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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février - Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1958-02, Collections de BAnQ.

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[" ACTION nationale Éditorial Robert Holder François-Albert Angers Paul Massé Gérard Plourde I.de Pulsseret Paul-Émile Gingras 1,000 abonnés de plus Le message de Lourdes Une bonne nouvelle Sa Majesté la langue française \"P aux ÿuxctcx km CKtxefixlàea il faut fraxtapex LA CLEF DE LA PRISON L'ÉDUCATION VOLUME XLVII NUMÉRO 6-7 \u2014 MONTRÉAL \u2014 FÉVRIER-MARS \u2014 1958 CINQUANTE SOUS LEXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les moins sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration : CASIER POSTAL 221, STATION E, Montréal RE.7-7176 L'abonnement est de $5.00 par année L'abonnement de soutien : $10.00 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.159 ouest, rue Craig,\tVI.9-1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE F.-X.DROLET ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Pont\tQuébec Pour devenir propriétaire .Epargnez avec : LIMITÉE 306 est, Ste-Catherine, Montréal Tel.: LA.2-5415-5515 Calendriers Dépliants Magazines Tracts - A** TYPOeLITHOeHÉLIO Volumes\t\tP\tm\ty Images\t\tienp@\tLJ®§\ty \timorimeur G\t\t\u2019.aveur Lit\t Cartes postales\t\t1\t\t LES AMIS DE LA REVUE CAMBRON, M\u201e B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacie Cambron Spécialité : Prescriptions \u2022\t775 est, rue Roy \u2014 VI.5-9755 CHAUSSÉ, Fernand\tI AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke, Qué.- Tél.2-4793 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tUN.1-2889 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques ?\tVI.5-2841 EPICERIE NOTRE-DAME EPICIER LICENCIE 107 rue Notre-Dame, Jonquière, P.9.\u2022\tTél.2-2655 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est «\tUN.6-5818 POULIN.Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTél.: 2-4620 MAXIME Nettoyeurs et Teinturiers 4140, rue St-Denis ©\tBE.1158 LAVIGNE.C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE.9-1748 BÉLANGER & DAHME Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tBE.3475 LAPORTE, René\t MEDECIN\t 3426 St-André, apt.\t1, Montréal \u2022\tLA.2-2442 C.DELANIELLO\t TAILLEUR - NETTOYEUR\t 1038, rue\tSaint-Zotique \u2022\tMontréal CARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.\u2022\tCL.9-3275 CR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal LAROCHE.Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-François-Xavier, ch.310 \u2022 Bur.: VI.5-0422 - Rés.: VI.5-8064 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec GALARDO, Armand \"Fruiterie St-Louis-de-France\" Epicerie, viandes cuites.\u2022\t515 est, rue Roy \u2014 PL.1729 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d'invention 934 est, Ste-Catherine \u2022\tVI.5-4548 LA.2-6144 DRAPEAU LTÉE Meubles non peints 933 est, rue Rachel \u2022\tLA.3-3607 CLOUTIER, Dr Yvon Chirurgien-Dentiste 3253 est, rue Beaubien \u2022\tBur.: RA.2-2678 MARQUIS, J.-Antonin PHARMACIEN \u2022\tQuébec UN AMI do Québec ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.©\tOR.9-0349 DESCHÉNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chaut.5685, Iberville \u2022\tLA.6-6655 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rue Notre-Dame \u2022\tBE.1971 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tRE.8-3434 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau : 4009 -ue Hocheiaqa «\tCL.5-7797 POMHOTÎQ 'NC- BRASSARD, prés.256 est, Ste-Catherine, Mtl.Tailleurs pour Dames et Messieurs 775a E., rue Mont-Royal \u2022\t(face à St-Hubert) CHALES, Constant MÉDECIN 4505, rue Brébeuf »\tLA 1-4257 LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE des Trois-Rivières Salaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\" 1430 De Lasalle \u2022\tCL.5-4086-7 SANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL.5-2839 AUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL.1946 G.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG 4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 La Cie TULIPPE Ltée Cravates, écharpes et robes de chambre 4630, rue Iberville, Mtl.\u2022\tLA.4-2533 SÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726, St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 Dr ALBERT LOSEAU L.Sc.O., O.D.OPTOMÉTRISTE \u2014 OPTOMETRIST 1271 est, Ave Mont-Royal \u2022\tBureau : LA.5-8719 LA CIE ACADIA ENRG.LAVAGE DE VITRES, ETC.ENTRETIEN DE BUREAUX 2125, rue Masson Street, Montréal \u2022\tLA.2-0751 Dr MICHEL LÉONARD, D.D.S.CHIRURGIEN - DENTISTE \u2022 2492 est, rue Bélanger, Montréal L.-G.FOREST BOUCHER - ÉPICIER Fruits et Légumes 1144, rue St-Zotique, Montréal \u2022\tCR.2-0780 M.-W.RIOPEL, M.C.H.IMPORTATEUR en montres et diamants \u2022\t902 est, Bélanger \u2014 CR.1-0640 Maison GEO.GÉLINEAU INC.Décoration intérieure Vente et confection de draperies CR.7-5660\t5930, rue Saint-Hubert \u2022\tMontréal Dr JACQUES VENNE D.D.S.2116 est, rue Bélanger \u2022\tMontréal \u2014 RA.7-5041 PHARMACIE MICHON 1361 est, Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022 .Roland Michon, Pharmacien TESSO ELECTRIC REG'D.(Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505 RA.1-4958 PARADIS MESSIER CIE LTÉE Ameublement et décoration Fernand Messier, président 7042, Boul.Pie IX \u2022\tMontréal Dr JACQUES SURPRENANT D.D.S, 82, boul.Dussault \u2022\tLaval-des-Rapides Chaînes à pneus CHAMPION A.B.C.TOOL & DIE 2457, rue Des Carrières \u2022 Montréal \u2014 Tél.: CR.1-6711 Eugène Turcotte André Trudeau V.-Prés.et gérant\tSec.-Très.SERVICE DE PNEUS TIRE SERVICE LL Pneus neufs et usagés Rechapage et vulcanisation Alignement de roues Accumulateurs 1871, rue DeLorimier LA.4-1177 EUCHER LEFEBVRE, a.p.a., J.P.Comptable public 4388, rue St-André, Montréal \u2022\tLAfontaine 3-5341 ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 L\u2019ACTION NAT1UNALE Vol.XLVII \u2014 Nos 6-7 MONTRÉAL FÉVRIER - MARS 1958 Éditorial 1000 abchhéA 4e pluJ 11 y a deux ans nous avons fait appel à nos abonnés.Nous leur avons demandé de nous aider à porter le tirage de notre revue au minimum nécessaire pour qu\u2019elle soit viable.Ce fut un succès; nos abonnés nous ont trouvé mille nouveaux lecteurs.Cet effort \u2014 et cette fidélité \u2014 nous ont permis de continuer le travail entrepris il y aura bientôt quarante ans par des hommes comme le chanoine Lionel Groulx et feu M.Edouard Mon/petit.Point n\u2019est besoin, à deux générations de là, d\u2019affirmer que nous faisons encore face au Canada français à de nombreux problèmes.Quelques-uns existaient déjà à l\u2019époque de la fondation de /'Action française, qui fut plus tard remplacée par /\u2019Action canadienne-française, puis par /\u2019Action nationale.Les problèmes inhérents à notre état de groupe minoritaire, à notre participation à la forme de gouvernement établie en 1867 existent toujours Nous sommes de plus confrontés par des problèmes nouveaux, inconnus chez nous il y a un quart de siècle 430 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019industrialisation rapide de notre pays a brusquement, et sans préparation, transformé notre peuple d\u2019agriculteurs en prolétaires.Nous devons, Canadiens français, faire face à de graves problèmes d\u2019adaptation.Nous ne les avons pas encore résolus.Plus que jamais, au milieu des nouveaux courants de pensée qui nous assaillent, nos gens ont besoin de directives.Notre revue tente de les leur fournir.Elle est en voie de se réorganiser pour répondre encore mieux à cette mission.Pour cela il faut quelle vive.Pour vivre il lui faut plus de lecteurs qu\u2019il y a dix ou deux ans, car les frais généraux ont plus que doublés depuis quelques années.Pour la deuxième fois elle demande donc à ses fidèles abonnés de l\u2019aider.Nous avons formé le projet de recruter, d\u2019ici quelques semaines, un autre millier de lecteurs.Vous pourriez, si vous le vouliez, contribuer puissamment à résoudre notre problème.Vous avez reçu ou recevrez ces jours-ci une lettre contenant une formule d\u2019abondement et une enveloppe-retour.Utilisez-la sans retard pour abonner un ami, un parent.Nous pourrons ainsi recruter rapidement les abonnés dont nous avons besoin et continuer notre travail.Nous comptons sur vous; ne remettez pas à demain, de peur d\u2019oublier.Merci ! Le directeur Le message de Lourdes (i) Ne devons-nous pas nous demander dès l\u2019abord, quel est son contenu ?J\u2019ai interrogé les auteurs : mon compatriote Daniel Rops, de l\u2019Académie française, que je m\u2019honore de citer, a cru le retrouver dans ce verset du Psaume XVII de la Vulgate, où les paroles prophétiques ont été dites : \"Le Seigneur a fait retentir sa voix, et les sources d'eaux vives sont apparues\u201d.Le Message de Lourdes, ce serait l\u2019expression du pouvoir de laver, jusqu\u2019au tréfonds de nos âmes, que posséderait pour chacun de nous l\u2019eau sacramentelle, l\u2019eau du baptême.Cette eau de la piscine miraculeuse, que d\u2019allusions bibliques n\u2019évoque-t-elle pas, en effet : les eaux miraculeuses du baptême des premiers temps, quand le Seigneur accepta le rite lui-même au gué de Béthabarra sous la main du Précurseur, et tant d\u2019autres eaux vives : celle qui jaillit de la pierre de l\u2019Horeb, sous la baguette de Moïse, celles de la Mer rouge, celles du Jourdain que passa Josué, celles que le Christ donna à la Samaritaine, et qui, toutes, comme à Lourdes, n\u2019étanchent pas que la soif du corps.Mais le Message de Lourdes, je l\u2019ai rencontré encore mieux défini par la récente lettre encyclique de notre Saint Père le pape à l\u2019épiscopat Français; c\u2019est \"Le Message simple et exigeant de l\u2019Evangile : la pénitence, la conversion du coeur, le renouveau des consciences, la rupture avec le matérialisme sordide qui nous envahit de toutes parts\u201d.Par cette encyclique, vous le savez le Saint Père a convié tous les catholiques du monde à célébrer le cen- (l) M.Holder est directeur des Services Officiels français du Tourisme à Montréal. 432 L'ACTION NATIONALE tenaire de Lourdes.Sur cette insistance, il convient de s\u2019arrêter un instant.L'histoire Que se passe-t-il donc à Lourdes ?Certes, vous connaissez déjà l\u2019histoire : elle commença il y a 100 ans seulement pour la petite Bernadette, mais bien avant elle, Lourdes était déjà un des hauts lieux de l\u2019histoire de France.On raconte que, bien avant Charlemagne, avant le Xème siècle, Lourdes était déjà la Place Forte principale du Comté de Bigorre, et qu\u2019elle se battit avec acharnement contre toutes les armées qui envahirent l\u2019une après l\u2019autre l\u2019Ouest des Pyrénées.Envahi et occupé par les Sarrasins, son château escarpé et majestueux, qui est toujours là, depuis un millier d\u2019années, fut assiégé par Charlemagne; vaincus par la faim, les Sarrasins étaient prêts à se rendre quand un aigle laissa tomber une truite sur le rocher.L\u2019astucieux Sarrasin envoya la truite à Charlemagne, lui donnant ainsi une fausse idée de la situation de ses réserves alimentaires.Fatigué, découragé, Charlemagne fut à deux doigts d\u2019abandonner la partie, mais l'Evêque du Puy, conseiller de Charlemagne, le dissuada de lever le siège.Obéissant à un rêve, il alla voir le capitaine Sarrasin et lui proposa de se rendre, non pas aux Francs, mais à Notre-Dame du Puy.Le Mahométan accepta et, convaincu par la grâce de Dieu, il se fit chrétien sous le nom de Lorus qui fut l\u2019origine de celui de Lourdes.C'est ainsi que Notre Dame, il y a 10 siècles, avait déjà témoigné son intérêt pour ce lieu prédestiné.Comme en tant d\u2019autres endroits les Anglais, aussi, ont voulu jouer leur rôle dans l\u2019\"Histoire de Lourdes\u201d.Cette LE MESSAGE DE LOURDES 433 région leur avait été cédée en 1360 à la suite du traité de Brétigny.Mais, décidé à la lui reprendre, le célèbre Gaston Phoebus n\u2019hésita pas à inviter chez lui à Orthez, le gouverneur anglais de la place, et celui-ci ayant refusé de restituer le château au roi de France, il cloua l\u2019Anglais sur place, et, de sa propre dague l\u2019immola sur sa table, ce qui, dit le commentateur, ne résolut pas la question, mais fit un Anglais de moins .Il fallut deux sièges pour que Lourdes redevint française.En 1393, un premier s\u2019avéra inutile.Un second, entrepris en 1406 dura 18 mois, et les troupes françaises purent enfin reconquérir Lourdes au nom de Charles VI.L'immaculée Conception Mais c\u2019est au milieu du XIXème siècle, il y a 100 ans, en février 1858, que Lourdes acquit sa gloire, et non pas à travers les guerriers, mais, comme souvent en France, par l'entremise de la plus simple, la plus faible, la plus innocente des enfants : une bergère de 14 ans.En bref, Bernadette Soubirous vit apparaître la Vierge dans la grotte de Massabielle; une source jusqu\u2019alors inconnue jaillit de la base du rocher le 25 mai, jour de l\u2019Annonciation.L\u2019apparition dit enfin à Bernadette : \"Je suis l\u2019immaculée Conception\u201d.Il fallut attendre, pour que ces faits fussent déclarés authentiques et miraculeux, jusqu\u2019en 1862.La dévotion à Notre-Dame de Lourdes fut alors autorisée, et depuis lors la ville a connu des milliers de guérisons miraculeuses, dont 55 officiellement confirmées.Le nombre des pèlerins qui commencèrent à accourir dès le début des apparitions s\u2019accrut de jour en jour, et atteint depuis 10 ans le chiffre de 3 millions de visiteurs chaque année, chiffre qui sera doublé, peut-être triplé, 434 L ACTION NATIONALE pour les fêtes du centenaire.C\u2019est incontestablement le plus grand pèlerinage du monde.Que trouve-t-on en arrivant à Lourdes ?Une petite ville de 17,000 habitants, qui va recevoir dans l\u2019année une population flottante de 7 ou 8 millions de visiteurs, c\u2019est-à-dire près de 500 étrangers pour chaque résident, proportion qui n\u2019a jamais été atteinte ailleurs.Lourdes possède près de 20,000 chambres d\u2019hôtel, donc plus de chambres d'hôtel que d\u2019habitants.Les esprits matérialistes pourraient voir, là encore, un autre miracle ! Aspects humains La gentillesse des gens de Lourdes, leur simplicité, sont dignes de remarques.Quelques anecdotes l\u2019illustreront.La dernière fois que je suis allé à Lourdes, ayant arrêté ma voiture au milieu d\u2019un passage pour piétons, le policier de service m\u2019a fait remarquer simplement, avec une grande courtoisie : \"Vous n\u2019oublierez pas en partant, Monsieur, de laisser les portières ouvertes, pour que les piétons puissent continuer à passer\u201d .Cette population de montagnards Pyrénéens à l\u2019origine, que les commerçants venus des villes n\u2019ont pas réussi à submerger, a conservé intactes ses traditions, son parler truculent, sa bonhomie accueillante et simple.La ville s'étend de part et d\u2019autre du Gave entre deux grande chaînes de hautes montagnes de 10,000 pieds, aux sommets neigeux, qui évoquent les Rocheuses canadiennes, et qui séparent la France de l\u2019Espagne.La ville commerçante est séparée du sanctuaire et de la grotte, ce qui empêche le voisinage des activités matérielles et des activités spirituelles.Elles sont dominées par le château aux ruines millénaires et le site, dans sa verdure, est un enchantement. LE MESSAGE DE LOURDES 435 Dans les boutiques de Lourdes on trouve pratiquement de tout; les bibelots les plus invraisemblables comme les plus esthétiques peuvent s\u2019y rencontrer, et je ne puis m\u2019empêcher de citer cet élément surprenant que j\u2019y vis l\u2019an dernier : une jarretière ornée d\u2019un portrait de Bernadette.Où la piété va-t-elle se nicher ! Dans ces boutiques d\u2019ailleurs on peut toujours marchander les souvenirs et discuter les prix, et ceci me rappelle une discussion entre Kitty, ma jeune femme, et un de ces marchands à l\u2019étalage bien garni, il y a deux ans.\u2014\t\"Que vaut ce rosaire ?demanda Kitty.\u2014\t\"1,000 francs, répondit le marchand.\u2014\t\"Je vous en donne 100 francs.\u2014\t\"Impossible Madame, je les paye plus cher que ça.\u2014\t\"Mais vous me prenez pour une touriste ?\u2014\t\"Mais oui, vous n\u2019êtes pas des touristes ?\u2014- \"Non, nous sommes des voyageurs.\u2014\t\"Mais quelle est la différence ?\u2014\t\"900 francs, répondit Kitty.Et nous emportâmes le rosaire pour moitié prix ! Comme vous le voyez, la vie à Lourdes permet de se relaxer, car un gros effort a été fait, surtout cette année, pour l\u2019accueil des visiteurs.On y a construit de toutes parts, motels, hôtels, etc .Le sanctuaire Cependant, les moments véritables à Lourdes, sont ceux que le pèlerin consacre au but de sa visite : la prière.C\u2019est pour les pèlerins que Monseigneur Théas a entrepris l\u2019an dernier sa grande oeuvre; la construction d\u2019une basilique souterraine, qui contiendra 20,000 pèlerins.C\u2019est la plus grande église souterraine du monde.Elle est presque 10 fois plus grande que la basilique du Rosaire, qui a reçu 436 L'ACTION NATIONALE jusqu\u2019ici les pèlerins, et est terminée depuis peu, ce qui est presque un autre miracle, car sa construction n\u2019aura duré qu\u2019un an.Tous les techniciens qui l\u2019ont vue la considèrent comme l'oeuvre la plus révolutionnaire du siècle.Imaginez un immense vaisseau de 120,000 pieds carrés, construit à l\u2019emplacement qu\u2019occupait il y a 6 mois un étang, et ne possède pas une seule colonne.L\u2019arc central a 600 pieds de long.L\u2019immense toit, deux fois plus grand que celui de Notre-Dame de Paris, ne constitue qu\u2019un seul dôme, sous lequel 20,000 personnes pourront prier à l\u2019abri des intempéries, autour d\u2019un autel unique situé au centre, ce qui permettra les plus belles manifestations liturgiques.A l\u2019extérieur pas de clocher, pas de façade, seulement une pelouse sur laquelle sera posé le symbole chrétien de cet immense poisson.Vous imaginez tous les problèmes d\u2019aération, d\u2019infiltration qu\u2019il a fallu résoudre pour ce bâtiment situé au-dessous du niveau du Gave, le torrent qui passe par Lourdes.Bernadette Mais il est temps de parler de celle dont l\u2019histoire commença comme un conte de fées.Il était une fois .un jeudi de l\u2019année 1858, une petite bergère de 14 ans qui ne parlait même pas français et qui allait faire la gloire de Lourdes, à juste titre.Car si Bernadette fut canonisée en 1933, ce n\u2019est pas seulement pour avoir vu la Vierge, mais aussi, comme le prouve son histoire, parce que Bernadette fut une sainte.L\u2019immense privilège que lui accorda la Mère de Dieu ne la rendit pas orgueilleuse, et dans ce couvent de religieuses où elle chercha refuge, sa gentillesse et son extraordinaire force de volonté face à la maladie qui LE MESSAGE DE LOURDES 437 la rongeait, son amour pour la Vierge qui la poussait à se donner complètement aux humbles tâches quotidiennes malgré son énorme tâche de messagère, son parfait équilibre moral que n\u2019ébranlèrent ni les épreuves ni les succès, son acceptation totale de la Divine Volonté, nous donnent le plus admirable exemple de sainteté dans la vie quotidienne.Ses dernières paroles ont été celles d\u2019une sainte : \"Je ne demande pas de consolation, mais de la force et de la patience.\u201d Pour en témoigner je ne veux que citer cet invraisemblable épisode de l\u2019histoire de Bernadette, que je dois à Mme Jeanne Moret qui l\u2019a raconté dans la revue \"Marie\u201d.Voici les faits : le 25 octobre dans son couvent de Nevers, Bernadette mourante a reçu les derniers sacrements et a fait sa profession, mais monseigneur Forcade à peine parti, O surprise, Bernadette déclare à la mère supérieure : \"Je ne mourrai pas cette nuit\u201d.C\u2019est alors que l\u2019une des soeurs a la plus stupéfiante réplique : \"Comment, vous saviez que vous n\u2019allez pas mourir cette nuit, et vous ne l\u2019avez pas dit, vous avez fait venir monseigneur à une heure indue, vous n\u2019êtes qu\u2019une petite sotte.Je vous déclare que si vous n\u2019êtes pas morte demain matin, je vous enlève le voile de professe et vous envoie au noviciat avec le voile de simple novice\u201d ! Et Bernadette répond à Mère Imber : \"Comme il vous plaira, chère Mère\u201d.Elle ne mourra que 10 ans plus tard, ayant constamment donné les prelives de la plus grande obéissance et dévotion.Première apparition Elle était née le 7 janvier 1844, fille ainée d'un humble meunier dont toute la famille était logée grâce à la générosité des habitants de la ville, et dont la pauvre maison existe encore.De santé délicate et peu douée, Berna- 438 L\u2019ACTION NATIONALE dette ne parlait que le patois de sa province de Gascogne.A 13 ans, elle était incapable de retenir les quelques rudiments de cathéchisme que lui enseignaient ses parents, (le village ne possédait pas de cours religieux) mais disait avec ferveur les deux ou trois prières qu\u2019elle connaissait.Le 11 février 1858 au matin, Bernadette, accompagnée de sa soeur et de la fille d\u2019une voisine, partit à la recherche de bois sec.Arrivées près du grand rocher, aujourd\u2019hui célèbre, les trois petites filles commencèrent à se déchausser pour traverser la rivière.Bernadette, fatiguée, s\u2019assit un instant, puis, mettant les pieds à l\u2019eau pour suivre les autres, elle entendit des rafales de vent et une voix qui l\u2019appelait.Se retournant brusquement, elle regarda le rocher, et vit avec stupeur une grotte dans laquelle le vent secouait doucement un églantier fleuri, et, plus haut, dans un creux, apparut une belle Dame toute vêtue de blanc.Effrayée, Bernadette voulut appeler ses camarades, mais aucun son ne sortit de sa bouche.Alors, regardant la belle Dame qui lui tendait les bras, elle sortit instinctivement son rosaire et se mit à prier.Plus tard, elle raconta : \"Je voulus faire le signe de croix, mais j\u2019en fus incapable.Alors la belle Dame prit son rosaire, et fit elle-même le signe de croix.Cela me calma et je pus l\u2019imiter.Je me mis à genoux et commençai à prier, mais quand la Dame me demanda de m\u2019approcher, je pris peur et elle disparut\u2019\u2019.Bernadette voulut garder le secret, mais comme elle commençait à pleurer pendant les oraisons vesprales en commun, sa mère la fit parler et lui interdit de retourner sur les lieux où elle avait vu la Dame, pensant que sa fille perdait la raison.Cependant, Bernadette, pour la première fois de sa vie ne voulut pas croire sa mère, et alla LE MESSAGE DE LOURDES 439 se confesser au vicaire de la paroisse, qui lui non plus ne voulut pas la croire.18 apparitions Le dimanche suivant, Bernadette, aidée de ses camarades, obtint la permission de retourner à la grotte.Lorsqu\u2019elle vit apparaître la belle Dame, elle lui jeta l\u2019eau bénite qu\u2019elle avait apportée dans un petit flacon, et la Dame continua de sourire.Bernadette demeura en extase jusqu\u2019à ce que les autres petites filles l\u2019obligent à retourner à la maison.Toute la population de Lourdes, qui ne comptait alors que 4,000 habitants, apprit immédiatement l\u2019incident, et l\u2019on interdit formellement à Bernadette de retourner à la grotte.Cependant, le 18 février une voisine réussit à accompagner Bernadette sur les lieux de l\u2019apparition.Ce jour-là, la Dame fit promettre à Bernadette de venir tous les jours pendant 15 jours et lui dit : \"Je ne te promets pas le bonheur sur terre, mais dans l\u2019autre monde, tu seras pleinement heureuse\u201d.Le jour suivant, sa mère l\u2019accompagna, et voyant sa fille en extase, elle s\u2019exclama en pleurant : \"Mon Dieu, je vous en supplie, ne m\u2019enlevez pas ma fille\u201d.Tous les matins, Bernadette retournait à la grotte malgré l\u2019interdiction formelle formulée à son père par le Commissaire de police.Chaque jour, sauf le 26, elle vit la Dame.Elle était de plus en plus accompagnée dans ses expéditions quotidiennes.Le 25, lorsque la Dame ordonna à Bernadette de se laver la figure, il apparut un soupçon d\u2019eau boueuse en un endroit de la grotte où l\u2019on n\u2019en avait jamais vue auparavant, et dès lors, l\u2019eau coula de la source, chaque jour plus abondante.La population commença à accourir pour se laver, et boire l\u2019eau sainte.\"PÉNITENCE, PÉNITENCE, PÉNITENCE\u201d dit l\u2019apparition.\"Embrasse la terre pour les pêcheurs\u201d. 440 L\u2019ACTION NATIONALE Tous les prêtres et les médecins des alentours commencèrent à interroger Bernadette, et la menacèrent du cachot.Ce qui n\u2019empêcha pas la petite fille de se rendre quotidiennement à la grotte et de transmettre les ordres de la Dame au curé de la paroisse.\"Tu iras voir les prêtres et leur donneras mission d\u2019édifier une chapelle en ce lieu pour attirer les pèlerins\u201d.En entendant cela, le vieux prêtre se fâcha si fort que Bernadette dit ensuite : \"C\u2019était terrible de voir monsieur le Curé .\u201d Le 25 mars, Bernadette connut le nom de l\u2019apparition : \"Je suis l\u2019immaculée Conception\u201d.D\u2019abord, la pauvre enfant ne comprit pas le sens de ces paroles mystérieuses.Ce fut à cette époque qu\u2019elle commença à étudier le français à l\u2019école où elle poursuivait, comme toujours, des études fort médiocres.C\u2019est seulement en 1862, que la Commission d\u2019investigation reconnut comme véridiques les 18 apparitions de l\u2019immaculée Conception à Bernadette, et soumit le cas au jugement de sa Sainteté le pape.Ses impressions de recluse, rédigées par elle-même sur des petits carnets, nous permettent maintenant de connaître avec exactitude les pensées de la sainte qui dit un jour : \"La Vierge est si belle, que lorsqu\u2019on l\u2019a vue une fois, on voudrait mourir pour pouvoir la revoir\u201d.Miracle de l'oraison L\u2019on pourrait clore sur cette histoire édifiante.Toutefois, pour terminer, je voudrais vous demander d\u2019oublier l\u2019aspect matériel de la vie de Lourdes, pour donner le point de vue qu\u2019un prêtre français, m\u2019a un jour exposé, sur le \"Miracle Quotidien\u201d : A Lourdes, vous aurez à oublier de temps en temps l\u2019existence des nombreuses bou- LE MESSAGE DE LOURDES 441 tiques et des luxueux hôtels, où la géographie a quelques fantaisies, puisque l\u2019on trouve le \"Mont Thabor\u201d, près du \"Golgotha\", l\u2019\"Angleterre\u201d près de l\u2019\"Espagne\u201d, la \"Petite Fleur\u201d proche du \"Myosotis\u201d, et la \"Providence\u201d ayant à sa droite \"St-André\u201d, mais très loin du \"Cardinal\u201d.Si vous rencontrez quelque vieille murmurant, seule, sur l\u2019esplanade; si certains gestes des dévots vous font craindre la superstition ou si votre sensibilité se trouve affectée par le cruel spectacle de tous les malades du monde, ne vous découragez pas.Gardez vos yeux bien ouverts : Ici dans cette grotte, est apparue la Mère de Dieu.Vous serez bouleversés par cette fantastique réalité : Vous ne pourrez pas percer ce mystère.Vous seriez déçus, si vous vous laissiez prendre aux apparences.A votre retour, vous parleriez volontiers du cadre prestigieux, du bruit du Gave, des petites voitures, des paralytiques et des mercantiles.Mais alors, vous n\u2019auriez pas vu le miracle dans son inimaginable vérité, le miracle qui était à portée de votre main, qui pour vous seul se renouvelait.C\u2019est le miracle de l\u2019oraison, de la prière; c\u2019est la Sainte Vierge elle-même qui a appelé ici les foules énormes et bariolées qui, comme un océan, viennent battre le pied de la basilique pendant les grandes journées du pèlerinage National, ou du Rosaire.Frayez-vous un chemin à travers ces groupes compacts.Au fur et à mesure que vous approchez de la grotte, vous serez surpris, enveloppés par une immense rumeur faite de chants, de prières, d\u2019Ave Maria.Lorsque vous entrez dans une église, vous avez l\u2019habitude d\u2019être gênés par le bruit des chaises, le claquement des portes qui s\u2019ouvrent et se ferment .A Lourdes, rien de tout cela, à n\u2019importe quelle heure de la journée, un 442 L'ACTION NATIONALE calme respectueux, majestueux, y règne.Vous serez tout de suite \"Pris par la prière\u201d.Sensation extraordinaire que ce tumulte d\u2019invocations, de louanges et d\u2019implorations.Malgré vous, vous serez bouleversés d\u2019avoir vécu quelques heures dans ce climat pénétrant.La nuit, après la procession et le Credo triomphal, lorsque descend la paix sur les pèlerins agenouillés et déjà silencieux, la force de cette grâce est encore plus impressionnante.La grotte est à peine éclairée, le calme est complet, les effluves de tant d\u2019actes de foi et d\u2019amour enveloppent l\u2019âme de bonne volonté.Pas un souffle .on n\u2019entend que le murmure des prières, inlassablement répétées depuis l\u2019aube.Pour votre esprit, aucune \"porte de sortie\u201d .Il ne reste plus que le Ciel, que l\u2019on regarde comme pour implorer son consentement.Voici le Miracle.Cette prière agit, elle rend l\u2019âme à Dieu, permet de souffrir .elle rend \"disponible\u201d.Robert Hollier Une bonne nouvelle par Urançoiâ-^s4llert ^4ngeri Je suspends, ce mois-ci, ma série d\u2019articles sur les problèmes du nationalisme, en relation avec les critiques de Trudeau, pour annoncer une bonne nouvelle ! La banque d\u2019affaires dont nous entendons parler depuis plusieurs années est fondée ! Elle a nom La Corporation d\u2019Expansion financière.Ce n\u2019est pas la première tentative du genre dans notre histoire.Un groupe d\u2019hommes, auquel s\u2019est trouvé associé un temps Esdras Minville, avait lancé, aux mêmes intentions, Société d\u2019Entreprise du Canada dans les années \u201930.Mais notre population n\u2019était pas mûre pour une telle initiative.Et empêtrée dans les difficultés résultant de la crise de cette époque, l\u2019entreprise végéta au lieu de prendre l\u2019expansion qu\u2019elle aurait pu connaître, à travers ces années difficiles, avec le retour de la prospérité et la guerre.La vie qu\u2019on essaya de lui insuffler après la guerre de 1939-1945 ne parvint pas à la ressusciter : hypothéquée par ses insuccès passés et certaines susceptibilités personnelles, elle avait perdu sa valeur de symbole et ne réussit pas à se rallier le concours de la population.Elle alla échouer, récemment, comme tant de nos entreprises, sur l\u2019écueil de la vente à des intérêts étrangers.La présente initiative sort d\u2019un nouveau mouvement mis en branle, il y aura bientôt trois ans, par la Chambre de Commerce de la Province de Québec.On se rappelle qu\u2019à son congrès annuel de cette année-là, tenu à Rouyn, la Chambre avait pris comme thème d\u2019étude le 444 L'ACTION NATIONALE sujet suivant : \"Pour une politique d\u2019investissement en faveur du Québec\u201d.On me fit l\u2019honneur de me confier la conférence-thème du Congrès.Après avoir analysé notre situation, j\u2019en vins à la conclusion que ce qu\u2019il \"nous fallait tout d\u2019abord, c\u2019est une sorte de banque d\u2019affaires\u201d sur le modèle des institutions européennes du même type.On pourra d\u2019ailleurs relire, dans L\u2019Action Nationale de novembre 1955, mes raisons d\u2019en arriver à de telles conclusions.Le Congrès ratifia ma proposition et en fit le thème principal du Congrès de l\u2019année suivante, tenu à La Malbaie : \"Réalisons la banque d\u2019affaires !\u201d Instruction fut donnée, au Conseil d\u2019Orientation économique de la Chambre de la Province, de former un comité pour favoriser la mise au point d\u2019un projet concret et tendre à sa réalisation.La présidence du comité fut confiée à Jacques Melançon, et Fridolin Simard, alors président de la Chambre, mit toute son influence au service du comité afin que cette initiative, mise de l\u2019avant sous sa présidence, devienne rapidement une réalité.Une banque d'affaires ! Mais laquelle ?L\u2019objectif de la Chambre était assez précis.Dans l\u2019esprit de tous les participants à ces divers Congrès, il ne s\u2019agissait pas de réaliser une quelconque banque d\u2019affaires, tout simplement copiée sur les institutions européennes du même type, ou nouvelle réplique de Société d\u2019En-treprise du Canada.Chacun était bien conscient de la nécessité d\u2019établir une formule qui convint aux besoins de notre milieu et aux exigences de notre mentalité.Les insuccès mêmes de Société d\u2019Entreprise constituaient une leçon.Ils indiquaient qu'une simple entreprise du type capitaliste pur, appuyée uniquement sur des intérêts UNE BONNE NOUVELLE 445 privés agissant ou paraissant agir dans la seule perspective du profit personnel, ne peut pas facilement gagner l\u2019adhésion d\u2019une population qui a une mentalité institutionnelle et qui cherche dans le placement institutionnel la double sécurité de son argent .et de son esprit.D\u2019ailleurs les Chambres de Commerce sont des organismes à but civiques, qui ne se seraient pas permis d\u2019appuyer le lancement d\u2019une simple entreprise ordinaire de finance, où les intérêts de divers groupes de ses membres fussent venus en conflit.La Chambre de Commerce entrait en lice parce qu\u2019on y avait compris que le Canada français avait besoin d\u2019une \"institution\u201d, au sens le plus plein du mot.C\u2019est donc une \"institution\u201d en quelque sorte nationale, et non pas étroitement privée, qu\u2019il s\u2019agissait de créer.Comment y arriver sans recourir à une institution étatique, dont la seule suggestion, à un moment donné, faillit ruiner le projet tant elle suscita, à bon droit et à bon escient, de méfiance dans l\u2019opinion ?On aurait pu penser à la formule coopérative, mais l\u2019expérience même acquise par certains au cours des années antérieures montrait à souhait que notre monde coopératif, c\u2019est-à-dire en somme notre peuple en général, n\u2019a pas atteint, de loin, la maturité financière nécessaire pour déclencher et soutenir un tel mouvement collectif.Il nous fallait donc des entrepreneurs suffisamment hardis pour lancer l\u2019affaire et donner confiance au public du point de vue compétence administrative et financière; et il fallait que ces entrepreneurs eussent suffisamment de sens civique pour accepter de collaborer à une formule qui permettrait de faire au public la démonstration institutionnalisée de leur volonté de travailler à une oeuvre financière d\u2019une dimension supra-privée. 446 L\u2019ACTION NATIONALE Du principe à l'acte Le principe de la formule avait été précisé au cours des Congrès de la Chambre provinciale et recommandé par les Chambres en congrès : le contrôle de l\u2019entreprise devait être mis, non pas dans les mains d\u2019individus ou de groupes d\u2019individus, mais dans les mains d\u2019institutions, de celles de nos institutions dont le caractère est le moins individualiste, soit à cause de leur structure professionnelle ou coopérative, soit à cause de leurs fonctions de services.La Corporation d\u2019Expansion financière correspond à cet idéal.Ça n\u2019a pas été chose aisée, car il était plus facile de poser le principe que de le réaliser d\u2019une façon efficace.Au fur et à mesure des discussions du Comité, des obstacles de toutes sortes se dressaient devant la mise en oeuvre de telle ou telle formule, d\u2019abord imaginée, puis démolie par telle ou telle situation ou impossibilité pratique.Grâce à l\u2019imagination fertile, au sens pratique et à l\u2019activité inlassable de Jacques Melançon, ainsi qu\u2019à l'indomptable volonté de réussir de Fridolin Simard, la synthèse de toutes les objections et de toutes les difficultés résolues aboutit à la structure corporative qui caractérise la Corporation d\u2019Expansion financière.Cette nouvelle entreprise est juridiquement parlant une compagnie par actions ordinaire, constituée en vertu de la loi provinciale des compagnies.Dès le départ, cependant, elle se distingue en ce que, parmi ses actions (toutes égales du point de vue participation à l\u2019avoir net ou aux dividendes), certaines ont droit à cinq (5) votes et d\u2019autres à un (1) vote seulement.En soi, cette disposition pourrait d\u2019ailleurs paraître plus dangereuse que favorable; et les esprits malins penseront peut-être UNE BONNE NOUVELLE 447 tout de suite que les actions de cinq votes sont destinées à favoriser certains individus, notamment les fondateurs.Mais il n\u2019en est rien ! La structure financière de l'entreprise Les actions de cinq votes assureront, par une faible marge, le contrôle de la compagnie (375,000 votes contre 325,000), mais aucun individu ne peut en détenir.Ces actions sont réservées aux institutions pour 70%, et pour 30% au départ à une compagnie spéciale, formée de 50 actionnaires disposant seulement d\u2019un droit de vote chacun (non transférable), quelle que soit leur mise de capital, et choisis de façon à représenter d\u2019une façon plus concrète, les différents milieux institutionnels.Par institutions, on entendra nos banques, nos sociétés de fiducie, nos sociétés d\u2019assurance, nos associations professionnelles (UCC, API, Chambres de Commerce, corps des professions, syndicats, etc), nos coopératives (caisses populaires, coopératives agricoles, etc.), etc.Les actions à cinq votes, dites \"spéciales\u201d, seront offertes à toutes nos institutions de ces catégories; et la répartition des commandes, effectuée de façon à assurer la plus large diffusion possible.La question d\u2019argent ne sera pas un facteur pour empêcher chaque institution de prendre sa part du contrôle, puisque les actions ne se vendront que $12.50 chacune.Par ailleurs, les institutions qui voudront placer de l\u2019argent dans la Corporation d\u2019Expansion pourront acheter autant d\u2019actions ordinaires à un vote qu\u2019il en sera offert, selon les besoins du marché.Seules ces actions ordinaires sont librement négociables; les actions spéciales ne peuvent circuler, à l\u2019in- 448 L'ACTION NATIONALE térieur du groupe des institutions, que sous la surveillance de la Compagnie.Une vision et un objectif : un Gibraltar financier ! Ainsi assise, comme un Gibraltar, sur la puissance et sous la protection financières et morales de nos institutions, l\u2019entreprise devrait être de nature, au départ, à donner à toute la population prêteuse, le sentiment de sécurité dont a besoin notre mentalité pour être incitée à prêter de l\u2019argent.Au public, elle offrira des actions ordinaires à un vote, et plus tard, éventuellement, des actions privilégiées, obligations, débentures, etc.Et cet argent, elle l\u2019utilisera, selon son rôle propre, pour aider au financement, au développement, au rachat ou à la réorganisation d\u2019entreprises sur le marché du crédit à long terme ou des valeurs mobilières (c\u2019est-à-dire en complétant nos banques commerciales ou à charte, généralement restreintes au prêt à court terme).La valeur au pair des actions à cinq comme à un vote sera de $9.00.Mais au début, afin d\u2019asseoir l\u2019entreprise sur des bases financières solides et lui créer des réserves, les actions se vendront à $11.50 pour les actions à un vote et à $12.50 pour les actions à cinq votes.Loin, par conséquent, de partir dans l\u2019esprit de demander plus aux petits pour faire faire de l\u2019argent aux gros, c\u2019est en pleine mesure de réalisation des responsabilités réciproques que les fondateurs et les représentants institutionnels, ainsi que les institutions elles-mêmes, seront appelés à payer plus cher que le public ordinaire pour des actions de même rang quant à leur valeur nette ou quant aux dividendes.Il est cependant normal que ceux-là qui, pour les débuts, auront assez foi dans l\u2019entreprise pour accepter UNE BONNE NOUVELLE 449 de la payer tout de suite au prix où elle pourra être cotée plus tard, quand les actions se vendront en bourse (actions à un vote), et que son succès sera établi, que ceux-là, dis-je, reçoivent quelque possibilité de dédommagement pour le risque assumé.C\u2019est à cette fin qu\u2019à l\u2019occasion de la première émission des actions au-dessus du pair, un privilège sera attaché à l\u2019achat de chaque action : celui de pouvoir acheter une autre action au même prix de $11.50 ou $12.50 pendant une période de cinq ans, directement de la compagnie, quel que soit le prix coté en bourse.Pas de privilèges .de classe ! Encore ici, il faut noter que ce privilège d\u2019option n\u2019est pas limité à un petit groupe de gens, ou même aux institutions.D\u2019ici le printemps ou l\u2019été, 100,000 actions de la Corporation d\u2019Expansion financière seront mises sur le marché au prix de $11.50.Toute personne qui le désire pourra s\u2019en procurer, et jouir de ce privilège de pouvoir acheter une action supplémentaire plus tard, pour chaque action achetée maintenant, si elle y voit son avantage.En somme, les petits actionnaires qui fourniront à la compagnie son premier million sont tous considérés et traités comme des fondateurs.Une autre fois encore, un groupe d\u2019hommes actifs mettent donc à la disposition de la population un instrument de conquête et de libération économique.Leur succès ne dépend pas uniquement d\u2019eux, mais bien davantage de la réponse que leur apportera cette population sous forme de souscription aux émissions de la compagnie.Si nous voulons que notre groupe ethnique s\u2019épanouisse, il ne suffit pas de le crier sur les toits, que ce 450 L\u2019ACTION NATIONALE soit sous forme de sermons, de cours, de discours de Saint-Jean-Baptiste, ou de harangues politiques.Il faut aussi passer à l\u2019action, et notamment à l\u2019action économique autant qu\u2019à l\u2019action politique.Et l\u2019action commence presque toujours par l\u2019argent, sous une forme ou sous une autre, ou ne va pas très loin sans suffisamment d\u2019argent.Ainsi que le disait Son Eminence le Cardinal Léger à un récent diner H.E.C., il faut, pour qu\u2019une civilisation progresse, que l\u2019argent se transforme en institutions.Et les institutions économiques sont une partie du tableau, peut-être moins noble, mais aussi nécessaire dans leur ordre que les institutions religieuses, sociales ou purement culturelles.Une institution ! C\u2019est dans ces perspectives qu\u2019est parti le nouveau mouvement pour une banque d\u2019affaires.Il visait à fournir à la population une institution où la diversité des placements assurerait une suffisante sécurité pour correspondre à sa mentalité et l\u2019inciter à risquer son argent dans le développement économique proprement dit, au lieu de s\u2019en tenir à des placements en obligations gouvernementales ou municipales de tout repos.Les Chambres de Commerce, certains des dirigeants de notre monde des affaires, ont fait leur devoir : ils ont créé et mis à la disposition du public une institution convenablement organisée.Nos institutions, j\u2019en suis sûr, feront leur devoir et verront à occuper les positions de protection et de contrôle qui leur sont assignées.Le public fera-t-il le sien et risquera-t-il dans la nouvelle entreprise un peu de son argent ?Il ne s\u2019agit pas bien sûr de proclamer que la Corporation d\u2019Expansion financière est d\u2019ores et déjà une ins- UNE BONNE NOUVELLE 451 titution de tout repos, et que quiconque a des économies peut les y enfouir en entier.Il s\u2019agit d\u2019une entreprise qui commence et qui se propose elle-même de prendre un certain nombre de risques pour créer ou soutenir de l\u2019activité économique.Mais d\u2019un autre côté, il est temps que le petit ou le moyen épargnant canadien-français pense à utiliser son argent, non pas seulement dans son intérêt individuel de conservation, mais aussi dans des perspectives personnelles et sociales d\u2019expansion.D\u2019ailleurs, les régimes d\u2019inflation probablement permanente dans lesquels nous sommes entrés pour quelque temps rendront plus ou moins illusoire le placement dit de tout repos, qui conservera sa valeur nominale mais perdra graduellement sa valeur en pouvoir d\u2019achat.Il peut donc être désirable, ou en tout cas admissible, que l\u2019épargnant s\u2019assoie sur une partie de son argent : celle qu\u2019il ne met de côté que pour un temps relativement court et qu\u2019il veut être sûr de retrouver intégrale au moment où il en aura besoin.Mais on peut contester qu\u2019il soit sage pour lui et pour l\u2019avenir de ses enfants de s\u2019asseoir sur TOUT son argent, par des placements de tout repos uniquement.Le revenu qu\u2019il en attend dans sa vieillesse pourra en fait s\u2019en trouver réduit de moitié et plus par la hausse des prix.Et en refusant ainsi son argent aux placements d\u2019expansion qui lui vaudraient une plus-value éventuelle tout en permettant au groupe auquel il appartient de garder le contrôle de son expansion économique, il manque à son devoir d\u2019assumer sa part des risques nécessaires pour assurer les progrès de la collectivité dont il est membre.Dans ces perspectives, tout Canadien français, dans la pleine conscience du risque, d\u2019ailleurs mesuré, qu\u2019il prend, devrait avoir à coeur d\u2019apporter sa contribution 452 L'ACTION NATIONALE et sa participation financières à une entreprise qui a été conçue en pensant à lui, à son désir d\u2019obtenir le maximum possible de sécurité par la diversification des risques, et aussi à son goût pour des initiatives qui montrent un souci de ne pas être de pures affaires d\u2019intérêt privé au sens étroit ou mercantile du terme.A cause de ses caractéristiques, la Corporation d\u2019Expansion financière devrait devenir une de ces compagnies vraiment démocratisées par la multitude des actionnaires qui y participent, en même temps qu\u2019elle sera convenablement hiérarchisée ou institutionnalisée par la répartition des actions spéciales.Chaque Canadien français devrait la considérer comme SON affaire par excellence et avoir à coeur d\u2019y avoir sa \"part\u201d, fût-ce une seule, afin d\u2019y être; et toutes nos institutions, se faire un point d\u2019honneur de venir y assumer le rôle qui leur a été dévolu.La Corporation d\u2019Expansion financière a été pourvue, par ceux qui la portent sur les fonds baptismaux, de dons remarquables.Mais pour qu\u2019ils portent leur fruit, ils auront besoin d\u2019être arrosés par les petits ruisseaux de l\u2019épargne populaire, qui forment la grande rivière du capital.François-Albert Angers SA MAJESTE la langue française fa, m, Paul Wauà Conférence prononcée par Me Paul MASSÉ Président de la Société du Bon Parler Français au Banquet national 1957, au Chalet du Mont-Royal à Montréal, dimanche le 23 juin 1957.Répétons avec monsieur le chanoine Groulx que chaque syllabe de notre langue est faite.\"d\u2019un peu d\u2019histoire\u201d.\"Et chaque mot qui part est une âme qui meurt\u201d.N\u2019y a-t-il pas lieu, au lendemain du congrès de la refrancisation et en cette veille de notre fête canadienne-française, de méditer sur cette parole de notre historien national, qui comporte à la fois un retour nostalgique sur le passé et un défi à notre fierté française.Le Conseil de la vie française avait décidé, d\u2019organiser, de concert avec toutes nos sociétés patriotiques et culturelles, un grand congrès de la refrancisation.Ce congrès aura marqué une étape extrêmement importante pour le rayonnement du français au Canada.Le président et les directeurs de la Société S.-Jean-Baptiste ont choisi comme thème du défilé historique pour 1957 : \"Sa Majesté la Langue Française\u201d.J\u2019ai pris connaissance de la description et du symbolisme des magnifiques chars allégoriques montrés aux dizaines de milliers de Montréalais et de visiteurs qui accourront de nouveau à votre défilé historique.Je ne peux m\u2019empêcher d\u2019espérer que nos jeunes 454 L\u2019ACTION NATIONALE gens et jeunes filles, tout au moins ceux qui ne sont pas encore blasés par les réalités trop brutales du présent, ont senti leur coeur battre plus fort, à l\u2019évocation de ce passé glorieux, et ont rêvé d\u2019un Québec refrancisé, et d\u2019un Canada français qui parle la langue des aïeux dans toute l'intégrité et avec toute la finesse de sa plus belle version moderne.Voilà pourquoi, j\u2019ai voulu redire avec vous : \"Que chaque syllabe de notre langue est faite d\u2019un peu d\u2019histoire .et : \"Que chaque mot qui meurt est une âme qui part\u201d.Utile d'y revenir Je n\u2019ignore pas qu\u2019on a beaucoup épilogué sur ce thème.Presque tous nos écrivains, presque tous nos journalistes et à peu près tous les dirigeants de nos sociétés patriotiques et culturelles se sont vus, à un moment quelconque de leur carrière, obligés, les uns avec enthousiasme, les autres avec beaucoup de talent, d\u2019y aller d\u2019un couplet à la survivance française.Je ne crois pas cependant qu\u2019il soit oiseux ou même inutile d\u2019y revenir.Au contraire.La langue et la manière de la parler, quelle qu\u2019elle soit, comporte des répercussions tellement importantes sur les possibilités culturelles d\u2019un peuple, qu\u2019il faudra insister sur la manière de parler tant que l\u2019individu restera éducable et perfectible.Et, de cette affirmation, je crois pouvoir tirer d\u2019excellents arguments qui justifieront nos efforts pour conserver notre langue, tout d\u2019abord parce qu\u2019il arrive que cette langue se trouve être la langue française et, ensuite, parce que nous sommes Canadiens français.Des auteurs nombreux et, parmi les plus illustres, LA LANGUE FRANÇAISE 455 ont prétendu et, je crois, prouvé, qu\u2019il existe une réelle interdépendance entre la parole et la pensée.Tout d\u2019abord saint Thomas d\u2019Aquin, reprenant des idées chères aux vieux philosophes grecs Aristote et Platon, soutenait que \"Aux yeux d\u2019autrui nos pensées intimes sont cachées derrière le mur de notre corps; quand nous désirons les manifester, nous nous montrons pour ainsi dire par la porte de la parole et nous extériorisons ce que nous sommes au fond de nous-mêmes.\u2019\u2019 Dans sa \"Philosophie du Langage\u2019\u2019, le Père Louis Lachance, o.p., après avoir résumé et analysé les théories ou plutôt les systèmes de Condillac, de Jean-Jacques Rousseau, de Joseph de Maistre, et de Bonald de Ven-dryes soutient que \"le sort du langage est intimement lié à celui de l\u2019esprit\u2019\u2019.\"Aux siècles de philosophie, de science de mécanique, il a subi un mouvement de convergence vers les fins convoitées par l\u2019esprit; son vocabulaire en a été pour autant modifié et enrichi\u201d.\"En conséquence de ce qu\u2019il a comme fonction essentielle de manifester les conceptions de l\u2019esprit\u201d, écrit-il, \"le langage tend, comme par inclination congénitale, à la plus grande logique et à la plus grande clarté possibles, du moins à celles qui favorisent l\u2019expressivité\u201d.\"Il est sans doute des vérités absconses, se laissant plus sentir que saisir et que la monnaie courante des mots est inapte à traduire, mais rien n\u2019empêche que plus la langue est transparente aux irradiations de la pensée, plus elle est parfaite.C\u2019est pourquoi, contrairement à ceux qui ne voient dans le langage que relativisme absolu, nous ne répugnerions pas à établir une échelle de perfection dans l\u2019univers des langues.Le critère qui permettrait d\u2019instaurer un ordre serait celui de leur ressemblance à la pensée.Plus elles seraient 456 L'ACTION NATIONALE affinées, épurées, diaphanes, plus elles revêtiraient les caractères mêmes de la pensée, plus elles obéiraient à ses moindres inflexions, plus aussi elles seraient parfaites.Elles parviendraient alors à faire tout saisir, même l\u2019obscurité du mystère qui tourmente l\u2019esprit\u201d.D\u2019autres penseurs ont été beaucoup plus loin, et ont même affirmé que la pensée était dépendante de la langue.Pour Condillac : \"Bien raisonner c\u2019est bien parler\u201d, \"une science n\u2019est qu\u2019une langue bien faite\u201d, et \"tout l\u2019art de raisonner se réduit à l\u2019art de bien parler\u201d.Pour de Bonald : \"L\u2019être pensant s\u2019explique par l\u2019être parlant\u201d.\"L\u2019idée suppose que le mot est donnée par lui\u201d.\"Les idées vivent en nous latentes, inaperçues, hors du temps; les mots par une sorte d\u2019association préétablie ont la vertu de les faire passer à l\u2019acte, de les amener à la lumière de la conscience.La pensée se révèle donc à l\u2019homme ou se révèle avec l\u2019expression ou par l\u2019expression.De ces principes, il ressort que celui qui veut s\u2019élever à quelque hauteur vers les cimes de la culture, et produire des oeuvres qui aient chance de survivre, et dépasser le stade de la popularité, que Victor Hugo appelait \"de la gloire en gros sous\u201d, devra commencer par bien étudier une langue, en pénétrer tous les arcanes, en maîtriser le vocabulaire et la syntaxe.Parole lumière C\u2019est Ernest Hello qui disait que \"la parole et la lumière sont les deux ministres de l\u2019art\u201d.Le langage écrit ou parlé doit être une transposition des idées qui germent dans l\u2019esprit et des sentiments qui s\u2019épanouissent dans le coeur.Comme ces idées et sentiments s\u2019étendent sur une gamme infinie et sont infi- LA LANGUE FRANÇAISE 457 niment nuancés, il faudra que la langue, qui leur sert de moyen d\u2019expression, soit aussi riche en possibilités que le coeur et l\u2019esprit eux-mêmes.Bossuet a écrit quelque part : \"Nous n\u2019égalons jamais nos idées, tant Dieu a pris soin d\u2019y marquer son infinité\u201d.Cependant, égaler nos idées reste l\u2019idéal à poursuivre, tant qu\u2019elles ne seront pas devenues transparentes.Pour passer maintenant du plan théorique au plan pratique, retenons que l\u2019étude de la langue et, je le répète, quelle qu\u2019elle soit, est d\u2019une importance primordiale.Il faut s\u2019y appliquer dès le jeune âge, tout comme l\u2019artiste qui est emprisonné par son instrument.On ne devient pas virtuose quand on a commencé sur le tard.Mais à quoi bon faire tant d\u2019efforts pour maîtriser une langue, si on ne se donne pas la peine de la parler comme il se doit ?Qu\u2019est-ce que mal parler ?C\u2019est tout d\u2019abord ignorer la propriété des termes, ne pas se préoccuper de l\u2019agencement des mots selon les règles de la syntaxe, ne pas consentir l\u2019effort nécessaire pour les prononcer dans leur intégrité.Celui qui parle mal oublie cette vérité formulée paf Vendryes : \"Ce qui est essentiel, ce n\u2019est pas d\u2019avoir baptisé les objets de tel ou tel nom, mais d\u2019avoir donné aux mots, par une sorte d'accord tacite entre les sujets parlants, une valeur fiduciaire, de les avoir pris pour des objets d\u2019échange, comme on a substitué, au paiement en nature, l\u2019usage du numéraire ou du papier monnaie\u201d.Celui qui parle mal me fait penser à l\u2019opérateur d\u2019une lanterne de cinéma qui aurait un beau film à montrer, mais qui négligerait d\u2019en ajuster le foyer, et qui, au lieu de présenter des images claires, aux contours bien précis, présenterait des scènes dans lesquelles il faut tout de- viner. 458 L\u2019ACTION NATIONALE Bien parler, en n\u2019importe quelle langue, est une discipline qu\u2019il faut s\u2019imposer très tôt et que les éducateurs de toutes nationalités devraient imposer à la jeunesse, dès la première année de scolarité, si nous voulons que le monde continue à avancer sur les sentiers de la culture.Conserver notre langue Mais, me direz-vous, tout ceci n'a guère de rapport avec Sa Majesté la Langue française et notre fête nationale.Et cependant cet exposé, peut-être un peu long, me servira pour établir que nous devons conserver notre langue, tout d\u2019abord, je le répète, parce qu\u2019elle est française et, ensuite parce que nous sommes Canadiens français.Je reviens ici à une note qu\u2019on trouve au bas d\u2019une page dans la \"Philosophie du Langage\u201d du Père Lachance.\"Toutes les langues ont sans doute une aptitude radicale à refléter la vie de l\u2019esprit, et à ce point de vue, elles sont toutes sur un pied d\u2019égalité; mais il en est certainement qui sont plus évoluées, plus flexibles au mouvement imprimé par l\u2019esprit, et qui, partant, se trouvent supérieures aux autres.Autrement dit, toutes les langues sont égales en possibilités, mais non en fait\u201d.\"C\u2019est pourquoi\u201d, conclut-il, \"nous ne répugnerions pas à établir une échelle de perfection dans l\u2019univers des langues.\u201d Je n\u2019entreprendrai pas ici de vous refaire l\u2019histoire de l\u2019évolution de la langue française, depuis le grec et le latin, en passant par les innombrables formes dialectales qu\u2019elle a connues.Et, pour ne pas pousser plus lqin la prétérition, qu\u2019il me suffise de dire, qu\u2019au cours du Moyen-Age, pendant qu\u2019en dehors du royaume de France, la plupart des peuples vivaient encore en hordes LA LANGUE FRANÇAISE 459 guerrières, des hommes, des intellectuels, sur l\u2019ancien territoire de la Gaule et de la Franconie, se penchaient avec persévérance sur les seules sources de culture disponibles à l\u2019époque et en recueillaient les moindres bribes pour les jeter dans le creuset des dialectes romans, d\u2019où devaient sortir le français de Ronsard, de Clément Marot, de Joachim du Bellay et des écrivains de la Pléiade, puis le français du Grand Siècle, du siècle de Louis XIV, des grands classiques de Racine, Molière, La Fontaine et Boileau, de Bossuet, Fénelon et Bourdaloue, de La Bruyère et La Rochefoucauld, de Pascal, de Saint-Simon et de tant d\u2019autres.La langue française venait d\u2019inspirer quelques-uns des plus grands génies de tous les temps; elle venait de prêter forme à quelques-uns des chefs-d\u2019oeuvre de l\u2019esprit humain.Pensée et langue A la lumière de ce que nous avons vu précédemment, qui oserait prétendre que la pensée et la langue ne s\u2019étaient pas influencées mutuellement, qu\u2019elles ne s\u2019étaient pas enrichies toutes les deux par des échanges ou des dons de substance réciproques ?En fait la langue française était dès ce moment une langue complète pourvue d\u2019une syntaxe bien fixée, d\u2019un génie propre extrêmement original, dotée d\u2019un vocabulaire littéraire, scientifique et philosophique encore susceptible de s\u2019enrichir, si l\u2019on veut, mais plus complet que celui de n\u2019importe quelle autre langue contemporaine.J\u2019en veux comme preuve tous les emprunts que les langues occidentales vont faire en France.J\u2019en veux aussi comme preuve le fait que la langue française s'impose d\u2019elle-même comme langue de la diplomatie internationale. 460 L'ACTION NATIONALE D\u2019aucuns ont voulu dire que les armes victorieuses de Louis XIV y étaient pour quelque chose.Je le veux bien.Mais personne ne prétendra qu Attila eût pu, par le seul prestige ou la seule menace de son épée, imposer la langue des Huns, à une Europe civilisée.Il y fallait en outre l\u2019incomparable état de perfectionnement auquel était parvenu le français comme moyen d\u2019expression de la pensée et des sentiments.Et c\u2019est bien ce que fait ressortir Rivarol, en 1784, dans son fameux Discours sur l\u2019Universalité de la Langue française.Par la suite d\u2019autres génies innombrables continueront à forger l\u2019instrument, à l\u2019affiner, à lui donner plus de souplesse, à le plier aux nuances du sentiment et de la pensée, à tailler et polir les multiples facettes du joyau, de l\u2019oeuvre d\u2019art qu\u2019est devenue notre langue.Loin de moi l\u2019intention d\u2019affirmer en termes absolus, que la langue française puisse être la seule belle langue qui soit, la plus belle et la plus parfaite de toutes les langues.En ce domaine tout est tellement relatif.Mais je n\u2019aurais aucun scrupule à dire qu\u2019elle loge au sommet, avec d\u2019autres, sinon seule, dans l\u2019échelle des grandes langues de culture et de civilisation.Tel est le patrimoine linguistique qu\u2019ont apporté de France nos ancêtres et qui est le nôtre.Nous savons qu\u2019en trois siècles, notre langue a évolué, comme tous les êtres vivants, aussi bien dans la mère-patrie qu\u2019au Canada.A certains moments, l\u2019évolution a eu tendance à se faire dans des directions divergentes, plutôt que parallèles.Je ne veux pas réveiller les querelles ou les polémiques qui ont opposé les tenants d\u2019une langue canadienne et les partisans du français classique.L\u2019unani- LA LANGUE FRANÇAISE 461 mité s\u2019est faite à peu près complète au sein de notre élite la plus représentative qui préconise pour nous l\u2019emploi du français dans sa version la plus moderne et la plus élégante, celle qui a cours dans les milieux les plus distingués et les plus cultivés dans tous les pays de langue française.Témoin des Canadiens de la qualité de Mgr Olivier Maurault, de M.Pierre Daviault, de M.Jean-Marie Laurence, de Mgr Maurice O\u2019Bready, de Roger Duhamel, de Camille L\u2019Heureux, de Trefflé Boulanger et de tant d\u2019autres.\"Il est des écrivains canadiens\u2019\u2019 dit Pierre Daviault, \"qui sentent le besoin de déboucher dans les avenues universelles de la pensée.Ils ne peuvent y arriver qu\u2019en utilisant un moyen d\u2019expression, non seulement universel, mais adapté à ces jeux de l\u2019esprit.Pour eux cet outil ne peut être que le français, à moins qu\u2019on ne veuille les rejeter à l\u2019anglais qui les guette, d\u2019ailleurs, dans notre Amérique à si grande majorité anglaise\u2019\u2019.Pour Mgr Olivier Maurault : \"Le problème doit se réduire à une seule question.Quand arriverons-nous à faire parler et écrire par les Canadiens français une langue française pure, correcte et harmonieuse ?Le reste est erreur\u2019\u2019.Je cite maintenant Mgr Maurice O\u2019Bready : \"Nous nous appauvririons lamentablement en délaissant une langue parfaite, forgée par des siècles d\u2019application à la précision, à la clarté, à l\u2019élégance, illustrée par d\u2019insurpassables penseurs, philosophes, prosateurs, savants et artistes.En adoptant un nouveau et douteux système d\u2019expression, nous romprions avec l\u2019opulente tradition de la littérature de France.La perte de contact avec des chefs-d\u2019oeuvre éminemment inspirateurs nous livrerait à nos seules et pauvres ressources, c\u2019est-à-dire à deux ou trois essais composés en style 462 L'ACTION NATIONALE populacier, érigés sur la cacographie, le barbarisme et le juron\u201d.Peut-il survivre ?Des pessimistes ont prétendu que le français ne peut pas survivre en Amérique, à cause de son voisinage avec près de deux cents millions d\u2019anglophones.Les langues hongroise, serbe, croate et slovène, et j\u2019en passe, n\u2019ont-elles pas surnagé en dépit de la puissance et de l\u2019étendue de l\u2019ancien empire austro-hongrois, dans une Europe où dominaient cependant d\u2019autres grandes langues de civilisation.Par ailleurs nous ne devons pas nous laisser hypnotiser par le fait que nous ne sommes qu\u2019environ cinq millions de francophones au Canada.Notre langue est la langue naturelle de plus de cent millions d\u2019individus, et elle est la langue de culture de dizaines de millions d\u2019autres.Ce qui compte, ce n\u2019est pas tant le nombre de Canadiens ou d\u2019Américains qui parlent français, mais la qualité de leur culture française.Je me résume.Nous devons nous efforcer de bien parler afin de mieux penser.Nous devons rester Français, tout en étant Canadiens, parce que notre patrimoine linguistique nous assure une place incomparable dans la voûte étoilée des cultures et des civilisations.Si notre français est de bonne qualité, si notre production artistique et intellectuelle est suffisamment élevée, nous aurons conquis du même coup le respect et l\u2019admiration de nos compatriotes anglophones et nous pourrons, avec fierté, nous asseoir avec eux au banquet de l\u2019unité nationale.Je dirais plus.Nous pourrons leur faire répéter avec nous, ce \"Salut à la Langue Française\u201d d\u2019un poète LA LANGUE FRANÇAISE 463 canadien, Albert Ferland, que mon regretté frère Jules aimait souvent réciter.\"Salut, Langue française, ô langue douce et fière, Qui n\u2019admets dans tes mots que droiture et lumière, Toi qui berçais Ronsard, du Bellay, tes amis, U hommage à ta beauté vient de tous les pays, L\u2019univers te chérit comme la plus humaine, On te vante, orgueilleux, comme on vante une reine, Ton génie est loyal et tout harmonieux; On admire ses lois, ses traits, sous tous les deux.Tu ne confines pas au sol qui te vit naître Les bienfaits du savoir et de l\u2019art de tes maîtres.Fille d\u2019un peuple bon, tu pris tous les chemins Pour offrir ta richesse à des frères lointains.Langue chère aux savants, aux rêveurs, aux mystiques, Tu créas pour le Beau des formes magnifiques.Partout, tu sers la Foi, tu répands ses rayons, Tu sèmes l\u2019idéal au sein des nations.C\u2019est toi la belle langue, ô toi qui cours le monde Mère aux nobles amours, toujours jeune et féconde, Tu peux T enluminer des plus riches couleurs Tu sais rire et chanter, tu sais prendre les coeurs.Passer d\u2019un mot léger au mot grave et, discrète, Equilibrer ta grâce en des lignes parfaites.Ton charme est d\u2019être douce et de fuir le heurté, De n\u2019avoir rien de froid, de lourd dans ta beauté.Tu sais te tempérer même aux heures fougueuses Tu n\u2019accordes d\u2019éclat qu\u2019aux âmes généreuses.Langue qui peut tout dire et qui souffle tout bas De fins sous-entendus en tes tours délicats.Aux plus purs sentiments tu prêtes des nuances; Tu donnes à l\u2019esprit de fines transparences.L\u2019exigeante Raison te trouve sans détours.Limpide comme l\u2019eau, franche comme le jour.Tu veux qu\u2019avec respect et constance on te serve; A tes seuls amoureux ta beauté se réserve.Il faut avec orgueil protéger ton cristal, T\u2019aimer comme Roland aimait sa Durandal.\" Paul Massé Il n\u2019y a qu9un moyen de garder les entreprises canadiennes-françaises chez nous: PARTAGER! par (férard fdfourde Je veux d\u2019abord situer vraiment mon propos afin de réduire mes remarques à la dimension de mon sujet.Les Canadiens français ont monté de belles entreprises au cours du dernier siècle.Amenées au stade de l\u2019entreprise moyenne, bien administrées, profitables, on se demande pourquoi elles sont vendues à des étrangers et pourquoi nous en détenons si peu qu\u2019on peut classer comme de grandes entreprises.Avant d\u2019aller plus loin, j\u2019enregistre ma dissidence contre ceux qui reprochent à nos chefs d\u2019entreprises de vendre leurs affaires à des étrangers.Je trouve que c\u2019est un reproche injuste et basé sur de la sentimentalité.Dans le grand marché de l\u2019offre et de la demande, je ne connais à peu près personne qui vende son produit meilleur marché qu\u2019il ne pourrait le faire pour faire plaisir à un groupe; la vente d\u2019une entreprise ne doit pas s\u2019assimiler à une contribution sociale ou à une charité.Pour comprendre les causes de ces ventes à l\u2019étranger, je crois qu\u2019il est bon d\u2019examiner les transactions que les étrangers font entre eux quand une entreprise familiale étrangère cherche un acheteur.Je crois également qu\u2019il est nécessaire de ne parler que des entreprises dont la valeur nette dépasse $1,000,000, puisque c\u2019est de ces entreprises que naîtront progressivement les grandes affaires.Il est POUR GARDER NOS ENTREPRISES 465 alors facile de constater que les entreprises familiales de ce genre se vendent généralement à la grande industrie.A la base de toutes les transactions, l\u2019acheteur est personnifié par une compagnie genre société anonyme, ayant beaucoup d\u2019actionnaires et de grandes ressources financières.Pour cet acheteur, s\u2019approprier une entreprise de $1,000,000.n\u2019exige pas d\u2019assigner à un nouveau risque plus qu\u2019une partie seulement de ses réserves.En conséquence, si les résultats se révèlent désappointants, la marche de l\u2019entreprise de l\u2019acheteur n\u2019en sera pas arrêtée.Nous avons assisté depuis cinquante ans à la disparition du propriétaire unique dans la grande entreprise.A quelques exceptions près, cette disparition a été complète et entière.Comme conséquence, ces entreprises modernes sont dirigées par des administrateurs délégués dont l\u2019intérêt semble être de grossir l\u2019entreprise, en prenant les risques faciles que représente le caractère infinitésimal de leur avoir engagé dans un achat.D\u2019ailleurs, beaucoup d\u2019économistes prétendent actuellement que certains de ces achats sont faits aux dépens des actionnaires actuels, à qui l\u2019on dit à peu près ceci : \"Au lieu de distribuer 60% ou 70% de nos profits en dividendes, nous allons vous en distribuer 30% à 40%, et nous allons prendre la différence pour acheter d\u2019autres entreprises.Si nous ne nous trompons pas dans notre achat, la valeur de vos actions augmentera en Bourse et vous ferez un profit de capital bien plus attrayant que ne l\u2019aurait été la distribution de dividendes taxables.\u201d Cependant, dans la période très prospère que nous avons traversée, les faits ont prouvé que ces achats étaient dans l\u2019intérêt des actionnaires.De ce que je viens de dire, il ressort deux choses principales : \u2014¦ 1 \u2014 Que la compagnie qui achète, étant dirigée par \u2022 1DD0 ABONNÉS POUB L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 \u2022 Vous avez de beaux principes \u2022\tVous croyez à l'avenir du Canada français \u2022\tVous applaudissez à l'oeuvre de l'Action nationale BRAVO mais la foi sans les oeuvres est une foi morte Vous aurez l'occasion d'être patriote de façon pratique en trouvant UN NOUVEL ABONNÉ pour L'ACTION NATIONALE VcuA tiouA juqerej OcuA-tnêtne ! 468 L'ACTION NATIONALE des personnes qui ne détiennent pas un avoir considérable dans leur entreprise, est prête à prendre beaucoup plus de risques que ne le ferait un patron propriétaire.Ces personnes en effet ne risquent que leur situation et très peu de leur avoir; 2 \u2014 Les entreprises qui achètent ont des actions négociables cotées en Bourse, ce qui permet toujours à l\u2019actionnaire qui ne partage pas les désirs d\u2019expansion des administrateurs de prendre son argent et de le placer ailleurs.Ce fait d\u2019avoir des actions cotées en Bourse avec une valeur établie, permet également à l\u2019acheteur d\u2019offrir en paiement de la compagnie qu\u2019il veut acheter un pourcentage d\u2019actions sorties du Trésor de sa compagnie et un pourcentage d\u2019argent comptant.Cela veut dire, en somme, qu\u2019il peut faire des achats d\u2019entreprises considérables, sans trop affecter son fonds de roulement et sans affecter son expansion interne.Considérons maintenant le cas de nos entreprises et des choix qui sont offerts à celui qui veut vendre : \u2014 1 ° La vente à une personne : Un individu qui aurait $1,000,000 pour acheter l\u2019entreprise dont je parlais tout à l\u2019heure est un monsieur d\u2019un certain âge, puisqu\u2019une telle fortune ne s\u2019accumule pas assez vite pour se trouver, à de très rares exceptions près, dans les mains de jeunes de moins de 50 ans.De plus, ce monsieur, s\u2019il a cet argent liquide, est probablement sorti d\u2019une autre affaire, soit pour se débarrasser de son risque, soit pour se placer en meilleure posture pour régler ses problèmes de succession ou pour d\u2019autres raisons.Il est alors assez facile de concevoir qu\u2019il ne soit pas intéressé à prendre tout son avoir, ou à peu près pour le jeter dans une seule entreprise, même si elle est très profitable, POUR GARDER NOS ENTREPRISES 469 sachant très bien qu\u2019il lui serait bien difficile, le jour où il voudrait reprendre son avoir, de le retrouver en argent.En conséquence, je conclus \u2014 et les faits dans le passé l\u2019ont prouvé \u2014¦ qu\u2019il ne faut pas espérer trouver comme acheteur pour nos entreprises un individu.2° Pouvons-nous trouver un groupe, disons de quatre individus, qui mettraient chacun une partie de leur avoir liquide pour acheter cette même entreprise ?En partie parce que nous sommes latins \u2014 du moins, on nous le dit depuis que nous sommes tout petits \u2014 dès que nous nous mettons à trois ou quatre pour participer à une entreprise, il s\u2019en trouve toujours un plus roué que les autres qui essaye de prendre le contrôle aux dépens de ses associés.Et s\u2019il ne réussit pas à prendre le contrôle, la chicane prend souvent à brève échéance.Au fond, nous n\u2019avons pas atteint la maturité nécessaire pour nous unir et régler nos différends sans en même temps enrayer la marche de l\u2019entreprise en jeu.Voici une illustration bien récente qui prouve, à mon avis, l\u2019exactitude de ce que je viens de dire.Le Canadien français a toujours cru en l\u2019immeuble.Plusieurs des nôtres ont fait des fortunes dans ce domaine, où ils étaient devenus des compétences.Cependant, dans tous les cas il s\u2019agissait d\u2019entrepreneurs individuels.Comparez cette situation avec celle des Juifs qui, ces années-ci, achètent des terrains pour faire du développement immobilier ?Les fermiers qui vendent leurs terres vous diront qu\u2019à la signature du contrat, il y a souvent 6, 10, 15 et même 20 associés qui, dit-on, réussissent à s\u2019entendre pour acheter ce terrain par indivis.En divisant ainsi leurs risques et en les réduisant à des pourcentages relativement faibles de leur avoir, 470 L'ACTION NATIONALE ils minimisent les dangers de pertes tout en sachant bien que si leur jugement a été bon ils retireront des bénéfices considérables.Autre exemple.Nos amis les avocats vous diront, si vous le leur demandez, tous les déboires qu\u2019ont eus ceux qui ont voulu bâtir des sociétés légales avec des avocats spécialisés dans différentes spécialités.Ils vous communiqueront leur inquiétude que les efforts qu\u2019ils voudraient tenter dans ce sens se terminent par des dissensions et des pertes d\u2019argent.Ici également vous assistez à un triste trait de notre caractère; nous ne semblons pas nous entendre facilement avec les nôtres, alors que dans le milieu anglais, par exemple, vous avez de nombreuses firmes légales avec plus de 5 associés.Je ne voudrais pas éliminer cette possibilité complètement, car elle offre sûrement des chances de succès.Mais je voudrais quand même faire ressortir la position dans laquelle se placent les 4, 5 ou 6 individus qui se grouperaient pour acheter une entreprise de $1,000,000.Comment en sortiront-ils ?Je prends pour acquis qu\u2019ils s\u2019entendront très bien et que l\u2019affaire sera profitable.Disons qu\u2019après dix ans, leur mise initiale de $250,000 en vaut $600,000.Un actionnaire détenant 10%, 15% ou 25% des intérêts dans la compagnie strictement privée veut ravoir son argent et se retirer.Qui va acheter cet intérêt minoritaire d\u2019un montant très élevé ?Je ne crois pas qu\u2019un seul courtier vous en recommande jamais l\u2019achat.L\u2019individu qui l\u2019achèterait, en effet, se verrait dans l\u2019obligation tous les ans d\u2019augmenter ses assurances pour pourvoir au paiement des taxes additionnelles qu\u2019exigeront l\u2019augmentation de valeur de ses actions dans la compagnie.Une fois lui disparu, la protection de sa famille dans cette compagnie, où elle sera minoritaire, sera POUR GARDER NOS ENTREPRISES 471 nulle au point de vue légal et dépendra exclusivement du bon gré des autres actionnaires.Autrement dit, le fait que le groupe d\u2019individus concernés n\u2019aient pas le moyen de rendre leurs placements liquéfiables est suffisant pour les empêcher de s\u2019unir et d\u2019acheter l\u2019entreprise.Si vous me dites qu\u2019ils peuvent pourvoir au dégel de leurs placements par de l\u2019assurance, je vous réponds que c\u2019est peut-être une suggestion en cas de mort, mais j\u2019aimerais à ajouter qu\u2019un bon homme d\u2019affaires ne place pas de l\u2019argent seulement pour ses héritiers mais pour en bénéficier lui-même un jour.3° L'achat de la grande entreprise Nous avons dit qu\u2019en observant la façon dont la vente d\u2019entreprises moyennes se fait chez les étrangers, nous constations qu\u2019elles étaient achetées en général par la grande entreprise.Voilà un moyen qui n\u2019est pas à notre portée, car nous n\u2019avons pas de grandes entreprises.Ou les quelques cas d\u2019exception, sont si peu nombreux qu\u2019on ne peut pas espérer leur faire absorber toutes les entreprises des nôtres qui se présentent sur le marché tous les ans.Et même les grandes entreprises canadiennes-françaises portent la marque de ce même trait de caractère : l\u2019individualisme.Les actions canadiennes-françaises cotées en Bourse sont si peu nombreuses que leur marché est très restreint et ne présente pas, dans l\u2019ensemble, beaucoup d\u2019intérêt pour celui qui veut placer.Sans généraliser, admettons de plus que plusieurs entreprises dont les actions sont cotées en Bourse sont contrôlées par une famille dont l\u2019intérêt premier est de se protéger au point de vue taxation.D\u2019où des politiques de dividendes qui contrecarrent l\u2019intérêt des actionnaires, de ceux de ces actionnaires tout au moins qui auraient acheté ces titres comme placement. 472 L\u2019ACTION NATIONALE Vous connaissez tous des cas de ces compagnies dont les propriétaires, et pour cause, ont atteint une situation financière excellente, mais qui sont rendus à un âge où le goût du risque est entièrement disparu.Comme leur entreprise n\u2019a de compte à rendre à personne ou à peu près, il s\u2019en suit que le Conseil d\u2019administration est souvent formé de personnes qui n\u2019ont aucune voix à la direction.A l\u2019époque où la grande entreprise normale songera à trouver, à son président, un successeur à brève échéance, celle dont nous parlons, bien au contraire, se contentera de garder son propriétaire à la présidence, celui-ci ne voyant pas pourquoi il se remplacerait par un autre : il n\u2019a plus à se créer d\u2019avenir ! Il arrive également que ce propriétaire, s\u2019il a des fils, a tellement peur que ceux-ci perdent ce qu\u2019il a bâti qu'il ne leur donne aucune initiative et que ceux-ci, s\u2019ils ont la compétence voulue, préfèrent aller travailler pour d\u2019autres.Autrement, ils piétineraient dans l\u2019entreprise familiale.Il ne faudrait pas enfin négliger cet autre facteur bien important qui fait que l\u2019entreprise privée est souvent tentée de diminuer ses profits aux dépens du fisc.Ses états financiers ne reflètent alors qu\u2019une faible partie de sa valeur et il devient impossible à un courtier sérieux de faire une émission dont les termes et les montants satisferaient le propriétaire.Ajoutez à cela la crainte de faire partager le grand public dans les titres de propriété de l\u2019entreprise, crainte évidemment bien compréhensible, car le propriétaire ne veut pas perdre le contrôle de son entreprise.Et vous avez avec l\u2019addition de tous ces facteurs, l\u2019état de fait que vous connaissez tous.Arrive le décès du propriétaire, avec des conséquences souvent désastreuses, dont des droits de succession qui forcent la famille à vendre l\u2019entreprise. POUR GARDER NOS ENTREPRISES 473 4° Les maisons de courtage Il y a aussi l\u2019achat d'une entreprise par les maisons de courtage et voilà un domaine où, fort heureusement, plusieurs de nos courtiers ont réussi à acheter des entreprises qui, autrement, seraient passées aux étrangers.Cependant, quand il s\u2019agit d\u2019acheter notre entreprise de $1,000,000, avec des actions qui n\u2019ont jamais été cotées en Bourse, le courtier se voit souvent obligé de faire des émissions très considérables.Dans certains cas, elles sont plus élevées que ne le justifieraient les états financiers de l\u2019entreprise achetée.Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019il réussira à vendre du capital \"d\u2019équité\u201d, sous forme d\u2019actions ordinaires, quand ses possibilités de rendement auront été prouvées.Entre-temps l\u2019entreprise achetée reste chargée de dettes qui retardent souvent son expansion et son progrès.Si les affaires, dans les années qui suivent l\u2019achat, sont bonnes pendant plusieurs années, tout va bien, car le courtier qui achète une entreprise n\u2019a évidemment pas toujours les ressources nécessaires pour payer le vendeur en argent sans être obligé de grever l\u2019entreprise achetée d\u2019un volume important d\u2019obligations.Dans ce domaine toutefois, nous avons des courtiers que vous connaissez bien et qui sont en train de bâtir des compagnies de gestion, dont le portefeuille comprend les actions de contrôle d\u2019un certain nombre de compagnies en exploitation.Avec le temps et les profits de ces compagnies, il leur sera sûrement possible de vendre des actions de leurs compagnies de gestion pour attirer du capital additionnel et acheter d\u2019autres entreprises.C\u2019est un peu, comme vous le savez probablement, le cas de la compagnie Argus qui, aujourd\u2019hui, est capable de vendre non seulement des débentures mais également des actions privilégiées 474 L'ACTION NATIONALE et des actions ordinaires, alors qu\u2019en fait Argus n\u2019est qu\u2019une compagnie de placement qui ne donne en garantie que les actions qu\u2019elle détient dans ses compagnies filiales.On entend souvent des critiques sur le manque d\u2019initiative de nos gens.On dit à peu près ceci : \"Nous avons beaucoup d\u2019argent, soit dans les banques, soit dans les caisses populaires, soit dans une mesure moindre dans des compagnies d\u2019assurance.Pourquoi ces institutions ne s\u2019occupent-elles pas d\u2019acheter des entreprises des nôtres qui ont fait leur preuve ?\u201d La difficulté vient de ce qu\u2019aucune de ces institutions ne doit, de par la nature de son commerce, se lancer dans l\u2019administration des entreprises.Or elles seraient sûrement appelées à le faire, si elles détenaient les intérêts de contrôle d\u2019une compagnie qui se mettrait à mal marcher.Sans compter que dans le cas des banques, leur charte leur défend ce genre de placement.Si nous voulons attirer du capital dans nos entreprises sous forme d\"'équité\u201d et en grande quantité, il nous faudra concurrencer sur le marché de l\u2019argent les différents titres qui sont offerts à celui qui veut placer.Ce n\u2019est pas une besogne facile car le choix actuel est très grand et très flexible.J\u2019ai dit au début de ces remarques que l\u2019entreprise familiale est condamnée à rester petite et je conclus que tant et aussi longtemps que nos propriétaires d\u2019entreprises ne seront pas prêts à partager, même au point de risquer qu\u2019il arrive un jour où ils devront se résigner à prendre une part de moins en moins active à leur propre entreprise, nous ne réussirons pas à créer les instruments qui nous permettront d\u2019acheter celles de nos entreprises qui sont offertes en vente tous les ans.Je pense même qu\u2019une fois rendus au stade où nous aurons ces instruments, nous assisterons quand même constamment à la vente de nos entre- POUR GARDER NOS ENTREPRISES 475 prises à des étrangers, ne serait-ce que parce que celles de nos entreprises qui seraient en mesure de les acheter n\u2019en voudront pas, soit parce que ce sont des entreprises différentes de celles qui les intéressent et dont elles ne pourraient pas se servir avec avantage, sachant fort bien qu\u2019il est difficile d\u2019apprendre plusieurs métiers et de les réussir tous.J\u2019ai confiance que le temps a raison de bien des choses.Au fond de tout cela, il y a une nécessité de continuer à se bâtir des compétences et il ne faut pas s\u2019étonner que nous soyons si faibles lorsque l\u2019Anglais est marchand de père en fils depuis plusieurs siècles.Dans l\u2019ensemble, si vous grattez dans l\u2019arbre généalogique du Canadien français vous arrivez à la troisième génération et vous trouvez un fermier.Je crois bien que l\u2019expérience, l\u2019assurance, le jugement et l\u2019habitude en affaires ne viennent qu\u2019à la longue et je crois que nous continuerons à progresser dans ce sens si nous y mettons l\u2019effort.Cependant, il va sûrement falloir créer de la confiance chez les gens qui placent l\u2019argent.Confiance non pas tellement dans nos qualités d\u2019administrateurs, mais dans notre honnêteté et notre intégrité.Si une entreprise commence son expansion par l\u2019émission d\u2019obligations ou de dében-tures, il faut que le propriétaire retrouve l\u2019esprit du vieux principe : \"Quiconque contracte une dette a des engagements d\u2019honneur de la rembourser\u201d.De plus, il est également certain que si l\u2019expansion de l\u2019entreprise est rapide, il ne sera pas possible de financer celle-ci seulement par des émissions de débentures ou d\u2019obligations : il faudra avoir recours soit à l\u2019action privilégiée, soit à l\u2019action ordinaire; et à ce moment-là, il faudra être prêts à émettre suffisamment d\u2019actions pour que se crée éventuellement un marché sur celles-ci en Bourse. 476 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019entreprise qui décide de faire partager le public dans ses actions doit être prête à faire participer ses nouveaux actionnaires à l\u2019administration au même titre que le propriétaire et ne doit pas se contenter de leur donner des miettes.Il faudra également inviter aux conseils d\u2019administration des gens compétents, intègres et qui sont capables de dire NON à leur président, de façon que le public sente que ses intérêts sont protégés, parfois même aux dépens des intérêts des actionnaires de contrôle.Nos courtiers vous diront qu\u2019il leur est bien difficile de placer des titres d\u2019entreprises canadiennes-françaises dans des institutions anglaises, compagnies d\u2019assurances, investment funds ou autres.Je ne crois pas que cela soit dû à une préférence de race, mais à un manque de confiance qui est manifesté en ce moment, mais qui s\u2019efface tous les jours.En un mot, il nous faudra accepter d\u2019avoir des comptes à rendre à nos actionnaires et nous sentir fiers de partager dans très grand, plutôt que d\u2019être seul maître dans plus petit.Gérard Plourde Gérant général de United Auto Parts LA CLEF DE LA PRISON par ~3.de iduiîseret Le silence est-il le trésor spirituel que l\u2019homme doit conquérir pour atteindre aux sommets ?Vigny l\u2019affirme, et aussi Pythagore qui recommandait à ses disciples de se taire, et Bouddha qui pensait que le silence seul résolvait les problèmes spirituels, et les philosophes sacrés de l\u2019Inde, pour qui la sérénité muette est l\u2019ultime réalité .Sublimes vérités transcendantales sans doute.Pour nous cependant, qui ne sommes mystiques, poètes et saints qu\u2019à nos heures et qui vivons surtout sur le plan terrestre et matériel, le silence peut être d\u2019argent \u2014 c\u2019est la parole qui est d\u2019or.Se taire pour être grand, voilà qui est excellent; parler pour \"être\u201d, la chose est indispensable, car sans langage articulé nous ne \"serions pas\u201d.Chrysale (le malheureux !) affirmait qu\u2019on vit de bonne soupe et non de beau langage, alors qu\u2019en réalité, c\u2019est le langage qui nous permet de vivre en créatures conscientes, en membres de l\u2019espèce humaine.En effet, si l\u2019homme est homme, roi de la création peut-être, et certainement dieu par rapport aux animaux qui autrement ne seraient que ses frères, c\u2019est qu\u2019il est le roseau pensant de Pascal, roseau qui ne pense que parce qu\u2019il a appris d\u2019abord à parler.On rebat les oreilles des écoliers de la lourde sagesse d\u2019Aristote, pour qui l\u2019homme n\u2019est intelligent que parce qu\u2019il a une main; le vieux sage aurait été mieux inspiré de dire que l\u2019homme n\u2019est intelligent que parce que ses organes vocaux ont créé chez lui la fonction verbale, mère de la pensée.\"Des philosophes 478 L\u2019ACTION NATIONALE ont demandé, écrit Rivarol, si la pensée peut exister sans la parole ?Non, sans doute.Si l\u2019homme n\u2019eût pas créé de signes, ses idées, simples et fugitives, germant et mourant tour à tour, n\u2019auraient pas laissé plus de traces dans son cerveau, que les flots d\u2019un ruisseau qui passe n\u2019en laisseraient dans ses yeux .C\u2019est le signe qui a fécondé l\u2019idée\u201d.Et Havelock Ellis, qui s\u2019y connaît, renchérit : \"La pensée dépend du langage.Ce qui ne peut être exprimé en paroles n\u2019existe pas; toute pensée est fonction de l\u2019ampleur et de la richesse du vocabulaire\u201d.Ce que l\u2019on conçoit bien s\u2019énonce clairement P Eh non, et j\u2019en demande pardon à Boileau.C\u2019est ce qu\u2019on énonce clairement, avec les mots justes, qui se conçoit bien.Les mots sont les instruments sensibles, puissants et délicats qui nous servent à bâtir notre personnalité, notre conception du monde, et a recréer sans cesse l\u2019univers et les cieux mêmes.\"Je parle, donc je suis\" Oui, point de parole articulée, point d\u2019existence consciente, et \"je parle, donc je suis\u201d est une devise pouvant suffire aux hommes qui ont si l\u2019on veut la pluie pour soeur et le vent pour frère comme le demandait François d\u2019Assise, mais qui refusent de reconnaître les grands primates pour cousins .Caton avait raison de définir l\u2019orateur comme un homme de bien qui sait parler; nous n\u2019aurions pas tort d\u2019affirmer qu\u2019homme de bien ou disciple du mal, l\u2019homme qui sait parler est seul l\u2019homo sapiens qu\u2019il se doit d\u2019être.C\u2019est un postulat apodictique que, pour exister sur le plan de l\u2019esprit, il faut savoir penser et qu\u2019on ne peut penser sans mots.Ceux qui n\u2019emploient qu\u2019un vocabulaire rudimentaire n\u2019auront qu\u2019une pensée et qu\u2019une personnalité rudimentaires; larves informes, ils n\u2019auront jamais accès au paradis intellectuel de la \"noosphère\u201d, LA CLEF DE LA PRISON 479 qu\u2019a chanté si magnifiquement le père Teilhard de Chardin.Mais si tout cela est vrai, s\u2019il est exact que la langue engendre l\u2019esprit et la conscience, comment acquérir cette \"technique\u201d comme l\u2019auraient appelée les Grecs antiques ?Comment retrouver la puissance du Premier Homme des textes brahmaniques, qui créa d\u2019abord la chaleur, puis le verbe d\u2019où tout le reste est né ?Que faire pour devenir à notre tour à la fois disciples et maîtres du logos sper-matikos, trésor vivant qui nous a été donné, mais que c\u2019est notre destinée d\u2019hommes de sans cesse reconquérir ?\"Des mots, des mots, des mots .Hélas, nous ne sommes pas des abeilles .Si seulement nous étions des abeilles, comme tout serait plus facile ! Le fameux biologue autrichien von Frish a démontré que les abeilles ont un langage leur permettant d\u2019indiquer à leurs compagnes le genre, la quantité, la distance et la direction des sources de pollen ou de nectar; cette langue innée ne leur coûte aucun effort.Mais nous avons moins de chance; les mots, les termes innombrables et fluides de notre langage humain, il nous faut les apprendre à grand-peine à l\u2019école et tout au long d\u2019une vie humaine.\u201cDes mots, des mots, des mots\u201d, s\u2019exclama le pauvre Hamlet avec dédain.Si les mots lui avaient été plus précieux et mieux compris, il n\u2019aurait probablement pas trouvé que la vie \"n\u2019est qu\u2019une fable contée par un fou, et qui ne signifie rien.Mais apprendre les mots de notre langue à grand-peine, s\u2019exclameront sans doute certains.Que vient donc nous chanter là ce cuistre, ce pédant aux pieds plats, ce Barbacole recouvert de poussière académique ! S\u2019il a lu Verlaine, nous l\u2019avons lu aussi, et nous savons par conséquent que : 480 L'ACTION NATIONALE \"Ce qu\u2019il nous faut à nous, c\u2019est aux lueurs des lampes La science conquise et le sommeil dompté.C\u2019est le front dans les mains du vieux Faust des estampes, C'est l'obstination, et d est la volonté\" .Mais justement, cela est bon pour les poètes ou pour Faust, et leurs minables épigones.Pour nous qui ne voulons que pratiquer notre langue maternelle en honnêtes hommes, il suffit d\u2019écouter et de parler comme on parle autour de nous.C\u2019est là ce que diront probablement bien des gens de bonne volonté, et ma foi, ils n\u2019auront pas absolument tort.On apprend d\u2019abord une langue en écoutant et en répétant, que l\u2019on devienne plus tard goujat, homme de goût ou homme de lettres.Mais cet apprentissage naturel qui se fait par l\u2019oreille, au fil des jours et des années, ce fonds premier d\u2019expressions et de termes, est-ce suffisant pour qu\u2019en nous-mêmes, enfin, la connaissance nous change ?Il n\u2019est pas interdit de croire que cette \"osmose\u201d verbale, laisse beaucoup à désirer et qu\u2019elle n\u2019apporte qu\u2019un fonds élémentaire qui risque de pécher par pauvreté, par manque de précision et par \"localisme\u201d.Oui, Rivarol avait raison ! Le capital verbal que nous acquérons inconsciemment et naturellement dans le milieu ambiant est, dans bien des cas, terriblement insuffisant.Combien d\u2019entre nous fréquentent-ils dès l\u2019enfance cénacles littéraires ou \"salons\u201d, où ils pourraient, dans une atmosphère intellectuelle surchauffée, cueillir la riche floraison verbale dont dépendra plus tard une pensée subtile et déliée ?Et où sont, d\u2019ailleurs, de nos jours, ces cénacles et ces salons ?Où sont, hélas, les Précieuses d\u2019antan ?La maison, la rue, sont des écoles excellentes; mais ne leur demandons pas ce qu\u2019elles LA CLEF DE LA PRISON 481 ne peuvent nous donner, puisque, membres de la race humaine, nous avons dépassé l\u2019étape de la pensée immédiate et concrète, et que notre pensée se meut (ou devrait se mouvoir) sur un plan où les termes abstraits, infiniment complexes, nuancés et subtils, accomplissent un miracle d\u2019idéation que chacun refait, quotidiennement, pour soi et pour le bénéfice permanent de l\u2019espèce.Le fonds verbal que nous recueillons directement autour de nous est souvent, par ailleurs, trop peu précis, et c\u2019est là un danger plus grand encore que le premier.Oui, oui, on nous l\u2019a répété : \"Il faut aussi que tu n\u2019ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise.Rien de plus cher que la chanson grise, Où l\u2019imprécis au précis se joint\u201d .Mais cela va pour la chanson du poète, non pour le discours de l\u2019homme de pensée ou de l\u2019homme d\u2019action.A l\u2019imprécision naturelle et fatale des termes, à leur fluidité inhérente, n\u2019ajoutons pas l\u2019imprécision de l\u2019ignorance ou d\u2019une demi-science, sous peine d\u2019être traîtres à notre héritage humain.Dans les langues monosyllabiques, un terme peut être substantif, adjectif, verbe, particule, selon sa place dans la phrase ou son accentuation; mais le français rejette cette liberté licencieuse.Ecoutons Rivarol, car en est-il beaucoup qui aient mieux aimé et mieux compris la langue française ?\"Changer le sens des mots dans une langue faite, c\u2019est altérer la valeur des monnaies dans un pays; c\u2019est produire la confusion, l\u2019obscurité et la méfiance, avec les instruments même de l\u2019ordre, de la clarté et de la foi publique\u2019\u2019.Pour nous tous il ne s\u2019agit pas de \"donner un sens plus pur aux mots de la tribu\u201d, mais de les employer dans leur sens accepté par les clercs.Que de personnes cultivées, lettrées même qui, par négligence, par 482 L\u2019ACTION NATIONALE laisser-aller, par goût de la facilité, parlent avec cette mâle liberté qui foule aux pieds les modèles et toutes les autres marques de servitude ! Si nous voulons devenir maîtres, ne craignons pas d\u2019être d\u2019abord serviteurs.et n\u2019oublions pas que l\u2019usage de notre milieu n\u2019est pas nécessairement le meilleur.\"Il n\u2019y a qu\u2019un maître des langues qui en est le roi et le tyran, c\u2019est l\u2019Usage\u201d \u2014 écrivit, il y a trois siècles, Claude Favre de Vaugelas.\"Mais le mauvais usage se forme du plus grand nombre de personnes qui, presque en toutes choses, n\u2019est pas le meilleur.Le bon, au contraire, est composé de l\u2019élite des voix\u201d.Le bon usage en ce qui concerne la clarté, la précision, l\u2019exactitude, voilà le seul mot et notre maître à tous.La langue humaine .En troisième lieu, en puisant uniquement à la source verbale qui se trouve à notre portée immédiate, nous risquons de n\u2019avoir plus, pour horizon, que notre clocher, et de nous écarter du flot universel de la langue française.Ce phénomène, cette maladie du \"local isme\u201d se retrouve dans toutes les régions du monde où l\u2019on parle français.Dans le midi de la France, votre voisin vous dira par exemple qu\u2019il veut \"pinter la maison, parce que la peinture s\u2019en est écaillée\u201d .A Bruxelles on vous demandera à table si \"ça goûte?\u201d .En Bourgogne, le fermier parlera de ses poules qui \"se débourrent\u201d pendant la saison de la mue, et à Montréal on rabrouera un interlocuteur \"achalant\u201d qui vient \"bâdrer\u201d sa pauvre victime.Ces expressions pittoresques et savoureuses sont sans doute de précieuses richesses, et Montaigne, le grand Montaigne lui-même récoltait les parlers de provinces et de quartiers, pour les incorporer à ses immortels Essais, où ils demeurent \"aussi francs LA CLEF DE LA PRISON 483 au papier qu\u2019à la bouche\u201d.Mais Montaigne était un érudit, qui connaissait français littéraire, grec et latin.Il ne devait donc pas craindre de sombrer dans le dialecte, et sa langue était mère du français dont Rivarol célébra plus tard l\u2019universalité, cette universalité nécessaire, qui franchit les frontières de continents et fait du français \"la langue sûre, sociale, raisonnable, qui est la langue humaine\u201d .Holà ! dire2-vous .Cette langue universelle, où irons-nous la trouver ?Tout le monde ne peut, comme Ulysse, faire un beau voyage, ni comme celui-là qui conquit la Toison .Et si vous prétendez que l'entourage immédiat n\u2019y suffit pas, où trouverons-nous les mots qui constituent cette langue-là ?Eh mais, dans les dictionnaires, tout simplement ! Si on me posait la question classique : \"Naufragé sur une île déserte, quel livre choisiriez-vous pour compagnon?\u201d, je répondrais sans hésiter : \"Un dictionnaire, qui serait mon ami, et celui du Vendredi qui viendrait peut-être me rejoindre\u201d .Un dictionnaire ! Fi, monsieur le scoliaste ! On n\u2019apprend dans le dictionnaire que les langues mortes, et le français n\u2019est pas encore enterré.Et avez-vous oublié cet homme d\u2019esprit du 18e siècle, qui écrivit : \"On ne trouve pas ce que l\u2019on ne sait pas dans le Dictionnaire de l\u2019Académie, mais on n\u2019y trouve pas non plus ce que l\u2019on sait\u201d .?Parbleu, je le sais bien qu\u2019il l\u2019a écrit ! Mais même si ce mot cruel était juste à l\u2019époque, il n\u2019y a pas que le dictionnaire de l\u2019Académie ! Un bon dictionnaire, amoureusement sollicité, aide tout au contraire à faire de notre langue une langue superbement vivante, parce qu\u2019il nous enseigne le sens, les nuances, les retours, l\u2019évolu- 484 L\u2019ACTION NATIONALE tion des mots, racines verbales et sémantiques, trésors merveilleux cherchés avec passion par les âmes vaillantes qui comprennent la valeur de l\u2019enjeu.Le poète se vantait d\u2019avoir \u201cmis un bonnet rouge au vieux dictionnaire\u201d .C\u2019est une couronne qu\u2019il faut lui mettre, une couronne de l\u2019or le plus pur .Comme l\u2019ont démontré les passionnantes expériences du docteur Penfield de Montréal, c\u2019est vers 6 ou 7 ans que les enfants assimilent le mieux les langues et qu\u2019ils le font avec une prodigieuse facilité.Si, dès qu\u2019ils savent lire, on leur apprenait à consulter vocabulaires et lexiques, ils cultiveraient leur sens inné de la magie des mots, qui ouvrent tant de portes enchantées.Et s\u2019ils continuaient ensuite à fréquenter les dictionnaires jusqu\u2019à l\u2019âge des cheveux blancs, ils deviendraient des êtres éclairés, libérés du péché capital d\u2019ignorance.Faisant de la prose, non pas sans le savoir comme M.Jourdain, mais en le sachant, et de la bonne et belle prose, ils agiraient supérieurement, on peut le prédire sans crainte; en effet, l'action n\u2019est pas la soeur du rêve, mais bien plutôt celle d\u2019une pensée logique, claire et précise, fruit métaphysique d\u2019un fonds verbal adéquat.Théophile Gautier disait avec outrecuidance : \u201cIl n\u2019y a que Balzac, Hugo et moi qui connaissions la langue\u201d .Cette orgueilleuse jactance ne sonne-t-elle pas comme un défi ?Tous, nous devrions connaître notre langue, en posséder les innombrables richesses et sentir que bien vivre c\u2019est, au fond, bien parler, bien penser et partant, bien agir.Du mandarin à un bouton, au mandarin à trois boutons Avoir un vocabulaire étendu, précis, flexible, floraison miraculeuse de vocables qui s\u2019encouragent et s\u2019at- LA CLEF DE LA PRISON 485 tirent mutuellement, est-ce donc la fin que nous devons nous proposer ?Non pas ! C\u2019est un simple commencement.Ceux qui ont à leur disposition un fonds laborieusement et glorieusement acquis de mots et de termes, sont devenus des mandarins, mais des mandarins à un bouton seulement.Pour être mandarins à trois boutons et rois du Verbe, il leur reste une autre étape à parcourir.mais une étape fleurie où, aspérités et rocailles dépassées, ils marcheront sous des frondaisons de myrtes et de lauriers.Au vocabulaire consciemment enrichi doit maintenant s\u2019ajouter le style, c\u2019est-à-dire la cadence intime et le nombre qui sont l\u2019homme même.Le style, forme souveraine de la parole parlée ou écrite, est la récompense suprême accordée par la déesse du langage à ses serviteurs devenus ses amants.Par la faute du balourd Brid\u2019oison, nous sourions parfois de la Fo .orme.Mais sans la forme il n\u2019y aurait pas de Beauté.L\u2019arrangement des termes que nous avons acquis, l\u2019équilibre des phrases, la musique de la syntaxe, tous ces aspects les plus avancés et les plus subtils de la beauté et de la vie même se dévoileront à nos yeux et à nos oreilles ravis, si nous nous enivrons aux chefs-d\u2019oeuvre des maîtres.Lisons, lisons sans cesse, et ne lisons que les plus grands.Ce sont eux qui nous enseigneront, maintenant que nous sommes préparés à les entendre, que toute langue, et surtout la langue française n\u2019est pas seulement un effort d\u2019expression, mais un trésor unique, où tout est art, luxe d\u2019idées, volupté de proportions et où souffle l\u2019esprit fécondateur.Seule cette fréquentation intime des princes du verbe et du rythme sera la \"maïeutique\u201d qui peut nous accoucher de notre propre substance et faire jaillir de notre inconscient le rythme que nous 486 L\u2019ACTION NATIONALE portons en nous et que nous aurons ainsi fait mûrir.Ce rythme nous enrichira, non seulement en libérant nos moyens d\u2019expression, mais encore en nourrissant, en inspirant notre vie entière, car l\u2019action et l\u2019éthique ne sont peut-être, à tout prendre, qu\u2019une question d\u2019esthétique .\"Pour soulever un poids si lourd, Sisyphe, il faudrait ton courage.Bien qu\u2019on ait le coeur à l\u2019ouvrage, L\u2019art est long, et le temps est court\u201d .La tâche est longue et rude, c\u2019est vrai.Mais nous n\u2019avons guère le choix et elle nous est imposée par notre condition humaine.En effet, ceux qui sont emmurés dans un cachot ménagent-ils leur temps et leur peine pour préparer leur évasion ?Et nous, qui ne voulons pas être enfermés, muets et impuissants, dans la tour d\u2019airain de l\u2019inconnaissance, songeons que Mistral avait raison dans sa phrase sublime : \"Celui qui connaît bien sa langue tient la clef qui de sa prison le délivre\u201d.I.de Buisseref Lé DU CAT par j-^auf-t^mife (jinçp'ai ON L'enseignement, un problème de professeurs Les organisateurs de la Conférence canadienne sur l\u2019éducation avaient chargé Sir Ronald Gould, secrétaire général de l\u2019Union nationale des Educateurs de l\u2019Angleterre et du Pays de Galles et président de la Fédération mondiale des Associations d\u2019Ëducateurs, d\u2019observer les travaux de la Conférence et d\u2019en tirer les conclusions.De l\u2019avis unanime des délégués, M.Gould s\u2019est acquitté de sa tâche d\u2019observateur avec dévouement, compétence et impartialité.Or, a conclu le spécialiste, la crise de notre enseignement a deux causes principales : des revenus insuffisants et une pénurie de professeurs.Que le facteur \"professeurs\u201d soit de première importance, les conférences de février sur l\u2019éducation l\u2019ont clairement compris et souligné.Qu\u2019on s\u2019en reporte à quelques-unes des résolutions de ces conférences : \"Be it resolved that qualified teachers establish themselves more firmly as a true profession with high minimum standards for admission to the profession .Conférence d\u2019Ottawa, 20e résolution) \"Be it resolved that .permanent teaching certificates or diplomas be granted only to persons who have met the required standards.\u201d (Id., 2le résolution) 488 L\u2019ACTION NATIONALE \"Be it resolved that salary levels be establish that will enable teachers to secure financial rewards equal to those paid to people with similar qualifications in other professions.\u201d (Id., 22e résolution) \"Whereas the rapid increase in pupil enrolment resulted temporarily in an emphasis on quantity sometimes to the detriment of quality in the provision of teachers for Canadian classrooms, and Whereas this has lowered the overall level of teaching standards in many parts of the country; Be it resolved that Departments of Education, Teachers\u2019 Organizations, Trustees, The Canadian Home and School and Parent-Teacher Federation and all other organizations involved in this Conference, exert every effort to reassert the emphasis on quality so that all Canadian children may have the services of mature, fully qualified, competent teachers (Id., 29e résolution) \"Que les professeurs justifient le prestige de leur profession en acquérant la culture indispensable à tout vrai professionnel .\"Que le choix des candidats à l\u2019enseignement soit très judicieux, tenant compte, non seulement du talent et des succès scolaires, mais aussi de la personnalité .; \"Que les commissions scolaires soient informées des réelles exigences pour ïengagement d\u2019un personnel sérieux et qualifié .; \"Que la culture générale demeure la base indispensable à toute formation pédagogique et que dans cette culture rien ne soit négligé pour perfectionner la langue maternelle; \"Que dans la formation des futurs professeurs, la personnalité ne soit pas sacrifiée à l\u2019avantage de techniques exagérées;.(Conférence de Montréal, Rapport de la Commission sur le recrutement et la préparation des professeurs) \"Que chaque association professionnelle s\u2019applique à définir son code d\u2019éthique professionnelle et le rôle de l\u2019éducateur dans son secteur; \"Que soit nommé un comité d\u2019étude à l\u2019effet d\u2019enquêter sur les conditions de travail et le rôle de l\u2019éducateur, de définir les bases juridiques et financières de la profession et d\u2019établir L'ÉDUCATION 489 enfin un statut qui tout en définissant les obligations de la profession en protège les droits; .(Conférence de Montréal, Rapport de la Commission sur les conditions de travail et le rôle de l'éducateur) Les conférences sur l\u2019éducation ont donc confirmé une des conclusions du Rapport Tremblay, qui n\u2019est elle-même qu\u2019une vérité d\u2019expérience, à savoir que \"le problème du personnel est à la clé du problème de l\u2019enseignement\u2019\u2019, que ce sont les maîtres qui font l\u2019école et que, \u201csi l\u2019on veut que l\u2019enseignement à tous les niveaux prenne l\u2019élan que les circonstances exigent, c\u2019est par la formation des maîtres et l\u2019organisation professionnelle du personnel enseignant qu\u2019il faut commencer\u2019\u2019.Au lendemain de ces conférences et des courants d\u2019idées qui y ont circulé, il nous a semblé s\u2019imposer que nous parlions de la pénurie de professeurs.Un problème de quantité Le Directeur de la division de l\u2019enseignement au Bureau fédéral de la statistique, le Dr E.F.Sheffield, a présenté à la Conférence d\u2019Ottawa une multitude de faits et d\u2019estimés.En résumé, voici la situation : ÉCOLES PRIMAIRES 1955-56\t1959-60\t1964-65\t\t Elèves \t\t2,650,000\t3,118,000\t3,521,000 Professeurs \t Nouveaux professeurs requis par l\u2019augmentation des\t95,400\t112,200\t126,700 inscriptions \t Nouveaux professeurs requis pour compenser les pertes\t16,800\t31,300 de la profession\t Nombre total de professeurs à\t65,200\t159,800 recruter \t Production prévisible des\t82,000\t191,100 Ecoles Normales \t\t41,330\t102,860 Pénurie prévisible \t\t40,670\t88,240 490 L'ACTION NATIONALE ÉCOLES SECONDAIRES \t1955-56\t1959-60\t1964-65 Elèves \t\t550,000\t695,000\t880,000 Professeurs \t\t27,800\t35,100\t44,600 Nouveaux professeurs requis par l'augmentation des\t\t\t inscriptions \t\t\t7,300\t16,800 Nouveaux professeurs requis pour compenser les\t\t\t pertes de la profession\t\t\t8,500\t22,200 Nombre total de professeurs\t\t\t à recruter \t\t\t15,800\t39,000 Production prévisible \t\t\t4,490\t10,370 Pénurie prévisible \t\t\t11,310\t28,630 COLLÈGES ET UNIVERSITÉS \t1956-57\t1959-60\t1964-65 Elèves \t\t78,100\t93,700\t133,200 Professeurs \t\t5,500\t6,600\t9,400 Nouveaux professeurs requis par l\u2019augmentation des inscriptions\t\t\t1,100\t3,900 N.B.Il est impossible d\u2019estimer les perles éventuelles de la profession Le problème est particulièrement aigu dans les districts ruraux.Tant dans la province que dans le reste du pays, recruter et maintenir au poste un personnel enseignant de qualité s\u2019avère extrêmement difficile.Les professeurs émigrent vers les villes, où la vie urbaine et de meilleures conditions de travail les attirent.Ainsi 2,269 institutrices du Québec, pratiquement toutes du milieu rural, gagnaient moins de $900 en 1955-56.L\u2019école de rang hérite le plus souvent d\u2019une institutrice non diplômée.Selon Mlle Laure Gaudreault, il y aurait actuellement dans la province 3,554 institutrices non diplômées.Si, au surplus, l\u2019institutrice de \"l\u2019école unique\u201d a charge de plus de 30 enfants distribués de la première à la septième année, l\u2019on imagine les conséquences désastreuses d\u2019un tel enseignement.Quoiqu\u2019il en soit, certaines constatations ne manquent pas de nous rendre L'ÉDUCATION 491 perplexes sur la qualité de l\u2019enseignement.Le Directeur de la recherche au Département de l\u2019Instruction publique pouvait affirmer en octobre : \"L\u2019an dernier, dans les districts ruraux, 40% des garçons échouèrent au certificat de la 7e année\u201d.Lors d\u2019une enquête menée dans les écoles du diocèse de Saint-Jérôme, le conseiller d\u2019orientation du séminaire de Sainte-Thérèse découvrait que \"54% des garçons avaient doublé une année depuis le début de leurs études primaires\u201d.Ajoutons enfin quelques indications sur le problème des professeurs de collège.La province de Québec compte 79 collèges privés; 62 pour garçons, 17 pour filles.Quelque 27,000 élèves fréquentent ces institutions et l\u2019on estime que leur nombre sera, en 1966, de 58,000.Les 58 collèges classiques, affiliés à la Fédération, employaient 1850 professeurs, en 1956-57, dont 363 laïques.De ces laïques, 200 environ enseignaient à plein temps.D\u2019année en année, à cause du nombre croissant des élèves et des effectifs limités du clergé enseignant, le nombre des professeurs laïques augmente.Sa proportion était de 8.9% en 1946; elle s\u2019est élevée à 15% en 1954-55 et à 20% en 1956-57.On estime que pas moins d\u2019un millier de professeurs laïques devront être engagés dans les collèges classiques d\u2019ici 1966.En pratique, la pénurie nous atteindra durement dès septembre 1959.Un problème de qualité Si la pénurie de professeurs est manifestement un problème de nombre et de recrutement, elle est davantage un problème de qualité.Et par qualité, nous entendons : 1) la vocation et la conscience du rôle d\u2019éducateur; 2) une préparation académique et une formation professionnelle; 3) des conditions normales de travail et de sécurité; 4) 492 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019organisation professionnelle du personnel enseignant; 5) le prestige accordé par la société à la profession.La situation actuelle le montre bien : ce n\u2019est qu\u2019à ce prix que nous obtiendrons la qualité.1.\u2014 Vocation et rôle du professeur Dans un article du Devoir, 15 mars 1958, M.François-Albert Angers déplore notre indifférence à l\u2019aspect \"qualité\u201d de l\u2019enseignement.La diversification et la coordination des cours, la fréquentation scolaire obligatoire et gratuite, l\u2019expansion physique et le financement des institutions nous intéressent plus que le choix, la formation et l\u2019enseignement des professeurs.Nous sommes d\u2019accord.L\u2019on tient trop facilement pour acquis qu\u2019il y aura des vocations à l\u2019enseignement, que les professeurs seront conscients de leur rôle.On mésestime les exigences de la profession.Il suffit pourtant d\u2019en appeler à l\u2019expérience; les vrais maîtres sont rares.Combien en avons-nous croisés à l\u2019école primaire, au collège, à l\u2019université ?Aux Etats-Unis, on estime qu\u2019à salaire, conditions de travail, science ou prestige égaux, à peine 10% des professeurs sont vraiment des \"maîtres\u201d.Des maîtres qui ont la vocation; qui comprennent, respectent l\u2019enfant et lui font confiance; qui s\u2019intéressent à leurs élèves; qui allient la compétence à la personnalité; qui étudient et renouvellent leur enseignement.Des maîtres capables d\u2019éveiller l\u2019admiration de leurs élèves et la vie de l\u2019esprit, d\u2019être pour eux une vivante inspiration.Si la société a le devoir de placer les professeurs dans des conditions idéales de travail, ce s conditions ne créeront pourtant pas automatiquement les maîtres : la vocation demeurera aussi rare qu\u2019exigente.Indépendamment des conditions de travail, trop rares sont les maîtres capables d\u2019éveiller l\u2019admiration de leurs élèves, de \"motiver\u201d la L'ÉDUCATION 493 vie de l\u2019esprit, d\u2019être pour leurs élèves de véritables guides et tuteurs.Avant toute autre considération, ce sont de tels maîtres qui font l\u2019institution, qui assurent à la profession sa valeur et son prestige.2.\u2014 La préparation académique et la formation professionnelle L\u2019an dernier, 4075 instituteurs et institutrices non diplômés enseignaient dans les écoles primaires de la province.Pour enseigner dans les écoles secondaires et les collèges, on se satisfait de bacheliers qui ont fait une année ou deux d\u2019école normale ou d\u2019université.Il n\u2019y a pas lieu de s\u2019étonner que les professeurs fassent leur expérience aux dépens de nos enfants ou que la profession n\u2019ait guère de prestige.On exige du futur ingénieur cinq ou six années d\u2019études universitaires; il est fréquent que le médecin spécialisé étudie près de dix ans; il en est ainsi de toutes les grandes professions.C\u2019est à croire que n\u2019importe qui peut enseigner ! On nous juge sévères à l\u2019endroit des écoles normales.Nous le sommes plutôt à l\u2019endroit des autorités et des institutions qui acceptent que la préparation et la formation des professeurs de l\u2019enseignement secondaire se résument au \"brevet A\u201d, brevet qu\u2019un bachelier peut obtenir après une seule année d\u2019école normale.Limiter ainsi ses exigences détériore gravement la profession, l\u2019enseignement et la culture de notre milieu.Au surplus, le futur professeur semble davantage intéressé aux méthodes d\u2019enseignement des matières qu\u2019aux matières elles-mêmes.On n\u2019apprend pas le français, mais on apprend à l\u2019enseigner.C\u2019est une tournure d\u2019esprit déplorable, qui oublie la véritable culture, qui fait concevoir l\u2019enseignement comme l\u2019organisation de l\u2019activité de l\u2019élève plus que la recherche de la vérité par 494 L'ACTION NATIONALE un esprit qui s\u2019éveille guidé par un autre depuis longtemps appliqué à cette recherche.Et c\u2019est un minimum de quatre années d\u2019études universitaires que nous demandons au professeur.Selon qu\u2019il se destine à enseigner comme titulaire de classe ou spécialiste d\u2019une matière, le cours pourra varier, comporter plus de latin ou de mathématiques, cela va de soi, mais il sera essentiellement d\u2019abord une étude des matières.Que cette culture se complète d\u2019études professionnelles psychologiques et pédagogiques, d\u2019accord, mais que le professeur de latin ou de chimie fasse des études universitaires de latin et de chimie ! 3.\u2014 Des conditions normales de travail et de sécurité Après la Commission Tremblay, la Conférence provinciale sur l\u2019éducation a réaffirmé l\u2019urgence et l\u2019importance de faire enquête sur les conditions de travail des professeurs, de réaménager les bases juridiques et financières de la profession enseignante.Dans les écoles publiques, il s\u2019impose que les contrats de travail soient discutés sur une base collective et que, dans les districts ruraux, soit rétabli le droit à l\u2019arbitrage.Le code scolaire doit être révisé dans le but d\u2019assurer aux professeurs le minimum indispensable de stabilité et de sécurité.Dans l\u2019établissement des échelles de salaires, on doit tenir compte des années d\u2019expérience, des qualifications pédagogiques et des conditions économiques du milieu.Doit disparaître enfin toute discrimination dans les traitements des professeurs pour raisons de sexe, d\u2019état de vie ou de religion.Reprenant une recommandation du Rapport Tremblay, la Conférence définit ainsi la tâche de revision des conditions de travail et de sécurité : enquêter sur les conditions de travail et le rôle de l\u2019éducateur; définir les bases juri- L\u2019ÉDUCATION 495 cliques et financières de la profession; établir enfin un statut qui tout en définissant les obligations de la profession en protège les droits.Depuis 1950, au moins six provinces canadiennes \u2014 la Colombie, l\u2019Alberta, le Manitoba, l\u2019Ontario, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse \u2014 ont institué des commissions royales d\u2019enquête sur leurs problèmes d\u2019enseignement.L\u2019établissement d\u2019un statut juridique et financier de la profession enseignante justifierait à lui seul la tenue chez nous d\u2019une telle enquête.4.\u2014 L'organisation professionnelle du personnel enseignant La Conférence canadienne sur l\u2019éducation a souhaité à l\u2019unanimité cette organisation professionnelle : \"Be it resolved that qualified teachers establish themselves more firmly as a true profession .(20e résolution) Il est normal et urgent que les professeurs se groupent dans des associations professionnelles, qu\u2019ils aient leur \"collège\u201d, leur corporation.De toute évidence, c\u2019est l\u2019unique moyen, en pays démocratique, de satisfaire les besoins des professeurs, et aussi des institutions et de la société.Il appartient aux associations professionnelles d\u2019admettre et de certifier les membres de la profession, de maintenir les standards de qualité, de définir le rôle de l\u2019éducateur et d\u2019en assurer l\u2019exercice par la mise en application d\u2019un code d\u2019éthique professionnelle.C\u2019est encore par leur association, et non pas individuellement, qu\u2019ils obtiendront pour leurs membres des conditions normales de travail et leur statut professionnel.Si les collèges et les universités, en raison de leurs difficultés financières actuelles, peuvent appréhender les revendications de telles associations professionnelles, une politique à longue portée les engage par ailleurs à favoriser 496 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019organisation professionnelle qui assurera demain la qualité des hommes et de l\u2019enseignement.5.\u2014 Le prestige social Si le prestige d\u2019une profession s\u2019attache aux qualités et aux oeuvres de ses membres, il tient aussi au jugement de valeur que porte un milieu sur cette profession, à la fonction sociale plus ou moins importante qu\u2019il lui reconnait.Un milieu moins cultivé minimise la fonction enseignante.Un milieu qui a reçu de la charité de l\u2019Eglise l\u2019enseignement s\u2019habitue mal à payer ses professeurs.Un milieu matérialiste s\u2019entend moins à la recherche de la vérité.Et le cercle se ferme : une profession peu considérée dans le milieu n\u2019attire pas et retient mal des sujets brillants.Il y a donc une attitude sociale à corriger.Le public doit apprendre à apprécier à sa valeur l\u2019enseignement.Le prestige d\u2019une profession, dans un milieu donné, est lié à cette appréciation.L\u2019enfant a un droit à l\u2019éducation et la société, le devoir de développer au maximum les aptitudes de l\u2019enfant.Il s\u2019avère au surplus que dans notre civilisation moderne l\u2019instruction supérieure sera la mesure de grandeur des nations.Tant pour l\u2019enfant que pour la nation, nous devons nous attaquer résolument au problème de l\u2019enseignement, et, parce qu\u2019élément essentiel du problème, nous assurer d\u2019un personnel enseignant nombreux et de qualité.Paul-Emile Gingras Entrevue radiophonique avec L\u2019ORDRE DES CHEVALIERS DE CHAMPLAIN L\u2019interlocuteur \u2014 A votre avis, Maître DuMesnil, l\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain se destine à un brillant avenir ! Me DuMesnil \u2014 Les adhésions à notre Chevalerie, de fondation récente, surgissent de toutes parts.Dans la ville de Montréal, l\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain progresse rapidement.Son Conseil régional a comblé ses cadres.Ses premières \"Abitations\u201d fonctionnent à plein depuis plusieurs mois.D\u2019autres \"Abitations\u201d complètent présentement leur organisation.La région voisine, Joliette, magnifiquement pourvue, a même tenu sa première grande réunion publique.Les deux évêques du diocèse, Nosseigneurs Arthur Papineau et Edouard Jetté, Maître Edouard Tellier, président de l\u2019Assemblée législative, ainsi que plusieurs maires et députés l\u2019honoraient de leur présence.Depuis, notre Chevalerie applique le judicieux conseil de Mgr Papineau.Elle choisit avec soin ses membres.L\u2019interlocuteur \u2014 L\u2019Ordre de Champlain ne se restreint pas qu\u2019aux seules régions de Montréal et de Joliette.Me DuMesnil \u2014 Assurément, non ! Son organisation se développe rapidement à Québec, aux Trois-Rivières et à Nicolet.On nous écrit de l\u2019Acadie, de l\u2019Ontario et d\u2019aussi loin que de la Saskatchewan, non seulement pour obtenir des renseignements sur la marche de l\u2019Ordre, mais aussi dans le but précis de constituer là- 498 L'ACTION NATIONALE bas des \"Abitations\", sur le modèle des premières à Montréal et à Joliette.L\u2019interlocuteur \u2014 Depuis tantôt, Monsieur DuMesnil, vous parlez d\u2019organisation.Cela laisse entendre que les Chevaliers de Champlain ne comptent pas encore une longue ancienneté.Me DuMesnil \u2014 L\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain compte un peu plus d\u2019une année d\u2019existence.Il obtenait sa charte d\u2019incorporation, par lettres patentes, le 15 juin 1956.Ses progrès, depuis un laps de temps aussi court, me semblent retentissants.Rallier un nombre considérable de membres, en l\u2019espace de quelques mois d\u2019action intense, démontre que nos Canadiens français attendaient depuis longtemps la naissance de l\u2019Ordre.Il vient à son heure.Malgré l\u2019activité d\u2019une foule d\u2019organisations les plus diverses, l\u2019Ordre comble chez nous une lacune.Notre groupement national cana-dien-français n\u2019aura qu\u2019à se réjouir de ses initiatives, car les projets ne manquent pas aux Chevaliers de Champlain.L\u2019interlocuteur \u2014 Cette société fraternelle, sous la conduite d'un Conseil suprême, formé de gouverneurs représentant tous les secteurs du Québec, ouvre ses portes à des personnes de choix.Ses initiés adhèrent formellement à la doctrine sociale de l\u2019Eglise catholique.Elle consacre son activité à promouvoir les intérêts primordiaux des Canadiens français.Elle se dévoue à la promotion et à l\u2019avancement des nôtres, dans tous les domaines : religieux, sociaux, économiques et nationaux.Un \"véritable centre d\u2019oeuvres\u2019\u2019, elle ne recrute que des Canadiens français, ou, suivant une expression plus ENTREVUE RADIOPHONIQUE 499 large, que des gens d\u2019expression française, de culture et d\u2019esprit français, à la condition expresse de s'avérer des catholiques pratiquants.L\u2019Ordre réalise, cela va de soi, d\u2019autres buts inhérents aux premiers.Me DuMesnil \u2014 La réponse à cette question, Monsieur Bonin, ressort de la déclaration de principes de l\u2019Ordre : Les Chevaliers de Champlain s\u2019efforceront précisément \"d\u2019unir et de protéger les catholiques de langue française; d\u2019appuyer le clergé dans son travail d'apostolat et dans ses oeuvres de charité; de collaborer au succès des croisades contre les diverses plaies sociales, telles que l\u2019alcoolisme, le blasphème, le communisme, la littérature obscène; d\u2019encourager et de propager l\u2019oeuvre des retraites fermées; d\u2019appuyer et de soutenir tout mouvement, oeuvre et institution éducative ou autres, qui tendent à sauvegarder l\u2019esprit chrétien et français; de développer l\u2019esprit de civisme, de fraternité et d\u2019entraide parmi ses membres; de favoriser entre eux l\u2019esprit de fraternité.L\u2019interlocuteur \u2014 Un Ordre fraternel aussi bien charpenté, dont l\u2019existence et l\u2019activité s\u2019imposent avec une grande acuité chez nous, possède certes ses armoiries.Me DuMesnil \u2014 L\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain a pour patrons nos saints martyrs canadiens, morts pour la défense de la foi, aux premiers temps de la colonie française au Canada.Il puise, dans le sacrifice de nos sept martyrs, des modèles de courage et de fidélité.L\u2019Ordre possède également son drapeau.Son dessin porte au centre une croix rouge, entourée de deux rectangles verts, placés en diagonale et ornés de fleurs de 500 L ACTION NATIONALE lis blanches, ainsi que de deux autres rectangles jaunes, surmontés de deux feuilles d\u2019érable vertes.Les armoiries de l'Ordre créent un tout de la fleur de lis, de la feuille d\u2019érable et de la croix.Leur symbolisme rappelle, par la fleur de lis, notre ascendance française; par la feuille d'érable, notre attachement au sol canadien, et, par la croix, notre fidélité et notre soumission à Dieu, au Christ et à notre mère la Sainte Eglise Catholique.L\u2019interlocuteur \u2014 L'Ordre de Champlain affirme aussi une devise enlevante.Me DuMesnil \u2014 Notre Ordre s'inspire d\u2019un mot, profond de sens religieux, exprimé par le fondateur du Canada, le Père de la Nouvelle-France, Samuel de Champlain, premier gouverneur français à Québec : \"le salut d'une âme vaut mieux que la conquête d\u2019un empire\u201d.La devise immédiate de l\u2019Ordre, en langue latine, dit : \"Parare plebem perfectam\u201d, ce qui signifie : \"bâtir un peuple meilleur\u201d.L'interlocuteur \u2014 Avec des pensées aussi relevées, notre Chevalerie apportera aux nôtres un regain de fierté nationale, une recrudescence de virtualité et de vitalité dans la propagation de notre langue, de notre foi et de nos droits.Monsieur DuMesnil, vous avez signalé tantôt l\u2019existence d\u2019\"Abitations au sein de l\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain\u201d.Monsieur Paul Beaulac, Grand Intendant de l\u2019Abitation Maisonneuve, pourrait nous dire ce qu\u2019implique ce nom.M.Paul Beaulac \u2014 Dès sa venue en Acadie, durant l'année 1604, et consécutivement à son arrivée à Québec, ENTREVUE RADIOPHONIQUE 501 en 1608, Samuel de Champlain fit construire des forts, pour abriter son monde contre le froid et contre toute incursion indésirable.Il avait appelé ces demeures militairement fortifiées, des Abitations.En mémoire de ces fortifications l\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain désigne du nom d\u2019\"Abitations\u2019\u2019 ses conseils locaux, partout où il s\u2019en constituera.L\u2019interlocuteur \u2014 Avant de terminer cette entrevue, signalons que l'Abitation Maisonneuve, fondée à Montréal, la première de toutes les Abitations de l\u2019Ordre, ainsi que les autres Abitations tiendront prochainement une initiation, sous la direction du Conseil régional, donc sous votre présidence Monsieur DuMesnil.Notre Grand Intendant, Monsieur Beaulac, aura une responsabilité particulière.M.Paul Beaulac -\u2014 Un banquet public suivra l'initiation.Il se tiendra dimanche soir, le 17 novembre, à sept heures, en la Palestre Nationale, rue Cherrier.L\u2019Ordre m\u2019en a confié l\u2019organisation.Maître Philippe Ferland, l\u2019un des gouverneurs de l\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain, sera le conférencier d\u2019honneur.Le gouverneur suprême de l\u2019Ordre, Maître Renaud Chapde-laine, prendra également la parole.Maître DuMesnil, notre préfet à Montréal, tandis que Monsieur Albert Boulet, de Québec, gouverneur de l\u2019Ordre et Chevalier du trésor, présentera le gouverneur Philippe Ferland.Son Excellence Monseigneur Laurent Morin, évêque auxiliaire à Montréal, prononcera également une allocution.Nous attendons un grand nombre de convives. TABLE DES MATIERES Editorial : 1,000 abonnés de plus .429 Robert Hollier : Les message de Lourdes .431 François-Albert Angers : Une bonne nouvelle .443 Paul Massé : Sa Majesté la langue française .453 Gérard Plourde : Il n\u2019y a qu'un moyen de garder les entreprises canadiennes-françaises chez nous : PARTAGER .464 I.de Puisseret : La clef de la prison .477 Paul-Emile Gingras : L\u2019éducation .487 Entrevue radiophonique avec l\u2019Ordre des Chevaliers de Champlain 491 AUBAINE EXTRAORDINAIRE Livres d'une grande valeur EN COLLABORATION : La pensée de Henri Bourassa \t\tRég.1.00\tSpéc.0.75 RICHARD ARÈS : Notre question nationale : Positions de principes \t\t1.00\t0.60 Notre question nationale : Positions patriotiques et nationales\t1.00\t0.60 GÉRARD PELLETIER : Histoire des enfants tristes \t\t0.50\t0.25 EN COLLABORATION : Canada Français et Union Canadienne\t1.00\t0.60 LA RABASTALIÈRE : Denrées périssables (illustrations de La Palme) \t\t2.00\t0.50 LIONEL GROULX: Pour bâtir \t\t2.00\t1.25 L\u2019indépendance du Canada \t\t1.50\t1.00 L\u2019indépendance du Canada (relié) \t\t2.50\t1.75 RINA LASNIER.- Escales \t\t1.00\t0.50 EN COLLABORATION : Pour gagner la paix \t\t1.00\t0.50 FIRMIN LÉTOURNEAU : L\u2019U.C.C.(Histoire de l\u2019Union Catholique des Cultivateurs) \t\t1.50\t0.50 MAXIME RAYMOND : Politique en ligne droite \t\t1.50\t0.50 Escompte de 50% et plus PROFITEZ DE L'AUBAINE LA LIGUE D'ACTION NATIONALE 365 est, Craig \u2014 Montréal UN.1-6606 D ORSAY JEWELRY LTEE Roger J our nan It, Président Bijoutiers, marchands, commerçants Salles d\u2019échantillons à votre service CR.9-4526-7 402 est, Saint-Zotique \u2022\tMontréal CL 9-2553 GARAGE LAPOINTE Vendeur DODGE - DE SOTO Distributeur de pièces et accessoires authentiques CHRYSLER Réparations générales 7871 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal 5 RI.7-7821 FIRTH BROWN TOOLS (CANADA) LTD.L.-Charles Garon, Gérant Outils en Acier ou 'Carbide' pour usinage de métaux 1161, bout.Décarie \u2022\tSaint-Laurent, P.Ç.Fondé 1914 Victory Tool & Machine Co.Ltd.JOS.MATHIEU & FILS Atelier mécanique de réparations générales Spécialités : Manufacturiers de convoyeurs à rouleaux, à courroies et à chaînes Monte-charges 236-250, Rose de Lima, Montréal \u2022\tWE.1138 AtSUAANCK AUW*»*UP>** W* UlCUKUR \u2022465,979.*2,152,823.i®*:* *184,744,776.*1,173,417.*3,346,177, \u2022288,355,642.\u2018357,900,981 \"L'ASSURANCE SUR LA VIE EST LA FORTUNE DE CEUX OUI N\u2019EN ONT PAS.\" ^SVJRÀNCf.j, DESJARDINS SIÈGE SOCIAL, LÉVIS.P.Q.AIPHONSI OiSiâROrNS (189)) » tH OPCRATION DEPUIS StPTCMIftC 194» SEVktWNT NB SUR DEMANDE, UNE COPIE DU BILAN VOUS SERA ADRESSÉE UN HOMME HEUREUX SE PORTE TOUJOURS BIEN .et, pourrait-on ajouter, possède un système de chauffage et une plomberie en bon état.\u2014 Notre longue expérience en travaux de chauffage-plomberie nous permet de collaborer d'une manière rationnelle et pratique avec les autorités dirigeantes et les architectes dans l'élaboration et l\u2019exécution de leurs projets.Théorie alliée à la pratique 888 88: CHAUFFAGE-PLOMBERIE VI.9-4107 360 est, rue Rachel MONTRÉAL ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) Une expérience d'au delà d'un demi-siècle au service des ARCHITECTES \u2014 ENTREPRENEURS COMMUNAUTES \u2014 INDUSTRIELS MARCHANDS 'Le temple de la lumière\" INCORPOREE Ben BÉLAND, président - Jean BÉLAND, Ing.P., sec.-trésorier 7152, boul.ST-LAURENT Montréal \u2014 CR.4-2465 de ^ ^e^;rée\\\\e JacAueS Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS - GÂTEAUX - TARTES Les cafés et confitures de J.'A.Désy LIMITÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Espace à louer $15.00 PAR MOIS Roch Grenache CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL GRENACHE INC.Bureau: 1504, rue Davidson\tLA.6-7771 APPRENEZ à\tconnaître\tles avantages de\tt'épargne\ten ouvrant un compte à\t\tla Banque Ganadif\t:nne Nationale\t 586 bureaux\tau Canada\t Hommages aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE LA.4-1167\t3605, Ontario est, Montréal LA PLUS LONGUE PROTECTION Notre police d'assurance I vie-choisie\t< ne comporte pas\ti la seule remise d'UN CAPITAL\tj au décès de l'assuré; 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