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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1960-05, Collections de BAnQ.

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[" MJIM nationale Éditorial Adrien Pouliot Jacques Poisson Paul-Émile Gingras Pour une éducation nationale Dollard des Ormeaux, hier, aujourd'hui, demain Nos universités sont-elles française-IV A.\t\u2014 Sherbrooke B.\t\u2014 Agronomie-ll L'éducation: bilan 1959-60 C H R O LES ÉVÉNEMENTS par François-Albert Angers Jacques Poisson Archélas Roy Aymérillot UN DOCUMENT par François-Albert Angers VOLUME XLIX, NUMÉRO 9 N I 9 U E S Du vieux vin dans des outres neuves Où sont les mythes ?Les ultras Mon téléphone à M.Jacques Ferron, m.d.Épitre semi-badine à M.le Juge O Une jeunesse en perdition MONTRÉAL \u2014 MAI I960 CINQUANTE SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur Intérimaire : François-Albert Angers Comité de Rédaction : Paul-Emile Glngras Dominique Beaudin et Patrick Allen L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration C.P.221 Station E MONTRÉAL Rédaction 8100, boul.Saint-Laurent MONTRÉAL - DU.7-2541 L'ABONNEMENT : $5.00 par année L'abonnement de soutien : $10.00 Où trouver L'Action Nationale?\t A MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Catherine Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Catherine A QUÉBEC :\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 1111, rue Saint-Jean À OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau Autorisé comme envoi postol de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 210 ouest, boul.Crémazie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) LA CIE F.-X.DHDLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245.rue du Pont.\tQuébec LABONTÉ.LANDES, GROULX et LABONTÉ Notaires 3677, ru* Adsm Montréal LA.6-5517 SERVICE DE PNEUS Rechapage et Vulcanisation Accumulateurs \u2014 Alignement de roues Eugène Turcotte 1871, rue DeLorimier André Trudeau Président et gérant\tLA.4-1177\tSec.-Trés.Edouard Lavoie CL.9-9911 président ÉDOUARD LAVOIE Inc.Entrepreneur général Construction et réparation commerciales, industrielles, résidentielles Vente de maisons 6556, rue Des Ormeaux Ville d'Anjou LES AMIS DE LA REVUE D ORSAY JEWELRY LTÉE Roger Journault, Président Salles d'échantillons au service des bijoutiers, marchands, commerçants CR.9-4526-7 402 est.Saint-Zotique \u2022\tMontréal\tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien Bur.: RA.2-2678 GABRIEL MILLER Entrepreneur Electricité et plomberie 2290, 1ère avenue, Québec \u2022\tTél.: LA.9-3107\tFondé 1914 Victory Tool & Machine Co.Ltd.JOS.MATHIEU t FILS Atelier mécanique de réparations générales Spécialités : Manufacturiers de convoyeurs à rouleaux, à courroies et à chaînes Monte-charges 236-250, Rose de Lima, Montréal \u2022\tWE.1138 LA.2-2161 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tCR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d'autos, housses, vitres, capotes d'autos.Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau \u2022\tMontréal Le chasseur sachant chasser .Chaussures pour toute la famille Clinique du pied MONTRÉAL MARC DELORME 916 est, rue Mt-Royal \u2022\tLA.1-3083\tBOURBONNAIS & PEPIN QUINCAILLERIE EN GROS WHOLESALE HARDWARE 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995 \tWE.2-4955 ROLLAND GIROUX BRÛLEURS À L'HUILE 2031, ru# Salnt-Antolna \u2022\tMontréal Fromage Champlain Inc.J.-D.Thibault, Prop.Exigez toujours les fromages BELMONT \u2014 CHAMPLAIN PAVILLON et aussi le nouveau et fameux \"BELMONT SPREAD\" SAINTE-ANNE-DE-LA-PÉRADE Tél.57-S-2 (Champlain), Qué.ADAMS POTATO CHIPS 150, boul.des Laurentides Pont-Viau \u2022\tMO.4-3548 HENRI L.BÉLANGER & CIE Comptables agréés 3826, rue St-Hubert VI.4-3412 MARQUIS, J.-Antonin PHARMACIEN \u2022\tQuébec Huile \"TERO\" Enrg.Huile à chauffage Charles Vincent Montréal \u2022\t1690, rue Gilford \u2014 LA.6-3379 Charles-A.Grothé Cie Ltée Entrepreneurs électriciens 6656, boul.Décarie, Montréal \u2022\tRE.3-7149 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tRE.8-3434 ffioimrnm *nc.WJ 5 J.BRASSARD, préi.256 «st, St«-Cdtherine, Mtl L.-G.FOREST BOUCHER-ÉPICIER Fruits et Légumes 1144, rue St-Zotique, Montréal \u2022\tCR.2-0780 LA CIE LAVAL Lavage de vitres Murs, planchers, stores vénitiens, résidences, bureaux, magasins et manufactures.Bureau : LA.2-7982 Rés.: DU.7-3886 8525, Henri-Julien \u2022\tMontréal UN.1-5770 Me Luc Mercier 168, est rue Notre-Dame \u2022\tMontréal LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE des Trois-Rivières BERNARD BENOIT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, Notre-Dame, \u2022 Pte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159 SANSSOUCY.Arthur BOUCHER EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL.5-2839 G.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 SÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726.St-Hubert \u2022\tCR.14739 LA CIE ACADIA ENRG.ENTRETIEN DE BUREAUX LAVAGE DE VITRES, ETC.2125, rue Masson Street, Montréal LA.2-0751 PHARMACIE MICHON 1361 est, Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022 Roland Michon, Pharmacien TESSO ELECTRIC REG'D.(Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505 Maison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 IMPRIMERIE \u2014 GRAVURE marcel perrier, prop.Deuil \u2014 Monuments Faire-Part \u2014 Commercial 1419 rue St-Hubert, Montréal, ?\tVI.9-2448 LATENDRESSE & FILS INC.Ferronnerie Gros et Détail 11837 est, Notre-Dame, Montréal 5 \u2022\tMl.5-8874 ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.\u2022\tOR.9-0349 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke.Qué.- Tél.2-4793 LUCIEN BOULET, a.p.a.Auditeur public accrédité 1660 Hélène Boulé, Québec Tél.Bur.: MU.1-4841 \u2022\tRés.: MU.3-4853 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 Jean Lapierre\tRA.1-4915 Jean Lapierre & Frères Ltée.CHAUFFAGE-PLOMBERIE 4213, boul.Rosemont \u2022\tMontréal ROLLAND LEFEBVRE Chauffage électrique \"Electro-Heat\" 5220, rue Garnier, Montréal \u2022\tLA.2-3986 AIMÉ GALARNEAU ET COMPAGNIE Comptables Agréés 237 ouest, Boul.Saint-Joseph \u2022\tMontréal\u2014 CR.4-2534* ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 Marin Du Mesnil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 LAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE 9-1741 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768 L'ACTION NATIONALE Vol.XLIX, Numéro 9\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 Mai I960 ÉDITORIAL POUR UNE ÉDUCATION NATIONALE Après le sommeil Déjà en 1934 L'ACTION NATIONALE publiait une série d\u2019articles sur l\u2019éducation nationale.L\u2019évolution des esprits a été si rapide qu'elle ne pourrait pas en reparler dans les mêmes termes.M.André Laurendeau, dans l\u2019ENSEIGNEMENT SECONDAIRE AU CANADA, en 1939-1940, a traité le sujet en des articles remarquables comme prise de conscience collective d\u2019un des besoins majeurs et permanents de toute éducation au Canada français.Leur lucidité était traversée d'inquiétudes.En cette évolution éducationnelle qui nous emporte, nous croyons nécessaire de reprendre ce thème que quelques-uns pourraient bien croire un thème mort.Des circonstances de la guerre et de l\u2019après-guerre l\u2019ont mis en veilleuse.Un certain désarroi des esprits et notre détresse devant la chute raide des convictions nationales chez nos gens, aujourd\u2019hui, ne peut s\u2019expliquer que par une diminution de vigilance en éducation nationale.Il y a moyen de parler dans le vide en traitant un tel sujet.Et aussi de dire des vérités brûlantes.Bien que 694 L'ACTION NATIONALE /'instruction soit plus répandue, que les manuels soient meilleurs et que les professeurs diplômés soient plus nombreux, l'éducation nationale, en ces années d\u2019après-guerre, dans nos écoles, instituts, est une faillite quasi totale.Quelles sont les causes ?1 ) La guerre et la dispersion de la jeune population; 2) Pévolution industrielle qui a créé une race de locataires qui ne tiennent à rien et de citadins ignorants du visage charnel de la patrie; 3) l\u2019intoxication de notre jeune élite voyageuse insuffisamment robuste pour assimiler et adapter mais qui préfère crier, la bouche et la plume pleines d'emprunts et d'importations; 4) le quasi-monopole d\u2019une action catholique qui, comme mouvement dans nos écoles et collèges, a contribué à couper le contact d'avec les réalités nationales; 5 ) l\u2019américanisation de nos façons de vivre, de penser, de chanter et même d\u2019espérer; 6) un type d'histoire et de conférenciers dont les postulats tendancieux et uniformément pessimistes ruinent toute tentative d'action, ébranlent toutes certitudes et tuent l\u2019essor des libertés; 7) et plus profondément l\u2019effondrement des préoccupations nationales au profit d\u2019un certain matérialisme individualiste qui gagne nos familles ou au profit d\u2019une évasion dans une certaine générosité internationale mythique qui nous empêche de voir à l\u2019accomplissement de nos devoirs autour de nous.Toutes ces causes ont contribué, sous un prétexte ou un autre, le plus souvent sous couvert de nouveau-réalisme, à dérouter l\u2019attention et à enlever fierté, courage et sens national.La démission de nos écoles et de nos collèges en éducation nationale \u2014 il y a des exceptions courageuses \u2014 reste un des scandales majeurs de l\u2019après-guerre.On a maintenant le spectacle d'intelligences brillantes intégrées à rien de vivant. ÉDITORIAL 695 Qu'est-ce que l'éducation nationale ?C\u2019est évidemment une éducation qui n\u2019est pas tournée exclusivement vers l\u2019épanouissement de l\u2019individu, vers sa préparation familiale et professionnelle ou vers la cérébralisation des meilleurs; ces orientations sont insuffisantes et dangereuses dans leur exclusivité.En tant qtdé-ducation, elle est une ouverture d\u2019esprit.En tant que nationale, elle est ouverture à une dimension du réel : prise de conscience de son milieu propre et de son inscription charnelle et spirituelle dans une lignée qu\u2019on ne renie jamais sans s\u2019appauvrir.Toute personnalité se développe dans un contexte économique, social, culturel, préparé et teinté par la nationalité.On n\u2019a pas de géométrie canadienne.-française, mais on a un homme qui reste toujours de son temps et de son pays.Le désert n\u2019est pas propice à la science et à la culture.Tout un pays et toute une lignée d'ancêtres sont nécessaires pour acquérir T indépendance de pensée, le droit de croître selon sa mentalité.Par un juste retour qui doit devenir autant une conviction qu\u2019un devoir facile, il faut que chacun redonne au groupe un peu de ce qu\u2019il en a reçu.La liberté du groupe national est à la source des aspects principaux de la croissance et de liberté de l\u2019individu.Besoin profond d\u2019être nous-mêmes.Ne pas être aliénés aux quatre vents qui soufflent sur notre province : influences américaine, anglo-canadienne, anglaise et même française (puisqu'il faut la filtrer).L\u2019assimilation est l\u2019extrême de l\u2019aliénation, car c'est penser, agir, préférer selon les goûts d\u2019un autre.C\u2019est nous faire dicter nos pensées et notre conduite.Il y a là une forme d\u2019esclavage spirituel qui n'est simplement pas acceptable.Renier son passé et son groupe, c'est une traîtrise, c'est aussi une infirmité de l\u2019esprit. 696 L'ACTION NATIONALE Sous des formes plus mitigées, nous rencontrons le dédain et le scepticisme, l\u2019esprit fort, gouailleur et cynique, pour tout ce qui vient de nous comme trop petit pour ces grands esprits.Depuis les cinquièmes colonnes communistes qui copient au doigt et à l\u2019oeil jusqu\u2019à nos effrontés qui prennent pour de la vigueur ce qui n\u2019est qu\u2019instabilité intellectuelle et dilettantisme, le manque d\u2019éducation nationale nous cause un tort immense.Les fruits sont le doute sur nous-mêmes, une sorte de sadisme à l'auto-accusation facile, cette indifférence mortelle qui nous désintéresse de tout le national, d\u2019où une inaction et un piétinement humiliant de notre groupe qu\u2019il nous faut appeler des signes de maladie.L\u2019éducation nationale est santé autant pour l\u2019individu que pour la personne.Elle n\u2019est pas invitation à la faiblesse ou à la rancoeur, à l\u2019esprit de démolition et à l\u2019amertume sur une histoire qui aurait suri.Elle est invitation à construire le futur, à continuer l\u2019oeuvre des prédécesseurs, elle est culture ouverte sur les problèmes passablement tragiques de notre groupe.Pourquoi se laisser mourir ?Voyez les réactions des Noirs aux États-Unis: ils en ont assez de se faire piler sur les pieds et de dire merci ! à toutes les humiliations.Voyez celles des Africains dont la force est de faire bloc.L\u2019éducation nationale prépare les visions qui nourrissent les imaginations et les sensibilités des plus jeunes, puis alimente les intelligences et les volontés de nos jeunes gens et de nos jeunes filles vers des convictions unanimes quant à l\u2019essentiel de la vie nationale.Elle nous lie les uns aux autres, pour le présent et le futur, sur le sens des batailles à engager, sur le sens des valeurs vitales dont nous sommes respon- ÉDITORIAL 697 sables.En France, on peut être divisé en cent partis intellectuels ou politiques sans cesser d\u2019être unanimes sur des positions fondamentales, ainsi au Canada français l\u2019éducation nationale ne cherche pas le conformisme ni-veleur mais cherche à promouvoir des actions unanimes, un ensemble d\u2019attitudes et de raisonnements plus favorables que d'autres au développement de notre personnalité individuelle et nationale en ce coin nord-américain.De temps en temps, elle est affirmation de résistance.Plus souvent elle est créatrice d\u2019ententes au point de vue économique, constitutionnel ou politique (au-delà des partis).Partout elle est dynamisme, volonté têtue de s\u2019affirmer, elle alimente le besoin d\u2019unité.Elle est contre les relâchements et contre toutes les folies qui sentent la mort, même si elles sont émises par la mentalité pan-canadienne de quelques professeurs.Une nouvelle vigueur ! Faut-il s'étendre sur le relâchement de l'éducation nationale durant les dernières décades ?Que de nouveautés ont été importées ! Que d\u2019esprits-en-guimauve aux proclamations bruyantes et irresponsables au point de vue national ! Que de politiciens, en leurs paroles ou leurs omissions, nous font honte par la petitesse de leur jeu ! Notre faculté d'assimilation s\u2019est singulièrement adaptée au rythme ultra-rapide de notre planète.Cette ouverture sur le monde est un bien.Mais il nous faut aussi rester nous-mêmes.Il y a un redressement de notre personnalité nationale qui s\u2019impose.Une nouvelle vigueur dans les idées et dans les actes est devenue urgente.L\u2019éparpillement des idées devenue frappante quand on compare certaines prises de position syndicales, certaines déclarations de professeurs d\u2019universités, certains faux pas de quel- 698 L'ACTION NATIONALE ques membres du clergé, certains abandons tranquilles au nom de la liberté de toute croyance religieuse et nationale, l\u2019absence de sens social chez de trop nombreux hommes d\u2019affaires, bref tous les milieux ont besoin d\u2019une nouvelle vigueur et de comprendre la nécessité de former des caractères.L\u2019étiolement des actes est dû à une faiblesse de l'ânie.Nous ne voyons de remède que dans l\u2019éducation nationale.D'abord les éducateurs ! Des jeunes prennent des poses dérisoires de pessimisme, mais c\u2019est que depuis vingt ans les exemples de défaitisme chez les adultes ont été plutôt abondants, sonores et scandaleux.Tout recommencement appartient aux éducateurs, pères et mères autant que professeurs.Ils ont des comptes à rendre à la nation.Vingt ans de lâchage nous inquiète sur le monde de demain.\"Jamais a-t-on dit, les jeunes Canadiens français n\u2019ont eu davantage le besoin d\u2019être encadrés et stimulés\u201d.Le sens des disciplines intérieures ou nationales a été frelaté.Les oeuvres issues des idées ont cédé le pas aux oeuvres issues des émotions.Le désir de servir a cédé au goût du confort et à celui de se servir.La nation a besoin d\u2019éducateurs.Pourquoi pas l'internationalisme d'abord ?La paix du monde ne viendra pas par l\u2019effondrement des nations mais par l\u2019entente entre les nations.On parle nations unies et les fraternités universelles sont restreintes encore à des poignées de mains plus ou moins symboliques.Avec un idéal plus réduit on réinvoquera le melting-pot sous forme d\u2019un pancanadianisme niveleur.C\u2019est de l\u2019illusion.Après deux siècles d\u2019histoire autonome, une décision a été prise, il nous faut maintenant parler de ÉDITORIAL 699 coexistence consciente, risquée, où la nation plus faible du pacte fédératif doit toujours être en éveil et ne jamais laisser douter de ses capacités de rebondissement.Cette remise en question des choix fondamentaux faits il y a deux siècles, c\u2019est cela qui n\u2019est pas normal.Ce doute permanent qui accompagne notre marche, la ralentit et corrode notre intelligence des événements comme notre volonté de les courber à nos besoins.Le rôle de l\u2019éducation nationale est de valoriser l\u2019affirmation de nous-mêmes et de nous enlever ce poids au pied qui nous rend comme boiteux, elle nous enseigne aussi à toujours mériter cette liberté fragile qui nous est si mesurée au fédéral, chez nos minorités et en économique.Elle explique que, pour nous actuellement, devenir sans nationalité serait un recul et une déchéance.Le citoyen, sans culture propre, est un être mythique et un citoyen qui ne vit que sur de Vemprunté ;l\u2019arrive jamais à créer.Il n\u2019apporte rien.Notre nouvelle génération en est une de citadins, sans cet instinct fort du propriétaire, sans ce contact renouvelé et personnel avec sa propriété.La mentalité de locataires pas suffisamment enracinés dans les réalités entretient des perspectives nébuleuses où l'on se prend à faire des plans imaginaires et à se réjouir de possessions artificielles.Ainsi on rêve de la paix dans le monde et on oublie la justice dans sa propre nation.On s'intéresse à l\u2019émancipation des Noirs en Afrique et on ne s\u2019étonne pas que le Sénateur Cameron consente à n\u2019offrir qu\u2019une demi-heure de français à nos frères d\u2019Alberta.Est-ce mesquinerie de notre part que de nous rappeler ces paroles de fohn-A.MacDonald en 1865, dues à la pression vigilante de nos pères : \"Les délégués de toutes les provinces ont consenti que l\u2019usage de la langue française formât 700 L ACTION NATIONALE l\u2019un des principes sur lesquels serait fondée la Confédération\u201d.Est-ce notre faute à nous si les Anglo-Canadiens n\u2019ont pas respecté l\u2019esprit du pacte ?Mais notre faute commence lorsque omettant toute éducation nationale, nous laissons nos jeunes oublier, ignorer, dire ou écrire des sottises parce qu\u2019ils auraient perdu l\u2019intelligence de notre situation nationale.Cette intelligence qui délivre, est une des faces de la vérité que Cité Libre a peur d\u2019envisager.On s\u2019y passionne pour les syndicats et la liberté ouvrière, mais 011 oublie que, par la démission de son élite dirigeante, tout notre peuple devient serviteur, salarié dans sa propre maison.Naïveté curable, par ait-il.Le vrai réalisme Une éducation nationale n\u2019enseigne ni rêves ni attitudes d\u2019âme serviles.Elle regarde \"notre pauvreté actuelle, comme l\u2019écrivait Al.Laurendeau, comme elle doit être regardée : un point de départ, non une loi ou une malédiction\u201d.Elle élève la jeunesse à une option fondamentale parvenue à la conscience: \"Tout homme un peu cultivé se doit d\u2019avoir à un moment de sa vie, réfléchi sur les problèmes où les siens sont collectivement engagés; et il se doit d\u2019avoir opté, une fois pour toutes\u201d.Faire l\u2019autruche qui refuse de regarder ces problèmes, c\u2019est cela qui n\u2019est pas réaliste.L\u2019éducation nationale ouvre les yeux à une intelligence de notre géographie humaine qui est refus de la peur, volonté de comprendre et désir de transformer en continuant le sillon commencé.Au delà de cette option fondamentale, l\u2019éducation nationale entretient une sorte d\u2019inquiétude.Pas celle qui est fille de la crainte mais celle qui est refus de naïveté, refus d\u2019être surpris ou déconcerté par les attaques.Inquié- ÉDITORIAL 701 tude de n\u2019avoir pas assez fait et assez bien.Il y a valorisation de la personne car il y a appel à chacun comme à une valeur irremplaçable, d\u2019être à son poste.Il y a confiance dans le groupe national.Il y a désir d\u2019action qui court à l'essentiel.Nous sommes toujours en état d\u2019an-gereux de dépossession par le monde américain lorsque nous pensons en Canadiens, ou par le monde anglo-canadien lorsque nous pensons en Canadiens français.Nous risquons d\u2019étouffer si notre état d\u2019alerte ne prend tantôt la forme de la revendication tenace tantôt la forme de la coopération loyale et plus souvent la forme de la création à la française L'accent sur la fierté et la solidarité Il y a tout un côté de l\u2019éducation nationale qui vise à la compréhension et à l\u2019éveil de tout cet aspect noble de la vie, seul propice aux grandes pensées et aux grandes actions : l'admiration, l\u2019enthousiasme, le dynamisme.Ne le comprennent pas ceux qui ignorent nos luttes et nos misères constitutionnelles et légales.Partout elle est facteur de fierté, comme attitude fondée sur la valeur du type d\u2019homme que nous représentons et sur sa culture.Elle nous enseigne aussi les solidarités nécessaires.Comment voulez-vous que notre culture se développe d\u2019une façon normale si notre peuple reste un peuple de salariés et de serviteurs ?Comment voulez-vous que notre personnalité nationale ne cultive pas les frustrations et les névroses plus ou moins violentes si nous ne l\u2019éveillons pas aux tâches urgentes d\u2019une liberté vécue, en économique par exemple, ou aux attitudes d\u2019une saine autonomie au point de vue constitutionnel ?Nous sommes solidaires dans les principes et l\u2019esprit qui nous ont mis en Confédération. 702 L\u2019ACTION NATIONALE Comment obtiendrons-nous des chefs si nous répandons le doute chez les jeunes ?Comment nos historiens et sociologues modernes avec leurs interprétations pseudoscientifiques et décourageantes peuvent-ils représenter autre chose qu\u2019un creux dans la ligne de notre histoire ?Ils divisent et atomisent les forces.Ce sont de mauvais bergers.L'éducation nationale, c'est faire des hommes dans la vérité Il faut intensifier l'éducation nationale.Nos éducateurs ont un devoir grave de préparer les jeunes esprits.Ils doivent offrir un aliment plus substantiel sous forme de cercles d\u2019études à ces esprits plus éveillés, plus actifs ou chez qui l\u2019idéal de construire le présent et le futur de leur nation ne reste pas stagnant.L\u2019étude de la patrie et de ses problèmes, de son visage passé et des obstacles à sa croissance spirituelle ou économique, doit servir de préparation aux futures élites.Faire des hommes.Faire des hommes qui ont une certaine manière de grandir.Faire des hommes qui ont soif non seulement de soumission aux faits mais aussi qui veulent faire la vérité par des textes de loi ou par des institutions, à notre image et ressemblance.Il reste complètement absurde de vouloir opposer vérité dite scientifique et vérité dite nationale, histoire documentaire et histoire éducationnelle, connaissances pour le peuple ou pour les jeunes et histoire pour les savants.L\u2019éducation ne peut admettre la fausseté au point de départ, Védulcoration des faits et les interprétations adoucies faites par pitié.Nous ne devons jamais avoir peur des faits et de la vérité.\"Toute découverte de son pays, de son milieu et de ses appartenances reste stérile si elle ÉDITORIAL 703 n\u2019est pas soutenue par une éducation de la justice, de la discipline, de la démocratie.Découvrir sa communauté, dit François Lebouteux, dans les Cahiers Pédagogiques du 15 février 1959, il le faut, mais pour y oeuvrer.\u201d Pierre-Henri Simon, sur ce même sujet de l\u2019éducation nationale, disait : \u201dL' insouciance, l\u2019égoïsme des masses sont les signes certains du déclin des nations.\u201d Quand l\u2019éducation nationale recule, la politicaillerie reprend le dessus, les chapelles se multiplient, les esprits se divisent entre eux comme des matériaux sur un chantier, non encore reliés par le ciment d'une vérité communément acceptée pour le bien de l\u2019ensemble.La solidarité nationale ne doit pas être laissée à l\u2019instinct de vivre mais doit être amenée à la conscience pour assurer l\u2019efficacité d\u2019une action entreprise par le \"nous\u201d¦ Ce sens comunautaire réveillé a toujours été et restera toujours un des plus puissants motifs de l\u2019agir humain.Sans les motifs suprêmes de la religion, de la patrie, du vrai et du beau, l\u2019esprit humain peut émettre beaucoup d\u2019étincelles mais il ne réchauffe ni ne rayonne.Ce sont ces motifs intimes et vigoureux qui permettent à l\u2019homme de dépasser l\u2019homme : \"Quand les petits s\u2019attachent aux grandes choses, elles les font devenir grands.\u201d C'est une orientation pleine de fidélité Par l\u2019engagement raisonné de nos talents au service de notre nation, les individus que nous sommes, s\u2019intégrent dans une lignée.Notre existence reçoit quelque chose de l\u2019importance passée et présente du groupe.Nous devenons ouvriers de son avenir.L'éducation nationale nous habitue alors à une présence vigilante et prépare en nous 704 L'ACTION NATIONALE cette psychologie du maître qui surveille sa patrie comme sa propriété.Plus qu\u2019une simple surveillance, il la modèle aussi aux signes indélébiles de son intelligence et de sa volonté.La meilleure part de cet héritage spirituel que nous avons reçu et que nous léguerons à notre tour est fait parfois de grandes actions et plus souvent de multiples dévouements obscurs et de générosités muettes au service d\u2019une patiente fidélité.Loin de nous apprendre à subir les événements, l\u2019éducation nationale nous apprend comment nos pères leur ont résisté et leur ont imposé les impératifs de leur âme.Nous ne sommes pas ce que nous sommes par pur déterminisme mais en vertu de multiples choix où toute notre personnalité individuelle et nationale est engagée.À connaître ces choix, nous apprenons que la fidélité suppose bien des renoncements pénibles et qu\u2019elle impose à chaque génération le devoir de conquérir la liberté de tous.Apprentissage de la liberté, l\u2019éducation nationale est aussi un appel à l\u2019espoir.Elle demande qu\u2019une nouvelle vigueur unanime monte de partout au pays du Québec.Elle valorise nos constantes : être français et catholique.Elle représente alors une somme d\u2019idées constructrices, reliées entre elles, qui échappent à l\u2019éparpillement, à ces modes successives qui désorientent.Elle grandit l\u2019homme de toute la grandeur de la cause à servir : son pays et sa nation.Le secrétaire de la rédaction DOLLARD DES ORMEAUX, HIER, AUJOURD\u2019HUI ET DEMAIN j)u r _ Adrien Le 18 avril 1660, troisième dimanche après Pâques, dix-sept jeunes gens de vingt à trente et un ans, ayant communié le matin et juré d\u2019être fidèles à leur commun dessein, quittaient en canot Ville-Marie dans la direction de l\u2019Outaouais.Ils avaient des provisions et des munitions pour tout l\u2019été.Leur but, pour lequel ils avaient obtenu l\u2019agrément du gouverneur Maisonneuve, c\u2019était de prendre l\u2019offensive contre les petites bandes iroquoises qui, à cette époque de l\u2019année, revenaient de leurs chasses et, les précédant aux rapides du Long-Sault, d\u2019empêcher qu\u2019elles ne s\u2019emparent des convois de fourrures et ne se livrent à leur habituelle guerre de surprise.Adam Dollard des Ormeaux, qui avait pris l\u2019initiative de cette périlleuse expédition, était l\u2019un des officiers de la garnison du fort.Les compagnons qu'il avait gagnés à son projet étaient tous, comme lui, des célibataires, soldats, artisans ou défricheurs, recrutés par les Associés de Ville-Marie et arrivés en Nouvelle-France depuis deux ans et plus.Quelques-uns possédaient ou occupaient de petites concessions : ils jugeaient urgent de les abandonner même avant les semailles; d'autres avaient en réserve de petites sommes : ils les engageaient en partie dans la mise en marche de l\u2019expédition.Incertains s\u2019ils reviendraient, ils mirent ordre à leurs affaires par testament, donation, billet, cession verbale.L\u2019un des dix-sept s\u2019était désisté, cédant 706 L\u2019ACTION NATIONALE sans doute à l'avis des sages : il se reprend le lendemain et retrouve sa place parmi les vaillants.En route, ils sont rejoints par une flottille de Hurons et d\u2019Algonquins, partis eux aussi, de Québec et des Trois-Rivières, pour la petite guerre du printemps.Quand ils eurent atteint le Long-Sault, ils s\u2019installèrent en face de l\u2019étroit \"passage infaillible\u2019\u2019 où un à un, à la file indienne, devaient descendre tous les canots, amis ou ennemis.C\u2019était le samedi 1er mai.Le lendemain, des éclaireurs, revenant en hâte d\u2019une exploration vers l\u2019amont, rapportèrent avoir vu des canots iroquois, qui avaient comme eux rebroussé chemin.On délibéra.Ëtaient-ce des chasseurs ?Le piège était découvert.Étaient-ce des guerriers d\u2019avant-garde ?Il valait mieux retourner à Montréal.Ainsi proposaient l\u2019un ou l\u2019autre des nouveaux-venus.Les Français étaient d\u2019un autre avis.Ils avaient entrepris une guerre d\u2019offensive; ils avaient juré de ne pas reculer, dussent-ils tous en mourir.Ils ne reviendraient pas en arrière et se battraient de toute leur âme.Étienne Annotaha, le capitaine des Hurons, convainquit ses hommes de tenir le coup avec les Français; Mitiouémeg, le capitaine algonquin, suggéra d\u2019utiliser le méchant petit fort construit l\u2019automne passé par sa tribu.Les dix-sept Français s\u2019y réfugièrent avec les quatre Algonquins; il n\u2019est pas sûr que les quarante Hurons y purent trouver place.Les Iroquois ne leur donnèrent pas le temps de s\u2019y fortifier.Le soir même, deux cents Onontagués parurent en belle ordonnance et, tout en parlementant, dressèrent fort contre fort.Leurs assauts furent repoussés.Parmi les morts gisait leur capitaine : un des adolescents de la bande des Hurons sauta la palissade, coupa la tête du guerrier et la piqua sur un pieu du fort.Les Onontagués avouèrent que DOLLARD DES ORMEAUX 707 si, à ce moment de désarroi, les assiégés fussent sortis et les eussent poursuivis, la victoire leur fût restée.Profitant de l'erreur, ils dépêchèrent un canot vers l\u2019embouchure du Richelieu, où les attendaient six cents Agniers et Onneiouts.Pagayant sans arrêt de toute la force de leurs bras, ceux-ci parvinrent au Long-Sault vers le 10 mai, ayant signalé leur approche par une fusillade, à laquelle répondirent des clameurs de joie.Comprenant leur alarmante situation, les assiégés députent une ambassade : un Onneiout huronisé, ancien prisonnier récemment sauvé du feu, qu'accompagneront deux capitaines hurons.Or il y avait, parmi les Onontagués, un bon nombre de Hurons chrétiens, arrachés voilà quatre ans, à la colonie de l\u2019île d\u2019Orléans.S\u2019approchant de la palissade, ils vinrent solliciter leurs frères de sauver leur vie en venant les rejoindre.Neuf seulement sur trente-sept refusèrent de trahir leurs compagnons français et algonquins.Il resta dans le fort trente résistants, décidés à tenir jusqu\u2019au bout.De fait, c'est une fusillade hâtive et de défiance, avant la fin des pourparlers, qui déclencha l\u2019assaut final des Iroquois exaspérés.Un blocus qui avait duré huit jour au moins, disette d\u2019eau, la faim, l'insomnie, l\u2019épuisement des munitions, l\u2019inégalité du nombre et ce fameux baril de poudre qui, trop faiblement lancé, retomba dans le fort, tout cela avait rendu la victoire impossible.La pureté des intentions et la prière incessante abandonnaient au Seigneur le gaspillage apparent de tant de capital humain pour les Français : le dixième de la population masculine de Ville-Marie.Les Iroquois avaient bien perdu quatre-vingts hommes; sur les trente assiégés, cinq Français et quatre Hurons torn- 708 L\u2019ACTION NATIONALE bèrent vivants entre leurs mains.Les Visages pâles furent répartis entre les combattants : deux aux Agniers, deux aux Onontagués, un aux Onneiouts.Celui-ci, blessé à la tête, fut brûlé en route; l\u2019un des captifs des Agniers subit le même supplice dès l'entrée dans leur bourg, l'autre réussit, comme autrefois le P.Jogues, à regagner la France par la Nouvelle-Hollande; des deux prisonniers des Onontagués, l'un, qui d'un coup de pistolet subrepticement saisi avait tué son maître, fut exécuté sur-le-champ, l'autre \u2014 on sait son nom : René Doussin \u2014 endura patiemment, avant d\u2019expier dans le brasier, des souffrances inouïes.Tous ces renseignements, sur l'organisation de l'expédition, les péripéties du combat et le destin des survivants, sont tirés ds ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler \"le dossier de Dollard\u201d.Il est constitué de huit pièces ou groupes de pièces : l\u2019acte de décès et autres documents d\u2019archives montréalais, le Journal des Jésuites, le mémoire du P.Chaumont, quatre lettres de Marie de l\u2019Incarnation, trois des Papiers du gouverneur d\u2019Argenson, le récit de Pierre-Esprit Radisson, la Relation du P.Le Jeune pour 1659-1660, l\u2019Histoire du Montréal de Dollier de Casson.Pour la première fois, le dossier de Dollard vient d\u2019être publié intégralement, chaque document étant présenté et annoté séparément avant d'apporter sa lumière à la synthèse finale.C\u2019est la Société historique de Québec qui s\u2019est chargée de la besogne, dans son douzième Cahier d\u2019Histoire*1 *.Plusieurs raisons l\u2019y ont décidée : c\u2019est Québec qui fut la 1.L\u2019exploit du Long-Sault, Les témoignages des contemporains présentés par Adrien Pouliot, S.J., et Silvio Dumas, Cahier d\u2019Histoire no 12 de la Société historique de Québec, Université Laval, Québec.140 pages; $1.00. DOLLARD DES ORMEAUX 709 première bénéficiaire du glorieux sacrifice des jeunes Montréalais; une partie des héros \u2014 la dizaine de Hurons fidèles \u2014 habitaient Québec et y avaient leurs familles; cinq des principales pièces du dossier de Dollard furent rédigées à Québec.Mettre en pleine lumière l\u2019exploit du Long-Sault, à l\u2019occasion du troisième centenaire, devenait un devoir pour une société fondée en vue de promouvoir l\u2019amour éclairé de la petite ou de la grande patrie.En s'y astreignant de toute son âme, cinq mois durant, elle croit avoir exercée de plus \u2014 qu\u2019on lui permette cette fierté \u2014 une utile \"action nationale\u201d.Le procès que nous avons institué, est en effet, une cause-type.L\u2019enseignement de l'histoire du Canada, à tous les paliers, est actuellement obsédé d\u2019une pénible tentation : démolir nos héros.C\u2019est déjà mauvais dans le cas de personnages embellis par la légende; c\u2019est très grave quand il s\u2019agit de personnages que la légende n'a pas besoin d'embellir.Dollard des Ormeaux ! Que fut-il aux yeux des jeunes que nous étions hier ?Qu\u2019est-il devenu pour les jeunes d\u2019aujourd'hui ?Quelle espérance avons-nous qu\u2019il reprenne demain sa vraie stature ?* * * Ne voulant envelopper personne dans les reproches que pourrait bien m'attirer ce que je vais écrire, j\u2019ose en prendre l\u2019entière responsabilité.Il est un âge où la somme de vos expériences et de vos réflexions vous enjoint d\u2019exprimer votre opinion.C'est évidemment parce que vous avez la conviction qu\u2019elle peut être utile ne serait-ce qu\u2019en libérant la conscience de ceux qui la partagent en silence. 710 L'ACTION NATIONALE J\u2019ai fait mes études classiques dans une institution dont les maîtres, comme leurs émules des autres collèges, avaient particulièrement à coeur la formation complète du jeune Canadien français.La principale organisation parascolaire, en ces temps lointains, c\u2019était l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française.Elle groupait, pour les cercles hebdomadaires ou des récollections mensuelles, ceux qu\u2019avaient gagnés, par le ministère d\u2019apôtres discrets, l\u2019esto vit¦ de sa devise ou la trilogie piété, étude, action de son programme.LAction française naissait.Animée de la même spiritualité orthodoxe que Le Semeur (organe de l\u2019A.C.J.C.), elle était davantage lue, méditée, assimilée, parce qu\u2019elle poussait énergiquement à une concrète action d\u2019ensemble.C\u2019est de 1918 à 1925 que s\u2019organisa, sous la poussée conjointe de l\u2019Action française et de l\u2019A.C.J.C., la \"fête de Dollard\u201d.Le congé civique du 24 mai \u2014 fête de la reine Victoria \u2014 engageait les organisateurs à y accrocher un anniversaire tombant en mai et rendait possible la participation du public.Celui-ci fut d\u2019abord convoqué au pied du Long-Sault.L\u2019abbé Guindon, sulpicien, qui, avait interrogé avec soin les documents, publiait de nouveau ses conclusions, dans l\u2019Action française, avec une carte explicative.Le pèlerinage à Carillon, repris l\u2019année suivante, fut l\u2019occasion du dévoilement d\u2019une stèle à Dollard, ornée d'un bronze de Laliberté.Ces premières célébrations s\u2019amplifièrent considérablement dès 1920.\"Il faut que la fête devienne universelle, écrivait en avril l'abbé Lionel Groulx, directeur de la revue, qu\u2019elle entre si bien dans nos habitudes et dans nos traditions que le 24 mai ne s\u2019appelle plus, dans l\u2019Amérique française, que \"la fête de Dollard\u201d.En 1920 c\u2019était une DOLLARD DES ORMEAUX 711 audace; est-il besoin de signaler que ce n'est pas l\u2019initiative de l\u2019Action française qui a fait supprimer avec le temps, parce qu'elle avait perdu de son mordant, la fête de la reine Victoria.Quoi qu\u2019il en soit, Dollard, d\u2019année en année, gagnait du terrain.Trois initiatives concrètes y contribuèrent en 1920 : la diffusion à des milliers d\u2019exemplaires, d\u2019un chapitre de l\u2019historien Faillon, sous le titre de L\u2019exploit de Dollard; le lancement de la rose de Dollard, que la Ligue des Demoiselles canadiennes-françaises, au Manitoba, que les cercles de Verchères et Notre-Dame, à Lévis, pour ne citer que deux exemples, épinglaient sur des centaines et des centaines de poitrines; à Montréal, une étincelante conférence de l'abbé Groulx, organisée par l\u2019Association catholique des Voyageurs de Commerce, présidée par sa Grandeur Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, et intitulée Si Dollard revenait.Une quatrième initiative dut être retardée au 24 juin : le dévoilement, dans le parc Lafontaine, d\u2019un grand monument à Dollard et à ses compagnons, nouveau succès d'Alfred Laliberté.La fête de Dollard s\u2019installait, non seulement à Montréal et à Carillon, non seulement dans la province de Québec, mais un peu partout, au Canada, et même, grâce à L\u2019Union Saint-Jean-Baptiste-d\u2019Amérique, dans les centres français de la Nouvelle-Angleterre.C\u2019est que cette méditation collective sur le sacrifice du Long-Sault répondait à un besoin profond : l\u2019âme nationale trouvait en Dollard des Ormeaux le symbole qui la définissait en ses meilleurs éléments.A Carillon, le 23 mai 1921, il y avait trois mille participants.L\u2019évêque de Mont-Laurier, Mgr Brunet, originaire de Carillon, célébra la messe; Mgr Philippe Perrier, 712 L'ACTION NATIONALE le sage conseiller des directeurs de l'Action française, prononça le sermon; Arthur Sauvé, député du comté des Deux-Montagnes et chef provincial de l'opposition, y vint : \"Être de cette fête, déclara-t-il, c\u2019est chérir les institutions de nos pères, aimer son pays, le chanter avec le souffle du coeur et du sang\u201d.La manifestation montréalaise commença au retour des pèlerins, par une veillée d'armes à Notre-Dame.Les Acéjis-tes avaient la responsabilité du service d\u2019ordre; un acadien \u2014 M.Benoit Poirier \u2014 touchait l\u2019orgue; le curé Perrin, successeur de M.Souart, ouvrit le vieux registre paroissial et lut solennellement l\u2019acte de décès; le Père Adélard Du-gré, professeur de théologie au Scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception, avait été chargé de la prédication.\"Ce n\u2019est pas seulement un homme que nous honorons ce soir, ce ne sont pas seulement les dix-sept braves du Long-Sault, nous honorons, dans un fait particulièrement brillant, toute cette phalange d\u2019êtres humains qui, pour les motifs les plus nobles et les plus purs, dans la pratique des plus sublimes vertus de religion et de renoncement, s\u2019immortalisèrent pendant plus d\u2019un demi-siècle pour implanter dans ces terres la foi chrétienne et pour y fonder la nation que nous sommes aujourd'hui.L\u2019enthousiasme de la foule à célébrer ces nobles coeurs est un gage qu\u2019elle ne renie pas les causes pour lesquelles ils ont cessé de se battre.Une nation dont la naissance a coûté le sang des martyrs et la mort des héros n\u2019a pas le droit d\u2019être médiocre.\u201d Le chroniqueur de l\u2019Action française résumait chaque année, en juin et en juillet, les célébrations du 24 mai.En 1922, il reconnaît que sa tâche devient plus difficile; en 1923, il déclare que les soixante-quatre pages de la revue ne suffiraient pas à tout consigner.Il signale, en 1922, DOLLARD DES ORMEAUX 713 qu\u2019un professeur d\u2019Ëcole normale a vendu, à lui seul, dans sa petite ville, quatre cents roses de Dollard; il annonce, en 1923 la publication, par le P.Larivière, c.s.v., du Collège Bourget, d\u2019un chant à Dollard, exécuté en primeur au pied du monument du Long-Sault et qu'on peut se procurer en quatre éditions différentes.Lors du dernier pèlerinage à Carillon, le ministre de la colonisation, dans le gouvernement Taschereau, Joseph-Édouard Perrault, avait éloquemment, au nom de Dollard, réclamé la collaboration de tous à une politique qui tâchait d\u2019enrayer l'exode rural.Dans la capitale fédérale, où quelques années plus tôt, tous les carillons catholiques avaient tinté le glas des dix-sept héros et sonné leur gloire à toute volée, Joseph Blain, président général de l\u2019A.C.J.C., présentait au gouvernement canadien le buste de Dollard.L\u2019honorable Rodolphe Lemieux, président de la Chambre des Communes, accueillit la délégation.\"En entrant dans le parlement de la nation, proclama Joseph Blain, Dollard rappela à nos compatriotes d\u2019autre race de quelle histoire nous sommes, et au souvenir de ce que nous a coûté le droit de vivre en ce pays, la loyauté de nos associés politiques comprendra le prix que nous attachons à l\u2019intégrité de notre héritage.\u201d Le 24 mai était maintenant célébré d\u2019un bout à l\u2019autre du pays, partout où il y avait un collège, un couvent, une école dirigés par des Canadiens français; des paroisses même organisaient leurs manifestations d\u2019adultes : le chroniqueur mentionnait Saint-Sauveur et Notre-Dame du Chemin, à Québec.Hors de la province, Edmonton, Gravel-bourg, Saint-Boniface, Sudbury, Ottawa, se signalaient.Au Collège Sainte-Marie de Montréal, le P.Louis de Léry, alors surveillant à la cour des Petits, mettait à profit le 714 L'ACTION NATIONALE \"jeu de bouclier\u201d : \"Ce petit combat, où les enfants ont vécu une page glorieuse de leur histoire, ne sera pas sans portée morale\u201d, relatait son confrère le P.Joseph Fortier.\"Des enfants qui auront senti battre en leur poitrine, ne fût-ce que quelques instants et par adoption d'héroïsme, le coeur de Dollard, sont déjà un peu immunisés contre les défaillances et les reculades.\u201d 1924 et 1925 me paraissent avoir atteint l\u2019apogée.En 1924, c'est sir Lomer Gouin, l\u2019homme d\u2019affaires averti, ancien premier ministre de la province, qui engage les étudiants de l\u2019Université de Montréal, groupés par Jean Bruchési, à prendre Dollard pour leur modèle d\u2019homme de devoir.En 1925, c'est l\u2019abbé d\u2019Eschambault qui organise au Manitoba, sous le patronage de S.G.Mgr Béliveau, trois jours de méditation patriotique sur le thème de Dollard; à Notre-Dame-du-Lac, dans le Témiscouata, c\u2019est le docteur Dubé qui monte un pageant de deux cents acteurs; devant la Madonne du Bocage, au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, ce sont deux finissants qui expliquent à leurs six cents condisciples \"pourquoi et comment il faut être patriotes\u201d; à Québec, après une parade de la garde Dollard vers l\u2019église Saint-Malo, le matin, c\u2019est, le soir, sur l'évocatrice Terrasse, l\u2019applaudissement de la foule aux harangues profondément sincères de l\u2019inspecteur C.-J.Magnan et du docteur Jules Vallée; à Montréal, l\u2019éloquent chanoine Stephen Coubé, qui vient de prêcher le carême à la paroisse Saint-Eusèbe, s\u2019écrie, édifié : \"L\u2019âme de Dollard revit dans vos coeurs !\u201d Émile Bruchési avait fourni la seule explication satisfaisante de cet enthousiasme, en terminant sa chronique de 1923 : La raison de ce triomphe est simple : Dollard était un jeune.Sa piété, son sacrifice et son héroïsme touchent les coeurs, réchauffent les ardeurs généreuses.Puis nous avions besoin d un chef.Il DOLLARD DES ORMEAUX 715 est maintenant rentré dans notre vie.Il sera pour la nation un élément de résistance et de survivance.\u201d Voilà ce que nous lisions, voilà ce que nous vivions, nous les jeunes d\u2019il y a quarante ans.L\u2019adolescent que j\u2019étais, n\u2019a peut-être pas philosophé très profondément sur le message de Dollard.D\u2019autres, plus mûrs, l'on fait.Je respirais tout bonnement, pour mon plus grand profit, l'atmosphère d'optimisme et d\u2019idéal qui conviendra toujours à l\u2019adolescence.Le souvenir le plus vivace que je garde de ces manifestations \u2014 il prouve que la trouvaille était psychologique \u2014 c\u2019est l'appel des héros.Imaginée lors du deux cent cinquantième anniversaire, sur la Place d\u2019Armes, en 1910, quand l\u2019irlandais J.C.Walsh, rédacteur au Herald, organisa la première démonstration en l\u2019honneur de Dollard, elle fut exploitée à fond par les promoteurs de la fête annuelle.\"Adam Dollard des Ormeaux, Jacques Brassier, Jean Tavernier, Nicolas Tiblemont, Laurent Hébert.\u201d, lançait posément, solennellement et avec des intervalles de silence, le maître des cérémonies.Et chacun des héros recevait tour à tour l\u2019hommage respectueux de nos \"Mort au champ d\u2019honneur !\u201d \u2014 nous tenions la formule de la première guerre mondiale \u2014 auxquels les clairons ou le canon donnaient leur plein sens d\u2019appel à la fidélité.Nous étions impressionnables ?Les jeunes le seront toujours.Plaise au ciel que les causes qui sollicitent leur enthousiasme aient toujours autant de noblesse et de vérité ! Devenu professeur dans la Compagnie de Jésus, j\u2019ai retrouvé Dollard au Collège du Sacré-Coeur de Sudbury' et au Collège des Jésuites de Québec.Dans les deux institutions soufflait le même esprit, plus vif, peut-être, plus conscient et plus résolu en Ontario; ici et là, le 24 mai. 716 L\u2019ACTION NATIONALE le congé débutait par une messe en plein air, à laquelle participait la jeunesse étudiante du collège et de la ville; ici et là, au cours de la journée, tournois sportifs, souper canadien à Sudbury, soirée patriotique; ici et là présidait, sculptée ou dessinée, l\u2019énergique figure du héros.C'était entre 1930 et 1940.Dollard était devenu l'inspirateur de la jeunesse canadienne-française, son idéal.A ce point que voulant stimuler l\u2019enrôlement volontaire, durant le grand conflit mondial, le ministère de la défense fit sa campagne au nom de Dollard des Ormeaux.Les temps sont changés.Au cours des cinq mois qu'a duré la préparation de notre Cahier d'Histoire, les occasions ne nous ont pas manqué de saisir sur le vif l'attitude différente des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui.\"Dollard, ça n\u2019existe plus ! \u2014 \"C\u2019est du mystique : on ne peut pas s'y fier !\u201d \u2014 \"Notre professeur nous l'a dit : Dollard, c\u2019était un aventurier cousu de dettes, qui, pour les acquitter, cherchait à s'emparer des fourrures des Iroquois.\u201d \u2014 \"On en a la preuve : trois jours avant son départ, il reconnaissait, par un billet rédigé par lui et signé de sa main, devoir 48 livres, qu\u2019il promettait de payer à son retour.\u201d \u2014 C\u2019est la grande et finale démonstration.Les professeurs qui la brandissent ont-ils calculé ce que valaient alors 48 livres ?La livre a été remplacée par le franc de vingt sous : 48 livres, c\u2019était environ $10.00.Se sont-ils demandé qui était le créancier Jean Aubuchon ?Un marchand, à qui il était normal que l'organisateur achetât des provisions.Ont-ils comparé les dettes totales de Dollard (115 livres) avec celles de Tavernier (223 livres) et de Doussin (415 livres) ?Ont-ils réfléchi à l\u2019impasse où ils conduisaient leurs élèves : si l'expédition du Long-Sault avait pour but d\u2019aller tendre un traquenard aux Iroquois afin de pouvoir sortir d\u2019embarras personnels, c\u2019est à sauver des incapables DOLLARD DES ORMEAUX 717 que Maisonneuve donna son placet et qu'il sacrifia quatorze autres gagne-petit, au moment où les semailles réclamaient tout les bras.\u2014 \"Pour convaincre le professeur de sa fausse interprétation, me confiait un maître, je lui ai passé la Relation de 1660.Il a fait la moue : Les Relations, à ses yeux, ce ne sont que des bulletins de propagande, sans valeur historique.\u201d \u2014 \"Et le témoignage de Marie de l'Incarnation ?Également nul : c\u2019est une cloîtrée.\u201d \u2014 \"Ce n'est pas vrai, n'est-ce pas, que les 17 prononcèrent le serment de lutter jusqu'à la mort : c\u2019est une légende !\u201d Légende ! C'est le mot de passe des sceptiques.\u2014 L'étude approfondie et prolongée du dossier de Dollard nous a, quant à nous, permis de reprendre contact avec des textes authentiques et, après les avoir pesés nous-mêmes, de les soumettre au jugement du public.Celui-ci sera en mesure de dénoncer à son tour les dénonciateurs.\u2014 \"Je suis bien aise de vous entendre, mon père, me disait, tout ému, un sexagénaire du bas du fleuve.L'autre jour, mon grand garçon nous est arrivé à la maison en déclarant que Dollard, il ne fallait plus croire à cela.Il l'avait entendu dire par des amis.Au moins, lui ai-je demandé, ne le répète pas : c\u2019est grave de contribuer à tuer nos traditions.\u201d \u2014 \"Vaut-il la peine de publier un Cahier sur Dollard ?Vous avez besoin d'être objectif et solide, car la question est bien controversée.\" \u2014 Vous avez choisi d\u2019écrire sur Dollard, je compte sur vous pour ne pas exagérer vos éloges.\u201d A ces opinions individuelles sans répercussion générale \u2014 bien qu\u2019elles semblent traduire l'opinion qui prévaut chez les étudiants \u2014 je tiens à joindre deux déclarations d\u2019envergure qui m'ont fait réfléchir sur l\u2019orientation que l'on est en train de donner à nos élites.Mes réflexions valent ce qu\u2019elles valent : je les livre. 718 L\u2019ACTION NATIONALE Le 1er novembre 1959, l\u2019A.J.C.tenait à Lévis son congrès annuel.Il y fut question du troisième centenaire de l\u2019exploit du Long-Sault.Voici comment un journaliste résume la discussion : \"Une partie des délégués manifesta son désir de donner à cet événement tout l\u2019éclat possible.Il s\u2019agissait là des partisans de l\u2019école historique du chanoine Groulx.Une plus grande partie, cependant, les partisans de l\u2019historien Brunet, mit en doute le caractère héroïque de l\u2019expédition de Dollard, tandis qu\u2019un petit nombre, encore plus radicaux, voulaient faire disparaître entièrement le caractère sentimental de ces réunions nationalistes et voulaient qu\u2019on s'attache exclusivement à l\u2019étude des questions fondamentales, sans exalter la mémoire des héros ou présumés héros.\u201d À moins que ce ne soit par une simplification commode, dont le journaliste prenait la responsabilité \u2014- s\u2019il y a fondement, c\u2019est son droit \u2014 je ne vois pas en quoi, à propos de Dollard, il y aurait opposition entre le chanoine Groulx et le professeur Brunet, puisque tous deux, pour le régime français, semblent de la même école, puisqu'ils étudièrent, en tout cas, à la même école des textes.Je crains que nos nouvellistes ne s\u2019attirent parfois l\u2019accusation d\u2019être des créateurs ou des propagateurs de légendes.Notre homme a tout de même rendu compte de ce qu\u2019il avait observé et entendu au congrès de Lévis : selon lui, la majorité des délégués nationaux de l'A.J.C.\"met en doute le caractère héroïque de l'exploit de Dollard\u201d; il y en a même un certain nombre, dans l\u2019association chargée de la formation du sens national des jeunes Canadiens français, pour qui exalter la mémoire des héros n\u2019est pas \"une question fondamentale\u201d, pour qui les manifestations nationales sont des \"réunions nationalistes\u201d, pour qui nos DOLLARD DES ORMEAUX 719 héros traditionnels, dès qu\u2019ils sont défigurés par des gens qui les trouvent trop grands, deviennent des \"présumés héros\u201d, pour qui, enfin, les célébrations patriotiques auxquelles toute nation a droit, dont elle a absolument besoin pour vivre,, ne peuvent même pas conserver du \"caractère sentimental\u201d la juste mesure indispensable à des humains.\"Établissant une synthèse de cet éventail d'opinions, continue le rapporteur, une résolution du congrès décida finalement \"que l\u2019on fêterait le tricentenaire du fait d\u2019armes de Dollard, mais en le dépouillant de la légende pour ne garder que le caractère de courage du héros\u201d.En même temps le thème du prochain concours oratoire provincial fut choisi.Il s\u2019agira du culte de nos héros.\u201d L'A.J.C.d\u2019aujourd\u2019hui est donc démocratiquement convaincue qu\u2019à part le courage manifesté par Dollard et ses compagnons, au cours de leur résistance, tout est légende.Encore la légende ! Qu\u2019entendent-ils par là ?Une légende, en histoire, est un fait réel embelli par la tradition orale.La vérité, sur l\u2019exploit de Dollard, est appuyée sur des textes nombreux et unanimes et elle n\u2019a pas eu besoin d\u2019être embellie par la tradition.C'est nous qui, rapetissés par la vie, ne sommes plus capables de l'admirer telle qu\u2019elle est.La seconde déclaration publique \u2014 qui a témoigné de notre petitesse dans tout le Canada \u2014 vient d\u2019être signalée et fustigée avec humour dans Y Action nationale du mois dernier.Qu'on me permette d\u2019y revenir du point de vue strictement historique (2).Des célébrités canadiennes-françaises, chez qui l\u2019on allait enquêter justement parce qu\u2019elles sont une famous family qui nous honore, ont révélé au psychologue du 2.MACLEAN'S, January, 30, I960.Famous families at Home : A visit with Gratien Gélinas, by Ken Lefolii, pp.23, 38-40. 720 L'ACTION NATIONALE MacLean's les profondeurs de leur subconscient.Tout y a passé : l\u2019art, la morale, l\u2019éducation, le patriotisme.Sur ce dernier item, que pensent les Gélinas ?Bernard Sicotte : \"Maybe the walls are coming down.If they are, we have to help by tearing down our false traditions\u2019\u2019.Michel Gélinas : \"At school we study three hundred years of false history.Our books are written by brothers with a big B who make a saint out of a roisterer like Champlain and a hero out of a bandit like Dollard des Ormeaux.\u2019\u2019 Ces bobards ne sont pas propres aux grandes cités.Il y a deux ans, communiquant avec une certaine fierté à des proches le plan des célébrations du 350ème anniversaire de la fondation de Québec, je reçus en pleine figure cette réplique d\u2019un ancien d\u2019un collège rural : \"Champlain, c\u2019est un protestant !\u201d \u2014 Et d\u2019où le tiens-tu ?demandai-je, sachant d\u2019avance la réponse.\"Notre professeur, un prêtre, nous l\u2019a prouvé : Champlain est né à Brouage, une ville calviniste; il porte un nom biblique, à la façon calviniste; on n\u2019a pas retrouvé son acte de baptême.\u201d C\u2019était donc évident : Champlain était protestant.Sa fourberie doit se prouver de la même objective manière : par des textes, ou des absences de textes.Et la dévotion certaine de Champlain à la Sainte Vierge, également prouvée par des textes : voeu à Notre-Dame de Recouvrance, sonnerie de l\u2019Angélus, testament marial ?et son amitié pour les Jésuites ?sa lutte de vingt ans finalement victorieuse contre les calvinistes, en France et en Nouvelle-France ?Nos professeurs d\u2019histoire, à mon avis, se laissent trop influencer par les articles de revue où des professionnels du dénigrement minent la vérité totale à coups de bribes de vérité.Relativement aux affirmations de Michel Gélinas, j\u2019ai voulu avoir le coeur net.Professeur d\u2019histoire pendant DOLLARD DES ORMEAUX 721 plusieurs années \u2014 et encore aujourd'hui, d'une autre façon \u2014, je me suis rendu aux deux Secrétariats de l\u2019Instruction publique, le catholique et le protestant.J'y ai fait la constatation suivante : dans l\u2019un et l\u2019autre curriculum des études, l'enseignement de l'histoire du Canada est confié à un \"big B\".Chez nous, Canadiens français et autres catholiques, les auteurs sont généralement des Frères (disons: des Brothers).Chez eux, Anglo-protestants et nationaux d'autres religions, l'auteur s\u2019appelle George W.Brown.C\u2019est un membre de la Société royale du Canada, un ancien président de la Société historique du Canada; il est professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Toronto, où il dirige consciencieusement les étudiants qui y préparent un degré en histoire.Or, dans le manuel qu\u2019il a rédigé à l'usage des High Schools, son paragraphe sur Dollard ressemble comme un \"frère\u2019\u2019 à celui des Frères.Je vous trompe ?Ouvrez Building the Canadian Nation, à la page 100, facile à retenir, de l'édition de 1958, \"completely revised and reset\".Vous y trouverez une illustration : Bust of Dollard in the Archives of the Province of Ouebec\u201d, deux suggestions pour des lectures complémentaires : The Old Régime in Canada, de Parkman, et Dollard, a Taie in Verse, de Nathaniel Benson; dans le corps du texte, cette phrase significative : \"Dollard and his sixteen men lost their lives, but they did not die in vain for the Iroquois gave up their attack on New France and went home to their villages.\" Sur le \"sacrifice de Dollard\u201d, le docteur Brown (comme Stewart Wallace, Aileen Garland, Donalda Dickie, Arthur Darland) enseigne aux jeunes Anglo-Canadiens de l\u2019Ontario et du Québec la même \"fausseté\u201d que nous.Ouvrez leurs livres du maître, examinez les questionnaires et vous constaterez que l\u2019objectivité anglo-saxonne \u2014\u2022 moins impressionnable et peut-être moins superficielle 722 L\u2019ACTION NATIONALE que la nôtre \u2014 est en train de protéger nos héros du régime français contre nos folles démolitions.* * * Faut-il s\u2019alarmer de ces crises ?Il faut les prendre au sérieux, car elles révèlent, chez ceux qui les vivent, des exigences sincères, dans la ligne même de leur temps.L'heure est aux méthodes positives de la science.Le Cahier d'Histoire que vient de publier la Société historique de Québec plaira à tous et aux jeunes, parce qu\u2019il met à leur portée l\u2019instrument de travail et de recherche personnelle qu'ils réclamaient à grands cris : 'Que l'on fournisse des textes ! Nous voulons l\u2019histoire vraie !\u201d s\u2019écriaient tous les orateurs du concours oratoire intercollégial.II faut aussi s\u2019en inquiéter, en ce sens qu\u2019il ne faut pas rester passif, tout laisser dire et tout laisser faire : Aetatem non habent.\"Déboulonnons Dollard de son piédestral\u201d, clamaient encore des orateurs.S\u2019ils en étaient restés là ! Mais non.Quelqu\u2019un a crânement affirmé que Chapais et Groulx avaient écrit leurs oeuvres sans s\u2019appuyer sur des documents ! Une phrase de Paul Géraldy, dans Les grands garçons, m\u2019est revenue à la mémoire : \"Si vous n êtes pas un peu révolutionnaire à vingt ans, vous manquez de sensibilité.\u201d C'est le propre des jeunes de juger sans valeur les conquêtes des anciens.Mais cette suffisance inconsciente, il appartient au tact et à l\u2019autorité du professeur adulte de la réduire à de justes proportions.Car, continue Paul Géraldy, \"si, à quarante ans, vous n\u2019êtes pas conservateur, vous manquez de jugement.\u201d Comment se fait-il que des discours si châtiés, si épurés quant à la diction, quant au geste, quant à l\u2019action oratoire, n\u2019aient pas été, avant toute publicité, nettoyés des opim'ons fausses et des jugements DOLLARD DES ORMEAUX 723 injustes qu\u2019ils contenaient ?C'est cela qui est inquiétant.\"C\u2019est très grave de contribuer à tuer .la vérité\u201d.Il ne faut cependant pas trop s'alarmer.La vie est faite de luttes et si l\u2019organisme est vigoureux, il sort vainqueur de l'épidémie; il en sort même immunisé.Cette loi de la nature est un motif d\u2019espérance.Ceux qui reprendront, après nous, l'étude minutieuse du dossier de Dollard en sortirons, comme nous, convaincus que l\u2019exploit du Long-Sault est l\u2019un des faits les mieux prouvés, les plus émouvants et les plus caractéristiques de notre histoire.Et leur admiration, passée au creuset de la critique, dépassera la nôtre.Ce contact avec les sources les rendra peut-être plus réservés et plus prudents, en face des démolisseurs.Nous avons lu avec la plus grande sympathie les historiens des diverses écoles qui ont passé au crible les éloges décernés à Dollard des Ormeaux.Nous leur rendons ce témoignage que leur critique nous a paru sérieuse, sincère, complémentaire; leur méthode rigoureuse et leur sens du détail nous ont protégés nous-mêmes contre l'emballement et l'inexactitude.Il nous fut cependant facile de constater la divergence de leurs conclusions.Alors que le professeur E.R.Adair, de l'Université McGill, termine sa longue et méticuleuse étude en déclarant : \"As a saviour of his country, Adam Dollard, Sieur des Ormeaux, must he relegated to the museum of historical myths\u2019\u2019|3l, Gustave Lanctôt, quelques pages plus loin, dans la même Canadian Historical Review, lui donne la réplique : \"Because the struggle at Long-Sault warded off from a famishing and unprepared colony devastating hordes of Iroquois bent on 3.\"A Re-interpretation of Doilard's Exploit\u201d, dans The Canadian Historical Review, vol.XIII, no 2 (juin 1932), pp.121-138. 724 L'ACTION NATIONALE destroying it, Dollard and his seventeen companions are in our opinion entitled to bear, as awarded to them by history and the grateful colonists, the name of saviours of New France\"I4).C\u2019est à se demander si nos pourchasseurs de \"faussetés historiques\u201d n'y gagneraient pas en objectivité ou en impartialité, s'ils avaient toujours en face d'eux, comme cibles, d\u2019autres historiens que leurs compariotes.Sur la thèse du professeur Adair, parue d'abord dans le Montreal Flerald du 21 mars 1932, un historien anglophone le docteur W.H.Atherton, remarquait, dans le même journal, cinq jours plus tard, que l'étude des mêmes sources l\u2019avait conduit à la conclusion contraire ! Que retiendra l'élève, s\u2019il lui manque le professeur au jugement pondéré, à l\u2019expérience mûrie, à l'humilité respectueuse des acquisitions des anciens ?Il retiendra que Champlain était un protestant et Dollard un bandit ! Au-dessus du documentaire inerte et distant, il doit y avoir un homme d'étude et de culture pour l'interpréter.En histoire comme en pédagogie, en médecine ou en science, la personnalité du savant est plus importante que sa technique.C'est notre souhait et notre espérance que les réformes qui s\u2019amorcent des programmes et des méthodes nous engendrent avant tout des hommes : ces viri que voulaient jadis former les grands éducateurs de nos collèges.4.\"Was Dollard the Saviour of New France?\u201d, Ibidem, pp.138-146. Enquête NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES FRANÇAISES?J Jjactjuei JPc A.\u2014 Sherbrooke École normale L'École normale pour hommes, en dépit de sa dési- gnation pas trop heureuse, m'a réservé une surprise agréable.La très grande majorité de ses manuels sont français ou canadiens-français.Quant à la qualité de ceux-ci du point de vue de la langue, il vaut mieux en omettre l'étude pour le moment, d\u2019autant plus que l'enseignement normalien n\u2019est pas nettement considéré comme universitaire.Institut de pédagogie Des renseignements sommaires que le directeur m'a fournis avec bonne grâce, il ressort que l'Institut est ouvert aux cultures française et américaine.La situation y semble meilleure que dans les établissements homologues de Montréal et de Québec.Le prospectus est rédigé en une langue qui n\u2019a rien de commun avec le charabia habituel.Toutefois, nous y relevons un passage bien significatif : \"La présentation matérielle de la thèse (de licence) doit se conformer aux règles exposées dans l\u2019ouvrage du R.P.R.-H.Shevenell (University of Ottawa), o.m.i.: Méthodologie de la recherche, ou dans Publication Manual of the American 72 6 L\u2019ACTION NATIONALE Psychological Association, Psychological Bulletin (Supplement), Vol.49, No 4- Convient-il, au point où nous en sommes, que nos instituts pédagogiques chevauchent sur deux cultures ?La réponse à cette question, nous la demanderons aux autorités de l\u2019Institut, en même temps que les éléments statistiques sur lesquels porte aussi notre enquête.Faculté de commerce Voici une maison qui a le mérite de la franchise, qui ne cache pas ses intentions.D\u2019après son annuaire, \"elle veut d'abord fournir des hommes compétents et cultivés aux entreprises commerciales, industrielles et publiques situées ou faisant affaires dans le territoire de l\u2019Université de Sherbrooke, ou à la périphérie.\" La Faculté de commerce ne craint pas d\u2019affirmer, en I960 et dans un milieu nord-américain, qu\u2019elle entend former des hommes cultivés.C\u2019est que \"la personnalité de l\u2019homme d'affaires doit donc être la plus riche et la plus versatile (sic) qui se puisse constituer à cause des exigences multiples de la profession et des domaines infiniment variés où elle s\u2019exerce.\u201d Un si noble idéal exigeait les grands moyens : \"Quelques-uns des cours se donnent en anglais, dans le but de mieux préparer, pour ainsi dire, l\u2019étudiant au milieu des affaires (diocèses de Nicolet, de Saint-Hyacinthe et de Sherbrooke) où il sera, par la force des choses, généralement appelé à travailler à la sortie de ses études.La Faculté de Commerce veut aussi, par là, rappeler à ses étudiants le caractère bilingue du pays .\u201d Elle y réussit très bien sans doute, mais elle n'avait pas besoin de se donner tant de mal : la simple lecture de quelques pages de son annuaire nous rappelle le style et NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES 727 l\u2019atmosphère de nos fameuses écoles commerciales d\u2019autrefois, pépinières incomparables de \"parfaits bilingues\".Faculté des sciences Les manuels et ouvrages recommandés sont au nombre de 199, dont 175 en langue anglaise, 22 en langue française et 2 inclassables à cet égard.La proportion du français serait donc d'à peu près 11 p.100, contre 24 à Montréal.Je ne sais à quoi attribuer cette différence, sauf que les effectifs enseignants comprennent de nombreux diplômés de Laval, McGill, Toronto et Ottawa.Dis-moi où tu as étudié, je te dirai ce que tu enseignes.Faut-il que tant de conditionnements et de déterminismes composent nos libertés d'hommes du XXe siècle ?Il est vrai que le monde est jeune et que l\u2019abolition de l\u2019esclavage en Amérique ne remonte pas à un siècle.Quant aux deux inclassables, l\u2019un est une traduction et l'autre, l\u2019ouvrage d\u2019un professeur de Laval dont le titre même renferme un calque insolent : Syllabus pour la Dissection en Anatomie comparée.En français syllabus a pris le sens de \"liste d\u2019erreurs touchant la foi\u201d.A propos de calques, et parmi ceux dont la Faculté des sciences a truffé son annuaire, on trouve celui de text-book (ou text), qui a donné : texte.Dans pareil contexte, est-il encore possible de faire une enquête sur les manuels ?Ou vaudrait-il mieux élargir la question au rôle des mimétismes dans notre évolution culturelle ?Mimétismes Il suffit de parcourir quelques pages des annuaires de nos trois universités pour constater le phénomène, bien humain, hélas ! du mimétisme.Ne nous affligeons pas trop 728 L'ACTION NATIONALE cependant, car l imitation est à l'origine du langage, et les mots n'ont de sens qu'une fois fixés dans les moules de la convention.D\u2019ailleurs le mimétisme verbal lui-même ne se prête-t-il pas à divers choix, à un certain libre arbitre ?II existe une multitude de langues et, dans l\u2019aire de chacune, des variétés régionales (dialectes, patois, etc.), sociales (bon usage, parlers aristocratique, bourgeois, populaire, paysan, familier, argot) et professionnelles (jargons de métier, technologies).D\u2019autre part, ces choix ne sont-ils pas théoriques plutôt que réels dans la plupart des cas ?Avons-nous choisi de naître en pays francophone et de parents français ?d\u2019appartenir à telle classe de la société de préférence à telle autre ?d\u2019exercer tel métier, telle profession, tel art, indépendamment d\u2019un concours de circonstances extérieur à notre volonté ?Et faison-nous de la parole un usage qui nous soit propre dans une mesure vraiment appréciable ?Questions futiles, sans doute, car il vaut mieux accorder notre attention aux faits qui peuvent relever du libre arbitre ou, mieux encore, de la liberté rationnelle, bien que là non plus nous ne soyons pas entièrement à l\u2019abri du mimétisme et de l\u2019illusion.Et le domaine de la liberté rationnelle est si exigu qu\u2019il rebute la grande majorité des hommes, à plus forte raison dans une province en tutelle et en mauvaise conscience.Il n\u2019est pas étonnant alors que ceux qui se préoccupent chez nous de ce problème cèdent pour la plupart à la terrible tentation de la tricherie, qu\u2019en s\u2019accordant aux plus récentes victoires des déterminismes triomphateurs ils rendent hommage à la liberté.Plutôt que d\u2019en chercher la voie étroite, ils s\u2019agitent follement dans la sphère immense du déterminé, claironnant après coup la théorie de ses derniers progrès. NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES 729 L\u2019idéologie de l\u2019ouverture sur le monde anglo-saxon (internationalisme lavalien) ne provient-elle pas justement d\u2019un milieu où l\u2019américanisation était déjà un fait patent depuis de nombreuses années ?Ses prophètes me font penser à des noyés qui s\u2019inviteraient mutuellement à boire pour se rassurer.Qu\u2019ils renoncent donc à tous ces artifices, car l'histoire ne se récrit pas : c\u2019est sur le présent et l'avenir que l\u2019action doit porter.D\u2019ailleurs, un fait d\u2019assimilation ne se sanctionne pas par une idéologie.Il faut que la nation puisse se prononcer en connaissance de cause, dans la mesure où elle peut accéder à l\u2019acte libre.Et il n'y a rien de moins libre qu\u2019une campagne de justification.Mais que conclure, si nous vivons dans un univers où les événements influent à ce point sur notre conduite, où les mimétismes enchaînent presque invinciblement qu\u2019ils soient organisés (enseignement, réclame, information-propagande) ou diffus (modes, vogues, snobisme, engouements) ?Qu\u2019il faut analyser ces mimétismes qui s\u2019enroulent sur la trame de nos existences et refuser de nous soumettre passivement à leurs lois et, au besoin et si possible, faire prévaloir sur eux l\u2019usage de la liberté rationnelle.Dans Cité libre de janvier-février, M.Jean-Charles Falardeau s\u2019élève contre l\u2019imitation des modèles français et affirme que notre tâche consiste à inventer notre culture.Fier idéal en soi, mais ne provient-il pas d\u2019un mimétisme, d\u2019un mimétisme inavoué qui tend, celui-là, à nous séparer du monde français en matière de langue et de culture, sous le prétexte de vouloir réaliser une autarcie culturelle québécoise.Voisins d\u2019un pays dont la culture s\u2019appuie sur la plus puissante civilisation matérielle de tous les temps, dépourvus de tout rayonnement extérieur \u2014 et même intérieur \u2014, avons-nous à l\u2019heure présente d\u2019autres choix que le repliement ou une symbiose culturelle avec 730 L'ACTION NATIONALE la France ou les États-Unis.D'ailleurs chaque fois que nous nous émancipons de l\u2019un de ces deux pays, c\u2019est habituellement pour nous soumettre à l'autre (ex.: Laval).Le tort de M.Falardeau et de ses amis, c'est de tout embrouiller en feignant de posséder en ce domaine les éléments d\u2019un choix libre, alors qu\u2019ils sont liés, déterminé et conditionnés par une situation de faits déjà vieille d\u2019une génération.Ne leur imputons pas toutefois la responsabilité d'un phénomène d\u2019assimilation dont ils n\u2019ont été que les aveugles instruments.Pour que la nation puisse choisir, pour qu\u2019elle puisse décider si elle veut demeurer française ou non, il faut que les idéologues lavaliens aient la décence de mettre fin à leurs fausses délibérations sur un choix culturel que des événements fortuits leur ont imposé, il y a longtemps, à une époque d\u2019innocence, d\u2019improvisation et de désarroi.Si nous voulons réduire autant qu\u2019il est humainement possible la part des mimétismes inconscients, il ne faut pas confondre pensée et attitudes, orientation réfléchie et cogitations justificatives à retardement.Au chapitre des calques, nous verrons à quoi le prurit de l\u2019invention d\u2019une culture aboutit chez nos indigénistes américanisants (fermés aux influences françaises, et béant du côté sud).Pour le moment, revenons au mimétisme qui se manifeste dans les annuaires et demandons-nous à quelle évolution de la langue et de la pensée il correspond.J'ai feuilleté des annuaires du Québec, des provinces anglo-canadiennes, des États-Unis, de la Belgique et de la France.Je dis \"feuilleter\u201d, car de telles publications ne se lisent pas.D\u2019ailleurs lire celles de nos universités serait une pénible expérience pour tout esprit français, et une occasion de contaminer sa langue pour quiconque ne peut identifier les calques lexicaux, syntaxiques et psychologiques qu\u2019elles renferment à profusion. NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES .731 Enfin, les annuaires (livrets ou guides de l\u2019étudiant en France; calendars ou catalogues, en pays de langue anglaise) se ressemblent beaucoup, ou du moins peuvent se ramener à quelques types.Ceux de nos universités ont en commun une conception générale reproduisant un modèle anglo-américain et, à quelques exceptions près, une rédaction pauvre et fortement anglicisée.Évidemment le mimétisme a joué, mais pas dans le sens des usages français.Au fait, est-il possible, ou même souhaitable, de créer de toute pièce une terminologie nouvelle pour désigner rouages administratifs, cours, titres et diplômes, sections et divisions des enseignements, ainsi que les conditions et les exigences diverses qui jalonnent la vie universitaire depuis la première inscription jusqu'à l\u2019octroi de la plus haute dignité ?On ne saurait y songer, à moins d\u2019avoir une tête à la Zamenhof, ou la bosse de la création verbale, prodige rare chez un peuple \"traduit\u201d, un peuple qui fait des études traduites, lit et écoute des informations traduites, observe et enfreint des lois traduites, baigne dans une publicité traduite, remplit des formules traduites, se nourrit de mets apprêtés d\u2019après des recettes traduites et parcourt quotidiennement des trajets à signalisation routière traduite, etc.?M.Falardeau rêve néanmoins d\u2019inventer une culture et une langue sui generis.Si tous ces succès sont à la mesure de l\u2019horrible calque : cours de baccalauréat (B.A.Course), que le Seigneur nous délivre de la fièvre de l'invention ! Calques Académique.Terme employé chez nous au sens de scolaire ou & universitaire.Année scolaire, que l\u2019on trouve dans la plupart des livrets de l\u2019étudiant des universités 732 L'ACTION NATIONALE françaises, devient année académique à Québec, à Montréal et à Sherbrooke.Academy est synonyme de university aux États-Unis.J\u2019ai relevé toutefois dans l\u2019annuaire de Bruxelles le même particularisme qu'au Canada.En France l\u2019académie est la division administrative du territoire de l\u2019université.Baccalauréat.Nouvelle discipline au programme de la Faculté des Sciences sociales, à Québec, avec la sociologie, l\u2019économique (sic), etc.Voici maintenant que Laval donne des cours de baccalauréat, à des étudiants en b .Origine de l\u2019expression : B.A.Course, où l'apposition ne saurait se rendre en français par la préposition de sans l'article.Si nos \"internationalistes\u201d ne peuvent que calquer servilement la terminologie universitaire anglo-saxonne, que du moins ils y mettent un peu d\u2019intelligence ! Chancelier.Dignitaire suprême à l\u2019Université de Montréal.Laval et Sherbrooke vont un peu plus loin dans la pompe et l\u2019archaïsme avec leur visiteur royal et chancelier apostolique et leur grand chancelier.En France et dans la plupart des universités américaines, le terme de chancelier est disparu et remplacé par celui de président.Quant à son usage au Canada français, nous vient-il de la vieille France ou des universités anglo-canadiennes ?Je ne sais, mais il rend un son vieillot qui jure, il me semble, avec certains engouements modernistes.En renonçant au vieux patrimoine culturel, on s\u2019accroche à quelques vieux colifichets.Phénomène de compensation, diront nos psychologues ! Département.Les Sciences sociales de Laval comprennent un département d\u2019économique, expression qui comporte deux particularismes, du point de vue de la communauté francophone : département au lieu de section, et économique au lieu de science économique.II est vrai que certains auteurs français recommandent l\u2019emploi du substantif. NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES 733 Que Laval se croie tenu de désigner une section de son enseignement par une traduction littérale de department of economics, la chose n'est pas grave en soi, mais ce qui est déplorable, c'est l\u2019attitude servile et la provincialisation de notre langue universitaire.Pourquoi de beaux esprits préoccupés de paraître ouverts au monde entier sont-ils si férus de cette terminologie séparatiste étrangère à l\u2019usage français par l\u2019esprit, et à l'usage américain par la lettre ?Seraient-ils moins universels que soucieux de justifier ou de masquer leur impuissance à résister aux forces de l\u2019assimilation ?Émérites.Autre exemple où le Québec conserve, ou reprend aux Anglo-Saxons, des termes devenus désuets en France.Émérite se disait autrefois des professeurs après un certain temps de sendee, ou des fonctionnaires à la retraite jouissant des honneurs de leurs titres.C\u2019est le mot honoraire qui s\u2019emploie maintenant en français dans les acceptions actuelles de Xemeritus anglais ou américain.Toutes ces survivances ne dénotent-elles pas, dans un milieu où nouveau est presque synonyme à'excellent un mimétisme si complet des Anglo-Saxons qu\u2019ils pourraient nous faire accepter la numération sexagésimale ou l\u2019écriture gothique, s\u2019il leur prenait la fantaisie de les adopter eux-mêmes ?Un brave professeur, formé à Ottawa, affirmait dernièrement que les disciplines scientifiques françaises nous sont interdites, le système métrique ne se prêtant pas encore aux énoncés d'une précision rigoureuse qu'exigent les derniers progrès de la physique et de la chimie.Évidemment, la foi est exclusive de nature.Il est impossible de poursuivre ainsi l\u2019étude des calques de notre langue universitaire : ils sont légion, et XAction nationale ne saurait se transformer en glossaire et rivaliser 734 L\u2019ACTION NATIONALE avec M.Louis Bélisle.En voici quelques autres que je livre en vrac à la réflexion des lecteurs : École de gradués.Niveau de post-gradués.Counseling individuel complet.Immatriculation junior, mineure, senior et majeure.Superviser, superviseur et supervision scolaire.Séminaire de lectures, de stage, de thèses et séminaires écrits.Cours conduisant à tel ou tel grade.S\u2019inscrire à des crédits.Cours de M.A.Ph.D.ès commerce et ès toutes sortes de choses, dont la philosophie.Mais arrêtons-nous là, c\u2019est-à-dire à ce tour de force grotesque du Philosophiae Doctor en Philosophie.Il est avec la Faculté de Philosophie certains accommodements : outre les grades canoniques du baccalauréat, de la licence et du doctorat, elle décerne les grades civils de la maîtrise ès arts et du Ph.D.en philosophie afin de \"favoriser ceux de ses étudiants qui voudraient enseigner dans les institutions anglo-canadiennes ou américaines.'' Le doctorat s\u2019obtient par deux séminaires écrits et une thèse d\u2019environ 200 pages; le Ph.D.n\u2019exige, outre les séminaires écrits qu\u2019une thèse de 150 pages.Les philosophiae doctores en philosophie seraient-ils moins doctes ou moins prolixes que les docteurs en philosophie ?Chose étrange, ce sont les docteurs à 150 pour 200 qui doivent porter double bonnet ! Nous fera-t-on croire que les Anglo-Saxons sont si bornés, qu\u2019ils se laissent prendre par des trucs de cet ordre ?Exigent-ils des diplômes à l'américaine de Maritain, de Gilson ou des autres philosophes européens pour leur accorder des chaires d\u2019enseignement et se contentent-ils de grades au rabais, pourvu que l\u2019étiquette y soit ?Mimétisme ! NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES 735 B.\u2014 Agronomie \u2014 Il Nous avons vu le mois dernier que l\u2019enseignement agricole est fortement américanisé à Sainte-Anne-de-la-Po-catière et que la prédominance du français est incertaine à Oka.Outre la pression immense du milieu nord-américain, certaines idées préconçues sont, je crois, à l\u2019origine de cette situation dangeureuse pour la culture et la langue françaises.On connaît mal l'évolution agricole de la France et on invoque toutes sortes de raisons pour ne rien tirer de son enseignement.Il n\u2019est peut-être pas complètement inutile d\u2019examiner les plus communes.1 \u2014 L'agriculture française ne serait pas mécanisée En France le morcellement du sol retarde sans doute les progrès de la motoculture.Sait-on toutefois que l'Etat a entrepris le remembrement de domaines autrefois d\u2019un seul tenant, dissociés par vente ou héritage ?Les opérations engagées de 1943 à 1956 portent sur plus de trois millions d\u2019hectares et intéressent soixante-quatre départements.Ces mesures, et surtout le plan de modernisation et d'équipement, ont contribué au progrès de l'outillage agricole de la France, dont voici la composition pour l\u2019année 1957, d'après l'Institut national de la statistique et des études économiques : Semoirs mécaniques .470,000 Distributeurs d'engrais .264,700 Moto-faucheuses .69,100 Presses ramasseuses .22,200 Moissonneuses-lieuses .580,300 Moissonneuses-batteuses .30,300 Arracheuses de pommes de terre .82,300 Arracheuses de betteraves .10,500 Pulvérisateurs à traction .133,300 Tracteurs à combustible liquide .477,500 Motoculteurs .70,700 736 L'ACTION NATIONALE Batteuses de moins de 10 quintaux à l'heure .151,900 Batteuses de plus de 10 quintaux à l\u2019heure .58,900 Presses à paille .29,800 Monte-foin .98,000 Machines à traire .99,800 Écrémeuses .664,500 Moteurs d'intérieur : Electriques fixes .637,100 Electriques sur brouette .180,800 Autres .399,200 En 1956, à titre de comparaison, le Québec (1) possédait 54,322 tracteurs et 1,481 moissonneuses-batteuses.Celles-ci ne sont nombreuses que dans les provinces de culture extensive, telles la Saskatchewan, l\u2019Alberta et, à un moindre degré, le Manitoba.2 \u2014 Il n'existerait à peu près rien de commun entre les productions agricoles du Québec, pays du lait, et celles de la France, pays du vin.Tout d\u2019abord, en quoi consiste l\u2019activité rurale de notre province ?Ses traits les plus marquants, si le langage de la statistique a du sens, nous pouvons les dégager de l\u2019Annuaire du Canada, aux chapitres du cheptel et des principales recettes par province Vaches laitières\t1,055,297\tRang au Canada 1er Autres bovins\t947,882\t4e Porcs\t887,094\t3e Valeur des diverses productions Lait\t$184,965,000\t\t1er Foin cultivé\t94,581,000\t2e Avoine\t40,739,000\t5e Oeufs\t27,717,000\t2e Pommes de terre\t21,271,000\t1er Volailles\t14,286,000\t2e Sucre et sirop d'érable\t8,566,000\t1er Fruits\t5,936,000\t3e Tabac\t3,368,000\t2e 1.\u2014Annuaire du Canada, 1957-1958.On n\u2019y trouve aucune indication sur les autres éléments de l'outillage agricole. NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES .737 Malheureusement l'Office fédéral de la statistique n\u2019indique ni la valeur ni la répartition des productions maraîchères.Comme Montréal est largement tributaire de l\u2019Ontario et des États-Unis pour son approvisionnement en légumes, je ne crois pas que l\u2019horticulture occupe une place très importante dans la profession agricole.C\u2019est là un autre domaine où nous différons beaucoup de la France et de la Belgique wallonne.Notre économie rurale est donc assez simple : industrie laitière, culture du foin pour le bétal et de l\u2019avoine pour les chevaux, élevage de bovins, de porcins et de volailles, culture de la pomme de terre et quelques exploitations de peu d'importance.Or, il arrive précisément que presque toutes ces productions coïncident avec les lignes de force de l\u2019agriculture française, comme le démontrent les tableaux ci-après : (rang mondial entre parenthèses) France\tCanada Lait (en hectolitres) Beurre (en quintaux) Fromage (en quintaux) Pommes de terre 188,000,000 (2) 3.130.000\t(4) 3.250.000\t(3) 78,200,000 (6) 1,453,000 (8) 462.000 (13) (en quintaux)\t149,490,000\t(4) Avoine (en\tquintaux)\t27,150,000\t(5) Bovins (en\tmilliers\tde têtes) 17,792\t(8) Porcins\t(id.)\t7,728\t(8) 19.480.000\t(21) 59.310.000\t(3) 9,851 (16) 5,983 (10) Il est vrai que les industries fromagères des deux pays présentent un contraste saisissant.D\u2019une extrémité à l'autre de la province, nos campagnes produisent du Cheddar (désignation fédérale), dit aussi \"fromage canadien\u201d ou \"fromage de fabrique\".Mais, quel que soit le terme que l\u2019on emploie, le mets est toujours et partout le même, à la couleur près : il varie, selon la quantité de teinture, du blanc au pissenlit.Quant à la France, elle fabrique des centaines de variétés, dont deux ont émigré au Canada 738 L'ACTION NATIONALE en même temps que les Trappistes et les Bénédictins, à qui les gourmets doivent YOka et YErmite.\"La raison de cette richesse dans la variété, il faut la voir bien entendu dans l'esprit inventif et personnel de notre peuple, mais aussi dans le fait que la France agricole est constituée par un nombre considérable de \"pays\u201d, chacun d'eux ayant ses caractéristiques géologiques et agronomiques propres : une récente enquête technique du ministère de l\u2019Agriculture en a relevé plus 580 et une carte fort intéressante en a été dressée.Cette fantaisie de la nature, qui fait de notre agriculture un véritable manteau d\u2019Arlequin, l\u2019a conduite à être celle qui, dans le monde, a le plus de \"crus\" de vins et de fromages, de variétés de fruits et de légumes et de races animales.Si les économistes chargés de l'organisation des marchés déplorent cette richesse, les gastronomes s\u2019en réjouissent.\u201d (Variété et originalité de la production fromagère française, Jean Lecronier, l'Opinion économique et financière, juin 1955.) Cette production, artisanale et usinière, ne comporte-t-elle pour notre industrie fromagère aucun enseignement de diversification et de valorisation ?Si je me suis attardé à ce sujet, c\u2019est qu\u2019il illustre fort bien notre isolement, notre manque d\u2019imagination et notre fatal mimétisme du voisinage immédiat.A cet égard, le plus modeste fromager de la province et le plus fier professeur d\u2019université se ressemblent singulièrement : l\u2019un achète la présure et l\u2019autre le savoir, et tous deux s'adressent au plus proche fournisseur.3 \u2014 Les paysans français ne seraient pas assez progressifs.À certains points de vue la paysannerie française accuse des retards qui nous paraissent à peine concevables. NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES 739 Les éléments de confort de leurs maisons sont moins nombreux et moins répandus que chez nous.Mais, paradoxalement, l\u2019électrification rurale a atteint en France un degré de desserte bien supérieur à celui de notre pays : 96 p.100 contre environ 85 au Québec et 75 dans l\u2019ensemble du Canada.Il serait futile cependant de poursuivre les comparaisons, puisque nous l'emportons incontestablement au chapitre des habitats ruraux.Gardons-nous néanmoins d\u2019aborder l\u2019agronomie française avec un complex de plombier.Pour que les grandes écoles dispensent un bon enseignement, est-il nécessaire que les adductions d\u2019eau et les installations sanitaires dépassent tel ou tel taux de fréquence ?D'après Pierre George, la polyculture de type traditionnel voisine en France avec la polyculture rationalisée à grand rendement.Mais ce qui importe au premier chef, c\u2019est que nos écoles d\u2019agricultures étudient sérieusement les disciplines agronomiques françaises et établissent en quoi elles peuvent nous être utiles.Elles auront beaucoup à faire: le Québec ne semble pas connaître les progrès accomplis en France depuis que le gouvernement a créé, peu après la guerre, le Commissariat général du Plan de modernisation et d\u2019équipement.De plus, il leur faudra aller à contre-courant : le snobisme, l\u2019esprit d'imitation et les habitudes jouent à l'heure actuelle en faveur de l'américanisme au Canada, dans un grand nombre de pays et même en France, à un certain degré.Et que cette pensée nous plaise ou non, ce sont là des facteurs prépondérants dans l\u2019orientation culturelle collective, eux-mêmes liés à des faits d\u2019ordre matériel.La différence essentielle, c'est qu'il y a ici envahissement d'une culture régionale par une culture nationale, et en France des contacts entre cultures nationales.La France emprunte, mais elle vie et crée sans cesse.Le 740 L\u2019ACTION NATIONALE Canada français pratique le mimétisme, et il s\u2019expose à perdre sa langue et son âme.4 \u2014 En France il ne se ferait pas de recherches agronomiques.Le mois dernier je n'ai fait qu'indiquer les cadres généraux de l'enseignement agricole public de la France.Nombre d\u2019établissements n'étaient pas compris dans cette nomenclature qui, pour être complète, eût exigé trop de contrôles auprès des universités françaises.Il convient cependant de mentionner l'École nationale du génie rural, l'École d'application des ingénieurs des travaux ruraux et, pour répondre à la quatrième objection, l\u2019Institut national de la recherche agronomique, au sujet duquel je reproduis tout simplement les indications relevées dans le livret de l\u2019étudiant de l\u2019Université de Paris : \"L'Institut National de la Recherche agronomique comporte 140 unités de recherche réparties sur l'ensemble du territoire métropolitain et aux Antilles.Dans la région parisienne, il comprend notamment deux Centres importants : 1 ° Le Centre National de recherches agronomiques, route de Saint-Cyr à Versailles, qui groupe les Stations Centrales de Recherches consacrées à la production végétale.2° Le Centre National de Recherches zootechniques à Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise), qui groupe les Stations de Recherches consacrées à la production animale et à la technologie des produits animaux.Ces centres disposent de bibliothèques spécialisées.Les stations peuvent recevoir en stage non rémuénéré des étudiants préparant une thèse.\" L'EDUCATION BILAN 1959-1960 pat Cintrai Nous nous proposons, dans cette chronique, d\u2019analyser quelques points importants du bilan de l\u2019éducation pour l\u2019année courante.Nous groupons sous trois chefs le relevé des faits et les commentaires : la législation provinciale, l\u2019enseignement public, les collèges et universités.I.La législation provinciale Le 14 octobre dernier, à l\u2019Université de Montréal, l\u2019hon.Paul Sauvé prédisait que la session provinciale serait reconnue comme \u2019\u2019la session de l\u2019éducation\u201d.De fait, donnant suite aux projets de M.Sauvé, le gouvernement de M.Barrette votait des lois nouvelles, amendait notablement les lois qui régissent les instituteurs.Si, à la veille des élections, le gouvernement a consciemment laissé traîner en Chambre ses projets de lois sur l\u2019éducation, s\u2019il a bien soigné sa publicité, il reste que l\u2019enseignement a dominé les travaux des législateurs et que, grâce à leurs mesures importantes et progressives, l\u2019enseignement vient de franchir au Québec une solide étape.Nos félicitations au gouvernement, à toute la Législature, car les lois furent adoptées à l\u2019unanimité, et en particulier, à l\u2019hon.Yves Prévost, le secrétaire d\u2019État, responsable en Chambre de l\u2019enseignement, qui a mis une attention remarquable à préparer la rédaction des bills et qui en a dirigé avec compétence et sincérité la discussion. 742 L\u2019ACTION NATIONALE De cette législation, retenons : a) le groupe des quatre lois qui touchent au financement des institutions; b) les amendements aux lois qui tendent à améliorer le statut des instituteurs; c) la loi qui crée une commission et un service des bibliothèques.a) le financement des institutions Les bills nos 3, 50, 58 et 60 font bloc.Ils prévoient les revenus et dépenses du gouvernement qui seront appliqués au financement des institutions.BILL No 3 : \"Loi concernant les investissements immobiliers des universités\u201d.En vertu de cette loi, les \"universités\u201d qui voudront agrandir leurs immeubles et qui, pour le faire, devront emprunter, pourront s'adresser au Lieutenant-Gouverneur en conseil pour obtenir non seulement la garantie du gouvernement pour le capital et l'intérêt de leurs emprunts, mais aussi l\u2019engagement du gouvernement d'assumer le remboursement du capital et des intérêts (art.2) Le gouvernement constitue un fonds d'amortissement pour contribuer au remboursement des emprunts des universités, et ce, à même les revenus de la Loi assurant à la Province les revenus nécessités par ses développements, c\u2019est-à-dire la loi qui a créé l\u2019impôt sur le revenu.Au cas d'insuffisance, le fonds consolidé du revenu y pourvoiera.La même loi prévoit le règlement de la question des subventions fédérales aux universités, tant celles de la Fondation des universités canadiennes que celles du Conseil des Arts. BILAN 1959-1960 743 \"Le gouvernement est autorisé à conclure, avec toute université de la province, aux conditions convenues^ entre les parties, toutes ententes pour verser au fonds d amortissement constitué en vertu de l'article 4 ou au fonds d'éducation constitué par la loi 10 George VI, chapitre 21, et ses amendements, ou dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces fonds, dans les proportions dont lesdites parties conviendront, toute somme que telle université pourra recevoir, le cas échéant, de la Conférence nationale des universités canadiennes ou du Conseil des Arts du Canada, ou de leur mandataire, à même les montants qui, avant le premier jour d'avril I960, étaient destinés aux universités de la province.Le gouvernement et les universités sont investis de tous les pouvoirs nécessaires à la conclusion et à l\u2019exécution de telles ententes.Le secrétaire et le ministre des finances sont autorisés à comparaître à telles ententes et à les signer au nom du gouvernement de la province.\u2019 (art.5) Signalons enfin les définitions successives qu'en première et en troisième lecture de la loi ou qu\u2019en amendement à la Chambre haute nos législateurs ont données au mot \"université\".En première lecture de la loi, le mot \"université désigne : \"toute université de la province et toute école ou faculté de telle université gérée par une corporation distincte de celle qui administre l\u2019université intéressée\".À la suite de conférences entre les recteurs des universités et le gouvernement, la loi est adoptée le 4 février, mais on a amendé la définition précédente du mot \"université\", en ajoutant à la définition : \"à l'exception des institutions visées par la Loi des subventions aux institutions d\u2019enseignement classique et à d'autres écoles.\u201d Enfin, tenant compte sans doute des pressions nouvelles exercées par les institutions \"exceptées\u201d dans l\u2019amendement, le Conseil législatif prie la Chambre d\u2019agréer une nouvelle définition : 744 L'ACTION NATIONALE Dans la présente loi, le mot \"université\u201d désigne : a) 1 Université Laval, l\u2019Institution royale pour l\u2019avancement des sciences (Université McGill), l\u2019Université de Montréal, Bishop\u2019s University, l\u2019Université de Sherbrooke, Sir George Williams University, ainsi que toute autre université instituée par une loi de la Législature de Québec; b) toute faculté ou école de l\u2019une des universités visées au paragraphe \"a\" ci-dessus qui est gérée par une corporation distincte de celle qui administre ladite université; c) toute institution de la province affiliée, agrégée ou annexée à l\u2019une des universités visées au paragraphe a ci-dessus et dont l\u2019enseignement au niveau universitaire conduit à l\u2019un des grades suivants : le baccalauréat, la licence, la maîtrise ou le doctorat; d) toute institution de la province dont l\u2019enseignement au niveau universitaire conduit à un baccalauréat en vertu de ses propres pouvoirs légaux ou par suite d\u2019une convention avec l\u2019une des universités visées au paragraphe a ci-dessus; \u2014 les mots \"enseignement au niveau universitaire\" désignent tout enseignement d\u2019un niveau supérieur à celui de la versification, de l\u2019immatriculation junior ou de la onzième année d\u2019études et qui conduit à un grade universitaire ou à un diplôme d'un niveau égal ou supérieur à celui du baccalauréat BILL No 50 : \"Loi pour augmenter et généraliser les subventions aux institutions d'enseignement classique et à certaines autres écoles\u201d.La présente loi remplace le chapitre 61 des Statuts refondus de 1941.En vertu de la Loi antérieure, les collèges classiques recevaient des subventions du gouvernement, soit $25,000 chacun annuellement.La nouvelle loi augmente ces subventions et les \"généralise\u201d ou les étend aux écoles normales, aux instituts familiaux et à certaines écoles protestantes d'enseignement secondaire.Ces dernières pourront, suivant les décisions du Comité protestant de l'Instruction publique, se partager une somme totale de $400,000.Quant aux autres institutions, elles recevront chacune une subvention de $2,000 par degré du cours enseigné où sont inscrits BILAN 1959-1960 745 25 étudiants, et, $75 par étudiant dans les collèges classiques ou $100 par étudiant dans les écoles normales et dans les instituts familiaux.\"Le surintendant de l\u2019instruction publique est chargé de l'exécution de la présente loi .Les subventions accordées en vertu de la présente loi sont payées à même le fonds consolidé du revenu, (art.17 et 14).BILL No 58 : \"Loi concernant une aide financière aux universités de la province\".C'est ici que nous retrouvons l'énoncé des principes qui nous ont valu l\u2019aide financière accrue et statutaire du gouvernement.Les Attendu que qui précèdent le décret établissent en effet : 1)\tl\u2019importance vitale pour le Québec de sauvegarder l\u2019intégrité de ses droits constitutionnels dans le domaine de l\u2019éducation; 2)\tla nécessité de procurer aux universités une source permanente de revenus réguliers et suffisants pour assurer leur indépendance, leur expansion normale et l\u2019accomplissement de leur haute fonction; Le préambule indique encore nettement que cette loi se veut être le pendant de la loi fédérale qui avait établi des subventions aux universités : \"Attendu que les universités de la province, respectant les prérogatives constitutionnelles du Québec, se sont abstenues depuis plusieurs années d\u2019accepter les subventions que leur offrait le gouvernement central;\" La loi stipule que : \"Le ministre des finances paiera chaque année, à compter de l\u2019année fiscale 1960-1961 inclusivement, aux universités de la province, une subvention globale équivalent à un dollar et soixante-quinze cents par tête de sa population.\u201d (art.1) 746 L'ACTION NATIONALE \"Cette subvention sera répartie entre lesdites universités au cours de 1 année fiscale 1960-1961 et de chacune des années fiscales suivantes dans la proportion du nombre des étudiants qui auront fréquenté chacune d'elles .(art.2) Ici encore la loi s'applique aux universités, à leurs écoles affiliées et aux institutions qui donnent un enseignement au niveau du baccalauréat.Par exemple, les collèges classiques recevront, suivant le nombre de leurs étudiants de Belles-Lettres, de Rhétorique et de Philosophie, leur part de la somme globale.On estime approximativement à $273.par tête d\u2019étudiant la part de chaque institution.Le gouvernement de la province avait en partie compensé, par des subventions particulières, les sacrifices que nos universités et collèges avaient consentis en refusant les subventions fédérales.Ainsi un collège classique qui comptait 200 élèves au cours universitaire recevait \"en compensation\u201d quelque $23,000.Pour un nombre égal d'élèves, la présente loi lui assurera environ $54,600.Selon M.Marc Jarry, secrétaire général de l\u2019Université de Montréal, le Bill No 58 donne aux universités une somme additionnelle aux subventions provinciales des années passées que l'on peut pour l'instant évaluer à environ 16% supérieure aux subventions que les universités de la Province recevraient du gouvernement central.Enfin la loi stipule que l\u2019aide ainsi accordée aux universités sera payée à même le fonds d'éducation et, au cas d'insuffisance de ce fonds, à même le fonds consolidé du revenu, (art.4) BTLAN 1959-1960 747 BILL No 60 : \"Loi concernant les universités, le fonds d\u2019éducation et l\u2019impôt sur les corporations\u201d.La loi pourvoit par la présente loi au paiement des dépenses qui lui seront occasionnées par l'application des lois précédentes d\u2019aide aux universités.Dans la note explicative qui accompagne le texte de la loi adoptée le 7 mars I960, le proposeur, l\u2019hon.Antonio Barrette, précise que le bill a les effets suivants : \"a) Il augmente de 1% la taxe sur le revenu net des corporations et, quant aux compagnies de fidéicommis, il établit, en sus des présents impôts, une taxe de 1% sur le revenu net; b)\til prescrit le versement de ce supplément de taxe de 1% au fonds d\u2019éducation constitué en vertu de la Loi pour assurer le progrès de l'éducation; c)\til stipule que toute somme que le gouvernement de la province recevra, le cas échéant, du gouvernement du Canada, ou de la Conférence nationale des universités canadiennes, ou du Conseil des Arts du Canada, ou de tout autre organisme désigné à cette fin, à même les montants qui, dans l'intention du gouvernement du Canada, auraient pu être destinés aux universités de la province, doit être versée au fonds d\u2019amortissement constitué par la Loi concernant les investissements immobiliers des universités ou au fonds d'éducation précité, ou à la fois dans l'un et l'autre de ces fonds, dans la proportion que déterminera le lieutenant-gouverneur en conseil; d)\til stipule que tout montant versé au fonds d'éducation à même les sommes visées au paragraphe précédent doit être employé exclusivement à des subventions aux universités de la province, accordées aux conditions et pour les montants que fixera le lieutenant-gouverneur en conseil.\u201d Nous sommes donc devant la situation d\u2019ensemble suivante, écrit M.Marc Jarry, dans \"Affaires universitaires\u201d, avril I960 : 748 I.'ACTION NATIONALE \"Un fonds d'éducation a été créé en 1946 alimenté de diverses sources.Ce fonds sera maintenant augmenté par un dixième de l'impôt sur les corporations et pourra même recevoir une partie des sommes accumulées à Ottawa au nom des universités du Québec.\"A même ce fonds, outre les sommes déboursées pour les commissions scolaires, on pourvoira au versement de la somme de $1.75 par tête de population pour aider les universités.Cette dépense, l'impôt additionnel sur les corporations est suffisant pour la solder.\"Quant aux dépenses de construction, elles seront payées par le produit de l'impôt sur le revenu et possiblement par partie des agents provenant du Gouvernement central.\" Voici donc un groupe de lois qui assurent à l'enseignement universitaire \u2014 au sens nord-américain du mot \u2014 une aide gouvernementale accrue, permanente, statutaire.Ces lois répondent à des besoins pressants.Elles font suite à l'esprit de certaines recommandations du Rapport Tremblay.Elles satisfont les universités.Si les Bills Nos 50 et 58 prévoient une aide financière précise \u2014 tant de dollars par tête d\u2019étudiant, tant de dollars par degré du cours, \u2014 par contre, les Bills Nos 3 et 60 laissent, selon nous, au lieutenant-gouverneur en conseil trop de latitude.Ces dernières lois laissent encore la porte ouverte à la discrimination et obligent encore les collèges et universités à faire pèlerinage au Parlement.Sans doute, le Secrétaire d'Etat nous assure-t-il de la sincérité du gouvernement, de l'impossibilité où il était placé de prévoir et le total des argents nécessaires aux investissements immobiliers des universités et la part convenable qui devrait être versée à chacune d\u2019elles.Il demeure que, selon la loi, le lieutenant-gouverneur en conseil est autorisé : \"à prendre à son compte, en totalité ou en partie, toute échéance de principal ou d\u2019intérêt . BILAN 1959-1960 749 \"à faire avec toute université les ententes et conventions qu'il jugera convenables pour ces fins .\u201d Quand le gouvernement prendra-t-il en totalité et quand en partie les échéances ?quelles ententes ou conventions paraîtront convenables ?L'Opposition a bien compris cette faiblesse de la législation, quand elle a reproché au gouvernement de lui demander de signer un chèque en blanc ! Suivant la recommandation du Rapport Tremblay, il eut mieux valu créer une Commission d'aide aux universités, laquelle aurait analysé les besoins généraux et particuliers des universités, fait ses recommandations annuellement au gouvernement et nous aurait assurés d'une aide équitable et statutaire.La Commission aurait probablement évité la course actuelle aux fonds gouvernementaux, les déclarations publiques, naïves et prématurées, de certaines universités qui veulent subitement s\u2019agrandir et réclament qui $15 millions, qui $50 millions.Les quatre lois règlent-elles définitivement le problème financier des institutions ?Entraînent-elles nécessairement une amélioration de l'enseignement ?L'aide est d\u2019importance, mais de nombreuses difficultés demeurent.On agrandira les édifices et l\u2019on ouvrira la porte à de plus nombreux étudiants; les dettes grèveront moins lourdement les budgets annuels des collèges classiques.L'hon.Yves Prévost a souhaité que ces subventions accrues permettent une meilleure rémunération du personnel enseignant.Mais il reste possible que les subventions annuelles soient versées au service de la dette et des nouvelles constructions, que les professeurs soient moins considérés que les bâtiments, que les facultés culturelles des universités demeurent les parents pauvres des écoles professionnelles et des 750 L'ACTION NATIONALE facultés de science.Ici encore une Commission d\u2019aide aux universités semble nécessaire pour évaluer les besoins.Jusqu\u2019à ce jour le financement des institutions, en particulier des collèges classiques a reposé trop exclusivement sur les honoraires demandés aux élèves.La législation de I960 augmente substantiellement la part du gouvernement.Il importe encore d\u2019élargir l\u2019éventail des revenus et d\u2019obtenir l\u2019assistance privée : anciens, amis, corporations.Il est un principe en affaires que le contrôle des opérations suit le contrôle de la finance.Ainsi l\u2019a compris l\u2019Université McGill, qui au lendemain de l\u2019adoption des lois provinciales sur l\u2019éducation, relançait sa campagne de souscription auprès de ses Anciens.Nous aurons l\u2019occasion, dans notre prochaine chronique, de commenter l\u2019évolution des collèges et des universités, des relations du \"secondaire\u201d et du \"supérieur\u201d.Nous reviendrons alors sur cet article du Bill No 3 qui a fait de toute institution qui enseigne au niveau du baccalauréat une \"université\u201d.b) le statut des instituteurs La nouvelle législation a valu aux instituteurs, en plus de l\u2019adhésion automatique des instituteurs et institutrices à leur organisation professionnelle, un fonds de pension plus adéquat, une hausse du traitement minimum et le retour du droit à l\u2019arbitrage pour les instituteurs ruraux.Un fonds de pension plus généreux : 1) la pension minimum est portée de $240 à $500, possiblement à $900; 2) la pension est payée mensuellement et non plus trimestriellement; 3) on peut retirer ses contri- BILAN 1959-1960 751 butions après 5 ans d\u2019enseignement; 4) tout titulaire peut prendre sa retraite après 35 ans d enseignement; 5) les ex-congréganistes peuvent faire compter 10 années d\u2019enseignement; 6) le taux de la contribution est de 5% pour tous les titulaires; 7) il n\u2019y a plus de délai pour le remboursement des contributions retirées; 8) la pension se calcule d\u2019après la moyenne des 5 meilleures années.Le traitement minimum porté de $600 à $1500 : \"Dans toutes les municipalités scolaires, les commissaires ét les syndics d'écoles sont tenus de payer à chacun de leurs instituteurs et institutrices un salaire annuel d'au moins quinze cents dollars\u201d (art.25 de la Loi pour assurer le progrès de l'éducation).Le droit à l'arbitrage en milieu rural.\"Nonobstant toute disposition législative inconciliable avec la présente, aucun différend entre les instituteurs et institutrices et commissaires ou syndics d'écoles dans les municipalités rurales, ne peut être soumis à des conseils ou comités d'arbitrage ou conciliation, sauf avec l'autorisation préalable du conseil d'administration de la Corporation générale des Instituteurs et Institutrices catholiques de la province de Québec, s'il s'agit d'instituteurs ou d'institutrices catholiques, ou du comité exécutif de l'Association provinciale des instituteurs protestants du Québec, s'il s'agit d'instituteurs ou d'institutrices protestants, (art.25 \"a\u201d de la Loi citée précédemment).c) les bibliothèques publiques La situation déplorable de nos bibliothèques faisait depuis longtemps l\u2019objet de plaintes, de revendications et de propositions dans cette province.Le Parlement vient de légiférer pour créer : 1) une Commission des bibliothèques publiques du Québec; 2) un service des bibliothèques au sein du secrétariat de la province. 752 L'ACTION NATIONALE Le BILL No 35 déclare : que les bibliothèques publiques jouent un rôle primordial dans la vie culturelle d'une population; \"qu'à la suite des progrès réalisés ces dernières années dans le domaine de l'enseignement, un pressant besoin de bibliothèques se fait sentir dans la province; \"qu'en vue d'adopter des mesures répondant efficacement aux besoins, il y a lieu de faire une étude attentive des problèmes que posent l'organisation de bibliothèques publiques et leur financement; qu il convient de constituer un organisme pour examiner ces questions et pour trouver les meilleures solutions, ainsi que de former un service administratif chargé de la mise en oeuvre du programme élaboré.\u201d La loi vise donc à la fondation d\u2019un organisme permanent, chargée d'étudier la meilleure façon de résoudre le problème des bibliothèques.Quant au \"service\u201d, il agira comme agent de liaison et de direction des bibliothèques.De larges crédits sont ouverts par le Parlement en prévision des dépenses.Telles sont, rapidement énumérées, les mesures législatives nouvelles que nous a valu la \"session de l\u2019éducation\u201d, une session exceptionnellement progressive pour l\u2019enseignement.Pour terminer l\u2019étude du bilan de l\u2019éducation, nous nous proposons de voir, dans notre prochaine chronique, la situation de l\u2019enseignement public et l'évolution de structures et d'esprit qui se manifeste actuellement dans les collèges et les universités. SE MOQUE-T-ON DE NOUS (suite) Dans notre livraison de mai-juin 1959, le directeur de notre revue pose une question pertinente à M.Gordon Churchill à propos du prochain recensement entrepris au Canada, en 1961 : pourquoi installer une équivoque dans les questions sur l\u2019origine raciale ?Le gouvernement fédéral par un tour de passe-passe prétend ruiner d\u2019avance toute information exacte sur la répartition de la population selon l\u2019origine ethnique.Cette information nous est nécessaire, autant au Québec que chez nos minorités.Un de nos lecteurs, alerté par notre mise au point, nous adresse la lettre suivante pour savoir où nous en sommes, quelles sont les organisations qui passeront à l\u2019action et obtiendront du gouvernement fédéral un questionnaire plus précis quant aux données de l\u2019origine ethnique des Canadiens.Ajoutons ce point très important : les États-Unis dans le but de favoriser l\u2019assimilation rapide de tous les émigrants, ne s\u2019étaient jamais intéressés lors de leurs recensements, à demander l'origine raciale des citoyens.Or en I960, ils viennent de s\u2019apercevoir que c\u2019était une grave déficience et ils ont décidé de demander à chaque citoyen son origine raciale.En réduisant à néant toute précision sur cette question, est-ce que le gouvernement fédéral canadien espère enlever toute base scientifique, statistique, à nos revendications ?Nous aurions encore ici un \"beau cas\u201d du refus d\u2019adaptation au réel de la part du gouver- 754 L'ACTION NATIONALE nement fédéral et de son désir \u2014 qui n\u2019est pas toujours obscur \u2014 de promouvoir le postulat du canadianisme mythique.Cher monsieur Angers, Je relis votre article \"Se moque-t-on de nous ?\u201d, tiré de \"Entre nous\u201d, page 477 de \"L\u2019Action Nationale\u201d, volume XLVIII, numéros 9-10, mai-juin 1959, à propos de la finesse de M.Gordon Churchill d\u2019ajouter origine \"canadienne\u201d parmi celles qu\u2019un Canadien pourrait avouer au prochain recensement de 1961 .Il y a déjà un an que cette \"opération loufogue\" nous a été glissée entre les dents .qu\u2019est-ce qui s'est fait depuis pour essayer de corriger cette anomalie ?Pour avertir les futurs recensés et soulever leur indignation et leur protestation .?M.Churchill aurait-il depuis fait d\u2019autres déclarations à ce sujet ?Nous voulons alerter l\u2019opinion chez les nôtres ici, dans les Prairies, par le moyen de nos associations nationales.Pensez-vous qu'il en est encore temps ?Que ça peut faire du bien ?Que ça s\u2019impose même ?Nous nous disons : Mieux vaut tard que jamais ! Je suis surpris de constater qu'on en ait si peu fait état dans nos journaux.Moi-même, c\u2019est un peu par accident que j\u2019ai mis la main sur \"L'Action Nationale\" pour découvrir votre \"chronique des événements\u201d tout à fait à point, par ailleurs.Est-il donc encore opportun de faire quelque peu de publicité à ce \"compromis\" .machiavélique ?Excusez-moi de vous importuner d\u2019une telle question.Elle peut, je crois, tout de même avoir son importance.Votre dévoué en J.et M., (Signé : X, prêtre, d\u2019une paroisse de l\u2019Ouest canadien.) CHRONIQUES «i&A.événsm&niA.relié (ai Eip ^actfuei Poiiion, (dira n çoii\trl _y4uméri((ot Du vieux vin dans des outres neuves Dans son mémoire au premier ministre du Québec, la J.O.C.reprend le problème de l\u2019enseignement technique dans la province de Québec, dont une amorce se retrouve sans aucun doute dans l\u2019enquête de la J.O.C.F.que je commentais dans L'Action Nationale d\u2019octobre 1959.Le tout a fait le sujet d\u2019une série d\u2019articles fort actuels dans Le Devoir, sous la signature de Fernand Bour-ret, à propos de l\u2019organisation de notre enseignement spécialisé.Faut-il espérer que l\u2019on prend vraiment conscience enfin de ce que je signalais dans mon commentaire d\u2019octobre : que le système scolaire traditionnel n\u2019est vraisemblablement pas fait pour tout le monde; que la scolarité obligatoire dans l\u2019optique scolaire devient facilement une sorte de camp de concentration pour jeunes désoeuvrés si on la prolonge jusqu\u2019à 14 ou 16 ans pour tous sans distinction; que cette conception vicie l\u2019enseignement technique lui-même en l\u2019incitant à devenir trop académique et ERRATA Dans la chronique du mois dernier sur \"chômage et travail\u201d, il faudra lire, à la page 651 \"non pas un régime d'assurance, mais bien de salaire garanti et au-delà d\u2019assistance chômage à base de test de nécessité\u201d. 756 L'ACTION NATIONALE à élever ces exigences scolaires au point de devenir lui-même un enseignement pour une minorité, ce qui tend au surplus à faire considérer l'ouvrier ou le technicien ordb naire comme un raté du système scolaire; qu'il est urgent par conséquent d\u2019intégrer l\u2019enseignement technique pratique, sous forme d'apprentissage combiné à des formules nouvelles de préparation civique et culturelle, à notre enseignement régulier en vue d une orientation systématique vers ce secteur, dès les 5e, 6e et 7e année, de tous les enfants qui ne montrent ni goût, ni aptitude pour l\u2019éduca-' tion scolaire ?Mais je veux surtout tirer, aujourd'hui, du mémoire de la J.O.C.et des articles de M.Bourret, un autre enseignement.C'est que si une nouvelle génération, trop férue d'idéologies fumeuses empruntées au continent européen et transposée chez nous sans adaptation, avait préféré le sens pratique de la continuité dans l\u2019effort à la démolition des supposés mythes ou préjugés de leurs devanciers, nous n\u2019aurions peut-être pas à redemander aujourd'hui comme quelque chose de tout nouveau, des mesures qui ont déjà été proposées il y a vingt ans et plus.Et en dépit de tout ce qui a pu être dit et écrit à l\u2019encontre, si l\u2019on veut retrouver les traces de ces propositions et suggestions, c\u2019est dans L\u2019Action Nationale, au Devoir, et chez les hommes qui gravitaient autour du mouvement nationaliste qu\u2019il faudra chercher.Si je dis en l\u2019occurrence vingt ans, c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019il y a exactement vingt ans (en décembre 1939 et janvier 1940), j\u2019écrivais dans L'Action Nationale deux articles sur le problème du chômage, pour mettre en garde l\u2019opinion publique contre la complaisance qui résulterait à ce sujet de l\u2019euphorie engendrée par la guerre et insister sur la nécessité de se préparer pour l\u2019après-guerre.Et si LES ÉVÉNEMENTS 757 j\u2019ajoute et plus, c'est parce que je sais, sans m\u2019être donné la peine de vérifier, que l\u2019on trouvera des suggestions équivalentes, sinon exactement similaires (et peut-être exactement similaires \u2014 on s\u2019imagine toujours trop aisément que nos idées sont des idées nouvelles !) chez un Montpetit ou chez un Minville, pour ne pas parler que de ces deux-là.De toute façon, voici ce que je suggérais, à ce moment, comme conclusion à un raisonnement qui en démontrait la nécessité si nous voulions nous préparer au chômage d\u2019après-guerre : \"Ce dont un pays moderne a absolument besoin pour résoudre un problème comme celui (du chômage) dû à la surproduction et corriger celui qui résulte temporairement du progrès technique, c'est d'un Office d'Orientation professionnelle permanent, assis sur un système d'écoles techniques, professionnelles ou d'ateliers d'apprentissage rendus accessibles à quiconque aurait le goût, le talent et la possibilité économique de réussir dans tel métier ou profession.\u201d Comme il aurait été plus simple et plus pratique pour la génération qui nous a immédiatement suivi de vouloir bâtir, avec ses idées personnelles, sur ce qu\u2019avaient déjà édifié les générations précédentes.Au lieu de cela, on a préféré remettre en cause le principe de l\u2019autorité, le sens de l\u2019histoire, les principes fondamentaux de notre organisation économique, basée sur la propriété privée, et de notre organisation sociale, appuyée sur le sens de la responsabilité et de la liberté personnelle.Et l\u2019on a fait cela en accusant la génération précédente de s\u2019être contentée de se complaire dans des mythes et dans des abstractions ! En définitive, après ce périple de vingt ans dans les nuages, il faut en revenir à constater nos déficiences concrètes et à souligner (sans s\u2019en apercevoir d\u2019ailleurs et en se croyant novateurs) qu\u2019il faut repartir du point de départ, et recommencer à exiger ce que nous aurions sans doute obtenu depuis longtemps si nous avions su nous y attacher et le demander avec force et persistance.F.-A.A. 758 L\u2019ACTION NATIONALE Où sont les mythes 7 Ces textes que je relis après vingt ans, pour ne m'arrêter qu'à ceux-là, contiennent bien autre chose qui ne manque pas d\u2019actualité et qui montre combien, avec toutes nos lubies des récentes années, nous avons peu progressé.Encore une fois, les deux articles concernés étaient consacrés au problème du chômage.Sans doute ont-ils paru farfelus ou dépassés à ceux de la génération d\u2019après-guerre qui ont pu les lire s'il en est qui ont pu se donner cette peine.Ce n\u2019était pas, en effet, des articles keynésiens; et je n\u2019y lançais aucun ballon d'essai sur la possibilité de régler tout le problème en comblant l\u2019écart entre le revenu de plein emploi et l\u2019investissement par le jeu des impôts et de la sécurité sociale étatisée.Je laissais bien volontiers ces jeux d\u2019enfants à ceux qui aiment encore s\u2019amuser avec les compteurs à boules.Je disais cependant que la guerre ne constituerait qu\u2019un interrègne après lequel nous retrouverions le problème du chômage.D\u2019aucuns, face à la prospérité d\u2019après-guerre et à l'absence d\u2019une crise aiguë comme celle de 1920-21, se sont plu ensuite à parler de mon esprit catastrophique, au besoin même de mon ignorance des théories économiques nouvelles qui étaient devenues leur nouvelle bible (adhésion aveugle qui faisait davantage foi de leur manque d\u2019esprit critique), et se sont crus en possession d\u2019une nouvelle pierre philosophale économique.La leçon du Prosperity for ever de Hoover, six mois avant la débâcle de 1929-1930, aurait pourtant dû les rendre prudent sur la valeur des adhésions de foi à des théories trop nouvelles et qui n'ont encore fait leurs preuves que dans les livres.( 1 ) 1.Les déclarations optimistes de Hoover étaient en grande partie suggérées par les miracles attendus des nouvelles théories d\u2019Irving Fisher sur la stabilisation des prix par l'action monétaire (théorie quantitative appliquée). LES ÉVÉNEMENTS 759 A ce moment, je disais, qu\u2019une fois la guerre finie, nous nous retrouverions devant le même problème que soulevait alors la faiblesse de notre politique commerciale, basée sur l\u2019acceptation d\u2019une centralisation de nos exportations et de nos importations, en fonction de deux nations seulement : les États-Unis et l\u2019Angleterre.Pour ne nous en être guère préoccupés depuis et avoir voulu tout régler par des pirouettes monétaires et fiscales, nous nous retrouvons aujourd\u2019hui devant une situation aggravée, puisque la concentration s\u2019effectue de plus en plus en fonction d'un seul pays : les États-Unis, qui fait chez nous la pluie et le beau temps.J\u2019ajoutais qu\u2019une politique commerciale intelligente ne suffirait pas et que la possibilité pour nous d\u2019exercer sur la conjoncture l\u2019action nécessaire pour tenir en mains les leviers de commande du plein emploi, exigerait bien davantage : la réadaptation de notre économie.Réadaptation se proposant de donner au Canada une économie plus nationale, sans verser dans un nationalisme outrancier, mais avec la conscience nette qu'un pays qui sort de l\u2019état colonial a besoin, \"s\u2019il doit devenir une nation, de cet immense effort de reconstruction\u201d qui fera de son économie, une économie plus indépendante, visant à satisfaire autant que possible les besoins nationaux par les ressources et par le travail national.Le commerce extérieur ainsi réduit à des proportions plus raisonnables dans la formation des revenus devient alors ce qu\u2019il doit être, un moyen de compléter par l\u2019échange international les insuffisances du territoire national ou de profiter des avantages qui résultent d\u2019une certaine division internationale du travail maintenue dans des limites raisonnables.Les propos qui s\u2019échangent à l'heure actuelle dans nos journaux et chez nos banquiers, nos hommes d\u2019affaires, 760 L ACTION NATIONALE nos hommes politiques et nos syndicats ouvriers ne sont pas pour me faire croire qu\u2019on a gagné à négliger ces aspects et à mettre sa confiance totale en des mesures qui auraient pu avoir leur valeur si on ne les avaient pas réduites au rang d'amusettes pour théoriciens en chambre.Le résultat, c\u2019est que loin d\u2019avoir gagné du terrain dans la voie de cette reconstruction, le Canada en a perdu et qu\u2019il est de plus en plus un fournisseur de matières premières à la merci de ses clients étrangers.Sans avoir toute la perspicacité des anti-agriculturistes, des anti-anti-étatistes et des anti-messianistes, j\u2019avais cependant déjà compris à ce moment \u2014 et plusieurs autres avant moi d\u2019ailleurs \u2014 qu'un tel effort de reconstruction ne saurait aboutir sans la constitution de réservoirs canadiens de capitaux.A côté de mon Office d\u2019Orientation professionnelle sur le plan du travail, je suggérais donc : \"(.) la création d'une Banque d\u2019affaires, dont l\u2019Etat pourrait prendre l\u2019initiative, mais dans le Conseil d'administration de laquelle il devrait avoir la sagesse de placer un petit nombre de représentants autorisés seulement, laissant les actionnaires, dont on limiterait par ailleurs le dividende, administrer l\u2019affaire sous sa surveillance.\u201d .\"Le rôle de cette banque, continuais-je, .serait de mobiliser l'épargne populaire, contre des obligations, afin de pouvoir ensuite avancer les capitaux \u2014 sans se porter actionnaire des entreprises, ni s'installer à leur conseil d'administration \u2014 à des entrepreneurs sérieux, honnêtes et compétents, sur les possibilités de succès de qui l'Office (d\u2019orientation professionnelle) apporterait des garanties sérieuses par ses renseignements sur le marché \u2014 production, travail et consommation.\u201d Ce texte à lui seul peut suffire à confondre tous ceux qui se sont complu à dénoncer la peur de l\u2019État de l'école nationaliste, parce qu\u2019elle n'a jamais voulu d'un État socialiste.Car votre humble serviteur a sûrement toujours été considéré comme le plus '\u2019réactionnaire\u201d, le plus important \"pilier du capitalisme\u201d dans l\u2019école nationaliste, bien qu\u2019il fût d\u2019ailleurs en même temps coopératiste et corporatiste \u2014 LES ÉVÉNEMENTS 761 ce qui aurait dû tout de même engendrer le doute chez des gens qui d\u2019habitude affectionnent si particulièrement le doute.S\u2019il a pu penser cela, que pensaient donc les autres ?(En fait, l\u2019école de Paul Gouin réclamait sans plus de ménagement une Banque d\u2019Etat provincial et de multiples étatisations).Le deuxième article réclamait d'ailleurs l'intervention de l\u2019État par l\u2019impôt en vue de régulariser la répartition du revenu en allégeant \"le budget des familles à faible revenu (mais pas la socialisation et la gratuité générale) en mettant à leur disposition, gratuitement ou à bon marché, certains services \u2014 instruction; hygiène, médecin, hôpital, goutte de lait; soutien de familles extraordinairement nécessiteuses; accès facilité à la propriété et développement des jardins ouvriers, éducation du peuple à s'organiser en coopératives\u201d.Mais plus que cela, il voulait une politique général de l\u2019État visant à assurer à chacun la possibilité de gagner lui-même son sel dans des proportions suffisantes pour ne pas tomber dans la dépendance économique de l\u2019État.Et le tout se terminait par la demande à l\u2019État de constituer un Conseil Économique en vue de coordonner toute son activité.Comment peut-on honnêtement prétendre que la question sociale n\u2019a jamais préoccupé les nationalistes ?La vérité historique, quand elle aura été mise à jour par des historiens sérieux, montrera que les nationalistes ont, en fait, constitué l\u2019élément de la population qui a entretenu au Canada français une pensée sociale, alors que tous les autres éléments, à très peu d\u2019exceptions près, se complaisaient dans le libéralisme économique le plus absolu.Car les idées que j\u2019exprimais dans cet article, je ne les lançais pas en dénonçant toutes les générations qui m'avaient précédé.J'avais alors 30 ans, 762 I.\u2019ACTION NATIONALE et tout en ayant des prétentions à mes idées personnelles, dont cet article même portait la trace sans ostentation, simplement par le fait que mes points de vue et mes propositions ne correspondaient pas exactement à ceux de mes maîtres, j\u2019étais heureux de m\u2019appuyer sur ce qui avait été accumulé par les générations passées pour essayer de l'améliorer.En définitive, ce qui explique nos piétinements, c'est, comme l\u2019a expliqué si nettement un étudiant, Pierre Grenier, dans une lettre au Devoir, que \"l\u2019effort intellectuel de la génération précédente aurait demandé pour se concrétiser l\u2019action infatigable et hardie des générations suivantes \u201d, alors que nous nous sommes trouvés devant un groupe de jeunes qui a voulu, contre toute évidence et en fonction de préjugés notoires, ne rien voir de bon dans l\u2019oeuvre des générations précédentes, pour se justifier de tout recommencer et de tout refaire selon un plan qui est resté et qui reste encore passablement nébuleux pour autant qu\u2019il s\u2019agisse de réalisations concrètes.Après vingt ans de barbotage et de luttes inutiles, nous nous retrouvons en définitive aujourd\u2019hui devant les mêmes problèmes, et nous redécouvrons les mêmes solutions.Espérons que nous aurons maintenant la sagesse de les considérer sans préjugés; et que ceux qui veulent le plus \u2014 c\u2019est-à-dire des révolutions sociales idéales mais généralement sans valeur à court terme \u2014 apprendront à collaborer avec ceux qui veulent des réalisations concrètes valables dans nos cadres actuels.F.-A.A. LES ÉVÉNEMENTS 763 Les ultras (cum grano salis) Les ultra-nationalistes du Québec sont la cause des discours à la Fisher, déclare Mgr Maheux.Et il a raison.Il existe cependant d'autres obstacles à la concorde parfaite.Ainsi cet entêtement des ultra-catholiques à refuser les petites concessions qu\u2019exige l'unité chrétienne au Canada, et que nous réclament discrètement Baptistes, Méthodistes, Anglicans et Presbytériens.À y bien réfléchir, et nos étroitesses mises à part, qu\u2019est-ce qui nous sépare, eux et nous, sinon quelques riens, quelques malentendus : particularismes hiérarchiques et rituels surannés, survivance des sacrements,, complexe d\u2019Oedipe à l\u2019égard de Marie, soumission médiévale à une ville italienne peu hygiénique et habitude de fréquenter un cabinet sombre beaucoup moins au goût du jour que le divan freudien ?Et remarquez, mes biens chers lecteurs, que toutes ces difficultés viennent de nous.Nostra culpa ! Nostra maxima culpa ! D'ailleurs vox populi vox Dei, et l\u2019Amérique anglo-protestante est plus populeuse que le Canada français et catholique.Il y a, bien entendu, les Sud-Américains, mais on dit qu\u2019ils sont pour la plupart des espèces de métis qui ne vont guère à l\u2019église que sur le dos : au baptême et aux funérailles.Enfin, que valons-nous moralement ?D\u2019un océan à l\u2019autre, les journaux passés maîtres dans l\u2019examen de notre conscience rougissent de nous.Tous, sauf Montréal-Matin, nous accordent la palme de la corruption politique.Je croirais même que nous avons inventé le style si nous n\u2019étions totalement dépourvus d\u2019imagination et si le spoils system n'avait précédé nos premières armes démocratiques.Or l\u2019édifice moral étant d'une pièce chez l\u2019homme, on 764 L'ACTION NATIONALE peut craindre que la débauche politique n\u2019ait entraîné l\u2019effondrement total.Alors nous nous distinguerions de la même triste manière au chapitre des sept péchés capitaux.Je crois même que nous pouvons le conclure, en bonne et modeste logique et sans risque d'offenser la vraisemblance ni la véracité.Pourquoi alors cet attachement absolu et de mauvais goût aux épiphénomènes d\u2019une religion beaucoup moins fructueuse chez nous que chez nos frères des autres confessions ?Du reste, le Dieu des Protestants est le même que le nôtre ! Et qui parmi nous se targuera de pouvoir citer la Bible comme le dernier d\u2019entre eux ?Il est vrai que dans nos paroisses le mariage tient mieux.Mais je parierais que là aussi il y a quelque chose de louche.Des enfants à la douzaine ne sont pas des certificats de vertu.Certes, on ne fait pas de séparatisme matrimonial, mais le Malin se déguise parfois sous les meilleures apparences.Les pigeons n\u2019ont pas attendu, eux, le neuvième commandement pour pratiquer la fidélité monogamique.Toutefois, qu\u2019il me soit permis de trouver Monseigneur un tantinet ultra ou infra,\u2014 je ne sais trop \u2014 lorsqu\u2019il contribue à répandre l'utopie bilingo-bonne-ententiste Chacun sait bien, au fond, qu\u2019il n'y a rien comme les langues doubles pour semer la zizanie.Et si le bilinguisme allait se généraliser dans les provinces honnêtes et au Québec, comme il est à craindre, quel gaspillage d\u2019énergie il en résulterait ! Après d\u2019interminables études, qui les disposeraient à tous les vices, aux moeurs dissolues et à l\u2019ex-prit critique, les Anglo-Canadiens se croiraient tenus de nous parler en français, et nous de leur rendre la politesse, \u2014 non par vertu, certes, mais par crainte d'être mal jugés, de faire quelque chose which is not done.Chacun finirait LES ÉVÉNEMENTS 765 par parler la langue de l\u2019autre, ce qui entraînerait une rupture dangereuse du déséquilibre linguistique actuel.Cette francisation du Canada irait-elle sans inquiéter les États-Unis, sans réveiller leurs appétits annexionnistes ?Ne comptons pas trop là-dessus.D\u2019ailleurs, le passage de la langue maternelle à la langue seconde occasionnerait de petits malaises de ce côté-ci de la frontière, notamment une boulimie intellectuelle compliquée du prurit de l'émulation : le Parlement de Toronto rivalisera avec celui de Québec à qui dominerait l\u2019autre en adoptant sa langue dans un temps record.Hélas ! mes bien chers lecteurs, dans cette vallée de grimaces, l\u2019émulation, même la plus saine, risque de se transformer en un sentiment que la décence m\u2019interdit de nommer, en un sentiment à la source de presque toutes les dissensions entre les fils d'Adam.On peut donc prévoir que dans la république des langues interverties, il se trouvera quelques mauvaises têtes \u2014 et quelques mauvaises langues \u2014 pour chicaner le vis-à-vis sur son zèle à respecter les finesses et la pureté de notre idiome.Tout cela est peu de chose cependant à côté du problème psychologique que poserait, durant la période de transition, la coexistence du Parisian French des ex-Anglo-Canadiens et de notre rustique jouai québécois.Des professeurs français, voltairiens pour la plupart, profiteraient bien de ce remue-ménage pour envahir les universités néofrancophones des Maritimes, de l\u2019Ontario et de l'Ouest.Observez, en passant, que si nous n\u2019avons pas su les accueillir et nous entendre avec eux, c\u2019est faute de bonnes dispositions naturelles et faute d\u2019avoir suffisamment pioché notre Dale Carnegie, de part et d\u2019autre.Ah ! plus j\u2019y songe, Monseigneur, plus mon altruisme voit la gravité de votre omission ou commission, et plus je 766 L'ACTION NATIONALE souhaite que notre Dieu à tous, infiniment plus grand que pancanadien, vous pardonne d\u2019avoir induit le Canada en tentation de bilinguisme.Qu'il vous ménage assez d\u2019énergie pour réparer votre faute, pour boucher partout les brèches du mal.De grâce, hâtez-vous avant le raz de marée ! Allez à Vancouver, à Calgary, à Toronto et à Halifax faire entendre la bonne parole de l\u2019unilinguisme.Car l'unité, croyez-moi, est l\u2019instrument nec plus ultra de la bonne entente, et même de la médiocre : langue unique, foi unique, manuel unique et gouvernement unitaire: Si la concorde est voulue de Dieu, s\u2019il n\u2019est pas vrai que son Fils ait été le plus grand perturbateur de tous les temps, c\u2019est dans cette voie et dans la recherche d\u2019un dénominateur commun que nos pasteurs doivent nous engager.Nec Minus Infra, J.P.Mon téléphone à monsieur Jacques Ferron, m.d.Il y a trois principaux moyens d\u2019abâtardir une nation : 1) ébranler ses assises religieuses; 2) défigurer sa langue; 3) bafouer son histoire.Nous savons quels ravages la sacralisation des instincts, le premier principe de la démocratie moderne, alliée aux sarcasmes de nos demi-intellectuels, exerce dans l\u2019âme de notre jeunesse.Nous savons aussi comme le laisser-aller démocratique a désorganisé notre langue au point de la rendre méconnaissable.Je voudrais aujourd\u2019hui protester contre cette \"invidia democrati-ca\u201d qui, non contente de s\u2019acharner contre les grands hommes du présent, s\u2019efforce de souiller la mémoire des héros que l'Histoire présente à notre admiration.On avait déjà vu sous la Troisième République les historiens officiels, ou plutôt à gage, torturant le visage de LES ÉVÉNEMENTS 767 l'histoire de France avec le plus odieux cynisme et la plus froide des suffisances, en venir presque à affirmer que l\u2019Histoire commence avec les Grands Ancêtres de 1789-Que ceux qui ont visité Versailles se rappellent leur arrêt au Jeu de Paume et la phrase du guide officiel : \"Ici, Messieurs, commence l\u2019histoire de France.\u201d Qu\u2019ils se rappellent ensuite leur visite au Panthéon, dédié aux gloires de la France, et leur étonnement d'y avoir rencontré : Voltaire, Zola, Jaurès, etc.Comme chez nous, nous avons le culte de l\u2019imitation (avec un bon demi-siècle de retard, vu que d\u2019après nos petits intellectuels nous sommes toujours au moins cinquante ans en arrière des autres, même dans le travestissement de l\u2019histoire), que dis-je le culte de l\u2019imitation ?disons en l\u2019occurrence le souci minutieux de la singerie, il nous faut à notre tour \"réinterpréter\u201d notre histoire et découvrir que ceux qui nous avions crus nos héros jusqu\u2019aujourd\u2019hui n'étaient que de la vile canaille à l\u2019instar des grandes figures de l\u2019Ancien Régime.Nous aurons aussi sous peu notre petit Panthéon où nous ne manquerons pas de faire admirer aux touristes ébahis, et même ébaubis, les dépouilles de gloires historiques comme Bigot et Chiniqui; et les iconoclastes, ou plutôt les lumières du présent comme Jacques Ferron, et quelques autres illustres inconnus.Pourquoi Jacques Ferron ?me direz-vous.Eh bien ! pour sa grande lucidité historique qui a conduit ce prophète à retardement( ou post-phète) à prédire (ou mieux postdire) sur le passé sans pouvoir s\u2019appuyer sur aucun document.Pour une réussite dans la culture des navets, c\u2019en est une, et de taille, que sa lettre à la Presse du 6 avril I960.Qu\u2019on me permette pour dérider nos lecteurs de reproduire au long cette lettre rédigée sous le titre : \"Le timbre de Dollard\u201d. 768 L'ACTION NATIONALE Monsieur le Rédacteur, \"Au moment où nous commençons à nous rendre compte que nos ancêtres, les envahisseurs européens, considéraient qu'un bon Indien était un Indien mort, le Ministère des Postes, malgré les protestations qu'il a reçues, émet un timbre à la gloire de Dollard.Ce timbre suit celui de la défaite de 1760.Il faut croire que nos humiliations et nos hontes ont pris leur forme définitive et qu\u2019on peut les emballer puisqu\u2019on les timbre déjà.Au printemps de 1660, Mgr de Laval et le gouverneur d\u2019Argenson, frais débarqués de France et ne connaissant rien au Canada, prêtèrent foi au délire d'un supplicié iroquois et tinrent Québec en état de siège durant quinze jours.C'était un précaution absolument ridicule.Il n'y eut jamais d\u2019armée iroquoise en marche contre Québec.Comme par une heureuse coïncidence une bande de jeunes Français étaient partis de Montréal pour aller voir des pelleteries sur l'Outaouais et s\u2019y étaient fait tuer, comme il arrive souvent aux brigands.On se dit : \"Ce sont eux qui ont arrêté l'armée iroquoise !\" Voilà l'origine de cette folle légende.Si ensuite elle a pris de la consistance au point de nous fournir un héros national, le héros de notre honte, ce fut pour deux autres raisons.La première : lord Durham ayant écrit que nous étions un peuple sans histoire, ce qui était vrai au moment où il le disait, nos écrivains se mirent à la tâche pour le contredire; il en résulta une histoire épique, assez touchante où tout cela était bien beau.En l'occurence, le petit Sieur Dollard fut tiré de sa fange, lavé, récuré, offert à notre édification.La deuxième raison, la voici; l'idée d'un héros national n'exista pas chez les Canadiens français avant 1837.Ce fut l'admirable sacrifice de Chénier à Saint-Eustache qui la leur fit concevoir.Cependant Chénier avait été excommunié : l'évêque de Québec l\u2019avait même déclaré brigand.Nos clercs ne pouvaient donc pas bénir son monument.Alors, pour nous le faire oublier, on lui substitua en douce le dénommé Dollard.\"Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose\", a dit Voltaire.De Dollard il nous restera un timbre, un timbre qui pourra toujours servir : nous le collerons à la porte du chanoine Groulx, qui aura été le premier responsable de cette lamentable fumisterie.\u201d Jacques Perron, m.d.A la lecture d\u2019une telle énormité, il n\u2019y a que deux attitudes possibles à prendre : ou vous bien tenir les côtes pour qu'un bon fou rire, en vous dilatant la rate, n\u2019ébranle pas trop votre système osseux, ou vous indigner au risque d\u2019altérer votre santé par suite d\u2019une trop grande sécrétion LES ÉVÉNEMENTS 769 de bile noire.J'ai choisi le parti le plus sain, le premier, vu que ce misérable poulet ne vaut même pas le dédaigneux haussement d'épaule qu'on esquisse généralement à la vue d'une sottise.Mon fou rire une fois épuisé, j\u2019ai cru bon de m\u2019enquérir des sources où allait puiser M.Ferron.Voici, à peu près en les mêmes termes, la conversation que nous tînmes au téléphone dans la soirée du six : Moi.\u2014 La thèse que vous soutenez, M.Ferron, au sujet de Dollard m'intéresse vivement; d\u2019autant plus qu'il y a dix ans que j\u2019entends les mêmes affirmations et que je n\u2019ai trouvé jusqu\u2019ici aucun document historique qui les justifie.Auriez-vous la bonté de m\u2019indiquer sur quel document vous vous appuyez ?M.Ferron.\u2014 Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019avoir de document, cher Monsieur; c'est le clergé qui a fait un héros de Dollard.Il n\u2019y eut jamais de projet d'invasion iroquoise.C\u2019est le clergé qui tint la ville de Québec sous l'effroi pendant deux semaines au printemps 1660.Et quand on vit que les Iroquois n'arrivaient pas, on fut très heureux de trouver un coureur de bois qui, par sa mort, aurait barré la route à l'invasion.C'est encore le clergé qui plus tard nous en fabriquera un héros national.Moi.\u2014 Mais, Monsieur, sur quel document vous fondez-vous ?J'ai beaucoup consulté les archivés depuis dix ans, et n'ai trouvé jusqu\u2019ici que des documents qui confirment l\u2019acte héroïque de Dollard.Ni à la Nationale à Paris, ni aux Archives du Séminaire de Québec, ni dans les registres de la Fabrique de Notre-Dame, on ne trouve quoi que ce soit qui vienne à l'appui de votre thèse.Que pensez-vous des Relations des Jésuites de 1659-1660 ?M.Ferron.\u2014 Vous savez bien, cher Monsieur, que les Relations étaient des chroniques fabriquées à l'intention des Français de France ! 770 L\u2019ACTION NATIONALE Moi.\u2014 Alors, Monsieur Ferron, si vous ne croyez pas à la véracité des Relations, que pensez-vous de la tradition orale chez les tribus indiennes, dont certains membres m\u2019ont raconté l\u2019histoire du passé, où entre précisément ce héros que l\u2019on appelle Dollard ?M.Ferron.\u2014 Cher Monsieur, vous savez bien que les Indiens aussi sont instruits par le clergé, qui leur fait croire tout ce qu\u2019il veut.Moi.\u2014 Alors, Monsieur Ferron, essayez de me dire où je pourrais trouver au moins un document historique qui puisse aider à étayer votre thèse; car elle me semble très intéressante.M.Ferron.\u2014 Monsieur, vous semblez être un maniaque du document.Moi.\u2014 Mais, Monsieur Ferron, sur quoi construit-on l'histoire ?Est-ce à partir de l\u2019imagination de médecins en mal de publicité, ou à partir des documents que nous a laissés le passé ?Sur ce, notre médecin s\u2019excusa de ne pouvoir continuer l'entretien : des clients l\u2019attendaient.Pour moi, une telle histoire me laisse sceptique, non pas sur la compétence de Ferron-médecin, mais sur la lucidité de Ferron-historien.J\u2019ai toujours trouvé que l\u2019anticléricalisme est le fruit d\u2019une certaine frustration, qu\u2019il est le fait de ces petits intellectuels impuissants à créer quoi que ce soit de positif et pour qui les oeuvres du clergé sont un vivant reproche.Je n\u2019irai pas jusqu\u2019à affirmer, comme Léon Daudet le fit, qu'il est le fruit d\u2019un autre complexe autrement plus grave; mais je ne puis m'empqçher de penser tout de même que l\u2019incroyance, quelque forme qu'elle prenne, ne devrait pas supprimer l\u2019intelligence.Cela me laisse aussi un peu rêveur.Nous nous plaignons de l\u2019abrutissement de notre jeunesse, de son engoue- LES ÉVÉNEMENTS 771 ment pour les faux héros des sports ou du cinéma, de son manque d\u2019idéal et de sa désaffection à l'endroit des réalités de la nation.Quand nos marchands d'histoire (d\u2019histoires ?), en mal d\u2019iconoclastie, auront trouvé des tares chez tous les grands hommes de notre passé, qu\u2019ils auront déboulonné aussi tous les héros statufiés de l\u2019histoire de France, qu\u2019ils auront mis en valeur les grands hommes étatsuniens seulement, chez qui ils ne trouvent jamais de petits côtés, que restera-t-il à notre jeunesse sinon que mépris ou honte pour la nation à laquelle elle appartient ?Ne cherchez pas ailleurs les causes de notre avilissement.A.R.Épître semi-badine à M.le Juge O .distingué juriste M.le Juge O .Vous vous demandez peut-être d\u2019où me vient la démangeaison de vous écrire ?Mon métier m\u2019oblige au fréquent usage du miscroscope et d\u2019une lourde loupe.J\u2019ai un faible pour les personnages qui se gonflent, se grossissent d\u2019eux-mêmes.Ceux-là fatiguent l\u2019esprit; ils ne fatiguent pas les yeux.Vous étiez, ces dernières semaines à la tribune d\u2019un club Richelieu.Le Star a fait grand état, comme il convenait, de votre discours.Le reporter du Devoir vous a même donné du \"distingué juriste \".Évidemment celui-là avait apporté sa loupe.Mais, en dépit de cet encens d\u2019Arabie, n'êtes-vous pas d'avis, M.le Juge O.que, dans la bouche d\u2019un savant magistrat, votre discours affichait assez peu de sérénité et même de sens commun ?Que voulez-vous ?Est-ce la faute du vulgaire s\u2019il a toujours pensé qu\u2019un juge doit avoir du jugement ? 772 I.'ACTION NATIONALE Je ne vous ai pas entendu.Mais nous vous avons lu, mon voisin et moi.Et pendant que je lisais à haute et intelligente voix, mon voisin ne s\u2019est pas privé de m\u2019interrompre fréquemment.Il vous connaît bien.\"Le cher monsieur, m\u2019a-t-il confié, est assez coutumier de ces frasques ou sorties intempestives.\" Et là-dessus, il m'a raconté des anecdotes savoureuses.M.le Juge O ., dans votre harangue, tout n'est pas de travers.Mais il y en a joliment.Et c\u2019est ce parti-pris, ce ton de diatribe dans la bouche d'un \"juriste distingué\u2019 , ce ton de forum ou de rostres antiques sans Cicéron.Et pourquoi, même si nous étions alors en Grande mission, pourquoi ces charges, ces mercuriales en porte-à-faux, ces ressassements de clichés usés, infects qui courent les rues, sinon les ruelles ?Mon intention n\u2019est pas de vous suivre pas à pas.Vous avez été long, très long, trop long, nous a-t-on rapporté, tellement vous paraissiez mordu de l'intention de vous vider : ce que vous auriez pu faire en si peu de temps.Vous parlez narquoisement des deux histoires qui s\u2019affrontent : la \"vraie et celle qu\u2019on nous enseigne\u201d.Entre nous, M.le Juge O ., que savez-vous de la \"vraie\" histoire ?Et quelle est votre compétence pour en juger, si tant est que vous en ayez jamais appris quelque chose ?C'est dommage, car j\u2019aurais eu quelque envie de vous proposer la rédaction d\u2019une histoire qui serait la vraie celle-là, et qu\u2019un juge pourrait lire tout en s'endormant.Il est un chapitre surtout que je voudrais lire de vous, un chapitre d\u2019histoire politique.Car mon voisin qui vous connaît bien, n'a pas laissé de me décrire votre curriculum vitae.En votre rose jeunesse, m\u2019a-t-il appris, vous fûtes de l'Action libérale nationale de Paul Gouin.Mais vous n\u2019y demeurâtes pas longtemps.Serait-ce que le vent ne vous LES ÉVÉNEMENTS 773 paraissait pas souffler de ce côté P D\u2019ailleurs une candidature malheureuse acheva de vous dégoûter.Donc vous vous orientâtes vers des horizons plus ensoleillés.Vous aboutîtes ainsi par les voies traditionnelles au majestueux banc de la magistature.Et alors j\u2019en reviens à ce chapitre d'histoire politique.Que j\u2019aurais plaisir, \"plaisir extrême\u2019\u2019, dirait La Fontaine, à lire, sortant de votre plume, l\u2019histoire de l\u2019Action libérale nationale.Il me semble vous voir, après un narré de vos élans juvéniles, nous décrivant l\u2019état d\u2019âme de ces sages qui aujourd\u2019hui, hélas, bien rangés, bien rentés, désespérant de voir jamais assez pourrir les cadavres d\u2019idéal dont leur jeunesse est jonchée.Vous vous êtes encore moqué, M.le Juge O.de \"notre mission\".Il paraît que nous n\u2019en avons pas.Un tas de jeunes pédants le disent.Et même quelques-uns de nos historiens s\u2019en mêlent.Mais vous, M.le Juge, prédicateur clandestin de la Grande Mission, comment avez-vous pu oublier que si Dieu est Notre Père, les fils du Père pourraient se sentir engagés quelque peu dans les oeuvres du Père ?Sans doute, bien que des malins nous le fassent dire, ne sommes-nous pas obligés de nous croiser et de partir, bannières au vent, pour la conversion des protestants du Canada.Mais encore avons-nous au moins l\u2019obligation, parce que catholiques et fils du Père, de donner dans nos moeurs, moeurs privées et publiques, en littérature et en art, dans notre vie d'affaires, dans notre politique et voire dans notre magistrature, un exemple de dignité.Et ça, M.le Juge O .c\u2019est, si je ne me trompe, c\u2019est une mission et une mission sacrée qu'on ne nie qu\u2019au mépris de sa foi et de son esprit.Peuple sans mission ! Mais pendant que les têtes frivoles la nient, ouvrez-vous donc les yeux, M.le juge, et vous verrez ce que nos petits missionnaires, sur toutes les 774 L'ACTION NATIONALE plages du monde, accomplissent au nom de la mission de leur pays.Il y a plus de quarante ans qu\u2019Henri Bourassa nous l'a rappelé.Vous êtes de ceux, sans doute, qui n\u2019ont pas assez de louanges pour exalter l'oeuvre du Docteur Schweitzer \u2014 qui, certes, le mérite bien \u2014 mais comptez donc aussi les hôpitaux, les hospices, les léproseries que des petites filles de chez nous ont fondés et maintiennent chez tous les peuples sous-évolués et bien avant le Dr.Schweitzer.Et comptez donc aussi les écoles, petites et grandes et de tous les ordres d\u2019enseignement que les missionnaires du Canada français ont établies sur tous les continents.Et peut-être alors, M.le juge, pendant qu\u2019ici des esprits légers et superficiels se moquent de notre mission, peut-être apprendrez-vous que plus de 6,000 des nôtres, et pas des imbéciles, se sacrifient héroïquement pour cette mission et pour Dieu le Père, et nous empêchent de sombrer dans la bêtise.La partie de votre harangue, M.le juge O.qui a le plus agacé mon voisin, homme modéré cependant, c\u2019est bien celle où vous avez dénoncé notre intolérance.Mon cher voisin n\u2019a pu retenir cette première impatience : \"Voilà encore un juge qui prend son tricorne pour un chapeau, puisqu\u2019il parle à travers !\u2019\u2019 Que d\u2019intolérance vous dénoncez chez nous ! C\u2019est tout juste si vous ne prononcez pas le mot \"Inquisition\".Mais diable que vous paraissez en avoir envie ! Je le veux bien, nous avons nos grandes et nos petites misères; nous nous lançons trop volontiers par la tête les mots de \"gauche et de droite\u201d.Mais, je vous en prie, en quoi cela entrave-t-il si gravement la liberté et les libertés légitimes ?Et y a-t-il lieu d\u2019évoquer le \"crois ou meurs\u201d ?Mon voisin, visiblement de plus en plus impatienté, me souffle encore : \"Mais ce Monsieur a-t-il jamais LES ÉVÉNEMENTS 775 compté le nombre d\u2019imbéciles et de raseurs qui gardent encore le droit d\u2019écrire et de parler ?\u201d Peuple intolérant ! Mais ne connaîtriez-vous pas une province, M.le juge O .où chacun, même le dernier immigrant, peut choisir, selon qu\u2019il lui plaît, sa langue, son école, sa culture, une province où cette tolérance est tolérée même jusqu\u2019à la sottise ?Et connaîtriez-vous aussi un peuple qui, en sa province, traiterait sa minorité culturelle et religieuse, comme nulle part, de l\u2019avis de tout le monde, on ne le fait en Amérique du Nord ?Et connaîtriez-vous aussi un petit peuple, le même, ce semble, qui accepte, en son propre pays, et malgré des droits censément égaux à tous ceux de ses concitoyens, accepte, dis-je, d'être traité, hors de sa province, comme un \"sous-évolué\u201d, presque un indésirable; qui se voit marchander son droit, sa liberté, en des choses aussi sacrées que sa langue, sa culture, sa foi, et tout cela au grand scandale des étrangers, d\u2019un monsieur Domenach, par exemple ?Et ce peuple ne serait-il pas encore le même, qui en sa propre province, se soumet béatement à la pire servitude économique, servitude contre laquelle se cabrent aujourd\u2019hui tous les peuples colonisés ?Et ce peuple, bien endormi par les endormeurs que vous connaissez, trouvez-vous à le louer, M.le juge O.de sa plate résignation à de pareils régimes ?Et seriez-vous de ceux qui trouvent le moyen de lui reprocher son fanatisme et son intolérance ?Peuple intolérablement tolérant, voilà pourtant ce que nous sommes ! Et va-t-on achever enfin de nous rebâcher les clichés moisis d\u2019un Damien Bouchard et d'un abbé Maheux ?Reprenez votre tricorne, M.le juge.Et faites donc en sorte que, ni au-dedans ni en dessous, il n\u2019y ait trop de courants d\u2019air.\u2014 Aymérillot. Document UNE JEUNESSE EN PERDITION par ^rançoii-\u2014Albert s4nÿeri Le document qui suit est extrait d\u2019un numéro spécial d\u2019une de nos institutions classiques d\u2019enseignement.Il importe qu\u2019il soit reproduit ici, sans quoi le lecteur n\u2019arriverait pas à mesurer la signification réelle et l\u2019importance des remarques que nous voulons lui soumettre à ce sujet.Il ne s\u2019agit évidemment pas de faire l'injure à nos lecteurs d\u2019une discussion ou d\u2019une réponse à pareil texte.Il s\u2019agit de faire toucher du doigt le monde nouveau qu\u2019un certain enseignement de l\u2019histoire est en train d\u2019édifier chez nous.En effet, il n\u2019y a presque pas à blâmer le signataire de l\u2019article, qui n\u2019a pas caché son nom, qui a eu le courage de ses idées, mais que nous avons préféré ici ne pas exposer en jugement.C\u2019est un étudiant qui croit avoir des idées personnelles, qui essaie d\u2019en avoir, mais qui, comme tous les étudiants, réflète plus ou moins les idées de ses professeur.Il suffit de lire le texte pour voir à quelle école historique appartiennent les professeurs qui l\u2019ont formé.Et l\u2019on voit ce qu elle donne.Le mot lamentable n\u2019est certes pas trop fort ici, non seulement du point de vue de l\u2019avenir de la nation, mais du point de vue même des jeunes qui, ainsi déracinés, sont appelés à un ballottement dont ils ne tireront personnellement qu\u2019insatisfaction de la société dans laquelle ils sont appelés à vivre, qu\u2019un type de frus-tation apte à en faire des démolisseurs plutôt que des bâtisseurs.Personne ne contestera que l'histoire doive être vérité.Personne ne contestera à l\u2019historien qui découvre des faits nouveaux, susceptibles d\u2019imposer une revision de l\u2019histoire, non seulement le droit mais le devoir de le faire savoir.Mais il y a la manière, et il y a le lieu. LES ÉVÉNEMENTS 777 Il y a d\u2019abord la manière.Que de jeunes historiens, frais émoulus des mains de leurs maîtres, se prétendent autorisés à prendre le ton qu\u2019ont pris d\u2019aucuns, parce qu\u2019ils ont découvert quelque document nouveau, et à formuler de nouvelles théories générales qui prétendent renverser tout le savoir élaboré par leurs devanciers à partir d'un effort non moins honnête et non moins sérieux, cela même n\u2019est pas scientifique.Il y a là une disproportion qui relève plus d\u2019un manque de maturité que des exigences scientifiques.Car la science rend prudent dans les affirmations scientifiques quand elle est bien comprise.Il y a un âge pour faire des découvertes nouvelles et contribuer des apports nouveaux à une science; il y a aussi un âge pour avoir acquis la somme de connaissance requise et atteint la maturité nécessaire pour présenter des synthèses et offrir des théories nouvelles.Je n\u2019invoque là aucune thèse auto-ritariste; j\u2019en appelle seulement aux aspects quantitatifs.Quand on a 30 ou 35 ans et qu'on n'a pu donner qu\u2019un certain nombre d'heures de travail à un sujet, on ne peut pas en avoir acquis autant que celui qui en a 60 et qui a travaillé tout aussi ardument.Toutes choses égales, le jugement d\u2019ensemble du dernier est donc susceptible d'être plus qualifié et commande le respect, et un certain ton dans la discussion de ses idées.D\u2019ailleurs, à l\u2019histoire sentimentale qu\u2019on a voulu supprimer on a substitué l\u2019histoire prophétique, qui des faits présents et passés prétend tirer des conclusions rigoureuses sur les capacités ou les chances de survie d'un peuple ou sur son évolution.Sans être historien, je suis assez au courant de l\u2019histoire universelle pour savoir que la diversité des situations historiques interdit à l'historien scientifique de proférer un tel jugement.Au-delà des événements, qu\u2019il a la charge de relater véridiquement, il ne saurait que 778 L'ACTION NATIONALE formuler des espoirs, indiquer des possibilités différentes selon des circonstances différentes.Et ce n\u2019est pas la science qui a affaire ici, mais les fins très spécifiques auxquelles l'homme politique, ou le professeur d'histoire dans un collège, a le droit d\u2019utiliser l\u2019histoire comme moyen d\u2019action formatrice.Il y a donc la manière, et il y a le lieu.Que le professeur d\u2019histoire dans sa faculté, et dans les colloques qu'il a avec les licenciés ou les agrégés qu\u2019il forme, discute librement des hypothèses historiques les plus nouvelles et les plus aventureuses, cela est normal.C\u2019est la place pour le faire.Que les professeurs transportent ces hypothèses aventureuses, encore imprécises, contestées, pour les jeter en pâture à des étudiants de collège, et c\u2019est, le moins qu\u2019on puisse dire, un grave manque de jugement, qui a de quoi faire douter sur la valeur scientifique et pédagogique du professeur impliqué.Car l\u2019histoire au collège a une tout autre mission que de former de futurs historiens ou de futurs agrégés.Sa première mission est de former de futurs citoyens.Elle ne doit pas pour cela être faussée, mais elle doit éviter les discussions du type purement hypothétique.De toute façon, les résultats démontrés par le texte qui suit sont suffisamment probants.Une histoire qui aboutit à former der citoyens sans foi dans leur destin ne peut être qu\u2019une histoire néfaste, car sous cet angle elle est essentiellement fausse.Je l\u2019ai déjà dit de vive voix à certains des intéressés de la nouvelle école historique.En poussant ainsi le tableau du Canada français au noir, en voulant faire passer tous nos ancêtres pour des imbéciles, en vue de faire prévaloir une certaine hypothèse historique de défaite qui aurait tout défait sans retour, on ne peut aboutir qu\u2019à deux résultats. LES ÉVÉNEMENTS 779 Galvaniser d'une part les énergies d'une minorité de courageux et les pousser tout droit au séparatisme et à la révolution; décourager d\u2019autre part la majorité des âmes tièdes et timorées, et aboutir au lâchage systématique et rationnalisé qui se manifeste dans l\u2019article qui suit.Nous touchons actuellement cette double échéance.Il serait temps qu\u2019on s\u2019en avisât avant qu\u2019il ne soit trop tard.POUR UNE AMÉRICANISATION RATIONNELLE Can.-Fr.Château-Fort Périmé Notre situation .soyons réalistes Le Canada-français se voit chaque année réduit à une minorité influente de plus en plus faible.Ambiance américaine, politique \"Canadian\u201d, autant de facteurs qui font que la poignée de Canadiens-français vit de capitaux américains et défend une cause étrangère à son point de vue.La survivance canadienne-française, lentement absorbée par les deux blocs anglais, est inévitablement vouée à l\u2019échec.Les droits et les moyens que nous désirons existent, mais favorisent le plus fort.C\u2019est donc dire que nos revendications et nos décisions doivent entrer dans la ligne des plus forts.Ignorer cette dépendance fondamentale, c\u2019est vivre dans l\u2019illusion.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, le Canadien-français en tant que tel \"n\u2019est plus qu\u2019au pauvre jouet disloqué sur l\u2019océan des aventures\u201d, si l\u2019on peut appeler océan des aventures la formidable puissance des Américains.mais, tandis que le plus fort s\u2019implante avec sa culture, ses capitaux et sa politique, il serait erroné de considérer la province de Québec comme une réserve indienne et encore plus insensé de sortir une hache de guerre que nous n\u2019avons même plus.Remettre le Québec sur pied, en faire un paradis de culture française .: impossible ! Exerçons plutôt notre autonomie en faveur du pays, c\u2019est-à-dire en faveur des \"Canadians\u201d.La civilisation industrielle a créé des besoins nouveaux D\u2019ailleurs, pourquoi nous rattacher à un passé qui est mort?C\u2019est un fait que la civilisation industrielle dissout progressivement les communautés traditionnelle, l\u2019ordre fondé sur le passé.Tournons-nous vers l\u2019avenir et la technique.C\u2019est dans cette perspective orientée dans le sens du progrès que le Canadien français pourra faire valoir son dynamisme.Le jour où nous 780 L\u2019ACTION NATIONALE cesserons de pleurer le sort de nos ancêtres, où nous délaisserons le sentimentalisme qui nous a toujours animés, nous pourrons alors réaliser qu\u2019il y a une meilleure solution que de réclamer des droits qui ne nous reviennent pas.Pourquoi refuser l'assimilation ?L\u2019ignorance, les préjugés et le désir d'indépendance, naturels mais utopiques, de certains Canadiens-français ont ralenti l'action de l\u2019assimilation.Le Canada-français, en durcissant ses positions contre les Anglais, est voué à l\u2019échec.Notre dépendance envers les \"Canadians\" et surtout les Américains est essentielle.Si, sans durcir les positions, nous nous contentons de subir et de parasiter ., nous survivrons, mais dans des conditioons telles qu\u2019il eut mieux valu que nous n\u2019ayons jamais vécu.Par contre, chaque individu, chaque Canadien-Français, peut s\u2019américaniser et en fin de compte s\u2019épanouir dans une société favorable.Les E.-U.collectivité idéale et reflet du monde occidental : Un certain snobisme et une étroitesse d\u2019esprit de notre part a fait que nous avons érigé le Canada-français en château-fort, seul poste de culture digne du continent.Malheureusement cette attitude nous a aveuglés sur notre véritable condition.Nous avons perdu contact avec d'autres méthodes d'enseignement, d\u2019autres genres de loisirs qui souvent sont supérieurs aux nôtres.Mais il est encore temps de choisir une situation normale.Une situation où les générations qui nous suivront pourront vivre sans \"parasiter\", et pourront revendiquer un titre de citoyen qu\u2019ils posséderont de fait.Cela, l\u2019assimilation aux Anglais nous l'offre.A ce moment, à l\u2019exemple des Américains, nous redonnerons au pays un air de prospérité, de force, de prestige.Le système gouvernemental américain n\u2019est sans doute pas parfait, mais il a assuré la stabilité du pays depuis 182 ans.Leur régime de liberté économique discipliné a le don de stimuler l\u2019initiative.Il est peu de pays où les conditions fondamentales d'une concurrence libre et honnête soient aussi jalousement sauvegardées.A une époque où être \"citoyen du monde\" devient une expression de plus en plus populaire, ne serait-il pas juste de dire que : \"The victors of 1759 were not the British, as the vanished certainly were not the French Canadians.The victor was a third party, then unborn and unimaginable.No one but the DUAL NATION OF THE FUTURE had won the battle.And in its unconquerable but still imperfect duality the nation must now reassess, from top to bottom, THE MARRIAGE OF THE TWO RACES.\u201d XXX TABLE DES MATIÈRES Éditorial Pour une éducation nationale .693 Adrien Pouliot Dollard des Ormeaux, hier, aujourd\u2019hui, demain .705 Jacques Poisson Nos universités sont-elles françaises ?\u2014 IV .725 A.\t\u2014 Sherbrooke B.\t\u2014 Agronomie, II Paul-Éwile G ingras Bilan 1959-1960 en éducation .741 F.-A.Angers, Archélas Roy, Jacques Poisson, Aymérillot Du vieux vin dans des outres neuves, etc.755 LAMARRE ET FRÈRES LÉOPOLD LAMARRE, président Spécialistes en meubles, accessoires électriques, tapis, prélarts, T.V., Hi-Fi.3723 ouest, rue Notre-Dame, Montréal\tWE.5-4681 CHAMPION TIRE CHAIN CO.LTD.LÉO DESCOTEAUX gérant général 2457, rué Des Carrières\tCRescent 1-6711 TOITURES PERMANENTES ENRG.Couvertures en gravois \u2014 Ferblanterie ATELIER : 2525-A, est, rue Jean-Talon\t**RA.2-9121 A.B.C.TOOL & DIE CO.LÉO DESCOTEAUX gérant général 2381, rue Des Carrières, Montréal 36\tTél.: CR.9-7333 CL 9-9839 7710, boul.Prévost R.GARON GARON & YÉZINA Latte Métallique Ville d'Anjou, Qué.RA.2-8534 Parisian Laundry Co.Inc.Buanderie et nettoyage de qualité supérieure 3550, rue St-Antoine MONTRÉAL J.-M.Valade Président WE.3-2674 Bernard Bellemare propriétaire VICTORY OIL Huile à chauffage de toute catégorie 655, rue de Linelle MONTRÉAL Bureau : 1504, rue Davidson GRENACHE INC CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL Roch Grenache LA.6-7771 Savourez Pour la collation LA CROQUETTE BISCUITS - 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