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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1949-10, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE Dominique BEAUDIN La route désenchantée.\t80 Jean-Paul ROBILLARD Chrétiens, où sont vos prophètes ?.88 André LAURENDEAU La santé et la vie mêmes.\t95 p™ J.T.LAROCHELLE -r L\u2019hygiène industrielle\tj !\tet son évolu ion\tQ7 ! Frs-Albert ANGERS\tLe secret atomique et la paix.\t118 Arthur LAURENDEAU\tMort d'un artiste.121 Edmond LEMIEUX\tDe la paix au pacifisme?.\t126 Frank EMMANUEL\tLe pacif isme des forts.131 *\t*\t*\tPetit dossier sur le Pacte fédératif.156 VOL.XXXIV, No 2 MONTRÉAL OCTOBRE 1949 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE 0 Directeur: André LAURENDEAU 0 L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle parait tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président; Dominique Beaudin, secrétaire; jean Drapeau, trésorier; M.le chanoine Lionel Croulx; R.P.J.-P.Archambault, S.).; Mgr Olivier Maurault, P S.S.; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Filion, Abbé Albert Tessier, Léopold Richer, Albert Rioux, L.-Athanase Fréchette, Guy Frégault, Jacques Perrault, Rodolphe Laplante, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps.DIRECTION ET ADMINISTRATION 422 est, rue Notre-Dame, Montréal (1), P.Q.Téléphone : MArquette 2837 0 Administrateur: Dominique BEAUDIN 0 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 LANGAGE DE CHIFFRES (1939-1949) 50 MILLIONS (assurances en vigueur) Vêxitable té veil national LA LAURENTIENNE Compagnie d'Assurance sur la Vie SIEGE SOCIAL: QUEBEC LES AMIS DE LA REVUE AUBÉ, Philippe AVOCAT 152 est, Notre-Dame $\tHA 5877 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 152 eat, Notre-Dame 0\tHA 7235 DENIS, Arcodius AVOCAT 44-B, Nord, rue Wellington, 0\tT él.1994\tSh crbrookc, P.Q.DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques 0\tHA 1336 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, Notre-Dame 0\tBB 1971 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jaoques \u2022\tHA 2841 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig 0\tLA 9607 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, Prospect, Sherbrooke, P.Q.0\tTÊL.1391 LAPORTE, René MÉDECIN 947, rue Cherrier, 0\tMontréal, P.Q.MORIN,Louis-Philippe,C.A.Comptable Agréé 81, rue St-Pierre, Québec.0\tTél.2-6871 BEAUREGARD LUC Repréa.de la Laurentienne 4052, rue Cartier 0 But.: PL 6700 Ré*.: AM 7779 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2019invention 934 est, Ste-Catherine 0\tHA 4548 DUPUIS, Laurier 5600, boulevard Monk 0\tWE 0355 BEAUSOLEIL, E.BOUCHER- ÉPICIER 1251, Champlain 0\tCH 3712 Salaison MAISONNEUVE BACON marque \u201cMORIN\u2019» 1430, De La sa lie 0\tCL 4086-7 SANSOUCY, Alb.ÉPICIER-BOUCHER 3963 est, Ste-Catherine, Montréal 0\tFA 3607 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-ÉPICIER 3995, Hochelaga 0\tCL 2839 AUG.BRUNETTE, Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville 0\tPL 1946 Jean Drapeau\tClaude Melançon DRAPEAU ET MELANÇON AVOCATS ET PROCUREURS 266 ouest, rue Saint-Jacques, chambre\"304, Montréal\tHA 6204 II REVUE LES AMIS DE LA DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.1203 est, Notre-Dame \u2022\tFR 3176-7 LATENDRESSEA Fils Bnr* *.Machinerie Delta.FERRONNERIE 12057est, N.-Dame,Pte-aux-Tr.m\tCL.6731, Local 404 LATULIPE, N.Cravates, écharpes et robes de chambre \u2022\t4360, rue Iberville, Montréal \u201cLES VARIÉTÉS\u201d PAUL DEJORDY, prop.800 est, Mont-Royal %\tCH 9815 CYR, Édouard MODELEUR 1427, Maisonneuve AM 8984 \"À LA MARMITE\u2019 SALLE À MANGER 350 est.Craig MA 0730 SARRAZIN, Arthur, PHARMACIEN, Sarrasin-Choquette, #\tMontréal.PRESSE-SERVICES, CANADA.A la disposition des journaux et revues modernes 422 est, rue Notre-Dame, \u2022\tMontréal.\"Les amis de nos amis sont nos amis.\" QUI ÉPARGNE GAGNE Ce qui compte, ce n\u2019est pas ce que l\u2019on gagne, c\u2019est ce que l\u2019on épargne.Le plus pauvre n\u2019est pas celui qui gagne le moins, c\u2019est celui qui dépense tout ce qu\u2019il gagne.Des petits dépôts qui se succèdent et s\u2019accumulent constituent une somme importante.Mettez de côté régulièrement une partie de votre salaire ou de vos revenus.Vous en prendrez l\u2019habitude en ouvrant un compte d\u2019épargne à la Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $400,000,000 540 bureaux au Canada 66 succursales à Montréal III TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux tissus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS JOLY 251 esft, rue Sainte-Catherine, ^ Montréal.HArbour 1171\t4 Les Confitures VILLA J^e Choix dei Çourmetà CONSERVERIE DORION LIMITÉE 1430, rua Everett\tMontréal Lucien Viau ET ASSOCIES Comptables Agréés LUCIEN VIAU, C.A.CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE l.-\\.ERCLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tons genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Port Québec COMPAGNIE MUTUELLE D'IMMEUBLES Limité» / La Calas» d'Epargn® pour Prêt» Mutuels \"Payé à se» membres (8.000.000.00\" Siège social : 1306 est, rue Ste-Catherine, Montréal.ABONNEMENT DE SOUTIEN: $5.00 L\u2019abonnement de soutien à L\u2019ACTION NATIONALE coûte $5.00 par année.Ce sont ces abonnements redevables à des amis fidèles et généreux qui ont permis à la revue de boucler son budget chaque année et de poursuivre son action bienfaisante.VI RISQUE INUTILE Quand une chose est indispensable, il faut en payer le prix.L\u2019assurance' vie est dans ce cas: vous ne pouvez; vous en passer.Si vous n\u2019en versez; pas les primes maintenant, c\u2019est votre famille qui devra les payer plus tard en privations.Risque bien inutile : nous avons ime police pour chaque besoin.ASSURANCE-VIE ET RENTES VIAGERES CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE 41 ouest, Saint-Jacques\u2014Montréal\u2014HA 3291 U P U I s Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Montréal Magasin à rayons : 865 est, rne Ste-Catherlne, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windso.VIII V A C T I O N NATIONALE VOL.XXXIV, No 2 MONTREAL OCTOBRE 1949 La route désenchantée En France, la route a inspiré de fort jolies chansons.Parmi les plus récentes, il y a l\u2019air bien connu de Charles Trenet: La route enchantée.Dans notre province, au contraire, on perd l\u2019inspiration sur le grand chemin au lieu de l\u2019y trouver.Nos routes sont désenchantées.Elles sont désenchantées par les annonces anglaises qui les bordent et qui montrent nos gens autrement qu\u2019ils sont.Elles présentent un terrible tableau.L\u2019enchantement des plus charmants paysages et des plus coquets villages est véritablement rompu par la manie stupide qu\u2019ont les commerçants, les restaurateurs et les aubergistes de multiplier les affiches yankees.La réalité en montre plus que l\u2019imagination n\u2019en pourrait inventer.On est déconcerté devant cet étalage monotone d\u2019invitations à un seul client: le touriste américain qui ne sait pas un mot de français.Par la sottise des vendeurs de \u201chot dogs\u201d, notre peuple tout entier semble avoir honte de son origine, de sa langue, de son être même.L\u2019étranger cherche 82 l\u2019action nationale la Nouvelle-France et ne la trouve pas.Il vient voir cette race qui a refusé de mourir et il constate que ses descendants se suicident.Il cherche la fidélité à un passé et à une tradition et il a affaire à des gens qui s\u2019efforcent de les effacer.Il est stupéfié devant cette négation de soi-même et il doit se donner bien du mal pour respecter ceux qui ne se respectent pas.Un visiteur de France s\u2019est attardé parmi nous vers la fin de l\u2019été.Il est allé d\u2019une région à une autre.Il a passé des veillées dans nos familles.Il a voulu rencontrer nos gens chez eux.Il s\u2019est montré simple, affable, compréhensif.Il est reparti convaincu de la vitalité de la famille française d\u2019Amérique.Mais en y mettant toute la délicatesse possible, il a remarqué que notre peuple était resté beaucoup plus français qu\u2019il ne le manifestait par les signes extérieurs.Il a avoué, d\u2019ailleurs, que les observateurs superficiels de son pays croyaient peu parfois à la survivance canadienne-française précisément parce que la façade des villes québécoises s\u2019assimilait par la langue à celle des villes du reste du Canada et des Etats-Unis.Us disent: \u201cOh! le Canada français.S\u2019il a existé, il est en train de disparaître!\u201d Ce jugement peu flatteur et mal fondé, nous le devons à ceux qui pensent qu\u2019il est impossible de louer une chambre et de vendre un sanwich sans parler comme Washington.Les touristes qui parcourent Québec sont pour le plus grand nombre des Américains et des Anglo-Canadiens.Certes, notre province, avec ses rivières, ses collines, ses forêts, ses plaines arables, ses habitations particulières, offre une grande variété de scènes attrayantes.Mais les visiteurs de langue anglaise viennent aussi et surtout pour prendre contact avec un LA ROUTE DÉSENCHANTÉE 83 peuple qui parle une langue différente.Ils rangent parmi les agréments du voyage les petites difficultés qu\u2019ils éprouveront à se faire comprendre.Parfois, ils se sont donné la peine d\u2019apprendre quelques mots de français et ils seront déçus de ne pouvoir s\u2019en servir.Quelques-uns, d\u2019ailleurs, viennent chez nous expressément pour apprendre notre langue.On leur répond en anglais dès qu\u2019ils hasardent, avec un accent qui les trahit, quelques phrases françaises.C\u2019est à un point tel que certains doivent solliciter comme une faveur qu\u2019on leii'r réponde dans la langue officielle oubliée.Voilà quelques années, à Trois-Pistolcs, où il se donne des cours d\u2019été, un brave Américain s\u2019est vu dans l\u2019obligation d\u2019inscrire sur un carton accroché à son automobile: \u201cS.V.P., parlez-moi français\"! Quelque Mécène d\u2019outre-frontière voudra peut-être, au nom de ses compatriotes, faire poser la même réclame sur nos grandes routes.Depuis le temps où les granges peinturées en blanc, rouge et noir recommandaient \u201cSmoke Sweet Caporal Cigarettes\u201d, la situation ne s\u2019est guère améliorée.Ou plutôt oui, il y a eu progrès d\u2019un côté et recul d\u2019un autre.Car aujourd\u2019hui les grandes compagnies qui affichent en notre province admettent beaucoup plus facilement qu\u2019alitrefois l\u2019opportunité de se servir de la langue de la majorité; leur condescendance va plus loin encore; elles ont un sens assez aiguisé des affaires pour comprendre que la langue française, loin de rebuter les touristes d\u2019outre-frontière, est plutôt une auxiliaire.Et parmi les personnages qui nous conseillent de garder au Québec son visage français, il ne manque ni d\u2019universitaires ni d\u2019industriels de langue anglaise.Ils comprennent l\u2019appoint que 84 l\u2019action nationale représente pour le Canada une vaste région où l\u2019étranger se détend un peu de ses habitudes et éprouve la sensation réelle d\u2019avoir quitté son pays.Or tandis que le fait français est mieux admis au Canada qu\u2019il ne l\u2019a jamais été par nos partenaires depuis la conquête, ce sont des Canadiens français authentiques qui s\u2019évertuent à angliciser la route.Comme le commerce prospère quand l\u2019affiche anglaise crie sa présence! Et alors M.X.épuise le dictionnaire Russell pour vanter ses cabines.Et le restaurateur, oubliant la célébrité de la cuisine fran-fçaise annonce ses repas comme sur un menu de New York.Et le petit artisan de penser qu\u2019il ne vendra pas ses tapis et ses catalognes sans la magie de la traduction.Les routes les plus fréquentées sont bordées à en donner la nausée de ces affiches insipides et indéfiniment répétées.Comment expliquer cette apparente trahison massive ?Ceux qui attendent le client au coin de la voie d\u2019asphalte songent-ils vraiment à renier leurs compatriotes ?Pas le moins du monde.On s\u2019exposerait à des arguments frappants si on allait leur dire brutalement qu\u2019ils ne sont pas de bons Canadiens français.Ce que l\u2019observateur considère comme une anomalie regrettable leur paraît tout naturel.Ils sont surpris qu\u2019on les invite à refranciser.Ils se sont crus habiles en dressant leurs lamentables annonces anglaises.Ils ont fait comme ceux qui les entourent et beaucoup d\u2019entre eux n\u2019ont d\u2019autre originalité que celle de l\u2019imitation.Eux, ils sont bilingues; mais pas le touriste américain.L\u2019hospitalité accourt avec politesse au-devant du visiteur.Elle se courbe devant lui et lui rend le pays qu\u2019il a quitté.Le garagiste, l\u2019hôtelier, LA liOÜTE DÉSENCHANTÉE 85 le restaurateur de chez nous n\u2019ont pas suivi de cours de psychologie; ils pensent attirer le touriste par le déjà vu, par tout ce qui le blase chez lui et le porte à chercher ailleurs renouvellement, repos et distraction.Le secret de leur réussite serait de montrer au visiteur un coin bien préservé de vie française.Malheureusement c\u2019est un secret.Il faut donc reconnaître que l\u2019ignorance est la plus responsable.Elle a pour alliée une ambition myope dont le talisman est l\u2019anglais.Il reste néanmoins que, par incompréhension et par amour du gain, la route est anglicisée; que ce sont nos compatriotes qui sont les auteurs de cette défaite; que notre langue est réduite à trouver refuge dans les familles.Et pourtant, \u201csi nous voulons du français au Canada, c\u2019est à nous d\u2019en mettre\u201d! Evidemment une réaction s\u2019impose.C\u2019est, en premier lieu, une question de fierté nationale; mais c\u2019est aussi une question d\u2019affaires.L\u2019un des directeurs de La Ligue d\u2019Action Nationale, l\u2019abbé Albert Tessier, l\u2019a fort bien démontré dans une causerie présentée à Hull en septembre pendant le congrès de la Fédération provinciale des Chambres de Commerce.Le Devoir, résumant son texte, lui prête la déclaration suivante: \u201cSi la province de Québec se décidait à jouer tous ses atouts \u2014 et particulièrement à présenter un visage français aux étrangers \u2014 elle aurait au moins le tiers des 300 millions qu\u2019a rapportés le tourisme au Canada l\u2019année dernière\u201d.Et le même journal d\u2019ajouter: \u201cM.l\u2019abbé Tessier revient sur cette idée que le visage français de la province de Québec est sa seule exclusivité.Le reste a son importance, mais, là, nous rencontrons la concurrence\u201d.Devant le même auditoire, M.Léo Dolan, directeur de l\u2019Office Nationa 1 86 l\u2019action nationale du Tourisme, a abondé dans le même sens.En se basant sur ces témoignages, on peut donc dire que notre langue même est notre principale ressource touristique et que, malheureusement par suite d\u2019un préjugé désastreux, c\u2019est la plus négligée.On peut ouvrir une digression pour les négociants de la route dont la bonne volonté est entière, mais dont les moyens d\u2019expression sont limités.A côté des anglicisants, il y a ceux qui croient au renom et à la vertu de la cuisine française, mais le disent en charabia.Il faudrait que l\u2019Académie canadienne-française et la Société du Bon Parler français leur viennent en aide.Ainsi disparaîtraient des réclames dans le genre de celle-ci: \u201cNos steaks sont si tendres qu\u2019on se demande comment la vache fait pour tenir ensemble!\u201d L\u2019humour mal traduit a perdu sa finesse en voulant se montrer spirituel.Ce français, hélas! n\u2019est ni à étaler ni à enseigner.Il ne civilisera personne.Il révèle, cependant, des intentions excellentes et qui ne sont pas sans émouvoir.Mais il s\u2019agit, en premier lieu, de réagir contre le mal le plus grave, donc de refranciser la route québécoise et de lui rendre son enchantement perdu.Comment atteindre les milliers d\u2019anglicisateurs qui s\u2019ignorent?Comment les convaincre que leur meilleur intérêt veut que leurs annonces soient françaises ou, au pis-aller, bilingues?Comment dissoudre le préjugé mesquin?On sera tenté de répondre: par l\u2019éducation.C\u2019est la solution de liberté qui se présente avec ses résultats relatifs et inévitablement lointains.Il faut évidemment que les plus humbles chez nous sachent qu\u2019ils se déprécient devant l\u2019étranger en renonçant à se montrer tels qu\u2019ils sont.Il faut qu\u2019ils LA ROUTE DÉSENCHANTÉE 87 comprennent que leur conduite cause préjudice à tout le peuple canadien-français: on n\u2019a pas le droit de faire rougir les siens.On n\u2019a pas le droit de poser des actes qui, multipliés indéfiniment, aboutissent à une trahison collective.Le premier devoir patriotique, c\u2019est d\u2019être soi-même.Education certainement! Si on veut brûler les étapes, il faudra s\u2019aviser d\u2019autres moyens.Les groupements constitués \u2014 chambres de commerce, syndicats de l\u2019U.C.C., sociétés St-Jean-Baptiste \u2014 doivent inviter les \u201canglicisants\u201d à s\u2019amender.(La Chambre des jeunes vient au reste de le faire admirablement).Les conseils municipaux pourraient fort bien s\u2019aviser que leur rôle ne se borne pas à voter quelques résolutions et à approuver une demi-douzaine de rapports dans l\u2019année.Ils peuvent en usant de leur influence épurer les routes qui jalonnent leur municipalité.Le Ministère de la Voirie ou du Commerce pourrait lancer un concours ouvert aux maisons d\u2019accueil qui bordent les routes en se basant sur leurs services réels du point de vue touristique.Mille moyens s\u2019offrent pour donner à la province et à ses routes une allure plus française.Ce n\u2019est peut-être pas l\u2019un des plus grands problèmes de l\u2019heure, mais ce n\u2019est pas non plus le moindre.Nous cherchons présentement à nous produire devant l\u2019univers.Nous recevons des hôtes éminents: il faut que notre maison soit \u201cmontrable\u201d.Notre première obligation, c\u2019est bien d\u2019être nous-mêmes et de nous afficher comme tels.\u201cParaître ou disparaître\u201d, écrivait Maurice Barrés.Dominique Beaudin Explorations Chrétiens, où sont vos prophètes?L\u2019historien Toynbee a démontré que les civilisations meurent lorsqu\u2019elles succombent à un défi qui, à un moment donné, leur a barré la route, comme le Sphinx sur le chemin de Thèbes.Et elles succombent parce qu\u2019elles n\u2019ont pas le degré d\u2019esprit d\u2019invention requis par l\u2019obstacle.\u201cRéponds ou tu seras dévoré\u201d.Voilà le dilemme devant lequel se trouve à son tour placée la civilisation occidentale.Son incapacité, si elle persiste, de résoudre les quelques problèmes essentiels posés aux étages de l\u2019économique et du social, pour ne mentionner que ceux-là, lui vaudra d\u2019etre un beau jour anéantie comme les autres civilisations disparues.C\u2019est pourquoi, dans une époque de transition comme la nôtre et pour sauver ce qui mérite de l\u2019être, les imaginations prophétiques sont d\u2019autant plus nécessaires que la masse des hommes est normalement conservatrice et tueuse de ces \u201cutopies\u201d qui seront pourtant les réalités de demain, comme les grandes réalisations contemporaines sont les utopies des siècles derniers.Si le passé doit être notre maître, c\u2019est bien dans ce domaine-là ou c\u2019est nulle part. CHRÉTIENS OÙ SONT VOS PROPHÈTES 89 Parce que les prophètes ne font pas toujours bon ménage avec les vulgarisateurs et tous ces docteurs en quete du sexe des anges, faudra-t-il éternellement confiner les recherches économico-sociales aux limites étroites de zones parcimonieusement jalonnées par les conservateurs ?Ce serait le plus sûr moyen de ne jamais nous rendre à Thèbes.Notre style de vie possède-t-il oui ou non des éléments dignes d\u2019être sauvés ?Si les terres chrétiennes comme le Canada et le Québec se désintéressent en -pratique de la question et négligent de travailler concrètement à résoudre le problème qu\u2019elle pose, il faut donc admettre que le salut temporel de l\u2019humanité repose désormais entre les mains des \u201cfils des ténèbres\u201d.Les chrétiens idéalistes, désincarnés et abstentionnistes sont-ils prêts à accepter ces conséquences logiques de leur attitude ?Et les solutions, les chrétiens ne les auront, pour autant qu\u2019on puisse les posséder sur cette terre, qu\u2019après avoir accepté de distinguer, dans nos régimes économiques, sociaux et politiques, les structures réellement essentielles à l\u2019épanouissement de la personne humaine et chrétienne, des autres qui ne lui sont qu\u2019accessoires.Qu\u2019attendent les masses chrétiennes pour briser le monopole de l\u2019audace et de l\u2019imagination aux mains des matérialistes de toutes nuances?Chrétiens, où sont vos prophètes ?\u2022 Ces questions pressantes s\u2019adressent aux masses chrétiennes qui ne bougent pas et qui empêchent que l\u2019on bouge.Mais elles peuvent aussi concerner, dans 90 l\u2019action nationale une certaine mesure, les chrétiens qui avancent, les chrétiens en marche vers un monde nouveau.Car, dans ces phalanges qui se déplacent vers l\u2019avant, il y a des groupes qui ne vont pas très vite et le temps presse.Plus que cela.Des groupes qui tirent les balles traceuses de leurs excommunications dans les jambes des soldats de premiers rangs parce que, selon eux, il s\u2019agit de mauvais chrétiens trop pressés.Pour ceux de l\u2019arrière, ceux de l\u2019avant deviennent souvent des \u201crousseauistes\u201d.Si, fatigués de se faire harceler, ceux de l\u2019avant retournent à un moment donné leurs feux vers ceux de l\u2019arrière en les qualifiant de \u201cjansénistes\u201d, est-on plus avancé ?Il est normal que les chrétiens se divisent lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019appliquer les encycliques sociales mais serait-ce trop demander aux différentes écoles de garder la discussion sur le terrain de l\u2019honnêteté et à l\u2019abri, autant que possible, des préjugés et du primarisme?Serait-ce trop leur demander de lutter pour que leurs débats s\u2019éloignent de la tentation de tourner en monologues ou en dialogues de sourds ?C\u2019est dans cet esprit que je voudrais soumettre aux chrétiens sociaux qui me lisent, sur la propriété, quelques réflexions complémentaires de celles que je livrais dans Y Action Nationale de décembre 19481.Les chrétiens sociaux, même ceux du Canada français, s\u2019aperçoivent heureusement maintenant ou sont bien prêts de s\u2019apercevoir que la propriété privée ne doit pas être confondue avec le capitalisme.Quel capitalisme ?Certes pas celui qui aurait pu s\u2019établir ou qui existe peut-être actuellement sur 1.L\u2019Eglise et la propriété. CHRÉTIENS OÙ SONT VOS PROPHÈTES 91 quelque planète d\u2019une galaxie lointaine mais le capitalisme bien connu des Nord-Américains que nous sommes et qui domine présentement toute une partie du globe.Il s\u2019agit de ce système matérialiste qu\u2019anime le mobile primordial du profit et qui se concrétise par une entreprise anonyme où le capital, maître du travail, le domine et l\u2019exploite.On a souvent cité les encycliques papales, surtout Quadregesimo Anno.Il y a pourtant certains passages qui n\u2019ont à peu près jamais été commentés par nos spécialistes.Tel celui-ci, par exemple: \u201cCe pouvoir économique discrétionnaire est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l\u2019argent, (mais qui est-ce donc ?) gouvernent le crédit et le dispensent selon leurs bons plaisirs.Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l\u2019organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains si bien que sans leur consentement nid ne peut plus respirer\u201d.A quand une semaine sociale centrée sur ce paragraphe ainsi que sur celui qui le précède et sur les deux autres qui le suivent ?Mais qu\u2019on me laisse citer plutôt cet autre passage de Quadragesimo Anno qui se rapporte plus précisément à la question de la propriété: \u201cBien plus, Léon XIII enseignait très sagement que \u201cDieu a voulu abandonner la délimitation des propriétés à Vindustrie humaine et aux institutions des peuples.\u201d Pas plus en effet qu\u2019aucune autre institution de la vie sociale, le régime de la propriété n\u2019est absolument immuable et l\u2019histoire en témoigne ainsi que Nous l\u2019avons Nous-Même observé en une autre circonstance: \u201cCombien de formes diverses la propriété a revêtues depuis la forme primitive que lui ont donnée les peu- 92 l\u2019action nationale pies sauvages et qui de nos jours encore s\u2019observe en certaines régions, en passant par celles qui ont prévalu à l\u2019époque patriarcale, par celles qu\u2019ont connues les divers régimes tyranniques, par les formes féodales, monarchiques, pour en venir enfin aux réalisations variées de l\u2019époque moderne.\u201d Comme on peut le voir, le Pape admet que le régime de la propriété a changé, change et changera encore.Les chrétiens \u201crévolutionnaires\u201d qui soutiennent aujourd\u2019hui que toute cette partie de notre régime de propriété qui n\u2019est pas directement liée à la bonne santé de la personne, doit changer et qu\u2019elle changera parce qu\u2019elle n\u2019est pas éternelle, sont loin d\u2019innover et ne sont pas seuls de leur avis.Sait-on qu\u2019à la fin du 13e siècle, des groupes de laïcs s\u2019étaient constitués dans le diocèse d\u2019Utrecht sur la base de la communauté des biens et du travail commun de leurs membres ?Le dominicain saxon Mathieu Grabeen déclara alors illégitime cet abandon du droit de propriété par des gens qui n\u2019étaient pas des moines.Savez-vous ce qu\u2019il advint de cette déclaration ?Elle fut tout simplement condamnée par l\u2019Église.On dira que c\u2019était des groupements de volontaires.Entendu.Mais ces groupements avaient le droit de prêcher la supériorité de leur système et d\u2019essayer de multiplier leurs partisans.Si, à un moment donné, la majorité d\u2019un pays avait choisi ce genre de vie, l\u2019Église ne pouvait refuser à cette majorité ce qu\u2019elle accordait à une minorité.Si, aujourd\u2019hui, la majorité d\u2019un pays moderne spiritualiste acceptait, par exemple, la socialisation étatique ou non des moyens de production, croyez-vous que ce pays, dans ces structures économiques, ne pourrait pas réfléter l\u2019opinion CHRÉTIENS OÙ SONT VOS PROPHÈTES 93 courante?Et cela soulèverait-il l\u2019opposition de l\u2019Eglise ?Quoi qu\u2019il en soit, cet incident du 13c siècle ajouté aux opinions de certains Pères de l\u2019Église et de Saint Thomas ne donne-t-il pas à penser que si l\u2019Église a une préférence, c\u2019est à la propriété commune qu\u2019elle l\u2019accorde ?Une chose, en tout cas, est certaine.Si, par exemple, une grande découverte comme celle de l\u2019utilisation industrielle de l\u2019énergie nucléaire, bouleversant de fond en comble notre conception et notre philosophie du travail de même que nos conditions d\u2019existence, venait à imposer la socialisation étatique ou non des moyens de production polir une meilleure distribution des biens et une meilleure répartition du travail manuel qui resterait à faire, l\u2019Église l\u2019accepterait sans hésiter car elle considère le régime de la propriété comme un moyen en face de l\u2019objectif: la juste répartition des biens et des tâches entre les hommes.D\u2019ailleurs il n\u2019est pas sûr que le monde n\u2019ait jamais à choisir qu\u2019entre la socialisation étatique généralisée et la propriété privée capitaliste des moyens de production.Les formules coopératives, communautaires et corporatives (telles que prônées par Chanson, Vogelsang et Maritain) nous ouvrent déjà une voie qui nous évite la raideur étatiste et l\u2019anarchie exploiteuse capitaliste.\u2022 Quoi qu\u2019il en soit, à cette étape de la civilisation, quelle est la mission du chrétien social?S\u2019il doit toujours se montrer de la plus grande intransigeance 94 l\u2019action nationale en ce qui concerne le droit de propriété des biens de consommation (maisons, jardins, outils de l\u2019artisan, etc), l\u2019heure est venue pour lui de se montrer plus souple vis-à-vis celui des moyens de production.Il doit être prêt à accepter un secteur étatisé pour les services publics et un certain nombre d\u2019industries-clés qu\u2019il incombe, selon les considérations techniques, les circonstances de temps et de lieu et les conseils de Quadregesimo Anno, aux gouvernements des différents pays de déterminer.Est-ce à dire qu\u2019il accepte le principe de l\u2019État unique producteur au pays ?Jamais, à moins qu\u2019il soit prouvé, ce qui n\u2019est pas encore fait, que c\u2019est là le seul moyen de résorber le chancre du prolétariat et d\u2019organiser une saine distribution des biens et des tâches.En attendant, arrachant graduellement les grands moyens de production des mains capitalistes, le chrétien social devrait viser à les intégrer, autant que possible, dans un système de \u201csocialisme non étatique\u201d (coopératives et autres entreprises communautaires) du genre de celui auquel faisait récemment allusion le Père Chaillet lors de son dernier passage à Montréal.Jean-Paul Robillard La santé et la vie mêmes Deux articles retentissants de M.Burton LeDoux dans Relations et le Devoir, puis une longue grève qui a profondément ému le pays, celle des mineurs de l\u2019amiante, ont tourné les yeux du public vers un problème nouveau pour lui: celui de l\u2019hygiène industrielle.Nouveau, il ne l\u2019est que pour le grand public.Car il existe depuis le développement de l\u2019industrie.L\u2019antiquité et le moyen-âge ont connu des maladies industrielles; mais sur une faible échelle.Leurs ravages datent surtout du machinisme.Le libéralisme les a contemplés avec la sérénité qui lui fut propre.C\u2019étaient des forces de la nature devant lesquelles il fallait, n\u2019est-ce-pas, s\u2019incliner: dommage que des malheureux dussent y laisser leur peau.Mais intervenir dans le mécanisme sacro-saint de l\u2019économie naturelle, quelle lamentable erreur!.Quand on prétendit interdir le travail de nuit aux enfants de huit ans, quelles clameurs ne jetèrent pas au ciel de très charitables hommes d\u2019affaire et de très libéraux économistes (parfois catholiques pardessus le marché) ! C\u2019était, disaient-ils, ébranler l\u2019ordre social.Nous avons des conceptions plus humaines.Mais la pratique ne répond pas toujours à nos idées.C\u2019est 96 l\u2019action nationale ainsi que l\u2019affaire de Saint-Rémi d\u2019Amherst, puis celle de l\u2019amiante, ont éclaté comme deux scandales, et qu\u2019elles n\u2019ont pas cessé de soulever l\u2019indignation.Il ne faudrait pas, cependant, en rester à ce point de vue sentimental, mais plutôt explorer un vaste domaine où déjà le législateur, le médecin et le syndicat sont intervenus.Nous aurions aimé présenter une série d\u2019études qui eussent formé un ensemble complet.Faute de travaux poussés sur la question, dans le Québec, nos collaborateurs devront sérier les questions.A des intervalles irréguliers, nous publierons donc le résultat de leurs recherches.Cette fois, J.-T.Larochelle étudie brièvement les mesures de protection que plusieurs pays étrangers ont adoptées \u2014 les unes hardies, les autres plus timides, et celles qui existent au Canada en dehors du Québec.Dans un prochain numéro, Me Jacques Perrault analysera la législation industrielle en notre province.Plus tard, nous tirerons, du double épisode de Saint-Remiet de l\u2019amiante, les conclusions qui paraissent acquises.Ainsi, peu à peu, le lecteur aura-t-il une notion plus concrète de ce qui s\u2019accomplit chez nous et de ce qui devrait y être réalisé.Rappelons que l\u2019hygiène ne met pas en cause des niveaux de vies.Elle parle de la santé et de la vie même.Elle a donc, pour le monde canadien-français désormais industrialisé, une importance première.André Laurendeau L\u2019hygiène industrielle et son évolution Le Canada est probablement de tous les grands pays industriels celui dont l\u2019industrialisation est la moins ancienne et la plus prometteuse.On s\u2019est émerveillé un peu partout de cette croissance rapide d\u2019industries payantes, et les propagandes de toute inspiration n\u2019ont cessé, depuis des années, de redire à chaque Canadien comme il devrait être fier de vivre entouré d\u2019usines prospères et de fouler un sol dont les entrailles renferment d\u2019inestimables richesses minérales.Ce qu\u2019on ne lui a pas dit souvent, c\u2019est que, malgré tous les avantages économiques ou matériels qu\u2019elle peut comporter, l\u2019industrialisation est la source de certains maux qu\u2019il importe de prévoir si on veut les prévenir, et parmi ceux-ci, les maladies professionnelles.Or, comme les victimes de ces maladies sont très souvent les employés d\u2019entreprises internationales qui ont déjà l\u2019expérience des dangers auxquels leurs ouvriers sont exposés, il nous a paru doublement profitable de recenser brièvement les principales mesures de protection en vigueur à l\u2019étranger et de jeter un regard sur quelques initiatives en cours au Canada, en dehors de la province de Québec.Les précautions que prennent d\u2019autres gouvernements et les solutions satisfaisantes que trouvent des spécialis- 98 l\u2019action nationale tes étrangers, nos ouvriers ne doivent-ils pas en bénéficier aussitôt que possible ?N\u2019est-ce pas leur santé, trop souvent même leur vie, et le bien-être de leur famille qui sont en cause ?Nulle part, il va sans dire, on n\u2019a trouvé du premier coup les solutions les plus heureuses, mais certains pays fortement industrialisés, comme l\u2019Angleterre et l\u2019Allemagne, s\u2019intéressent de façon suivie, depuis plus d\u2019un siècle aux problèmes variés de l\u2019hygiène industrielle.On y a adopté des lois et des règlements précis, institué de remarquables services d\u2019inspection, favorisé des recherches scientifiques sur des sujets particuliers et publié un grand nombre d\u2019études qui font autorité.Aux États-Unis, les premières initiatives dans ce domaine ne remontent qu\u2019à 1910-1912, mais on a fait beaucoup depuis, surtout au cours des quinze dernières années, et on se promet de faire bien davantage.Les années 1949 et 1950 marqueront, selon toute probabilité, une étape importante vers l\u2019adoption et la mise en vigueur d\u2019une législation plus complète.En outre, des spécialistes ont fait l\u2019an dernier une découverte qui permet d\u2019espérer qu\u2019on pourra bientôt soulager efficacement la plupart des victimes de la silicose.EN ANGLETERRE ET EN ALLEMAGNE Législation Les premières lois anglaises visant à la protection de certaines catégories de travailleurs ne portaient que sur le travail des enfants et des femmes dans les filatures (1819 et 1831), mais dès 1833 une autre loi prévoyait la nomination d\u2019inspecteurs.En 1864 et l\u2019hygiène industrielle et son évolution 99 1866, on imposait pour la première fois des règlements à d\u2019autres industries que celle du textile, notamment aux fabriques de poterie et d\u2019allumettes, mais presque chaque année, sur la recommandation des inspecteurs ou à la demande des ouvriers, on adoptait de nouvelles lois, plus précises et plus efficaces.Dès 1867, une loi autorisait l\u2019inspecteur à exiger la suppression des poussières par des procédés mécaniques, et en 1897, une première loi sur les Accidents du Travail était votée.Aujourd\u2019hui, au delà de 70 catégories d\u2019employés sont protégés par des règlements spéciaux, sans compter les clauses d\u2019ordre général qui s\u2019appliquent à toutes les industries.Les progrès de l\u2019industrie ayant été plus lents en Allemagne qu\u2019en Angleterre au début du siècle dernier, les législateurs tardèrent davantage à imposer des règlements d\u2019hygiène, mais la mauvaise santé des jeunes gens dont on voulait faire des soldats inquiéta les autorités dès 1828, et en 1834, c\u2019est un propriétaire d\u2019usine qui réclamait l\u2019adoption d\u2019une loi interdisant le travail des enfants.Ce n\u2019est toutefois qu\u2019en 1839 qu\u2019on émit le premier règlement à ce sujet, mais plusieurs lois spécifiques suivirent en 1842, 1865, 1871.Dès 1873, une loi régissant l\u2019industrie s\u2019appliquait à toute l\u2019Allemagne et comportait une clause générale prévoyant \u201cla réglementation du travail de façon à protéger les ouvriers contre les dangers à leur vie et à leur santé, dans toute la mesure possible, compte tenu de leur emploi particulier\u201d.Cette loi et plusieurs autres donnaient aux inspecteurs, nommés pour la première fois en 1878, le droit d\u2019ordonner des améliorations aux usines.La Loi des Accidents du Travail fut en vigueur en Allema- 100 l\u2019action nationale gn3 treize ans plus tôt qu\u2019en Angleterre, soit en 1884; elle fut modifiée à plusieurs reprises, et à partir de 1925 elle prévoyait même une indemnité pour les accidents subis par l\u2019ouvrier pendant qu\u2019il se rendait à son travail ou en revenait.L\u2019assurance-santé fut introduite en Allemagne par Bismarck, en 1883, et en Angleterre, en 1911, en même temps que l\u2019assu-rance-chômage.Service d\u2019inspection On se rendit tôt compte que toute législation serait inutile si l\u2019on ne surveillait pas de près l\u2019application des règlements dans les usines et dans les mines et que, de plus, les observations des inspecteurs seraient indispensables pour l\u2019amélioration des lois.Comme la principale tâche de l\u2019inspecteur est de persuader l\u2019employeur et les employés de la nécessité et des avantages d\u2019observer les règlements, il doit être compétent et sûr de l\u2019appui de ses supérieurs.En Angleterre et en Allemagne (du moins avant la guerre), on exige que les inspecteurs soient des spécialistes non seulement en hygiène et en législation industrielles mais aussi dans le genre de travail industriel ou technique qu\u2019ils ont mission de surveiller.De sorte que ces inspecteurs deviennent souvent de véritables hommes de science qui dirigent en marge de leur travail d\u2019inspection des travaux de recherches et participent à des enquêtes de caractère scientifique.Ils sont de plus respectés des industriels qui finissent par reconnaître en eux de précieux conseillers.Près de 1,000 inspecteurs des usines et inspecteurs des mines étaient employés en Prusse seulement, en 1940.En Angleterre on comptait 400 inspecteurs d\u2019usines en 1944. l\u2019hygiène INDUSTRIELLE BT SON ÉVOLUTION 101 Comités d\u2019usine Les comités ou sous-comités d\u2019usines chargés de veiller à la sécurité du travail, aux conditions d\u2019hygiène, à l\u2019entretien des salles réservées aux ouvriers, etc., ne sont pas très anciens dans les usines anglaises, mais ils ne se comptent pas moins par milliers aujourd\u2019hui et font de l\u2019excellent travail.Dans les mines, leur droit de désigner deux de leurs représentants pour visiter la mine une fois par mois est reconnu depuis 1872.En Allemagne, leur existence et leur rôle étaient aussi reconnus par la loi jusqu\u2019à l\u2019avènement du national-socialisme.Médecins attachés aux usines La surveillance de certaines usines par des médecins remonte en Angleterre à la première grande guerre, mais elle n\u2019a pas été abandonnée depuis.Au contraire, cette pratique s\u2019est répandue au point qu\u2019en 1939, 250 médecins consacraient une partie de leur temps à ce travail, et 50 tout leur temps.En 1942, ces totaux avaient plus que doublé et atteignaient respectivement 700 et 150.Les médecins d\u2019usine qui relevaient presque tous de l\u2019administration des entreprises jusqu\u2019à l\u2019adoption de l\u2019étatisation de la médecine sont devenus depuis des collaborateurs officiels des inspecteurs.En Allemagne, le régime national-socialiste favorisa la nomination de médecins d\u2019usine mais cette politique ne fut pas satisfaisante, a-t-on affirmé depuis, parce que les médecins relevaient à la fois du parti et des industriels.On recommande aujourd\u2019hui qu\u2019ils relèvent des fonctionnaires de la santé publique. 102 l\u2019action nationale Les unions ouvrières Ce n\u2019est qu\u2019à la fin du 19ème siècle et au commencement du 20ème que les unions ouvrières portèrent leur attention aux problèmes d\u2019hygiène industrielle, mais leurs interventions furent nombreuses et, dans l\u2019ensemble, donnèrent d\u2019heureux résultats.On tarda souvent, en Allemagne, à donner suite aux demandes des ouvriers, mais on finit presque toujours par reconnaître le bien-fondé de leurs plaintes.En Angleterre, les unions participaient dès 1905 à des conférences avec les inspecteurs officiels et elles ont des représentants dans les comités ou commissions d\u2019enquête gouvernementale depuis 1910.Quand le principal inspecteur médical des usines abandonna son poste officiel en 1927, le Trades Union Congress retint ses services à titre de conseiller médical permanent auprès du Conseil général du Congrès.Et chaque année, le T.U.C.a des recommandations précises à faire aux autorités.Les associations d\u2019employeurs Malgré quelques cas isolés d\u2019employeurs qui recommandèrent l\u2019adoption des lois de protection (Schuchard, en Allemagne, et John Buddle, en Angleterre), les employeurs et leurs associations s\u2019appliquaient autrefois à retarder l\u2019adoption des lois et des règlements de prévention, mais peu à peu cette attitude a changé, en Angleterre surtout, et aujourd\u2019hui, les employeurs collaborent d\u2019assez bon gré avec les autorités.Les amendes et le coût des dédommagements versés aux victimes des maladies professionnelles les ont convaincus à la longue qu\u2019il valait l\u2019hygiène industrielle et son évolution 103 mieux prendre toutes les précautions recommandées par les lois et les règlements, puisqu\u2019on en surveillait si bien l\u2019application.ÉTATS-UNIS Législation L\u2019autorité du gouvernement de Washington dans le domaine de la législation industrielle ne s\u2019étend pas directement aux conditions hygiéniques du travail dans les mines ou les usines, sauf dans le cas de ses propres employés ou des \u201couvriers employés dans le commerce entre états\u201d.Comme on le voit, la formule peut, si on l\u2019interprète dans son sens le plus général, comprendre à peu près tous les ouvriers des grandes fabriques et des principales mines des Etats-Unis.Malgré cela, le gouvernement central n\u2019a réglementé les conditions de sécurité et d\u2019hygiène du travail que pendant la guerre, et c\u2019est des divers états que relèvent en pratique l\u2019adoption des lois ou règlements et leur mise en vigueur.Les services ou ministères de la Santé, du Travail et des Mines de Washington ne se désintéressent toutefois pas de ces conditions.Leurs spécialistes poursuivent constamment des enquêtes et ont publié depuis le début du siècle de très importantes études qui ont exercé une grande influence sur les législateurs des états les plus industrialisés.A la suite des représentations des mineurs de houille, le Bureau des Mines de Washington a le droit depuis 1941 de faire des enquêtes ou des inspections dans la plupart des mines de houille en vue d\u2019obtenir des renseignements sur l\u2019hygiène, la sécurité, les causes d\u2019accidents, et les 104 l\u2019action nationale maladies des mineurs.C\u2019est la principale mesure législative du gouvernement central en matière d\u2019hygiène industrielle et elle ne donne pas aux inspecteurs l\u2019autorité d\u2019exiger des employeurs les améliorations nécessaires.Ils peuvent toutefois faire des recommandations, mais un spécialiste du Bureau des Mines a déclaré devant un comité du Sénat que les employeurs n\u2019avaient donné suite qu\u2019à environ le quart de ces recommandations jusqu\u2019à la conclusion en 1946 d\u2019une entente entre les exploitants des houillères et les unions (United Mine Workers of America), entente qui portait sur la nécessité d\u2019un code de sécurité, sur l\u2019établissement de comités de sécurité dans les mines et sur la régularité d\u2019inspections ou enquêtes dirigées par des inspecteurs fédéraux.A la suite d\u2019un désastre survenu dans une mine de l\u2019Illinois en mars 1947, les unions firent une grève de huit jours pour permettre de nouvelles inspections et exiger certaines améliorations.Une nouvelle entente fut conclue le 7 juillet 1947: le code de sécurité était inclus dans le contrat de travail, et une clause de l\u2019entente exigeait que les employeurs suivent \u201cpromptement\u201d les recommandations des inspecteurs.On remarquera que de telles ententes n\u2019ont pas force de loi et que seule la puissance des unions peut en imposer le respect.Un spécialiste qui a une grande expérience des méthodes européennes, le docteur Ludwig Teleky, se demande pour sa part \u201csi de telles ententes peuvent être mises en vigueur dans des périodes pendant lesquelles la puissance des unions est affaiblie, comme dans une crise économique ou Vintervalle entre deux ententes\u201d (History of Factory and Mine Hygiene, New York, 1948, p.84). l\u2019hygiène industrielle et son évolution 105 Tôt ou tard, il faudra qu\u2019une autorité gouvernementale s\u2019impose et prenne la responsabilité do faire respecter des règlements précis.Jusqu\u2019ici, les unions ont montré beaucoup de défiance à l\u2019endroit des gouvernements de la plupart des États et ne comptent guère d\u2019une façon générale sur les interventions gouvernementales; elles n\u2019y voient la plupart du temps que \u201cpolitique\u201d et préfèrent pour l\u2019heure compter sur leurs propres forces.Les nombreux travaux des organismes fédéraux notamment ceux de la Division de l\u2019Hygiène industrielle du Service de la Santé publique, du National Bureau 0/ Standards, du ministère du Travail, n\u2019en ont pas moins rendu déjà de grands services à tous, ouvriers et employeurs, et on peut prévoir que leurs initiatives exerceront une plus grande influence encore dans l\u2019avenir.Ce sont en effet des spécialistes du Service de la Santé publique qui ont lancé l\u2019idée d\u2019un code uniforme d\u2019hygiène industrielle en 1946 et qui se sont assuré pour le rédiger le concours d\u2019autres hommes de science, dont quelques-uns sont à l\u2019emploi des états les plus avancés dans ce domaine.Ce code, recommandé par VAmerican Conference of Governmental Industrial Hygienists, n\u2019est pas très rigoureux et ne semble pas définitif, mais il n\u2019en contient pas moins les éléments de base d\u2019une saine législation.1 II ne prévoit pas les moyens efficaces qui en assureraient la mise en vigueur, laissant en somme aux autorités des États le soin de décider dans quelle mesure elles en souhaitent l\u2019application.Comme une vingtaine des quarante-huit états des 1.On peut l\u2019obtenir du ministère de la Santé et du Bien-Etre social (Ottawa). 106 l\u2019action nationalk États-Unis n\u2019ont encore qu\u2019un embryon de service d\u2019hygiène industrielle et n\u2019ont édicté que des bribes de législation, l\u2019occasion leur est offerte de s\u2019engager tout de suite dans la bonne voie.Grâce aux subsides du gouvernement fédéral, plusieurs États se sont déjà mis au travail, et les nominations récentes d\u2019ingénieurs, de chimistes, de médecins et de gardes-malades spécialisés dépassaient déjà 300 durant l\u2019été 1948.Les lois et règlements en vigueur dans les divers États de l\u2019Union américaine varient considérablement de l\u2019un à l\u2019autre.Les États de New-York, du Massachussets et de l\u2019Illinois sont ceux qui ont accompli le plus de travail jusqu\u2019ici.Le Rhode-Island a fait depuis quelques années de grands efforts dans le domaine de la prévention des accidents, et les autres États de la Nouvelle-Angleterre songent à perfectionner leurs lois et règlements, mais règle générale, les lois sont incomplètes ou rédigées en termes trop généraux, et les règlements sont loin d\u2019être suffisants.Services d\u2019inspection Le principe de la nécessité des services d\u2019inspection est reconnu depuis longtemps dans plusieurs États: New-Jersey et Wisconsin (1883); Ohio (1884); New-York (1886); Connecticut et Maine (1887) ; Pennsylvanie (1889); Illinois et Michigan (1893).En 1920, tous les états et territoires avaient des inspecteurs d\u2019usines, mais comme on n\u2019a jamais exigé des candidats à ces postes une compétence comparable à celle des inspecteurs anglais ou allemands, leur autorité et leur influence sont beaucoup moindres, sauf dans certaines industries où les unions et les employeurs se sont montrés plus exigeants que l\u2019État. l\u2019hygiène industrielle et son évolution 107 Souvent, les inspecteurs d\u2019usines ne sont même pas des employés civils permanents mais seulement des protégés politiques.Ce point particulier parait la principale faiblesse du système américain de surveillance des conditions de travail.Il explique d\u2019ailleurs la vigilance constante des unions qui doivent remédier à ce vice fondamental de l\u2019administration.Les inspecteurs des mines doivent subir un examen, mais un trop grand nombre sont nommés pour des considérations d\u2019ordre politique; dans certains États, ils sont même élus.Rien d\u2019étonnant donc que les unions n\u2019aient quelque confiance qu\u2019aux inspecteurs-ingénieurs du Bureau des Mines de Washington.Comité d\u2019usine et médecins Les comités d\u2019usine sont moins répandus aux États-Unis qu\u2019en Angleterre et, même quand ils existent, le nombre de ceux qui se réunissent régulièrement et font du travail efficace est relativement restreint.Les unions recourent plutôt aux services d\u2019ingénieurs et autres spécialistes pour préparer leurs demandes ou recommandations.Dans les mines, ces comités sont plus fréquents et plus soucieux de leurs fonctions.C\u2019est surtout dans les grandes entreprises qu\u2019on trouve des médecins attachés aux usines, mais il n\u2019existe pas encore de statistiques complètes sur ce point particulier.On parle beaucoup de médecine industrielle; on discute même de l\u2019influence des employeurs ou des unions sur les médecins qu\u2019ils emploient, mais la situation réelle est loin d\u2019être claire, d\u2019autant plus que les services médicaux institués dans quelques grandes industries par les employeurs ou les unions ne se préoccupent pas seulement des mala- 108 l\u2019action nationale dies professionnelles mais de l\u2019état général de santé des employés, parfois même de leur famille.Les unions ouvrières Nous avons vu plus haut que les unions des mineurs de houille avaient dû intervenir à plusieurs reprises pour obtenir des garanties de sécurité dans leurs mines, mais elles ont parallèlement tenu à établir un fonds de secours considérable en exigeant à cette fin une royauté de 20 cents la tonne de houille extraite.L\u2019administration de ce fonds relève de l\u2019union et elle est confiée à mademoiselle Josephine Roche, autrefois secrétaire adjointe au ministère du Trésor à Washington.On reconnaît généralement que cette administration surveillée par trois fiduciaires (un représentant des ouvriers, un représentant des exploitants et un représentant du public) est satisfaisante.C\u2019est grâce à des subsides provenant de ce fonds que trois médecins du Jefferson Medical College, les docteurs H.L.Motley, Leonard P.Lang, et Burgess Gordon, ont pu faire plusieurs séries de recherches fructueuses sur la silicose des mineurs de houille et construire un appareil qui permet d\u2019introduire plus d\u2019oxygène dans les poumons des malades et de les débarrasser à l\u2019aide de médicaments des substances nuisibles qui s\u2019y sont déposées.Quelques-unes des recherches et expériences des trois spécialistes ont été décrites dans diverses revues scientifiques.1 1.The Journal of Aviation Medicine, octobre 1948.The American Journal of the Medical Sciences, déc.1948.The American Journal of Medicine, décembre 1948.The American Review of Tuberculosis, mars 1949.The West Virginia Medical Journal, juin 1949. l\u2019hygiène industrielle et son évolution 109 Les résultats déjà obtenus offrent une première lueur d\u2019espoir aux milliers de victimes que la silicose n\u2019a pas encore étouffés pour toujours.Ils seront sans doute utiles aussi dans le traitement d\u2019autres maladies pulmonaires.Plusieurs autres groupes d\u2019ouvriers administrent sous la surveillance des employeurs qui y contribuent d\u2019importants fonds de retraite et de bien-être.Mentionnons parmi les plus célèbres celui des ouvriers du vêtement de la région de New York, (le premier qui ait été établi aux États-Unis: 1913) et celui des ouvriers de l\u2019automobile (C.I.O.) d\u2019institution plus récente, mais très actif.2 Association d\u2019employeurs Une association d\u2019employeurs connue d\u2019abord sous le nom d\u2019Air Hygiene Foundation fut organisée en 1936 à la suite d\u2019une campagne qui avait attiré l\u2019attention du public sur les dangers de la silicose.Les intérêts Mellon et Du Pont paraissent parmi les fondateurs; le Service de la Santé publique et le Bureau des Mines du gouvernement américain prêtèrent aussi leur concours.En 1941, l\u2019association devint l\u2019Industrial Hygiene Foundation, qui compte aujourd\u2019hui au-delà de deux cents membres, (parmi lesquels les plus puissantes compagnies des États-Unis) sans compter les membres spéciaux: services gouvernementaux, institutions universitaires ou associations professionnelles.Signalons en passant que le ministère 2.On lira avec intérêt sur co sujet cinq articles publiés par A.H.Raskin, du 26 mars au 2 avril, dans le New York Times.Aussi deux autres articles signés par le docteur Howard A.Rusk, dans le même journal, les 3 et 10 avril. 110 l\u2019action nationale de la Santé et du Bien-être d\u2019Ottawa, le ministère de la Santé de Québec et la Commission des Accidents du Travail de la Colombie britannique sont au nombre des membres spéciaux, et que dans la liste des compagnies qui sont membres réguliers on retrouve les noms de plusieurs compagnies internationales qui ont des intérêts au Canada, notamment Aluminum Company of America, International Nickel, Johns-Manville Corporation.L\u2019un des huit membres du Comité des lois (Legal Committee) est M.Ivan Sa-bourin, C.R., représentant la Quebec Asbestos Producers Association.Il Industrial Hygiene Foundation a publié beaucoup de travaux depuis sa fondation et suit de près les développements de la médecine industrielle, les nouvelles techniques préventives, les modifications aux lois relatives à l\u2019hygiène industrielle ainsi que la jurisprudence.Un \u201cdigest\u201d mensuel destiné aux membres seulement leur permet de se renseigner facilement sur toutes ces questions, quand ils en ont le souci.CANADA Législation et inspection Ce sont des lois et des règlements provinciaux qui régissent l\u2019hygiène industrielle au Canada, mais comme aux États-Unis le gouvernement central ne se désintéresse pas de la question.Il s\u2019en est préoccupé dans les usines de munitions et autres qui relevaient directement de son autorité durant la guerre.La Division de l\u2019Hygiène industrielle du ministère fédéral de la Santé et du Bien-être collabore avec les provinces, plus ou moins activement, selon les besoins l\u2019hygiène industrielle et son évolution 111 et quelques circonstances particulières, mais les initiatives dans le domaine de la législation et de la surveillance des conditions de travail doivent venir des autorités provinciales.Les lois et règlements que nous avons pu consulter, ceux de l\u2019Ontario surtout, laissent beaucoup de latitude aux inspecteurs et leur accordent assez d\u2019autorité, théoriquement du moins.En somme, l\u2019inspecteur peut exiger beaucoup de choses, s\u2019il est exigeant, mais comment peut-il imposer sa volonté à l\u2019employeur ou aux ouvriers ?En théorie, l\u2019un ou l\u2019autre peut être passible d\u2019une amende peu élevée, mais il y a tellement d\u2019étapes entre la rédaction du rapport de l\u2019inspecteur et la poursuite devant les tribunaux que l\u2019employeur de mauvaise foi peut rester sourd longtemps aux recommandations des inspecteurs, surtout si ceux-ci ne sont pas assez nombreux pour visiter fréquemment l\u2019usine.Le coût des indemnités à verser pour les accidentés ou les victimes des maladies profesionnelles est la principale sanction, mais ce n\u2019est plus de l\u2019hygiène industrielle ! La compétence, le nombre et la valeur personnelle des inspecteurs nous paraissent les principales conditions du progrès de l\u2019hygiène industrielle au Canada, pourvu que les gouvernements responsables appuient énergiquement leurs spécialistes et donnent suite à leurs recommandations.Unions ouvrières et employeurs Comme en Europe et aux États-Unis, les unions ou syndicats ouvriers devront prendre les devants et surveiller de plus près encore que les inspecteurs l\u2019application pratique des lois et des règlements qui 112 l\u2019action nationale sont déjà en vigueur ou que les gouvernements peuvent être prêts à passer sans prendre tous les moyens pratiques de les faire respecter de façon suivie.Déjà, la plupart des chefs d\u2019union sont avertis des principaux dangers que courent les ouvriers des industries dangereuses et plusieurs groupes importants ont fait des recommandations aux employeurs et aux gouvernements.L\u2019attention des uns et des autres est éveillée, mais il faudra sûrement y revenir sans cesse et apporter précisions sur précisions.Alors seulement, les employeurs, même ceux qui sont déjà renseignés sur les dangers de leurs mines ou de leurs usines, se rendront compte qu\u2019ils ne peuvent remettre indéfiniment les améliorations qui s\u2019imposent.Initiatives gouvernementales Les responsabilités particulières du gouvernement d\u2019Ottawa pendant les années de guerre s\u2019étendaient à la santé des travailleurs des nombreuses industries qui, dans toutes les provinces, ont obtenu des contrats des ministères fédéraux.Des mesures élémentaires de sécurité et de prévention furent prises qui eurent pour résultat durable d\u2019éveiller l\u2019intérêt des autorités de plusieurs provinces qui n\u2019avaient pas encore de service d\u2019hygiène industrielle, encore moins de laboratoires.Aujourd\u2019hui, la Commission des accidents du Travail de la Colombie britannique dispose de services de laboratoires établis par les autorités fédérales pendant la guerre, le ministère de la Santé de la Saskatchewan collabore activement avec les spécialistes fédéraux dans plusieurs enquêtes, les autorités de l\u2019Alberta collaborent également avec des l\u2019hygiène industrielle et son évolution 113 enquêteurs fédéraux qui cherchent à déterminer l\u2019étendue des dangers de silicose dans les mines de charbon, le ministère provincial du Manitoba administre depuis 1946 les laboratoires établis antérieurement à Winnipeg par les autorités fédérales et poursuit activement des recherches.Le principal travail de collaboration entre le gouvernement fédéral et celui de l\u2019Ontario depuis quelques années a été la préparation d\u2019un manuel sur les maladies professionnelles qui doit être publié ces semaines-ci sous le titre: A Guide to the Diagnostics of Occupational Diseases, volume susceptible de rendre de grands services aux médecins, aux ingénieurs, aux infirmières et sans doute à tous ceux qu\u2019intéresse le problème des conditions hygiéniques du travail dans l\u2019industrie.Depuis l\u2019an dernier, la Nouvelle-Écosse a une division de l\u2019Hygiène industrielle, établie à la suite de plusieurs enquêtes conduites auprès des ouvriers des fonderies et des mines ou carrières.Avec le concours du ministère fédéral de la Santé, le ministère provincial de la Santé du Nouveau-Brunswick a compilé des renseignements sur les principaux établissements industriels de la province et pris des mesures pour améliorer son service infirmier dans l\u2019industrie.A Ottawa même, le ministère de la Santé publie depuis janvier 1949 une Revue de l\u2019hygiène industrielle qui paraîtra dans les deux langues deux fois par année et il distribue, chaque mois, un Bulletin de l\u2019hygiène industrielle.Plusieurs autres brochures sur des sujets particuliers sont aussi diffusées par ce ministère. 114 l\u2019action nationale Conclusions Peu à peu, toutes les expériences acquises ailleurs et les travaux en cours un peu partout au Canada, y compris les enquêtes conduites par les ministères du Travail et de la Santé du Québec, assureront sans doute à nos ouvriers des industries dangereuses plus de protection qu\u2019ils n\u2019en ont généralement reçu jusqu\u2019ici.Encore faudra-t-il qu\u2019on poursuive la tâche avec assez d\u2019ardeur et de décision si l\u2019on veut rattraper rapidement le temps perdu et faire bénéficier sans délai les ouvriers les plus menacés et ceux qui sont déjà atteints, des dernières découvertes de la science et du génie.Il est entendu que la grande industrie canadienne doit, dans une large mesure, sa croissance rapide à l\u2019affluence de capitaux étrangers (anglais et américains surtout), mais il ne devrait pas être moins entendu que les mesures de protection jugées nécessaires en Angleterre, aux États-Unis et ailleurs 1 doivent être connues, étudiées et, compte tenu des besoins et des circonstances, adoptées au Canada.A la lumière des expériences des plus grands pays industriels et des initiatives déjà prises au Canada, on est forcé de constater que l\u2019hygiène du travail industriel pose une foule de problèmes qui ne se résoudront pas d\u2019eux-mêmes et qui exigent l\u2019attention soutenue des législateurs, si l\u2019on ne veut pas qu\u2019ils 1.La Franco fait aussi beaucoup de recherches depuis quelques années dans le domaino de l\u2019hygiène industrielle et le gouvernement français a adopté depuis la guerre une législation importante, mais nous n\u2019avons malheureusement pas pu nous procurer assez de renseignements pour en parler comme il conviendrait. l\u2019hygiène industrielle et son évolution 115 soient l\u2019occasion de multiples conflits industriels et alimentent la lutte des classes.En outre, comme la législation du travail, celle des exploitations minières ou manufacturières et celle de la Santé relèvent toutes trois des gouvernements provinciaux, il est bien évident que la législation et l\u2019application des règlements d\u2019hygiène sont de la compétence des provinces.Personne d\u2019ailleurs ne songe encore à le contester ouvertement.Mais cette juridiction comporte des obligations auxquelles les provinces ne sauraient échapper sans danger: si elles no s\u2019empressent pas d\u2019apporter à leurs lois les perfectionnements qui s\u2019imposent, si elles ne prennent pas l\u2019initiative des recherches nécessaires et si elles ne se soucient pas d\u2019établir à tout prix des services d\u2019inspection dont la vigilance et la compétence inspirent confiance à la grande majorité des employeurs et des travailleurs, c\u2019est vers le gouvernement central que les syndicats ouvriers se tourneront, et l\u2019infiltration déjà commencée dans certaines provinces se généralisera fatalement, que les provinces ou non.L\u2019expérience des États-Unis et des autres provinces devrait éclairer sur ce point un gouvernement provincial véritablement jaloux de son autonomie.J.-T.Larochelle BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE Ludwig Teleky.History of Factory and Mine Hygiene.New York, 1948.Frank A.Patty.Industrial Hygiene and Toxizology.New York, 1949. 116 l\u2019action nationale William F.Gafafer.Manv/ü of Industrial Hygiene and Medical Service in War Industries, Washington, 1945.J.Rieux et J.Bouillot.Traité des Maladies professionnelles, Paris, 1948.E.Kohn-Abrest.Précis de Toxicologie.Paris, 1947.J.J.O\u2019Neill.Engineering the New Age.New York, 1948.A.D.Brandt.Industrial Health Engineering.New York, 1948.J.M.Dalla Valle.Industrial Environment and its Control.New York, 1948.A.C.Stern.Medicine in Industry.New York, 1946.T.\tLyle Hazlett.Introduction to Industrial Medicine.Chicago, 1948.American Public Health Association.Bibliography on Public Health and Allied Subjects.New York, 1948.Alice Hamilton.Industrial Toxicology.New York, 1935.Alice Hamilton.Exploring the Dangerous Trades.New York, 1943.U.\tS.Bureau of Labor Statistics.Health Benefit Programs establish- ed through Collective Bargaining.Bulletin no 841, 1945.Industrial Hygiene Foundation.Plusieurs bulletins portant sur la médecine et le génie dans l\u2019industrie, ainsi que sur les lois relatives à l\u2019Hygiène industrielle.Pittsburgh.Périodiques Archives des Maladies professionnelles, de médecine du travail et de sécurité sociale, Paris, depuis 1938.La Médecine du Travail, Lyon, depuis 1929.Journal of Industrial Hygiene and Toxicology, Baltimore, depuis 1936; publié de 1919 à 1935 sous le titre: Journal of Industrial Hygiene.Industrial Medicine, Chicago, depuis 1930.Occupational Medicine, Chicago, depuis 1946.American Industrial Hygiene Association Quarterly, Chicago, depuis 1946.British Journal of Industrial Medicine, Londres depuis 1945 Industrial Hygiene Digest, Pittsburgh.Périodique destiné aux membres de l\u2019Industrial Hygiene Foundation.American Public Health Journal, New York.Publie assez souvent des articles traitant de médecine ou d\u2019hygiène industrielle.Canadian Public Health Journal, Toronto.Publie irrégulièrement des articles traitant des mêmes sujets. l\u2019hygiène industrielle et son évolution 117 Monthly Labor Review, publication du ministère du Travail des Etats-Unis.Revue de VHygiène industrielle, publication semestrielle du ministère canadien de la Santé nationale et du Bien-être social, depuis 1949.Bulletin de l\u2019Hygiène industrielle, publication mensuelle du mêma ministère, depuis 1946.Ponson du Terrail revit.Ponson du Terrail écrivait des feuilletons à la brasse, ce qui ne lui laissait pas toujours le temps de penser.On lui attribue do plaisantes cocasseries et notamment celle qui suit: \u201c.la forêt vierge où la main de l\u2019homme n\u2019a jamais mis le pied\".Ce populaire romancier d\u2019un autre siècle a des imitateurs dans le nôtre.Le Bulletin de septembre de la Banque Royale du Canada vient tout près d\u2019égaler le maître.Il décrit l\u2019agitation fébrile de notre temps et énumère les victimes.On lit: \u201c.les téléphonistes dont les mains doivent tenir tête aux conversations\u201d.Ainsi la phrase de Ponson du Terrail est reprise avec originalité.Tout l\u2019article est intitulé: \u201cSoufflons un peu\u201d.Le traducteur s\u2019est arrangé habilement pour qu\u2019on en sente le besoin.D.B. Le secret atomique et Ja paix Ma réaction personnelle, quand M.Truman annonça que la Russie avait découvert le secret atomique, fut: \u201cNous aurons peut-être enfin la chance d\u2019avoir la paix!\u2019\u2019 Je m\u2019imagine tout de suite le scandale qu\u2019une telle affirmation va jeter dans les esprits habituellement partisans d\u2019un impérialisme plus ou moins conscient.Habitués à ne considérer le monde en paix que quand ils ont réussi à le dominer, ils ne peuvent manquer de ressentir un violent choc à l\u2019idée que les succès de l\u2019adversaire puissent paraître plus susceptibles de conduire à la paix que les constructions de leurs petits calculs ou combinaisons.Si ma position doit être considérée comme monstrueuse, au moins aurais-je la satisfaction de la savoir partagée par un Américain qui n\u2019a nullement la réputation d\u2019un excité; j\u2019ai nommé Raymond Moley, le commentateur habituel de Newsweek.L\u2019histoire, nous dit-il, nous enseigne que la paix n\u2019a pu durer quelque temps dans le monde qu\u2019en fonction de l\u2019une ou l\u2019autre des deux situations suivantes: la domination absolue d\u2019un peuple beaucoup plus fort que tous les autres (paix romaine) ou un équilibre de forces tellement bien balancé entre les grandes puissances, que la guerre ne pouvait paraître profitable à personne.Or avec la bombe atomique sans la puissance absolue de son côté, c\u2019est-à-dire en face d\u2019une Russie qui aspire légitimement au rang de grande puissance LE SECRET ATOMIQUE ET LA PAIX 119 et en a les moyens, la tentation était trop grande pour les États-Unis de faire la guerre.On aurait fini par y succomber dès que tous les autres éléments du jeu, en particulier la psychologie des pays d\u2019Europe destinés à assumer le rôle d\u2019Alliés, auraient pu être disposés convenablement à cet effet.C\u2019est en tant qu\u2019il travaillait à réaliser ces conditions psychologiques que le Pacte de l\u2019Atlantique pouvait être justement considéré comme l\u2019un des plus dangereux gestes de guerre qui aient été posés depuis 1945.Mais voilà! Les Russes ont maintenant la bombe atomique.Toute la puissance du réarmement américain et européen n\u2019empêchera pas qu\u2019advenant une guerre, même victorieuse pour les États-Unis, des millions de citoyens américains ne soient probablement pulvérisés.Les États-Unis sont en effet proportionnellement plus vulnérables à l\u2019arme atomique que la Russie, à cause de la grande concentration de leurs villes.Peut-être aurons-nous maintenant la chance, à moins que des criminels ou des inconscients ne prennent la direction du gouvernement et n\u2019endorment la population, que les Américains se mettent à vouloir réellement et efficacement la paix.La mission du Canada à ce sujet n\u2019en devient d\u2019ailleurs que plus pressante et plus précise.Situés à la frontière de la grande civilisation américaine, nous pouvons faire beaucoup pour empêcher que des esprits faux n\u2019assoupissent la population américaine dans une fausse sécurité et ne la conduisent à la guerre sous de fausses représentations.Il est facile de voir déjà, dans la presse américaine, la tendance que prendront ces fausses représentations: convaincre que la puissance de l\u2019arme atomique a été surestimée et, 120 l\u2019action nationale qu\u2019en définitive, les effets n\u2019en sont pas aussi renversants qu\u2019on peut l\u2019imaginer.Cela est peut-être vrai au point de vue militaire, en ce sens que les deux parties ayant la bombe atomique, il semblerait peu probable que son emploi puisse déterminer vraiment et à priori l\u2019issue du conflit.Mais, il est non moins vrai que du point de vue des souffrances engendrées aux populations, les ravages sont épouvantable^.La seule solution reste là où les Papes ont toujours systématiquement soutenu qu\u2019elle était depuis au moins 60 ans: le désarmement général et universel, prélude nécessaire à Vorganisation d'une véritable société organisée des nations.Et en même temps que nos écrivains devraient s\u2019employer à combattre la propagande sédative des bellicistes impénitents d\u2019outre-frontière, notre gouvernement devrait s\u2019attaquer d\u2019une façon toute spéciale à cette propagande du désarmement qui reste le seul espoir de salut du monde pour une paix qui doit être plus que durable.En somme, cinquante ou cent ans de paix ne sont plus assez pour le monde dans l\u2019état actuel de la science.Il ne faut plus de guerre ou l\u2019humanité pourra disparaître de la surface de notre planète ! Il faut à tout prix \u201cgagner la paix.\u201d Quant à la mesquinerie de la diplomatie américaine assise sur le secret atomique depuis la fin de la guerre, c\u2019est M.Winston Churchill, toujours bon quand il s\u2019agit de placer un trait d\u2019esprit, qui a eu le mot de la fin: \u201cPour des raisons qui restent inexpliquées, les Soviets, a-t-il dit en Chambre ont eu le secret atomique avant les Anglais, bien qu\u2019heureusement.après les Américains\u201d.François-Albert Angeks Mort d\u2019un artiste La politique dans le monde fait beaucoup de bruit.Les histrions s\u2019y empoignent avec une violence qui fait croire à leur sincérité.Il semble qu\u2019on y joue parfois le sort de l\u2019humanité.Or, quand on veut connaître vraiment un peuple, le tuf de sa sensibilité, quand on cherche le cœur de son être, on écarte de la main tous ces pantins de la mêlée politique, pour mieux s\u2019enfermer dans l\u2019examen des œuvres artistiques.L\u2019art est un reflet authentique de la vie.Il l\u2019épouse dans ses sinueuses et capricieuses évolutions, il lui restitue sa complexité, ses contradictions, sa richesse, ses nuances.J\u2019ose dire que la musique est le moins abstrait de tous les arts, et qu\u2019à ce titre, elle révèle les secrets les plus intimes de la vie intérieure, et fait connaître le climat énigmatique d\u2019une race, et les fermentations qui s\u2019y préparent.Conséquemment, la mort d\u2019un musicien supérieur est un événement plus important qu\u2019un discours de politicien ou que la formation d\u2019un ministère.Faisons donc une halte réfléchie, à l\u2019occasion du décès de J.-J.Gagnier, chef d\u2019orchestre et compositeur.Essayons brièvement, et en quelques phrases, d\u2019en évaluer le témoignage.\u2022 Il est mort, après une existence entièrement dévouée à la musique.Il n\u2019a jamais en d\u2019autre ambition que de vivre dans le royaume des sons.Nous ne verrons plus sur le plateau sa silhouette massive, où, de ses bras 122 l\u2019action nationale longs et mobiles, il entraînait son orchestre à l\u2019expression la plus exacte du sentiment qui l\u2019animait.Il semblait taillé enforce et ceux qui l\u2019ont vu, ces derniers temps, avec son teint brouillé de cardiaque, et ses yeux à fleur de tête, ne soupçonnent pas la vitalité de ses vingt ans et l\u2019énergie qu\u2019il a dépensée dans la composition et la direction.Mais les morts vont vite.Et quand on en voit descendre un au tombeau, qui avait les promesses d\u2019une longue vitalité, on éprouve la mélancolie de l\u2019aveuglement du sort.Gagnier était surtout un autodidacte.Sa préparation fut surtout un effort personnel.Il aspirait toujours à faire quelque chose qui dépassât la médiocrité.Nul n\u2019a cherché plus que lui a développer toutes les virtualités de son être.Son intuition était très grande et le guidait dans ses efforts.C\u2019est pour cela sans doute, qu\u2019il n\u2019avait aucun conformisme et que sa conception était si libre.Il abordait les auteurs modernes les plus compliqués et les plus audacieux de façon compréhensive.Il se sentait au niveau de cette fantaisie et de cette nouveauté.Lêo-Pol Morin me confiait un jour son étonnement devant cette perspicacité étonnante.Ce diable de Gagnier, disait-il, est doué d\u2019une intuition merveilleuse.Il a des antennes qui lui font discerner le sens des œuvres les plus complexes.Ces rythmes neufs et raffinés, ces sijncopes secrètes et cette couleur éblouissante, il les reproduit aussi fidèlement que le meilleur chef de France.Rodolphe Mathieu manifestait lui aussi la même surprise: et ce n\u2019est pas avec Arnold, ni avec Van Poucke, (ses professeurs) qu\u2019il apprit à comprendre si complètement le sens obscur de cette musique.C\u2019est là un cas de divination majeure.(Il eut aussi comme MORT D\u2019UN ARTISTE 123 pédagogue un certain M.Geai, français émigré au Canada, que la chronique du temps ne mentionne même pas).Les Gagnier sont tous musiciens.Sept frères, du plus vieux au plus jeune.Ce fut dans l\u2019intimité du foyer que se fit la maturation du talent de J.-J.Gagnier.Ce sont là des préparations uniques pour précipiter les vocations d\u2019exception.La famille Gagnier est affectée du virus artistique le plus actif.Dans la jeune génération on rencontre des chanteuses, des danseuses, des dessinateurs.J -J.fait son cours au Mont St-Louis probablement en vue des affaires, puis au collège Ste-Marie où il ne dut pas compléter les classiques, car on l\u2019aperçoit tout jeune, dans l\u2019orchestre de Lavigne au parc Sohmer.Il y tient la clarinette au milieu d\u2019exécutants chevronnés, dont plusieurs étaient de permier ordre.C\u2019est dans ce milieu bohème et humoristique qu\u2019il s\u2019initie à la vie.C\u2019est là du reste, la plus belle époque de son existence, au milieu de ces musiciens de premier plan dont plusieurs étaient des types bizarres et savoureux.Le parc Sohmer était un endroit favori, pour le population montréalaise, et son histoire est liée aux délassements préférés de l\u2019époque.Gagnier y fit ses premières armes et il en conservait un souvenir ému.Il avait recueilli là, une série d\u2019anecdotes vivantes des artistes qu\u2019il coudoyait: des histoires salaces, verveuses et ironiques.Du reste ayant fréquenté beaucoup d\u2019artistes de tous poils, de toute race, de tous pays, et il en gardait un répertoire de choses vécues.Il est surtout connu comme chef d\u2019orchestre (et de fanfare).Mais c\u2019est comme compositeur qu\u2019il fit surtout sa marque.Pourquoi ce singulier silence alentour 124 L ACTION NATIONALE d\u2019œuvres toutes remplies de beautés fraîches et neuves?De lui j\u2019ai entendu deux poèmes symphoniques: c\u2019est, d\u2019emblée, parmi les œuvres les plus audacieuses et les plus significatives du Canada.Et d\u2019abord, il connaît parfaitement les ressources de l\u2019orchestre.Il pensait les sons directement, soit avec les cordes, soit avec les cuivres ou les bois.Sa connaissance des timbres était très étendue et c\u2019est ce qui frappe d\u2019abord dans ses œuvres.Mais il n\u2019y a pas que cela.Il se joue des tonalités les plus disparates et tire parti des modulations, les plus inattendues.Sa mélodie est pleine d\u2019inflexions où dominent les intervalles de chute.Nuancé, il l\u2019est à plein, dans une variété de couleurs dégradées et fondues.\u2014 Très exactement, la nuance est son climat favori.Ce n\u2019est pas dans les grands mouvements de passion qu\u2019il chante son rêve: c\u2019est plutôt dans la peinture de la nature, des eaux dormantes, de la chute des feuilles.Il avait le goût des plaisirs sereins, où la volupté perçait au travers d\u2019un équilibre et d\u2019une paix saine.Non, les forces sauvages n\u2019étaient point son fait: il avait plutôt une tendance à exagérer son vernis de civilisation.Ses sensations sont délicates, dont le raffinement s\u2019identifie aux procédés les plus modernes de composition.Il fut un auditif attentif au frémissement du vent, au chant du ruisseau.Art libre, très libre, affranchi de toute formule, de tout système.Dans la production canadienne, Gagnier est le peseur d\u2019âme, le ciseleur impeccable.J\u2019estime que son nom doit être inscrit au premier plan de nos compositeurs.S\u2019il s\u2019était livré exclusivement à la création, nul doute qu\u2019il serait devenu un maître de réputation internationale. mortJd\u2019un artiste 125 Il écrivait la nuit.Il y gagna d\u2019être un noctambule impénitent.A ce régime, qui ne deviendrait cardiaque ?Il y laissa sa peau.Quelques mois avant la fin, assiégé de suffocations constantes, il disait: Je ne crois pas à la maladie.Les hommes doués d\u2019une grande vitalité, ont de ces illusions, même à l\u2019approche de la mort.Il avait l\u2019esprit vif et curieux.Depuis quelque temps, il s\u2019était mis a écrire en vers.Je crois même qu\u2019il sera bientôt édité un volume de ses poésies.Il avait un culte respectueux de toutes les formes de culture intellectuelle.Il racontait des histoires épicées et plaisantes.Il parlait d\u2019abondance, en imaginatif, sans hésiter, d\u2019une voix sourde qu\u2019il pinçait pour se faire mieux entendre.Chose étrange qu\u2019un esprit aussi agile habitât un corps aussi massif.Pour ceux qui se font des artistes une représentation romantique oû les longs cheveux retombent sur des costumes bizarres, Cagnier était une anomalie.Paderewski et son clair de lune n\u2019étaient point son fait.1 II s\u2019habillait simplement sans aucune coquetterie.Il avait un autre trait de caractère assez exceptionnel, il était tolérant et bienveillant.Que de jeunes lui doivent des encouragements sincères et un appui non équivoque! Il avait le goût de l\u2019échange d\u2019idées et rêvait d\u2019une association où les musiciens se seraient épaulés et soutenus.Le fonctionnarisme a pris le meilleur de son talent.Il a dû y perdre une partie de ses amibtions et de ses rêves.Cependant, tel qu\u2019il est, Gagnier reste une des premières étoiles de notre ciel artistique.Arthur Laueendeau 1.Un correspondant parlementaire de ma connaissance disait un jour devant moi que le succès d\u2019Ernest Lapointe lui venait pour une part de sa taille.Que n\u2019aurait-il dit des artistes ? De la paix au pacifisme?Depuis plusieurs années déjà, /\u2019Action Nationale s\u2019intéresse aux problèmes posés par la guerre moderne.Elle l\u2019a fait depuis qu\u2019elle existe, d\u2019abord au nom de l\u2019intérêt national.Puis, la situation s\u2019est modifiée peu à peu avec les développements de la guerre totalitaire; nous avons mieux pris conscience, avec les années, du caractère horrible et quasi démoniaque des conflits contemporains, de sorte que nous avons réexaminé la question sur un plan largement humain et chrétien.Rappelons pour mémoire quelques pages de François-Albert Angers: \u201cPourquoi nous n\u2019accepterons jamais la conscription\u201d, \u201cEst-ce ainsi qu\u2019on fait la guerre sainte\u201d, etc, où ce point de vue s\u2019exprimait avec une force croissante.L\u2019anticonscriptionnisme des Canadiens français \u2014 réaction saine, mais élémentaire \u2014, prenait une signification plus profonde, devenait une attitude plus réfléchie.Le travail s\u2019est poursuivi ici par notre \u201cManifeste sur la situation internationale\u201d, qui est de janvier 1946, par des études incidentes et surtout par notre numéro spécial, \u201cPour gagner la Paix\u201d (qui vient d\u2019être réédité).De plus en plus, c\u2019est sur le plan moral que le problème se pose désormais à nos yeux.La réaction ins- DE LA PAIX AU PACIFISME 127 tinctive d\u2019horreur devant la guerre, qui risque d\u2019être un mouvement viscéral de crainte et de refus, se transforme en conviction: à savoir que la justice est de plus en plus absente des guerres modernes, et que le jour n\u2019est peut-être pas loin où l\u2019homme qui réfléchit devra refuser son consentement et sa complicité à telle ou telle guerre entreprise dans telles conditions concrètes par tel pays.Cette défense acharnée de la paix n\u2019est pas nécessairement le pacifisme, (pas plus qu\u2019une pensée sociale n\u2019est nécessairement une pensée socialiste).Mais elle s\u2019en rapproche à l\u2019occasion dans les attitudes pratiques.Aussi serait-il bon, pour continuer l\u2019enquête entreprise, de jeter un coup d\u2019œil vers ce mouvement multiforme qui connaît en ce moment un regain de vie à travers le monde, et auquel le nom de Gandhi apporte le prestige du martyre en même temps que la confirmation d\u2019une réussite.Déjà nous avons commencé cette recherche sur un point précis: celui de la moralité de la conscription.En I945, nous publiions une volumineuse étude du Père John J.Hugo.Sans identifier notre cause à celle du moraliste américain, nous avons cru que cet essai révélait plusieurs aspects du service militaire obligatoire sur lesquels on avait porté chez nous un regard passablement distrait.Nous continuons de penser que la caserne n\u2019est pas la meilleure école de vertu pour la jeunesse, et qu\u2019elle constitue désormais une école de démoralisation dans presque tous les sens du mot.Ces pages se sont traduites dans les faits, aux Etats-Unis.Comme on l\u2019a rappelé ailleurs, des jeunes gens s\u2019en sont inspirés.Ils publient une revue (catholique).Ils refusent de se plier à la loi de conscription, se laissant plutôt emprisonner. 128 l\u2019action nationale Mais quand on commence à s\u2019intéresser à la question, on constate que le pacifisme existe depuis longtemps, qu\u2019il a conquis en plusieurs pays ses quartiers de noblesse, qu\u2019au lendemain de la Grande Guerre II il se répand sur presque toutes les contrées du globe.Il s\u2019agit de minorités agissantes, combattues, souvent écrasées mais sans cesse renaissantes.Il faudrait plutôt écrire: les pacifismes, tant les pensées diffèrent par l\u2019origine, l\u2019inspiration, le contenu dogmatique.On y trouve des nationalistes comme Gandhi à côté de mondialistes ou d\u2019anarchistes, des chrétiens de toutes les confessions et des athées, des mystiques et des réalistes, des hommes de la masse et des intellectuels.Cette tour de Babel a des aspects minables; elle rappelle les milliers de sectes socialistes qui couvraient l\u2019Europe du 19e siècle, se condamnaient l\u2019une l\u2019autre avec ardeur, pullulaient et fermentaient.Et pourtant, le socialisme domine aujourd\u2019hui la plus grande partie de cette même Europe.C\u2019est aux Indes que le génie et l\u2019extraordinaire destinée de Gandhi ont donné au pacifisme sa forme la plus frappante, et une partie de ses techniques.Aussi, faudra-t-il recommencer un jour à pied d\u2019œuvre le rapide portrait qu\u2019André Laurendeau esquissait ici pour nos lecteurs en 1943.Mais avant de s\u2019y arrêter, il serait bon, nous semble-t-il, de faire un tour d\u2019horizon, et de donner une idée d\u2019ensemble des pacifismes.Cette étude existe.Elle a paru dans Esprit en février dernier.Son auteur participe au mouvement; il dispose de moyens d\u2019information que nous n\u2019avons pas.Inutile par conséquent de la reprendre pour notre compte. DE LA PAIX AU PACIFISME 129 Nous la reproduisons presqu\u2019intégralement comme un documentaire.Cela comporte des inconvénients.Nous aurions fait ce tour d\u2019horizon dans un tout autre esprit.Les idées de M.Frank Emmanuel, et il les exprime sans nuance, ne coïncident pas nécessairement avec les nôtres.Par exemple, il se scandalise en passant du nationalisme de Gandhi, alors que nous admirons au contraire la synthèse que le Mahatma a su faire du national et de l\u2019universel.Le ton de l\u2019auteur, lorsqu\u2019il aborde l\u2019action des Papes et l\u2019attitude de l\u2019Eglise, est désagréable pour nous quand il n\u2019est pas franchement insolent.Son non-conformisme s\u2019exprime aussi bien sur le plan religieux que dans l\u2019ordre politique et social.Il lui arrive d'insister sur des sources idéologiquement troubles (comme Tolstoï), et de passer rapidement sur d\u2019autres dont la pensée est beaucoup plus cohérente.Parfois, il accorde de l\u2019importance à des mouvements que nous ne saurions prendre au sérieux, etc.Malgré ses défauts et ses partis pris, on constatera que l\u2019étude est d\u2019un vif intérêt.Elle ouvre au nouveau venu une vaste terra ignota; on y sent vibrer une conviction totale et farouchement désintéressée.\u201cSeuls, écrit Emmanuel Mounier, ont le droit de critiquer les soldats du pacifisme ceux qui risquent leur vie ou leur liberté sur une option différente.D\u2019accord ou non avec leurs idées ou avec leurs moyens, on ne peut que s\u2019incliner devant ces témoins.Les guerres, fussent-elles \u201cjustes\u201d, portent toujours en elles une malédiction, et l\u2019humanité serait bien compromise si des hommes, de temps à autre, ne s\u2019y dressaient de toute leur taille contre l\u2019habitude qu\u2019elle prend du massacre\u201d. 130 l\u2019action nationale Des réalistes trouveront-ils que c\u2019est beaucoup accorder d\u2019importance à la lutte de Don Quichotte contre les moulins à vent ?Mais hélas, la guerre moderne est autre chose qu\u2019un moulin à vent.Et le gandhisme est un phénomène d\u2019une telle ampleur que les réalistes eux-mêmes doivent le prendre au sérieux.Edmond Lemieux AIDE-MÉMOIRE L\u2019adresse : 422 est, rue Notre-Dame.Le numéro de Téléphone: MArquette 2837.Spécialité : le livre canadien.Raison sociale : Librairie d\u2019Action nationale, installée dans le même édifice que le Devoir N.B.: on remplit les commandes par la poste, vite et bien.Editions : la dernière en date, POUR GAGNER LA PAIX, qu\u2019il ne faut pas seulement lire, mais répandre ($1.00 l\u2019exemplaire, $9.00 la douzaine, $70.00 le cent).A paraître : quelques brochures, dont les titres seront bientôt annoncés ; et un livre important du chanoine Lionel GROULX, sur un sujet d\u2019actualité.Capital à souscrire : l\u2019amitié active de nos amis. Un documentaire Le pacifisme des forts L\u2019année 1948, qui vit mourir Gandhi, vient de voir aussi l\u2019éveil, presque inapparent sous les Pouvoirs totalitaires, plus manifeste chez les nations dites démocratiques, d\u2019une réaction populaire qui tend à renverser l\u2019affreuse domination de la mort et de l\u2019horreur.Les mouvements \u201cinstitutionnels\u201d nés ces derniers mois sont en effet de bon augure, à condition que leurs initiateurs soient vraiment supranationaux.Mais l\u2019humanité est lasse d\u2019illusions.En s\u2019étendant, il faut qu\u2019ils imposent partout un approfondissement spirituel et éducatif.Sous peine de rester abstraitement organisateurs, ou de devenir féroces comme les États souverains et les Partis qu\u2019ils prétendent con-trebattre, ils doivent se nourrir de tous les éléments sains du pacifisme sérieux, de celui dont les serviteurs ont toujours refusé de tuer ou d\u2019opprimer, sans renoncer à souffrir eux-mêmes jusqu\u2019au sacrifice de leur vie.Ce pacifisme-là, qu\u2019Anne Boirard a dénommé le pacifisme des forts, participe, à divers degrés de perfection, à la fois d\u2019un engagement spirituel, d\u2019une technique d\u2019action soigneusement étudiée, et d\u2019un courage digne des plus valeureux combattants de la guerre. 132 l\u2019action nationale En France *, le public en général et \u2014 ce qui est plus grave \u2014 la plupart des intellectuels et des \u201cdirecteurs de consciences\u2019' (religieux ou laïcs) ne savent rien ou ne veulent rien savoir de ce pacifisme-là.Et en vérité ils ont été partiellement excusables, en raison de l\u2019ampleur populaire du militarisme allemand, soutien du pangermanisme.Ma tâche est ici de révéler à quelques-uns, de rappeler à quelques autres, les efforts authentiques poursuivis par diverses lignées de militants de la paix depuis le début du siècle dernier.Efforts souvent couronnés de succès tangibles, parfois massifs.[.] Précisément, la révolution de la paix, comme celle de l\u2019économie des besoins dont elle est inséparable, seront possibles sans trop de risques de répression, ni de régression, quand leurs animateurs auront reconnu cette vérité expérimentale que l\u2019action politique est avant tout une affaire spirituelle et doit être menée comme telle pour devenir efficace et enfin bienfaisante.Ils s\u2019apercevront alors que son rendement sera d\u2019autant plus élevé qu\u2019elle sera plus \u201cimmédiate\u201d et que la violence y aura moins de part.Signe d\u2019espérance, la foule redevient sensible à l\u2019incarnation d\u2019un idéal en des gestes courageux et simples comme paraît l\u2019être celui de Garry Davis.Par contre, elle tarde à se laisser remuer par l\u2019incarnation de l\u2019absolu moral en des gestes purs et non moins courageux comme ceux de Bugany, Moreau et de leurs frères en objection de conscience; elle n\u2019a pas encore saisi leur portée immense.1.Où une législation barbare dénie aux résistants à la guerre tout droit à l\u2019existence normale. LE PACIFISME DES FORTS 133 Afin de tirer leçon pour l\u2019avenir des expériences du pacifisme des forts, je vais tenter d\u2019évoquer les aspects caractéristiques qu\u2019il a revêtus à l\u2019époque contemporaine.Mais il faut d\u2019abord donner toute leur compréhension aux mots guerre et paix.Guerre: signifie toute espèce de conflit ayant pour mobiles la jouissance sadique de la domination sur autrui et la possessivité avide de ses biens.Les moyens de la guerre ?Toutes espèces de violences destructrices ou dégradantes, qui impliquent un irrespect profond de la personne d\u2019autrui et au moins une part de férocité primitive, lente ou brutale.L\u2019état de guerre n\u2019embrasse donc pas seulement l\u2019assassinat collectif en des luttes armées, mais l\u2019exploitation économique, souvent aussi funeste (disette, famine générale ou socialement différentielle), le fanatisme religieux ou antireligieux, la contrainte policière au service d\u2019une tyrannie gouvernementale ou synarcliique.Quant à la préparation de la guerre ouverte, elle se traduit invariablement par le travail forcé et détourné de son but normal, par la ruine économique, souvent par l\u2019esclavage de la conscription obligatoire.Paix: ne signifie pas uniquement absence de guerre ouverte, mais, pour chaque groupe humain, l\u2019épanouissement maximum (dans la liberté optima de chaque élément du groupe) qui soit compatible avec l\u2019épanouissement maximum de tous les autres groupes.Nous sommes moralement loin de cet état d\u2019harmonie; techniquement, nous en sommes beaucoup moins loin.Il se réalisera en équilibre stable lorsque par les voies éducative, eugénique, et institutionnelle, on aura pu substituer aux courants de haine interraciale ou intergroupe des courants de solidarité unificatrice. 134 L ACTION NATIONALE I.Les personnalités exemplaires Gandhi (1869-1948): n\u2019en déplaise aux chrétiens pour qui le Verbe de Dieu n\u2019est capable de se manifester pleinement dans un être que suivant les normes théologiques et dans les cadres administratifs des Eglises, il est, comme le dit Masson-Oursel, l\u2019homme parfait de notre temps; en tout cas, l\u2019homme devenu parfait sur le seuil de la mort, même si son œuvre est inachevée.Là semble résider le secret de son extraordinaire puissance humanisante.C\u2019est assurément par une grâce singulière qu\u2019il parvint à cette sainteté; c\u2019est aussi par la culture volontaire et incessante, en lui et autour de lui, de la justesse rigoureuse, de l\u2019authenticité absolue (satyagraha) des états d\u2019âme, des jugements, des désirs et des actes.Même si, dans ses premiers essais (en Afrique du Sud), sa non-violence apparut comme douteuse, entachée de rouerie juridique \u2014 il fut avocat \u2014 d\u2019habileté opportuniste; même si, dans sa philosophie de l\u2019homme, il a pu commettre aux yeux des Occidentaux quelques erreurs graves (comme celle de la \u201cbonté foncière de la nature humaine\u201d), on constate qu\u2019à force de reviser ses propres conceptions avec humilité, et de tendre jour après jour vers la purification et l\u2019unification de son être, il a pu devenir le moteur conscient d\u2019une des plus grandes libérations régionales de l\u2019Histoire.Il est trop connu pour que nous insistions.Nous soulignerons seulement ce qui fait de sa paix une paix d\u2019hommes forts.Son principe est l\u2019ahimsa ou non-violence \\ \u201cl\u2019absence totale de mauvais vouloir envers tout ce qui 1.Sauf mention spéciale, les guillemets signaleront des citations textuelles de Gandhi. LE PACIFISME DES FORTS 135 vit\u201d, et, sous sa forme positive, une bienveillance inlassable envers tout ce qui existe.\u201cC\u2019est l\u2019amour pur.Je l\u2019ai lu dans l\u2019Écriture Sainte hindoue, dans la Bible et dans le Koran\u201d.C\u2019est le respect de tout homme; singulièrement de l\u2019adversaire en qui l\u2019on doit révéler ou réveiller ce qu\u2019il y a de meilleur et auprès de qui l\u2019on peut prendre des leçons.La nonviolence active est devenue pour Gandhi le principe du combat contre tous les maux: \u201cNon-violence n\u2019est pas soumission bénévole au malfaisant; non-violence oppose toute la force de l\u2019âme à la volonté du tyran; un seul homme peut ainsi défier un Empire et provoquer sa chute\u201d.C\u2019est pourquoi il s\u2019adressa, pour contribuer à sauver le Monde, non pas à des groupes irresponsables, mais à des individus, faisant sentir à chacun d\u2019entre eux qu\u2019il est responsable et qu\u2019en utilisant au mieux, grâce à une ascèse rationnelle, toutes ses ressources subconscientes et conscientes, il a quelque chose à faire au service de tous.Sa méthode générale est la non-participation aux actes injustes commis par quiconque et en particulier par les Pouvoirs oppressifs, quels qu\u2019ils soient.Elle comporte évidemment la non-participation aux réactions excusables, mais mauvaises et inefficaces des opprimés.Pour transformer cette attitude négative en comportement politique, il demande de se mettre au même niveau que les plus misérables victimes de l\u2019injustice sociale, de vivre leur vie, et par la seule autorité que confère le dévouement, d\u2019orienter peu à peu les masses vers la non-coopération avec les Pouvoirs dans tous les domaines où ils exercent leur contrainte funeste.Cependant, Gandhi recommande: \u201cLa non-coopération complète veut une organisation complète. 136 l\u2019action nationale Le désordre vient de la colère.Il faut une absence totale de violence.Toute violence serait un recul pour la cause, et un gaspillage inutile de vies innocentes.Avant tout, que l\u2019ordre soit observé\u201d.Voilà donc ce Maître, à l\u2019esprit libertaire qui va, dans la désobéissance civile, exiger, de la part des rebelles, la discipline la plus rigoureuse et la loyauté envers les personnes représentant l\u2019Autorité qui abuse.Applications concrètes de la méthode: abandon de tous titres et fonctions honorifiques \u2014 non-participation aux emprunts du gouvernement \u2014 grève des tribunaux et des hommes de loi; arrangement des litiges par arbitrages privés \u2014 boycott des écoles du gouvernement par les étudiants et les familles \u2014 refus de tout poste civil et militaire, reconstruction économique du pays par lui-même, avec production orientée vers les biens essentiels à la vie.Résultats visibles (sans parler des effets spirituels): Large victoire sur l\u2019in tou chabilité: des millions de parias sont ramenés au sein de la communauté indienne \u2014 obtention, au moyen d\u2019une grève complétée par un jeûne à mort du Mahâtmâ, d\u2019une augmentation de salaire de 35% des ouvriers du textile à Ahmedabad; ce succès entraîne le développement rapide, dans ce secteur industriel, du syndicalisme et de la sécurité sociale.Gandhi devient l\u2019arbitre de nombreux conflits du travail.Organisation de la résistance passive de tous les Asiatiques d\u2019Afrique du Sud, persécutés et emprisonnés sur l\u2019ordre du général Smuts (qui à cette occasion invente l\u2019expression \u201cconscientious objectors\u201d, objecteurs de conscience).Sérieuses amorces de réconciliation entre hindouistes et musulmans; arrêt de la guerre, en 1947, LE PACIFISME DES FORTS 137 entre Pakistan et Hindoustan.Libération quasi complète de l\u2019Inde du joug britannique.Tolstoï (1828-1910): c\u2019est lui qui avait révélé l\u2019Évangile à Gandhi; sa prédication révolutionnaire avait eu un rôle considérable dans la formation de la doctrine de désobéissance civile mise en œuvre par Gandhi, qui avait été illuminé par la lecture de l\u2019ouvrage de Tolstoï: Le salut est en vous (\u201cLa violence appelle la violence; la seule méthode pour s\u2019en débarrasser est de ne pas la commettre\u201d).Tolstoï, antimilitariste tenace, inspira, puis encouragea, dans la Russie des Tsars, une partie des mouvements d\u2019objecteurs de conscience, et défendit leur cause dans la presse internationale.Sa réputation d\u2019artiste universellement admiré fut le facteur principal du succès de ses interventions auprès de son gouvernement.Succès relativement peu importants: la plupart des réfractaires durent s\u2019exiler.C\u2019est peut-être que Tolstoï, combattant de la plume, était insuffisamment engagé dans l\u2019action intégrale.Pourtant des tolstoïens et d\u2019autres pacifistes vivent et meurent aujourd\u2019hui encore en U.R.S.S., braises d\u2019un feu allumé ou entretenu il y a cinquante ans par un idéaliste.Qui les rallumera ?Pierbe Cérésole (1879-1945): \u201cLa plus haute conscience de la Suisse.Ces consciences-là sauvent l\u2019humanité.\u201d (Romain Rolland).Fils d\u2019un ancien président de la Confédération helvétique, appelé à une brillante carrière universitaire, en outre frère d\u2019un officier de l\u2019armée, il sacrifia situation et honneurs à une lutte persévérante contre le système militaire.Comme son maître Gandhi, il fut jeté en prison.Il 138 l\u2019action nationale accepta l\u2019impopularité générale et souffrit de l\u2019ostracisme du milieu traditionnaliste avec lequel, avide de sanctification, il avait rompu.Le 18 novembre 1917, à la fin d\u2019un service religieux dans l\u2019église française de Zurich, il commit un esclandre: se levant du milieu de l\u2019assemblée, il s\u2019adressa en ces termes au pasteur officiant: \u201c.Il y a dans l\u2019Eglise deux mensonges que nous ne pouvons plus supporter.c\u2019est le mensonge du chrétien militaire et le mensonge du chrétien riche.Ou bien l\u2019Eglise les vomira, ou bien elle achèvera d\u2019en mourir, car la fraternité chrétienne n\u2019est pas compatible avec le meurtre commandé par l\u2019État, ni avec l\u2019asservissement économique direct ou indirect du prochain\u201d.En 1918, il découvrit la Société des Amis (Quakers) qui lui révéla qu\u2019une action évangélique positive devait s\u2019ajouter au refus des réfractaires; apprenant que dans les pays Scandinaves il existait pour les objecteurs de conscience un service alternatif, il décida de reprendre cette idée, de l\u2019élargir, en créant pour les objecteurs et pour les hommes et femmes de bonne volonté un service constructif, en mobilisant pour l\u2019entraide entre les peuples les ressources matérielles et morales \u2014 don de soi, dévouement et sacrifice \u2014 réservées d\u2019habitude au service de chaque nation.C\u2019était là l\u2019origine du Service Civil Volontaire International, organe de pacification d\u2019une importance capitale, dont la branche française est aujourd\u2019hui animée par Mme Camille Drevet.Toyohiko Kagawa (vivant): Japonais chrétien en qui se trouvent réunies, sous un revêtement de délicieuse poésie extrême-orientale, les vertus de Vincent van Gogh (qui soulagea la détresse des mineurs du Borinage), de saint François d\u2019Assise, et LE PACIFISME DES FORTS 139 de William Booth (fondateur de l\u2019Armée du Salut).Tandis que Gandhi était encore national et consentait au système des castes dont il ne voulut abolir que les abus criants, Kagawa est cosmopolite et socialiste.En 1928, quand les Japonais occupèrent Shantung, il organisa la Ligue Nationale Japonaise contre la guerre.En 1930, il signa un manifeste d\u2019intellectuels contre la conscription et l\u2019éducation militaire de la jeunesse.En 1932, il affirmait: \u201cUne propagande pour la paix, se basant sur le système capitaliste en vigueur, sera toujours insuffisante.Aujourd\u2019hui le danger n\u2019est pas assez illusoire pour qu\u2019on puisse se perdre en toutes sortes d\u2019enthousiasmes pacifistes [ il désignait par là le pacifisme verbal des ministres et des mondains ] afin d\u2019échapper à la tâche beaucoup plus ardue qui est de renouveler l\u2019ordre social.Voilà la grande erreur de tous les phraséologues bourgeois, soi-disant radicaux, en Occident!\u201d Benoit XV (1854-1922): le seul pape contemporain qui ait pris une position antimilitariste sans équivoque.Les résistants à la guerre catholiques devront toujours lui en être reconnaissants.L\u2019Encyclique \u201cPacem\u201d, lancée au monde le 23 mai 1920 par celui que dans mon enfance la bourgeoisie libérale traitait injustement de \u201csuppôt des Empires Centraux\u201d, visait, entre autres objectifs, à l\u2019abolition générale de la conscription.Malheureusement, et en dépit des œuvres de secours international créées et organisées sous son impulsion au bénéfice d\u2019innombrables victimes de la guerre 1914-18, le pacifisme de Benoît XV demeura stérile, pour les raisons suivantes: lo les appels qu\u2019au milieu des hostilités il avait adressés en faveur d\u2019une \u201cpaix de conciliation\u201d par opposition 140 l\u2019action nationale à une \u201cpaix de victoire\u201d, l\u2019avaient été aux Seigneurs de la Guerre du moment, et non pas à leurs troupes; il aurait sans doute mieux valu qu\u2019il allât visiter les peuples belligérants et qu\u2019il tentât de les éveiller tous à la désobéissance civile et militaire; 2o il n\u2019avait pas suffisamment compris la nécessité d\u2019une révolution économique pour pacifier le monde, puisqu\u2019il recommandait aux pauvres \u201cde supporter les maux inévitables avec la résignation et le courage que donne l\u2019espérance des biens éternels\u201d.Un apostolat pacifiste aussi limité ne pouvait guère porter de fruits.[L\u2019auteur énumère ici quelques personnalités moins importantes.Puis il continue:] II.Les groupements Malgré la diversité des groupes dissidents auxquels ont donné naissance les grandes religions, on observe qu\u2019ils ont presque tous en commua une attitude radicale devant les problèmes de la guerre et de la paix.Barthélemy de Ligt, le spécialiste hollandais du pacifisme révolutionnaire, passe en revue dans La paix créatrice une multitude de sectes dont le pacifisme fut si intense et si efficient qu\u2019il mena souvent ses adeptes à la prison, voire au massacre.En voici une énumération partielle: Quakers, Zwyndrechters (absolutistes hollandais qui résistèrent à la guerre de 1830-31 entre Hollande et Belgique), Shakers (apparus aux Etats-Unis au XVIIIe siècle et devenus très nombreux vers 1860), Anarchistes de la Non Resistance Society fondée vers 1840 par le fouriériste anglo-saxon Balou, Mennonites et Doukhobors en Russie et au Canada, Nazaréens, Sectes balkaniques LE PACIFISME DES FORTS 141 antimilitaristes, Salutistes antimilitaristes, etc.Et, pour rassurer les esprits que le fatalisme des Arabes empêche de croire à une évolution de l\u2019Islam vers la non-violence, je cite l\u2019une des sectes pacifistes modernes les plus remarquables, le bahaïsme, d\u2019origine mahométane, formée en 1850 en Perse, à laquelle s\u2019intéressa Tolstoï, et qui survit à l\u2019heure actuelle.De ces groupes intégristes je m\u2019arrêterai seulement à deux ou trois exemples: La Société des Amis (Quakers): fondée au XYIIe Siècle en Amérique par William Penn sous forme d\u2019une colonie démocratique où régnaient la tolérance et l\u2019esprit de paix à un tel degré qu\u2019on ne craignit pas de renoncer à la force dans la vie politique: pendant près de soixante-dix ans, la population de Pennsylvanie ayant su risquer de mettre sa confiance absolue dans la Lumière Intérieure, sut par là maintenir, sur un territoire grand comme l\u2019Angleterre, un État sans armée et sans prestation de serment! Les Quakers américains eurent une attitude héroïque pendant la Guerre de Sécession (1865-1866): ils s\u2019opposèrent à l\u2019introduction du service militaire obligatoire dans les États du Sud comme dans les États du Nord; les premiers furent les plus difficiles à conquérir à la suppression du recrutement forcé et réprimèrent sévèrement le courage persévérant des réfractaires.Notons l\u2019importance numérique qu\u2019atteignit la Société des Amis: vers 1862, elle comptait plus de 210,000 adhérants rien qu\u2019aux U.S.A.; leur exemple montre qu\u2019une attitude intégriste, si elle est humaine en même temps que logique et spirituellement fondée, peut être assumée par des foules considérables. 142 l\u2019action nationale L\u2019anabaptiste néerlandais Menno (1491-1561) avait fondé, en rupture avec l\u2019État et avec l\u2019Église (aussi bien protestante que catholique) une société cosmopolite et communiste qui se développa au point de gagner la Pologne, la Prusse, la Russie et la France, d\u2019atteindre la Chine, et de compter encore 100,000 membres en 1914.Les Mcnnonistes furent persécutés à qui mieux mieux par les catholiques et les protestants, puis par les tsars, enfin par Staline.Leurs villages communautaires arrivèrent à s\u2019isoler du fonctionnement administratif de l\u2019État qui les tolérait: on n\u2019y pratiquait ni l\u2019emploi des armes, ni les exercices militaires, ni le serment; éduquées dans le respect de la parole donnée, les populations entières que formait en diverses régions du monde la société mennonite inspiraient à leur entourage une grande confiance, car elles ignoraient l\u2019alcoolisme, le meurtre, la prostitution, la prison.Les Doukhobors, anarchistes chrétiens apparus sans doute en Ukraine au XVIIIe siècle, connurent un regain d\u2019activité en Russie vers 1894 sous l\u2019influence de Wereguine, lui-même impressionné par la doctrine révolutionnaire de Tolstoï.Rs refusèrent de prêter le serment de fidélité au tsar et repoussèrent tout service militaire.Une affreuse persécution s\u2019ensuivit, de la part de l\u2019État tsariste, puis soviétique, et de l\u2019église orthodoxe; ce qui les obligea à fuir au Canada, où ils eurent (ô ironie) la permission de s\u2019organiser d\u2019une manière réellement et fraternellement communiste ! En dehors de ces sectes \u201chérétiques\u201d, qui purent réaliser comme en vase clos un accord presque par- LE PACIFISME DES FORTS 143 fait entre leur foi et leur mode de vie, et dont les \u201caberrations\u201d dogmatiques furent largement compensées par une théologie morale loyalement conforme aux enseignements du Christ, je dois signaler tous ceux parmi les \u201corthodoxes\u201d qui par leurs paroles, leurs écrits et les actes renièrent les compromissions de la grande majorité de leurs chefs hiérarchiques ou leurs pairs avec Mars et Mammon, ces deux associés.L'antimilitarisme catholique, dont nous reparlerons à propos de la renaissance actuelle du pacifisme chrétien, fut entretenu dans le bas clergé entre 1890 et la première guerre mondiale par Léon XIII, Benoît XV, Pie XI: ces trois pontifes ne cessèrent de mettre en garde les peuples chrétiens contre la course aux armements, la méfiance réciproque des nations et la militarisation de la jeunesse (on a vu que la position la plus ferme sur ce dernier point fut tenue par Benoît XV).Le Dr Ude (de l\u2019Université catholique de Graz), le Dr Metzger d\u2019Augsbourg, le Père Stratmann O.P.(allemand), le Père Overmans S.J., (allemand) plusieurs évêques d\u2019Amérique du Sud, militèrent pour la paix avec un courage et une ténacité admirables envers et contre l\u2019indifférence de la masse du Clergé.Des fondations d\u2019Associations en résultèrent: La Croix Blanche (1917) en fut la principale, également des créations de journaux pacifistes catholiques comme Lotsenruf, Der Katholische Mis-sionruf Das neue Volk, etc.tous supprimés par le Gouvernement nazi.Mais surtout, un événement de première grandeur, auquel les historiens officiels n\u2019attachent aucune attention, mérite de retenir au- 144 l\u2019action nationale jourd\u2019hui la nôtre, en tant qu\u2019événement heureux et en tant que symbole: en 1899, un différend au sujet de frontières menaça de déclencher la guerre entre le Chili et l\u2019Argentine; c\u2019est alors que Mgr Benaveite, évêque argentin, prononça à Buenos-Aires un sermon mémorable, où il plaida la cause de la paix entre les deux peuples voisins.Grand retentissement jusqu\u2019au delà des Andes: au Chili, quelques prêtres et évêques se mirent à prêcher la réconciliation en allant de ville en ville et de village en village.Peu à peu, les masses paysannes commencèrent à s\u2019intéresser à la paix; les pétitions affluèrent.Sous cette pression, les deux gouvernements durent renoncer à leur plan de guerre.Voilà un exemple d\u2019articulation parfaite entre la doctrine et la parole de ses ministres, entre cette parole et l\u2019opinion publique, entre l\u2019opinion publique et le gouvernement qui est censé en tenir compte.Synthèse féconde, à réitérer dans les années 1949 et stiivantes, sur une échelle plus vaste! [.] L'antimilitarisme eut peut-être encore plus de mal à s\u2019exprimer dans les milieux protestants orthodoxes, possédés, dès 1914, par l\u2019idéologie nationaliste.Il réussit pourtant à susciter un mouvement de premier ordre, bien vivant aujourd\u2019hui (animé en France par les Pasteurs Trocmé, Roser et Jacques Martin), le Fellowship of Reconciliation, qui joua un rôle important à l\u2019occasion de la Conférence du Désarmement en 1932, en organisant une Croisade de la Jeunesse européenne pour Le Désarmement et la Paix Universelle.D\u2019autres groupements, de même esprit et d\u2019ardeur semblable, se formèrent en Suisse, Hollande, etc. LE PACIFISME DES FORTS 145 III.Les mouvements populaires J\u2019arrive enfin à des mouvements d\u2019une valeur pratique éminente puisqu\u2019ils ont abouti à de nombreux résultats historiques.Il s\u2019agit de mouvements populaires mis en marche parfois sous l\u2019influence de doctrinaires plus ou moins intégristes, mais le plus souvent grâce au fonctionnement normal du syndicalisme ouvrier, ou grâce aux réactions concertées soit des masses travailleuses, soit des populations dans leur ensemble, à des manoeuvres d\u2019intimidation ou à des actes de coercition venant des autorités civiles ou militaires.Avant toute interprétation générale sur la valeur des procédés suivis, avant toute indication sur les perspectives d\u2019avenir de ce genre d\u2019actions politiques ou sociales, voici des faits disparates, mais significatifs, dont je n\u2019aurai pas besoin de souligner l\u2019importance.\u2014 Entre 1861 et 1867, le peuple hongrois, sous l\u2019impulsion du leader catholique Deak, \u201cle sage de la nation\u201d, décida de secouer le joug de la tyrannie impériale de Vienne et y parvint.Voici comment: il organise lui-même l\u2019instruction populaire, l\u2019agriculture et l\u2019industrie, pratique le boycottage des marchandises autrichiennes, et le refus du paiement de l\u2019impôt.Les prisons s\u2019emplissent.Mais le Gouvernement cède devant la volonté inébranlable de la population.L\u2019empereur François Joseph essaye d\u2019imposer le service militaire obligatoire aux Hongrois, qui refusent à l\u2019unanimité de s\u2019y soumettre.\u201cPar des méthodes non violentes, la Hongrie avait vaincu dans 146 L ACTION NATIONALE une lutte qu\u2019elle aurait sans doute perdue par les armes\u201d (de Ligt).\u2014 En 1891, le shah de Perse, ayant institué une régie du tabac très lourde, le peuple boycotte cette marchandise, et le shah doit céder.\u2014 En 1902, le peuple finlandais refuse de se soumettre au service militaire obligatoire que lui impose le tsar, qui s\u2019incline.\u2014 En 1905, les socialistes de Norvège et de Suède préviennent la guerre entre leurs deux pays par l\u2019action directe.\u2014 En 1914, un million d\u2019ouvriers espagnols anarchistes et syndicalistes expriment leur volonté manifeste de ne pas participer à la lutte sanglante, et font renoncer le gouvernement de Madrid à entrer en guerre.\u2014 En 1917, le mouvement ouvrier argentin, par une grève générale, oblige son gouvernement à renoncer au plan conçu par le parlement d\u2019entrer en guerre contre l\u2019Allemagne.\u2014 En 1918, après l\u2019armistice, les amiraux allemands veulent faire sortir la flotte de guerre pour empêcher la conclusion de la paix.Les matelots refusent de sortir les vaisseaux du port.La flotte est immobilisée.\u2014 En 1920, les travailleurs anglais obligent par l\u2019action directe le gouvernement britannique à renvoyer dans leurs foyers les soldats mobilisés, à retirer ses troupes de la Russie et de la Sibérie et à renoncer à son intention d\u2019entrer en guerre au côté de la Pologne contre la Russie soviétique.\u2014 En 1930, le gouvernement de la Nouvelle-Zélande est obligé de renoncer à l\u2019éducation militaire LE PACIFISME DES FOETS 147 de la jeunesse, après que 50,000 jeunes gens, soutenus moralement par 100,000 parents prêts à subir les sanctions pénales qu\u2019une telle attitude peut susciter, ont refusé de se soumettre au dressage militaire, etc.Après cela, comment oserait-on affirmer que devant un danger de guerre ou bien sous la menace de la pire oppression, \u201cil n\u2019y a rien à faire\u201d ?Au contraire, il y a tout à faire, et cela par les procédés à la fois les plus énergiques et les plus nobles, si l\u2019on veut avoir des chances de juguler le malheur public, d\u2019arrêter la guerre, de se soutraire à l\u2019oppression, de créer des conditions de vie acceptables.Je ne saurais mieux faire pour conclure ce paragraphe consacré au pacifisme révolutionnaire des masses, que de citer des passages caractéristiques de Pour vaincre sans violence, de Barthélemy de Ligt: \u201cNous avons toujours affirmé que plus il y a de véritable révolution, moins il y a de violence; plus il y a de violence, moins il y a de révolution.En somme le grand problème de l\u2019action révolutionnaire des masses réside en ceci: comment trouver des moyens de lutte dignes de l\u2019homme, auxquels même la puissance réactionnaire la plus armée ne pourra tenir tête ?C\u2019est précisément à ces moyens-là [ de Ligt écrit cela en 1935; il faut que cela redevienne vrai en 1949 ] que les peuples de couleur commencent aujourd\u2019hui à avoir recours: désobéissance civile, non-coopération, boycottage, refus collectif de payer les impôts, refus de service militaire, etc.Si les masses prolétariennes, soumises à tous les impérialismes de l\u2019univers.savent pratiquer ces moyens au moment opportun, il n\u2019y aura pas de puissance au monde 148 l\u2019action nationale capable de leur résister.Dans une telle action, il ne serait pas même nécessaire de verser une seule goutte de sang du parti adverse.S\u2019il doit y avoir du sang versé, ce sera en premier lieu celui des combattants non violents.Mais un tel sang est alors réellement sacré: on se sacrifie non seulement pour une idée, mais pour ce qui dépasse l\u2019idée.Les méthodes de lutte non violente ne détruisent rien; elles laissent tout intact.La guerre moderne est devenue un abominable attentat contre l\u2019homme en tant qu\u2019être moral.Plus l\u2019homme pratique la guerre, plus déclinent ses qualités humaines; par contre, les moyens de lutte non violente font sans cesse appel à l\u2019homme en tant qu\u2019être moral: plus il les applique, plus son niveau humain s\u2019élève.Mais combien de temps s\u2019écoulera-t-il avant que ces idées aient gagné les masses ?\u201d IV.Aujourd\u2019hui C est à notre génération de fournir la réponse.C\u2019est à elle de trouver une formule de doctrine et d action qui permette à l\u2019humanité de se dégager à la fois de la guerre impérialiste, des camps de concentration et de la famine.C\u2019est peut-être à la France pacifique de fournir une bonne part de cette réponse et les premiers éléments de cette formule.Elle a déjà entamé ce travail terriblement difficile, en essayant de ne pas retomber dans les fautes et les erreurs du pacifisme d\u2019entre les deux guerres.Effectivement, la génération qui nous a immédiatement précédés avait tenté, depuis la France, de lancer sur le monde en mal de totalitarisme un réseau de pacifisme \u201cénergie\u201d.Rappelons-en quelques as- LE PACIFISME DES FORTS 149 pects: trois ou quatre formations différentes se partageaient le terrain de lutte pour la paix: a)\tLes Associations d\u2019anciens combattants, aux membres justement lassés de leurs combats, mais trop préoccupés de leurs revendications pour organiser la résistance à la guerre prochaine ; une seule se distingua par son activité constructive, et d\u2019ailleurs revit actuellement sous forme d\u2019une section de banlieue très dynamique: c\u2019était la Ligue des anciens combattants pacifistes; b)\tLes pacifistes à tendance intégrale de la Jeune République et de l\u2019équipe de \u201cL\u2019Eveil des Peuples\u201d; des Combattants de la Paix (organe: le Barrage); des groupes libertaires de la patrie humaine avec Mont-clin; de nombreux instituteurs (Ecole Emancipée).c)\tDes mouvements hétérogènes rassemblant, comme en un cocktail, des communistes, des socialistes, des intellectuels indépendants, des éducateurs anticléricaux, des francs-maçons.C\u2019étaient: le Comité National contre la guerre et le fascisme (Congrès d\u2019Amsterdam et de Pleyel) ; le Comité de vigilance des intellectuels antifacistes (avec Rivet, Alain, Langevin, Georges Valois).Les membres de ces Comités avaient certes compris la nécessité d\u2019œuvrer pour une révolution anticapitaliste et anticolonialiste, condition d\u2019une paix stable.Mais la vérité des faits, concernant en particulier le régime soviétique, était indifférente à beaucoup d\u2019entre eux; le primat du spirituel n\u2019était pas leur fait.Leur action, viciée à la base, ne put dépasser nos frontières.On vit aussi un fameux Rassemblement universel pour la paix, qui se transforma peu à peu jusqu\u2019en 150 L ACTION NATIONALE 1939 en une entreprise d\u2019excitation à la guerre en raison de l\u2019attitude de ses éléments les plus influents.Il y eut enfin, comme pour discréditer le pacifisme, ces quelques écrivains pacifistes qui, par une extraordinaire aberration, passèrent à la \u201ccollaboration\u201d, opérant la marche inverse de celle des innombrables résistants qui, s\u2019apercevant au long du temps de la profonde inanité des bombardements massifs comme des égorgements des maquis, fournissent maintenant au plus noble et au plus impartial des pacifismes des recrues décidées à une action toujours plus intégrale.C\u2019est bien cette convergence entre les résistants à la guerre d'avant 1939 et les résistants à Voppression nazie, et à toute oppression équivalente, qui forme l\u2019une des meilleures chances de la lutte nouvelle en faveur de la paix; car en ce point de rencontre viennent se composer la lucidité chèrement acquise, le courage du volontaire, la fidélité de l\u2019homme libre.Dès l\u2019automne 1945, les anciens et les jeunes pacifistes, conscients les uns et les autres de la dispersion qui jusqu\u2019à la guerre avait caractérisé les Sociétés de paix, dispersion que favorisait souvent un esprit de rivalité personnelle ou d\u2019impérialisme de groupe, songèrent à coordonner leurs activités.Tandis que des groupements spécialisés prenaient naissance ou se réformaient, quelques comités de liaison se constituèrent pour synchroniser et par là même amplifier leurs travaux; tout en lançant des appels à l\u2019union dans les Pays où les mêmes phénomènes se produisaient (Maison de la Paix, Cartel international de la paix).Il m\u2019est impossible d\u2019énumérer même la dixième partie des Associations en faveur de la paix qui existent LE PACIFISME DES FORTS 151 à l\u2019heure actuelle dans le monde: il y en a certainement plus de 500; en comptant, il est vrai, les Fédéralistes, dont il faut dire, hélas! que leurs contacts avec les résistants à la guerre ne sont que sporadiques parce que dans un très grand nombre de cas leurs contacts avec les ministres en place sont extrêmement réguliers (le Bloc occidental et les alliances militaires sont pour eux des objets de préoccupation constante); en comptant aussi des groupements comme les Combattants de la paix et de la liberté, qui ont réussi à réunir les communistes et d\u2019anciens résistants contre la guerre au peuple russe, ce qui serait parfaitement louable et constituerait une étape vers une résistance populaire aux massacres menés par en haut, si en même temps ils avaient réussi à dresser le peuple de France contre la guerre au peuple américain.Il y a donc des mystifications, dans les deux sens, qui accentuent la division du monde en deux blocs, et qui faussent, qualitativement, les statistiques concernant les groupements appelés pacifistes en première approximation.Je me contenterai donc d\u2019esquisser un classement des groupes se rattachant au pacifisme des forts et de ceux qui, sans être résistants absolus à la guerre et ne travaillant pas directement à la pacification, respectent les intégristes et s\u2019articulent avec eux.lo Une première famille d\u2019associations est celle qui a pour centre de ralliement et en même temps de dispersion à travers le monde l\u2019Internationale des Résistants à la guerre, dont nombre d\u2019affiliés furent, qui pendus par les nazis avant 1939, qui assassinés avec leurs frères résistants dans les camps de la mort pendant la guerre.On pourrait constituer une boule- 152 l\u2019action nationale versante collection des lettres que beaucoup de ces hommes et de ces femmes ont écrites avant leur mort pour témoigner de leur foi.Voici les pays qui comportent chacun une ou plusieurs sections de cette I.R.G.(ou War Resistors International): France, Belgique, Hollande, Suisse, Angleterre, Irlande, Suède, Norvège, Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie, Espagne, Italie, Etats-Unis d\u2019Amérique, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Inde, Palestine, Argentine, Mexique.Les membres du Service Civil Volontaire international (déjà nommé), sans signer obligatoirement un engagement comme le précédent, participent souvent du même esprit: les chantiers de reconstruction et de réconciliation où ils se retrouvent, entre nationaux de divers pays, se disséminent actuellement en France, en Allemagne, en Italie, en Hollande, en Grèce, en Afrique du Nord (Kabylie).Le Mouvement international de la Réconciliation, qui a une branche allemande importante, rassemble ceux qui \u201ccroient que l\u2019Amour de Dieu, tel que Jésus-Christ l\u2019a révélé et manifesté dans sa vie et dans sa mort, est la seide puissance par laquelle le mal puisse être surmonté\u201d.La non-violence est pour ce Mouvement un objet central d\u2019étude.A cette famille appartient également l\u2019équipe communautaire du Cheval Blanc.2o Une deuxième famille de groupes travaille surtout par les moyens de la propagande générale contre la guerre, de la divulgation de ses causes et de ses effets, dresse des bilans, organise des manifestations, invite les populations à faire pression sur leurs LE PACIFISME DES FORTS 153 représentants.Telles sont, en France, la Confédération générale pacifiste (à tendances libertaires), l\u2019Union pour une Humanité Nouvelle (région de Lyon), le Parti pacifiste internationaliste, de nombreuses Associations de Femmes pour la paix (en Italie en particulier), d\u2019éducateurs et d\u2019éducatrices (Madeleine Yernet, Marthe Gouilliart, en France), etc.3o Une troisième famille est celle des groupements d\u2019Economie nouvelle (Economie distributive ou coopérative) qui préparent scientifiquement l\u2019opinion à admettre la nécessité urgente de remplacer le capitalisme, c\u2019est-à-dire l\u2019Économie du Profit (avec tout son cortège de contradictions, d\u2019immoralités et de compétitions périmées à notre époque où les cloison-sonnements de l\u2019espace sont révolus) par une Economie des besoins essentiels à tous les hommes.Exemples: le Mouvement français pour l\u2019abondance, le Socialisme distributif.4o La quatrième famille est celle des mondialistes, avec le Front humain des Citoyens dxi monde, dont le programme est: l\u2019éveil de la notion de citoyenneté mondiale, la formation d\u2019une Assemblée des peuples, et d\u2019un Gouvernement mondial.En guise de conclusion, et en se référant aux différentes causes manifestes des insuccès passés, en même temps que des réussites historiques qui ont marqué le combat pour la paix, on peut essayer de dégager quelques-unes des conditions auxquelles il va falloir satisfaire pour réduire au minimum les pertes d\u2019énergie spirituelle et physique: \u2014 Parvenir à convaincre chaque association que sa solution n\u2019est pas la \u201cseule solution\u201d (expression 154 l\u2019action nationale trop souvent entendue!) et que sa spécialisation ne vaudra qu\u2019en complément de la spécialisation de sa voisine.Quand les animateurs des sociétés de paix ne seront plus persuadés de la superexcellence de leur groupe et de sa doctrine, un grand pas sera franchi vers la synthèse fraternelle des efforts, et donc vers l\u2019unité d\u2019action, habituelle ou au moins occasionnelle.\u2014 Développer l\u2019offensive de paix dans tous les pays pour n\u2019être pas accusé de désarmer l\u2019un au profit de l\u2019autre.\u2014 Désintellectualiser le langage pacifiste.Faire descendre les doctrinaires du haut de leur estrade spéculative et les inviter à parler au peuple en termes accessibles.Poursuivre, dans la clarté absolue et non pas au moyen des procédés trompeurs du type \u201cviol des foules\u201d, l\u2019éveil des masses travailleuses, en les orientant vers l\u2019action directe non violente, avec le constant souci d\u2019élever leur potentiel humain (au sens de \u201cspirituel\u201d).\u2014 Rappeler aux autorités spirituelles et morales que leur conformisme moyen aux us et coutumes de la Barbarie moderne est une des causes essentielles de la dégradation de l\u2019énergie morale des foules et de leur asservissement à la violence sous toutes ses formes.Rappeler aux \u201ccadres\u201d des confessions chrétiennes que s\u2019ils ont jusqu\u2019ici (sauf merveilleuses exceptions) reculé devant la nécessité suprême de prendre l\u2019attitude révolutionnaire de l\u2019Amour que leur commandait l\u2019Evangile, ils ne sauraient temporiser plus longtemps.Leur dire aussi que le salut terrestre et spirituel du monde ne se fera qu\u2019avec le peuple et, LE PACIFISME DES FORTS 155 sinon contre la plupart des gouvernements, du moins sans eux.Hors des voies radicales du retour aux sources et de la collaboration avec les humbles, ils ne pourront espérer aucune solution durable, aucun gage de bonheur universel.Frank Emmanuel TRENTE-SIX ANS Dans la dernière livraison de l\u2019Action nationale, nous faisions remonter nos lettres de noblesse jusqu\u2019à 1917, époque où parut le premier numéro de l\u2019Action française (de Montréal).En fait, nous pouvons gagner quatre autres années d\u2019ancienneté parmi les organisations canadiennes-françaises.Car l\u2019Action française fut précédée par la Ligue des droits du français.Celle-ci, fondée en 1913, publia bientôt l\u2019Almanach de la langue française, qui devait connaître plusieurs années de rayonnement et des tirages respectables.Ainsi, s\u2019il ne nous est pas possible de rejoindre les quarante ans bientôt faits du Devoir, cela donne tout de même à notre oeuvre trente-six années d\u2019activité : âge respectable pour un groupement canadien-français.Nous avons l\u2019impresssion de les porter assez gaillardement, et l\u2019âge n\u2019a pas encore fait couler dans nos veines cette glace dont a parlé le grand Corneille .La première Ligue comptait parmi ses directeurs des hommes dont l\u2019avenir allait prouver qu\u2019ils ont de la suite dans les idées : le p.Joseph Papin Archambault, M.Orner Héroux, et notre actuel président, Me Anatole Vanier. Petit dossier sur le pacte fédératif ii Dans notre édition de septembre, nous faisions témoigner de grands juristes et quelques-uns des Pères de la Confédération, sur le sens qu\u2019il faut donner à notre régime politique.Nous avons vu que tous, après avoir reconnu l\u2019évidence \u2014 c\u2019est-à-dire que l\u2019Acte de 1867 est une loi votée par le Parlement de Westminster \u2014, ajoutent néanmoins que cette loi sanctionnait un traité, un pacte, une entente, un compromis effectué entre quatre provinces canadiennes.Que ce contrat n\u2019ait pas été rédigé en bonne et due forme, que même on l\u2019ait violé à plusieurs reprises, cela ne change en rien sa nature et ne supprime pas l\u2019obligation morale qui en résulte.Prenons bien garde qu\u2019il ne s\u2019agit pas là d\u2019une querelle de mots.Nous ne tenons pas à une expression plus qu\u2019à l\u2019autre: pacte ou traité, l\u2019important est qu\u2019on soit en présence d\u2019wne entente librement consentie et qui continue de lier moralement les parties.Si d\u2019un côté on y met fin, chacun pourrait reprendre sa liberté.Cela dit, continuons d\u2019entendre des témoignages.Après les juristes et les fondateurs du régime, nous retiendrons le témoignage de quelques-uns des hom- l\u2019action nationale 157 mes politiques du Canada depuis 1867.Puis nous en resterons là dans cette rubrique, parce que nous aurons mieux à offrir au lecteur.Dans la livraison de novembre il trouvera un grand article du P.Richard Arès, s.j.Avec son don habituel de clarification, l\u2019auteur reprendra cette question disputée.Voici aujourd\u2019hui pour les politiques.Au cours d\u2019un débat parlementaire, durant la session de 1906-7, Sir Wilfrid Laurier, alors premier ministre du Canada, déclara notamment: La Confédération est un PACTE qui a été conclu en premier lieu entre quatre provinces, et qui a été accepté par les neuf provinces qui sont entrées dans l\u2019union, et je soumets aux honorables membres de cette Chambre que ce PACTE ne doit pas être modifié à la légère.On ne devrait y toucher que dans les cas de 1 nécessité réelle et APRÈS QUE LES PROVINCES AURONT EU L\u2019OCCASION DE SE PRONONCER.Le chef de l\u2019Opposition, Robert Borden dans la même occasion, ne parlait pas autrement: J\u2019approuve l\u2019honorable che du Gouvernement lorsqu\u2019il dit qu\u2019il ne faut pas entreprendre à la légère de modifier les les termes de notre constitution, et je suis porté à penser comme lui qu\u2019il est nécessaire d\u2019avoir une consultation avec toutes les provinces.Il est vrai que les provinces sont déjà représentées ici, mais comme c\u2019est un PACTE FÉDÉRAL qu\u2019on nous demande de modifier, il n\u2019est que juste que chaque province soit consultée, et que sa DÉCISION soit rendue dans la plénitude du droit qu\u2019elle possède comme individualité distincte. 158 PETIT DOSSIER SUR LE PACTE FÉDÉRATIF Il y eut donc consultation des provinces en 1907; après entente avec celles-ci, le Parlement fédéral vota une adresse au roi, demandant une modification constitutionnelle.Il fallut une loi du Parlement de Westminster.C\u2019est M.Winston Churchill, alors secrétaire d\u2019État, qui pilota le projet.Il émit la déclaration de principe suivante: L\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique sert de fondement à la constitution politique du Canada, C\u2019est l\u2019acte par lequel divers gouvernements coloniaux ont (adhéré VOLONTAIREMENT.Cette adhésion a pris la forme d\u2019un TRAITE; alors, comme on demande de modifier les conditions du traité, ainsi que le comportent les changements faits aux chiffres dos subventions provinciales, les premiers ministres réunis en conférence ont jugé nécessaire de demander au parlement impérial de RATIFIER CETTE DÉCISION en bonne et due forme.Là-dessus, Ernest Lapointe, qui rapporte ces paroles dans son discours du 18 février 1925, ajoute le commentaire suivant: \u201cC\u2019est l\u2019interprétation admise par tous les intéressés en Canada et je dois dire.qu\u2019aujourd\u2019hui encore c\u2019est l\u2019opinion de tous les hommes d\u2019État provinciaux\u201d.Il est peut-être bon de rappeler en effet que tous les premiers ministres provinciaux du Québec au moins depuis Honoré Mercier jusqu\u2019à M.Maurice Duplessis (avec peut-être l\u2019exception de M.Adélard Godbout?) ont estimé que la Confédération constitue un contrat et que pour amender ce pacte il est nécessaire d\u2019obtenir l\u2019adhésion des provinces.Lapointe cite une correspondance échangée entre son prédécesseur au ministère de la Justice et les procureurs généraux des provinces; il en ressort que \u201cM.Doherty et les procureurs généraux de l\u2019action nationale 159 toutes les provinces ont exprimé l\u2019opinion unanime que le consentement des provinces était nécessaire en pareil cas\u201d.En 1925, le chef de l\u2019Opposition, M.Arthur Meighen, admettait le bien-fondé de cette thèse: Le PACTE FÉDÉRATIF est, à n\u2019en pas douter, un CONTRAT garantissant des droits dont le parlement canadien ne peut disposer et nous ne pouvons pas proposer qu\u2019ils soient modifiés à notre seule demande.Au cours du même débat, le 19 février 1925, le premier ministre M.L.MacKenzie King posait fort bien le problème et le résolvait à l\u2019inverse de M.Louis Saint-Laurent, son successeur.Voici la principale partie de sa déclaration: .Il ne faut pas perdre de vue le PACTE conclu à l\u2019époque de la Confédération et.on no devrait pas procéder avant qu\u2019il y ait une conférence et une ENTENTE entre le Dominion et les provinces.Le 24 février 1930, c\u2019était au tour de R.B.Bennett de se prononcer sur le sujet.Il le fit en Chambre dans les termes suivants: L\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord est un TRAITÉ, un PACTE fait entre quatre provinces.C\u2019est même aller au delà de la réalité: l\u2019A.A.B.N.étant en effet une loi qui ratifie un, traité, et non point, de toute évidence, directement un traité.C\u2019est une précision à laquelle il importe de tenir, sans quoi on donne prise à des objections trop faciles.Le P.Arès citera le mois prochain de larges extraits du discours prononcé en 1925 par Ernest Lapointe.Pour clore cette série de témoignages, enregistrons 160 PETIT DOSSIER SÜR LE PACTE FÉDÉRATIF celui que le ministre de la Justice et le représentant à l\u2019époque des Canadiens français dans le ministère fédéral, donnait plus récemment (2 février 1937): L\u2019A.A.B.N.est le résultat de longues et difficiles tractations, puis finalement d\u2019un compromis auquel les provinces ont adhéré par l\u2019entromise de leurs représentants attitrés officiels.Ainsi donc, entente légale, en bonne et dûe forme» librement ratifiée.D\u2019où il suit que l\u2019AUTORITÉ COMPÉTENTE pour effectuer des changements à notre constitution nationale ce sont les provinces dont le bon vouloir unanime est indispensable à toute modification qu\u2019on décidera de lui apporter.Quant à Westminster, on peut dire qu\u2019il fut simplement le notaire du PACTE de 1867 et son rôle, aujourd\u2019hui comme alors, ne consiste tout !au plus qu\u2019à authentiquer les clauses de l\u2019entente fédérale canadienne.Si l\u2019Acte de 1867 est un contrat, disait récemment un jeune ministre de M.Saint-Laurent, montrez-moi donc le notaire qui devant l\u2019acte fut passé.Eh bien voilà! c\u2019est fait, Ernest Lapointe le lui a montré.* * * UNE OEUVRE NATIONALE DIGNE DE VOTRE ENCOURAGEMENT 5*13 mm mmm m Jmm il my'W- mm'M' VrâX \u2022.^4 i- ' t%r\tf -rS-stm mm- «,\t\u2022 \u2022 Ma ra».fe® est un livre de famille écrit par les ancêtres qu\u2019on descendants INSTITUT GENEALOGIQUE DROUIN 4184.n* St-Dtn».Montréal 5.rot do Mont-TkoboL Por» Pour la République et la Paixl J4onoté ^béây.INDUSTRIEL Sainte-Dorothée, comté Laval-Deux-Montagnes.AM.5700 Avec les hommages de CHARLES LAFONTAINE Président de la Carrière LaSalle Limitée Montréal le catalogue de librairie de L\u2019ACTION NATIONALE.Sans payer plus cher, accordez votre 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