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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1944-05, Collections de BAnQ.

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[" « Pouah ! » Nous reproduisons un nouvel extrait de l'ordonnance du 4 mars 1944: Article 6.(1) Dès que le ministre de la Défense Nationale lui a signalé qu'un nombre déterminé d'hommes sont requis pour l'instruction militaire, le ministre peut charger tout régistraire d'appliquer les présents règlements à un nombre déterminé d\u2019hommes de sa division, et il peut informer le registraire du nombre d hommes de langue française requis.Ceux qui parlent de nos violences nous font bien rire.Notre citation prouve que les impérialistes du Canada sont prêts à nous supprimer selon les règles les plus efficaces de la dictature hitlérienne.Nous refusons, à l'Action Nationale, d'accepter le fruit de cette nouvelle trahison nationale.Qu'y a-t-il de violent là-dedans ?L'arbitraire d'une telle mesure en fait une fille déguisée de la deportation des Acadiens ou du camp de concentration.La légalisation d'un décret aussi despotique fera de nous des ilotes si nous l'acceptons.Nous faisons entendre encore une fois le cri de la résistance.Pour qu'on puisse conscrire une minorité avec un tel absolutisme, il faut la complicité des politiciens.Nous prévenons donc MM.St-Laurent, Fournier, Bertrand et Power, que cela ne se passera pas ainsi et que nous sommes dans la lutte anti-impérialiste pour y rester jusqu'au bout.Nous résisterons à ces accès de fanatisme anti-canadien-français.Nous disons à la jeunesse: il faut dénoncer ces criants abus de pouvoir partout: dans la famille, à l'école, à l'université, dans le journal, partout. 332 l'action nationale La lutte qui nous absorbe, souvent exaltante, a quand même besoin d'appui.Nous demandons au lecteur de nous soutenir impérieusement.Donnez-nous de nouveaux abonnés; soyez des propagandistes audacieux.Portez impétueusement la lutte chez ceux qui nous sont hostiles et que vous pouvez éclairer.Convainquez surtout ceux qui ont de l'ardeur, car les avachis ne méritent pas le don de vérité.Surtout raffermissez en vous le goût de la liberté.Le ministère King a procédé d'abord au compte-goutte pour nous empoisonner.Aujourd'hui, il compte que nous sommes abrutis par l'épreuve et incapables de réagir.Mais trêve d'ergotage ! On nous demande d'adorer les faux dieux: nous refusons.A toutes ces lois immorales, nous opposons une fin énergique de non-recevoir.Et quant aux politiciens qui viennent empuantir l'atmosphère de leurs mensonges de paix trompeuse, nous leur répétons avec Péguy: « Et les lâches sont des gens qui regorgent d'explications ».L\u2019Action Nationale. Réflexions de circonstance Il y a 284 ans ce mois-ci, 17 jeunes gens, dirigés par Dollard des Ormeaux, donnaient leur vie pour sauver la patrie menacée.Jamais leur exemple héroïque n'a plus mérité de retenir notre attention et d\u2019inspirer tous nos actes qu'en ce moment de notre histoire.Les signes se multiplient, en effet, que l'on prépare contre nos droits nationaux l'un des plus formidables assauts que nous ayons connus ; et le plus dangereux probablement, en cela même qu'il s'appuie davantage sur des procédés de cinquième colonne que sur la tactique de l'attaque franche et nette.En ce mois anniversaire du fait d'armes de Dollard et dans la situation de veille de combat où nous nous trouvons, je propose que nous fassions un peu ce que Dollard et ses compagnons ont dû faire avant de s'engager dans la mêlée: essayer de préciser la nature et la provenance des principaux dangers qui nous menacent et indiquer les données générales de la stratégie dont devrait s'inspirer notre défense.I Les dangers extérieurs : le centralisme Les premiers dangers viennent naturellement de l'extérieur, du fait trop manifeste hélas! que les dirigeants du Canada n ont jamais abandonné 1 idée de faire de ce pays a British Country, uniformément et exclusivement.Malgré toutes les belles 334 l'action nationale paroles de bonne entente qui nous viennent parfois de l'autre côté de la barrière, il nous faut malheureusement constater que l\u2019assaut se continue contre nos traditions.Même ceux qui nous sont le plus sympathiques, qui disent accepter le fait français au Canada, se comportent comme s\u2019ils ne consentaient qu\u2019à nous passer un caprice: celui de parler une autre langue que l\u2019anglaise.Ils en acceptent plus difficilement les conséquences nécessaires: la création dans Québec d'un ordre social et national d\u2019inspiration catholique et française.Et tout en proclamant hautement qu'ils veulent nous voir garder les caractéristiques qui nous sont propres, ils n\u2019en persistent pas moins à nous en refuser les moyens, à préconiser et à appliquer un centralisme fédéral équivalant à nous priver des moyens de mettre en œuvre une politique nationale et sociale conforme à nos aspirations.En somme, les événements montrent à l'envi que l\u2019on conspire contre notre existence nationale et que ceux qui nous tendent sincèrement la main, sans arrière-pensée, n ont pas le dessus au Canada; et à cause de cela, ils ne restent que d\u2019excellents instruments de pénétration aux mains des autres.La conspiration n\u2019est pas nouvelle d\u2019ailleurs.C\u2019est elle qui, après toutes les attaques que vous connaissez, depuis le serment du test jusqu'au blocage du domaine public, finit par nous imposer, avec l\u2019Union, ce curieux principe de l égalité de représentation des deux Canadas grâce auquel la minorité anglo-saxonne s\u2019assurait plus de députés que la majorité canadienne-française.C'est elle qui, une fois l\u2019élément anglo-saxon devenu majoritaire, RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 335 engendra la lutte contre le principe de représentation égale des deux Canadas au orofit de la représentation proportionnelle.C est elle qui nous conduisit ainsi à la Confédération, par laquelle, en ayant 1 air de faire un pas en arrière, on obtenait pour le fédéral ce qu\u2019on estimait être \u2014 on nous le dit aujourd hui \u2014 tous les pouvoirs importants de 1 epoque, mis, donc, sur une base de représentation proportionnelle assurant la domination de 1 element anglo-saxon.L intention bien arrêtée semble avoir ete, on nous en a donné des preuves tous les jours depuis 1867, de cantonner les Canadiens français dans Quebec et de les amener graduellement a abandonner le reste des droits concèdes, réalisant enfin cette assimilation qui est restee la preoccupation de tous les instants d'un trop grand nombre de faux Canadiens.De la, la politique d ostracisme dont nous avons ete 1 objet dans toutes les provinces du Canada en dehors du Québec.De là les difficultés sans fin à faire reconnaître pleinement à Ottawa les droits du français et les droits des Canadiens français a leur part du haut comme du bas fonctionnarisme.De la encore, 1 habileté consommée à profiter de toutes les circonstances pour réduire graduellement les provinces au rang de municipalités.Le ropport Sirois A 1 aurore de la guerre, le couronnement de cette politique semblait atteint dans le fameux RapDort Sirois.Les conclusions, on se le rappelle. 336 l'action nationale en reposaient sur des principes et des données financières telles que les provinces, entraînées comme dans une chaîne sans fin, devaient se voir graduellement dépouillées de tous leurs pouvoirs.Et nul n\u2019en a mieux montré les dessous que ce professeur de l Université de Toronto qui en expliquait ainsi le sens et la portée.Devant 1 opposition des Canadiens français, disait-il en substance, il a fallu, en 1867, accepter une certaine forme de confederation qui caractérisait les différences entre les deux groupes ethniques.Depuis ce temps-là, 1 urbanisation et l\u2019industrialisation sont venues ébranler les assises sociales du Canada français, les rendre plus semblables à celles du Canada anglais sur ces points.Comme c\u2019est dans le progrès de cette assimilation que réside l\u2019avenir du Canada, le rapport Sirois vient consolider les positions acquises depuis 1867 en soumettant à la majorité anglo-canadienne le soin de légiférer sur ces points.Cela serait parfaitement conforme à l'esprit de la Confédération, puisqu\u2019on laisserait toujours aux Canadiens français, pour un autre temps, ce sur quoi ils diffèrent encore des Anglo-Canadiens.Et 1 on éviterait ainsi tout retour offensif en faveur d'une refrancisation de l'économie du Québec, précaution qui, apparemment, fait aussi partie de l\u2019esprit de la Confederation telle qu'entendue par l'autre partie et non, naturellement, telle qu\u2019on nous 1 a montrée pour nous la faire avaler.Comme toujours avec l\u2019Anglo-Saxon, ce sont les faits qui comptent et non la volonté veritable des peuples.On veut bien ne pas trop molester ce que nous sommes ; mais on n admet pas ce que REFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 337 nous voulons devenir, rester ou redevenir, qui puisse être différent du Canada anglais et, pour cela, on ne veut tolérer aucun essai de reprise de ce qui a été perdu ou d\u2019orientation dans un sens nouveau qui nous soit propre.C'est là le sens de toutes les recommandations qu\u2019on nous fait sur le passé qu'il faut oublier pour ne regarder que l\u2019avenir, et encore le regarder à travers les mêmes lunettes que les Anglo-Canadiens.11 y a là un point de psychologie sur lequel il faut insister et une leçon à en tirer pour tous ceux qui, comme nous le verrons plus loin, veulent nous engager dans des aventures où nous risquerions tout.Soyons sûr, par exemple, que si la voie des étatisations devait se révéler une erreur pour nos positions nationales, on s'arrangera pour nous barrer cette fois-là encore le retour en arrière au moment où nous nous apercevons de notre erreur, quant au germe centralisateur que nous aurons nous-mêmes semé.Quoi qu'il en soit, cela montre hors de tout doute que la conspiration contre nos droits existe.Ceux qui la conduisent sont à ce point déterminés de venir à bout de nous, qu\u2019ils ne se gênent pas d'ailleurs pour proclamer qu'en cas d'insuccès, ils saboteront l'indépendance canadienne afin de nous jeter, corps et biens, dans les bras des États-Unis plutôt que de vivre avec nous si nous devons acquérir quelque puissance.Monté sur le même bateau qu'eux, nous devrons leur en laisser la direction ou ils le saborderont pour nous empêcher d'y jouir de notre place légitime.Acceptez l'esclavage ou sombrez avec nous: telle est leur politique. 338 l\u2019action nationale La guerre Et depuis le Rapport Sirois, nous avons fait bien des pas en arrière.Au nom de la guerre, le Rapport Sirois a été appliqué et les finances canadiennes centralisées pour toutes fins pratiques à Ottawa.Au nom de la guerre toujours, il a même été dépassé et le Fédéral a pris le contrôle à peu près complet de toute notre vie économique et sociale.Toute la machine économique que celui-ci a montée, il l'a édifiée sans s'informer vraiment de nos vues (sauf dernièrement dans certains domaines mineurs et trop générateurs de tracasseries pour le gouvernement de la part du public).D une façon générale, de tous les postes importants \u2014 pour ne pas parler des autres \u2014.nous avons eu tout juste les miettes de la table.Toute la structure de l'organisation sociale fonctionne en vue de favoriser la propagation chez nous des syndicats internationaux \u2014 neutres ou antichrétiens \u2014 au détriment des syndicats d'inspiration catholique.Pendant ce temps-là, la conscription décime une population qui n'a de pouvoir de remplacement qu'en elle-même, et qu'on se propose bien d'essayer encore de noyer par l'immigration d'après-guerre.Le régime des impôts écrase les familles nombreuses et tend à désorganiser la structure familiale de notre économie paysanne en forçant le cultivateur à payer un salaire à ses fils s\u2019il veut ne pas payer l'impôt sur leur travail.( Il se trouve que les revenus faibles de nos agriculteurs les exemptent d'avoir recours au procédé, mais il n'y a pas là matière à complète satisfaction).L'horreur sociale que RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 339 constitue l\u2019institution d'une armée féminine \u2014 dont un évêque américain a dit qu'il souhaitait n\u2019y voir s'inscrire aucune femme catholique \u2014 et l\u2019encouragement du travail des femmes aux usines désorganisent les foyers.Enfin, on en est même venu, tout dernièrement, à imposer au père \u2014 contre toutes nos traditions juridiques \u2014 de se faire le délateur de son fils en matière de service militaire si 1 on peut de quelque manière considérer le fils comme travaillant à son service, ce qui est presque la règle générale chez nos cultivateurs.En sapant ainsi à la base une institution si indispensable à notre survie et en s'attaquant par là aux ressorts les plus intimes de la conscience nationale, on travaille \u2014consciemment ou inconsciemment a nous gruger par 1 intérieur et à nous assimiler encore davantage.L'oprès-querre Ce qu on a dû faire un peu brutalement pour la guerre, on se propose de le continuer plus douillettement toutefois dans l\u2019après-guerre.Afin de n\u2019avoir oas à remettre tous les droits qu\u2019il s\u2019est appropriés en matière d impôts, le Fédéral s\u2019arrange pour se créer des charges qui le justifient de les retenir.Il multiplie les propositions de sécurité sociale, envahissant oar là le champ provincial et comptant bien que pour obtenir tel avantage matériel le plus vite possible nous serons prêts à sacrifier le reste ou que nous le sacrifierons sans nous en rendre compte. 340 l'action nationale Les organismes champignons poussent partout qui tous fonctionnent comme s'il n\u2019y avait plus au Canada la constitution de 1867 et des provinces munies de pouvoirs souverains.Tous, ils se retournent sans cesse vers Ottawa, lui font des recommandations élaborées sur des questions qui ne le regardent pas, le supplient d\u2019adopter une solution à tous ces problèmes, y compris les problèmes d\u2019éducation.Comment notre Jupiter fédéral resterait-il insensible au cri de ces grenouilles en mal d\u2019un roi qui les gave, fût-ce au prix de quelques coups de bottes ?L\u2019opinion publique réclame : ne faut-il pas agir ?Et l\u2019on agit, alors que cette soi-disant opinion publique n\u2019est le plus souvent qu\u2019une claque organisée à laquelle ne manque jamais de se mêler \u2014 comme pour lui donner un air d\u2019honnêteté indispensable\u2014 quelques bonnes âmes de bien pensants, bien intentionnés, .mais qui ne voient pas plus loin que leur nez, qui ne savent même pas se servir de leur nez pour déceler les mauvaises odeurs se dégageant de tout cela.Ajoutez les manœuvres d\u2019encerclement de nos propres mouvements sociaux, qui se dessinent avec l\u2019appui incompréhensible de certains des nôtres, et le tableau sera à peu près complet.Tout y est trop bien dirigé, trop bien orienté pour qu\u2019il n\u2019y ait pas quelque part quelque invisible chef d\u2019orchestre passé maître dans l\u2019art de faire chanter et danser.De sorte que notre situation esr de toute évidence, critique.Stratégie Comment faire face à la crise ?D\u2019aucuns, irrités, pressés, se sentent portés vers la violence.Sans RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 341 doute, nous ne devons pas avoir peur de la violence, mais en ce sens que nous ne devons pas craindre de faire tout ce qu'il faut faire, et être prêts pour cela à la subir, être déterminés à nous défendre si on nous l'impose.Toute idée, toute cause que ses adeptes ne sont pas prêts à soutenir « jusqu'au bout )) par tous les moyens qu\u2019imposent les circonstances, à accepter au besoin de mourir pour elle est presque certainement une cause perdue.C'est là la leçon même de l'héroïsme de Dollard.Mais ce n'est pas à nous d\u2019ouvrir le feu de la violence sous quelque forme qu'elle se présente: notre esprit chrétien nous 1 interdit; notre position minoritaire la rend peu pratique.« Patience et longueur de temps, disait un sage du moyen-âge, font plus que force et que rage.» Plus de fierté, jointe à de la patience, pas à de la patience passive exclusivement, à la patience qui subit, mais à de la patience active, à de la persévérance dans l'effort, voilà ce qu\u2019il nous faut.11 va nous falloir apprendre à dire non quand nous pensons non; à agir en conséquence (non pas seulement à parler), à persévérer dans notre détermination et dans notre action, quels que soient les risques courus, en nous rappelant avec un général grec de la Grèce asservie par Rome: «.que toute autorité est naturellement portée à se faire sentir e plus en plus à ceux qui lui sont soumis et que, favoriser les ambitions des plus forts sans leur oppc^ ser aucune résistance, c'est être bientôt en butte a la tyranniel.» La liberté des faibles, résultat du 1 Polybe, Histoire, liv.XXIX, ch.X. 342 l\u2019action nationale respect qu'on a d'eux, est faite, ne 1 oublions jamais, de leur habileté sans doute, mais surtout de leur dignité à affirmer et à défendre leurs points de vue « jusqu\u2019au bout » et à préférer qu\u2019on leur fasse violence plutôt que de céder de bon gré à quelque chose qui soit contraire à leurs convictions.Ce principe de base de notre action vaudra d\u2019autant plus, contrairement à ce que pourront dire les timorés, les bien-pensants, les complaisants de toutes sortes, que la majorité en ce pays tiendra davantage à se rattacher officiellement à des idees de démocratie, de justice et de liberté.Avec le butor, qui ne se reconnaît soumis à aucun principe de justice ou de moralité, il y a souvent lieu de recourir à d'autres méthodes (qui ne dispensent d ailleurs jamais de sauvegarder sa dignité).Mais ainsi que le même général grec que je citais précédemment le disait aux démissionnaires de son temps, qui auraient voulu, par crainte de réactions qui les dérangeassent, qu\u2019il dit toujours oui aux Romains, qu\u2019il allât au devant de leurs désirs, afin de s attirer leur bonne grâce: ( .) Si nous renonçons à faire reconnaître lajustice « de notre cause, si nous allons nous-memes au devant de l leurs ordres, quelle différence y aura-t-il entre nous et « leurs esclaves4 II faut donc soit convenir que la Justice « ne compte pas aux yeux des Romains, soit, si nous n osons oas R prodamer, faire valoir nos droits et ne pas nous « abandonner quand nous avons les plus puissantes raison « de leur tenir tête.» On concilierait mal cette observation fort juste avec les déclarations de tels de nos hommes publics, qui proclament sans cesse la générosité du Canada anglais à notre égard et qui, par ailleurs, ne cessent de se courber devant lui. RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 343 Mais nous-mêmes, les nationalistes, qui nous prétendons les véritables défenseurs de la nationalité canadienne-française, agissons-nous mieux! Certes nous parlons plus fort, mais quand vient le temps d'agir, dans chacune des circonstances petites et grandes de la vie nationale, agissons-nous en conformité avec nos principes ?Nous sommes pour ceci, pour cela! contre ceci, contre cela! et le lendemain, par peur de ci et de çà, pour arriver à ceci et à cela, pour obtenir telle ou telle faveur personnelle, ne mettons-nous pas souvent notre drapeau dans notre poche ?Il n'est qu'à regarder ce qui se passe chaque jour dans notre province, qu\u2019à constater certains faits qui démentent constamment nos paroles, et qui pourraient nous faire croire, entre autres, que le Québec est non seulement la province la plus loyale mais la plus loyaliste, la plus impérialiste de tout le Canada, pour se rendre compte qu'il y a un divorce complet entre ce que nous pensons, ce que pense notre peuple et ce qu'il fait.Loin de moi l\u2019idée de vous proposer de prendre des attitudes de butés, de vous ooposer à tout, à propos de tout et de rien, pour le plaisir de faire de l'obstruction; ni encore moins de manquer de loyauté au Canada.Mais il me semble que nous devrions tous avoir le courage de conformer nos actes à nos convictions et de ne nous soumettre à ce que nous réprouvons que sous le coup de la loi, qu\u2019en protestant contre l\u2019injustice qu\u2019on nous fait tant qu'amende honorable n'aura pas été faite, et non pas aller au devant des, coups sous prétexte que sans cela, nous nous les verrons imposer.Cette 344 l'action nationale attitude d\u2019opposition active, même si elle ne donne rien dans l\u2019immédiat, pose au moins des jalons pour l\u2019avenir en enregistrant nos dissidences et en galvanisant nos énergies; elle freine aussi petit à petit l\u2019activité de l\u2019autorité oppressive en la plaçant dans l\u2019impossibilité d\u2019arriver à ses fins sans avoir recours à l\u2019obligation et en compliquant énormément ses problèmes du fait de la non-collaboration qui lui barre sans cesse la route.L\u2019autre, au contraire, nous conduit, de dérobades en dérobades, à la défaite finale, à la défaite en détail sans que jamais la chance nous soit donnée \u2014 si l\u2019adversaire est habile \u2014 d\u2019une reprise possible sur une question de première importance.Divisées en mille et prises millième par millième, les questions les plus importantes en effet ont l\u2019air de problèmes ridicules sur lesquels il ne vaut pas la peine de s'arrêter.Chacun de ces millièmes met pourtant tout le principe en jeu et quand les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millièmes auront ainsi passé, le dernier continuera en lui-même de paraître d\u2019aussi ridicule importance que le premier.Pourtant tout a*>ra été perdu! Si Dollard avait agi comme nous \u2014 parlant beaucoup agissant peu \u2014 , il y eût eu beaucoup de bruit dans Ville-Marie, mais personne au Long-Sault! Et s\u2019il est possible que beaucoup de bruit eût pu suffire à effrayer des barbares comme les Iroquois, des Anglo-Saxons, au contraire, passés maîtres dans l\u2019art de gouverner les peuples, ne s'occuperont \u2014 et qui les en blâmerait ?\u2014 d'aucun tapage, s\u2019ils ne se rendent pas compte, par nos actes, que nous sommes sérieux, that we mean something. RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 345 II Les dangers intérieurs : la cinquième colonne Malheureusement, et c\u2019est là le second danger, un danger intérieur celui-là, nous sommes paralysés dans notre action par l\u2019existence chez nous d'une cinquième colonne, pour employer un mot à la mode.Et comme toutes les cinquièmes colonnes du monde, la nôtre a ses inconscients: les assimilés et les demi-assimilés de chez nous.Tous gens qui parlent encore le français et vont encore à l\u2019église; qui, toutefois, ne réagissent plus à la française mais à l\u2019anglo-saxonne; qui conservent les rites du catholicisme, mais en ont perdu le sens et se conduisent, vivent et Densent comme des protestants de l\u2019ère victorienne.Elle a aussi ses naïfs: gens bien intentionnés, qui tiennent au fait français et au fait catholique, mais qui ne saisissant pas la portée de leurs affirmations, jouent avec le feu, croient faire preuve de largeur de vue en ne donnant pas dans ce qu\u2019ils appellent certains excès, sans se rendre compte que les actes qu\u2019ils posent, les idées qu\u2019ils acceptent conduisent, quand on les pousse à leur conclusion, là même où ils prétendent ne pas vouloir aller.Elle a enfin ses conscients, puissants ceux-là, qui veulent réussir dans la politique et dans les affaires, et qui, pour s'assurer ces succès matériels à eux et à leurs enfants, choisissent la voie tortueuse de l\u2019asservissement aux vues des maîtres du pays.Le principal cheval de bataille de ces gens, c\u2019est 1 unité nationale et la bonne entente! Malheureuse- 346 L ACTION NATIONALE ment pour ces deux expressions que tout le monde pourrait accepter comme la règle d'or politique en ce pays, si on les liait à l'idée que les deux races qui y vivent gardent quelque dignité et se respectent mutuellement.Comme, dans leur bouche, elles signifient l\u2019aplatissement devant les vues de la race dominante, l\u2019anglicisation des nôtres, la déformation de notre histoire, la fusion définitive des deux groupes en un Canada, non pas seulement uni, mais unifié dans l\u2019uniformité, dans l\u2019uniformité anglo-saxonne, elles témoignent d'un idéal qui pouvait satisfaire des barbares comme les Gaulois en face d\u2019une nation aussi civilisée, au contact de la Grèce, que la Rome antique, mais qui ne saurait convenir à des descendants de la plus brillante civilisation de l'époque contemporaine en face d\u2019une civilisation dont Hilaire Belloc, l'un des siens, a dit quelle était mercantile, essentiellement.Nous en sommes de la bonne entente, nous sommes pour la vraie bonne entente! Pas celle qui s\u2019achète par des compromissions, et qui est payée à prix d\u2019or ou de situations individuelles enviables, mais celle qui résulte de la collaboration loyale dans la dignité et le respect mutuel.Pas celle de la soumission sans condition et perpétuelle du vaincu d\u2019hier à son vainqueur, celle que le conquérant impérialiste impose à sa colonie sous la menace de la férule, mais celle qui conduirait deux grandes civilisations, différentes et qui veulent le rester, à se donner la main par-dessus leurs différences, acceptées réciproquement de façon que l\u2019élément majoritaire ne se serve pas des bonnes dispositions de l\u2019autre afin de lui imposer sa civilisation RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 347 en se couvrant du prétexte prétentieux qu\u2019il lui rend ainsi grand service.Mais tout cela ne décrit pas complètement l\u2019attitude de ceux qui, parmi les conscients, se sont voués à l'œuvre de destruction nationale.Ce groupe a, en effet, ses extrémistes, ses idéologues, des gens qui haïssent les grandes valeurs spirituelles que nous représentons, et qui veulent les faire disparaître de ce pays comme du reste de la terre! Se disant des hommes à idées larges et progressives, ils entonnent chez nous un refrain qui est plus vieux que le monde.Consciemment ou non \u2014 et certains d'entre eux en sont parfaitement conscients \u2014, ils se rattachent par leurs idées à la chaîne de ceux qui, depuis le commencement du monde, en passant par certains philosophes de l'antiquité, ou par les rationalistes purs de toutes les épopues, spécialement ceux des 18e et 19e siècles, par les anticléricaux de 1880 et les loges maçonniques, par le communisme, cette grande mystique rationaliste et athée de notre époque, ont essayé de convaincre l'humanité qu'il n'y a rien au-dessus d\u2019elle, qu'elle est elle-même son dieu, qu\u2019elle doit mettre sa foi dans le Progrès pour lui-même, dans la Science avec un grand S, afin de se donner le paradis sur terre par l'accumulation des jouissances matérielles.Comme on le voit, ce sont des idées toutes neuves ! Malgré le vague, voulu ou non, de leurs paroles ; il n\u2019est pas difficile de voir où tout cela nous mènera, et ce que tout cela signifie, quand nous les voyons trouver étroit que nous voulions faire du Québec un centre catholique et français, conseiller à la jeunesse de fuir ceux qui veulent les détourner de 348 l'action nationale richesses au nom de soi-disant valeurs spirituelles, s\u2019apitoyer sur le sort des Canadiens français parce qu\u2019ils n'auraient pas la liberté de religion, ce qui pour plusieurs d'entre eux signifie que les Canadiens français sont bien arriérés et bien à plaindre parce qu'ils ont une religion.Quand nous les voyons encore soutenir que les vertus prêchées par le catholicisme sont la cause de notre infériorité économique, et travailler à créer \u2014 non pas un ordre politique, économique et social où ces vertus pourront fleurir sans nuire à la prospérité économique des citoyens,\u2014 mais un monde qui, capitaliste ou communiste selon les tendances personnelles de chacun d'eux, mettra la recherche des satisfactions terrestres au-dessus de tout.Tout cela souvent, afin de ne pas trop s'exposer à montrer vraiment ce que l'on est, sous le couvert de dénonciations d'un nationalisme qui n\u2019a jamais été qu'un sain patriotisme et ne s'est jamais intéressé à autre chose, sauf chez de très rares exceptions, qu'à défendre notre droit à la vie, sans attenter à celle de personne.Nous n'ignorons pas qu'il y a chez nous des réformes à accomplir, des réformes profondes même.Nous ne nions pas qu'il y a eu dans le passé, qu'il y a dans le présent et qu\u2019il y aura encore dans l'avenir\u2014c\u2019est l'éternelle histoire du monde \u2014 des étroitesses d'esprit, même de mesquines étroitesses d'esprit, non seulement chez nos laïques, mais chez nos hommes d'Église aussi bien.Mais il ne faudrait pas croire que les étroitesses d\u2019esprits existent seulement chez les nationalistes et les hommes d'Église.Tel individu qui croit ses idées bien larges, parce RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 349 quelles ne sont pas conformes à des idées qu'il exècre, s'est souvent, sans qu\u2019il s'en rende compte, mis des visières qui l\u2019empêchent de voir plus loin que son nez.Quoi qu\u2019il en soit, dans la mesure où l\u2019Église est visée dans ces attaques, l\u2019Église du Moyen-Age comme celle d aujourd hui, 1 Église a Rome comme à Montréal ou à Québec, je n'hésite pas à déclarer que si certains de ses porte-paroles \u2014 évêques, prêtres, religieux \u2014 ont pu, aveuglés par l\u2019éblouissante lumière des vérités spirituelles qu'ils ont plus que d\u2019autres l'avantage de contempler, se montrer étroits à l\u2019égard des choses de ce monde, et faire preuve ainsi d\u2019un humanisme incomplet, qui n\u2019est pas intrinsèque à la doctrine de l\u2019Église,\u2014 je n'hésite pas à déclarer, dis-je, qu'ils étaient encore plus près de la vérité, de la vérité totale, que ceux qui, vautrés dans les préoccupations matérielles, adorent le Dieu Progrès et les Déesses Raison et Science.Par conséquent, c\u2019est encore à ceux-là et non à ceux-ci qu\u2019il faut accorder notre confiance.Lo stratégie contre les ennemis de l'intérieur Pour arriver à contrebalancer l\u2019influence de ceux qui mettent le progrès matériel au-dessus de tout, du spirituel comme du national, autant nous avons dit qu\u2019il va nous falloir apprendre à dire non contre les invasions extérieures, autant nous allons avoir ici à savoir dire oui, à être affirmatif et non négatif, à être constructif.Il va nous falloir apprendre à dire oui! devant l\u2019effort à accomplir, et non pas nous abandonner à la paresse instinctive et à la peur du travail, du travail ardu, qui caractérise 350 l'action nationale encore trop notre jeunesse.Oui ! devant le travail d apostolat qui nous permettra d\u2019éduquer notre peuple et de l'amener à se choisir des chefs plus propres à servir ses véritables intérêts.Oui i surtout devant le formidable travail d'étude qui s\u2019impose dans tous les domaines, qui va exiger des compétences partout, et des compétences capables de travailler avec un certain désintéressement! Il va falloir que les catholiques qui, dans Québec, s'identifient pratiquement avec les Canadiens français, mettent enfin la main à la pâte pour réaliser, dans le concret, un ordre conforme à leurs conceptions philosophiques.C'est encore ce qui, d'ailleurs, au strict point de vue national, justifiera le plus et assurera le mieux notre survivance.Les fausses doctrines chez les nationalistes Mais ici surgit le troisième danger, qui est dans nos coeurs celui-là, qui se glisse dans notre pensée, qui menace de détruire le fondement même de la forme de civilisation que nous prétendons édifier.Il ne manque pas aujourd'hui de Canadiens français catholiques décidés de faire quelque chose pour leur religion et pour leur nationalité.Malheureusement, on dirait que les catholiques ont pendant si longtemps négligé de réaliser ce qu\u2019ils prêchent, qu'ils ont pris l'habitude de dissocier les deux et qu'aujourd\u2019hui, au moment de faire quelque chose, ils ne savent plus établir le lien entre les solutions à trouver et les principes à sauvegarder.Sentant le besoin de faire vite, ils ne vont plus chercher à RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 351 la lumière des principes les solutions à appliquer; ils les empruntent à ceux qui ont mis leur foi dans les doctrines matérialistes et qui semblent obtenir certains succès pratiques.C'est ainsi que nous voyons certains mettre toute leur foi dans des théories monétaires dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont abracadabrantes.Sans doute, ces systèmes ne présentent pas pour l'esprit des dangers de principe comparables â ceux de tels autres systèmes fondés sur des philosophies fausses mais cohérentes et conduisant à des plans pratiquement réalisables.Là où ils engagent les principes, c\u2019est le plus souvent sans s\u2019en rendre compte et d une façon telle que la faillite pratique du plan ne manquerait pas de nous ramener dans la voie droite.En attendant, ils divisent nos forces, nous font perdre un temps précieux sur des vétilles.Et si leur triomphe devait être assuré, la faillite financière qui en résulterait pourrait être un danger immédiat pour le peu d'autonomie qui nous reste: le désordre des finances est, on le gait, une des grandes causes de l'asservissement des peuples.Les étatisations Plus grave, infiniment plus grave est la tendance, qui se manifeste de plus en plus chez nous, à vouloir adapter à nos besoins les formules socialistes et étatistes, qui sont la manifestation la plus nette du matérialisme de notre époque dans la subordination qui s\u2019y trouve au fond et que, je le sais bien, tous ceux qui les préconisent ne voient pas.de la liberté de l'homme à ses satisfactions 352 l'action nationale matérielles.Même si la société capitaliste a engendré des monstres, ce n\u2019est pas la guérir de ces monstruosités qui rongent la personne humaine que d'y substituer d'autres monstres qui la brimerait autrement: les monstres des entreprises étatisées.C\u2019est notre devoir, à nous catholiques, de trouver quelque chose de mieux, et cela, même au nom de notre survivance nationale.Dieu seul sait tout le mal que nous a fait, au point de vue national, le libéralisme économique pratiqué jusqu'à il y a à peine quinze ans, par nos gouvernements catholiques du Québec.En nous identifiant davantage socialement et économiquement avec le monde anglo-saxon protestant et libéral de l\u2019époque, cette politique a produit les fruits qui permettent au professeur anglo-canadien dont il a été question précédemment de diagnostiquer l\u2019ébranlement de nos assises nationales et d'en conclure que nous sommes mûrs pour accepter un raDport Sirois.Si nos gouvernements du Québec, depuis la Confédération, avaient eu le courage ou la capacité d\u2019orienter le progrès économique chez nous en tenant compte des données de la sociologie catholique et non du libéralisme économique, nous n\u2019en serions pas où nous sommes sur la question de l\u2019autonomie provinciale.Nous serions restés plus distincts que nous ne le sommes du monde anglo-protestant.Nous serions plus nous-mêmes, sans être pour cela, moins riches, et il ne pourrait certainement pas être question au Canada de centralisation.Aujourd'hui que le monde anglo-saxon, passant à l'autre extrême, verse peu à peu dans le socialisme RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 353 ou 1 étatisme, allons-nous encore suivre le courant ?Allons-nous encore tendre à amenuiser les différences qui séparent un Anglo-Saxon protestant et un Canadien français catholique ?Et sont-ce les nationalistes qui vont commettre cette si grave erreur de stratégie, non pas seulement pour des raisons stratégiques d'ailleurs \u2014 car alors la valeur pourrait en être contestable \u2014 mais pour des raisons de haute philosophie, de civilisation, donc de vérité.J'écrivais dernièrement, en parlant du point de vue catholique, que « des postulats fondamentaux aussi différents que ceux qui séparent catholiques et autres doctrines courantes de notre époque appellent des solutions radicalement différentes des mêmes problèmes».Si nous n'arrivons pas à trouver ou plutôt à adhérer à ces solutions, à les prêcher unanimement et à les appliquer \u2014 car elles existent , si nos solutions sont les mêmes que celles des groupes anglo-saxons, qu'est-ce qui nous différenciera d'eux ?Et s'il n'y a plus de différence, s il ne doit plus y en avoir parce que nous sommes d accord sur toutes les formules d\u2019organisation économico-sociale, expression nécessaire u une culture, s il ne s'agit plus que du droit de parler français et d\u2019aller à l\u2019église sans plus, alors soyons francs, et arrêtons de nous battre les flancs avec une autonomie provinciale inutile, qui n\u2019aura Plus guère que la valeur d\u2019un ballon pour politiciens et qui, ainsi rattachée à un fil aussi ténu, ne résistera d ailleurs pas longtemps aux assauts \u2018de \u2018extérieur.C'est le moment de rappeler ici l'observation si juste de Siegfried « Il faut, pour que 354 l'action nationale les Canadiens français profitent de toute leur chance, qu'ils se montrent capables de mettre sur pied une culture qui leur soit proDre )>.S ils ne restent pas distincts, continue-t-il en substance, et ils tendent déjà à ne plus l'être, les masses pourront continuer de parler le français, mais « c est leur âme même qui réussira mal a rester distincte )).Oui, parce que nous estimons que les valeurs que nous représentons en ce pays sont les valeurs vraies, il nous faut rester distinct! Nous n\u2019avons pas le droit, pour remporter certains succès matériels faciles, de copier certaines formules des autres, qui sont contraires à notre philosophie, pas plus que le gouvernement central n a le droit de nous imposer, par exemple, la démolition de la famille.Si nous interdisons à ce dernier d\u2019exiger de nous, au nom de la civilisation, des mesures qui tendent à la destruction de cette civilisation, c est bien le moins que nous ne lui donnions pas nous-mêmes l\u2019exemple du contraire.« Au pays de Québec, dit le curé de Maria Chap-delaine, exprimant autrement la même idée que Siegfried, « au pays de Québec, rien ne doit mourir et rien ne doit changer .parce que nous sommes un témoignage.» Ce qui ne veut pas dire, comme essayent de le faire croire des gens qui ont entrepris de jeter le ridicule sur les plus sublimes conceptions qui soient de l'homme et de sa destinée, que nous voulons toujours vivre matériellement comme vivaient nos ancêtres.Mais le progrès matériel chez nous ne doit jamais sortir d\u2019une autre inspiration que du témoignage qui nous a été confié, parce que, témoins du catholicisme et de 1 esprit RÉFLEXIONS DE CIRCONSTANCE 366 français combinés, donc de l'universalisme, nous sommes des témoins de la vérité.Comme l'araignée, qui va et vient dans toutes les directions aussi loin qu'elle veut, mais en déroulant un fil qui la tient toujours reliée au point auquel elle l\u2019a attaché, nous marcherons nous aussi dans la voie du progrès, mais à notre façon française et catholique, à partir de principes et sans jamais les perdre de vue, sans jamais permettre que des institutions qui y sont étrangères viennent nous en distraire en nous promettant, comme Satan au Christ du haut de la montagne, le royaume de ce monde.Et comme la toile d'araignée, l'ordre que nous établirons ne sera pas simplement un amas de législations résultant d'une quelconque politique de muddle through, mais une œuvre construite autour d'un noyau central de pensée et se développant en tenant compte des données du milieu.Comment nous sauver de nous-même?Pour que cela soit possible, il faudrait que nous connaissions mieux les valeurs que nous voulons défendre et qui se cachent derrière les mots français et catholique.Il faudrait donc que de savants vulgarisateurs, après s'en être eux-mêmes emparés, après les avoir pétris et en avoir maitrisé la connaissance nous en expliquassent mieux la nature, le sens, la portée.Il faudrait que d'autres travailleurs les appliquassent à la réalité concrète et en déduisissent les solutions vraiment nôtres qui nous sauveront tout en nous permettant de fournir à l'humanité notre contribution originale à la solution de ses problèmes. 356 l'action nationale Un immense pas dans ce sens a été fait avec la publication d'un ouvrage intitulé Invitation à l'étude et écrit par Esdras Minville.Sous un titre aussi modeste, il nous apporte déjà beaucoup plus qu\u2019une simple et banale invitation à l'étude.Il nous fournit une première synthèse de nos valeurs nationales; les premières approches d\u2019une doctrine et d\u2019une politique d\u2019ensemble nationale.Lisons-le attentivement, méditons-le et surtout, entendons le message pressant qu\u2019il nous transmet.Celui de nous mettre à l\u2019étude et au travail.C\u2019est vraiment « cela qui presse )) et « plus vite que ça » ; non pas tellement de mettre un gouvernement dehors pour le remplacer par un autre gouvernement qui ne différera du précédent que par les noms de ses partisans ou qui sera incapable de réaliser quoi que ce soit de solide faute d\u2019hommes et de matériaux pour construire solidement.Ajoutons à l'étude, au travail, à la persévérance dans l\u2019effort, la détermination de servir les intérêts canadiens-français et catholiques partout et toujours d\u2019une façon absolue, totale, « jusqu'au bout )), sans jamais flancher, même sur un détail, pour de mesquines raisons d\u2019avantages ou de sécurité personnelles, de les servir, non seulement en paroles, mais surtout en actions, et nous n\u2019aurons rien à craindre des années qui s\u2019en viennent quelles qu\u2019elles soient.Nous arriverons demain aux solutions théoriques et pratiques dont la réalisation assurera notre survie et notre épanouissement en prouvant une fois de plus au monde la puissance humaniste du génie français et du spiritualisme catholique.\tFrançois-Albert Angers RIEN Avec RIEN que les noms de votre père et de votre mère, nous pouvons établir le coût des recherches à faire pour compiler et dresser votre volume et votre arbre généalogiques.Gabriel DROUIN ARCHIVISTE et GENEALOGISTE INSTITUT GENEALOGIQUE DROUIN 4184, rue Saint-Denis\t-\tMontréal Une oeuvre nationale digne de votre encouragement.Immense documentation méthodiquement accumulée.31 ans de recherches patientes.Cenealogie de tout Canadien français, Franco-Américain ou Acadien.Ecrivez-nous pour ren-seignements et honoraires. La langue: trésor national « Le maintien de la prononciation, la correction grammaticale, la propriété des termes font partie du respect que nous devons à nos aïeux et de la dette que nous contractons envers nos enfants.Celui qui, sans motif valable, sans évidente amélioration, trouble cette continuité de la langue, porte la main sur une tradition et aliène pour autant qu'il dépend de lui une partie du patrimoine national.» Michel Bréal Langage et langues Le langage est sûrement le plus beau don que Dieu ait fait à l'homme, dans l'ordre naturel C est par lui que se manifeste extérieurement la faculté qui le distingue de la bête, l'intelligence; c'est grâce à lui que les individus ont pu associer, coordonner les acquisitions de leurs esprits isolés et construire, de tous ces éléments épars, des synthèses homogènes susceptibles d instaurer, de perpétuer et d\u2019améliorer le bien-être du groupe.Le langage est même un fait social par essence, si l'homme a forgé ce merveilleux instrument, reçu en puissance du Créateur, et qu il n a cessé de le perfectionner le long des siècles, ce n'est pas uniquement pour faciliter ses rapports intellectuels avec ses semblables, c'est en premier lieu pour rendre ces rapports possibles.De sorte qu'on peut dire que le langage, au sens le plus large du mot, est une condition indispensable de la société organisée Si l'on considère, avec cet attribut important, la langue: trésor national 359 son action bienfaisante sur la société constituée; si 1 on ajoute à cela son précieux rôle dans l'enrichissement individuel ; on peut, sans aucune crainte d exagérer, lui concéder une valeur générale de premier ordre Le langage s est concrétisé dans une multitude de langues, que les linguistes n'ont pas encore pu dénombrer avec une précision absolue; cela tient à plusieurs raisons, dont la principale est qu'on hésite souvent à accorder une parfaite autonomie, si 1 on peut dire, à certaines variétés dialectales assez voisines Si nous mentionnons ce fait, étranger d'apparence à notre sujet, c'est d'abord pour marquer que les langues ne sont pas toutes au même niveau d'importance, qu'on peut les classer en une certaine hiérarchie selon leur valeur intrinsèque 1 ; c est ensuite pour faire comprendre que plus on s élève dans cette échelle hiérarchique, plus la différenciation s'accentue entre elles.En d'autres termes, 1 individualité d un idiome est en raison directe de la richesse intellectuelle et civilisatrice de la nation qui le parle.Le fait que cette richesse varie, d un peuple à 1 autre, non seulement en degré mais aussi en forme, explique ce « génie )) que nous avons accoutumé de reconnaître à chaque langue à refl/rJT u* \u2022ngUES °m sans doute une aptitude radicale sur un nie H H\u2019î ^1 .F™- Ct,à \u201c P°\u2018nt de vue.sont toutes évoluée^ nlu«fflaitW ma\u2018S \u2018 £n ESt certainement qui sont plus er° .es, plus flexibles au mouvement imprimé par l'esprit e qur partant se trouvent supérieures aux autres.Autrement dit, toutes les langues sont égales en possibilités, mais pas en iQA^nnreLACh Af!iCEi\u2019 °'P\" Philosot)hie du Engage, Montréal, *943.note au bas de la page 111. 360 l'action nationale Nous reviendrons plus loin sur la genèse de ce phénomène assez complexe, sur 1 action constante et réciproque qui s\u2019exerce entre la nation et son idiome^ Pour l\u2019instant, nous croyons avoir assez prouvé la valeur générale du langage et laissé suffisamment entrevoir celle, plus particulière, de chaque langue parvenue à une certaine maturité, pour légitimer notre propos.11 serait opportun, nous semble-t-il, de faire le point au sujet de notre langue, dans la théorie comme dans la pratique; dans la théorie, en éclairant le lien intime qui unit la langue, la civilisation et la religion d'un peuple; dans la pratique en groupant tous les ennemis de notre langue, extérieurs et intérieurs, afin de les connaître d\u2019un seul coup et d'aviser aux contre-offensives nécessaires, si la première partie nous a convaincus que le jeu vaut la chandelle.Longue et culture De même que l'artiste (peintre, écrivain, sculpteur) signe inconsciemment de l'empreinte de sa personnalité exclusive toute œuvre éclose de sa pensée et de ses mains; de même chaque langue manifeste, imprégnée dans toutes ses fibres lexico-logiques et grammaticales, la mentalité particulière du peuple qui 1 a modelee.Ce phénomène se comprend aisément, si Ion songe que la langue, signe et véhicule de la pensée, a ressenti directement, par l\u2019intermédiaire de 1 esprit, les réactions diverses des générations passées au contact des vicissitudes multiples de la vie. LA langue: trésor national 361 « Il n\u2019est donc pas étonnant qu\u2019on retrouve « dans nos langues des traces d'imprégnation « successives, des couches qui rappellent celles « des terrains formés d\u2019alluvions.Elles conser-« vent, sous forme vestigiaire, le souvenir d une « infinité de contingences historiques et comme « les stigmates de plusieurs tempéraments na-« tionaux.Une multitude incroyable d'influences « culturelles se réfractent en elles.C\u2019est ce qui « a produit leur variété, leur individualité, leur « diversité numérique.Entre les multiples malt nières de poursuivre une même finalité, chaque « peuple a opté instinctivement en faveur de « celle qui était le plus à sa convenance, qui « répondait le mieux à l'individualité de ses incli-« nations.))1 2 On ne pouvait mieux mettre en lumière la constance du parallélisme entre la maturation de l'esprit d'un groupe et l\u2019évolution de son idiome; on ne couvait mieux suggérer que l\u2019Histoire d'un peuple, ses traditions, ses tendances intellectuelles et religieuses s'infiltrent au plus intime de la langue et colorent son lexique et sa syntaxe, jusqu\u2019à influencer, jusqu'à orienter même son développement, en la maintenant au dedans de certaines limites, hors desquelles leur expression ne serait pas pleinement satisfaite.En un mot, les langues en général ont reçu leur première impulsion de l\u2019instinct social de l'homme, mais, par la suite, les contingences historiques, le 1 Louis Lachance, o.p., op.cit., p.8z.C'est l'auteur qui souligne. 362 l'action nationale tempérament national, la culture de chaque peuple ont proprement dirigé la marche progressive de sa langue particulière.Si la culture a fortement agi sur la langue pour s en faire un véhicule à sa convenance, la langue, par une action réciproque bien logique, sert à son tour la culture; d'abord en assurant sa transmission d une génération à l'autre, ensuite en lui permettant de vivre, de se manifester, de se clarifier, au sein d'une même génération.De sorte que si l\u2019on peut affirmer que la culture doit sauver la langue (comme l'écrit avec raison M.Esdras Minville3), on peut aussi soutenir que la langue constitue le meilleur moyen de sauver la culture.11 nous semblerait donc imprudent, voire illogique, d'exercer notre action d'un seul côté, alors qu'il nous est permis d\u2019attaquer sur deux fronts à la fois, en faisant converger nos efforts vers un but unique.Voyons d\u2019un peu plus près comment la langue influence l'esprit.Elle le fait, en premier lieu, dans l\u2019éducation d\u2019une génération nouvelle.«.on n\u2019a pas de peine à comprendre de quelle action est sur l\u2019esprit le langage, si l\u2019on réfléchit que chacun de nous ne le reçoit pas en bloc et tout d\u2019une pièce, mais est obligé de le reconstituer à nouveau.» 4 * Et puisque l'initiation au langage s'accomplit évidemment par l'intermédiaire d\u2019une langue donnée, tout imbue d'une culture particulière, le jeune esprit, dès le s Invitation à l'étude, Montréal, 1943, pp.72-73.4 Michel Bréal, Essai de Sémantique7, (Bibliothèque de Sciences), Paris, 1930, pp.245-246. LA langue: trésor national 363 début de l'apprentissage linguistique, se moule inconsciemment aux données propres a cette culture et acquiert par là, ou du moins actualise les caractéristique de son milieu national.Plus tard, chez l'adulte, c'est l'usage courant de la langue maternelle qui maintient, en l'accentuant sans cesse, le contact intime de la culture et de l'esprit, même là où il n\u2019y a qu un concept assez obscur de la première.De cet exposé nous pouvons tirer les deux conclusions suivantes :1 °.Le commerce assidu de l'esprit avec la langue ancestrale vient-il à cesser, aussitôt la culture est sérieusement menacée; elle ne tarde pas à disparaître, laissant la place à une autre.2° Travailler à conserver sa langue, c\u2019est travailler à conserver sa culture.Nous essaierons d\u2019appliquer ces deux vérités générales au cas particulier des Canadiens français, après nous être arrêtés à la valeur de notre langue.La langue française, ses qualités Au sommet de l\u2019échelle hiérarchique des langues, prennent place celles qui expriment les cultures les plus humaines, enrichies par l\u2019apport raisonné d'esprits supérieurs et fortes du témoignage non équivoque de plusieurs siècles; bref, des cultures qu'on pourrait dire parfaitement autonomes Parmi ces langues, nous pouvons mentionner le français, l\u2019anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol.« Y a-t-il en Europe des langues qui soient plus favorables que d'autres au progrès intellectuel ?» 364 l'action nationale Michel Bréal, qui formule cette question6, n'ose pas y répondre affirmativement.Selon cet éminent philologue, issues qu'elles sont toutes de la racine indo-européenne, elles ont subi, à de légères différences près, les mêmes influences et elles ont donc approximativement les mêmes potentialités d'expression.Toutefois il admet que, chez elles, « il soit possible d'observer des aptitudes spéciales».(Ibid).Nous ne chercherons donc pas à prouver la supériorité absolue du français sur les autres langues; nous nous bornerons à exposer brièvement les qualités qui lui sont propres.Nous nommerons d'abord, cela va de soi, la clarté et la justesse, qui lui permettent d'exprimer avec une rare précision les nuances les plus fines de la pensée.Ces deux qualités s'appuient sur un lexique d'une remarquable richesse sémantique et sur une syntaxe analytique aussi libérale dans les procédés particuliers d'expression qu'elle nous offre qu'elle est tyrannique dans l'ordre qu'elle impose à la phrase.Le français compte moins de mots que l\u2019anglais; pourtant ce n'est pas là un signe de l'infériorité de notre langue.La plupart de nos vocables peuvent signifier successivement plusieurs idées bien différentes; et, sous l'éclairage du contexte et des circonstances, l'esprit ne s'y trompe pas: il oublie tous les autres sens possibles du mot, pour ne considérer instinctivement que son acception présente.Par exemple, que, dans la même soirée, vous enten- 6 hoc.cit., p.2J4. LA langue: trésor national 365 diez un imprimeur vous vanter le rôle obscur des espaces dans la composition, un musicien mentionner le deuxième espace de la portée, un astronome s extasier sur Y espace infini, enfin Hitler réclamer son espace, vital .y aura-t-il équivoque dans votre pensée ?le mot timbre vous est-il proféré par un horloger, par un philatéliste, par un avocat, par un instrumentiste; vous accuse-t-on même d avoir le timbre fêlé; aussitôt vous choisissez spontanément, parmi la vingtaine de significations de ce terme, celle qui convient à chaque cas.Le vocabulaire français révèle la précision et la finesse de 1 esprit qui a présidé à sa formation.Voyons un peu la syntaxe Les grammaires en usage chez nous et, par suite, notre enseignement n appuient pas comme ils le devraient, nous sem-ble-t-il, sur ce point essentiel de notre langue: ordre des mots.Si la plupart des langues indo-europeennes, à tendance analytique, doivent soumettre leur phrase à un certain ordre de construction, aucune n\u2019a poussé aussi loin que le français a rigueur de 1 ordonnance propositionnelle II arrive souvent qu\u2019on maugrée, en ce siècle de la vitesse, contre la rigidité du moule dans lequel il aut couler sa pensée.Songeons alors que cette forme rigoureuse nous oblige à bien préciser avant extérioriser; que notre expression gagne en clarté et en justesse plus quelle ne peut perdre en brièveté et en rapidité; que ce fait syntactique prend son origine dans la caractéristique la plus précieuse de 1 esprit français: le culte de la raison.Tel esprit soucieux de ne point sauter d'étapes dans le raison- 366 l'action nationale nement, aime bien se rendre distinctement compte de l'agencement progressif de ses propres opérations.11 découle que la langue française, de par sa structure intime, ne peut normalement souffrir le mensonge et l\u2019obscurité; pour reprendre le beau mot de Rivarol, elle a «une probité attachée a son génie )).Clarté, justesse, probité.Il n\u2019est pas étonnant que de telles qualités aient suscité, chez tous les peuples, l\u2019admiration de la langue qui les possède; c\u2019est en effet par elles que le français, au dire d'éminents linguistes, manifeste, à un degré particulièrement élevé, cette valeur sociale que nous avons reconnue, au début, comme un caractère spécifique du langage en général.Donc, quatrième qualité de notre langue: sociabilité ou affabilité.6 Nous comprenons mieux pourquoi le français a fini par acquérir cette suprématie, nous dirions même cette universalité intellectuelle qu'on lui reconnaît partout.Et nous sommes loin de croire qu il ne conservera pas, sans qu\u2019il soit besoin de faire campagne en ce sens et malgré le triste état de la France actuelle, l'importance diplomatique qu il n'a jamais perdue complètement.Au debut de 1943 alors que la France recevait les charitables horions d\u2019anciens amis, M.Winston Churchill, premier ministre d'Angleterre et génial propa- 6 Georges Le Bidois et français moderne, Paris, 1935 Robert Le Bidois, Syntaxe du , t.1, préface, p.IX. LA LANGUE : TRÉSOR NATIONAL 367 gateur du « basic English )) ou anglais fondamental7, signait avec le premier ministre turc une entente rédigée en français.Les dépêches qui nous ont apporté cette nouvelle n\u2019ont pas été démenties.Si donc il nous répugne de proclamer que notre langue est supérieure, nous pouvons, en toute tranquillité de conscience, adopter la conviction qu\u2019elle n\u2019est inférieure à aucune autre.Lo longue, gardienne de la foi ?A la lumière des principes que nous avons énoncés, examinons de près la formule: «La langue est la gardienne de la foi », devenue monnaie courante chez nos écrivains « nationaux ».Pour une partie de notre peuple, elle a acquis, avec le temps, un certain air d'axiome indiscutable; d'autres la regardent comme un préjugé tenace, soutenu par un clergé intéressé.Nous aimerions bien ou lui découvrir un fondement solide, ou la rejeter définitivement si elle est sans valeur.Qui n\u2019a entendu l\u2019objection classique- « Il y a de bons Catholiques, chez les Anglais.Pourquoi, si nous adoptions leur langue, ne pourrions-nous demeurer bons Catholiques ?» 7 Un mot de cet anglais fondamental (ou essentiel).Comme moyen de faciliter l'étude de l'anglais courant, il peut rendre service.Comme langue internationale, il porte en lui-même son germe de mort, n'étant appuyé sur aucune culture propre : trop différent de la langue courante, il ne peut compter sur la culture anglo-saxonne.Tôt ou tard, l'anglais fondamental ira rejoindre Vespéranto dans les profondeurs de l'oubli universel. 368 L ACTION NATIONALE Comme en trop d\u2019autres domaines, nous nous sommes contentés, sur cette question, d\u2019un à peu près commode, qui dispensait de la réflexion; avec la conséquence qu\u2019à la oremière objection un peu sérieuse, trop de gens n'avaient d\u2019autre issue logique que de changer d\u2019idée, que de se défaire d\u2019une conviction si faiblement étayée.Et quand se présentait la tentation plus grave d\u2019abandonner, non plus seulement une idée, mais la langue elle-même, une néfaste incompréhension du problème laissait la trahison se consommer peu à peu.Posons d\u2019abord que les traditions et les croyances religieuses d\u2019un peuple constituent une partie intégrante de sa culture, telle que nous l\u2019entendions plus haut.D\u2019autre part, nous avons conclu, en traitant des rapports de la .langue et de la culture, que la perte de la première devait entraîner la perte de la seconde ou, sous une autre forme, que changer de langue, c'est changer de culture.Nous pouvons donc inférer que, en général, perdre le parler ancestral, c\u2019est perdre du même coup les plus intimes contacts avec la foi traditionnelle.Est-ce à dire qu\u2019adopter une nouvelle langue, c\u2019est adopter nécessairement une autre religion ?Il convient ici de distinguer, de nuancer la réponse selon le milieu où s\u2019accomplit la transformation.Qu\u2019un Canadien français, établi dans la Rome catholique, remplace graduellement sa langue par l'italien, il n\u2019aura aucune difficulté à conserver ses croyances héréditaires; car il s\u2019approprie une forme d'expression aussi imbue de la doctrine du Christ que l\u2019était la sienne et employée tout autour de lui à concrétiser les mêmes concepts et les mêmes senti- LA langue: trésor national 369 ments religieux.Pour généraliser, celui qui troque sa langue pour une autre ne met pas réellement sa loi en peril, si la langue adoptée sert la même foi.dans le milieu où s opère le changement.Au contraire, il y a danger grave, lorsque le nouvel idiome véhicule, dans l'entourage du transfuge, un appareil doctrinal et moral différent.Et c est bien notre cas.Voyons ce qui se produit quand un Canadien français délaisse sa langue maternelle au profit de 1 anglais.Cet idiome est tout imprégné d'une foule de notions religieuses et sociales qui, la plupart du temps, ne concordent pas avec les données du Catholicisme, qui s'y opposent même assez souvent.Cela s explique facilement; la proportion des Catho-iques chez les Britanniques s'établit à environ 30% dans la province de Québec et tombe à 13% pour tout le Canada; et que serait-ce, si l'on tenait compte des millions d'anglophones des États-Unis Notre homme, s'étant donc mis à parler, à lire, a écrire en anglais, subira nécessairement une certaine contamination de l'esprit, au contact des conceptions qui ont cours dans les milieux anglo-saxons du Canada et des États-Unis: il en viendra dans tous les domaines, à penser, à sentir, à réagir en non-catholique.Pour qu'il délaisse ensuite sa pranque religieuse, il ne faudra qu'un geste, assez facile a faire, commandé qu'il sera par les mêmes interets qui auront déjà exigé le sacrifice de la Et puis est-il besoin de l'ajouter, l'habitude du laisser-aller s acquiert tellement plus facilement que celle de l'effort: la deuxième capitulation 370 l'action nationale coûtera, soyons-en sûrs, beaucoup moins que la première et se perpétrera avec un minimum d hésitation.Il est même probable que, graduellement amenée suivant la courbe d'acquisition du nouvel état d'esprit et toujours un peu plus nécessitée par des circonstances extérieures, elle se produira sans aucun heurt sérieux chez notre individu.Que si notre démonstration à la fois linguistique et psychologique ne semble pas suffisamment convaincante, il n'est que de recourir aux faits pour qu'apparaisse toute sa valeur.Chacun de nous ne peut-il apporter le triste témoignage, qui d'un parent, qui d'un ami, en faveur de notre thèse 1 Qu'est-il advenu, religieusement, de ce cousin ou de cet oncle parti s'établir aux États-Unis ou dans l'Ouest du Canada et qui ne parle maintenant que l'anglais?\t, Admettons-le : si un Anglais catholique dit son Acte de contrition en anglais et avec piété, parce que ce lui est naturel de le dire et de le penser en cette langue; un Canadien français, dans un cas semblable, trouvera sûrement plus facile de ne pas le dire du tout, plutôt que de poursuivre une ferveur qui ne jaillira certainement pas des les premières fois.Les ennemis extérieurs Puisque la langue et la culture sont si intimement liées que les coups portés à l'une atteignent aussitôt l'autre, il importerait de nous prémunir contre les blessures susceptibles d'amener leur mort.Encore faut-il bien connaître ses ennemis, LA LANGUE : TRÉSOR NATIONAL 371 si l'on veut les combattre efficacement.Essayons donc d identifier ceux qui nous attaquent du côté de la langue.Ceux d un premier groupe, que nous nommons exteneurs, ne dépendent pas directement de chacun de nous, quoiqu'ils agissent souvent par certains des nôtres et qu'ils tirent en général leur force de nos faiblesses intérieures Énumérons: les organismes gouvernementaux, la publicité commerciale les journaux, la radio.Constatons tout de suite, après bien d'autres, que nous ne formons qu'un îlot au milieu d'une mer d anglophones et que, de plus, ceux de notre pays cherchent délibérément tous les moyens de nuire a 1 influence du français.Une telle conjoncture ne peut qu aider à la diffusion, par les intermédiaires notes ci-haut, des fautes les plus courantes dans notre langage, et surtout des anglicismes.Ces intermediaires non seulement s'efforcent, dans la transmission de leurs messages, d'utiliser le plus possible 1 anglais au détriment du français, flattant ainsi leur orgueil, leur haine et leur paresse; mais encore, quand ils s'avisent de traduire, ils nous présentent le plus souvent un français qui fait peine a lire et a entendre., Car si\u2019 du Plus modeste au plus important la nécessite a fait de tous les Canadiens français des traducteurs, sans que tous, hélas! fussent particulièrement préparés à cette tâche; d\u2019autre part, quand ce sont des Anglais qui s'y mettent, faut-il ajouter en toute justice pour nous, le résultat laisse encore plus à désirer. 372 l'action nationale Pour les écrits qui émanent du gouvernement central,\u2014 abstraction faite du parti pris de tailler toujours la part plus large à 1 anglais et compte tenu des seuls textes auxquels on accorde 1 honneur de la traduction officielle,\u2014 nous devons reconnaître qu'ils affichent en général une belle tenue, qu'ils sont au moins rédigés en un irançais orthodoxe.Expliquons, sans crainte de nous tromper, qu\u2019il faut en louer surtout les Canadiens français qui font oartie de l'Office de traduction de 1 Etat et dont plusieurs sont passés maîtres en cet art difficile.Nous aurions pourtant ici trois regrets à formuler: d\u2019abord, qu'on n'applique pas à tous les documents dintérêt public le principe du bilinguisme reconnu par la Constitution; ensuite, qu on s'évertue, dans les cas où l\u2019on en tient compte, à en faire une application dénuée de tout bon sens, gardant pour la « réserve )) du Quebec exclusivement les miettes de français qu'on autorise; enfin, que les Commissions établies un peu partout, depuis le début de la guerre, puissent, sans passer par le Bureau des traducteurs officiels, nous offrir régulièrement un baragouin qui n a rien de commun avec notre belle langue et qui sent son fonctionnaire unilingue à plein nez.Les méfaits,\u2014 au point de vue de la langue \u2014, de la publicité commerciale et du style « journalistique », d autres les ont analyses dans des ouvrages assez au point, pour que nous nous contentions ici d'une simple mention.Notons seulement que ces méfaits s\u2019appuient, d'une part sur l'ignorance, LA langue: trésor national 373 d autre part sur la hâte qu\u2019on doit apporter à la composition de son « papier ».En revanche, nous nous arrêterons plus longtemps à la langue « radiophonique », sujet plus neuf que les précédents.Autrefois, la distinction était plus nette entre la langue écrite ou littéraire et la langue courante ou parlée: d'un côté, il y avait les écrits, les imprimés, qui demeurent; de l'autre, la conversation, soignée ou non, qui s\u2019évanouit.Les temps modernes ont commencé de changer cela, en créant des intermédiaires.Le premier dans l'ordre chronologique, le journal, tout en faisant partie du groupe des imprimés, se caractérise par une langue que les besoins du métier exposent aux mêmes négligences, aux mêmes fautes que la langue parlée.La radio est venue à son tour, semblable au journal par l'accueil qu'elle fait à l\u2019actualité, se prêtant mieux par ailleurs, au même titre que la conférence, à la correction préalable La langue radiophonique, en dépit de son caractère fugitif, pouvait donc aspirer, semblait-il, à une plus haute tenue que la simple conversation, même à une expression plus châtiée que l'article de journal.Pourtant, sans vouloir jouer au puriste, nous ne craignons pas d\u2019affirmer, preuves en main, que, loin de corriger le peuple par un bon exemple incessant, la radio le confirme trop souvent dans des fautes qu'une longue habitude a déjà profondément enracinées dans sa nature.Rendons ici justice à Radio-Canada: pour la correction du langage, on y dépasse de plusieurs 374 l'action nationale coudées les autres postes d'émission; et on y a créé cette année, initiative très louable, une tribune linguistique, qu'on ne pouvait confier à un meilleur titulaire que M.Jean-Maire Laurence.Concédons de plus que la direction d un poste n est pas responsable de toutes les erreurs qui se commettent à ses programmes.11 reste qu elle en pourrait prévenir un bon nombre, de celles qui sont le fait des annonceurs et des « maîtres de cérémonie )), de même qu'elle pourrait scruter d\u2019un peu plus près les textes qu'elle destine à ses auditeurs.L animateur d une émission dite populaire persiste, depuis plusieurs années, à inviter, chaque semaine, un auditeur a completer un appel téléphonique.Peut-on compléter un acte qui n est pas commencé ?Que ne 1 engage-t-il simplement à téléphoner, à effectuer un appel ?Comment ne pas sursauter, quand vous entendez à deux reprises une personne réputée instruite, écrivain de surcroît, vous entretenir des embarras pécuniers (au lieu de pécuniaires) d'une grande institution ?11 ne se passe pas une journée sans qu'on vous incite à vous rappeler « de » telle ou telle chose.Des fautes élémentaires de ce genre, écrivait un auteur français, si elles étaient commises dans un salon parisien, suffiraient, à identifier leur homme: on le prendrait pour un provincial ou pour un Canadien.Qu'un malheureux lapsus échappe à un conférencier, nous ne songeons pas à lui en faire grief Mais qu'un critique littéraire improvisé, qui a sûrement eu le temps de préparer son boniment, prétende, au sujet d'un bouquin sur le cancer, que la langue: trésor national 375 « ce livre devrait se trouver sur toutes les étagères d'une bibliothèque de médecin»; noüs sympathisons alors avec le pauvre médecin qui, ayant le malheur de posséder une bibliothèque à dix étageres, devrait acquérir dix exemplaires de ce fameux ouvrage, pour se conformer au vœu de notre annonceur-littérateur.Et quand un autre vous dit, à propos de nos combattants, « qu\u2019on ne veut pas les induire à être sous 1 impression que tout sera facile » ; qu\u2019un troisième vous affirme que « le prochain concurrent est anxieux de voir le problème lui être posé » ; qu'un quatrième vous dépeint le triste état des usines métalliques (pour métallurgiques) allemandes qu on bombarde; qu\u2019on vous sert it payer une visite», «il n\u2019en fallait que cinq seulement)).quand vous avez entendu toutes ces « harmonies » et bien d autres encore, vous vous demandez dans quelle terre lointaine on a exilé la justesse et la clarté tant vantées de notre langue.Au point de vue phonétique, on vous rabat les oreilles de: rèssources, rèssemblance, nord-d\u2019ouest, nord-d\u2019est, de part t\u2019et d\u2019autre, toujours z'amou-reux, etc.; sans mentionner la pureté des sons.Nous pouvons conclure sur le champ que notre langue, telle qu\u2019employée à la radio, est bien malade; qu'il serait temps de chercher un remède; que chaque poste devrait peut-être retenir les\" services d\u2019un censeur compétent, chargé de revoir tous les textes destinés au public et capable, à I occasion, d afficher, au quartier de nos trop savants annonceurs, quelques observations bien senties sur le vocabulaire et sur la phonétique. 376 l\u2019action nationale Le malheur, c'est que nos gens, les enfants en particulier, subissent passivement cette action délétère de la radio tout le long du jour.Sans qu'ils s'en rendent compte, les expressions fautives finissent par leur sembler bien normales et en viennent même à toucher leur manière de penser; car, on s'en est sans doute aperçu, les principaux exemples cités traduisent des idées confuses, voire obscures, ils ne peuvent s'expliquer que par de tels concepts.Quoi que nous entreprenions contre ces ennemis extérieurs de notre langue, nous n'atteindrons au succès que dans la mesure où nous aurons d abord combattu ceux qui nous rongent de l'intérieur.Les ennemis intérieurs Avant d\u2019aborder les membres de cette 5e colonne de notre parler, passons rapidement en revue nos principales déficiences de langage.Dans le champ phonétique, nous souffrons d une prononciation fortement défectueuse.Quelques exemples typiques suffiront: chez les voyelles, le i et le u, que nous transformons respectivement en ê et en eu (bécécle pour bicycle, phésêque pour physique, mênuit pour minuit; méneute pour minute, breume pour brume) ; chez les consonnes, les dentales muettes t et d, dont nous faisons des sifflantes (portsique pour portique, rustsique pour rustique, habitsude pour habitude).Ajoutons à cela nos moé, nos sou-cêsses, nos Fran^as, nos crère, nos frète, nos L'gêne, nos charquiers, nos cimiquiêres.; nous admettrons sans hésitation, sinon sans regret, que 1 appel- LA LANGUE : TRÉSOR NATIONAL 377 lation de « bouches molles » nous convient plutôt bien.Ne cherchons aucune consolation du côté des mots Ici, l'impropriété le dispute à l'anglicisme, tous deux issus de la singulière pauvreté de notre vocabulaire.Chez nous, le chausson remplace la chaussette, la machine supplante 1 automobile, 1 appartement se convertit en pièce, 1 écrou se confond avec le taraud, et c'est l'enfant qui s'amuse avec la catin Quant aux anglicismes, ne nous laissons pas entraîner dans une énumération qui risquerait de ne plus finir; ils ont fourni la matière à des livres nombreux, qui contiennent eux-mêmes 1 aveu qu ils ne sont pas complets.Serons-nous plus heureux au chapitre de la syntaxe, de la construction de la phrase ?Prêtez quelques instants 1 oreille à la conversation de nos jeunes gens « dits cultivés » et même de nos hommes de profession.Vous vous rendrez compte que 1 anglicisme a pénétré jusque là et vous perdrez vite vos illusions, quand vous entendrez des phrases comme celles-ci: «Cette soirée a été rendue possible .»; « Cette annonce a été contribuée par.», « C est le livre que j'avais besoin» ; «Al l'a-tu vu ?» '; «Si je pourrais, j'irais »; et combien d'autres, où domine naturellement la forme passive, si chère à 1 anglais.Après cette esquisse, que nous avons voulue vraie et sommaire à la fois, il conviendrait de découvrir, chez les nôtres, les causes psychologiques des déficiences qui ont défilé devant nous.Parmi les nombreuses attitudes de l'esprit susceptibles de fausser le mécanisme du langage, nous 378 l'action nationale choisirons les quatre principales, auxquelles, à notre sens, aboutissent les autres; à cause d une certaine parenté, elles peuvent se grouper deux à deux, comme suit: le snobisme et l'amour-propre, l'indifférence et l'ignorance.Le snob, qui ne tient compte ni du bon sens ni de la vérité et dont le dernier souci est la pureté de la langue, choisit toujours les mots et les expressions qui font bien par un petit air affecté, savant et surtout étranger.Aucune extravagance ne lui répugne; bien au contraire, plus la bizarrerie est patente, plus il se sent attiré.Il ne s achète pas un habit, mais un suit; il ne digère pas autre chose qu'un lunch ; ses amis, ce sont les boys ', son courrier lui est remis par un postier, non par un vulgaire facteur ', il aime mieux solutionner un problème que le résoudre ; et c'est dans son châr qu'il se rend à son fiat, délicicieux petit home.Le soir, pendant qu il lit le Star, près de son radio, la speakerine lui introduit (je ne sais où) un crooner populaire qui interprétera le dernier hit.N'allez pas tenter de lui faire la leçon, il vous prendra pour un arriéré et vous répondra: « On en r'vient ben! )) Le snob avéré ne se tue pas ; il a perdu complètement cette qualité bien française: le sens du ridicule.Tout au plus, peut-on, par le ridicule, sauver ceux qui ne sont pas encore gangrenés à fond.D ailleurs, l'action du snobisme sur la langue est plus amusante qu'importante; laissons-le donc pour passer à un travers plus redoutable.Les Canadiens français ont la déplorable manie d'intervertir l'ordre des valeurs.Au lieu de se faire un point d'honneur de bien parler, de toujours res- LA LANGUE : TRÉSOR NATIONAL 379 pecter leur langue, ils sont retenus par l\u2019amour-propre au moment de bien prononcer leurs mots ou de remplacer par le terme juste un anglicisme courant.Presque tout le monde sait que les peanuts sont des arachides ; que crème glacée vaut mieux que crème à la glace; qu'un bumper est un pare-choc et un plant, une usine; qu'on peut réussir aussi bien aux quilles qu\u2019au bowling; qu'on doit mettre à la poste, non mailer; que buns se traduit par brioches, etc.Pourtant, dans chaque cas, combien de nos gens « osent )) employer le meilleur vocable ?Ils craignent de faire sourire, car, chez nous, ce ne sont pas ceux qui parlent mal qui provoquent la moquerie, mais ceux qui s efforcent de bien s exprimer.Nos enfants grandissent avec cette peur stérile de la correction du langage; les bons conseils qu ils reçoivent a 1 ecole servent à les faire moquer à la maison, s ils tentent de les mettre en pratique ; ils se gardent donc bien d améliorer leur articulation et les objets les plus courants, les plus usuels, ils les désignent par des mots anglais ou par des barbarismes : coat, pitcher, puck, marbres, truck, pantry, switch, plug, wrench, sligne.A la longue! ils oublient les expressions françaises qui répondent aux besoins les plus élémentaires; ce recours constant aux « etrangers )) devient pour eux une seconde nature.Comment pourront-ils plus tard se défendre contre la contamination de la pensée, de l\u2019esprit ?Il faudra bien qu ils lisent de 1 anglais, ils entendent à peine leur langue maternelle quand elle est soignée Les plus vieux, soit qu ils éprouvent une honte secrète de leur faiblesse passée, soit qu\u2019ils ne corn- ; so l'action nationale prennent plus l\u2019importance du problème de la langue chez nous, affichent ordinairement une indifférence totale pour tout ce qui se rapporte à cette question.Ils ne songent même pas à protester ouvertement quand on les frustre de quelque droit en ce domaine, se faisant ainsi les complices de ceux qui les oppriment ; ou bien ils expriment des regrets platoniques, sans aucun lendemain dans des actes tenaces, répétés, nécessairement fructueux à force de conviction et de volonté.A Montréal, on écorche la langue quotidiennement à la radio, les panneaux-réclames étalent partout des phrases inconcevables.Qui de nous proteste, par écrit, auprès des responsables ?A Toronto, un employé des tramways expose un matin, par mégarde (soyez-en sûrs), un peu de français dans une voiture; il y a tant de protestations téléphoniques et écrites que, le lendemain, la Compagnie doit s\u2019expliquer publiquement, s\u2019excuser de la méprise et promettre qu\u2019un tel fait ne se répétera plus.Serions-nous devenus des mollusques, des invertébrés ?Qu\u2019on n\u2019aille pas croire que nous prenons plaisir à insister sur nos défauts.Les solides qualités qui ont assuré notre survivance jusqu\u2019ici, nous les possédons encore, mais à l\u2019état latent; parce que l\u2019adversaire a changé de tactique et ne nous attaque plus de front, nous ne savons plus nous en servir.Ce que nous avons sauvé, ce que nous avons conquis alors qu\u2019on nous le disputait âprement et ouvertement, nous sommes en voie de le perdre maintenant qu\u2019on nous le concède volontiers en appa- LA langue: trésor national 381 rence, endormis dans une fausse sécurité, nous ne voyons pas qu on nous mine par en dessous.Cette indifference condamnable trouve un ferme appui dans une regrettable ignorance Distinguons deux sortes d ignorances : 1.celle des détails, qui fait qu un cultivateur vous offre un crate de fraises, parce qu\u2019il ne connaît pas le mot cageot; 2.une autre plus generale, en vertu de laquelle tout homme qui sait par cœur quelques règles de grammaire n'a plus rien à apprendre au chapitre de la langue.Nous nous bornerons ici à traiter de cette seconde ignorance.Ce n est pas au peuple, qui ne peut évidemment tout etudier, que nous la reprocherons, mais à notre elite.Comment celle-ci, aussi peu préparée qu elle est, pourrait-elle sainement éduquer le peuple ?Chez nous, à un certain niveau d\u2019études, l\u2019enseignement systématique de la langue cesse, parce qu on ne sait plus quoi enseigner sans répéter la petite grammaire; là où l\u2019on persévère un peu, on croit que montrer le français, c\u2019est faire pondre aux élèves de belles grandes périodes sonores, qui ont le singulier défaut d\u2019être vides et de n\u2019enseigner rien de substantiel sur la langue.Si vous vous spécialisez dans 1 étude de la langue, gardez-vous de le dire; les plus polis réprimeront doucement un sourire en songeant que vous avez découvert un savant procédé de cultiver votre paresse.A-t-on besoin quelque part d\u2019un professeur de mathématiques, de sciences ou de dessin ?On va quérir un homme qui a fait ses preuves en ces divers domaines.Est-ce un titulaire de français qu\u2019il faut ?On prend le premier venu, attendu que tout homme 382 l'action nationale tant soit peu instruit dispensera très bien cet enseignement, sans une préparation particulière.En cette matière, nos gens commencent seulement à apprendre qu il faut consulter un connaisseur, comme ils le font quand ij s'agit de musique, d'électricité, de médecine.Ici, il semble n y avoir pas place pour le doute: tout est décidé, sûr, tranché, à jamais fixé.On créera des cours de perfectionnement dans de multiples branches du savoir; en français, une telle initiative paraît inutile, voire impossible.Nous ne voulons blâmer personne en particulier au sujet des causes psychologiques de nos déficiences de langage.Nous croyons qu'on reconnaîtra le bien-fondé de nos affirmations, si l'on se donne la peine d'y réfléchir.Ajoutons qu\u2019il se manifeste, depuis quelque temps, en certains milieux, un nouvel esprit qui permet d'espérer de notables progrès, devenus plus que jamais nécessaires.Conclusion L'essentiel de notre problème linguistique, nous avons cru opportun et utile d en dresser le tableau, lui appliquant cette réflexion de M.Esdras Min-ville sur les relations de l\u2019esprit et de la culture: « Phénomène d'action réciproque dont la jeunesse instruite en particulier doit bien connaître le mécanisme, si elle doit exercer sur le plan national une action qui ne porte pas en elle-même le principe de sa propre stérilité ».8 \u2022 op.dt., p.ri- LA langue: trésor national 383 Comment réagir, puisqu\u2019il est évident qu'une réaction s'impose ?Il faut travailler à la fois du côté de l\u2019esprit, de la culture et du côté de la langue, car celle-ci, nous 1 avons prouvé, « ne pouvant subsister comme langue maternelle sans la culture quelle exDrime, tout ce qui la fortifie, fortifie dans la même mesure l\u2019esprit et la culture » », et vice versa.D'une part donc, prêchons la lecture française, répandons les revues d\u2019expression française, facilitons 1 accès aux livres de valeur par la création de bibliothèques paroissiales.Élevons aussi le niveau des soirees récréatives que nous présentons au public et où nous cherchons toujours à niveler par le bas, sous les fallacieux prétextes d'incomprehension et d ennui : 1 ennui n est pas dans la matière, il est dans la présentation.Appliquons-nous à faire revivre notre folklore si riche: que les chansons de nos aïeux ou du moins celles de la France contemporaine passent avant les « trouvailles )) américaines et résonnent plus souvent quelles; conservons toutes nos traditions, meme celles qui nous semblent insignifiantes.Tout cela contribuera à nous rendre cette bonne ambiance française, aujourd'hui presque évanouie.D\u2019autre part, continuons d\u2019appuyer ceux qui s adonnent à l\u2019échenillage de notre vocabulaire hétéroclite et, avant de diffuser leurs conseils, ayons le courage de les mettre nous-mêmes en pratique.Convainquons-nous toutefois et persuadons les autres que ce n\u2019est pas là toute la langue.* Ibidem. 384 l'action nationale Après avoir appris à douter raisonnablement de nous-mêmes sur ce terrain, habituons-nous à consulter au bon endroit.Et puis, peut-être notre jeunesse cultivée pourrait-elle tourner sa curiosité vers les choses de notre langue, en attendant que s'effectue la réforme progressive de l\u2019enseignement du français à tous les degrés, réforme déjà heureusement amorcée dans plusieurs milieux.C\u2019est de là que l\u2019élite future recevra d'abord l\u2019indispensable lumière.Enfin, qu\u2019il s\u2019agisse de la culture ou de la langue, ayons à cœur de placer la nôtre là où elle doit être ; pour reprendre une parole célèbre: « Si nous voulons du français, c est à nous d en mettre».Et, de grâce! redressons-nous, protestons, tempêtons, luttons jusqu'à la victoire, quand on s\u2019avise de ridiculiser, d\u2019amoindrir ou d'écorcher l\u2019une ou l\u2019autre, soit à la radio, soit dans certaines feuilles hélas ! trop répandues, soit dans les textes de réclame, soit dans les services de l\u2019État.Obligeons les nôtres à savoir la langue, pour forcer ensuite les étrangers à la respecter.C\u2019est un programme chargé que nous avons tracé là; de son exécution dépend notre survie.Reculerons-nous ?11 faut opter catégoriquement entre l\u2019effort constant et l\u2019insouciance facile.Si nous ne sommes pas fermement convaincus qu\u2019il est impossible de nous sauver sans une langue pure, et que nous avons déjà trop longtemps sommeillé; dormons, dormons encore de notre hypocrite sommeil du juste, laissons notre langue continuer sa dérive .et nous ne nous réveillerons jamais.Richard Bergeron CHCCNIÜLCS Dans la cité La vie politique Le sort du Canodo se décide à Londres Il y a déjà plusieurs mois que nous nous entretenons de la conférence de Londres, que notre pudique premier ministre préfère appeler des entretiens intimes, ou 1 on doit discuter amicalement et familièrement de 1 avenir du Commonwealth des nations britanniques.Quelques heures après le tragique accident de la rue Shannon, M.King n'a pas hésité à monter à bord d\u2019un autre Liberator, qui 1 a déposé sans encombres sur le sol anglais.Dans la capitale britannique, on fait fête aux chefs des differents Dominions; la foule les acclame au moment où ils arrivent devant 10, Downing Street.C est à perdre la tête.Détail consolant pour nous, c est le feld-maréchal Jan-Christian Smuts, et non pas M.Mackenzie King, qui recueille le plus d'applaudissements du vain peuple.Détail consolant et significatif aussi, puisque le vieux chef de 1 Union sud-africaine s est déjà signalé par son zèle impérialiste .Et dire qu\u2019il ne s'agissait que de simples échanges de vues .Décidément, quand des grands hommes se rencontrent, après sept années, il leur faut de toute nécessité changer le sort du monde.Noblesse oblige ! Au moment où nous rédigeons hâtivement ces lignes, nous sommes bien loin de connaître la teneur des diverses propositions non plus que l'orientation 386 l'action nationale précise des représentants des libres Dominions.Les dépêches de presse s'emploient consciencieusement à créer un climat favorable qui nous permet d'espérer, si l'on peut dire, un merveilleux baiser I\tamourette.Et pourtant, il ne faudrait pas perdre tout espoir.N'oublions pas que la crainte de l\u2019électorat est toujours le commencement de la sagesse.Seul un psychiatre très averti pourrait nous révéler le fond de la pensée de M.King, qui penche tour à tour entre un canadianisme de bon aloi, vieil héritage de famille, et le souci de sauvegarder la grandeur impériale.Ce politicien retors, qui a réussi à conserver contre vents et marées la vedette politique au Canada depuis un quart de siècle, n'a pas l'intention d\u2019être pris sans vert.II\técoute fort poliment tout ce qui se dit à Londres, mais il n'oublie pas, le finaud, que des elections s en viennent au Canada, et que ce ne sont pas les tories de Toronto et autres lieux qui assureront sa victoire le soir du scrutin.Indépendamment de ses sentiments intimes, il ne peut, même tout près de Piccadilly, oublier les sentiments clairement exprimés de la province française de Québec.Quand M.Churchill, ce magicien des mots et ce prestidigitateur des idées, entonne le cantique de l\u2019épopée impériale, il ne peut s'empêcher de regarder le descendant des Marlborough d\u2019un air qui signifie: Mon cher Winnie, tu ignores ce que pense l'habitant de Saint-Hilarion et l\u2019ouvrier de Thet-ford-les-Mines.Mais Winnie fait mine de ne pas entendre.A l\u2019ouverture de la conférence, pardon, des entretiens, M.Churchill a exposé ses vues sur la CHRONIQUES 387 nature de la libre association des nations britanniques.D'aucuns ont manifesté quelque surprise, mais bien à tort, car le premier ministre anglais s'est comporté comme il convenait: il a célébré la gloire immarcessible de cet immense Empire et il a exprimé le pieux désir que rien ne vienne contra-venir à d'aussi augustes projets.N'est-ce pas le bon sens même ?Pour lui, la Grande-Bretagne, c'est la mère-patrie du Commonwealth, et il n'a pas 1 intention de modifier cette appellation pour celle de sœur-patrie.Le droit d'aînesse, quoi ! D un point de vue pratique, la proposition de M.John Curtin, premier ministre travailliste de 1 Australie, est infiniment plus importante que ces affirmations théoriques.Il recommande la création d un secretariat imperial permanent qui permettrait aux differentes parties de 1 Empire de s entendre sur une politique commune et de faire peser dans le même sens le poids de leur opinion.En agissant ainsi, M Curtin sait qu il a 1 appui de ses compatriotes, comme en témoigne l'article du Morning Herald, de Sydney.Ce journal a écrit un éditorial très pondéré ou il soutient qu il est fort possible que le Canada n ait pas les mêmes intérêts à favoriser une étroite association impériale et que par consequent on doive viser néanmoins à créer un bloc solide qui tienne compte de l'abstention du Canada.Ce libéralisme nous agrée entièrement Si l\u2019Australie ou quelque autre Dominion, pour des raisons sentimentales ou politiques, désire se lier entièrement à la Grande-Bretagne, c\u2019est son droit, et nous n\u2019en disconvenons pas Pour nous, Canadiens, nous estimons qu'une pareille politique 388 l'action nationale serait carrément suicidaire et qu\u2019elle entraînerait des répercussions que les augures de Londres n\u2019envisagent peut-être pas.Il faut d\u2019abord tenir compte de ce fait que la population canadienne n\u2019est pas homogène et qu\u2019elle ne le sera vraisemblablement jamais.Nous ne déplorons pas ce fait, nous nous en réjouissons.Nous estimons en effet que nous avons une occasion sans doute unique d'obtenir ici une culture mixte, fondée sur deux des plus remarquables civilisations des temps modernes, à condition qu'aucune ne se croit obligée d\u2019abdiquer au bénéfice de l'autre.Cette situation nous oblige toutefois à certaines considérations politiques.On comprendra aisément qu'une population de race française ne soit pas exagérément enthousiaste d'un condominium britannique dans le monde.Cet argument, sans doute valable puisqu'il est celui d un tiers de la population canadienne, n\u2019est pas le seul.Nous comprenons assez mal, pour notre part, que des Canadiens de langue anglaise, qui habitent ici depuis plusieurs générations, soient réfractaires à nos idées.Répétons-le pour la centième fois, nous ne sommes pas Français, même si nous aimons de tout notre cœur la France, source de notre culture.N'avons-nous pas le droit d'espérer que nos associés de langue anglaise nous imitent à cet égard et considèrent le Canada comme leur seule et unique patrie ?Autrement, à quoi riment les couplets sur l'union nationale ?La conférence de Londres s'achèvera bientôt.Qu'en résultera-t-il ?Nous serons mieux en mesure d'en discuter le mois prochain.Toutefois, qu\u2019on CHRONIQUES 389 nous permette dès maintenant de constater que le premier ministre canadien ferait dangereusement fausse route en nous entraînant contre notre gré dans une politique impérialiste acceptable à quelques magnats de la finance et à un certain nombre d imbeciles qui croient sauver l Empire en écrivant des lettres loufoques au Montreal Star.La guerre, c est entendu depuis longtemps, complique singulièrement notre situation politique.Ce n est pourtant pas une raison pour abandonner les droits que nous avons acquis après des années de lutte opiniâtre.M.King a beaucoup à se faire pardonner des Canadiens; qu il prenne l\u2019occasion qui lui est offerte pour se racheter, aux yeux de Thistoire, et qu il ne s y trompe pas: il aura toujours, quoi qu'il fasse, l\u2019appui désintéressé de la Winnipeg Free Press, du Toronto Star et de notre lamentable Canada, qui prostitue un beau nom Jean Nicolet.Le \"courrier des lettres\" de Roger Duhomel m S.fl àSU,ite,de l abonJance des matières, nous devons re-Roa/r H, h 1,v,raJ5on de luin ,e « courrier des lettres » de Ihwilb ) h ^Cetty^nque comprendra des études sur (trnkilmp ^aérant, de Guy Fregault; Notre maître le passé (troisième sene), du chanoine Lionel Groulx; les deux der- Rohe^R8 pa,rius^e lHistoire de la province de Québec, de Robert Rurmlly ; Connaissance du personnage, de Robert Char-bonneau, La Conquête de la paix, de Pierre Ricour; Les/Zc Îan°M\u2018t Nadeau:«ca X:\td'^-guerre.de JivfaisoP de juin comprendra aussi une importante Sli'Ær\u201d5 P\"rauf \u201c C.S.*32 390 l'action nationale L\u2019étatisation de la M.L.H.& P.Nombreux, j en suis convaincu, sont les lecteurs de cette revue qui se sont réjouis à 1 annonce que la Montreal Light Heat & Power allait être étatisée.Avec certaines craintes à l'esprit, ils ont applaudi au principe.Tous ceux-la savent aussi pour l avoir lu dans ces pages memes depuis cinq ans et en différentes occasions que tel n était pas mon avis.Ils me permettront bien, j'en suis sûr, d\u2019en appeler une fois de plus a leur désir de voir tous les côtés de cette médaillé avant de marcher plus avant et de tirer quelques leçons opportunes des événements des deux derniers mois en la matière.Tous ceux qui m\u2019ont fait l'honneur de me lire régulièrement dans L'Action Nationale ou de s'intéresser aux différents types d activité auxquels je me donne soit dans le métier d'écrire, soit dans celui de conférencier savent que ce n'est pas par sympathie ou par liaison avec les idées et les interets que représentent la dictature économique en général et le trust de l'électricité en particulier que je me suis toujours montre extrêmement méfiant à l'égard des formules étatisantes.Dans le domaine qui m'est propre et selon le ton qui convient à ce domaine, je me'suis dès 1934, à ma sortie de l\u2019Université, intéressé à la question de la concentration financière chez nous, j en ai explore les arcanes, décrit les rouages et je me suis appliqué de toutes mes forces à propager des solutions saines \u2014 le corporatisme et le coopératisme combinés \u2014 qui mettront un ordre véritable dans tout CHRONIQUES 391 cela dans un temps minimum, plus vite et mieux que les fausses solutions, souvent plus séduisantes de l\u2019extérieur mais où l\u2019on ne retrouve à l\u2019expérience que déception.Quant à moi, si je ne puis accepter même le principe du geste que le gouvernement de Québec vient de poser à cet égard, c'est parce que je suis convaincu que nous entrons par là dans l\u2019ère maudite qui a empoisonné la politique française, 1 ère des bureaux de tabac, du monopole d\u2019État des allumettes et des alcools, etc ., moyens de fabriquer, de multiplier les fonctionnaires, les pensionnés ou les gratifiés du gouvernement et d\u2019acheter ainsi l\u2019opinion du corps électoral.Avec les employés qu'il entretient, les milliers de factures d\u2019électeurs retardataires qu\u2019on peut régler à même la caisse électorale au bon moment, les contrats de construction et de réparation considérables qu\u2019il met en jeu à un moment ou à un autre et qui peuvent porter sur des millions et des millions de dollars, il n\u2019y a pas de doute que les entreprises hydroélectriques étatisées ont tout ce qu\u2019il faut pour passer à la postérité au rang des travaux publics et de la voirie tant comme machine à graisser les amis que comme batteries des faiseurs d\u2019élections.Non, ce n'est pas par amour du trust de l\u2019électricité que je m'objecte à ce qu\u2019on l\u2019étatise.C\u2019est, ainsi que je l\u2019ai déjà dit ailleurs, parce que l\u2019exploitation privée des entreprises est le gage nécessaire de la liberté des personnes humaines en les affranchissant de la tyrannie d\u2019un État rendu trop puissant par 1 exercice des fonctions économiques, en 392 l'action nationale la libérant aussi du pouvoir de corruption dont ne manque jamais de se servir l'autorité politique quand elle dispose de trop d'atout à utiliser pour influencer l\u2019opinion du corps électoral autrement que par des arguments.Sans doute, je n'ignore pas que dans certains cas, il faut bien se résigner à laisser l'Etat s'attribuer des fonctions d'entrepreneur.Et c\u2019est en tenant compte de ces nécessités que mon opposition s'établit.Je ne redirai pas ici toutes les raisons pour lesquelles aucun des quelque quinze ou vingt motifs que l'on apporte chez nous en faveur de l'étatisation de nos entreprises hydro-électriques ne pénètre suffisamment au cœur du problème pour en saisir la clef.Je viens de les exposer sommairement dans l'Actualité Economique d'avril 1944 et les lecteurs intéressés s\u2019y reporteront.Je rappellerai seulement que le nœud de la démonstration réside dans le fait que jamais une preuve satisfaisante n'a été fournie qu'il n'y avait pas d\u2019autres solutions aux problèmes avec ou sans l\u2019intervention active de l'État, que jamais non plus \u2014 sur ce point-là tout le monde est d\u2019accord \u2014 l'un quelconque de nos gouvernements depuis 44 ans n'a entrepris d\u2019appliquer quelque mesure sérieuse que ce soit en vue de résoudre le problème.Dans ces conditions, j\u2019estime qu'il était et qu'il reste du devoir des hommes politiques au pouvoir quels qu\u2019ils soient d'appliquer d\u2019abord une politique énergique en vue de résoudre la question en nous sauvant de l'obligation d\u2019évoluer dans un sens aussi contraire à nos idées et aussi dangereux pour nos positions nationales. CHRONIQUES 393 Si l'on veut vraiment préserver les libertés fondamentales de la personne humaine, il faut de toute nécessité que des frontières très nettes soient établies entre le domaine de l'initiative privée et celui de l\u2019État.Ce qui revient à dire qu il faut fixer des règles de principe précises et inviolables.L\u2019une de ces règles, c\u2019est évidemment que les raisons pour lesquelles on étatise une entreprise particulière soient telles qu'elles ne justifient pas, en principe ou en fait, la socialisation à peu près généralisée.Qu\u2019on s\u2019en écarte et graduellement nous nous enliserons par la force même des choses dans lé socialisme, vers lequel on tend de partout aujourd\u2019hui.Dans une matière aussi grave, il est inadmissible de s\u2019arrêter même un moment aux distinctions spécieuses, qui sont plus souvent dictées par les complaisances de toutes sortes et les passions politiques et sociales que par la raison.Qu il s agisse d\u2019électricité ou de chaussure, d\u2019étatiser dans le présent ou 10% seulement de l\u2019activité économique cela est secondaire; ce qui compte, ce n\u2019est pas tant la nature des choses ou les proportions arithmétiques actuelles que les principes qu\u2019on met en jeu, les raisonnements sur lesquels on appuie son action et les conséquences logiques ou nécessaires qu\u2019ils appellent dans l'avenir.Une autre de ces règles est certainement celle que j'ai posée indirectement dans un paragraphe precedent: a savoir que 1 exploitation d'entreprises n\u2019étant pas normalement du domaine de l\u2019État, on ne doit pas s'y résoudre tant qu\u2019il est possible de régler autrement les problèmes, fût-ce au prix 394 l'action nationale , de plus de difficultés pratiques, car de telles difficultés matérielles ne comptent, devant les valeurs à sauvegarder, que si elles sont vraiment, absolument, incontestablement insurmontables.C'est ici qu'intervient un argument qui frôle vraiment le problème: à savoir qu'à cause de l'influence du trust sur la caisse électorale, il est vraiment impossible à nos gouvernements de se libérer de son influence et d\u2019appliquer une politique de contrôle efficace.Mais c\u2019est un argument qui déplace le problème.Le mal fondamental qu'il indique vient d'une défectuosité de notre régime politique.Au lieu d'aller droit au mal, de proposer hardiment une réforme de ce régime, on maintient l\u2019institution politique mauvaise et on l'emploie comme une justification pour asseoir nos réformes économiques sur d autres institutions mauvaises dans le domaine social: les institutions socialistes.De cette façon, on ne règle d\u2019ailleurs ni l\u2019un ni l\u2019autre.Car c\u2019est une illusion de croire qu\u2019on pourra régler mieux le problème de l\u2019électricité de cette façon; c\u2019est une illusion parce que l\u2019influence de la caisse électorale restera intacte après l\u2019étatisation.Pour faire disparaître l'influence de la caisse, c\u2019est la caisse elle-même qu\u2019il faudrait supprimer.Or il est bien évident quelle sera là même après l\u2019étatisation de la Montreal Light Heat & Power, quelle le sera encore même après l\u2019étatisation de toutes les entreprises hydroélectriques de la Province.Elle persistera parce que les partis auront toujours besoin d\u2019argent pour faire leurs élections et parce que le trust de l\u2019électricité n\u2019est qu\u2019une CHRONIQUES 395 ramification d'une organisation économique centralisée qui ne perd à peu près rien de sa puissance, puisque même en lui enlevant toute l\u2019électricité, on ne lui enlèverait qu\u2019une production de 52 millions de dollars sur une production industrielle totale (y compris les centrales électriques) de 858 millions contrôlées par les grandes organisations du Québec (chiffres de 1938) 1, qu\u2019un capital de 668 millions sur un total de 1,654 millions.Et ce capital, nous allons d\u2019ailleurs le rembourser en partie, de sorte que la dictature économique ne sera vraiment affaiblie que de la partie considérée comme fictive ou dépréciée.Pour supprimer l\u2019influence de la caisse électorale sur la politique du Québec, par l\u2019étatisation, c\u2019est donc à peu près toute l\u2019activité économique de la Province qu'il faudrait étatiser, puisque la grande industrie en contrôle 80%; il faudrait, en somme, verser dans le socialisme.Je me permettrai de répéter ici ce que j'ai dit pour des cas analogues dans l\u2019Actualité économique: en pareil cas, l\u2019étatisation est nécessairement inadmissible; non seulement on n\u2019a pas le droit de la préconiser, mais il devient obligatoire de trouver d'autres solutions parce que le socialisme, sans cela, devient inévitable.La situation étant telle que je viens de la décrire quant à la caisse électorale, il devient pareillement évident que l\u2019étatisation ne résoudra pas davantage le problème particulier de l\u2019électricité.I.La production industrielle totale ( y compris les centrales électriques) atteignait cette année-là $1,035,000000 dans Quebec. 396 l'action nationale On ne saurait en obtenir les résultats attendus précisément parce que la dictature économique aura besoin d'électricité pour ses industries anciennes et nouvelles, que les partis restent toujours à ses crochets, que l\u2019étatisation, si elle paraît devenir nécessaire pour calmer certaines clameurs populaires, se fera selon les intérêts de la dictature et que l'entreprise étatisée continuera d'être exploitée à son avantage.Nous risquons d\u2019assister maintenant au spectacle de financiers qui, rentrés dans leur fonds, s\u2019en serviront pour développer de nouvelles entreprises, qui se feront accorder par l\u2019hydro des taux de faveur pour leur consommation d\u2019électricité comme ils exigent des faveurs spéciales en matière de taxation municipale.Sous le prétexte spécieux d\u2019empêcher les industries de s\u2019en aller dans l\u2019Ontario, et par le pouvoir d\u2019intervention dans les coulisses que leur confère leur souscription aux caisses électorales, ces grandes entreprises passeront ainsi une partie de leurs frais au consommateur domestique (toujours et encore plus que par le passé); ou, mieux, pour conserver au public l\u2019illusion d\u2019avoir obtenu une réduction de taux, elles la refileront au contribuable sous forme d\u2019impôts à payer pour combler des déficits plus ou moins habilement dissimulés.N\u2019avons-nous pas déjà des signes que c\u2019est là ce qui se prépare réellement ?Monsieur Godbout nous déclare tout bonnement que depuis trois ans la Montreal Light Heat cherchait à se vendre au gouvernement.Pourquoi ?Sans doute, parce que la campagne du Dr Hamel et de ses amis d\u2019hier CHRONIQUES 397 et d\u2019aujourd'hui lui fait penser qu'il vaut peut-être mieux liquider l\u2019affaire avant que l\u2019opinion publique ne porte au pouvoir des gens avec qui l\u2019entente serait difficile.Mais cela seul ne suffit pas à tout expliquer.L\u2019occasion étant belle, ne cherche-t-on pas tout simplement à refiler au gouvernement, au prix fort, une entreprise dont on a pressuré tout le jus, pour retrouver ainsi ses capitaux et pouvoir repartir dans les industries plus neuves, plus payantes que les découvertes de guerre annoncent avec la possibilité d\u2019avoir l\u2019électricité à meilleur marché encore qu'on ne pourrait se la fabriquer actuellement ?Tout cela n\u2019est pas clair.Et ceux-là mêmes qui, au début, à l'annonce de l'étatisation, se réjouissaient dans nos milieux ont bien déchanté depuis.L'événement n\u2019est venu que confirmer ce que j\u2019ai écrit, dit et répété je ne sais combien de fois à ceux de nos amis qui montrent le plus d\u2019enthousiasme pour les étatisations.Un bon gouvernement n a pas besoin d\u2019étatiser pour mater les trusts, parce que muni de l\u2019autorité suprême rien ne peut l\u2019empêcher d'agir et d\u2019agir sainement.Et comment peut-on croire qu'un gouvernement soumis aux vues de la dictature économique, s'il se décide à étatiser, puisse le faire autrement que selon les données établies par les puissances qui l\u2019agitent ?Si ce gouvernement, au surplus, est pétri d\u2019électoralisme, désireux avant tout de se maintenir au pouvoir, comment peut-on espérer qu'il administrera l'entreprise étatisée autrement qu\u2019en fonction de ses vues électorales ? 398 l'action nationale Non! c'est évident.Nous sommes engagés dans la mauvaise voie faute d\u2019avoir suffisamment approfondi l'ensemble de nos problèmes.Nous tournons dans un cercle vicieux avec cette question d étatisation, car le problème politique de la dictature économique n'est pas de faire étatiser celle-ci par un gouvernement à son service (ce qui ne tournera à rien) ; c'est de faire élire un gouvernement sain, donc de faire l'éducation du peuple sur les vices de notre système politique, de le convaincre de mettre au pouvoir un groupe qui les corrigera, lequel groupe pouvant ensuite se maintenir au pouvoir sans avoir de compte à rendre aux intérêts financiers, sera en mesure de dompter ceux-ci sans étatiser.De ce côté, notre problème est avant tout un problème d'hommes et d'institutions politiques qui assainiront l'État, et non une question d\u2019étendre le champ d'action de l'État.En préconisant à fond de train les étatisations, on ne contribue nullement à la solution de ces problèmes.On ne fait que préparer les esprits à la démagogie et assurer aux gouvernements la possibilité de s'emparer d\u2019autant plus volontiers de certains pouvoirs qu'ils leur offrent les moyens d'asseoir encore plus solidement leur influence par le nombre grandissant des gens qui doivent compter sur l'État pour vivre.Au point de vue social, on fausse l'esprit de la population; on le détourne de la véritable conception qu'il doit entretenir de l'ordre dans la société, pour l'orienter vers les solutions collectivistes, les plus destructrices des personnalités humaines.Du point de vue national, I on prépare h assimilation du Canada français dans CHRONIQUES 399 la vague socialiste anglo-saxonne et l\u2019on édifie des organismes centralisés dont nous perdrons fatalement le contrôle avec les tendances fédéralistes qui se font jour de partout.Et ne me dites pas qu'avec de bons nationalistes au timon des affaires, ce danger sera évité, car je vous dirais qu ils n y seront pas nécessairement toujours et que peut-être ils n'auront pas le temps d y arriver parce qu ils auront eux-mêmes crée une opinion dont d'autres sauront profiter pour tout rafler avant que le succès ne leur vienne.Les nationalistes devraient, au contraire, être les premiers à comprendre que toute cette façon de résoudre nos problèmes nationaux, économiques et sociaux tient beaucoup trop de la politique pour ne pas nous desservir.Ne savons-nous pas tous que la politique chez nous a toujours joué ou tourné contre nous ?Pris dans un système confédératii et impérial dans lequel des forces formidables de corruption travaillent contre tout ce qui se refuse à rentrer dans les cadres des intérêts coloniaux, nous ne pouvons jamais être sûrs que ce que nous confions au pouvoir politique, même provincial, n\u2019est pas aux mains des intérêts qui travaillent à nous niveler et qui savent exploiter toutes nos faiblesses N'en avons-nous pas eu assez d'exemples ?N'avons-nous pas été assez souvent trompés ?Pourquoi donc attendons-nous toujours tant notre salut de la politique ?Pourquoi voulons-nous absolument jouer le rôle du siffleux, qui ne se contente pas des coups de fusils qui l\u2019ont manqué et qui revient se montrer le nez tant qu une balle ne l a pas tué ? 400 l'action nationale C\u2019est sur la force même du peuple qu'il faut compter surtout, d\u2019un peuple éduqué, calme, décidé à s'organiser lui-même en partant de l\u2019économique pour remonter vers le social et le politique selon une ordonnance décentralisatrice.C'est dans une action sociale coordonnée et puissante, en marge de la politique, indépendante d\u2019elle, qu'il faut mettre surtout nos espoirs.Et ce qu\u2019il faut demander à la politique, à ceux qui dans la politique voudront prendre les véritables intérêts du peuple canadien-français, c\u2019est de se hisser au pouvoir non pas avec l\u2019orgueilleuse prétention qu ils peuvent tout régler en accaparant le plus possible des activités de la nation, mais au contraire avec toute l\u2019humilité nécessaire pour voir les dangers qui les menacent et savoir se décharger des trop lourdes responsabilités, avec toute la clairvoyance nécessaire pour dégorger cette politique qui est notre talon d\u2019Achille et faire pousser ces organisations professionnelles et coopératives spontanées qui nous libéreront en moins de 25 ans, non seulement de la dictature économique, mais des hasards extrêmes de notre vie politique.Un gouvernement qui, après quelques années de pouvoir dans Québec, pourrait se dire: «J\u2019ai organisé mon peuple, non pas en fonction de mon désir de gouverner le plus possible, mais en vue de lui permettre de se gouverner lui-même le plus possible dans tous les domaines qui ne sont pas strictement politiques)), un tel gouvernement serait déjà, du point de vue philosophique, le bon gouvernement.Et comment ne voit-on pas CHRONIQUES 401 que pour nous, dans notre position de peuple dont la politique risque toujours d\u2019être subordonnée à des intérêts extérieurs, il est le gouvernement qu il nous faut absolument pour retrouver la liberté nationale désirée, parce qu'en mettant hors d\u2019atteinte notre vie économique et sociale par rapport au rouage politique canadien compliqué et centralisateur, il nous assurerait la possibilité de nous développer, même dans la Confédération, selon notre culture propre sans avoir à toujours craindre qu\u2019un changement de gouvernement ou les faiblesses humaines des politiques au pouvoir ne viennent en un jour perdre les efforts des siècles et céder ou falsifier les biens de tous ordres que nous aurions confiés à la garde de l\u2019État.Ce sont toutes ces idées que met en jeu la question de l\u2019étatisation de la M L H & P.Sans doute, tout n\u2019est pas perdu parce que cette seule entreprise a été étatisée, surtout si nous savons nous reprendre vite et apporter à la loi actuelle quelques modifications essentielles dont j\u2019ai indiqué la nature et la portée dans Y Actualité Economique.Telle quelle toutefois, et si limitée qu'elle soit en étendue par rapport à l\u2019activité économique de la Province, elle appelle les remarques qu\u2019Horace a consignées dans l'une de ses épîtres (I, 16):\t» « C\u2019est ainsi que tu me voles « un boisseau de fèves sur mille; « tu crois, sur ce pied, le crime moindre.« Il n\u2019y a que le dommage qui le soit.» François-Albert Angers 402 l'action nationale Vie de l\u2019esprit «Présents!» Ces jours derniers, les journaux rapportaient que M.Victor Doré, surintendant du Conseil de l'instruction publique du Québec, était à Toronto le délégué de M.Godbout.Que faisait, a Toronto, ce délégué du premier ministre du seul gouvernement de langue française des deux Amériques ?Y présentait-il des diplômes aux gradués des cours de français ?Non.Il faisait mieux que cela.Il y présentait des diplômes à des élèves de 1 école d'anglais du C.A.R.C.et il disait: « Je suis responsable jusqu'à un certain point de la creation de cette école .« Ces messieurs du gouvernement et du Conseil de l\u2019instruction publique du Quebec, gardiens naturels de la culture française au Nouveau-Monde, méritent à leur tour des récompenses des gardiens naturels de la civilisation anglaise, tels MM.Stephen Leacock, George Drew et les correspondants intermittents de la Gazette de Montreal et du Telegram de Toronto.On se rappelle que feu M.Leacock vient d écrire: « Ce pays (le Canada) doit être anglais » et le second, M.Drew: « Nous avons besoin de jeunes gens vigoureux de l'Angleterre; voilà ce que j'entends par une immigration choisie ».Au lieu de répondre ou de paraître répondre « Présents » aux appels d\u2019une croisade qui ne les regarde pas, les Canadiens de langue française ne devraient-ils pas se faire un point d honneur d être fidèles à leur langue et d'employer l'ingéniosité de CHRONIQUES 403 leur esprit et l'argent de la Province au profit de leur culture ?G.Honte N D.L.R Nous nous permettons d'ajouter à ce texte, quelques commentaires où s'exprime la stupéfaction de nos gens.Ici même, à l'Action Nationale, il y a longtemps que nous nous méfions de la vraie pen-see de M.Doré au point de vue national.M.Doré ayant reçu des régimes rouges des faveurs d'enfant gate, on avait toutes les raisons de suspecter son idéologie de n'être pas nationale.Car un fonctionnaire de l education devrait être placé en marge des influences politiques.M.Victor Doré qui est un monsieur aux paroles douceâtres et cauteleuses, aux semelles de velours, au sourire feutré, vient enfin de montrer son jeu Le fait que signale notre correspondant est un aveu complet.Ainsi, M.Victor Doré, surintendant duC.de II.P., gardien et défenseur naturel de la langue française, est allé se confesser à Toronto.se vante d avoir contribué à la fondation, à Toronto d'une école d'anglicisation des jeunes cana- iens-français, et il y a couronné les meilleurs d'entre ces jeunes gens.De sorte que M.Doré, au lieu d'être à l'école Primaire, celui qui nous rattache à nos origines ?Cdui qm veut nous affranchir de l'amour du Tançais Le fonctionnaire chargé de la défense de la angue française chez nous, se fait l'apologiste de l anglais.Asservi aux idées qui régnent dans Us 404 l'action nationale milieux officiels, M.Doré cherche à effacer des esprits la conviction essentielle d une langue française mai-tresse de tous nos actes, de nos vouloirs.Il propage cette idée funeste que l'anglais est notre arme principale Il y a aussi autre chose.M.Doré, haut fonctionnaire, sait très bien que les Canadiens français sont contre la participation.Or lui, pour mieux montrer qu'il sort de ses attributions, s'habille en soldat Encadré des instruments de la dictature de Eing et de Godbout, entouré de tout l'apparat de la guerre, il s'affuble du costume d'aviateur.C est une farce qui commence à en fatiguer plusieurs et qui fait sourire même ses amis.Enfin, M.Doré est-il aviateur ou est-il fonctionnaire ?Le temps que M.Doré consacre aux choses de la guerre, c'est autant d'enlevé à son travail de surintendant.Payons-nous M.Doré pour qu il s affuble du costume militaire et qu il cambre le torse en faveur de la participation ?M.Doré qui joue au soldat se rend complètement ridicule, à part qu'il donne aux impérialistes un gage de soumission.Le snobisme des gens en place est connu; mais M.Doré, haut fonctionnaire de l'éducation, n'a pas le droit de faire de l'éducation au profit de la guerre totale Du reste, à son caractère, le costume qui convient, c'est la peau de l agneau Ce discours en faveur de la langue anglaise n'a fait que révéler à tous que M.Doré remplit mal son métier de Surintendant de l Instruction Publique.Avec un gouvernement normal, on exigerait de M.Doré des explications ou une mise à pied.M.Doré, s il pease à l'avenir, ferait bien d'y songer. CHRONIQUES 405 En deux mots .ou peut-être en trois! L'orf de se lover les moins ou de Pilote ou créditisme conodien Dans line précédente livraison de cette revue, un doute vnùV ,.SCarVa e en certains milieux a été exprimé sur la r ^°na 6 ca1nadlIenne-française de l'union au crédi-plan P?L'tiqUe' vu 1 attitude impéria-députés fédéraux créditâtes depuis le début de la guerre.Le récent congrès du Crédit social à Toronto vient de pr°uverque ces craintes étaient justifiées.,¦groupe d'hommes qui se réunissent pour fonder l!?n natlonfle.cest-aKiire canadienne, en vue de j doctrine du Crédit social par l'action politique Motion d«SUr CS Cmq P°mts savants: lutte contre la centra-f\u2018 at des pouvoirs, le socialisme, le communisme et le fascisme; efforts pour mettre fin à la dictature financière duéfLeUiTnrnn?-^^\"10^3'16 réelle où ''entrePrise indivL dLsrrihnH'inP^P é é Pnyée,?eront protégées ou encouragées; de tôuf £c rUn ÇPuvolr d achat suffisant entre les mains eoutemfmenPnadienS:- reconnaissance de l'autonomie des gouvernements provinciaux et municipaux.» Pas un mot ££ £ ï'qp £XtérieUre Et P°urtant le chef du Crédit social de la Province accepte d associer son mouvement à EmL°r&et-1Un,de SCS Principaux assistants M national^\tdeVient le vice-président de l'Association A des questions fort opportunes de M.Camille l'Heureux Sî n.nÀ1:! avril M' A™and Turpin ré^nd que heure » et si\t°\" à °6 COngrès de la politique exté- \"rff * e! S1 * ,e Programme ne contient aucun article s'v rapportant », c est que, « à l'unanimité les délégués décidèrent du feler un.Programme circonscrit aux principes généraux Hl fufdÆ1 *\u2022 5Ur 'Is autres questions, ajoute NL Turph-f sera ^\tPar> ««grès qu'une liberté enübe leur\tà/?us Ie.s députés créditistes de voter selon Il >nCE et I® volonté de leurs électeurs respectifs » dont lf nhLtr-\"1 d'éplucher en détail cette dédaration pareils n^inrfr^^jFV^ P°Ur e moir!s curieuse.A partir de laissé à^hacim »\tcomment n a-t-on pas par exemple dp t ,h cun sa liberté sur toute la ligne ?Quand il s'agira mtXelï| touchant au Crédit social, obiïgera-ttnles conrr*.?de t Association à voter contre leur conscience et contre la volonté des électeurs?M.Turpin, \u201cvHemmen? Cn vente aux EDITIONS DE UACTION NATIONALE 4 est, rue Notre-Dame, eh.603, ou Case Postale 1524, Place d\u2019Armes, Montréal.Collection \"ACTUALITES\" 1\t__Alerte aux Canadiens français!, par André Laurendeau 2\t_La querelle du bilinguisme, L\u2019Action Nationale 3\t_L\u2019art de déplacer les questions, par François-Albert Angers 4\t_Economique et culture, par Albert Nerviens 5\t_De l\u2019éducation, par René Chaloult 6\t\u2014 Nos écoles enseignent-elles la haine de l\u2019Anglais ?, par André Laurendeau 7\t_Les conquérants» par Gérard Filion 8\t_Pourquoi nous n\u2019accepterons jamais ** eonse'ip*l0rn pour service outre-mer, par François-Albert Angers 9\t\u2014 Est-ce ainsi qu\u2019on fait la guerre sainte ?par François-Albert Angers 10____Le temps est venu pour les Canadiens de mettre le holà !, par François-Albert Angers.Collection \"RECONSTRUCTION'1 1\t_\u201cVotre Tâche, jeunesse\u201d,\t_\t.\t, par le R.P.Emile Bouvier, s.).2\t\u2014 \u201cVotre Dignité, jeunesse\u201d,\t.par Mgr Paul-Emile Léger, p.d.Collection 'TEMOIGNAGES\" 1\t\u2014 Vers l\u2019indépendance politique, par l\u2019abbé Lionel Croulx (édition épuisee) 2\t_Pour notre libération, par M.René Chaloult.Collection \"NOS ENQUETES\" NOTRE QUESTION NATIONALE, par le R.P.Richard Arès, S.J., avec préface du chanoine Lionel Grouix. L\u2019Action \" \u201cDéfend le fai» françaii en Amérique.\u201d \u201cDonne des directives.\u201d \u201cConstitue un instrument de ralliement.\u201d S oppose aux esprits chimériques et politiciens.\u2019\u2019 \u201cFournit une documentation de choix.\u201d Présente la meilleure doctrine politique.\u201d \u201cS\u2019affirme une revue combative.\u201d Travaille à construire un monde nouveau.\u201d \u201cApporte un programme d\u2019ordre.\u201d \u201cRend service à nos minorités.\u201d Se dresse contre la dictature de la peur.\u201d POURQUOI NE PAS VOUS Y ABONNER t $2.par année.\u2014 Prière d\u2019ajouter 0.08 (taxe), et .25 si le chèque n\u2019est pas encaissable sans frais à Montréal.Abonnement de soutien $5.BULLETIN D'ABONNEMENT L\u2019ACTION NATIONALE Case postale 1524, Place d\u2019Armes.Montréal.J inclus la somme de $.en paiement de mon abonnement à l'Action Nationale, pour une période de année .à commencer au mois de.I94 Nom.Adresse.^ 408 l'action nationale \u201ew Das aussi loin qu'il dit l'être de la méthode des vieux \u2022nartis- libre sur tout ce qui n entame pas 1 intérêt du parti, Kvers et contre tous et tout sur le reste; ce n est probablement pas ce qu'il pense, mais c est le principe qu il pose.Et puis l'argument est cousu de fil blanc; ni de pres ni de loinPla question de l'autonomie des provinces n est plus essentielle aux principes généraux du Credit: social que ne l est la politique extérieure ou i autonomie reelle du Canada dans l'Empire et dans le monde.Alors quoi ?La réalité, c'est évidemmentque si 1 on n a pas adopté de résolution sur la politique extérieure, c est qu lin y avait pas sw ce terrain-là, possibilités d'entente entre les créditâtes imoérialistes du reste du Canada et les creditistes du Quebec qufse disent, sont ou ne peuvent pas faire autrement que de ne pas être anti-impérialistes.Et à cause de cela, 1 on a procédé d'une façon qui sent à plein nez le genre de œmpro-mission et de finasserie que connaît bien quiconque a observé un peu le fonctionnement des congrès politiques anglo-français du Canada'éviter les questions pour n'avoir pas à les résoudre, « S relent toujours à sacrifier l'intérêt du Canada français 4\tSES?ne «cherche que cel.« elle «y trouve la victoire totale de tous ses points de vue on accepte l'entente et la collaboration sur certams points sans rien exiaer d'elle en retour sur le reste, ce qui 1 assure que le jour fatidique venu, elle n\u2019aura qu'à agir sans tenir comp de rien ni de personne puisqu elle n est liee ni en paroles n en faU En acceptant d'adhérer à « l'association créditiste du Canada » à pareilles conditions, les chefs du groupe cre- dhis^ Even-CVégoire-Côté-Turpin ont tout .s.mplemen sacrifié d'avance l'intérêt des Canadiens français au Crédit social.Pour assurer le succès de leur doctrine, '1* se s(?\"t t les mains des intérêts supérieurs au service desquels cette doctrine devrait nécessairement travailler .sans ^u01f est sans valeur fût-elle par ailleurs techniquement acceptable La nuestion se pose donc bien nette à tous ceux qu.saven encom discerner une hiérarchie des valeurs et qu, cherchent avant tout le bien commun: quelles quesoient vosid^sen matières monétaires, estimeriez-vous même que la tecnniqu économique créditiste est la meilleure pour assurer la restau ration économique et sociale des Canadiens frança:is, vous accorder votre confiance à des gens qui font à c P°» bon marché de la question de l'imper,al,sme, qu ,1s sont prêts à la trafiquer pour assurer le succès matériel de leur organ sation ?Qui sont prêts même - car quo, qu en dise M.Tur pin il a été question de politique extérieure au C°^grès si bon en croit les journaux- à encaisser sans rien dire sa^ se lever même pour se servir de leur * en \u2018è\"lr!f anorouvé déclaration d'un créditiste éminent, apparemment app CHRONIQUES 409 par 1 assemblée sans dissidence, comme quoi le parti créditiste présentefguerr e\tparticiPation totale du Canada dans la P,,£our é.vit,er d\u2019être rnis en face de ses responsabilités, M iourna^Trrf T\" nUr d exPhque': dans une déclaration aux S - (ÇJ ^ Devoir, 17 avril i944), que l'Association \u2022 11 paS un Slmple parti Poétique (il admet toute-ta lon dfx/T Un C°rp?\tH reprend l'argumen- hU r'd H' TurP\u2018U sur la liberté d'action, affirme que cette liberté protège les électeurs, qu elle est la preuve d'absence d esprit de parti; et il nous console - cornue M.King de neCs°aS£rr0n 6n nOUS disant ,qu i* «'y en a pas parce qu'elle \u201eLS aPfe 6 PfS amsi \u2014par le ^Icul que si 12 créditâtes ° a!ent P°.ur la gucrre et 10 contre, on ne pourrait pas dire que le parti créditiste est impérialiste (sauf que pour que ça le Drffici^e11!6\" T 12 C°ntre et 10 P°\u201cr.™>s S le principe reste le meme et que c'est l'inverse qui se pro- duu-ait surtout, mieux vaut se rapprocher de la réalité plus chiffres)EvCn ° 6St habitué de le faire dans ses jongleries de vraPS-P3?1 sPectacle « Pareille argumentation, tout ai Canadien français ne peut dire quune chose: « Bouillie pour les chats ! » On peut être d'accord sur une doctrine \u201cuTtUent^HS m°nt.rer *'esPrit de parti Et de toute façon, * \u201e ; entendu que dans^un groupe il est certaines questions n exire nas P** d°IVeni etre lfissées libres en ce sens qu'on \u201d pas 1 unanimité sur celles-là pour accepter tel ou tel membre ou collaboration, la question de l\u2019attitude du Canada pationVrordUerreS m 1.'El?nPire\u201eet du principe de sa partici- Cn Canadien fraSial \" *\u201c 6mem P3S de Celles-là P°ur DlSOite qu après ce qui s'est passé à Toronto il est devenu évident que le groupe créditiste du Québec comme tel de Hé façon\tP3r !illeurs d?sa doctnne, est cPPstitué franrl,0 M \u2022 q 1 ne mente Pas la confiance des Canadiens français.Il s engage, comme nos vieux partis d'hier sur la voie des compromissions impérialistes.Pour assurer lé succès d une doctrine sociale, d'ailleurs de portée liftée i sacrifie ra°it Ste Et 6n -PPUsan^que \u201cme donne! raie les résultats économiques et sociaux qu\u2019on en attend noufmo C?Ut slrrjPlement pour nous mieux engraisser afin qué nfrpS|m°?|tIOnS P[us roses- Plus dodus sur les autels de l'Em- gras oîusUnPombain COnflit' Le,s P61!15\tseraient plus ?l \u2019 P s nombreux, mais selon 1 annonce attendrissante bien connue il en partirait 99 sur 100 au lieu de 4 sur ?noi.r nUvf;.mer ! Et le centième achèterait plus d obtigation^de démhle n aV£C 5011 dividende afo d'assurer l'effort plus cons' derable que nous serions censés pouvoir donner\u2014 car nom donnons toujours tout ce que nom pouvons et un plus 410 l'action nationale En dehors de quelques fanatisés qui ont perdu tout contact avec la réalité et à qui il arrive même de trouver que le pape n'est pas assez créditiste, aucun des autres vrais nationalistes, parmi ceux qui ont encore confiance dans l'idée créditiste, ne consentira à accepter semblable lâchage, nous en sommes sûr.\"Ce que font les Anglais\" Sous ce titre notre ministère de l'Information ou le ministère anglais de l'information (cela ne paraît pas clair dans le texte) fait circuler une petite brochure destinee à vanter les hauts faits des Anglais.Nous n'avons aucune objection au principe, nous ne contestons nullement aux Anglais le droit de chercher à faire savoir ce qu ils font pour se defendre contre telle accusation portée contre eux et nous ne deman-dons pas mieux que de leur donner tout le crédit de ce qu ils font.Mais le moins que nous puissions exiger, c est qu on ne nous prenne pas pour des imbéciles, qu on nous fournisse des faits, et non pas un fond de tableau obtenu par des procèdes de truquage.\t.\t,\t.Page 3 on nous parle de 1 Angleterre qui a gagné « seule et isolée » la Bataille de Grande-Bretagne.Le Canada était pourtant en guerre à ce moment-là.Et un informateur averti et nullement antibritannique (André Maurois) a amrme que l'armée canadienne était alors, en Angleterre, a peu près la seule organisation qui eût 1 air dune armee.Le ier février 1043 encore (Débats de la Chambre des Communes, p.5°), M.King parlait comme si l'armée canadienne restait alors à peu près seule à assumer la défense de 1 Angleterre.Puis on aborde la section z: « l'armee britannique ».Les hauts faits des armées de l'Empire en Europe, en Asie, en Afrique partout dans le monde; les pertes totales imposées à l\u2019ennemi, les pertes totales subies.Tout cela c est « ce que font les Anglais.Les seules mentions précises mais limitées en portée : en Tunisie, 76% des hommes de la 8e armee et 00% des hommes de la première étaient originaires de 1 Angleterre; en 1Q40-41, 70% des pertes de l'Empire étaient anglaises Nulle part, on ne donne le chiffre \u2014 et nous ne nous rappelons pas l'avoir jamais vu autrement que sous la forme vajzue des 23 millions d'Anglais « mobilises dans les armees ou dans l'industrie de guerre » \u2014 le chiffre intéressant pour juger vraiment de l'effort militaire anglais: le nombre de soldats anglais faisant partie de l'armée anglaise et vraiment entraînés et préparés pour l'invasion ou la guerre moderne partout dans le monde.Qu'on nous donne ce eh>ffre et ensuite l'on pourra faire des comparaisons qui tiennent debout.Puis il y a la marine, où rien n'est non plus distingue de CHRONIQUES 411 ce qui est ou n est pas Anglais, mais où l'on peut croire qu'ici la part est meilleure.Et vient 1 aviation, la R.A.F., pour laquelle le mot britannique est encore quelquefois employé en alternant aussi avec le mot anglais.Ce que font les Anglais toujours ! Or selon M.Power, notre ministre de l'aviation, 25 p.c.des pilotes de la R.A.F.sont Canadiens, et il s'y trouve aussi des Neo-Zelandais, des Australiens, des Polonais, des Tchèques des Norvégiens, des Belges et des Français libres (Débats! 2 mars 1944.P- ny).Même si les 75% qui restent étaient Anglais, il faudrait voir, pour évaluer le rôle véritable des Anglais, ce que cela représente en valeur absolue et relativement à la population anglaise, par rapport à ce que représentent pour nous les 25%.Le ministre ajoute d'ailleurs: * Çette proportion (de Canadiens) tend plutôt à augmenter qua décroître\tLes Canadiens sont si nombreux dans la R.A.F.que maigre nos 42 escadrilles proprement canadiennes outremer, il y a 10 fois plus de Canadiens dans la R.A.F.que dans le C.A.R.C.(M.Power toujours, Débats 2 mars 1944, p.1175).Et fait étonnant, la raison pour laquelle il n'y a pas plus de Canadiens dans le C.A.R.C.et autant dans la R A F cest que selon M.Power toujours (Débats, 2 mars 1944! p.il51), «si tous les Canadiens qui sont aviateurs étaient dans ces escadrilles canadiennes, il nous faudrait non pas des milliers de membres d'équipages terrestres, comme c'est maintenant le cas, mais plus de cent mille pour l'entretien et les services de ces escadrilles et de leur équipement )) Ce qui revient à dire que grâce à la présence de ces Canadiens dans la K A.raux postes les plus périlleux à 100% \u2014plus de cent mille Anglais gagnent le privilège de rester à terre dans des fonctions techniques de toutes sortes.« Ce que font les Anglais ! )) Pendant ce temps, selon M Frédéric Dorion, notre gouvernement aurait décidé d'abolir le recrutement des équipages terrestres au Canada.Nous le répétons, nous n avons toujours cherché ici qu'à revendiquer pour nous tout en respectant la justice à l'égard des autres: une justice qui nous est si parcimonieusement comptée.Qu on nous donne des faits precis, clairs, nets, et nous en tirerons nous-mêmes les conséquences qui s'imposent quelles quelles soient.Mais de la propagande habilement mensongère comme celle-là, nous la dénonçons comme indigne des honnêtes gens et une injure à notre intelligence bi 1 on veut nous prouver que les Anglais ont fait plus que quiconque, qu on nous le prouve .mais en nous parlant bien de ce que font les Anglais et non en y annexant ce que 1 Angleterre tire de ses colonies, de celles qui le sont vraiment ou de celles qui, ne l'étant pas, comme le Canada, ont à cœur de se comporter comme si elles l'étaient. LANGAGE DE CHIFFRES VERITABLE REVEIL NATIONAL LA LAUEENTIENNE ASSURANCE-VIE Sièf* Mdil : Uvto, P.Q.VII "]
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