L'action nationale, 1 avril 1956, Avril
[" iCTION Editorial L'ACELF Jean-Marc Léger Une fois fous les cinq ans.L'éducation patriotique.Définir une politique du Canada français.Roger St-Victor La nouvelle accolade haTtiano-cana-dienne.Pierre de Grandpré Complexe d'infériorité ?Pierre Laporte Mais où donc étaient nos députés fédéraux ?CHRONIQUES DE L'ACTION NATIONALE Jean Blain Claude Sylvestre Paul-Emile Gingras LE DIRECTEUR NOTRE LITTÉRATURE \"L'appel de la race\" et l\u2019oreille contemporaine.LE CINÉMA Oscar, qui êtes-vous ?L'ÉDUCATION Le message des universités.ME X L V NUMÉRO 8 \u2014 AVRIL 195 6 \u2014 MONTRÉAL TRENTE-CINQ SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnîl, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx, Anatole Vanier; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Fîlion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Dominique Beaudîn, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Le-gault, Roland Parenteau, etc.Administration : CASIER POSTAL 221, STATION E, Montréal RE.7-7176 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. À VOTRE SERVICE Pour toutes vos opérations de banque et de placement Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $600,000,000 578 bureaux au Canada Hommages aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE FA.1167\t3605, On'urio est, Montréal LES AMIS DE LA REVUE CAMBRON, M., B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacie Cambron Spécialité : Prescriptions \u2022\t775 est, rue Roy \u2014 HA 9755 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke, Quô.- Tél.2-4793 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA 1336 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tUN 1-2889 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tHA 2841 EPICERIE NOTRE DAME EPICIER LICENCIE 107 rue Notre-Dame, Jonquière, P.Q.\u2022\tTél.2-2655 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine es* \u2022\tUN.6-5*18 POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect.Sherbrooke P Q \u2022\tTél \u2022 2-4620 MAXIME Nettoyeurs et Teinturiers 4140.rue St-Denis \u2022\tBE 1158 LAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tAT 6433 UN AMI \u2022\t LAPORTE, René MEDECIN 3424 St-André, apt.\t1, Montréal \u2022\tCH.2442 PAQUETTE, P.-E.FERRONNERIE 1115 est, rue\tMont-Royal \u2022\tGl 3337 CARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.\t \u2022\tTU 3275 NADON et DE CARUFEL Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tPL 2739 LAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-François-Xavier, ch.310 \u2022 Bur.: HA 0422 - Rés.: HA 8064 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier.Québec GALARDO, Armand \u201cFruiterie St-Louis-de-France\u201c Epicerie, viandes cuites.\u2022\t515, rue Roy \u2014 PL 1729 FOURNIER, Albert Procureur de Drevets d\u2019invention 934 est, Ste-Catherine #\tHA 4548 AVEZ-VOUS RENOUVELÉ voihs.Ûbûnnsmsmi?Nos abonnés n'attendent pas un avis d'échéance pour renouveler leur abonnement.Il leur suffit de lire cette échéance sur l'enveloppe d'expédition, à la suite de leur nom.Ils évitent ainsi des frais à l'administration de LEUR revue.Merci ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil.P O \u2022\tOR 9-0349 DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.5685, Iberville \u2022\tFR 3176-7 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rue Notre-Dame \u2022\tBE 1971 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tAT 3434 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau : 4009, rue Hochelaga \u2022\tCL 7797 /f>0MP0MGÏÏG INC.V J.BRASSARD prés.256 est, Ste-Catherine.Mtl Salaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\" 1430, De Lasalle \u2022\tCL 4066-7 SANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL 2839 AUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 DUST-O-DUST Poudre à balayer 7028 De Laroche, Mtl \u2022 Rolland Trépanier \u2014 CA 9071 La Cie TULIPPE Ltée Cravates écharpes et robes de chambre 4430 rue |b#rville.Mtl \u2022\tFA 2533 SÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726.St-Hubert DO 8739 Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE F.-X.DROLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs mcdernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Pont\tQuébec Pour devenir propriétaire .Epargnez avec : LA COMPAGNIE MUTUELLE D IMMEUBLES LIMITEE 1306 est, Ste-Catherine, Montréal Tél.: CHerrier 5415-5515 Calendriers Dépliants Magazines Tracts - Volumes Cartes postales Images frai TYPOeLITHOeHÉLIO S® Imprimeur Qrav Lithographe L' A C T I D IV NATIONALE VOL.XLV, No 8\tMONTRÉAL\tAVRIL 1956 ÉDITORIAL Une fois tous les cinq ans Nous votons cette année.Après quatre ans d\u2019administration, le gouvernement provincial demandera un renouvellement de mandat.A l\u2019approche de cet événement on a presque envie d\u2019écrire les trois mots qu\u2019on trouve généralement à l\u2019approche d'un passage à niveau : \"Arrêtez, regardez, écoutez!\u2019.Dans notre vie politique une élection devrait être un signe d\u2019arrêt.Car une pause nous permettrait d\u2019observer nos administrateurs, de repasser mentalement les actes qu\u2019ils ont posés, d\u2019en tirer, si possible, une ligne de pensée, et de l\u2019approuver ou la rejeter dans un jugement d\u2019ensemble.Il faudrait que nous regardions avec attention, sans nous laisser distraire par des considérations d\u2019amitié, ou encore par l\u2019intérêt, si ce n\u2019est celui de la collectivité.Enfin il faudrait écouter ce que nous disent les politiciens, ce qu\u2019ils disent pendant l\u2019élection, et aussi écouter mentalement ce qu\u2019ils ont déclaré depuis quatre ans, pour voir si leurs actes sont conformes à leurs paroles.* * * A Québec nous devons exiger que le gouvernement nous donne une politique pro-canadienne-française.Car nous n\u2019avons qu\u2019un seul gouvernement qui soit vraiment 682 L'ACTION NATIONALE nôtre au Canada, et c\u2019est à lui qu\u2019incombe la responsabilité de l\u2019avenir de notre groupe ethnique.Nous devons souhaiter un gouvernement qui exploite nos richesses naturelles à notre profit, c\u2019est-à-dire qui fasse tout ce qui est humainement possible pour que notre sous-sol, nos forêts, nos cours d\u2019eau soient mis en valeur avec notre argent et à notre profit.Nous devons élire des gens qui s\u2019engageront à respecter la liberté de pensée et d\u2019action dans le Québec, des gens qui administreront notre argent d\u2019une manière décente, des gens qui feront de la politique non pas une fin, mais un moyen.Notre vote est important car le gouvernement que nous allons élire nous devrons ensuite l\u2019endurer pendant au moins quatre ans.L\u2019élection finie, nous perdons tout contrôle direct sur le gouvernement, et nous perdons aussi une bonne part de notre influence indirecte.Encore qu\u2019il ne faille pas mésestimer le rôle des corps publics, des associations, sur l\u2019élaboration de la politique et l\u2019administration de la chose publique.Pourquoi parler de ces choses avant même que la campagne électorale soit commencée pour de bon ?fustement parce qu\u2019elle n\u2019est pas commencée.Car quand elle le sera les passions politiques empêcheront un grand nombre de gens de juger objectivement les problèmes, ou de conformer ensuite leurs actes aux conclusions auxquelles ils seront arrivés.Autrefois la politique était véritablement notre \"sport national\u201d.C\u2019est dans ce domaine que nous avons eu, après la conquête, nos premières véritables vedettes.Elles incarnaient pour nos pères leur désir de survivre.Elles étaient la vivante représentation de leur indignation devant certaines injustices.Plusieurs des nôtres ont atteint une haute renommée en politique. EDITORIAL 683 Quel a été le sens de leur présence ?Les uns voient dans un Lafontaine, un Cartier de véritables sauveurs de la race.En sens inverse des historiens récents nous les représentent comme de pauvres types, ambitieux et peu intelligents, qui firent avec enthousiasme, et sans y voir très clair, le jeu de leurs adversaires anglais.La vérité est probablement à mi-chemin.Ils n\u2019étaient ni des géants ni des pygmées, mais tout simplement des hommes, qui ont tenté honnêtement de tirer parti de la situation dans laquelle les événements les avaient plongés eux et leurs compatriotes.Avec eux la politique est entrée dans nos moeurs.On allait aux assemblées de jadis comme on va aujourd'hui aux spectacles.On y allait parce que les jouteurs étaient généralement excellents, mais aussi parce que ces assemblées étaient à peu près les seules distractions qu\u2019on pouvait s\u2019offrir à l\u2019époque.Un jour un homme politique, \u2014 plus astucieux que les autres, \u2014 a déclaré : \"Ils n\u2019ont pas d\u2019idées, ils n\u2019ont que des sentiments\u201d.Il avait constaté que nos compatriotes étaient toujours prêts à casser la figure au premier Anglais qui les traiterait de \"Pea Soup\u201d, mais qu\u2019ils ne bronchaient pas quand un gouvernement vendait aux étrangers leurs richesses naturelles, ou partageait tranquillement le trésor entre ses amis.Et nous avons élu les plus beaux \"parleurs\u201d.On pourrait citer une longue liste de tribuns qui ont su à merveille faire vibrer la corde sensible dans le coeur des électeurs québécois.On allait même jusqu\u2019à admirer leur verbiage : \"Il ne dit rien, mais il le dit très bien\u201d, affirmaient les gens.Cette absence d\u2019idéologie, de programme a nécessité le recours à d\u2019autres moyens.On a distribué des faveurs, 684 L'ACTION NATIONALE on a régalé les électeurs, on les a \"achetés\u201d.Le procédé conserve toute sa vogue.Le prix des consciences est monté du petit \"whisky blanc\u201d du début du siècle aux trayeuses mécaniques et aux réfrigérateurs actuels : surenchère qui manifeste le déchaînement d\u2019une ambition politique effrénée, servie par une caisse électorale de plus en plus riche.Et nous avons récolté ce que nous avons semé : les gouvernements changeaient, mais c\u2019était toujours la même politique de base, toujours les mêmes gens qui dans la coulisse faisaient danser les marionnettes que nous applaudissions sur la scène.Nous n\u2019étions jamais dans la coulisse; nous n'y sommes pas encore.Mais il y a quand même quelque chose de changé.C\u2019était vrai que nous n\u2019avions que des sentiments.Aujourd\u2019hui notre esprit n\u2019est plus toujours dupe de notre coeur.Le problème des ressources naturelles nous inquiète.Celui de l\u2019absence de politique cohérente devant les transformations que subit notre province ne nous est plus indifférent.Nous avons aujourd\u2019hui des écoles de pensée qui n\u2019existaient pas autrefois.Le nombre des gens qui \"pensent\u201d augmente chez nous.Ils auront bientôt l\u2019occasion de démontrer que leur présence se fait sentir dans le Québec.Aux candidats qui se présenteront ils demanderont des comptes, ou un programme.Derrière la phrase agréable ils rechercheront la pensée.Sous l\u2019affirmation ils tenteront de voir la réalité.Ils voteront non plus pour un parti ou pour eux, mais pour la province de Québec, pour le Canada français.Ce sera encore la meilleure façon de contribuer à la grandeur du Canada, car sans un Québec prospère, bien administré, sans un Canada français en pleine possession de tous ses moyens le Canada lui-même ne serait pas en parfaite santé.L'Action nationale i'éJlucatm patriotique (i) INTRODUCTION \"Nous sommes d\u2019accord avec saint Thomas, lorsque nous enseignons que, dans les choses qui ont trait à la nature, nous devons aimer davantage nos parents et notre patrie, qui sont principes de notre être; dans les choses qui touchent aux relations de la vie civile, nous devons aimer davantage nos concitoyens; et, dans celles qui concernent la guerre, nos compagnons d\u2019armes.Et si l\u2019on compare entre eux ces différents ordres, on constate que l\u2019union fondée sur une commune origine naturelle est la première et la plus ferme, car elle tient à la substance de notre être, tandis que les autres sont venues après et peuvent cesser.C\u2019est pourquoi l\u2019amitié entre parents et entre compatriotes est la plus stable et l\u2019emporte sur toutes les autres en ce qui concerne la nature.Et c\u2019est pour cette raison que nous sommes tenus davantage à pourvoir aux besoins de nos parents et de notre patrie qui jouit d\u2019une certaine paternité à notre endroit.\" (Monseigneur Alphonse-Marie Parent, 3e Congrès de la Langue française, p.194.) LES FONDEMENTS La patrie Notre patrie est quelque chose de réel et de déterminé biologiquement et gêographiquemetit.Notre patrimoine s\u2019étend à tous nos ancêtres et à tout le pays; des Canadiens français ont découvert et habitent tout le Canada, en compagnie de partenaires qui ont des ancêtres autres que les nôtres, mais qui sont présumés être nos amis puisqu\u2019ils (1) Manifeste préparé et officiellement approuvé par l\u2019Association canadienne des éducateurs de langue française. 686 L'ACTION NATIONALE vivent avec nous dans le même Etat.Saint Thomas dit que l\u2019amour de la patrie doit s\u2019étendre à tous ceux qui sont des amis de la Patrie.\"On remarquera que si, dans l\u2019ordre de la nature, nous devons aimer davantage nos parents et notre patrie, ce n\u2019est pas parce que nous les trouvons meilleurs que les parents ou la patrie des autres, comme si l\u2019intensité de notre amour se mesurait sur la bonté des choses envisagées en elles-mêmes ou dans leur rapport à la bonté de Dieu; c\u2019est seulement parce qu\u2019ils sont par nature plus près de nous.\u201d (Monseigneur A.-M.Parent, Op.cit., p.195.) Cette remarque est d\u2019une grande importance; elle fera éviter un enseignement patriotique qui pourrait devenir une forme d\u2019orgueil \u2014 le racisme en est une \u2014 qui deviendrait une insulte ou un mépris pour la patrie des autres.Le patriotisme Le patriotisme est une vertu qui n\u2019est autre chose que la piété ayant pour objet les principes de notre être.Saint Thomas la situe entre la religion due à Dieu et le respect dû aux autorités.Elle se rattache à la vertu de justice.\"Nous sommes, en effet, naturellement débiteurs du fait que nous avons reçu notre être d\u2019autrui.Manifestement nous sommes premièrement débiteurs envers Dieu, parce qu\u2019il est absolument parfait et qu\u2019il est, par rapport à nous, le premier principe d\u2019être et de gouvernement.Mais le titre de principe de notre être convient aussi à nos parents et à notre patrie, desquels et dans laquelle nous avons reçu la vie et l\u2019éducation.Et donc, conclut saint Thomas, après Dieu, l\u2019homme est surtout redevable à ses parents et à sa patrie.Et de même qu\u2019il appartient à la L'EDUCATION PATRIOTIQUE 687 religion de rendre un culte à Dieu, de même, au second degré, il appartient à la piété filiale et au patriotisme de rendre un culte aux parents et à la patrie.Et ce culte de la patrie s\u2019entend de tout ce qui la compose matériellement et spirituellement, il s\u2019étend aux compatriotes et à tous les amis de la patrie.\u201d (Mgr A.-M.Parent, Op.cit., p.195.) Ce préambule a voulu rappeler la vraie notion de la vertu de patriotisme.Éducation et patriotisme Le patriotisme étant une vertu positive, une forme de la charité chrétienne, il faut en envisager le développement, en éducation.Toute éducation véritable tendra donc à former les jeunes à l\u2019amour de Dieu, à l\u2019amour des parents et à l\u2019amour de la patrie, cela est indéniable.En d\u2019autres termes, toute éducation, pour mériter ce nom, doit comporter, bien hiérarchisées, ces trois formes d\u2019amour.Ce qui nous amène à affirmer : ce n\u2019est pas l\u2019éducation patriotique qui nous manque, c\u2019est l\u2019éducation tout court.Car toute éducation qui ne comporte pas la formation à la vertu de patriotisme est mutilée et ne mérite pas ce nom.On peut tout de même parler de formation à l\u2019amour de la patrie, le patriotisme étant une vertu et ayant son objet propre.S\u2019il y a interdépendance entre les trois amours dont nous venons de parler, leur objet propre, Dieu, les parents et la patrie, est différent.Objet de l'éducation patriotique La patrie étant quelque chose de réel biologiquement et géographiquement, il s\u2019ensuit que l'amour de la patrie comprend non seulement l\u2019amour de ceux qui nous entourent au moment présent, mais l\u2019amour de ceux qui nous 688 L\u2019ACTION NATIONALE ont précédés, qui ont créé, puis enrichi le patrimoine national.On voit ici comme l\u2019étude de l\u2019Histoire peut contribuer à la formation patriotique.Au point de vue géographique, la patrie comprend un territoire plus ou moins étendu, avec un sol et un sous-sol plus ou moins riches, avec des cours d\u2019eau d\u2019une importance plus ou moins grande, etc.La connaissance précédant l\u2019amour, il appert que l\u2019étude de la géographie physique, de la géographie humaine, de la géographie économique fournira un apport précieux à la formation du sens national chez les maîtres d\u2019abord, chez les enseignés ensuite.L\u2019étude de la surface du territoire comprendra nécessairement des recherches sur la faune du patrimoine national et sur sa végétation.Les concitoyens entretiennent forcément des relations entre eux; des institutions existent qui facilitent les rapports sociaux; la langue parlée demeure l\u2019indispensable moyen de communication, plus ou moins pure, plus ou moins altérée.On peut donc conclure que l\u2019enseignement de l\u2019Histoire, de la géographie, des sciences naturelles, de la sociologie et du civisme, le culte de la langue peuvent servir à développer le patriotisme, dans des proportions inégales, il va sans dire.\"Il est nécessaire de bien préciser l\u2019objet du patriotisme et de faire ces distinctions qui n\u2019ont pas pour but d\u2019opposer les vertus sociales, mais plutôt de les unir en les hiérarchisant.Cet objet du patriotisme, il doit être présenté sans cesse aux enfants et aux adolescents à tous les degrés de leur formation, en des termes évidemment différents, L'ÉDUCATION PATRIOTIQUE 689 selon leur avancement intellectuel.Toutes les matières du programme ne sont pas également propices à faire ressortir cet objet.\u201d (Mgr A.-M.Parent, Op.cit., p.198.) Le patriotisme et ses caricatures Pour le patriotisme comme dans le cas des autres vertus, il y aura deux extrêmes à éviter, le défaut et l\u2019excès.Là-dessus, le Rév.Père Clément Cormier écrit : \"La première faute dont on pourrait se rendre coupable, c\u2019est le péché d\u2019omission.Il serait pénible de rencontrer chez les maîtres eux-mêmes une espèce d'apathie ou d\u2019indifférence, comme s\u2019ils avaient oublié d\u2019inclure le patriotisme dans leur code de morale et leur programme des vertus à cultiver.Ils pécheraient encore par omission s\u2019ils négligeaient de prémunir leurs jeunes contre les objections et les attitudes qui font leur chemin dans tous les milieux : celles des défaitistes qui ne voient plus les raisons de lutter pour la survivance; celles des anglomanes qui manifestent un excès de complaisance à afficher leur connaissance de l\u2019anglais, celles des opportunistes qui prêchent les lâches capitulations comme condition du succès de notre groupe ethnique .A l\u2019extrémité opposée, il est un autre danger contre lequel il importe de mettre en garde.C\u2019est moins un excès qu\u2019une déformation du patriotisme.Je veux parler d\u2019une espèce d\u2019enthousiasme sentimental qui peut facilement dégénérer en emportements exaltés ou violents .Le patriotisme trop exclusivement fondé sur le sentiment ne durera probablement pas; s\u2019il dure, il risque de former des exaltés\u201d.(Op.cit., p.200.) Nécessité d'entraîner au patriotisme On a beaucoup dit sur le sujet.Il ne s\u2019ensuit pas toutefois que pleine lumière soit faite encore.En voulant sti- 690 L\u2019ACTION NATIONALE muler le patriotisme, on peut errer sur les moyens à prendre, on peut le rapetisser, le ramener à certaines pratiques ou démonstrations extérieures qui métamorphosent une vertu morale en sa caricature.Puisqu\u2019il est si facile de glisser sur un terrain extrêmement dangereux, ne parlons pas de patriotisme, diront certaines gens; on ne nous accusera pas ainsi de chauvinisme.Parce que des esprits faibles peuvent prendre le Pirée pour un homme, on n\u2019enseignerait pas l\u2019Histoire ?parce que quelques-uns pourraient être tentés de se dépouiller entièrement pour venir en aide aux malheureux, on n\u2019enseignerait pas la générosité et la charité ?Parce que des apôtres pourraient exagérer dans la lutte contre le mal, on n\u2019enseignerait pas le zèle pour le salut des âmes ?L\u2019Eglise nous trace la conduite à tenir.Elle enseigne la vérité, puisse veille sur elle.On la voit, depuis le Collège apostolique, occupée à enseigner, à conseiller, à admonester, à condamner même.Mais l\u2019Eglise est vigilante sur le dépôt de la vérité qui lui a été confié.Ce que l\u2019on pourrait appeler le scandale de la vérité a toujours existé.Si nous manquons de vrais patriotes, la cause ne serait-elle pas l\u2019absence d\u2019un enseignement objectif et sûr du patriotisme ?Une fois de plus, nous devons remonter à la notion pure de la vertu de patriotisme.Les moyens généraux de rendre l'éducation plus patriotique ne sont pas d\u2019ordre technique.Ils sont d\u2019ordre philosophique et socio-logique, avec adaptation dans la présentation selon les milieux.Il faut convaincre nos compatriotes que leur patriotisme est une manifestation de leur justice et de leur charité. L'ÉDUCATION PATRIOTIQUE 691 LES MOYENS Moyens généraux Comme l\u2019école est la collaboratrice de la famille, son action sera conditionnée par la qualité du foyer.L\u2019école pourra poursuivre une véritable éducation du patriotisme, si, dans la famille, il règne une atmosphère nationale, où les enfants sont éduqués par des parents profondément patriotes.Souvent, ce climat n\u2019existe pas dans nos familles.Les maîtres se doivent alors de faire les premiers pas, en créant des associations dans lesquelles parents et maîtres chercheront en commun les moyens de cultiver le patriotisme et de faire de l\u2019éducation nationale à l\u2019intention de l\u2019enfant, à l\u2019école ou hors de l\u2019école.Grâce à ces associations, les parents prendront conscience de leur responsabilité première dans l\u2019éducation de leur enfant.Ils insisteront pour qu\u2019un vrai travail d\u2019éducation se poursuive à l\u2019école et créeront au foyer une atmosphère favorable à la vie de l\u2019esprit.Et ce souci d\u2019une éducation intégrale les amènera à exiger que l\u2019école forme de vrais citoyens canadiens-français; ils voudront vérifier comment, concrètement, on y cultive le patriotisme.Au premier abord, il semblerait que les moyens de former à la vertu de patriotisme soient très nombreux.Après réflexion, on constate qu\u2019un grand nombre de ces moyens ne sont que des pseudo-moyens, des procédés qui ne touchent qu\u2019à l\u2019une ou à l\u2019autre des multiples manifestations particulières de cette vertu.Aussi, avant d'aborder ces procédés particuliers, est-il nécessaire de considérer les moyens généraux de former au patriotisme. 692 L'ACTION NATIONALE 1.L'enseignement C\u2019est, semble-t-il, la notion de la vertu de patriotisme qui manque chez nous.Les fondements du patriotisme en philosophie et en théologie n\u2019ont presque jamais été, chez nous, l\u2019objet d\u2019un enseignement systématique.Ce serait donc là le point de départ.Notre société se plaint de ne pas donner à sa jeunesse une éducation nationale, parce qu\u2019elle se trouve dans des conditions anormales et transmet à ses membres un enseignement irréaliste et inadapté.Nos élèves et nos étudiants recevront une éducation nationale dans la mesure où notre enseignement, à tous les degrés, s\u2019améliorera; dans la mesure où l\u2019on se préoccupera avant tout de faire de l'éducation : \u2014\tune éducation qui voie au plein épanouissement de l\u2019homme; \u2014\tune éducation qui respecte la hiérarchie des valeurs, mais n\u2019oublie pas le rôle important de l\u2019économique dans le maintien des valeurs spirituelles; \u2014\tune éducation qui apprenne la réflexion et le goût des choses de l\u2019esprit; \u2014\tune éducation qui cultive l\u2019effort, le travail bien fait, développe l\u2019énergie et la volonté; \u2014\tune éducation qui forme des hommes capables de voir l\u2019aspect humain dans toutes les questions; \u2014\tune éducation qui donne la grande joie de servir le bien commun avec désintéressement et le souci de prendre ses responsabilités; \u2014\tune éducation qui, en informant tout le divin, n\u2019oublie pas d\u2019être réaliste en préparant des citoyens et des chrétiens pour un monde concret, capables de réaliser un idéal progressivement et constamment; L\u2019ÉDUCATION PATRIOTIQUE 693 \u2014 une éducation préoccupée de former, au niveau du secondaire et de l\u2019universitaire, une élite intégrée à son milieu et prête à mettre tous ses talents au service de la collectivité.On a déjà réalisé de grands progrès.Mais, à cause du retard accumulé depuis la conquête anglaise, la société ca-nadienne-française n\u2019a pas encore tous les éducateurs et toutes les institutions dont elle a besoin.Cela exige du temps, des hommes et de l\u2019argent.Quelque chose de plus est nécessaire, absolument nécessaire : une pensée politique, sociale et pédagogique suffisamment humble pour éviter toute illusion dangereuse et suffisamment courageuse pour voir le problème canadien-français dans toute sa réalité, pour le repenser à neuf.L\u2019avenir même de la nationalité canadienne-française est en jeu.Tout ce qui peut se faire pour donner à la société actuelle les éducateurs et les institutions dont elle a besoin constitue donc le premier et le principal moyen de former à la vertu de patriotisme.Voilà un vaste programme; les difficultés à surmonter sont très grandes.Voyons là une raison sérieuse d\u2019attaquer la solution de ce problème avec prudence; n\u2019en voyons aucune qui nous oblige à demeurer les bras croisés.L\u2019enseignement systématique du patriotisme se donnerait d\u2019abord dans nos Ecoles normales.Lorsque l'ensemble de nos éducateurs et de nos éducatrices auront reçu une saine formation au vrai patriotisme, ils formeront à leur tour des jeunes qui connaîtront mieux leur patrie et, la connaissant mieux, l\u2019aimeront davantage.Nos collèges classiques propageraient également cet enseignement, ainsi que toutes les écoles spécialisées, afin 694 L'ACTION NATIONALE d\u2019atteindre tous les étudiants dont le développement n\u2019est pas encore complet et qui sont encore susceptibles de perfectionnement.Dans certains milieux, on doute qu\u2019il puisse être question de patriotisme dans les Facultés universitaires.C\u2019est là une erreur à combattre.L\u2019accès à un certain niveau de culture et de formation ne permet de renier ni ses parents .ni sa patrie.2.L'histoire La patrie est une réalité à la fois humaine et géographique.L\u2019étude de son Histoire jouera le rôle d\u2019un auxiliaire indispensable dans la formation de l\u2019élite.\"Nous n\u2019avons rencontré, dit le Père Charmot, aucune discipline dont la puissance éducatrice peut être comparée à celle de l\u2019Histoire.\u201d Comme tous les éléments formels de l\u2019Histoire sont des faits humains, c\u2019est l\u2019action humaine que l'élève y cherchera principalement.Celle-ci, école de psychologie, se recommande tout spécialement aux hommes d\u2019action, aux chefs qui se recruteront, demain comme aujourd\u2019hui, dans nos collèges et nos universités.De plus, nos institutions, nos coutumes, nos lois apparaîtront comme des forces venues de loin, à conserver et à transmettre aux générations à venir, jamais atrophiées, enrichies plutôt des nécessaires évolutions que réclament le temps et les circonstances historiques.\"L\u2019enseignement de l\u2019Histoire a pour but de faire connaître et comprendre le passé et le présent, et de préparer nos élèves à remplir leur rôle social, si modeste soit-il\u201d.(Notes du Comité permanent de l\u2019Enseignement secondaire, p.228.) L'ÉDUCATION PATRIOTIQUE 695 Un enseignement objectif de l\u2019Histoire de la nationalité canadienne-française doit insister sur les conséquences terribles et toujours présentes de la conquête, de l\u2019occupation anglaise.Ne pas tenir compte de ce fait historique, c\u2019est refuser de comprendre la situation actuelle des Canadiens français.L\u2019enseignement de l\u2019Histoire doit décrire ce qui s\u2019est réellement passé, afin d\u2019aider les hommes à comprendre le présent.Cet enseignement devrait être confié à des instituteurs et à des professeurs bien préparés.Les Ecoles normales, les collèges classiques, les écoles secondaires publiques devraient retenir les services de professeurs d\u2019Histoire formés dans les Instituts d\u2019Histoire de nos deux Universités, où ils auraient été initiés à la recherche scientifique.Il faut se rappeler que l\u2019amélioration de l\u2019enseignement de l\u2019Histoire ne dépend pas uniquement des programmes et des manuels.C\u2019est d\u2019abord et avant tout une question de personnel.Confions cet enseignement à des personnes cultivées et spécialisées dans la discipline qu\u2019elles enseignent.Le plus urgent, c\u2019est de commencer par les Ecoles normales.On ne peut enseigner l\u2019Histoire nationale, l\u2019Histoire du Canada, sans revenir sur la notion de patrie.Nous sommes des citoyens du Canada.Mais, pour tous les Canadiens d\u2019expression française, la province de Québec joue un rôle très spécial; son gouvernement, ses institutions, créent un climat propre à un développement conforme à leurs innéités.Cependant les Canadiens d\u2019expression française du Québec, en majorité dans cette province, sont en minorité dans le grand tout \u2014 le Canada \u2014 et leur position ressemble alors à celles des 696 L'ACTION NATIONALE groupements de Canadiens d\u2019expression française des autres provinces, qui forment une minorité dans leur province respective.La position actuelle de tous les Canadiens d\u2019expression française est une position de lutte : ils luttent pour leur existence propre.Ils ne sont pas dans un pays où toutes les institutions sont conformes à leurs origines et favorisent les valeurs culturelles et morales, constituant le fonds même de leur épanouissement normal.D\u2019où l\u2019importance de tendre constamment à l\u2019épanouissement normal et total, qui se traduit en oeuvres littéraires, en oeuvres d\u2019art, etc., oeuvres qui les signaleraient aux autres nations.Nous n\u2019avons pas encore atteint le climat propre à un tel épanouissement total.\"Une nation qui n\u2019a pas l\u2019indépendance est incapable de se donner par elle-même des institutions et une véritable tradition démocratiques .Tous les spécialistes de la Science politique enseignent que les institutions démocratiques ne s\u2019établissent et ne se développent normalement qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019une société jouissant d\u2019une grande sécurité.\u201d (Michel Brunet, Revue d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française, mars 1955.) 3.La langue La formation au vrai patriotisme comporte également l\u2019étude et l\u2019amour de la langue maternelle.\"La formation patriotique exige de nos éducateurs qu\u2019ils transmettent à leurs élèves le souci de la perfection dans l\u2019emploi de la langue : la maîtrise du vocabulaire, le génie des tournures de phrases françaises, la finesse de l\u2019expression, de sorte que le langage ne soit pas seulement matériellement français, mais informé de clarté et d\u2019élégance, caractéristiques L\u2019ÉDUCATION PATRIOTIQUE 697 de l\u2019esprit français .Enseignons à nos enfants les motifs qui postulent la conservation de la langue : sa valeur intrinsèque, sa précision et son charme; le droit naturel qu\u2019ont les enfants de s\u2019exprimer dans la langue de leurs pères; le droit constitutionnel canadien, même s\u2019il faut souvent lutter pour le faire respecter .C\u2019est peut-être dans la correction du langage parlé que nous sommes le plus négligents.\u201d (Rév.P.Clément Cormier, Op.cit., p.202.) Pour faire acquérir la fierté de la langue, les deux procédés généraux les plus propres seraient, d\u2019une part, le contact avec les chefs-d\u2019oeuvre de tous ordres, par des études littéraires aussi poussées que possible et sans orientation patriotique nécessaire, et, d\u2019autre part, la répétition incessante, dans le style de toute publicité, du \"bon ton\u201d d\u2019un parler correct.Cette publicité prendrait une foule de formes : conditionnement par la radio, par les spectacles, par le langage des professeurs en classe, du prêtre en chaire, etc.C\u2019est sur l\u2019élite que doit porter l\u2019effort principal, ce groupe devant donner à la nation son visage; c\u2019est lui qui pourra le mieux énoncer ces valeurs sur lesquelles repose tout l\u2019avenir de l\u2019action patriotique.Justement parce qu\u2019elle est l\u2019élite, cette partie de la population peut accéder à de vraies valeurs et est entraînée à fonder sur elle ses comportements extérieurs.Si cette élite a cessé de bien parler, c\u2019est peut-être par intérêt immédiat, mais c\u2019est surtout parce qu\u2019elle a cessé de croire à la supériorité de la langue, ou des qualités humaines dont elle est le véhicule.Il s\u2019agit donc d\u2019une rénovation profonde, à laquelle une campagne isolée pour la langue n\u2019apportera jamais qu\u2019une contribution partielle.Répétons-le : le problème déborde celui de l\u2019éducation patriotique; il s\u2019agit de reviser toutes nos positions culturelles.A cette révision tous devraient collaborer. 698 L\u2019ACTION NATIONALE \"La langue met à notre portée les disciplines de culture appropriées à notre caractère et constitue le capital intellectuel de notre race.Ne l\u2019oublions pas, la perfection de la langue révèle le degré de civilisation d\u2019un peuple; et notre langue est le signe extérieur de notre degré de culture.Il faut que le meilleur de notre esprit canadien ou de notre vie nationale se reflète dans la structure et les mots d\u2019un parler clair et pur, riche et souple, harmonieux et vivant.Notre enseignement doit donc orienter ses efforts vers les études les plus fécondes du sens national; la littérature française et la littérature canadienne, l\u2019Histoire et la géographie du Canada, les sciences naturelles (flore, faune, sol, métaux de notre pays) .\u201d (Notes du Comité permanent de l\u2019Enseignement secondaire, p.112.) Moyens particuliers Quels seraient les moyens particuliers, concrets d\u2019améliorer chez nous l\u2019enseignement patriotique ?Nous allons les énumérer, à la lumière des principes exposés plus haut.1.\tD\u2019abord, une prise de conscience que l\u2019élite transmettra à toutes les classes de la société.L\u2019exemple doit venir de haut.On ne peut blâmer les citoyens de ne pas posséder la vertu de patriotisme, si cette dernière n\u2019existe pas chez ceux qui sont chargés des destinées de la nation.2.\tL\u2019enseignement systématique des fondements du patriotisme en philosophie et en théologie dans nos Ecoles normales, dans nos écoles spécialisées, voire dans nos Universités.Nous ignorons trop que le patriotisme est une vertu qui comporte à la fois un élément de charité et un élément de justice.Une saine notion de ce qu\u2019est la patrie découlerait de cet enseignement et bon nombre l'ÉDUCATION PATRIOTIQUE 699 de nos éducateurs, de nos éducatrices, de nos hommes de profession et de nos futurs chefs d\u2019entreprise découvriraient en fait le Canada, à l\u2019occasion de ces études.3.\tLe Canada une fois découvert, il faudra passer à l\u2019étude de l\u2019Histoire.Au contact de ceux qui firent notre pays, nous prendrions certainement des leçons de courage, de ténacité au travail, de patience dans l\u2019épreuve, de fidélité à Dieu et à la patrie.Ici, les professeurs d\u2019Histoire ont une besogne urgente à accomplir : présenter l\u2019Histoire de notre pays, en donnant à la rupture de 1760 sa véritable importance.En fait, ce fut un vrai dérangement.La géographie découvrira l\u2019étendue du pays et ses richesses, celles du sol et du sous-sol, ses industries et ses rapports dans le monde international.Les manuels en cette matière sont acceptables.Les Sciences naturelles révéleront un autre aspect non moins riche de la patrie : sa faune et sa flore.Les manuels de zoologie ne sont pas suffisamment adaptés à cette étude; il y en a en préparation.Ceux de botanique sont au point.Enfin la minéralogie et la géologie mettront en contact avec d\u2019autres richesses de la patrie.4.\tL\u2019enseignement du civisme s\u2019impose dans nos Ecoles normales et dans nos Ecoles spécialisées, même dans nos Universités.Le programme de civisme devra contenir plus qu\u2019un \"ensemble de petites choses\u201d; il sera une \"présentation documentée de la réalité canadienne intégrale, l\u2019expression d\u2019une vertu, sans laquelle tous les gestes ne sont qu\u2019automatisme ou hypocrisie.\u201d L\u2019oeuvre remarquable de M.Esdras Minville, Le Citoyen canadien-français, 700 L'ACTION NATIONALE pourrait ici servir de base à un manuel à venir, qui comprendrait, avec des principes de tout repos, l\u2019ensemble des devoirs du citoyen envers la cité.5.L\u2019enseignement de la langue française.\"Le respect de soi-même, l\u2019exercice d\u2019un droit, l\u2019ensemble de nos intérêts conjugués nous commandent d\u2019humaniser la patrie à la française\u201d.(A.Dugré, S.J.) On y parviendra par l\u2019étude plus poussée du français, par la fréquentation assidue des bons auteurs et des bons textes; c\u2019est par là qu\u2019il faut commencer.La langue est le véhicule d\u2019une civilisation.Rejeter ou profaner une langue, c\u2019est démontrer qu\u2019on ne veut plus de la civilisation qu\u2019elle transmet.Quand on abandonne des modes de vie, c\u2019est parce qu\u2019on ne se trouve plus en accord avec l\u2019idéal humain qu\u2019ils traduisent.Avec cette prise de position initiale, propre à développer un vrai climat, on devra se rappeler que la formation à la vertu de patriotisme ne sera possible que dans des écoles où tout contribuera à éduquer.Il importe donc aussi que commissaires, directeurs et maîtres d\u2019écoles travaillent en équipe pour le meilleur rendement possible.L\u2019éducation nationale se fera spontanément, si les maîtres sont de vrais éducateurs à tous les points de vue.Chaque maître verra enfin à être une leçon vivante de patriotisme par son culte de la justice et de la charité, son souci de se servir de toutes les matières scolaires pour faire aimer la patrie, son objectivité dans l\u2019enseignement de l\u2019Histoire, sa préoccupation de présenter toute la patrie, son honnêteté dans le développement du sens national.Sans attendre que ce climat idéal soit pleinement créé, on pourra employer les moyens secondaires qui suivent, avec quelque chance de succès : L\u2019ÉDUCATION PATRIOTIQUE 701 a)\tculte des héros du passé comme tremplin pour l\u2019avenir; b)\tfierté de la langue parlée : \u2014\tcampagnes de correction du langage; \u2014\tconcours de bon parler français; \u2014\tconcours oratoires; \u2014\tconviction qu\u2019il faut toujours spontanément parler français d\u2019abord; c)\torganisation de mouvements de jeunes : A.J.C., académies, société de débats; scoutisme plus soucieux de culture et de fierté nationale; mouvements d\u2019action catholique qui favorisent l\u2019épanouissement de la vertu du patriotisme, qui ne voient pas dans celle-ci une entrave, mais plutôt, une aide précieuse dans leur travail; d)\tjournaux étudiants avec articles exaltant le patriotisme, indiquant aux jeunes des gestes concrets à poser; e)\tattachement au pays marqué par le chant hebdomadaire de l\u2019hymne national : \u2014\tétude de cet hymne comme explication de textes; -\u2014chant de tous les couplets; \u2014\texigences de maintien et de dignité durant cette exécution; f)\tattachement à la Province et au groupe ethnique : ¦\u2014 drapeau dans chaque classe; \u2014\tsalut au drapeau chaque jour, après la prière du matin; \u2014\tgrand drapeau sur chaque école, avec cérémonies extérieures et solennelles, dans certaines circonstances officielles; \u2014\tchoix des fêtes nationales pour ces cérémonies, ou bien cérémonies fixes chaque semaine; 702 L'ACTION NATIONALE \u2014\tfête nationale étudiante durant l\u2019année scolaire, v.g.Dollard des Ormeaux; g)\tcréation de bibliothèques familiales, paroissiales, régionales, etc.h)\texposition illustrant les industries canadiennes-françaises; \u2014\tsemaine des grandes figures canadiennes-françaises contemporaines, dans le monde religieux, politique, social, intellectuel, commercial, industriel; i)\tconcours des produits canadiens-français; \u2014\tvisage français à nos établissements; j)\tformation nationale de la femme canadienne-française dans toutes les institutions de formation des jeunes filles, notamment dans les collèges classiques féminins, les Ecoles normales de filles, les Instituts familiaux, les services d\u2019Education familiale et de Préparation au mariage, etc.k)\tImportance de préoccuper les éducateurs religieux et les futurs clercs du problème national, en théorie et en pratique.Ces moyens, dont quelques-uns ne sont que des procédés de concrétisation, sont indispensables pour atteindre la masse et créer le climat d\u2019ensemble.Celle-ci, en effet, contrairement à l\u2019élite, est peu sensible aux grands discours théoriques et aux démonstrations spéculatives; son climat patriotique naîtra et se nourrira de ces moyens concrets qui atteignent l\u2019âme par le sensible.Et une fois créé ce climat de base, nos manifestations patriotiques ne seront plus prises pour les réactions superficielles d\u2019un nationalisme étroit et ronflant, L'ÉDUCATION PATRIOTIQUE 703 Tous ces moyens secondaires et utiles pourront varier de forme selon les circonstances et les besoins locaux.Ils ne devront pas faire oublier toutefois cette idée fondamentale que l\u2019éducation nationale n\u2019est qu\u2019un secteur de l\u2019éducation tout court, qu\u2019elle jaillira naturellement et spontanément d\u2019une éducation intégrale bien faite.CONCLUSION Une vérité se dégage de ce travail : tenir compte de la hiérarchie des valeurs.Pour pratiquer la vertu, il faut faire effort; la vertu s\u2019acquiert par les actes.La vertu de patriotisme comporte un élément de charité, puis un élément de justice; il ne faudrait pas oublier l\u2019aspect surnaturel de ces vertus qui explique notre exposé des fondements philosophiques et théologiques du patriotisme.Les Canadiens d\u2019expression française travaillent constamment à l\u2019épanouissement de leur personnalité et, dans certains milieux, à leur simple survivance.Lorsque nous aurons une élite assez forte pour nous donner les moyens politiques et économiques de maintenir l\u2019indépendance de la culture, nous aurons fait un grand pas vers la stabilité. La chronique du L.Mars a été excellent pour la publicité autour du Château Maisonneuve.Le Conseil municipal de Montréal a voté à l\u2019unanimité une résolution demandant aux Chemins de fer nationaux de donner un nom français à leur nouvelle hôtellerie.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, lors de son congrès général, a elle aussi adopté une résolution demandant au gouvernement fédéral de prendre ses responsabilités et de se rendre au désir de la population québécoise.Les étudiants de l\u2019Université de Montréal sont allés \"rebaptiser\u201d le nouvel hôtel en collant une immense affiche \"Château Maisonneuve\u201d sur le chantier de l\u2019hôtellerie.Enfin un grand nombre de journaux et de revues québécoises ont accepté, à notre demande, de ne jamais appeler le nouvel hôtel d\u2019un autre nom que \"Château Maisonneuve\u201d.L\u2019affaire va bien .continuons, la victoire est au bout ! EN AVANT LE CHÂTEAU MAISONNEUVE ! Me René Chaloult, ancien député indépendant à l\u2019Assemblée législative de Québec, était le conférencier invité lors du banquet de clôture du congrès de la SSJB, à Montréal.Il a parlé de l\u2019autonomie économique de la province UN DISCOURS REMARQUÉ CHRONIQUE DU DIRECTEUR 705 de Québec.Sans cette autonomie, a-t-il dit, l\u2019autre, l\u2019autonomie politique, ne vaudrait pas cher.Son discours a été fort écouté et a fait réfléchir bien des gens.M.Chaloult a en somme déclaré qu\u2019il est bien inutile de sauver la maison si nous devons ensuite constater qu\u2019on l\u2019a vidée de toutes ses richesses.Les Amis du Devoir tendent la main pour le Devoir.Leur appel mérite d\u2019être entendu.Personne n\u2019est entièrement d\u2019accord avec tout ce qu\u2019écrit le Devoir.Mais bien rares sont ceux, même chez ses adversaires, qui ne sont pas d\u2019avis que c\u2019est un journal nécessaire.Ses amis devraient être les premiers à l\u2019aider.On envoie sa souscription aux Amis du Devoir, 434 est, rue Notre-Dame, Montréal.SOUSCRIPTION POUR LE DEVOIR Et dans un mois ce sera le tour de la souscription patriotique.Encore une souscription ?Eh oui ! et vous aurez mille bonnes raisons de vous montrer généreux cette fois-là aussi.Nous avons un devoir strict de justice envers nos minorités canadiennes.Devoir parce que ces gens-là sont de notre sang, de notre race, devoir aussi parce qu\u2019avec raison on a toujours considéré nos minorités comme des avant-postes qui absorbent le gros des coups qui, autrement, frapperaient peut-être directement notre province.Souscrivons généreusement, souscrivons vite.SOUSCRIPTION PATRIOTIQUE 70 6 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Action nationale publie avec joie le manifeste sur l\u2019éducation nationale que vient de mettre au point l\u2019ACELF.Nous attendions ce document depuis des années dans le Québec.Nous nous heurtions d\u2019abord à ceux qui ne croient pas à cette éducation.Venaient ensuite ceux qui n\u2019avaient pas le courage de l\u2019intégrer dans le programme scolaire.Et il y avait aussi ceux qui la jugeaient pédagogiquement impossible.Le manifeste de l\u2019ACELF répond à toutes les questions, repousse toutes les objections.On constatera avec plaisir la pondération de ce texte, sa clarté et le sens pratique qui a guidé ses auteurs.Nous invitons tous les éducateurs à le lire attentivement.L\u2019ÉDUCATION NATIONALE Plusieurs visites intéressantes au cours des dernières semaines.J\u2019ai rencontré les élèves de l\u2019Ecole supérieure de commerce de Sherbrooke.Groupe intéressant, où les préoccupations d\u2019ordre économique n\u2019ont en rien atténué le sens national.Il faut en remercier les Frères du Sacré-Coeur, qui savent mieux que personne préparer, dans toutes leurs maisons, non seulement des enfants instruits, mais en même temps des Canadiens français sérieux et lucides.A la mi-mars, conférence devant les \"anciens de l\u2019ACJC\u201d.Une douzaine d\u2019aînés étaient venus rencontrer les membres actuels de l\u2019AJC.Le chanoine Groulx, toujours jeune de pensée, a particulièrement intéressé les jeunes qui s\u2019étaient groupés autour des tables.LES ALLÉES ET VENUES DU DIRECTEUR CHRONIQUE DU DIRECTEUR 707 A Québec, conférence devant l\u2019Association des \"escho-liers griffonneurs.\u201d Ces jeunes ont du cran, car ils m\u2019avaient demandé de leur parler : \"Des jeunes et de la politique dans le Québec\u201d.Le Chambre de commerce des jeunes du Cap de la Madeleine m\u2019avait invité comme membre du jury pour la finale du concours oratoire scolaire régional.Les jeunes avaient pris pour thème : le civisme.Ils nous ont prouvé que c\u2019est bien plus \"qu\u2019une foule de petites choses\u201d.La Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke a entrepris de refranciser l\u2019Estrie.Elle a fait imprimer et distribuer une carte ainsi libellée : \"Nous vous prions d\u2019annoncer en français votre établissement et les objets en vente.Parce que la province de Québec est une province française.Parce que cela paie d'annoncer en français.Parce que les touristes viennent dans le Québec pour voir du français.Parce que le Québec est une Nouvelle-France\u201d.D\u2019autres SSJB de notre province pourraient s\u2019inspirer de cet exemple.Car il est plus urgent que jamais d\u2019entreprendre de redonner un visage français à notre province.Ou au moins de protéger ce qui en reste ! Des étudiants de l\u2019Université de Montréal ont trouvé une formule originale et esthétique pour annoncer le fait français.Ils se sont fait imprimer des enveloppes qui portent le drapeau de la province et où on lit des mots d\u2019ordre comme ceux-ci : \"Québec, la vieille cité de Champlain\u201d, \"Montréal, la deuxième ville française du monde\u201d, \"Sherbrooke, la métropole de l\u2019Estrie\u201d, POUR QUE NOUS Y PENSIONS SHERBROOKE DONNE DES RAISONS La tâche souveraine Définir UNE POLITIQUE du Canada français par p^ean- Yljarc cjCécjer Jamais encore, le Canada français n\u2019avait eu à ce point besoin d\u2019une doctrine cohérente, d\u2019une politique nationale complète : jamais, il n\u2019en a été à ce point dépourvu.A l\u2019approche de nouvelles élections provinciales qui nous donneront une fois de plus le spectacle d\u2019une pénible foire, il convient de s\u2019arrêter un peu à cette nécessité de la définition, enfin, d\u2019une politique du Québec.Déjà, les grands journaux proposent tour à tour à notre gratitude les réalisations du gouvernement de l\u2019Union Nationale et à notre espérance le programme du parti libéral.Pendant combien de temps encore, un peuple qui fut jadis fier se contentera-t-il de ces pitreries?Il appartient aux nationalistes, à ceux pour qui cette épithète est synonyme plus de dynamisme et de vigilance que de traditionnalisme, de s\u2019attaquer à cette tâche entre toutes urgente : l\u2019élaboration d\u2019une politique véritable où la nation trouvera la réponse aux problèmes redoutables qui de plus en plus se poseront à elle.De tous les maux dont nous souffrons, le plus grave et qui est à l\u2019origine de la plupart des autres, réside dans l\u2019absence d\u2019une politique canadienne-française.L\u2019observateur le moins attentif est frappé par cette carence DÉFINIR UNE POLITIQUE DU .709 comme par le désarroi de la pensée canadienne-française dans les groupes, hélas fort limités, où cette pensée peut se rencontrer.Où sont les hommes et les milieux conscients du fait que la période où nous entrons va s\u2019avérer décisive pour notre survivance ?Chez l\u2019immense majorité, c\u2019est la satisfaction béate d\u2019une \"victoire\u201d que l\u2019on considère définitive et le lent glissement vers les formes les moins valables de l\u2019américanisation; chez une minorité, l\u2019inquiétude, la recherche fébrile mais souvent maladroite et, parfois, l\u2019adoption, par réaction contre la stagnation ambiante, d\u2019une attitude qui risque de conduire tout droit au suicide.À la dérive Et pendant ce temps, le Canada français va à la dérive, presque joyeusement, écartelé entre les invites du confort nord-américain et les manifestations d\u2019une fidélité sentimentale à un passé dont il a une notion de moins en moins nette.C\u2019est, dans tous les milieux et à tous les échelons, la stagnation la plus complète.Autant on accepte aisément les innovations de caractère technique, on se précipite vers le dernier cri des réalisations américaines en matière de confort, autant on se méfie de la plus légère innovation en ce qui touche à la pensée, dans tous les domaines, surtout dans les domaines qui ressortissent à la politique, à la sociologie, à l\u2019économique.A cela, plusieurs raisons.D\u2019abord, l\u2019influence du conformisme nord-américain qui n\u2019a que haine pour tout ce qui dérange les idées reçues.Ensuite, une tradition de résignation issue de la Conquête et malheureusement entretenue par une fausse conception du catholicisme 710 L\u2019ACTION NATIONALE dont on a oublié qu\u2019il est d\u2019abord révolte et libération et non pas soumission en tout au pouvoir.Enfin, un enseignement pourri par le conservatisme, enfoncé dans les ornières du traditionnalisme et qui a une frousse extraordinaire de la recherche, de l\u2019analyse, de l\u2019inquiétude intellectuelle.On apprend à nos jeunes \"que penser\u201d et non pas \"à penser\u201d.Comment s\u2019étonner après cela que toute action politique ait été placée sous le signe d\u2019un étroit conservatisme, d\u2019une indifférence à l\u2019endroit du monde qui nous entoure, avec le résultat qu\u2019aujourd\u2019hui un grand nombre, parmi ceux des jeunes qui ont cette singularité de \"penser\u201d, abandonnent un nationalisme où ils ne veulent voir qu\u2019impuissance et stagnation.Pourquoi pas nous ?Et pourtant, ne constate-t-on pas chez la plupart des jeunes Etats asiatiques et africains, ces années-ci, l\u2019affirmation passionnée d\u2019un nationalisme qui est à la fois libération économique et politique, progrès social tout autant que progrès national ?Plusieurs pays ont vu triompher des mouvements qui procédaient d\u2019une conception nationaliste faite d\u2019une synthèse féconde de ces divers ordres d\u2019aspirations.Pourquoi en a-t-il été chez nous autrement ?Et pourquoi le nationalisme n\u2019a-t-il pas encore inspiré une doctrine d'ensemble véritablement salvatrice, alors que les conditions mêmes de notre existence s\u2019y prêtaient admirablement, impérieusement ?Si hier cette absence d'une politique canadienne-fran-çaise était grave, elle apparaît aujourd\u2019hui tragique.L\u2019époque où nous entrons sera sans pitié et ne laissera subsister que les peuples qui voudront vivre, passionnément, et qui en arracheront le droit au destin.Faut-il DÉFINIR UNE POLITIQUE DU .711 insister que cela ne sera possible que chez les communautés nationales où aura triomphé une doctrine dynamique ?C\u2019est pour les Canadiens français d\u2019aujourd\u2019hui la grande tâche, la seule peut-être, celle en tout cas de laquelle dépend la solution à long terme de tous les autres problèmes.Mais bâtir une politique présuppose une conscience de l\u2019urgence de la situation et une connaissance approfondie des conditions où se trouve la communauté.Notre nationalisme Jusqu\u2019à maintenant, en quoi a consisté effectivement le nationalisme chez la masse canadienne-française ?D'un côté, des réclamations pour le respect des droits du français dans les diverses sphères de l\u2019administration fédérale ainsi que l\u2019appui à des campagnes en faveur d\u2019institutions pour les minorités francophones dans les autres provinces; de l\u2019autre, l\u2019opposition à la \"conscription\u201d et l\u2019hostilité à l\u2019immigration.On chercherait vainement dans ces manifestations, les éléments d\u2019une doctrine politique féconde, adaptée aux exigences des temps nouveaux.Activités parcellaires qui furent le fruit de l\u2019improvisation.Et pour le reste, on ne peut que s\u2019étonner de voir quelle formidable mobilisation d\u2019énergie a pu se réaliser lors de la fameuse campagne du plébiscite de 1942, quand il s\u2019est jusqu\u2019ici avéré impossible de remuer si peu que ce fût, les masses canadiennes-françaises pour des questions infiniment plus graves.Toujours sans solutions L\u2019évolution des relations fédérales-provinciales, l\u2019exploitation de nos ressources naturelles, notre esclavage économique, notre politique sociale, les relations patro-nales-ouvrières, la détresse de notre enseignement univer- 712 L'ACTION NATIONALE sitaire, la qualité de notre langue : autant de problèmes auxquels aucune solution véritable n\u2019a été apportée ou pour lesquels, on s\u2019est contenté de simples palliatifs.Depuis une dizaine d\u2019années, l\u2019économie et la technique nord-américaines connaissent un développement spectaculaire.L\u2019utilisation de l\u2019énergie atomique à des fins pacifiques, la canalisation du Saint-Laurent, l\u2019introduction de l\u2019automation dans la grande industrie, la fusion des grandes centrales syndicales, face à tous ces événements, quelle a été notre réaction ?Devant leurs conséquences, quelle sera notre attitude ?Dans une seule région de la province de Québec, celle de Chi-bougamau, une trentaine au moins de compagnies minières ont entrepris de grands travaux d\u2019exploitation : aucune n\u2019est canadienne-française et quelques-unes seulement comptent un ou deux Canadiens français parmi les membres de leur conseil d\u2019administration.Eux et nous L\u2019Université McGill a multiplié, depuis la fin du conflit mondial, les Instituts et Centres de Recherches : pâtes et papiers, recherches dans les régions arctiques, Institut des Etudes Islamiques, etc.Pendant ce temps, les pressions gouvernementales ont exclu de nos universités jusqu\u2019à la notion de liberté universitaire.Pourtant, nous ne manquons pas, il s\u2019en faut, de chercheurs et de compétences dans tous les domaines.Et dans la plupart des secteurs de la vie nationale, il s\u2019est trouvé des hommes pour élaborer des projets de redressement ou d\u2019avancement.D\u2019où vient donc cette stagnation qui décourage les meilleurs, cette inefficacité qui fait qu\u2019au sein même du Québec, ce sont des Anglo-Américains qui détiennent les leviers de commande dans tous les domaines importants, ceux de l\u2019économie, des DÉFINIR UNE POLITIQUE DU .713 finances, de la technique, de la recherche scientifique ?D\u2019où vient que de plus en plus de jeunes Canadiens français fréquentent les \"high schools\u201d ainsi que les universités anglo-canadiennes ?Il n'est pas difficile de trouver la réponse : c\u2019est l\u2019absence d\u2019une politique canadienne-française, d\u2019une politique qui fournisse les éléments d\u2019une réponse féconde au défi que l\u2019époque jette à une communauté comme la nôtre.Gare à l'imposture Assurément, ce n\u2019est pas en quelques semaines ni quelques mois que l\u2019on élaborerait une pareille politique: raison de plus pour se mettre immédiatement à la tâche.Mais prenons garde d\u2019abord que la définition de cette politique aboutisse simplement à la cristallisation de nos attitudes conservatrices, de notre timidité, de nos préjugés.Plus exactement, il faudra d\u2019abord éviter de donner dans l\u2019imposture de \"l\u2019union nationale\u201d, c\u2019est-à-dire d\u2019un comportement qui, sous prétexte d\u2019assurer l\u2019union du plus grand nombre, conduirait à des silences ou à des compromis.Une politique canadienne-française ne saurait être que révolutionnaire.Dans le premier temps, elle doit être marquée par une extrême lucidité, laquelle implique la reconnaissance du caractère fondamental de notre situation : nous sommes condamnés à vivre dangereusement et héroïquement, plus précisément à survivre jusqu\u2019au jour, hypothétique, où la réalisation d\u2019un authentique Etat français sera possible.En second lieu, cette politique reposera sur un autre postulat : l\u2019allégeance première doit aller à Québec.Peu de choses nous auront fait autant de mal que le mythe d\u2019une \"unité nationale\u201d qui, commandant l\u2019allégeance 714 L'ACTION NATIONALE première à Ottawa, joue directement contre le Canada français.Dire \"Nous sommes Canadiens d\u2019abord, Canadiens français ensuite\u201d, ne veut proprement rien dire ou alors est l\u2019expression d\u2019une volonté d\u2019abdication, d\u2019un consentement à l\u2019abaissement, à l\u2019assimilation progressive.En troisième lieu, cette politique devra être \"globale\u201d, c\u2019est-à-dire envisager la réalité canadienne-française sous tous ses aspects et adopter en matière économique et sociale des positions bien nettes qui ne peuvent être qu\u2019anti-conservatrices.Dans le même ordre d\u2019idées, il faudra mettre un terme à la confusion du spirituel et du temporel : cette politique devra être laïque.Un Conseil national A partir de là, il faudra, après avoir dressé le bilan des ressources humaines, morales et matérielles du Canada français, dégager les lignes maîtresses de la politique nationale.Sur le plan strictement politique : acquérir le maximum d\u2019autonomie pour le Québec vis-à-vis du pouvoir fédéral mais en même temps donner à toutes les classes de la population, par le truchement de leurs organismes représentatifs, les moyens de participer le plus activement possible à l\u2019élaboration de la législation (ainsi, un Conseil national où ces divers organismes seraient représentés remplacerait avantageusement ce refuge de la sénilité partisane qu\u2019est le Conseil législatif).Sur le plan économique : un effort intense et permanent pour libérer le Québec du capitalisme étranger tout en l\u2019empêchant de tomber sous la coupe du capitalisme national.A cette fin, ne pas craindre d\u2019entrer dans la voie d\u2019un certain socialisme, de nationaliser certaines entreprises, de provoquer la création d\u2019entreprises canadiennes-françaises de statut mixte (participation de l\u2019Etat et de particuliers), imposer au capital étranger des con- DÉFINIR UNE POLITIQUE DU 715 dirions infiniment plus sévères, comme le font des Etats aussi jeunes (mais combien plus courageux et réalistes) que l\u2019Indonésie.Le problème social Sur le plan social : reviser notre législation en fonction de la primauté des masses populaires, coeur et avenir de la nation, qui doivent recevoir le maximum de protection et de sécurité.Toute la législation devra s\u2019inspirer de la reconnaissance du statut de l\u2019ouvrier \"collaborateur et copropriétaire\u201d et non pas de simple subalterne, interchangeable, dans le cadre de l\u2019entreprise.Réunir dans les mains du gouvernement du Québec l\u2019ensemble de la législation sociale, la reviser et l\u2019améliorer et coiffer le tout par un grand ministère de la Sécurité sociale.L'éducation Sur le plan de l\u2019enseignement : restaurer le climat de liberté et les moyens de la recherche.En faire l\u2019instrument à la fois d\u2019un véritable épanouissement humain et d\u2019une authentique éducation nationale.Gratuité de l\u2019enseignement à tous les échelons.Création d\u2019un Centre national de la recherche scientifique sur le modèle de ce qui a été réalisé avec bonheur en France.Sur le plan de la population : élaborer une politique dans tous les domaines des lettres et des arts.Multiplier les initiatives gouvernementales au bénéfice des auteurs et des artistes et couronner le tout d\u2019un Conseil national des arts et des lettres.Sur le plan de la populaion : élaborer une politique saine de peuplement et d\u2019immigration et dans le cadre de ces initiatives, accorder le maximum d\u2019autonomie aux municipalités pour favoriser la création de zones industrielles régionales. 716 L'ACTION NATIONALE Sur le plan de la présence française : multiplier les moyens de rapprochement avec les minorités francophones dans le Canada ainsi qu\u2019avec tous les peuples et groupes de langue française.Tels pourraient être les points de départ d\u2019une politique du Québec.Mais celle-ci présupposerait que les Canadiens français prennent conscience enfin du danger qui les menace et que soient dissipées les illusions mortelles où certains, justement excédés d\u2019un conservatisme étouffant, croient trouver l\u2019antidote quand ce n\u2019est qu\u2019un poison plus subtil.Lucidité dans l\u2019examen de notre situation; volonté d\u2019indépendance à l\u2019endroit d\u2019Ottawa; primauté du Québec; libération économique et progrès social; climat de liberté et de recherche dans l\u2019enseignement : c\u2019est à partir de ces lignes générales que les nationalistes ont à élaborer la politique indispensable au Québec, en se rappelant que cette politique pour être valable et efficace, dans la présente conjoncture, doit être dominée par un triple souci de réalisme, de dynamisme et de liberté.Jean-Marc Léger PONTIAC Bien malgré nous nous devons omettre notre chronique sur le comté de Pontiac ce mois-ci.Nous la reprendrons plus tard. n0TR£ Littérature L'APPEL DE LA RACE ET L'OREILLE CONTEMPORAINE par çÿean vSlain C\u2019est avec une précautionneuse insistance sur l\u2019aspect documentaire de l\u2019oeuvre qu\u2019on vient d\u2019entreprendre la cinquième édition de l'Appel de la Race du chanoine Lionel Groulxd.De la sorte, on semble avoir définitivement fixé l\u2019appartenance de cet ouvrage à un passé révolu que s\u2019est donné pour mission de faire revivre une introduction presque aussi considérable que le roman lui-même.Dès les premières pages de cette introduction, M.Bruno Lafleur s\u2019applique consciencieusement à la tâche de prévenir les objections que la lecture de Y Appel de la Race pourrait susciter chez les intellectuels de la génération présente.Ces jeunes penseurs \"qui se veulent chrétiens et philosophes\u201d \u2014 on semble placer toute la jeunesse intellectuelle sous la bannière de Cité Libre \u2014 constitueraient à l\u2019avance, selon M.Lafleur, des adversaires irréductibles.\"Il ne faut pas se faire d\u2019illusions : ce n\u2019est pas une réédition de Y Appel de la Race, même précédée d\u2019une longue préface, qui changera grand-chose à la mentalité de ces jeunes intellectuels.\u201d Aussi le préfacier craint-il, sans l\u2019avouer, leur superbe dédain susceptible de se manifester tant au sujet des implications nationalistes de l\u2019oeuvre que de sa valeur (1) Chez Fides, Collection du Nénuphar. 718 L'ACTION NATIONALE littéraire.La concession s\u2019avérant une arme sans réplique, il ne se privera pas de l\u2019utiliser.Après avoir rappelé les circonstances historiques dans lesquelles fut écrit Y Appel de la Race, et exposé les principales données du nationalisme de 1922, qui poussait une pointe séparatiste, M.La-fleur conclut : \"Vues de l\u2019esprit, chimères, rêves éveillés, dira-t-on.Oui, sans doute, dans une certaine mesure.\u201d On peut déplorer qu\u2019il n\u2019ait pas explicité sa restriction.Qu\u2019est-ce qui est chimère dans ce nationalisme de 1922 et qu\u2019est-ce qui ne l\u2019est pas ?Or c\u2019est précisément en dégageant les valeurs de fond, les valeurs permanentes du nationalisme de 1922 idéalisé dans Y Appel de la Race qu\u2019il aurait pu montrer que l\u2019ouvrage rencontre encore les préoccupations de la génération actuelle.Au lieu de quoi il déclare, soupçonneux, \"qu\u2019il ne faut pas sourire, d\u2019un tiers de siècle à l\u2019autre, des efforts de pensée et de recherche\u201d.Mais d\u2019où vient cette prétention que le roman du chanoine Groulx, réédité sans préface \"comme un cheveu sur la soupe\u201d eût fait sourire les intellectuels d\u2019aujourd\u2019hui.De 1922 à 1955 M.Lafleur prend de telles précautions à l\u2019égard des jeunes \"qui se veulent trop d\u2019avant-garde\u201d, et dont il craint les railleries, il oppose si bien, sur le plan de la réalité nationale, les intellectuels de 1922 à ceux d\u2019aujourd\u2019hui que le lecteur a l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a plus rien de commun entre eux.Il a beau, par ailleurs, déclarer que l\u2019ouvrage s\u2019adresse à ceux qui \"peuvent encore opter pour une juste conciliation entre les aspirations d\u2019hier et celles d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, il a beau mentionner que \"la jeunesse de 1925 ou 1930 ne différait pas tellement, dans ses aspirations profondes, de celle de 1955\u201d, il ne voit lui-même de commun dénominateur que dans l\u2019ordre de ces réalités assez vagues qu\u2019il nomme \"exigences\u201d, CHRONIQUE LITTÉRAIRE 719 \"besoin d\u2019idéal\u201d, \"appel de justice\u201d.A ce compte, les jeunes générations de tous les lieux et de tous les temps se ressemblent ! Il explique très bien que l\u2019apparentage des doctrines nationalistes canadiennes-françaises et françaises a fait naître une monstrueuse confusion dans les esprits, mais il a le tort de laisser entendre quelle est irrémédiable, qu\u2019elle s\u2019est produite un moment donné et que, depuis lors, un abîme sépare l\u2019idéologie nationale de 1922 des exigences d\u2019ordre planétaire de la jeunesse actuelle.\"Ce n\u2019est pas tellement l\u2019histoire, dit M.La-fleur, que les nouveaux penseurs ignorent; c\u2019est le passé qu\u2019ils suppriment\u201d.L\u2019affirmation est d\u2019un absolu qui gauchit quelque peu la réalité.Sous les diverses étiquettes dont se pare l\u2019activité des intellectuels canadiens-français d\u2019aujourd\u2019hui, il est possible d\u2019apercevoir non pas une doctrine peut-être, mais un esprit nationaliste \u2014 exactement le même que celui de 1922 \u2014 auquel bien peu peuvent échapper.Car enfin, il faut se rendre compte que le nationalisme canadien-français n\u2019est pas à l'origine le résultat de desseins réfléchis et volontaires, mais qu\u2019il est conditionné par des faits historiques indépendants de nous, en particulier la situation précaire où nous a plongés la Conquête et d\u2019où nous ne sommes jamais sortis.Considéré à ce niveau de l\u2019instinct vital, l\u2019appel de la race est un cri de détresse qu\u2019on ne peut pas ne pas entendre, et le nationalisme \u2014 si le terme est galvaudé, s\u2019il sème l\u2019effroi chez quelques-uns, qu\u2019on le change \u2014 est bel et bien une attache sans brisures qui relie les vieilles générations à la nôtre.Les intellectuels d\u2019aujourd\u2019hui ne peuvent pas \"supprimer\u201d le passé; c\u2019est pourquoi, je ne doute pas que la contexture nationaliste du roman du chanoine Groulx puisse encore les rejoindre.C\u2019est pourquoi aussi il semble injuste de présenter ce roman comme 720 L\u2019ACTION NATIONALE un document que l\u2019absence d\u2019exégèse eût laissé indéchiffrable ou ridicule.Injuste pour l\u2019oeuvre dont on fait un texte d\u2019archives; injuste aussi pour la génération actuelle à qui on prête bien peu de discernement.Nationalisme logique Tout naturellement, celle-ci fera bon marché des exagérations oratoires du nationalisme de 1922 et des implications qui étaient alors d'une brûlante actualité et qui n\u2019ont plus aujourd\u2019hui aucune signification.Elle lui reprochera surtout d\u2019être trop doctrinal, point suffisamment humanisé.Mais elle devra convenir que dans sa tendance séparatiste, dans sa vision d\u2019un Québec pleinement autonome, ce nationalisme était d\u2019une rigoureuse logique.Chimère ?Oui, bien sûr, mais ce n\u2019est pas parce qu\u2019une solution est inapplicable qu\u2019elle cesse d\u2019être nécessaire.Ce séparatisme était plus sain, en tout cas, que les formules du nationalisme mitigé de 1910 auquel nous sommes revenus après l\u2019éclair de 1922 et qui fonde ses revendications sur une égalité juridique illusoire.Celui-ci allie à la chimère l\u2019illogisme.Un peuple vainqueur ne compose pas avec un peuple de vaincus.Tous les statuts juridiques n\u2019y peuvent rien.Sans doute, Y Appel de la Race, même s\u2019il fut rédigé alors que s\u2019élaborait la pensée séparatiste et qu\u2019on s\u2019apprêtait à recueillir le débris québécois d\u2019une Confédération croulante, se ressent beaucoup de l\u2019influence du nationalisme doctrinal de Bourassa où le faux compromis de deux races, présenté non comme un modus vivendi mais comme un idéal, ne peut aboutir qu\u2019à la désagrégation accélérée de la plus faible.Nous y trouvons, par exemple, ce commentaire fallacieux de l\u2019alliance LaFontaine-Bald-win qu\u2019on nous a seriné au point qu\u2019il est reçu encore aujourd\u2019hui comme un axiome : \"Ici ni vainqueur, ni CHRONIQUE LITTÉRAIRE 721 vaincu, ni race supérieure, ni race inférieure.C\u2019est l\u2019égal qui traite avec un égal.Les deux hommes sur le même plan.\u201d Nous y trouvons aussi un conservatisme exagéré, un sens étriqué de la tradition, et surtout l\u2019union dangereusement intime de la langue et de la foi qui, pour une bonne part, a contribué à la défaveur du mouvement nationaliste.Par contre, on y voit des réflexions judicieuses comme celle que Lantagnac, le héros, adresse à son beau-père, vieil Anglais entêté : \"Entre vos compatriotes et les miens, M.Fletcher, subsiste, je le crains une grande équivoque de fond.Les vôtres en ce pays, rêvent d\u2019un accord dans l\u2019uniformité, les miens veulent le maintien de la diversité.\u201d Voilà, on ne peut mieux posés les termes du problème soulevé par les événements de 1760 et qui n\u2019est pas encore résolu.Vouloir ou pouvoir ?Hélas ! Lantagnac se met enusite à raisonner en juriste comme trop de ses pères.Il poursuit : \"La vraie bonne entente est possible, mais à une condition .C\u2019est que les Anglo-Saxons acceptent enfin le fait fédératif, avec toutes ses conséquences dans l\u2019ordre politique, national, social et religieux.Franchement, sans plus ruser ni équivo-quer, veulent-ils abdiquer une bonne fois leur prétention de tout niveler sous le couperet de l'orgueil ethnique ?Veulent-ils ne plus prétendre à la communauté de la patrie par la communauté de la race ?Le veulent-ils ?Tout est là.\u201d Le beau-père aurait pu répondre cette vérité que l\u2019histoire confirme : Non, ils ne le veulent pas et, surtout, ils ne peuvent pas le vouloir. 722 L'ACTION NATIONALE Alors ?alors, il reste l\u2019idéal de Lantegnac qui \"voyait poindre le jour où, pleinement émancipée, maîtresse d'un territoire qui aurait l\u2019unité géographique, administrant elle-même ses forces morales et matérielles, sa race reprendrait, sans la pleine possession de ses destinées, le rêve ancien de la Nouvelle-France.\u201d La bonne direction Cette vision, toute vaine qu\u2019elle est, a quand même l\u2019immense mérite de nous indiquer la bonne direction.Je veux dire qu\u2019elle nous enseigne à être séparatistes autant que le permettent les circonstances et la race vainqueur, c\u2019est-à-dire à utiliser à fond les cadres provinciaux incomplets que nous possédons, sans nous laisser abuser trop par les mirages du \"bi-ethnisme\u201d, du bilinguisme et de la bi-culture.Car enfin, il reste indéniable \u2014 même si le sujet semble tabou \u2014 que le Canada est fondamentalement, sur le plan des collectivités raciales et non sur le plan des individus, l\u2019adversaire conscient ou inconscient du Québec, tout comme les Etats-Unis le sont vis-à-vis le Canada et bien davantage encore, étant donné l\u2019insuffisance constitutionnelle de notre armature politique.L'Appel de la Race, qui se termine sur ce rêve impossible de Lantagnac, est un des rares ouvrages, avec ce qui constitue jusqu\u2019à un certain point son correspondant doctrinal, l\u2019enquête de l\u2019Action Française sur Notre avenir politique, publiée en 1923, qui fassent état de ce principe de base du nationalisme canadien-français.A ce titre, il est plus au point, plus actuel que nombre d\u2019autres apologies du nationalisme qui paraîtront par la suite et où cette vision de l\u2019inapplicable mais unique solution adéquate aura disparu, entraînant avec elle le sens que doit prendre une action canadienne-française réaliste. CHRONIQUE LITTÉRAIRE 723 J\u2019ai dit faire état.Car je ne voudrais pas donner à entendre que la doctrine de l\u2019Appel de la Race est tout à fait cohérente.Au contraire, elle souffre de multiples contradictions dont la moindre n\u2019est pas de nous présenter deux idéals à la fois : eclui d\u2019un pacte fédératif intégralement respecté (reliquat du nationalisme traditionnel) et celui d\u2019un Québec en \"pleine possession de ses destinées\u201d.Au surplus, le rêve de Lantagnac s\u2019élabore de façon négative et se donne comme le résultat souhaité de la faillite de 1867, faillite qu\u2019on impute erronément non au régime mais aux hommes.(Cette passivité servira plus tard aux nationalistes de 1922 de prétexte à nier qu\u2019ils aient jamais prêché le séparatisme.Il ne faut pas se laisser abuser par les termes.) Mais cet éclair de vérité, si faible, si embrumé qu\u2019il soit, il nous aura suffi \u2014 la littérature nationaliste nous ayant rendus peu exigeants \u2014 de le trouver dans le roman du chanoine Groulx pour que l\u2019ouvrage prenne un sens actuel.Nationalisme qui s'humanise Nous vivons à une époque confuse.Le nationalisme traditionnel, celui de 1910, mal intégré, trop revendicateur, faussement appuyé sur une égalité juridique illusoire a subi des attaques de fond.On l\u2019a forcé \u2014 je devrais dire on le force \u2014 à se réorienter.Or, nous assistons actuellement à cette phase pénible et peut-être très longue de la transformation où l\u2019être, de quelque ordre qu\u2019il soit, prend une allure monstrueuse en unissant ce qu\u2019il était hier à ce qu\u2019il sera demain.Mais on peut distinguer déjà que le nationalisme d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019humanise peu à peu, qu\u2019il se libère des cadres étroits de la langue, du droit et de la terre.On distingue aussi qu\u2019il s\u2019occupe plus volontiers des structures qui lui appartiennent en propre.Quel est le sens de cette multitude stupé- 724 L\u2019ACTION NATIONALE fiante de rapports présentés à la Commission Tremblay, sinon le désir généralisé que le gouvernement canadien-français du Québec prenne une fois pour toutes ses responsabilités afin que les autorités anglaises d\u2019Ottawa ne s\u2019autorisent plus de son incurie pour agir à sa place.Au fond, si on ne se laisse pas leurrer par les mots, ce désir manifeste-t-il autre chose que la volonté de se soustraire à l\u2019influence du Canada anglais, de se \"séparer\u201d, autant qu\u2019il est possible, de cet écrasant voisin.Entreprise séparatiste donc ?Pourquoi pas.D\u2019ailleurs, le Rapport Massey est-il lui-même autre chose qu\u2019un manifeste séparatiste dirigé contre l\u2019emprise américaine ?Ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019on sait que le salut des collectivités ethniques est dans l\u2019autonomie complète.Notre tort à nous a été de confondre, depuis 1842, dans un tout édénique où, bien entendu, nous représentions surtout les valeurs spirituelles, l\u2019autonomie canadienne et l\u2019autonomie Canadian.La réaction séparatiste \u2014 ici encore changeons le vocable s\u2019il nous agace trop \u2014 n\u2019est que normale et salutaire.Pour la génération actuelle L'Appel de la Race a quelque chose à communiquer à la génération actuelle, ai-je affirmé depuis le début.On me reprochera d\u2019avoir réduit cette génération à ceux qui croient encore au nationalisme.Mais justement, est-il besoin d\u2019y croire pour le pratiquer ?Le nationalisme en s\u2019intégrant descend au niveau des fonctions vitales.Il est aujourd\u2019hui plus inconscient que militant.Je ne crois pas que ceux qui l\u2019ont attaqué avec le plus de vigueur, ces intellectuels aux préoccupations soicales dont parle M.Lafleur, soient en réalité des adversaires irréductibles.Ce qu\u2019ils ont vu, ce qu\u2019ils combattent chez nous, ce sont les attitudes réactionnaires, le Catholicisme-paravent, la morale négative, le pharisaïsme, les tendances anti-sociales et bien CHRONIQUE LITTÉRAIRE 725 d\u2019autres choses encore.Ils ont cent fois raison.Que ces maux dont l\u2019histoire explique aisément les origines aient été intensifiés par les exagérations d\u2019une doctrine nationaliste mal comprise, mal assimilée, qui confine au négativisme, je ne crois pas qu\u2019on en puisse douter.Mais qu\u2019y a-t-il dans tout cela qui s\u2019oppose au principe du nationalisme lui-même qui n\u2019est au fond que l\u2019instinct de conservation transposé dans l\u2019ordre des collectivités ethniques ?M.Lafleur, fort scandalisé, cite ce passage de Jean Le Moyne tiré d\u2019un numéro de Cité Libre : \"On frémit à la pensée de ce qui arriverait à un peuple canadien-français constitué en Etat indépendant\u201d.Bien sûr qu\u2019il y a là de quoi frémir ! Précisément parce que les maux dont nous parlons plus haut n\u2019ont pas encore été extirpés, et que cet Etat indépendant, s\u2019il se réalisait aujourd\u2019hui, transformerait le Québec en un bled étouffant.La phrase de Jean Le Moyne, si je ne m\u2019abuse, s\u2019applique à la situation actuelle et ne se donne pas comme un principe à valeur absolue.Et je comprends qu\u2019il continue : \"Notre unique sauvegarde, sur le plan des circonstances, réside dans le fait que nous partageons le pays avec une majorité anglo-saxonne et protestante\u201d.Prise dans son contexte d\u2019actualité, cette remarque n\u2019a pas de quoi faire sursauter.Elle n\u2019est même pas antinationaliste.Elle souligne simplement et avec justesse que l\u2019apport anglo-saxon, sa puissance, sa vitalité, sa libéralité \u2014 l\u2019exemple qu\u2019on apporte le plus souvent est celui de la Société Radio-Canada \u2014 corrige actuellement jusqu\u2019à un certain point l\u2019inanité québécoise.Ce qu\u2019il ne faut pas perdre de vue ici, c\u2019est le sens de l\u2019évolution.La jeune génération qui pense aujourd\u2019hui aisément comme Jean Le Moyne \u2014 les progrès en ce 726 L'ACTION NATIONALE domaine ont été extrêmement rapides depuis quelques années -\u2014 finira par se retrouver aux postes de commande de la société canadienne-française.Aura-t-on alors le même frisson à la pensée d\u2019un Québec indépendant ?Ces intellectuels avancés que vise M.Lafleur dans sa préface \u2014 ils paraissent déjà beaucoup moins avancés qu\u2019il y a cinq ans \u2014 nous invitent avant tout à travailler sur nous-mêmes.En quoi leur doctrine n\u2019est pas le moindrement incompatible avec une saine idéologie nationaliste.Il reste toutefois la dangereuse équivoque de considérer le contact anglo-saxon comme une panacée définitive.Ceux qui s\u2019y sont laissés prendre ont en réalité opté pour le mieux-être de l\u2019individu ou des collectivités infra-nationales au détriment de l\u2019ethnie canadienne-française.Ce sont des Lantagnac d\u2019avant la conversion, mais avec en plus ce leurre terrible qu\u2019ils ne sont pas conscients de leur option.Pour ceux-là, l\u2019appel de la race devra se faire autrement retentissant.Jean Blain a noui/eue accoiaae HAITIANO-CANADIENNE par fêoyer ~S?t- \\Jiclort de j^ort-au- P,L Le monde s\u2019est réveillé un matin en entendant la voix victorieuse de l\u2019Est, les cris désespérés des victimes et les dernières prières pour la paix.Il était déjà trop tard.Hitler et ses hommes avaient fait appel à tous les moyens que proposaient le cynisme et la méchanceté pour prouver leur puissance destructive.Ce fut la guerre.Une guerre affreuse, qui coûta à l\u2019humanité des millions de vies humaines et cent retards vers le progrès, la lumière.On cherche et on continue à chercher les raisons qui provoquèrent sous tous les cieux l\u2019angoisse qui coucha à chaque porte et se réveilla avant l\u2019aube.Mais, les psychanalystes eux-mêmes ont fini par être d\u2019accord : le monde sera toujours une affreuse jungle si l\u2019homme refuse de s\u2019entendre.S\u2019entendre, non pas à l\u2019ONU et à l\u2019OEA; s\u2019entendre, non pas grâce à la Charte de San Francisco.Mais collaborer honnêtement pour que le monde devienne UN, afin que tous les cieux soient un seul ciel, pour que toutes les mers soient une seule mer.Les physiciens et les chimistes ne peuvent plus marier leurs calculs pour un but humain, parce que les 728 L\u2019ACTION NATIONALE savants américains et ceux des autres pays sont ennemis déclarés des savants russes.Il y a le rideau de fer, il y a les frontières qui séparent les hommes et établissent une différence tellement grande que pour communiquer avec d\u2019autres hommes, dans d\u2019autres pays, il faut avoir recours à la magie ! Rapports culturels Puisqu\u2019il est désormais difficile de s\u2019entendre, les grandes intelligences humaines ont fini par croire qu\u2019il faut penser à établir des rapports culturels entre toutes les nations pour que l\u2019on arrive à des solutions heureuses, afin de calmer les maux, les tourments, qui ne sont en somme que le tribut de chaque nation, depuis la création du monde, jusqu\u2019à ce jour.Depuis l\u2019Arche de Noé, jusqu\u2019à la petite maison construite avec de la terre battue.Les hommes ont pu savoir la pensée d\u2019autres hommes, leur philosophie, et leur doctrine, grâce à Guttem-berg qui inventa l\u2019imprimerie.En partie l\u2019obscurité a été avilie grâce à la lumière de l\u2019électricité; les dictionnaires prévoient la difficulté des langues.Les échanges entre nations ont résolu maints problèmes, et, sur le rapport culturel un travail magnifique a été réalisé.Canada-Haïti Le Canada et Haïti, deux pays de moeurs et de culture identiques, très longtemps éloignés l\u2019un de l\u2019autre, commencent à se mouvoir, pour se rapprocher. LA NOUVELLE ACCOLADE HAITIANO .729 Dans le cadre de cette nouvelle et heureuse tendance qui se dessine à l\u2019horizon de l\u2019amitié haïtiano-canadienne, une importante délégation de commerçants canadiens a visité dernièrement Haïti pour prendre contact avec les officiels de l\u2019actuel gouvernement, afin de poser des jalons permettant d\u2019intensifier les relations commerciales existant entre les deux pays.Les conclusions des démarches entreprises par cette délégation en Haïti n\u2019ont pas encore été rendues publiques.Toutefois, le fait qu\u2019un groupe de commerçants et d\u2019employés supérieurs mandatés par l\u2019Etat d\u2019Haïti soit parti à destination du Canada, laisse augurer que les pourparlers ne sont pas au point mort.Ce groupe, présidé par M.Alain Turnier, sous-secré-taire d\u2019Etat au département du Commerce, a comme membres MM.Martial Pétrus, chargé d\u2019affaires d\u2019Haïti à Ottawa; Gérard Laforest, chef de la Division du contrôle des prix, de la statistique, du commerce intérieur et extérieur au département du commerce; Dumont Bel-lande, industriel, président de la Chambre de commerce d\u2019Haïti; Carlet Auguste, commerçant, ancien secrétaire d\u2019Etat du commerce; Raymond Roy, député du peuple, directeur de la distillerie Prince; Jean Gardère, directeur de la rhumerie Bargancourt; Henri Reiher, commerçant; Herman Burgère, directeur de la maison E.et G.Mar-titjn; Gérard Kénol, Mme Paul Paquin, représentants de la Petite industrie, et Mlle Madeleine Cassagnol, chef du service de l\u2019information, de l\u2019accueil et de la statistique à l\u2019Office national du tourisme.Liaison française Ces délégués sont disposés à laisser le pays, confiants dans la réussite de leur mission après avoir constaté la 730 L'ACTION NATIONALE grande sympathie que les Canadiens professent pour Haïti, lors du passage des cent soixante-quinze fils de ce pays débarqués dans la soirée du samedi 14 janvier à huit heures, à bord du SS Patricia.La nouvelle annonçant l\u2019arrivée de ces ambassadeurs de l\u2019amitié canadienne a été accueillie dès le premier jour avec joie dans toutes les classes sociales du pays.Cette joie se justifie non seulement par le fait que la pensée, les moeurs et le langage sont identiques chez les deux nations, aussi parce que plus d\u2019un se rappelle la première croisière venant du Canada, qui touche Haïti il y a vingt ans.Elle fut organisée par M.Louis-Philippe Langlois, sous la présidence de Mgr Camille Roy, l\u2019ancien et regretté recteur de l\u2019Université Laval de Québec.Rapprochement définitif La deuxième croisière canadienne débarqua à Port-au-Prince en 1938.Y participait l\u2019un des savants canadiens les plus connus : le R.F.Marie-Victorin.Dix-huit ans après, Mgr Paul-Emile Gosselin et M.Paul-Emile Gingras ont renouvelé ces deux initiatives.Comme de nouveaux concepts de paix guident notre monde anxieux dans la recherche d\u2019une vie meilleure, nous croyons fermement que ce troisième acte posé dans l\u2019histoire de nos relations avec le Canada constitue le signe annonciateur d\u2019un rapprochement définitif entre ces deux pays avides de se connaître.Monseigneur Gosselin a interprété ce geste dans le même sens que nous en prenant la parole quelques minutes après l\u2019arrivée des membres de la Liaison LA NOUVELLE ACCOLADE HAITIANO .731 française, au Cercle Port-au-Prince, pour souligner le sens de la présence de ses compatriotes sur notre \"terre montagneuse\u201d.1 Quoique leur séjour bref à Port-au-Prince2 les Canadiens ont su, par leur esprit de compréhension, leur entregent, leur profonde culture et leur humanisme avancé, écrire une nouvelle page de l\u2019histoire.Elle s\u2019intitule : \"la nouvelle accolade haïtiano-canadienne\u201d.Ceux qui viennent de buriner les lignes de cette page sur le marbre du temps me font penser que : C\u2019est par l\u2019amour et le souci constant de bien faire que l\u2019homme arrive à se dépasser en affrontant les barricades dressées par le destin.Roger St-Vietor, Port-au-Prince, le 15 janvier 1956, Haïti.(1)\tSignification précise du mot Haïti en langue aborigène.(2)\tCapitale de la république d'Haïti, siège du Gouvernement. CHRONIQUE DU INÉMS PAR CLAUDE SYLVESTRE Oscar, qui êtes-vous ?A première vue, mais avec exactitude, c\u2019est une statuette de dix pouces de hauteur, pesant sept livres, dont l\u2019intérieur est en bronze et la surface plaquée or; son coût de fabrication est de cent dollars à quelques sous près.Le Larousse n\u2019en parle pas.Le sujet étant d\u2019actualité, parlons-en.Comme par les années passées, Oscar vient de se faire distribuer ce mois-ci par dizaines d\u2019exemplaires.11\test la récompense décernée aux Etats-Unis par l\u2019Académie des Arts et Sciences du Cinéma aux films et aux artisans du film jugés les meilleurs.Ce symbole de gloire a sa petite histoire.Oscar a 25 ans.L\u2019Académie qui l\u2019a mis au monde a été fondée à Hollywood en 1927 par 36 associations s\u2019occupant de près ou de loin de production de films.Leur but était de créer une émulation salutaire pour la qualité.Aujourd\u2019hui, l\u2019Académie des Arts et Sciences du Cinéma se compose de 12\tbranches qui groupent environ 2,000 membres choisis parmi des producteurs, des musiciens, des écrivains, des metteurs en scène, et plusieurs autres artisans.Ces 2,000 membres votent pour tous les Oscars en suivant des procédures qui peuvent différer selon qu\u2019ils appartiennent à l\u2019une des 12 branches composant la structure de cette CHRONIQUE DU CINÉMA 733 reluisante Académie.Chacune de ces 12 branches choisit par catégories 5 concurrents susceptibles de gagner un Oscar.Ce premier choix établi, l\u2019Académie visionne les films proposés dans leur ordre éligible, et les 12 représentants de chaque branche votent alors un choix définitif.Les noms des gagnants sont tenus secrets jusqu\u2019au four de la cérémonie officielle de la présentation des Oscars.L'origine du nom La publication annuelle \"Motion Picture and Television Almanac 1955\u201d nous indique un détail cocasse sur l\u2019origine du nom \"Oscar\u201d.Après avoir rejeté l\u2019idée de médailles, de certificats ou de plaques, les premiers dirigeants de l\u2019Académie optèrent pour le projet d\u2019une sculpture originale.Cedric Gibbons, alors directeur artistique de la Metro-Goldwyn-Mayer, dessina l\u2019esquisse de la statuette maintenant célèbre, qui fut envoyée à un sculpteur de Los Angeles.Pendant quatre ans \"Oscar\u201d s\u2019appela tout simplement \"the statuette\u201d jusqu\u2019au jour où Mrs Margaret Herrick, nouvelle secrétaire de Monsieur Gibbons, déclara en voyant pour la première fois la statuette sur le bureau de son patron : \"tiens, on dirait mon oncle Oscar.\u201d Un journaliste présent écrivit le lendemain : \"Une secrétaire de VAcadémie baptise avec affection la fameuse statuette du nom d\u2019Oscar\u201d.Depuis ce jour Oscar exista.L\u2019oncle Oscar s\u2019appelait de fait Oscar Pierce.Il a main-nant 80 ans et vit près de Washington sans avoir vu un seul Oscar.Pour ceux qui s\u2019attendrissent aux souvenirs rappelons que l\u2019Oscar pour le meilleur acteur de l\u2019année fut décerné comme suit: 1928, Emil Jannings pour son rôle dans \"The Way of All Flesh\u201d.1929, Warner Baxter dans 734 L\u2019ACTION NATIONALE \"In Old Arizona\u201d.1930, George Arliss dans \"Disraeli\u201d.1931, Lionel Barrymore dans \"A Free Soul\u201d.1932, Frederic March dans \"Dr.]ekyll and Mr.Hyde\u201d, et Wallace Berry dans \"The Champ\u201d.1933, Charles Laughton dans \"The Private Life of Henry VIII\u201d.1934, Clark Gable dans \"It Happened One Night\u201d.1935, Victor McLaglen dans \"The Informer\u201d.1936, Paul Muni dans \"The Story of Louis Pasteur\".1937, Spencer Tracy dans \"Captains Courageous\u201d.1938, Spencer Tracy dans \"Boys Town\u201d.1939, Robert Donat dans \"Goodbye Mr.Chips\u201d.1940, James Stewart dans \"The Philadelphia Story\u201d.1941, Gary Cooper dans \"Sergent York\u201d.1942, James Cagney dans \"Yankee Doodle Dandy\".1943, Paul Lukas dans \"Watch on the Rhine\u201d.1944, Bing Crosby dans \"Going my Way\u201d.1945, Ray Milland dans \"The Lost Weekend\u201d.1946, Frederic March dans \"The Best Years of Our Lives\u201d.1947, Ronald Colman dans \"A Double Life\u201d.1948, Laurence Oliver dans \"Hamlet\u201d.1949, Broderick Crawford dans \"All the King\u2019s Men\u201d.1950, Jose Ferrer dans \"Cyrano de Bergerac\u201d.1951, Humphrey Bogart dans \"The African Queen\".1952, Gary Cooper dans \"High Noon\u201d.1953, William Holden dans \"Stalag 17\".Les meilleurs films: 1928, \"Wings\".1929, \"The Broadway Melody\u201d.1930, \"All Quiet on the Western Front\u201d.1931, \"Cimarron\u201d.1932, \"Grand Hotel\u201d.1933, \"Cavalcade\".1934, \"It Happened One Night\u201d.1935, \"Mutiny on the Bounty\u201d.1936, \"The Great Ziegfeld\u201d.1937, \"The Life of Emile Zola\".1938,\"You Can Take it With You\u201d.1939, \"Gone With the Wind\u201d.1940, \"Rebecca\u201d.1941, \"How Green Was My Valley\".1942, \"Mrs.Miniver\u201d.1943, \"Casablanca\u201d.1944, \"Going my CHRONIQUE DU CINÉMA 735 Way\u201d.1945, \"The Lost Weekend\".1946, \"The Best Years of Our Lives\".1947, \"Gentleman\u2019s Agreement\".1948, \"Hamlet\".1949, \"All the King\u2019s Men\u201d.1950, \"All About Eve\u201d.1951, \"An American in Paris\".1952, \"The Greatest Show on Earth\".1953, \"From Here to Eternity\u201d.Curieuses destinées Il est évident que le dénommé Oscar a parfois de curieuses destinées qui rie le rendent pas un symbole infaillible de qualité.Il s\u2019agit de jeter à nouveau un coup d\u2019oeil à l\u2019année 1952 pour voir que DeMille (qui a toujours eu le malheur de croire que colossal était synonyme de grandiose) a éclipsé la classique \"High Noon\u201d avec le tape à l\u2019oeil de \"The Greatest Show on Earth\".Les Oscars reçoivent de plus en plus une publicité tapageuse qui peut devenir facilement trompeuse.A noter par exemple que Picnic s\u2019est affiché ces jours derniers comme le futur gagnant de huit Oscars.Dans quelques jours l\u2019Académie aura décerné ses prix; si Picnic en a reçu huit, je pose à nouveau la question, sur un ton sceptique cette fois : Oscar, qui es-tu ?Claude Sylvestre Lé D U CA T par jpaul-^ïinit* C/\\nyrai ON LE MESSAGE DES UNIVERSITÉS Plusieurs universités du Canada anglais ont l\u2019excellente tradition de publier leur rapport annuel.Le public peut ainsi connaître leur situation académique et financière et s\u2019y intéresser.Les doyens de chaque faculté et le président de l\u2019université ont l\u2019occasion de livrer le message de l\u2019institution, sa politique, d\u2019attirer l\u2019attention du public sur son rôle, ses problèmes et sa direction.Le rapport révèle la qualité et la vitalité du foyer culturel.Celles-ci se retracent par exemple dans le ton du rapport présidentiel, dans l\u2019insistance apportée aux diverses questions, dans l\u2019ordre des préoccupations, dans l\u2019activité du personnel ou dans l\u2019organisation administrative.Excellente initiative que nous souhaiterions voir partager par nos universités et nos collèges français.Nous avons étudié quelques-uns de ces rapports pour l\u2019année 1955, et plus spécialement analysé les textes des présidents!').L\u2019université est d\u2019ordinaire à la mesure de (1) McGill University, Montréal, Annual Report, 1954-55.University of Toronto, President\u2019s Report, For the Year Ended June 1955.Report of the Principal of Queen's University to the Board of Trustees, 1954-55.The University of Manitoba, President\u2019s Report, 1954-1955.The President\u2019s Report 1955-54, The University of British Columbia. L\u2019EDUCATION 737 son président; les préoccupations de celui-ci importent aujourd\u2019hui de façon particulière.Lorsqu\u2019on entrevoit les diverses orientations que peuvent prendre d\u2019ici dix ans nos universités, dans ce monde aux exigences scientifiques accrues, il est réconfortant et significatif d\u2019entendre M.Cyril James ou M.Sidney Smith affirmer : \"the task of a university is the creation of the future so far as rational thought and civilized modes of appreciation can effect the future\u201d.De ces rapports présidentiels nous tirons quelques idées communes qui décrivent les problèmes majeurs de nos universités; nous soulignerons ensuite des réalisations ou points de vue particuliers mais qui nous semblent d\u2019intérêt général.Problème de quantité Le temps des prédictions et des avertissements est passé.Il n\u2019y a plus à discuter des probabilités.Les étudiants qui vont frapper demain aux portes des collèges et universités sont déjà sur les bancs des écoles.Le Dr Sheffield, directeur fédéral des statistiques de l\u2019éducation, a jeté le problème de la quantité en pleine lumière à la Conférence canadienne des universités, le 10 juin 1955.Il y avait en 1955 au Canada 913,423 jeunes de 18 à 21 ans; il y en aura 1,228,674 en 1965.L\u2019inscription universitaire de cette catégorie est actuellement de 67,148; elle passera à 128,900.McGill envisage une augmentation de 6,752 à 13,000 selon ces prévisions; à tout le moins, affirme M.James, même en éliminant les moins doués, ce sera 9,500.A l\u2019Université de Manitoba, M.Saunderson pose le problème d\u2019une augmentation de 5,000 à 7,500 durant la même période. 738 L'ACTION NATIONALE Serons-nous prêts à affronter l\u2019inscription massive ?Aucune université ne l\u2019est.Aucune ne le sera à moins de régler rapidement d\u2019énormes problèmes de personnel, de construction et de financement.Le personnel Non seulement ce personnel de demain ne se recrute pas et ne se prépare pas, le personnel actuel quitte l\u2019université canadienne.On peut, parce que problème matériel, régler en trois ans un problème de locaux.On ne crée pas de la sorte des maîtres.Or le réservoir est vide.Il se vide chaque jour davantage, tant par le peu de sécurité et d\u2019attrait qu\u2019offre la carrière que par les rapts que commettent dans la profession l\u2019industrie et les gouvernements.Le salaire réel des professeurs a baissé de 5% aux Etats-Unis depuis 14 ans alors que celui des autres professions augmentait de 10% à 80%.Et pourtant ce salaire américain est tellement supérieur au salaire du professeur canadien que nombre des nôtres émigrent.M.Smith précise qu\u2019au cours de la semaine où il rédigeait son rapport, ce fut le problème de trois de ses meilleurs hommes.L\u2019Université de Manitoba compte sept pertes en quelques mois.Surchargé de besogne dans certaines universités, de toute façon ayant une tâche difficile, sous-payé, le professeur est encore la proie facile de l\u2019industrie ou du service civil.Ce professeur de sciences qui rêvait de recherches a de multiples cours et corrige des copies; il passe à l'industrie, reçoit un salaire double ou triple, dirige un laboratoire très bien équipé : en pratique il fait plus de recherches en une année qu\u2019en dix à l\u2019université.La concurrence est-elle juste ? L'ÉDUCATION 739 La solution ?Il n\u2019y en a qu\u2019une : donner des conditions de travail telles que le professeur ne paraisse pas imbécile en les acceptant.Les autorités civiles et l\u2019industrie commettent une grave erreur, une erreur qui compromet la prospérité même du pays, lorsqu\u2019au lieu d\u2019alimenter l\u2019université et de lui fournir les moyens de se constituer un personnel de valeur, elles lui viennent ravir ses meilleurs hommes.C\u2019est la réédition 1956 de la poule aux oeufs d\u2019or.Il est encourageant toutefois de noter que l\u2019opinion publique semble s\u2019éveiller à ce problème, que de tels propos commencent à se lire dans les journaux, à s\u2019énoncer dans les milieux d\u2019affaires.Les constructions Faut-il agrandir nos universités ?Faut-il en ériger de nouvelles ?Les frais d\u2019expansion sont là.L\u2019Université de Toronto présente un projet d\u2019ensemble de $21 millions.En 1956, l\u2019Université McGill organise un fonds de construction de $6 millions.A moins d\u2019accepter un \"éléphan-tisme\u201d néfaste : classes massives, cours en série, perte de l\u2019attention individuelle, il faudrait en principe presque doubler les constructions actuelles de nos universités et collèges.Le financement Maîtres et locaux posent le problème de financement.Nos présidents d\u2019universités le déclarent rudement : \"La société demande ses chefs à l\u2019université, elle doit accepter les exigences de l\u2019université.\u201d \"Les universités n\u2019ont réellement pas reçu leur part de la prospérité nationale.\u201d 740 L\u2019ACTION NATIONALE En 1951, aux Etats-Unis neuf centièmes de 1% du revenu taxable de l\u2019industrie est versé à l\u2019université.La part de l\u2019industrie canadienne est moindre encore.A ce propos, les présidents des universités rappellent la déclaration de M.Lank, président de Du Pont : \"an essential cost of doing business and staying in business\u201d, telle est l\u2019aide de l\u2019industrie.Il faut donc que le public se rende responsable du financement de ses universités : le public en général, les anciens des institutions, l\u2019entreprise privée, l\u2019industrie, le commerce et la finance, les gouvernements.Il faut par ailleurs que nos universités étudient soigneusement leurs besoins actuels et futurs : inscriptions, personnel, constructions.Outre ces trois points majeurs qui arrêtent l\u2019attention commune des universités, notons rapidement quelques points de vue particuliers.L'aide aux étudiants Pour aider le jeune talent, l\u2019Université de la Colombie a mis sur pied un Comité d\u2019aide aux étudiants.Celui-ci a développé de multiples formes d\u2019assistance : prix, bourses, dons, prêts, pensions à prix réduit, occupations rémunérées, participation à l\u2019enseignement.A cet effet le Comité sollicite des fonds de l\u2019industrie, du commerce, des associations, des individus, du gouvernement.Le succès est étonnant.Une somme totale de $450,000 sous ces diverses formes a été versée en 1955.Plus de 1600 étudiants sur un total de 5,000 ont bénéficié de l\u2019assistance du Comité, et 1900 dons ont été accordés.Le ré- L'ÉDUCATION 741 sultat est d\u2019autant plus réconfortant qu\u2019il y a six ans l'aide aux étudiants parvenait difficilement à la somme de $200,000.L\u2019importance des collèges Pour McGill et Toronto, l\u2019éducation n\u2019est pas simple connaissance : \"Education is more than knowledge\u201d.Toronto se félicite de cette fédération de collèges qui constituent sa réserve d\u2019étudiants.Collèges autonomes dans leur vie académique et même dans leur administration.La variété de conceptions qui président à ces collèges et à leur autonomie enrichit l\u2019université.Il faut à tout prix maintenir cette décentralisation : \"Affiliation can mean much or little; an academic federation is u>hat the members make it.\" Il faut à tout prix sauver \"the small academic community with its distinctive influences, its residential tradition, and its emphasis on the liberal arts\u201d.Le son de cloche parviendra-t-il aux oreilles des centralisateurs québécois ?aux niveleurs des écoles publiques ?aux adversaires de l\u2019autonomie de nos collèges privés ?Le personnel administratif Le trait mérite l\u2019attention.Le personnel enseignant de l\u2019Université de Toronto compte 1538 membres; celui de l\u2019administration 1867.L\u2019Université entreprend une longue et dispendieuse enquête sur la fonction et les méthodes de travail du \"registrar\u201d.L\u2019administration assure l\u2019élan et l\u2019efficacité d\u2019une institution.Seule une administration nombreuse et qualifiée permet la liberté de réflexion, la prévision et le rendement d\u2019une institution.Nos institutions françaises ont trop longtemps négligé la fonction administrative. 742 L'ACTION NATIONALE Concluons.Nous faisons face à trois problèmes majeurs : inscription, construction et financement.L\u2019échéance est proche.Il nous faut aller décidément de l'avant.Le public, l\u2019industrie, les autorités civiles le comprendront-ils à temps ?Nos collèges et nos universités auront-ils demain les professeurs et les locaux requis ?Et nous revenons à la nécessité d\u2019une Commission permanente provinciale d\u2019éducation qui enquêterait sur ces besoins de l\u2019enseignement secondaire et supérieur et qui élaborerait une politique d\u2019éducation à la mesure de ces besoins.Paul-Emile Ginqras NOTRE CIVILISATION par Pierre de Cjrc Complexe d'infériorité?jrandpré \"Il est né d\u2019une race fière .Fiers, nerveux, irritables, nous n\u2019aimons pas, Canadiens français, nous faire dire nos vérités.Notre susceptibilité, notre \"mauvais caractère\u201d, nos réflexes un peu soupe au lait ont été mille fois observés, dénoncés.Nous ne sommes pas à prendre avec des pincettes.Déjà Hocquart, en 1736, nous trouvait \"extraordinairement sensibles au mépris\u201d.Il nous a toujours fallu des chefs amicaux, en qui nous puissions avoir foi et confiance, pour aller à Faction.Déjà nos milices canadiennes, indisciplinables par la hauteur et la dureté, étaient, selon Charlevoix, très aisées à conduire lorsqu\u2019on savait \"gagner leur estime\u201d.Chez le Français, le coeur est ainsi vif et le sang rapide.Que dire de son \"frère cadet\u201d du Canada, nourri, selon l\u2019expression de Marie-Victorin, du \"pain noir de la défaite et de l\u2019humiliation\u201d, et dont l\u2019attitude est celle \"du blessé de la vie, qui répugne à assumer le rôle de parent pauvre\u201d.1 'Notre ombrageuse susceptibilité, remarque Arthur Buies, piquée au vif par le moindre mot, ne nous permet pas de supporter la plus légitime critique.\u201d Nous ne nous comportons pas comme les civilisations bien assises, ayant mille preuves de la solidité des principes et des usages sur lesquels elles vivent.Peuple jeune, mal assuré, insuffisamment blasé sur les jugements d\u2019autrui, comme les Américains eux-mêmes et plus qu\u2019eux, nous supportons mal les (1) Frère Marie-Victorin : Croquis laurentiens, p.182. 744 L\u2019ACTION NATIONALE restrictions faites sur notre compte par des observateurs étrangers.Les exemples foisonnent encore aujourd\u2019hui de ces réponses irritées que font nos journaux et revues aux observations d\u2019étrangers de bonne foi, même lorsque ce sont précisément les mêmes remarques que nous sommes les premiers à faire entre nous, notamment sur notre paresse intellectuelle.Je pense à une récente réplique, grosse d\u2019émoi, faite par l\u2019une de nos revues à une enquête de \"Réalités\u201d.2 Ecoutez Camille Roy lui-même, se faisant l\u2019interprète de tous : \"Nous supportons mal la morgue souriante ou la bienveillance protectrice de nos amis de Londres ou de Paris\u201d.Ainsi l\u2019éloge est-il aussi suspect que le blâme.Aujourd\u2019hui encore il en est ainsi.Ce besoin d\u2019approbation universelle nous égare trop souvent, cela est exact.L\u2019excellent Benjamin Suite, qui en était venu par dépit, par désespoir, à prôner une langue canadienne différente de la française, prend ici figure de personnage symbolique.Impossible de ne pas citer au moins son nom lorsqu\u2019on parle de susceptibilité, de complexe d\u2019infériorité, de sentiment de persécution.N\u2019est-ce pas lui qui se fâchait tout rouge contre Bougainville qui n\u2019avait pas assez raf- (2) Peut-on dire notre peuple très porté vers la vie intellectuelle ?Non, répond Alain Grandbois dans Amérique Française, 2, 1952, vol.X.Très porté, oui, tant qu\u2019on voudra, vers le hockey, le golf, la bière et la récolte des dollars.Mais vers l\u2019étude, la réflexion, le travail, la création ?Pourquoi\tne\tpas admettre\tcette\tlacune, et la\tlaisser remarquer par autrui, puisqu\u2019elle est jusqu\u2019à présent bien réelle ?Pourquoi n'opposons-nous pas à l\u2019observation un sourire indifférent, et ne passons-nous pas outre ?Que nous nous fâchions lorsqu\u2019on nous le dit, c\u2019est peut-être déjà un signe favorable à retenir.Car nous pressentons qu il y a là un honneur qui, en tant que Français, devrait nous échoir.Plusieurs brillantes personnalités ^ issues de notre milieu nous le laissent croire.\tEt\tl\u2019on peut à\tcet égard faire confiance à l\u2019avenir.Il faut plus\td\u2019un demi-siècle\tpour\tconstituer une\tclasse urbaine (bourgeoise ?) cultivée .Songez qu'une littérature digne de ce nom, qu'un journalisme moderne d\u2019opinion et que notre Université même, à Montréal,\tdépassent à\tpeine\tou n\u2019ont pas\tatteint cet âge de cinquante ans.Cela dit tout, pourvu que l\u2019on sache prendre du recul et adopter déjà à l'égard de la réalité qui nous cerne, le regard de l\u2019historien.Notre impatience devant la critique, en ce domaine, répond peut-être à quelque appel intérieur, pressenti seulement ? COMPLEXE D\u2019INFÉRIORITÉ ?745 folé des huîtres de Gaspé ?Il crut devoir les proclamer \"les meilleures du monde\u201d.3 L'article du \"McGill Daily\" De la susceptibilité au complexe d\u2019infériorité, le lien est évident.C\u2019est celui de l\u2019effet à l\u2019une de ses causes possibles.Aussi un article, même aussi ridiculement simplificateur que celui paru le 20 février dernier, dans le McGill Daily, sous la signature de \"Clash\u201d (M.Jean-Marc Léger nous apprend dans La Presse du 10 mars que ce pseudonyme est celui d\u2019un francophone M.Claude-Armand Sheppard, de mère canadienne-française et de père belge, article qui prétend découvrir la clef de la psychologie des Canadiens français dans leur complexe d\u2019infériorité, met-il, comme on dit, \"dans le mille\u201d ! Il touche un point sensible.Les réactions mêmes qu\u2019il a provoquées et provoquera tendront à confirmer l\u2019hypothèse.Douloureux cercle vicieux.Il fallait être un peu des nôtres, être au courant de tous les débats que soulève l\u2019espèce d\u2019examen de conscience collectif que font depuis quelques années les intellectuels canadiens-français, pour réussir une pareille \"mise en boîte\u201d.Sur la qualité des premiers colons, sur la civilisation de la Nouvelle-France avant la Conquête, M.Léger a relevé et dénoncé les erreurs les plus grossières de cet article.Joignons à sa réponse les quelques lignes suivantes d\u2019Olivar Asselin, directement liées aux faits invoqués : \"Sur la manière dont se recrutent quelquefois les colons de la Nouvelle-Angleterre, nous avons le témoignage de Bancroft : (3) Benjamin Suite : Histoire des Canadiens français, t.VII,, p.33, cité par Auguste Viatte dans son Histoire littéraire de l\u2019Amérique française. 746 L\u2019ACTION NATIONALE Lenlèvement d\u2019êtres humains, dit-il, était devenu chose ordinaire à Bristol, et on transportait au-delà de l\u2019Atlantique non seulement les criminels, mais des jeunes gens ou autres, afin de les vendre pour de l\u2019argent.Ce commerce était devenu excessivement lucratif, bien plus lucratif même que la traite des esclaves, et il existait depuis des années.\"Au contraire, quand on voudra faire venir au Canada, comme remède temporaire au manque de main-d\u2019oeuvre, quelques centaines de contrebandiers et de faux-saulniers, il faudra vaincre une opposition très énergique du Régent.Et si nous nous réjouissons de cette rigueur dans le choix des colons, ne blâmons pas trop la France de ne pas nous avoir envoyé plus de monde.\u201d4 Devant le tissu d\u2019erreurs historiques sur lesquelles Clash étaye sa thèse, disons après Asselin : \"En pareille matière, la réponse la plus adéquate est encore le sourire\u201d.\"Une des femmes les plus élégantes que j\u2019aie connues, raconte-t-il, était une Patagonne; comme elle avait de l\u2019esprit, elle ne m\u2019en voulut nullement d\u2019avoir pu croire que tous les Patagons étaient des sauvages\u201d.Il est difficile de considérer comme probants la plupart des faits invoqués par Clash à l\u2019appui de sa thèse.Mais cette enveloppe défectueuse ne recèle-t-elle pas, en définitive, quelque vérité utile ?Le nationalisme cana-dien-français, dit en substance Clash, \u201cest la sublimation d\u2019un complexe aigu d\u2019infériorité\u201d.Du parti à tirer d'un \"complexe\" Il est aisé à quiconque de faire l\u2019avantageux en recourant à tort et à travers au vocabulaire de la psychanalyse.Clash n\u2019est pas le premier parmi nous à pratiquer ce jeu de nature injurieuse, qui consiste à appliquer au groupe (4) Olivar Asselin : L'oeuvre de l\u2019abbé Groulx, 1923. COMPLEXE D'INFÉRIORITÉ ?747 canadien-français, de façon gratuite, je veux dire sans démonstration, le vocabulaire de la psychologie pathologique- Entendons-nous bien : il est possible que notre nationalisme relève pour une part des mécanismes découverts par Freud ou par Adler.Ce nationalisme est-il agressif, inhumain, donne-t-il tous les signes du comportement névrotique ?Alors oui, discutons, voyons vos arguments.Si vous n\u2019apportez rien dans ce sens, tout le vocabulaire auquel vous aurez recours : \"complexe\u201d, \"névrose\u201d, \"compensation\u201d ou \"surcompensation\u201d, demeurera un jeu d\u2019esprit bien innocent et bien naïf.Clash devrait bien se rendre compte qu\u2019Adler lui-même voyait dans les phénomènes dont il classait les symptômes des cas particuliers d\u2019un phénomène très général : le caractère \"compensatoire\u201d de toute conduite proprement humaine, l\u2019homme étant comme tel un organisme inférieur.Ce qui compense pour le sentiment natif d\u2019infériorité et d\u2019insécurité dans l\u2019humanité, c\u2019est l\u2019esprit lui-même, cette \"révolte virile\u201d.Tant quelle ne prend pas des formes fictives et ne s\u2019évade pas du réel, elle est l\u2019honneur même de l\u2019homme.Et l\u2019honneur chez un peuple \u2014 notre \"nationalisme\u201d s\u2019il est bien compris \u2014 c\u2019est, selon la bonne définition de Jean-Marc Léger, \"le réflexe spontané de défense d\u2019une collectivité menacée.par tout un environnement différent\u201d.Le désigner autrement, en parler sans la moindre preuve en termes de psychologie de l\u2019anormal, c\u2019est pur enfantillage.Tout n\u2019est pas automatiquement mauvais dans une réaction de défense.Loin de là.Notre nationalisme est 748 L\u2019ACTION NATIONALE sans doute né d\u2019un sentiment d\u2019insécurité.L\u2019on sera bien fort si l\u2019on prouve que cela suffit à le condamner.C\u2019est lui seul, ce patriotisme, qui nous a tenus en alerte devant les périls certains au sein desquels notre vie s\u2019est prolongée, et que nous sommes tout de même parvenus à surmonter depuis la Conquête.Le propre du comportement névrotique, c\u2019est d\u2019échouer, par désadaptation à la réalité.Si c\u2019est être \"normal\u201d que d\u2019arborer un air béat et hagard au bord de précipices qui ne demandent qu\u2019à nous recevoir, et si l\u2019on nous incite à n\u2019avoir nulle antenne tournée vers les bien réels dangers qui ne laissent qu\u2019un passage étroit à notre survivance, alors oui ! vivent les \"complexes\u201d salvateurs, ceux que les fervents de la norme attribueraient volontiers aussi sans doute aux mystiques, aux héros, aux génies créateurs.Appelons cela, plus justement, révolte courageuse de l\u2019individu tout rendu contre le sentiment de se laisser vivre au-dessous de lui-même.Et tout n\u2019est pas mauvais, à coup sûr, dans le sentiment douloureux d\u2019une infériorité, lorsqu\u2019elle est réelle.On en peut tirer un bon usage, vitalement constructif.Même cette fameuse susceptibilité, dont nous avons parlé, peut être positivement exploitée.C\u2019est ce qu\u2019a dû pressentir Damase Potvin dans son roman Le Français (1925), lorsqu\u2019il met dans la bouche de son héros canadien cette explication : \"On est devenus orgueilleux de cette manière-là .C\u2019est peut-être plus par nos défauts que par nos qualités si notre race survit à l\u2019heure qu\u2019il est .En vivant chez nous, Monsieur Léon, vous apprendrez quelque chose de notre histoire, et vous verrez que les étrangers ne devraient pas se fâcher contre nous, des fois, à cause de notre caractère qui n\u2019est pas toujours commode .On est susceptibles, souvent, mais on a raison de l\u2019être.\u201d COMPLEXE D'INFÉRIORITÉ ?749 Les défauts même ont une face utile, parfois nécessaire.Citons ce jugement récent d\u2019un bon philosophe sur le livre d\u2019un bon sociologue : \"Le même pluralisme qui existe dans les déterminismes se retrouve dans la liberté \u2014 on pourrait presque dire des libertés.La liberté n\u2019est pas définissable, elle est une propriété primordiale et irréductible de l\u2019existence humaine, aussi bien collective qu\u2019individuelle, \"flamme sous-jacente à toute oeuvre\u201d.Elle implique des obstacles à surmonter ou plutôt à transformer en instruments des réalisations à dépasser sans cesse.\u201d5 Le sens d\u2019une vocation, les visions d\u2019avenir, même nées par réaction au sein de déficiences, peuvent s\u2019égarer dans la fiction stérile; ce sont parfois aussi des facteurs conditionnants dans une destinée, qu\u2019elle soit collective ou individuelle.Où est le point sensible ?On pourrait discuter également du point d\u2019application que l\u2019on attribue à notre sentiment d\u2019infériorité.Notre production intellectuelle, qui doit tout de même être révélatrice de notre âme collective, ne porte pas la trace généralisée d\u2019une honte collective née de notre infériorité économique en face de nos voisins anglo-saxons du Canada ou des Etats-Unis.Nous constatons le fait de cette infériorité économique.Nombreux sont ceux qui, à bon droit, le déplorent et voudraient l\u2019enrayer.Mais nous nous accommodons de la pauvreté sans l\u2019envie qu\u2019on nous prête, et à peu près avec autant de naturel que les Français, les Italiens ou les Espagnols.Je veux dire que nous la subissons avec peine et regret, non sans une volonté aiguë de redressement, mais sans en rougir le moins du monde, \u2014 cela dans la mesure évidemment où nous n\u2019avons pas (5) Tean Lacroix : Liberté et déterminismes sociaux, dans Le Monde du 23 décembre 1955, sur le dernier ouvrage de Georges Gurvitch Déterminismes sociaux et liberté humaine, P.U.F., 1955, 750 L'ACTION NATIONALE été mentalement pénétrés par les façons de voir de notre entourage de langue anglaise.Nous n\u2019avons pas sur ce plan d\u2019orgueil humilié et appelant des ''surcompensations\u201d.Ceux de nos sociologues qui l\u2019ont cru me semblent avoir suivi passivement sur le sujet les vues d\u2019un Everett C.Hughes par exemple : \"Bien que ce soit peut-être pour eux une habitude traditionnelle que d\u2019attacher un grand prestige aux professions libérales et aux activités intellectuelles immédiatement liées à leurs institutions historiques, on peut voir dans cette insistance au moins une sorte de compensation pour leur manque de prééminence dans le domaine économique.\u201d6 Et l\u2019héritage caractériel que nous devons à notre tempérament français, M.Hughes ?Les sciences de l\u2019homme sont décidément bien subjectives.Comme le remarque M.Hughes lui-même : aux yeux des étrangers qui ont introduit dans notre minorité des changements fondamentaux, et qui sont \"portés à considérer tout ce qui diffère d\u2019eux simplement comme phénomènes lents à s\u2019adapter, le groupe minoritaire semble défendre un ordre de choses archaïque\u201d.Comment en serait-il autrement ?eCs observateurs étrangers ont bien aussi besoin de quelques complexes.Il serait bien dommage que leur fortune leur style de vie ne leur servît pas en en tirer orgueil, et donc à imaginer autrui humilié et envieux sur ce terrain d\u2019élection, qui prend figure chez eux de norme civilisatrice.Même non démontré, je suis persuadé qu'il y a pourtant une part de vérité dans l\u2019article de Clash.Si notre vigilance a quelque part ce manque d\u2019efficacité, cet irréalisme, cette inadaptation des rêves au réel qui caracté- (6) Everett C.Hughes : Rencontre de deux mondes, 1945. COMPLEXE D'INFÉRIORITÉ ?751 risent le complexe, ce dernier se situerait au niveau de la culture intellectuelle, et c\u2019est à l\u2019égard de la France que nous l\u2019éprouverions.Interprétant les sentiments des Canadiens français envers la France, Asselin cmoparait leur sentiment à \"celui de paysans qui compteraient dans leur famille une grande actrice\u2019\u2019.A la fois fiers et scandalisés, notre insécurité se traduit par une inadaptation des méthodes aux désirs de vie française que nous affichons.C\u2019est un point sur lequel nous aurons maintes fois à revenir dans cette chronique.Au point de vue culture, comme l\u2019a bien vu et dit Saint-Denis-Garneau, il nous faudra humaniser notre nationalisme ou dépérir.Le mouvement en ce sens est d\u2019ailleurs déjà fortement amorcé.Nos écrivains, nos penseurs ont compris qu'ils feront plus pour nos lettres en nous mêlant au mouvement général des esprits dans le monde.L\u2019on ne peut que donner raison sur ce point au \u201cJournal\u201d de Saint-Denis-Garneau : \"On devient soi non pas tant en se cherchant qu\u2019en agissant.Tout mouvement vers soi est stérile.Et surtout, je crois, pour un peuple.Un peuple se fait en agissant, en créant, c\u2019est-à-dire en communiquant.Il prend conscience de soi dans la communication.\u201d Et sur la culture : \"Elle est essentiellement humaniste.Elle veut faire des hommes et non pas des Canadiens français.Il n\u2019y a pas ici opposition, mais seulement une distinction de priorité de valeur, de direction\u201d.Libérer l\u2019humain, \"cela ne tend pas à enlever à la nation canadienne-fran-çaise ses traits caractéristiques\u201d .Dans cet ordre : \"c\u2019est par des moyens humains qu\u2019on pourra remédier aux maux de nos compatriotes, et non aux maux humains par des moyens nationaux\u201d.Un seul aspect, selon Saint-Denis-Garneau autorise les attitudes \"nationalistes\u201d : la revendi- 752 L\u2019ACTION NATIONALE cation.\"Mais notre action, écrit-il, veut être plus profonde et plus radicale\u201d.Qui n\u2019aperçoit dans ces propos raisonnables, un objectif patriotique parfaitement conforme à ceux du nationalisme ?La plupart des collaborateurs de \"Cité Libre\u201d ont, à mon avis, une tendance de fond tout aussi recevable que celle-là Ils diffèrent seuleemnt de méthodes avec certains des tenants du nationalisme.Je suis affligé, quant à moi, d\u2019un complexe tout personnel, que les lecteurs de cette chronique auront déjà remarqué.Je ne puis lire le titre \"Cité Libre\u201d sans découvrir en filigrane : \"action nationale\u201d.7 Car qu\u2019est-ce que cette cité de l\u2019avenir à laquelle, mis à part quelques propos égarés, rêve une élite de jeunes penseurs, sinon une collectivité canadienne-française plus harmonieuse, connaissant plus dans le détail la manière de faire adhérer ses rêves légitimes et \"normaux\u201d aux réalités ?Peut-on leur faire remarquer, puisque nous avons porté ce débat, autour d\u2019un vocabulaire psychanalytique qu\u2019ils affectionnent aussi, sur le terrain de la culture intellectuelle, que le chanoine Groulx a déjà condensé un grand nombre de leurs exposés dans cette simple phrase : \"Au surplus, qu\u2019artistes ou intellectuels ne s\u2019effraient point : je ne leur demande pas de faire chrétien ou catholique.Je ne leur demande pas davantage de faire canadien-fran-çais : Canadiens français, je leur demande simplement de l\u2019être\u201d ?8 Pierre de Grand pré (7) Etant entendu que le sain nationalisme canadien-français répond à la définition donnée par M.Lorenlo Paré en réplique à M.Mason Wade, dans les '\u2018Essais sur le Québec contemporain\u2019' : \"Ce qu\u2019on appelle nationalisme chez une minorité entourée de dangers n\u2019est que 1 exercice normal de la conscience politique chez les citoyens de n\u2019importe quel pays du monde\u201d.(8) Notre Mission française. WjoLl dll cbnc.sJbaimt nos députés fédéraux ?par ierre j.ap orte On aura pu juger ces dernières semaines de degré d\u2019effronterie du président des Chemins de fers nationaux, M.Donald Gordon.Et en même temps du courage et de l\u2019influence de notre députation canadienne-française à Ottawa ! Interrogé au Comité des chemins de fer de la Chambre des Communes, M.Gordon a été brutal, insultant même.Il a déclaré non seulement que l'hôtel en construction à Montréal ne porterait pas le nom de Château Maisonneuve, mais qu\u2019il n\u2019aurait qu\u2019un nom officiel : Queen Elizabeth Hotel.Peut-être ensuite, a-t-il dit, fera-t-on aux Canadiens français la concession d\u2019une traduction de ce nom.Le maître, Gordon, s\u2019adressait à des citoyens de deuxième zone, les Canadiens français ! Et il ne s\u2019est pas trouvé un seul des nôtres pour bondir sous l\u2019affront, pour profiter de la seule occasion qui se présente à Ottawa d\u2019avoir M.Gordon en face de soi pour protester, pour réclamer justice.Le seul député qui est intervenu, \u2014 le seul !, \u2014 c\u2019est un Anglo-canadien de la Colombie britannique ! Mais où donc étaient nos députés ?S\u2019ils avaient déjà exprimé leur opinion en faveur du nom Queen Elizabeth ils seraient justifiés de ne pas intervenir.Mais nous savons le contraire.Cette campagne en faveur du Château Maisonneuve, ils l\u2019approuvent.Ils souhaiteraient qu\u2019elle 754 L'ACTION NATIONALE réussisse, ne serait-ce que par opportunisme électoral.Mais ils n\u2019osent pas conformer leur conduite à leur conviction.Depuis qu\u2019il a été question du Château Maisonneuve à un caucus libéral, depuis que M.Saint-Laurent a demandé d\u2019oublier l\u2019affaire .ils ont tous, à quelques exceptions près, décidé de rentrer dans leur tente.Ils se taisent.Leur attitude Nos lecteurs savent que tous les députés du Québec à Ottawa ont reçu deux lettres de la Ligue d\u2019action nationale au sujet du Château Maisonneuve.Voici un sommaire des attitudes prises par ceux qui ont daigné nous répondre.Ceux dont les noms ne sont pas dans la liste ci-dessous n\u2019ont même pas accusé réception de nos lettres.Le ministre des Transports, M.Marier: Tout ce qu\u2019il a été possible d\u2019obtenir de précis à date de lui est sa déclaration à la Chambre (Hansard, 11 janvier 1956, p.11) tenant que \"la question relève de la compétence des autorités des Chemins de fer nationaux et non pas du ministère des Transports\u201d.Jean-Paul Deschatelets, député de Maisonneuve A consenti à déposer la pétition à la Chambre.Il a été et reste très actif.Le député de Maisonneuve-Rosemont, continue toujours sa campagne.Il nous a promis son appui; il tient parole.Il est presque continuellement en contact avec les dirigeants de la Ligue et nous promet qu\u2019il ira jusqu\u2019à la limite du possible dans cette affaire.Première lettre de l'4ction nationale (fév.1955) Ont répondu : MM.J.-F.Pouliot, député de Témis-couata; Marcel Monette, député de Mercier; Jean-Paul NOTRE ENQUÊTE 755 Deschatelets, député de Maisonneuve; Philippe Valois, député d\u2019Argentueil-Deux-Montagnes; Lionel Bertrand, député de Terrebonne.Les autres : silence ! M.Deschatelets nous appuie; M.Monette promet de soutenir \"votre point de vue quant au choix d\u2019un nom canadien-français pour l\u2019hôtel que l\u2019on menace d\u2019appeler du nom de \"The Queen Elizabeth\u2019\u2019; M.Jean-François Pouliot, sans prendre fermement parti, déclare qu\u2019il demandera des explications à M.Gordon au comité des Chemins de fer.M.Valois se contente de dire qu\u2019il \"abonde dans notre sens\u201d sans promettre de faire quoique ce soit.M.Bertrand se défile en disant simplement : \"j\u2019apprécie vos commentaires\u201d.Deuxième lettre de l'action nationale (janvier 1956) Ont répondu : M.Georges Villeneuve, annonçant son intention d\u2019en parler à la Chambre et disant \"avoir déjà fait connaître son opinion à M.Gordon\u201d.M.L.-René Beaudoin qui, en sa qualité d\u2019Orateur, signale qu\u2019il ne \"lui est pas possible de donner son opinion sur le sujet\u201d d\u2019une façon officielle.M.André Gauthier (Lac-Saint-Jean), qui nous dit se proposer \"dans mon prochain discours à la Chambre des Communes, (.) de réclamer, à qui de droit, une décision en ce sens\u201d et nous prie d\u2019assurer les membres de la Ligue de \"son entière collaboration dans tout travail poursuivi de répondre aux désirs légitimes des Canadiens français\u201d.\"J\u2019ai déjà, disait-il au début de sa lettre, donné l\u2019assurance aux Sociétés Saint-Jean Baptiste de mon comté que je ferais toutes les démarches utiles afin d\u2019obtenir que la décision finale du National Canadien soit d\u2019ap- 756 L'ACTION NATIONALE peler le nouvel hôtel d\u2019un nom typiquement français et qui conviendrait mieux à la métropole français du Canada\u201d.M.Wilfrid Lacroix (Québec-Montmorency) se contente de dire qu\u2019il \"accorde à cette requête la meilleure attention possible\u201d.M.Léopold Langlois, accuse réception, sans plus ! M.Yves Leduc, (Verdun) \"note le contenu\u201d de notre lettre et \"surveillera attentivement les débats à ce sujet\u201d.M.Arthur Massé (Kamouraska), nous assure qu\u2019il est \"très sympathique à votre mouvement\u201d et \"ose espérer qu\u2019une décision favorable sera prise à ce sujet dans un avenir assez rapproché\u201d.Mais il n\u2019annonce aucune intention d\u2019agir.M.Alexis Caron (Hull) nous \"assure qu\u2019il fera tout en son possible pour aider ceux qui désirent que le nom soit typiquement montréalais\u201d.M.David Gourd nous dit \"qu\u2019il lui ferait bien plaisir que ce magnifique hôtel qui fera honneur à la beauté de Montréal, porte le nom de notre illustre ancêtre français\u201d, mais .\"il doute que le Parlement puisse faire grand chose dans les circonstances, c\u2019est-à-dire d\u2019imposer ses volontés dans l\u2019administration interne de la compagnie Canadien National\u201d.Il nous suggère donc de nous adresser plutôt à M.Gordon.Nous accompagnerait-il ?M.Claude Richardson (Saint-Laurent-Saint-Georges) reconnaît \"comme citoyen de Montréal\u201d, la nécessité \"d\u2019accorder au nom de Maisonneuve l\u2019honneur qui lui revient\u201d.Mais il se demande si donner son nom à un hôtel est bien approprié et s\u2019il n\u2019y aurait pas d\u2019autres circonstances préférables.En somme, il admet l\u2019hommage rendu à la Reine, se demande si ce ne serait pas lui manquer de respect que de lui demander de retirer son NOTRE ENQUÊTE 757 nom.Il nous suggère de \"consacrer plutôt notre temps à affronter les problèmes contre lesquels nous pouvons tous nous unir : pauvreté, maladie, crime, taudis et autres similaires\u201d.M.Armand Cloutier répond le 6 février qu\u2019ils sort de l\u2019hôpital.Il nous assure de \"son entière appui, à ce sujet\u201d.Aucune nouvelle des autres députés ! M.Georges Villeneuve Le 17 janvier, Hansard, M.Villeneuve parlait sur le discours du Trône.Il a consacré une dizaine de minutes dans son discours au sujet du Château Maisonneuve.Il en a appelé à l\u2019esprit de compréhension de M.Gordon et a exprimé l\u2019espoir qu\u2019il accepterait le changement.Discours du Trône Ont aussi parlé sur le dicours du Trône, MM.Dupuis, Légaré, Dumas, Robichaud, Cannon, Leduc, Michaud, Arsenault, Girard, Gourd, Breton, Gingues, Roberge, Poulin, Bertrand, Dufresne, Bourque, Massé.Aucun de ces messieurs n\u2019a jugé à propos de prononcer un mot en faveur de la cause du Château Maisonneuve.Pourtant, il n\u2019y a pas de doute que si tous avaient tenu à coeur de signaler l\u2019invraisemblance d\u2019une situation comme celle que nous avons, où une population ne peut pas obtenir même qu\u2019un grand hôtel du Gouvernement rende hommage aux grands personnages de son histoire, cela aurait eu un immense effet, même s\u2019ils l\u2019avaient fait sur le ton le plus modéré et sans s\u2019en prendre nécessairement au gouvernement.Un membre du parti C.C.F., M.Regier a, lui, déclaré 758 L\u2019ACTION NATIONALE que les gens de \"Vancouver se formaliseraient beaucoup de voir construire à Vancouver un nouvel hôtel auquel on donnerait un nom qui pourrait être étranger pour quelques-uns d\u2019entre nous.Les gens de la province de Québec ont démontré en termes bien clairs qu\u2019ils se sentent atteints par le nom qui a été recommandé pour le nouvel hôtel et je n\u2019ai pas encore entendu d\u2019explication satisfaisante de la part du gouvernement sur les motifs pour lesquels on ne devrait pas accéder aux désirs manifestes de la population.\u201d (Hansard, 25 janvier 1956, p.568).Les objections Maintenant qu\u2019Ottawa a décidé d\u2019enterrer le Château Maisonneuve on tente de donner une nouvelle publicité à des arguments déjà usés.Voici ce qu\u2019on répète actuellement dans les cercles fédéraux : 1\t\u2014 \"Il aurait été préférable que l\u2019hôtel portât un nom français.Mais la politique du gouvernement est de ne pas intervenir dans les affaires internes du National Canadien ou autres compagnies de la Couronne\u201d 2\t\u2014 \"La Reine a été consultée et a donné son auto-disation.N\u2019y aurait-il pas de danger d\u2019insulte à lui demander de retirer son nom ?\u201d 3\t\u2014 \"D\u2019autres circonstances se présenteront qui permettront de se servir de noms plus historiques pour la métropole canadienne et plus sympathiques aux Canadiens français\u201d.Réponse de la Ligue 1 \u2014 La non-intervention dans les affaires administratives des Compagnies de la Couronne est un sain principe qu\u2019il faut respecter.Mais cela ne peut aller au delà NOTRE ENQUÊTE 759 des questions strictement administratives, car il serait contraire à l\u2019esprit des institutions parlementaires britanniques de laisser à des organismes non responsables au peuple le soin de prendre des décisions ayant une incidence ou une portée politique.Le choix d\u2019un nom d\u2019hôtel peut éventuellement, et est peut-être dans la plupart des cas, une décision d\u2019ordre administratif.Mais quand ce nom provoque des réactions comme celles que provoque celui de l\u2019hôtel de Montréal, détermine des dizaines de milliers de signataires à protester et des centaines de municipalités à voter des résolutions en règle, la question cesse de toute évidence d\u2019être administrative.L\u2019Etat doit s\u2019en mêler et décider de l\u2019aspect politique du problème.2\t\u2014 L\u2019argument de l\u2019insulte à la Reine, s\u2019inspire bien plus de nos traditions de galanterie française que de l\u2019esprit et de la tradition des institutions britanniques.Il n\u2019est pas plus insultant pour la Reine de lui demander de retirer son nom que de lui demander comme la chose a déjà été faite par voie législative au Parlement même du Canada de ne pas conférer de titres, honneurs ou décorations aux citoyens canadiens.3\t\u2014 Quant à vouloir ajourner le débat en nous promettant de nous donner justice plus tard, nous refusons ce compromis.Trop de fois on nous a dit : \"La prochaine fois\u201d ! Les droits que nous avons existent dans le présent et c\u2019est maintenant qu\u2019ils doivent être respectés.Il est d\u2019ailleurs trop tard pour reculer, même si nous le voulions.M.Gordon s\u2019est oppposé à la masse du peuple canadien-français.C\u2019est maintenant une lutte à finir entre lui et nous.C\u2019est d\u2019ailleurs lui qui en a décidé ainsi en déclarant que seule sa démission pourrait rendre possible un changement de nom.Pierre Laporte NOS BROCHURES La série complète : $0.50 Louis Riel (Groulx) Pourquoi nous sommes divisés (Groulx) Why we are divided (Groulx) Que seront nos enfants (Bourassa) Alerte aux Canadiens français (Laurendeau) Le Culte de l\u2019incompétence (F.-A.Angers) Pour notre libération (Chaloult) De l\u2019Education (Chaloult) Nos écoles enseignent-elles la haine de l\u2019anglais (Laurendeau) Le Bilan d\u2019un conflit Votre dignité Jeunesse (P.-E.Léger) Jeunesse et Haute Politique (Bouvier) Pour que vive la Nouvelle France (Vanier) L\u2019Immoralité de la Conscription (Hugo) Québec et les mouvements minoritaires français (C.-E.Couture) La Querelle du Bilinguisme (L\u2019Action Nationale) L'ACTION NATIONALE CASIER POSTAL 221 \u2014 STATION E \u2014 MONTRÉAL TABLE DES MATIÈRES Une fois tous les cinq ans.681 L\u2019éducation patriotique.685 Définir une politique du Canada français.708 La nouvelle accolade battiano-canadienne.727 Complexe d\u2019infériorité ?.74} Mais où donc étaient nos députés fédéraux ?.753 Le Directeur .704 Noire Littérature .717 Le Cinéma .732 L\u2019Education .73 6 Les meubles non-peints de DRAPEAU sont réputés pour \u2022\tLEUR VARIÉTÉ \u2022\tLEUR QUALITÉ \u2022\tLEUR ÉLÉGANCE Avant d'acheter des meubles, consultez FERNAND DRAPEAU INC.933 est, rue Rachel Montréal - FR.3607 paisMCMrt HÏSUBBNCI ACVIf MUSC ASSURÉS ¦ N VlOttiV» $ 43,681 «9S3 $ 1,033,230.S 21,960,303.$ 88,302.$ 1,352,184.$68,405,016.ies« «ess ^ apres * 465,979 *2,152,823 * 184,744,776 SSURANC^ v DESJARDINS SIÈGE SOCIAL.LÉVIS.P.Q.% EN OPÉRATION DEPUIS SEPTEMBRE 1949 SEULEMENT NB SUR DEMANDE.UNE COPIE DU BILAN VOUS SERA ADRESSEE Tél.HA.0200-0209 PERRAULT, DÉCARIE et LUSSIER AVOCATS 914 St-Denis \u2014 Suite 212\t\u2014 Montréal, Canada Tél.DO.6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390, boul.Pie IX, Tél.CL 3580 Les cafés et confitures de J.'A.Désy LIMITÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXISEZ-LES BISCUITS \u2022 GÂTEAUX \u2022 TARTES 235 ouest, avenue Laurier - Montréal CR.2165 PA UTd IdIPPENS Pharmacien - Bactériologiste \u2014 Docteur en Optométrie Prescriptions \u2022 Analyses médicales \u2022 Examens de la vue HArbour 9185\t3450 Saint-Denis ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) Une expérience de 50 années au service des ARCHITECTES \u2014 ENTREPRENEURS COMMUNAUTES \u2014 INDUSTRIELS MARCHANDS \"Le temple de la lumière\" Ben BÉLANO, président - Jean BÉLAND, Ing.P., sec.-trésorier 7152, boul.ST-LAURENT, Montréal \u2014 GRavelle 2465 Biens de fortune passent comme la lune .mais le chauffage par rayonnement est, pour celui qui le possède chez soi, une fortune qui rapporte des dividendes en bien-être, en hygiène, en économie de combustible.C'est le dernier mot du confort moderne.Venez visiter notre édifice chauffé par rayonnement ou demandez notre brochurette explicative.Longue expérience pratique en chauffage-plomberie : églises, hôpitaux, maisons d'enseignement, etc.Théorie alliée à la pratique CHAUFFAGE-PLOMBERIE MArquette 4107 360 est, rue Rachel MONTRÉAL DIS pR\\WtS *»«.«
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