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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1940-06, Collections de BAnQ.

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[" LAC f IO K NATIONALE L.-Athanase Fréchette Aux sources de nos énergies nationales.393 Maurice Lebel\tEn faveur de nos bibliothèques 398\t Robert Choquette\tLa lampe\t\t414 Gérard Morrisset\tNotre héritage français dans les arts\t\t418 Arthur Laurendeau\tPelléas et Mélisande\t\t426 Charles Doyon\tSources de joie\t\t430 Chroniques\t\u2022 Dans la cité\t Paul Doncoeur, S J.\tLettre à /'Action nationale\t434 Frs-Albert Angers\tFondements géographico-écono-\t miques de l'autonomisme.437 \u2014 Vie de l\u2019esprit Roger Duhamel\tMarges.446 Roger Roland\tGénéralités sur la poésie.452 * * *\tLes livres.456 Calendrier de guerre.459 Table des matières du Vol.XV.479 VOL.XV, N° 6 \u2022 JUIN-JUILLET 1940 \u2022 MONTRÉAL L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE %\tDirecteur; André LAURENDEAU # L\u2019Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de_ l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Minville, président; Roger Duhamel, secrétaire; l\u2019abbé Lionel Croulx, Mgr Olivier Maurault, P.S.S., Pierre Homier, Eugène L\u2019Heureux, Anatole Vanier, Arthur Laurendeau, l\u2019abbé Albert Tessier, René Chaloult, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, André Laurendeau, Maximilien Caron, François-Albert Angers, Gérard Filion.ADMINISTRATION: 3516, ave de Urimier, case postale no 1524 Place d\u2019Armes, Montréal.DIRECTION: 3472, rue Hutchison, Montréal.Le directeur de la revue, M.André Laurendeau, reçoit sur rendez-vous.Téléphone: CR.2221.L'abonnement est de $ 2.0 0 par année Abonnement de soutien $5.00 par année Tou» droit» réêerré», Ottawa, 1933 La question nationale au Canada français est d'abord une question économique ! Lisez donc L\u2019ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE La seule revue du genre publiée en langue française en Amérique.Elle vous tiendra au courant des principes et des faits économiques indispensables à la compréhension de nos problèmes.La livraison de mai contient : #\tdes articles sur l\u2019américanisme, les systèmes monétaires, l\u2019affrètement et les ressources forestières de la province de Québec, par Edouard Montpetit, Alexandre Marc, Marcel Pinsonnault jr, et Jean Allaire.#\tdes commentaires sur l\u2019industrie du vêtement, le chômage, le nouveau régime monétaire canadien, et les relations entre le Dominion et les provinces.#\tune revue des revues portant sur un terme géographique nouveau, les allocations familiales, l\u2019utilisation du vieux fer dans l\u2019industrie de l\u2019acier et la campagne contre les maisons à magasins multiples (chain stores) aux Etats-Unis.#\tdes analyses de nombreux ouvrages historiques, géographiques, économiques et sociaux.® un catalogue bibliographique précieux pour quiconque s\u2019occupe d\u2019économique, de sociologie, de commerce, de finance, d\u2019industrie, d\u2019agriculture, de géographie, etc.On t\u2019abonne à L\u2019École des Hautes Études Commerciales 535, avenue Viger Abonnement: $3 En vente dans les librairies: l\u2019exemplaire: 35 cents I Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, C et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche Votre ami a-t'il des.préjugés contre L\u2019ACTION NATIONALE?Abonnez Je: il les perdra peut-être ii I.KJrare nouveau pour connaître la doctrine sociale de l\u2019Église Le seul journal du genre au Canada LISEZ Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités: ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES ET AUTOGÈNES, ETC.206, RUE DU PONT.QUÉBEC r.-\\.DRCLET LA COMPAGNIE \u201cLE DEVOIR LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Lisez Groupe de laitiers indépendants 6740, rue de Gaspé, MONTRÉAL \u2014 Té) LAIT & CRÈME paateuriaéa \u2022 LAIT H CRÈME acidulé.LAIT A.CRÈME homoeénéiaéa YOQHOURT naturel ou ceriae 0 FROMAGES \u201cORBIS\u201d LAIT CHOCOLAT \"MILACO\" LAITERIE CANADIENNES in SECRÉTARIAT DE LA PROVINCE Educateurs, dirigez les jeunes confiés à vos soins vers / / L'Ecole des Hautes Etudes Commerciales (affiliée à l\u2019Université de Montréal) Encouragez-les à choisir les carrières les plus utiles à l\u2019avenir du Canada français : les carrières économiques Par ses cours du jour, ses cours du soir et ses cours par correspondance, l'Ecole des Hautes Etudes permet à tous ceux qui le veulent de réussir en s\u2019assurant l\u2019essentiel : la compétence Pour tous renseignements s\u2019adresser au Directeur, 535, avenue Viger MONTREAL IV Appel à l\u2019élite Aux sources de nos énergies nationales En ce jour de fête, je dédie à tous les Canadiens français et plus particulièrement à notre élite ces quelques réflexions.Seul me les dicte impérieusement mon désir profond de susciter la collaboration de tous au relèvement culturel, économique, moral et social de notre peuple.Volontairement je laisse à chacun le soin de tirer de ces principes les conclusions conformes aux exigences des heures d'inquiétude que nous vivons.Elite L'élite doit prendre conscience qu\u2019elle est le fil d'aimant qui relie les berceaux aux tombes, l\u2019avenir au passé, l\u2019espérance au souvenir, la restauration nationale aux gloires ancestrales.Quand l\u2019élite qui pense néglige d\u2019agir et de diriger, les plébéiens, qui s'agitent et dirigent sans penser, deviennent des chefs.Ils pèsent sur elle d'un poids d'autant plus lourd qu\u2019elle s\u2019était élevée plus haut sans eux et au-dessus d\u2019eux.L'inéluctable choc se produit: le pot de fer brise la tour d\u2019ivoire.La pensée succombe et c\u2019est le chaos.Le progrès n\u2019est pas la rupture des liens qui relient le présent au passé: il est une évolution. 394 L ACTION NATIONALE Or toute évolution suppose des étapes antérieurement gravies et connues, un fond de traditions acquises et vivantes.Et qu'est-ce que l'histoire d'un peuple, sinon l'ensemble des faits qui forme la chaîne ininterrompue de ses traditions ?Un peuple soucieux de progresser doit donc connaître son histoire.Qui la lui enseignera ?L'élite.Pour l'élite, se souvenir est un devoir.Si c'est l'oubli des vivants qui fait mourir les morts, n\u2019est-ce pas le souvenir des morts \u2014 l'histoire \u2014 qui fait revivre les vivants ?Patriotisme Notre patriotisme est un idéal.On s\u2019en éloigne, on s en approche, on n'en possède jamais la plénitude.Le propre de l'idéal, c\u2019est d'habiter les cimes.Plus on monte, plus on s'élève et plus on grandit.Plus on descend, plus on s'abaisse et plus on diminue.Le véritable patriote gravit la pente et monte très haut; le tiède s'arrête en route et tombe; le traître rebrousse chemin et va croupir dans la plaine.Vieux de trois siècles, notre patriotisme ne se discute plus.On y croit et dès lors on l'aime et on le pratique; on n'y croit pas et alors on le hait et on le combat.Il faut être pour ou contre, apôtre ou apostat, mais non moitié l\u2019un moitié l'autre. AUX SOURCES DE NOS ÉNERGIES NATIONALES 395 L'indifférence ici n'a plus sa place: on doit prendre parti et s'engager à fond.Un peuple qui vise à la grandeur hiérarchise ses valeurs, ses devoirs, ses amours: Dieu, famille, patrie.L'individualiste refuse d'entrer dans cette trinité.Il vit en marge des valeurs, du devoir, de l'amour.Il ralentit le vol de la nation vers la grandeur.Vie Entre l'individualisme et le patriotisme il faut choisir: se liquéfier ou se solidifier; s\u2019étioler ou s'épanouir; se déraciner et se condamner à la mort ou s'enraciner et se livrer à la vie.C\u2019est la vie que l'esprit, le cœur et la volonté doivent choisir parce qu'elle est, malgré ses faiblesses et ses misères, l\u2019image du vrai, du bien et du beau, l'image et l\u2019œuvre de la souveraine Perfection.Il s'agit pour nous de vivre ou de mourir.Vivre une vie nationale attiédie serait retarder de quelques décades l\u2019échéance fatale de la mort, consentir au suicide lent, mais certain, de notre âme collective.Et cela, ni le droit naturel, ni le droit positif, ni le code d\u2019honneur qui nous lie aux générations d'hier et à celles de demain ne nous le permettent.Vivre au contraire une vie nationale intense, c'est 396 l'action nationals nous assurer la victoire sur les forces dissolvantes de notre ambiance, c'est obéir aux inéluctables prescriptions de tous les devoirs, c'est enfin ren-forcir l'avenir de tous les mérites accumulés et réversibles des morts et des vivants.Créotions Vivre c'est donner: la fécondité est un caractère essentiel de la vie.Elle n'exclut pas le rêve.Car rêver c\u2019est espérer, espérer c\u2019est vivre, vivre c est agir.Le rêve \u2014 mais le rêve fécond \u2014 c\u2019est l\u2019action qui sauve.La vie n'est pas l'écoulement des heures.Elle n'est pas le temps qui passe en nous, car c\u2019est nous qui passons dans le temps.Sur la route de notre destin national, seules nos œuvres demeurent.Pour notre peuple, le secret de durer, c\u2019est donc de créer.Un peuple créateur est un peuple dont chaque génération jalonne le temps de réalisations nouvelles.Pour créer et durer, il doit rêver en grandeur et, pour rêver en grandeur, il doit aimer en profondeur.Or le principe de tout amour, c\u2019est l\u2019immuable créateur: Dieu.Aux sources Aux sources de nos énergies salvatrices doit dominer une élite, éveillée au sens du patriotisme, AUX SOURCES DE NOS ÉNERGIES NATIONALES 397 capable de créations et soucieuse de doter notre peuple, par une action concertée, méthodique et soutenue, d'une vie nationale intense.A cette élite la Société St-Jean-Baptiste de Montréal ne cesse de faire signe et, en ce jour de ralliement elle lui dit plus particulièrement: «Venez» ! Le président général, L.-Athanase Fréchette N.D.L.R.\u2014 Ces quelques pages paraîtront dans le programme-souvenir de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal.Nos lecteurs auront médité avec profit cet appel que le président général, le notaire L.-Athanase Fréchette, lance a l\u2019élite canadienne-française.\"La Bonne Coupe\" Faute d'espace, nous remettons à septembre la publication d\u2019un article de M.Michel Chartrand, président-gérant de la coopérative «la Bonne Coupe», sur l'industrie du vêtement dans la province de Québec.Mais nous voulons tout de suite signaler à nos lecteurs de Montréal l'existence de cette coopérative de consommation.Elle aidera les Canadiens français à conquérir un marché très important \u2014 environ 36 millions de dollars dans la province \u2014 en même temps qu'elle fera faire à ses membres des économies fort substantielles.Comme «la Familiale», comme la plupart des coopératives qui se sont récemment fondées dans la province, la «Bonne Coupe» a le droit de compter sur notre aide efficace.Nous serions d'ailleurs bien bêtes de dédaigner les avantages pécunaires qu\u2019elle nous offre.(«La Bonne Coupe» a ouvert ses bureaux au Café Saint-Jacques, 415-est, rue Ste-Catherine, Montréal.Téléphone: HArbour 1721). En faveur de nos bibliothèques L'éducation vaut mieux que l'instruction, elle est aussi nécessaire aux adultes qu'aux enfants.Maurice Lebel L\u2019intérêt de plus en plus prononcé et soutenu que l\u2019on porte chez nous à la pédagogie et à la lecture, en particulier, constitue un signe infaillible de notre évolution au point de vue intellectuel et national.Le problème de la lecture, et c\u2019est un fait très consolant, intéresse aujourd'hui un grand nombre de personnes.En effet, que d\u2019articles de revues et de journaux n\u2019écrit-on pas sur ce sujet! Sans mentionner les conférences et les causeries radiophoniques, on consacre des brochures, même des livres, à la question.Et un peu partout on incite les gens à lire, on dresse des catalogues, on suggère des listes d'ouvrages.Les meilleurs journaux renseignent et guident le liseur.Nos revues, dont le nombre, par parenthèse, s\u2019est sensiblement accru en ces dernières années, heureux augure d\u2019une ère nouvelle! nos revues, dis-je, multiplient les comptes rendus et les appréciations critiques.Qui l'eût dit ?Les journaux de collège et d\u2019université osent parler de livres et d\u2019auteurs.Les mouvements sociaux de la jeunesse catholique répandent leurs fiches à l'envi.Quant à nos libraires, leur nombre a triplé depuis quinze ans.Les cabinets de lecture, les cercles de lecture et les petites bibliothèques circulantes poussent comme des champignons en certaines villes. EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 399 Bref, nous lisons davantage et, qui plus est, nous parlons souvent des livres avec la fraîcheur naïve d'un enfant qui vient de faire ce qu\u2019il regarde comme une découverte.Ce goût plus intense et plus libre pour la lecture révèle l\u2019attitude changeante du Canadien français à l'égard de la vie.Il constitue aussi un élément essentiel du vigoureux mouvement qu\u2019a lancé la revue en faveur de l\u2019éducation nationale.Car, parmi les diverses façons de servir sa patrie, je n'en connais point de plus nobles, de plus intelligentes et de plus efficaces que la diffusion du livre français, lequel entretient le gûût des choses de l'esprit et développe l\u2019amour de la langue.Je voudrais ici analyser sommairement quelques-unes des tendances actuelles dans le domaine de la lecture au pays; j\u2019aimerais aussi suggérer quelques moyens de tirer un meilleur parti d\u2019une situation de fait.I Nos gens lisent-ils plus qu\u2019il y a vingt ans ?Cette question, par esprit de curiosité, je l\u2019ai posée à des amis de ma connaissance.Et tous de lever les bras au ciel, comme dans un mouvement de désespoir, et de me répéter, en guise de réponse, ce refrain fatidique: Nos gens ne lisent point! Est-il bien vrai que nos gens ne lisent point ?Ce jugement ne me semble pas, à priori, assez nuancé pour donner dans le vrai.Examinons les faits d\u2019un peu près.Nos paysans \u2014 c\u2019est toujours par eux qu\u2019il faut commencer, ils sont le sel de la terre cana- 400 l'action nationale dienne \u2014 ne lisent guère autre chose, il est vrai, que le journal à gros tirage.Cependant, beaucoup d\u2019entre eux lisent avec plaisir le Devoir, le Droit, le Canada et l'Action catholique; incidemment, le premier de ces quatre quotidiens est sans contredit le mieux écrit que nous ayons.En hiver, comme lés loisirs ne manquent point, nos paysans lisent souvent plusieurs journaux, sans compter des almanachs et des revues populaires ; les plus sérieux et les plus intelligents d\u2019entre eux lisent des brochures et des livres, étudient même des ouvrages sur l\u2019apiculture ou l'élevage du cheval ou l\u2019électricité ou le corporatisme.Il en est même qui possèdent une belle bibliothèque d\u2019ouvrages spécialisés.Nos paysans, j\u2019en suis convaincu, liraient davantage, si on prenait la peine de leur offrir des livres.Et que de beaux livres simples et grands n\u2019existe-t-il pas sur la terre et le sol! Les femmes des paysans, elles, jettent un coup d\u2019œil rapide sur le journal du matin et du soir; puis, le dimanche après-midi, elles parcourent les annales, les almanachs et les pages illustrées de nos grands quotidiens.tout en regardant passer les voitures.Ce sont les jeunes filles, je crois, qui lisent le plus à la campagne; elles lisent un peu n\u2019importe quoi, tout ce qui leur tombe sous la main.Les annales ne leur plaisent guère; elles ne les liront qu'en dernier ressort, faute de livres et de revues.Elles préfèrent les pages illustrées et les romans-feuilletons de nos journaux; les pages relatives à la musique et au cinéma ne les laissent pas indifférentes non plus.Mais elles dévorent rtout nos revues populaires, lesquelles s\u2019apparen- EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 401 tent aux revues américaines ; incidemment, c'est peut-être par la revue populaire que pénètre le plus l'influence américaine dans nos campagnes.Quoi qu\u2019il en soit, les jeunes paysannes lisent beaucoup plus que leurs grands frères; ce fait explique, en partie du moins, pourquoi l\u2019ignorance de 1 alphabet est moins répandue chez les femmes que chez les hommes au pays.Soit influence d une éducation couventine ou désir de combler des heures de solitude, soit besoin de nourrir des rêves romanesques ou influence grandissante de la publicité, les jeunes filles de nos campagnes lisent aujourd\u2019hui beaucoup plus qu'elles ne le faisaient il y a vingt ans; ce qui ne manque pas de modifier sensiblement, pas toujours pour le mieux, l\u2019atmosphère de nos centres ruraux.Dans les milieux dont la population ne dépasse pas 3,000 âmes, on lit surtout le journal, les annales, les almanachs et les revues populaires.A part le curé, le notaire, le médecin, le frère directeur et la sœur supérieure, rares sont les personnes qui possèdent une bibliothèque.Il arrive parfois que le maire, le secrétaire de la municipalité, l\u2019organiste de l\u2019église paroissiale, le gérant de la banque et le chef de gare, soient autant de liseurs; c\u2019est le cas d\u2019une petite ville que je connais bien.Les centres qui sont assez heureux pour posséder une bibliothèque paroissiale (une école et un couvent) se distinguent nettement des autres moins fortunés à cet égard; le niveau intellectuel est évidemment supérieur et les foyers munis d'une bibliothèque sont plus nombreux qu\u2019ailleurs.Mais, par malheur, un grand nombre de ces endroits 402 L ACTION NATIONALE ne possèdent pas encore un magasin de livres et de revues.J'ai l'impression aussi que les gens lisent beaucoup plus dans les tramways et dans les trains.11 n'est pas rare aujourd'hui de voir des voyageurs un livre à la main.Montez dans un train, en direction de Québec ou d'Ottawa.Qu\u2019y voyez-vous ?Beaucoup de gens, cela va sans le dire, déplient leurs journaux et étalent leurs magazines comme une marchandise.Mais il y a aussi des liseurs de livres, si discrets soient-ils.Aujourd'hui, avant de monter dans un wagon, le voyageur glisse une couple de livres dans sa serviette ou dans son sac de voyage, s'il n\u2019achète pas une revue sur le quai de la gare.Signe heureux des temps nouveaux, je vois souvent des prêtres lire un livre dans le tramway et dans le train.Je ne parle pas ici des jeunes filles, on en voit beaucoup dévorer des romans à toute allure; ces derniers n\u2019appartiennent pas tous à la bibliothèque paroissiale.Il y a même des bourgeois, qui l'eût cru ?qui sont touchés par l'esprit.D\u2019ordinaire, les bourgeois ne lisent rien, sauf le journal.Et encore.Fait singulier, le nombre des liseurs parmi eux a beaucoup augmenté en ces dernières années.Soit qu'ils appartiennent à la classe des nouveaux riches qui cherchent à s'imposer dans tous les milieux, soit qu'ils aient honte de leur dénuement culturel, ils s'empressent de se constituer une bibliothèque et ils osent même parler des livres qu'ils ont lus.Ce sont souvent des autodidactes, intelligents, mais sans formation régulière; ils brûlent du désir de s'instruire et de se mettre même au niveau des EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 403 hommes d'idées qu'ils invitent à leur foyer.J'en connais plusieurs qui, après avoir essayé de résoudre toutes sortes de problèmes au cours de la journée, n\u2019ont pas de plus grande hâte que de rentrer au foyer, le soir, et de lire au milieu de leurs enfants; les clubs et les salles de cinéma, avec raison, ne les intéressent guère, ils préfèrent se détendre et se retremper par la lecture d ouvrages attrayants et sérieux.Du progrès dans la lecture ?Mais nous en avons fait certainement, à en juger du moins par le nombre des nouvelles librairies qui ont surgi depuis quinze ans.Elles n ont pas, que je sache, nui aux affaires des grandes maisons, telles que Garneau, Granger et Beauchemin.Voici un exemple choisi entre mille.En moins de quatre ans, au service de librairie de 1 Action catholique, a Québec, on a quadruplé le nombre des employés; en septembre 1936, il n'y en avait que deux; aujourd'hui, il y en a neuf, et ils peuvent à peine suffire à la tâche.A noter que la librairie est installée dans la ville basse, près de la gare du Palais.On vient de vendre en moins d'un mois, à 1 Action catholique, plus de 1500 cartes géographiques illustrées, 75 sous chacune; j\u2019ai vu deux paysans sortir leurs sous d\u2019une belle blague toute luisante en peau de cochon; j'en ai même entendu un bougonner, non sans raison, parce que les noms des villes et des pays étaient rédigés en anglais.La librairie de Y Action catholique n'est pas la seule à avoir réalisé des progrès, je puis en dire autant de celle du Devoir, dont le vif succès est connu de tous. 404 l\u2019action nationale Veut-on un autre exemple ?Je connais un libraire, rue Sainte-Catherine, qui vend plus de 2000 numéros, par semaine, de journaux français, tels que Gringoire, Candide, Je suis partout et les Nouvelles littéraires.Ces hebdomadaires, il est vrai, sont de valeur très inégale; et, quoi qu\u2019on puisse penser des préférences personnelles d'un chacun pour l\u2019un ou l\u2019autre de ces journaux, le fait \u2014 on le constate également à Québec \u2014 ne révèle pas moins l\u2019existence d'une classe de gens sérieux qui veulent vivre en contact avec la pensée et l\u2019action du monde extérieur,\u2014 l\u2019insularisme intellectuel, et avec raison, n'a pas de prise sur eux.Certaines gens, il est vrai, à force de s'intéresser à ce qui se passe à l\u2019étranger, finissent par ne plus observer ce qui se passe sous leurs propres yeux.Mais passons.Il s'agit ici de journaux français.On peut faire la même observation au sujet du livre français, lequel est devenu aujourd\u2019hui plus accessible, encore que son prix soit souvent prohibitif.La bibliothèque de l\u2019École supérieure le Plateau, à Montréal, est unique en son genre.C\u2019est sans doute la bibliothèque d'école primaire supérieure la mieux aménagée, la plus spacieuse et la plus fréquentée qui soit à Montréal.A Québec, la bibliothèque de l\u2019Académie commerciale \u2014 collège secondaire moderne \u2014 sans être aussi spacieuse et aussi bien organisée que celle du Plateau, mérite cependant le second prix.Il n'existe pas, à ma connaissance, un seul petit séminaire ou collège classique de la province qui puisse se vanter de posséder une bibliothèque générale EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 406 d'élèves comparable à celle du Plateau ou meme à celle de l\u2019Académie commerciale de Québec.Il faut dire, cependant, que nos maisons d enseignement secondaire, à quelques exceptions près, possèdent des bibliothèques de classes bien organisées.Il existe même, dans plusieurs collèges, des cercles et des cabinets de lecture, ou les eleves les mieux doués des classes supérieures peuvent lire, quelques heures durant, les jours de congé.Au collège Bourget, par exemple, le R.P.Philippe Deschamps, c.s.v., auteur d'un manuel de composition française, adressé, il y a une dizaine d années, trois catalogues de bibliothèques: 1 un pour les classes de grammaire, l'autre pour les classes de lettres, le dernier pour les classes de philosophie-sciences.Tous les lundis, les professeurs invitent les élèves qui possèdent chacun une copie du catalogue à lire tel ou tel livre qui se trouve sur les rayons de la bibliothèque.Une pareille initiative est très heureuse, elle mériterait même d\u2019être imitée dans toutes nos maisons d'enseignement secondaire.Du reste, le R.P.Louis-Joseph Lefebvre, c.s.v., préfet des études du séminaire de Joliette, est en train de dresser, avec l aide de divers collaborateurs, un catalogue modèle, typique, lequel sera expédié gratuitement à tous les supérieurs, procureurs, préfets et professeurs de nos institutions.Espérons que les collèges où les bibliothèques d\u2019élèves font encore défaut1\u2014 il en est encore 1 Je pourrais nommer ces institutions arriérées, car j'ai visité tous nos collèges classiques, sauf Gaspé et Chicoutimi. 406 L ACTION NATIONALE plusieurs \u2014 sauront tirer le meilleur parti possible de ce catalogue modèle et se mettre au niveau des maisons mieux organisées au point de vue de la lecture des élèves.Nos jeunes sont avides de lecture, quand on sait les orienter comme il faut; ils aiment la lecture, mais encore faut-il que les livres soient intéressants, que le maître initie ses élèves à l'art si difficile de lire et leur donne du temps pour lire.Je constate avec plaisir que les heures de lecture, les soirs de semaine et le dimanche, augmentent de plus en plus en certaines maisons.Que de livres et de brochures aussi les élèves n'achètent-ils pas dans nos collèges! C'est un fait incontestable, on admet aujourd'hui que les manuels ne suffisent plus; les livres de lecture font partie de l'enseignement au même titre que les manuels, les pupitres et les tableaux noirs; l'étude des manuels, si importante et si nécessaire soit-elle, est reconnue insuffisante à la culture des élèves; on a recours alors à des volumes, qui servent de lectures supplémentaires.A l'université, l'esprit a beaucoup changé depuis dix ans; les étudiants fréquentent en nombre les bibliothèques.A l'université de Québec, par exemple, on a organisé, depuis une vingtaine d\u2019années, des bibliothèques d'écoles ou de facultés.Ainsi les facultés de lettres, de médecine, de philosophie, de sciences et de sciences sociales possèdent chacune une bibliothèque bien montée, où les étudiants peuvent travailler à loisir et poursuivre leurs recherches.A la bibliothèque de la faculté de médecine, on en a fait un compte EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 407 exact et depuis deux ans, une moyenne de 50 étudiants par jour fréquente la salle de lecture; et, à de certains moments de la journée, les 80 sièges de la bibliothèque sont occupés.Or, il y a à peine trois ans que la bibliothèque a été ainsi réorganisée.Tous les professeurs notent avec plaisir la proportion toujours grandissante des étudiants qui fréquentent assidûment les bibliothèques des diverses facultés.Le gouvernement provincial ne reste pas indifférent au problème des bibliothèques.11 a retenu les services de quelques spécialistes depuis plusieurs années.M.Charles-Edouard Bilodeau, diplômé en psychologie et en pédagogie (Oxford), est en train d'organiser une bibliothèque pédagogique au comité catholique de l'Instruction publique; avouons qu'on aurait dû faire cela il y a au moins vingt-cinq ans! M.Raymond Parent, diplômé de l'école des Chartes et docteur ès lettres (Paris), est chargé de doter chaque ministère d une bibliothèque spécialisée.M.René Garneau, licencié ès lettres (Paris) et conservateur-adjoint de la bibliothèque du parlement, visite les diverses régions de notre province pour dresser l'inventaire le plus complet de nos bibliothèques.Évidemment, c'est une armée d'employés qu'il faudrait au gouvernement pour mener à bien l'œuvre des bibliothèques dans la province! Il y aurait lieu aussi de tirer un meilleur parti d\u2019une situation de fait.C'est ce que je me propose de faire, dans la seconde partie de cet essai, en étudiant quelques moyens de stimuler le goût de ja lecture parmi notre population. 408 l'action nationale II Quels moyens conviendrait-il d\u2019adopter pour développer le goût de la lecture chez nos gens ?Voilà la question à laquelle je veux répondre brièvement.(a) Il faudrait commencer, je crois, par faire revivre les bibliothèques paroissiales déjà existantes, puis par en créer de nouvelles, là où elles n\u2019existent pas encore.A l\u2019heure présente, la province compte environ 300 bibliothèques paroissiales sous le contrôle immédiat du clergé.Or, de ce nombre, à peu près 50% sont dans un état moribond.D\u2019autre part, j\u2019en connais plusieurs qui rendent encore de bien précieux services à notre population; j\u2019ai à l\u2019esprit celles de Saint-Sauveur et de Saint-Malo, à Québec, puis celles du Gesù et de l\u2019Immaculée-Conception à Montréal.Il conviendrait, non seulement de créer de nouvelles bibliothèques, mais aussi d'intensifier le rendement des bibliothèques déjà existantes.Pour ce faire, vicaires et curés devraient, semble-t-il, faire appel à la générosité de quelques citoyens de la paroisse, puis organiser chaque année des représentations, des ventes de charité et des soirées de bridge au profit de la bibliothèque paroissiale.Ilà pourraient aussi verser les recettes de trois quêtes du dimanche par année dans la caisse de la bibliothèque.Ces quêtes pourraient EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 409 avoir lieu, la première en septembre, à l'occasion de la réouverture des classes, la deuxième au jour de l\u2019an, époque de l'année où nos gens ne manquent pas de générosité, la troisième en juin, à l'heure où l'on distribue des prix un peu partout dans les écoles.Mais il ne suffit pas de trouver ou de réunir des fonds pour monter une bibliothèque et en défrayer l'entretien; c\u2019est le devoir du clergé aussi, qui contrôle les bibliothèques paroissiales, de faire l'éducation du public sur la lecture.Or, à l'occasion de ces quêtes au profit de la bibliothèque, ne pourrait-on pas traiter de la lecture en chaire ?Pour ma part j'avoue n'avoir jamais entendu un exposé sur ce sujet à l'église; il faut croire qu'il n'a rien à voir avec la religion et la morale, l'instruction et l'éducation.Et pourtant! De même qu\u2019il ne suffit pas de prier les parents, humblement une fois l'an, d'envoyer leurs enfants à l'école \u2014 ils ne se comptent plus, pourtant, les enfants qui battent le pavé de nos quartiers populeux, les jours de classe,\u2014 de même il faut revenir sans cesse à la charge au sujet des bibliothèques, si l'on veut que les gens aiment la lecture et encouragent la bibliothèque paroissiale.(b) Il serait à souhaiter que les bibliothèques paroissiales, surtout dans les centres pauvres, travaillent en collaboration étroite avec les bibliothèques scolaires; au lieu de faire un double emploi, elles devraient tendre à se compléter les unes les autres.En d'autres termes, les grands élèves de l'école et du couvent pourraient emprunter des 410 l'action nationale livres à la bibliothèque paroissiale.Les élèves prendraient ainsi l'habitude d\u2019y fréquenter et bon nombre d'entre eux, une fois leurs études terminées, continueraient de le faire sans aucun doute.Une bibliothèque paroissiale, à la campagne, peut être développée plus qu'une autre et devenir même une bibliothèque de comté.Un bibliobus passerait alors à travers les centres ruraux et distribuerait les livres aux écoles de rang.J'ai vu de ces bibliobus circuler en France et en Angleterre.C\u2019est tout un événement quand ils passent dans les villages et hameaux.Les uns achètent des livres, les autres les empruntent; l'école en prend la majeure partie.Sans doute le climat et la distance présentent-ils de sérieuses difficultés, chez nous.Mais celles-ci ne sont pas insurmontables.Car il existe des bibliobus en Saskatchewan et en Alberta; ces deux provinces possèdent même des bibliothèques de comté.11 est grandement temps qu'on s'occupe aussi des bibliothèques scolaires rurales.Sans reléguer au second plan le manuel, lequel reste à la base de l'étude, il faudrait que chaque école de rang possédât, selon ses moyens et son milieu, une bibliothèque de livres supplémentaires.Je connais deux institutrices qui ont réussi à recueillir ici et là des livres de lecture, de sorte que leurs écoles possèdent chacune tout près de 300 livres.Il n'est sans doute pas facile de doter nos écoles de rang de bibliothèques convenables.Pourquoi n'orga-niserait-on pas «la guignolée du livre» pour nos écoles rurales ? EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 411 (c) Il faut à tout prix organiser des bibliothèques publiques dans les villes dont la population dépasse 10,000 âmes.Il est plutôt triste et pénible de constater que des villes telles que Joliette, Rivière-du-Loup, Rimouski, Chicoutimi, Saint-Hyacinthe, Trois-Rivières, Valleyfield, Hull, Saint-Jérôme ne possèdent pas chacune une bibliothèque municipale.Ce sont, pourtant, des centres assez prospères, l'argent n'y manque certes pas.Le citoyen qui entreprendrait de doter sa ville d\u2019une belle bibliothèque de prêt, avec une salle de lecture, mériterait sans doute d\u2019avoir sa statue sur la place publique; en Ontario et aux Etats-Unis, où les gens lisent beaucoup plus que dans le Québec, les villes les plus modestes ont chacune une bibliothèque municipale.(d) Ce ne sont certes pas les livres qui manquent dans nos collèges et séminaires.Les bibliothèques générales des professeurs sont, en thèse générale, fort bien montées.Quant aux bibliothèques personnelles des professeurs, elles sont souvent fort convenables, parfois même riches ici et là; le temps n\u2019est plus où les professeurs travaillaient dans des chambres vides, la plupart possèdent une bibliothèque très suffisante, surtout si l\u2019on songe à leur traitement, qui va de $150 à $225 par année.En général, les bibliothèques des élèves sont bien montées.Les volumes ne manquent point; ils ne sont peut-être pas toujours bien adaptés, cependant, au goût et au développement intellectuel des 412 l'action nationale élèves.Pour améliorer la situation, il conviendrait, je crois: i) de faire un choix encore plus judicieux des livres, 2) d'augmenter les heures de lecture, tous les jours de la semaine et le dimanche inclusivement, 3) de dresser des catalogues de bibliothèques, 4) d\u2019aménager des salles de lecture, 5) d'initier directement les élèves à l'art, si difficile, de lire, et cela en classe même, 6) d'obliger tous les élèves à lire, à résumer et à apprécier un certain nombre de volumes par année, avant d'avoir le droit de se présenter à l\u2019examen de passage, 7) d'encourager les élèves à la lecture en leur donnant des prix à cet effet.(*) Il serait opportun de créer, sous la dépendance directe du département de l'Instruction publique, une commission des bibliothèques de la province.Cette commission pourrait comprendre, outre un commissaire général, un personnel composé de gens actifs et compétents, qui auraient tout spécialement pour mission : 1 0 de stimuler le public à la lecture par des causeries et des conférences, par des expositions de livres et des prix d'encouragement, par des brochures et des tracts; 20 d\u2019examiner les bibliothèques urbaines et rurales et de faire des suggestions concernant leur administration, pour qu'elles assurent le meilleur rendement ; 30 d\u2019acheter les livres en gros, puis de les revendre au plus bas prix possible aux biblio- EN FAVEUR DE NOS BIBLIOTHÈQUES 413 thèques, celles-ci augmentant ainsi leur puissance d'achat; 4° de verser des allocations aux bibliothèques en besoin.Aujourd'hui, sous l'impulsion énergique de quelques chefs et de quelques revues d\u2019esprit franchement national, nous prenons de plus en plus conscience de l\u2019homogénéité de notre groupe et nous voyons se dessiner avec précision le rôle qui nous incombe en cette terre française d'Amérique.Or, la lecture du livre français est l\u2019agent indispensable de notre progrès intellectuel, comme le plus sûr garant de notre survivance.C'est en nous arc-boutant, si je puis dire, au livre français que nous vivrons de la vie de l'esprit, bien plus, que nous réussirons à créer à notre tour cette vision originale et personnelle du monde et de la société qu'est la civilisation proprement dite.De nos professeurs, de nos hommes d'idées et d'action, comme de nos journaux et de nos revues, le mot d\u2019ordre doit être: des bibliothèques, des bibliothèques, des bibliothèques! Maurice Lebel LA LAMPE 0 fenêtres, le soir, qu'on eut dites baignées D'un clair de lune intérieur ! D'humbles rideaux S'appliquaient à voiler, de leurs gauches plissures, L'âme de la maison.Un vieux fauteuil, au dos Vers nous tourné, cachait peut-être des blessures; Des coffres, près du mur, tâchaient d'être oubliés; En la nuit des tapis sur qui flotte la chambre Le buffet dérobait des pieds humiliés.Mais la lampe, debout sur une table d'ambre, Doucement éclatait dans de vagues hauteurs.Deux visages penchés: l'homme et l\u2019épouse.Il fume; Elle, aux doigts lumineux, tricote de la brume, On voit luire un coin de porte aux angles menteurs, Étinceler du verre au bord de l'étagère Et poindre du portrait le menton de l'aïeul.Douloureux masque humain, si l'homme se croit seul\\ On a laissé tomber l'audace mensongère.Le visage emprunté pour faire face au jour Pend au mur, à côté du manteau pour la rue.Le défi s'est éteint dans les yeux; au contour Des lèvres le sourire est fané.La décrue De l'âme, vers l'épaule et le bras désœuvré, Laisse à nu les sillons d'un visage effaré.Sur le genou la main est ouverte, vaincue.Ces visages disaient la lutte du pêcheur Contre la mer, l'orage au guet, le vent tricheur, Le flot traître, richesse avare d'elle-même, LA LAMPE 415 Le filet qu'un obstacle êventre, le grappin Qui trahit, et toujours, sans trêve, le problème De combattre de l\u2019eau pour en faire du pain.Mais tout ce dur travail, la lampe au halo blême Le disait à l'égal des profils accablés.La lampe.C'est la nuit, une nuit en septembre, Peut-être.La maison, lourde d'ombre, ses clés Près de la porte, dort, paisible.Dans la chambre La lampe seule veille, et si discrètement Que le seuil du passage est un fil de lumière.L'homme, que tient en mer la tâche coutumière, Sera dehors combien d'heures ?Le battement De la pendule emplit l'ombre, mais sans répondre.Mais l'homme avait pour lui la lune: c'est pourquoi La femme peut dormir, son enfant contre soi, Tranquille; et sous son front, le bon sommeil vient fondre Les images du jour en des mondes nouveaux.Et les chagrins du jour glissent, et les travaux, Dans le bien-être ailé du merveilleux empire.C'est l'heure où, par des mots que nous n'entendons pas Les meubles causent, où le vent colle tout bas Sa bouche à la fenêtre,\u2014 et le rideau respire.Le vent ?Qu'a-t-il soudain ?C'est lui qui, du dehors, Agite les volets comme un mauvais présage ?La lampe écoute.Hélas ! pauvre femme qui dors, Éveille-toi \\ La nuit a vu son pur visage Envahi par le vent du large, et c'est bien lui, Un vent hurleur, qui cogne aux murs de ta cabane.Songe, d'un oreiller que le sommeil a fui, A des flots monstrueux dont l'écume enrubanne, 416 l'action nationale Railleuse, les agrès d'un bateau déchiré, Un bateau qu'hier encor tu disais mieux ouvré Que les autres, plus fort, et maintenant si frêle\\ La femme, seule aussi, voudrait serrer contre elle Un enfant que le vent laisse encore endormi.C'est vers la lampe quelle va; son esprit vide S'attache à ce reflet, à ce rayon, parmi Les meubles que met là, brusque, l'éclair livide.\u2014Les bateaux sur la mer ! leurs combats surhumains ! Elle se fait un jour pour voir dans son angoisse; Elle a le fol espoir que son tourment décroisse Avec ce jour montant qui lui dore les mains, Et lui, là-bcu, en mer ?Est-il debout, la tête Sonore de vertige, à la fois à l'avant De sa barque, à tribord, à bâbord, et du vent Plein la bouche, hurlant quand même à la tempête Pour l'atroce besoin de se savoir vivant ?Ou flotte-t-il, déjà, sous la pluie et la brume, L'œil ouvert dans la mort, soûlé d'horrible écume, Emmêlé dans la voile en proie au flot rageur?Si oui, qu'a-t-il revu, le tragique nageur Aux bras tuméfiés comme une algue marine ?Quand son âme, acculée au fond de la poitrine, Pour la suprême fois a crié vers le jour, Peut-être s'est-il vu, le poing contre la tempe, Accoudé sur la table, et la maison autour, Et la vie ?.Et peut-être a-t-il revu la lampe Et l'a-t-il, en ses yeux, pour la dernière fois, Fait éclairer le coin où dort la vieille armoire ?La lampe, a-t-elle été, dans un cri de mémoire, Le visage penché de l'épouse, ses doigts LA LAMPE 417 Qui tricotent, des doigts qui tiennent quelque chose Autre que de l'écume ?Ou le père, étouffant, A-t-il revu l'album où dessine l'enfant, Où les bateaux sont bleus et la vague était rose ?Robert Choquette [Extrait inédit de Suite Maritime, poème en préparation.] Aurons-nous un \"gouvernement notionol\"?Si nous étions de sang-froid, le seul fait de poser la question semblerait paradoxal.Ne vivons-nous pas en démocratie ?Et par son vote d il y a trois mois, le peuple canadien en bloc n a-t-il pas repoussé l'idée d'un gouvernement dit d'union nationale ?La campagne des impérialistes contre le ministère King est ridicule d'un autre point de vue.On lui reproche d'avoir promis «une participation modérée».C'est commettre un anachronisme; le moto du ministère libéral est devenu celui de M.Ralston: «Le Canada poussera son effort de guerre jusqu'à la limite de ses forces et de sa capacité».Et il le prouve: votes de crédits militaires pour 1940-41, de 700 millions de dollars (qui deviendront bientôt 800 millions sinon un milliard, nous disent des observateurs) ; participation, au coût de 350 millions, au plan impérial de défense aérienne\u2019; envoi d'avions et de chars d'assaut; surtout, deux divisions déjà levées, deux autres divisions projetées, et un corps expéditionnaire rendu en Grande-Bretagne.Bref, une seule mesure distingue le ministère King du ministère désiré par la Gazette', et cette mesure, c'est la conscription.De sorte que la manœuvre impérialiste, tout ridicule quelle paraisse, est en réalité fort adroite.Elle fait peser sur la tête de M.King la menace d'un chambardement ministériel, et grâce à cette menace, obtient tout ce quelle désire, la conscription exceptée.Dieu veuille que cette limite extrême ne soit pas dépassée. Notre héritage français dans les arts La nation française a toujours fait généreusement les choses.Qu'elle édifie sa propre entité ethnique, qu\u2019elle compose les traits de son visage spirituel, qu'elle fonde de nouveau un vaste empire colonial, c\u2019est l\u2019exquise finesse de son esprit qu\u2019elle fait pénétrer partout, c\u2019est le plus loyal de son sang qu\u2019elle prodigue, c\u2019est son humanité profonde qu\u2019elle irradie de tous côtés, comme le poudroiement même de sa générosité.On le voit dès la fondation de la Nouvelle-France.Le pays n\u2019est pas de ceux qui se gagnent tout seuls ni qui rapportent tout de suite.Au contraire.Le climat est rude, quasi inhumain en hiver; les indigènes ne sont pas toujours rusés et féroces mais, quand ils le sont, ils incarnent la plus effroyable brutalité; le sol est fertile, à condition qu\u2019on le prépare longuement, qu\u2019on le remue sans cesse; peu ou point de richesses monnayables ni de produits immédiats.Pour vivre en Nouvelle-France, il faut donc une grande puissance de travail, de la prévoyance et de l\u2019économie, beaucoup de vie intérieure et de ressort moral; en peu de mots, une riche nature étayée par des institutions sociales solides.Cette riche nature, elle vient de la paysannerie française qui, après les désastreuses guerres de religion et les misères du règne de Louis XIII, se ressaisit brusquement et se taille à sa propre mesure une écrasante besogne de reconstruction nationale; elle vient aussi de l\u2019homme de métier et du petit bourgeois.Ces milliers d\u2019artisans, notrb'héritage FRANÇAIS dans les arts 419 qui ne veulent pas disparaître sans avoir été utiles à leurs proches, disposent d\u2019un organisme à la fois simple et efficace: la corporation.Ils savent que pour exercer un art ou un métier, il faut l\u2019apprendre; que l\u2019apprentissage est aussi nécessaire à l'architecte et au peintre, au sculpteur et à l\u2019orfèvre, au ferronnier et au tisserand, que le grand séminaire au prêtre et l\u2019étude à l\u2019avocat; que les formes ne jouissent d\u2019aucune pérennité, car l\u2019imagination humaine est inépuisablement féconde.La corporation française nous arrive avec nos premiers artisans, sous l\u2019administration de cet intendant de génie qu\u2019est Jean Talon.Elle n\u2019est point une machine politique; ni ce que j\u2019appellerais une entreprise de chantage social; ni une institution absolument fermée; pas davantage une école proprement dite.Elle a pour premier rôle de dispenser la compétence technique; elle assure ensuite la transmission des secrets professionnels; et, grâce à la libéralité de ses règlements, c\u2019est en elle que mijote lentement l\u2019évolution du goût et des formes.On n\u2019y peut entrer sans avoir fait son apprentissage, c\u2019est-à-dire sans avoir travaillé pendant sept ans, du lever au coucher du soleil, aux ouvrages de son maître; sans avoir fait deux années supplémentaires de compagnonnage; sans avoir, à la fin de ces neuf années de labeur, produit son «chef-d\u2019œuvre».Ce système d\u2019éducation professionnelle produit en Nouvelle-France des résultats merveilleux.En disant cela, je pense aux tableaux d\u2019église et aux portraits du peintre de carrière qu\u2019était le Frère Luc, formé chez Simon Vouet d'abord, 420 l'action nationale puis à Rome; aux œuvres des récollets Juconde Drue et Augustin Quintal, l\u2019un et l'autre architectes et peintres \u2014 le premier, auteur de la flèche du couvent de son Ordre à Québec, tant vantée par les mémorialistes du XVIlie siècle; aux tableaux de François Beaucourt et de François Baillairgé, tous deux anciens élèves de l\u2019Académie royale de peinture de Paris.Je songe aux ensembles sculptés de Denis Mallet chez les Récollets de Québec, de Jacques Leblond dit Latour à T Ange-Gardien et à Sainte-Anne-de-Beaupré, des élèves de l\u2019école des Arts et Métiers de Saint-Joachim; aux sculptures ornementales et à la statuaire de la dynastie des Levasseur, notamment l'admirable chapelle des Ursulines; aux somptueuses sculptures sur bois d\u2019Antoine Cirier à la Pointeaux-Trembles, de Guernon dit Belleville à Oka, de Gilles Bolvin aux Trois-Rivières, à l\u2019Assomption, à Lachenaie, à Boucherville et à Berthier-en-Haut; aux ouvrages éminemment décoratifs du plus grand de nos ornemanistes, Philippe Liébert (1732\u20141804), dont les chefs-d'œuvre sont la chaire de l'Assomption, le sanctuaire du Sault-au-Récollet et le maître-autel de Vaudreuil \u2014 cette dernière œuvre sculptée en 1792 et ornée d\u2019un Ecce Homo en bas-relief qui rejoint en majesté le Beau Dieu d\u2019Amiens; aux œuvres plus simples des Baillairgé à Québec; aux innombrables sculptures sur bois de J ean Valin et de Pierre Emond, de Jacson et de Paul Richard, de Charles Cha-boillé, des Janson-Lapalme, et des Jourdain dit Labrosse; surtout à l\u2019aimable floraison de l\u2019Ecole des Ecorres, c\u2019est-à-dire de Quévillon et de ses disciples\u2014Joseph Pépin, Paul Rollin, René Saint- NOTRE HÉRITAGE FRANÇAIS DANS LES ARTS 421 James, Baret et Dugal, Leprohon et Amable Gauthier, Urbain Desrochers et André Paquet, les Berlinguet et les Dion \u2014 dont les œuvres, moins pittoresques peut-être que celles de leurs devanciers mais tout aussi parfaites, font de certaines de nos vieilles églises des temples du goût paysan le plus pur et le plus émouvant.Je songe encore a 1 habitation de la région montréalaise, courte, massive, couronnée de coupe-feu et de cheminées robustes, semblant surgir de terre comme une fortification domestique; a celle de la region de Québec, longue, peu profonde, coiffée d une haute toiture, flanquée d\u2019appentis et d auvents; aux autres types de maisons de pierre que nos ancêtres ont créés au gré de leur fantaisie; à notre architecture civile, de plan si simple, de decor si sobre, de proportions si élégantes.Je pense enfin aux vases d\u2019église et de salle à manger de nos orfèvres, à ces ouvrages fabriqués avec des pièces de monnaie, ciselés d\u2019une main ferme, martelés avec tant d'adresse; à la légion de nos orfèvres, dont les plus talentueux sont Roland Paradis et Paul Lambert, Landron, Pagé-Quercy et Maisonbasse, François Ranvoizé,\u2019 Laurent Amyot et Sasseville, Cruickshank, Polon-ceau et Pierre Huguet, Duval, Delagrave, Marion et Morand; bref, à tous les ferronniers, les potiers et les tisserands, les facteurs d'orgues et les fondeurs de cloches, dont l'Inventaire des Œuvres d\u2019art, entrepris en 1935 par le Secrétariat de la Province,\u201d nous a permis de découvrir les noms et d'apprécier les ouvrages.Des le milieu du XVI le siècle, la corporation nous apporte, non le style de la Renaissance 422 l'action nationale française \u2014 la Renaissance était close depuis les derniers Valois,\u2014 mais le style Louis X,IV, simplifié comme il convient à une colonie naissante.Ce style a une singulière fortune.Il se fait modérément somptueux dans nos rares édifices publics de Québec et de Montréal; il est simple, robuste et accueillant dans les habitations campagnardes et jusque dans celles des villes; il reste sobre dans les églises à transept et dans l'art militaire; il devient riche, voire exubérant, dans les églises à la récollette, dans l'orfèvrerie de table ou d'église, dans la peinture de portfaits et dans les tableaux de sainteté, dans la sculpture des retables, des tabernacles et des chaires, dans le mobilier des seigneurs.Mais à mesure que le goût français va vers des formes compliquées, un décor plus abondant et une sorte de mondanité aimable, nos artisans suivent la mode, non sans un certain retard.En dessinant vers 1732 la chaire et le banc d'oeuvre des Trois-Rivières, le Père Quintal prend modèle sur les ouvrages de Robert de Cotte à la chapelle de Versailles; un peu plus tard, c\u2019est au néo-romain et au Louis XV qu il emprunte l'idée du tombeau d'autel à la romaine.Ainsi font Liébert à Saint-Martin et à Vaudreuil; les Baillairgé à Québec, en introduisant le Louis XVI dans la sculpture de la cathédrale; surtout Quévillon et ses disciples en exploitent à fond le Louis XV.Dans notre orfèvrerie, même constatation.Si j'en avais le loisir, je montrerais par exemple l\u2019évolution de la lampe de sanctuaire: au XVI le siècle, elle est une simple vasque, large, spacieuse, au-dessus de laquelle fume la flamme agitée d une mèche flottant dans 1 huile d une NOTRE HÉRITAGE FRANÇAIS DANS LES ARTS\t423 colombe de porcelaine; au siècle suivant, la lampe s allonge, s'orne de rinceaux et de tores, et devient presque aussi haute que large; au XIXe siècle, elle s'allonge encore et se dépouille de la plupart de ses ornements.Car le style canadien ne se fige pas en formules.S il ne se transforme pas entièrement en Louis XV ni en style Empire, il s\u2019enrichit par apports fragmentaires, il évolue au gré des emprunts assimilables.C\u2019est ce qu\u2019en sculpture l\u2019abbé Jérôme Demers appelait le «quévillonnage» ; il ne voyait pas que notre art, sans faire peau neuve, évoluait normalement.Beaucourt nous apporte les mièvreries picturales et le coloris chaud de l'École de Fragonard; François Baillairgé renouvelle notre sculpture religieuse; Laurent Amyot transforme notre orfèvrerie dans le goût de 1785; Dulongpré familiarise ses nombreux clients avec la simplicité de pose et de facture des portraits de l\u2019École de David; la vente de la collection Desjardins en 1817 redonne de la vogue à la peinture française du XVIle siècle; quelques-uns de nos artistes \u2014 Beaucourt, Baillairgé, Amyot, les deux Plamondon, Hamel, Falardeau \u2014 vont étudier leur art en Europe.Mais voici venir la vague archéologique partie du vieux continent, puissante comme un sentiment populaire irréfléchi, enivrante comme une découverte personnelle du monde sensible.On devine qu\u2019il s\u2019agit du mouvement romantique.Pas de celui qui a produit Delacroix et Sainte-Beuve, Rude et Berlioz; mais de l\u2019humeur morbide qui s\u2019est imposée à un grand nombre d\u2019Européens par sa sentimentalité facile, par son appétit d\u2019imita- 424 l'action nationale tion, par son besoin de grandiloquente tragédie Le Bas-Canada échappe d'autant moins à ce mouvement qu\u2019il le connaît en retard et l'importe directement de la pleurnicharde Bavière, avec laquelle il a des points communs de sensibilité Entre 1835 et 1850, tous les styles nous envahissent à la fois: le gothique bien entendu, puisque c'est lui, le premier, qui a les honneurs de l'imitation ; le roman, surtout le roman de la Rhénanie ; le néo-grec et le néo-romain ; l'assyrien et l'égyptien ; les styles dès trois Louis et de Louis-Philippe; le romano-byzantin et le lombard; même le néogothique.Que nos traditions françaises, encore mobiles, bien vivantes, aient surnagé à ce débordement, c\u2019est étonnant mais point inexplicable; car, d\u2019une part, un grand nombre de nos artistes se sont formés en France; d\u2019autre part, jusqu'aux environs de 1870, nos artisans ont gardé l'apprentissage.Celui-ci a résisté de son mieux aux pratiques nouvelles de l\u2019architecture contemporaine; aux sollicitations mielleuses de la chromolithographie; au plâtre et à la tôle; aux imitations serviles et à l\u2019archéologique savoir de nos praticiens; surtout aux déplorables résultats des luttes sociales et à la grande importation.En orfèvrerie, il a vite succombé \u2014 et nos orfèvres sont devenus des marchands; en peinture et en architecture, il a pris la forme de la culture scolaire, comme dans tous les pays où l\u2019école est une sorte de remède universel; en arts domestiques, il s\u2019est éteint graduellement, sauf en de rares coins reculés de la province où il restait de la persévérance chevillée NOTRE HÉRITAGE FRANÇAIS DANS LES ARTS 425 à quelque tempérament.Il a reparu vers 1920, sous une forme qui ne se dessine point encore avec la netteté désirable Ici s'arrête la tâche de l'historien.Après la tourmente romantique \u2014 et il semble qu'elle ne soit pas encore chose du passé,\u2014 que nous reste-t-il de notre héritage français ?La franchise m\u2019oblige à une stricte humilité: sans doute beaucoup d'efforts individuels méritoires; des essais plus ou moins isolés; des réussites assez rares mais indiscutables.En revanche, que d'imitations plus ou moins adroites; que d'emballements irraisonnés; que de discussions stériles et de coups d'épée dans l'eau ; que d\u2019appels vibrants à je ne sais quel style national factice, provisoire, impersonnel.Au fond, nous ne manquons pas de talent, ni d adresse manuelle; ni même d\u2019imagination.Ce sont là matières premières.Pour les mettre en œuvre et les vivifier, il nous faudrait apprendre à réfléchir en silence, nous cultiver sans orgueil, produire sans vanité.Avec cette recette vieille comme le monde, nos qualités françaises éclateraient au grand jour \u2014 à condition que nous ne les ayons point perdues.Gérard Morisset (Texte inédit d'une causerie prononcée au réseau français de Radio-Canada.) Pelléas et Mélisande Pelléas et Mélisande 1 est une œuvre distincte, pleine de sens, neuve, classique et pure.La raison de sa perfection est au-dessus de toute logique.Aussi le secret de cette perfection est gardé au cœur de ces sons achevés en beauté, car elle exprime ce qu\u2019il y a d\u2019ineffable en l'instinct, l'instinct d\u2019un peuple qui continue, après la Grèce, le cycle de l\u2019accomplissement artistique.Tout d'abord, absence complète d\u2019idéologie.Aucune application de ces théories qui ont tant nui à la production française: de ces jeux de figures idéales, de ces abstractions desséchantes et stérilisantes.Trop de Français ont sombré dans un effort de raisonnement musical, où l\u2019essentiel du propos sonore est perdu.(Carmen représente la plus forte réaction contre la tyrannie cérébrale du français appliquée à la musique, avant Pelléas.) Prisonniers de l\u2019académisme ou de l\u2019illusion symphonique, ils ont marqué le pas en faisant écho à Wagner ou à Beethoven, les deux grands tyrans du pays du son.(C\u2019est Mozart qui est le grand libérateur et il est mal connu et mal interprété.) Avec Pelléas, on entre dans une voie nouvelle: on abandonne complètement les divertissements de la mathématique où se fit remarquer Saint-Saëns, victime des divisions cartésiennes, pour prendre, comme matière exploitable, l\u2019homme tout entier, l\u2019homme complet, incarné, comme le firent successivement le Créateur et le péché, lié à toutes les vertus de l'expression.1 De Debussy, que les Concerts symphoniques ont inscrit au programme de leur Festival. PELLÉAS ET MÉLISANDE 427 Pelléas est la réussite la plus complète, depuis Mozart, d\u2019un humanisme complet, et se place au carrefour des réintégrations charnelles, comme Péguy, mais dans un registre inférieur puisqu\u2019il n\u2019aboutit pas au spirituel.Mais c\u2019est déjà quelque chose que l\u2019artiste assume toute la perfection du temporel et qu\u2019il approche à ce point du sacré.La blessure ouverte dans l\u2019âme par la perfection de l'humain ne peut ensuite se refermer que dans le divin.Arrivée à cet instant du qualitatif, la nature n\u2019a plus qu\u2019une issue, la surnature.A ce moment d'insécurité où domine la loi du sang (l'amour-passion), on peut rester encore dans le registre de la grandeur, pourvu qu'on ne fausse pas les données du problème.Les tartuffes seuls peuvent se scandaliser.Si on me dit que les conflits du mal et du bien ne conviennent pas à des êtres fragiles, non préparés, mal défendus, j\u2019en suis.Ça devient une question d\u2019hygiène où les faibles ont besoin d\u2019être renforcis.Mais si on veut généraliser et retrancher du monde de l'art et du monde tout court les chocs puissants qui introduisent sur la terre les inquiétudes majeures (avec les risques que cela comporte), si on veut nous faire croire qu\u2019il faut bannir le charnel du réel, alors, changeons de planète et allons dans la lune rêver d'aventures platoniques et exsangues.Le scandale, c\u2019est qu\u2019on nous propose que l\u2019homme ne soit pas tenté et qu\u2019il habite un corps sans passions.Sus au charnel.Mais comment faire du neuf ?Par quelle méthode, quel procédé, quelle tactique y arriver ?En passant de la catégorie du cérébral à celle de l'instinct (nous parlons toujours de musique) et dans la 428 l'action nationale mesure où cet instinct résume une expérience de sagesse, de vérité humaine.Ce qui domine dans la musique, c'est le rythme.Les rythmes dans Pelléas sont profonds et multiples, cachés et secrets sous le chatoiement de l\u2019orchestre.Quand on veut définir Pelléas par la complexité des harmonies, on aboutit à ce mot d'impressionnisme qui est très insuffisant.Les suites de quintes diminuées n\u2019expliquent pas Pelléas.Les intervalles ont beaucoup moins de prix que les rythmes.Ceux-ci représentent l'action, l\u2019épine dorsale, la tenue générale, le style.L'harmonie, c\u2019est la couleur de la peau, la forme grêle ou arrondie des membres.La vitalité de toute musique est rythmique.Toute synthèse du corps et de l\u2019esprit mêlés ensemble est une implication rythmique.On juge trop souvent significatifs les seuls rythmes nets.Or, on trouve dans Debussy, comme dans Mozart, une source très grande de ces divisions du temps, accordées à toutes les variétés de l\u2019expression, conséquemment beaucoup plus près du réel.Quand on ferme les yeux et qu'on contemple par la lucarne de l\u2019introspection le monde intérieur, on reste convaincu que le mouvement y domine la forme.Chez les violents surtout, la vitesse acquise dans les moments de révolution atteint une allure vertigineuse.Cette vivacité, en ses virevoltages capricieux, pour être saisie et transposée, exige un don de maîtrise du moi.Puis il y a les rythmes plus obscurs qui sont comme les vagues de fond de l\u2019âme.Ce sont ceux-là surtout qu\u2019épouse le compositeur génial.Il faut non seule- PELLÉAS ET MÉL1SANDE 429 ment les découvrir mais aussi les dompter.Toute 1 esthétique d'un Debussy par rapport à Wagner consiste en un contrôle plus grand du tourbillon intérieur: elle y est non seulement transposée et subjuguée et apprivoisée, mais elle passe dans un registre plus humain.On ne le dira jamais assez: Wagner est un maître tyrannique qui dépersonnalise ses imitateurs; c\u2019est le génie le plus outrecuidant et le plus brutal qui soit, qui taraude 1 oreille et 1 intestin de ses auditeurs.Mozart et Debussy sont des maîtres libérateurs.Pelléas est une œuvre classique en ce sens qu'elle respecte loyalement les puissances qui s'y affrontent.Ce sont l\u2019amour et le destin.Elle n'abaisse ni 1 un ni l\u2019autre.Elle ne dit pas que l'amour est une vilenie pour que triomphe plus facilement le destin.C'est le conflit de deux grandeurs mais qui ne se méprisent pas mutuellement.C'est le destin qui 1 emporte.Le charme suprême de ces pages c\u2019est quelles aboutissent à un renoncement total.Une mélancolie sans espoir court tout au long de cette œuvre pleine d\u2019une richesse expressive inouïe.Chose curieuse qu\u2019un certain affaissement de l'âme n'en détruise pas la spontanéité.J\u2019ai voulu seulement essayer de dégager l\u2019essentiel de cette œuvre, son sens profond.Je crois quelle mérite autre chose que le dédain.Soyons au moins justes quand nous avons à juger du génie français.Arthur Laurendeau Sources de joie (à Sainte Anne de Beaupré) Dans l'aire de l'êté; Sainte Anne, de la paume, façonne la côte de Beaupré.Comme une brume épaisse on la sent rôder autour de l'île d'Orléans et combler les sillons du fleuve de son épaule.L'écho déplace un pan du gouffre de Montmorency C'est alors que du Cap Tourmente elle descend et fait se lever les jupes et se gonfler les voiles suppliantes.Un mince filet de fumée au-dessus de la montagne s'élève vers le ciel parfumé.Propitiatoire la nue se troue et la pluie bienfaisante des grâces fait pousser sur l\u2019île les fraises et les melons et abreuve de gras pâturages.Si les moissons ornent sa tête de la couronne d'or de leurs teintes, Juillet lui aura fait ce bracelet et les bijoux de vermeil de son accueil.L'été synthétise un manteau immatériel: Qu\u2019il s'adapte à ses lignes par l'élan de ses colonnes bibliques et le surnaturel de ses voûtes. SOURCES DE JOIE 431 Ce chant sublime au milieu de l'herbe, c'est la fluctuation de l'eau à la faveur des signes, au fried de la colline de l'ubiquité: Bruit mystique auquel étrangement ressemble l'égrènement d'un chapelet.Les vieux souvenirs disposent une monstrance autour de la statue et le grand geste de l'île et de son bras d'eau est dé bénir la cohue des pèlerins dont on ne voit pas les pieds parce qu ils sont à genoux ou ingambes.Ceux qui n'orit pas les mains en croix sont manchots ou païens, et du fleuve se rapportent les naufragés.La douleur est là, avec ses gestes éplorés et ses cris exubérants de détresse que couvre la voix des cloches et des cantiques.Et le ciel touche à la terre quand une brise imperceptible remue les feuilles et imprègne d'imprécises couleurs la vision miraculeuse à l'heure parallèle des incantations de la nuit.(à Sainte Anne de Beauce) Les étoiles ont quitté leurs enseignes (A L'Ours Polaire, Au Dragon, «A la voie lactée») et la lumineuse quiétude du Paradis. 432 l'action nationale En mémoire du feu de la Saint-Jean, les lucioles, étincelles détachées du bûcher, vont s'éteindre dans l'eau un soir de canicule.Sainte Anne de Beauce les dirige à la pointe du croissant de la rivière ignée, les pieds sur le serpent de lune.Tout l'été et son offrande de bouquets et d'effervescence se déverse dans la corne d'abondance d'où les fruits se répandent au pied du coteau O toi qui représentes la grenade! Avec le soir férial le tableau noir est sur les prés et dans un coin du ciel par un éclair découpé Sainte Anne apparaît.C'est le grand jour des grâces et des faveurs des regards envoûtés, des délires du coeur, la fête de famille des éclopés, le jour de l'an d'été ! Certes, s'il n'y a qu'une Sainte Anne s'identifiant aux périodes de la vie: Celle d'Auray serait l'aïeule, sous cloche; celle de Beaupré la mère et celle de Villade du culte de l'enfance se rapproche pour nous faire mieux comprendre la figure poupine, de courtil habillée et grotesquement taillée dans le bois. SOURCES DE JOIE 433 Petite sainte Anne de patinel.Aussi pour ta fête, il y a la parade des chevaux de labour, la farandole ingénue, le feu d'artifice des barques pavoisées et la Chaudière illuminée, couleur de tire O Sainte Anne des processions, qui gardes pour la Beauce les miracles bénins; Reine de notre Juillet beauceron puis oubliée le lendemain, nous te voyons transfigurée ainsi qu'un souvenir de vacances, Sainte Anne de la fenaison, éclair de chaleur aux soirs lointains! Berce-nous dans tes bras avec les jours d'enfance retrouvés par le sortilège des canicules.C'est le miracle que tu devrais opérer, O Sainte Anne d'été ! Charles Doyon CÜCCNICIJES Dans la cité Lettre à L\u2019action Nationale Nous allions publier ici des commentaires sur la politique canadienne.Au moment d'aller sous presse nous parvient une lettre du père Paul Doncoeur.Cette lettre est très émouvante et très dure.Comme aux pires moments de l\u2019autre guerre, nos plus chers amis français ne peuvent plus nous comprendre.Sans doute cela est-il fatal, parce qu\u2019ils sont Français et que nous sommes Canadiens.Et sans doute à leur place, sauvagement frappés comme ils sont, placés du côté de la justice et de la souffrance, sans doute à leur place comprendrions-nous beaucoup moins.Que nos amis français, et parmi eux celui qui nous fut peut-être le plus fraternel, sachent du moins que jamais nous n\u2019avons voulu ironiser sur leurs malheurs, ni profiter de la détresse de la France pour l\u2019accabler de nos «sévérités méprisantes)).Nous avons beau relire tous nos articles et scruter chacune de nos intentions, nous n\u2019y trouvons rien qui puisse justifier pareil reproche; nous avons toujours cherché à exercer nos sévérités d\u2019abord contre nous-mêmes.Il est impossible, dans les circonstances présentes, d\u2019engager un débat qui reprenne toute la question.Disons seulement que si l\u2019attitude prise par nous est sans grandeur \u2014 ce n\u2019est pas à nous d\u2019en juger, \u2014 elle n\u2019était pas la plus facile. CHRONIQUES 435 En la fête de sainte J ehanne, Paris, 30 mai 1940.Mes chers Amis, Je reçois I\u2019Action nationale et je ne puis plus garder le silence.Je ne veux ni plaider ni mendier.Que vous nous refusiez à ce point votre amitié, vous en êtes maîtres.Quant à nous, Dieu nous juge.Dieu nous soutient.Dieu nous sauvera.C\u2019est en Lui que je mets ma confiance.Je ne sais à quels amis indiscrets vous faites allusion.1 Je devine de quoi il s'agit.Les Français qui viennent au Canada et parlent de la France s\u2019y prennent très mal.Ils vous croient des Français et l\u2019équivoque de ce mot leur échappe.J\u2019ai jadis essayé de comprendre que vous étiez des Canadiens.J\u2019ai essayé de vous comprendre.Je vous ai aimés assez pour vous dire vos vérités.Si vous acceptez encore mon amitié, je vous les dirai encore cette fois, peut-être la dernière.Votre attitude en ce moment est sans grandeur.Je la crois sans intelligence.Je sais pourquoi vous ne voulez pas vous soumettre aux Anglais.Je sais pourquoi vous voulez vous désolidariser de la France.Mais vous devez voir aujourd'hui, à quel prix sanglant on paie sa neutralité! Quant au Canada, ne vous croyez pas à l\u2019abri de cette odieuse puissance hitlérienne.La 5e colonne vous travaille depuis longtemps.Ce ne sont pas vos soldats qui un jour défendraient votre Saint-Laurent, si nous succombons.Que vous ne compreniez pas cela après les aventures tragiques de Finlande, de Norvège, de Hollande et de Belgique! Il faut que votre aveuglement soit bien grand! 1 11 s\u2019agit de l'article paru en avril sous le titre : A des amis indiscrets.\u2014 La R. 436 l'action nationale Mais sachez qu\u2019il ne s\u2019agit plus de France ou d\u2019Angleterre.Quoique vous ironisiez, il s\u2019agit de la chrétienté.Si nous tombons sous le joug, nous serons spirituellement anéantis; et vous savez bien que ce n\u2019est pas l\u2019Amérique qui suffira à témoigner de la foi.C\u2019est le christianisme de France qui est en jeu.Vous trouvez que le moment est bien choisi pour en parler comme vous faites! Je ne connais en ce moment qu\u2019une angoisse: celle de l'Église.Mais je trouve dans ce danger l'appui d\u2019une foi inébranlable.Il est impossible que Dieu laisse anéantir son Église.Quant aux sévérités méprisantes que vous témoignez à nos fautes, il y a longtemps que je connais que nous sommes pécheurs.Mais aussi que le cœur du Christ a préféré les publicains aux pharisiens.Dieu seul sait ce que pèse dans la balance de la miséricorde l\u2019océan de souffrances qui nous submerge.Nos saints \u2014 pensez aux centaines de cadets qui sont dans la bataille \u2014 pèseront bien autant que les dix justes d\u2019Abraham.S\u2019il faut que nous donnions des milliers de vies, nous les avons offertes dès la première heure pour la rédemption et le salut du monde.Je voudrais que cette lettre \u2014 qui est peut-être un adieu \u2014 soit connue de mes amis canadiens.Paul Doncoeur, S.J. CHRONIQUES 437 Fondements géographico-économiques de l\u2019autonomisme Le rapport Sirois est lancé ! Avant de s'y embarquer ou de le torpiller, il faudra l'examiner à fond.Aussi n attend-t-on pas de moi, j 'en suis sûr, que je procède dès maintenant à l'une ou l'autre opération, n ayant eu le temps ni de digérer ce lourd document de 12 volumes, ni même de le parcourir sérieusement Tenons-nous-en, pour le moment, à des remarques très générales sur le sommaire officiel paru dans les journaux du 16 mai, quitte à les reviser plus tard s'il y a lieu.Notons tout de suite la mission des enquêteurs: étudier les relations financières entre le Dominion et les provinces.C\u2019est sous l'angle financier qu\u2019ils ont donc abordé les problèmes canadiens soumis à leur étude.Cela transparaît dans leurs recommandations, portant surtout sur des réaménagements d'impôts, même s'ils ont fait un effort pour enrober leurs conclusions de considérations sur l'autonomie et 1 unité nationale.Que cette façon d\u2019envisager les difficultés canadiennes soit légitime, je ne le conteste pas! Qu elle soit celle qu\u2019imposaient les circonstances, après une crise économique de 10 ans, je le veux bien! Il convient de ne pas perdre de vue toutefois que la Confédération n'a pas été, en 1867, une question de finance surtout, mais bien, principalement, de conciliation des exigences supérieures de deux grandes races, de deux cultures.Les problèmes financiers ne sauraient jamais primer ces exigences.A nous de bien examiner si le point de vue des commissaires, en ce sens, n'a pas été déformé par 438 l'action nationale leurs préoccupations financières et si les abandons d'impôt demandés des provinces n'amoindrissent pas leur liberté d'action, telle qu'elle résulte de l\u2019Acte de l'Amérique britannique du Nord et des décisions diverses du Conseil Privé.Les recommandations des commissaires exigent de plus l'amendement de cet Acte fondamental.C\u2019est une grave affaire, ainsi que le remarque fort judicieusement Léopold Richer dans Le Devoir du 16 mai.Inopportune sans aucun doute, n'en déplaise à l'avis de la Commission, dans la période que nous vivons: «établir la charte nationale sur des fondements nouveaux» est une oeuvre qui «ne s'improvise pas, et on ne l\u2019entreprend pas lorsque le pays est en guerre».Mais bien plus, c est une opération tellement importante, une Constitution devant être presque intouchable pour offrir des garanties satisfaisantes, qu\u2019 «un pays n\u2019amende sérieusement sa constitution et ne s'en donne une nouvelle qu\u2019après une révolution ou une crise profonde qu\u2019a provoquée la chute d\u2019un régime politique».Et en cela Richer se trouve d'accord avec le Conseil économique de la Nouvelle-Écosse.Avant d\u2019amender la Constitution, disait ce Conseil précisément à la Commission Sirois, rappelez-vous bien la remarque suivante: Non seulement les modifications constitutionnelles agissent-elles lentement, mais les changements à la constitution pour l'adapter aux besoins du moment peuvent se révéler tout à fait incapables de convenir aux besoins futurs, exactement comme les arrangements de 1867 sont devenus peu satisfaisants dans le système fiscal de 1937 *.1 Report of the Nova Scotia Economie Council, vol.II, 1937.rapport no 17. CHRONIQUES 439 C'est le cas certes pour toute modification à une constitution en vue de régler des problèmes économiques et financiers, toujours temporaires dans leurs caractères spécifiques à une époque donnée.A quoi bon alors jouer sur la Constitution ?N\u2019est-ce pas en détruire les caractères essentiels de permanence et ouvrir la porte sur une ère d'instabilité politique dangereuse pour son existence même et, peut-être, pour la vie de la nation.Car une fois la porte ouverte aux amendements majeurs dans les domaines économique, social et financier, pourquoi s arrêter en route et n'en pas modifier aussi les fondements politiques ?Avant d'en arriver là, il convient, nous semble-t-il, de rechercher, aux problèmes de l\u2019heure, toutes les solutions possibles et impossibles dans le cadre de la Constitution.Ce n\u2019est pas le cas au Canada, où les relations entre Dominion et provinces n\u2019ont jamais perdu l'aspect de querelles partisanes, avec une tendance nette du fédéral à se croire seul capable de tout régler.Or, il est précisément le moins apte peut-être à établir des solutions satisfaisantes pour toutes les parties du pays.Cest ce sur quoi je voudrais m'arrêter aujourd'hui, sans aller plus loin dans mes jugements sur le rapport Sirois.Fondements matériels de l'autonomisme On a trop exclusivement, au Canada français, fait de l'autonomie des provinces une question nationaliste.Si bien que beaucoup d\u2019autonomistes canadiens-français déclarent volontiers: «S\u2019il n'y avait pas la question de notre survivance, il faut admettre qu\u2019il serait plus logique de n'avoir qu'un 440 l\u2019action nationale gouvernement pour tout le Canada».Cela laisse intact sans doute la légitimité de nos revendications, les intérêts culturels passant avant les matériels, mais cela affaiblit la cause en négligeant le fait que loin d'être justifiée uniquement par la survie française, l\u2019autonomie provinciale ou régionale est dans la nature même des choses en matière économique et sociale.La nature des choses veut, en effet, que le Canada soit un pays de quelque 3,000 milles, aux régions géographiquement aussi diverses que 1 on puisse imaginer.Sans doute, cela n affecterait-il guère la législation du mariage, du divorce ou de la propriété, le code criminel, la liberté de la presse ou 1 administration de la justice.si des civilisations différentes ne s\u2019y heurtaient pas.Mais il n\u2019en est pas ainsi dans le domaine économique et social.On oublie trop facilement que les grands Etats modernes se sont constitués pour des motifs presque exclusivement politiques; loin d'entrer en ligne de compte, la géographie tout court souvent, et, en tout cas, la géographie dans ses relations avec une organisation économique naturelle a toujours été violentée.Telle frontière politique, comme l'absence de telle autre frontière, constitue souvent un non-sens au point de vue géographico-économi-que.En somme, dans le domaine économique, les intérêts sont d'abord locaux et régionaux, avant que d'être nationaux et internationaux; et ces intérêts résultent de la structure et de la position géographiques propres à chaque région.Les développements économiques modernes ont engendré une certaine supériorité du grand État CHRONIQUES 441 sur le petit, à cause de l'importance du marché non protégé; mais les problèmes locaux sont restés inchangés, et ils continuent d'exister même si les difficultés s élèvent au plan national ou international, sous forme de crise généralisée.La preuve en est que certaines régions continuent de prospérer en temps de crise, comme d'autres végètent en temps de prospérité.Les crises générales ne sont souvent d ailleurs que des crises locales répercutées a 1 infini à cause de T interdépendance des phénomènes économiques.Le cas du Canada et de sa crise du blé est typique, à cet effet.1 Dans ces conditions, la supériorité économique des grands États ne saurait être réelle que si l orga-nisation en est de nature à permettre des solutions satisfaisantes à tous les problèmes.Leur étendue, en leur permettant de couvrir un grand marché et de réaliser, au moment où une crise se généralise, la synthèse d\u2019intérêts multiples, donc aux combinaisons variées, ouvre des possibilités inespérées à une politique économique saine et éclairée.Mais à cause même des caractères spéciaux, dans chaque région, de difficultés en apparence semblables partout (le chômage, par exemple), cette orientation économique centrale doit, sauf dans certains domaines spéciaux et essentiels au maintien du lien politique, être exceptionnelle et assise sur des politiques économiques régionales, qu\u2019elle vient supplémenter quand celles-ci deviennent insuffisantes; elle doit, de plus, laisser aux autorités régionales le soin d'adapter aux besoins locaux i Voir 1 Action nationale, juin 1939, «Notre mal est-il monétaire ?» 442 l'action nationale les mesures générales prises d\u2019en haut avec leur collaboration.Le grand État doit donc être économiquement décentralisé.L'utopie des centralistes L\u2019utopie des centralistes, c\u2019est de croire à l\u2019efficacité d\u2019une législation centrale uniforme pour forcer l'établissement d\u2019un niveau de vie identique dans toutes les parties du pays, d'où résulterait 1 unite nationale.L\u2019erreur est grossière, et plus au Canada peut-être que partout ailleurs.La seule question des distances, par exemple, empêche toute uniformisation des coûts de la vie de Vancouver à Halifax.Un article produit à Montréal coûtera toujours plus cher fatalement, par suite du coût du transport, à Winnipeg ou même à Chicoutimi et à Val d Or qu'à Montréal même.Un coût de la vie particulier à chaque région s\u2019établit ainsi selon ses ressources et sa position géographique, niveau de prix qui interdit toute uniformité \u2014 si l\u2019on veut pratiquer une politique sensée \u2014 dans la distribution de secours directs, d\u2019indemnités de chômage (assurance-chômage) ou de pensions de vieillesse, etc.La législation centrale uniforme n\u2019y changera rien: si on peut «supprimer les distances)) quant au temps, il faut toujours en payer le coût.Et la distance n est qu une question.D une façon generale, les intérêts des diverses régions étant souvent concurrents, une législation uniforme désavantage presque toujours quelqu'un.C\u2019est ici qu\u2019on nous parlera de sacrifices au nom de 1 unité nationale.Il nous faut, en effet, en venir à cette constatation: la législation centralisée en matière économique et CHRONIQUES 443 sociale se fait presque toujours aux dépens des intérêts légitimes de certaines régions; elle exige toujours des sacrifices.La politique douanière du Canada en est un exemple frappant.Afin de conserver l\u2019unité politique du Canada en 1 asseyant sur un développement economique suffisant, on a voulu créer des relations économiques intérieures.C'est pourquoi on a non seulement confie les douanes à Ottawa, afin que le Canada ne constitue qu un seul marché, mais aussi violenté la géographie et les courants commerciaux naturels afin d'assurer la naissance et la vie de 1 Est industriel.On a ainsi forcé 1 Ouest à s'approvisionner dans 1 Est canadien, mais au prix d'un sacrifice qui tend lui-même à détruire l\u2019uniformité des coûts de la vie dont nous avons parlé précédemment.payer plus cher ses machines agricoles, ses automobiles, tous ses produits industriels.Chaque problème économique se pose dans des termes identiques.Est-ce vraiment construire 1 unité nationale, dans ces conditions, que de vouloir une drganisation où il faudra chaque jour faire appel à l'esprit de sacrifice des citoyens de quelque partie du pays ?La situation actuelle ne soulève-t-elle pas suffisamment d acrimonie, avec les plaintes continuelles de l\u2019Ouest contre l\u2019Est, de l\u2019Est contre 1 Ouest, des Maritimes et de la Colombie contre le reste du Canada ?Malgré la propagande anti canadienne-française, chacun sait que les séparatismes n existent pas qu au Canada français.Pourquoi ?Que certains sacrifices doivent être réciproquement consentis pour assurer 1 existence de la nation 444 l'action nationale canadienne, nous le voulons bien; mais il est inutile de s'imaginer qu'on assurera la permanence du Canada ou qu'on en accroîtra la cohésion en multipliant les causes d'antagonisme.On exaspérera tout le monde, rien de plus.Une fois les sacrifices essentiels consentis (en l\u2019occurrence les douanes et quelques autres indispensables comme les banques, la monnaie, etc.) laissons aux régions, aux provinces, le soin de se donner la politique économique et sociale convenant le mieux à leurs besoins.Et dans les situations particulièrement difficiles, que la solution nationale se fasse, par l'intermédiaire du fédéral, en collaboration directe avec les provinces et sans leur enlever aucun de leurs pouvoirs.C'est ce qu\u2019a compris également le Conseil économique de la Nouvelle-Écosse, qui n\u2019a pas nos raisons nationalistes d'être autonomiste et qui s\u2019oppose pourtant à l\u2019excès de centralisation.Après la première remarque, citée précédemment, à la lumière de laquelle il suggère d\u2019examiner toute recommandation d amendement a la Constitution, il en ajoute une deuxième non moins juste : Toute extension de pouvoirs au gouvernement fédéral suppose plus de centralisation à Ottawa.Il est exact que plusieurs des services actuellement aux mains des provinces présupposent une organisation nationale \u2014 c est-à-dire qu il y a nécessité d'organisations semblables ou à peu près semblables de secours, de pensions, etc.à travers tout le territoire du Dominion \u2014 mais il ne s'ensuit pas de là que cela peut être le mieux atteint par la centralisation.Dans un pays aussi hétérogène que le Canada dans son développement et dans ses caractères raciaux, les besoins locaux varient considérablement.Une administration centralisée risque d'être bureaucratique, inflexible, insuffisamment sympathique aux cas particuliers résultant des différences entre provinces.L administration des services sociaux en particulier exige de la sympathie envers les administrés, et il semble que cela existera bien davantage si l'administration est provinciale. CHRONIQUES 445 L hétérogénéité du Canada, non seulement dans ses «caractères raciaux» mais aussi dans «son développement» \u2014 c'est-à-dire, si l'on va au fond des choses, dans sa structure géographique même nécessite donc une large décentralisation, des provinces largement autonomes.C'est certes à la lumière de ces faits qu'il faut examiner les solutions du rapport Sirois et nous aviser, en même temps, qu'en dépit des apparences, les questions raciales ne sorti pas les seules à justifier h autonomisme.L autonomisme, le régionalisme en matière économique et sociale, est fondé dans la structure géographique même des nations, entités politiques.Et le tort général dans le monde, poussé vers l'administration centralisée d\u2019immenses territoires par des raisons d\u2019ordre politique, est de ne pas voir que les Etats politiquement forts et économiquement prospères seront ceux qui, tout en assurant l'unité politique de pays grands et bien peuplés, sauront décentraliser leur politique économique afin de 1 adapter aux besoins régionaux dictés par la nature des choses.François-Albert Angers 446 l'action nationale Vie de l\u2019esprit Marges Tristesses du monde Un jugement ou une exécution ?Mariages de guerre Musique est délivrance Comment détacher nos esprits du drame sanglant qui se joue devant nous, sous nos yeux, pourrait-on dire ?Toutes nos pensées, nos réflexions les plus variées sont suspendues à une issue qui sera, nous le sentons bien, grosse de conséquences.Une victoire, celle des Alliés ou celle des Allemands, ne réglera rien.Triste victoire en vérité, celle qui s'élèvera, exsangue, tremblante, indécise, au-dessus de champs de carnage où les uniformes souillés voisineront avec les vêtements des enfants en fuite \u2014 triste victoire, mais que nous souhaitons de toutes nos forces aux armes alliées! Guerre totale, suite logique de la conception contemporaine de 1 État, où 1 on ne respecte plus la personnalité de l'individu.L'ordre des fins est brouillé.Par un métabolisme satanique, la vie en société ne recherche pas le bonheur de 1 homme, qui lui est désormais sacrifié.On s étonnerait à juste titre des conquêtes de la civilisation moderne, si l'on croyait au mythe du progrès indéfini.Le progrès n'est pas, certes, une utopie, mais il ne procède pas de façon régulière, définie à l'avance, il est sujet à maintes régressions.S'en rend-on assez compte aujourd hui, alors que les hommes ne savent pas utiliser les magnifiques acquisitions de la science, qu ils les détournent de leur destination bienfaisante et tentent de les soumettre à leur ambition destructrice ? CHRONIQUES 447 Est-ce à dire qu'il faille confondre une suprématie germanique avec le règne absolu de la barbarie ?C est là une vue simpliste du problème qui ne nous agrée guère.Les civilisations n'ont qu une existence transitoire et, au regard des siècles, éphémère.Athènes et Rome, dont le prestige sur les esprits et les institutions dure encore, ont vu s affaisser leur puissance politique.Plus près de nous, l'Espagne, la Hollande, 1 Autriche ont un temps dominé le monde par leurs richesses et leur influence.Nous avons assisté au crépuscule qui depuis vingt années enveloppe Paris et Londres.Il nous aura peut-être été donné de vivre, pour reprendre l'expression imagée de Romier, au carrefour des empires morts.Regardons d un peu près les lignes générales de la politique franco-anglaise.Tout n\u2019y est pas très pur, avouons-le.S il est une civilisation qui ait péché par égoïsme et sécheresse de cœur, c'est bien la nôtre.Injustices à l'égard des autres peuples: parler de nations cossues et de nations avides peut être un excellent thème à propagande, cela correspond aussi a une réalité.Les dirigeants français et anglais ont-ils déjà essayé sincèrement d operer une plus équitable répartition des ressources de la terre ?Ils ont préféré croire en une hégémonie perpétuelle.C\u2019était laisser la route ouverte aux démagogues qui ont su exploiter à leur profit les privations de leurs compatriotes, leurs rancœurs aussi.Par incompréhension, par confiance aveugle en leur destin, la France et l\u2019Angleterre ont créé le mal qui les ronge.Injustices aussi envers les personnes.Sans jamais tenter aucun effort sérieux en vue d'un 448 l'action nationale aménagement social et économique conforme à la dignité humaine, les démocraties se sont appuyées sur un capitalisme pernicieux qui les a grisées et dont elles n\u2019ont pas su maîtriser les déplorables excès.Il est bien de célébrer les vertus de la liberté, il est préférable de favoriser un régime de vie où cette liberté n\u2019est pas qu'une parole vide de sens, une intolérable rengaine.Comment peut-il se considérer libre, cet homme, quand un système économique l\u2019étouffe et lui enlève tout espoir que son sort s\u2019améliorera un jour ?Le fascisme et le communisme ne sont pas le fruit d\u2019une génération spontanée.Ils expriment les réactions élémentaires, violentes et outrancières, c\u2019est entendu, de populations aigries et décidées à tout, même au pire, pour briser leurs chaînes.Tout cela n\u2019était-il pas prévisible ?Ceux qui ont vu venir l\u2019orage, ceux qui ont jeté des cris d\u2019alarme, n\u2019ont pas été écoutés.On a cru qu\u2019il suffirait de tronquer leur message pour que le monde continue son existence sans secousses.Hélas: nous récoltons aujourd'hui la tempête.On peut espérer que ce ne sera qu\u2019une leçon, et qu\u2019elle sera salutaire.Mais il est des remèdes qui ruinent à jamais un organisme déjà miné.Ce serait une vue singulièrement courte que de conclure en la vertu germanique appelée à régénérer le monde.La philosophie nazie, s il est raisonnable de donner ce nom à un système fondé sur la force brutale et la perversion de la conscience, n'apporte aucun correctif au mal que nous dénonçons.Elle n\u2019y ajoute qu'une profonde et satisfaite cruauté.Le plus terrible cependant, CHRONIQUES 449 c'est de songer que Dieu use parfois de tels fléaux pour ramener à résipiscence les hommes égarés.Mais n'anticipons pas du décret divin.Le monde s'est ému en apprenant que Léopold avait mis bas les armes.Avec une unanimité qui prend figure de jugement, tous ont jeté le blâme au souverain félon, sans songer un seul instant à entendre l'accusé.Son témoignage, et c'est infiniment regrettable, ne nous est pas parvenu.N'est-il pas sage toutefois de supposer qu'avant de prendre la décision que l\u2019on sait, il ait tenu à adresser un dernier message à ses troupes, où il aurait tenté, sinon de se disculper, au moins d\u2019expliquer les mobiles de sa conduite ?Cet événement fournit un exemple excellent des traquenards de la propagande.Chez les Allemands, on a célébré à l'envi le geste de Léopold, et cela se conçoit aisément: près de 400,000 hommes qui abandonnent le terrain, voilà qui est de nature à combler d'aise l'ennemi Chez les Alliés, il y a eu explosion de colères et bordée d'injures.Le cas est assez grave qu'il mérite un peu de réflexion.Le journaliste qui, quelques heures seulement après la nouvelle, intitulait son article: Le Roi Quisling, avait-il vraiment eu le temps et l'information nécessaires pour stigmatiser aussi durement Léopold?Nous en doutons beaucoup.Jusqu'à plus ample informé, il paraît plus raisonnable de ne pas écrire de l'histoire définitive.Les membres du gouvernement belge ont été prompts à déposer leur Roi.On verra peut-être 450 L ACTION NATIONALE plus tard qu'ils ont eu raison.Cependant, leur condamnation sans appel nous oblige à remarquer au il est facile de décider du sort des armées, quand l\u2019on discute autour d'une table, à Paris ou à Londres, à l'abri de tout danger immédiat.Léopold, lui, était sur le terrain.Pendant dix-huit jours, il a vu de près, il a participé aux souffrances de ses troupes.Aucun malheur ne lui a été épargné.Et s\u2019il est un jour prouvé hors de tout doute que l'armée belge était prise au piège et qu elle était menacée de famine à brève échéance, (on ne vit pas très longtemps de biscuits et d'eau), ne devrons-nous pas alors comprendre la torture morale du jeune souverain qui, dans une décision terrible, aura préféré la vindicte universelle à la mort certaine et inutile de ses frères d'armes ?De braves gens n\u2019en sont pas encore revenus: a-t-on idée d'épouser un militaire, qui peut quitter le pays d'un jour à l\u2019autre! Coup de tête de ces jeunes filles qui cèdent à l'attrait du danger, au goût de l'inédit, du panache.Est-ce si sûr ?Je le dis carrément, j\u2019admire sans restriction ces fiancées qui, en dépit de l'incertitude du temps \u2019présent, n'hésitent pas à s\u2019unir au compagnon que leur cœur a choisi.Elles n\u2019attendent pas, bourgeoisement, mesquinement, qu\u2019une Providence-gâteau leur ménage un beau petit bonheur douillet, à la mesure de ceux qui les blâment.Non, elles font confiance à la vie qui sourit à leur jeunesse, elles sont prêtes à affronter de grands périls, parce que pour elles l'existence n\u2019a de grandeur que CHRONIQUES 451 dans les obstacles allègrement surmontés.Que sera l\u2019avenir ?Elles 1 ignorent.Mais si terrible soit-il, elles savent, d\u2019une science qui ne ment pas, que leur amour est au-dessus de tout et qu il est assez fort pour vaincre.N\u2019est-ce pas une leçon magnifique que nous apportent ces fiancées de vingt ans ?Jeunesse, âge de l'héroïsme, a écrit Claudel.Nous sommes souvent prêts à céder au défaitisme.Nous attirons même parfois les malheurs, comme le paratonnerre, la foudre.Chacun au contraire doit rester au poste, continuer de vaquer à ses occupations, penser à créer même si d\u2019autres détruisent.Les jeunes femmes de nos aviateurs, de nos marins, de nos soldats 1 ont compris.Elles auront goûté au reste un bonheur d\u2019une qualité rare; elles auront éprouvé le sentiment merveilleux de l\u2019attachement aux êtres qui ne nous sont peut-être que prêtés.Joie menacée, combien plus exaltante! Le monde vivra tant qu\u2019il y aura un amour qui, désespérément, se dressera au-dessus des orages déchaînés.\u2022 Les trésors artistiques n\u2019échappent pas au désastre dans les territoires où les combats sont livrés.La magnifique bibliothèque de Louvain, qui possédait 700,000 volumes, a été à nouveau détruite.Furore teutonica.Que sont devenus les ateliers où l'art s'unissait à l'industrie pour l\u2019enchantement des yeux: les dentelles, les tapisseries et les bois sculptés de Malines, les tissages délicats de Gand, les étoffes et les toiles de Bruges-la-Morte, patrie de Van Eyck, chantée par Roden- 452 l'action nationale bach ?Ne rapporte-t-on pas que trente camions chargés d'œuvres d'art sont partis de Bruxelles et qu on ignore le sort de nombreux Rubens, Rembrandt et Van Dyck ?Des centaines d'années après leur mort, ces maîtres souffrent encore pour leur pays.Pendant que nous jouissons \u2014 pour combien de temps ?\u2014 d une tranquillité relative, nous prenons vraiment plaisir aux belles œuvres qui réconfortent 1 intelligence.Au nombre des manifestations de l'esprit, il faut compter le Festival de Musique.Une semaine durant, il nous est donné de communier aux plus vastes génies.La Messe solennelle, la Passion selon S.Matthieu, la IXe \u2014 comme Iode de Schiller sut faire taire un instant la rumeur environnante! \u2014, Pelléas et Mélisande, n'est-ce pas suffisant pour assurer de notre reconnaissance les artistes qui nous comblent de ces magnificences ?Après l'austère grandeur de Bach, la puissance dominatrice de Beethoven, ce sera la délicatesse française, la grâce mystérieuse de Debussy.Le Festival annuel est un des grands événements de notre vie intellectuelle.A nous qui sommes éloignés des centres de culture, il fournit des sources d'enrichissement personnel dont on ne dira jamais assez les bienfaits.Roger Duhamel Généralités sur la poésie Parce que la poésie est affaire personnelle, on ne saurait en donner une définition régulière. CHRONIQUES 463 Il reste que toute poésie se réduit à deux éléments, l'un qui lui est commun avec les autres arts: l'inspiration, dont les caractères sont la liberté, l\u2019incohérence logique et parfois une plate facilité; l\u2019autre, sa technique propre, basée sur l\u2019utilisation des qualités suggestives du langage, qui contrôle, épure, transforme et achève l\u2019inspiration.On peut dire que l'inspiration tient du poète et que la technique tient de l\u2019artiste.Mais alors, le poète et l\u2019artiste sont consubstantiels.On pourrait faire remarquer que la plupart des symbolistes pourtant attachaient beaucoup plus d\u2019importance à la musique de leurs vers qu\u2019à leur contenu spirituel; mais seuls sont hérétiques ceux qui professent qu\u2019on ne peut considérer la poésie que sous son seul rapport musical.Claudel au contraire ne tient qu\u2019à recréer chez le lecteur l\u2019émotion principalement religieuse qu\u2019il a lui-même éprouvée; la beauté chez Claudel n\u2019est pas une fin, mais un moyen.De toutes façons, il ne s'agit pas ici de savoir, par exemple, si Racine est le poète de l\u2019amour ou Corneille celui du devoir: la poésie est un art de nature incantatoire, non une analyse rationnelle.Ceux qui ne lisent les recueils de Victor Hugo que pour le eharme de ses légendes ou l'éclat de ses images se privent de la rare joie que réserve à l\u2019amateur le vers parfait.On ne saurait résumer en prose la poésie sans qu elle y perde son être même.Un poème est une entité indivisible qui n\u2019admet pas de traduction.Beethoven, à qui l\u2019on avait demandé la signification d\u2019une sonate qu\u2019il venait de jouer, la rejoua. 454 L ACTION NATIONALE Le poème, comme une pièce musicale et tout ce qui relève de l\u2019art, est absolu en soi: chacun peut y découvrir différemment «la fonction cachée de sa résonance inconnue» (Noulet).En ce sens, on peut dire que la poésie française, en se détachant de plus en plus du discours et, bien entendu, indépendamment de la valeur personnelle des poètes qui la représentent, se rapproche ainsi de l'idéal propre de la poésie.«Son objet me paraissait être de produire Y enchantement,)) dit Valéry.Quelques-uns sont allés loin dans cette voie.Leurs procédés étaient aussi subtils que raffiné leur idéal.S\u2019ils semblaient obscurs, c\u2019est que le poème est un mystère qui ne se dévoile progressivement que pour le patient, l\u2019attentif, l\u2019amant de la beauté silencieuse.Depuis Mallarmé, le poète tend à fonder son art sur les seules puissances de suggestion et d\u2019allusion; «mots allusifs, jamais directs, se réduisant à du silence égal» (Mallarmé).Le vers se perfectionne, se simplifie.Mais parce que les mots qui le composent ne sont jamais directs, parce que le lecteur paresseux ne saisit pas à première vue «l\u2019interférence de deux images, isolément très claires» (Thibaudet), qu\u2019il s\u2019agit de lier rigoureusement, une si exigeante poétique, en ses réalisations les plus hautes, devait fatalement n'atteindre qu'une élite d\u2019initiés.Il reste que cet effort même entraîne, par une espèce de redondance, un enrichissement et une sublimation des formes plus populaires de la poésie.Si la poésie enchante, elle désespère, dit encore Valéry.Le beau désespère parce qu\u2019il est incom- CHRONIQUES 455 préhensible pour la sèche raison.Le poète est celui qui agence des mots dont la portée nouvelle sera prestigieuse.Les mots servent d\u2019intermédiaires entre le poète qui crée et le lecteur qui recrée.Il est de l'essence d\u2019un poème d\u2019être lu.Le lecteur fait le poème comme le poème fait le poète.Les modernes ont compris le travail qui s'imposait; ils ont tâché d\u2019augmenter la puissance de réceptivité poétique.Ceux qui n\u2019y voyaient rien se sont plaints d\u2019une certaine obscurité, sans toutefois se donner la peine d\u2019ouvrir les yeux.L'obscurité \u2014 le mot est conventionnel \u2014 est une propriété de la poésie.La richesse d\u2019implication chez Racine constitue une sorte d'obscurité, une véritable opacité pour le lecteur superficiel.Qu'y a-t-il de plus absolu qu\u2019un poème, de plus arbitraire qu\u2019un lecteur ?A quoi sert de vouloir généraliser puisqu\u2019il y a autant de poésies qu'il y a de lecteurs ?Roger Rolland LES LIVRES La conquête économique Par Edouard Montpetit, II, Étapes, Editions Bernard Valiquette, Montréal, 1940.Dans ce volume, M.Montpetit continue à grouper les textes les plus importants de son œuvre écrite.C'est en quelque sorte la somme de ses idées et de ses sentiments sur diverses questions intéressant notre existence nationale.Economie politique, tourisme, arts, idéal de vie, voilà quelques-uns des sujets auxquels l'auteur accorde sa réflexion pénétrante et souple.Le chapitre consacré au tourisme retient davantage l'attention.Én ces dernières années, on a mis en branle une campagne de publicité afin de développer notre province en un centre de tourisme pour tout le continent américain.Projet de vaste conception, et dont les bénéfices financiers ne sont pas minces.Un danger demeure: un tel afflux d\u2019étrangers n'est-il pas de nature à imprimer à nos gens certains modes de langage, de conduite, de pensée, plus ou moins compatibles avec nos coutumes, notre échelle des valeurs et nos habitudes de vie ?Ce sont là des problèmes qui inquiètent l'esprit vigilant de M.Montpetit et pour lesquels il présente des solutions simples, logiques, tirées de l'expérience.Bien compris, le tourisme deviendra une source d'enrichissement pour la nation sans défigurer ce qui persiste encore de notre visage français.On ne lit pas Etapes sans plaisir ni profit.Nous souhaiterions cependant que M.Montpetit nous eût réservé la joie de découvrir des pages entièrement inédites.Sans doute sera-ce pour un prochain livre.Roger Duhamel Le collège Sainte-Marie de Montréal Par Paul Desjardins, S.J., Montréal, 1940, Ceux qui ont passé huit années de leur jeunesse à Ste-Marie ne liront pas sans émotion le livre du Père Paul Desjardins.Ils y trouveront une relation minutieuse des temps héroïques, alors que le vaste et sombre établissement de la rue Bleury n'était que le petit collège de la rue St-Alexandre.Le généreux dessein, les concours des débuts, l'action du fondateur, le Père Félix Martin, le programme des études, l'accueil de la population, tout est raconté sobrement, d'un ton qui n\u2019exclut pas à l'occasion une pointe d'humour. LES LIVRES 457 Sainte-Marie aura cent ans en 1948.Depuis le milieu du XIXe siècle, aucun collège n'aura préparé ses élèves à des tâches plus diverses.Comme les maisons similaires en notre province, il a fourni au clergé une pléiade d'hommes d'élite.Il a fait davantage.11 a apporté de précieux contingents aux professions libérales, aux carrières économiques, aux lettres, à la politique.C'était là la volonté des fondateurs.«Ce que désirait Mgr Bourget, c'était, à côté du collège de Montréal plus spécialement appelé à préparer au sacerdoce, une maison d'éducation adaptée aux besoins des laïques dans les diverses classes de la société; c'était un établissement où se donnerait, avec la formation religieuse, une préparation plus immédiate à la vie.» La vie a beaucoup changé depuis ce temps.Ste-Marie a fait effort pour s'y accorder.S'il n'y a pas toujours pleinement réussi, il a mérité, par son souci d\u2019adaptation, de conserver les sympathies qu'il s'est depuis longtemps acquises.Annaliste fidèle, le Père Desjardins aura par son livre contribué à ce resserrement des liens autour de la vieille maison qui nous a beaucoup donné et pour qui nous gardons une pensée attendrie : elle a été témoin de jours qui ne reviendront plus.Roger Duhamel Borbores et musiciens Par Emil Ludwig.Numéro spécial hors série de Notre Combat, Paris, 1940.Les livres sur l'Allemagne n'ont pas manqué en ces derniers temps.Après les révélations de Rauschning et de Strasser, après les études de Rivaud et de Vermeil, de Bordeaux et de Massis, surtout après la réédition des articles prophétiques de Bainville, il semble que nous n\u2019avons plus rien à apprendre du caractère, des penchants et de l'histoire du peuple allemand.Il n\u2019en est rien, car jamais nation ne fut plus insaisissable en son troublant devenir ni plus irréductible aux normes de notre logique.Emil Ludwig nous apporte quelques éclaircissements sur le tempérament de ses compatriotes.Il les juge sans indulgence, ce qui n\u2019exclut pas la pénétration et la justesse du jugement.Ce qui fait le drame de l'Europe, c'est que l'Allemagne n'est pas parvenue au même degré de civilisation que ses voisins; elle a sur eux un retard qui explique les conflits permanents.Elle a conservé le goût brutal de la force militaire, les mœurs de ses ducs et de ses barons qui s'épuisaient en querelles incessantes.Son unité est factice; elle repose sur une entreprise de domination de la Prusse.Petits margraves de Nuremberg, puis princes de Brandebourg, enfin empereurs d'Allemagne, cette ascension s'est faite aux 458 L ACTION NATIONALE dépens de populations pacifiques, lettrées, éprises de musique et de sciences, et qui durent sacrifier leur autonomie rayonnante de culture au profit de l'unitarisme prussien.Sur la personnalité de Hitler et les raisons de son étonnante fortune, Ludwig formule des opinions modérées, et qui paraissent conformes aux faits.Notons au passage cette remarque qui distingue le Führer de ses prédécesseurs: «Le service historique rendu par Hitler est d\u2019avoir élevé le mensonge et le meurtre à la hauteur d\u2019institutions d\u2019Etat».Avant lui, c'était la ruse, la cautèle, l'astuce; il a apporté, lui, dans le crime, l\u2019effarante franchise de l\u2019amoral.«La France, si elle était entrée en 1936 en Rhénanie au moment où Hitler la réoccupait, aurait pu empêcher la guerre.» L\u2019affirmation, aujourd\u2019hui, paraît indiscutable.L\u2019était-elle autant il y a quatre ans ?Pour ma part j\u2019incline à le penser.Mais alors, la France allait se livrer au Front Populaire de Blum.A Munich, c'était déjà bien tard; le livre de Nevile Henderson, Failure 0j a Mission, confirme ce point de vue.Versailles était peut-être un mauvais traité; il valait encore davantage que ceux qui ne l'ont pas appliqué.Roger Duhamel Justice pour l'Ouest fronçois Nos amis de l\u2019Ouest ont dressé un tableau comparatif des émissions anglaises, bilingues et françaises transmises par le poste CBK de Radio-Canada.Il est fort édifiant.Au cours d\u2019une semaine choisie au hasard, ils ont écouté et minuté tous les programmes donnés par leur poste d\u2019Etat.Et voici ce qu\u2019ils ont découvert: sur une moyenne de seize heures vingt et une minutes par jour, on leur fait entendre: des programmes en langue anglaise durant 16 heures environ ; des programmes bilingues (et quel bilinguisme!) durant quinze minutes; et des programmes en langue française durant six minutes ! Ces six minutes ne consistent pas en sketches et en conférences : ce sont de vagues chansonnettes françaises, de rapides messages ou de courtes émissions spéciales, parfois relayées.de Londres! Et les émissions dites «bilingues» consistent la plupart du temps en fantaisies musicales, jazz, mélodies ou même musique instrumentale, qu\u2019on annonce en français et en anglais.Autant dire qu\u2019il n\u2019y a que des programmes anglais.Faudra-t-il attendre la fin de la guerre et la défaite de Hitler pour que, suivant la prophétie du colonel Bovey, les Canadiens français obtiennent justice dans leur propre pays ? Calendrier de guerre IV.A TRAVERS LE COMMONWEALTH En trois chapitres,1 nous avons noté les faits les plus importants qui regardent la participation du Canada à la guerre européenne.Il est intéressant de jeter un coup d\u2019œil sur ce qui s'est passé dans les autres parties du Commonwealth.2 On y trouve toute la gamme des attitudes possibles: depuis la neutralité absolue (Eire ou Irlande du Sud) jusqu\u2019à la participation automatique, sans consultation du Parlement (Australie et Nouvelle-Zélande), en passant par l'entrée en guerre plus formelle qu\u2019efficace de l\u2019Afrique-Sud et la collaboration «volontaire» et intense du Canada.Quels facteurs ont amené cette diversité de réactions ?Le facteur majeur est évidemment celui de l'origine ethnique Les pays du Commonwealth participent jusqu\u2019ici au conflit dans la mesure où ils sont anglais ou sous l\u2019influence d\u2019une majorité anglaise.Dans son ensemble, la population australienne et néo-zélandaise est d'origine britannique: elle a marché à fond.Au Canada, l'influence anglo-canadienne restant prépondérante, notre 1 Voir notre Calendrier de guerre dans I'Action nationale, livraisons de mars, d'avril et de mai 1940.s En autant que la presse nous a renseignés là-dessus.Ainsi que dans nos chapitres précédents, nous avons surtout utilisé le Devoir et la Montreal Gazette. 460 l'action nationale pays est dans la guerre jusqu'au cou; mais à cause des Canadiens français, on y a mis des formes et (jusqu'à l'invasion de la France exclusivement) l'on a crié moins fort.En Afrique-Sud, ce sont les Afrikanders qui soutiennent l'opposition Hertzog-Malan ; et comme ils sont la majorité, l'on ne sait pas ce qui se produirait advenant une élection générale.En Eire, il n\u2019y a pratiquement que des Irlandais: aussi l\u2019Eire demeure-t-il neutre.Nous parlons ici de réactions collectives, non d'attitudes individuelles.On nous opposerait en vain l'exemple d'un général Smuts, qui a renversé l'ancien gouvernement Hertzog et précipité son pays dans la guerre bien qu'il fût lui-même Afrikander.Ou encore, l'exemple d'un Anglo-Canadien, M.J.S.Woodsworth, qui s'est opposé à la participation du Canada à la guerre.Ces faits demeurent isolés et ne prouvent rien.Des influences d'ordre idéologique se sont d'ailleurs exercées, parfois s'additionnant aux premières, parfois les combattant.Ainsi, l'aile gauche du parti ouvrier australien, travaillé par Moscou, a parfois essayé de restreindre l\u2019effort de guerre de son pays.Chez nous le parti C.C.F., adversaire de M.Chamberlain et partisan de la «sécurité collective», dont plusieurs éléments estiment que le conflit présent résulte de la rivalité entre plusieurs impérialismes et n'a de croisade que le nom, s'est opposé à l'envoi d\u2019un corps expéditionnaire outre-mer.A l'opposé, le parti plus ou moins raciste de D.F.Malan, en Afrique-Sud, entretient à l'égard de l'hitlérisme des sympathies assez suspectes. CALENDRIER DE GUERRE 461 Jusqu'ici, c'est toujours le facteur «racial» qui l'a emporté.Remarque qui inclinerait au scepticisme: on a décrit le présent conflit comme une guerre contre l\u2019agresseur et pour la défense de la civilisation chrétienne; mais il ne s'est trouvé dans le Commonwealth pour y croire que des collectivités d\u2019origine ou de culture britanniques.Nous disons «jusqu'ici».C'est qu'il ne s\u2019agit point de situations cristallisées.Nous classons les événements à mesure qu'ils se produisent, et l\u2019histoire n\u2019a pas encore dit son dernier mot.On trouvera en appendice des notes sur l'Inde.Son cas est à part.Elle ne fait point partie du Commonwealth Mais elle s\u2019agite et réclame son émancipation.Ayons les yeux ouverts de ce côté.Angleterre et Commonwealth 4 octobre 1939.M.Eden, ministre des Dominions, annonce aux Communes anglaises qu\u2019«afin d'activer la collaboration qui existe actuellement entre les gouvernements du Commonwealth britannique, le Gouvernement du Royaume-Uni» a invité les gouvernements des Dominions à envoyer un ministre de leurs cabinets à Londres, «dans le but de coordonner les contributions que chacun de nous peut apporter à l'effort de guerre commun».Le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l\u2019Afrique-Sud \u2014 mais pas l'Irlande, bien entendu \u2014 acceptent l\u2019invitation.M.King fait savoir d\u2019Ottawa que le délégué du Canada sera M.Crerar, ministre des Ressources.11 ne s\u2019agit pas d'un cabinet impérial de guerre 462 l'action nationale mais de «consultation personnelle», précise M.King.io octobre.Après entente avec les gouvernements de la Grande-Bretagne, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande (non avec celui de l'Afrique-Sud ni, à fortiori, avec celui de l'Irlande), le Canada devient le grand centre d'aviation de l'Empire: c'est ce que proclame M.King.17 décembre.M.King annonce la signature d\u2019un pacte de trois ans, comportant la dépense de 600 millions de dollars \u2014 dont 350 millions à la charge du Canada,\u2014 pour l'entraînement des aviateurs de l'Empire en notre pays.11 s'agit d'établir au Canada 67 écoles d'aviation militaire, avec aérodromes, etc., un personnel de 40,000 officiers, employés civils et cadets, et ou 1 on entraînera environ 25,000 pilotes annuellement.1er janvier 1940.Le roi d\u2019Angleterre signe une proclamation qui appelle deux millions de citoyens (de 20 à 27 ans) de plus sous les drapeaux, ce qui portera à trois millions cinq cent mille hommes le potentiel de l\u2019armée anglaise 1 Mais ces hommes ne seront appelés que suivant les événements.24 avril.Le gouvernement anglais annonce que l\u2019Empire a actuellement 2,000,000 d'hommes sous les armes, sans compter les marins et les aviateurs.Avec la loi de conscription (anglaise), on a pris les mesures voulues pour activer 1 en- 1 Rappelons que l'année précédente, une première loi de conscription fut votée en Grande-Bretagne.Le premier ministre Chamberlain avait alors annoncé (4 mai 1939) que cette loi ne s appliquerait pas a 1 Ulster (Irlande du INordj, afin de ne pas provoquer de rupture avec l'Eire. CALENDRIER DE GUERRE 463 traînement de nouvelles forces militaires et absorber un nombre considérable de recrues à la vitesse maxima.9 mai.Georges VI signe une proclamation annonçant que les hommes de 27 à 36 ans sont susceptibles de mobilisation militaire en Grande-Bretagne.On estime à 2,500,000 les hommes appelables.Cette proclamation permet aussi d'appeler sous les armes les jeunes gens de 19 ans sur le point d en avoir 20.Les objecteurs de conscience seront exemptés, comme certains ouvriers spécialisés.23 mai.Devant l'urgence de la situation, on va hâter l'exécution du plan impérial d\u2019aviation, déclare M.King aux Communes canadiennes.Eire (ou Irlande du Sud) 3 septembre 1939.A l'issue d'une séance du Parlement, le premier ministre Eamon de Valera annonce que le gouvernement irlandais désire demeurer en paix avec toutes les puissances et que 1 ambassadeur allemand l'a informé de l'attitude pacifique du Reich vis-à-vis de l\u2019Eire.25 mai 1940.«Un danger menace le pays, ces jours-ci en particulier», déclare le premier ministre Eamon de Valera, «et nous n'avons qu'une sauvegarde: être prêts à défendre les libertés que nous avons conquises contre quiconque essaierait de nous les ravir.» M.de Valera lance un appel à la nation parce que «nous sommes réellement dans la zone de guerre » Les forces de l'Eire sont désormais sur un pied de guerre. 464 l'action nationale Commentaire: Si l'Irlande prend des mesures extraordinaires, c'est que depuis l occupation par l'Allemagne de la Hollande, de la Belgique et du nord de la France, le danger s'est sensiblement rapproché d'elle.Des rumeurs circulent à l'effet que l'armée allemande tenterait d'envahir l'Angleterre par i Irlande.Comme la Norvège, la Hollande et la Belgique, l'Irlande se dispose donc à défendre sa neutralité contre un agresseur éventuel.Elle le fait à titre d'État souverain et indépendant, non à titre de membre du Commonwealth des nations britanniques.Contre tout ennemi, M.de Valera défendra l\u2019indépendance chèrement acquise de son pays.Semaine du 22 au 28 mai.L'Ulster s'inquiète des succès allemands et lord Craigavon arrive d\u2019urgence à Londres pour discuter de la défense de l'Irlande.M.de Valera pour sa part s'en tient à la neutralité et déclare: «Cela a pris six cents ans pour sortir les Anglais de ce pays, et nous ne voulons plus les voir, ni d'autres non plus, venir encore ici.» Afrique-Sud 3\tseptembre 1939.Le premier ministre Hertzog annonce qu il fera une declaration ultérieure.4\tseptembre.Six de ses onze ministres s\u2019étant révoltés, le gouvernement Hertzog est renversé sur la proposition de maintenir la neutralité de l'Afrique-Sud, par un vote de 80 à 67 à l'Assemblée législative.L'amendement du général Smuts, adopté par 80 contre 66, comporte la rupture des relations diplomatiques avec l'Allemagne, CALENDRIER DE GUERRE 465 la défense des intérêts et du territoire sud-africains, mais «sans aucun envoi de corps expéditionnaire outre-mer».Le général Smuts sera prié de former un cabinet d'union nationale, à la suite du refus du Gouverneur général à M.Hertzog d\u2019accorder des élections générales.Commentaire: Le premier-ministre Hertzog avait à choisir entre deux attitudes: ou bien garder sa parole et être renversé, ou bien changer de politique et demeurer au pouvoir.Il a préféré rester fidèle à ses engagements et assurer de la sorte une opposition vigoureuse à la politique de guerre du nouveau gouvernement.Cette politique de guerre est d'ailleurs très bénigne.M.Smuts promet à la nation de ne point envoyer de corps expéditionnaire en Europe.Son programme ressemble étrangement à celui que proposait IAction nationale vers la même époque, et qui fut qualifié par M.Lapointe de «.déshonorant, éhonté, ignoble» (discours aux Communes, le g septembre 1939).6 septembre.L'Afrique-Sud déclare la guerre à l'Allemagne.Après l'assermentation du nouveau cabinet, le premier ministre Smuts répète que la participation à la guerre sera «limitée par les considérations de géographie et les conditions spéciales qui caractérisent F Afrique-Sud.A ce stage, le gouvernement ne peut donner aucun encouragement aux citoyens qui veulent servir outre-mer».14 septembre.Le général Smuts réitère sa déclaration que «ni le gouvernement ni le parlement n\u2019ont l'intention d\u2019utiliser les troupes du pays pour 466 l'action nationale la guerre outre-mer».Car «notre rôle se bornera à la protection et à la défense de l\u2019Afrique-Sud et de ses intérêts, y compris le Sud-Ouest africain».15 novembre.Les deux premières élections partielles en Afrique-Sud donnent la victoire au premier ministre Smuts.18 janvier 1940.On mande que le général Hertzog, chef de l'Opposition, saisira la députation de la motion suivante: «Cette Chambre est d\u2019avis que le moment est venu de mettre fin à l\u2019état de guerre contre l'Allemagne et de restaurer la paix».23\tjanvier.Le général Hertzog, défendant sa motion, soutient que: «L\u2019Afrique-Sud n\u2019est engagée dans le conflit que parce que la Grande-Bretagne a déclaré la guerre et non pas parce que l\u2019Allemagne a commis quelqu\u2019injustice contre l\u2019Afrique-Sud».Il conclut son discours en affirmant que «la déclaration de guerre est la plus grande sottise jamais commise par des hommes d\u2019Etat sud-africains», et «a fait déchoir l\u2019Union sud-africaine au rang d\u2019État vassal de l'Europe».Le premier ministre, M.Smuts, réplique que ce plaidoyer rend le son d\u2019une page de Mein Kampf.11 annonce que la guerre coûte environ $ 150,000 par jour à l'Afrique-Sud.Commentaire: A la même époque, le coût de la guerre au Canada est estimé à plus d'un million de dollars par jour 24\tjanvier.Le chef nationaliste D.F.Malan demande que l'Afrique-Sud se sépare de la Grande-Bretagne. CALENDRIER DE GUERRE 467 27 janvier.La Chambre des députés rejette la motion Hertzog par 81 voix contre 59 \u2014soit une majorité de 22 voix sur un total de 140 députés.A la suite de ce vote, les groupes opposition-nistes Hertzog et Malan, jusqu'ici séparés, s\u2019unissent sur un programme d\u2019action commun et formulent dans une déclaration conjointe leur conviction «qu'un gouvernement de forme républicaine, séparé de la Couronne britannique, conviendrait mieux aux traditions et aux aspirations du peuple sud-africain».Ils ajoutent que ce serait là la seule garantie sérieuse que l\u2019Afrique-Sud ne sera pas de nouveau «entraînée dans les guerres de la Grande-Bretagne».29 janvier.Au cours d\u2019un violent débat, M.Malan reproche au gouvernement d\u2019avoir attendu cinq mois avant de demander au Sénat son approbation de la déclaration de guerre.En conséquence, il propose au Parlement de refuser l\u2019introduction en première lecture d\u2019un bill d\u2019indemnité dont l\u2019objet est de valider les règlements d\u2019urgence imposés depuis le début de la guerre.Commentaire: IL semble que le gouvernement Smuts se soit vu forcé, devant l'Opposition de la Chambre et d'une partie de l'opinion, de commettre plusieurs irrégularités.1 er février.Par un vote de 21 à 13 (majorité de 8 sur 34 voix), le Sénat sud-africain ratifie la politique de guerre du ministère Smuts.7 février.Le ministère Smuts obtient un nouveau vote de confiance de la Chambre, par 75 voix contre 56 (majorité de 19 sur un total de 468 l\u2019action nationale i 3 i).Au cours de la discussion, le premier ministre affirme: «On n\u2019a pas conscrit un seul homme pour la campagne en Afrique orientale allemande, lors de la dernière guerre, et on ne conscrira pas un seul homme pour quelque campagne que ce soit au cours de la guerre actuelle.» 8 février.Victoire, à une élection partielle, de la coalition antiparticipationniste et antiimpérialiste Hertzog-Malan.13 février.Par un vote de 79 à 59 (majorité de 20 sur 138), le gouvernement Smuts fait voter sa loi des mesures de guerre, après la plus longue (près de 29 heures sans interruption) et la plus violente séance jamais tenue à la Chambre des députés sud-africains.18 avril.On formule un programme d'entraînement sur place de pilotes et d\u2019aviateurs anglais et sud-africains.22 avril.Le premier ministre Smuts découvre un complot auquel participent des membres afrikan-ders de son cabinet, en vue d'inciter les travailleurs de la mine de diamant Rand à la grève, comme point de départ d\u2019une révolution politique.Le chef de l\u2019Union des mineurs n'est autre que le fils de Hertzog.Austrolie et Nouvelle-Zélande 3 septembre 1939.L\u2019Australie et la Nouvelle-Zélande se considèrent en guerre du fait que la Grande-Bretagne est en guerre: « It is my melancholy duty to announce officially, in consequence of Germany's persistence in invading Poland, that Britain has declared war, and, as a result, Australia is also at war.s (M.Robert Menzies, premier ministre d'Australie). CALENDRIER DE GUERRE 469 «With reference to the intimation just received that a state of war exists between the United Kingdom and Germany, His Majesty s Government in New Zealand desire immediately to associate themselves with His Majesty's Government in the United Kingdom in honoring their pledge word [.].The existence of a state of war with Germany has accordingly been proclaimed in New Zealand, and H.M.'s New Zealand's Government would be grateful if H.M.\u2019s Government in the United Kingdom would take any steps that may be necessary to indicate to the German Government that H.M.s Government in New Zealand associate themselves in this matter with the action taken by H.M.\u2019s Government in the United Kingdom.» (M.Peter Fraser, premier-ministre intérimaire de Nouvelle-Zélande).Commentaire: C est U automatisme colonial, particulièrement clair dans le cas de l'Australie: puisque la Grande-Bretagne est en guerre, l'Australie et la Nouvelle-Zélande le sont également.Le Parlement n'est même pas consulté.6 septembre.Le gouvernement australien appelle 78,000 hommes sous les armes pour entraînement et surveillance des points vitaux.Le ministre des affaires étrangères, sir Henry Gullett, déclare que le gouvernement n\u2019a pas étudié sérieusement 1 envoi de troupes expéditionnaires outre-mer ; quand il aura assuré la défense du territoire, il verra ce qu il y a à faire selon les circonstances.15 septembre.Le premier-ministre Robert Men-zies annonce la formation d'un cabinet de guerre australien qui a décidé de lever sans délai un premier corps de 20,000 volontaires pour «service en Australie, ou outre-mer», selon les circonstances et ce qui sera demandé.19 septembre.M.Menzies déclare au Parlement que l\u2019Australie n\u2019enverra pas de corps expéditionnaire en Europe, du moins immédiatement; 470 l'action nationale mais le Gouvernement pourrait plus tard reconsidérer cette décision.20\tseptembre.L\u2019Australie offre à la Grande-Bretagne six escadrons aériens formant un total de 550 hommes d'ici la fin de l'année.25\tseptembre.Londres annonce que la Nouvelle-Zélande vient de lui offrir «une division entière, complètement armée, pour faire du service n importe où dans le monde)).21\toctobre.Le gouvernement de M.Menzies impose la conscription aux célibataires de vingt et un ans, pour service en Australie seulement.15 décembre.Premier objectif à réaliser pour l'Australie dans le plan d'entraînement impérial des aviateurs: formation de 26,000 aviateurs.C\u2019est ce que déclare M.Menzies.26\tdécembre.On annonce en Angleterre l'arrivée d'un corps d\u2019aviateurs australiens déjà entraînés.17 janvier 1940.Le ministre australien des affaires étrangères, sir Henry Gullett, déclare que l'enrôlement des miliciens dans le corps impérial australien est déplorablement faible.12 février.On annonce de Sydney et de Londres le débarquement à Suez du premier corps expéditionnaire australien et néo-zélandais: 30,000 hommes, affirme-t-on officieusement.Commentaire: Malgré le verbalisme loyaliste de M.Menzies\u2014 nous laissons tomber bon nombre de ses déclarations plus ou moins bien inspirées, l'Australie s'est laissé devancer par le Canada: notre premier contingent a débarqué en lieu dû près de deux CALENDRIER DE GUERRE 471 mois (exactement le 18 décembre) avant celui de l Australie et de la Nouvelle-Zélande.14 février.L Australie songe à lever une seconde division pour 1 envoyer en Angleterre comme corps expéditionnaire.Commentaire: L Australie annonce qu'il s'agit d une septième division.Ainsi que le notent plusieurs journaux quotidiens canadiens, le numérotage adopté par l Australie peut prêter à équivoque ; elle avait levé cinq divisions lors de la dernière guerre; au lieu d inaugurer une nouvelle série (comme fait le Canada, ce qui paraît plus logique), elle continue La sérié de 1914-1918 et appelle ((sixième)) la premiere division mobilisée cette année, ((septième)), la deuxième division, et ainsi de suite.3 mars.Victoire travailliste à une élection partielle.Le parti travailliste australien s'oppose non seulement à la conscription mais aussi à 1 envoi de corps expéditionnaires.Le premier-ministre Menzies assure que la lutte s'est livrée surtout autour de questions locales, mais avoue que «le résultat n\u2019en indique pas moins que le gouvernement est très en avance sur l'opinion publique, sur la question de la guerre».7 mars.A la suite de la défaite subie par son Gouvernement dans l'élection partielle du 3, M.Menzies s entend avec le parti agraire pour former un cabinet de coalition et annonce une vigoureuse politique de guerre (notamment l'envoi outre-mer d'un corps d'armée entier de 80,000 hommes). 472 l'action nationale 26 mars.Le parti travailliste (au pouvoir) en Nouvelle-Zélande, au cours de son congrès annuel, déclare de nouveau qu'il n'y aura pas de conscription en Nouvelle-Zélande aussi longtemps qu'il restera à la direction des affaires.20 mai.L\u2019Australie annonce qu'elle a commencé le recrutement pour une deuxième division.Il s'agit de la «première véritable campagne de recrutement sur une haute échelle)).En Nouvelle-Zélande, on commence à exécuter un «plan de solidification intense de la défense intérieure».22 mai.Le premier ministre Menzies annonce au Parlement que l\u2019Australie commencera sur-le-champ à lever une troisième division pour service outre-mer.24 mai.Le premier ministre de la Nouvelle-Zélande, M.Fraser, annonce que son gouvernement va demander au Parlement des pouvoirs dictatoriaux d\u2019urgence semblables à ceux que s'est fait attribuer hier le gouvernement de Grande-Bretagne (pour conscrire la richesse et le travail).Inde Du 3 au 10 septembre 1939.L\u2019Inde entre automatiquement en guerre avec la Grande-Bretagne, mais son aide efficace reste douteuse.Les princes indiens mettent leurs ressources a la disposition de l'Angleterre.Nizam de Hyderabad, premier prince des Indes, et Aga Khan, chef spirituel de dix millions de musulmans, soutiennent la Grande-Bretagne avec ferveur.Le Maharajah de Indore contribue $150,000. CALENDRIER DE GUERRE 473 Mais le Parti du Congrès pan-indien se réserve.Gandhi exprime au vice-roi des Indes, lord Linlitghow, sa sympathie pour la France et l'Angleterre, «d\u2019un point de vue purement humanitaire».11 septembre.La Grande-Bretagne suspend Y India Act de 1935 (status actuel de l\u2019Inde) à cause de la guerre.Semaine du 18 octobre.Le Congrès délègue cinq chefs indiens auprès de Lord Linlitghow en compagnie de Gandhi afin de discuter de la suspension de Y India Act.Le vice-roi explique que l\u2019Angleterre entend toujours accorder le status de Dominion à l\u2019Inde, mais que la guerre la force de suspendre cette évolution.Réponse de Gandhi: «La vieille politique du diviser pour régner continue.L\u2019Inde, selon la conception du Congrès, ne peut pas marcher avec la Grande-Bretagne dans sa guerre contre Hitler».A la suite de cette démarche, le Comité permanent du Congrès se réunit à Wharda.21 octobre.Le Comité permanent rejette la politique de lord Linlitghow comme «entièrement inacceptable» et ordonne aux huit ministres provinciaux adhérant au Congrès de démissionner en guise de protestation.Semaine du 2 novembre.Cinq des huit ministres provinciaux démissionnent, laissant les provinces en cause sans gouvernement.5\tnovembre.Le vice-roi annonce qu\u2019il va gouverner par décrets.6\tnovembre.Gandhi proclame le refus du Congrès de coopérer avec la Grande-Bretagne tant qu\u2019une 474 l'action nationale nouvelle assemblée constitutionnelle n'aura pas été convoquée pour permettre au peuple indien de décider de son attitude dans la guerre.ier mars 1940.Le Congrès pan-indien se réunit à Patna.Il se dissocie par résolution des «guerres impérialistes» de l'Angleterre.Il déclare: «La liberté hindoue ne saurait exister dans l\u2019orbite de l'impérialisme anglais, et le status de dominion ou tout autre status dans les cadres de l\u2019Empire ne sauraient s'appliquer à l'Inde».Le Congrès réclame donc la complète indépendance de l'Inde.La grève des ministères dans huit des quinze provinces de l'Inde sera «naturellement» suivie d\u2019une campagne de désobéissance civile; mais contre les extrémistes, Gandhi obtient un vote contre le déclenchement immédiat de cette campagne.13 mars.Assassinat à Londres de sir Michel O\u2019Dwyer, ancien lieutenant-gouverneur du Punjab, par un hindou, frère d\u2019une victime de la répression sanglante ordonnée sous O\u2019Dwyer le 13 avril 1919.(Lors des émeutes du 13 avril 1919, les troupes ont fait feu sur une foule d'Hindous à Amritsar, tuant 379 personnes et en blessant quelque 1200 autres.) Gandhi exprime ses sympathies à l'Angleterre, se désolidarise d'avec l\u2019assassin, mais déclare que cet incident malheureux ne changera point son attitude.Semaine du 17 mars.53e Conférence du Congrès à Ramgalir.Les extrémistes se séparent de Gandhi et réclament une campagne de désobéissance civile immédiate. CALENDRIER DE GUERRE 475 22 mars.La minorité musulmane proteste contre les réclamations de Gandhi.Les musulmans n'accepteront jamais la domination hindoue, déclare leur chef Mohamed Ali Juniah, à Lahore.Il réclame pour l'Inde, au lieu d'une constitution dominée par les Hindous, la division en États nationaux autonomes.27 mars.Gandhi prépare une campagne de désobéissance passive pourvu que celle-ci soit vraiment passive, c\u2019est-à-dire que ses partisans acceptent la prison sans résistance le cas échéant.18 avril.Le Comité d\u2019action du Congrès pan-indien adopte une résolution qui demande à tous les comités du parti de se préparer à une déclaration de «satyagaha» ou de désobéissance civile.L\u2019Angleterre prend des mesures d\u2019ordre exceptionnel pour empêcher le mouvement de désobéissance passive de s\u2019étendre parmi la population sympathique aux chefs autonomistes.Londres a augmenté les pouvoirs des gouverneurs territoriaux, dans plusieurs provinces, de sorte qu\u2019ils pourront gouverner sans conseils provinciaux là où ceux-ci ont démissionné.20 mai.L\u2019un des chefs nationalistes de la gauche au Congrès, Pandit Jawaharlal Nehru, déclare que le fait de lancer une campagne de désobéissance civile à un moment où l\u2019Angleterre est engagée dans un combat pour la vie ou la mort, devrait être considéré comme «un acte dérogatoire à l'honneur des Indes». 476 l'action nationale 2i mai.Le gouvernement des Indes renforce les mesures de défense, pour protéger le pays contre l'activité possible d\u2019une «cinquième colonne)).23 mai.Leopold F.Amery, nouveau secrétaire britannique pour les Indes, déclare que c\u2019est «aux Indiens eux-mêmes à jouer une part vitale)) dans la préparation d\u2019une «nouvelle constitution pour les Indes».Il en appelle aux Hindous et aux Musulmans pour qu\u2019ils règlent leurs différents et réaffirme que le désir de la Grande-Bretagne est de donner à l\u2019Inde «l\u2019association libre et égale» au sein du Commonwealth.Semaine du 23 au 28 mai.Gandhi déclare qu\u2019il travaillera sans répit, pour en «arriver à un arrangement pacifique honorable».V.LE CANADA ET LES ÉTATS-UNIS Le fait de la belligérance canadienne posait à l\u2019Amérique un grave problème.Seul pays de ce continent à participer au conflit,\u2014 parce que seul pays important à ne point jouir de l'indépendance politique totale, de ce côté-ci de l\u2019Atlantique \u2014 notre pays allait-il continuer d\u2019être protégé par la doctrine Munroe ?12 septembre 1939.Le président Roosevelt avertit le monde que la déclaration de guerre du Canada à l\u2019Allemagne ne change rien à la garantie donnée au Canada par les États-Unis, et que ce dernier pays réagirait rapidement contre toute tentative de domination de notre sol par une puissance non anglaise. CALENDRIER DE GUERRE 477 13\toctobre.Lindbergh, dans un discours irradié à la nation étatsunienne, soutient que «le Canada n\u2019a pas le droit d'entraîner ce continent dans une guerre européenne pour la simple raison qu\u2019il préfère la Couronne d\u2019Angleterre à l\u2019Indépendance américaine».(Cf.1\u2019Action nationale, livraison d\u2019octobre 1939, pp.151-2, où l\u2019on trouve de larges extraits de ce discours.) 14\tfévrier 1940.L\u2019Allemagne refuse de reconnaître la zone de sûreté américaine \u2014 laquelle s\u2019étend jusqu'à 300 milles du littoral d'Amérique, sur l\u2019Atlantique,\u2014 à cause, notamment, de la belligérance du Canada.(Ces deux chapitres s'arrêtent au 25 mai 1940.) \"Suprême importance du françois\" pour les Canadiens français de l'Ouest Dans un nouveau communiqué \u2014 que nous ne pouvons, faute d'espace, reproduire en entier,\u2014 les associations nationales de l'Ouest rappellent que leurs populations n'ont pas «un climat culturel favorable» à la langue et à l'esprit français : «L'école est à base anglaise.«Cinq des neuf diocèses sont à base anglaise.«Les quotidiens sont anglais.«Les gouvernements provinciaux, sont exclusivement anglais.«Les cinémas sont anglais.«Les sports sont anglais.«Les ondes radiophoniques sont anglaises.«Bref, l'anglais nous enserre comme dans un étau.» Tout cela ressortit aux gouvernements locaux et aux intérêts privés, sur qui l'on ne peut à peu près rien; tout cela sauf la radio, qui est fédérale.Les Canadiens français de l\u2019Ouest ^demandent assez peu en vérité: entendre du français tous les jours et plusieurs fois par jour.C'est-à-dire, que certains programmes authentiquement français \u2014 comme le radio-roman de Valdombre, Un homme et son péché, comme «les fureurs d'un puriste», la Pension Velder, etc.\u2014 soient retransmis par un poste de Radio-Canada dans les provinces des Prairies.Et c est cela, à quoi ils ont un droit strict, qu'on leur refuse depuis sept ans! 478 l'action nationale L'ossuronce-chômage et les provinces Le 20 mai dernier, le T.H.M.King nous apprenait que presque toutes les provinces «approuvent, en thèse générale.1 idée d une loi fédérale sur l\u2019assurance-chômage».Comme il ne saurait pratiquement exister une telle loi sans modification de l\u2019Acte de 1867, ces provinces acceptent donc d'abandonner au fédéral certains pouvoirs très importants que leur donnait la constitution.Parmi les provinces consentantes on trouve le Québec, ajoute M.King.Toucher à la constitution d'un pays constitue un acte d'une extrême gravité: 1 un de nos collaborateurs le souligne ailleurs.Et nous avons cent fois redit qu'en abandonnant le droit de légiférer en matière de chômage, les provinces s'exposent à perdre le contrôle de la législation ouvrière, et finalement, le privilège d organiser leur vie sociale selon la conception que s en font leurs habitants.Quand la province de Québec a-t-elle été appelée à se prononcer sur cette question ?Quand la législature québécoise a-t-elle autorisé le gouvernement provincial à faire d'aussi désastreuses concessions au pouvoir central ?La seule fois que le problème de l\u2019autonomie provinciale fut abordée en chambre, M.Godbout déclarait, avec une fermeté que nous avons admirée : Dans «toutes les matières qui sont de juridiction provinciale, chacun peut être certain que le gouvernement actuel saura sauvegarder les droits de la province de Québec.sans défaillance.Nous ne laisserons toucher à l\u2019intégrité de nos droits par personne.» (8 mai 1940.) Nous pouvons donc espérer que le gouvernement Godbout se ressaisira à temps, et que si cela devient nécessaire, les députés sincèrement autonomistes lui rappelleront ses promesses et son devoir. Table des matières JANVIER Préparer l'après-guerre \u2014 Esdras Minville.3 Le parlement et les parlementaires \u2014 Léopold Richer.\t15 Charles Péguy \u2014 Arthur Laurendeau.26 Loisirs à la campagne \u2014¦ J .-R.Bonnier.41 La question sociale \u2014 Frs-Albert Angers.57 Les jeux de la politique \u2014 Roger Duhamel.71 Commencements \u2014 Roger Duhamel.80 Les livres.83 Courrier de guerre.85 FÉVRIER Sur un plébiscite \u2014 L'Action nationale.89 Viatique de durée \u2014J.-Robert Bonnier.91 Prélude \u2014 Clément Marchand.100 Mort du colonianisme ?\u2014 Clément Marchand.102 Frontières de la pensée \u2014 François Hertel.107 Les jeux de la politique \u2014 Roger Duhamel.123 Un peu d'intelligence, s'il vous plaît \u2014 Frs-Albert Angers 134 Poésie pas morte \u2014 Roger Duhamel.143 Rodolphe Plamondon \u2014 Arthur Laurendeau.148 Courrier de guerre.151 MARS Élections de guerre \u2014 L\u2019Action nationale.153 Le départ de Maisonneuve \u2014 Lionel Groulx, ptre.156 Commencements \u2014 Léon Gérin.176 Le paternel \u2014 Charles Doyon.182 La famille \u2014 Ls Lachance, O.P.185 Empiétements fédéraux \u2014 Frs-Albert Angers.197 Les jeux de la politique \u2014 Roger Duhamel.209 \"Silhouettes du monde politique\"\u2014 Roger Duhamel.219 \"De la belle ouvrage\" scientifique et nationale \u2014 Medicus 223 Les livres.228 Calendrier de guerre \u2014 Frank R.Scott.229 480 l'action nationale AVRIL A des amis indiscrets \u2014 L\u2019Action nationale.141 L'enseignement secondaire au Canada français \u2014 Alcantara Dion, O.F.M.243 Apologie de iadversaire \u2014 Arthur Laurendeau.2-64 Toute la nuit \u2014 Roger Rolland.270 La famille (suite et fin) \u2014 Louis Lachance, O.P.271 Apostilles politiques \u2014 René Doussin.286 Chansons de la Louisiane \u2014 Frs-J.Brassard.192 Les livres.295 Calendrier de guerre.298 MAI Jeunesse de Dollard \u2014 L'Action nationale.3°5 Lettre ouverte à un intellectuel anglo-canadien \u2014 Arthur Laurendeau.3°6 Pourquoi la Belgique était neutre \u2014 Pierre Mahillon.310 La crise du français \u2014 Léon Lorrain.324 Deux mystiques de la Nouvelle-France \u2014 Lionel Groulx, ptre.331 Plaidoyer pour l'éditeur canadien-français \u2014 Bernard Valiquette.336 Les jeux d'une théologie aventureuse \u2014 André Laurendeau.344 Avoir de l\u2019initiative \u2014 Frs-Albert Angers.354 Radio-Canada et le français dans l'Ouest \u2014 E.Lemieux.366 Gens de beau métiei-Clément Marchand.37° Marges \u2014 Roger Duhamel.37?Calendrier de guerre.3§3 JUIN Aux sources de nos énergies nationales \u2014 L.-Athanase Fréchette.En faveur de nos bibliothèques \u2014 Maurice Lebel.La lampe \u2014 Robert Choquette.Notre héritage français dans les arts \u2014 Gérard Morris- SETTE.Pelléas et Mélisande \u2014 Arthur Laurendeau.Sources de joie \u2014 Charles Doyon.\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022¦\u2022 Lettre à l' Action nationale \u2014 Paul Doncoeur, S .J.Fondements géographico-êconomiques de l'autonomiste \u2014 Frs-Albert Angers.Vie de l'esprit \u2014 Roger Duhamel.Généralités sur la poésie \u2014 Roger Rolland.Marges.Les livres.Calendrier de guerre.393 398 414 418 426 430 434 437 446 4$2 446 456 459 UN LIVRE IMPORTANT Artisans du Québec 232 pages 80 hors-textes Par Jean-Marie Gauvreau AUX ÉDITIONS DU BIEN-PUBLIC TROIS-RIVIERES V Vient de paraître Aujourd\u2019hui un nouveau O digest*** français Directeur :\tAdministrateur : Roger DUHAMEL Jean-Marie MORIN Abonnement : $2.50 par année, $1.25 pour six mois, $0.25 le numéro.31 ouest, rue St-Jacques,\tMontréal VI Une brochure d\u2019actualité La Conscription au Canada en 1917 par LÉOPOLD RICHER ?15 sous l\u2019exemplaire AUX ÉDITIONS DU \u201cDEVOIR\u201d VII SOLIDARITE Pratiquons l'économie, qui consiste à tirer le meilleur parti de toutes choses.Déposons nos épargnes dans une grande institution de crédit, qui prête une large part de ses ressources à l'agriculture, au commerce et à l'industrie.Ainsi, nous ferons d'une pierre deux coups: notre capital d'épargne sera en sûreté et nous rapportera des intérêts, et il alimentera l'activité économique dont tout le monde profite Banque Canadienne Nationaub 550 bureaux au Canada LE CANADA FRANÇAIS Publication de l'Université Laval Organa de la Société du Parler Fran$aia au Canada Littérature, canadienne et française.Histoire, canadienne et générale.Pédagogie et enseignement.Linguistique canadienne.Politique générale.Bibliographie et critique.0 Abonnement:\tLE CANADA FRANÇAIS TROIS DOLLARS\tUniversité Laval, par année.\t0 Québec.VIII Lorsqu\u2019il s\u2019agit de produits de l\u2019érable, Exigez toujours la meilleure qualité 1 La marque \u201cCITADELLE\u201d est la meilleure.\u2022 Sirop d\u2019érable \u201cCITADELLE\u201d Sucre d\u2019érable granulé \u201cCITADELLE\u201d Sucre d\u2019érable \u201cCITADELLE\u201d Beurre d\u2019érable \u201cCITADELLE\u201d \u2022 Ces produits sont en vente ches tous les bons épiciers, et : Les PRODUCTEURS de SUCRE d\u2019ÉRABLE DE QUÉBEC BUREAU CHEF: 5, AVENUE BÉGIN :: LÉVIS 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