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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1961-06, Collections de BAnQ.

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[" ACTION nationale Éditorial Jacques Poisson Soeur Marie-Grégoire Irène de Buisseret Patrick Allen Claude Trottier Le plus urgent : l'éducation nationale Francophobie, chauvinisme naturel américain et assimilation (suite) Possibilité d'une littérature en Acadie Psychanalyse de l'antinationalisme - IV La TV pour jeunes, cheval de Troie dans nos foyers ?Automatisation CHRONIQUES LA LINGUISTIQUE par Odina Boutet La deuxième opération LES LIVRES par Raymond Barbeau LES ÉVÉNEMENTS par François-Albert Angers Edmond Cinq-Mars Refus de la centralisation La Coopérative nationale pétrolière du Canada Limitée \"Fair Play for Cuba\" et le communisme M.Lesage écrit aux enfants Difficultés de laïcité Deux attitudes et un choix qui s'imposera Déviation du concept de droit et de liberté Une initiative à souligner Curieux reportage sur les propos du F.Untel Le français-paratonnerre Index des auteurs et des matières de l'année VOLUME L, NUMÉRO 10\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 JUIN 1961 CINQUANTE SOUS L'EXEMPLAIRE L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTEUR INTÉRIMAIRE: FRANÇOIS-ALBERT ANGERS COMITÉ DE RÉDACTION: PAUL-ÉMILE GINGRAS DOMINIQUE BEAUDIN, PATRICK ALLEN et ARCHÉLAS ROY ADMINISTRATION : M.PAUL-ÉMILE GINGRAS C.P.221, STATION E MONTRÉAL RÉDACTION : 81 00 boul.Saint-Laurent, Montréal ABONNEMENT : $5.00 par année.De soutien : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT : M.André Laurendeau 2e VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaboult SECRÉTAIRE: M.Dominique Beaudin TRÉSORIER: M.Paul-Émile Gingras DIRECTEURS : M.le Chanoine Lionel Groulx, R.P.J.-P.Archambault, s.j., Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, C.-E.Couture, R.P.Richard Arès, s.j., Rodolphe Laplante, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Roland Parenteau, Jean Genest.Où trouver L'Action Nationale?\t A MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Cotherine Librairie Déom, 1247, rue Soint-Denls Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Catherine A QUÉBEC :\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 1111, rue Saint-Jean À OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés\t Comptables Agréés\t CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\t \u2022\t 210 ouest, boul.Crémazie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES)\t LA CIE F.-X.DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245.rue du Pont,\tQuébec LABONTÉ, LANDES, GROULX et LABONTÉ Notaires 3677, rue Ad am Montréal LA.6-5517 SERVICE DE PNEUS Rechapage et Vulcanisation Accumulateurs \u2014 Alignement de roues Eugène Turcotte 1871.rue DeLorimier André Trudeau Président et gérant\tLA.4-1177\tSec.-Trés.Edouard Lavoie CL.9-9911 président ÉDOUARD LAVOIE Inc.Entrepreneur général Construction et réparation commerciales, industrielles, résidentielles Vente de maisons 6556, rue Des Ormeaux Ville d'Anjou LES AMIS DE LA REVUE \tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien Bur.: RA.2-2678 BIJOUTERIE D'ORSAY Ltée Importateur et tailleur de diamants Roger Journault, prés.402 est, rue St-Zotique, \u2022\tMontréal, CR.9-4526\t GABRIEL MILLER Entrepreneur Electricité et plomberie 2290, 1ère avenue, Québec \u2022\tTél.: LA.9-3107\tFondé 1914 Victory Tool & Machine Co.Ltd.JOS.MATHIEU & FILS Atelier mécanique de réparations générales Spécialités : Manufacturiers de convoyeurs à rouleaux, à courroies et à chaînes Monte-charges 236-250, Rose de Lima, Montréal \u2022\tWE.1138 LA.2-2161 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tCR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d\u2019autos, housses, vitres, capotes d\u2019autos.Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau Montréal \u2022 Suce.6270 Upper Lachine Le chasseur sachant chasser ., Chaussures pour toute la famille Clinique du pied MONTRÉAL MARC DELORME 916 est, rue Mt-Royal \u2022\tLA.1-3083\tBOURBONNAIS & PEPIN QUINCAILLERIE EN GROS WHOLESALE HARDWARE 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995 \tWE.2-4955 ROLLAND GIROUX BRÛLEURS A L\u2019HUILE 2031.ru* Salnt-Antoln* \u2022\tMontréal Exigez toujours les produits fabriqués par Fromage Champlain Inc.fols que Fromage Champlain et Pavillon et aussi les fameux \"spreads\" de table tels que Belmont, Coco, Pops Champlain et 4-As.fromage Champlain Inc.J.-D.Thibault, prop.SAINTE-ANNE-DE-LA-PÉRADE Tél.57\tLABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tRE.8-3434 \tUN.1-5770 Me Luc Mercier 168, est rue Notre-Dame *\tMontréal HENRI L.BÉLANGER & CIE Comptables agréés 3826, rue St-Hubert VI.4-3412\tLA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022\tdes Trois-Rivières PAUL COULOMBE INC.Chauffage à l'huile et au gaz Air chaud \u2014 eau chaude 3338, rue Bélair, Montréal 38 \u2022\tRA.2-8741-8246\tBERNARD BENOIT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, Notre-Dame, \u2022\tPte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159 \tG.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 Huile \"TERO\" Enrg.Huile à chauffage (Charles et Pierre Vincent, Montréal \u2022\t1690.rue Gilford \u2014 LA.6-3379\t \tSÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE \t6726.St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 i.^OMPOMUOÏÏQ \u2018Ne- Vjv\tBRASSARD, prés.256 est, Ste-Catherine, Mtl.\tLA CIE ACADIA ENRG.ENTRETIEN DE BUREAUX LAVAGE DE VITRES, ETC.2125, rue Masson Street, Montréal LA.2-0751 Pépinière \"Côte-de-Liesse\" Inc.Fernand Bélisle 200, Côte-de-Liesse \u2022\tMont-Royal.RE.8-1517\t LAMARRE ET FRÈRES LÉOPOLD LAMARRE, président Spécialistes en meubles, accessoires électriques, tapis, prélarts, T.V., Hi Fi.3723 ouest, rue Notre-Dame, Montréal\tWE.5-4681\t PHARMACIE MICHON 1361 est, Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022 Roland Michon, Pharmacien TESSO ELECTRIC REG'D.(Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505 Maison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 IMPRIMERIE \u2014 GRAVURE marcel perrier, prop.Deuil \u2014 Monuments Faire-Part \u2014 Commercial 1419 rue St-Hubert, Montréal, \u2022\tVI.9-2448 ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.O\tOR.9-0349 MAXIME Ltée 4140, rue St-Denis, Montréal 18 NETTOYEURS\tVictor 4-1158 \u2022\tVictor 4-3619 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke, Qué.- Tél.2-4793 LUCIEN BOULET a.p.a.Auditeur public accrédité 1660 Hélène Boulé, Québec Tél.Bur.: MU.1-4841 \u2022\tRés.: MU.3-4853 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 WE.5-6316\tJ.-M.Valade Président Parisian Laundry Co.Inc.Buanderie et nettoyage de qualité supérieure 3550, rue St-Antoîne MONTRÉAL Rolland Lefebvre Electrique Chauffage électrique\tINC.\"Electro-Heat\" 5220, rue Garnier, Montréal \u2022\tLA.2-3986 AIMÉ GALARNEAU ET COMPAGNIE Comptables Agréés 237 ouest, Boul.Saint-Joseph \u2022\tMontréal \u2014 CR.4-2534* ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 Mario Du Mesnil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 LAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE.9-1748 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768 LACTIDN NATIONALE Vol.L, Numéro 10\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 Juin 1961 Éditorial LE PLUS URGENT: L ÉDUCATION NATIONALE Le mois de juin est le mois de la fête nationale.Le mois des examens de conscience et des résolutions de redressements.Au cours de la présente année, l\u2019occasion a été fournie au directeur de l\u2019Action Nationale de faire un retour un peu en profondeur sur certaines phases de notre histoire nationale.Partisan de la prise de contact directe avec les faits, avec les réalités les plus concrètes, plutôt que de la culture des hypothèses dont la seule vérité tient dans leur sensationnelle vraisemblance, il a pu toucher du doigt la véritable cause de nos malaises.Il a vu se dérouler la multiplicité d\u2019événements politiques et économiques où la vraie raison de nos retards tenait, non pas dans des fantômes d'intellectuels comme le cléricalisme, l\u2019agriculturisme, l\u2019anti-étatisme ou le messianisme; mais bien de toute évidence, de la plus aveuglante des évidences, dans le manque de pensée nationale de ceux qui faisaient notre politique, et de la population qui les appuyait, à l'encontre de ses intérêts, par pur esprit de parti.Ce sont là, en fait, les malaises que dénonçaient les contemporains de ces époques : les Bourassa, les Bouchette, les Asselin, les Groulx, les Montpetit, les Barbeau, les Minville, et tant d'autres.Et ce sont ces contemporains qui avaient raison contre ceux qui voudraient aujourd'hui, en histoire, substituer à ces témoignages les élucubrations de leur propre imagination. 934 ACTION NATIONALE Or pour créer une pensée nationale vivante et dynamique chez un peuple, il faut que l'école fasse l\u2019éducation nationale.Cela, l\u2019Action Nationale ne le dit pas pour la première fois; elle en a fait son leitmotiv depuis qu\u2019elle existe.Mais il faut bien y revenir, puisqu\u2019elle a été si mal entendue; et que le besoin est si pressant.L\u2019occasion est peut-être excellente pour cela puisqu\u2019un idéal à tendance nationaliste souffle actuellement sur toute la Province et s\u2019empare même des mouvements qui ont jusqu\u2019ici affecté de mépriser le nationalisme.Si en effet nous pouvions arriver à nous mettre d\u2019accord sur ce seul point, et réaliser sur ce sujet l\u2019unanimité qui se dessine alors que les divergences semblent se multiplier et s\u2019approfondir sur tout le reste, nous serions sauvés.Nous donnerions au moins à notre peuple ce qui lui manque vraiment : la vie, le goût de vivre.Le reste viendrait par surcroît.Ce problème de l\u2019éducation nationale n\u2019a, en effet, jamais été convenablement résolu chez nous.Notre situation de conquis, d\u2019occupés, a toujours engendré des situations qui ont amené l'école à hésiter devant une décision franche et nette.On a louvoyé, biaisé, et finalement douté, pour les motifs les plus divers.Ce que tout le monde considérait comme la chose la plus normale du monde partout ailleurs, était toujours, au Canada français, regardé plus ou moins de travers par toute une élite qui paralysait les éducateurs et les contaminait.Depuis une vingtaine d\u2019années, la crise de 1 éducation nationale s\u2019est aggravée par suite des vents d\u2019indifférentisme, de canadianisme politique idéologique ou simplement anti-duplessiste, d\u2019internationalisme abstrait, qui ont traversé nos frontières.Loin d\u2019enraciner nos ÉDITORIAL 935 jeunes dans des orientations positives, ces idées les ont au contraire désincarnés, désorientés, rendus aussi inquiets et amers que des vieillards.Comment pouvait-il en être autrement ?Pendant cette période de démolition, on a voulu réagir contre ce qu\u2019on a appelé le mépris de l'intelligence.On a voulu insister avec raison quant à cela sur le fait que la culture est avant tout idéal de perfectionnement et de dépassement personnels.Une recherche constante de la qualité de la langue, dont la famille doit tout d'abord communiquer l\u2019esprit.Un effort de l\u2019école pour cultiver des cerveaux et les libérer des étroitesses et des conformismes.Un appétit de compétence professionnelle; et une inquiétude de n\u2019avoir jamais assez bien fait et de toujours vouloir faire mieux.Mais on a négligé de réfléchir sur les conditions de base d\u2019une telle pédagogie, sur le ressort nécessaire au lancement de 1 enfant dans cette voie de perfectionnement, si 1 on veut qu\u2019il reste bien un homme et qu\u2019il ne devienne pas un monstre.À ce moment, il ne faut plus penser uniquement a 1 individu, mais aussi a la société qui en constitue l\u2019environnement nécessaire.Il ne faut alors surtout pas penser à une société abstraite, qui pourrait au bout du terme n être plus qu une humanité vague et lointaine; mais bien aux proches qui sont ceux par qui 1 enfant apprend à connaître un milieu, à se situer et à se connaître lui-même.Pour qu\u2019un idéal de dépassement naisse dans l\u2019esprit de l\u2019enfant, il faut qu\u2019un amour de ce qu il est, et non un mépris, prenne racine dans ce milieu, se cultive dans ce milieu, jusqu\u2019au moment où la personnalité se sera suffisamment affirmée pour que le sujet puisse voler par ses propres ailes. 936 ACTION NATIONALE L'amour de sa famille et de sa patrie fonde donc les aspects naturels de la personnalité humaine.Il est sans doute vrai qu\u2019à en exagérer le culte, on tombe dans le chauvinisme et dans les étroitesses qui peuvent engendrer une exaltation dépersonnalisante.Mais l\u2019erreur de trop de ceux qui ont voulu nous mettre en garde contre ce péril, a été de croire qu\u2019il est possible, sinon même nécessaire, pour combattre ce danger, de centrer l\u2019homme uniquement sur sa qualité d homme par la négation artificielle de son appartenance à un groupe.La philosophie autant que la sociologie nous confirment ces vérités de gros bon sens.La philosophie affirme que l'homme est un être social.Et la sociologie précise qu'il a besoin, pour son équilibre psychique, de se sentir intégré \u2014 non pas dans une vague humanité \u2014 mais bien dans un groupe proche de lui, qui lui ressemble, et dans lequel il peut se reconnaître et se retrouver.Son premier besoin, c\u2019est de pouvoir aimer ce groupe, de pouvoir en être fier pour ce qu\u2019il vaut, quitte à en voir plus tard les déficiences et à vouloir les corriger, justement parce qu\u2019il l\u2019aime; et que, de toute façon, s\u2019il y demeure, comme c\u2019est la loi la plus commune, il sentira qu\u2019il a besoin de le transformer pour y mener la vie de perfection qu il rêve.En attendant, l\u2019expérience montrera qu\u2019au contraire, s\u2019il apprend d\u2019abord à détester son milieu, il pourra se muer en esprit destructeur de lui-même et, par vengeance, de son environnement.Tel est le fondement très scientifique d'une éducation patriotique ou nationale pour la jeunesse.Le fondement inéluctable et indispensable ! Le point d\u2019appui dont on ne peut se passer, dans le développement ÉDITORIAL 937 d\u2019une personnalité, sans créer un déséquilibre, un vide, dont ne peut sortir que le désarroi, le complexe d\u2019infériorité, la révolte ou la soumission à la médiocrité comme à une fatalité selon les tempéraments.L\u2019indifférentisme des institutions d\u2019enseignement et des maîtres à l\u2019égard du problème national ne peut donc conduire notre peuple qu\u2019à des désastres non seulement nationaux, mais même personnels.Ne cherchons pas trop ailleurs que dans le progrès de cet indifférentisme au cours du dernier quart de siècle, la cause des déséquilibres de toutes sortes dont notre société est psychiquement le sujet à l\u2019heure actuelle, de ces crises de conscience provoquées par la transformation de notre société, et de ses difficultés d\u2019adaptation aux exigences du monde contemporain.Il faut donc que nos écoles, les petites comme les grandes, et nos maîtres, même s'ils sont doctes professeurs d'université, prennent parti sur cette exigence minimale.Mais prendre parti sur quoi ?Pour le patriotisme, bien sûr ! Mais sur quel patriotisme ?Voilà bien notre tragédie de peuple soumis à une conquête; et englobé pas trop volontairement dans une structure politique complexe, dont il ne sait pas encore se servir, parce que, ne l\u2019ayant pas faite lui-même, il ne la comprend pas.Trop de nos éducateurs ne savent plus, par conviction solide, où situer en raison, notre patriotisme; et les avatars de deux siècles d\u2019occupation ont plus ou moins embrouillé notre coeur.Hésitant donc entre un patriotisme canadien et un patriotisme canadien-français, craignant de se contredire les uns les autres ou d\u2019être attaqués par les partisans de l\u2019un ou de l\u2019autre, trop de nos écoles et de nos maîtres se retranchent dans un silence prudent ou dans les allusions discrètes. 938 ACTION NATIONALE Et pourtant n\u2019est-ce pas l'évidence même ?Peut-on concevoir qu\u2019un petit Canadien français puisse aimer, chérir, un Canada qui ne lui appartient pas, qui ne reflète pas son groupe, qu\u2019il partage avec d\u2019autres groupes, s\u2019il n\u2019a pas appris à aimer d'abord son groupe propre, à concevoir la place de ce groupe dans le tout complexe qu\u2019est le Canada, à constater que son groupe peut trouver à s\u2019épanouir grâce au Canada et que, si tout n\u2019y est peut-être pas encore parfait sous ce rapport, il y a progrès et véritable perspective d\u2019avenir.Dans le contexte historique qui est celui du Canada, le Canadien français ne peut être un bon patriote canadien que si la chose lui est possible en tant qu\u2019il est d\u2019abord un bon patriote canadien-français.Vouloir passer pardessus le groupe fondamental en pareil cas, pour aller tout droit au patriotisme canadien, c\u2019est violenter la nature des choses, et nous conduire vers l\u2019assimilation, c\u2019est-à-dire jeter le peuple canadien-français pour plusieurs décennies dans la voie d\u2019un déséquilibre fondamental qui le maintiendra longtemps en état d\u2019infériorité psychologique.C\u2019est parce que notre position est telle que l'éducation patriotique chez nous doit être qualifiée d\u2019éducation nationale.Parce qu\u2019en tout premier lieu, c\u2019est l'amour de la nation qu'il faut développer dans le prolongement immédiat du culte de la famille.Il est absolument impossible d\u2019empêcher, en effet, que le Canadien français ne se sente différent des autres : c\u2019est l\u2019évidence, et elle lui saute aux yeux.Ni les prêches bonne-ententis-tes de nos vieux partis, ni les exaltations fraternelles de Cité libre, ne peuvent rien changer à ce fait fondamental, senti par l\u2019instinct avant même que d\u2019être compris par l'esprit.Si, par suite, le Canadien français ÉDITORIAL 939 n\u2019arrive pas à pouvoir être fier d\u2019être Canadien français; si les écoles ne peuvent trouver aucune raison ni aucune possibilité de lui inculquer ce sentiment; comment n\u2019aurait-il pas le complexe d\u2019infériorité ?comment n\u2019en viendrait-il pas vite à se faire une théorie de l\u2019inutilité de l'effort personnel et une apologie de la médiocrité ?Cette culture des éléments de fierté nationale chez l\u2019enfant, et surtout chez l\u2019adolescent, paraît sociologiquement si indispensable qu\u2019elle s\u2019impose à n\u2019importe quel groupe, fût-il de la civilisation la plus primitive.Ce n\u2019est en définitive qu'à l\u2019âge adulte que l\u2019individu peut exercer avec maturité un jugement de qualité qui pourra l\u2019amener, sans danger pour sa personnalité, à opter, dans un esprit de dépassement de lui-même, pour tels éléments appartenant à d\u2019autres groupes, et à rejeter ceux de son groupe qui sont de qualité inférieure.Si entretemps on s\u2019est acharné à détruire ses tendances naturelles à l'amour de soi, il arrivera à l\u2019âge adulte déchu et désespéré.Combien plus est-il ridicule de vouloir priver d\u2019une telle fierté un peuple comme le nôtre qui a l\u2019avantage \u2014 qu\u2019on en rie ou non, le fait est là \u2014 d\u2019être le porteur, sur le continent américain, des germes d\u2019une des plus brillantes civilisations de l\u2019histoire universelle : la civilisation française.En définitive, ceux qui s\u2019acharnent à ridiculiser l\u2019idée d\u2019une mission providentielle du Canada français en nous méprisant ou en voulant se dire trop civilisés pour croire à de pareilles rengaines, sont surtout à plaindre.Se montrer certain que la Providence a des vues sur nous est peut-être présomptueux; mais affirmer qu\u2019elle n\u2019en a sûrement pas, en dépit du fait que notre position lui offre techniquement parlant le moyen d'en avoir, révèle un aveuglement 940 ACTION NATIONALE sectaire somme toute beaucoup moins honorable.Et les démystificateurs auront beau dire : ceux qui ont insisté sur l\u2019importance de la Conquête et des brimades anglo-canadiennes pour montrer que nos difficultés restent de celles qui nous permettent de nous croire un peuple valeureux, ceux-là sont plus près de la vérité historique et surtout font preuve de plus de sens pratique, que les masochistes du cléricalisme, de l\u2019agriculturisme, de l\u2019anti-étatisme et du messianisme.L\u2019unanimité à faire sur cette nécessité d\u2019une éducation nationale, c\u2019est-à-dire de la formation d\u2019un patriotisme canadien-français d'abord, comme point de départ pour un épanouissement de la personnalité, voilà ce qui presse chez nous.Notons bien qu\u2019elle transcende tous les autres problèmes dont elle ne préjuge pas, sauf chez ceux qui ont opté pour l\u2019assimilation totale et complète du groupe au plus vite et à n\u2019importe quel prix.Avec des gens dont l\u2019éducation nationale aura été bien faite, il restera à discuter d\u2019à peu près tous les problèmes dont nous discutons aujourd\u2019hui, y compris celui de savoir si nous restons Canadiens et si l\u2019autonomie provinciale doit être plus ou moins large, si l\u2019école doit être neutre ou confessionnelle, si l\u2019industrie doit être ou non nationalisée.Au moins saurons-nous aborder ces problèmes avec un sens de la dignité et de la fierté de soi qui nous protégera contre les dangers de désintégration nationale dont nous avons pu apercevoir le spectre ces dernières années.Le directeur Francophobie, chauvinisme culture! américain et assimilation (suite II) par J^actjuei f^oiiion III \u2014 Le MacLean Le MacLean, deuxième intrusion du capital anglo-canadien dans le domaine de la revue québécoise, véhiculera-t-il des idéologies et des thèmes de propagande contraires à nos intérêts ?Cette question, M.Jean-Marc Léger l'a posée partiellement dans les pages mêmes du magazine suspect, auquel il s'est promis de ne plus jamais collaborer.Si nous examinions le Maclean d'avril à ce point de vue, que constaterions-nous ?Bien des choses, à mon avis, et notamment qu\u2019il renferme pas moins de trois articles sur l\u2019affaire algérienne, thème de prédilection de la propagande antifrançaise.Ëtait-ce là le début d\u2019une orchestration et est-ce que Radio-Canada aurait enchaîné un peu plus tard avec l\u2019équivalent de quatre émissions régulières de Premier plan ?Je doute qu\u2019un intérêt si vif pour les Berbères d\u2019Algérie et leurs anciens conquérants, les Arabes, puise toute son énergie aux sources les plus pures de la charité chrétienne.Nous verrons bien si la recrudescence du mouvement mau-mau au Kénya fera 1 objet d'autant de sollicitude fraternelle.Quoi qu il arrive, je me demande pour ma part si le Maclean participe à la propagande politique contre le monde français ou s\u2019il s\u2019intéresse innocemment à un des thèmes exploités par cette propagande.Il n'est pas toujours facile de distinguer agents et collaborateurs candides sinon bénévoles.Il est vrai qu\u2019entre ces extrêmes il peut exister toute une gamme de positions plus ou moins probes et 942 ACTION NATIONALE plus ou moins intelligentes.Enfin, malgré ces réserves, je défie Pierre de Bellefeuille et Gérard Pelletier de diriger une orchestration semblable sur le sort des indigènes de l\u2019Afrique-Orientale anglaise.Dans certains milieux, il y a des sujets dont on ne parle pas volontiers : les aspects négatifs de la colonisation anglo-saxonne et les aspects positifs de la colonisation française.À quoi attribuer cette attitude chez nos maîtres anglophones ?À une longue suprématie impériale qui ne pouvait s\u2019appuyer, il va de soi, sur le scrupule d'une information équitable et complète ?à un vieux réflexe contre l\u2019ennemi français séculaire ?ou encore, à un sentiment de solidarité qui nous paraîtrait acceptable, s\u2019il ne tendait à nous détruire en nous dissociant de nos origines, de la France et des autres pays de langue française ?De toute façon, que des étrangers mènent un combat tenace sur le plan de la propagande et de l\u2019information pour nous inculquer des sentiments favorables à leur prédominance, c\u2019est de bonne guerre, sinon de bonne moralité.Mais que des nôtres y collaborent, voilà qui ne saurait s\u2019excuser aussi facilement.On peut toujours invoquer en leur faveur la circonstance atténuante du conditionnement, mais consentiraient-ils eux-mêmes à cette explication, peu conforme probablement à l'idée qu\u2019ils se font de leurs propres mérites intellectuels ?Il n\u2019est guère réjouissant de se voir soudain sous la forme d\u2019homoncules télécommandés, quand on se prenait pour des princes de l\u2019esprit ! Enfin revenons aux trois articles du Maclean sur l\u2019Algérie.Ils se déroulent selon une savante progression qui ne saute peut-être pas aux yeux tout d\u2019abord, mais qui ne tarde pas à se dégager d\u2019elle-même.Dans le premier, M.Gérard Pelletier tend vaguement à créer une ambiance d\u2019humanitarisme douloureux.Le doigt accusateur com- FRANCOPHOBIE, CHAUVINISME .943 mence à s'agiter, s\u2019il ne se dresse pas immédiatement.L\u2019auteur gaze, s\u2019avance, se retire, s\u2019émeut, s\u2019attendrit, se durcit, mais gare au péché colonialiste ! De là, par une extraordinaire transition, on passe au reportage viril et direct de M.Tainturier, qui, en tant que militaire, a vécu la contre-rébellion et a même vu de ses yeux un acte de torture; il en tire des conclusions humaines, attristées et nuancées, mais exemptes de ce sectarisme virulent et stupide qui exploitera ultérieurement sa \"déposition\u201d.En effet, M.Tainturier a fourni au tribunal de l\u2019Inquisition anticolonialiste une nouvelle pièce au dossier de l\u2019accusé et un témoignage probant : ses compatriotes se sont rendus coupables de torture.Alors il ne restait plus qu\u2019à passer à la grosse caisse et à soulever l'indignation des vertueux Canadiens que nous sommes.Si nous avions notre guerre d\u2019Algérie, nous, nous combattrions l\u2019Évangile et la Déclaration des droits de l\u2019homme à la main; nous nous laisserions éventrer plutôt que de tuer ou de faire souffrir des hommes par des procédés que la Société protectrice des animaux n\u2019ait approuvés au préalable.Bref, nous avons bonne conscience et nous entendons le proclamer.Mais pour le moment, qui battra la grosse caisse dans le Maclean ?Pourquoi pas Hélène Pilote, qui s\u2019était déjà distinguée, dans Points de vue de mars, par une aptitude exceptionnelle pour la détestation de la France (publicaine) qu\u2019il s\u2019agit, ne l\u2019oublions pas, d\u2019accabler de notre supériorité morale.En effet, elle y avait écrit mille délicatesses du genre que voici : Les touristes y (à Paris) passent quelques semaines.Quand ils ont terminé la visite des monuments historiques, rêvé aux bords de la Seine et mangé la soupe aux oignons des Halles quelques nuits de suite, ils vous disent avec assurance qu\u2019ils ne voudraient pour rien au monde y demeurer, devoir y gagner leur vie, et subir la mauvaise humeur des Français à longueur d\u2019année. 944 ACTION NATIONALE Situer à ce niveau les problèmes des relations entre les peuples ne témoignait pas précisément d\u2019un esprit propre à porter des jugements sérieux sur une question aussi complexe et délicate que celle d\u2019Algérie.Le Maclean n\u2019en a pas moins jugé bon de publier à 80,000 exemplaires le I salmigondis d\u2019impressions, d'insinuations, de ouï-dire, de rancoeur, de partis pris, de condamnations imprécises, d\u2019accusations catégoriques et de déclarations de fidélité à la France, où Hélène Pilote, entre autres artifices ,prête à un quelconque stagiaire les propos que voici : \"Tout est ahurissant sur tous les plans.Les Musulmans ne font rien pour nous aider et tout est toujours à recommencer sur le plan de l\u2019organisation matérielle.Tout est anormal dans ce pays.Lamentable.La torture infligée par les Français y est devenue chose tellement courante que les musulmans résignés se disent \"qu\u2019il faudra bien y passer\u201d.Un jour vous butez sur un cadavre découpé en deux et laissé sur le pas de la porte.Le lendemain vous vous indignez parce que rien n\u2019a été fait dans ce pays depuis cent vingt ans.Le jour d\u2019après vous vous demandez ce qu\u2019on aurait pu y faire de plus, tellement tout y est difficile.On ne sait plus, c\u2019est ça qui est dramatique.\u201d Que vaut ce témoignage anonyme entre guillemets ?A-t-il été enregistré au magnétophone ou inventé de toutes pièces par cette journaliste aussi peu douée, il me semble, pour l'observation impartiale et objective qu\u2019un vulgaire j troupier en ribote ?Pour ma part, je ne crois pas que l'histoire puisse jamais se fonder sur de telles manifestations d\u2019humeur.Et il est heureux que l\u2019on puisse s\u2019en désintoxiquer en revenant à des auteurs comme Camus (Actuelles, III), Germaine Tillion (L\u2019Algérie 1957) ou à quelques historiens.Et à propos d'histoire, que valent les notions de Radio-Canada ou de Gérard Pelletier sur l\u2019Algérie ?Prenons donc congé, pour le moment, du Maclean et passons au préambule du Premier plan du 17 avril sur l\u2019Algérie. FRANCOPHOBIE, CHAUVINISME .945 IV \u2014 Un Premier plan impressionniste Les fausses analogies et les divers procédés de suggestion, qui comptent parmi les instruments classiques de l'information-propagande, faisaient partie de l'arsenal mis en oeuvre contre la France lors de l\u2019émission du 17 avril sur l\u2019Algérie.\"Pour s'emparer d\u2019Alger, cette année-là (1830), a dit M.Pelletier, la France n'avait pas plus de raisons que l'Angleterre en 1793 pour s'emparer de l'Inde, ou que l'Italie en 1935 pour s\u2019emparer de l'Üthiophie.\u201d Si on demandait à M.Pelletier quelles sont les ressemblances entre les trois conquêtes, il devrait avouer qu\u2019il n\u2019en existe guère.Toutefois, il a bel et bien amené ses auditeurs à penser le contraire.La pénétration de l\u2019Inde par l'Angleterre est une longue histoire où les considérations politiques et commerciales l\u2019ont sûrement emporté sur les intentions colonisatrices; celles-ci, au contraire, ont été prédominantes dans la décision italienne d\u2019envahir l\u2019Éthiopie.Enfin le pays d\u2019Haïlé Sélassié possédait son indépendance et une personnalité politique bien définie, alors que l\u2019Algérie était en 1830 sous la domination turque depuis quelques siècles et aux prises, à l\u2019intérieur, avec d\u2019innombrables luttes entres tribus.D\u2019ailleurs la population autochtone de l\u2019Algérie, qui est berbère et non pas arabe, n'a jamais connu l\u2019indépendance : \"Le maître français actuel a succédé au Turc, qui avait succédé à l\u2019Arabe, qui avait succédé au Byzantin, qui avait succédé au Vandale, qui avait succédé au Romain, qui avait succédé au Carthaginois.Une cascade de dominations étrangères que n'interrompt jamais un moment d\u2019autonomie .\u201d (l\u2019Algérie d'aujourd\u2019hui et de demain, E.-F.Gautier, le 10 mai 1929).Les propos de M.Pelletier donnaient à entendre néanmoins que les Français avaient occupé un pays autonome et bien constitué, dont la trame historique remontait à l\u2019époque de saint Augustin. 946 ACTION NATIONALE Et pourquoi la France a-t-elle attaqué Alger en 1830 ?Pour s\u2019emparer des terres arables, comme l\u2019auront cru les dupes du propagandiste ?Pas du tout, car la décision d\u2019occuper le territoire n\u2019a été prise que plus tard, et à la suite de beaucoup d\u2019hésitation et de discussion.Selon A.Bernard, la prise d\u2019Alger n\u2019avait pour but que de mettre un terme à la piraterie barbaresque et de venger l\u2019insulte faite à la France dans la personne du consul Deval.Quelle que soit la valeur des motifs de la conquête, je ne crois pas qu\u2019un seul historien ait relaté et interprété les événements de 1830 d\u2019une façon qui autorise les suggestions hautement fantaisistes de M.Pelletier.Si la vulgarisation dispense des recherches en profondeur, elle ne permet pas de plier les faits à une prise de position sentimentale, politique ou opportuniste.Enfin, rappelons que la \"régence d\u2019Alger était une colonie turque fondée au début du XVL siècle par des corsaires qui s\u2019étaient distingués dans la guerre contre l\u2019Espagne\u201d (l\u2019Algérie d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, M.de Saint-Quentin), et que d\u2019après les Instructions de Louis-Philippe à Talleyrand, nommé ambassadeur à Londres, la i France avait un intérêt pressant à diminuer la prépondé-\\ rance de l\u2019Angleterre dans une mer qui était sienne et dont l'Angleterre n'était même pas riveraine.Les Anglais, maîtres de Gibraltar depuis 1704, venaient d\u2019occuper l\u2019île de Malte.Mais tout cela était beaucoup trop complexe pour Premier plan, et eût peut-être compromis la belle opposition de M.Pelletier entre les méchants colonisateurs français et les bons colonisés algériens.À ces derniers M.Pelletier n\u2019a pas manqué de trouver un patron hors pair, tiré de l'hagiographie catholique : \"L\u2019Algérie était civilisée depuis longtemps.Pour s'en rendre compte, proclame-t-il sans rire, il suffit de se rappeler que saint Augustin était un Algérien.\u2019\u2019 FRANCOPHOBIE, CHAUVINISME , 947 Et voilà le truc joué, et le fils de sainte Monique associé à la cause de Farhat Abbas.Peu importe que l\u2019auteur des célèbres confessions soit né au IVe siècle en Nu-midie, province romaine, d\u2019un père romain et d\u2019une mère berbère, quelques siècles avant la première invasion musulmane, et que la civilisation latine, à laquelle il appartenait, ait succombé peu après sous les invasions barbares : il s\u2019agissait simplement de rallier tout le monde, y compris les morts, à une croisade contre la France.Si M.Pelletier n\u2019était pas parti pour Alger sans autres bagages que son sectarisme, son idéologie et son parti pris d\u2019ignorance, il eût pu lire chez divers auteurs des passages comme celui-ci : \"Saint Augustin ne peut empêcher la décadence et la chute finale de l\u2019oeuvre romaine.Lorsqu'il mourut, en 430, les Vandales assiégeaient sa ville épiscopale.Vingt-cinq ans plus tard la domination romaine avait entièrement disparu de l\u2019Afrique du Nord\u2019\u2019 (A.Bernard, l\u2019Algérie, p.116).Et s\u2019il récusait les sources françaises, pourrait-il méconnaître ce que n\u2019importe qui peut apprendre en cinq minutes dans 1\u2019Encyclopaedia Britannica ?Et que faut-il penser de son image d\u2019une Algérie d\u2019avant 1830 aussi avancée que la France dans le domaine de la scolarisation ?\"Les historiens, prétend M.Pelletier, s'accordent à dire aujourd\u2019hui qu'en 1830 en Algérie il n\u2019y avait pas plus d'analphabètes ou d'illettrés qu'en France même.\" Je connais pour ma part une vingtaine d\u2019auteurs qui ont écrit sur l\u2019histoire de l\u2019Algérie, et il n\u2019en est pas deux qui s\u2019accordent seulement sur le chiffre de la population du pays en 1830.D\u2019où vient l\u2019extraordinaire unanimité dont nous parle le reporter de Radio-Canada ?Il s\u2019agit peut-être d\u2019un tout petit sophisme de calcul que l\u2019on pourrait retourner contre son auteur par quelque chose comme ceci : il n'existe pas plus de propagandistes à Cité 948 ACTION NATIONALE Libre qu'à Washington, Londres, Paris, Pékin ou Moscou, ce qui ne voudrait rien dire pour ceux qui ne connaîtraient pas Cité Libre et qui ne sauraient pas que ses habitants se comptent sur les doigts du pied.\"Les historiens s\u2019accordent à dire .et \"un passé colonial que tout le monde s\u2019accorde à déclarer indéfendable .sont des tournures qui puent la propagande.Tout d\u2019abord il serait bien naïf de croire que tous les historiens puissent s\u2019entendre sur quoi que ce soit.Du reste, il suffit de lire quelques ouvrages sur l\u2019Algérie pour découvrir que les interprétations unanimes de son histoire ne peuvent exister que dans l\u2019imagination de quelque idéologue-missionnaire.Et que veut dire \"tout le monde\u201d dans la bouche de M.Pelletier ?Et le \"passé indéfendable du colonialisme\u201d ?Sait-il seulement que bon nombre d\u2019auteurs s\u2019abstiennent de juger les faits de l\u2019histoire d\u2019après un code éthique ?D\u2019ailleurs, est-ce que les ruptures d\u2019équilibre entre les divers groupements humains relèvent de la morale, et surtout de la morale politique de guimauve que nous propose Cité Libre ?N\u2019est-il pas vrai, d\u2019autre part, que pour beaucoup le succès est le critère moral suprême : aussi ceux-là approuvent-ils les impérialismes en plein essor et s\u2019acharnent-ils contre ceux qui déclinent.Il est remarquable à cet égard que Cité Libre, malgré toutes ses théories d\u2019émancipation, accepte l\u2019expansionnisme économique, linguistique, social et culturel des Anglo-Saxons.Si Fidel Castro triomphait du colosse américain, et si les mouvements québécois d\u2019indépendance réussissaient à s'imposer, nos \"moralistes du succès\u201d devraient nécessairement reviser leurs prises de position ou encore changer de morale.Enfin, quelle leçon peut-on tirer des deux émissions \"doubles\u201d de Radio-Canada sur l'Algérie ?Tout d\u2019abord qu\u2019elles ont été déloyales et tendancieuses et qu\u2019il est FRANCOPHOBIE, CHAUVINISME 949 dangereux de laisser l\u2019information servir aux propagandes, et surtout, dans notre cas, aux propagandes orientées contre les solidarités indispensables du Québec avec les autres nations francophones; que la clientèle de Radio-Canada a été induite à adopter un nombre impressionnant de notions fausses sur le problème algérien et l'histoire d\u2019Algérie.Hélas ! ces méfaits de la grande information ne sont pas facilement réparables.On ne peut lutter intellectuellement avec efficacité contre une propagande de suggestions bénéficiant de la caution d'une régie d'fitat.Le mieux qu\u2019on puisse faire, c\u2019est d\u2019identifier ses procédés et de restreindre un peu ses dégâts.Si chacun est libre de contrôler l\u2019exactitude de l\u2019information, qui en a le temps et qui en prend la peine ?V \u2014 La caution antique et terrienne À partir d\u2019un certain degré d\u2019instruction, il existe entre les divers groupes francophones du monde (Français, Belges, Suisses, Africains, Indochinois, Haïtiens, etc.) une communauté de langue et de culture, dont malheureusement nous excluent notre propre imprévoyance et les excès de notre régionalisme.Dans son pamphlet d\u2019avril dernier (La savoureuse langue acadienne) M.Archélas Roy reconnaît que nous devons enseigner à la jeunesse le français dit \"universel\u201d, mais il met tous ses dons littéraires au sendee du régionalisme francophobe qui nous a empêchés jusqu'ici de soustraire notre langue à l'influence sémantique anglo-saxonne, pour lui substituer celle de la communauté mondiale d\u2019expression française, qui gravite autour de Paris.Ainsi M.Roy se trouve à consolider, contre la France, le repliement 950 ACTION NATIONALE du Canada français.Pourtant il devrait savoir que dans notre vie culturelle, à l\u2019échelon universitaire notamment, ce repliement est en train de céder partout à la pression de l\u2019impérialisme culturel américain.Qu\u2019on le veuille ou non, repousser la France à ce moment critique de notre évolution nationale, c\u2019est oeuvrer pour l'américanisation.C\u2019est là le paradoxe de nos régionalistes, et en particulier de M.Roy qui nous expose avec colère sa nostalgie du moyen âge, de la Renaissance et des débuts de l\u2019ère classique, et sa prédilection jalouse pour la parlure du vieux terroir.Voilà qui sent son gentilhomme, mais qui arrive fort mal à propos.Commençons par sauver le français au Canada, et ensuite nous pourrons nous diviser en archaïsants et en néologisants, si cela nous amuse.Pour le moment, il s\u2019agit de rentrer dans la mouvance française, ou de nous laisser gober par les États-Unis, ou du moins par leur langue envahissante.D\u2019autre part, les attitudes de M.Roy ne s\u2019expliquent pas très bien.Il s\u2019insurge contre le Larousse, qui fait trop de concessions à l\u2019usage, et vitupère les diktats de l\u2019Académie.Il repousse le g du mot \"building\u201d, qui ne se prête pas il est vrai à une articulation française nette, mais il estime que la pauvreté du son ki (inquiète) représente un appauvrissement du clavier des sons par rapport au son tcbi (intchiète).Est-ce que T charts lui paraîtrait plus riche que Charles ?Pour beaucoup d\u2019étrangers la netteté des sons est un des plus grands charmes de la langue française.Quant à moi, je n\u2019y vois que des avantages du point de vue esthétique et phonétique.M.Roy s\u2019appuie un peu trop à mon avis sur la caution antique.Si l\u2019ancienneté des formes est le critère suprême, pourquoi alors nous arrêter à l\u2019étymologie latine, plutôt que de remonter directement au sanscrit ?Remplacer FRANCOPHOBIE, CHAUVINISME 951 le '\u2019jouai\u201d par le sanscrit, ça ce serait un vrai retour aux origines.Les Acadiens savent habiller les mots anglais à la française, paraît-il.Je ne doute pas qu\u2019il aient pu le faire, mais à mesure que l'aspect graphique des mots supplantera chez eux la réalité sonore, il est fatal que cette aptitude se perde.Malheureusement il faut bien admettre qu\u2019ici-bas on doive souvent se contenter de n\u2019avoir que les qualités de ses défauts.Les tâtonnements des ruraux peu scolarisés l'emportent de beaucoup, en puissance créatrice, sur le statisme des alphabétisés.Celui-ci, par contre, ouvre accès à un monde de précision et de catégories inconcevable chez les autres, et qui caractérise les grandes langues de culture.L\u2019erreur de M.Roy procéderait-elle d\u2019un idéalisme qui le porterait à exiger de la capitale culturelle du monde français, trop républicaine sans doute à son gré, les vertus antinomiques du vieux terroir et celles d\u2019une Athènes du XXe siècle à la pointe de l\u2019évolution ?\"Nous voulons bien, dit-il, qu\u2019il y ait une espèce de diapason international en matière linguistique, mais pourquoi faut-il que ce soit les Parisiens qui en décident toujours et pourquoi faut-il que les Parisiens fuient constamment sur une autre octave et nous déroutent trois ou quatre fois par génération ?\u201d La réponse à cette question est bien facile.Capitale culturelle de la France et du monde francophone tout entier, Paris possède une intensité et un rythme qu'on ne retrouve pas ailleurs.Dix ans de vie intellectuelle à Paris correspondent peut-être à deux millénaires de rêverie pastorale et à un siècle de pensée québécoise.II ne faut pas nous en offusquer ni en concevoir de l\u2019amertume.Ce phénomène existe dans notre propre province, où le rythme 952 ACTION NATIONALE montréalais, très lent par rapport à certains pays étrangers, donne probablement l\u2019illusion d'une course folle aux visiteurs campagnards habitués au silence et aux espaces champêtres.Enfin, ne reprochons pas aux Parisiens de n'être ni Auvergnats, ni Gaspésiens, ni Sherbrookois, ni Hullois, et surtout, ne leur tenons pas rigueur de ne pas nous offrir, dans des écuelles de bois, les mets savoureux du moyen âge.Sachons donc aimer la parlure acadienne, si elle est aimable, sans perdre de vue le devoir de choisir consciemment, avant qu\u2019il ne soit trop tard, entre les deux langues modernes qui nous sollicitent : le français et l\u2019américain.M.Roy termine par un hommage à la fidélité acadienne.\"Que ne pourrais-je ajouter sur la langue des Acadiens ?Elle est à l\u2019image de leur âme, toute faite de fidélité\".Pouvons-nous en dire autant de M.Roy lui-même ?Sans doute il demeure attaché à la France des siècles révolus et il serait heureux de se réconcilier avec celle d\u2019aujourd\u2019hui, mais il y met une condition difficile : qu\u2019elle redevienne identique à la France d\u2019hier.En somme M.Roy enveloppe la France d\u2019un regard d\u2019antiquaire, et il se désole de Faction novatrice du temps.Voilà un autre refus qui s\u2019ajoute, chose singulière, à celui des esprits férus de modernisme, qui renient la France sous prétexte d\u2019y avoir découvert des édifices publics et des maisons entachés d\u2019inconfort et de vétusté.Archivistes, chartistes ou plombiers, nous aurons toujours quelque chose à reprocher à la France, qui est multiple et variée.Cribler ainsi tous les visages de la France de nos traits est malheureusement un jeu funeste dont nous sommes en train de périr, car saper la solidarité avec la France, c\u2019est saper nos propres virtualités nationales. Possibilité d une littérature en Acadie par ddoear Iflfja rie - Cjriÿaire, n.d.i.c.J\u2019aime mon village Plus que ton village; J\u2019aime mon pays Plus que ton pays.\u2014 Mistral Il n\u2019y a pas de pays aujourd'hui qui s\u2019appelle l\u2019Acadie.Mais il y a un peuple qui s\u2019appelle le peuple acadien.Et partout où vit ce peuple, on nomme la terre qu\u2019il habite l\u2019Acadie.Ces limites indéterminées ne posent pas le problème qu\u2019elles supposent, d\u2019abord parce que ce nom géographique d\u2019Acadie n\u2019a pas de valeur légale, mais un sens ethnique et historique; ensuite parce que les Acadiens comme peuple se sont confinés à trois provinces, les trois plus petites provinces du Canada.Quant aux Acadiens émigrés dans la Nouvelle-Angleterre ou dans l\u2019Ontario, ils n\u2019appartiennent au peuple acadien que dans la mesure où ils gardent encore des liens avec leur terre ancestrale qui se limite aux Maritimes.Voilà pourquoi je disais plus haut que s\u2019appelle Acadie tout pays où vit le peuple acadien, mais que ce peuple \u2014 ou les Acadiens en tant que ce peuple \u2014 n\u2019habite que les Maritimes, les îles de la Madeleine et quelques villages gaspésiens.1'1 On ne trouve pas au monde un petit coin de terre qui n\u2019ait produit son poète ou son héros.À cela la terre acadienne ne semble pas devoir faire exception.Des écrivains naîtront aussi chez elle.Mais un poète né en Acadie ne dote pas les Acadiens, par simple accident de naissance, d\u2019une littérature.Et cela précisément parce que l\u2019Acadie n\u2019est pas d\u2019abord un pays, mais un peuple.Par littérature (l) Il ne sera pas question ici des Acadiens de la Loui-sianne qui, par leur histoire si différente et leur avenir si incertain, feraient l\u2019objet d\u2019une tout autre étude, et dont les chances d'une littérature nationale sont présentement nulles. 954 ACTION NATIONALE acadienne donc, il ne faudra pas entendre l\u2019oeuvre d\u2019un ou de deux écrivains isolés, né aux Maritimes, mais l\u2019ensemble d\u2019une littérature de même caractère et de même inspiration, une littérature nationale, s\u2019exprimant à travers la nature, les dons, la physionomie, le contexte historique, l\u2019âme d\u2019un peuple.Cette littérature, qui est le visage même d\u2019un pays, l\u2019Acadie doit-elle y songer ?Il arrive asse2 rarement qu\u2019on nous pose cette question, et plus rarement encore qu\u2019on tente d\u2019y répondre.Mais ce n'est pas aux étrangers de peser et d\u2019estimer les possibilités de l\u2019Acadie.Car jusqu'à présent, elle leur a montré peu d\u2019elle-même en dehors de ses Dispersions et de ses bicentenaires.Notre pays n\u2019a pas d\u2019importance pour les autres.Mais il en a pour nous qui y vivons.Et si la littérature aussi prend de la valeur à nos yeux, alors - la question des possibilités d\u2019une littérature en Acadie se pose.Et l\u2019Acadien doit y répondre.Pourtant, il est sans doute le moins apte à donner une réponse impartiale.Car quiuconque défend une thèse littéraire prétend déjà à la littérature, au moins critique.Et qui fait de la littérature n\u2019est pas enclin à vouloir prouver que son pays n\u2019en aura jamais.Le choix même de cette étude témoigne déjà de mon option devant les possibilités d\u2019une littérature acadienne.Encore me faudra-t-il prouver, confronter mes hypothèses aux donnés de la géographie, de l\u2019histoire et de la psychologie.L\u2019Acadie, c\u2019est un peuple, avec son histoire, ses traditions, ses beautés naturelles, ses qualités natives, mais presque sans culture intellectuelle, sûrement sans littérature.Précisément l\u2019Acadie n\u2019a ni art, ni lettres, au sens académique.Aussi n\u2019essayerai-je de dire qu\u2019elle en a, ni même qu\u2019elle en aura nécessairement; je tenterai tout au plus de prouver qu\u2019en Acadie se trouvent de réelles pos- POSSIBILITÉ D'UNE LITTÉRATURE 955 sibilités d\u2019une littérature saine et originale, d\u2019une littérature nationale.Si l\u2019Acadie a une histoire, des traditions, un contexte géographique plus ou moins défini, des beautés naturelles, des qualités et des dons natifs, une physionomie propre, elle a donc une âme distinctive, distinctive des autres nationalités, des autres peuples français, voire des Canadiens du Québec.L\u2019Acadie se distingue d\u2019abord par son histoire et ses traditions.Je n\u2019irai pas jusqu\u2019à prétendre que les Acadiens eurent une histoire plus glorieuse que les autres peuples.Ils ne furent pas les seuls à souffrir loyalement, à connaître l\u2019exil; mais les seuls à vivre ces souffrances et à connaître cet exil-là : les seuls à regagner à pied leur pays, sans errer quarante ans dans le désert; les seuls à recommencer leur vie d\u2019autrefois sans lever les armes; les seuls à reconquérir pas à pas leurs biens, pendant deux siècles.Ils en ont acquis ce sens du temps, cette énergie patiente et presque muette.Une autre race aurait peut-être attendu deux siècles en exil et serait revenue armée, reprendre sa terre par la force.Le peuple acadien a procédé d\u2019une autre façon, qui ne fut peut-être pas la meilleure \u2014 sûrement pas la plus intéressante pour lui \u2014 mais qui fut sa façon, et il en est resté marqué au visage.Ses traditions, dominées, hantées par la Dispersion, composent son folklore de musique, de superstitions et de littérature orale, où l\u2019on reconnaît toujours, entre les notes gaies du caractère français, cette nuance de nostalgie et de mélancolie.On chante : Partons, la mer est belle, mais le pauvre marin ne revient pas; on adore la nature sauvage, mais on coupe les arbres autour des maisons, sans plus savoir pourquoi, simplement par 956 ACTION NATIONALE habitude, une habitude ancestrale contractée au temps où les Anglais et les Indiens ennemis se dissimulaient dans les bois.L'Acadie se distingue encore par les beautés naturelles de sa géographie : la mer, les forêts, les villages si loin les uns des autres, qui ont créé cet esprit campagnard et qui ont fait du pêcheur et du paysan, l\u2019Acadien type.Cette nature qu\u2019il cultive pour ses richesses et non pour son harmonie, aurait pu développer, chez un tempérament plus flegmatique, un esprit mercantile et utilitaire.Or rien de tel chez l\u2019Acadien; il est ingénieux, débrouillard, intelligent, tant que vous voudrez ! mais jamais pratique.J\u2019admets qu\u2019il voit dans la mer et le sol d\u2019abord un gagne-pain, non des lieux de villégiature : il sait qu\u2019il doit vivre.Mais il n\u2019est pas pratique pour autant.Car son champ d\u2019avoine qui remplira sa grange, ou la mer ses filets, il ne les exploite pas, il leur demande seulement la vie.J\u2019ai dit qu\u2019il ne cultivait pas l\u2019harmonie de la nature.Et pourtant il découvre sa vraie beauté, sa beauté sauvage, primitive.Il ne regarde pas la nature en esthète, elle est trop nécessaire à sa vie, mon Dieu ! Il ressemble plutôt à l'enfant là-dessus, qui a besoin des choses, et c\u2019est en les maniant qu\u2019il les découvre tout à fait.Ainsi l\u2019océan et la forêt révèlent davantage leurs mystères à ceux qui les prennent au sérieux.Et c\u2019est sérieux l\u2019eau pour un pêcheur, et les bois pour un bûcheron.C\u2019est par là que l\u2019Acadie se distingue le plus : par sa physionomie, ses dons naturels, ses qualités natives.Qualités et dons qui lui viennent de son sang français, qui furent modifiés pendant trois siècles d\u2019histoire et POSSIBILITÉ D'UNE LITTÉRATURE 957 qui subissent aujourd'hui une nouvelle transformation au contact d\u2019une civilisation étrangère.L\u2019Acadien est d\u2019abord un Français qui a reçu par hérédité le caractère du Breton ou du Normand; non de la Bretagne ou de la Normandie aristocratiques, mais paysannes.L\u2019Acadien est un Français du peuple; et il en a gardé le rude bon sens populaire, l\u2019humour légèrement grivois, le sens inné du ridicule, la ténacité courageuse, l'ingéniosité et la gaîté un peu frondeuse.S\u2019ajoute à ce déjà trop encombrant bagage, l\u2019esprit aventurier que lui laissèrent dans les veines ses ancêtres colonisateurs.Mais l\u2019histoire du peuple acadien, dominée par la souffrance, la lutte, l\u2019isolement, a modifié son caractère français.Il est revenu d\u2019exil l\u2019âme irrémédiablement marquée \u2014 une âme timide, mais tenace et trempée; méfiante, mais profonde et patiente.Il a perdu sa souplesse d\u2019esprit, sa facilité d\u2019expression, ayant dû trop longtemps se cacher pour survivre.Alors que son frère du Québec a conservé cette personnalité agréable, aisée, cette franche ouverture d\u2019esprit, l\u2019Acadien est gauche et maladroit, il prend du temps, n\u2019ose pas s\u2019avancer, souvent se ferme comme une huître.En revanche, il a gagné en profondeur.Il est rarement dupe de l'artifice ou de l\u2019hypocrisie.Il a la candeur de l\u2019enfant, mais son pas sa naïveté.On ne se moque pas de lui, on ne le trompe pas facilement.Derrière sa timidité, il cache un esprit clairvoyant, une intelligence subtile et sûre.Ces traits, plutôt nordiques que latins, sont-ils l'effet de la lutte acharnée qu\u2019il a dû livrer pendant toute son histoire, ou de la proximité de son compa- 958 ACTION NATIONALE triote anglais qui petit à petit aurait déteint sur lui ?Dans un pays bi-ethnique, on ne vit pas pendant deux siècles dans la position minoritaire sans subir l\u2019influence de l\u2019autre.De fait, point n\u2019est besoin d\u2019une longue analyse pour reconnaître à l\u2019Acadien un caractère plus froid, moins extériorisé, moins bavard qu'au Français du Québec.Et c\u2019est précisément en se défendant de cette influence anglo-saxonne que l'Acadien l\u2019aura le plus subie.Toute la complexité, souvent l\u2019incohérence, et surtout la richesse de l\u2019àme acadienne, lui viennent de ces\u2019 trois éléments qui le constituent : son hérédité, son histoire et ses présentes luttes sociales.Et cette complexité lui donne une âme propre, un caractère national.Or une littérature est nationale en tant qu\u2019elle exprime un peuple à travers sa nationalité : c\u2019est-à-dire son histoire et ses traditions, ses dons et sa physionomie.Si l\u2019Acadie a tout cela, une littérature acadienne est donc possible, puisque ce peuple a quelque chose à dire qui est bien à lui et qui n\u2019a pas encore été dit.Mais est-il suffisant d\u2019avoir quelque chose à dire ?Pour faire une littérature, il faut une idée, mais aussi une expression.Or trouvons-nous en Acadie, au moins en puissance, les instruments de l\u2019expression ?Nous avons vu que l\u2019Acadien était dépourvu de facilités et de culture.Il ne connaît pas l\u2019art de se faire valoir, il ne sait pas dire.La pensée que tout Français exprime si allègrement, dans une langue qui semble le secret de sa seule bouche à lui et dans un geste tout mesuré à son bras, l\u2019Acadien l\u2019émet gauchement, dans une langue lourde et un geste maladroit.Il ne sait pas faire chanter cette langue, sans doute la POSSIBILITÉ D\u2019UNE LITTÉRATURE .959 plus belle au monde, et qu\u2019il partage avec les autres peuples français.Son ignorance et sa timidité l\u2019ont empêché encore de maîtriser l\u2019expression.Mais vont-elles vraiment le réduire au silence ?Ou ces handicaps, au contraire, ne joueraient-ils pas enfin pour lui le rôle d\u2019un défi ?Si les civilisations, comme l\u2019enseigne Arnold Toynbee, naissent du défi de la nature à l\u2019homme, une littérature ne surgirait-elle pas de conditions analogues ?Ou pour poser le problème différemment, si le primitif inventa la hache pour se défendre des bêtes féroces, un poète ne créerait-il pas une chanson pour se délivrer d\u2019un rêve qu\u2019il ne sait pas exprimer autrement ?L\u2019Acadien, généralement timide et inculte, n\u2019est pas pour cela insensible.Au contraire, son isolement même a tout autant décuplé son sens des réalités invisibles, qu\u2019aiguisé son besoin de communion avec les personnes et les choses.Or ce besoin de communiquer au monde extérieur cette part de lui qui touche à son être le plus intime, il n\u2019a pas trouvé encore l\u2019occasion de le satisfaire.Précisément parce qu\u2019il sent le complexe de sa timidité.Et alors il se tait.Son silence n\u2019est pas d\u2019un idiot qui n\u2019a rien à dire, mais d\u2019un cadet qu\u2019on a toujours méconnu et qui finit par se croire inférieur.Il se tait parce qu\u2019il a horreur des gros mots et du brio, lui qui ne brille pas.Mais qu\u2019il vienne un jour à découvrir cette soupape dans son âme, qu\u2019il vienne à réaliser dans l\u2019art ce monde qui l\u2019habite et qu\u2019il n\u2019a pas encore trouvé moyen d\u2019exprimer, et cet art sera peut-être très émouvant.L'Acadien n\u2019est pas cultivé : c\u2019est à-dire qu\u2019il n\u2019a ni vraie ni fausse culture.Il a donc l\u2019esprit vierge 960 ACTION NATIONALE devant la science et l\u2019art.Mais il n\u2019a pas l\u2019âme vide devant la nature et l\u2019infini.Car il a des attaches vitales avec l\u2019une et l\u2019autre.Et ce respect de l\u2019essentiel et cette soif de vérité qui sont les conséquences de son intelligence ardente et de sa foi aux réalités divines, n\u2019ont pas encore été gâtés, chez lui par le scepticisme des civilisations trop raffinées.Nous trouvons donc chez l\u2019Acadien le plus important instrument d\u2019une littérature : le besoin, la nécessité intérieure.Sa littérature ne répondra pas au désir de faire comme les autres, ou de les émerveiller \u2014 il est bien trop défiant de lui-même; elle sera la réponse à un appel de l\u2019âme et à une exigence de l\u2019esprit.Or nous avons vu plus haut qu\u2019à la suite de causes surtout historiques et sociales, cet esprit est profond et cette âme trempée.Et cette littérature qui exprimera le visage même du peuple acadien, sera jeune, ardente, simple, fidèle à sa foi et à ses traditions, légèrement mélancolique, tenace mais non agressive, peut-être teintée d\u2019humour et de bonhomie naïve, sans doute fort peu didactique, sûrement gauche et primitive.Quand cette littérature naîtra-t-elle ?Peut-être à la prochaine génération \u2014 celle où l\u2019on étudiera le français comme langue maternelle par toute l\u2019Acadie.Et cette littérature grandira lentement.Les Acadiens ont toujours respecté le temps; et c\u2019est le temps à la fin qui les a sauvés.Ce sera une littérature patiente.Ce dernier trait, quand il serait le seul, suffirait à donner une nouvelle couleur à l\u2019immense patrimoine littéraire français.(Collège Notre-Dame-d\u2019Acadie.) PSYCHANALYSE DE L\u2019ANTINATIONALISME -IV pat styrène de dduiüeret A \u2014 Critique de la statolâtrie Dans notre précédent article, nous avons ébauché l\u2019examen des positions, ou plutôt des crispations de nos stato-lâtres, qui jusqu'à une époque assez récente semblaient n\u2019avoir qu\u2019une conscience vague de l\u2019existence du Canada français, et qui paraissaient fascinés, éblouis, extasiés par les charmes et la puissance de l\u2019État fédéral.On les entend moins depuis quelques temps .Est-ce à cause du changement de la conjoncture politique, ou parce qu\u2019une longue réflexion leur a montré qu\u2019ils avaient fait fausse route ?Les retrouverons-nous demain tels qu\u2019ils étaient apparemment hier ?Nous verrons bien.En attendant, après avoir étudié leur philosophie politique, disons un mot, comme nous l\u2019avions annoncé, de leur position juridique étrange vis-à-vis de l\u2019État.Il est étrange en effet que ces amoureux aient adoré vaillamment ce qui n\u2019est peut-être qu\u2019une sorte de momie, une forme vide, comme dans le célèbre roman de Gautier, ou du moins une entité dont ni l\u2019essence ni le rôle ne sont tout à fait ce que pensent ses soupirants ravis.Au temps de notre jeunesse crédule, nous avons tous pratiqué avec assiduité Euclide et sa géométrie.\"Que vient faire Euclide en cette aventure ?\" marmonnez-vous .Patience ! car tout se rejoint pour la pensée qui veut comprendre et faire le point avec exactitude.Nous a-t-on assez rabâché la 29e proposition du vieux Grec, qui proclame depuis 23 siècles que \"par un point hors d\u2019une droite, il ne passe 962 ACTION NATIONALE qu\u2019une seule parallèle à cette droite\u201d .Nous l\u2019a-t-on assez présentée comme le type même de l'axiome inattaquable, une de ces vérités acroatiques existant de toute éternité et qu\u2019une fois apparu sur terre, l\u2019homme n\u2019a plus eu qu\u2019à constater.Eh bien, la pensée mathématique contemporaine est venue bouleverser tout cela.Dans ce prétendu postulat, elle ne voit qu\u2019une assertion non démontrée, fondée sur la seule intuition spatiale, sur un sentiment d\u2019évidence peu sûr, car il est subjectif et varié nécessairement selon les êtres.Ce qui est clair comme le jour pour l\u2019un, est incompréhensible pour l\u2019autre, et pendant trop longtemps on a déguisé une hypothèse intuitive en axiome dogmatique, dont on a tiré un ensemble de propositions que rejettent les géométries non euclidiennes.Cette attitude de la pensée moderne peut se tranposer dans le domaine de la science politique.La philosophie pétrifiée des statocrates repose sur le postulat, pour eux irréfutable, qu\u2019entre la nation canadienne-française et l\u2019Etat | fédéral dont l\u2019attribut évident est la souveraineté, il ne peut y avoir qu\u2019un seul genre de rapports, ceux d'un Ottawa suzerain et d\u2019un Etat québécois soumis à la vassalisation.Cependant, des esprits d\u2019une autre sorte peuvent ne pas voir là une proposition apodictique, mais une simple hypothèse d\u2019où il est fort téméraire de tirer toute une ( chaîne de conclusions.L\u2019Etat fédéral est moins évidemment souverain que ses vains admirateurs le pensent, et il n\u2019est pas impossible qu\u2019il y ait ici ce que les hommes de loi appellent une erreur sur la personne.Les iconoclastes dans la Cité Car il semble bien que ce soit la souveraineté de l\u2019Etat en général et de l\u2019État fédéral en particulier, qui représente du point de vue juridique le point faible de la position des PSYCHANALYSE DE L\u2019ANTINATIONALISME 963 statolâtres.Un illustre écrivain a dit à peu près : \"Vous connaissez la formule : on ne répond pas à son père.Formule singulière, car à qui répondrait-on en ce monde, sinon à ceux qui nous sont le plus proche ?\u201d À nos yeux, il serait tout aussi singulier de ne pas exercer notre esprit critique sur les structures institutionnelles et constitutionnelles à l\u2019intérieur desquelles nous vivons et qui orientent nos destinées.Et nous accepterons d\u2019un front serein l\u2019épithète d\u2019iconoclaste dont on voudra sans doute nous couronner, car ce sont souvent les iconoclastes qui ont encouragé les évolutions nécessaires.Voyons donc de près ce que vaut cette idée de souveraineté absolue de l\u2019État, que vient renforcer chez nos statocrates le réflexe d\u2019adoration théocratique et viscéral dont nous avons parlé.Malheureusement, il faut presque se transformer en spéléologue et descendre, fanal au poing, dans les abîmes, car la notion de souveraineté est obscure et enfoncée à de grandes profondeurs.Comme l\u2019a indiqué M.Duverger, la définition juridique traditionnelle place l\u2019État au sommet de la hiérarchie des groupes divers, et distingue une différence de nature entre le pouvoir de l\u2019État et celui des autres groupes politiques et sociaux qui lui demeurent implacablement subordonnés.\"Du souverain découlent l'autorité, le pouvoir.Les autres communautés reçoivent de lui leur existence juridique et leurs prérogatives.Elles sont soumises à son autorité\u201d.Mais cette théorie essentiellement mystique s\u2019appuie sur des à priorismes et n\u2019a pas le caractère d\u2019évidence rigoureuse dont on veut l\u2019investir.L\u2019histoire est une aimable fille, toujours serviable, et qui prodigue volontiers ses leçons à ceux qui la sollicitent.Tournons-nous donc vers elle une fois encore; elle nous montrera qu\u2019il y a eu des périodes et des circonstances où la suprématie hiérarchique se pla- 964 ACTION NATIONALE çait ailleurs que dans l\u2019État, et où d\u2019autres groupements détenaient certains des attributs de la souveraineté : tribu, phratrie, famille dans l\u2019antiquité; seigneuries au moyen âge.Du point de vue sociologique on peut donc affirmer que l'État ne possède pas une souveraineté permanente ou absolue.Blasphème d\u2019un esprit anarchique qui veut semer le désordre dans les institutions ?Et que dirait saint Thomas ?Ma foi, saint Thomas ne nous désavouerait sans doute pas, puisqu\u2019il a écrit : \"La communauté politique est formée de sociétés qui demeurent libres à l\u2019intérieur de sociétés plus grandes, dont elles sont les membres vivants\u201d.Et trois siècles plus tard, Althusius, étudiant les principes organisateurs de la Cité, distinguait comme élément essentiel de la vie politique et sociale le facteur de symbiose, d\u2019interpénétration des diverses structures existantes.Pour ce penseur la politique n\u2019était pas seulement l\u2019affaire de l\u2019État, du gouvernement, mais de tous les groupements dont l\u2019État n\u2019est qu\u2019un cas particulier.Sa pensée intrépide niait donc déjà la différence de nature entre le pouvoir de l\u2019État et celui des autres groupes; ce n\u2019était pour lui qu\u2019une affaire de degrés.Ainsi en était-il tout doucement arrivé à l\u2019idée que le droit qui fixe les institutions doit être fondé non sur la conception d\u2019un pouvoir central souverain, mais sur un agencement organique différencié, fonction des besoins multiples des citoyens.Un trône vide ?Moins évidentes que la théorie de la suzeraineté exclusive de l\u2019État, ce sont là pourtant des vérités cruciales que les politologues contemporains ont retrouvées.Max Weber, Scelle, Léon Duguit et la pléiade de l\u2019École de Bordeaux rejettent eux aussi la théorie que l\u2019État seul est souverain au détriment de toutes les autres structures communautaires. PSYCHANALYSE DE L'ANTINATIONALÏSME 965 Ils professent que chaque collectivité humaine sécrète son propre droit et constitue un ordre juridique et politique indépendant.La société est une véritable constellation de pouvoirs, étoiles ou lumignons, mais de nature semblable.\"L\u2019État, être énorme \u2014 a écrit Valéry \u2014 être débile et terrible, cyclope d\u2019une puissance et d\u2019une maladresse insignes, qui ne vit que par une foule de petits hommes, qui en font mouvoir les mains et les pieds inertes\u201d.Il faut être indulgent au pathos et à l\u2019amphigouri des poètes; mais malgré ses poses extatiques, Valéry a su voir avec lucidité le caractère complexe et diversifié de la souveraineté politique.Quelles sont donc, en règle générale, les autres formes d\u2019autorité qui encadrent l\u2019État ?D\u2019abord, ce qu\u2019on appelle les corps intermédiaires, qui restreignent la puissance de l\u2019organisme central au profit d\u2019intérêts fractionnaires, souvent organisés de façon à redresser le pouvoir, à l\u2019orienter ou d\u2019aventure à le supplanter.Songeons par exemple à l\u2019ex-Congo belge, où les organismes parastataux : grandes compagnies industrielles ou commerciales, grandes banques, \u2014 ont su transformer l\u2019État en un agent parmi d\u2019autres, en une sorte de grand complémentaire, comme dirait Bertrand de Jouvenel.Puis, les groupes de pression, longtemps occultes, s\u2019étalent maintenant au grand jour à titre de phénomène sociologique et qui, eux aussi, font parfois dévier le pouvoir et accèdent ainsi à une portion de la souveraineté.Puis les partis, quand ils sont issus du milieu social au lieu d\u2019être le reflet de l\u2019appareil étatique et ont une base professionnelle, économique, voire religieuse.Je t'adore, soleil, ô toi dont la lumière, Se divise et de?ireure entière, Ainsi que l\u2019amour maternel. 966 ACTION NATIONALE déclamait Chantecler.Hélas ! la souveraineté politique n'est pas l\u2019amour d\u2019une maman .Quand elle se divise elle fond, elle s\u2019amenuise comme le fameux morceau de cire de Descartes, et on finit pas s\u2019apercevoir qu\u2019elle n\u2019a plus rien d\u2019absolu ni surtout d'exclusif.Alors on voit crouler lt temple dédié à un dieu désormais déchu.S'il en va ainsi quand il s'agit d\u2019États uni-nationaux, de Nations-États où un seul groupe ethnique et culturel vit dans des cadres qui traduisent son essence, il en est de même, a fortiori, pour les États-Nations qui englobent plusieurs peuples aspirent à exprimer leurs natures divergentes.Au sein de notre État canadien multi-ethnique, non seulement la souveraineté réelle a échappé à l\u2019institutionnalisation fédérale, mais elle s\u2019exprime, au Canada français, sous des formes en principe complémentaires du pouvoir central, en réalité concurrentes, et tendant à le supplanter par suite d\u2019une politisation de la conscience et des activités de la nation canadienne-française.Celle-ci semble renforcer ses institutions politiques, sociales, culturelles; elle élabore des centres d'infonction qui acquièrent beaucoup de poids.Il est de plus en plus difficile de susciter ou de ressusciter dans les consciences l\u2019idée d\u2019un État fédéral symbole d\u2019un pouvoir-citadelle, entouré d\u2019un pays plat et désert.Peu à peu, dans les institutions comme dans les moeurs, s\u2019opère une évolution qui aboutira peut-être à détrôner une autorité vidée de son contenu essentiel et à revêtir officiellement l\u2019État québécois de cette souveraineté qui est, pour nos statolâtres, l\u2019apanage du seul pouvoir fédéral.L\u2019acoustique nous enseigne que l\u2019oreille crée parfois des sons imaginaires à partir de sons fondamentaux joués par un instrument; sans doute l\u2019esprit peut-il créer lui aussi des qualités inexistantes en partant de données réelles.Ainsi le fait du pouvoir de l\u2019État central a suffi aux sta- PSYCHANALYSE DE L'ANTINATIONALISME 967 tocrates pour percevoir la donnée d\u2019une essence souveraine qui, dans sa forme absolue, ne peut qu\u2019être illusoire.Un État vivant Bien entendu, les tenants du nationalisme éclairé, ayant repoussé l\u2019idolâtrie d'un État fédéral fondée sur des réflexes conditionnés et sur une fausse conception de la souveraineté, se garderaient bien d\u2019accorder le cas échéant à un État national des attributs mythologiques.Ils savent que le pouvoir étatique viendrait nécessairement achopper sur des contrepoids, des butoirs, des corps intermédiaires rendant impossible l\u2019adoption de doctrines opaques et définitives, et instituant un État ouvert, un État carrefour, qui selon le terme de Rilke serait un État vrai.En outre, cet État national aurait l\u2019avantage de la proximité, puisqu\u2019il traduirait les structures politiques, culturelles, sociales, économiques d\u2019un groupe homogène, dont il serait l\u2019émanation directe et aussi fidèle que possible.Ce ne serait donc pas des vertus immanentes d\u2019une souveraineté métaphysique qu\u2019il tirerait son efficacité, mais de données concrètes, vivantes et souples.Dans son livre : Nations africaines et solidarité mondiale, M.Mamadou Dia, premier ministre du Sénégal, parle de l\u2019opposition dialectique entre l'État et la nation, ces deux forces internes en perpétuelle opposition \"Le problème est pour l'État de justifier qu'il incarne légitimement la nation\u201d.L'État national dont se sont si longtemps détournés nos statocrates, n\u2019aurait guère de peine, lui, à présenter cette justification-là.* * * B \u2014 Les Romantiques quarante-huitards Les Romantiques antinationalistes font également partie d\u2019une espèce qui depuis quelque temps évolue d\u2019une sur- 968 ACTION NATIONALE prenante façon.Elle paraît parfois mal à l\u2019aise dans cette évolution à laquelle elle se sent acculée et qui estompe certains de ses traits morphologiques.Toutefois, ici encore, cette transformation ébauchée peut être fugitive et finir par se résorber.En tous cas, ces créatures déroutantes méritent bien, elles aussi, qu\u2019on en fasse mention dans une étude de zoologie politique.Dans le spectre de E antinationalisme canadien-français qui s\u2019allonge du Commissaire au Yogi,Jacques, Suite 202 Montréal, Çué.\tTél.:VI.4-2551 SUGGESTION POUR VOS VACANCES 4\tjours \u2014 Toronto, Niagara \t\t.de\t$ 67.00 4\tjours \u2014 Mille-Iles, Toronto, Ottawa\tde\t$ 65.00 6\tjours \u2014 Gaspésie, par train, automobile\tde\tî 135.00 7\tjours \u2014 Atlantic City \t\tde\t$ 96.25 7\tjours \u2014 Plage de Miami \t\tde\t$ 172.00 7\tjours \u2014 Bermude, 3 repas \t\tde\t$ 230.00 7\tjours \u2014 Nassau \t\tde\t$ 213.00 12\tjours \u2014 Terre Sainte \t\tde\t$1082.80 12\tjours \u2014 Mexique \t\tde\t$ 399.00 12\tjours \u2014 Hawaii \t\t\t$ 805.35 12\tjours \u2014 Jasper, Lac Louise, Banff\tde\t$ 329.00 12\tjours \u2014 Nassau, Bermudes \t\tde\t$ 299.00 13\tjours\u2014Russie\t.de\t$1146.60 13\tjours \u2014 Tchécoslovaquie \t\tde\t$ 669.20 14\tjours\u2014Roumanie, Mer Noire, Danube\tde\t$ 890.50 14\tjours \u2014 Japon \t\tde\t$1226.30 14\tjours \u2014 Californie\tde\t$ 243.00 15\tjours \u2014 Croisière, Nassau, Bermudes, Miami\tde\t$ 295.00 16\tjours \u2014 Tahiti \t\tde\t$1195.10 18\tjours\u2014Hongrie \t\tde\t$ 767.70 22\tjours \u2014 Amérique du Sud \t\tde\t$ 961.15 27\tjours \u2014 Japon, Hawaii \t\tde\t$1506.50 30\tjours \u2014 Europe, 7 pays, par autocar \t\tde\t$ 794.20 36\tjours \u2014 Tour du monde \t\tde\t$2287.20 22\tjours \u2014 Tour spécial en Europe, le pays\tde\t$ 899.00 \t1er au 22 septembre (Père E.La bonté,\tc.s.c.)\t \tSERVICE GRATUIT\t\t \tMembre I.A.T.A.\tMembre T.A.P.C.\t\t \tMembre de la Chambre de commerce de\tMontréal\t SECTION SPÉCIALE pour tous les pays de l'Est de l'Europe Spécialité : Comptes Courants RÉSERVATIONS DE TOUS GENRES : hôtels, endroits de villégiature, avion, bateau, autobus, excursions, location d'auto, etc. ICa ^auurgarfo ACTIF ASSURANCES EN VIGUEUR PROTÉGEANT $40,000,000 $200,000,000 111,000 assurés Ce sera un titre de gloire pour LA SAUVEGARDE que d\u2019avoir été la première compagnie canadienne-française à s\u2019aventurer sur un terrain qui semblait jusqu\u2019alors réservé à d\u2019autres.Durant longtemps, elle fut la seule, mais ses succès encouragèrent les initiatives et facilitèrent la naissance des compagnies canadiennes-françaises fondées au cours des dernières années et auxquelles nous souhaitons le plus grand succès.Perre De.M ai tnprlmaar\tEngraoir Lithographe'
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