L'action nationale, 1 novembre 1952, Novembre
[" fVCTIDIV L\u2019Action Nationale : Une mise au point Lionel Groulx, ptre : Le problème économique et social des Canadiens français Antoine Rivard : Un engagement formel Victor Barbeau : Le français à l'école André Malavoy : Jeunesse de France 1952 (II) a, âiytté par François-Albert Angers LE MOIS: Deux livres à ne pas manquer Réflexions sur la critique du cinéma f VOL.XL NÔ 2\t\u2014 N OVEM BRE 1952\t\u2014 MON TR ÉÂLj TRENTE-CINQ CENTS L\u2019EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE # Directeur: André LAURENDEAU # L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Anatole Vanier, président ; François-Albert Angers, vice-président ; Jean-Marc Léger, secrétaire ; Paul-Emile Gingras, trésorier ; M.le chanoine Lionel Groulx ; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Mgr Albert Tessier; Arthur Laurendeau, René Cha-loult, André Laurendeau, Gérard Filion, Léopold Richer, L.-Athanase Fréchette, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J., Wheeler Dupont, André Dagenais, Alphonse Lapointe, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Le-gault, Roland Parenteau.Administration : 986, est, rue RACHEL, MONTREAL CHerrier 5253 L\u2019abonnement est de $3.00 par année L\u2019abonnement de soutien : $5.00 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Servit \u201cIl y a de la joie à servir\u201d LANGAGE DE CHIFFRES (au 31 décembre 1951) Primes\t\t$ 1,827,643 Réserve \t\t4,875,070 Actif\t5,772,232 Assurances en vigueur .\t77,666,157 LA LAURENTIENNE Compagnie d'assurance sur la Vie LES AMIS DE LA REVUE AUBE, Philippe AVOCAT 192 est, Notre-Dame \u2022\tHA 9177 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 192 est, Notre-Dam» \u2022\tMA 1922 DENIS, Arcadius AVOCAT 44-B, Nord, rué Wellington, \u2022 Tel.1994 Sherbrooke, P.Q.DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouéit, rué St-Jmcquti \u2022\tHA 1336 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.112, Edifice de» Tramway», 159 ouest, vu0 Craig, Utl.%\tHA 3797 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tHA 2S41 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 \u2022»«»#, Craig ft\tLA 9607 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est ft\tLA >131 POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTEL.: 2-4620 ALBERT ROUSSEAU Ltée Charbon - Huile 10720, Millau ft\tDU 4146 LAVIGNE, C.-E.Courtier d\u2019assurance» 3790, rua Lacombe \u2022\tAT 6433 PAQUIN, Philias PHARMACIEN Augl0 Boni.Rosemont et Chabot \u2022\tCR 2351 SARRAZIN, Arthur PHARMACIEN Sarrxin-Cboquette, #\tMontréal PAQUETTE, P.-E.FERRONNERIE 1119 est, rue Mont-Royal \u2022\tGI 3337 CARON, Marcel Assurance» générales 9117, Bout.Rosemont,Mtl.\u2022\tTU 3275 LANGEVIN, J.-H.Courtier en Assurances 937 Hartlaud, Montréal \u2022 AT 4110 \u2014 Bur.: HA 7223 LAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-François-Xavier, ch, 310 \u2022 Bur.i HA 0422 - Rés.: HA 1064 MORIN, Rosaire Assureur-Vie 192 att, Notre-Dame, Mil, \u2022\tMA 5539 PERREAULT, Robert La Sauvegarde, Assurance-Vie 7990, rue Lafontaine, Mtl, \u2022\tHA 7221 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d'invention 934 est, Ste-Catherine \u2022\tHA 4941 II ROY, Roméo SpiciiliUl pharmaceutique.Lueguoufl, P.Q.\u2022\tOR 5-054» DESCHÊNES & Fil.\tLtée Matériaux de plomberie et chauf.\t 1203 têt,\tNotre-Dame o\tFR 9176-7 MASSÉ, Paul\t AVOCAT\t 152 tit, rut\tNotre-Damo e\tBE 1971 Salaison MAISONNEUVE BACON marqua \"MORIN\u201d 14SI, Da Luaull# \u2022\tCL 40*4-7 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER JIM, ff.r4.luf.\u2022\tCL ISIS AUG.BRUNETTE Ltéa PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4114, rua Hit,I 4a Villa \u2022\tPL l»44 LATENDRESSE tc Fils Enrg FERRONNERIE, Maohin.ri.Dalta 11*17 art, N.-Daw, Pla-awr-Tr.\u2022\tMI I-JIJ4 J.-E.PIETTE & FRÈRE Manufacturier.da cigar.at tm-portataura da tic, cafe, olWea.\u2022\t4115-4J, Drolet, Mil., HA 4711 fôOflPONflR INC.'ff * J.BRASSARD, prit.2 J6 tat, St e-Catherine, Mil.MAXIME Nittoyturt ft Tiioturiiri 4140, rut St-Dtnia \u2022\tBE 1191 NADON et DE CARUFEL Comptables agrees 10 OMtit, rut St-Jacquet \u2022\tPL 2799 GALARDO, Armand \"Fruiterie St-Louis-de-France\u201d Epicerie, viandes cuites.\u2022\tJIJ, rue Roy \u2014 PL 1729 RAYNAULT, Adhémar Achat et vente de propriété Prêts s le et 2e hypothèque \u2022\t157) ett, Ontario \u2014 FA 1751 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 9, avtuut Kelvin, Outremont \u2022\tAT 9494 DEL RIO Chaussurec Enrg.M.Roger CAISSE lût têt, Mont-Royal, Utl.\u2022\tAM (626 DUST-O-DUST Poudre i balayer 702t, Dt Laroche, Utl.0 Rolland Trépanier \u2014 CA 9071 La Cie TULIPPE Ltée Cravates, écharpes et robes de chambra\trw It,rvllll, Mil.O\tFA 2515 SÉGUIN, Paul-Émile notaire 4724, Sl-Hubtrt e\tDO «71» CAMBRON, M., B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacia Cambroa Spécialité i Prescriptions \u2022\t77J ett, rue Roy \u2014 HA 9755 ANGERS, Adrien, C.d\u2019A.A.Assureur agréé Bureau : 4009, rut Hocbelaga \u2022\tCL 77*7 DELABARRE & CHAPDELAINE Assurances de tout genre 37J2, chemin Reine-Marie Montréal 26\tAT 1524 Bureau du soir : CHAPDELAINE, Ferdinand 6)il, de Saint-Vallier e\tCR 1225 III Les Confitures VILLA J£e Choix de» Qourmet» CONSERVERIE DORION LIMITÉE 1430, rut Evarttt\tMontréal IV LA Banque Canadienne Nationale est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement Actif, plus de $450,000,000 552 bureaux au Canada 72 succursales à Montréal Hommages aux collaborateurs de l'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE FA.1167\t3605, ONTARIO est, Montréal v DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherlne, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VI L\u2019ACTI ON NATIONALE VOL.XL, No 2\tMONTREAL\tNov.mbre 1952 Une mise au point Unis dans une pensée commune, nous avons toujours défendu la liberté de nos collaborateurs dans l\u2019expression de cette pensée, et il nous est arrivé à quelques reprises de la revendiquer contre des lecteurs impartients.Bien sur, nous savons que liberté n\u2019est n\u2019est pas licence; mais communauté de pensée n\u2019est pas, non plus, conformisme.Cette liberté, maintenue dans de justes limites, est nécessaire à la vie comme à l\u2019intelligence.Il arrive qu\u2019elle choque: mais cela même n\u2019est-il pas nécessaire parfois ?n\u2019y a-t-il pas des chocs salubres quand ils nous forcent à nous interroger sur tel ou tel aspect d\u2019une attitude qui tendait à se figer?Péguy a écrit que chaque livraison de ses Cahiers devait déplaire à un tiers des lecteurs; mais il faut s\u2019arranger, disait-il, pour que ce ne soit pas toujours le même tiers.Ce paradoxe contient une part de vérité, pourvu qu\u2019on n\u2019en fasse pas un sytème.Les revues qui censurent trop sont d\u2019une orthodoxie certaine, mais on y crève d\u2019ennui.Il est arrivé dans le passé que certains articles de la revue aient soulevé parmi nos amis de petites tempêtes.Le directeur actuel se souvient qu'il en a suscité, et il pourrait nommer tel ou tel de ses collègues qui furent l\u2019occasion de querelles amicales.Nous y avons souvent 86 l'action nationale perdu quelques abonnés; mais nous y avons gagné de vivre encore.Il ne s\u2019agit pas d\u2019élever la dissidence à la dignité d\u2019Uïie doctrine.Se séparer par plaisir, pour l\u2019unique avantage de se distinguer ou de faire scandale, c\u2019est une attitude puérile.Et si les divergences s\u2019attaquaient à l\u2019essentiel, alors le groupe aurait perdu toute homogénéité, il lui serait impossible d\u2019accomplir une œuvre commune.Faire toujours bande à part signifierait qu\u2019un collaborateur \u201cn\u2019est plus de la bande\u201d et qu\u2019en toute honnêteté il doit aller planter sa tente ailleurs.Sans quoi la revue en arriverait à s\u2019annuler elle-même, à devenir une \u201ctribune libre\" sans la moindre consistance.Nous parlons, cela va de soi, des diversités qui expriment des tempéraments, des formations, des expériences différentes.La liberté du collaborateur implique une double conséquence: et c\u2019est la liberté de l\u2019abonné, comme celle des autres collaborateurs.Les collaborateurs ne sont pas nécessairement engagés par les articles de leurs collègues.Cela est également vrai des directeurs de la Ligue d\u2019Action nationale.Quand la Ligue entend exprimer ses opinions, elle publie un communiqué et signe: \u201cla Ligue\", Bien sûr, si la revue mène une campagne, la Ligue en est solidaire: on conçoit mal parmi nous la présence d\u2019un directeur qui serait, disons, centralisateur, ou antisyndicaliste.C\u2019est qu\u2019une campagne ne saurait être menée sans l\u2019assentiment de la Ligue.Mais les directeurs de la Ligue ne sont nullement engagés par la prise de position occasionnelle d\u2019un collaborateur.Cela est vrai même pour le directeur de la revue; autrement, celle-ci ayant publié des pages contradictoires sur UNE MISE AD POINT 87 des questions sociales et économiques, il faudrait croire que les opinions du directeur varient de mois en mois.\u2022 Nous n\u2019avons jamais cessé d'avoir ces réflexions présentes à l'esprit en préparant les numéros de L\u2019Action Nationale.Si nous éprouvons le besoin de les formuler aujourd\u2019hui, ce n\u2019est point par hasard.Notre ami Jean-Marc Léger a publié le mois dernier, sous le titre \u201cLe rendez-vous des illusions\u201d, un article qui a été diversement reçu.Non seulement des lecteurs, mais aussi bien plusieurs directeurs de la Ligue même ont estimé qu\u2019il contenait des inopportunités et des erreurs.C\u2019est leur droit le plus élémentaire de s\u2019en désolidariser et de faire savoir, par ces lignes, qu\u2019ils entretiennent sur le récent congrès de la langue française des idées opposées à celles de M.Léger.La revue précise qu\u2019il ne faudrait pas croire que la fidélité de notre peuple à son double caractère catholique et français est devenue vieillotte! Au reste, le lecteur s\u2019est peut-être rendu compte de lui-même que l\u2019article de M.Léger n\u2019avait pas et ne prétendait pas aucunement avoir le cacaractère d\u2019un engagement collectif¦ Car notre livraison d\u2019août était consacrée au Congrès, dont notre mot d\u2019ordre louait l\u2019œuvre et l\u2019esprit' Après ce numéro, qui avait les al lures d\u2019une livraison spéciale, la direction de la revue n\u2019a pas cru se dédire en permettant à un jeune collaborateur d\u2019exposer des vues divergentes.Il nous reste à travailler tous ensemble à V œuvre qui s\u2019avère de plus en plus urgente et que le Conseil central de la vie française en Amérique désire réaliser pour le plus grand bien de notre groupe ethnique.L\u2019Action Nationale. Le problème économique et social des Canadiens français Nous voici devant le couronnement d\u2019un long et haut dessein: l\u2019Histoire du Canada français, commencée il y a trois ans environ, est maintenant terminée.Le tome IV vient de raraitre, on le trouvera ces jours prochains en librairie \u2014 il suit de près le troisième tome, paru aux derniers jours d\u2019octobre.Ainsi, quarante années de recherches donnent lieu à l\u2019un des plus beaux monuments historiques du Canada français.Le chanoine Oroulx a mené à bien l\u2019ouvrage qu\u2019on est en droit d\u2019appeler \u201cl\u2019œuvre de sa vie\u2019\u2019.Le dernier tome va de 1848 à nos jours.Dans les derniers chapitres, l\u2019historien aborde des problèmes contemporains.Les abonnés de /\u2019Action Nationale seront heureux de trouver ici l\u2019un de ces chapitres, où l\u2019historien aborde \u201cle problème économique et social\u2019\u2019 des Canadiens français.La Rédaction.Comment embrasser cette dernière période d\u2019histoire?Pour un homme de 1950 l\u2019illusion n\u2019est pas vaine qui lui représente la vie, le cours du temps, charriant, bousculant des masses énormes de faits, LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE ET SOCIAL 89 dans une accélération de plus en plus vertigineuse.On ne sera donc pas surpris qu\u2019en brossant ses tableaux, l\u2019historien s\u2019en tienne encore davantage aux traits les plus gros, les plus forts, incapables d\u2019étreindre la plénitude d\u2019une vie qui ne se laisse plus cerner.Allons donc aux problèmes, aux faits qui, par leur relief, leur grave importance, s\u2019imposent à l\u2019attention.Et voici d\u2019abord le problème économique et social au Canada français.Causes de la crise Un fait d\u2019histoire, une donnée de géographie physique, l\u2019un et l\u2019autre agissant un peu dans le même sens, ont suscité, conditionné ce problème.La conquête anglaise, s\u2019il faut encore le rappeler, eût tôt fait de révolutionner l\u2019économie du conquis.La constitution physique du Québec aggraverait un jour ou l\u2019autre ce désordre.Un pays resté longtemps agricole ne possède point l'une des plus vastes forêts du monde, des sources d\u2019énergie électrique et des mines d\u2019une richesse presque incalculable, sans en payer un jour ou l\u2019autre la rançon.Au lendemain de 1760, les leviers de commande de la vie économique passent de la bourgeoisie autochtone à une bourgeoisie nouvelle, formée, enrichie sur place par l\u2019accaparement des commerces lucratifs.Puis cette bourgeoisie d\u2019affaires, doublée en partie d\u2019une oligarchie de grands fonctionnaires, s\u2019érige bientôt en oligarchie politique.En 1848, avec l\u2019avènement du self government, le règne politique des oligarques prend partiellement fin.La puissance économique leur reste.Trop longtemps 90 l\u2019action nationale refoulé dans la paysannerie et tout aussi empêché de se gouverner soi-même, manquant, et pour cause, d\u2019écoles appropriées, incapable de se donner les capitaux, les techniciens et les économistes indispensables à une renaissance économique, le Canada français aura beau conquérir son autonomie politique; économiquement il en reste au stade colonial.N\u2019est-il pas admirable toutefois qu\u2019en dépit de ces obstacles ou infériorités notoires, il réussisse à prendre pied dans l\u2019industrie et le grand commerce ?Un jour vient, en effet, dans la dernière partie du XIXe siècle, où des hommes d\u2019affaires canadiens-français commencent à occuper, dans le commerce d\u2019épicerie, de l\u2019immeuble, dans les compagnies de transport, dans la banque, et voire dans quelques entreprises industrielles (bois, scieries et construction, tabac, biscuit, cuir, savon), des positions fort enviables.En 1892, au dire du journaliste Austin Mosher, on peut compter 31 millionnaires anglais à Montréal, mais pas un seul Canadien français.Une quinzaine au plus de ces derniers posséderaient le demi-million.Les choses ont notablement changé au début du XXe siècle.C\u2019est aussi la date où ce progrès s\u2019arrête court.En quelques années l\u2019économie canadienne-française rétrograde jusqu\u2019à s\u2019effondrer.Des secteurs entiers lui échappent.Régression qui prend l\u2019aspect de la catastrophe et qui va se faire sentir dans l\u2019ordre social encore plus que dans l\u2019ordre matériel ou économique.Lisons là-dessus les études éparses de l\u2019économiste Esdras Minville qui y a vu clair plus que personne.Bien avant le début du 19e siècle, des esprits ouverts eussent pu deviner le chemine- LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE BT SOCIAL 91 ment de cette révolution.Elle s\u2019annonce déjà dans la politique de colonisation de l\u2019époque, politique à retardement qui ne favorise que trop, entre la population rurale et urbaine, une rupture d\u2019équilibre, préparant ainsi une proie abondante et facile à l\u2019embauchage industriel.On la peut pressentir encore dans les premières exploitations de la forêt et de l\u2019énergie hydro-électrique.Et c\u2019est où nous retrouvons, à l\u2019état d\u2019inconsciente complicité bien entendu, la géographie physique de la province.Richesses incomparables que celles de la terre québécoise, mais richesses qui peuvent se transformer en menaces et périls aux mains d\u2019un peuple dépourvu de capitaux et de techniciens pour les exploiter à son profit.Notre précédent chapitre sur l\u2019aménagement du territoire, nous a montré l\u2019industrie du bois, puis les industries appuyées sur l\u2019eau motrice, désaffectionnant le colon de la terre, le transformant en salarié, faisant surgir ici et là de petits centres industriels où l\u2019habitant ou le fils d\u2019habitant renoncent à leur mode d\u2019existence autonome, pour se mettre au régime du salariat.Et quel salariat! Et nous n\u2019avions affaire, pour lors, qu\u2019au capital anglais d\u2019Angleterre dont les placements au Canada, encore en 1913, atteignent 2,570 millions de dollars alors que le capital américain ne dépasse pas 780 millions.Que sera-ce avec l\u2019invasion de ce dernier, forme la plus virulente du capitalisme moderne ?Les Américains viennent de transformer leur pays en une usine gigantesque.La guerre de 1914 leur a conféré la toute-puissance dans le monde.De l\u2019entrée en scène de ce capitalisme dans sa vie, le Québec peut dater la phase violente de sa révolution éco- 92 l\u2019action nationale nomique et sociale.Appelés d\u2019ailleurs par les gouvernants québécois, les Américains vont s\u2019appliquer à l\u2019exploitation des principales ressources de la province: la forêt, la houille blanche, les mines.Ils apportent avec eux leurs méthodes d\u2019affaires, leurs prodigieux moyens d\u2019action.Avec eux aussi passe la frontière la concentration économique, caractérisée par le grossissement des organismes.A l\u2019entreprise individuelle, à la société en nom collectif se substitue la société par actions, mobilisation de capitaux recrutés au loin aussi bien qu\u2019au proche.On calcule que /e capital américain engagé dans les exploitations canadiennes, en 1952, se chiffre à plus de $7,000,000,000 et qu\u2019environ 30% des industries canadiennes sont des succursales de compagnies américaines.Conséquences Dans le Québec, ce sera l\u2019expansion industrielle, au rythme effréné.Elle se développe, à la façon d\u2019une force anarchique, presque sauvage, sans le moindre souci du milieu, ne tenant compte apparemment que de la loi de ses voraces appétits.D\u2019aucuns ont parlé de \u201cseconde conquête\u201d du Canada français.Conquête plus désastreuse peut-être que la première.Elle brise le rythme ancien de la vie, déchaîne le cycle infernal: concentrations urbaines, prolétarisation des masses, désintégrations du capital humain, misère, révoltes, chaos de 1929.Un premier mal prend rapidement le caractère d\u2019un fléau: l\u2019exode des campagnes vers les villes.De 19.5 pour cent qu\u2019est la population urbaine en 1871, LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE BT SOCIAL 93 elle passe déjà à 29.2 pour cent en 1891.De 1911 à 1931, soit en vingt ans, le pourcentage de la population rurale s\u2019abaisse de 51.8 à 36.9.Pendant une autre décennie, de 1921 à 1931, l\u2019exode rural se fera plus intense dans le Québec que partout ailleurs dans le Dominion.En 1931, la vieille province, avec 63 pour cent de population urbaine, devient, après le Saskatchewan, la province la plus urbanisée du Canada.Au moment de la Confédération, à peine eût-on relevé, dans le Bas-Canada, 6,000 ouvriers citadins sur 250,000 travailleurs.En 1931 on y recense 823,287 gens de travail dont 535,203 salariés.En 1941, les ouvriers citadins dépassent 50 pour cent.Déséquilibre social fort alarmant qui n\u2019est pourtant point le plus grand mal.La civilisation canadienne-française, M.Minville l\u2019a définie spiritualiste, qualitative, personnaliste.Notes essentielles qu\u2019elle tient de sa civilisation d\u2019origine, vécue et vivifiée par les ancêtres, civilisation issue d\u2019une foi religieuse et d\u2019une philosophie de l\u2019homme où l\u2019homme, par sa qualité d\u2019être libre et par sa haute destinée, transcende l\u2019univers, se crée des moyens de vie autonomes, des institutions économiques, sociales, culturelles, juridiques, politiques, un milieu, pour tout dire, où s\u2019expriment et s\u2019affirment sa personnalité et son droit.Mais ce milieu, quel sort lui promettre, envahi, inoculé par un autre qui en est proprement l\u2019antithèse?Civilisation matérialiste, quantitative, dédaigneuse de la dignité humaine, ainsi définit-on la civilisation industrielle de nos jours.Fondée sur la recherche de la production et du profit, peut-elle concevoir le facteur hu- 94 l\u2019action nationale main autrement qu\u2019en vue du profit et de la production ?Mais si délétère qu\u2019elle puisse être en tout pays, quels ravages ne seront pas les siens au milieu d\u2019un peuple de paysans, peuple de propriétaires, peuple de petits patrons, dont elle ne peut manquer de miner le comportement social: le type de famille, le régime du travail, les modes de vie, les cadres protecteurs ?\u201cLa ville est mortelle au paysan canadien-français\u201d, a dit André Siegfried.Les dégâts on les peut constater dans la dégradation du type familial.Dégradation par un salariat bien incapable de satisfaire aux besoins de la famille nombreuse; dégradation encore par l\u2019habitation trop étroite, trop sombre pour y retenir les enfants.D\u2019où, en la famille des grands centres, les premiers symptômes de la dénatalité.La famille canadienne-française n\u2019est pas moins atteinte dans son ancienne et robuste solidarité.Finis la puissante autorité du père, le prestige de l\u2019établissement autonome qui assuraient le pain et même l\u2019avenir à la petite communauté.Ces foyers où le père, les enfants, parfois la mère, dépendent tous, au même degré, de leurs salaires, gagnés chacun de son côté, tendent à devenir des habitats de passage.La famille communautaire d\u2019autrefois rappellerait plutôt la famille individualiste du type \u201989.La paroisse ne se porte guère mieux, au moins celle des grandes villes.Dépourvue des organismes municipaux qui, à la campagne, fournissaient grandement à sa cohésion interne, elle n\u2019est plus qu\u2019une collectivité, un cadre religieux.Avantage encore fort appréciable si, le plus souvent trop vaste et trop populeuse, le facteur spirituel ne risquait d\u2019y perdre son rôle et son influence.L\u2019école LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE ET SOCIAL 95 a subi les mêmes contre-coups, devenue moins la chose des familles que de commissaires non élus, la plupart délégués camouflés de l\u2019État.Que d\u2019autres perturbations situent le mal au point de gravité d\u2019une crise! L\u2019histoire de l\u2019ancien régime nous a appris avec quelle robuste vitalité la \u201cplante humaine\u201d, transplantée d\u2019Europe, avait poussé dans le terroir américain.A quelle dégénérescence ne pas s\u2019attendre dans le milieu révolutionné, si dépourvu de grand air, d\u2019horizon, de liberté ?Qui ne devine, par exemple, le complexe d\u2019infériorité, le désarroi jeté dans l\u2019esprit populaire, par le spectacle des impressionnantes réussites de la civilisation nouvelle et étrangère ?Comment empêcher le doute ou du moins la tentation du doute sur l'efficacité ou la modernité de la culture nationale, quand les patrons, les techniciens, presque tous les grands riches sont d\u2019un côté, et que les sous-ordre, les serviteurs, les prolétaires trop exclusivement de l\u2019autre, sentent sur eux comme l\u2019étreinte d\u2019un ghetto moral ?\u201cEn son pays qui en enrichit tant d\u2019autres et qui a coûté si cher à ses ancêtres, ai-je écrit ailleurs, le plus vieil habitant, le fils du découvreur et du défricheur d\u2019il y a trois cents ans, ne joue encore qu\u2019un rôle mineur.\u201d M.Victor Barbeau, dans Mesure de notre taille (1936), M.François-Albert Angers, dans une étude qui est de 1944, nous ont appris la petite part des Canadiens français dans l\u2019industrie et le commerce de leur province.En 55 grandes compagnies industrielles, aucune participation des nationaux à l\u2019administration; sur 26 de ces compagnies, participation infime dans 8; faible dans 10; dans 8,000 petits établissements et en dépit d\u2019une popu- 96 l\u2019action nationale lation d\u2019employés 75 pour cent canadienne-française, 56 pour cent seulement de propriétaires canadiens-français; dans le commerce de gros, 40 pour cent seulement de propriétaires canadiens-français; dans le commerce de détail, 50 à 60 pour cent seulement de cè commerce aux mains des Canadiens français.En résumé et quelque désagréable que soit la vérité, la province de Québec demeure toujours sous le règne d\u2019une oligarchie qui, par son rôle et sa puissance, ressemble fort à celle d\u2019avant 1840.En d\u2019autres termes, la province pourrait devenir demain un État indépendant qu\u2019elle n\u2019en resterait pas moins économiquement une colonie de la finance étrangère.Plus que tout autre, au surplus, le capitalisme américain est de ceux qui colonisent les pays où ils s\u2019introduisent.Péril qu\u2019Henri Bourassa relève déjà en 1916: \u201cLes Américains ne se contentent pas de placer des millions dans nos industries et nos services publics; ils suivent ce capital dans toutes ses opérations.Ils envoient des gérants américains administrer leurs entreprises, des commis américains pratiquer leurs méthodes d\u2019affaires, des techniciens américains améliorer les procédés de fabrication.\u201d Rien qu\u2019à constater du reste, des faits comme ceux-ci: l\u2019aveuglement des colonisés sur les rapports de l\u2019économique et du national, l\u2019accueil facile accordé à toutes les formes de la pénétration américaine: modes, sports, moeurs, cinémas, journaux, magazines, etc., puis les ravages opérés dans le langage populaire par la langue technique de l\u2019étranger, chacun peut apprendre la puissance du formidable virus. LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE ET SOCIAL 97 Tentatives du redressement La partie serait-elle perdue à jamais ?Utopie, sans doute, que de prétendre ramener la civilisation canadienne-française à son état d\u2019hier.Récupérer, dans la situation compromise, une somme, une part d\u2019autonomie qui préserve l\u2019essentiel en vue de reconstructions prochaines, n\u2019est pas non plus tâche facile.Autant introduire, dans un mécanisme fortement lié, une pièce hétéroclite et tenter de l\u2019y intégrer.C\u2019est pourtant vers quoi s\u2019efforcent, depuis quelques années, les Canadiens français: réaction qui révèle aux pessimistes la vigueur interne de leur civilisation.La réaction s\u2019est produite sans plan concerté, sur des points divers, un peu au hasard, comme s'il eût fallu en démontrer le caractère spontané.Dans le monde de l\u2019agriculture, par exemple, monde du conservatisme par excellence, mais où les Canadiens français détiendraient encore 90 pour cent des établissements ruraux, un valeureux effort a été fait vers l\u2019association professionnelle et vers le coopératisme: formules d\u2019action collective qui tirent l'habitant de son individualisme, font appel à son esprit d\u2019initiative, à ses responsabilités et l\u2019aident à préserver son établissement autonome, sans le jeter dans les filets de l\u2019État.La réaction s\u2019offrait beaucoup plus difficile dans le monde ouvrier devenu numériquement la portion prépondérante de la nation.Par quels procédés réhumaniser cet homme que, par toute sa philosophie et tous ses comportements, la civilisation matérialiste tend à déshumaniser?L\u2019obstacle, ce pouvait être ici la victime elle-même, tragiquement indifférente à son 98 l\u2019action nationale terrible mal.Trop d\u2019ouvriers canadiens-français appartenaient déjà à des syndicats de formation américaine, complices inconscients de la philosophie matérialiste et de ses déformations.L\u2019obstacle, ce pouvait être aussi le patronat, même catholique, lent à comprendre les droits et l\u2019opportunité du syndicalisme, fût-il le plus orthodoxe.Le syndicalisme catholique est pourtant né, tentative de réintégration de l\u2019ouvrier dans un ordre social à la mesure et aux convenances de l\u2019homme.Après des débuts lents et pénibles où elle s\u2019est même heurtée à l\u2019inintelligence des gouvernants, la Confédération des Syndicats catholiques et nationaux forme aujourd\u2019hui le plus fort groupe des ouvriers syndiqués du Québec.Et voici qu\u2019en face de ce syndicalisme, et donnant l\u2019espoir d\u2019une collaboration pacifique, s\u2019ébauche une association patronale.La réaction paraissait encore plus inattendue dans les milieux du commerce et de l\u2019industrie.Nulle part plus qu\u2019en ce secteur aurait-on à naviguer à contre-courant.Quelle portion d\u2019autonomie reconquérir contre un rival que ses capitaux, ses techniques, sa vieille expérience des affaires, investissaient d\u2019une écrasante supériorité.Par bonheur l\u2019homme d\u2019affaires canadien-français, non complètement dépouillé de l\u2019esprit de sa culture et des traditions de sa classe, a gardé le goût de l\u2019entreprise autonome, ordonnée à des fins supérieures à elles-mêmes: intérêts familiaux, réalisation de la personne humaine, service à la collectivité.On l\u2019a donc vu se donner des associations professionnelles, associations d\u2019industriels et de commerçants, chambres de commerce qui ont proliféré par toute la province.Institutions qui visent d\u2019abord, sans doute, LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE ET SOCIAL 99 des intérêts de classe, sans pourtant se refuser, surtout les Chambres de commerce, à des soucis d\u2019ordre national.Même en ce secteur de l\u2019économie, tout espoir est donc loin d\u2019être perdu.Des écoles existent qui peuvent maintenant former le chef d\u2019industrie, le technicien, préparer au grand commerce, à la haute finance.A tort où à raison l\u2019enseignement secondaire s\u2019oriente dans le même sens.La main-d\u2019œuvre canadienne-française, hier encore composée, pour une si large proportion, d\u2019ouvriers non qualifiés, profite de plus en plus des écoles techniques et des écoles d\u2019apprentissage.Des institutions de crédit, d\u2019assurances, se sont fondées qui, avec le temps, qui, déjà même, commencent d\u2019assurer quelque rassemblement de capitaux, envahissent le champ du concurrent.Des financiers canadiens-français ont pris pied dans les exploitations minières de la province et jouent un rôle considérable ou appréciable dans un sixième environ de ces exploitations.Sans doute, en la plupart des autres secteurs, la part du groupe est rarement en proportion de son importance démographique.Les Canadiens français se cantonnent encore, sauf par exception, dans la petite et moyenne industrie.Il arrive aussi qu\u2019où le progrès s\u2019affirme, il ne s\u2019affirme pas toujours à l\u2019égal des progrès du concurrent.Il reste, en dépit de tout, qu\u2019en quelques domaines, et par exemple dans l\u2019industrie, la position reste satisfaisante et ne laisse appréhender aucune régression.En d\u2019autres, tels que les services professionnels, on note une amélioration.En d\u2019autres encore, dans la finance bancaire, le progrès s\u2019affirme lent.Le commerce de détail enregistre peut-être quelque recul, après des 100 l\u2019action nationale gains temporaires.Le symptôme le plus consolant, ce pourrait être l\u2019éveil, dans les milieux de jeunesse, des idées de libération.Plus qu\u2019hier on aspire à posséder son établissement à soi; au rôle de haut salarié, on préfère celui du plus modeste patron.Faits encourageants s\u2019ils donnent à penser que le peuple canadien-français n\u2019aurait pas tout perdu de sa densité d\u2019âme patiemment acquise au cours de son dur et merveilleux passé.Lionel Groulx, ptre. Un engagement formel! Le sept octobre dernier, Me Antoine Rivard, Solliciteur général de la province de Québec, remplaçait le Premier Ministre de la Province auprès du congrès annuel de la Chambre de Commerce de la Province de Québec, siégeant à Ottawa.Parlant donc officiellement au nom du gouvernement, il choisit de discuter, devant les délégués présents, du thème même mis à l'étude par le Congrès, à savoir les relations fédérales-provinciales.C\u2019est le texte de son discours que nous reproduisons ci-après.Dans un esprit objectif et au dessus de toute parti-sannerie politique, Me Antoine Rivard a exposé la thèse sur laquelle le gouvernement de la Province a l\u2019intention de s\u2019appuyer pour aborder et résoudre les difficultés actuelles sur le sujet.Nos lecteurs pourront constater que cette thèse repose sur la doctrine nationale la plus authentique et la plus ferme.Qu\u2019au surplus, le Solliciteur général de la Province n\u2019a pas craint de proclamer l\u2019adhésion formelle de son gouvernement à ces principes et à cette doctrine.Une telle pièce, prononcée dans de telles circonstances, constitue un document à conserver.C\u2019est pourquoi nous la communiquons en primeur à nos 102 l\u2019action nationale lecteurs.Puisse-t-elle au surplus nous permettre d\u2019augurer en la matière une politique provinciale ferme, précise et en pleine conformité, dans tous ses détails, avec les positions prises.La Rédaction Je suis particulièrement honoré d\u2019avoir été appelé à remplacer celui que vous auriez désiré entendre ce soir.Le Premier Ministre de la Province m\u2019a tout spécialement recommandé de vous exprimer son regret de ne pouvoir être au milieu de vous.Les hommes publics ne font pas toujours ce qu\u2019ils préféreraient.Leur vie en est une de renoncement et de sacrifice.Les travaux importants que nécessite la législation gouvernementale qui sera soumise au Parlement de Québec, le mois prochain, l\u2019accumulation des problèmes administratifs laissés en plan durant la période électorale que nous venons de traverser, tout cela retient le Premier Ministre à son bureau et le prive du plaisir de venir rencontrer des amis aussi sympathiques et aussi importants que vous.On ne s\u2019arrête peut-être pas assez sur la prépondérance et l\u2019efficacité du rôle joué dans notre Province par les Chambres de commerce.Nous assistons depuis quinze ans à un renouveau complet dans notre monde du commerce, de la finance et de l'industrie.Nous avons indiscutablement repris la maîtrise du commerce petit et moyen, de la petite industrie et déjà plusieurs des nôtres se placent aux tous premiers rangs du haut commerce, de la grande UN ENGAGEMENT FORMEL 103 industrie, de la finance nationale et internationale.Vous avez prouvé de façon réconfortante que, sans rien perdre des caractéristiques de l\u2019âme, de la culture qui nous différencient de la majorité, nous pouvions continuer à ê^tre des conquérants et des victorieux sur ces champs nouveaux d\u2019activité et de combat, d\u2019où trop longtemps nous ont éloignés notre indulgence et notre timidité.Sans remonter bien loin en arrière, il est facile de concevoir l\u2019immensité du chemin parcouru et les aspirations légitimes de notre groupe ethnique.Dans cette conquête un peu lente, mais raisonnée et sûre, nos Chambres de commerce québécoises ont joué un rôle nécessaire et honorable.Elles ont coordonné les énergies, rendu nos réclamations plus pressantes, donné un sens et une orientation à tous ces élans.C\u2019est pour cela et pour bien d\u2019autres motifs qu\u2019il m\u2019est agréable d\u2019être à votre table ce soir.L\u2019esprit d\u2019initiative qui caractérise votre activité, la loyauté et la franchise de votre esprit, la richesse et le succès de vos réalisations donnent un prix particulier au privilège d\u2019être votre invité et de participer à vos réunions.Les sujets de vos entretiens actuels indiquent bien le souci éclairé avec lequel vous voulez vous intéresser aux questions importantes qui s\u2019imposent aujourd\u2019hui à l\u2019attention sérieuse de l\u2019élite.Les problèmes de la fiscalité dans un État fédéral comme le nôtre, pour une province comme la province de Québec, sont d\u2019une actualité brûlante et il est réconfortant de voir un secteur de l\u2019opinion publique, aussi influent que le vôtre, se pencher sur eux pour tenter d\u2019en mesurer l\u2019acuité, la profondeur et l\u2019importance. 104 l\u2019action nationale La nécessité des gouvernements dans l\u2019état social moderne comporte comme conséquence normale celle dé revenus gouvernementaux qui permettront à l\u2019État civil de maintenir efficacement dans la communauté une autorité administrative bienfaisante et progressive.La décentralisation des pouvoirs administratifs, dans un État fédéral, doit nécessairement comprendre la décentralisation des sources de revenus de façon à permettre à chaque autorité d\u2019avoir à sa disposition l\u2019argent nécessaire au libre exercice de sa juridiction.Le pourvoir de légiférer est nul et illusoire, s\u2019il n\u2019est pas accompagné du pouvoir réel d\u2019administrer.Le droit qu\u2019accorderait un texte constitutionnel de faire des lois sans donner en même temps le droit à des revenus, librement et indépendamment perçus, serait une fraude, un trompe l\u2019œil et une supercherie.Afin de bien déterminer notre situation, à nous de la province de Québec, dans l\u2019État fédéral canadien, il me semble nécessaire de remonter non seulement au texte même de l\u2019Acte constitutionnel, par lequel les provinces ont créé l\u2019autorité centrale, mais aussi de réaliser l\u2019intention et l\u2019esprit de ceux-là qui ont posé les bases de notre structure nationale.Dès 1859, alors que l\u2019Ontario et le Québec étaient régis par un régime d\u2019union législative, les difficultés constitutionnelles avaient atteint un état de crise alarmant.En trois ans, quatre ministères différents avaient été condamnés et deux élections générales n\u2019avaient pas ramené l\u2019harmonie.Il est juste d\u2019ajouter que les difficultés d\u2019ordre social étaient au premier plan.Les deux groupes ethniques qui assurent au Canada le privilège incomparable des deux grandes cultures dont s\u2019enorgueillit la civilisation, UN ENGAGEMENT FORMEL 105 avaient tous deux pris conscience de leur force et de leurs besoins.Géographiquement rassemblés l\u2019un dans Ontario, l\u2019autre dans Québec, ils réclamaient au sein de cette union nominale, une administration locale différente, souvent contradictoire, qui rendait impossible cette unité législative qu\u2019on avait voulu tenter.En voulant confondre dans une seule législature les éléments ethniques différents et irréductibles, on avait simplement démontré l\u2019impossibilité de la centralisation législative et la nécessité d\u2019accorder à chacun de ces groupements alors réunis, l\u2019un dans l\u2019Ontario, l\u2019autre dans Québec, une autonomie gouvernementale qui sans nuire au plan d\u2019ensemble du développement du pays canadien, permettrait à chacun de se conduire, de s\u2019administrer et de se développer selon son esprit, sa tradition et son âme.C\u2019est ainsi que naquit dans l\u2019esprit des hommes politiques de ce temps l\u2019idée d\u2019inviter les provinces à discuter entre elles et à élaborer, si elles réussissaient à s\u2019entendre, une nouvelle constitution qui protégerait les droits de ces deux groupes ethniques dans les domaines où ils devaient demeurer maîtres, tout en offrant les garanties nécessaires aux droits des minorités.C\u2019est en effet à une entente entre les Canadiens de langue française et de foi catholique avec les Canadiens de langue anglaise et de foi protestante, que nous devons l\u2019acte constitutionnel de 1867.Il est juste de dire que ce sont les Provinces alors formées sur le plan constitutionnel qui ont été les porte-parole de ces groupements ethniques, mais il est clair que la préoccupation des hommes 106 l\u2019action nationale d\u2019Êtat canadiens qui ont participé aux conférences de Québec en 1864, aux entretiens de Londres en 1865, à toutes les réunions qui ont précédé la ratification par le Parlement Impérial du pacte conclu au Canada, ont porté sur la nécessité d\u2019accorder aux deux races, anglaise et française, les garanties nécessaires d\u2019existence, de progrès et de bonheur.Cette tâche était alors facilitée par le fait que la minorité française et catholique était surtout rassemblée sur un même territoire, dans la même province de Québec et qu\u2019en assurant aux Provinces une autonomie législative dans les domaines essentiels à la survivance et aux développements ethniques, on garantissait aux Canadiens français de Québec la juridiction souveraine nécessaire à leur résistance et à leur progrès.On retrouve cette préoccupation tout le long de l\u2019Acte constitutionnel de 1867.Les Provinces ont créé l\u2019autorité fédérale.Elles ont voulu donner naissance à un pouvoir central qui pourrait exercer dans le domaine international ou pour les matières qui intéressent généralement tout le pays de l\u2019Atlantique au Pacifique une autorité souveraine qui protège et permet la grandeur de l\u2019État Canadien.Jetez un coup d\u2019œil sur l\u2019article 91 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique qui délimite les pouvoirs législatifs du Parlement Canadien et vous y sentirez très nettement cette préoccupation.Entre autres domaines réservés à la juridiction fédérale, vous y notez: \u201cl\u2019administration des postes, la milice, le service militaire, le service naval et la défense du pays, la navigation, le numéraire et la UN ENGAGEMENT FORMEL 107 frappe de la monnaie, la naturalisation et la citoyenneté, la douane et l\u2019accise.\u201d Considérez après cela, les articles 92 et 93 qui déterminent les pouvoirs exclusifs des provinces et vous y percevrez à plusieurs paragraphes l\u2019intention des Pères de la Confédération d\u2019accorder à notre groupe ethnique, en fait à chacune des deux races, une souveraineté législative dans les domaines essentiels à l\u2019existence et à l\u2019épanouissement de ces deux races.La législature provinciale a le pouvoir exclusif de légiférer, entre autres choses, en matière de ressources naturelles, administration et vente des terres publiques et des forêts, en ce qui concerne l\u2019hospitalisation, les institutions municipales, la propriété et les droits civils, l\u2019enseignement et l\u2019éducation et de façon générale, toutes les matières qui, dans la province, sont d\u2019une nature purement locale ou privée.Notre pays est trop vaste, ses régions sont trop diverses et soumises à des conditions trop différentes pour permettre qu'une seule qutorité centrale puisse donner à chaque section du territoire canadien une administration éclairée, convenable et satisfaisante.La décentralisation s\u2019imposait en 1867, elle est encore essentielle au bien-être de la population canadienne, au progrès de tout le pays en 1952.Pour nous, Canadiens français catholiques de Québec, elle est une condition de vie ou de mort.Nos mœurs, nos croyances et notre pensée impriment à notre vie locale et quotidienne un caractère particulier que doivent reconnaître les lois qui régissent cette existence.Le droit privé n\u2019est pas seulement la règle qui courbe sous son autorité tous les 108 l\u2019action NATIONALE citoyens, c\u2019est aussi l\u2019expression de la volonté d\u2019un peuple de vivre de la façon qui lui convient et lui plaît, son attitude particulière devant les problèmes qu\u2019il faut solutionner et que fait naître l\u2019existence de la communauté nationale.Sir Thomas Chapais, dans son cours d\u2019Histoire du Canada, parlant de la menace qui, après la conquête, planera sur notre droit français écrit avec raison: \u201cPour un peuple, le système de lois qui le régit n\u2019est pas chose indifférente.Les lois d\u2019une nation fédérée sont le résultat d\u2019une succession séculaire d\u2019expériences et de faits.Elles se sont élaborées et formées lentement.Elles sont nées du tempérament, des mœurs, du caractère, des qualités spéciales qui distinguent une race.Elles correspondent à des coutumes, à une mentalité, à des conditions économiques qui lui sont particulières.Elles tiennent à tout un ensemble dfe relations publiques et privées qui est l\u2019œuvre du temps.C\u2019est par elles que sont réglées et coordonnées les actes qui déterminent l\u2019acquisition et la transmission des biens, la répartition des héritages, les modalités des conventions entre époux dont la répercussion est si profonde sur la famille et la société.Et pour toutes ces raisons elles finissent par faire partie intégrante de la vie nationale.\u201d C\u2019est bien ce qu\u2019avaient compris les Pères de la Confédération lorsqu\u2019ils donnaient aux provinces le droit exclusif de légiférer en matière de droit civil et de propriété.Le jour où nous abandonnerons une parcelle de notre souveraineté dans ce domaine nous aurons signé l\u2019arrêt de mort de notre groupe ethnique. UN ENGAGEMENT FORMEE 109 Est-il besoin de dire que notre juridiction exclusive en matière d\u2019éducation est d\u2019une égale importance.Demeurer les maîtres des disciplines qui forment les cœurs et les esprits des générations de demain, voilà bien la garantie nécessaire de notre survivance.C\u2019est ce que nous ont donné ceux-là qui ont présidé à la naissance de la confédération canadienne c\u2019est ce que nous voulons fidèlement et jalousement garder.Mais le droit de légiférer est illusoire s\u2019il ne s\u2019accompagne du pouvoir d\u2019administrer.Une juridiction souveraine dans le texte devient une servitude si celui qui en est investi n\u2019a pas les moyens matériels de l\u2019exercer.Il ne suffit pas d\u2019un texte qui accorde aux provinces le pouvoir de faire des lois en matière d\u2019éducation ou d\u2019instruction, si les provinces n\u2019ont pas les ressources financières nécessaires pour bâtir leurs écoles, payer leurs professeurs, organiser leur enseignement.Il serait presque malhonnête d\u2019accorder aux provinces le droit exclusif de régler localement leurs problèmes de voirie, de propriété publique et privée, d\u2019administration municipale, d\u2019hospitalisation, si ces provinces n\u2019ont pas les sources de revenus suffisantes pour construire les hôpitaux, accorder aux municipalités les ressources nécessaires à l\u2019exécution des travaux qui s\u2019imposent, organiser les tribunaux qui appliqueront les lois et les sanctions qui s\u2019imposent.Il est clair que dans des domaines bien déterminés l\u2019Acte constitutionnel a conservé aux provinces une souveraineté législative et cela pour les motifs dont je viens de parler.Mais nous vivons en démocratie et sous le régime du gouvernement responsable.La 110 L ACTION NATIONALE souveraineté législative ne consiste pas seulement dans l\u2019autorité indiscutable de faire des lois qui obligent, mais aussi dans le droit de percevoir, indépendamment de toute autre autorité, les revenus nécessaires pour mettre en vigueur cette législation.Avant la Confédération, les provinces avaient évidemment l\u2019autorité législative.Elles avaient également l\u2019autonomie financière car elles possédaient tous les droits de taxation.Quand elles ont donné naissance au premier contrat, elles ont compris qu\u2019il n\u2019était pas suffisant de lui consentir une autorité législative, mais qu\u2019il fallait aussi pour lui permettre d\u2019exercer sa juridiction une autonomie financière.Aussi les Provinces ont alors consenti à renoncer aux sources de revenus provenant des droits de douane et d\u2019accise et en retour de ces deux sources le Gouvernement Central s\u2019est obligé à leur consentir des subsides dont la base a été modifiée en 1907 et il n\u2019a pas été augmenté depuis, bien que le produit de ces taxes soit considérablement plus élevé.L\u2019acte constitutionnel ne prévoit pas d\u2019autres subsides et délimite avec peut-être moins de clarté les pouvoirs de taxation que les cadres de la juridiction législative.L\u2019article 91 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique reconnaissait au pouvoir central le droit de prélever des deniers par tout mode ou système de taxation afin de fournir une administration efficace en vue de la paix, de l\u2019ordre public au pays.D\u2019autre part l\u2019article 92 accorde aux gouvernements provinciaux le droit exclusif de percevoir les contributions directes dans les provinces afin de prélever les revenus nécessaires à l\u2019administration provin- UN ENGAGEMENT FORMEL 111 ciale.Il semble, à première vue que le droit du gouvernement central est plus étendu que celui des provinces, mais il faut remarquer que le droit du gouvernement fédéral de prélever des deniers par tout mode de taxation est restreint par le texte même du premier paragraphe de l\u2019article 91 qui détermine que ces pouvoirs du gouvernement central lui sont consentis en autant qu\u2019ils n\u2019affectent pas des matières rentrant dans les catégories de sujets que ledit acte attribue exclusivement aux provinces.Comme l\u2019article 92 donne clairement aux provinces le droit exclusif à la taxe directe, il est nécessaire de déduire que le Gouvernement central ne peut envahir le champ de la taxation directe.Il est donc logique d\u2019affirmer que l\u2019impôt sur le revenu personnel, l\u2019impôt sur le revenu des corporations, les droits successoraux sont des sources de revenus exclusivement réservées aux provinces.Les obligations des gouvernements central et provinciaux n\u2019ont cessé d\u2019augmenter et il est exact d\u2019affirmer que chacun dans sa sphère a tenté d\u2019augmenter ses disponibilités financières.Dans cet effort facilement compréhensible des administrations fédérales et provinciales vers les moyens normaux qui pourraient réaliser un budget balancé, il faut bien dire que le pouvoir central a dangereusement obtenu un avantage marqué.Mon bon ami, l\u2019Assistant Contrôleur du Revenu de la Province de Québec, M.Roger Stanton, vous révélait lundi dernier, qu\u2019en 1937 sur chaque dollar de taxe payé par le contribuable canadien, 48 cents allaient aux gouvernements provinciaux et municipaux, alors qu\u2019au-jourd\u2019hui sur chaque dollar de taxe que nous payons, 112 l\u2019action nationale 74 cents vont au gouvernement fédéral laissant 26 cents aux provinces et aux municipalités.Il y a là une tendance à la centralisation économique extrêmement dangereuse et contre laquelle le Gouvernement auquel j\u2019ai l\u2019honneur d\u2019appartenir croit devoir faire opposition.Il est ridicule de penser que les administrations provinciales et municipales puissent être en mesure d\u2019acquitter les obligations croissantes qui sont essentielles à leur existence même, avec une proportion de 26% des revenus publics du pa,ys.Les devoirs des provinces concernant l\u2019éducation, la voirie, l\u2019hospitalisation, la sécurité sociale, qui fait partie de leur juridiction sur la propriété et les droits civils, l\u2019agriculture et la colonisation, exigent qu\u2019elles réclament l\u2019exclusivité des champs de taxation que leur reconnaît l\u2019Acte Constitutionnel.Je sais que l\u2019envahissement progressif du gouvernement central dans les domaines du revenu public a été favorisé par l\u2019état d\u2019urgence créé par la guerre et par les consentements donnés par les gouvernements provinciaux du temps.Les ententes qui ont été conclues étaient faites à raison de circonstances exceptionnelles et pour un temps déterminé.Il ne faudrait tout de même pas que par la répétition de ces ententes temporaires on arrive à l\u2019établissement d\u2019une situation permanente qui soit contraire à la conception véritable du gouvernement responsable.Au début de la Confédération, on vous l'a dit, on a remplacé par des subventions, aujourd\u2019hui clairement inadéquates, les droits de douane et d\u2019accise, abandonnés par les provinces au gouverne- UN ENGAGEMENT FORMEL 113 ment central.Aujourd\u2019hui, comme hier, on propose aux gouvernements provinciaux d\u2019abandonner les champs de taxation directs qui leur appartiennent exclusivement comme l\u2019impôt sur le revenu personnel, l\u2019impôt sur le revenu des corporations, l\u2019impôt sur les successions, en retour des subventions fédérales dont on a déterminé une base nouvelle en 1952.Les Gouvernements provinciaux sont des gouvernements démocratiques et responsables.Le gouvernement qui taxe doit-être celui qui dépense.Il répond devant l\u2019électorat non seulement de la façon dont il dépense ses revenus, mais aussi de la façon dont il les perçoit.Une administration qui dépend d\u2019une autre en tant que ses ressources financières sont concernées, est en tutelle et ne peut plus prétendre à l\u2019indépendance ni à la souveraineté de sa juridiction.Notre droit aux sources de revenus nécessaires à l\u2019administration provinciale est aussi essentiel que notre droit de légiférer en matière d\u2019éducation, de droit civil et de propriété.Abandonner ce droit, le céder pour des avantages immédiats qui subordonneraient notre juridiction au pouvoir fédéral, serait une trahison que notre gouvernement ne commettra jamais.L\u2019expérience subie de ces ententes temporaires suivant lesquelles nous avons, à tort, cédé certains de nos pouvoirs fiscaux, devrait suffire à nous faire réaliser qu\u2019il est temps de s\u2019arrêter sur la pente dangereuse où nous nous sommes imprudemment engagés.Sans revenir sur la disproportion injuste de la répartition du revenu national entre les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux, vous me 114 l\u2019action nationale permettrez de souligner que ces revenus énormes qui gonflent actuellement le trésor fédéral lui ont suggéré d\u2019entrer sur des terrains de législation et d\u2019administration où la constitution lui refuse toute juridiction.Les gouvernements n\u2019ont le droit de percevoir des revenus des contribuables que pour les fins pour lesquels ils existent.Le Gouvernement fédéral a une juridiction à ce point de Vue assez clairement délimitée et il en est ainsi des Gouvernements provinciaux.Je suis certain que le plus ardent des centralisateurs ne songera jamais à prétendre que l\u2019éducation n\u2019est pas de la juridiction exclusive des Provinces.Le Gouvernement central offre aujourd\u2019hui des subsides aux universités.D\u2019où vient cet argent ?Il est le produit des taxes que le Gouvernement Fédéral a perçu pour des fins déterminés, parmi lesquelles l\u2019éducation est absente.N\u2019avons-nous pas là un exemple clair des effets mauvais de cet envahissement par le pouvoir central dans le champ de taxation réservé aux provinces et la conséquence fatale de l\u2019intervention fédérale législative et administrative dans des domaines qui doivent demeurer exclusivement provinciaux ?L\u2019unité canadienne, que tous nous souhaitons, ne sera réalisée que dans la mesure où les deux races qui forment le pays garderont les garanties d\u2019existence, de liberté et d\u2019épanouissement que leur offrent les droits constitutionnels de l\u2019autonomie provinciale.Le Gouvernement actuel de Québec ne consentira jamais l\u2019abandon des droits qu\u2019il croit essentiels à la vie nationale de ceux qui lui ont fait confiance. UN ENGAGEMENT FORMEL 115 Il ne cédera jamais, ni pour cinq ans ni pour une journée, les prérogatives du gouvernement responsable que lui reconnaft l\u2019Acte Constitutionnel.Fier d\u2019une administration financière qui peut se comparer avantageusement à celle de toutes les provinces, même à celle du gouvernement canadien, il continuera à réclamer l\u2019exclusivité des sources de revenus qui lui sont garanties par la constitution et dont il a besoin pour remplir pleinement et efficacement sa mission.On nous reprochera peut-être de nous isoler du reste du pays.Ce blâme serait bien injuste.Nous ne voulons pas faire bande à part.Nous demeurons ce que nous étions hier, nous voulons être demain ce que nous sommes aujourd\u2019hui: l\u2019actif incomparable d\u2019un peuple qui a gardé son caractère propre, sa langue, sa foi, ses traditions et qui fournit au Canada la lumière d\u2019une culture et d\u2019une pensée dont le monde ne peut se passer.Nous sommes toujours disposés à discuter ces problèmes graves avec les représentants des gouvernements canadien et provinciaux.Nous croyons qu\u2019il est possible de nous entendre sur des formules nouvelles qui, tenant compte des circonstances dans lesquelles nous vivons, protégeraient également les droits et les privilèges au sujet desquels il n\u2019est pas possible de transiger.Nous pensons qu\u2019il serait de l\u2019intérêt de tous que la délimitation du champ de taxation accordé à chacun soit revisée, clarifiée et précisée.Nous pensons qu\u2019il y aurait avantage à simplifier les modes de perception des taxes et de soulager ainsi l\u2019inquiétude du contribuable.Nous sommes convaincus 116 l\u2019action nationale qu\u2019un retour courageux à la modération dans l\u2019imposition des taxes, et la dépense des deniers publics serait également un sujet de méditation dont plusieurs pourraient tirer profit.Dans ce domaine, comme dans les autres, nous sommes prêts à collaborer, afin d\u2019assurer la grandeur et la prospérité du pays, comme le bonheur et le progrès des provinces qui le composent.Le 1er octobre dernier, la Gazette de Montréal publiait un article de rédaction de haute portée sur le sujet qui nous intéresse.Je me permets de vous en traduire quelques lignes, qui seront mes derniers mots.\u201cLa province de Québec, pour des générations n\u2019a jamais voulu se dissocier du reste du Canada.Elle a toujours voulu être une partie du tout et apporter sa large contribution à l\u2019enrichissement d\u2019un pays qui s\u2019étend d\u2019un océan à l\u2019autre.Mais Québec ne croit pas que sa coopération avec le reste du Canada veuille dire l\u2019abandon des droits qui garantissent l\u2019intégrité de sa vie nationale particulière.\u201cIl est vrai qu\u2019il s\u2019est trouvé des gens qui vers la fin du 18e siècle ont cru que le meilleur moyen de bâtir une nation nouvelle était de briser, ou de laisser périmer, ces garanties qui préservaient le caractère distinctif de cette province.Et cette école a toujours eu ses disciples.Même le grand Lord Durham en 1839 crut un moment qu\u2019il pourrait mettre fin à ces différences de race et de langue en noyant la province dans une union législative où elle serait minoritaire.\u201cMais cette manière de penser n\u2019a jamais contribué à l\u2019unité du pays.Elle n\u2019a fait que retarder UN ENGAGEMENT FORMEL 117 l\u2019influence d\u2019une sagesse plus grande qui voit dans la loyauté de Québec à son passé, quelque chose qu\u2019il faut respecter, quelque chose qu\u2019il faut même aimer.\u201cCeux-là qui s\u2019impatientent de l\u2019attitude de Québec au point de vue autonomie provinciale s\u2019impatientent du règlement essentiel de l\u2019existence même du pays.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question de détail.Il s\u2019agit d\u2019une question fondamentale de base.\u201cIl y a longtemps qu\u2019une administration fédérale a manœuvré de façon à placer Québec dans l\u2019obligation de s\u2019isoler du reste du pays, pour la seule raison que Québec ne veut pas sacrifier la base même de son intégrité.C\u2019est à vrai dire ce que tout homme d\u2019État canadien digne de ce nom a toujours dans le passé tenté d\u2019éviter.\u201cC\u2019est à raison d\u2019une faute de sagesse politique que la situation actuelle est survenue.Un retour à des principes politiques plus larges et plus sains est nécessaire pour rétablir le principe que l\u2019unité canadienne se réalisera lorsqu\u2019on respectera pleinement les garanties essentielles à Québec.\u201cCela ne concerne pas seulement Québec.Cela concerne tout le Canada, parce que cela concerne Québec si profondément.\u201d Antoine Rivard, Solliciteur général de la Province Chronique de la langue Le français à l\u2019école Quand un jeune homme, normalement doué, ne parvient pas, après huit ou dix années d\u2019étude, à s\u2019exprimer familièrement et correctement en sa langue maternelle, ne la parle pas mieux, en fait, qu\u2019un illettré satisfait, ne vous semble-t-il pas qu\u2019il y a lieu de s\u2019interroger sur la qualité et l\u2019efficacité de l\u2019enseignement qu\u2019il a reçu ?Entendons-nous bien.La question n\u2019est pas de savoir si, selon la formule pompeuse et pompière, on l\u2019a préparé à la vie, s\u2019il est un fort en thème, un premier de classe.Non, la seule matièie dont je me préoccupe ici, par déformation professionnelle, est le français.Et je me demande: jugé à ses fruits, que vaut l\u2019enseignement dont il est l\u2019objet ?Il fut un temps où la pureté de notre langage faisait l\u2019admiration de l\u2019étranger.Et c\u2019était, ô paradoxe, l\u2019époque où l\u2019instruction, loin de s\u2019étendre, comme de nos jours, à tous les individus, de les niveler tous par en bas, ne bénéficiait qu\u2019à de rares privilégiés.Le Canada avait alors peu d\u2019écoles, peu de maîtres, peu de livres.En revanche, la tradition orale y était encore assez agissante pour empêcher le français de s\u2019altérer, de se décomposer sous l\u2019action combinée de la paresse et de l\u2019ignorance.En d\u2019autres termes, sans qu\u2019on s\u2019encombrât du lourd et parfois écrasant appareil scolaire d\u2019aujourd\u2019hui, on réussissait à apprendre aux enfants à parler pro- LB FRANÇAIS A L\u2019ÉCOLE 119 prement, distinctement, à respecter l\u2019usage ancestral.D\u2019où, jusqu\u2019au dix-neuvième siècle, l\u2019étonnement et l\u2019émerveillement des voyageurs qui nous visitèrent.Le progrès ou, du moins, ce que nous prenons pour tel, a, depuis, bouleversé tout cela.Le milieu a, d\u2019abord, changé.La conquête militaire s\u2019est aggravée de la conquête économique.Par la force des choses, puis par opportunisme, dans certains cas par lâcheté, nous avons non seulement accepté mais favorisé l\u2019expansion linguistique de la langue anglaise.Sous prétexte d\u2019être pratiques et réalistes, nous avons subordonné notre réussite matérielle (la seule qui nous ait jamais tenu à cœur) à la prééminence de la langue seconde sur la langue maternelle.Quoi qu\u2019il en soit, avec ou sans notre complicité, il reste que l\u2019industrie, le commerce, les affaires sous toutes leurs formes ont introduit dans notre parler ces milliers de mots, d\u2019expressions, de tournures de phrase dont il est à craindre que nous ne puissions jamais le purger entièrement.Communément appelés anglicismes, ce sont, en vérité, des barbarismes, des symptômes d\u2019un état morbide avancé.La nocivité de l\u2019ambiance s\u2019exerce de bien d\u2019autres façons.Le cinéma, la radio, les journaux, les magazines ajoutent à l\u2019insalubrité de notre climat.Ils vident l\u2019homme de son contenu spirituel, le dépouillent de sa résistance à la facilité, au laisser-aller et en font un terrain de culture propice à tous les virus qui s\u2019attaquent à l\u2019âme et à l\u2019intelligence.Lorsque les immunités naturelles ont cessé de jouer, 120 l'action nationale un mot finit par en valoir un autre, un son de même et, pareillement, par voie de conséquence, une langue.Pourquoi s\u2019embarrasserait-on de tels scrupules ?Ainsi s\u2019est étendu, s\u2019est généralisé le charabia, le baragouinage qui est le parler de la rue, du foyer, des airs et, trop fréquemment, des maisons d\u2019éducation.Tous ceux qui en usent, des plus modestes aux plus huppés, sont, cependant, passés par l\u2019école.Un grand nombre, par le collège, le séminaire.Beaucoup, enfin, par l\u2019université.Ils ont eu des maîtres, des maîtresses, des professeurs censément de langue française.Us ont étudié dans des manuels français ou décalqués d\u2019ouvrages français, ont fait des devoirs de français.Comment expliquer qu\u2019ils en aient si peu retenu ?Qu\u2019est-ce qu\u2019un enseignement qui se délave aussi vite, qui ne laisse plus de trace dès qu\u2019on a atteint l\u2019âge adulte ?A mon sens, une mauvaise teinture.Evaluée à son rendement, l\u2019école ne me paraît pas remplir sa mission française.Tenant compte de l\u2019atmosphère, de la marée montante de l\u2019immigration, du débraillé des mœurs dont le parler voyou et la tenue voyou sont si hautement significatifs, tenant compte de tous les obstacles, de toutes les difficultés dont se compliquent, au Canada, l\u2019étude et l\u2019usage du français, je crois fermement que c\u2019est sur l\u2019école que retombe, en premier lieu, la responsabilité de l\u2019état de notre langue.Que, dans la suite ou parallèlement, le milieu, la famille, le métier soient, à leur tour, des agents de contamination, du corruption, cela n\u2019est que trop évident et chacun en convient.Mais dans la mesure, la proportion où les êtres qu\u2019ils encerclent et finissent par subjuguer n\u2019ont été que superficielle- LE FRANÇAIS A L\u2019ÉCOLE 121 ment et illusoirement instruits dans le maniement de leur langue.L\u2019enfant naît au langage comme il naît à la vie, à la coordination de ses mouvements, à l\u2019équilibre.On peut hâter la floraison d\u2019une fleur, forcer la maturité d\u2019un fruit; on ne peut pas faire qu\u2019un enfant émerge du chaos, de la pénombre dans laquelle il se débat avant que la nature ne lui en ait fourni les moyens.L\u2019enfant parle donc à son heure comme il marche à son heure.Le foyer est sa première école; l\u2019oreille son premier maître.Il apprend tout sans peine, sans effort, sans larmes.A aucun autre moment de sa vie ne jouira-t-il d\u2019une aussi prodigieuse réceptivité.A aucune autre époque n\u2019absorbera-t-il avec autant d\u2019aisance et de plaisir les connaissances pratiques que saura lui présenter son entourage.Chaque terme nouveau qu\u2019il acquiert est un pas de fait vers sa libération, une trouée vers la lumière.Une abeille n\u2019est pas plus riche que lui de parfums et de sucs.Quel sort l\u2019école fera-t-elle à son instinct butineur ?Lui permettra-t-elle de faire son miel et de s\u2019en nourrir ou le soumettra-t-elle à un régime alimentaire cuisiné par des adultes pour des cerveaux d\u2019adulte?Ce qui était un jeu, une joie devient une contrainte.En même temps qu\u2019il se voit comprimé dans son développement physique, emmailloté qu\u2019il est, des heures durant, dans le silence et l\u2019immobilité, l'enfant est brusquement arraché à son milieu naturel, qui est celui des sens, pour être transplanté dans le monde irréel, immatériel de l\u2019abstraction, des idées.A ce stade, parler n\u2019est pas et ne peut pas être un art.L\u2019important pour l\u2019heure est d\u2019exercer sa mé- 122 l\u2019action nationale moire auditive, de la meubler du plus grand nombre possible de mots concrets, de la plonger dans la réalité du monde extérieur, de l\u2019informer sans pédan-térie des faits d ordre quotidien : foyer, costume, métier du père, mobilier, etc.Il n\u2019y a pas de mots qu\u2019il ne puisse retenir, surtout s\u2019il lui est donné de les identifier avec les objets qu\u2019ils représentent.Seulement, ces mots, tels il les aura entendu prononcer, tels il les enregistrera, car il n\u2019est encore qu\u2019une cire, qu\u2019un disque.En sorte que le moins qu\u2019on doive exiger des maîtres et des maîtresses est qu\u2019ils soient eux-mêmes un exemple vivant, quotidien de bon langage.Il faut que la leçon vienne d\u2019eux directement, c\u2019est-à-dire sans passer par les livres.Il faut que leur manière de s\u2019exprimer soit une et toujours identique.Où que ce soit, en quelque circonstance que ce soit, ils ne laisseront s\u2019accréditer l\u2019hérésie qu\u2019il existe deux façons de parler.L\u2019une fautive, grossière pour le cours ordinaire des choses; l\u2019autre, endimanchée, fagotée, pour les compliments et les récitations.On ne change pas de langue comme on change d\u2019habit.Pourquoi, d\u2019une part, un relâchement qui se confond avec le vulgarisme et, de l\u2019autre, une affectation qui est la négation même du bon usage ?Ce dédoublement du langage est, pourtant, la règle de notre enseignement.Au lieu de présenter la correction comme une partie intégrante, inséparable du français parlé, quelque familier qu\u2019il soit (et il faut qu\u2019il soit familier si l\u2019on veut qu\u2019il soit naturel), on en fait un ornement postiche dont on ne le pare que dans les grandes occasions.Autant enseigner que le savoir-vivre, la politesse ne sont de LE FRANÇAIS A L\u2019ÉCOLE 123 mise que les jours de fête.Ce ne serait ni plus iréel ni plus faux.Quoiqu\u2019il n\u2019en soit pas le plus redoutable, la pauvreté de notre vocabulaire demeure néanmoins le défaut le plus saillant, le plus frappant du français du Canada.Cette indigence est la porte ouverte à toutes les infiltrations étrangères.Les mots anglais qui farcissent la moindre de nos conversations ne sont pas, contrairement à ce que beaucoup pensent, l\u2019effet de la paresse ou de la négligence.Ils n\u2019ont pas usurpé la place des équivalents français.Ils ne font pas double emploi.Nous les employons simplement parce que nous n\u2019en avons pas d\u2019autres à leur substituer.Ce sont les seuls que nous connaissions.Il est facile d\u2019en médire; presque impossible, hélas, de s\u2019en passer.La nécessité les a naturalisés.Et l\u2019invasion continue, s\u2019accélère malgré toutes les campagnes d\u2019épuration.Former le vocabulaire de l\u2019enfant., par le moyen du dialogue, de la conversation, des leçons de chose, ne serait-il pas de meilleure hygiène que de corriger celui de l\u2019adolescent ?C\u2019est par l\u2019oreille qu\u2019entrent les mots.C\u2019est, donc, en premier lieu, l\u2019oreille qu\u2019il importe de former.Entendue et pratiquée de la sorte, l\u2019étude du français se dépouille tout de suite de ce caractère revêche, rébarbatif dont le revêtent les livres, la dictée, si justement qualifiée de leçon de fautes, la lecture à haute voix.Elle répond à un besoin psychologique de l\u2019enfant: mettre une désignation sur chaque objet qu\u2019il rencontre.Toute sa vie, il aura à se servir de la parole et c\u2019est, en définitive, ce à quoi il aura été le moins préparé.Comment cette vérité, ce truisme peut-il nous échapper?Dans l\u2019ordre des 124 l\u2019action nationale connaissances, la langue parlée précède la lanj écrite.La parole est un don inné; l\u2019écriture, elle, est une acquisition, le fruit d\u2019un effort, un acte de volonté.Mettons à profit le don avant d\u2019imposer l\u2019effort.Enseignons à parler avant d\u2019enseigner à écrire.Par malheur, nous n\u2019en jugeons pas ainsi.Nous prenons, au contraire, presque un malin plaisir à jeter la confusion dans l\u2019esprit de l\u2019enfant, à enrayer ses élans par l\u2019étude prématurée de l\u2019orthographe.A rebours du bon sens, nous nous adressons à son œil alors que c\u2019est l\u2019oreille qui est le véhicule naturel du langage.Pis encore, nous nous ingénions à opposer, chez lui, la vue à l\u2019ouïe.Pour n\u2019en donner qu\u2019un exemple entre mille, l\u2019oiseau que l\u2019enfant a appris, par l\u2019oreille, à appeler un paon se révèle, à ses yeux, comme étant un pa-on, tandis que la mouche qu\u2019il appelle un taon devient, dans les livres, un ta-on.Une seule graphie et deux prononciations! Autant de rébus, de casse-tête qui nuisent à l\u2019acquisition du vocabulaire, la rendent, en tout cas, inutilement pénible.Et qu\u2019en serait-il si, par miracle, tous les Canadiens français savaient l\u2019orthographe?Le français du Canada s\u2019en porterait-il mieux?Pas le moins du monde.Il serait ce qu\u2019il est, à savoir squelettique dans sa chair, amaigri jusqu\u2019à l\u2019épuisement, caricaturel et bouffon dans sa prononciation, métissé dans son vocabulaire, faussé dans sa syntaxe.L\u2019orthographe est impuissante à remédier au moindre de ces maux car elle n\u2019est à peu près d\u2019aucune aide dans la langue parlée.Elle n\u2019a en soi aucune valeur d\u2019enrichissement, de redressement.C\u2019est une contrainte nécessaire, hors de toute discussion, inéluctable mais à son heure.Ne forçons pas le LE FRANÇAIS A L\u2019ÉCOLE 125 talent de nos enfants.Ne les barbouillons pas à dessein de règles et d\u2019exceptions.Lorsque le génie de la langue nous échappe par tous les pores de la peau, c\u2019est du fétichisme d\u2019espérer qu\u2019il suffira de l\u2019orthographe pour nous revivifier, nous vitaminiser.Notre erreur, en cette affaire, a été d'adopter en bloc les méthodes françaises sans songer à les modifier, à les adapter aux exigences de notre milieu.Nous ne sembfons pas encore avoir compris cette élémentaire vérité qu\u2019on n\u2019enseigne pas le français au Canada comme on l\u2019enseigne en France.Pour des raisons sur lesquelles je me garderai d\u2019insister, le petit Français qui entre à l\u2019école possède déjà sur son petit camarade canadien un avantage décisif.Il est, à la fois, plus avancé et mieux protégé.En outre, il n\u2019est pas, dès ses premiers balbutiements, tiraillé, écartelé entre deux langues, deux prononciations, deux vocabulaires.Il n\u2019a pas les oreilles rebattues à cœur de jour de termes impropres ou barbares.Il n\u2019a pas continuellement sous les yeux les pires exemples d\u2019incorrections grammaticales.Et quand il aborde la grammaire, tel le petit Canadien, il ne pénètre pas dans une île vierge, inexplorée.Quoique sous des traits plus sévères, c\u2019est le paysage de France qu\u2019il y retrouve, l\u2019air de France qu\u2019il y respire.En bref, son voyage se poursuit en ligne droite alors que le nôtre est un chassé-croisé continu.Ce qui vaut pour la France ne vaut donc pas nécessairement pour le Canada.La grammaire en est la démonstration par l\u2019absurde.Un linguiste connu, M.Charles Bruneau l\u2019a d\u2019ailleurs déjà faite.Après avoir étudié toutes celles dont on se sert dans les écoles catholiques de Montréal, il n\u2019a pu en trouver 126 l\u2019action nationale une seule taillée à notre mesure, conçue en fonction de nos besoins.On a mille fois raison de déplorer que les élèves des classes supérieures ne sachent pas écrire, ainsi que la Fédération des Commissions scolaires avait la courageuse honnêteté de le reconnaître, à son dernier congrès.Mais le tout est de savoir s\u2019ils sont les seuls à blâmer.Dans le vain espoir d\u2019atteindre â l\u2019excellence du français écrit, la plus aristocratique et la plus difficile de toutes les langues, nous avons écarté de nos programmes, nous avons négligé le français parlé.Nous l\u2019avons laissé se rouiller, se désagréger.Entouré de tous les soins, de toutes les précautions possibles, il aurait quand même subi certaines transformations puisqu\u2019il se heurte constamment à l\u2019anglais, qu\u2019il en subit l\u2019attraction.Mais, du moins, aurait-il conservé, dans sa prononciation et son vocabulaire, une similitude, une filiation, une parenté plus étroite, plus sensible à l\u2019oreille, avec le parler populaire de France.Et c\u2019est faute de trouver cette ressemblance que je me demande: jugé à ses fruits que vaut l\u2019enseignement du français au Canada ?Victor Barbeau Texte d\u2019une causerie prononcée par M.Victor Barbeau au réseau français de Radio Canada, à l\u2019invitation de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste de la province de Québec. Jeunesse de France 1952 {suite et fin)1 Ainsi, voulant approfondir les données politiques et préciser les véritables antagonismes, inévitablement on découvre les tendances spirituelles.Et c\u2019est bien là l\u2019essentiel.Au primat de l\u2019économique, axiome2 des marxistes, au primat du politique, vœu des maurrassiens, répond pour nous le primat du spirituel3.Tandis qu\u2019entre les deux guerres, la jeunesse intellectuelle française, dans ses éléments les plus conscients, se partageait entre les clans marxistes et maurrassiens, systèmes politiques certes alimentés par des forces spirituelles mais déniant à celles-ci le rôle moteur, le classement diffère aujourd\u2019hui, où les ruines accumulées et l\u2019inquiétude persistante posent à la jeunesse qui s\u2019interroge de redoutables dilemmes et où il apparaît de plus en plus nécessaire de transcender la réalité temporelle.La doctrine de Charles Maurras comme mode de pensée et d\u2019agir, qui avait exercé une telle séduction sur la jeunesse de ma génération, n\u2019a pas survécu à la guerre et aux déchirements de l\u2019occupation.Les mouvements politiques qui se situent maintenant à la droite de notre échiquier, relevant d\u2019un conservatisme égoïste ou d\u2019un illusoire rassemblement, man- 1.\tVoir Y Action Nationale de septembre-octobre 1952.2.\tC\u2019est bien à dessein que j\u2019écris: axiome.Si les marxistes considèrent ce primat comme une vérité logiquement démontrée, à nos yeux c\u2019est un axiome qui oriente au départ leurs démarches.3.\tCf.Jacques Maritain, Primauté du spirituel. 128 l\u2019action nationale quent manifestement d\u2019un substrat intellectuel et spirituel.Le marxisme demeure et s\u2019est même fort développé, quantitativement puisque la jeunesse communiste a presque triplé, qualitativement aussi car dans la jeune élite qui cherche sa voie sur ces rives, la croyance spirituelle en un monde meilleur compte plus que les revendications économiques ou politiques, nous l\u2019avons souligné.En face de cette jeunesse ardente et convaincue se dresse une jeune élite authentiquement chrétienne.Certes, elle est moins bien organisée et puisqu\u2019elle a gardé le sens de la liberté et celui de l\u2019intelligence, cette double force devient faiblesse sur le plan de l\u2019action immédiate, car l\u2019esprit de simplification facilite, oh combien, les tâches humaines; mais elle est beaucoup plus nombreuse et ne craint pas, comme l\u2019autre, l\u2019hémorragie de ceux que déçoit le divorce entre la générosité des attitudes et l\u2019hypocrisie des procédés.Si la préoccupation essentielle d\u2019un chrétien doit demeurer \u201cl\u2019au-delà\u201d, les jeunes catholiques français savent qu\u2019il ne suffit pas de s\u2019en remettre à la justice éternelle, qu\u2019il faut aussi envisager hardiment avec des formules neuves les réalités économiques et sociales, en un mot ne pas laisser aux prophètes de la cité communiste le monopole de \u201cl\u2019en-avant\u201d1.On a beaucoup écrit ces derniers temps au Canada \u2014 le meilleur et le pire \u2014 sur la France chrétienne ou antichrétienne.Le sujet est immense et je me garderai d\u2019en trancher; je signalerai seulement un article d\u2019une rare pénétration, écrit dans le Devoir 1.On doit à Nicolas Berdiaeff cette terminologie de \u201cl\u2019au-dela\u201d et de \u201cl\u2019en-avant\u201d, appliquée aux espoirs humains. JEUNESSE DE FRANCE 1952 129 par André Laurendeau: il y relevait l\u2019erreur de juger le catholicisme français avec les normes canadiennes-françaises, car il s\u2019agit ici d\u2019une religion d\u2019avant la tourmente et là d\u2019une religion qui doit se reconstruire après que la tourmente a bouleversé ses bases.Conjuguée sous l\u2019Ancien Régime puis lors de la Résistance Vendéenne avec une conception théo-cratique de l\u2019ordre social et politique, conjuguée tout au long du 19ème siècle avec les impératifs d\u2019une société capitaliste et bourgeoise, l\u2019Église catholique française (tout au moins son aile marchante, donc jeune) sous les coups de boutoir du 20ème siècle athée, a compris que sa mission exigeait l\u2019indépendance et qu\u2019il fallait apporter le message divin à côté et au-dessus de toute implication politique.Il semble que depuis 50 ans, deux crises aient permis de préciser la mission de l\u2019Église française, telle que l\u2019entendent pour (\u2019heure nos jeunes catholiques.Ce fut d\u2019abord au début du siècle la crise du combisme, lorsque les politiciens radicaux héritiers de la fameuse formule, \u201cLe cléricalisme, voilà Vennemi\", séparèrent l\u2019Eglise de l\u2019État et dépouillèrent celle-ci de ses richesses; ils ne se doutaient point qu\u2019ils inauguraient ainsi son renouveau, lui apportant l\u2019inestimable bénéfice de la pauvreté.Au milieu du siècle, la grande crise nationale française de l\u2019occupation et de la Résistance faisant apparaître dans la ruine matérielle et le désarroi moral les véritables lignes de force de la conscience française, a mis les catholiques au premier rang sur les itinéraires du combat.Je ne m\u2019étendrai pas sur ce vaste sujet, mais avant d\u2019en terminer avec l\u2019évocation du renouveau chré- 130 l\u2019action nationale tien de la jeunesse française, je voudrais simplement.relever deux faits précis d\u2019ordre fort différent dont l\u2019importance n\u2019échappera pas: il s\u2019agit d\u2019une part de la transformation de la Sorbonne et d\u2019autre part de l\u2019accroissement de la natalité.Je n\u2019ai point connu l\u2019érudite, pédante, inhumaine Sorbonne que Péguy criblait de flèches voici 50 ans, mais la Sorbonne que j\u2019ai pratiquée durant les années trente devait lui ressembler fidèlement.Seuls quelques \u201cfils de famille\u201d y demeuraient porteurs de l\u2019héritage chrétien et encore avec une mauvaise conscience.Quinze ans plus tard, voici que les marxistes stigmatisent une maison devenue pour une bonne part d\u2019obédience catholique.Le groupe Richelieu (cercle des étudiants catholiques) réunifia moitié des étudiants.Quand, à la Pentecôte, ils mettent le sac au dos pour reprendre le premier pèlerinage de France, celui de Notre Dame de Chartres, la route nationale sur 20 km.est encombrée de garçons et de filles qui chantent des cantiques et récitent le chapelet; car ils y vont à pied, évidemment; ce n\u2019est point trop de l\u2019effort de 20 heures de marche pour mériter \u201cla flèche unique au monde\u201d.Avant la guerre, la France était en train de mourir \u2014 et sans qu\u2019on y prenne garde.Confortablement assise parmi les Grandes Puissances possédantes, elle pouvait refléter au dehors la complaisance en son acquit.L\u2019Empire colonial était intact, l\u2019armée, la plus forte d\u2019Europe, (croyait-on); et Paris autant que jamais, plus que jamais, secrétait les écrivains, les peintres et les musiciens qui s\u2019imposaient à la planète.Et cependant la France était en JEUNESSE DE FRANCE 1952 131 train de mourir.Les Français naissaient moins qu\u2019ils ne mouraient; chaque année apportait sa perte de substance.Aujourd\u2019hui la situation est retournée; depuis la fin de la guerre l\u2019excédent annuel de naissances se maintient au-dessus de 200,000.Le taux de natalité de 1938 à 1946 est passé de 14 à 211, soit du dernier à l\u2019un des plus forts d\u2019Europe, sensationnelle augmentation de 50%.Ce n\u2019était pas une flambée passagère, car cela se maintient depuis six ans.Il s\u2019impose d\u2019en parler dès qu\u2019on évoque la jeunesse française de 1952.Ce sont les jeunes qui font des enfants et si les jeunes Français en ont maintenant tellement, parmi les causes diverses (le relèvement des allocations familiales joue un rôle important), la cause essentielle de ce retournement est bien d\u2019ordre moral.Il n\u2019y a point là pression biologique comme dans les fourmilières d\u2019Extrême-Orient, mais conscience d\u2019un devoir à accomplir.En France comme dans tout l\u2019Occident, ce sont les familles catholiques qui prolifèrent.Les jeunes Français, nonobstant l\u2019équilibre précaire de leur pays, de plus en plus nombreux assument ïe risque de faire naître des enfants et croient en leur mission de parents.La tâche de \u201ccroître et de multiplier\u201d se marie là avec les joies terrestres les plus certaines, pour nous tous qui avons découvert le monde, penchés un soir sur un berceau.\u2014 III \u2014 Voix chrétiennes, voix marxistes, c\u2019est certainement là l\u2019essentiel de toutes celles qui se disputent 1.21 naissances annuelles pour 1,000 habitants. 132 l\u2019action nationale l\u2019audience de la jeunesse française, mais elles ne sont point les seules pour autant.On ne peut nier qu\u2019en dehors de ces deux pôles il existe une vaste frange d\u2019opinions et de tendances.Il est difficile de les saisir dans le détail car les nuances sont nombreuses et les rassemblements incertains; on n\u2019y décèle pas très bien le processus de cristallisation, aussi nécessaire dans le domaine de la pensée qu\u2019il l\u2019est en celui de l\u2019amour.Que reste-t-il après l\u2019usure de quelques années de cette troisième force évoquée par Mounier, celle des existentialistes sartriens, libre et \u201cjoyeuse cohorte\u201d dont le point d\u2019impact à St-Germain-des-Prés a transformé en creuset l\u2019un des plus paisibles quartiers parisiens ?L\u2019étonnement, la griserie ou le scandale ont vite repris des proportions plus modestes malgré que des cargaisons de touristes du monde entier s\u2019y déversent régulièrement en quête de sensations.Il paraît impossible de saluer là l\u2019une des lignes de force de la jeunesse française.Le mouvement en tout cas demeure dénué de toute assise populaire, tandis que par leurs syndicats, communi-sants ou confessionnels, les marxistes et les catholiques pénètrent dans les milieux ouvriers et que, d\u2019une façon plus générale, le dilemme Rome-Moscou se pose ou peut se poser à n\u2019importe quel jeune Français.On ne peut cependant dédaigner Sartre ni ceux qui de près ou de loin se réclament de ses attitudes; il y a mieux à faire que se voiler la face devant la nouvelle bohème de St-Germain-des-Prés.De toutes façons, quelque chose, là, mérite l\u2019attention.Il faut avoir vu Sartre dans l\u2019intimité pour comprendre JEUNESSE DE FRANCE 1952 133 quelle séduction peut exercer autour de soi cet homme diablement intelligent, certainement sincère et d\u2019une remarquable générosité.Ceci n\u2019empêche pas que son emprise directe sur la jeunesse demeure faible en étendue.L\u2019important, ce n\u2019est point la pyramide d\u2019étrons qu\u2019il accumule patiemment dans ses volumineux essais, c\u2019est que les garçons et filles qui gravitent autour de St-Germain-des-Prés possèdent un sens de la liberté \u2014 ce qui fait tant défaut à ceux et celles dont les mots d\u2019ordre viennent de Moscou.Un général Yankee accusait récemment les Français d\u2019avoir pour la plupart déserté leur idéal; il lui fut vertement répondu et il tint à se rétracter.La question n\u2019en demeure pas moins de savoir si dans leur majorité les jeunes Français se veulent ou non \u201cengagés dans une oeuvre qui les dépasse\u201d1 et quel que soit l\u2019espoir qui nous habite, nous ne pouvons nier qu\u2019une large fraction, peut-être majoritaire, de nos jeunes n\u2019apparaît guère vouée à la défense d\u2019un idéal.A côté de ceux qui s\u2019appliquent à penser et luttent sincèrement dans tels ou tels rangs, il y aura toujours \u201cla Plaine\u201d (au sens des Conventionnels), la grande masse de ceux qui \u201cs\u2019en fichent\u201d et n\u2019obéissent continuement qu\u2019à la \u201ctendance de l\u2019être à persévérer dans son être\u201d, pour employer le jargon des métaphysiciens.Mais il faut répondre là que le problème n\u2019est pas spécifiquement français, qu\u2019il en est, qu\u2019il en fut, qu\u2019il en sera ainsi sous tous les cieux; et nous croyons au contraire que la fraction des jeunes consciemment 1.François Mauriac. 134 l\u2019action nationale et librement1 préoccupés d\u2019une \u201cœuvre qui les dépasse\u201d demeure plus importante en France qu\u2019ail-leurs.Nous croyons surtout que malgré des apparences nonchalantes voire cyniques, la grande majorité des jeunes Français demeure disponible poulie jour où subitement un grand combat les réclame.Sans effort et le plus naturellement du monde, en cette terre traditionnellement émettrice de croisades, le joueur de boules deviendra le héros de la Marne ou de Verdun, le buveur d\u2019apéritifs partira se faire tuer pour une idée.\u2014 IV \u2014 Avant de clore ce hâtif panorama, il faudrait signaler quelques secteurs où les jeunes Français manifestent des idées et tendances aussi essentielles que le goût du risque, le sens des réalisations positives, le sens du gratuit et le culte des valeurs intellectuelles.Le temps n\u2019est plus ou les jeux de cartes, le billard, les paisibles promenades et les flirts faciles constituaient les passe-temps favoris des jeunes Français.Ils se tournent aujourd\u2019hui vers les sports les plus dangereux: l\u2019alpinisme et le ski, les descentes de rapides en canot et la pêche sous-marine.Couramment, l\u2019aspect sportif est renforcé d\u2019un aspect scientifique; il n\u2019y a plus seulement la joie de l\u2019effort physique, mais encore celle de découvrir quelque chose: songeons à l\u2019activité des spéléologues et à toutes les missions qui s\u2019en vont explorer la planète, du Groenland à la Terre de Feu.Il est im- 1.U jeunesse des États totalitaires est presque entière engagée dans une telle œuvre, mais elle ne l\u2019est point librement JEUNESSE DE FRANCE 1952 135 portant que l\u2019élite de la jeunesse française ait retrouvé le sens de l\u2019aventure et le goût du risque.On a souvent reproché aux Français de n\u2019avoir pas le sens des réalisations positives, de se sentir plus à l\u2019aise dans le maniement des idées que dans celui des réalités économiques et techniques.Il est vrai que malgré l\u2019apport inestimable de ses savants à la science et aux techniques modernes, la France depuis quelques générations laissait s\u2019accuser un dangereux retard dans l\u2019ordre économique.Le handicap est lourd et ne sera pas comblé en quelques années, mais actuellement il faut signaler que des réalisations techniques étonnantes fleurissent sur la terre française et il faut signaler surtout que dans la plupart des cas, elles sont l\u2019œuvre de jeunes.Il n\u2019est pas certain que le sens des réalisations positives s\u2019oppose nécessairement à ce fameux \u201csens du gratuit\u201d auquel tiennent tant les jeunes intellectuels français.Même ceux qui sont voués à une œuvre constructive, même ceux qui requièrent l\u2019engagement des écrivains et des artistes en un combat politique ou spirituel admettront volontiers que s\u2019il leur faut se maintenir \u201cadossés à la réalité\u201d ils ont besoin, l\u2019heure venue, d\u2019un \u201csortilège qui les en délivre\u201d1.Le jour où les jeunes Français n\u2019auront plus d\u2019autres critères que celui du rendement ou de la réussite économique, on pourra bien désespérer de leur mission.Rien n\u2019indique que ce jour-là soit proche.Le culte des valeurs intellectuelles peut bien conduire à des excès, il peut surtout mettre les peuples 1.Thierry Maulnier. 136 L'ACTION NATIONALS! trop intelligents en fâcheuse position de concurrene vis-à-vis des empires massifs dont les théoriciens considèrent l\u2019intelligence comme \u201cune petite chose à la surface de nous-mêmes\u201d, mais nous ne regretterons pas malgré tout que les jeunes Français gardent aujourd\u2019hui plus que jamais ce culte.Il n\u2019est, pour s\u2019en convaincre, que de fréquenter notre jeunesse universitaire ou de saisir sur le vif l\u2019appétit de connaître répandu dans les jeunes classes populaires1.Cette intelligence française, nous avons l\u2019orgueil de penser que sa place au premier rang demeure marquée parmi les forces salvatrices d\u2019une civilisation menacée.André Malavoy 1.Le chiffre des ouvrages prêtés par les bibliothèques populaires à doublé depuis la guerre et les ouvrages dits sérieux représentent la moitié des sorties. L\u2019Ontario a signé! Telle est la nouvelle que les journaux du Canada communiquèrent, la plupart avec un cri de triomphe, à la population de notre pays un matin de septembre.Grand triomphe, en effet, pour tous les centralisateurs.Et les centralisateurs sont malheureusement nombreux chez nous, surtout parmi les Canadiens anglais; car chez les Canadiens français il y a plus d\u2019inconscients et d\u2019innocents que de véritables centralisateurs! Triomphe, on le sait, parce que pour la première fois depuis la fin de la guerre, le gouvernement fédéral a réussi à prendre dans la souricière des accords d\u2019impôts fédéraux une des deux grandes provinces du pays.On se rappelle, n\u2019est-ce, pas que cette histoire a commencé avec le rapport Rowell-Sirois et ses propositions de centraliser la perception des impôts directs.Qu\u2019elle s\u2019est continuée, à la faveur de la guerre et des engagements ridiculement exagérés qu\u2019assumèrent nos autorités fédérales, par un envahissement total du champ d\u2019imposition auquel la constitution limite les provinces: à un point tel que dans certaines provinces les dernières tranches de revenu étaient taxées plus de 100%.Que M.Ilsley sut profiter ensuite de l\u2019affolement des contribuables et de la pression du sentiment patriotique pour rendre pratiquement impossible aux provinces de refuser, pour la durée de la guerre, la formule centralisatrice du rapport Rowell-Sirois.Qu\u2019en dépit de promesses formelles quant au carac- 138 l\u2019action nationale tère transitoire des accords, basés sur l\u2019urgence de guerre, le gouvernement fédéral jugea plus habile de maintenir les impôts aussi élevés que possible après la guerre, de se créer (pour se justifier) de nouvelles obligations à même le domaine social de juridiction provinciale, d\u2019obliger ainsi les petites provinces à renouveler (en maugréant pour plusieurs) l\u2019accord pour une nouvelle période de 5 ans.Mais les deux provinces de beaucoup les plus importantes, l\u2019Ontario et le Québec, ayant le moyen de rester en dehors des accords, s\u2019étaient abstenues, de sorte que la victoire fédérale se trouvait fort partielle; plus prometteuse que définitive.Or depuis le début de 1952, le moment du renouvellement est venu.Comme le Fédéral s\u2019était bâti des allocations familiales en 1944 pour préparer les pourparlers de 1945, en 1952 il s\u2019est fait des pensions de vieillesse, ajoutées aux exigences d\u2019une nouvelle participation exagérée à la sécurité collective (en temps de paix cette fois; et aucun Bou-rassa n\u2019existe pour nous marteler dans la tête l\u2019importance et les dangers du précédent!) il s\u2019est, dis-je, inventé de nouvelles obligations pour justifier un désir de tout garder.Les petites provinces ont signé, plusieurs en maugréant de nouveau.Et puis, voilà que l\u2019Ontario en fait autant! Pour Ottawa, ce succès a donc toute l\u2019importance d\u2019une opération militaire qui, après avoir réussi à faire prisonniers quelques détachements d\u2019avant-garde, réalise tout à coup un mouvement qui encercle et désarme tout un régiment sur deux d\u2019un corps d\u2019armée.Il est facile de comprendre, par suite, les cris de réjouissance qui s\u2019élèvent du camp l\u2019ontario a signé ! 139 des centralisateurs; et non moins normal que, dans le camp autonomiste, se constate quelque effarement en même temps que les visages s\u2019allongent.Et chacun de se demander: Que s\u2019est-il passé?A qui assigner la responsabilité de ce dégonflage subit ?Avant d\u2019engager la discussion sur les causes immédiates, la signification et la portée de l\u2019événement, constatons que l\u2019on profite de la circonstance, chez les centralisateurs, pour endormir les autonomistes, tout en portant aux nues M.Frost, le premier ministre ontarien.On prétend montrer toute la sagesse de cet homme politique, en soulignant qu\u2019il n\u2019a rien sacrifié des droits de sa province.Même si nous avons cinquante fois discuté de ces questions ici et ailleurs, il n\u2019est peut-être pas inutile, tellement la mémoire humaine est \u201cune faculté qui oublie\u201d, de montrer l\u2019insignifiance et l\u2019inanité des arguments employés, insignifiance et inanité qui suffisent à nous indiquer qu\u2019ils sont la plupart du temps de mauvaise foi, inventés pour tromper délibérément les honnêtes gens dont le métier n\u2019est pas de réfléchir sur ces questions et qui ne peuvent pas toujours déceler les faussetés sous la carapace de sens commun dans laquelle on prend toujours soin de les enrober.M.Frost n\u2019a pas trahi l\u2019autonomie provinciale.Il consent simplement à s\u2019abstenir durant cinq ans de prélever l\u2019impôt sur le revenu des particuliers et sur les bénéfices commerciaux pour laisser ce domaine fiscal à l\u2019autorité fédérale en retour d\u2019une compensa- 140 l\u2019action nationale tion qu'il juge acceptable.L\u2019accord dit expressément: \u201cIl est entendu que ni le Canada ni la province ne seront présumés avoir, par suite de cet accord, cédé, abandonné ou transmis à l\u2019autre aucun des pouvoirs, droits, privilèges ou autorités que lui confère l\u2019Acte de VAmérique du Nord britannique de 1867 (.) ni avoir empiété sur aucun de ces pouvoirs, droits, privilèges ou autorités.\u201d Jeu de mots que tout cela! Qu'est-ce que c\u2019est que l\u2019autonomie des provinces?Un texte de loi pur et simple ou une réalité vivante qu\u2019un texte de loi a voulu protéger ?Le texte de loi n\u2019a pas été amendé, cela tout le monde le sait.Cela peut permettre d\u2019affirmer que M.Frost n\u2019a pas trahi l\u2019autonomie de la façon plus juridiquement péremptoire qu\u2019aurait comporté l\u2019abandon de ses droits constitutionnels.Mais c\u2019est tout.Du point de vue pratique, réel, qu\u2019en est-il ?L\u2019Ontario est-elle actuellement une province aussi autonome qu\u2019elle l\u2019était avant la signature de l\u2019accord?Et dans cinq ans, sa situation sera-t-elle assez bonne pour qu\u2019elle retrouve ses droits juridiques aussi exerçables qu\u2019ils l\u2019étaient avant l\u2019accord ?Même du point de vue juridique, ce n\u2019est pas tout d\u2019énoncer un droit; pour que ce droit soit réel, il faut qu\u2019il puisse être exercé.Or l\u2019autonomie des provinces, c\u2019est une souveraineté! Une souveraineté sur deux catégories de choses: lo sur des obligations à remplir au nom du bien commun (et qu\u2019il a paru préférable de laisser aux autorités locales au nom de ce bien commun même) ; 2o sur des pouvoirs financiers à exercer de façon que puissent être remplies librement les obligations.Ces deux catégories sont en fait liées en un l\u2019ontakio a signé ! 141 tout indissoluble: des pouvoirs financiers sans matière à quoi les dépenser ne sont pas une liberté, une autonomie; mais des obligations à remplir sans pouvoirs de prélever librement les fonds nécessaires à leur accomplissement ne donnent non plus ni véritable liberté, ni véritable autonomie.En signant les accords, M.Frost ne change rien à la lettre de la Constitution, mais il abandonne la chose que la constitution a voulu assurer, à savoir l\u2019autonomie véritable de la province.Durant les prochains cinq ans, celle-ci n\u2019a plus la liberté, même juridique, de lever les impôts concernés (qui sont les principaux) pour faire face à des obligations qui peuvent surgir.Pour les prochaines cinq années, l\u2019Ontario n\u2019est plus vraiment autonome, ou pas aussi autonome; n\u2019est plus vraiment libre, ou pas aussi libre d\u2019agir selon qu\u2019elle le peut vouloir en fonction des besoins qui peuvent se présenter.Qu\u2019on ergote tant qu\u2019on voudra, impossible de sortir de là.La situation se compare à celle de deux duellistes; et d\u2019autant plus justement que le problème envisagé ici est celui d\u2019un véritable duel à mort, d\u2019ailleurs à l\u2019échelle mondiale, entre la centralisation et les libertés personnelles ou locales.Et ces deux duellistes conviendraient de cesser leur lutte pendant une période de cinq ans.L\u2019un des deux proposerait à l\u2019autre, comme moyen de réaliser cet état de choses, qu\u2019il lui remette son épée pour la durée de la trêve, en lui garantissant que telle cession n\u2019entame en rien son droit d\u2019avoir une épée et que celle-ci lui sera rendue, s\u2019il le veut, au bout du terme convenu.Que penserait-on de celui qui accepterait un tel marché ?Pourrait-il se sentir aussi libre 142 l\u2019action nationale qu\u2019il l\u2019était au temps où il était armé pour se défendre ?Objectivement, ne serait-il pas affaibli et l\u2019autre, renforcé par rapport à lui.En fait la liberté du premier ne dépendrait plus de lui; il ne serait plus vraiment autonome.Sa liberté reposerait toute entière sur la bonne foi et la bonne volonté de l\u2019autre.Situation que la plus élémentaire sagesse politique ne peut guère considérer que comme inconfortable! On peut d\u2019ailleurs prolonger la comparaison.Pendant les cinq ans, celui-là qui dispose des deux épées pourra se donner des partenaires fictifs, s\u2019exercer, tandis que l\u2019autre devra abandonner la pratique de l\u2019escrime.Si bien qu\u2019au bout du temps, même s\u2019il tient sa promesse de remettre une épée à son adversaire, celui-ci ne sera plus en aussi bonne posture, faute d\u2019avoir pratiqué, pour tenir son bout.C\u2019est ainsi que l\u2019argument du provisoire dans les accords ne peut illusionner que les esprits entièrement perdus dans je ne sais quel formalisme juridique.En cédant temporairement ses impôts à Ottawa, l\u2019Ontario abandonnera nécessairement aussi son propre service de perception, liquidera son personnel de techniciens, si bien qu\u2019en 1957 ce sera tout un problème pour elle que de reprendre ses biens.L\u2019une des principales objections de MM.Frost et Duplessis à se servir de la clause du 5% dans l\u2019impôt sur le revenu pour régler le problème des universités venait précisément d\u2019une telle difficulté, résultant du peu d\u2019expérience des provinces en matière de perception des impôts sur les revenus.Au surplus, pendant que les provinces, durant les cinq ans, seront trouvées limitées aux subven- l\u2019ontario a signé ! 143 tions, le Fédéral, lui, se sera créé des besoins nouveaux.Il aura peut être même cru nécessaire de parer à l\u2019incapacité des provinces en s\u2019introduisant dans leur domaine sous la pression de l\u2019opinion publique ou du fonctionnarisme.Il pourra alors faire valoir l\u2019impossibilité de se dessaisir de ses sources de revenu sans qu\u2019il s\u2019ensuive des perturbations sociales, économiques et politiques considérables.Autrement dit, le duelliste fédéral s\u2019étant créé de nouveaux adversaires, de nouvelles difficultés à vaincre, se dira incapable de remettre l\u2019épée, tel que promis.Il ne restera plus à l\u2019ancien adversaire libre que la ressource de devenir le valet de son co-contrac-tant en vue de contribuer sa part à la défense commune.Le vasselage temporaire de l\u2019Ontario risque donc fort ainsi de devenir permanent.De sorte que M.Frost a réellement trahi la cause de l\u2019autonomie par ce qu\u2019il a déjà concédé à la centralisation et par les avantages marqués qu\u2019il cède quant à l\u2019avenir.Les accords, loin de diminuer l\u2019autonomie des provinces, la renforcent en assurant aux provinces plus de moyens financiers que ne leur en permet le jeu constitutionnel ordinaire.Ainsi l\u2019Ontario reçoit plus d\u2019argent par les subventions du Fédéral, grâce à l\u2019accord, qu\u2019il n\u2019en aurait eu s\u2019il était resté en dehors.Ce système de subventions n\u2019a d\u2019ailleurs pas plus de raison d\u2019être incompatible avec l\u2019autonomie des provinces en 1952 qu\u2019il ne l\u2019était en 1867, alors qu\u2019il formait une très forte proportion des budgets fédéraux.Affirmation qui est un tissu de demi vérités, c\u2019est à dire en définitive de faussetés.Il ne s\u2019agit 144 l\u2019action nationale pas en effet, en regard de l\u2019idée d\u2019autonomie, de moyens financiers exprimés quanti* ativemcnt mais de pouvoirs financiers qualitativement libérés d\u2019une soumission à d\u2019autres dans leur exercice: Celui qui abandonne sa terre, sa propriété, où il est roi et maître, pour le régime du salariat n\u2019est pas plus autonome parce que son salaire peut être plus élevé que son revenu d\u2019exploitant.Sans doute, le fait de pouvoir jouir d\u2019un plus fort revenu est en soi un élément de liberté plus grande d\u2019action, d\u2019autonomie pratique plus large, mais à condition qu\u2019il s\u2019insère dans un cadie de liberté.Celui qui troque les fondements de son autonomie (c\u2019est-à-dire son indépendance vis-à-vis des autres) pour accroître cette autonomie pratique considérée séparément aliène en fait sa liberté.On le voit bien par les conséquences du geste.Au moment, où il passe le marché, celui qui cède ses droits en tire généralement des avantages; c\u2019est d\u2019ailleurs ce qui le détermine souvent à oublier le reste.Et ces avantages lui viennent de ce qu\u2019étant libre en face d\u2019un autre être libre, celui-ci doit lui payer le prix de sa liberté pour l\u2019induire à s\u2019en départir.Une fois le marché conclu, il ne l\u2019est cependant plus et il s\u2019en aperçoit en ce que même s\u2019il touche régulièrement la somme convenue, il ne peut plus l\u2019accroître de son propre gré, même si les circonstances pouvaient le lui permettre.Les marchandages plus ou moins heureux auquel il doit alors se soumettre lui indiquent vite qu\u2019il n\u2019a plus la même autonomie qu\u2019autrefois.Dans le cas des accords fédéraux-provinciaux actuels, la nocivité de cette situation est en théorie limitée à cinq ans \u2014 ce qui rend h\u2019ONTARIO A SIGNÉ ! 145 'es accords nettement supérieurs à l\u2019aliénation plus permanente de l\u2019amendement constitutionnel par exemple \u2014, mais elle n\u2019en existe pas moins pour la période de cinq ans et peut, dans des circonstances données, avoir de graves conséquences, s\u2019étendant même au delà de la période du contrat ainsi que nous l\u2019avons vu précédemment.Le pire cependant tient à ce que l\u2019accord du fédéral en matière d\u2019impôt n\u2019accroît nullement les moyens financiers de toutes les provinces, ni même des principales.Il n\u2019accroît pas notamment les moyens financiers véritables de l\u2019Ontario.Celle-ci reçoit plus par les accords quelle ne reçoit actuellement au moyen de ses propres impôts à leurs taux actuels.Mais elle aurait parfaitement le moyen de percevoir cette somme supplémentaire, et bien au delà des subventions promises, si le Fédéral respectait ses engagements de rendre les biens mal acquis qu\u2019il détient et qu\u2019il prélève surtout dans l\u2019Ontario pour en redistribuer une partie ailleurs.La signature de l\u2019Ontario constitue donc une véritable capitulation, que rien ne justifie d\u2019autre que le manque de courage dans une lutte à poursuivre pour obtenir restitution.Inutile d\u2019essayer d\u2019épater le public avec l\u2019histoire de la réduction d\u2019impôt de 54 à 52% pour les compagnies ontariennes.Nominalement, c\u2019est exact.Mais il ne se produit pas là de mi\u2019acle.Pour qu\u2019Ot-tawa verse à l\u2019Ontario, à même les impôts qu\u2019il perçoit, une somme supérieure à celle que l\u2019Ontario percevait et dépensait auparavant, il faudra nécessairement que les impôts restent plus élevés qu\u2019ils 146 l\u2019action nationale n\u2019auraient autrement été.C\u2019est deux et deux font quatre; et trois et trois font six.En fait, Ottawa n\u2019aura pas besoin d\u2019accroître ses impôts pour couvrir la différence \u2014 du moins pas immédiatement \u2014 parce qu\u2019il dispose d\u2019énormes surplus.Mais d\u2019autre part, il aurait pu baisser ses impôts s\u2019il n\u2019avait pas assumé la charge de verser aux provinces des subventions supérieurs à leurs impôts actuels.Dans le système établi, les compagnies ontariennes payaient 47% à Ottawa, plus 7% à Toronto, soit 54%; avec les accords, elles paieront 52% à Ottawa et rien à Toronto; mais sans la politique d\u2019accords, Ottawa aurait dû réduire ses impôts trop élevés pour ses besoins et c\u2019eût été 45% (on peut être même moins à Ottawa) et 7% à Toronto.Bonnet blanc, blanc bonnet! Enfin, la partie de l\u2019argument appuyée sur certains faits de l\u2019époque de la Confédération est tout simplement bornée, limitée à la lettre des textes et à la signification littérale des faits, à l\u2019exclusion de leur esprit et sens profond.En 1867, les colonies membres durent abandonner à l\u2019État central les sources les plus productives d\u2019impôts de l\u2019époque (les impôts indirects) parce que celui-ci se chargeait des obligations étatiques les plus onéreuses du temps (constitution de l\u2019outillage économique \u2014 chemins de fer, canaux, etc.).Elles exigèrent une indemnité compensatoire pour cet abandon; elles devaient quant au reste s\u2019en remettre à l\u2019impôt direct, dont on n\u2019attendait pas grand chose à ce moment, mais qu\u2019on croyait suffisant pour subvenir aux obligations supplémentaires des provinces.Celles-ci, en effet, n\u2019apparaissaient pas devoir être financièrement con- l\u2019ontario a signé ! 147 sidérables alors, vu que les pouvoirs provinciaux assis sur tout le domaine du privé, c\u2019est-à-dire du religieux, du social et du civil, ne constituaient pas une source de dépenses étatiques considérables dans l\u2019esprit du temps.Tirer de cette réclamation d\u2019indemnité une conclusion que l\u2019esprit de la Confédération a été à l\u2019effet que les provinces devaient indéfiniment trouver leurs finances principalement dans des subventions fédérales, et cela pour une proportion fixée de toute éternité à ce qu\u2019elle fut immédiatement après 1867, c\u2019est raisonner les visières de l\u2019esprit baissées.Il fut naturel que les provinces aient essayé, à l\u2019occasion du pacte, d\u2019obtenir la plus forte indemnité possible pour ce qu\u2019elles cédaient et par suite, il était normal de s\u2019attendre que la proportion de cette indemnité dans l\u2019ensemble des budgets provinciaux diminuât avec l\u2019exercice que feraient les provinces de leur pouvoir de taxer.Car ce qu\u2019on a indiscutablement fait aussi, à l\u2019occasion de l\u2019A.A.B.N., ce fut de laisser aux provinces les pouvoirs nécessaires pour empêcher l\u2019immixtion des Anglo-Protestants dans les institutions religieuses, sociales et civiles du Québec.Que les idées aient changé depuis lors, quant au rôle de l\u2019État dans ces domaines; et qu\u2019elles soient de nature aujourd\u2019hui à postuler de fortes dépenses étatiques, ce ne peut pas être une raison pour prétendre que ces dépenses doivent relever d\u2019Ottawa en vertu du critère que tout ce qui coûtait cher en 1867 a été confié à Ottawa.Il ne faut pas mettre la charrue devant les bœufs: l\u2019instrument avant les 148 l\u2019action nationale objectifs qui le rendent nécessaire.L\u2019objectif principal d\u2019aujourd\u2019hui comme d\u2019hier reste encore d\u2019empêcher l'inmixtion anglo-protestante dans nos institutions, mêmes si ces institutions coûtent cher.Tant mieux si, en même temps, les idées ont changé sur l\u2019impôt de sorte que les impôts directs soient d\u2019un bon rendement; cela facilite le règlement des problèmes résultant de l\u2019évolution des idées sociales sans qu\u2019il soit nécessaire de modifier l\u2019A.A.B.N.Les impôts les plus productifs ne sont restés à Ottawa, en 1867, qu\u2019en raison de ses obligations comparées à celles des provinces.La même règle doit présider à leur partage aujourd\u2019hui; non pas, à l\u2019inverse, vouloir remettre tous les impôts productifs d\u2019aujourd\u2019hui à Ottawa sous le prétexte qu\u2019il avait tous ceux de 1867, alors qu\u2019il n\u2019assume plus les principales obligations financières.Qu\u2019il ne les assume plus et ne peut pas les assumer.Car cette évolution du rôle de l\u2019État, qui l\u2019introduit davantage dans la vie du citoyen et des institutions, rend plus impérieux notre devoir d\u2019en conserver le point d\u2019tippui à Québec.Un État anglo-protestant pourrait à la rigueur, avec beaucoup de largeur de vues, se révéler satisfaisant pour les institutions catholiques lorsque ce sont les initiatives privées qui organisent et que l\u2019État peut se contenter de n\u2019être pas hostile à leur action.Il en est à peu près totalement incapable s\u2019il lui faut lui-même être initiateur; il ne peut guère alors agir que selon le dynamisme de sa mentalité anglo-protestante, exprimée dans des législations représentant l\u2019opinion de la majorité. l\u2019ontario a signé ! 149 \u2014 Les propositions du Fédéral n\u2019ont aucune portée fondamentale.Elles ne constituent qu\u2019une solution d\u2019ordre pratique et d\u2019un caractère provisoire en vue d\u2019une entente sur le partage du produit des impôts, en attendant que tout le monde s\u2019entende sur le partages des obligations constitutionnelles.Actuellement toutes les provinces sont d\u2019accord que leurs pouvoirs financiers ne sont pas suffisamment bien établis en regard de leurs obligations, mais certaines d\u2019entre elles veulent accroître leurs pouvoir financiers alors que d\u2019autres préféreraient au contraire voir réduire leurs obligations.En attendant, la vie doit continuer et il importait de trouver une formule convenable à cet effet.Cette phraséologie laisse entendre que les solutions du Fédéral sont indifférentes aux données fondamentales du problème, et qu\u2019il n\u2019y a pas au surplus d\u2019alternative pratique.Or ce que nous avons vu précédemment prouve qu\u2019elles ne sont pas indiffé rentes; que, par suite, il doit nécessairement y avoir une alternative, même du point de vue pratique, entre des moyens provisoires impliquant modification et d\u2019autres comportant respect de l\u2019esprit fondamental de l\u2019A.A.B.N.En définitive, il est claii que ïes solutions fédérales réalisent, à titre provisoire, le point de vue des provinces (les plus petites, au surplus) qui favorisent l\u2019abandon de leurs obligations constitutionnelles.Pourquoi ?Pourquoi le Fédéral n\u2019a-t-il pas adopté le parti d\u2019établir une solution qui, précisément parce que provisoire, aurait plutôt pris soin de ne rien changer à l\u2019équilibre constitutionnel établi ?Pourquoi 150 l'action nationale n\u2019a-t-il pas trouvé le moyen d\u2019effectuer le partage des impôts en fonction des obligations constitutionnelles de chacun et en respectant leur souveraineté en matière fiscale ?Cela ne s\u2019imposait-il pas d\u2019autant plus, en toute honnêteté et en tout esprit de bonne administration, que des provinces représentant l\u2019immense majorité de la population canadienne favorisent une telle solution.La règle des honnêtes procédures n\u2019est-elle pas de s\u2019en tenir aux conditions d\u2019un contrat et de résoudre conformément à ses données tant qu\u2019il n\u2019a pas été convenu de les changer \u2014 les problèmes qui surgissent.Il est évident qu\u2019Ottawa veut profiter des circonstances pour refaire la Constitution à son goût, contre la volonté de la majorité.Qu\u2019en toute mauvaise foi \u2014 quoiqu\u2019il s\u2019en défende tout en le faisant \u2014, il veut réaliser un véritable coup d\u2019État constitutionnel.Car une solution conforme à l\u2019esprit de la constitution et aux désirs de la majorité était possible; et aussi simple en définitive, peut-être plus simple à certains égards, que la solution fédérale: la Chambre de Commerce du district de Montréal en a fait la démonstration péremptoire.Il est d\u2019ailleurs mensonger de laisser entendre que la description des accords actuels, comme étant indifférents, provisoires et purement pratiques, soit vraiment acceptée par Ottawa.Ou en tout cas, il est mensonger de laisser entendre que c\u2019est en songeant à revenir à l\u2019autonomie que le Fédéral les suggère tels.Celui-ci au contraire, ne les considère comme provisoires qu\u2019en tant qu\u2019ils conduisent vers une centralisation plus poussée, jusqu\u2019à la réforme constitutionnelle.C\u2019est dire qu\u2019ils n\u2019ont nullement l\u2019ontario a signé ! 151 pour lui un caractère indifférent ou purement pratique.Ils sont, au contraire, très nettement une étape d\u2019une politique en vue de convaincre les provinces des avantages qu\u2019elles pourraient trouver à la centralisation, avec l\u2019espoir qu\u2019elles finiront alors par tout céder.Cela a été dit et redit.Et le fait qu\u2019Ottawa ait réussi en cela à isoler la province de Québec indique que nous approchons du temps où commencera l\u2019assaut final, puisque maintenant tout le Canada anglais a rallié le camp fédéral et qu\u2019en vertu des règles du fair play britannique (applicable entre britanniques seulement) tous les moyens devraient être bons qui mèneront à l\u2019écrasement des résistances indigènes (sic).Mais alors, pourquoi donc l\u2019Ontario a-t-il signé?Certains journaux anglo-canadiens qui ont applaudi au geste de M.Frost ont insisté sur le fait qu\u2019en définitive, Ottawa avait fait beaucoup de concessions depuis 1945; de sorte qu\u2019en 1952, l\u2019accord proposé n\u2019est pas loin de coïncider avec les contre-propositions de M.Drew, contre-propositions que M.Ilsley, dans son intransigeance, avait rejetées d\u2019un revers de la main.Il est vrai, en effet, que la résistance des provinces leur a valu à date d\u2019importants reculs du Fédéral sur le terrain pratique.Afin de gagner l\u2019essentiel, c\u2019est-à-dire l\u2019abandon \u201ctemporaire\u201d (indéfiniment renouvelable) des droits sur les deux grandes sources d\u2019impôts directs, le successeur de M.Ilsley, plus diplomate, a jeté progressivement du lest relative- 152 l\u2019action nationale ment aux objections de détail des provinces, l\u2019Ontario et du Québec plus spécialement.lo Ottawa a cessé d\u2019insister sur l\u2019abandon des droits sur les successions, quoiqu\u2019il n\u2019ait pas consenti à abandonner le sien.Il accepte de signer des accords ne comportant pas tel abandon, en diminuant en conséquence sa subvention à la province.L\u2019Ontario s\u2019est notamment prévalu de cette condition, dont ne se sont pas souciées les petites provinces, où les grosses successions sont plus rares.2o En 1946, pour obtenir la signature de la Nouvelle-Écosse, M.Abbott finit par consentir de se retirer des champs d\u2019imposition sur l\u2019électricité, la gazoline, les amusements et les paris-mutuels, autres champs provinciaux envahis pendant la guerre et dont M.Ilsley avait dit que \u201cle Fédéral ayant besoin de tous ses revenus (.) ne pouvait pas laisser en friche quelque champ de taxation que ce fût.\u201d Cependant, le Fédéral n'a pas consenti à en concéder l'exclusivité aux provinces; il se réserve le droit d\u2019y revenir.3o Les objections du Québec et probablement aussi de l\u2019Ontario quant au droit d\u2019imposer les revenus dérivant des ressources naturelles (opérations forestières et minières) ont également prévalu; l\u2019abandon des impôts sur les revenus exclut ce genre d\u2019impôt et la taxe provinciale est déductible de l\u2019impôt fédéral comme dépenses des compagnies.4o D\u2019un renouvellement à l\u2019autre, afin d\u2019aguicher les provinces non signataires, Ottawa monte l\u2019enchère et offre davantage en compensations.Le minimum garanti par l\u2019accord de 1947, déjà bien supérieur à celui de 1942, est de quelque $100 millions inférieur au minimum proposé en 1952. l\u2019ontario a signé ! 153 5o L\u2019accord de 1947 comportait deux modes de calcul de la subvention, chaque province restant libre de choisir celui qui lui était le plus favorable.En 1952, Ottawa en ajoute un troisième pour contourner l\u2019objection de Québec et d\u2019Ontario quant au fait que les deux modes antérieurs ne tiennent pas compte de la valeur du champ d\u2019imposition abandonné et de ses possibilités.En fait, il ne la contourne que faiblement puisque la modalité est appuyée sur une limite à 5% pour l\u2019impôt des particuliers et à 814% pour l\u2019impôt des compagnies.Mais l\u2019Ontario y a trouvé son profit.6o Dans les deux autres modes, la base du calcul est changée en fonction d\u2019une objection présentée par Québec.Au lieu de se servir de la statistique du produit national brut, qui était influencée par les variations dans les impôts indirects fédéraux, c\u2019est la statistique du revenu national net qui sera employée.7o A l\u2019accord de 1946, le calcul de la subvention en fonction du produit brut ne suivrait pas les fluctuations annuelles de cette statistique, mais les variations d\u2019une moyenne de 3 ans.En période de baisse, cette formule favoriserait les provinces, mais comme nous n\u2019avons connu que la hausse, hausse inflationnaire, depuis 1942, les provinces y ont toujours perdu.Après avoir proposé la moyenne de 2 ans pour les accords de 1952, le Fédéral a fini par accepter l\u2019adaptation annuelle ou la moyenne de 2 ans, au choix des provinces.8o Enfin, le Fédéral a emprunté le vocabulaire de M.Drew.Les provinces n\u2019abandonnent plus leurs droits pour une période temporaire; elles les louent.En somme, l\u2019intransigeance de M.Ilsley ayant risqué de tout casser, le Fédéral lui a substitué un diplomate qui se montre disposé à céder sur les 154 l\u2019action nationale détails, du moment qu\u2019on lui accorde l\u2019essentiel.Seulement à ce compte, la question reste posée: pourquoi l\u2019Ontario a-t-il signé?Puisque la résistance a arraché au Fédéral concession sur concession, c\u2019est signe que le procédé n\u2019était pas mauvais.Pourquoi lâcher tout à coup ?L\u2019Ontario n\u2019aurait pas été intéressée à l\u2019essentiel! Et tel un spéculateur qui voit monter, monter ses valeurs, la crainte l\u2019aurait prise que le maximum ait été atteint.D\u2019autant plus qu\u2019il y avait quelque $20 millions de plus à prendre que les revenus actuels de l\u2019Ontario, et cela sans avoir à accroître les impôts, ce qui est électoralement aguichant, même si au fond tout doit finir par coûter plus cher au contribuable.par le truchement de l\u2019imposition fédérale.Cette thèse paraîtrait accréditée par l\u2019approbation que M.Drew a donnée au plan.Malheureusement, elle n\u2019est pas aussi claire qu\u2019elle le paraît.Même si M.Drew a pu être le premier à parler, dans des termes vagues, de location des pouvoirs d\u2019imposition, ce qu\u2019il a dit de net à ce moment-là (janvier 1945) va à l\u2019encontre des prétentions conservatrices actuelles.Que disait, en effet, M.Drew dans son mémoire ?Des choses comme celles-ci: \u201cSi les gouvernements provinciaux, puis les législatures provinciales, doivent abandonner leurs plus importantes sources d\u2019imposition directe contre une subvention annuelle fondée sur une base fixe, ils vont dans un avenir plus ou moins lointain, se mettre une camisole de force législative dont ils ne pourront se tirer qu\u2019en abandonnant do nouveaux pouvoirs contre de nouvelles subventions. L1 ONTARIO A SIONÉ ! 155 \u201cSi les gouvernements provinciaux se mettent aussi dans la position de ne pouvoir développer leur activité qu\u2019avec la permission du gouvernement fédéral, ils ne deviendront guère que des commissions administratives locales du gouvernement fédéral et les législatures provinciales cesseront de posséder quoi que ce soit d\u2019autre qu\u2019une certaine forme de responsabilité administrative.\u201cQuelles que soient les intentions en jeu, le résultat inévitable de l\u2019acceptation d\u2019un tel arrangement sera de conduire en définitive à l\u2019abandon du système fédéral de gouvernement en faveur d\u2019un système unitaire.\u201d Voilà ce qui ne laisse logiquement aucune place à des marchandages comme ceux auxquels M.Frost vient de se prêter; car en dépit des concessions de détail, les principes sont restés les mêmes, de sorte que signer c\u2019est en définitive aller à \u201cl\u2019abandon du système fédéral de gouvernement en faveur d\u2019un système unitaire\u201d, selon l\u2019expression même de M.Drew.Le fait est qu\u2019en conformité avec ses déclarations de principe, le rapport Drew n\u2019ouvrait la porte à rien du genre des accords fédéraux signés par M.Frost.M.Drew demandait bien au Fédéral, comme on le rappelle, de se retirer entièrement des impôts sur les successions, l\u2019essence, les divertissements, etc., mais sans offrir d\u2019abandonner les impôts sur les revenus.Tout au contraire, il affirmait le droit de l\u2019Ontario à réclamer entièrement ces impôts, mais en se déclarant prêt à accepter de les partager avec le Fédéral.Les diverses lois seraient uniformisées, la perception centralisée à Ottawa, mais l\u2019initiative en matière de législation fiscale resterait entièrement 15Ü l\u2019action nationale à la province pour ce qui la concerne (voir à ce sujet L\u2019Actualité Economique, janvier 1946).Assistons-nous donc simplement à une virevolte de politicien, comme notre histoire en a donné tant d\u2019exemples?Effectivement, il y a virevolte; c\u2019est indéniable! Mais je crains qu\u2019elle ne soit pas simple.Qu\u2019il y ait plus que les $20 millions et la satisfaction d\u2019avoir gagné une partie des concessions réclamées du Fédéral! Je crains que ce soit Québec qui ait perdu la bataille auprès des forces conservatrices ontariennes, et les puissances occultes anti-cana-diennes-françaises qui l\u2019emportent en faisant pencher la balance de la politique ontarienne vers l\u2019entente avec Ottawa en vue, comme depuis toujours, de travailler à réaliser l\u2019unitarisme au Canada et d\u2019arriver par là a étouffer les forces catholiques et françaises.A mon sens, cela transpire dans la joie qu\u2019éprouve certains journaux ontariens à crier que Quebec is next.Cela paraît dans les éditoriaux où l\u2019on consacre le geste de M.Frost comme une contribution de première valeur à \u201cl\u2019unité canadienne\u201d.Affirmation symptomatique, qui ne peut pas sortir de la bouche de gens qui acceptent le Canada français et sont prêts à asseoir le Canada sur la collaboration des deux races, car tout le monde sait \u2014 même chez les Anglo-Canadiens réalistes, sinon sympathiques à notre cause \u2014 qu\u2019aucune union nationale véritable n\u2019est possible en notre pays sans le concours du Canada français.Seules les forces qui travaillent à l'écraser peuvent se réjouir de voir le Canada français isolé, seul à défendre un point de vue contre tout le reste du pays. l\u2019ontakio a signé ! 157 C\u2019est donc Québec qui vient de perdre une manche importante.Il semble que pendant plusieurs années, le gouvernement ontarien \u2014 sans doute par le désir des conservateurs de rétablir leurs positions dans notre province \u2014 se soit laissé fortement influencer par M.Duplessis.Pourquoi l\u2019a-t-il abandonné ?Ne serait-ce pas parce que Québec n\u2019a pas su assez adopter une attitude offensive en même temps que constructive, de façon à rallier les provinces autour d\u2019nn projet précis, parfaitement établi et qui aurait été mis de l\u2019avant dans une action organisée et coordonnée ?Lorsqu\u2019en 1945, les autorités fédérales entreprirent de forcer la main aux provinces pour renouveler l\u2019accord de 1942, j\u2019écrivais ce qui suit dans L\u2019Actualité Economique (octobre 1945): \u201cLes propositions que le gouvernement fédéral a soumises aux gouvernements des provinces à la conférence du mois d\u2019août de cette année constituent un document dont on ne saurait certes disposer à la légère non seulement au point de vue pratique, à cause des chances qu\u2019il peut avoir de prévaloir, mais aussi bien du point de vue théorique.Ce document de 58 pages, d\u2019une densité considérable et appuyé sur des données concrètes formant 12 autres brochures de 636 pages en tout, est le fruit de plusieurs années d\u2019études par de nombreux techniciens fédéraux et universitaires anglo-canadiens; il a pu tenir compte des expériences politiques plus ou moins heureuses de centralisation qui ont été tentées soit sous la forme de propositions ou d\u2019accords entre les provinces et le fédéral, soit sous la forme d\u2019empiétements réalisés par la formule du fait accompli.Il synthétise donc une somme d\u2019études et d\u2019expériences accumulées depuis le 158 l\u2019action nationale rapport Sirois surtout, qui lui donnent de la subtilité, en mémo temps qu\u2019une solidité, ou du moins une apparence de solidité incontestable.\u201cMalheureusement, on peut craindre que les provinces, en particulier la nôtre, ne soient pas aussi bien préparées qu\u2019il le faudrait pour prendre le recid nécessaire et déposer sur la table de conférence la masse impressionnante des documents irréfutables grâce auxquels serait assurée la défense d\u2019une cause qui, essentiellement, est pourtant la meilleure.En maintes circonstances au cours de la guerre, j'ai, pour ma part, essayé de rappeler à l\u2019opinion publique et, par elle, à nos gouvernements provinciaux, la grande importance qu\u2019il fallait attacher, si l\u2019on voulait entreprendre de marcher à égalité de force avec le pot de fer fédéral, à constituer dos équipes de chercheurs et de techniciens appliqués à l\u2019étude des problèmes économiques de contrôle que soulevait la guerre, en relation tout particulièrement avec le fameux rapport Sirois.Mais il faut bien constater que nous sommes un peu pris au dépourvu.Nous devons quand même faire face ik l\u2019échéance et il serait à souhaiter qu\u2019on mit tout en œuvre pour n\u2019avoir pas à la solder par des expédients politiques qui auront de moins en moins de chance de réussir devant les événements pressants de l\u2019heure ou qui ne réussiront temporairement qu\u2019en aggravant notre situation au moment de la prochaine échéance.\u201d Il faut malheureusement craindre que j\u2019avais alors plus raison peut-être que je ne le croyais ! Et constater qu\u2019à 7 ans de distance, nous ne sommes pas mieux postés pour \u201cfaire face à la musique\u201d.Si ma mémoire est bonne, M.Duplessis a déjà esquissé une réponse à cette sorte d\u2019argument.Une réponse de tactique politique, qui serait à l\u2019effet I-\u2019ONT AKIO A SIGNÉ ! 159 que mieux vaut pour le Québec se montrer conciliant et laisser aux autres provinces le soin de faire la lutte, de façon précisément à ne pas dresser tout le Canada contre Québec.Peut-être notre premier ministre a-t-il compté \u2014 trop compté \u2014 sur l\u2019Ontario pour mener le bal contre la centralisation ?A tout événement, cet argument n\u2019a plus guère de valeur.Québec reste seul à tenir, c\u2019est chose réglée.Et il faut savoir gré à M.Duplessis de n\u2019avoir pas pris, comme tant d\u2019autres, le parti défaitiste de dire: il ne nous reste plus qu\u2019à signer.Au contraire, a-t-il déclaré en substance, que l\u2019Ontario ait ou non signé, son gouvernement n\u2019entrera pas dans des accords qui seraient l\u2019arrêt de mort de la province et de ses prérogatives.Oui!.mais il va falloir, si nous ne voulons pas continuer à glisser sur la pente comme nous le faisons depuis 10 ans, prendre des mesures positives.Il va nous falloir abandonner la défensive et prendre l\u2019offensive.Car autrement, la partie sera vraiment perdue avant longtemps.L\u2019heure est grave, car comme aux années 1837 et 1838, c\u2019est l\u2019Union qui se prépare dans le même esprit que Lord Durham a cristallisé dans son rapport: britanniser le Canada par l\u2019anglicisation des Canadiens français, par la destruction de leurs institutions, de leur langue et de leur foi (de leur \u201cpapisme\u201d, donc de leur catholicisme \u2014 que notre clergé ne l\u2019oublie pas!) Jusqu\u2019ici nous avions des alliés sur le plan gouvernemental, maintenant autant dire que nous n\u2019en avons plus.Québec est seul et devra lutter lui-même pour défendre sa vie.Il lui faudra en plus rallier les provinces sous le drapeau autonomiste.Tâche 160 l\u2019action nationale énorme, si énorme que, plus que jamais, bien des Canadiens français se demanderont s\u2019il existe d\u2019autres solutions que le séparatisme, un séparatisme qui nous est en somme imposé, parce que déjà moralement réalisé par les Anglo-Canadiens.Leur attitude n\u2019équivaut-elle pas à dire, en effet: \u201cNous nous séparons de l\u2019idéal qui a présidé à l\u2019établissement du Canada selon un modus vivendi entre les deux grandes races.Il ne nous importe plus que vous désiriez conserver vos particularités et vos droits.Ces particularités et ces droits viennent en conflit avec nos intérêts.Nous brisons donc le pacte conclu en 1867.Nous nous séparons du parti de la Confédération.Nous voulons l\u2019Union\u201d.Une telle situation exigera chez nous l\u2019union sacrée dans la lutte contre l\u2019envahisseur, une troisième fois.Il sera normal que le gouvernement de la province de Québec nous la demande, au delà de toutes les petites mesquineries politiques ou des animosités de personne ou de classe.Mais pour y avoir droit, il faudra que le gouvernement de la province nous donne une politique! Non pas seulement une politique de déclarations publiques et d\u2019action souterraine, menée dans le secret des officines, politique défendable pendant l\u2019ère diplomatique d\u2019un conflit, que seul le recul du temps permet de juger; qui peut être excellente, mais qui a aussi le défaut de pouvoir cacher une absence de politique et qui ne vaut plus rien une fois l\u2019attaque de l\u2019adversaire lancée! A l\u2019heure actuelle, le gouvernement de la province, pour nous sauver de l\u2019étouffement centralisateur, a besoin de remonter le moral de notre population, de faire voir à celle-ci des solutions et des moyens l'ontario a signé ! 161 d\u2019action qui lui redonnent de l\u2019espoir dans le succès et se révèlent, aussi, capable d\u2019éveiller et de soutenir son enthousiasme.Il lui faudra prendre des mesures juridiques ou politiques tranchées afin de forcer le Fédéral à s\u2019ébranler sur les retranchements qu\u2019il s\u2019est donnés à la faveur de la guerre et des accords renouvelés.Il devra offrir à l\u2019opinion publique et aux gouvernements des autres provinces des propositions parfaitement étayées pour faire pièce au prestige et à l\u2019influence fédérale.Bref, nous sommes à l\u2019heure des grands hommes et des grandes actions! Espérons que la Providence saura nous donner les uns et inspirer les autres.François-Albert Angers. Le Mois : Deux livres à ne pas manquer par EDMOND LEMIEUX Le premier, c\u2019est le troisième tome de VHistoire du Canada français, par le chanoine Groulx.Les liseurs qui l\u2019ont rapidement dévoré déclarent que c\u2019est, à date, le meilleur de la série.Nous dirions plutôt qu\u2019il est plus proche de nous \u2014 plus proche par la chronologie, c\u2019est évident, puisque l\u2019historien traite d\u2019une période qui va de 1760 à 1848.Mais il y a surtout ceci: les problèmes qui se sont alors posés à nos pères, nous en rencontrons aujourd\u2019hui d\u2019analogues.Des erreurs ont alors pris racine, qui continuent de fleurir chez nous.Et le monde de 1848, si extraordinairement différent du nôtre dans sa totalité, lui ressemble néanmoins par plusieurs aspects politiques.Un collaborateur de VAction Nationale analysera bientôt ce livre.Disons tout de suite qu\u2019il révèle le magnifique don de synthèse du chanoine Groulx, son art magistral de la fresque.Grouper tant de faits en si peu de pages, et les rendre intelligibles, cela ressemble à une gageure.Toujours on sent que l\u2019historien domine sa matière, \u2014 même lorsqu\u2019il aborde les questions les plus délicates, celles qui LE MOIS 163 vont, par exemple, opposer les Canadiens français au gouvernement britannique, à ceux qui le représentent au Canada, au petit groupe remuant des marchands anglo-canadiens et des profiteurs du régime.Alors il arrive souvent que le chanoine Groulx cède la parole à un historien de langue anglaise.Il se dégage de l\u2019ensemble une impression fort nette d\u2019objectivité et de sérénité1.Le Devoir a rendu hommage à son fondateur dans un numéro spécial qui est, lui aussi, une page d\u2019histoire.Pour permettre aux admirateurs de M.Bourassa de conserver ces articles dans leur bibliothèque, et pour répondre à une demande que n\u2019ont pas épuisée 45,000 exemplaires du numéro, il vient de publier un livre: Hommage à Henri Bourassa2.On trouve réunie là une somme impressionnante de renseignements inédits.Le Devoir a eu la main heureuse: il publie une collection vraiment remarquable de photographies.On y reconnaît Bourassa à tous les âges: depuis les croquis de l\u2019enfance jusqu\u2019aux merveilleux instantanés réalisés au Plateau durant les conférences autobiographiques organisées par VAction Nationale, en passant par des caricatures, des photos de voyage, Bourassa à l\u2019assemblée de Saint-Hyacinthe, Bourassa avec Georges Pelle- 1.\tHistoire du Canada français depuis la découverte, par Lionel Groulx, ptre.A l\u2019Action Nationale, Montréal, 1952.(L\u2019exemplaire: $2.75; édition de luxe; $3.50; on peut le commander chez l\u2019éditeur, 986 est, rue Rachel, Montréal).2.\tHommage à Henri Bourassa, rédigé en collaboration.En vente au Devoir (434 est, rue Notre-Dame, Montréal); $1.00 l\u2019exemplaire, $11.00 la douzaine, $80.00 le cent. 164 l\u2019action nationale tier et Louis Dupire, etc.Deux autographes de Bourassa, deux autres de Laurier, complètent cette documentation exceptionnelle.Quant aux articles, ils vont du solennel au très familier.Nous avons une faiblesse pour ceux-ci, qui font voir l\u2019homme, le journaliste, l\u2019orateur.Au reste, qui peint M.Bourassa sinon Bourassa lui-même ?le récit de son enfance a une fraîcheur, un ton direct et une verve parfaitement inimitable.L\u2019Action Nationale consacrera l\u2019an prochain un numéro spécial à la pensée de M.Bourassa.Quelques collaborateurs tenteront d\u2019en faire la synthèse.Les pages offertes par le Devoir sont d\u2019un autre ordre: on les aborde facilement, elles racontent des dizaines et des dizaines de souvenirs inédits, elles apportent des témoignages, elles ressuscitent un Bourassa pittoresque, savoureux et puissant \u2014 celui qui a remué les foules et les a dominées, celui enfin qui a toujours approfondi davantage sa pensée religieuse.Ce sont des pages irremplaçables. Réflexions sur la critique par RAYMOND-MARIE LEGER La critique cinématographique souffre d\u2019insuffisance et de légèreté.On s\u2019improvise critique de films à la hâte.Aucune véritable préparation, aucune étude en profondeur de ce mode d\u2019expression, aucune réflexion suivie en marge de cet art ne justifient ce choix.On n\u2019a jamais pensé le cinéma en termes de cinéma.Mais tout cela vaut-il vraiment qu\u2019on s\u2019y arrête?N\u2019était-on pas auparavant chroniqueur littéraire, musical ou artistique ?Ne sont-ce pas là lettres de créance valables à toutes fins critiques ?A en juger au résultat \u2014 pitoyable \u2014, cette prétention s\u2019avère absolument fausse, gratuite et non fondée.Et comment pourrait-il en être autrement ?On continue de parler de cinéma comme on parlait de littérature.On ne le considère jamais en lui-même, mais toujours \u201cen fonction de\u201d ou par rapport à autre chose.A lire certaines critiques de films, on croirait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman ou d\u2019une pièce de théâtre.On y retrouve les mêmes préoccupations, la même optique, une semblable attitude de l\u2019esprit.Porte-t-on un jugement qu\u2019on le fait par référence aux mêmes lois, à la même échelle de valeurs.C\u2019est à croire que le mot et l\u2019image ne diffèrent en rien, que ce sont deux réalités analogues, et qu\u2019il suffit de bien comprendre l\u2019un pour savoir justement apprécier l\u2019autre. 166 l\u2019action nationale Si elle ne fait pas tort à la littérature, cette confusion défigure le cinéma, en fait un art inférieur, composite et baroque.' Elle retarde l\u2019avènement d\u2019une critique qui, enfin, étudierait en soi le septième art, jugerait ses œuvres sous le double éclairage de son histoire et de ses loi propres.Cette confusion laisse encore le public dans l'ignorance dé ce qu\u2019est le cinéma, puisque ne sont jamais mis en cause ses principes essentiels.Elle affecte par ailleurs, et terriblement, le cinéma lui-même car la critique, ignorant ses lois et son sens profond, ses possibilités et ses limites, ne peut ni le guider, ni lui rappeler à l\u2019occasion ce qu\u2019il est, ni le ramener au besoin à son point de départ, ni surtout lui indiquer quelles sont les seules entreprises où il pourrait vraiment donner toute sa mesure.Tout le mal vient, semble-t-il, de ce que, consciemment ou non, on n\u2019a pas encore reconnu l\u2019autonomie du cinéma.Parmi les autres arts, on veut qu\u2019il fasse figure de parent pauvre auxquels il devrait tout.On continue d\u2019ignorer qu\u2019il a des traditions, des écoles, une histoire et, surtout peut-être, un langage original bien codifié, bien défini, bien articulé, qui n\u2019appartient qu\u2019à lui seul et se suffit à lui-même.La critique a la détestable habitude de considérer un film comme un fait isolé, comme un phénomène d\u2019apparition spontanée que rien n\u2019explique, qui trouve en lui-même son origine et sa raison d\u2019être.Elle porte ses jugements sans tenir compte de l\u2019histoire du cinéma qu\u2019elle connaît peu ou pas.Pourtant, toute œuvre d\u2019art profite du passé, s\u2019inscrit dans une tradition.On ne peut justement estimer LE MOIS 167 ses mérites hors du contexte historique où elle apparaît.De toute évidence, la critique n\u2019est pas d\u2019accord là-dessus, ou, du moins, elle agit tout comme.Elle manifeste à l\u2019égard de l\u2019histoire du cinéma une désinvolture par quoi s\u2019expliquent certaines de ses plus grossières erreurs.Ainsi, on a dit de tel film récent qu\u2019il était \u201ctrès original, qu\u2019il apportait un élément nouveau au cinéma.\u201d Or le film en question n\u2019était que la reprise \u2014 en moins bien d\u2019ailleurs \u2014 d\u2019un succès tourné il y a plus de vingt-cinq ans.Dans le même ordre d\u2019idées, on a salué comme une révélation \u201cAu delà des grilles\u201d.En fait, ce film n\u2019est que le dernier-né de la série \u201cQuai des brumes.\u201d Cela amène inévitablement à penser qu\u2019aujourd\u2019-hui encore l\u2019on ne prend vraiment pas au sérieux le cinéma.On continue de le considérer comme un spectacle frivole.Tout au plus consent-on qu\u2019il soit un art de divertissement.On méconnaît par là même la mesure de son influence et la portée \u2014 immense \u2014 de ses œuvres.Il agit chaque jour fortement sur des millions d^hommes, transforme leur psychologie, détermine leurs goûts.Aucun autre art ne peut se vanter d\u2019être à ce point recherché et écouté.La naissance d\u2019une critique cinématographique bien informée s\u2019impose donc \u2014 chez nous et ailleurs \u2014 d\u2019urgente façon.Elle devra reconnaître l\u2019autonomie du cinéma, tenir compte de son histoire, et, surtout, ne procéder que par référence aux grands principes autour desquels s\u2019élabore sa philosophie: mouvement, espace et temps.Raymond-Marie Léger. 168 l\u2019action nationale SOMMAIRE L'ACTION NATIONALE: Une mise au point.85 LIONEL GROULX: Le problème économique et social des Canadiens français 88 ANTOINE RIVARD: Un engagement formel.101 VICTOR BARBEAU: Le français à l\u2019école.118 ANDRE MALAVOY: Jeunesse de France 1952 (II).127 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS: L'Ontario a signé.137 EDMOND LEMIEUX: Deux livres à ne pas manquer.162 RAYMOND-MARIE LEGER: Réflexions sur la critique du cinéma.165 ( I i Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) I Î J LA COMPAGNIE F.-X.DC \u20ac LET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Port\tQuébec V \\ TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (\u2022trictament an gros) \"Le temple de la lumière* Ben BÈLAND, président - Jean BÉLAND, Ing.P., sec.-très.7152, boul.ST.-LAURENT, Montréal \u2014 GRavelle 2463 Pour devenir propriétaire .Epargnez avec: U COMPAGNIE MUTUELLE D\u2019IMMEUBLES Limitée 1306 est, Ste-Catherine, Montréal Tél.: CHerrier 5415-5515 VII L'oeuvre essentielle de notre littérature Peu d\u2019oeuvres, cher nous, peuvent prétendre à l\u2019importance de celle que le chanoine Lionel Groulx vient de terminer.A la (ois comme contribution à l\u2019Histoire et comme geste de portée nationale, l\u2019Histoire du Canada Français marque une étape.Certes, nous avions déjà des Histoires du Canada : il nous manquait encore une véritable Histoire du Canada français.Qui mieux que le chanoine Groulx pouvait nous la donner ?Histoire authentique et objective, et en même temps constamment soutenue par un amour fervent de la patrie franco-canadienne.Voici une oeuvre qui est absolument indispensable dans tout foyer canadien-français.Son dernier volume vient de paraître, portant sur la période de 1848 à nos jours.C\u2019est un magnifique ensemble de quatre tomes, d\u2019environ trois cent pages chacun, que chacun voudra non seulement lire mais conserver.La parution du dernier tome constitue une occasion idéale, pour ceux qui n\u2019auraient pas déjà acquis les trois premiers, de le faire.L'ACTION 986, est, rue RACHEL MONTREAL VIII 0962 \" Que donner en radeaux?\u201d \u201cL\u2019ACTION NATIONALE\u201d LaLigue d\u2019Action Nationale publie une revue mensuelle : c\u2019est sa tâche première.En janvier 1953, L\u2019Action Nationale entamera sa 21e année.Les périodiques de ce genre ne sont pas ceux qui font fortune.Le coût de l\u2019abonnement à L\u2019Action Nationale est de $3.00 par année et de $5.00 pour deux ans.Aux étudiants et collégiens, nous accordons le prix de faveur de $2.00 par année.L\u2019abonnement de soutien, volontiers souscrit par plusieurs de nos amis, est toujours de $5.00.A l\u2019approche des fêtes, nous suggérons à ceux qui donnent en cadeaux des livres ou des revues de ne pas oublier L\u2019Action Nationale.Notre revue publie dix numéros de 100 pages dans l\u2019année : après reliure, c\u2019est un volume de 1,000 pages.Il y a certains articles qui ne peuvent paraître que chez nous et certaines questions que personne d\u2019autre n\u2019ose toucher.Si vous croyez que L\u2019Action Nationale doit être maintenue, payez fidèlement votre abonnement à l\u2019échéance et recrutez-nous de nouveaux abonnés.ffL\u2019Histoire du Canada français\u201d par monsieur le chanoine LIONEL GROULX C\u2019est une oeuvre maîtresse qui, en dépit d\u2019autres essais nombreux, comble une lacune.C\u2019est, a-t-on dit, \u201cla première histoire du Canada depuis Garneau\u201d.La série des quatre volumes se vend $10.00 pour l'édition ordinaire et $14.00 pour l\u2019édition de luxe auto-graphiée par l\u2019auteur.Ajouter 5% pour frais de poste.Elle couvre toute la période depuis la découverte jusqu\u2019à nos jours.ix T4L HA 0200-020* PERRAULT «I PERRAULT AVOCATS 914 St-Denis ii Suit* SI 2 n Montré*!, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Ré*.: 64, ava Nelaon, Outremont.Tél.DO 6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Réa.: 4390, boul.Pie IX Tél.CL 3580 Lm cafés at confitures da J.-A.Désy LIMITEE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES CH.2167 COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée BISCUITS - GÂTEAUX - TARTES Alfred ALLARD,\tMenai ALLARD, président et gérant gén.\tgérant général adjoint 235, Laurier oueat .Montréal Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT x Sans ' bourse défier Tout chef de famille doit foire face 6 une obligation sacrée: celle de subvenir aux besoins de son épouse et de ses enfants.Deux moyens lui permettent d\u2019y satisfaire: son salaire et (faute de pouvoir accumuler un capital) l'assurance-vie.Nous avons la police qui lui convient\u2014comme nous avons la vôtre du reste.Vous plairait-il de la connaître?En détail?Sans bourse délier?.Emmanuel Fortin, gérant divisionnaire 325, Blvd.Chares?, Chambre 301, Tél.2-4824, Québec M.SalM-HiUir» J.-R.DimU Rm* M.Salat-UwMl Compagnie Mutuelle CAISSE NATIONALE D\u2019ASSURANCE-VIE 41 ouest, S.-Jacques, Montréal, HA.3291 Qui pense à tout a bon esprit Conatruiaez-voua ?.Penacz à l\u2019hygiène de votre maison, faitea inataller le chauffage par rayonnement.Et voua aurez la vraie maiaon de voa rêvea ! 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