L'action nationale, 1 avril 1945, Avril
[" L'ACTIO *4' L\u2019ACTION NATIONALE\tIntolérable intolérance.245 Anatole VANTER\tL\u2019anglicisation par le bilinguisme.247 Rodolphe LAPLANTE\tL es traits f rnnco-canadiens.,\t257 De l\u2019immoralité de la cons- John J.HUGO, prêtre criplion.237 o CHRONIQUES Dominique BEAUDIN\tOn reconstruit la tour de Babel.à San Francisco.282 Roger DUHAMEL\tCourrier des lettres.291 Rex DESM ARGUAIS\tLes idées évoluent.316 VOL.XXV \u2014 No 4 AVRIL 1945 L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Comité de direction : F.-A.ANGERS, Arthur LAURENDEAU et Roger DUHAMEL.\u2022 L\u2019Action Nationale, publiée par Ja Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.\u2022 DIRECTION et ADMINISTRATION C.P.1524\t-\t- Place d'Armes, Montréal On communique avec l'administrateur de la revue, Jean Drapeau, à son bureau ; ch.603, 4 est, rue Notre-Dame, Montréal.Téléphone : MArquette 2837.L\u2019abonnement est de $2.00 par année Pour l\u2019étranger : $2.50 par année Abonnement de soutien : $5 00 par année Tous droits réservés, Ottawa, 1933. \"1 37 ANS de service consciencieux René DUPONT \u2014 président J.-H.DESCHENES \u2014 vice-président Jacques DUPONT \u2014 secrétaire-trésorier I OUI/ ^ meublez! VOTRE ^ MAISON I r H F 7 4020 EST, STF-CATHERINE « AM2III COIW JUNNI O ARC - PRIS 81VO PII IX r H F 7 Téliphon«: AMherct Î111 I LANGAGE DE CHIFFRES Actif 1939 $ 154,349 1940 $ 171,988 1941 $ 212,695 1942 $ 456,584 1943 $ 723,288 1944 $ 1,025,447 VERITABLE REVEIL NATIONAL LA LAURENTIENNE ASSURANCE-VIE Siège social : Lévis, P.Q.II Assurer l\u2019avenir de votre famille, c\u2019est bien.Penser aussi au vôtre, c\u2019est mieux.D\u2019où la nécessité de notre police à double protection.Elle vous fait rentier à vie.Si vous mourez, nous payons une annuité aux survivants.Quel est votre âge?Nos renseignements sont gratuits.* CAISSE * NATIONALE D'ÉCONOMIE 41 ou**», ru* S.- Jacques Montréal - KÀrbour 3291 La Sauvegarde de la Famille L\u2019économie est l\u2019art d\u2019ordonner ses dépenses.Sans la pratique de cette vertu sociale, la famille ne connaît aucune sécurité, elle est vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l\u2019avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez dès aujourd\u2019hui l\u2019habitude de l\u2019épargne.Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $250,000,000 514 bureaux au Canada * 60 succursales à Montréal VIAI Marchand de meubles Confection pour hommes et femmes 4270, St-Jacques O.4741, ave Verdun IV Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche PST 4 Vous trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu\u2019il faut pour meubler votre résidence.\u2022 Maison établie depuis 40 an3.\u2022 9 Mtzroy 4b8l 9 LAMARRE FRERES 3723 Notre-Dame ouest, Montréal v DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 MONTREAL Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherlne.Comptoir Postal : 780, rue Brewster.Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VI Intolérable intolérance I Les Canadiens français des provinces occidentales \u2014 Manitoba, Saskatchewan et Alberta \u2014 veulent établir quatre postes de radio.Ils entendent en payer le coût initial et les frais de fonctionnement.Ils demandent aux autorités fédérales de leur accorder le permis nécessaire; c'est déjà chose faite pour le Manitoba.Quant aux deux autres provinces, le fanatisme raciste des Anglo-Canadiens commence à donner à plein.A Saskatoon, une section de la Women\u2019s Missionary Society of the United Church of Canada, a exprimé officiellement « sa désapprobation de l'érection au Manitoba d'une station radiophonique française.» Le Regina Presbyterial a adopté une résolution pour affirmer que « ce mouvement constitue une menace formelle à l'unité canadienne.)> L'Assemblée législative de l'Alberta a approuvé un rapport de son comité des bills privés recommandant l'acceptation du retrait d'un projet de loi incorporant f Association canadienne-française de l\u2019Alberta.D'autres faits, sans doute, aussi lamentables, aussi mesquins, viendront s'ajouter à ceux-là.Est-il question quelque part dans la Charte de l'Atlantique des droits des minorités?L'actuelle levée de boucliers contre le fait français au Canada démontre que nous avons accompli peu de progrès vers l'union nationale.On veut empêcher des gens d'opérer un poste de radio dont ils assument eux-mêmes les frais.C'est le comble de la sottise et de l\u2019étroitesse d'esprit. 246 l'action nationale Mais où trouve-t-on, dans la province de Québec, de tels extrémistes,\u2014 de ces extrémistes dont nous entretiennent parfois les Eugène L'Heureux et les T.-D.Bouchard ?A nos frères de l'Ouest, notre salut le plus cordial.Bon courage.Nous mènerons la lutte avec vous, parce que votre combat, c'est, en toute rigueur de terme, notre combat.Nous sommes ensemble ! L'Action nationale.Protégeons notre Eugène L'Heureux C'est le privilège de l'émule canadien de Dorothy Thompson d\u2019aborder tous les sujets avec une égale maîtrise.En guide consciencieux du troupeau commis à sa garde, il attirait l'autre jour l'attention de ses quelques millions de lecteurs sur une question primordiale, dont dépend l\u2019avenir de notre peuple.Personne avant lui n'avait eu le souci sacré d'éveiller l'apathie de nos compatriotes, et sans lui, que serait-il advenu, Dieu seul le sait ! Cet article qui passera à l'histoire au même titre que la proclamation de Joffre, la veille de la Marne, s'intitule: « Protégeons^ nos animaux sauvages.# On y lit notamment ce paragraphe émouvant en sa sereine simplicité : « Les animaux sauvages de chez nous méritent eux aussi notre attention.C'est pourquoi tous les citoyens aimant leur province désirent que le concours organisé pour la protection de notre faune intéresse beaucoup la jeunesse, notre « espoir de demain.» Ah ! cher grand Eugène L'Heureux, si modeste, si humble, si touchant ! Nous avions jusqu'à ce jour oublié les bêtes dans notre désir de rénovation nationale.Lui, pas si bête, il y pensait, inlassablement, et il s'attristait de notre coupable indifférence\u2019.Depuis longtemps, il souhaitait sonner le tocsin.Quand donc ses frères égarés, orthodoxes ou schismatiques, abandonneraient-ils leur superbe pour pencher leur regard vers les bêtes ?Il espérait toujours que cette heure allait venir.Hélas ! N'y tenant plus, redoutant de faire la bête en voulant faire l'ange, il a trempé sa plume virile dans l'encre de la vérité et il a pris énergiquement le parti de son frère Tours et de sa sœur la louve.Saluons bien bas ce noble champion des bêtes opprimées ! L\u2019anglicisation par le bilinguisme Il existe telle chose qu'une épée à deux tranchants.Pour tout observateur tant soit peu pénétrant le bilinguisme est, au figuré, cette épée au Québec.Nous en apporterons tout à l\u2019heure un témoignage ontarien non suspect.M.John Hughes, originaire du pays de Galles, a déjà dit avec justesse que les pays bilingues sont d'anciens champs de bataille.En effet, quand un vainqueur a imposé son autorité par les armes, si le vaincu a de la fierté et de la dignité, il ne renonce pas pour cela à sa langue ni à sa culture.Ce phénomène se produisit aux Galles, en 1536, après la victoire des soldats de Henri VIII, et il se reproduisit au Canada en 1759, après la bataille des Plaines d'Abraham.De leur côté les Anglais ne laissent jamais le champ libre à leurs ennemis de la veille, qui de fait le demeurent bien un peu le lendemain.L\u2019histoire l'atteste dans l\u2019un et l'autre pays.Aussi ont-ils voulu et veulent-ils encore que fleurissent leur langue et leur culture à eux sur ces anciens champs de bataille.D\u2019où des conflits, que je trouve tout simplement normaux et qui scandalisent bien à tort les collaborateurs éplorés du Canada et de Galles.Dans ces oppositions de langues le peuple anglais, quel que soit l'endroit où il s\u2019est installé, pose constamment en principe, contre le bilinguisme, son droit à l\u2019homogénéité de langue.Voyons un peu sa tactique, que je trouve pour ma part admirable, même si elle opère contre moi.La règle est constante, qu\u2019on l\u2019observe chez les particuliers, du modeste employé à l\u2019intellectuel de 248 L ACTION NATIONALE réputation, dans les compagnies privées, les associations et les clubs, les municipalités, les compagnies d\u2019utilité publique, spécialement les banques, les compagnies de transport, de télégraphe et de téléphone, et enfin les gouvernements.Donnons-én deux exemples.Nous verrons le soin minutieux apporté au profit de leur langue par des ministres fédéraux, MM.Ilsley et Mullock.En avril 1943 le ministre des finances a sollicité des souscriptions à l'emprunt de guerre par le moyen d\u2019une lettre portant sa signature, destinée et livrée à chaque résidant des villes du Canada.Le cas de Montréal est typique.Les facteurs ont reçu, pour distribution à Montréal, deux séries de lettres.L'une anglaise et l'autre.française, pourrait-on croire ?Non, l\u2019une anglaise, pour les résidants de langue anglaise et l'autre bilingue pour les résidants de langue française.Et, afin d\u2019éviter les erreurs de distribution toujours possibles, des signes spéciaux étaient imprimés sur la section apparente de la lettre pliée: une ligne droite sur les textes anglais et un croissant sur les textes bilingues.C'est ce qui s'appelle repousser le bilinguisme pour pratiquer l\u2019homogénéité de langue en sa faveur.Il ne faut pas sourire.Il ne faut pas davantage dire que cela est du fanatisme.Quand il y a lutte quelque part, si l\u2019on veut vraiment vaincre il faut y mettre, avec de la force, de la subtilité et de l\u2019ingéniosité.Mais, devant le choix d\u2019une telle arme, avons-nous vraiment le droit, nous, de pratiquer systématiquement le bilinguisme, comme nous le faisons ?Ne faut-il pas, au contraire, suivre notre concurrent sur le terrain qu'il a choisi, l\u2019imiter dans le choix l'anglicisation par le bilinguisme 249 des armes subtiles qu\u2019il emploie ?Aurait-on le droit, sous un prétexte quelconque, d\u2019aller à la rencontre d\u2019une armée pourvue de mitrailleuses et de revolvers automatiques avec un régiment armé d'arquebuses et de mousquets ?Et voici le second exemple.Si vous écrivez à un fils, à un frère, à un neveu en service en France, en Italie ou aux Indes, le Département des postes met gracieusement à votre disposition de petits bleus portant les inscriptions suivantes: \u201cArmed Forces, Air Letter, Air Mail.If anything is enclosed.etc.\".Si vous demandez au bureau de poste de la Place d'Armes, à Montréal, les mêmes bleus avec inscriptions françaises ou au moins bilingues, on vous dit qu\u2019il n\u2019y en a pas, qu\u2019il n\u2019y en a jamais eu.Si vous vous plaignez au ministre des Postes, M.Mullock vous fait tenir un bleu bilingue, d\u2019une concision admirable: \u201cCanada.Air Letter.Par Avion\".Mais cela ne veut pas dire que le bureau de la Place d'Armes en reçoive du même coup une provision.J\u2019ai vérifié le contraire.C\u2019est ce que j\u2019appelle de la part de MM.Ilsley et Mullock: livrer un combat serré en faveur de sa langue et de sa culture ! Pourquoi alors, de notre côté, cette profusion non glorieuse de bilinguisme ?Pourquoi chez nos particuliers tant d\u2019enseignes bilingues, de la papeterie bilingue ?Pourquoi des chèques bilingues ?Comme si l\u2019ordre de payer, adressé à une banque, ne doit pas être toujours rédigé dans notre langue à nous, que nous payions un Anglais ou un Espagnol ?Aussi il ne faut pas nous étonner si la résultante du procédé anglais et du nôtre tend à faire chez nous 250 l'action nationale de l'anglais la langue de communication, dans un Québec aux quatre cinquièmes français, dans une ville comme Montréal, de majorité française.La Nouvelle-France d'Amérique aurait-elle maintenant le goût de la démission en faveur de son concurrent, après avoir eu la volonté de transformer en victoire morale sa catastrophe de 1760 ?De 1867 jusqu\u2019en 1941 les lois du Québec ontété imprimées en deux séries distinctes, l\u2019une française et l\u2019autre anglaise.Depuis 1941, les deux textes sont imprimés sur la même page.Et l\u2019on est naïvement content ! Dans le monde officiel du Québec c\u2019est le bilinguisme alternatif qu\u2019il nous faut employer, c'est-à-dire les deux séries distinctes.En d'autres termes la moins dommageable des deux formes de bilinguisme, la moins dommageable à la formation de l\u2019esprit et à la dignité de notre peuple.Le concurrent anglais repousse énergiquement le bilinguisme, et lui, le fort, il pratique l\u2019homogénéité de culture.Il ne nous est pas permis d'adopter une ligne de conduire différente.Gravons dans nos esprits l\u2019image de tout à l\u2019heure, celle de l\u2019arquebuse pour riposter au revolver automatique.Il est temps de franciser dans le Québec notre atmosphère linguistique, voilée par un bilinguisme sans caractère, ce bilinguisme qui fait peur comme un poison à ce peuple fort qu'est le peuple anglais et qui devrait éveiller notre méfiance.Le bilinguisme est un compromis pour les gouvernements et les services d\u2019utilité publique là où vivent deux peuples sur un même territoire.Il ne doit pas être un but, comme il le devient chez nous par une légèreté d\u2019esprit incroyable. l\u2019anglicisation par le bilinguisme 251 Par la répétition de ce mot d'ordre: « Bien apprendre l'anglais pour réussir », que des ministres québécois ont formulé pendant quelque temps d'une façon si étrange, la parole du vieux juge William Mulock se serait réalisée: « Ce sont des hommes comme Harvey et comme Godbout, le nouveau premier ministre du Québec, qui mènent cette province (le Québec) vers des vues plus larges.Cela peut prendre du temps, peut-être même 50 ans, mais le Québec deviendra province de langue anglaise.Et cette plus grande unité nationale est pleine de promesses pour le Canada.» Québec doit être bilingue \u2014 en attendant d'être anglais \u2014 et les autres provinces canadiennes doivent demeurer homogènement anglaises, de l'avis de certaines gens ! On a dit la même chose en Belgique, du moins en certains milieux, on a soutenu que la Wallonie doit être française, mais que la Flandre doit être bilingue.A quoi le Père Rutten, O.P., a répondu au Sénat belge: « La Flandre a droit autant que la Wallonie à l'homogénéité de langue.Et si, dans le passé, il n'en a pas toujours été ainsi, cela ne veut pas dire que les Flamands doivent s\u2019interdire de vouloir l\u2019homogénéité de culture dans l\u2019avenir et de la préparer dans le présent ».Pour protéger sa langue, la langue de la majorité, le Québec peut pourtant, comme tout groupement humain qui se respecte, imposer à tous la connaissance du français chez lui.Si, par une largeur de vue qui convient à un ancien « vaincu », il ne va pas jusque là, il pourrait peut-être exiger au moins la connaissance du français de tout contremaître d'usine dans le Québec, de 252 l\u2019action nationale manière à ne pas obliger notre peuple à connaître une langue seconde pour gagner sa vie chez lui.Un pays bilingue ce n'est pas un pays où un des peuples qui le composent parle deux langues, c'est un pays où deux peuples sont sur un pied d\u2019égalité au point de vue linguistique.Le bilinguisme est surtout l'affaire des personnes cultivées, non du peuple.Un peuple a déjà assez de mal à connaître passablement sa propre langue.Elle est condamnable et menteuse chez les nôtres cette maxime: « Bien apprendre l\u2019anglais pour réussir ».Il serait plus juste de transposer la méthode anglaise et de dire: « Pratiquer la solidarité pour réussir».Les Canadiens de langue française et les Acadiens qui savent tous l\u2019anglais en dehors du Québec ont été au premier rang des chômeurs au cours de la dernière crise économique.Pourquoi ?Ils savaient pourtant l\u2019anglais.Oh! sans doute, mais à cause de la solidarité anglaise.Quand tous nos gens sauraient l\u2019anglais il resterait autre chose.Pourquoi ne pas le dire?'\u2014la solidarité religieuse, qui travaillerait encore contre nous.Non, soyons et demeurons nous-mêmes, mais pratiquons nous aussi la solidarité.Un peuple de 3,500,000, sur un continent où l\u2019on compte treize Etats souverains avec des populations inférieures à ce chiffre, peut très bien pratiquer la solidarité.Voilà, semble-t-il, la vraie formule.Et pourquoi cette formule ne passerait-elle pas du domaine économique au domaine moral ?Elle réduirait peut-être du même coup les mariages mixtes au point de vue langue et mixtes au point de vue foi.Si nous en jugeons par la quantité de « Star » et de « Gazette » vus chaque jour entre l'anglicisation par le bilinguisme 253 les mains des nôtres, par le nombre des enfants de ces mêmes gens placés dans les cours anglais et même protestants, par le nombre de mariages mixtes par la langue et par la religion, nous sommes en pleine crise de « bonne-entente unilatérale », précisément celle qu'appelait de tout son cœur le juge Mulock.Que penser, à la vérité, de l'ampleur et de la profondeur de vues sur les problèmes canadiens de ceux des nôtres qui sollicitent sans cesse des sacrifices sur l\u2019autel de F «unité» nationale?S\u2019ils traduisaient au moins « Unity » du slogan-attrape par « union » ! Et cette crise, singulière à tout point de vue, se manifeste précisément à une époque où l\u2019impérialisme anglais inspire profondément, à Ottawa, un gouvernement centralisateur et saboteur de la constitution.J\u2019ai écrit: c'est le bilinguisme alternatif qu\u2019il nous faut à Québec.Mais, avec ce mot d'ordre peut-on continuer à demander le bilinguisme simultané à Ottawa, c\u2019est-à-dire, les deux textes sur le même feuillet ?Ici, notre logique française en est sans doute tout émue ! En effet, si la logique le demandait, ne devrions-nous pas nous mettre la corde au cou ?Eh ! bien, non, nous ne sommes pas obligés de nous mettre la corde au cou et nous ne sommes pas davantage tenus à réclamer le bilinguisme alternatif à Ottawa parce qu\u2019il nous sert mieux que l\u2019autre au Québec, foyer de notre langue et de notre culture.Le point de comparaison du Québec, n\u2019est pas Ottawa, clef de voûte d'une Confédération, c\u2019est bien là où devrait être pratiqué le bilinguisme simultané qu\u2019on nous refuse d\u2019ailleurs, le point de comparaison du Québec est Toronto, Halifax, Winnipeg, où se pra- 254 l'action nationale tique depuis toujours ce que les Flamands commencent à vouloir et ce qu'il nous faut impérieusement vouloir nous-mêmes: l'homogénéité de langue et de culture pour que vive et s'épanouisse la Nouvelle-France d\u2019Amérique.Anatole Vanïer.Au diocèse d'Edmundston Sous ce titre, le R.P.M.-Masson, O.P.a fait paraître dans le Devoir (24-11-45) un excellent article sur les avantages temporels et spirituels du nouveau diocèse acadien.C'est l\u2019occasion pour lui de bien marquer le rôle important qui échoit aujourd'hui à nos compatriotes du Nouveau-Brunswick : Après avoir connu et vécu l\u2019âge de fer, c\u2019est l\u2019âge d or qui s'annonce pour les Français du Nouveau-Brunswick.On peut aussi prévoir une autre heureuse conséquence d'une organisation diocésaine forte au pays français du Nouveau-Brunswick.C\u2019est quelle aura un résultat encourageant pour les groupements français disséminés dans les provinces voisines: la Nouvelle-Écosse et l'Ile du Prince-Édouard.Ce s chers compatriotes sont souvent isolés dans un milieu anglophone et protestant.Et nous savons malheureusement combien le défaitisme les gagne facilement.Alors ce sera le devoir des Français du Nouveau-Brunswick, plus forts et mieux organisés, d'exercer plus activement et plus méthodiquement leurs activités patriotiques dans ces régions limitrophes.Le Nouveau-Brunswick français devra faire pour ces deux provinces maritimes voisines ce que Québec fait pour les autres provinces.Si le Nouveau-Brunswick français reçoit aujourd'hui de grands avantages, de grands privilèges, il contracte aussi plus d\u2019obligations.Sans tarder, parce que nous savons combien le travail est extrêmement urgent, les dirigeants français du Nouveau-Brunswick doivent travailler à établir une solidarité constante avec leurs frères dans ces deux autres provinces. Jl)ei éditioni nationaleA en langue anglaise \"A FRENCH CANADIAN SPEAKS\" by Roger Duhamel reproduit du Maclean's Magazine édition du 1er janvier 1945 \"WHY WE ARE DIVIDED\" (traduction anglaise de la conférence du chanoine Grouix : \"Pourquoi nous sommes divisés\") Une première édition de 20,000 exemplaires s'est enlevée rapidement.Une nouvelle édition de 15,000 exemplaires vient de paraître.CHAQUE brochure :\t$ 0.05 l'exemplaire $ 4.00 le cent $35.00 le mille.LES EDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE C.P.1524 Place d'Armes, Montréal MArquette 2837 L*ANTIQUITE EST UN TITRE DE NOBLESSE Tjoute famille qui peut retracer iei ancêtre A 250 ou 300 ans en arrière s'impose au respect Les romanciers, pour nous présenter leurs plus remarquables héros, ne trouvent de meilleure formule que celle-ci : \"Sa famille remontait .au temps des Croisades\" .ou bien \"aux origines de la Normandie\" .ou bien, en \u2022 termes généraux, \"aux temps les plus reculés\".Et si l'antiquité est, par elle-même et sans aucune addition, un titre de noblesse, elle l'est, à plus forte raison, lorsque, comme dans notre cas, cette antiquité s'enrichit en cours de route de nombreux faits glorieux, héroïques.Trente et un ans de recherches patientes et une immense documentation méthodiquement accumulée nous mettent en état de retracer vos ancêtres deux ou trois cents ans en arrière, soulignant tout ce qu'il y a de glorieux pour chacun d'eux.Avec documents authentiques à l'appui.\u201cUne oeuvre nationale digne de votre encouragement\" INSTITUT GÉNÉALOGIQUE DROUIN 4184, rue St-Denis .Montréal lmmer.se documentation méthodiquement accumulée.31 ans de recherches patientes.Généalogie de tout Canadien français, Franco-Américain ou Acadien.Ecrivez-nous pour renseignements et honoraires. Les traits Franco-canadiens M.Rodolphe Laplante, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, s'est rendu il y a quelques semaines à Toronto porter la parole sous les auspices des « Visites interprovinciales ».A cette occasion, il a voulu brièvement expliquer à ses auditeurs de langue française les caractères dominants du type canadien-français.Nous publions ici les principaux passages de cette causerie, et nous remercions l'auteur de nous avoir autorisés à le faire.Le Canadien français n'est pas dissimulé; il est replié parce que timide.11 en est ainsi bien davantage encore de nos frères acadiens de langue française.Quelqu'un qui est de la maison, de la maison cana-dienne-française, peut-il impartialement présenter l'un des siens à un voisin bienveillant sans paraître exagérer, sans fausser la vérité ?Y a-t-il trop peu de perspective pour saisir le sujet à présenter ?Ce qui manquera au tableau, ne l'attribuez pas, je vous prie, au désir de cacher nos faiblesses de caractère, car nous en avons; imputez-le plutôt au caractère fermé et pourtant simple du Canadien français, à l\u2019impossibilité où nous en sommes rendus nous-mêmes de pouvoir le présenter d'une façon sûre et définitive, car il évolue ! Il évolue, certes, dans son comportement social, il évolue dans son niveau de vie, il évolue pour le mieux dans son degré d'instruction, il évolue comme citoyen de la province de Québec, il évolue aussi comme citoyen du Canada tout entier. 258 l'action nationale Parmi ses traits distinctifs, il faut mentionner un caractère fait de prudence et de justice mais où la fermeté se trahit par des habitudes intellectuelles, morales et physiques.Par prudence, il y a cent ans et plus, il refusa des offres d\u2019assimilation.Il avait décidé de garder son âme et il tint parole.J\u2019ai dit qu'il était imbu de prudence car il n\u2019aime pas courir des aventures et vous voyez avec quelle hésitation il accepte des idées nouvelles, même bonnes.Donc, au pays de Québec, quelque chose a changé depuis Maria Chapdelaine, mais la volonté de durer est la même.Je ne parlerai pas ici du comportement de nos gens groupés autour de l\u2019église.Tel n\u2019est pas mon sujet.Je veux établir qu\u2019en parallèle à votre « community spirit », existe chez nous, au Canada français, un esprit paroissial, et cet esprit paroissial implique pour nos gens l\u2019attachement à un territoire déterminé, une communauté d\u2019intérêts sociaux et économiques.J\u2019ai vécu en Ontario, dans l\u2019Ouest canadien, et je ne dis pas que c\u2019est une supériorité, je dis que c\u2019est un fait, un trait des Canadiens français: nos compatriotes ont l\u2019esprit paroissial, l\u2019esprit régional.Nos gens s\u2019intéressent avec scrupule, conscience, aux affaires de la municipalité et de la commission scolaire locale.Et vous assistez, dans les campagnes notamment, dans nos gros villages et dans les petits, dans nos petites villes à ce fait extraordinaire mais émouvant dans sa simplicité et son efficacité que des hommes parfois, je dis parfois, peu instruits, ayant réussi en affaires, notamment à acquérir une certaine fortune, en viennent à administrer la municipalité ou la commission scolaire.Jugés par leurs compatriotes LES TRAITS FRANCO-CANADIENS 259 comme bons administrateurs de leurs biens propres, ils sont appelés alors à administrer leur paroisse.Il faut avoir vu, comme nous le voyons chez nous, ces hommes peu instruits, je le répète, mais très consciencieux, s'occuper de la mairie d\u2019une petite paroisse, du poste de conseiller.Ils sont alors conservateurs du bien des autres comme ils le sont de leur bien.Il y a évidemment une ombre à ce tableau, c'est qu\u2019ils sont parfois trop traditionalistes, qu\u2019ils ont peur des améliorations trop coûteuses, mais sous la concurrence des autres municipalités, sous l\u2019exemple donné, n\u2019ayez crainte, ils s\u2019adaptent et font tout aussi bien que quiconque.Dans ce cadre paroissial, les commissaires d\u2019école ont surveillé la petite maison d\u2019enseignement, et là ils ont péché.Leur qualité est devenue un défaut.Ils ont souvent, parce qu'ils étaient pauvres, mesquiné sur le salaire de l\u2019institutrice mais la pauvreté est leur excuse.Dans les centres ruraux chez nous comme dans les paroisses de villes canadiennes-françaises comme Québec et même Montréal, les nôtres se groupent autour d\u2019une paroisse, ils en viennent à se connaître les uns les autres, à s\u2019entraider et à se quereller comme quiconque, lorsque la politique survient.On vous a dit et on vous a répété que nos compatriotes avaient le respect des groupes protestants ou catholiques de langue anglaise du Québec et il n\u2019est pas une paroisse de la province de Québec qui ne traitera pas avec une exquise bienveillance l\u2019Irlandais, l\u2019Écossais ou l\u2019Anglais qui y habitent.Vous avez une preuve de cette largeur de vue dans le fait que des comtés en majorité française dans la province de 260 l'action nationale Québec ont élu pendant longtemps et élisent encore à Ottawa des députés de langue anglaise.Il en est de même au provincial.Bien des formules ont été émises pour la bonne entente des Canadiens d'origines anglaise et française au pays.Ainsi, M.Léo Dolan, ancien directeur de l'Office du tourisme et aujourd\u2019hui directeur de la publicité du Canada, disait à Montréal: «Si l'on transportait 100,000 Québécois en Ontario en les échangeant contre 100,000 Ontariens, la question de la compréhension et des divergences de vues serait vite réglée.)) Le journal Le Droit, d'Ottawa, commentant cette déclaration, ajoutait: « La question de l'harmonie, au Canada, exigera plutôt de l'esprit de justice que des voyages pour la régler.Il faudra trouver autre chose que des projets d'entente où les Canadiens français (qui veulent rester eux-mêmes et garder leurs prérogatives) sont appelés à adopter la manière anglaise ou à concéder une autre tradition française.)) Je suis, pour ma part, quelque peu de ce dernier avis, convaincu qu'en se dépouillant de leur personnalité, les Canadiens français n'apporteraient plus à leurs associés qu\u2019un chiffre d'individus indignes de respect et de confiance.Selon moi, la formule de la parfaite entente entre nos deux grandes races, c'est la reconnaissance des droits de chacune, la tolérance du mode de vivre de chacune et la sincère association dans la poursuite des intérêts communs.Dans le domaine intellectuel, on a souvent dit que le Canadien français était vingt ou vingt-cinq ans en retard sur la production ou la mode intellec- LES TRAITS FRANCO-CANADIENS 261 tuelle de France Est-ce à dire qu\u2019il ignore les auteurs tout à fait modernes ?Vous savez bien, mesdames et messieurs, que notre élite intellectuelle connaît Péguy et Claudel, même s'ils sont difficiles à digérer ! Mais les nôtres, mes compatriotes, qui sont prudents, je le répète, n'aiment pas à accepter des modes nouvelles sans savoir si cela leur convient; si cela leur convient au point de vue moral, et si cela convient au milieu pratique dont nous sommes entourés.Il est certain qu'au point de vue bravoure physique, le Canadien français est brave; il en a fait plusieurs fois la preuve dans le passé et aussi dans le temps présent.Mais que nous aimions la chose ou pas, il a, sur un ensemble de faits nationaux ou internationaux, des vues qui ne sont pas celles des autres Canadiens, de langue anglaise notamment, qui touchent encore au pays d'origine, la Grande-Bretagne, par des liens très immédiats, par des affinités de parenté très rapprochée, et c'est là toute la question.Quelques-uns ont voulu, mais ne cessons de le dire, surtout ici à Toronto, très peu chez nous veulent limiter notre patrie à la province de Québec.La majorité, la quasitotalité déclare et affirme, pense et que leur patrie est le Canada.Ceci posé, essayons de comprendre que le Canadien français n'est pas antibritannique, qu'il n'est pas hostile au point de vue des autres, mais il voudrait, tout en demeurant lui-même, en n\u2019enlevant rien aux autres, il voudrait, dis-je, demeurer lui-même.Le Canada français est composé de familles multipliées par milliers.Parmi les caractéristiques ou les traits du Canadien français, il faut mentionner le respect des parents, le respect de la morale, des habi- 262 l'action nationale tudes d'économie que nous sommes à peu près les seuls aujourd\u2019hui à pratiquer.La prudence, la justice, la force et la tempérance sont des vertus cardinales, source de toutes les autres vertus; elles se partagent le gouvernement de l\u2019individu.C\u2019est celles que le Canadien français s'efforce de pratiquer car il est un partisan du juste milieu.Il a, par exemple, moins horreur de l\u2019intervention de l\u2019État que d\u2019autres, et par contre il repousse avec vigueur l'intervention de l'État en certaines matières, comme l\u2019éducation.Son souci de la justice est patent.Nous le trouvons, dans le Québec notamment, dans le traitement que nous accordons à nos amis catholiques de langue anglaise et dans celui accordé à nos amis protestants de langue anglaise, et je défie qui que ce soit d\u2019affirmer que dans la province de Québec, nous n\u2019avons pas eu toujours l\u2019entier souci du respect des droits des autres.Ce que nous devons comprendre, vous de langue anglaise et nous de langue française, c\u2019est que la façon particulière de voir certains problèmes, de votre part ou de la nôtre, ne fait pas de nous des ennemis ou de mauvais Canadiens.Sachez, chers jeunes gens qui connaissez un peu la province de Québec, qui avez pu sentir battre son cœur, qui avez entendu le son de son âme, répéter autour de vous que si nous sommes les tenants d\u2019une fidélité à un principe de vie, nous sommes aussi des citoyens du Canada tout entier, et que nous voulons respecter la façon de voir des autres comme nous voulons que l'on respecte la nôtre.La jeunesse anglo-canadienne aime les sports; la nôtre s'y adonne de plus en plus; votre jeunesse s\u2019est surtout dirigée vers les affaires, la nôtre s'y LES TRAITS FRANCO-CANADIENS 263 intéresse aussi de façon plus intense.Des auteurs de chez vous, tels que William Henry Moore, ont souligné déjà que nous étions plus préoccupés de questions intellectuelles que vous ne l\u2019étiez.C\u2019est vrai.Mais prenons garde de verser dans l'absolu.C\u2019est vrai que l\u2019enseignement de l\u2019humanisme occupe une large place chez nous et nous nous en réjouissons parce que nous attachons un grand prix aux valeurs spirituelles de la vie sans cependant dédaigner tout à fait les valeurs matérielles.Cependant, les Anglais ou Anglo-Canadiens éminents, d'une haute culture et d\u2019une vaste intelligence, comme lord Halifax, trouvent chez nous beaucoup d'admirateurs.On vient de toutes les parties de l\u2019Amérique du Nord, du Canada tout entier, dans le Québec fréquenter nos chaires de philosophie ou de sciences sociales.Est-ce à dire que tout à côté, nous ayons négligé les sciences économiques, les sciences techniques ?Oui, pendant un certain temps, mais aujourd\u2019hui, qui ignore la haute valeur de notre enseignement des Hautes Études Commerciales, de nos deux facultés de sciences économiques et politiques de Montréal et de Québec ?Et même si ces matières sont enseignées chez nous avec une belle autorité, nos élèves désireux de compléter leur formation dans le domaine de la recherche économique, de la statistique comparée, viendront chez vous ou iront aux États-Unis où un sens aigu du pratique, et de la réalité nous, est une leçon et un exemple.Si nous abdiquions notre formation intellectuelle nous craindrions de perdre ce qui constitue notre caractère essentiel, nos traits distinctifs.Nous aspirons à être des êtres de mesure, d\u2019équilibre, de justice et de sain raisonnement, et en cela 264 l'action nationale nous avons l'ambition de participer à la grandeur de notre cher Canada où la Providence nous a placés.Me sera-t-il permis de parler de l\u2019honnêteté foncière de nos gens tant de la ville que de la campagne ?Je puis parler en connaissance de cause de la fidélité de nos cultivateurs à rembourser leurs dettes.Depuis huit ans, je suis mêlé à l\u2019office du crédit agricole du Québec.Nous avons prêté à ces cultivateurs une somme globale de $48,146,000.00, et, depuis cette date, une somme de $925.42 a été perdue et l\u2019Office n\u2019a aucune terre entre les mainà.De 1937 à 1944 inclusivement, les cultivateurs ont payé, en plus de leurs versements réguliers, $4,969,192.00.Certains banquiers, d\u2019autres personnes aussi, connaissant mal les vertus d\u2019économie et d\u2019honnêteté de nos cultivateurs, avaient déclaré qu'il s\u2019agissait alors d\u2019une aventure risquée et on alléguait ce que les autres provinces avaient perdu en prêts aux cultivateurs.Train de vie moindre et, grâce au crédit stable, remise certaine.Donc, trait de l\u2019honnêteté de nos cultivateurs.Le cultivateur est stable et s\u2019il émigre, c'est en raison de difficultés économiques, car il aime la terre.Nous pourrions citer des centaines de familles qui sont encore établies sur les terres qu\u2019occupaient leurs ancêtres avant 1700.On me permettra bien de parler ici de la colonisation et Bracq, dans son volume « Evolution of French Canada», écrit: «Quebec has undertaken one of the most successful works of colonization, like that of France in North Africa, only simpler and more flourishing.» LES TRAITS FRANCO-CANADIENS 265 Qui niera le courage constant du colon, du cultivateur de chez nous, ayant à lutter contre la nature, contre le froid brutal, et contre la chaleur torride ! Ai-je raison de parler de courage, d'endurance et de force physique quand des hommes et des femmes consentent ainsi, pour eux et pour leurs enfants, à quitter l\u2019aisance de la ville pour aller abattre la forêt et se constituer un domaine agricole pour leur famille ?Il est tout de même faux de déclarer que de nos jours, en raison de la radio, du cinéma et du tourisme, ils ne voient pas autre chose.Oui, ils voient autre chose, mais ils savent que la terre est une fidèle amie.Et si notre peuple n'est pas indifférent à la question matérielle, il préfère généralement la stabilité, la paix, la campagne.On ne saura jamais assez dire que si on fournit à nos gens des terres, ils en profiteront.Parmi ses traits, il faut mentionner son esprit de famille.Quand vous songez au Canadien français, pensez à la famille canadienne-française.Tout son comportement, toute son attitude, est en raison de la famille.Il a une famille nombreuse et généralement il est bon père de famille.La mère se préoccupe moins des questions sociales que chez vous; elle laisse ce soin à des célibataires ou à des femmes dont la famille est élevée.Mais toutes les réactions de nos compatriotes sont en raison des espoirs de la famille, de l'établissement des enfants, de l\u2019habitation de la famille, de l'éducation de l'enfant, etc.Le Canadien français ne pense pas par unité; il pense par famille.Ceci posé, nous sommes en face d'un être ayant des qualités et des défauts, mais ayant des vertus morales appréciables. 266 l'action nationale Ne créons pas de légendes en disant que toujours il veut vivre de peu.Il se contente de peu, si le sort le veut, mais il aime le confort matériel comme quiconque; il aime la maison de campagne comme n'importe qui ; il aime mieux le confort moderne que la misère, mais ce qui est vrai c'est que si les aléas de la vie ou si son sort économique le contraignent à vivre modestement, il le fera sans déchoir généralement parce qu\u2019il se fait une philosophie de la vie mais une philosophie où n\u2019entre aucun fatalisme Rodolphe Laplante.Nouvel exemple de fanatisme Sous les initiales de G.-H.D., on lit ce qui suit, dans 1 Action catholique du 15 mars 1945: Fanatisme, fanatisme, toujours et partout ! Un projet de bibliothèque municipale à Moncton amène M.Emery LeBlanc à faire l'histoire, dans « L'Évangéline », de la bibliothèque actuelle de cette ville.Elle fut fondée en 1927, avec, en partie, des livres français fournis par les Acadiens.Le bureau de direction était bilingue, les affiches aussi.On commença par faire sauter les indications françaises.Puis, on ne remplaça pas les directeurs acadiens.Quand il ne resta plus qu'un seul directeur catholique, mais de langue anglaise, ce ne fut pas difficile: il disparut à son tour.Puis, on remisa les livres français dans une chambre spéciale, constamment fermée à clef ! Commode pour consulter les livres.Et enfin, pendant que la bibliothèque s'enrichissait sans cesse de livres anglais, pas un seul livre français ne fut acheté.Dans ces conditions, comment s'étonner que les Acadiens de Moncton ne croient pas à la bonne entente et qu'ils veulent de sérieuses garanties avant de collaborer à la future bibliothèque municipale, qui est censée servir de mémorial aux morts de la présente guerre ! De l'immoralité de la conscription \u2014 IV \u2014 Un catholiqne peut être objecteur de conscience Avant-propos Nous avons vu au cours des trois précédents articles quel formidable réquisitoire l'abbé Hugo a dressé contre la conscription du point de vue moral Quelle conclusion pratique peut-on en dégager.Cela.I abbé Hugo l avait fait dans une série de deux autres articles que le journal \"The Catholic Worker \u201d avait publiés antérieurement aux trois textes que nous avons donnes dans les trois dernières livraisons.Et la conclusion pratique, suite logique de la conclusion théorique du précédent article, c est l'affirmation du titre, les catholiques peuvent être objecteurs de conscience Nous ne donnerons pas ici le texte complet de ces deux articles sur le droit a l objection de conscience parce qu ils comprennent une partie de iargumentation déjà offerte dans les articles sur la conscription Nous les résumerons donc dans les parties déjà abordées, nous contentant d apporter a nos lecteurs ce qui s'y trouve de nouveau et de plus spécifique à la question traitée.La Redaction.« Les catholiques qui voient un devoir à servir leur pays dans les forces armées regardent de travers leurs coreligionnaires qui se posent en objecteurs de conscience aux guerres.Bien plus, il est devenu coutumier à plusieurs d'entre eux, même parmi les écrivains reconnus, de stigmatiser les hommes qui, pour raisons de conscience, s\u2019opposent irrévocablement au mal monstrueux que constitue la guerre moderne.Comme une sorte d apogée à ces blâmes, Y Ecclesiastical Review vient de publier un article dans lequel l'auteur, après avoir aligne les arguments pour et les 268 L ACTION NATIONALE arguments contre, conclut, d une façon définitive, au rejet de ce genre d attitude hors les limites légitimes d'action et de pensée d'un catholique.De curieux arguments « Cet article offre plusieurs arguments nouveaux qui sont censés démolir pour de bon les arguments des objecteurs de conscience.A l'examen, ces arguments apparaissent pourtant fort curieux et fort douteux, car ils se fondent sur l'opportunisme plutôt que sur la logique ou la théologie.Ils ne s\u2019appuient sur aucune preuve nouvelle, mais sur un principe discutable, à savoir que ce qui est, est juste.« Parce que les catholiques dans leur ensemble, dit-on, ont néglige de prendre la position de l'objection de conscience comme la réponse catholique par excellence aux guerres, c'est donc que cette réponse est mauvaise, non catholique.C'est une façon d'argumenter qui n'est heureusement pas commune chez les théologiens.S il fallait qu il en fût ainsi, nous pourrions accepter n'importe quel abus généralement répandu chez les catholiques tout simplement parce qu il est répandu; ou nous pourrions mettre de cote n importe quel idéal chrétien qui est rarement réalisé dans la vie des catholiques (comme par exemple l'idéal franciscain de la pauvreté), tout simplement parce qu'il est rarement réalisé.« A la même aulne, c'est-à-dire si ce sont les votes qui comptent, nous pourrions tout aussi bien, nous les catholiques, décider d adopter le contrôle des naissances et le divorce à titre d'institutions caractéristiques du génie de notie époque.Monsignor Sheen a pourtant assez dit. Ah ! la douceur de vivre.Les intrigues de ces nouvelles sont très lâches.L\u2019auteur s'exprime toujours à la première personne, il est toujours en scène et c\u2019est ce qui confère à ces récits une unité qu'ils n\u2019auraient pas autrement.Or, l\u2019auteur, qu'il faut bien juger comme le héros de ces histoires même si l\u2019on suppose qu\u2019elles ont subi la nécessaire opération de la transposition littéraire, est un esprit raffiné, qui sait goûter toutes les beautés de la création et les recherche avec une avidité gourmande de grand civilisé.Il se refuse à tout sentiment bouleversant.Il peut aimer, certes, mais cela demeure toujours très superficiel.Il ignore s\u2019il a aimé Tania, une petite Ukrainienne d\u2019une étrange séduction.Il a souffert de l\u2019indifférence de Nancy, mais sa plaie parait bien cicatrisée.Grandbois est ici CHRONIQUES 293 victime de son sens très aigu du ridicule, il se refuse à tout excès pour demeurer un monsieur de bonne compagnie.L'épithète arrive toujours à point nommé, mais, de grâce, pas de superlatifs ! De la mesure avant toute chose ! Cette modération exclut forcément les cris déchirants.De tous ces personnages, il n\u2019y a peut-être que Kyrov qui soit dévoré d\u2019une passion inextinguible.Cette ardeur le rend beau et nous le sentons plus près de nous, parce qu'il n'a pas refusé de s'engager, qu'il a joué sa vie sur un grand amour.Tant il est vrai que nous avons peine à nous intéresser à qui n'entre pas carrément dans le jeu.Le style d'Alain Grandbois est fait de lumière et de pureté.S'il me fallait nommer les cinq écrivains canadiens qui écrivent la langue la plus solide, la mieux construite, je n'hésiterais pas à écrire le nom de Grandbois.Avant le chaos n\u2019est pas un livre qui l\u2019immortalisera, mais rien de ce qui tombe de sa plume n\u2019est indifférent.C\u2019est toujours une joie d\u2019ouvrir l\u2019un de ses ouvrages, car l\u2019on y découvre toujours la marque d\u2019un talent robuste et grand.Blanc et noir Les Canadiens qui ont vécu quelques mois sur la Côte d'Or ne sont pas légion; les hasards de la vie ont voulu que ce fût le privilège de Mme Hélène-J.Gagnon d\u2019y accompagner son mari parti en mission là-bas et de s\u2019initier à l\u2019existence primitive des indigènes.Rentrée au pays, elle livre ses impressions en un petit livre léger et charmant, où l\u2019on trouve, ici et là, quelques observations judicieuses et des expressions d\u2019opinions nettement tranchées.Car l\u2019au- 294 l'action nationale teur n'est pas femme aux vains papotages.Les problèmes capitaux de notre temps la retiennent et elle apporte, pour apprécier les événements et les hommes, les jugements (et les préjugés) qu elle partage avec son mari en une attachante harmonie conjugale consacrée à l'antifascisme militant ! Mais cela, c'est une tout autre histoire.Le grand reportage est un genre peu cultivé au Canada français, pour la double raison que nous voyageons peu et que nous manquons en général d\u2019un sens aigu de l'observation, préférant au spectacle des êtres et du monde les vagues notions livresques qui s'accrochent paresseusement à notre mémoire.Ce n'est pas le cas de l\u2019agréable écrivain de Blanc et Noir, cette jeune femme, dont René Garneau a écrit qu'elle était jolie \u2022\u2014 nul ne le contredira, certes\u2014, s'intéresse à tout ce qui l\u2019entoure, à tout ce qu elle voit, elle aime converser avec ses compagnons de voyage, connaître leurs sentiments, s expliquer leurs réactions.Elle met en pratique l'excellent conseil de Maupassant: « Crève-toi les yeux à force de regarder.» Et quand elle écrit, elle fait revivre ces jours enfuis et nous communique sans peine le sentiment du réel.Et, ce qui ne gâte rien, elle a 1 esprit vif, volontiers gouailleur, et elle ne manque jamais de s\u2019amuser de la cocasserie d'une situation.Que peut-on exiger davantage de cette forme très séduisante de journalisme péripatéticien ?Tout n'est pas d'un intérêt égal dans ces quelques 180 pages.Il y a bien quelques longueurs inutiles et des considérations qui n ont pas le mérite de l'inédit.Comment s'étonner, puisque le voyage sur mer, toujours périlleux en période de guerre sous- CHRONIQUES 295 marine, a duré de très longs jours et qu'une inévitable monotonie imprègne ces heures innombrables ?Ce qui nous retient davantage, c'est l\u2019excellent chapitre consacré à la vie coloniale.Sans pédantisme, l\u2019auteur nous fait ici un véritable cours et nous permet de juger les principaux aspects de l'existence africaine, tant pour les indigènes que pour les Occidentaux, fonctionnaires ou militaires, qui y demeurent.Hélène Gagnon ne prise guère l'impérialisme et ne craint pas de l\u2019affirmer.Elle regrette que les puissances qui se croient détentrices de la civilisation n\u2019aient à peu près rien fait pour hausser le niveau de vie, moral et matériel, de ces populations retardataires.C'est le grand péché de l'homme blanc qui, parce qu'il a beaucoup reçu, aurait dû se montrer moins égoïste à l'égard de ses frères déshérités.« En voyant défiler l'humble cohorte, pieds nus dans la poussière rousse, je songeais que si le conquérant blanc s\u2019était évertué à développer ces intelligences en friche au même rythme que les richesses naturelles du pays, la situation serait aujourd'hui fort différente.La chose était possible, car à chances égales, le petit négrillon est aussi intelligent que son frère blanc.)) Il y a là un accent de charité chaleureuse, de fraternité humaine qui nous agrée pleinement L'auteur a la probité de nous avertir qu'elle n'entend pas, dans ses appréciations, faire abstraction de sa personnalité et de ses tendances idéologiques.« Avec une candeur inouie, écrit-elle, je raconte ce que j\u2019ai vu, ce que j'ai compris; mais à ma façon.)) Candeur inouïe, il y a de quoi rester rêveur ! Et elle ajoute: « Sans nécessairement aller en quête d'évidence pour confirmer ses préjugés ou pour retremper 296 l'action nationale ses convictions, chacun apporte avec soi en voyage, outre son pyjama et sa brosse à dents, la lunette d'approche à travers laquelle il a accoutumé de voir les hommes et les choses.» C'est le contraire qui serait étonnant.et vraiment trop beau pour être vrai Hélène Gagnon manifeste de l'humeur quand elle rencontre des gens qui ne sont pas de son bord II lui paraît, par exemple, inconcevable de penser que la prochaine guerre pourrait se livrer contre les Russes Ils sont si gentils, les Russes ! « C'est là le langage de tous les esprits étroits à quelque nationalité qu'ils appartiennent.» Évidemment, il n'est pas donné à tout le monde d'avoir le vent du large dans ses voiles.11 va sans dire également que les Chetniks, qui étaient des héros jusqu'au moment où M Staline a recommandé à M.Churchill d\u2019accorder ses faveurs aux communistes de Tito, ne sont que des « fascistes indigènes aux ordres de Mihailovitch.» Vous ne vous étonnerez pas non plus qu\u2019il n'y ait qu\u2019une seule demeure dans la maison de France et de dauber sur la soi-disant « répulsion de Roosevelt et de M Hull pour les véritables fils de la France.)) Des propos sur l'Inquisition et la supposée incompréhension des autorités ecclésiastiques sont pour le moins sommaires et n'enrichissent guère la science historique Tout cela est d'un simplisme exquis et fervent.Je préfère infiniment quand Hélène Gagnon ne se perd pas dans les chemins vicinaux et nous entretient de l\u2019Afrique, « alternance de joies et de malaises.» Elle le fait toujours avec verve, dans une langue facile et cursive, généralement correcte, même si elle affectionne exagérément de truffer son texte de mots anglais dont l'équivalent français existe.Enfin, CHRONIQUES 297 c\u2019est le langage de l\u2019international set ! Il est question quelque' part dans son livre d\u2019un Sud-Étatsunien; je frémis à la pensée des foudres qu\u2019elle va déchaîner dansfle clan de nos puristes à la noix de coco Tous les amateurs de voyages prendront plaisir à lire Blanc et Noir, dont le titre seul est stendhalien.Je ne forme ici qu\u2019un vœu: c'est que Jean-Louis Gagnon et sa femme aient de nouveau l\u2019occasion de voyager, car ils nous rapportent de leurs pérégrinations des ouvrages vivants et ingénieux, d\u2019une frappe bien française.Ils sont un peu nos John et Frances Gunther et ce n\u2019est pas un mince éloge.Ils nous fournissent aussi l\u2019avantage de discuter avec eux et il est toujours agréable de différer courtoisement d\u2019opinion avec des gens intelligents.Peinture canadienne Un livre de Maurice Gagnon pose toujours des problèmes, suscite une certaine inquiétude La solution facile est de le ridiculiser, de souligner les outrances d\u2019une pensée assez floue, de s'amuser d'un fanatisme sectaire ennemi de la culture véritable.Et après ?Sommes-nous tellement plus avancés ?On me permettra d'en douter.Le malheur de Maurice Gagnon, comme de quelques-uns de ses amis les plus exaltés et les plus vides, c\u2019est de croire à la nécessité impérieuse d\u2019une croisade pour imposer leur formule d\u2019art.Ils s\u2019instituent de leur propre chef les exclusifs détenteurs de la vérité et de la beauté.Qu\u2019ils en soient eux-mêmes convaincus, cela ne laisse pas que d\u2019être inoffensif et de témoigner en faveur de leur inconcevable suffisance.C\u2019est quand ils le clament sur tous les toits, 298 l'action nationale qu'ils se font du tort, à eux et à la cause sacrée qu'ils entendent servir ! En se portant à l'attaque avec une virulence aussi excessive, sans aucun sens du ridicule, ils provoquent fatalement des chocs en retour chez ceux qui ne reconnaissent pas les mêmes canons, mais qui les laisseraient volontiers en paix, s'ils ne s'avisaient pas de crier sur la place publique au lieu de se congratuler en leurs cénacles d'initiés, sous la direction tutélaire de quelque mage insp iré.Dans Peinture canadienne, Gagnon a voulu dresser un inventaire sommaire des principales tendances actuelles.Il a même fait un noble effort d'impartialité, même s'il n'est pas parvenu à ne pas monter aux nues des peintres qui ne le méritent pas encore.Où je l'ai apprécié davantage, c'est quand il a condescendu à exposer ses idées sur la peinture et le dessin, sans jouer vainement les Don Quichotte.Ce n'est pas un crime de différer d'opinion avec quelqu'un, mais on peut s\u2019attendre à ce qu'il s'exprime avec courtoisie.On saura gré à Gagnon de n\u2019avoir pas inutilement enflé la voix.Sa thèse n'en a que plus de poids.La distinction entre l'universel et le régionalisme a déjà fait couler beaucoup d\u2019encre.Les deux ne s'opposent pas, comme on l'a cru trop longtemps, ils se complètent au contraire, s'enrichissant l'un par l'autre.Les sentiments humains sont universels, mais celui qui les ressent et veut les traduire n'est pas un être de raison, c'est un être de chair et de sang marqué par son milieu et qui tire de ce milieu même les éléments de son message personnel.S\u2019il est partiellement exact d'écrire que « le régionalisme est l'expression normale des peuples à leurs débuts, qui CHRONIQUES 299 ont le besoin de se sentir les coudes, qui n'ont pas encore la largeur de vue nécessaire pour dépasser des attentions particulières, locales et provinciales, » il serait tout à fait erroné d'en conclure qu\u2019un art universel n\u2019ait pas, dans une certaine mesure, à tenir compte des notes individuantes qui marquent de façon indélébile les fils d\u2019une terre déterminée.En tout cela, il est surtout question de talent et Gagnon a l\u2019honnêteté de laisser entendre que le « régionaliste » Savard est aussi grand que l\u2019« universaliste )) Grand-bois.La vérité se trouve dans le mot de Pourrat: « Pour atteindre à l\u2019universel, à l\u2019humain, le retrouver au fond, il faut d\u2019abord une grande fidélité à la réalité particulière.)) L\u2019auteur de Peinture canadienne part en guerre contre l\u2019académisme, et qui ne lui donnerait raison, puisqu'il s\u2019agit de l'utilisation routinière de recettes retenues de maîtres qui eux-mêmes souvent n\u2019en avaient pas et s'abandonnaient à la gratuité de leur génie.Encore toutefois ne faut-il pas cataloguer académique toute peinture qui ne nous agrée pas; le tour serait décidément trop facile.« 11 y a donc de la bonne et de la mauvaise peinture.)) Certes.La bonne ne se reconnaît peut-être pas au premier coup d\u2019œil, c'est entendu; cependant, avant d\u2019en juger péremptoirement, il n\u2019est pas mauvais d\u2019attendre un certain recul historique.Les peintres eux-mêmes y gagneront.Et le bon goût également.Maurice Gagnon consacre tout un chapitre à l\u2019enseignement de l'art, c'est-à-dire, en pratique, à l\u2019enseignement du dessin.Il y défend sa méthode de l\u2019absolue liberté.Mettez des crayons entre les mains des enfants et tout ira pour le mieux.Si vous 300 l'action nationale essayez de corriger leurs maladroits griffonnages, vous faites fausse route, vous étouffez leur originalité, vous en faites, prématurément, des académistes.Et de citer un beau poème de Saint-Denys Garneau à l\u2019appui de cette thèse.C'est, d\u2019après Hertel, la méthode personnaliste.Tout en nourrissant le plus grand respect pour la personnalité de l\u2019enfant, n\u2019y a-t-il pas un grave péril à le laisser courir la bride sur le cou ?« Le dessin, la peinture ne s'enseignent pas )), écrit Gagnon.C\u2019est un plaisant paradoxe.Je ne sache pas que les professeurs de piano s\u2019emploient à déformer leurs élèves, mais ils savent très bien que le tempérament musical le plus riche est voué à l\u2019échec, si l\u2019élève ne possède pas la science de l\u2019harmonie, s'il ne maîtrise pas les lois de la technique musicale.Une fois en possession de ses moyens, il pourra traduire dans un langage de beauté les élans de son inspiration.Pourquoi n\u2019en est-il pas ainsi dans la peinture ?Se contenter d\u2019une simple directive est sûrement insuffisant dans les débuts.Notre auteur est moins heureux quand il essaie de caractériser en quelques lignes la nature du talent de quelques contemporains.Il s'abandonne trop volontiers à son dévergondage verbal et recourt à des images audacieuses et loufoques, à des comparaisons qui ne sont pas raisons.Il eût mieux valu procéder à un choix et consacrer plus d\u2019espace à chacun des élus.Malgré les apparences, Gagnon est un belliqueux, il aime manier la lance.La sérénité lui est pénible, il lui faut porter des coups à ceux qu'il juge des adversaires.Ces colères, au fond, ne manquent pas de prudence.Quoi de plus habile que de prendre les CHRONIQUES 301 devants et de décréter, sans appel, l'incompétence de ceux qui ne partagent pas nos vues ?Voici un exemple: « Trop de quarts de lettré mesurent tout chez nous et spécialement encore les choses qu\u2019ils connaissent le moins.Ils sont nuisibles.Est-ce tellement sujet de scandale qu\u2019il y ait des jeunes et des moins jeunes qui se croient des dispositions innées pour tout aborder, tout soupeser et tout condamner de ce que chacun fait ?Ils ont pour excuse que «ça ne leur plaît pas ».Le jugement vaut l\u2019autorité acquise par le goût et l\u2019étude.Quelle autorité ont-ils ?» L\u2019argument est évidemment irréfutable ! En tout cas, personne n\u2019accusera Maurice Gagnon d\u2019être un « quart de lettré ».Malgré ses faiblesses, Peinture canadienne est d\u2019une lecture intéressante et marque un incontestable progrès sur les ouvrages précédents de l\u2019auteur.Je ne parlerai pas de la langue, puisque Gagnon est avant tout un apôtre et se soucie sans doute assez peu d\u2019écrire en français; c\u2019est son droit.La Société des Éditions Pascal mérite une mention particulière pour la présentation exceptionnellement soignée de ce livre; c\u2019est une très belle réussite typographique.Une quinzaine de reproductions, intelligemment choisies, aident beaucoup à l\u2019appréciation du texte.Lo révolution de l'Inde Les Américains sont de grands enfants idéalistes, ce qui les rend souvent très charmants.Ils prennent tout avec un imperturbable sérieux; surtout quand ils s\u2019attaquent à des problèmes où se pose une question de moralité.Ils ont vraiment l\u2019instinct de la démocratie et ils sont très chagrins quand ils finissent 302 L ACTION NATIONALE par s'apercevoir qu\u2019il y a à vrai dire peu de démocrates dans le monde et que les intérêts égoïstes l'emportent presqu\u2019à coup sûr.Cette indignation candide, Frances Gunther la ressent profondément, quand elle traite du problème toujours sans solution de l'Inde.Comment s\u2019empêcherait-elle de recourir à l'invective, puisqu'elle est femme et que la justice est pour elle un impératif catégorique ?Cette journaliste, épouse d'un grand correspondant, John Gunther, a le sens aigu de l'observation.Elle a vécu quelque temps dans l'Inde, maintenue en sujétion par l\u2019Angleterre.Elle a eu l\u2019occasion d\u2019étudier sur place les problèmes de cet immense empire en servitude, elle a connu les hommes et a apprécié leurs qualités humaines, et elle écrit d\u2019un seul élan un petit livre politique très dur pour l\u2019impérialisme régnant, un petit livre qui prend souvent le ton du pamphlet.Pour l\u2019édition française, Berthelot Brunet a écrit une préface agréable où il réussit comme en se jouant de jeter pêle-mêle les noms de Huxley, de Virginia Woolf, de Franklin, de Romain Rolland, d\u2019André Gide, de Dickens, de Chesterton, de Virgile, de Saint-Simon et de quelques autres.Quand on a des lettres.Si elle condamne l\u2019impérialisme, à juste titre, Frances Gunther le comprend.Elle sait pertinemment que « la majorité des Anglais croient sincèrement que Dieu les a choisis pour assumer la tâche qui incombe à l\u2019homme blanc de régenter les autres peuples.)) Ce qui ne les justifie en rien d\u2019imposer partout leur volonté et de contrevenir au légitime épanouissement de peuples qui, même s\u2019ils ne sont pas britanniques, ont également droit à la vie.On commence par avoir CHRONIQUES 303 des intérêts, par nourrir des ambitions toutes matérielles, et l\u2019on finit par se croire une mission spirituelle.Le processus est bien connu.Grâce à une propagande retorse, beaucoup de gens s'imaginent qu'il y a dans l\u2019Inde des problèmes insolubles.Certaines divisions apparentes en donnent l'impression.Pourquoi le sieur Jinnah a-t-il toujours trouvé des oreilles complaisantes en Grande-Bretagne, sinon parce qu\u2019il contribue à convaincre l\u2019univers que l\u2019Inde laissée à elle-même, ce serait l\u2019anarchie et le chaos ?« La stratégie britannique, inconsciente ou délibérée, consiste à bâillonner, emprisonner, discréditer les patriotes de l\u2019Inde qui croient dans l\u2019unité, la démocratie, la tolérance, la liberté; elle consiste à ruiner leur influence politique; elle consiste à encourager, à montrer, à subventionner et à faire mousser ces Hindous qui croient dans la désunion, la guerre civile, l\u2019intolérance et l\u2019autocratie.Pour un Anglais, la liberté de la presse est sacrée: dans l\u2019Inde, il mu-sèle les journaux, les met à l'amende, les supprime.Deux cents périodiques ne peuvent franchir les frontières.Depuis cinq ans, impossible à l\u2019Américain de lire un article de Nehru.L\u2019Angleterre lance son cri de guerre: «Liberté pour tous les peuples, grands ou petits ».L'Éthiopie est mûre pour la liberté, non pas l'Inde.» Toujours la politique détestable de deux poids et deux mesures Toujours cette même incompréhension profonde des lois élémentaires de la psychologie.« Les Anglais ignorent ce qui n\u2019est pas anglais, et cette ignorance des passions comme de la pensée des peuples qu\u2019ils gouvernent est un sujet d\u2019étonnement pour l'Orient tout entier.» Et il y a beaucoup de mépris dans cette ignorance.Ce n\u2019est 304 l'action nationale nul autre que l'aristocrate Winston Churchill qui s'écriait, en 1931: «Spectacle pénible, dégoûtant, que de voir M.Gandhi, à demi-nu, gravir les marches du Palais et s\u2019entretenir d'égal à égal avec le vice-roi.» Décidément, pour l'Angleterre, la démocratie n'est pas un article d'exportation.L'entêtement britannique à l'endroit de l'Inde est devenu une constante de la politique anglaise.Les gouvernements changent, l'idée demeure Mis en face de la situation, le généreux sir Stafford Cripps se conduit exactement comme le tory Winston Churchill.Car l\u2019Inde, c\u2019est l\u2019empire, et l'empire, c\u2019est la grandeur britannique.« L'Angleterre a soif de gloire plus que d\u2019or: Dieu sait qu\u2019elle ne dédaigne pas l'or.Conserver à tout prix l'empire de l\u2019Inde reste depuis longtemps l\u2019article premier de la politique anglaise.Que cet empire lui ait valu d\u2019innombrables guerres lui importait peu: la guerre ne lui coûtait pas un sou.L\u2019Inde payait.» L\u2019accusation est grave Frances Gunther, par toute une série de faits difficiles à nier, s'emploie à prouver la véracité de son allégation.Il est également pénible de constater que la mission civilisatrice de la métropole s'est limitée à peu de choses: 90 pour cent d'illettrés, revenu annuel de $15 pour l'Indien, moyenne de vie de 26 ans, etc.L\u2019Inde n'est plus le problème particulier de l\u2019Angleterre, il concerne aujourd'hui la conscience universelle.Frances Gunther le situe très bien quand elle écrit : « Nos alliés des Nations Unies, les Russes, les Chinois et les Indiens, ne gagnent pas la présente guerre pour permettre un nouvel agrandissement de l'Empire britannique.Ils se soucient peu du rêve de Cecil Rhodes, qui voyait toute la terre, avec une CHRONIQUES 305 partie des cieux, soumise à la bienveillante tutelle anglo-saxonne Ils ne combattent pas pour que 1 Angleterre contrôle leurs ressources, garde leurs bases navales et leurs aéroports.)) Le malheur, c est que de Pitt a Churchill, les principes fondamentaux de la politique anglaise se ramènent à trois axiomes: « l'Angleterre possède de droit divin l'Empire de l\u2019Inde; elle possède, par droit divin encore, l'Empire des mers; ce droit divin 1 autorise à opposer son veto à toute unification des peuples de l'Europe.» Cette politique, on s en rend compte aisément, n\u2019agrée pas aux États-Unis non plus qu\u2019aux peuples vraiment épris de liberté, désireux de vivre et de laisser vivre.La fierté nationale pousse à un désir légitime d'indépendance.L'Inde n\u2019échappe pas à cette règle.Mais elle possède aussi des griefs d\u2019ordre pratique.Elle comprend mal que, parce quelle a été conquise, elle doive à la Grande-Bretagne quatre milliards de dollars.Elle souffre de constater que sous le regime anglais, « 1 un des plus tyranniques que le monde ait connus )), 1 Indien soit demeuré dans un état permanent de pauvreté.Dans ces conditions, n'est-il pas juste de prétendre que l'Inde est « la tache la plus sombre sur l'écusson de l'Angleterre )) ?Il n y a pas que des attaques dans Fouvrage de Frances Gunther.Il y a beaucoup de faits, des faits inédits, d autres qui sont bien connus, mais qui n ont peut-être jamais été présentés dans une semblable perspective où ils acquièrent une importance décuplée.On peut parfois moquer doucement les naïvetés de l\u2019idéalisme américain.Sans doute.Ne faut-il pas toutefois admettre qu'il demeure un beau témoignage en faveur de l'humanité ?Quand nous 306 l'action nationale risquons, au spectacle de l'égoïsme, de perdre cœur, il fait bon de penser que notre grande nation voisine, qui commet elle aussi des fautes, ne perd jamais cependant le sentiment de la justice et recherche son royaume sur terre.A cet égard, La révolution de l'Inde a une valeur de symbole et dépasse de beaucoup le réquisitoire de Frances Gunther.Sous le ton passionné de la phrase, on découvre le souci de remettre dans le monde un peu plus d\u2019harmonie, un peu plus de bien-être, un peu plus d\u2019équité.Et c\u2019est là une chose très belle.Préface à la poix Avant l\u2019aube frémissante d\u2019inconnu, nombreux sont ceux qui veulent annoncer la naissance du jour.C\u2019est la fin de la nuit, c'est la fin, toute proche dit-on, de la guerre, et les hommes las d\u2019un cauchemar prolongé jettent leur regard sur des horizons plus rassérénés.Noël-Pierre Lenoir n\u2019échappe pas à la règle; après plusieurs autres, avant d'innombrables imitateurs, il nous offre lui aussi ses projets d\u2019après-guerre.J\u2019ignore absolument qui est cet écrivain, si l\u2019exil l'a transformé subitement en expert politique ou s\u2019il a depuis longtemps consacré sa pensée à l\u2019analyse des phénomènes historiques contemporains.Son ouvrage présente en tout cas une synthèse de bonne qualité, plus solide que brillante Une partie historique retient davantage l\u2019attention, parce qu'elle remet en mémoire, en ne retenant que l\u2019essentiel, les notions apprises au collège \u2014 comme c est déjà loin !\u2014sur les traités de Westphalie qui ont démembré l\u2019Allemagne,.sur la paix d\u2019Utrecht, mettant un terme à la CHRONIQUES 307 guerre de la succession d\u2019Espagne et assurant la domination anglaise sur le monde, sur la paix d\u2019Hu-bertsbourg où la Prusse commence de montrer la tête, sur les traités multiples et rapidement caducs de Napoléon, sur l\u2019étonnant congrès de Vienne où Talleyrand sauvait la France tout en cédant volontiers aux instances féminines, enfin, plus près de nous, sur les stipulations multiples et complexes du traité de Versailles Ces pages de récapitulation sont de bonne venue et intéresseront tous ceux qui, quoi qu\u2019en pense Valéry, croient découvrir dans l'histoire, sinon un guide infaillible, du moins un enseignement précieux.Quand il aborde les problèmes de la paix future, Lenoir se montre très réaliste et ne donne pas dans certaines utopies à la mode.Sans doute regrette-t-il qu\u2019il ne soit pas possible de tout recommencer à neuf.« La solution idéale, écrit-il, serait que la conférence de paix réunît tous les États de la terre et qu\u2019elle se transformât en assemblée constituante de la Confédération des Nations, où les délégués, les uns après les autres, renonceraient spontanément à la souveraineté de leurs pays, comme la noblesse et le clergé de la France renoncèrent à leurs privilèges dans la nuit du 4 août 1789.A part le fait que tous les pays ne sont pas en guerre et ne seront par conséquent pas représentés à la conférence de paix, une telle Nuit du 4 août internationale n\u2019est malheureusement pas imaginable, et comme nous n\u2019écrivons pas un roman utopique, ce n\u2019est pas la peine d\u2019insister sur ce beau rêve.» Voilà qui est réconfortant pour ceux qui ne découvrent pas dans les conclusions des entretiens de Yalta les éléments d\u2019une berquinade. 308 L ACTION NATIONALE Le livre de Lenoir veut être positif et ne pas s'arrêter aux nombreuses critiques que l\u2019oritentation des événements contemporains peut facilement provoquer chez tout esprit éveillé.L'auteur ne peut toutefois s\u2019interdire au passage une certaine pointe de scepticisme, de « pessimisme créateur », comme disait Brunetière, quand il écrit: « L\u2019erreur qu\u2019on commet facilement dans les guerres de coalition, est de supposer que la constellation des puissances restera toujours la même.On a pourtant vu dans cette guerre même combien les positions sont mobiles.La Finlande et la Roumanie, qui étaient presque des alliées des démocraties, marchent aujourd\u2019hui avec l\u2019Axe, tandis que la Russie, qui était presque alliée à l\u2019Allemagne, se trouve aujourd\u2019hui à côté de l\u2019Angleterre.» Ce n'est pas le moindre paradoxe de notre époque que nous sauvions la démocratie en nous appuyant sur le totalitarisme soviétique.Lenoir entre dans les détails des accords de la paix future et de l\u2019organisation internationale qui devra succéder à la confusion actuelle.Ses vues sont sages, sans être particulièrement inédites.Elles suscitent sans aucun doute d'utiles réflexions On aimerait peut-être qu\u2019il assignât, dans le nouvel ordre du monde, un rôle de premier plan à la puissance religieuse et morale du Saint-Siège.Il est toujours périlleux de vouloir sauver l'univers de l'anarchie sans recourir à la seule puissance de lumière sur terre Joseph Fouché L\u2019histoire est le plus souvent le plus attachant des romans, car en même temps qu\u2019elle traite des intérêts permanents et des ambitions des peuples, elle fait CHRONIQUES 309 aussi revivre des personnages pittoresques qui ont exercé une influence déterminante sur le cours des événements.D\u2019aucuns ont trop volontiers tendance à écarter le caractère personnel des hommes qui occupent le premier plan de la scène publique, ils s'imaginent, à tort semble-t-il, que les individus ne sont que des jetons manœuvrés, sans aucune valeur propre, sans aucune efficace.C\u2019est vraiment trop vite pensé.C\u2019est ignorer délibérément l'action considérable de personnalités robustes.La lecture de la biographie que Stefan Zweig a consacrée à Joseph Fouché nous convainc aisément de cette vérité.Fouché ne fut pas un grand homme, dans le sens où l'on entend habituellement le grand homme.11 n'a jamais exercé, sauf au temps très bref des Cent-Jours, une puissance de vedette.Toujours au second rang, mais le plus redoutable, le plus entreprenant des comparses, celui dont on ne se méfiait pas toujours, et qui savait tenir ses nerfs et porter le coup fatal au moment décisif.Tel fut ce policier de grande classe qui prêta successivement serment à une demi-douzaine de pouvoirs, bien résolu à les trahir tous.On trouve rarement une telle lucidité dans la félonie, une telle constance dans le mensonge.11 n'avait qu'une ambition: dominer, c\u2019est-à-dire se savoir au centre nerveux, d'où partent toutes les décisions, être en mesure de déplacer les hommes à son gré, se savoir craint, haï, mais puissant et dominateur.Le duc d\u2019Otrante avait commencé sa carrière comme simple petit professeur de province.Rien ne le destinait à un destin remarquable; la Révolution n\u2019eût-elle pas eu lieu qu'il y a de grandes chances pour que jamais nous n'eussions connu son nom. 310 l'action nationale Dès la Convention où il est envoyé comme député, il dresse froidement son plan de bataille pour accéder aux plus grands honneurs A son retour de Lyon, où il s'est rendu profaner les temples religieux et exécuter des suspects, il manœuvre de telle sorte qu\u2019il obtient la tête de Robespierre.Un instant ébranlé, il parvient, grâce à Barras, à se remettre en selle, et c'est alors la grande aventure.On devine assez les rapports entre Napoléon et Fouché Les deux se connaissent, se détestent, se redoutent et ont besoin l'un de l'autre.C'est l'explication d une longue collaboration fondée sur le mépris réciproque.Dès que les fumées de la gloire impériale ne suffiront plus à dissimuler les misères du peuple français, Fouché, régicide, ne tardera pas à offrir et à faire accepter ses services par Louis XVIII, plus soucieux de retrouver la couronne de sa famille que de venger son frère.Il faut lire la page extraordinaire où Zweig raconte l\u2019entrevue du souverain avec Fouché et Talleyrand Sur ces deux hommes corrompus à plusieurs égards, Zweig peint un parallèle d'une exceptionnelle vigueur.C'est au reste tout l'intérêt de cet ouvrage que de voir comment la psychologie vient en aide à l'histoire, comment elle permet d'interpréter des actes qui nous paraîtraient invraisemblables si nous ne pouvions en découvrir les mobiles cachés Non pas que Zweig donne dans la vogue des biographies romancées, vogue qui paraît aujourd\u2019hui heureusement terminée, mais il s\u2019emploie à reconstituer l\u2019atmosphère, il cherche à percer les motifs qui font agir les hommes.Au lieu de se contenter de l'enchaînement objectif des événements, il pénètre plus avant dans la connais- CHRONIQUES 311 sance du cœur humain et en fait voir tout le délicat mécanisme.Fouché fournissait de toute évidence un sujet en or pour l'application heureuse d\u2019une semblable méthode Cet homme secret, tout à sa passion cérébrale, capable d\u2019une étrange énergie alliée à la plus déconcertante dissimulation, permettrait une étude haute en couleurs, dans le cadre déjà très pittoresque de la Révolution et des années confuses et expectantes du Directoire Zweig s\u2019est montré digne de son héros; son livre prend place honorable à côté des biographies de Marie-Antoinette et de Marie Stuart.Les grandes missions du cinéma Le cinéma participe de façon très étroite à notre vie.C\u2019est à la fois un instrument d\u2019information et un moyen de divertissement.Ces deux principales fonctions ne s\u2019excluent pas, mais parviennent au contraire souvent à s'associer.Le temps est venu de comprendre toute l'importance de cet art qui devient un précieux auxiliaire à la science et à l\u2019enseignement.Un cinéaste aussi compétent que Jean Benoit-Lévy, à qui nous devons notamment La Maternelle et La mort du cygne, consacre un ouvrage considérable à cette étude.Il ne se limite pas à de vagues généralités, mais puise dans sa vaste expérience et dans son érudition les éléments d\u2019une œuvre solide, à laquelle doivent s'intéresser tous ceux qui comprennent la valeur du cinéma.Depuis les travaux des pionniers, que de chemin parcouru et en si peu d\u2019années ! Le cinéma fournit un exemple frappant de l'accélération de l'histoire, des progrès étonnants accomplis en un laps de temps très court. 312 l'action nationale La pédagogie moderne a rendu pleine justice à la valeur de l image dans l'enseignement.Un cours abstrait a peu de chances de conserver l\u2019attention des jeunes auditeurs.Il leur faut du concret; ils se souviennent plus volontiers de ce qu'ils ont vu que de ce qu'ils ont entendu C\u2019est pourquoi il faut viser à ce que toutes nos maisons d\u2019enseignement soient dotées d\u2019une cinémathèque qui enrichira considérablement l'enseignement du professeur.Les sciences naturelles, la géographie, pour ne citer que ces deux disciplines, trouvent dans le cinéma un concours qui deviendra indispensable.C\u2019est encore par la projection sur l\u2019écran que nous avons appris à connaître, quelques jours et même parfois quelques heures après qu\u2019ils se sont passés, les grands événements contemporains.Les gestes, les paroles des principaux hommes d\u2019État, nous sont devenus ainsi familiers.Que de pays lointains qui nous seraient demeurés à jamais inconnus ont pris pour nous une vérité précise depuis que la caméra nous a permis d\u2019y faire de fréquents séjours ! Nous devons aussi au cinéma de très belles œuvres d\u2019art.Il n\u2019est pas question de donner ici des exemples, car elles sont vraiment trop.Qu\u2019il suffise de dire que nous n\u2019oublierons pas les fantaisies géniales de Walt Disney, la tendresse désespérée de Chariot, l\u2019envoûtement de Garbo et le jeu détaché et hautain de Jouvet.Tous les amateurs de cinéma se doivent de parcourir l\u2019ouvrage de Benoit-Lévy.Ils y trouveront matière à réflexion.L\u2019auteur étudie sérieusement les multiples aspects d\u2019un problème considérable et fait de judicieuses considérations dont tous tireront bénéfice. CHRONIQUES 313 Le collège Sainte-Marie de Montréal N'y aurait-il que les anciens élèves d'un collège pour s\u2019intéresser à son histoire que ce serait déjà s'assurer, pour une maison presque centenaire, d'une nombreuse clientèle.Or, quand il s\u2019agit du collège Sainte-Marie, aucun amateur d'histoire ne peut l\u2019ignorer, car il a été trop intimement mêlé à l\u2019histoire de notre ville, de notre nationalité même.Les circonstances ont voulu en effet qu\u2019il exerce une influence plus grande que les institutions ordinaires d\u2019enseignement, qu\u2019il déborde le cadre de son activité propre.Le Père Paul Desjardins, s.j., qui s'est constitué le minutieux historiographe de la maison et qui poursuit sa tâche avec une admirable conscience professionnelle, est rendu au second tome de son ouvrage.Il couvre une période de vingt ans, de 1857 à 1877, c'est-à-dire les rectorats des Pères Firmin Vignon, Louis Saché, Frédéric Lopinto et, Théodore Fleck.Tout cela n\u2019aurait sans doute qu\u2019un intérêt anecdotique assez mince, si ne s'ajoutaient les projets d'Université de Mgr Bourget, la fondation, au collège Sainte-Marie, avec Maximilien Bibaud, d\u2019une École de droit, les longs démêlés et les polémiques provoquées par la volonté de certains esprits éclairés de doter notre ville d\u2019une Université catholique, la question, depuis longtemps pendante, des biens des Jésuites, etc.Toute cette partie est tout simplement passionnante.Les positions prises alors n\u2019ont pas toujours tellement varié et l'on comprend mieux le présent à la lumière d'un passé aussi fortement reconstitué.Pour ma part, j\u2019ai particulièrement goûté le chapitre consacré au programme des études.Il permet 314 l'action nationale d'utiles comparaisons.Il fournit surtout l'occasion de louer comme il le mérite le fameux Ratio Studiorum, qui a formé tant de générations d'élèves selon des normes intellectuelles éprouvées.Grands éducateurs en France, les Jésuites devaient l'être également au Canada.Le précieux ouvrage du Père Desjardins concourt à fortifier notre conviction à cet égard et il nous fait vivre, dans l\u2019intimité, la vie d'une maison que nous avons beaucoup aimée.Essai sur l'évolution de l'Amérique espagnole Quiconque s\u2019intéresse à l'Amérique latine trouvera grand profit à lire les cours de Richard Pattee à l\u2019Université d'Haïti qui viennent de paraître à Port-au-Prince.En si peu d\u2019espace, il eût été difficile de faire entrer autant de notions essentielles sur un sujet très vaste.Richard Pattee, d\u2019origine espagnole lui-même, a su tracer en peu de pages un panorama à la fois fidèle et concis des multiples problèmes des nombreux pays de cet hémisphère.Les études qu\u2019il publie parfois dans les grandes revues américaines permettent de se rendre compte de la sûreté et de l\u2019ampleur de son information.L'auteur traite tour à tour de la géographie, de l'économie, de l'histoire, des institutions, de la politique, des questions ethniques, des principaux aspects en somme de la vie collective de ces contrées lointaines avec lesquelles nous commençons maintenant vouloir établir des relations suivies.11 n\u2019apporte pas toutes les réponses désirables aux multiples problèmes qu'il rencontre en cours de route; il se contente de souligner quelques éléments de solution et de dégager les principaux caractères de l\u2019orientation actuelle. CHRONIQUES 315 Un point de vue qui retient particulièrement notre attention, c'est de savoir que si ces différents pays « sont des nations politiquement indépendantes )), ils sont surtout des nations « économiquement coloniales.)) Nous comprenons ce que cela veut dire.Et d\u2019apporter des exemples.En Argentine, le capital anglais domine, les chemins de fer du pays sont anglais, comme au Brésil du reste.Partout, des banques étrangères, des services téléphoniques et télégraphiques aux mains des étrangers.Ce sont des étrangers qui dominent les mines de la Bolivie et du Pérou.« En Bolivie, pour prendre un seul cas, entre 1912 et 1930 les placements des capitaux américains ont crû de 760%.)) Et l'on s\u2019explique ensuite plus aisément certaines positions politiques qui de prime abord nous paraissent assez invraisemblables.Le petit livre de Richard Pattee est un guide précieux.Il fournit l'essentiel à des lecteurs pressés et il permet aux autres de réfléchir sur une foule de données.\tRoger Duhamel.Alain Grandbois, Avant le chaos.Éditions Modernes, Montréal 1945.Hélène-J.Gagnon, Blanc et Noir.Éditions de l'Arbre, Montréal, 1945.Maurice Gagnon, Peinture canadienne.Société des Éditions Pascal, Montréal 1945.Frances Gunther.La révolution de l'Inde.Éditions Parizeau.Montréal 1945.Noel-Pierre Lenoir, Préface à la paix.Éditions Parizeau.Montréal 1944.Stefan Zweig, Joseph Fouché.Éditions B.D.Simpson.Montréal 1945.Jean Benoît-Lévy, Les grandes missions du cinéma.Éditions Parizeau, Montréal 1945.Paul Desjardins, Le college Sainte-Marie de Montréal, t.II.Montréal 1944.Richard Pattee, Essai sur l'évolution de l'Amérique espagnole.Imprimerie d'État, Port-au-Prince, Haïti, 1944. 316 L ACTION NATIONALE Les idées évoluent Un de nos courageux confrères en littérature n'a pas craint d\u2019écrire sur la couverture de la deuxième édition d'un de ses ouvrages: « Édition définitive».J'ai estimé qu'il voulait tenter une expérience, voir comment réagiraient à son audace la critique et le public.Je n'imagine pas que le hardi confrère (qui ne manque pas de perspicacité lorsqu'il se donne la p>eine d'en avoir), non, je ne conçois pas qu'il ait sérieusement cru immobiliser et fixer pour l'éternité l'état de ses idées, de sa pensée, qu'il ait délibérément prononcé contre une part de son intelligence, un arrêt de paralysie et de mort.1 Peut-être à 75 ou 80 ans, est-il permis de s\u2019amuser au jeu de publier une édition définitive de ses ouvrages.Intellectuellement, la dernière enfance de l'homme ressemble si fort à la première qu'on peut accorder à celle-là le même sourire indulgent qu'on donne à celle-ci.L\u2019enfant de cinq ans qui joue au bord de la mer croit éternels les remparts de sable qu\u2019il élève; 75 ans plus tard, il croira que les pages noircies qu'ils a accumulées ont une importance capitale et doivent être présentées à 1.On m a fait observer que l'expression Edition définitive était couramment reçue en librairie et avait une signification précise, purement matérielle.Soit ! Je persiste quand même à croire que mes remarques demeurent justes, et qu'un écrivain de quarante ans, c\u2019est-à-dire en pleine effervescence intellectuelle, commet pour le moins une imprudence en écrivant sur la couverture d'un de ses ouvrages d'idées Edition définitive.Si ses idées ont de fortes chances d'évoluer, il y aura de non moins fortes chances qu\u2019il soit tenté d'en publier une nouvelle version.Alors, à quoi rimerait 1 Edition définitive ?11 s'agirait peut-être d une Première Edition définitive ? CHRONIQUES 317 la postérité dans leur état définitif: à l'aube, la mollesse cérébrale, au déclin, le ramollissement cérébral.L'homme a un tel besoin de croire à son importance ! De se persuader que son esprit a atteint aux limites de l\u2019Esprit ! Alors, il ose dire, écrire froidement: voici l'état définitif de ma pensée, le visage d'éternité de mon œuvre.On ne songe pas qu\u2019en ce monde mouvant et en proie à de perpétuelles transformations, ce mot définitif est l\u2019un des plus vides et des plus vains du vocabulaire.Encore peut-on, avec une certaine justesse, l\u2019appliquer aux œuvres d\u2019art.Mais aux états successifs de la pensée, aux variations indéfinies de nos idées ! Comment arrêter définitivement la marche ininterrompue de notre intelligence, ses quêtes incessantes, ses recherches et ses tâtonnements, ses retours inexplicables et ses circuits mystérieux, ses élans imprévisibles vers l\u2019inconnu à la conquête de buts cachés et de découvertes qui nous étonnent ?N'est-ce pas toute la raison d\u2019être et toute la gloire de l\u2019intelligence que d\u2019avancer sans cesse, de ne tenir ses acquisitions que pour provisoires et sujettes à modifications, d'être dans une condition perpétuelle d\u2019inquiétude et de mouvement ?Définitif signifierait donc, pour l\u2019homme arrivé au terme de sa vie: « sur tel ou tel problème intellectuel, sur telle ou telle question débattue, voici les derniers développements et l\u2019ultime solution que j\u2019ai trouvés, moi.Ce problème, cette question, je m\u2019interdis de les examiner de nouveau, de les scruter davantage, de leur proposer de nouvelles explications et solutions.Si vous désirez connaître sur eux, le dernier état de mes recherches, de mes analyses, de ma pensée, consultez l\u2019ouvrage que je leur consacre et que j\u2019ai défini: édition définitive.» 318 l'action nationale Il y a là, on le reconnaît aisément, une démission, une abdication, une défaite suprême du chercheur, de l\u2019analyste, du penseur: l'intelligence, qui n'est plus supportée par une vie diminuée, déclinante et proche de sa fin, renâcle, refuse de creuser plus avant, de monter plus haut, de marcher plus loin La vieillesse extrême explique ce désespoir si elle ne justifie pas l'orgueil qu'il y a d\u2019employer le mot ambigu de définitif.Importe-t-il bien pour un homme, même doué d'une heureuse intelligence, d'inscrire les mots: « Edition définitive )> sur la couverture de ses ouvrages ?C'est se croire un intérêt et une importance assez ridicules Il faut toujours en revenir à l'enfance, considérer les similitudes entre celle du commencement et celle de la fin: l'enfant croit que ses forteresses de sable ou ses palais de neige dureront et intéresseront les siècles futurs.Mais qu'un écrivain de quarante ans, c'est-à-dire au zénith de la vitalité et de la vigueur intellectuelle, se hasarde à graver une pareille épitaphe sur un volume d'essais (c\u2019est-à-dire d\u2019idées), c'est une bizarrerie qui ne peut s'expliquer que bien difficilement: inconscience ou rage d\u2019imitation servile de ce qui se fait en France ?Dans le cas du courageux confrère dont nous parlions tout à l'heure, nous croyons qu'il désirait étudier les réactions que provoquerait son coup d'audace.Rien n'est aussi amusant que de « faire monter des côtes à autrui » pour voir autrui haleter, suer, grogner et pester sur la pente raide et glissante.Celui qui aime les petits jeux et les divertissements malins pourrait passer sa vie à celui-là si, malheureusement, la vie d\u2019un écrivain, d'un artiste, ne comportait pas de plus sérieux devoirs et de plus graves CHRONIQUES 319 obligations S'amuser est une chose et chercher la Vérité ou des vérités en est une autre.A vouloir se payer trop continûment la tête des béotiens (dont on s\u2019estime charitablement entouré), on risque de dilapider ses dons et de gaspiller sa vie Le goût de provoquer sans répit les réactions béotiennes, c\u2019est peut-être une insidieuse tentation du Malin.Cette tentation, j\u2019en connais bien la subtile malignité pour avoir failli y succomber une fois ou deux.Ici, que le lecteur bienveillant me permette d\u2019ouvrir une assez longue parenthèse.Elle a, je crois, sa raison d\u2019être.Une aimable personne, intelligente (à ses heures, comme toutes les personnes intelligentes) et qui jouit d\u2019une honnête réputation de culture m\u2019a reproché, indirectement, notons-le, de trop parler de moi dans mes écrits.Le reproche qui n\u2019a assurément été formulé que pour mon bien mais un peu à la légère, peut-être, me trouve sensible: î\u2019éprouve le besoin d\u2019y répondre et de m\u2019expliquer sinon de me justifier.Voici.Il est clair que je parle, dans mes articles et mes études, de mes expériences personnelles; que ce sont elles que j\u2019expose, détaille et commente, que j\u2019essaye d\u2019éclaircir pour ma propre satisfaction et, incidemment, pour le profit des lecteurs qui pourraient me ressembler, être en butte aux mêmes problèmes que ceux qui me sollicitent.Je pourrais, évidemment, parler de mille autres choses, traiter d\u2019un million d\u2019autres sujets.Ces autres choses, ces autres sujets, c\u2019est pure modestie si je les néglige: je me dis que d\u2019autres écrivains les étudieront avec plus de compétence que je ne saurais faire.J\u2019avoue les étendues de mon ignorance et les déserts de mon incompétence; j\u2019ai horreur de 320 L ACTION NATIONALE m'atteler à des tâches qui dépassent mes moyens et que d'autres réussiront mieux que moi.Par tempérament, je suis incliné vers les problèmes de la composition artistique (surtout l'étude de l\u2019être humain par la fabrication des personnages imaginaires: chacun étudie et approfondit les mystères de l'homme avec les aptitudes naturelles et l'instrument intellectuel dont il dispose).Ici, deux voies me sont ouvertes: dans la fabrication des personnages de roman, je puis parler soit de l'expérience des autres romanciers, soit de la mienne.Je puis essayer d\u2019imaginer comment Balzac, Stendhal, Proust, Mauriac ont fabriqué leurs personnages les plus célèbres.On remarquera qu\u2019alors mes tentatives d\u2019explication et d'élucidation ne traduisent, forcément, qu'une expérience de seconde main: il faudrait être Balzac pour savoir comment il a conçu le père Goriot, Stendhal pour savoir comment il a conçu Julien Sorel, etc.Les analyses des essayistes, des biographes et des critiques ne reposent que sur les faits connus et les hypothèses plus ou moins ingénieuses qu'ils construisent.Il faudrait connaître à fond toute la vie de Balzac et ce qui se passait dans son cerveau, dans son être entier, pour apporter une explication valable et d'une profondeur vraiment intéressante du père Goriot.Cette explication satisfaisante\u2014 à peu près \u2014c'est Balzac lui-même et Balzac seul qui pouvait la fournir.Je suis de ceux qui regrettent qu\u2019il ne l\u2019ait pas fournie; je suis de ceux qui estiment qu'il est plus important de saisir quelque chose aux opérations de l'esprit dans leur activité que de constater banalement leurs résultats La connaissance des opérations de l'esprit pourrait mener à de passionnantes découvertes sur l'homme et sur l\u2019univers CHRONIQUES 321 Or, cette connaissance inexistante aujourd'hui, c'est chaque travailleur intellectuel qui peut essayer d\u2019en jeter les bases, d'apporter un moellon à l'édification de ses bases Comment ?En exposant loyalement, avec le plus d\u2019exactitude et de pénétration possible les phénomènes qui ont eu lieu en lui durant la période de création, de recherche.Cette description me paraît d\u2019une suprême importance, beaucoup plus importante, en tout cas, pour la connaissance que l\u2019œuvre d\u2019art ou la découverte On ne saurait se consoler que les grands artistes n\u2019aient pas tenté de décrire la genèse de leurs chefs-d\u2019œuvre, que les grands savants se soient contentés de leurs belles découvertes sans se soucier de dire comment ils y avaient atteint.Chère personne qui m'avez reproché de trop mettre en scène mes propres expériences, vous comprenez maintenant (si vous êtes dans une de vos heures d'intelligence) pourquoi je le fais avec une telle obstination, une volonté aussi résolue.Je ne parle pas de moi pour le détestable plaisir de m'étaler mais pour décrire ce que j\u2019ai la persuasion de connaître le moins imparfaitement.Il faut toujours venir à perdre l'illusion de l'objectivité, source de mensonges, d\u2019hypocrisies et d'erreurs.Dans l\u2019ordre des recherches psychologiques, lorsque l'explorateur veut descendre à une certaine profondeur, c\u2019est en lui-même et non pas en autrui qu'il doit descendre, pousser aussi loin qu'il peut ses investigations.Le témoignage le plus autorisé et le plus précieux, c\u2019est celui que chacun apporte sur soi, sur son propre travail, sur la façon dont le travail s\u2019est accompli. 322 l'action nationale Je ferme la parenthèse, ayant à peine esquissé des idées qui demanderaient de longs développements, et je renoue le fil brisé de mon propos initial : pour un homme dans la maturité (ou aux approches de la maturité), les idées sont en marche, en perpétuelle transformation, en effervescence: leur expression ne saurait être que provisoire; demain, elles auront pris un autre visage, elles auront modifié celui qu'elles avaient aujourd'hui.L\u2019intelligence, surtout durant la période de la maturité, transforme sans cesse les idées, les retourne sur toutes leurs faces, en atténue certains aspects et en révèle d\u2019autres qui étaient demeurés dans l'ombre; des vérités, des fragments et des parcelles de vérité que nous n'apercevions pas hier se dévoilent aujourd'hui; et d\u2019autres naîtront demain à nos yeux.Les formes que revêtent aujourd'hui nos idées, leurs colorations actuelles ne sauraient être définitives, c'est-à-dire immobiles et d'une rigidité qui ne se modifiera plus: elles sont de cire et non pas d\u2019airain: l\u2019intelligence ne cesse pas de repétrir et de remodeler cette cire.Vouloir arrêter ce travail, c\u2019est un acte d\u2019arbitraire, une espèce de suicide intellectuel.On ne déclare pas à son intelligence: « Sur tel point, sur tel problème, sur telle question, tu n\u2019iras pas plus loin, plus creux, plus haut Tu as atteint à la limite que je t\u2019interdis de franchir » Parler ainsi, ce serait soit de l\u2019enfantillage, soit la pire démission Nous avons un si naturel besoin de perfection, un goût si vif d\u2019absolu qu\u2019il faut beaucoup de courage et d\u2019humilité pour reconnaître que nos idées sont en continuelle évolution, que la dureté brillante du platine leur est défendue De tout notre désir, nous voulons atteindre à un hâvre et nous devons voguer CHRONIQUES 323 sans fin sur une mer aux lames dures: il n\u2019y a pas de port; le port, c\u2019est la mort.Dans l\u2019ordre intellectuel, le repos, l\u2019immobilité, les acquisitions définitives n'existent pas.Le durcissement des idées marque la mortelle disgrâce: la stratification de l\u2019esprit.Ces jours derniers, je revoyais dans mes dossiers quelques articles que je n\u2019ai pas publiés.Certains remontaient à six mois, d\u2019autres à huit ou dix mois.Je me demandais si je n\u2019y trouverais pas de la matière utilisable.Je me suis rendu compte, une fois déplus, combien mes idées n\u2019avaient rien d\u2019immobile et de fixe, à quel point elles évoluaient, s'engageaient peu à peu en des directions imprévues, élargissaient leurs horizons, s\u2019enrichissaient et se complétaient par la naissance de nouvelles idées.Des problèmes que j\u2019avais cru définitivement résolus pour moi, des questions auxquelles je pensais avoir trouvé des réponses satisfaisantes et finales réapparaissaient sur le tapis, réintégraient l\u2019aire du débat.Je me disais: «Si j'avais recueilli ces articles dans une édition définitive, quels ne seraient pas actuellement mes regrets et mon amertume ! Pourtant, il y a quelques mois j\u2019ai estimé sincèrement que mes idées sur tel et tel point avaient atteint à leur point d\u2019épanouissement, à leur forme parfaite.Je vois aujourd\u2019hui qu\u2019il n\u2019en est rien.Ces idées me paraissent pauvres, incomplètes, plus ou moins exactes; elles manquent de la solidité, de la profondeur, de l'élévation, de la largeur que je pourrais leur donner en ce moment.Telles que je les retrouve formulées, elles ne marquent qu\u2019un 324 l'action nationalë état de mon développement intellectuel, une étape de mon itinéraire spirituel.Et je serais puéril de croire irrévocable la nouvelle forme que je pourrais leur donner aujourd'hui.)) Parmi les articles que je repasse, j\u2019en trouve un qui s\u2019intitule : « Recherches psychologiques ».J\u2019y relève le paragraphe suivant: « L'homme d'aujourd'hui ne s'abandonne guère aux ivresses de lintrospection.Il réfléchit peu, il s\u2019examine à peine, il s'interroge rarement sur les mobiles de ses actes.Il n'a pas le temps.Pourquoi notre siècle, si fertile en inventions, n a-t-il pas inventé une journée de quarante-huit heures ?» Ce paragraphe me laisse songeur.Ai-je vraiment pu en être content, songer, à un certain moment de ma vie, à le publier tel quel ?Je dois le croire puisque je le retrouve écrit ainsi, prêt à être livré à l\u2019impression.C\u2019est par un infime hasard qu'il n\u2019a pas été imprimé dans une revue ou dans un journal.Normalement, il aurait dû l\u2019être.A une période déterminée de mon développement intellectuel \u2014 période qui remonte à peine à quelques mois \u2014 cette idée, exprimée en une demi-douzaine de phrases, m\u2019a paru juste, digne de l\u2019expression littéraire.Je n\u2019ai pas hésité à l\u2019écrire, je n\u2019aurais pas eu scrupule à la laisser imprimer, à la signer.Évidemment, je la détache d\u2019un tout, je la sors d'un ensemble dans lequel elle s\u2019intercalait et qui l\u2019atténuait, lui donnait sa véritable portée, sa signification authentique.Cependant, telle quelle, et compte tenu de ce qui la précède, la suit, je ne la confierais plus à l\u2019imprimeur, je ne la signerais plus.Je suis très heureux de ne l\u2019avoir pas insérée dans un ouvrage définitif.Elle me paraît inexacte dans sa généralisation, je vois nettement les atténua- CHRONIQUES 325 tions et les correctifs que je devrais lui apporter: il n'est pas vrai que l'homme d'aujourd\u2019hui (c'est-à-dire tous les hommes) ne réfléchit pas, ne s\u2019examine guère, s'interroge rarement sur les mobiles de ses actes.A ce point de vue, l'homme d\u2019aujourd'hui n\u2019est pas très différent de l\u2019homme d'autrefois.Si celui-là a plus de moyens de s\u2019étourdir que celui-ci, il n\u2019en abuse pas toujours.L\u2019homme, dans l\u2019ensemble, ne pratique pas moins qu'aux siècles passés la réflexion, la méditation et l\u2019examen de conscience.Je crains de plus en plus les généralisations parce qu\u2019elles renferment presque toujours un principe de fausseté ou d'injustice.Il ne faut jamais se hâter d\u2019accabler l\u2019homme, l\u2019homme en général : celui d\u2019aujourd\u2019hui est le frère très ressemblant de celui d\u2019hier.Mais les généralisations faciles exercent sur l\u2019esprit, à cause de leur facilité même et de leur assurance arbitraire, une sorte de fascination.Quant aux ivresses de l\u2019introspection, est-ce réellement une supériorité ?Les ivresses, de quelque sorte qu\u2019elles soient, sont toujours dangereuses.J\u2019écrirais plutôt: les profits, les bénéfices de l\u2019introspection.Ma phrase se construirait peut-être ainsi: «Les conditions d\u2019aujourd\u2019hui rendent plus difficiles à l\u2019homme la pratique de l\u2019instrospection que celles d\u2019autrefois.» Enfin, il est probable que je ne changerais pas la phrase finale: « Pourquoi notre siècle, si fertile en inventions.)) On m\u2019objectera facilement que l\u2019homme, qui a tant de difficultés à employer une journée de vingt-quatre heures, serait désespéré d'une journée de quarante-huit.Et peut-être aurait-on raison.J\u2019ai simplement voulu montrer par ce modeste exemple qu\u2019il est bien hasardeux de donner une 326 L ACTION NATIONALE édition définitive de ses ouvrages idéologiques avant la centième année.Et après ?A moins d'un accès furieux de vanité, c'est plutôt vain.La fonction de l'écrivain psychologue est de chercher et de croire n'a^oir jamais trouvé.Rex Desmarchais.Comment on nous juge! L'Ottawa Journal ne nous aime pas; ce n'est pas une surprise.Peut-être surtout ce journal préfère-t-il nous ignorer, pour pouvoir se permettre sans scrupule les interprétations les plus fantaisistes à notre sujet.Voici, par exemple, comment il interprète nos attitudes: « Quand ces gens parlent d'unité, ils entendent l'acceptation par huit provinces de la domination de la neuvième; quand ils parlent de leurs droits, ils entendent leurs réclamations pour obtenir des privilèges particuliers.» Ainsi parlait Hitler des Tchèques des Sudètes et des Polonais de Dantzig.Citations réconfortantes « Le fait brutal, c'est que les Canadiens français augmentent rapidement au Canada et, naturellement, dans un pays démocratique cela se reflète par un nombre croissant de députés canadiens-français à Ottawa.A moins d'une augmentation du taux de natalité chez la population anglophone, ou une plus grande immigration après la guerre, l\u2019heure viendra où ce pays sera un pays canadien-français ».(London Free Press) « Les statistiques démontrent la vérité de ce point de vue.En dehors du Québec où le vote canadien-français est décisif dans tous les 65 comtés à l'exception de deux ou trois, il doit y avoir entre 30 et 40 comtés où les électeurs canadiens-français sont un facteur important, sinon décisif.Dans le nord et l'est de la province d'Ontario, dans le nord du Nouveau-Brunswick, dans certaines parties du Manitoba et de la Saskatchewan, il y a des comtés où prédomine le vote canadien-français et il y en a en Nouvelle-Écosse où ce vote compte ».(Ottawa Journal) POURQUOI?n itiez-uouà paâ choisit O les plus nouveaux tissus \u2022 les plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS^ JOLY 269 est, rue Sainte-Catherine ^ Montréal\tBEIair 3126\t^ VII COUVRETTE-SA URIOL Limitée EPICIERS EN GROS 50, rue de Bresolles HArbour 8151 Président et gérant général Bernard Couvrette vin Lorsqu\u2019il s\u2019agit des produits de l\u2019érable \u2014 Exigez toujours la meilleure qualité \u2014 La marque \u201cCitadelle\u201d est la meilleure.1 0 0 % PURE Sirop d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d 0 Sucre d\u2019érable granulé \u201cCitadelle\u201d 0 Sucre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d 0 Beurre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d.Des produits sont en vente chez tous les bons épiciers.Les Producteurs de Sucre d\u2019Erable du Québec BUREAU CHEF : 5, Avenue Bégin, Lévis, Québec POUR VOS FOURRURES\t si vous\tcherchez Qualité, Elégance n\u2019hésitez pas, voyez\t BLEAU\t& ROUSSEAU J.-T.BLEAU\tANT.ROUSSEAU\tJ.-A.MASSON 3852 St-Denis\t5004 Sherbrooke 0.HA.8433\tDE.4482 Avec les hommages de VOLCANO LIMITEE (Chaiifoux & Fils Limitée) manufacturiers de Foyers Mécaniques, bouilloires, fournaises et réchauds.\u2022 Usine : ST-HYACINTHE, P.Q.\u2022 Administration et vente : \u2014 1106 Côte Beaver Hall, MONTREAL, P,Q.e Wilfrid Cirouard, vice-président et gérant général.IX COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée BISCUITS \u2014 GATEAUX \u2014 TARTES Marcel ALLARD, chef à la production.-\t- Montréal Alfred ALLARD, président et gérant gén.235 Laurier ouest LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT DEVOIR Lisez Voyez l\u2019annonce de \u201cLA SAUVEGARDE\u201d à l\u2019endos de cette revue et pour vous assurer appelez J.-H.LANGEVIN, C.C.S.Assureur Conseil Gérant Division Langevin Bureau s HA.7223\tRé».: AT.4810 SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Les cafés et confitures de x LES AMIS DE LA REVUE AUBE, Philippe AVOCAT /33 eat.Notre Dam* #\tHA 5877\tLATENDRESSE & FILS Enrg.FERRONNERIE 12057 eat, N -Dame.Pte-aux-Tr.9\tZone 5-038 BEAUSOLEIL, E.BOUCHER-ÉPICIER 1251, Champlain e\tCH 3712\tLATULIPE, N.TULIPPE & PAYSANNE \u2022\tCRAVATES CHAUSSE, Fernand AVOCAT 152 eat, Notre-Dame 9\tHA 7235\tMASSE.Paul AVOCAT 152 eat, Notre-Dame 9\tBE 1971 CREMERIE BOURCET EPICERIES B.Babin eau, prop.£\t1382 eat, rue Ontario\tMERCIER, Jean AVOCAT 152 eat, Notre-Dame %\tLA 1633 CYR, Edouard MODELEUR 1427, Maiaonneuve #\tAM 8S84\tNANTEL, Léo Distributeur de parties de radio 1662 eat, rue Ontario G\tCH 3052 DAIGLE ÉPICERIE, Fruits & Légumes Ville St-Laurent #\tBY 2900\tROY, J.-Orner BIJOUTIER 1658 eat, Mont-Royal O\tAM 2618 DESCHENE £r Fils Lfrée Matériaux de plomberie et chauf.1203 est, Notre-Dame O\tFR 3176-7\tSANSOUCY, Arthur BOUCHER ÉPICIER 3993, Hochelafa %\tCL 2839 DUPUIS, Laurier 5600, boulevard Monk \u2022\tWïï 0355\tTESSIER, Armand ENTREPRENEUR - PLATRIER 1482, boulevard Morgen \u20ac\tCL 3432 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2018invention 934 eat, Ste-Catherine «\tHA 4548\tHINTON, Caston MERCERIE 3987 eat, Ste-Catherine \u2022\tFR 4244 COUR LAMBERT CLOSSE R.Cambronne, Sec.-Trés.ASSOCIATION CAN ADO-AMER IC AINE 9»\tFR 9998 - Société de Secours Mutuel - MA 0730\t XI ÇA COÛTE PLUS CHER! 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