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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre - Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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Références

L'action nationale, 1958-09, Collections de BAnQ.

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[" 'ACTION Éditorial Sur deux centenaires Albéric Fréchette, o.f.m.Foi et Vie française en Colombie britannique Noël Dorlon, m.p.La fiscalité canadienne face à la Constitution Paul-Émile Gingras Vers un statut professionnel François-Albert Angers Pierre Elliot Trudeau et la grève de l'amiante - VI Jacques Lachance Refrancisation du commerce et des métiers VOLUME XLVIII NUMÉROS 1-2 \u2014 MONTRÉAL \u2014 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1958 CINQUANTE SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration C.P.221 Station E MONTRÉAL RE.7-7176 L\u2019ABONNEMENT $5.00 par année L'abonnement de soutien $10.00 UNION DU\tCOMMERCE Compagnie Mutuelle d\u2019Assurance-Vie\t GÉRANTS RÉGIONAUX\t Fernand Drapeau\tAntoine Parent, c.l.u.822 est, rue Sherbrooke\t895 Place d'Aiguillon, MONTRÉAL\tQUÉBEC, 4 Autorisé comme envoi postai de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Compiables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.159 ouest, rue Craig,\tVI.9-1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA CIE F.-X.DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont,\tQuébec Pour devenir propriétaire .Epargnez avec : LA COMPAGNIE MOINELLE D'IMMEUBLES LIMITÉE 1306 est, Ste-Catherine, Montréal Tel.: LA.2-5415-5515 SERVICE DE PNEUS 1871, rue DeLorimier LA.4-1177 Eugène Turcotte V.-Prés.et gérant André Trudeau Sec.-Trés. LES AMIS DE LA REVUE CAMBRON.M., B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacie Cambron Spécialité : Prescriptions \u2022\t775 est, rue Roy \u2014 VI.5-9755 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke, Qué.- Tél.2-4793 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 THERRIEN, F.-E.f avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tUN.1-2889 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tVI.5-2841 EPICERIE NOTRE-DAME EPICIER LICENCIE 107 rue Notre-Dame, Jonquière, P.Q.\u2022\tTél.2-2655 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est \u2022\tUN.6-5818 POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTél.: 2-4620 MAXIME Nettoyeurs et Teinturiers 4140, rue St-Denis C\tBE.1158 LAVIGNE.C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE.9-1741 BÉLANGER & DAHME Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tBE.3475 LAPORTE, René MEDECIN 3426 St-André, apt.I.Montréal \u2022\tLA.2-2442 C.DELANIELLO TAILLEUR \u2014 NETTOYEUR 1038, rue Saint-Zotique \u2022\tMontréal CARON, Marcel Assurances générales 5117, Bout.Rosemont, Mtl.\u2022\tCL.9-3275 CR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal LAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-François-Xavier, ch.310 \u2022 Bur.: VI.5-0422 - Rés.: VI.5-8064 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécielistes du tapis 6 Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Valller, Québec GALARDO, Armend \"Fruiterie St-Louis-de-France\u201c Epicerie, viandes cuites.\u2022\t515 est, rue Roy \u2014 PL.1729 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d'invention 934 est, Ste-Catherine \u2022\tVI.5-4548 LA.2-6144 DRAPEAU LTÉE Meubles non peints 933 est, rue Rachel \u2022\tLA.3-3607 CLOUTIER, Dr Yvon Chirurgien-Dentiste 3253 est, rue Beaubien \u2022\tBur.: RA.2-2678 Tailleurs pour Dames et Messieurs 775a E., rue Mont-Royal \u2022\t(face à St-Hubert) MARQUIS, J.-Antonin PHARMACIEN \u2022\tQuébec CHALES, Constant MÉDECIN 4505, rue Brébeuf \u2022\tLA 1-4257 UN AMI de Québec ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.®\tOR.9-0349 DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.5685, Iberville \u2022\tLA.6-6655 LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE des Trois-Rivières Salaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\" 1430, De Lasalle \u2022\tCL.5-4086-7 SANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL.5-2839 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rue Notre-Dame \u2022\tBE.1971 AUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL.1946 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin.Outremont \u2022\tRE.8-3434 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau \u2022 *00V -ue Hocheiaoa \u2022\tCL.5-7797 X .%]omponkoFq ^ ï J.BRASSARD, prés.256 est, Ste-Catherine.Mtl.G.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 La Cie TULIPPE Ltée Cravates, écharpes et robes de chambre 4630, rue Iberville, Mtl \u2022\tLA.4-2533 SÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726, St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 RA.1-4958 Dr ALBERT LOSEAU L.Sc.O., O.D.OPTOMÉTRISTE \u2014 OPTOMETRIST 1271 est, Ave Mont-Royal \u2022\tBureau : LA.5-8719 LA CIE ACADIA ENRG.LAVAGE DE VITRES, ETC.ENTRETIEN DE BUREAUX 2125, rue Masson Street, Montréal \u2022\tLA.2-0751 Dr MICHEL LÉONARD, D.D.S.CHIRURGIEN - DENTISTE \u2022 2492 est, rue Bélanger, Montréal L.-G.FOREST BOUCHER - ÉPICIER Fruits et Légumes 1144, rue St-Zotique, Montréal \u2022\tCR.2-0780 M.-W.RIOPEL, M.C.H.IMPORTATEUR en montres et diamants \u2022\t902 est, Bélanger \u2014 CR.1-0640 Maison GEO.GÉLINEAU INC.Décoration intérieure Vente et confection de draperies CR.7-5660\t5930, rue Saint-Hubert \u2022\tMontréal Dr JACQUES VENNE D.D.S.2116 est, rue Bélanger \u2022\tMontréal \u2014 RA.7-5041 PHARMACIE MICHON 1361 est, Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022 .Roland Michon, Pharmacien TESSO ELECTRIC REG'D.(Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505 PARADIS MESSIER CIE LTÉE Ameublement et décoration Fernand Messier, président 7042, Bout.Pie IX ®\tMontréal Dr JACQUES SURPRENANT D.D.S.82, boul.Dussault \u2022\tLaval-des-Rapides Chaînes à pneus CHAMPION A.B.C.TOOL & DIE 2457, rue Des Carrières 4» Montréal \u2014 Tél.: CR.1-6711 Eugène Turcotte André Trudeau V.-Prés.et gérant\tSec.-Très.SERVICE DE PNEUS TIRE SERVICE LU Pneus neufs et usagés Rechapage et vulcanisation Alignement de roues Accumulateurs 1871, rue DeLorimier \u2022\tLA.4-1177 EUCHER LEFEBVRE, A.P.A., J.P.Comptable public 4388, rue St-André, Montréal \u2022\tLAfontaine 3-5341 ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 L'ACTION NATIONALE Vol.XLVIII Nos 1-2 \u2014 MONTRÉAL \u2014 Septembre-Octobre 1958 Éditorial Sur deux centenaires Deux centenaires ont retenu l\u2019attention des Canadiens français : celui de la province de Colombie-Britannique, où plusieurs milliers des nôtres mènent le bon combat pour la survivance de leur langue et de leur foi, et celui de la presse française en Ontario, centenaire qui a été récemment couronné par des magnifiques célébrations à Ottawa.La Colombie Au R.P.Philippe Mercier, s.s.s., \u2014 qui a exercé son ministère pendant plusieurs années en Colombie britannique, \u2014- nous empruntons le texte suivant, intitulé : \"Les notes en Colombie\u201d : \"Il y aurait beaucoup de choses intéressantes à rappeler au sujet des Canadiens français qui furent mêlés aux découvertes, aux fondations et à l\u2019évangélisation de la partie extrême de notre pays, maintenant connue officiellement sous le nom de Colombie britannique et qui célèbre cette année son Centenaire.Restreint par le manque d\u2019espace, nous nous contenterons de mentionner quelques noms.Il est certain que les 6 L\u2019ACTION NATIONALE fils de La Vérendrye, dès 1743, touchèrent aux contreforts des Rocheuses et que Niverville, en 1731, vit également les Rocheuses.Plusieurs explorateurs ou trappeurs canadiens-français accompagnèrent les premiers découvreurs de la Côte du Pacifique et le plus célèbre est sans doute, Quesnel, second de Simon Fraser, qui donna son nom à un cours d\u2019eau, la Rivière Quesnel.Mackenzie en 1793 en nomme six, Doucette, Landry, Beaulieu, Bisson, Courtois et Beauchamp.Thompson en amène avec lui dans toutes les expéditions, de même Astor et Simpson, Lewis et Clark et autres.Et nous savons que ces compagnons des découvreurs ou les engagés des compagnies de fourrures, firent souche en Colombie.Ces familles réclamaient des secours religieux.C\u2019est alors que Mgr Signay leur envoya deux prêtres.M.Robert Blanchet, né à Sl-Pierre-de-Montmagny et M.Modeste Demers, de St-Nicolas, devenu plus tard ver évêque de Victoria en 1846.Il serait trop long de donner cette longue liste de vaillants missionnaires canadiens français qui à partir de cette épaque assurèrent le secours de la religion à leurs nombreux compatriotes dispersés sur la Côte et même aux Indiens, par exemple les Montfortains, dans l\u2019ile depuis plus de 50 ans.Quand vous visitez le riche musée missionnaire des Soeurs de Ste-Anne à Victoria, vous êtes surpris de trouver tant d'éléments qui démontrent quelle part immense les prêtres et les religieux du Québec ont apportée à l\u2019effort missionnaire et à l\u2019expansion du catholicisme.Mgr Hill, dans un discours pathétique, qu\u2019il faisait ÉDITORIAL 7 récemment, à l\u2019occasion de la bénédiction de la nouvelle église de Victoria, pour les catholiques de langue française, s\u2019attarda à rappeler les origines du catholicisme en Colombie et le travail de géant qu\u2019y avaient accompli les missionnaires de langue française, Oblats, Montfortains, Franciscains, Jésuites, etc.Que dire des Soeurs de la Providence et de Sainte-Anne établies en Colombie depuis cent ans ainsi que des nombreuses communautés du Québec venues depuis leur porter main forte ?Commentant le Centenaire des Oblats en Colombie, Mgr Johnson, coadjuteur de Vancouver, déclarait dernièrement :\t\"Allez où vous voudrez, du Pacifique aux Ro- cheuses enneigées, et vous trouverez des monuments érigés à ces intrépides et zélés Prélats, Pères et Frères pionniers.Partout où vous irez, même dans les endroits les plus reculés et inaccessibles, vous verrez que vous marchez dans les empreintes tracées par les missionnaires de Mgr de Ma-zenod.\u201d Philippe Mercier, s.s.s.La presse française en Ontario Nous nous contentons de saluer brièvement nos confrères journalistes de langue française en Ontario et de rappeler le souvenir de leurs prédécesseurs depuis sent ans.Dans notre prochaine livraison nous reparlerons plus longuement de cet heureux événement.L'Action nationale Foi et vie française en Colombie Britannique111 Par JUléric Precliette O.J.Wj.Un centenaire TEXTE : \"O Dieu, Vos dons nous ont rassasiés .Je vais offrir pour cela dans Son temple un sacrifice de triomphe .\" (Communion et Postcommunion de la messe du jour, le sixième dimanche après la Pentecôte, le 6 juillet, 1958).Il y a une continuité dans l\u2019Histoire et d'autre part l\u2019Histoire s\u2019écrit tous les jours .et ce matin précisément vous écrivez une page éloquente dans le livre de l\u2019histoire de la Colombie Française : à l'occasion du centenaire de la province aux débuts si catholiques et si français \u2014 en l\u2019année du centenaire des apparitions de la Vierge Immaculée à Lourdes, qui est venue de nouveau montrer aux hommes les sentiers de la paix; en ce cinquantenaire de l\u2019année où un grand saint, le Pape Pie X, a donné un patron céleste, saint Jean-Baptiste, à notre peuple \u2014 et enfin, en ce trois cent cinquantième anniversaire de la fondation de Québec, notre berceau, par Samuel de Champlain.Oui, vous êtes bien, en donnant à Dieu et à Marie ce nouveau temple Notre-Dame de la Paix, les fiers descendants de ce peuple au coeur d\u2019or et aux clochers d\u2019argent.(1) Sermon donné par le R.P.Albéric Fréchette, O.F.M., à la messe d\u2019ouverture de la nouvelle église de la nouvelle paroisse française, , Notre-Dame de la Paix, New Westminster, C.B. FOI ET VIE FRANÇAISE 9 En une circonstance comme celle-ci, il est bon, pour réveiller notre conscience religieuse et nationale, d\u2019évoquer au moins brièvement les dons de Dieu qui nous ont rassasiés, afin de nous démontrer le bien-fondé de notre joie débordante en ce jour, et combien nous sommes dans la bonne tradition de notre race en offrant pour cela au Seigneur, dans son temple, un hymne de reconnaissance et un sacrifice de triomphe, l\u2019action de grâces infinie de la messe.I.\"O Dieu, Vos dons nous ont rassasiés .Le Don de Dieu par excellence aux Pères de notre pays, du Canada tout entier, puis de l\u2019Ouest canadien et en particulier de la Colombie, fut une foi à toute épreuve, un amour et un dévouement inébranlables envers le Christ et Sa sainte Eglise, qui furent la source de son courage, de son intrépidité, de sa ténacité persévérante, de sa \"valeur de foi trempée\u2019\u2019, qui le poussa à être le premier dans tout le pays, au nom de Dieu et de la Patrie, en donnant à Dieu la première place, en accordant toujours au spirituel la primauté sur le matériel.Pour tout le Canada, le don de Dieu c\u2019est d\u2019abord Jacques Cartier dont le premier souci, en touchant notre terre, est de planter la croix à Gaspé et d\u2019y faire célébrer le saint sacrifice de la messe.C\u2019est Samuel de Champlain qui fonda Québec et qui, le 24 juin 1615, fit célébrer la première messe au Canada depuis les temps de Cartier, à la Rivière des Prairies, par le R.P.Denys Jamet, de l'ordre des Franciscains qui se trouvèrent ainsi les premiers missionnaires au pays; puis en 1625, c\u2019est le Père Nicolas Viel qui, à l\u2019instar de saint Jean-Baptiste, donne sa vie pour la Cause, massacré et noyé par trois Hurons scélérats .C\u2019est ensuite Maisonneuve qui nomme la ville aujourd\u2019hui appelée Montréal, Ville Marie, en l\u2019honneur de la Vierge.C\u2019est 10 L\u2019ACTION NATIONALE Jeanne Mance et Marie de l\u2019Incarnation avec ses filles, les Ursulines, les premières Religieuses au Canada, qui enseignent non seulement les matières profanes, mais surtout la connaissance et l\u2019amour de Dieu \u2014 c\u2019est Marguerite Bourgeoys \u2014 Dollard des Ormeaux \u2014 les Martyrs Canadiens Jean de Brébeuf et ses compagnons .\"tout un peuple caractérisé par un grand amour pour le pape et l\u2019Eglise, une édifiante fidélité à la religion, un émouvant attachement aux traditions ancestrales.\u201d Les pionniers de l\u2019Ouest du Canada, à leur tour, ne sont pas moins dignes de leurs devanciers et, à mesure qu\u2019ils ouvrent le pays, ils ont à coeur d\u2019y planter la croix, d\u2019y élever des clochers, d\u2019y offrir le sacrifice de la messe, le sacrifice du vrai triomphe, en un mot de préparer la voie au Seigneur, tels que les Provencher, les Langevin, les Grandin, les Mathieu, sur la Rivière Rouge à Saint-Boni-face, et tout ce vaillant peuple qui les a secondés et soutenus.Et enfin, notre chère Colombie ne connut pas d\u2019autre sort : elle est née catholique d\u2019abord et a grandi catholique et française.Les premiers explorateurs par mer, il est vrai, furent les Espagnols, autre race latine, qui par son chef Don Martinez répéta le geste de Cartier à Gaspé et n\u2019eut rien de plus empressé que de planter et de vénérer la Croix sur nos rivages, au chant du \"Te Deum\u201d et du \"Vexilla Regis\u201d, et d\u2019offrir à Dieu, pour ce don et cette découverte, le sacrifice de triomphe de la sainte Messe, par l\u2019aumônier Don José Lopez de Nava, de l\u2019Ordre des Franciscains, qui furent encore les premiers missionnaires de la Colombie.Chose étrange, c\u2019était le 24 juin, 1789 ¦ ¦ .Les Espagnols et les Franciscains se retirèrent après six ans seulement, de par la prise de possession par les Anglais. FOI ET VIE FRANÇAISE 11 Ce fut soixante dix ans plus tard, il y a un peu plus de cent ans, que les Canadiens français arrivèrent, par terre, pour reprendre l\u2019apostolat missionnaire, qui s\u2019organisa avec Monseigneur Seghers, en 1869, et surtout grâce aux vaillants missionnaires Oblats de Marie-Immaculée.C\u2019est d\u2019abord le Père Fouquet, qui construisit la première église à New Westminster, l\u2019église et la mission du Saint-Coeur-de-Marie.Ce sont les Pères Beaudin, Lejac et Brabant et d\u2019autres.C\u2019est Mgr.d\u2019Herbonnez, O.M.I., le premier évêque de la Colombie; c\u2019est Monseigneur Durieu et Monseigneur Dontenville qui ont laissé leur nom à des institutions ici à New Westminster, et tant d\u2019autres, comme les Ouellette et les Blanchet.Enfin, plus près de nous, c\u2019est le vaillant laïque, M.Théroux, et le R.P.O\u2019Boyle en 1909, qui confièrent au R.P.Maillard, O.M.I., encore vivant, le premier centre canadien-français de toute la Colombie, Maillardville, avec son temple dédié à Notre-Dame de Lourdes .Puis, trente-neuf ans plus tard, le mouvement s\u2019accélère : c\u2019est la paroisse du Saint Sacrement, en 1946, confiée aux Pères du Saint Sacrement; puis, la même année, Notre-Dame de Fatima de Maillardville, confiée aux RR.PP.Oblats; puis, en 1949, Notre-Dame des Victoires à Port Alberni, confiée aux Franciscains; en novembre 1957, Saint-Jean-Baptiste à Victoria, confiée encore aux Franciscains, et aujourd\u2019hui c\u2019est Notre-Dame de la Paix de New Westminster, confiée au clergé séculier, qui est rassasié par ce nouveau don de Dieu, qui chante son hymne de triomphe dans la sainte Messe.II.\"Je vais offrir dans son temple pour cela le sacrifice du triomphe .\" Vous êtes donc bien dans la lignée héroïque et chré- 12 I.\u2019ACTION NATIONALE tienne de vos devanciers, chers amis et compatriotes de New Westminster, en dédiant un temple à Dieu et à Marie.Il vous en a coûté, vous aussi, du courage, des sueurs, des sacrifices, des épreuves étranges et cruelles, mais votre foi fidèle, persévérante, a enfin mérité le Don de Dieu et vous continuez à répandre la foi par le véhicule de la langue et de la culture françaises.Le fardeau était lourd parfois, je le sais.Il me souvient, il y a deux ans, lorsque je m\u2019efforçais de retenir votre impatience bien légitime, que je vous disais de patienter, que vous auriez bientôt votre paroisse .vous demeuriez sceptiques .mais, à votre honneur, vous avez fait confiance à celui qui était alors votre chef, vous avez tenu bon et aujourd\u2019hui, dans le sacrifice de triomphe au Christ et à sa mère que vous chantez, vous récoltez dans l\u2019allégresse ce que vous avez semé dans les larmes .tous ces sacrifices, comme tous ceux de vos devanciers, font partie du sacrifice de cette messe et sont offerts comme un parfum d\u2019agréable odeur à la Trinité sainte; car la messe, c\u2019est sans doute le Sacrifice du Christ, mais c\u2019est aussi le sacrifice de ses membres que nous sommes.A la voix du prêtre à la consécration de la messe, le Christ devient présent sur l\u2019autel, comme il l\u2019est au ciel, et II est au ciel comme il était sur le Calvaire, avec ses mêmes dispositions du plus grand amour et du plus grand sacrifice : la messe est donc le même sacrifice que celui de la Croix; mais le prêtre représentant du Christ, l\u2019est aussi de nous \u2014 comme le Christ était notre représentant en même temps que le représentant de Dieu \u2014 le prêtre unit donc nos sacrifices, tous nos efforts pour observer les commandements de Dieu, toutes nos bonnes actions, tous nos efforts pour étendre son règne, le prêtre unit donc tout cela au sacrifice de N.S.pour n\u2019en faire qu\u2019un infiniment agréable à Dieu, un vrai FOI ET VIE FRANÇAISE 13 sacrifice d\u2019amour, de louange et de triomphe, en retour des dons de Dieu qui nous ont rassasiés.A la lumière de ces dons de Dieu et de ces sacrifices de triomphe, vous comprendrez mieux maintenant pourquoi saint Jean-Baptiste a été donné comme patron céleste aux Canadiens français.En donnant un patron spécial à un peuple, l\u2019Eglise cherche toujours à lui donner un saint approprié à son caractère et à sa mission.Le saint Pape Pie X nous a donc donné saint Jean-Baptiste comme patron \u2014¦ sans doute à cause de la dévotion spéciale à ce saint qu\u2019apportèrent de France les fondateurs du Canada .C\u2019est peut-être aussi que saint Pie X entrevoyait tous les nuages et la confusion qui secoueraient un jour notre persévérance et qu\u2019il voulait nous donner un modèle de fidélité qui sacrifia même sa vie pour remplir sa mission; mais c\u2019est aussi et surtout parce que le caractère et la mission de saint Jean-Baptiste convenaient bien à ce peuple simple, courageux, plein de foi et précurseur de la foi du Christ dans tout le pays, d\u2019un océan à l\u2019autre.Conclusion Nous avons imité saint Jean-Baptiste dans son zèle et sa persévérance, imitez maintenant sa grande humilité -\u2014 nés que vous êtes pour ainsi dire, comme lui, dans les bras de Marie \u2014 dites comme lui : jusqu\u2019à présent nous n\u2019avons rien fait : ''Il faut qu\u2019il croisse et que je diminue.\u201d Il faudra toujours beaucoup d\u2019héroïsme pour défendre la cause de Dieu qui nous est chère.Encouragés par ce nouveau don de Dieu, courons, volons à la victoire .l\u2019heure est au dévouement.Que rien, ni personne ne nous décourage.Avec toute la fraternelle et charitable admiration que nous pourrons avoir envers les autres peuples, ayons la fierté 14 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019être nous-mêmes dans toutes les manifestations et de la vie privée au foyer, et de la vie publique; devenons de plus en plus ce que nous sommes et ce que Dieu nous veut.Réveillons en nous la conscience nationale, conscience nationale dont les éléments constitutifs ou les caractéristiques furent admirablement expliqués par Sa Sainteté Pie XII lui-même tout récemment, le 13 octobre dernier au 3e congrès de l\u2019Association italienne des poètes dialectaux.Ces caractéristiques sont : d\u2019abord un profond sentiment religieux, un vif sens de la moralité, une haute estime pour les valeurs de la famille, la pitié envers les faibles et les souffrants, le culte de la simplicité et presque de l\u2019austérité de vie .\u201d Et, pour être bref, il ajoute que la langue est le témoin indiscutable de ces valeurs d\u2019un peuple .que la langue doit aussi en être le dépositaire et comme la pierre de touche pour fixer l\u2019authenticité de la conscience nationale.Il met enfin en garde contre \"le péril que représente plus d\u2019une fois la tendance à une assimilation indis-criminée des mentalités et des coutumes d\u2019autrui.Il faut donc éviter qu\u2019un cosmopolitisme mal entendu conduise les peuples distincts au renoncement à leurs valeurs traditionnelles et en dénature les aspects.\u201d Pour qu\u2019il en soit ainsi, que nous continuions à marcher avec vaillance dans les sentiers traditionnels de paix et de foi profonde de nos devanciers, venons donc souvent à cette table sainte recevoir le pain des forts, le pain qui fait les martyrs et les apôtres, le pain qui nous empêchera de défaillir en route, et redisons donc dans un accent de reconnaissance ingénu : O Dieu, oui, vos dons nous ont rassasiés.Que vous êtes Bon ! Je vais donc offrir pour cela, dans votre temple nouveau, le sacrifice de triomphe .l\u2019hymne de l\u2019action de grâces infini., que nous FOI ET VIE FRANÇAISE 15 ferons passer, si vous le voulez bien, par les mains de saint Jean-Baptiste et de Marie, la patronne de votre église, dans cette prière que nous réciterons à genoux : \"O saint Jean-Baptiste, glorieux Précurseur de Jésus, vous qui êtes par le choix de nos Pères et la volonté de l\u2019Eglise, notre patron national, gardez-nous dans la fidélité à toutes nos traditions de foi catholique et obtenez-nous de l\u2019Agneau qui efface les péchés du monde, la grâce des joies spirituelles, en nous dirigeant aujourd\u2019hui, demain et toujours dans les voies du salut \u2014 et de la paix \u2014 éternelles, par Jésus-Christ Notre Seigneur.Notre-Dame de la Paix, priez pour nous ! Ainsi soit-il.\u201d La fiscalité Cannadicnnc face à la Cnnstitutiun fjoët ïbbrion MP Je n\u2019avais pas l\u2019intention, nouveau venu que je suis dans cette Chambre, de participer à ce débat.Cependant, vu la manière, à mon avis, un peu légère de traiter des questions de principe, j\u2019ai cru qu\u2019il était opportun de faire entendre une voix de Québec, et, ce faisant, j\u2019ai l\u2019impression que je ferai entendre en même temps celle d\u2019un canadianisme bien compris.Rien n\u2019est aussi solide et, d\u2019ailleurs, rien n\u2019est plus indispensable que les fondations juridiques sur lesquelles doit reposer toute doctrine dont le rayonnement peut assurer le bien-être et des provinces et du pays tout entier.Je me permettrai, \u2014 et je m\u2019excuse de dire des choses qui paraîtront élémentaires à la plupart des députés siégeant en cette Chambre, \u2014 mais, pour bien étayer mon argumentation, je me permettrai de rappeler certains articles de la constitution dont, trop souvent, on a paru ignorer l\u2019existence, certains articles de la constitution qui nous sont chers à nous, gens de la province de Québec, parce que le respect de ces articles nous semble être une des conditions essentielles à la survivance du groupe ethnique que la province de Québec a mission de protéger et de sauvegarder.( 1 ) Premier discours prononcé à la Chambre des Communes par Me Dorion, un spécialiste des problèmes constitutionnels. LA FISCALITÉ CANADIENNE 17 Problème constitutionnel L\u2019article 118 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du nord britannique stipule que des subsides seront versés par le gouvernement fédéral aux diverses provinces.En 1907, comme chacun le sait, cet article faisait l\u2019objet d\u2019un amendement adopté non simplement par le gouvernement fédéral mais par un statut impérial comme cela avait été le cas pour l\u2019Acte de 1867.En d\u2019autres termes, la procédure suivie faisait voir nettement qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un problème d\u2019ordre constitutionnel, puisqu\u2019on avait recours à l\u2019autorité impériale, la même qui, en 1867, avait substantiellement consacré l\u2019entente entre les provinces qui avaient donné naissance à la Confédération.Et, est-ce à dire, monsieur le président, que par cet article 118 de la constitution, on avait reconnu comme règle générale le principe des subventions aux provinces ?Je dis non.Et j\u2019ai souvenance d\u2019avoir lu un discours de l\u2019ancien député de Montmagny-L\u2019Islet (M.Lesage), prononcé ici en cette Chambre, où il semblait trouver là la consécration du principe des subsides aux provinces, alors que si l\u2019on réfère aux débats, et notamment à ceux de la conférence de Québec, on se rend compte que les constituants avaient refusé d\u2019ériger en principe cette méthode de financer les provinces.C\u2019est tellement vrai, mes savants amis de l\u2019opposition ne m\u2019en voudront sûrement pas de citer ici un juriste qui milite dans leurs rangs, \u2014 c\u2019est tellement vrai que M.Louis-Philippe Pigeon qui fut le conseiller juridique de l\u2019honorable Adélard Godbout de 1940 jusqu\u2019à 1945, traitant précisément de ce problème, rappelait que, d\u2019après Pope, dans Confederation Documents où ont été consignés les résumés des débats aux diverses conférences qui ont précédé la Confédération, M.Pigeon, dis-je, rappelait préci- 18 L'ACTION NATIONALE sèment que ce principe avait été rejeté.Voici, en effet, d\u2019après la revue du Barreau de la province de Québec, Volume 3, 1943, comment M.Pigeon interprétait ce rejet : Or, sait-on que l'octroi de subsides aux provinces était l\u2019un des pouvoirs énumérés du gouvernement fédéral dans le texte soumis à la conférence de Québec et qu\u2019il en a été retranché au cours de la discussion ?Pas des vassales En d\u2019autres termes, les provinces constituantes de 1867 n\u2019ont pas voulu, en donnant naissance à l\u2019État fédéral, en devenir les vassales.C\u2019est la raison pour laquelle nous ne pouvons permettre d\u2019intrusions trop fréquentes dans le domaine des droits fondamentaux des provinces.Et c\u2019est par ailleurs ce qui a incité la province de Québec, à maintes reprises, à exprimer sa volonté formelle de s\u2019en tenir à la constitution qui nous régit.Je ne suis pas de ceux-là qui prétendent que les provinces ont un pouvoir exclusif en matière de taxation directe.J'ai entendu l\u2019honorable député de Laurier (M.Chevrier), au début de la présente session, parler de ceux-là qui prêchent l\u2019exclusivité de la taxation directe aux provinces.J\u2019ai beaucoup de respect et d\u2019admiration pour l\u2019honorable député de Laurier et je présume qu\u2019il doit avoir des renseignements précis pour affirmer que ce sont là des théories qui sont acceptées et prêchées dans la province de Québec.Quant à moi \u2014 et, entre parenthèses, je ne connais pas ici de députés de la province de Québec qui, en venant ici, aient cru que de ce fait leur pensée était enrégimentée \u2014 j\u2019affirme que nous sommes venus ici librement, loyalement, parce que nous croyons vraiment appartenir à un parti qui nous donne toutes les garanties possibles que LA FISCALITÉ CANADIENNE 19 l\u2019esprit et la lettre de la constitution cjui nous régit seront maintenus dans leur intégrité.J\u2019admets donc volontiers qu\u2019en vertu de la loi qui nous régit depuis 1867, il y a compétence concurrente dans le domaine de la taxation directe et des contributions directes.Mais, cette concurrence de droits et de pouvoirs n\u2019est pas quelconque : elle nous invite à faire certaines précisions et certaines distinctions.J\u2019entendais mon excellent ami de Hull (M.Caron), en vrac, nous livrer sa pensée.Ce n\u2019est sûrement pas là la façon de procéder lorsque l\u2019on aborde des sujets aussi importants que celui qui fait l\u2019objet de ce débat.Les articles 91 et 92 Pour établir ces distinctions, ces différences qui s\u2019imposent, avec la permission de la Chambre, nous allons jeter un coup d\u2019oeil sur les deux articles qui ont trait à la distribution des pouvoirs entre l\u2019État fédéral et les provinces, les articles 92 et 91 de la constitution.Que dit l\u2019article 92 à ce sujet ?Et d\u2019abord, notons que le préambule est tout aussi important, tout aussi essentiel et indispensable que l\u2019article proprement dit.Lisons donc le paragraphe 2 de l\u2019article 92 en le coiffant du préambule : 92.Dans chaque province, la législature a le droit exclusif de légiférer sur les matières qui rentrent dans les catégories de sujets ci-après énumérées : Et le paragraphe 2, dit : 2.Les contributions directes dans la province en vue de prélever des revenus pour des fins provinciales; En d\u2019autres termes, l\u2019article 92 donne aux provinces un droit exclusif de percevoir des impôts directs pourvu que 20 L'ACTION NATIONALE ce droit soit exercé dans les limites de la compétence des provinces et pour des fins spécifiquement provinciales.En regard de cela, voyons maintenant quel est le pouvoir que les constituants ont donné au gouvernement fédéral.C\u2019est l\u2019article 91, au paragraphe 1, sous-paragraphe 3.Si on lit seul le paragraphe 3, on trouve ceci : 3.Le prélèvement de deniers par tout mode ou système de taxation; C\u2019est là un pouvoir qui appartient au gouvernement fédéral.Evidemment, si l\u2019on s\u2019en tient exclusivement à ces mots, isolés de leur contexte, on pourrait croire que c\u2019est là un pouvoir absolu donné au gouvernement fédéral.Mais, ce n\u2019est pas de cette façon qu\u2019un texte doit être interprété.Je n\u2019apprendrai sûrement pas à mes savants amis de l\u2019opposition, parmi lesquels on compte de brillants avocats, quelles sont les règles à suivre dans l\u2019interprétation d\u2019un texte.Pour donner à un texte son sens complet, il faut le replacer dans son contexte.En agissant de la sorte, que nous donne l\u2019article 91 ?Voici d\u2019abord ce qu\u2019édicte son préambule : 91.Il sera loisible à la Reine, sur l\u2019avis et avec l\u2019assentiment du Sénat et de la Chambre des communes, de légiférer, en vue de la paix, de l\u2019ordre public et de la bonne administration au Canada, sur toute matière ne rentrant pas dans les catégories de sujets que le présent acte attribue exclusivement aux législatures des provinces.Taxation provinciale Or, comme on vient de le voir, parmi ces sujets que le législateur a attribués exclusivement aux provinces se trouve la taxation directe pour fins provinciales.Conséquemment, tout gouvernement fédéral qui prélève des impôts directs pour des fins provinciales s\u2019éloigne de la lettre comme de LA FISCALITÉ CANADIENNE 21 l\u2019esprit de la constitution.C\u2019est tellement vrai que le Conseil privé n\u2019a pas jugé autrement.Permettez-moi ici de rappeler une cause souventes fois citée devant les tribunaux, Bank of Toronto v.Lambe, 1887, où l\u2019un des membres du Conseil privé de Sa Majesté, lord Atkin je crois, s\u2019exprimait de la façon suivante : Cette contradiction entre les deux articles a été démontrée dans la cause Parsons.Cette cause de Parsons est très souvent citée en matière constitutionnelle.\"Ainsi, 'le prélèvement de .\"Ainsi, 'le prélèvement de deniers par tout mode ou système de taxation' figure dans les catégories de sujets énumérées à l\u2019article 91; mais, bien que l\u2019explication soit suffisamment détaillée et générale pour inclure 'les contributions directes dans la province en vue de prélever des revenus pour des fins provinciales\u2019, attribuées aux assemblées législatives provinciales en vertu de l'article 92, il est évident qu'il ne saurait être voulu, dans ce cas aussi, que le pouvoir général outrepasse le pouvoir particulier.\u201d Leurs Seigneuries s\u2019en tiennent à ce point de vue et soutiennent qu\u2019en ce qui concerne les contributions directes dans la province en vue de prélever des revenus pour des fins provinciales, ce sujet relève entièrement de la compétence des assemblées législatives provinciales.Je ne voudrais pas vous ennuyer avec des citations; mais il est une autre cause également importante, qui fait jurisprudence et qui, cette fois, a été plaidée sous le régime libéral de M.Mackenzie King.Elle avait trait aux lois sociales adoptées sous le régime de M.Bennett.Elle avait été portée devant le Conseil privé, et, si j\u2019ai bonne souvenance, \u2014 mais je peux me tromper, \u2014 c\u2019est le très honorable Louis St-Laurent qui représentait le gouvernement fédéral.Les lords du Conseil privé avaient alors déclaré 22 L\u2019ACTION NATIONALE inconstitutionnelles certaines lois, relatives à la sécurité sociale, et dans le jugement, on retrouve presque textuellement les termes de la décision que je viens de signaler.Au même chapitre, qu\u2019il me soit permis de vous signaler l\u2019opinion d\u2019un grand magistrat de la province de Québec qui a fait honneur au plus haut tribunal du pays, et qui, d\u2019ailleurs, a laissé une oeuvre impérissable pour le plus grand bien et de la province de Québec et du pays tout entier.En effet, voici en quels termes, sur ce point extrêmement important, s\u2019exprimait, dans la Revue du Droit, 1937-1938, l\u2019honorable juge P.-B.Migneault : Il faut observer ensuite qu\u2019on ne doit pas donner une extension aux pouvoirs fédéraux énoncés en termes généraux telle qu\u2019un pouvoir provincial analogue, expressément mentionné, resterait sans application utile.Ainsi le Parlement peut prélever des deniers par tous modes ou systèmes de taxation, et la Législature provinciale est autorisée à imposer la taxation directe dans les limites de la Province dans le but de prélever un revenu pour des objets provinciaux.Evidemment, il faut restreindre les termes généraux du pouvoir fédéral pour laisser place à l\u2019attribution provinciale.C\u2019est là, à mon avis, la doctrine qu\u2019ont mise en oeuvre les constituants, par les articles 91 et 92; c\u2019est la doctrine qui toujours a été reconnue jusqu\u2019en ces derniers temps, doctrine confirmée par décision du Conseil privé, confirmée par le plus grand juriste que nous ayons eu chez les Canadiens français, l\u2019honorable juge Migneault, et également confirmée par nul autre que le conseiller juridique de l\u2019honorable Adélard Godbout qui, dès 1940, alors qu\u2019il était premier ministre du Québec, devait la mettre de côté.Premier accroc, 1917 Que s\u2019est-il passé dans la suite ?Jusqu\u2019en 1917, cette LA FISCALITÉ CANADIENNE 23 doctrine est restée indiscutable, et pour une bonne raison c\u2019est que le gouvernement fédéral en dépit du pouvoir que la constitution lui conférait, malgré les droits qui lui étaient reconnus de prélever des impôts par tout mode de taxation, a jusque là respecté scrupuleusement ce droit qu\u2019également partageaient les provinces.Et, il a fallu cette catastrophe de la guerre, au cours de laquelle le Canada a donné le meilleur de son sang pour la protection de ses droits et institutions, il a fallu cette catastrophe pour que soient, pour ainsi dire, conscrits tous les revenus du pays afin de pouvoir mener à bien la mission qu\u2019il s\u2019était donnée.C\u2019est sir Thomas White qui, en 1917, a le premier imposé le revenu des particuliers.C\u2019était le droit du gouvernement fédéral, mais un droit qui n\u2019avait jamais été exercé depuis la Confédération; encore, l\u2019honorable sir Thomas White prenait-il soin de noter que ce ne serait que pour la durée de la période difficile que traversait alors le Canada.Depuis ce temps, plusieurs gouvernements se sont succédé.Les premiers furent des gouvernements libéraux et plutôt que de respecter la promesse qui avait été faite, ils préférèrent conserver cet impôt qui, encore aujourd\u2019hui, se trouve dans nos Statuts et que nous continuons de verser.Je ne conteste pas que le gouvernement fédéral exerce là un droit; mais je tiens à signaler cependant que, jusqu\u2019en 1917, ce droit n\u2019avait été exercé que par les provinces qui, d\u2019ailleurs, n\u2019en avaient usé que très modérément.En conséquence, lorsque aujourd\u2019hui les provinces se prévalent d\u2019un droit qui, pendant 40 ou 50 ans, n\u2019a jamais été exercé par le gouvernement fédéral, nonobstant le pouvoir qu\u2019il en avait, je dis qu\u2019on a tort de clamer que c\u2019est là faire oeuvre de désunion nationale.Les hérauts de la désunion natio- 24 L\u2019ACTION NATIONALE nale, ce sont plutôt ceux-là qui refusent de reconnaître les droits et les pouvoirs qui appartiennent aux provinces.Existence et exercice d'un droit L\u2019hon.M.Pikersgill : Je me demande si l\u2019honorable député me permettrait de lui poser une question ?Je la lui poserai en anglais afin d\u2019être sûr de sa précision, mais je serais très heureux qu\u2019il me réponde en français.J\u2019ai suivi son exposé très attentivement.Pourrait-il dire à la Chambre combien de provinces exerçaient le droit de percevoir un impôt sur le revenu en 1917 ?M.Dorion : Je crois qu\u2019aucune province n\u2019a exercé ce droit; je pourrais vérifier, mais c\u2019est mon impression.Cependant, il y a telle chose que l\u2019existence d\u2019un droit et l\u2019exercice de ce droit.Ce droit n\u2019en demeure pas moins, surtout quand il est consacré de la façon la plus formelle, la plus sacramentelle qui soit, par une loi impériale qui vient, pour ainsi dire, le corroborer.Je dis que ce droit-là existe, qu\u2019il peut être exercé en tout temps, et que ce n\u2019est pas après 40, 50, 60 ans qu'on peut dire : vous ne l\u2019avez pas exercé.Les droits d\u2019une province ne se prescrivent pas, pas plus que les droits de la nation.Aussi, est-on mal venu d\u2019invoquer l\u2019absence de l\u2019exercice d\u2019un droit de cette nature afin de pouvoir ensuite plus facilement les mettre de côté.Jusqu\u2019en 1937, on peut dire que les gouvernements qui se sont succédé en cette enceinte ont été respectueux des droits des provinces.Et ici, qu\u2019on me permette d\u2019ouvrir une parenthèse : s\u2019il est un problème, à mon avis, qui devrait échapper à la \"partisanerie\u201d politique, un problème qui devrait, pour ainsi dire, nous élever tous, tant que nous sommes, à quelque parti que nous appar- LA FISCALITÉ CANADIENNE 25 tenions, qui ne devrait pas se ressentir des ardeurs des campagnes électorales, c\u2019est bien celui-là, parce qu\u2019il tient à l\u2019essence même de la nation canadienne.En 1937, le gouvernement Mackenzie King décidait de former la commission Rowell-Sirois, ainsi appelée à cause des personnes qui, tour à tour, furent chargées de la diriger.Un des objectifs de cette commission était précisément d'étudier les problèmes fiscaux qui s\u2019élevaient entre le gouvernement fédéral et les provinces.A la suite des travaux de cette commission, lesquels, si j\u2019ai bonne souvenance, se sont échelonnés sur une période de 2 ou 3 ans, il y eut un rapport qui, en janvier 1941, provoqua la convocation d\u2019une conférence fédérale-provinciale.L\u2019avis de convocation tenait pour acquis certaines des conclusions du rapport, de telle sorte qu\u2019il fermait pour ainsi dire, la porte à une discussion sérieuse.Sur ce point, qu\u2019on me permette de citer les propos de l\u2019un des amis des honorables membres de l\u2019opposition, monsieur Hepburn, qui était alors premier ministre de l'Ontario, et je cite : \"Si vous avez l\u2019intention de poursuivre la guerre de concert avec les provinces, nous sommes prêts à donner notre concours.Si le premier ministre exige cependant que cette collaboration se fonde sur les principes émis dans un rapport que nous n'approuvons pas, mes collègues et moi n'avons plus qu\u2019à nous retirer en laissant ces démolisseurs de la confédération, sous le couvert du patriotisme, terminer leur oeuvre néfaste.\" Opinion ontarienne Ces paroles, monsieur l\u2019Orateur, n\u2019étaient pas dites par des gens de la province de Québec; elles n\u2019étaient pas prononcées par un premier ministre de la province de Québec.Ce langage était tenu par un premier minis- 26 L\u2019ACTION NATIONALE tre de l\u2019Ontario, qui plus est, avait l\u2019appui de deux autres premiers ministres, celui de la Colombie-Britannique et celui de l\u2019Alberta.A-t-on parlé, dans le temps, de désunion nationale ?Pas du tout, et pour une bonne raison, c\u2019est que ces chefs politiques faisaient entendre la voix de leurs provinces, c\u2019est qu\u2019ils avaient conscience d\u2019assister à une conférence où ils avaient droit de discuter librement, bien qu\u2019on semblât avoir fermé la porte à toute discussion.Qui prétendra qu\u2019en agissant de la sorte, ces chefs politiques se transformaient en hérauts de la désunion nationale, alors qu\u2019à leurs yeux ils revendiquaient simplement les droits, les pouvoirs et la liberté qui appartiennent aux provinces.Dès avril 1941, on avait fait allusion à ce rapport dans l\u2019exposé budgétaire et en 1942, la province de Québec ratifiait une entente en vertu de laquelle, pour le temps de la guerre, elle abandonnait ses pouvoirs de taxation sur le revenu des particuliers, celui des sociétés et des successions entre les mains du gouvernement fédéral, contre la pitance que lui offrait le gouvernement fédéral.J\u2019entendais l\u2019autre jour, ou hier plutôt, mon bon ami de Hull (M.Caron) se scandaliser des pertes subies par la province de Québec pour n\u2019avoir pas signé d\u2019entente avec le gouvernement fédéral.Eh bien, puisque chez lui le scandale est si facile, qu\u2019il me permette de citer des chiffres : il pourra se scandaliser rétrospectivement, puisque ces chiffres, je les tire de la période où son ami, M.Godbout, était le premier ministre de la province de Québec.Les ententes ont duré du 1er septembre 1941 au 1er septembre 1947.Durant cette période, en cédant ces LA FISCALITÉ CANADIENNE 27 sources de revenus, le gouvernement fédéral a perçu du Québec la somme de $2,258,381,000., et le Québec, en retour pour sa fidélité à ce parti que nous avons délogé lors de la dernière élection, le Québec a reçu la somme de $102,930,272.80.Je note les 80 sous, car les sous comptent avec une pareille pitance.Ce que je tiens à retenir de tout cela, c\u2019est que le fait pour le gouvernement fédéral de contracter une entente consacrait clairement l\u2019existence du pouvoir provincial de taxation.On ne contracte pas une entente lorsque l\u2019on peut impunément s\u2019emparer de tout.Le voleur ne contracte pas d\u2019entente avec sa victime.Mais ici, on a contracté une entente, et, je le répète, on a par là expressément reconnu le principe du pouvoir de taxation des provinces.Mais, monsieur l\u2019Orateur, j\u2019ai toujours compris, \u2014 et cela me paraît être élémentaire en droit, \u2014 qu\u2019une entente comporte le consentement libre et volontaire des parties.Une entente avec le couteau sur la gorge, ce n\u2019est pas une entente.Lorsque le bandit se présente à la banque, exhibe son révolver, puis dit à la caissière : \"Donnez-moi l\u2019argent qui est dans la caisse\u201d, et qu\u2019ainsi il l\u2019obtient, il n\u2019y a sûrement pas entente.Je le répète : une entente implique le consentement libre et volontaire des parties, et si les parties ne sont pas libres d\u2019accepter, ce n\u2019est plus une entente, c\u2019est de l\u2019oppression, c\u2019est de la dictature.Et c\u2019est bien là ce à quoi on a assisté au cours de certaines conférences qui ont été tenues entre les provinces et le gouvernement fédéral d\u2019alors.en 1945 Je passe rapidement sur les conférences qui se sont échelonnées jusqu\u2019en 1945 pour en arriver à celle que 28 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019on a appelée la conférence du rétablissement.Et il est intéressant de lire les rapports du temps.A ce moment-là, en effet, on voit que la province qui paraissait s\u2019isoler, ce n\u2019était pas Québec, mais bien plutôt la province d\u2019Ontario.Et pourquoi agissait-elle de la sorte ?Simplement, et avec raison, parce qu\u2019elle considérait que la manière de procéder du gouvernement fédéral était contraire à l\u2019esprit et à la lettre de la constitution.En 1946 était reprise la conférence de 1945.Cette fois, c\u2019était au tour d\u2019un premier ministre libéral, M.Macdonald, de la Nouvelle-Écosse, de s\u2019opposer à cette forme d\u2019entente forcée et à dénoncer les intrusions du gouvernement fédéral dans des domaines qui ne lui appartenaient pas.Je ne sache pas que dans le temps, parmi nos éminents collègues de l\u2019opposition d\u2019aujourd\u2019hui, il y en ait eu qui se soient levés pour crier à l\u2019anathème contre ce premier ministre provincial, contraint d\u2019accepter les conditions auxquelles l\u2019honorable ministre fédéral des Finances d\u2019alors cherchait à soumettre les provinces.Si ce premier ministre eût été de la province de Québec, peut-être l\u2019accueil aurait-il été différent.Il y a une chose que l\u2019on ignore probablement en cette Chambre, c\u2019est que dans la province de Québec, on a inauguré un système d\u2019épuration du parti libéral.J\u2019avais déjà entendu parler de telle chose dans d\u2019autres pays.On nous a raconté, en effet, par exemple, que dans certains pays situés derrière le Rideau de fer, s\u2019il arrive à un militant de dévier dans sa pensée et dans sa conscience de la ligne du parti, on s\u2019empresse de l\u2019épurer.Eh bien, quelque chose d\u2019analogue se fait parfois dans la province de Québec.On épure certains libéraux.On a rejeté du sein du parti des personnages qui pourtant y avaient joué un I.A FISCALITÉ CANADIENNE 29 rôle éminent.Qu\u2019on se rassure ! Je ne fais pas allusion aux libéraux qui siègent en cette Chambre, mais plutôt ^ quelques-uns de leurs amis de Québec.C\u2019est la sorte de largeur de vue dont nous avons eu ici hélas ! certains échantillons.Les députés qui nous les ont fournis, ces échantillons, ne cherchaient sûrement pas à travailler à la sauvegarde de l\u2019unité nationale; ils s\u2019employaient plutôt à semer la division dans nos rangs, au détriment de cette union qui caractérise le parti conservateur actuel et qui en fait la grandeur et la beauté.Monsieur l\u2019Orateur, à ces premières ententes d\u2019autres ont succédé.Sauf l\u2019Ontario et le Québec qui se sont abstenus, et pour des questions de principe, toutes les provinces ont dû signer.Terre-Neuve, entrant à son tour dans la Confédération, faisait de même.Ce fut un grand événement que l\u2019entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, et cet événement ne nous aurait-il procuré que l\u2019avantage d\u2019avoir parmi nous l\u2019honorable député de Bonavista-Twillingate (M.Piskersgill), que j\u2019en serais heureux parce que j\u2019ai de l\u2019estime et de la considération pour lui.L\u2019hon.M.Pickersgill : Merci.M.Dorion : D\u2019ailleurs, nous nous sommes connus en des circonstances qu\u2019il se rappelle sans doute.Ces circonstances nous ont permis à tous deux de constater que les divergences d\u2019opinions ne nous empêchent pas de travailler, chacun dans son domaine, de travailler au bien de la nation.En 1954, le Québec imposait les revenus personnels.Cette taxe équivalait à 15 p.100 de l\u2019impôt fédéral.C\u2019était là l'exercice indiscutable d\u2019un pouvoir qui, constitutionnellement, relevait de sa compétence, et je ne sache 30 L'ACTION NATIONALE pas que personne puisse le lui reprocher.A la suite d\u2019une affirmation aussi éclatante de son droit, divers corps publics multipliaient les requêtes, \u2014 et ici je ne parle pas du gouvernement de Québec, \u2014 je dis biertf des corps publics, tels que la Chambre de commerce et le Board of Trade de Montréal, \u2014 requêtes adressées à l\u2019honorable M.Abbott, ministre des Finances du temps, le suppliant d\u2019accorder sur l'impôt sur le revenu des particuliers une déduction qui correspondrait à ce que percevrait désormais le Québec dans l\u2019exercice de son droit.Ce fut un refus catégorique.M.l\u2019Orateur suppléant : A l\u2019ordre.Je regrette d\u2019interrompre l\u2019honorable député, mais je suis obligé de le prévenir de l\u2019expiration de son temps de parole.Noël Dorion ers un statut professionnel pa jPaui-^mite Cjin^rai Le progrès de l\u2019enseignement, comme celui de la profession, exige que les professeurs de l\u2019enseignement secondaire obtiennent au plus tôt un statut professionnel.L\u2019absence de statut est sûrement la cause première du petit nombre de professeurs laïques, de l\u2019instabilité et de l\u2019insécurité de ceux qui sont actuellement membres de cette profession, de l'influence réduite et du peu d\u2019attrait que celle-ci exerce sur les jeunes.Si les professeurs en souffrent, les institutions d\u2019enseignement et le milieu culturel en subissent aussi de durs contre-coups.Il y a quelques années déjà, le Rapport Tremblay exhortait les autorités à se préoccuper du problème : \"Si l\u2019on veut que l\u2019enseignement à tous ses niveaux prenne l\u2019élan que les circonstances exigent, c\u2019est par la formation des maîtres et par l'organisation professionnelle du personnel enseignant qu\u2019il faut commencer\u201d .\"La définition des bases juridiques et économiques de la profession enseignante est la condition de l\u2019efficacité et du progrès de l\u2019enseignement\u201d.Les conférences sur l\u2019éducation, tenues le printemps dernier à Montréal et à Ottawa, formulaient les mêmes conclusions : \"Les professeurs doivent établir sur des bases solides leur profession; ils doivent décréter les stan- 32 L\u2019ACTION NATIONALE dards d\u2019admission à la profession .La qualité de l\u2019enseignement est en grave péril à défaut de maîtres suffisamment nombreux et qualifiés .Le salaire du profesJ seur doit lui permettre de mener une vie sociale convenable pour la profession qu\u2019il exerce.Un comité doit étudier les conditions de travail et le rôle du professeur, définir les bases juridiques et financières de la profession, établir enfin le statut professionnel qui établisse les obligations de la profession et en protège les droits\u201d.En somme, tous ceux que préoccupe le problème de l\u2019enseignement souhaitent que les professeurs se groupent solidement en association, qu\u2019ils prennent conscience de leur rôle, de leurs responsabilités, de leurs devoirs, de leurs droits, que ces droits et devoirs soient officiellement reconnus et fixés par un statut professionnel.Aussi longtemps que ce statut n\u2019existera pas, nous pourrons avoir exceptionnellement des professeurs, mais il n\u2019y aura pas de profession.Prenant conscience de cette situation, l\u2019Association professionnelle des professeurs laïques de l\u2019enseignement secondaire (APPLES) a fait du statut du professeur laïque le thème de son récent congrès.Invité à donner la conférence d\u2019ouverture de ce congrès, nous avons choisi de nous arrêter aux trois aspects suivants du problème : 1.la préparation des professeurs; 2.le code d\u2019éthique professionnelle; 3.les conditions de travail nécessaires à l\u2019exercice normal de la profession.La préparation du professeur Une enquête loyale doit révéler ici non seulement la place que font aux professeurs la société et plus particulièrement les institutions qui utilisent leurs services, VERS UN STATUT PROFESSIONNEL 33 mais aussi la place que se méritent les professeurs par leur préparation et leurs dispositions individuelles et collectives.Le Bottin de l\u2019APPLES recense quelque 320 professeurs laïques dispersés dans environ 70 institutions d\u2019enseignement secondaire classique de la province.La Fédération des collèges classiques révèle qu\u2019en 1956-57 les collèges de garçons comptaient 1850 professeurs, dont 363 laïques, soit une proportion de 20%.Notons encore que cette proportion était de 15% en 1954-55 et de 8.9% en 1946 et que la croissance est rapide.Environ 200 professeurs laïques, soit moins de 60% de tous leurs effectifs, enseignent à plein temps.Et j\u2019emploie le terme au sens que lui donne la statistique : est \"plein temps\u201d celui qui donne plus de la moitié de son temps à une institution.En outre, peu de professeurs à plein temps n\u2019exercent pas d\u2019activités para-professionnelles.Nous faisons donc face à une étrange situation, celle de professionnels, dont près de la moitié exercent à temps partiel leur profession et dont l\u2019autre moitié tirent une partie de leurs honoraires de services non-professionnels ! Voies mystérieuses encore que celles qui les ont menés et les gardent à la profession.Mystère des vocations, du recrutement, mystère surtout des préparations à la carrière ! Etonnante profession \u2014 et qui a certes besoin d\u2019un statut \u2014 que celle à laquelle on vient autant par hasard que par vocation; à laquelle on accède par les préparations les plus diverses, accidentelles et incomplètes; dans laquelle l\u2019exception y consacre exclusivement ses forces et la majorité n\u2019y est que de passage, attendant de nouvelles orientations. 34 L'ACTION NATIONALE Certes les professeurs sont de la génération des pionniers de l\u2019enseignement secondaire laïque et ils ne discuteraient pas durant ce congrès de statut, si, par leur préparation, par leur activité, par leur contribution personnelle et leur organisation professionnelle, ils avaient déjà créé une tradition de l\u2019enseignement secondaire laïque.Il est encore vrai que dans cette province, pratiquement n\u2019importe qui peut ouvrir école et enseigner.Mais si nous voulons jamais atteindre à l\u2019âge adulte de la profession, si nous rêvons d\u2019une fierté et d\u2019un prestige professionnels, il importe à coup sûr que les professeurs s\u2019affirment, qu\u2019ils définissent les normes de leur préparation, de l\u2019admission et de la pratique de la profession.La préparation du professeur laïque de l\u2019enseignement secondaire est la clé, à mon point de vue, du problème.Elle assurera la qualité du groupe; elle lui méritera le respect public et lui permettra d\u2019exiger des conditions normales d\u2019exercice de la profession.Il faut décidément définir ce que doit être la préparation du professeur de l\u2019enseignement secondaire, exiger cette préparation pour l\u2019admission à la pratique de la profession, user de tout notre pouvoir pour persuader les institutions d\u2019enseignement secondaire de n\u2019employer que des maîtres qui se seront donné cette préparation.Car il y va du coup du prestige des institutions comme de celui de la profession.L\u2019enseignement secondaire et collégial vise à donner à des jeunes de 12 à 20 ans des habitudes de travail, de pensée et de vie; il tend à éveiller en eux la vie de l\u2019esprit : le maître doit avoir acquis et posséder consciemment ces habitudes et cette vie.Le professeur VERS UN STATUT PROFESSIONNEL 35 utilise des techniques, des disciplines : auteurs et langues, sciences physiques et sciences de l\u2019homme, mathématiques, etc.: le maître doit s\u2019être lui-même rompu des années durant à ces techniques et à ces disciplines.Les auteurs ont un message; les grands auteurs ont, par la profondeur de leur vision du monde et de l\u2019homme, une réponse à donner aux problèmes de l'homme et du monde contemporains : encore faut-il que le maître sache quels sont les problèmes de son temps et de l\u2019homme de son époque, qu\u2019il sache quelles questions poser à ces grands auteurs.L\u2019inquiétude que portent confusément ses jeunes élèves, les questions inconscientes qu\u2019ils se posent, le maître doit les porter et se les poser en toute lucidité.Si l\u2019enfant a l\u2019intuition que les sciences et les auteurs vont éclairer son inquiétude, le maître doit, en pleine conscience, guider, orienter, soutenir, stimuler cet enfant dans sa recherche.Et si, dans ce travail d\u2019orientation, les sciences pédagogiques sont indispensables, il importe davantage que le maître soit un homme conscient et adapté à son temps, cultivé, vraiment apte à lire un auteur et à l\u2019interpréter, à faire oeuvre scientifique.En pratique et concrètement, cela signifie, pour le maître, une longue et vaste préparation; des études universitaires d\u2019au moins trois ou quatre ans, jamais achevées d\u2019ailleurs, et dont la matière essentielle comporterait la théologie et la philosophie, la spécialité et les sciences pédagogiques.On exige de l\u2019ingénieur cinq ou six années d\u2019études supérieures; il n\u2019est pas rare que le médecin spécialisé consacre près de dix années à se préparer.C\u2019est mésestimer la profession de l\u2019enseignement collégial que de résumer sa préparation à l\u2019actuel baccalauréat en pédagogie. 36 i:ACTION NATIONALE Je souligne un dernier aspect, et un aspect bien particulier, de la préparation à l\u2019enseignement secondaire et collégial.Je veux bien croire aux vocations temporaires; mais vraiment trop temporaires sont les vocations à l\u2019enseignement du second degré.Et je me demande, si une préparation vraiment adaptée à l\u2019enseignement du second degré n\u2019épanouirait pas plus de vocations à cet enseignement, si elle ne réussirait pas à garder davantage au secondaire ceux qui ont les aptitudes pour y enseigner.Sans doute l\u2019université continuera d\u2019attirer les meilleurs hommes; les services publics et l\u2019industrie en inviteront d\u2019autres; mais il faut espérer qu\u2019un nombre de plus en plus grand de professeurs s\u2019installeront à demeure dans l\u2019enseignement du second degré, parce qu\u2019ils en auront la vocation, parce qu\u2019ils auront compris le rôle particulier qu\u2019ils peuvent remplir à ce niveau de l\u2019enseignement, parce qu\u2019ils se seront vraiment préparés à cette tâche professionnelle précise.Un code d'éthique professionnelle A bien observer le professeur, il apparaît que le statut du professeur laïque devrait en second lieu établir les règles de base d'une éthique professionnelle, un code des droits et des devoirs du professeur, les principes de ses relations avec ses collègues, ses élèves, avec l\u2019institution qui l\u2019emploie, en somme avec son milieu.Récemment un professeur belge se cherchait un emploi à Montréal.Il avait à son crédit deux doctorats d\u2019université et une longue expérience de l\u2019athénée.Il se créa une vacance en latin et on lui offrit le poste : notre professeur refusa, parce que spécialisé, disait-il, VERS UN STATUT PROFESSIONNEL 37 en histoire, c\u2019eût été manquer à l\u2019éthique professionnelle que d\u2019accepter un enseignement dans une matière où il devrait improviser.Il existe en Belgique une tradition de l\u2019enseignement secondaire ! Et replaçant le dossier dans le classeur, je le comparai à d\u2019autres demandes qui s\u2019y trouvaient.L\u2019un écrivait : \"je puis enseigner l\u2019anglais, les mathématiques, l\u2019histoire ou la chimie, mais je préférerais le français et le latin\u201d; un autre \"j\u2019aimerais enseigner comme titulaire, mais j\u2019accepterais aussi les mathématiques ou les sciences\u201d; un autre : \"je travaille dans une librairie, mais ce travail me lasse et j\u2019aimerais me dédier à l\u2019enseignement.Auriez-vous quelque chose pour moi ?\u201d Quelle conscience professionnelle ! Les professeurs d\u2019une institution, humiliés de leur situation, décident un jour de discuter sur une base collective leur réengagement.Quelques semaines plus tard, ils se rendent compte qu\u2019entre temps ils ont pratiquement tous conclu en secret des ententes individuelles avec les autorités de l\u2019institution.Dix ans plus tard, dans la même institution, un nouveau groupe de professeurs \u2014 car l\u2019ancien groupe a quitté en presque totalité l\u2019institution \u2014 s\u2019accorde en principe pour fonder une association.L\u2019association servira non seulement à revendiquer une meilleure situation économique, mais aidera à l\u2019intégration au milieu et permettra la discussion des problèmes d\u2019ordre professionnel et académique.Le moment venu de choisir des chefs, des responsables, un exécutif, chacun se défile et l\u2019association ne connaît pas le jour.Ici, les dirigeants et ex-dirigeants de 1\u2019APPLES pourraient sans doute multiplier les exemples! Dans le contrat de travail que propose à ses pro- 38 L\u2019ACTION NATIONALE fesseurs laïques le collège où je travaille, on dit que \"le collège étant un milieu, il est en droit de compter sur la présence habituelle des professeurs, sur leur participation aux réunions pédagogiques, aux activités collégiales\u201d.Bref, on explique que le professeur de collège n\u2019est pas un pur donneur de cours, qui peut disparaître son cours terminé, sans plus se soucier de ses élèves, de la vie de l\u2019institution et de ses collègues.Je sais évidemment que les professeurs ne sont pas les seuls responsables d\u2019une trop fréquente \"absence\u201d du milieu; les institutions ont leur part de responsabilité.Quand le collège engage un professeur, il ne l\u2019intègre pas du coup au milieu.On nous considère encore malheureusement trop souvent comme l\u2019ouvrier engagé, et engagé dans une entreprise où la doctrine sociale n\u2019en est point rendue à la cogestion ! Le collège, trop souvent, traite le professeur laïque en étranger, étranger indispensable et que la pénurie de professeurs clercs impose; étranger et \"mineur\u201d encore, inapte à donner un enseignement de même valeur que le prêtre, et surtout inapte à se donner autant que lui à l\u2019oeuvre apostolique.Et le collège ne fait pas facilement confiance au professeur laïque; il ne lui confie qu\u2019exceptionnel-lement des responsabilités académiques ou administratives, en dehors de son enseignement proprement dit; il le consulte peu; il ne discute pas avec lui des objectifs, des méthodes, de l\u2019esprit de l\u2019institution.Une rencontre des professeurs et des autorités du collège est ordinairement l'occasion pour les officiers de dire à leurs laïques ce qu'ils attendent d\u2019eux.Mais nous ne sommes pas ici pour rouvrir le procès de nos employeurs ! Il demeure que l\u2019éthique profes- VERS UN STATUT PROFESSIONNEL 39 sionnelle impose des devoirs de collaboration, de présence dans l\u2019institution : recherches sur le curriculum, sur les méthodes d\u2019enseignement, sur les exigences disciplinaires et académiques de l\u2019institution; présence aux soirées, réunions et activités collégiales; collaboration aux organisations para-scolaires, surtout celles d\u2019ordre académique, tels les seminars, le journal, la bibliothèque, etc.Le professeur laïque doit chercher à comprendre l\u2019esprit et les objectifs du collège; il doit s\u2019intéresser à l\u2019oeuvre totale du collège, offrir sa collaboration inventive et désintéressée, ne pas compter uniquement à l\u2019heure ses services.Il existe une différence énorme entre un professeur qui donne des cours dans un collège et un \"homme de collège\u201d qui accepte de porter sur lui l\u2019institution, avec ses faiblesses, ses retards, ses inconséquences, ses erreurs, ses incompréhensions.L\u2019homme de collège, s\u2019il juge avec réalisme la situation collégiale, ne s\u2019en tiendra pourtant pas à de stériles récriminations et critiques, mais fournira un effort positif.Ainsi le statut du professeur laïque devra-t-il, à mon sens, définir les devoirs et les obligations, et non seulement les droits.Les conditions de travail J\u2019ai gardé pour troisième et dernier point, l\u2019aspect du problème qui, pour beaucoup, reste la préoccupation première : les conditions de travail.Je crains qu\u2019on fonde de trop grands espoirs, pour l\u2019avenir de notre profession, sur les données économiques.Il est trop souvent question chez nous de conditions matérielles en comparaison du temps que l\u2019on consacre à analyser le rôle de l\u2019éducateur et ses responsabilités.C\u2019est pourquoi 40 L'ACTION NATIONALE je me suis permis d\u2019intervertir l\u2019ordre de ces préoccupations.S\u2019il est vrai qu\u2019à juste salaire, qu\u2019à conditions de travail convenables, la profession attirera les meilleurs sujets et saura davantage les garder, s\u2019il est vrai que la vie de l\u2019esprit, que la liberté d\u2019esprit requises pour le travail professionnel sont inconciliables aujourd\u2019hui en Amérique avec des salaires anormaux, avec une instabilité et une insécurité chroniques, il demeure vrai aussi qu\u2019à conditions égales de travail, comme dans toute autre profession, la qualité des membres, le rendement de travail, les services professionnels continueront de présenter une large variété.Ceci dit, quelle est la base souhaitable de conditions normales de travail pour que puisse s\u2019organiser et s\u2019exercer la profession ?Ici, les avis des sociologues et des conseillers techniques sont partagés.D\u2019une part, il s\u2019agit de professionnels; d\u2019autre part, de salariés.D\u2019une part, il y a des conditions souhaitables; d\u2019autre part, des conditions réalisables.Des conditions que normalement l\u2019employeur devrait accorder, mais des conditions qu\u2019il ne peut remplir dans la situation financière donnée.Des conditions sur lesquelles, en principe, employeurs et employés sont d\u2019accord; mais conditions irréalisables tant qu\u2019une aide extérieure à l\u2019institution ne le permettra pas.Et c\u2019est à travers ce \"souhaitable\u201d, ce \"réalisable\u201d qu\u2019il faut définir les conditions de travail, revendiquer l\u2019établissement des unes, retarder l\u2019exigence des autres, lutter pour la pleine obtention de conditions normales, en tenant compte de la situation donnée.Il importe sûrement que chaque collège définisse, comme nous le faisons au cours de ce congrès, les conditions générales de travail, de sécurité et de traitement VERS UN STATUT PROFESSIONNEL 41 auxquelles ont droit les professeurs laïques.Il importe que les professeurs et les collèges établissent clairement la responsabilité académique, les devoirs généraux et les obligations des professeurs, la nature et la durée des nominations, le titre permanent ou temporaire des nominations, les traitements de base, les retenues et les contributions, les congés annuels, les congés d\u2019étude et de maladie, les relations avec l\u2019institution, les conditions des démissions et des licenciements.Le \"gentleman\u2019s agreement\u201d individuel engendre le quiproquo, les discussions désagréables, tant pour les professeurs que pour les institutions.En 1956-57, moins de la moitié des collèges engageaient encore leurs professeurs par contrat et, cette année, sept collèges seulement sur 62 avaient signé avec l\u2019APPLES une convention collective.La première condition de travail à étudier m\u2019apparaît donc l\u2019établissement des lettres de nominations qui comporteraient essentiellement : \u2014 le salaire de base; les bénéfices; \u2014 la responsabilité académique maxima.Le problème du salaire demeure aigu.Nous avons sans doute franchi les temps héroïques.Mais il demeure que la moyenne des traitements était encore l\u2019an dernier pour l\u2019ensemble des collèges de $3,740 et que 63% des professeurs gagnaient moins de $4,000.Je suis entièrement acquis au projet d\u2019une échelle de salaire de base, qui tienne compte des années d\u2019expérience et des qualifications académiques, qui prévoie des augmentations statutaires et un ajustement annuel du salaire au coût de la vie.Quitte à reviser au besoin cette échelle et à compléter les salaires individuels, lorsque les circonstances particulières l\u2019exigent.Une échelle de base, allant de $4,000 à $7,000, avec une augmentation annuelle 42 I.'ACTION NATIONALE moyenne de $200 et un ajustement au coût de la vie, me paraît d'une part un salaire vital pour le professeur et d\u2019autre part le juste salaire que doit et que peut actuellement verser l\u2019institution.Toute administration sérieuse accepte en principe de payer de justes salaires.Certes, le budget collégial n\u2019est pas facile à équilibrer.Mais le salaire est une dépense nécessaire et ce n\u2019est pas le professeur qui doit équilibrer ce budget.Si les salaires déséquilibrent un budget, il faut trouver de nouvelles sources de revenus : hausser dans certains cas les frais de pension, réduire les dépenses moins essentielles de l\u2019institution, faire pression sur les autorités civiles et le public pour obtenir les revenus requis pour payer les salaires.Le professeur doit mériter autant de considération que l\u2019immeuble qu\u2019il faut agrandir ou réparer.Il m\u2019apparaît que les collèges, au lieu de maintenir au plus bas niveau possible les salaires, s\u2019ils avaient réellement en vue le progrès réel de leur institution et de l\u2019enseignement, devraient se grouper et se joindre aux professeurs laïques pour exiger une aide statutaire des autorités provinciales, des primes de traitement, qui leur permettraient de se payer les services d\u2019un personnel de qualité.Si le professeur a besoin d\u2019un salaire; il lui est nécessaire encore de prévoir l\u2019avenir.L\u2019enseignement est une carrière d\u2019une durée bien relative, surtout au secondaire.Le collège utilise les services d\u2019un homme au temps de sa vie où il peut donner le meilleur de ses forces.C\u2019est pourquoi, le professeur a besoin d\u2019une certaine sécurité : assurances, fonds de retraite.La charité et la justice sociale, autant qu\u2019une saine adminis- VERS UN STATUT PROFESSIONNEL 43 tration, doivent stimuler les collèges à obtenir, pour leurs professeurs, ces bénéfices de sécurité.Si les collèges ne peuvent porter ces nouvelles dépenses, qu\u2019ils aident les professeurs à obtenir, par exemple, d\u2019être portés sur la liste du fonds de pension provincial des professeurs.De toutes façons, le juste salaire doit inclure ces prévisions minimums de sécurité.Je souligne une dernière condition de travail : le problème de la permanence.L\u2019un des pires maux que subisse l\u2019enseignement secondaire dans cette province est sûrement l\u2019instabilité du personnel enseignant, tant religieux que laïque.S\u2019il ne semble pas facile de stabiliser le personnel religieux dans une institution, il me paraît normal d\u2019imaginer que chaque collège se constitue une équipe de professeurs laïques stable, attachée de façon permanente à l\u2019institution.L\u2019instabilité actuelle est une des causes principales de l'insécurité des professeurs, de leur désintéressement de l\u2019institution où ils enseignent, du départ même de la profession.Est-il utopique d\u2019imaginer qu\u2019un professeur offre ses services à une institution avec l\u2019ambition arrêtée de s\u2019y installer de façon permanente ?Est-il exagéré de demander à l\u2019institution de donner à ce professeur, après un stage de trois ou quatre ans, l\u2019assurance d\u2019une permanence dans l\u2019institution ?C\u2019est beaucoup engager l'avenir, et pour le professeur et pour l\u2019institution; mais tant que cette permanence n\u2019existera pas, je suis persuadé que la vocation et la profession de l\u2019enseignement secondaire resteront des aventures ! Conclusion A son avant-dernière réunion, l'Association canadienne des universités adoptait la résolution suivante : 44 L'ACTION NATIONALE \"Les représentants des universités du Canada considèrent qu\u2019il est de leur devoir d\u2019avertir le peuple canadien que le problème de l\u2019enseignement supérieur est devenu un problème d\u2019urgence nationale, que nos positions et que notre progrès comme nation sont gravement compromis si les universités ne reçoivent pas immédiatement l\u2019aide substantielle de tous les gouvernements, du commerce et de l\u2019industrie et celle des bienfaiteurs privés\u201d.Je pense que notre association devrait adopter, durant ce congrès, semblable résolution en l\u2019adaptant à l'enseignement collégial et au peuple québécois.Car pour être réalistes, il semble bien que, tant que cette aide substantielle ne sera pas apportée aux institutions, nos conditions de travail, le recrutement et la vie de notre profession, et en définitive l\u2019enseignement lui-même, souffriront de graves retards.La seconde conclusion, je la tire du Rapport Tremblay et de la Conférence canadienne sur l\u2019Education : il importe, en toute urgence et gravité, que les professeurs qualifiés s\u2019établissent plus fermement dans leur profession, qu\u2019ils organisent leur profession, qu\u2019ils améliorent leur préparation, qu\u2019ils prennent pleinement conscience de leur rôle d\u2019éducateur dans notre société.Paul-Emile Gingras Secrétaire général du Collège Jean-de-Brébeuf Pierre Elliutt Trudeau et la grève de lamiante par Jrançoiô-s4(lert VI Ce qui peut intriguer le lecteur, dans mes cinq articles précédents, où j\u2019ai avant tout voulu démontrer les erreurs de méthode de Trudeau plus encore que ses erreurs de fait, ce sont les prétentions réciproques des deux parties en présence.D\u2019une part, et appuyé par une non moindre autorité que Jean-Charles Falardeau, Pierre-Elliott Trudeau prétend montrer enfin d\u2019une façon objective, la vraie position et le vrai rôle des nationalistes.D\u2019autre part, c\u2019est également sous le signe de l\u2019objectivité que j'entreprends la critique de sa méthode et que je prétends le prendre en flagrant délit d\u2019erreurs, à mon sens et selon mon expérience, grossières.Où est la clef de ce conflit ?Y a-t-il mauvaise foi, ignorance, indigence de pensée ou de conscience ?La politique, mauvaise conseillère ! Certes, il y a avant tout chez Trudeau une sorte de conviction politique, de vague foi socialiste, qui a coloré et conditionné tout son jugement.Surtout qu\u2019il n\u2019intervenait pas en tant que spécialiste, ayant sans doute ses convictions propres, mais ancré avant tout dans la recherche et, par suite, habitué à discipliner ses émotions pour faire 46 1/ ACTION NATIONALE place à la science.Il a écrit dans un but d'action politique assez évidente, quasi avoué (cf.Grève de l\u2019amiante, p.), et pouvait, par suite, plus difficilement permettre aux considérations scientifiques de militer contre ses fins politiques.Mais que dire du jugement d\u2019un Jean-Charles Fa-lardeau, qui nous apparaît bien, lui dans la peau du spécialiste capable de s\u2019abstraire de vues politiques indépendantes de son activité propre ?Nous touchons là le point crucial d\u2019une situation idéologique qui dépasse de beaucoup le cas Trudeau ou le cas Falardeau.Trudeau n'a pas été une simple victime de ses préjugés et de ses ambitions politiques; je crois, au contraire, qu\u2019il avait assez de vigueur d\u2019esprit et d\u2019honnêteté fondamentale pour dominer ses préjugés et ses ambitions, afin d\u2019atteindre à plus d\u2019objectivité.Il a avant tout été victime des maîtres à penser qu\u2019il s\u2019est choisis ou que les circonstances de ses études et de ses voyages lui ont fournis, comme de l\u2019équivoque générale qui s\u2019est introduite depuis vingt ans dans les concepts méthodologiques.La situation est devenue tellement mêlée à ce sujet que c\u2019est vers le scepticisme que les nouvelles générations évoluent.Comme Pilate au sujet de la vérité, les spectateurs de nos combats idéologiques et méthodologiques sont portés à se demander : qu\u2019est-ce que l\u2019objectivité ?Qu'est-ce que l'objectivité ?C\u2019est une question qui n\u2019a jamais été vraiment résolue dans le sens de rallier l\u2019unanimité ou même une forte majorité des esprits.Il est facile, certes, de s\u2019entendre sur l\u2019idée générale de ce qui est objectif, comme étant ce qui est conforme au réel, conforme à l\u2019objet étudié, donc débarrassé de ce que le sujet pensant peut y avoir GRÈVE DE L'AMIANTE 47 mis qui n\u2019existe effectivement que dans son esprit.Tout de suite cependant, le désaccord commence sur la question de savoir qu\u2019est-ce que le réel, qu\u2019est-ce qu'être réaliste ?On n\u2019a rien résolu, en effet, quand on a dit qu\u2019être réaliste c\u2019est voir les choses telles qu\u2019elles sont.Car comment sont-elles ?Alors se sont dressées d\u2019abord les écoles philosophiques ou les nuances philosophiques des mêmes écoles.Il y a eu, en somme, les partisans du réel contingent, en gros celui qui frappe nos sens; et du réel ontologique ou essentiel, celui qui fait qu\u2019une chose est ce qu\u2019elle est à travers la variété de ses accidents ou des contingences.Avec l\u2019avènement de la pensée scientifique, du 17e au 19e siècle plus particulièrement, et la tendance des savants à répudier la métaphysique, des camps se sont constitués, des barricades se sont dressées et des batailles se sont engagées.Même si ces batailles se sont souvent poursuivies dans l\u2019équivoque et la confusion à l\u2019époque, la situation qui en résulte nous apparaît relativement claire en regard des équivoques et des confusions d\u2019aujourd\u2019hui.Chacun avait son \"réel\u201d bien nettement défini : les philosophes traditionnels considéraient le réel dans l\u2019essence et les scientifiques dans le phénomène.En conséquence, chacun se considérait, dans les deux camps, comme le véritable penseur objectif.Il y avait en quelque sorte, et il y a encore, dans plus de confusion, deux types d\u2019objectivité : l\u2019objectivité philosophique et l\u2019objectivité scientifique, les deux comportent, dans leur exclusivisme, une part de vérité et une part d\u2019erreur.Savants vs philosophes Le savant du XIXe siècle dans un effort sincère, 48 L\u2019ACTION NATIONALE quoique souvent vicié par des hargnes philosophiques, essayait de se dégager de tous les postulats, principes ou préjugés afin d'apercevoir l\u2019objet comme phénomène, tel qu\u2019il est en tant que tel.C\u2019est ce qu\u2019il appelait être objectif; et c\u2019est ce en quoi consiste l\u2019objectivité scientifique.Sa part de vérité vient de ce que, l\u2019histoire de la connaissance n\u2019entérine pas la prétention de la méthode philosophique à suffire pour bien connaître les choses sous tous leurs aspects et dans tous leurs détails.Elle engendre alors une aberration qui incite à ne plus voir que le principe ou l\u2019essence des choses, ou à ne voir le phénomène qu\u2019à travers le principe, et à nier par suite en toute bonne foi et en toute objectivité (philosophique) si l\u2019on peut dire, des réalités qui sont évidentes, au moins sous certains aspects, puisqu\u2019elles tombent sous le coup de l\u2019observation.Sa part d\u2019erreur a tenu en ce que la science a voulu supplanter la philosophie, prétendre elle aussi à son autosuffisance, et nier qu\u2019il y ait vraiment objet de connaissance au delà de ce qui se voit, se mesure, avant même d\u2019avoir pu démontrer scientifiquement \u2014 c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire \u2014 qu\u2019il en est bien ainsi.A ce moment, le savant violait lui-même les règles de sa propre discipline, se faisait philosophe tout en prétendant ne pas philosopher, et contestait des vérités dont il n\u2019avait nullement démontré l\u2019inanité.Il n\u2019avait que substitué des postulats ou des principes de son invention à des postulats et à des principes rationnels qu\u2019il niait par préjugés (en s\u2019appuyant parfois sur des conclusions pseudo-scientifiques) ou par une adhésion de foi à des idées nouvelles.A ces élucubrations pseudo-scientifiques, les philosophes opposaient leur propre conception du réel, parlaient GRÈVE DE L'AMIANTE 49 d\u2019un \"vrai\u201d réalisme (ontologique), bien supérieur au \"faux\u201d réalisme (phénoménologique) des savants.Etre objectif pour eux, c\u2019était pratiquer ce véritable réalisme qui peut aller parfois jusqu\u2019à vouloir nous convaincre (non sans raison d\u2019ailleurs) que ce que nous voyons de nos yeux comme étant vrai de toute évidence, est souvent faux parce que conditionné par des éléments d\u2019une causalité supérieure qui en modifie toutes les perspectives.Comme je l\u2019ai déjà écrit ailleurs, la fourmi qui a travaillé, avec toute son ardeur et sa persévérance coutumière, pour se construire une fourmilière dans une magnifique bûche connaît sans doute à merveille les particularités phénoménologiques de son milieu; mais parce qu\u2019elle n\u2019a pas pu percevoir, à travers ces particularités, que le destin de la bûche est de brûler dans mon foyer, tout son travail se révélera inutile et sa vie même pourra être mise en danger.Les avantages phénoménologiques de la bûche comme fourmilière étaient probablement indiscutables, mais la conclusion qui en a été tirée d\u2019en faire une demeure pour des fourmis s\u2019est révélée complètement erronée.La part de vrai, la part d\u2019objectivité (philosophique) dans cette position vient justement de ce que le réel phénoménologique n\u2019est pas tout le réel.La méthode scientifique ne permet donc pas de tirer des conclusions qui dépassent l\u2019ordre phénoménologique.Mais ce n\u2019était pas là une raison pour condamner une méthode scientifique particulière et nier qu\u2019il puisse y avoir des réalités aussi ¦ réelles dans leur ordre que le réel ontologique dans le >sien.Au lieu d\u2019admettre l\u2019existence de deux vérités en .contradiction apparente, parce que se présentant sous des jours ou selon des ordres différents, et d\u2019en rechercher les véritables modes de conciliation, les philosophes se 50 L\u2019ACTION NATIONALE sont souvent engagés dans l\u2019ordre phénoménologique avec leurs principes pour y nier les faits les plus évidents en prétextant de leur irréalité (ontologique).Erreur méthodologique en vertu de laquelle ils étaient amenés à transposer le vrai ontologique dans l\u2019ordre phénoménologique pour affirmer faux ce qui reste incontestablement vrai sous un certain rapport.La nouvelle objectivité ! Malgré tout, quelle clarté dans cette situation par comparaison avec l\u2019état des discussions d\u2019aujourd'hui.Car en définitive, l\u2019objectivité dont se réclame Trudeau n\u2019est ni philosophique, ni scientifique dans le sens précis que nous venons de définir.Elle s\u2019affirme comme scientifique et méprise volontiers les distinctions scolastiques, mais elle se réclame d\u2019un scientisme total ou global, qui veut en réalité être les deux à la fois et qui aboutit effectivement à la confusion sur le plan de la connaissance, et au dogmatisme et à l\u2019intolérance sur le plan de l\u2019action.C\u2019est le marxisme qui a inauguré et engendré cette nouvelle ère de' confusion, en mêlant encore davantage des cartes qui avaient commencé à s\u2019ordonner convenablement dans la discussion entre philosophes et savants.Au cours du premier quart du 20e siècle, en effet, les philosophes en venaient graduellement à reconnaître la valeur de la méthode scientifique et la nécessité quasi préalable de la forme particulière d\u2019objectivité qu\u2019elle commande, en particulier dans l\u2019étude des problèmes du monde.Les savants, d\u2019autre part, se rendaient de plus en plus compte des erreurs de leurs prédécesseurs et apprenaient à rester dans les limites de leur savoir.Mais les marxistes, eux, pour des raisons politiques, GRÈVE DE L'AMIANTE 51 visaient à faire de leur philosophie un système complet par lui-même, indépendant à la fois des anciennes conceptions essentielles des philosophes traditionnels, et positivistes des savants du XIXe.Vers les années 1930 à 1940, deux ouvrages français marquèrent particulièrement ce tournant de la pensée : l\u2019un qui s\u2019intitulait A la lumière du marxisme et l\u2019autre Au delà du marxisme.La prétention de la nouvelle méthode (qui en fait répudiait le concept d\u2019essence), c\u2019est qu\u2019elle permettait d\u2019appréhender le réel total et de s\u2019affranchir à la fois des préjugés philosophiques et des étroitesses positivistes.L\u2019équivoque philosophico-scientifique qui résulte de cette position séduisit malheureusement trop d\u2019esprits.Beaucoup de non-marxistes à tendances philosophiques et moralisatrices, mais déjà ouverts aux points de vue scientifiques et insatisfaits des résistances des philosophes tra-ditionnalistes, s\u2019y jetèrent au lieu de poursuivre leurs propres réflexions.Ils crurent trouver dans la méthode marxiste, indépendamment de ses conclusions, la clef des synthèses qu\u2019ils recherchaient.Justement parce qu\u2019ils connaissaient mal le marxisme, ils crurent y trouver ce que celui-ci ne pouvait pas donner parce qu\u2019il ne constituait pas vraiment une synthèse des deux ordres d\u2019objectivité, mais une négation du concept de réel ontologique et une prétention de substituer à la science des phénomènes, une métaphysique du phénomène.Les illusions du marxisme ! A des esprits mal avertis, le marxisme donnait en fait aisément le change.Matérialiste dans son essence, il rapportait tout aux faits et par conséquent s\u2019abstenait de bâtir la connaissance sur des concepts purement ration- 52 L'ACTION NATIONALE nels.Naturellement, il présumait par là que toute la connaissance peut sortir de l'étude des faits et que la pure rationalité n\u2019aboutit qu\u2019à des jeux de l\u2019esprit; ce qui reste encore à démontrer, je pense bien, même si tous les adeptes de la nouvelle méthodologie se comportent comme si cela était démontré.A tout événement, il avait le style scientifique et son type d\u2019objectivité paraissait digne du qualificatif.Par ailleurs, contrairement à la tendance des savants (assez peu \u2019\u2019emballante\u201d pour des esprits engagés) à refouler leurs conclusions à l'échelle réduite d\u2019un aspect phénoménologique, le marxisme offrait d\u2019intégrer ces conclusions dans une explication totale du monde et de ses problèmes.Malheureusement, la base de ses prétentions est trop fragile.L\u2019objectivité dont on se targue n\u2019a plus, en fait, rien de scientifique et ses bases philosophiques sont inexistantes; c\u2019est le cercle vicieux d\u2019une fausse science, qui sert de fondement à un système philosophique dont elle se réclame ensuite pour se justifier.Cette méthodologie se dit scientifique parce qu\u2019elle étudie des faits dans leur réalité historique contingente, au lieu de chercher à en dégager uniquement un principe qui satisfasse aux exigences de la raison (\"on ne peut pas être et ne pas être en même temps\u201d) et serve ensuite à tirer par déductions d\u2019autres vérités rationnelles.Ces faits, cependant, on ne les soumet plus vraiment à l\u2019analyse cartésienne, à l\u2019examen candide et non préjugé de ce qu\u2019ils sont, pour arriver à des conclusions d\u2019ordre en quelque sorte purement mathématique sur leurs répétitions, leurs proportions, d\u2019où dégager des régularités et des probabilités (établissement de constantes ou lois scientifiques), On les traite plutôt comme en géométrie, en fonction GRÈVE DE L\u2019AMIANTE 53 d\u2019une hypothèse préalable, dite hypothèse de travail.C\u2019est après cela qu\u2019on s\u2019applique à analyser minutieusement les faits en vue de démontrer l\u2019hypothèse et d\u2019en faire une loi.Or les hypothèses de travail d\u2019où viennent-elles ?Soit de \"vérités\u201d préalablement établies selon la même méthode, jusqu\u2019à une première hypothèse de travail, qui est le plus souvent le fruit d'un acte de foi ou d\u2019un fait plus ou moins bien établi et érigé à la dignité de principe.Dans le système proprement marxiste, tel est par exemple la lutte des classes, fait dont il faudrait en réalité démontrer l\u2019existence chaque fois que la question se pose dans tel cas particulier, mais qui a été au contraire, dressé en axiome et qui est utilisé comme moyen de communiquer un sens à tous les faits sociaux.L\u2019opération dite scientifique, dans cette optique, ce sont toutes les acrobaties syllogistiques, statistiques et autres auxquelles on se livrera jusqu\u2019à ce que l\u2019on ait pu interpréter le fait considéré dans une perspective de lutte de classe.Dans le système cartésien, l\u2019hypothèse a aussi sa place, mais jamais au préalable; elle est simplement la béquille, fort utile, dont l\u2019esprit humain se sert pour tâcher d\u2019explorer le réel, au delà de ce qu\u2019il est possible de rendre évident par l\u2019analyse minutieuse et dégagée des faits.Dans l\u2019absolu, il est assez facile de soutenir que c\u2019est peut-être bonnet blanc, blanc bonnet.Car au moment où l\u2019hypothèse intervient, qu\u2019elle soit hypothèse de travail ou hypothèse véritable, elle est toujours soumise aux exigences d\u2019une vérification qui en établira l\u2019inanité ou la véracité.Mais c\u2019est ici que la question devient subtile et que la différence des résultats viendra de la différence des deux états d\u2019esprit dans lesquels le chercheur tra- 54 L'ACTION NATIONALE vaille dans l\u2019une ou l\u2019autre méthode.Autant la méthode cartésienne de l'hypothèse terminale incite à rechercher d\u2019abord la vérité dans la seule analyse et dans le seul langage quasi purement mathématique des faits, et par conséquent dans l\u2019observation minutieuse, scrupuleuse et prudente, autant la méthode moderne d\u2019origine marxiste incite à se satisfaire de vérifications sommaires et de vraisemblances qui passent facilement pour des vérités.On aboutit ainsi au paradoxe d'une philosophie inductive servant de base à une science déductive.Un navire qui chasse sur ses ancres ! La faiblesse de cette méthodologie vient de ce qu\u2019elle est en quelque sorte un laxisme de l\u2019esprit.Elle se trouve dépourvue de toute rigueur rationnelle dans l\u2019ordre des concepts (qui s\u2019élaborent sommairement sous forme de faits intuitivement érigés à la dignité de principes) et de toute rigueur scientifique dans le traitement des faits (qu\u2019on interprète à la lueur de ces faits-principes sans que ceux-ci soient sans cesse soumis à de nouvelles vérifications).La fausseté d\u2019une hypothèse de travail n\u2019apparaîtra alors vraiment que s\u2019il est impossible de trouver, non pas une correspondance avec les faits scientifiquement analysés, mais une vraisemblance quelconque qui en justifie le maintien.Or tous ceux qui sont un peu familiers avec le travail scientifique et avec l\u2019histoire des sciences savent combien nombreuses peuvent être les explications vraisemblables qu\u2019il est possible de donner d\u2019un même phénomène, alors qu\u2019il n\u2019y en a généralement qu\u2019une qui soit scientifiquement vraie, c\u2019est-à-dire en tout conforme avec les faits.En brouillant ainsi tous les concepts, la nouvelle mé- GRÈVE DE L'AMIANTE 55 thodologie conduit en quelque sorte au chaos scientifique.Elle ne peut même plus, comme c\u2019était le cas dans l\u2019ancien conflit entre philosophes et savants, aligner le navire de la connaissance en tirant soit sur l\u2019ancre de l\u2019objectivité philosophique ou du réel rationnel, soit sur celle de l\u2019objectivité scientifique ou du réel froidement observé.Avec l\u2019objectivité nouveau style, le navire chasse sur ses ancres, car ce qu\u2019on appelle le réel ne s\u2019accroche ni à la raison, ni à la simple observation charnelle; ce n'est qu\u2019un effet de vraisemblance sans appui solide, soit sur une rationalité stricte dans un ordre, soit sur une pure constatation scientifique dans un autre ordre.La raison dans son ordre est forcée de capituler et de se soumettre aux seules évidences matérielles; et l\u2019hypothèse de travail qui en découle, quand elle n\u2019est pas un pur fruit de l\u2019imagination, s\u2019interpose entre les faits bruts et l\u2019esprit comme un écran qui a toutes les chances de distraire le chercheur d\u2019une observation complète et non biaisée.Nous ne sommes plus guère qu\u2019en face d\u2019un réseau d\u2019opinions paraissant toutes aussi bonnes les unes que les autres aux esprits non préjugés, d\u2019où le scepticisme assez général qui se développe dans le monde sur la question de savoir ce que peut être le vrai, le réel, et ce que ça peut bien signifier que de se dire objectif.Dans le domaine des sciences de la nature, l\u2019application d\u2019une pareille méthode présente moins d\u2019inconvénients, car le test final de l\u2019efficacité technique sert constamment de guide et de correctif.Dans le domaine des sciences de l\u2019homme, au contraire, on n\u2019en peut guère sortir, car il est peu de conclusions qui puissent être absolument définitives de leur nature.Trop de nos traités modernes de sociologie, de psychologie, d\u2019économie ne sont 56 L\u2019ACTION NATIONALE ainsi que des tissus de vraisemblances sans vraie couleur scientifique, sans valeur d\u2019objectivité, ni du point de vue philosophique ni du point de vue d\u2019une science rigoureuse du phénomène.Les exposés que publie Cité Libre appartiennent largement à cette catégorie.Comme l\u2019ont montré indiscutablement, je crois, mes articles précédents, c'est au traitement de ce genre de méthodologie que Pierre-Elliott Trudeau a soumis le problème du nationalisme au Canada français.La thèse est belle, je l\u2019ai déjà dit, et elle pourrait être exacte car elle est vraisemblable.C\u2019est sa vraisemblance même, combinée au surplus à des observations hâtives qui ne sont pas toutes fausses, qui lui donne une allure de vérité fort perverse.Le malheur pour les prétentions de Trudeau à avoir fait scientifique et objectif, c\u2019est que ses affirmations de base, ses hypothèses de travail ne sont pas conformes aux faits.Il nous montre quelque chose qui aurait pu être ainsi, mais qui ne l\u2019a pas été; du moins pas autant ni exactement comme il nous le dépeint.Nous en avons vu de nombreux exemples au cours des articles précédents.Je me propose de le montrer d\u2019une façon encore plus précise et plus systématique dans de prochaines études.François-Albert Angers Refrancisation du commerce et des métiers par faccrued cJ^acha C\u2019est dans les domaines de la technique et de l'économie que les Canadiens français ont trouvé la lutte plus particulièrement ardue depuis cinquante ans.Ayant à concurrencer l'élément anglo-saxon richement pourvu de manuels, de magazines et d\u2019écoles spécialisées dans la vulgarisation des sciences appliquées, nous avons dû nous contenter de suivre de très loin les méthodes nouvelles que la technique éminemment dynamique des Américains apportait à l'industrie, au commerce, aux métiers et à la mécanique universelle qui s\u2019étend de chaque foyer aux usines les plus colossales.Il s\u2019en est fallu de très peu que l'élément français fût noyé par l'invasion des anglicismes apportés par l\u2019auto, la radio, les machines-outils, les moteurs de toutes sortes et les esprits de vulgarisation scientifique qui voyagent de pair avec ces innovations.Une réaction s\u2019imposait qui, pour avoir tardé à venir, a constitué pendant longtemps une menace particulièrement grave pour la survivance du français en cette terre d\u2019Amérique.Cette réaction, elle a commencé à se produire autour de 1930.Elle se poursuit avec une intensité croissante et si bien qu\u2019il y a maintenant lieu d\u2019entrevoir le jour où le français aura reconquis, chez nous, la place d\u2019honneur qui lui revient à l\u2019atelier et dans tous les domaines qu\u2019a touchés la mécanisation intensive de notre époque.Parmi les réalisations les plus intéressantes de ces dernières années, dans le domaine de l\u2019édition canadienne, il faut compter les ouvrages de documentation publiés par 58 [.\u2019ACTION NATIONALE Monsieur Louis-Alexandre Bélisle, professeur, journaliste et éditeur de \"La Semaine Commerciale\u2019\u2019, qui a entrepris de refranciser systématiquement les métiers et la technique administrative.Depuis 1945, tout spécialement, M.Bélisle a publié vingt-sept ouvrages qui feront sans doute époque au Canada français.La plupart de ces ouvrages traitent de sujets qu\u2019on ne pouvait guère trouver qu\u2019en anglais.Tous sont d\u2019une facture et d\u2019une présentation qui ne le cèdent en rien à ce qui s\u2019est fait de mieux aux Etats-Unis dans les domaines correspondants.Trois séries différentes de manuels documentaires et techniques ont été menées de front par M.Bélisle, qui a ainsi comblé un vide profond de notre langue technique.L\u2019une de ces collections, \"La Bibliothèque du machiniste\u201d, comprend neuf volumes qui traitent, entre autres, deux volumes sur les \"Moteurs Diesel\u201d, \"Machines-Outils\u201d, \"Ferblanterie et soudure\u201d, \"Réfrigération\u201d, \"Dessin de machines\u201d, \"Machines à vapeur\u201d, \"Mécanique appliquée\u201d et \"Outils manuels\u201d.Une deuxième collection se rattache aux métiers de la construction et a été préparée en collaboration avec feu M.Ludger Robitaille, architecte.Elle traite de \"Charpente et menuiserie\u201d, \"Plomberie\u201d, \"Installations électriques\u201d, \"Chauffage et ventilation\u201d, \"Peinture en bâtiment\u201d, \"Maçonnerie\u201d, \"Briquetage\u201d etc.Enfin, dans le domaine des affaires, M.Bélisle a publié une collection connue sous le nom de \"La Bibliothèque de l\u2019homme d\u2019affaires\u201d qui comprend douze volumes différents dont les titres sont : \"Organisation et financement des entreprises\u201d, \"Marchés mobiles et placements\u201d, \"Crédits et recouvrements\u201d, \"Le Français des affaires\u201d et \"la Vente au comptoir\u201d.En collaboration avec M.Georges de Leener, de l'Université libre de Bruxelles, il a fait pa- REFRANCISATION 59 raître \"Principes généraux d\u2019organisation\u201d, \"Organisation de l\u2019emploi\u201d, \"Organisation de la production\u201d, \"Organisation financière et administrative\u201d.Enfin, en collaboration avec M.Philippe Girardet, auteur de la célèbre \"Encyclopédie de la vente\u201d, M.Bélisle a édité cinq volumes d\u2019une véritable valeur classique pour le commerce : \"La Psychologie des affaires\u201d, \"Sélection et formation des vendeurs\u201d, \"Prospection de la clientèle\u201d, \"Organisation du service des ventes\u201d, et \"La Vente et la publicité\u201d.D'autres manuels, et notamment \"Exercices de menuiserie\u201d, se destinent tout particulièrement aux classes de travaux manuels.On y donne une technique absolument unique d\u2019enseigner le vocabulaire concurremment à la pratique des menus travaux dont les plans sont détaillés.Tous ces ouvrages sont conçus et présentés selon les meilleures méthodes de l\u2019enseignement autodidactique.Munis de tables analytiques bilingues, ils devraient non seulement favoriser l\u2019étude des métiers, mais encore servir d\u2019instrument aux travailleurs de la pensée qui y trouveront toujours le mot juste à côté des expressions anglaises encore trop souvent employées.TABLE DES MATIÈRES Éditorial : Sur deux centenaires .5 Albéric Fréchette, o.f.m.: Foi et Vie française en Colombie britannique .8 Noël Dorion, p.m.: La fiscalité canadienne face à la Constitution .16 Paul-Émile Gingras : Vers un statut professionnel .31 François-Albert Angers : Pierre Elliot Trudeau et la grève de l\u2019amiante - VI .45 Jacques Lachance : Refrancisation du commerce et des métiers .57 UN PRÉ EST VAURIEN QUAND, EN JUIN, IL NE DONNE RIEN \u2022 ¦ ¦ de même un appareil de chauffage quand, en saison froide, il fonctionne mal.Profitez de la morte saison pour faire réparer ou reviser le vôtre .\u2014 Installations de chauffage-plomberie en tous genres, depuis le système de combustion jusqu\u2019au service d'hydrothérapie.Nos techniciens sont en mesure de collaborer avec les propriétaires et les architectes, ils allient la théorie à la pratique.CHAUFFAGE-PLOMBERIE Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada VI.9-4107 360 est, rue Rachel MONTRÉAL ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) B«n BÊLAND, président - J««n BÉLAND, Ing.P., toc.-trésorier 7152, boul.ST-LAURENT Montréal \u2014 CR.4-2465 Une expérience d'au delà d'un demi-sUcle au service des ARCHITECTES \u2014 ENTREPRENEURS COMMUNAUTES \u2014 INDUSTRIELS MARCHANDS Le temple de la lumière BÉLRND , r SO «'a's0j-le°c'e^ ¦o'e9er -V\\ncen°'e.' \u2022\u2022\u201cSTà 3'en\u2019 pré^roW®' ^emen'- «USV 'e , l va\\e^ re 0 vous b on s'n2S' (out ce ver'°n récoPeref S© s\"s, srs->* JacqoeS \\ 5-3*»' k»Vi6® * 4\\ oue** Rentré*' LES AMIS DE LA REVUE D ORSAY JEWELRY LTÉE Roger Journault, Président Bijoutiers, marchands, commerçants Salles d'échantillons à votre service CR.9-4526-7 402 est, Saint-Zotique \u2022\tMontréal\tRI.7-7821 FIRTH BROWN TOOLS (CANADA) LTD.L.-Charles Garon, Gérant Outils en Acier ou 'Carbide' pour usinage de métaux 1161, boul.Décarie \u2022\tSaint-Laurent, P.Q.CL.9-2553 GARAGE LAPOINTE Vendeur DODGE - DE SOTO Distributeur de pièces et accessoires authentiques CHRYSLER Réparations générales 7871 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal 5\tFondé 1914 Victory Tool & Machine Co.Ltd.JOS.MATHIEU & FILS Atelier mécanique de réparations générales Spécialités : Manufacturiers de convoyeurs à rouleaux, à courroies et à chaînes Monte-charges 236-250, Rose de Lima, Montréal \u2022\tWE.1138 LA.2-2161 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tCR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d'autos, housses, vitres, capotes d'autos.Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau \u2022\tMontréal Le chasseur sachant chasser.CHAUSSURES S-C-A-P-H-O-l-D Reg d.Marc De Lorme Ajustement précis du pied Clinique du pied : LA.1-3083 916 est, rue Mont-Royal \u2022\tMontréal\tBOURBONNAIS & PEPIN QUINCAILLERIE EN GROS WHOLESALE HARDWARE 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.1-9444 \tWE.2-4955 ROLAND GIROUX BRÛLEURS A L'HUILE 2031, rue Saint-Antoine \u2022\tMontréal Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS - GÂTEAUX - TARTES Les cafés et confitures de J.-A.Désy LIMITÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Espace à louer $15.00 PAR MOIS Roch Grenache CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL GRENACHE INC.Bureau: 1504, rue Davidson\tLA.6-7771 APPRENEZ à connaître les avantages de l'épargne en ouvrant un compte à la Banque Canadienne Nationale 586 bureaux au Canada Hommages aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE LA.4-1167\t3605.Ontario est, Montréal PROFESSIONNELS et HOMMES D'AFFAIRES Économisez 50% sur le coût de votre assurance-vie pendant les dix premières années.\u2022\tValeurs de rachat dès la 3e année \u2022\tMontant minimum : $70,000.VOYEZ VOTRE REPRÉSENTANT RÉGIONAL J.-Hormisdas Roy, gérant Division Montréal 5-6 506 est, rue Ste-Catherine MONTRÉAL \u2014 VI.2-1806 CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE Compagnie-mutuelle Assurance-vie et Rentes Viagères 41 ouest, rue St-Jacques \u2022 Montréal \u2022 VI.5-3291 3Ga &atrti?prfc ACTIF ASSURANCES EN VIGUEUR PROTÉGEANT $40.000,000 $200,000,000 111,000 assurés Ce sera un titre de gloire pour LA SAUVEGARDE que d\u2019avoir été la première compagnie canadienne-française à s\u2019aventurer sur un terrain qui semblait jusqu\u2019alors réservé à d'autres.Durant longtemps, elle fut la seule, mais ses succès encouragèrent les initiatives et facilitèrent la naissance des compagnies canadiennes-françaises fondées au cours des dernières années et auxquelles nous souhaitons le plus grand succès.füire D«M® IJ«rr* Unlnanii Imprimeur Grrre*r/^Jj[\\ Printer Engraver Lithographe \\«2>/ Lithographer "]
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