galants ces choses là sont dites !\u201d 6.Québec, lui, ne gagnera rien de plus.Le livre blanc en donne la garantie formelle aux autres provinces.Ce passage est à citer en entier : \u201c.certains ont exprimé la crainte que la disposition relative à la délégation puisse permettre à une province qui s\u2019y emploierait d\u2019acquérir au sein de la Confédération un statut complètement différent de celui des autres.Une analyse rigoureuse de la disposition relative à la délégation démontre qu\u2019elle n\u2019offre pas une telle possibilité.\u201cSi une province veut édicter une loi qui ne relève pas de sa compétence, elle ne peut obtenir le droit de le faire seule ; elle ne peut non plus le faire de sa propre autorité avec le concours d\u2019autres provinces.La formule ne permet pas au Parlement d\u2019octroyer un seul pouvoir législatif à une seule province ; l\u2019autorité ne peut être conférée à moins de quatre provinces.De plus chaque délégation exige au préalable le consentement exprès du Parlement, et chacune est sujette à révocation par le Parlement.Enfin, comme on l\u2019a déjà indiqué, il ne peut y avoir délégation de pouvoirs comme tels ; la délégation implique seulement le consentement à ce qu\u2019une mesure législative en particulier soit édictée.\u201cUne autre façon, du moins en théorie, pour une province d\u2019en arriver à un statut particulier serait de refuser d\u2019autoriser le Parlement à édicter LE LIVRE BLANC SUR L'AMENDEMENT .829 des lois du ressort provincial, alors que les autres provinces y consentiraient.Ainsi, si neuf provinces étaient disposées à permettre au Parlement d\u2019exercer certains pouvoirs législatifs, il aurait le droit d\u2019agir ainsi à leur égard, et la dixième province pourrait, théoriquement, acquérir un statut spécial en refusant de suivre leur exemple.Elle n\u2019atteindrait pas ce résultat par son action propre, mais par celle des autres provinces auxquelles elle refuserait de se joindre.L\u2019aboutissement, même dans cette situation improbable, ne serait pas un statut constitutionnel spécial pour une seule province.Ce serait une situation administrative différente.Un changement dans la position constitutionnelle d\u2019une province ne pourrait s\u2019accomplir que par des modifications de fond apportées à la Constitution elle-même\u201d (p.51) .et l\u2019on sait que cela n\u2019est possible qu\u2019à l\u2019unanimité de toutes les provinces.Ce texte est assez clair, et dans ses entendus et ses sous-entendus.Car il y a gros de caché sous l\u2019affirmation que dans l\u2019hypothèse dite \u2019\u2019improbable\u201d (pourquoi improbable?), il n\u2019y aurait qu\u2019une différence de situation \u201cadministrative\u201d.Quant à l\u2019improbable, il cache lui aussi les difficultés de fait sur lesquelles on compte pour que la province de Québec se sente forcée de se ranger lorsqu\u2019elle se trouvera acculée à être seule contre le Fédéral jouissant de la délégation de pouvoir des neuf autres.En un paragraphe antérieur de la page 50, le livre blanc explicite qu\u2019on n\u2019a pas admis la délégation de pouvoirs fédéraux à une seule province, parce que les pouvoirs du Parlement, \u201csont par définition d\u2019intérêt général\u201d, et concernerait \u201cjusqu\u2019à un certain point toutes les autres\u201d.Dans le cas inverse de la délégation de pouvoirs provinciaux à Ottawa, on note qu\u2019au contraire, \u201cune loi relevant de la compétence provinciale peut ne pas concerner toutes les provinces\u201d.Le \u201cpeut\u201d interdit de contredire cette affirmation ; mais il dissimule qu\u2019une loi relevant de la compétence provinciale peut également concerner toutes les provinces quant à l\u2019effet de son transfert à la juridiction fédérale. 830 ACTION NATIONALE Tant de précisions défavorables et d\u2019ambiguïtés sur ce qui est favorable suffirait plus qu\u2019amplement pour dicter à l\u2019homme sage \u201cl\u2019abstiens-toi\u201d socratique.Mais les politiciens, on le sait trop, ne sont que rarement sages, si jamais.Ils n\u2019ont que des intérêts, et quand leurs intérêts ne coïncident pas avec l\u2019intérêt général ou le bien commun, il devient bien difficile de les faire marcher droit.François-Albert ANGERS Le premier rapport Laurendeau -Dunton Il faudra que même ceux qui avaient des doutes profonds l\u2019admettent: la Commission Laurendeau-Dunton, pour autant qu\u2019il s\u2019agit de son premier rapport, a fait du bon travail.Elle a bien caractérisé les données de la situation; et bien formulé les éléments fondamentaux d\u2019une solution.Deux sociétés, deux nations s\u2019affrontent encore après 200 ans de vie commune où s\u2019est affirmée surtout la supériorité de l\u2019une sur l\u2019autre; et le moment est venu d\u2019une négociation à base d\u2019égalité pour établir un régime de partenaires égaux.Cela n\u2019apprend rien de bien nouveau aux Québécois, pas plus que le rapport ne leur apporte beaucoup de réconfort sur les chances que l\u2019autre partenaire accepte une telle négociation.Quelque effort que fasse le rapport pour le dissimuler autant que possible et respecter l\u2019ego des membres anglophones de la Commission, il est d\u2019une franchise suffisante pour qu\u2019il soit possible de se rendre compte qu\u2019on se trompait peu au Québec, si même on se trompe vraiment, sur le degré d\u2019ignorance et de préjugé que le Canadien anglais plus que moyen continue d\u2019entretenir sur le Canada LE PREMIER RAPPORT LAURENDEAU-DUNTON 831 français.Aussi faut-il reconnaître le courage des membres anglophones de la Commission qui auront contribué beaucoup plus à faire comprendre au Canada anglais qu\u2019il doit faire droit aux justes revendications du Québec, qu\u2019aux Canadiens français à accepter des compromis incessants pour assurer l\u2019unité nationale à tout prix.C\u2019est donc une pierre blanche, d\u2019autant plus importante que c\u2019est la première, dont il faut jalonner la voie des Commissions royales d\u2019enquête fédérales.En y mettant un grain de sel, car en scindant son rapport en deux la Commission Laurendeau-Dunton se donne un avantage sur la Commission Massey-Lévesque.Il y avait aussi de bien belles paroles dans les préliminaires du rapport de cette dernière commission ; mais comme le rapport était d\u2019une seule venue, toutes les belles paroles étaient annulées par les solutions proposées.Attendons donc maintenant le deuxième rapport Laurendeau-Dunton.L\u2019essentiel étant dit, on peut passer à ce premier rapport préliminaire certaines faiblesses de détail, qui apparaissent comme autant de concessions, de compromis, qui ont pu paraître nécessaires pour que tel ou tel commissaire anglophone ne se sente pas trop frappé en plein front, et que l\u2019ensemble prenne l\u2019air impartial de tenir la balance égale entre les deux groupes ethniques, même si elle ne l\u2019est pas.En ce sens, le rapport Laurendeau-Dunton donne beaucoup trop l\u2019impression que le problème canadien est un problème nouveau résultant comme d\u2019un réveil soudain du Québec, auquel on consent à souscrire à l\u2019anglaise comme à un fait inéluctable dont il faut que le Canada anglais s\u2019accommode.Cette impression a peut être valeur diplomatique, en ayant l\u2019air de ne pas blâmer pour le passé et de simplement réclamer le beau geste ou le geste pratique pour l\u2019avenir; mais elle n\u2019est pas vraie et se révèle un peu frustrante pour le Canada français, qui a l\u2019air de sortir un peu de n\u2019importe où et d\u2019avoir tout à coup beaucoup de prétentions sans grands fondements. 832 ACTION NATIONALE Il n\u2019était peut-être pas facile bien sûr d\u2019obtenir que les représentants du groupe anglo-saxon à la commission se condamnent trop formellement; et même s\u2019ils y étaient prêts, peut-être les commissaires se sont-ils tous ensemble dit que ce n\u2019était pas pratique et qu\u2019il valait mieux construire l\u2019avenir que de risquer de le compromettre en rabâchant le passé.Dans cette ligne de vue, il faut en effet donner tout bénéfice à la Commission d\u2019avoir mis le fardeau de la solution du problème actuel d\u2019abord sur le Canada anglais au début du paragraphe 135 de conclusion : \u201caccepter comme nécessaire à la survivance du Canada, une association réelle comme il n\u2019en peut exister qu\u2019entre partenaires égaux\u201d; et cela avant toute autre chose.A ce compte, on peut accepter la demande faite au Canada français de \u201cmodifier sa tendance actuelle à ne s\u2019intéresser qu\u2019à (ses) seules affaires\u201d; le mot \u201cactuelle\u201d me paraissant d\u2019ailleurs un bon signe de la prudence et de la vigilance de nos représentants à la Commission : je ne serais nullement surpris qu\u2019il ait été ajouté après coup, car les représentants anglophones devaient avoir une certaine tendance à nous en accuser depuis toujours, ce qui est d\u2019ailleurs contraire à la vérité historique.Je suis moins sûr cependant, même s\u2019il peut être possible aussi d\u2019oublier la conquête à condition que les anglophones en fassent autant, qu\u2019il y ait lieu de donner moins de place au concept de \u201cnation\u201d.C\u2019est au contraire la valeur principale sur laquelle toute association doit s\u2019appuyer, parce qu\u2019elle y prend son sens.Autrement, on retombe dans les arrangements pragmatiques ou pratiques dans le jeu desquels nous risquerons toujours d\u2019être plus ou moins les dindons d\u2019une farce d\u2019un goût de plus en plus douteux.François-Albert ANGERS FONDATION D'UNE UNION INTERNATIONALE.833 Fondation d une union internationale des Jeunes Chambres d'expression française La fondation récente d\u2019une \u201cUnion internationale des Jeunes Chambres d\u2019expression française\u201d n\u2019est pas le fait du hasard et encore moins l\u2019expression d\u2019un dépit à la suite du refus de la Jeune Chambre Internationale de reconnaître l\u2019affiliation de la Fédération des Jeunes Chambres du Canada français lors du dernier congrès mondial des Jeunes Chambres.Depuis quelques années, les délégués de pays francophones qui se rencontraient lors de ces congrès déploraient l\u2019absence de dialogue entre les membres de la grande communauté francophone et souhaitaient pouvoir établir des liens plus constants que cette rencontre annuelle, liens que d\u2019ailleurs la Jeune Chambre Internationale fortement dominée par l\u2019élément anglo-saxon était incapable d\u2019assurer.Pour les Canadiens d\u2019expression française cette union était d\u2019autant plus désirée qu\u2019ils ont connu de quelle façon certains chefs de délégation de la soi-disant Jeune Chambre du Canada les représentaient sur le plan international.Le congrès d\u2019Oklahoma, avec son atmosphère tendue, rendait le terrain très propice à la fondation d\u2019une telle union et c\u2019est alors que les délégués de quelques pays francophones se sont réunis et en sont venus à une entente dont voici le texte intégral: TEXTE OFFICIEL DE L\u2019ENTENTE INTERVENUE À OKLAHOMA ENTRE LES DÉLÉGUÉS DES PAYS FONDATEURS DE L\u2019UNION 834 ACTION NATIONALE DES JEUNES CHAMBRES D\u2019EXPRESSION FRANÇAISE « A la suite de nombreux contacts lors des congrès de Porto-Rico, Hong-Kong, Tel-Aviv, se sont réunis au Sheraton Hotel, Oklahoma City les 18 et 23 octobre 1964, les chefs de délégations des Jeunes Chambres Nationales suivantes: Côte d\u2019ivoire, Fédération des Jeunes Chambres du Canada Français, France, Madagascar, Monaco.Ont été évoqués les points suivants: 1\t\u2014 Objectif de l\u2019Union: Promouvoir en langue française le meilleur échange possible entre les Jeunes Chambres de toute information concernant leurs activités.2\t\u2014 Activités des Jeunes Chambres: Les Jeunes Chambres essaieront de s\u2019intéresser par priorité aux activités inventoriées.Ainsi seront dégagées quelques activités communes susceptibles d'être adoptées à l\u2019échelon international lors des congrès ultérieurs.3\t\u2014 Moyens d\u2019expression de l\u2019Union: a)\tL\u2019Union éditera à dater du 1er janvier 1965, un bulletin mensuel consacré aux activités des Jeunes Chambres et aux comptes rendus des assemblées.Ce bulletin sera adressé à toutes les Jeunes Chambres locales par le Secrétariat de l\u2019Union.Les Jeunes Chambres pourront obtenir sur demande les documents illustrant les activités des autres Jeunes Chambres.b)\tL\u2019Union éditera un annuaire comprenant l\u2019adresse des Jeunes Chambres et le nom du Président. FONDATION D'UNE UNION INTERNATIONALE .835 4\t\u2014 Réunion des Jeunes Chambres de l\u2019Union: L\u2019Assemblée générale se réunira au moins une fois l\u2019an, sur convocation du Président.5\t\u2014Secrétariat de l\u2019Union: Il sera situé à 2745, rue Masson à Montréal, Canada.6\t\u2014 Bureau de l\u2019Union: Il se compose: D\u2019un président: Stéphane Bongho-Nouarra, B.P.1149, Pointe-Noire, Congo.D\u2019un délégué général: Robert Tissier, 10, rue De Louvois, Paris.D\u2019un secrétaire général: Alban Coutu, 3525, rue Maplewood, Montréal, Canada.Ce bureau sera renouvelé chaque année ou reconduit par l\u2019assemblée générale.7\t\u2014 Demande d\u2019adhésion à l\u2019Union: L\u2019adhésion est possible pour toutes Jeunes Chambres locale, régionale ou nationale.8\t\u2014 Destinataires de ce document: Toutes les Jeunes Chambres de langue française.» «Oklahoma, le 23/10/64.» Les membres de la Fédération des Jeunes Chambres du Canada Français seront désormais en mesure de mener d\u2019une façon efficace une action sur le plan international.Alban COUTU Les écrits et les livres La vie quotidienne en Nouvelle France 1 Le titre intégral de l'ouvrage que vient de publier la maison Hachette de Paris dans sa collection aujourd\u2019hui célèbre : La Vie Quotidienne, se lit comme suit : La Vie Quotidienne en Nouvelle France Le Canada, de Champlain à Montcalm.Figure en ektachrome sur la jaquette de couverture un tableau Krieghoff, Indiennes et coureurs des bois.Ce volume est dû à la plume de MM.Raymond Douville et Jacques-Donat Casanova, respectivement sous-ministre du Secrétariat de la Province de Québec et professeur au Collège Stanislas à Montréal.Il est dédié \u201cA ceux qui ont apporté, A ceux qui maintiennent la civilisation française en Amérique\u201d.Il comprend, outre une brève Introduction (p.9-10) et des Sources bibliographiques (p.259-263) surtout françaises, (il n\u2019y a que cinq titres en anglais), dix chapitres, de longueur inégale, dont la seule nomenclature donne une idée du ton et de l\u2019esprit du livre: I.Un rêve de Champlain: franciser l\u2019Amérique.II.L\u2019enracinement du peuplement français.III.L\u2019adaptation au pays.IV.La vie administrative et militaire.V.La vie civile.VI.La vie religieuse.VII.Les explorateurs et les coureurs des bois.VIII.La vie économique.IX.Les moyens de transports.X.Un nouveau peuple en formation.Suit la Conclusion (p.254-257).Ce livre fourmille de détails précis, de renseignements instructifs, de points de vue et de jugements de valeur personnels.Il est aussi solidement charpenté qu\u2019élégamment écrit.Les chapitres III, IV, V, et VII sont tout à fait vivants et réussis ; ils se lisent même d\u2019affilée 1.Raymond Douville et Jacques Casanova, Paris, Hachette, 1964.268 pages. LA VIE QUOTIDIENNE EN NOUVELLE-FRANCE 837 comme un conte.D\u2019ailleurs, les deux auteurs, sans doute désireux de varier le récit, ne manquent jamais l\u2019occasion, en décrivant des fêtes ou en racontant des incidents (p.228-231), de suggérer plus d\u2019un sujet de roman historique aux écrivains d\u2019imagination; après tout, la verve gauloise, pour avoir franchi la mer, n\u2019a pas encore disparu, Dieu merci, des rives du Saint-Laurent.Tous les chapitres sont de lecture agréable, même le deuxième, plus sec que les autres, où abondent les noms propres comme dans les romans russes.Grâce aux sous-titres, la plupart piquants et bien choisis, qui jouent le rôle de points de repère, pour ainsi dire, ils peuvent se lire à loisir et faire l\u2019objet de réflexions fécondes.Ce livre, loin d\u2019être un manuel scolaire d\u2019histoire du Canada, encore moins une monographie savante de la vie au Canada sous l\u2019Ancien Régime, est une synthèse sommaire et animée de 150 ans d\u2019histoire (1603-1753), écrite à l\u2019intention du grand public ; c\u2019est comme un immense tableau où se déroule l\u2019évolution de quelques milliers de Français d\u2019outre-mer, jetés dans l\u2019espace canadien de 1608 à 1673 et transformés peu à peu par l\u2019hiver long et dur \u2014 on insiste même énormément sur l\u2019hiver dans ce livre, mais par bonheur les Canadiens l\u2019ont vaincu, \u201capprivoisé\u201d même cet hiver, au point de s\u2019en être fait un compagnon sympathique et un ami fidèle \u2014, par le milieu assez fruste et rude, par les conditions nouvelles de travail et de vie, où la solitude, encore plus que le climat, devait énormément peser sur l\u2019homme.L\u2019Introduction débute malheureusement par une affirmation quelque peu exagérée, qui ne manquera pas de faire sourire plus d\u2019un historien du métier: \u201cJusqu\u2019à 1760, la France règne sur presque toute l\u2019Amérique du Nord\u201d.Celle-ci comprend bien, si je ne m\u2019abuse, ce que nous appelons aujourd\u2019hui le Canada, les Etats-Unis et le Mexique.La France aurait-elle régné sur presque tout cet immense territoire, des origines à 1760 ?Certainement pas.La décision énergique de François 1er, les voyages et la déception de Jacques Cartier, puis 838 ACTION NATIONALE \u201cl\u2019oubli officiel de la Nouvelle France\u2019\u2019 font l\u2019objet de Y Introduction.C\u2019est à l\u2019explorateur Samuel de Champlain que revient le mérite d\u2019avoir jeté les bases de la colonisation et de la civilisation française en Amérique.Son rêve de franciser l\u2019Amérique fut de courte durée, il est vrai, la Société des marchands et la Compagnie des Cent-Associés n\u2019ayant ni donné suite à ses exhortations ni rempli honnêtement leurs propres promesses.Mais son programme rationnel de peuplement sera accepté plus tard par l\u2019intendant Talon et Pierre Boucher.On peut toujours le considérer comme le vrai fondateur du Canada.\u201cLe recensement ordonné par l\u2019intendant Talon en 1666 ne dénombre que 528 familles et un total de 3215 personnes de race blanche: .De 1666 à 1700, la population s'accroît un peu plus rapidement: elle passe de 3,200 à près de 10,000, mais ici encore, les statistiques démontrent que la grande majorité de cette population est native du pays.Grâce surtout à la fécondité exceptionnelle des femmes, la colonie se développera ensuite pour ainsi dire en champ clos jusqu\u2019à la cession de 1760.On évalue alors la population, troupes exclues, à 60,000 habitants.Pendant cette même période, l\u2019intense émigration anglaise vers sa colonie de la Nouvelle-Angleterre atteindra le million d\u2019habitants.Le succès inespéré de ce timide essai (il s\u2019agit de Champlain) rend plus déplorable encore l\u2019apathie des autorités de l\u2019époque qui, sous le prétexte de ne pas dépeupler la France, font la sourde oreille aux appels pressants de quelques gouverneurs et intendants prévoyants et des missionnaires.Ces rares familles ont non seulement réussi par leur courage et leur ténacité à maintenir dans la colonie, au cours des années tragiques et désespérées, le prestige de la France, mais elles sont demeurées, grâce à leur remarquable sens familial, les racines du peuple canadien de langue française d\u2019aujourd\u2019hui.\u201d (p.14-15) On ne saurait mieux dire.Ce qu\u2019on a appelé, à tort, le miracle canadien-français, n\u2019est ni plus ni moins que l\u2019abnégation des mères canadiennes, guidées et soutenues par le clergé et la foi chrétienne; ainsi s\u2019explique le miracle: c\u2019est celui de la foi vivante et de la \u201cfécondité exceptionnelle.\u201d LA VIE QUOTIDIENNE EN NOUVELLE-FRANCE 839 Comme elles sont attachantes, ces figures de Louis Hébert, apothicaire et fils de l\u2019apothicaire de Marie de Médicis, de Robert Giffard (1627, 1634-1663).médecin, chirurgien et apothicaire, de Pierre Boucher, véritable patriarche, puisqu\u2019il vécut environ cent ans (1622-1717), gouverneur de Trois-Rivières, à trente ans ! Ces découvreurs tels que: Jean Nicolet, Nicolas Perrot, Louis Jol-liet, Jacques Marquette, Jean Fafard, Du Luth, et ce grand coureur des bois, Radisson, qui revint un jour, en 1660, avec 400,000 livres de fourrures de la Baie d\u2019Hudson, et ce Portugais canadianisé, Pierre Dasilva, qui fut pendant plus de vingt-cinq ans (1690-1717) postier de Sa Majesté entre Québec et Montréal ! Qui donc va écrire les mémoires de ce postier qui voyageait, l\u2019été en canot, l\u2019hiver en raquettes ou en traîne à chiens ?Et cela bien avant l\u2019ouverture du chemin du Roi, première route carrossable entre Québec et Montréal, dont aucun fonctionnaire de notre voirie ne s\u2019avisa, à ma connaissance du moins, de célébrer le deuxième centenaire de 1747, car c\u2019est seulement à cette année-là, pas avant, que remonte le premier chemin de terre reliant Québec et Montréal.Décidément, les fonctionnaires de l\u2019Ancien Régime n\u2019étaient pas des Romains.Voulez-vous connaître Madame Bégon et son salon, l\u2019intendant Raudot et son salon, le beau monde du bal de l\u2019intendant Bigot, d\u2019exécrable mémoire (il mourut et fut enterré en Suisse, sous un nom d\u2019emprunt), le salon de Madame Hertel de Beau-bassin (dans ce temps-là, les gens portaient de si jolis noms ! Sans doute étaient-ils alors consultés à leur naissance !), que fréquentait le faible Montcalm (p.228-229), bref, \u201cles douceurs de la paix\u201d sous l\u2019Ancien Régime ?Eh bien ! lisez ce livre aussi fascinant qu\u2019instructif.Que de fois les auteurs invoquent le témoignage du naturaliste suédois Peter Kalm ! La Hontan et Bougainville, qui étaient aussi de bons observateurs, sont également cités.Ainsi Bougainville, fort au courant du dédain de Montcalm pour les officiers canadiens (p.95) et de la mésentente entre Montcalm et le gouverneur général 840 ACTION NATIONALE Rigaud de Vaudreuil, Canadien de naissance, note avec autant de mélancolie que de justesse: \u201cIl semble que nous soyons d\u2019une nation différente, ennemie même\u201d (p.95).Cela se passait, il est vrai, au moment de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France, alors que les esprits étaient assez amers et blâmaient la mère patrie de ne pas faire davantage pour sa colonie.Cela révèle aussi l\u2019esprit distinct, nouveau, du peuple canadien.Mais il ne sert à rien de blâmer la métropole: on aimait autant la vie à Montréal et à Québec, qu\u2019à Versailles et à Paris.Un même esprit frivole et stérile.En plus de l\u2019hiver, dont il est ici souvent question (p.10, p.50, p.117-122), le leitmotiv de la frivolité des fonctionnaires \u201cqui n\u2019ont jamais compris leur véritable rôle de créateurs d\u2019une nouvelle nation\u201d, court à travers le volume (p.98, 186, 254-256).Cependant, Samuel de Champlain et Pierre Boucher étaient animés du \u201cdésir d\u2019un monde nouveau dans une nouvelle France\u201d (p.26).De même, les missionnaires \u2014 le mot missionnaire est un terme nouveau au XVIIe siècle (p.125) \u2014 partageaient profondément ce sentiment; les colons étaient aussi de leur avis.Mais à Versailles on se faisait beaucoup d\u2019illusions sur les possibilités de francisation (p.129).Le clergé, lui, besognait ferme, créant la paroisse dont le rôle social (p.138-147) est fort bien décrit dans ce livre.Même Peter Kalm, qui a malicieusement caricaturé les récollets (p.159-160), reconnaît la piété foncière des gens et la fidélité du clergé à l\u2019idée de Mgr de Laval, dans l\u2019esprit de qui \u201cle pivot de l\u2019Eglise canadienne doit être le séminaire: pépinière de prêtres, lieu de formation spirituelle, et maison commune du clergé qui vit là en une véritable petite république religieuse dont l\u2019évêque est le président\u201d (p.155).Et lorsque est ordonné le premier prêtre canadien, Germain Morin, petit-fils de Louis Hébert, un esprit nouveau, typiquement canadien, existe déjà et dans le clergé et dans le peuple; ce qui est tout à fait naturel et normal, l\u2019homme étant un animal social, politique et économique. LA VIE QUOTIDIENNE EN NOUVELLE-FRANCE 841 Sur la création du rang, originaire de France, et sur son influence, sur l\u2019importance du cheval (le premier arriva à Québec le 25 juin 1647, exactement trente ans après Louis Hébert, qui a fait le cheval pendant dix ans jusqu\u2019à sa mort accidentelle en 1627), sur le bouleau blanc, qui sert encore de papyrus (p.183), sur le travail de la terre (p.190-206), sur la fabrication de la bière (les récollets la fabriquaient déjà dès 1620), les chantiers navals et les forges du Saint-Maurice, la pêche et la forêt, les fourrures et le blé, sur le rôle des seigneuries, les auteurs ont écrit de fort belles pages.Comme ils font bien ressortir la faiblesse chronique de la colonie (p.205-206).Le témoignage de Bougainville sur le peuple ou sur les gens est intéressant à retenir.\u201cIls sont en effet d\u2019une meilleure étoffe, ont plus d\u2019esprit, plus d\u2019éducation que ceux de France.Cela vient de ce qu\u2019ils ne paient aucun impôt, de ce qu\u2019ils ont droit d\u2019aller à la chasse, à la pêche et de ce qu\u2019ils vivent dans une espèce d\u2019indépendance.\u201d (p.253).Jean-Jacques Rousseau a dû se délecter à la lecture de ce texte.Mais le gouvernement français eût mieux fait tout de même de donner une bonne imprimerie à la colonie des rives du Saint-Laurent.Dans la partie concernant la vie intellectuelle, au chapitre X, les auteurs répondent aux fausses accusations portées par les \u201cOn a trop souvent dit\u201d (p.237).Au collège des Jésuites, le cours de lettres était de cinq ans; suivaient deux années de philosophie destinées aux futurs religieux (p.238).D\u2019Iberville, Nicolas Perrot et Jean Nicolet, à l\u2019instar de beaucoup de Canadiens d\u2019aujourd\u2019hui, ont connu surtout l\u2019école de la vie canadienne; au fond, seule la première génération (1635-1665) fut vraiment d\u2019éducation française.On s\u2019intéressait aussi beaucoup au théâtre, à l\u2019astronomie, aux métiers, à la botanique et aux essences forestières, à la médecine, à la langue et à la littérature françaises.La bibliothèque de François Cugnet renfermait plus de trois mille volumes, tandis que celle de Guillaume Varrier en contenait quatre 842 ACTION NATIONALE mille.Rares sont les universitaires d\u2019aujourd\u2019hui qui en possèdent autant.What we have ive hold, écrivent les auteurs en conclusion, a beau être une parole historique anglaise, cette expression ne repose sur aucune doctrine mystérieuse: elle est vraie de tous les temps et de tous les lieux, puisque nous aimons tous à garder ce que nous avons, car toute propriété n\u2019est pas nécessairement du vol.Au rebours des Anglais, Voltaire et les encyclopédistes n\u2019ont rien compris à la poussée coloniale, qui était pourtant l\u2019un des faits dominants de leur siècle; ils se moquaient de tout, ils ridiculisaient tout, ils calomniaient tout, parce qu\u2019ils n\u2019avaient foi en rien, sauf en leur petite personne.L\u2019Angleterre envoya, pendant un siècle et demi, un million de ses citoyens dans sa colonie de la Nouvelle-Angleterre ; la France, durant le même temps, en envoya à peine 10,000 dans sa colonie de la Nouvelle France.Et pourtant la France était alors plus peuplée que l\u2019Angleterre.Là est le noeud central du drame.C\u2019est avec des hommes que se poursuit l\u2019expansion d\u2019une civilisation.Ne perdons jamais de vue l\u2019homme et les hommes.Je forme le voeu ardent que ce volume, si intéressant et si agréable à lire, devienne un \u201cclassique\u201d comme livre de lectures dans les établissements scolaires anglophones du pays.Je forme aussi le voeu encore plus ardent que ce livre serve de base dans les écoles secondaires de la Province de Québec, non pas comme manuel d\u2019histoire, mais comme ouvrage de discussions et d\u2019études fécondes sur l\u2019histoire du régime français.C\u2019est en remontant aux sources de notre histoire que nous resterons fidèles à nous-mêmes et que nous puiserons l\u2019énergie du dépassement.Maurice LEBEL \"L'ETHNIE FRANÇAISE D'EUROPE\" 843 NOTES CRITIQUES L\u2019ETHNIE FRANÇAISE D\u2019EUROPE par Charles-Fr.Becquet, Nouvelles Editions latines, Paris, 1964.M.Charles-Fr.Becquet a consacré en 1963 une étude extrê mement intéressante à « l\u2019ethnie française d\u2019Europe ».Il a publié sur ce sujet un volume très dense qui exigeait une solide connaissance de l\u2019histoire européenne et des doctrines sociologiques.Même si le sujet a été abordé maintes fois de façon directe ou indirecte, le livre de M.Becquet s'impose à tous ceux qui auront à le reprendre ou à traiter des questions voisines.Il offre un intérêt plus particulier aux Canadiens français qui s'interrogent depuis des années sur les termes mouvants de nation, de nationalité, de race, de peuple, etc.Combien de discussions naissent de définitions de mots acceptées en des sens différents ! On le sait ici mieux qu\u2019ail-leurs, puisque la langue anglaise a les siennes qui ne correspondent pas à celles du groupe français.Mais à l\u2019intérieur même de la langue française, les acceptions jadis reçues ont évolué avec les années et les auteurs.C\u2019est l\u2019un des services rendus par M.Charles Becquet que de reprendre cette terminologie et d\u2019en suivre l\u2019évolution chez les auteurs notables au cours des siècles.Pareille étude, mêlée d\u2019histoire et de doctrine, suppose de longues recherches et une abondante documentation.L\u2019auteur est belge, inspecteur de l\u2019Enseignement technique en son pays.La Belgique est comme le Canada un pays bilingue et le français y livre des escarmouches fréquentes au flamand.La Wallonie fait évidemment partie de l\u2019ethnie française d\u2019Europe.C\u2019est en s\u2019intéressant depuis des années aux problèmes de chez lui que M.Becquet en est venu à l\u2019étude générale de « l'ethnie française » et à son unité par delà les frontières des patries.M.Becquet fait, cependant, de la question une étude à la fois scientifique et sereine.S\u2019il croit à une certaine unification de l\u2019Europe, il préfère une fédération du territoire selon les langues plutôt que d'après les limites territoriales historiques.C\u2019est d'ailleurs la pacifique conclusion de son volume: « Pour structurer 1 Europe et dessiner les grandes régions de demain, les 844 ACTION NATIONALE seuls critères valables sont la langue de civilisation et l'économie.Ethnie d\u2019abord, économie ensuite devraient devenir le mot d\u2019ordre des fédéralistes européens de 1963 ».C\u2019est l\u2019une des voies attrayantes de l\u2019avenir, mais il n\u2019est pas sûr que l\u2019Europe, avec la sagesse de son long passé, veuille s\u2019y engager.N\u2019a-t-elle pas toujours préféré les coups de feu sur les frontières géographiques des traités ?Quoi qu\u2019on pense de la thèse finale de M.Becquet, il y a grand profit à lire son livre, car l\u2019auteur instruit beaucoup plus qu\u2019il ne gourmande et son travail est une véritable somme sur la sociologie et l\u2019histoire françaises.« L\u2019ethnie française d\u2019Europe » est pour tous ceux qui sont de culture française un livre à retenir et à consulter.D.B.SITUATION CULTURELLE D'AMÉRIQUE LATINE Plus de 80 millions d'habitants ne savent ni lire ni écrire.Plus de 15 millions d'enfants ne vont pas à l'école.Il faudrait construire 25,000 écoles par année.Il manque 600,000 maîtres.La différence de niveau culturel entre les pays est intolérable.Il y a des pays qui ont tant de choses et d'autres qui n'ont rien.Ceux qui sont riches n'ont pas mesuré l'ampleur de ce problème.Ces hommes qui n'ont pas la culture sont de véritables mendiants assis au bord de la route, comme il est dit dans l'Evangile.De même que l'on demandait aux aveugles de Jéricho de se taire, on veut éviter de répondre à leur appel.Mgr Proano, évêque de Riobamba, Equateur, au Concile, le 4 novembre 1964.DC, 20 décembre 1964, p.1662. V Nous accusons réception des ouvrages suivants : Julienne Barnard \u2014 Mémoires Chapais, tome III \u2014 Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 370 pages, 1964.Louise Maheux-Forcier \u2014 L'Ile Joyeuse \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300 boulevard Rosemont, Montréal, 171 pages, 1964.\t$2.50 Claude Leclerc \u2014 Toi \u2014 Editions La Québécoise, 169 est, rue Beaubien, Montréal, 33 paqes, 1964 (3e édition).Dollard des Ormeaux \u2014 Les yeux remplis d'étoiles \u2014 Les Editions de L'Atelier, 3744, rue Jean-Brillant, Montréal 26, 187 pages, 1964.Dollard des Ormeaux \u2014 Claude l'orphelin \u2014 Les Editions de L'Atelier, 3744, rue Jean-Brillant, Montréal 26, 1 19 pages, 4e édition.Trude Sekely \u2014 Pour vous future maman \u2014 Les Editions de l'Homme, 1130 est, rue Lagauche-tière, Montréal, 159 pages, Réédition 1965 $1.00 André Major \u2014 Le Cabochon \u2014 Editions Parti Pris 2135, rue Bellechasse, Montréal, 195 paqes 1964.Jacques Renaud \u2014 Le Cassé \u2014 Editions Parti Pris 2135, rue Bellechasse, Montréal, 126 paqes 1964.Paul Chamberland \u2014 L'Afficheur Hurle \u2014 Editions Parti Pris, 2135, rue Bellechasse, Montréal, 78 pages, 1965.Les Nouveaux Québécois \u2014 3e Congrès des Affaires Canadiennes 1963 \u2014 Les Presses de l'Université Laval, Cité Universitaire, Québec 10, 204 paqes 1964.$2.50 Marc-Adélard Tremblay et Gérald Fortin \u2014 Les Comportements Economiques de la Famille salariée du Québec \u2014 Les Presses de l'Université Laval, Cité Universitaire, Québec 10, 405 pages, 1964\u2019 \"Vous assurer à L\u2019Assurance-Vie Desjardins, c\u2019est placer votre argent chez vous\u201d En \u201964, les ristournes aux assurés augmentent de 30% En \u201964, l'actif augmente de 22% En \u201964, l'assurance en vigueur augmente de 16% Les chiffres parient éloquemment l points saillants du rapport 1964 / L\u2019Assurance-Vie Desjardin \t1964\t1963\t1958 Actif\t\t$ 22,002,415\t$ 18,023,415\t$ 6,277,309 Revenus \t\t15,259,765\t12,781,472\t4,426,846 Réclamations sur contrats\t\t7,690,873\t6,574,567\t1,579,020 Dividendes aux assurés\t\t\t1,372,498\t1,060,724\t417,480 Assurance en vigueur\t\t1,326,118,103\t1,148,014,878\t465,757,481 Siège soda Lévis, Cm VII Jacques Henripin et Yves Martin \u2014 La population du Québec et de ses Régions 1961-1981 \u2014 Les Presses de l'Université Laval, Cité Universitaire, Québec 10, 148 pages, 1964.$3.50 Alice Lemieux-Lévesque \u2014 L'Arbre du Jour (Poèmes) \u2014 Librairie Garneau Limitée, 47, rue Buade, Québec, 70 pages, 1964.Suzanne Paradis \u2014 Pour les Enfants des Morts (Poèmes) \u2014 Librairie Garneau Limitée, 47, rue Buade, Québec, 147 pages, 1964.Roger-J.Bédard \u2014 La bataille des annexions \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue St-Denis, Montréal, 215 pages, 1965.Alphonse Gagnon \u2014 Intensité, poèmes et parodies \u2014 Collection: les poètes du jour \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue St-Denis, Montréal, 108 pages, 1964.Alphonse Gagnon \u2014 Une lune de trop \u2014 Collection: les pays du jour \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue St-Denis, Montréal, 246 pages, 1964.Andrée Maillet \u2014 Les remparts de Québec \u2014 Collection: les Romanciers du Jour \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue St-Denis, Montréal, 185 pages, 1965.\t$2.00 André Major \u2014 La chair de poule \u2014 Editions Parti Pris, 2135 rue Bellechasse, Montréal, 185 pages, 1965.$1.75 L'Eglise \u2014 Constitution dogmatique (promulguée par S.S.Paul VI lors de la troisième session du Concile Vatican II) \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 141 pages, 1965.$1.00 Centre d'études Laënnec \u2014 Le psychiatre devant l'homosexuel \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue Saint-Denis, Montréal, 160 pages, 1965.$1.50 Jean-Charles Harvey \u2014 Des bois, des champs, des bêtes \u2014 Les Editions de l'Homme, 41 8 ouest, rue Notre-Dame, Montréal, 130 pages, 1965.$2.00 Marie-Blanche Fontaine \u2014 Une femme face à la confédération \u2014 Les Editions de l'Homme, 418 ouest, rue Notre-Dame, Montréal, 156 pages, 1965.$1.50 Villi Gilles Archambault \u2014 La vie à trois \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300 boulevard Rosemont, Montréal 36, 178 pages, 1965.$2.50 Jean Mercier \u2014 L'Estrie \u2014 Apostolat de la Presse, 250 nord, boulevard St-François, Sherbrooke, P.Q., 262 pages, 1964.Jean Mercier \u2014 Autour de Mena'sen \u2014 Apostolat de la Presse, 250 nord, boulevard St-François, Sherbrooke, P.Q., 230 pages, 1964.En collaboration \u2014 L'Etat du Québec \u2014 Les Editions de l'Homme, 418 ouest, rue Notre-Dame, Montréal, 92 pages, 1965.$1.00 Gérard Marier \u2014 Aujourd'hui, les jeunes \u2014 Les Editions de l'Homme, 418 ouest, rue Notre-Dame, Montréal, 95 pages, 1965.$1.00 En collaboration \u2014 Le roman canadien-français \u2014 (Archives des Lettres canadiennes, tome III \u2014 Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 456 pages, 1965.$5.00 Hommage aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE J.-R.GRÉGOIRE QUINCAILLERIE LA.4-1167\t3605 est, rue Ontario, Montréal VOYAGES \u2022 \u2014 Pâques à JERUSALEM: 21 jours (avec Mgr R.Marient \u2014\t$1,090.00.II\t\u2014 EUROPE, y compris la GRECE: 25 juin, 2 mois, 12 pays \u2014\t$1,297.00 (bateau ou avion).III\t\u2014 MOYEN-ORIENT : 21 jours, été 1965 (avec Monsieur l'abbé Fournier \u2014 $998.00 IV\u2014EUROPE et MOYEN-ORIENT (combinés) \u2014 $1,594.00 RENSEIGNEMENTS : VOYAGES BEL-AIR, 2155 de la Montagne, Mtl, 844-8817 M.G.Bellefleur, 3973 Mentana, Mtl, 523-2583 tx L\u2019épargne est la clé du succès ouvrez un compte d épargne LaBanque Provinciale duCanada votre partenaire 365 succursales et agences à votre service LA SOLIDARITÉ Compagnie d'assurance sur la vie 925, chemin Saint-Louis Québec vous dit : Oui sème chez soi .récolte pour soi Directeur général CHARLES POIRIER Bureaux à : Beouceville, Sherbrooke, Amos, Ste-Thérèse-de-Blainville.Montréal Sorel Rimouski, Rivière-du-Loup, Robervol, Chicoutimi.Président ALBERT BOULET X Renseign emen ts La BANQUE CANADIENNE NATIONALE publie un bulletin mensuel qui expose brièvement diverses questions d\u2019ordre économique.Les commentaires qu\u2019il contient intéresseront ceux qui désirent se tenir au courant de ces questions, mais qui n\u2019ont pas le loisir de parcourir de nombreux périodiques financiers.Vous pouvez recevoir gratuitement ce bulletin en en faisant la demande à l\u2019un de nos 608 bureaux de la Banque au Canada ou au Bureau-chef, Place d\u2019Armes, Montréal.Banque Canadienne Nationale TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL: Reconnaissance de l'autodétermination, signe de bonne foi! .735 François-Albert ANGERS: Les incompréhensions majeures du rapport Parent .739 Piel-Petjo MALTEST: Qui sommes nous?Où allons-nous?\t754 Odina BOUTET: Fausse identité .765 Georges ALLAIRE: Le véritable canadianisme .775 Jean GENEST: Que penser de la surpopulation du monde?787 Marthe HANDFIELD: Mimétisme et aggiornamento.809 Jean MARCEL, Pierre Perrault, poète .815 ÉTUDIANTE 65: Litanie à l'emporte-pièce .822 François-Albert ANGERS: Le livre blanc sur l'amendement à la Constitution .824 François-Albert ANGERS: Le premier rapport Laurendeau- Dunton.830 Alban COUTU: Fondation d'une Union internationale des Jeunes Chambres d'expression française .833 Maurice LEBEL: La vie quotidienne en Nouvelle-France\t836 Dominique BEAUDIN: \"L'ethnie française d'Europe\" .843 Si vous voulez des épargnes\tsans avarice des affaires\tsans affairisme de l'utilitarisme\tsans égoïsme devenez sociétaires de LA FAMILIALE Coopérative de Consommation 5271, rue St-Hubert 272-1119 Compagnie d\u2019Assurance sur la Vie la Sauvegarde La première compagnie par action! d'assurance-vie au Canada français, fondée en 1901.SYMBOLIQUE SERVIABLE SOLIDE Actif:\t$ 63,000,000.00 Assurance en vigueur:\t313,000,000.00 Nombre d'assurés:\t112,000 FIDÈLE À SES TRADITIONS GARANTE DE VOTRE AVENIR Siège Social: 152 est, rue Notre-Dame, Montréal.Un actif au sein du mouvement coopératif Desjardins."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.