L'action nationale, 1 novembre 1939, Novembre
[" L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Action nationale\tEncore et toujours l\u2019éducation.153 Arthur Laurendeau\tQue faire?.154 Félix-Antoine Sa vard\tMéditations-poésie).\t165 Léopold Richer\tPour avoir confiance.\t167 Chroniques Dans la cité Roger Duhamel\tLes jeux de la politique.181 Frs-Albert Angers\tParticiper.191 \u2022 Vie de l\u2019esprit Pierre Dansereau\tSur deux congrès.205 * * \u2022\tLes livres.209 Courrier de guerre 212 L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE \u2022 Directeur: André LAURENDEAU \u2022 L\u2019Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligua sont: MM.Esdras Minville, président; Roger Duhamel, secrétaire; l\u2019abbé Lionel Croulx, Mgr Olivier Maurault, P.S.S., Pierre Homier, Eugène L\u2019Heureux, Anatole Vanier, Arthur Laurendeau, l\u2019abbé Albert Tessier, René Chaloult, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, André Laurendeau, Maximilien Caron, François-Albert Angers.ADMINISTRATION: 3516, ave de Lorimier, case postale no 1524 Place d\u2019Armes, Montréal.DIRECTION: 3472, rue Hutchison, Montréal.Le directeur de la revue, M.André Laurendeau, reçoit sur rendez-vous.Téléphone; ELwood 6777.L\u2019abonnement est de $ 2.0 0 par année Abonnement de soutien 5.00 par année Tous droits réservés, Ottawa, 1933 Encore et toujours l'éducation \u201c.De plus en plus, on se détourne de l\u2019électoralisme pour s\u2019occuper d\u2019éducation.Pendant si longtemps, nous avons été sidérés par l\u2019inquiétude politique exclusive.Et pourtant, celle-ci pcend les hommes quand ils sont déjà formés.Elle ne peut donc être que la résultante des forces dressées par l'éducation prépolitique.On est battu d\u2019avance si on appartient à une collectivité où le ressort humain est faible.Les jeux sont déjà tirés quand arrive l'heure du suffrage.\u201d L\u2019ACTION NATIONALE (sous la plume d\u2019Arthur Laurendeau, dans sa livraison de septembre 1939).Dès décembre, la revue reprendra son volume normal: 88 pages.Si vous avez lu l'inscription suivante sur la bande d\u2019adresse de votre exemplaire: SEPTEMBRE 1939, cela signifie que votre abonnement prenait fin en juin dernier.Nous avons continué de vous faire le service de la revue, mais vous nous aideriez grandement en nous adressant IMMEDIATEMENT votre $2.00, ou en consentant un \u201cabonnement de soutien\u201d, soit $5.00 (C.P.1524, Place d\u2019Armes, Montréal).Au sujet de la censure, on se rappellera que la liberté d\u2019expression n\u2019existe plus au Canada.Il ne nous est plus permis d\u2019exprimer toute notre pensée sur certains sujets. Que faire?Une revision de nos buts ne s\u2019impose-t-elle pas?Si nous voulons vivre dans la plénitude d\u2019un épanouissement opiniâtre, que faut-il proposer qui soit une véritable promesse d\u2019accomplissement?En fouillant jusqu\u2019à la racine de nos faiblesses, quelle mauvaise application des lois de la vie pouvons-nous discerner?Quelle est cette défaillance centrale qui entraîne toutes les autres?Chacun doit donner sa réponse.Plus la nuit est noire, plus l\u2019aurore se fait proche: tâchons de pressentir ses premiers rayons.Les yeux fixés sur l\u2019orient, tenons nos âmes en disponibilité de réflexion tenace, d\u2019acceptation active.Nous avons trop méprisé les humbles commencements.Nous avons choisi d\u2019être brillants avant d\u2019être forts.La politique (ou la piperie des mots) nous a hypnotisés.Nous lui avons donné toutes nos énergies, toute notre flamme.La vie privée, quotidienne, intime, appliquée aux humbles succès, n\u2019a pas su préparer les réussites définitives.Les années qui comptent sont celles où une réflexion intense prépare un maximum d\u2019action avec un minimum de paroles.L\u2019histoire la plus extraordinaire a commencé par trente années de méditation solitaire et a fini par trois années de vie publique.Pour former des recommenceurs inlassés, des reconstructeurs perpétuels, il faut orienter l\u2019homme dès le seuil de la vie: dès l\u2019enfance; avant que la routine ne l\u2019emmure dans la passion des intérêts secondaires, dans l\u2019ab- QUE PAIRE?155 solu des fanatismes; avant qu\u2019il ne trébuche sur un égocentrisme incurable, sur l\u2019impuissante vanité, dans l\u2019absorption des fausses fois: c\u2019est-à-dire, quand le métal se peut encore plier aux trempes les plus pures.L\u2019heure est propice: l\u2019heure est arrivée où individuellement et collectivement, ayant une notion plus lucide de nous-mêmes, de notre être, de nos possibilités, nous devons inscrire ce mot d\u2019ordre: éducation, à tous les carrefours du chemin, sur tous les murs où nous nous butons, dans toutes les impasses où nous sommes engagés.Mais alors, à fond: sans restriction, sans phrases, sans bavardage, en prenant pour ainsi dire dans nos mains l\u2019âme de nos enfants, pour les façonner virilement, leur insuffler un esprit de vérité indomptable.Depuis Bourassa, nous piétinons sur place.Peut-on parler à son sujet d\u2019échec relatif?Examinons la forme même de son talent, de ce génie oratoire qui le destinait forcément à la politique.Aurait-il pu donner le même éclat, sans les grandes assemblées populaires, sans l\u2019électoralisme?En dehors du mode démocratique, comment eût-il pu réveiller en nous certaines parties de la conscience nationale?Son horreur de l\u2019électoralisme, son pessimisme averti ne pouvaient l\u2019empêcher d\u2019être prisonnier de ses dispositions natives.Il nous a énormément servis, mais en renforçant l\u2019axe des préoccupations exclusivement politiques.Risquons cette considération que son amertume finale vient peut-être de ce que son action, quoique très forte, fut surtout périphérique.Ajoutons que la grande tentation d\u2019une nature si haute devait être le mépris.Bourassa se fit janséniste, ne voulant pas 156 l\u2019action nationale renoncer à sa mésestime de l\u2019homme.Mais il nous a rendu d\u2019immenses services, ne l\u2019oublions pas.D\u2019abord et avant tout par son antiimpérialisme.Aucune documentation, aucune lutte dans ce domaine qui ne s\u2019inspire de lui.Là est sa force, sa continuité, son unité.Cette doctrine se heurta dès le début à la partisanne-rie.Après de nombreuses campagnes de discours et de presse, Bourassa débarrassa l\u2019élite de l\u2019esprit de parti.Les hommes sont de plus en plus nombreux, chez nous, qui ne croient plus au parti, qui ne remettent plus au parti le soin des décisions civiques; qui ne soumettent plus au parti leur faculté de penser; qui veulent juger par eux-mêmes de la valeur des doctrines et des hommes; qui considèrent comme une hérésie de l\u2019intelligence et de la volonté le dogme de l\u2019irresponsabilité et de l\u2019aveuglement; qui se méfient de tous les consortiums de fanatisme égaré, où toute justice est refusée à l\u2019adversaire et où l\u2019on dépiste en lui les pires intentions; dont le culte a fait des Canadiens français des frères ennemis, jetés périodiquement dans des bagarres où la moitié de la population fonçait sauvagement sur l\u2019autre moitié, et qui s\u2019appelaient par euphémisme des élections.Bourassa nous a débarrassés de cette fougue sectaire par laquelle nous enfermions, comme des ilotes, dans la geôle du bleu et du rouge, nos idées les plus chères, nos revendications les plus sacrées.Et ces idées essentielles, nous croyions naïvement les voir triompher, quand nous en confiions la garde et la défense à l\u2019équipe bleue ou rouge.Nous sommes-nous assez battus pour des fumées, pour des chimères, pour des prunesl Avons-nous QUE FAIRE ?157 assez commis de ces péchés mortels contre 1 intérêt national! En disant adieu à ces années ingrates, à ces pays de mirage, en voyant s\u2019éloigner notre navire, nouvellement lesté pour des navigations plus positives et mieux conduites, rendons à Bourassa le témoignage de notre reconnaissance.La place qu\u2019il occupe dans ce domaine, quoique négative, n'en est pas moins digne de notre admiration.Et puisqu\u2019il faut descendre jusqu\u2019à l\u2019enfant pour opérer une révolution réelle, vérifions par 1 histoire des quarante dernières années ce fait qu\u2019il nous a manqué dans le domaine de 1 éducation la réplique d\u2019un Bourassa.Le génie d\u2019un Bourassa,\ttransplanté sur le\tterrain\tscolaire, nous eût donné, vers 1914, des hommes neufs, attelés au parti de l\u2019intelligence, du personnalisme, des hommes aguerris, armés, conscients, ayant le sens des responsabilités, ambitieux de culture, d\u2019approfondir en eux le sens catholique et le sens français, des hommes ayant épousé, tout jeunes, l\u2019image secrète d\u2019un type humain chargé de promesses civilisatrices, que personne ne voit d\u2019abord et que la contemplation va chercher dans l\u2019invisible et qui finit par façonner tout le charnel: capables d\u2019assumer la direction de notre peuple, sans gaspillage de forces, sans querelles acrimonieuses, sans controverses épuisantes.Mais on ne peut projeter sur tous les points la même lucidité, la même lumière, ni promener partout la même torche purificatrice.Bourassa, issu des grands parlementaires anglais, nourri de l\u2019histoire des institutions britanniques, ne pouvait éprouver qu\u2019une grande foi dans 1 efficacité des luttes 158 l\u2019action nationale parlementaires.En surévaluant (surtout au début de sa carrière) le rôle de la politique, tôt ou tard devaient lui apparaître les tares du régime démocratique, ses faiblesses, ses dangers.Vit-il assez nettement que le remède tout indiqué, c est 1 éducation; que l\u2019élection est une crise où 1 organisme se gorge de toxiques accumulés par le temps et l\u2019usure, que la santé s\u2019acquiert dans les temps de calme et longtemps avant 1 election; que celui qui se rend aux urnes ne peut y apporter que l\u2019ensemble des qualités ou des défauts acquis par l\u2019éducation, que s\u2019il ne montre dans la vie quotidienne que pusillanimité, égocentrisme, légèreté, il n'est pas mûr pour la citoyenneté et que le civisme ne s\u2019apprend que dans la famille et à l'école; que toute réforme électorale commence sur les bancs de la classe primaire.Le sentiment démocratique étant devenu démagogique, il n\u2019est exigé, ni de l\u2019électeur, ni même du candidat aucune qualification morale ou intellectuelle, même la plus sommaire.Du reste, il faudra que les partis préparent leurs équipes par une éducation économique, sociale et nationale s\u2019ils ne veulent pas tomber dans un discrédit qui fera évoluer l\u2019opinion vers les régimes d\u2019autorité.Les héritiers de Bourassa devront donc s\u2019inspirer de son esprit, de ce qu\u2019il eut de fertile, en parcourant un cycle plus étendu: ce sera le rôle des générations montantes de mettre un frein à la licence démagogique en fournissant des compétences susceptibles de représenter le pays réel.Quel climat doit régner dans l\u2019école?Où l\u2019instituteur doit-il puiser sa norme éducative?Dans un principe qui QUE FAIRE ?159 peut s\u2019énoncer ainsi: substituer au concept de la quantité celui de la qualité.Cette notion bien française, d\u2019origine gréco-latine, fournit un programme nettement approprié à notre tempérament.Nous avons certes dans la peau le sens de la belle ouvrage.Mais n'oublions pas cette loi cruelle des minorités trop passives, condamnées à imiter chez les autres ce qu\u2019ils ont de pire.Ainsi s\u2019expliquent chez nous les escaliers extérieurs, les maisons enrôlées, le style du papier mâché, les horreurs de la publicité, le coca-cola, les mâchées de gomme, etc., etc.Mais nous avons d\u2019autres témoins: nos vieilles maisons, nos vieux meubles, notre vieille sculpture, notre vieille orfèvrerie, ou du moins ce qu\u2019il en reste.Quand on examine attentivement ces vestiges significatifs, on découvre ce fond révélateur d\u2019un tempérament imprégné du sens de la perfection.Des Américains, des Anglais ont été frappés de ces signes indicateurs d\u2019un type humain capable d\u2019originalité.Par un paradoxe assez bizarre, ce sont des hommes d\u2019une autre culture qui se sont épris des richesses du passé de notre petite industrie et qui nous demandent de persister dans cet être personnel qui diversifie la production artistique de ce continent.La chose bien faite.Voilà notre véritable vocation de peuple français: voilà l\u2019appel intime que chacun peut entendre au-dedans de soi-même, quand il chasse l\u2019acquit artificiel du milieu ambiant.Mais l\u2019exécution de la chose bien faite est conditionnée par une disposition intérieure dont il faut favoriser le développement.Faire quelque chose et le bien faire.N\u2019importe quoi.Aussi bien qu\u2019il est humainement possible de le faire: non pour gagner 100 l\u2019action nationale de l\u2019argent, non pour le rendement matériel, non pour satisfaire la clientèle ou le patron, non pour se faire une réputation, non pour en retirer un bénéfice que l\u2019on compte sur ses doigts, mais pour se contenter soi-même: pour se donner à soi-même la joie de la belle ouvrage, pour satisfaire à cet appétit de perfection qui fait les peuples d\u2019élite.Et ce besoin doit s\u2019étendre à toutes les activités; à celles du village comme à celles de la ville; à celles du primaire comme de l\u2019universitaire; aux plus modestes comme aux plus spéculatives: à celles du charron qui fait des essieux, de la ménagère qui fait du savon ou de l\u2019étoffe du pays, du menuisier, du semeur, du faucheur, du musicien, de l\u2019écrivain, du médecin.Péguy raconte que chez sa mère, veuve et qui vivait d\u2019un petit atelier de rempaillage, on avait la passion de la belle ouvrage.Le problème du petit artisan qui faisait un simple barreau de chaise était de le bien faire: arrondi, poli, gracieux, joli à voir et solide.La même exigence portait sur les parties cachées de la chaise, celles qu\u2019on ne voit pas.Le résultat est vite connu.On vient de le voir à l\u2019exposition de la petite industrie.Qui en définitive conquiert la clientèle, la réputation, le rendement matériel?La belle ouvrage.Celle qui, en offrant une marchandise bien faite, sans bavures, sans négligences, attire l\u2019oeil du public, des connaisseurs, commande un meilleur salaire.L\u2019artisan qui taille dans le beau, qui tend au parfait, est toujours maître dans la concurrence.Il n'est jamais chô- meur. QUE FAIRE?161 Affirmons, sans crainte de nous tromper, que si nous arrivons à remettre nos enfants dans la tradition de la belle ouvrage, toute notre vie, individuelle et collective, en sera transformée: car elle affirme à sa façon la primauté des valeurs spirituelles.Elle les incorpore à la trame des heures innombrables, consacrées à la lutte du métier.Elle plonge dans la vie, en- commençant par le bas, à ras de terre.Elle exige, pour être pratiquée intégralement, une sévère option professionnelle.Au lieu de choisir une carrière parce que payante, le souci de la belle ouvrage nous rendra plus clairvoyants sur nos penchants réels et sur leur utilisation.Aimer son métier: le vivre pleinement: voilà le stimulant irremplaçable.Aimer sa tâche, même la plus effacée, pour ce qu\u2019elle exige de nos facultés dont elle force le rendement maximum.Y renouveler son enthousiasme dans la recherche de l'inconnu, de l\u2019imprévu qu\u2019elle décèle à tous les détours de l\u2019effort constant.Aucune besogne n\u2019est monotone à qui lui apporte de l\u2019amour.On ne réussit que dans la mesure où l\u2019on aime: et la nature nous ayant destiné au travail manuel, il vaut mieux cent fois être un bon colon qu\u2019un mauvais notaire.Une vocation d'artiste ne discrédite que le mauvais orienteur, qui la trahit en vendant des pilules ou en jouant à la bourse.La plus grande des vénalités consiste à sacrifier le talent sur les autels de l\u2019or.Chacun à sa place, chacun à son poste, pour le contentement, pour la joie que donne l\u2019adaptation réelle à un milieu donné, pour se satisfaire, pour assouvir la faim de la personne, pour l\u2019aliment professionnel qui nourrit 162 l\u2019action nationale toute la fécondité de la vie, pour la conquête de toutes les supériorités; pour faire d\u2019un prolétaire défaillant, d\u2019un chômeur inerte, un homme libre.Voilà de l\u2019éducation nationale et en profondeur.J\u2019ai vu, comme beaucoup, des élèves de l\u2019Ecole du Meuble, dirigés avec tant de compétence et de probité par Gauvreau, et qui portaient dans la main ou les yeux le feu sacré de la belle ouvrage.Ils se révélaient sans doute à eux-mêmes, sous la croûte des médiocrités recuites.Portons maintenant dans d\u2019autres domaines l\u2019application de cette qualité française de la belle ouvrage.Pourrons-nous l\u2019exercer dans celui de la grande industrie, des accumulations de capitaux, dans ce déséquilibre de puissance qui finit par absorber et noyer tout effort personnel, toute initiative, qui tue la liberté et engendre les dictatures?Comment faire prévaloir le respect de la personne, dans cet automatisme où l\u2019homme n\u2019est plus qu'un chiffre et sa fonction un numéro?Pourrons-nous l\u2019exercer dans la conception actuelle de la liberté, qui n\u2019est plus française, qui s\u2019appuie sur le nombre ou sur l\u2019équivoque et où la diversité des vues n\u2019aboutit qu\u2019à l\u2019oppression des faibles?Avons-nous actuellement, nous Canadiens français, l\u2019impression que nous sommes des hommes libres, nous enchaînant nous-mêmes à une conviction délibérée?J\u2019ajoute que la culpabilité retombe sur nous, qui ne réclamons que timidement, qui ne voulons que timidement ce que nous voulons, comme des écoliers en permission.Nous sommes faibles jusqu\u2019à ne frapper nos mea culpa que sur la poi- QUE FAIRE ?163 trine des autres.Personne ne se croit fautif: c est toujours le voisin qui est le bouc émissaire.L'éducation personnaliste seule fera de nous des êtres virils, moins préoccupés de vider les abcès de nos proches que de nous rectifier nous-mêmes.Y a-t-il rien de plus fort, de plus beau, que de s\u2019engager dans une idée, de la vivre vingt-quatre heures par jour: non pour en faire un sujet de polémique ou un motif d\u2019éloquence, non pour palabrer et discuter, mais pour poser des actes, pour se compromettre?Il faut que l\u2019éducation personnaliste apprenne à nos enfants qu\u2019une existence n\u2019est pleine, n\u2019a de sens, n est gonflée de la sève des épreuves et des joies, ne vaut quelque chose, ne vaut d\u2019être vécue qu\u2019à la seule condition qu\u2019elle incarne une idée.Incarner une idée, cela veut dire qu\u2019une idée part du cerveau et se répand ensuite dans le sang de nos veines, dans le réseau de nos muscles, dans le complexe de nos centres nerveux, qu\u2019elle électrise tout l\u2019homme, 1 homme physique, intellectuel et moral, qu\u2019elle en fait une chose unique, tout d\u2019une pièce, tout d\u2019un morceau, qu\u2019il jette alors dans la balance du destin.En cette voie, c\u2019est le premier pas qui coûte.Dès que le tunnel obscur des premières angoisses est passé, le paysage se fait lumineux.Croire en soi: en notre destinée de peuple français d\u2019Amérique: évoquer tous les jours de sa vie les motifs raisonnés de cette croyance: les regarder, les contempler, les réchauffer d\u2019une réflexion quotidienne.Croire qu\u2019un peuple qui a derrière lui quarante générations de pensée française et catholique trouve dans ces hérédités un ter- 164 l\u2019action nationale reau fécond, un germe, une source d\u2019initiative qui lui feront désirer les conquêtes de l\u2019art, de l\u2019économique, du social, de la terre (nous sommes, au dire de Siegfried, le seul peuple paysan d Amérique) ; croire que nous apportons dans la texture américaine un élément original, complexe, riche de données civilisatrices particulières.La réflexion peut continuer dans tous les sens, cette symphonie de nos aspirations.Pour celui qui est ainsi trempé, il n\u2019y a pas de situation désespérée.Arthur LAURENDEAU Servitudes et grandeurs de l'Irlande Les Carnets Viatoriens (livraison d\u2019octobre) rapportent dans un excellent schéma l\u2019évolution autonomiste de l\u2019Irlande.L\u2019histoire commence au Bill d\u2019union (1800) qui supprime le Parlement irlandais de Dublin et efface toute trace d\u2019autonomie.Alors commence, ou plutôt continue l\u2019oppression du peuple irlandais.L\u2019Angleterre affame la nation-vassale; un exode se dessine vers les Etats-Unis, et l\u2019Irlande se dépeuple.La masse est pauvre, elle n\u2019a plus de représentation politique, elle subit une sorte de martyre religieux.Puis, c\u2019est la lente remontée, douloureuse, traversée de crises endémiques, où les prostrations sont nombreuses mais que le courage des chefs rend possible.Parfois ces chefs sont abandonnés, la partie semblerait définitivement perdue.Ils résistent.Us réagissent.Ils ne subissent pas l\u2019histoire, ils la créent.Le caractère du peuple irlandais, comme il est fatal, se crispe et se durcit: rançon de l\u2019irrédentisme.Mais il mérite de parvenir à l\u2019indépendance.Il faut lire lentement l\u2019exposé dépouillé que trace le P.Marcel de Grandpré de cette glorieuse ascension, en se rappelant la situation de la petite Irlande, rivée aux côtés de son redoutable adversaire, et qui finit par lasser sa volonté de puissance.\u2014 Qui parle de fatalités historiques ?\" Méditation C\u2019est la veille de la Toussaint.D\u2019une came distraite, je vais, longeant les prêles roussis et les plates-bandes des nénuphars et, d\u2019un canot songeur, dans le gris de l\u2019eau et les ombrages ondulés, je taille un sillage parallèle à ces bords.Cela se fait harmonieusement, sans autre bruit que celui des gouttelettes que chaque aviron désenfile.Ainsi, je m\u2019en vais, fidèle à ma ligne collatérale et fuyante tracée comme un destin le long du rivage immobile.Et maintenant, en cette veille de l\u2019universel triomphe, Vers un ciel qui me semble aujourd\u2019hui plus peuplé et des musiques moins lointaines, que j\u2019élève mon âme.Que j\u2019entrevoie les morts glorieux et les saints qui nous donnèrent ce pays et que j\u2019entende leurs cantiques.T out un fleuve d\u2019âmes coule au-dessus de moi, venues cueillir des palmes aux lieux de leurs sacrifices.Saints dont en ma pierre d\u2019autel, je porte les reliques .et vous, saints des rapides, de l\u2019eau vite et des remous, saints martyrs des colliers, paquetons et portages, et vous, saints pagayeurs des longs avitonnages, saints des sommeils tremblants et des mauvais couchages, saints des matins gelés sans soleil, ni chaleur, vous, les batteurs de neige, blancs et saints raquetteurs, saints marcheurs consumés par des routes voraces, et saints des poudreries, neiges, frimas et glaces, de toutes confréries de misères et de morts, de toutes compagnies de croix et déconforts, 106 l\u2019action NATIONALE vous tous, saints inconnus, de l\u2019immense Toussaint, morts pour que ce pays soit à Dieu par les miens.Voyez! Voici dans la forêt l\u2019arbre bûché, voici l\u2019enfer joyeux des rouges abatis, et le premier terroir proprement essouché, les premiers boeufs ouvrant la première prairie ; voici le revers bleu du gras sillon d\u2019argile, les propos de semaille et les projets fertiles, le commencement pâle et vaporeux de l\u2019herbe, et voici l\u2019enfant blond dormant parmi les gerbes tandis que va sa mère liant d\u2019autres épis; et voici par la hache et par l\u2019équarrissage, la maison bien taillée dans la chair des plançons, la maison dont les coins par un juste assemblage sont pareils à des doigts croisés en oraison; et voici, dans les champs, la haute bergerie, le tranquille bercail du plus parfait Berger, la maison pastorale où s\u2019en vont les brebis quand tinte la sonnaille au cou de son clocher.De toutes confréries de misères et de morts, de toutes compagnies de croix et déconforts, vous tous, saints inconnus de l\u2019immense Toussaint, morts pour que ce pays soit à Dieu par les miens, venez ici, selon que le texte stipule, au champ de vos labeurs, cueillir vos manipules.Félix-Antoine SAVARD, pire. Pour avoir confiance Il y a quelque temps j\u2019avais le plaisir de converser longuement avec un journaliste étranger qui a beaucoup voyagé, qui connaît bien l\u2019Europe et les Etats-Unis.Tout naturellement la conversation est tombée sur le sentiment canadien-français au sujet de la politique extérieure, du lien britannique, de nos relations avec les Etats-Unis.Pour la dixième fois \u2014 n\u2019était-ce pas plutôt la centième?\u2014 depuis la déclaration de guerre du Canada à l\u2019Allemagne, je m\u2019efforçais à faire comprendre à mon interlocuteur le véritable sentiment canadien qui anime le Canada français, sentiment ni antibritannique, ni antin\u2019importe-quoi, mais proprement national, dans le sens canadien le plus large, le plus profond, le plus permanent.Et du même coup j\u2019exprimais l\u2019espoir de réussir un jour à faire comprendre notre point de vue par les Canadiens d\u2019autre langue qui nous ignorent, qui persistent à nous ignorer, à cause de je ne sais quelle barrière dressée entre les deux principaux groupes ethniques.Car s\u2019il est vrai que les gens du Québec sont parfois enclins à n\u2019envisager les problèmes canadiens que du seul point de vue de la province \u2014 quand ce n\u2019est pas d un tout petit Québec encerclé par une muraille historique \u2014 il n\u2019est pas moins vrai que le Canada anglais reste sur ses positions, ne fait rien pour nous comprendre, se croit des droits illimités et envisage tous les problèmes intérieurs ou extérieurs \u2014 surtout extérieurs \u2014 de son unique 168 l\u2019action nationale point de vue, sans s\u2019occuper le moins du monde de nos reactions et de nos sentiments, amplement justifiés par notre histoire et nos traditions.Nous avons, disais-je à celui qui voulait bien m\u2019interroger, l\u2019avenir pour nous.Le temps travaillera en notre faveur.Le chiffre de notre population ne cesse d\u2019augmenter.D\u2019après le recensement officiel de 1931, les Canadiens français comptaient pour un peu moins de trois millions.Aujourd\u2019hui nous atteignons trois millions et demi, ou tout près.Le collaborateur d\u2019un quotidien de langue anglaise disait récemment que nous étions près de quatre millions, mais cela était exagéré.Nous ne serons quatre millions que dans une dizaine d\u2019années, vers 1950.Mais dans dix ans, c\u2019est bientôt, c\u2019est demain, répondait le confrère.\u2014 En effet.Consultez les chiffres officiels pour vous convaincre.1 En 1911 nous étions 2.054,890.En 1921, ce chiffre était porté à 2,452,743.Dix ans plus tard, en 1931, notre population s\u2019élevait à 2,927,990.On n\u2019est donc pas loin de la vérité lorsqu\u2019on dit qu\u2019en 1941 les Canadiens français dépasseront les trois millions et demi et qu\u2019en 1950 ils commenceront à entamer le cinquième million.Cela comptera pour quelque chose.D\u2019autant plus que les Canadiens français, tout en conservant leur majorité dans le Québec, constitueront des îlots de plus en plus importants, non seulement dans le Nouveau-Brunswick, mais dans l\u2019Ontario tout d\u2019abord, puis en Nouvelle-Ecosse.Ce sont là des chiffres indéniables, qui nous inspirent une grande confiance dans l'avenir.1 L\u2019annuaire du Canada, 1938, version française, p.143. POUR AVOIR CONFIANCE 169 \u2014\tLes autres groupes ethniques ne cesseront pas d'augmenter pour tout cela.\u2014\tOui, mais à un rythme de beaucoup inférieur au nôtre.En voulez-vous la preuve?Consultons ensemble VAnnuaire du Canada.En 1921, comme vous le voyez, les Canadiens français étaient 2,452,743 et en 1931 ils étaient 2,927,990, soit une augmentation de 475,247.Par contraste, les Canadiens d\u2019origine britannique (Anglais, Ecossais, Irlandais et Gallois) étaient 4,868,738 en 1921 et 5,381,071 en 1931, une augmentation de 512.233.1 Ainsi la population d\u2019origine canadienne-française, qui était seulement de 2,452,743 en 1921, a augmenté de 475,247 en 1931, alors que la population d\u2019origine britannique, qui était pratiquement le double de la population française en 1921, n\u2019a augmenté que de 512,333.A remarquer que l\u2019immigration ne jouait qu\u2019en faveur du groupe de langue anglaise.C\u2019est dire que nous avons maintenant nettement l\u2019avantage.\u2014 N\u2019y a-t-il pas, chez vous, a demandé notre interlocuteur, des signes indiquant que votre magnifique natalité commence à baisser?\u2014 Oui, malheureusement.Le taux de natalité a baissé chez nous depuis quelques années, à cause de la crise économique.Le même phénomène s est produit partout.Vous direz, avec raison, que le mal de l\u2019un ne guérit pas 1 On a sûrement tort de prétendre que tout le groupe d\u2019origine britannique est d\u2019aceord sur une politique extérieure et entretient les mêmes sentiments à l\u2019égard des relations impériales.En 1931 il y avait 1,230,808 Canadiens d origine irlandaise.Plusieurs centaines de mille de ces gens, pour des raisons évidentes, ne partagent pas toutes les vues des autres groupements britanniques. 170 l\u2019action nationale le mal de l\u2019autre.C\u2019est entendu.Tout de même l\u2019on peut dire que le taux de la natalité chez nous reste bien supérieur à celui de nos compatriotes d\u2019autre langue.Ce qui nous donne un avantage marqué quant à l\u2019avenir.Un économiste de chez nous et un universitaire bien connu en France et en Belgique, M.Edouard Montpetit, a appelé cela \u201cla revanche des berceaux\u201d.Notre population s\u2019accroît normalement, même s\u2019il y a un déclin du taux de la natalité comparativement à celui des années passées.En ayant des enfants, les Canadiens français fortifient leur groupe ethnique et servent leur pays en lui fournissant une population saine, stable, d'esprit vraiment national.\u2014 Vous comptez sans l\u2019immigration.Celle-ci doit être dirigée contre vous?1 \u2014 Nous n\u2019ignorons rien, soyez-en assuré, des projets qui peuvent nous être défavorables.Il ne faut pas perdre de vue toutefois qu\u2019il y a une limite à la capacité du Canada d'absorber des immigrants en grand nombre.On 1 On lit à La page 204 de l'Annuaire du Canada 1938, version française: \u201cD\u2019une manière générale, les Canadiens préfèrent à tous autres les immigrants susceptibles de s\u2019assimiler facilement, c\u2019est-à-dire ceux déjà apparentés soit par le sang, soit par la langue, avec l\u2019une ou l\u2019autre des deux grandes races qui habitent ce pays, et préparés à assumer les devoirs de la citoyenneté canadienne.Puisque les Français n\u2019émigrent guère, cela signifie qu\u2019en pratique la grande masse de nos immigrants les plus désirables doit se recruter chez ceux de langue anglaise, qu\u2019ils viennent du Royaume-Uni ou des Etats-Unis.Immédiatement après eux, au point de vue de la facilité d\u2019assimilation, se classent les immigrants Scandinaves, hollandais et allemands, qui apprennent l\u2019anglais avec facilité et sont déjà familiarisés avec le fonctionnement des institutions démocratiques\u201d. POOR AVOIR CONFIANCE 171 se fait des illusions sur la possibilité d\u2019augmenter massivement la population canadienne.L\u2019immigration a joué un grand rôle de 1921 à 1931 et cela n\u2019a pas paru aider beaucoup le groupe d\u2019origine britannique.(Nous n\u2019avons pas jugé nécessaire de préciser que c\u2019était sous un régime libéral que l\u2019on a voulu nous amener, de 1921 à 1930, des centaines de mille immigrants \u2014 en fait, il nous est arrivé, de 1922 à 1931 inclusivement, 1,166,004 immigrants1\u2014, notre interlocuteur n attachant pas une' grande importance à nos partis politiques, étant d\u2019avis que nos vieux partis pratiquent exactement la même politique.) \u2014 Ainsi, la politique d\u2019immigration, du point de vue britannique, a été une lamentable faillite de 1921 à 1931, si l\u2019on tient compte de la faible augmentation de la population de cette origine pendant la meme période?\u2014 C\u2019est exact.Mais outre que cette politique a été une faillite \u2014 des centaines de mille immigrants délaissent vite le Canada pour aller s\u2019établir aux Etats-Unis\u2014, elle n\u2019a pas aidé, comme vous le dites, l\u2019élément d\u2019origine britannique autant qu\u2019on l\u2019eût voulu.Il y a, au Canada comme aux Etats-Unis, un melting pot, c\u2019est-à-dire un processus de fusion.Allemands, Italiens, Slaves, Polonais qui viennent ici, adoptent plus ou moins rapidement la langue et les moeurs anglo-canadiennes.Est-ce à dire qu\u2019ils deviennent Anglais?Non pas.Ils deviennent Ca- 1 Immigrants venus au Canada de 1922 à 1931 inclusivement: 64,224 (1922), 133,729 (1923), 124,164 (1924), 84,907 (1925), 135,982 (1926), 158,886 (1927), 166,783 (1928), 164,993 (1929), 104,806 (1930), 27,530 (1931), Annuaire du Canada, 1938, version française, p.202. 172 i/actionnationale nadiens ou Américains.Us n\u2019ont pas quitté l\u2019Europe pour continuer de s\u2019occuper des choses et des querelles européennes.Ils sont venus ici, dans le nouveau monde, pour commencer à neuf, comme on dit.Ces gens-là, plutôt que de jeter les yeux sur l\u2019Allemagne, l\u2019Italie, la Russie, la Pologne, voire la Grande-Bretagne, tournent leurs regards vers le Canada tout d\u2019abord et ensuite vers les Etats-Unis.\u2014Tout de même l\u2019immigration maintiendra l\u2019équilibre des groupes ethniques canadiens?\u2014 En une certaine mesure seulement.Qui a étudié le problème de la population dans le Royaume-Uni, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande, sait pertinemment que ces pays souffrent du mal rongeur de la dénatalité.La Grande-Bretagne risque d\u2019être incapable de fournir le contingent annuel d\u2019émigrants qu\u2019il faudrait envoyer dans ses Dominions pour y maintenir le taux actuel de la population d\u2019origine britannique.Le ferait-elle qu\u2019elle compromettrait gravement sa propre sécurité.On estime que l\u2019Angleterre devrait envoyer dans ses Dominions d\u2019outre-mer 200,000 émigrants par année pour y maintenir le taux de la population d\u2019origine britannique.La métropole peut-elle se priver d\u2019un million de sujets tous les cinq ans?C\u2019est une impossibilité.On le sait fort bien en Angleterre, où il y a une sérieuse dénatalité.\u2014\tVous croyez donc que l\u2019influence française au Canada ne pourra qu\u2019augmenter dans l\u2019avenir?\u2014\tAucun doute là-dessus.Des auteurs comme M.F.-R.Scott, qui a publié un ouvrage récent sur le POUR AVOIR CONFIANCE 173 Canada, le disent en toutes lettres.1 Il faut d\u2019ailleurs s\u2019entendre là-dessus.Personne ne croit en la possibilité d\u2019une domination canadienne-française sur tout le Canada, épouvantail souvent agité pour attiser la politique d\u2019immigration.Il est certain cependant que les Canadiens français constitueront, dans quelques années, le groupe ethnique le plus nombreux, le plus homogène.Et comme il est le plus canadien de tous, il s\u2019ensuivra nécessairement une modification correspondante de l\u2019orientation, de l\u2019inspiration de la politique du pays.Une telle échéance est assurée.Elle ne doit effrayer personne.Elle devrait être, au contraire, un encouragement à tous les Canadiens des autres provinces \u2014 ils sont beaucoup plus nombreux qu\u2019on ne le croit \u2014 qui partagent nos vues sur les problèmes fondamentaux de nos relations avec les pays de l\u2019extérieur.\u2014 Vous parlez de vos vues sur la politique extérieure du Canada.Pouvez-vous me dire ce qu\u2019elles sont?\u2014 Rien de plus facile.Elles sont établies sur la géographie, l\u2019histoire et les intérêts économiques.Vous connaissez la géographie du Canada.Vous savez que le Canada appartient à l\u2019Amérique du Nord.Le Canada n'est pas situé en Europe.Sa frontière n\u2019est pas contiguë à celles de l\u2019Angleterre, de la France ou de quelque autre pays d\u2019Europe.Le Canada n\u2019est pas pays d\u2019Afrique.Nous ne sommes possession africaine d\u2019aucune puissance coloniale européenne.Le Canada n\u2019est pas pays d\u2019Asie.Il ne possède aucune concession en Chine, aucune île dans l\u2019Océanie.Le Canada ne se propose d\u2019intercepter le 1 F.-R.Scott, le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, p.32. 174 l\u2019action nationale commerce d'aucune nation étrangère, ni dans l\u2019Atlantique, ni dans le Pacifique, ni dans la Baltique, pas même dans la Méditerranée.\u2014 C\u2019est évident, admit le confrère avec un sourire.\u2014 Il n\u2019y a pas de quoi sourire, puisque notre politique extérieure semble fondée sur une situation géographique qui n\u2019est pas la nôtre.Pays de l\u2019Amérique du Nord, le Canada devrait agir comme un pays de l\u2019Amérique du Nord.Est-ce de l\u2019illogisme?Les Canadiens français et ceux de leurs compatriotes qui ont adopté le Canada comme leur unique patrie ne le croient pas.Les Canadiens d\u2019origine française ont tourné le dos à l\u2019Europe depuis 1763.Aucun lien politique ne les retient à la France.Seul le lien culturel demeure.Les Canadiens français ne songeraient pas à voler au secours de la France dans une guerre que celle-ci pourrait livrer contre une autre puissance européenne.Ils songeraient encore moins à entraîner les Canadiens d\u2019autres origines ethniques à soutenir les armes françaises.L\u2019explication de ceci se trouve dans notre histoire.\u2014 Et je comprends, a ajouté le confrère, que vos intérêts économiques touchent de si près à la géographie, sont si intimement liés à elle, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de développer ce point davantage.Votre structure économique ressemble à celle des Etats-Unis, mais en moins bien, à cause de votre climat plus rigoureux.Il vous serait plus difficile que les Etats-Unis de vous suffire à vous-mêmes.Vous dépendez beaucoup plus que vos voisins des marchés extérieurs, à cause de l\u2019abondance de certaines productions et de votre population restreinte.Cela n\u2019empê- POUR AVOIR CONFIANCE 175 che pas que vous avez développé en ce pays une économie proprement américaine qui a son contrepoids, ou qui devrait l\u2019avoir, sur votre politique extérieure.C\u2019est cela que vous voulez dire, n\u2019est-ce pas?\u2014\tExactement.\u2014\tA vous détourner de l\u2019Europe et à ne vouloir vous occuper que des intérêts proprement américains de votre continent, ne craignez-vous pas de devenir tôt ou tard la proie des Etats-Unis?Ceux-ci pratiquent une politique impérialiste pas moins dangereuse que celle de certaines puissances européennes.Vous savez ce que M.Lindbergh vous a dit.Il n\u2019a pas mâché les mots.M.Lindbergh peut fort bien, comme on l\u2019a laissé entendre, avoir été le porte-parole de certains intérêts engagés dans l\u2019industrie de l'aviation.Mais la pensée qu\u2019il a exprimée est celle d\u2019un grand nombre de citoyens américains.Les Etats-Unis ne pratiquent une politique de paix que parce qu\u2019ils sont les plus puissants et qu\u2019ils obtiennent des concessions économiques sans se donner la peine de mobiliser.C\u2019est la paix du lion.Un jour viendra où, si vous vous détachez de l\u2019Empire, vous deviendrez la proie de l\u2019ogre.\u2014\tNous pouvons le devenir plus vite peut-être en pratiquant une politique européenne ou, mieux encore, en permettant qu\u2019une puissance européenne exerce chez nous une influence prépondérante.\u2014\tExpliquez-vous.Je ne comprends pas.\u2014\tVous parliez de la menace proférée par M.Lindbergh.Qu\u2019a dit le célèbre aviateur?Simplement que les Etats-Unis devront exiger un jour que le continent amé- 176 l'action nationale ficain soit libéré de toute influence européenne.1 Aussi longtemps que les événements suivent un cours normal, les Etats-Unis sont satisfaits de nous laisser entière liberté.Mais que surgisse une crise qui entraîne un pays américain dans une querelle européenne et aussitôt les Etats-Unis s\u2019aperçoivent des dangers de la situation.Ils n\u2019aiment pas intervenir dans une querelle étrangère uniquement parce qu\u2019un voisin a jugé bon de s\u2019en mêler.Les Etats-Unis ne s\u2019engagent pas à protéger les nations américaines contre toute agression extérieure par pur dévouement.Ils le font parce que leurs intérêts sont en jeu, parce que leur sécurité serait mise en danger par l\u2019établissement d\u2019une grande puissance étrangère à leur frontière.1 \u201cNous devons protéger nos nations-sœurs américaines contre l\u2019invasion étrangère, tant pour leur bien-être que pour le nôtre.Mais, en retour, elles ont un devoir envers nous.Elles ne doivent pas nous mettre dans la situation d\u2019avoir à les défendre en Amérique pendant qu\u2019elles sont engagées dans des guerres à l\u2019étranger.Pouvons-nous en toute justice permettre à aucun pays d\u2019Amérique de fournir des bases à des navires de guerre étrangers, ou d\u2019envoyer ses armées se battre à l\u2019étranger pendant que chez lui il jouit de notre protection?Nous désirons la plus grande amitié avec les gens du Canada.Que leur pays soit jamais attaqué, notre marine défendra leurs mers, nos soldats se battront sur leurs champs de bataille, nos aviateurs mourront dans leur ciel.Mais ont-ils le droit d\u2019attirer cet hémisphère dans une guerre européenne simplement parce qu\u2019ils préfèrent la couronne d\u2019Angleterre à l\u2019indépendance américaine ?\u201cTôt ou tard nous devrons exiger l\u2019affranchissement de ce continent et des îles qui l\u2019entourent de l\u2019inspiration de la puissance européenne.L\u2019histoire américaine indique clairement cette nécessité.Tant que les puissances de l\u2019Europe maintiendront leur influence dans notre hémisphère, nous sommes dans l\u2019occasion prochaine d\u2019être pris dans leurs difficultés.Et elles ne laisseront passer aucune occasion de nous y mêler.\u201d (Extrait du discours de M.Charles-A.Lindbergh, vendredi 13 octobre 1939.Le Devoir, Montréal, 16 octobre 1939.) POUR AVOIR CONFIANCE 177 Les Etats-Unis s\u2019opposeront de plus en plus dans l\u2019avenir, soyez-en sûr, à ce que la politique d\u2019un Etat américain les contraigne à quitter leur splendide isolement.1 \u2014Mais alors vous ne vous libéreriez d\u2019un lien européen que pour tomber sous la domination étatsunienne?\u2014\tLe mot d\u2019André Siegfried reste vrai: L\u2019indépendance du Canada est faite de deux dépendances.Du point de vue financier, industriel et commercial, nous dépendons et du Royaume-Uni et des Etats-Unis.Du point de vue politique, la dépendance du Royaume-Uni est visible, même sous le manteau de la liberté, alors que nous jouissons encore d\u2019une entière et réelle indépendance politique vis-à-vis de Washington.Telle est la situation présente.L'aventure européenne dans laquelle nous nous lançons aura-t-elle pour effet de modifier l\u2019équilibre des forces?C\u2019est à prévoir.Après la guerre, pour peu que le conflit se prolonge, l\u2019Angleterre, de nation créancière, deviendra nation débitrice: la métropole sera en dettes vis-à-vis du Canada.Sa position politique sera affaiblie d\u2019autant.Et tout ce qui diminue l\u2019emprise britannique au Canada augmente l\u2019influence américaine.Ainsi notre politique extérieure actuelle peut bien avoir des résultats tout à fait opposés à ceux qu\u2019on en attend.\u2014\tNe voyez-vous pas le danger de l\u2019influence américaine sur la politique canadienne, tout particulièrement pour les Canadiens français?Je comprends qu\u2019un groupe 1 \u201cNous nous disons pourtant que le Canada \u2014 et il le sait bien \u2014 n\u2019est libre qu\u2019aussi longtemps que les relations sont bonnes (avec les États-Unis): il ne pourrait pratiquer, à l\u2019égard de cet écrasant voisin, n\u2019importe quelle politique susceptible de l\u2019indisposer.\u201d André Siegfried.Le Canada, puissance internationale, p.210. 178 l\u2019action nationale français parfaitement homogène de 3 millions pèse de tout son poids sur la vie d\u2019un peuple de 11 millions.Mais imaginez votre groupe entouré par une agglomération de 140 millions d\u2019anglophones.Ne sera-t-il pas étouffé?\u2014 Rien ne permet de supposer que les Etats-Unis veuillent s adjoindre le Canada, politiquement parlant.Les auteurs canadiens qui ont étudié la question sont de cet avis.1 Cela ne signifie pas que les Etats-Unis ne soient pas prêts a profiter de la première occasion pour contrôler, en une certaine mesure, notre politique extérieure, afin que celle-ci ne nuise pas à leurs intérêts.Vous le constatez vous-même d\u2019ailleurs: à part quelques centres loyalistes, le Canada anglais est américanisé à un haut degré.L'Ouest canadien est attiré, comme par un aimant, vers les Etats-Unis.Seul le Canada français, à cause de sa religion, de sa langue et de ses traditions, oppose de la résistance à l\u2019américanisation.Là encore, notre groupe ethnique joue un rôle important.Il est dommage que les Canadiens loyalistes et impérialistes ne s\u2019en rendent pas compte.Pour nous protéger contre l\u2019impérialisme américain, il deviendra peut-être nécessaire de relâcher davantage le lien qui nous unirait à un impérialisme européen.\u2014\tCela me paraît juste et conforme à votre situation.Mais dites-moi, comment se fait-il que cette politique de bon sens n\u2019ait pas été exposée par des dizaines de vos députés au Parlement canadien?\u2014\tVous touchez un point névralgique.A vous dire vrai, les députés de langue française aux Communes de 1 John-A.Dafoe 1, Canada: an American nation, p.93. POUR AVOIR CONFIANCE 179 même que nos représentants au Sénat, en grande majorité, n\u2019ont plus rien de commun avec la population qu\u2019ils sont censés représenter.Nous avons affaire à des politiciens, à des hommes qui manquent d\u2019envergure, souvent même de culture.Ils sont libéraux ou conservateurs, selon les principes d\u2019une vieille école politique canadienne.Et avant d\u2019entreprendre quoi que ce soit, il faut balayer chez le Canadien français ses attaches politiques au passé.Une génération se lève qui répudie les appels à l\u2019esprit de parti, les querelles vides de sens, les paroles creuses.A moins d\u2019accepter de mourir, le Canada français doit se réformer et se hausser à la taille de la tâche à accomplir.A l'heure présente, les politiciens sont nos pires ennemis.\u2014\tNe craignez-vous pas, pour le moment, les réactions des autres groupes canadiens?\u2014\tNous ne serons pas à nos premières épreuves.Notre histoire est une suite ininterrompue de brimades, de luttes, de victoires, d\u2019abandons et de ressaisissements sauveurs.Nous avons, au surplus, la ferme conviction que nous travaillons au meilleur intérêt du Canada tout entier, lors même qu\u2019on s\u2019évertue à faussement représenter nos sentiments.En outre, il ne faut pas oublier que, lorsque la paix nous sera rendue, la puissance électorale du Canada français sera plus considérable que jamais.Tout gouvernement soucieux de l\u2019unité canadienne s\u2019efforcera de ne rien faire qui puisse créer, chez un groupe aussi nombreux que le nôtre, des ressentiments profonds, tenaces, inoubliables, qui rendront impossible toute entente réelle et sympathique entre les deux principaux groupes de la population.Si, par malheur, l\u2019on perdait 180 l\u2019action nationale tout sens de la mesure et de la prudence, ce serait infiniment regrettable.Mais nous ne l\u2019aurons pas voulu.Voyez avec quelle modération se comportent nos journaux sérieux et les hommes publics qui ont conscience de leurs responsabilités.Et n\u2019oubliez pas qu\u2019un groupe de plus en plus respectable d\u2019Anglo-Canadiens instruits sont à devenir aussi canadiens que nos gens, d\u2019un canadianisme réfléchi, stimulé par la présence du Canada français.Tout de même, je ne pense pas sans tristesse au destin tragique des petits peuples qui ne peuvent jamais, quoi qu\u2019ils fassent, secouer les tutelles gênantes.\u2014 Ce que vous dites s\u2019applique tout d\u2019abord au Canada tout entier: \u201cLe Canada, comme la Belgique, et pour les mêmes raisons, a écrit M.Siegfried, demeure une création précaire, et cependant susceptible, dans les conditions de l\u2019équilibre existant, de se maintenir à peu près indéfiniment.Il a maintenant vécu assez longtemps pour s'être fait une personnalité, à laquelle il ne veut pas renoncer\u201d.1 Or cela est encore plus juste quand on songe au Canada français.Et pourtant rien n\u2019indique qu\u2019il se résignera à disparaître dans la grande masse américaine.Quand un peuple est catholique et français, il n\u2019accepte pas facilement de mourir.Notre histoire, depuis 1763, n\u2019est pas faite de victoires et de conquêtes militaires.Elle est la chronique d\u2019une résistance obstinée à toutes les tentatives d\u2019assimilation.Elle n\u2019est belle que de nos efforts de survivance.Elle contient des leçons de persévérance et des gages de durée.Léopold RICHER 1 Le Canada, puissance internationale, p.222. CHRONIQUES Dans la cité Les jeux de la politique Leur combot Rarement aura-t-on autant épilogue sur le résultat d\u2019une élection provinciale.Les opinions, cela va de soi, se partagent la gamme des sentiments.Chez les uns, qui avaient espéré davantage de la clairvoyance de notre peuple, l\u2019abattement est visible.Les hommes de parti, bleus ou rouges, sont ou réjouis ou démoralisés, pour des raisons strictement personnelles.Ces derniers ne nous intéressent pas.Ce fut une lutte extrêmement passionnée et, par certains côtés, d\u2019une bassesse consommée.La presse partisane, pour sa part, ne craignit pas de se salir les mains de la boue qu\u2019elle lançait à profusion.En un moment très grave, où l\u2019unanimité nationale est urgente, nos compatriotes préféraient se murer dans leurs préjugés.Les questions en jeu, brouillées à dessein, se résumaient simplement.Il s\u2019agissait de porter un verdict sur l\u2019administration de Y U mon nationale.Si nos politiciens s\u2019étaient bornés à la discussion des problèmes provinciaux, la réélection de M.Duplessis n\u2019eût pas été un témoignage de réprobation à l\u2019égard de la politique d\u2019Ottawa et la victoire de M.Godbout n\u2019eût pas signifié autre chose que le désir de changer nos administrateurs.Des deux côtés, on a voulu aiguiller l\u2019attention de l\u2019électeur sur l\u2019autonomie et les menaces de conscription militaire.C\u2019était une déviation regrettable.Elle faussait inévitablement le sens du vote.La répercussion dans les 182 l\u2019action nationale autres provinces ne pouvait que nous être défavorable.Grâce à une campagne insidieuse de nos politiciens et de la presse à leur dévotion, nos concitoyens de langue anglaise devaient considérer un succès électoral de M.Duplessis comme une répudiation de nos représentants fédéraux, de même qu ils n'ont pas hésité à saluer le retour au pouvoir de l\u2019équipe libérale provinciale comme un blanc-seing accordé au ministère King.Les Anglo-Canadiens éclairés ne jugent pas aussi catégoriquement; nous avons cependant procuré d\u2019excellents matériaux pour alimenter la propagande impérialiste.Comment se fait-il que les électeurs québécois, qui avaient manifesté nettement il y a trois ans leur mépris du gouvernement Taschereau, ont reporté leurs suffrages au même parti et à peu près aux mêmes hommes?De ce fait, voici quelques explications, dont aucune ne s\u2019exclut, et qui se complètent l\u2019une l\u2019autre: 1.le chantage à la démission exercé par les ministres fédéraux canadiens-français.\u2014Nul doute que ce fut là, en de nombreux cas, le facteur décisif.Réflexe de peur: ceux qui, théoriquement, nous défendent à Ottawa, vont nous quitter.Ce sera aussitôt un cabinet d\u2019union dont l\u2019un des premiers actes sera d\u2019imposer le service militaire obligatoire.Tandis qu\u2019en élisant les hommes qu\u2019appuient M.Lapointe et ses collègues, nous conservons, si mince soit-elle, notre part d\u2019influence dans l\u2019organisation de notre participation militaire.Même si nous jugeons sévèrement certaines des attitudes de M.Lapointe, nous croyons que son rôle à Ottawa peut être encore précieux pour ses compatriotes.Mais CHRONIQUES 183 nous considérons que ce rôle eût été grandement facilité par la défaite de M.Godbout.Nous nous sommes déjà expliqué sur ce point.Ce qu'il importe de marquer ici, c\u2019est que les électeurs ont préféré tout consentir à M.La-pointe pour qu\u2019il demeure à son poste.Signe de confiance assez rare dont le bénéficiaire devra se rendre digne.Nous souhaitons que les circonstances actuelles fassent apprécier à M.Lapointe le magnifique témoignage de sa province.2.\tla volonté arrêtée de bouter dehors M.Duplessis.\u2014 Ce sentiment révèle un état de nervosité nouveau dans la province.M.Duplessis était un premier ministre qui valait bien M.Taschereau.Le peuple a subi celui-ci quinze années; après trois ans, il rejette celui-là.A quoi cela tient-il, si ce n\u2019est à l\u2019insatisfaction générale?On espère qu'un changement apportera une amélioration aux conditions matérielles.Et plus ça change.Autre fait: l'Union nationale n\u2019a pas, comme le parti libéral, une longue tradition politique qui lui permette de compter sur un fanatisme permanent.L'Union nationale, c\u2019était Maurice Duplessis.Et la lutte s\u2019est faite âpre-ment, violemment, contre cet homme.Lutte personnelle dirigée par un parti contre un individu.En dépit de vigoureuses ripostes, il ne pouvait vraiment pas sortir vainqueur d\u2019un combat aussi inégal.3.\tle pacte tacite, conclu on ne sait quand, entre la province et le parti libéral.\u2014Ce motif apparaît fantaisiste à première vue: il n\u2019en est rien.Le parti libéral a acquis la vigueur d\u2019une institution liée au destin cana-dien-français; il plonge ses racines très loin dans le sub- 184 l\u2019action nationale conscient de notre peuple, à l\u2019égal, chez certains individus, de la foi religieuse.C\u2019est peut-être une tristesse de notre vie nationale, mais cela explique les redressements inattendus du parti libéral.Il correspond à une vague aspiration de notre peuple qui lui pardonne aisément ses fautes et lui réserve une large part de ses ressources affectives.Le coeur a ses raisons que le sens politique ne connaît pas toujours.4.le passage à peu près unanime des Anglo-Canadiens au parti libéral.\u2014Les comtés à forte proportion anglo-saxonne sont acquis d\u2019avance au parti conservateur.En 1936, ces électeurs ont voulu voir dans l\u2019Union nationale un avatar passager, sans graves conséquences, du groupe conservateur.En 1939, après les déclarations autonomistes de M.Duplessis, la confusion n\u2019était plus possible.Sans se fier aux lignes trompeuses des partis,\u2014-en quoi ils démontrent la solidité de leur jugement,\u2014nos compatriotes anglais ont accordé leur appui aux hommes qui, dans les circonstances présentes, flattaient davantage leurs sentiments impérialistes.Et des comtés qui n\u2019ont jamais élu un candidat libéral ont rompu la tradition et assuré la victoire du porte-étendard de M.Godbout.Il faut se plier au fait accompli; \u201cl\u2019émigration à l'intérieur\u201d est une attitude de refus.Pendant quelques années, nous aurons à Québec une équipe d\u2019hommes pour qui un éloignement momentané du pouvoir et de ses tentations aura peut-être été le commencement de la sagesse.Leur chef, M.Godbout, possède, semble-t-il, des qualités solides de bon sens et de pondération; cela vaut parfois aussi bien qu\u2019un esprit brillant.Pourvu que son CHRONIQUES 185 entourage ne le rende pas prisonnier de leurs conceptions surannées, nous estimons qu\u2019il est de taille à administrer sainement la province.Il reste que l\u2019élection provinciale aura été la méconnaissance totale de notre autonomie; on aura même entendu un ministre fédéral s\u2019attaquer au premier ministre sur la question des finances provinciales, ce qui paraît nettement contraire à l\u2019esprit fédératif.Empiétement qui s\u2019ajoute à tous ceux qu\u2019on accumule à Ottawa: impôts directs, banque centrale, administration unitaire des ports, assistance-chômage, etc.Mais ces questions n intéressent plus que quelques originaux démodés.La défaite électorale de Y Action libétale nationale n\u2019a surpris personne, si ce n\u2019est par son ampleur.On aurait pu espérer qu\u2019une partie notable de notre population eût compris la politique préconisée inlassablement par M.Gouin.Il est trop tôt pour savoir ce qu\u2019il adviendra de ce groupement; quoi qu\u2019il en soit, il aura été une ten-tative d'épuration qui n\u2019aura pas été vaine, même si ses champions n\u2019ont pas reçu la récompense légitime de leurs efforts.Dans son message radiophonique, d\u2019une très belle inspiration, M.Paul Gouin a sans doute tenu des propos prophétiques, quand il a prévu le jour prochain où \u201cl\u2019on comprendra la sincérité de nos paroles et la tragique vérité des avertissements que nous avons donnes a notre population et qu\u2019elle n\u2019a pas voulu entendre\u201d.Lo guerre sointe M.Mackenzie King serait-il atteint d\u2019un virus messianique?Songerait-il à s\u2019égaler à Pierre L\u2019Ermite dans 186 L\u2019ACTION NATIONALS! la prédication d\u2019une nouvelle croisade?Cet homme si placide céderait-il sur le tard à une poussée de lyrisme jusqu ici étouffé?Toutes les conjectures sont plausibles, apres la lecture de son discours à la nation canadienne, où il tente de définir nos buts de guerre.Déjà le soir même du succès de M.Godbout, il avait déclaré que \u201cle Canada pourra maintenant aller de l\u2019avant plus que jamais dans sa détermination de mettre complètement à contribution les ressources du Dominion à la poursuite de la victoire\u201d.Dans cette \u201cpoursuite\u201d, on le voit, il n\u2019est pas de sacrifice que M.King ne soit disposé à imposer au peuple canadien.Dans son allocution à la T.S.F., notre Premier a été beaucoup plus loin.Soulevé par un enthousiasme immodéré, il n a pas hésité à quitter le domaine des faits pour emboucher l\u2019olifant et sonner le ralliement.Il faut méditer soigneusement ce passage de son texte.\u201cNous en sommes au point que le salut de notre civilisation chrétienne exige le sacrifice de nos vies.Les jeunes gens qui s\u2019engagent dans nos armées de terre, de mer et de l\u2019air sont donc, avant tout, et par-dessus tout, des défenseurs de la foi\u201d.On ne saurait être plus précis.Dommage que de semblables affirmations transgressent aussi clairement les lois du réel! S'agit-il d\u2019une guerre sainte à livrer contre le paganisme?Cela ne semble pas très évident.Nous ne défendons pas ici le régime inhumain établi par le national-socialisme; nous souhaitons autant que quiconque son écroulement.Ce qui ne nous empêche pas de considérer avec un égal dégoût le système du communisme autoritaire CHRONIQUES 187 et bureaucratique à la Staline.Or, l\u2019on admettra sans peine que notre gouvernement, fidèle à l\u2019attitude de la France et de la Grande-Bretagne, démontre beaucoup moins de rigueur à l\u2019égard de l\u2019URSS que du Reich.On a tenté vainement pendant de nombreuses semaines d\u2019amener la Russie dans le camp des Alliés; aujourd\u2019hui encore, Londres s\u2019apprête à conclure avec Moscou un accord commercial.A quoi cela tient-il, si ce n\u2019est au désir de se ménager le plus d\u2019appuis possible; conduite justifiable au reste sur le plan diplomatique, mais qui nous éloigne beaucoup de la lutte sacrée en faveur des valeurs chrétiennes.Au demeurant, peut-on raisonnablement soutenir que l\u2019entente récente de la Turquie et des Alliés soit une preuve de notre volonté de combattre pour le Christ?La Sublime Porte n\u2019a jamais été, que je sache, la sauvegarde de la Croix.Assurer le triomphe de la démocratie?Ne généralisons pas à l\u2019excès, en attribuant toutes les vertus démocratiques aux Alliés.La France et la Grande-Bretagne, même si cette dernière n\u2019est qu\u2019une oligarchie aristocratique, défendent les libertés essentielles de l\u2019individu.Il en reste d\u2019autres.Une démocratie, la Pologne de Pilsudski et de Smigly-Rydz?Une démocratie, la Roumanie où le roi Charles vient de noyer dans le sang l\u2019assassinat du premier ministre Calinesco?Une démocratie, la Grèce de Jean Métaxas, où toutes les formes du parlementarisme sont en vacances illimitées?Une démocratie, la Turquie forgée par Atatürk et continuée par Ismet Inonu?Et pourtant, ce sont là les pays pour lesquels nous nous battrons.N\u2019oublions pas, de grâce, la signification des mots. 188 l\u2019action nationale Nous poursuivons, à n\u2019en pas douter, une guerre juste.C est-a-dire une guerre qui ne torture pas notre conscience.Ce qui ne signifie pas que nous avions l\u2019obligation morale de participer au conflit.Mais cela, c\u2019est déjà de 1 histoire.Il existe des valeurs qu'il importe d\u2019abord de défendre chez soi plutôt que de compromettre leur existence en intervenant dans des contrées éloignées.Beaucoup de distinctions seraient à établir, qui infirmeraient sensiblement la thèse inexacte de M.King.Pendant ce temps, M.Crerar est rendu à Londres et discute des moyens à prendre pour rendre notre concours plus effectif.Il n\u2019a pas manqué d\u2019interpréter la défaite de I Union nationale comme le sceau de l\u2019unanimité canadienne.Ces pourparlers entre les divers représentants des Dominions jettent les bases du futur cabinet impérial.L\u2019histoire se répète avec monotonie.Le Canada devient le centre aéronautique de l\u2019Empire.Plus de 25,000 aviateurs venant de toutes les parties du Commonwealth sauf de l\u2019Afrique-Sud, qui conserve à cet égard son autonomie, recevront leur entraînement au Canada, au coût approximatif de $700,000,000.C\u2019est le début d\u2019une solide organisation militaire de tous les pays soumis à la Couronne britannique.Cet événement dépasse la portée de la guerre présente.II indique l\u2019intention de former une association capable de se porter à tout endroit menacé.Ainsi une attaque allemande ou japonaise en Australie déterminerait l\u2019ébranlement de la vaste machine.Le Canada, simple partie d\u2019un tout, peut participer à un conflit asiatique ou africain, tout aussi bien qu\u2019à une guerre européenne.De plus en plus, nous sommes liés. CHRONIQUES 189 Le discours de Lindbergh Il n\u2019a pas bonne presse au Canada.Le héros jeune et blond qui, sans tapage, un jour de 1927, s\u2019envola d\u2019Amérique pour se poser sur le terrain du Bourget, après avoir accompli l\u2019un des plus hauts exploits de notre temps, \u2014 Charles Lindbergh reçoit une bordée d\u2019injures pour avoir parlé posément le langage de la raison.Qu\u2019a-t-il dit de si répréhensible?Il a rappelé aux Canadiens que droits et devoir sont en étroite corrélation, que la protection des Etats-Unis, dont nous sommes fiers, suppose implicitement que nous ne manoeuvrons pas de façon à pousser notre voisin dans une guerre où ses intérêts ne sont pas en jeu.\u201cNous devons protéger nos nations-soeurs américaines contre l\u2019invasion étrangère, tant pour leur bien-être que pour le nôtre.Mais, en retour, elles ont un devoir envers nous.Elles ne doivent pas nous mettre dans la situation d\u2019avoir à les défendre en Amérique pendant qu\u2019elles sont engagées dans des guerres à l\u2019étranger.Nous désirons la plus grande amitié avec les gens du Canada.Que leur pays soit jamais attaqué, notre marine défendra leurs mers, nos soldats se battront sur leurs champs de bataille, nos aviateurs mourront dans leur ciel.Mais ont-ils le droit d\u2019attirer cet hémisphère dans une guerre européenne simplement parce qu\u2019ils préfèrent la couronne d\u2019Angleterre à l\u2019indépendance américaine?\u201d L\u2019expression est nette, tout est dit sans ambages.Je conçois que les amateurs de périphrases et de circonlocutions aient été choqués de cette franchise. 190 l\u2019action nationale Lindbergh s oppose à la levée de l\u2019embargo sur les armes.Contrairement aux intérêts financiers qui ont réussi à vaincre la résistance du groupe isolationniste, il estime que l\u2019honneur des Etats-Unis n\u2019a rien à voir dans le trafic des engins de destruction.Guerre pour la démocratie?Lindbergh n\u2019y croit pas beaucoup.\u201cC\u2019est une guerre pour la balance du pouvoir en Europe, une guerre qui est amenée par le désir d\u2019exercer la force, de la part de l\u2019Allemagne, par la crainte de la force, de la part de l\u2019Angleterre et de la France.La dernière guerre a été gagnée avec notre aide, mais ni la justice ni la démocratie pour lesquelles nous nous sommes battus ne sont sorties de la paix qui a suivi notre victoire.\u2019\u2019 On comprend sans peine que pareil exposé soulève la colère des impérialistes.La Montreal Gazette (\u201cthe talking fool\u201d), la Vancouver Province (\u201can agent of Hitler\u201d), le Toronto Telegram (\u201can amateur statesman\u201d), l\u2019Ottawa Citizen, le Toronto Globe & Mail se sont accordés pour exprimer vertement leur mépris pour le célèbre aviateur.La violence de cette réaction plaide en faveur de la justesse de pensée du discours incriminé.Il nous importe assez peu de savoir si Lindbergh parlait en son nom ou s\u2019il se faisait le porte-parole de tel ou tel groupe.Nous examinons son texte en lui-même, ou, comme disent nos gens de loi, à sa face même.Sa dialectique rigoureuse et simple emporte notre adhésion.Il y aura au moins au Canada certaines gens qui n\u2019auront pas faussé le sens de ce message pour satisfaire à leurs désirs.Roger DUHAMEL CHRONIQUES 191 Participer ! Le verdict de l'élection de Québec est loin d\u2019être aussi clair qu\u2019on l\u2019a bien voulu dire en certains quartiers.Ob! sans doute, le peuple de la Province a indiscutablement voulu remettre les libéraux au pouvoir.Mais pourquoi?Peut-être parce qu\u2019il en avait assez de M.Duplessis (vote provincial).Peut-être parce que, notre participation étant un fait, il préfère encore M.Lapointe aux risques d\u2019une élection générale et de ses suites possibles.Ce n\u2019est pas à moi de discuter en ce moment si, en jugeant ainsi, il a eu tort ou raison.Mais devant la possibilité d\u2019un vote influencé par l\u2019un ou l\u2019autre facteur ou par les deux, la conclusion d\u2019un Québec ayant voté pour le principe même de notre participation à la guerre actuelle est pour le moins forcée.Bien plus, si l\u2019on admettait que le second facteur fût le seul à avoir influencé le vote \u2014 et cela est plus que douteux\u2014, il serait encore exagéré d\u2019affirmer que l\u2019élection du 25 octobre donne carte blanche au gouvernement fédéral dans la poursuite de la guerre.Ce que tous les ministres fédéraux venus dans Québec ont demandé à l\u2019électeur de ratifier, c\u2019est le fait accompli de la guerre et la promesse d\u2019une politique de participation \u201cdans les limites de nos moyens\u201d, excluant en toutes circonstances la conscription ou service obligatoire des hommes.Ces faits indiscutables étant posés, on voit tout de suite l\u2019extrême importance pour les citoyens de savoir ce que signifie, dans toutes ses nuances, le mot participation et ce qu\u2019il comporte.Comment pourraient-ils autrement juger de la limite de nos moyens en la matière? 192 l\u2019action nationale Essayer de faire un peu de lumière sur cette question est l\u2019objet de la présente chronique.On ne doit pas s\u2019attendre toutefois à de très grandes précisions sur une situation telle que, comme le disait le ministre des Finances, \u201cpersonne ne peut prévoir avec la moindre assurance ce qui nous attend\u2019\u2019.1 Et le ministre des Finances a, vous le pensez bien, d\u2019autres lumières sur le sujet qu\u2019un profane comme moi, encore loin de connaître les secrets, bien gardés, des dieux.Le stade le plus bénin de la participation, c\u2019est celui où, nous mettant en état de guerre afin de limiter nos relations économiques à nos alliés et aux neutres, nous nous contenterions d\u2019assurer notre propre défense et de conduire des relations commerciales normales avec la Grande-Bretagne.Le mot normal signifie ici que nous utiliserions, à son maximum sans doute, notre capacité de production actuelle afin de satisfaire les besoins de l\u2019Angleterre, mais sans adapter nos industries à des productions de guerre, ni sans pousser spécialement le développement de nos ressources à pareille fin.Au budget de l\u2019Etat, le maintien sur pied des 40 à 50 mille hommes qui semblent nécessaires à notre défense, avec leur équipement, les armes de défense et munitions, ne se traduirait sans doute pas, à en juger par les budgets du temps de paix, par une dépense inférieure à 150 ou même 200 millions de dollars annuellement.Quant au côté économique, nous perdrions un commerce d\u2019une 1 Débats de la Chambre des Communes, 12 septembre 1939, pp.155 et ss. CHRONIQUES 193 dizaine de millions de dollars et souvent moins avec l\u2019Allemagne, vite regagné par un accroissement de nos ventes à l\u2019Angleterre.Comme notre économie ne serait pas spécialement adaptée aux besoins de guerre d\u2019autre part, l\u2019augmentation de notre commerce extérieur ne serait vraisemblablement pas très considérable.Il le serait sans doute assez pour rendre plus facile la réadaptation encore incomplétée de notre économie aux secousses subies du fait de la guerre de 1914-1918.Le seul désavantage d\u2019une telle participation serait d\u2019accroître d\u2019environ les 2/5 un budget de dépenses déjà parmi les plus élevés de notre histoire financière, ne le cédant qu\u2019à ceux des années 1918 à 1920; d\u2019autre part, les recettes croîtraient sans doute quelque peu du fait de l\u2019amélioration des affaires.Un pas plus en avant dans la participation nous conduirait à laisser libres nos hommes d\u2019affaires de se consacrer à des productions de guerre et d\u2019y adapter leurs industries.Mus par leur intérêt surtout immédiat, ils se lanceraient sans doute de ce côté dans l\u2019espoir de réaliser de gros bénéfices; mais le même intérêt et leur expérience en affaires les détermineraient à prendre une marge importante de profit, afin de s\u2019assurer contre une guerre courte (une période de 4 ans peut être relativement courte à ce sujet) et de rentrer rapidement dans les dépenses considérables encourues aux fins de construire de nouveaux établissements ou de transformer les anciens à des buts de guerre.Il n\u2019est pas impossible que, instruits par l\u2019expérience de la dernière guerre, certains industriels refuseraient. 194 l\u2019action nationale comme aujourd\u2019hui aux Etats-Unis, d\u2019accepter les commandes de guerre en se disant: \u201cSouvenons-nous de la crise qui a suivi la précédente guerre et qui a balayé tous les profits que nous avions gagnés, nous laissant dans une plus mauvaise position que nous n\u2019étions auparavant\u201d.1 Mais s ils marchaient et même s\u2019ils parvenaient à couvrir leurs dépenses, cela ne suffirait pas à nous garantir contre toute perte.Pendant la guerre, l\u2019augmentation de notre commerce extérieur, donc l\u2019amélioration des affaires créerait une atmosphère de prospérité favorable au budget de 1 Etat notamment.L\u2019après-guerre nécessiterait toutefois une réadaptation, même si des capitaux ont été accumulés pour remplacer les capitaux détruits ou rendus inutiles: il faudra que ceux-là trouvent à s\u2019employer soit dans la production locale, soit dans la production pour l\u2019exportation.Ce sont là des mouvements qui comportent des aléas, avec des possibilités de chômage temporaire d\u2019un nombre important d\u2019ouvriers, ou même d\u2019un chômage ayant un certain caractère de permanence si les conditions se révélaient telles que les capitaux en question dussent chercher un emploi à l\u2019étranger.Et si nos industriels allaient, par suite d'erreurs dans leurs prévisions ou d\u2019intervention gouvernementale, ne pas reconstituer leurs capitaux, il va de soi que les conséquences seraient encore plus graves, comme nous l\u2019allons voir incessamment sous une autre étape à peu près identique dans ses résultats, sinon dans sa forme même.Il s\u2019agit du cas où non seulement le gouvernement laisse les industriels libres de suivre la voie de leur choix, 1 Voir VActualité Économique, octobre 1939, p.481. CHRONIQUES 195 mais décide de mobiliser les forces de production afin de transformer le pays en un véritable arsenal pour servir ses alliés.Il peut y arriver en permettant aux industriels de prendre tous les profits nécessaires à couvrir l\u2019amortissement élevé des industries de guerre; nous retombons en somme alors dans le cas précédent, avec cette différence que l\u2019enrégimentation industrielle ne permet plus aux producteurs de s\u2019esquiver, d\u2019où une orientation plus complète vers l\u2019économie de guerre.Les avantages et les inconvénients indiqués ci-dessus \u2014 profits temporaires, mais réadaptation brutale et difficile \u2014 se trouvent donc amplifiés.Le gouvernement peut aller plus loin: il peut empêcher les prix de vente de s'élever au-dessus du niveau normal, ou en tout cas d\u2019un niveau inférieur à celui qu\u2019exigerait le caractère hasardeux des industries de guerre; il peut limiter les profits en s\u2019emparant, par l\u2019impôt, des surplus de bénéfices.Dans le premier cas \u2014 limitation du prix de vente \u2014 le pays se viderait de sa substance au profit des alliés.Il est évident en effet que, si un industriel a construit des usines, acheté des machines, etc., pour produire des armes et munitions, il lui faut en retrouver le coût pendant leur durée utile, c\u2019est-à-dire le temps de la guerre.Sinon, autant dire qu\u2019il fait cadeau de son capital à ses clients; et comme son client est, en l\u2019occurence, étranger, son intérêt à lui s\u2019identifie avec l\u2019intérêt national.Sans doute, l\u2019immeuble et les machines lui resteront; mais ils seront inutilisables en tout ou en partie.Dans la mesure où il faudra d\u2019autres capitaux pour les transformer à des fins de production pour temps de paix, où ils constitueront 196 l\u2019action nationale un excès d outillage tel que, faute de clients intérieurs ou extérieurs, l\u2019usine devra fermer ses portes, ils seront également sans valeur.Ce serait une perte sècbe de capital pour la nation.Non seulement une réadaptation s'effectuera ici, comme dans le cas précédent, sous forme de mouvements de capitaux, mais la reconstitution du capital dilapidé ou l\u2019emprunt à l\u2019étranger, avec tous ses inconvénients, deviendront indispensables.Une ère de crise grave s\u2019ouvrira donc pour le pays à une date plus ou moins éloignée de la fin de guerre, selon les circonstances.Des usines fermeront leurs portes; des milliers d\u2019ouvriers et d\u2019employés seront jetés dans la misère.Après 1914-18,1 2 nous avons eu la crise de 1929-39, avec des centaines de milliers de chômeurs, un million et plus de personnes vivant de la charité publique et privée: qu\u2019aurons-nous, si un contrôle trop strict des prix et des profits vient encore accroître nos pertes?Les dévastations économiques (gaspillage des ressources naturelles et de capitaux) peuvent être assez considérables pour engendrer, comme le disait le secrétaire de l\u2019Intérieur américain H.-L.Ickes, des misères aussi grandes que \u201csi le pays avait été envahi\u201d.2 Même si de telles productions sont payantes, si elles permettent la reconstitution du capital mis en jeu, il convient de noter d\u2019ailleurs l\u2019existence d\u2019un préjudice national dans le temps: tout le 1\tPour une analyse plus détaillée des effets de cette guerre et de ceux que produiront vraisemblablement celle-ci, voir ma chronique de novembre 1938, Le coût de la Grande Guerre pour le Canada.2\tVoir l\u2019Actualité Économique, octobre 1939, \u201cÉconomie de guerre\u201d. CHRONIQUES 197 travail mis au service de la guerre n\u2019accroît en rien le bien-être de la nation et tout accroissement de bien-être ainsi manqué ne se retrouvera jamais.C\u2019est du temps perdu; et c\u2019est quelque chose qui ne se rattrape pas.Mais au lieu de limiter les prix de vente, le gouvernement peut laisser libre la réalisation de forts profits et s\u2019emparer des bénéfices soi-disant exagérés, par de lourds impôts.Alors, ce ne sont plus les nations clientes qui dévorent le capital de la nation vendeuse; c\u2019est l\u2019Etat, dans celle-ci, qui le confisque: la nation vendeuse elle-même ne perd donc rien \u2014 sauf du temps dans son avancement matériel, ainsi qu\u2019expliqué ci-dessus\u2014; seuls certains individus \u2014 actionnaires ou chefs d\u2019industries \u2014 se voient frustrés, si leurs profits ne sont pas réellement exagérés.Et à cause de cela, le pays n\u2019échappera pas davantage à une crise de réadaptation.qui peut être fort adoucie si l\u2019Etat a été prévoyant et a accumulé dans un fonds les impôts nécessaires pour la faciliter.La question se pose donc de savoir ce que fera le gouvernement des sommes ainsi obtenues.Et cela nous amène à passer à une étape encore plus poussée de participation.Ce sera celle où le gouvernement, outre les 150 ou 200 millions de dollars nécessaires à la défense du pays, décidera de dépenser lui-même pour l\u2019achat de munitions, armes, matières premières, etc., à donner en quelque sorte en cadeau, directement ou indirectement, à ses alliés.Pour y arriver indirectement, il pourra, par exemple, faire encore un pas de plus dans la participation et organiser une faible force armée à envoyer sur le front commun, où elle recevra des quantités bien plus considérables 198 l\u2019action nationale d\u2019armes et munitions de toute sorte qu\u2019elle n\u2019en a réellement besoin, le surplus étant mis à la disposition des corps alliés.Il pourra vendre à crédit, sans espoir de remboursement, comme nous le verrons ci-après.L effet de ce nouveau développement participationniste porte surtout sur le budget de l'Etat.Mais venant s\u2019ajouter à l'autre, il grandit en importance.Un Etat financièrement solide peut beaucoup pour faciliter le passage à travers une crise économique de réadaptation; si l\u2019Etat s\u2019engage lui-même dans la voie des dépenses, il lui devient impossible de prévoir, d\u2019accumuler le fonds dont nous parlions tout à l\u2019heure; la crise économique menace alors de se compliquer d\u2019une crise des finances publiques et éventuellement d\u2019une débâcle complète (cf.le cas de l\u2019Allemagne après 1920).Il est, bien entendu, impossible de prévoir ce que pourra coûter une telle participation; l\u2019aventure de 1914-18 nous avait coûté, en 1920, un milliard 670 millions de dollars; tout ce que nous savons de celle-ci, c\u2019est ce que nous en a dit le ministre des Finances et il nous a laissé clairement entendre qu\u2019elle coûterait encore plus cher.1 Porterait également sur le budget de l\u2019Etat l\u2019étape plus avancée qui consisterait à se lancer de nouveau dans l\u2019envoi de centaines de milliers de soldats outre-mer, par voie de volontariat ou de conscription: il faudrait équiper, nourrir, entretenir ces hommes et leur famille.Mais un autre inconvénient apparaît ici, d\u2019ordre démographique, celui-là: le Canada est un pays vaste mais peu peuplé.1 Voir Débats de la Chambre des Communes, 12 septembre 1939, pp.155 et es. CHRONIQUES 199 un pays qui cherche à développer chez lui un véritable sentiment canadien; la participation en hommes lui enlève donc une part importante, même si elle était petite, de citoyens canadiens à être remplacés ensuite par des immigrants, chez qui il faudrait plus d\u2019une génération pour refaire un véritable esprit canadien.Enfin un autre désavantage, plus relatif celui-là, de la participation exagérée en hommes, c\u2019est qu\u2019elle pourrait saboter l\u2019efficacité de l'effort économique entrepris pour aider les Alliés, le pays se trouvant tout à coup incapable de fournir les bras nécessaires pour satisfaire aux demandes de production; cet inconvénient a d\u2019ailleurs un aspect économique: celui d\u2019engendrer fatalement la hausse des prix par la rareté des produits, conséquence de la rareté des travailleurs.Indépendamment de cette forme de participation ou concurremment à elle, le gouvernement peut encore, outre donner des munitions et armements aux Alliés, leur consentir des crédits afin de leur permettre de payer ceux qu\u2019ils achèteront au Canada.A partir de ce moment, l\u2019argent étranger cesse d\u2019entrer au pays.Les industriels sont payés pour les produits qu\u2019ils vendent aux Alliés, mais c\u2019est leur gouvernement qui les leur paie au nom des Alliés.Les Etats-Unis ont joué ce rôle pendant la guerre 1914-18; ils n\u2019ont jamais été remboursés et il leur est dû actuellement 13 milliards de dollars, c\u2019est-à-dire que la nation américaine a pratiquement fait cadeau aux Alliés d\u2019alors de tout ce matériel.Le risque serait le même pour nous dans le présent conflit.Et comme le Canada n\u2019est tout de même pas aussi riche que son grand 200 l\u2019action nationale voisin, la création de pareils crédits nécessiterait des mesures d\u2019inflation, donc des risques de hausse des prix, de dépréciation et éventuellement de faillite de la monnaie.Le Canada, de plus, a des capitaux au montant de 5 00 millions de dollars environ, placés aux Etats-Unis.Il peut les mettre à la disposition de l\u2019Angleterre pour acheter des Américains du matériel de guerre de toute sorte ou les utiliser pour des achats canadiens aux Etats-Unis, ce qui reviendrait au même si ces achats devaient se retrouver, après transformation, donnés ou vendus à crédit a 1 Angleterre.D\u2019une façon générale d\u2019ailleurs, tous nos capitaux à l\u2019étranger peuvent être ainsi rapatriés pour être engagés dans des productions de guerre avec les dangers de perte totale déjà signalés.Enfin, il se trouve 2,700 millions de dollars en capitaux anglais placés au Canada.Si la guerre dure assez longtemps pour que l\u2019Angleterre épuise en achats à l\u2019étranger, aux Etats-Unis notamment, sa réserve d\u2019or et ses placements américains, soit environ 5,226 millions de dollars, et si les Etats-Unis persistent dans leur politique de ne pas consentir de prêts aux belligérants, l\u2019Angleterre pourrait, avec l'autorisation du gouvernement canadien, mobiliser ses placements au Canada, les vendre aux Américains et obtenir ainsi du pouvoir d\u2019achat.Pour le Canada, cela signifierait la fin de l\u2019équilibre résultant chez nous de la lutte entre capitaux anglais et capitaux américains et la domination économique quasi complète des Etats-Unis sur notre pays.Voilà ce que peuvent être et signifier les différentes formes de participation dans lesquelles notre gouverne- CHRONIQUES 201 ment peut engager le Canada.Il reste au citoyen à déterminer la ou lesquelles conviennent à nos moyens.Il a besoin pour cela de connaître certains autres éléments.Et d\u2019abord la situation économique du Canada.On a dit à ce sujet que notre pays se trouve en meilleure posture qu\u2019en 1914 pour aider l\u2019Angleterre.Cela est exact, en ce sens que nos industries sont plus développées aujourd\u2019hui qu\u2019en 1914, notre population plus importante, donc notre puissance de production plus considérable.Mais c\u2019est là voir la question du point de vue des Alliés, et non du point de vue canadien.De ce côté, au contraire, le Canada se trouve pris dans une guerre, en 1939, au sortir de la crise la plus pénible de son histoire, alors qu\u2019en 1914, au contraire, il sortait de la période la plus prospère de cette même histoire, à date.De plus, il convient de se rappeler que la guerre de 1914-18, avec le suroutillage qu\u2019elle y a engendré, est la cause première de la crise des dix dernières années.1 Dans ces conditions, avons-nous le moyen de retomber dans les mêmes erreurs et de risquer une forme de participation qui aggraverait encore cette situation?Après l\u2019examen de la situation économique, voyons quel est l\u2019état de santé de nos finances publiques.A cet égard aussi notre position n\u2019est pas du tout comparable à celle de 1914.Notre dette fédérale n\u2019est plus aujourd\u2019hui de 42 dollars par tête, mais de 276.Si l\u2019on veut d\u2019ailleurs évaluer le fardeau qui repose sur le contribua- 1 Voir à ce sujet ma chronique déjà citée sur le coût de la Grande Guerre, et un article de l\u2019Actualité Économique de juin-juillet: \u201cLe blé et notre politique agricole fédérale\u201d. 202 l\u2019action nationale ble canadien en fait de dettes publiques au début de la présente guerre on arrive, en tenant compte de la dette fédérale, de la dette garantie par le fédéral, des dettes provinciales et des dettes municipales, à un chiffre minimum, par tête de population, de tout près de 700 dollars, soit 3,500 dollars pour la famille moyenne de cinq et 4,900 dollars pour la famille de cinq enfants au moins, très fréquente chez les Canadiens français.A ces diverses autorités publiques, le contribuable canadien verse en taxes, chaque année, plus d\u2019un milliard de dollars, soit environ J4 du revenu national.Ceci étant donné, quels sont nos moyens?Quelle somme pouvons-nous consacrer à une participation dans \u201cles limites de nos moyens\u201d?Rappelons d\u2019abord, à titre de comparaison, que notre participation de 1914 a dépassé les limites de nos moyens.La meilleure preuve en est que dans l\u2019espace de 25 ans nous ne sommes même pas parvenus à en digérer la moindre partie.La dette de quelque 1,300 millions de dollars assumée alors, nous l\u2019avons rejetée à des échéances plus lointaines; nous ne l\u2019avons jamais remboursée.Bien plus, sous l\u2019effet de la crise, contre-coup de la guerre, nous avons dû l\u2019accroître de 700 millions de dollars au fédéral et 500 millions dans les provinces.Comment a-t-on pu dépasser la limite de nos moyens?Voilà qui est certes intéressant à connaître.On eût pu recourir à l\u2019inflation et imprimer du papier-monnaie.Ce n\u2019est pas ce qu\u2019on choisit.On reporta la charge financière de la guerre sur les générations futures: on emprunta.La promesse d\u2019un intérêt et d\u2019un remboursement servit d\u2019encouragement au contribuable à se CHRONIQUES 203 priver sans grogner du pouvoir d\u2019achat qu\u2019il avait gagné, au lieu de l\u2019engager dans des entreprises de production ou de l\u2019utiliser pour des fins de consommation.C\u2019est un moyen, comme l\u2019admettait le ministre des Finances dans son exposé budgétaire,1 d\u2019éviter \u201cl\u2019imposition d\u2019une taxe telle qu\u2019elle accaparerait presque entièrement l\u2019épargne des particuliers\u201d.L\u2019épargne ne s\u2019en trouve pas moins accaparée; elle ne l\u2019est pas sous forme de taxe, tel est le secret.Si le contribuable estime que la présente participation doit rester dans les limites de nos moyens, il devra donc exiger que son gouvernement finance la présente guerre uniquement par l\u2019impôt et que notre capacité et notre volonté de payer l\u2019impôt lui servent d\u2019indication de la somme à consacrer à la guerre, sous forme de dépenses, de dons ou de crédits.S\u2019il admet l\u2019inflation et l\u2019emprunt, la porte restera grande ouverte, car le gouvernement lui-même ne peut plus voir la limite de nos moyens; seule la faillite viendrait lui révéler qu\u2019il l\u2019a dépassée, donc au moment seulement où il serait trop tard.Au contribuable de décider maintenant ce qu\u2019il estime devoir être une participation dans la limite de nos moyens.Participation en hommes: croit-il que le Canada a le moyen de sacrifier tous les 25 ans une partie de ses citoyens, à être remplacés ensuite par des immigrants?croit-il qu\u2019une nation canadienne, qu\u2019un sentiment canadien puisse ainsi se constituer?Participation économique: croit-il que le Canada a le moyen de prendre le risque de connaître d\u2019ici peu une crise plus grave 1 Débats de la Chambre des Communes déjà citéa. 204 l\u2019action nationale encore que celle qu\u2019il a connue depuis dix ans?Participation financière: croit-il que le Canada puisse ajouter une couple de milliards de dollars et plus à sa dette sans risquer la faillite?s\u2019il opte pour une participation économique complète,1 Il notamment, croit-il que le gouvernement devrait ou ne devrait pas réserver ses forces financières à atténuer les misères de la crise d\u2019après-guerre et à faciliter la réadaptation de notre économie?Selon ses opinions sur ces question et à partir de l\u2019analyse qui précède des diverses phases de participation et de leurs conséquences, il lui appartiendra de faire entendre ce qu\u2019il veut être les limites de notre participation et de demander par l\u2019intermédiaire de ses représentants officiels les mesures de prudence qu\u2019il estimerait nécessaires.François-Albert ANGERS Les Canodierts-françois ef lo participation à outrance \u201cCe peuple (canadien-français) ne jouit en Amérique et dans l\u2019ensemble du Canada, que d\u2019une existence nationale précaire.Il n\u2019a que juste ce qu\u2019il lui faut d\u2019effectifs humains et de ressources matérielles pour préserver son intégrité propre contre les envahissements voisins.Il est à l\u2019état de perpétuelle défensive.On ne saurait donc jamais parler, à propos de lui, dans le cas d\u2019une intervention libre en territoire européen, de saignée à blanc.Ou pour mieux dire, les plus légers excès auxquels il se verrait entraîné du fait de l\u2019intervention équivaudraient pour lui à la saignée fatale\u201d.Gustave Lamarche, C.S.V.(Les Carnets Viatoriens, octobre 1939.) 1 Ce terme exclut les dépenses du gouvernement (dépenses, dons aux Alliés, crédits), qui tombent dans la participation financière puisqu\u2019ils posent un problème de finances publiques.Il comporte seulement l\u2019idée d\u2019un Canada devenu fournisseur, de l\u2019Angleterre en matériel de guerre. CHRONIQUES 205 Vie de l\u2019esprit Sur deux congrès L\u2019Association canadienne-française pour l\u2019Avancement des Sciences ( ACFAS) entre dans sa seizième année.Elle n\u2019est à vrai dire bien connue du grand public et du monde scientifique à l\u2019étranger que depuis une huitaine d'années, c\u2019est- à-dire depuis son premier congrès annuel, en 1932.Le septième congrès de l\u2019ACFAS, donc, a eu lieu récemment à Québec.160 communications étaient au programme.Ces contributions sont le fruit du travail accompli par nos hommes de science dans tous les domaines depuis un an.Leur simple énumération indique assez bien notre orientation dans toutes les provinces de la science.Elle fait aussi voir la diversité des recherches suscitées chez nous ces dernières années.Mais le principal mérite de ces communications \u2014 comme d'ailleurs du congrès lui-même et peut-être des congrès en général \u2014 c\u2019est de donner lieu à un échange d\u2019idées que remplacent bien imparfaitement les discussions écrites.Le programme de l\u2019ACFAS comprend, d ailleurs, chaque année un discours par le président sortant, lors de l\u2019ouverture du congrès.Il est de tradition dans les associations similaires que ce discours ait une allure synthétique, fasse le point dans un domaine qui relève tout spécialement de la compétence de l'orateur.Cette année, le Dr Edmour Perron, président sortant, avait choisi comme sujet: \u201cLa merveilleuse découverte des Rayons-X et son écho au Canada français\u201d.Où nous avons appris 206 l\u2019action nationale qu\u2019a la fm du siècle dernier, il existai: chez nous des hommes très au fait des progrès récents de la science.Le soir de la seconde journée, c\u2019était M.Zéphirin Rousseau qui faisait revivre pour nous la figure de Provancher.Ces evocations nous ont permis, comme souvent déjà, de mesurer le chemin parcouru depuis les temps héroïques de Provancher, Brunet et Mgr Laflamme.Le Dr Georges Préfontaine, d ailleurs, dans son discours présidentiel au banquet de clôture, a rappelé les buts et les réalisations de l\u2019ACFAS.Cette association est moins que toute autre une société d\u2019encensement mutuel.Mais si l\u2019on feuillette les comptes rendus de ses sessions annuelles depuis 1933, on prend en même temps la température de notre production scientifique.Comme d\u2019autres oeuvres couronnées de succès depuis 10 ans, l\u2019ACFAS, sans doute, venait à une heure ou nous étions prêts à produire.Pour ceux qui connaissent son histoire, la fédération de toutes nos sociétés scientifiques n\u2019apparaît pas, cependant, comme un phénomène spontané.Nul ne peut ignorer qu\u2019elle est due non pas à la maturité de tous les esprits et encore moins à celle du milieu, mais à la volonté acharnée et au travail inlassable de quelques-uns.Il ne faudrait pas croire que l\u2019époque des pionniers est révolue pour nous.Les buts immédiats que se proposait l\u2019ACFAS, elle est très consciente de ne les avoir atteints qu\u2019en partie.Elle a voulu donner aux travailleurs isolés pour qui la diffusion de leurs résultats est difficile, une tribune; elle a voulu encourager les jeunes à entrer dans le mouvement scientifique et à commencer tôt à y parti- CHRONIQUES 207 ciper; elle a voulu stimuler une production de plus en plus originale de la part des sociétés affiliées; elle a voulu, d\u2019une façon générale, coordonner, réunir en faisceau les énergies qui, isolées, demeurent inopérantes; elle a voulu enfin faire connaître à l\u2019étranger notre milieu scientifique.Tout cela, l\u2019ACFAS l\u2019a fait et continue de le faire.Désormais le Canada français existe sur la carte scientifique du monde.Osons croire que cette place sera un jour l\u2019une des plus belles.Les 18 et 19 octobre avait lieu au Jardin Botanique de Montréal le IHe congrès de la Corporation des Agronomes du Québec.Cette association est encore très jeune et manifeste la vitalité un peu exubérante propre à son âge.Il n\u2019est que de voyager un peu \u2014 et singulièrement dans les grands pays d\u2019Europe \u2014 pour se faire une idée de la tâche accomplie par notre corps agronomique, au Canada, et plus particulièrement dans la province de Québec.Les résultats pratiques atteints par notre organisation agronomique sont déjà très éloquents.Ce qui ne l\u2019est pas moins, c\u2019est la conscience que veulent prendre les agronomes de leurs responsabilités et mieux encore de leur personnalité comme groupe.M.Henri Bois, le président de la corporation, a été l\u2019un des premiers à comprendre et à dire la nécessité d\u2019une meilleure définition de la personnalité et des fonctions de l\u2019agronome.Ses idées triomphent aujourd hui et c est pour le plus grand bien de notre agriculture. 208 l\u2019action nationale Ce congrès coïncidait avec celui de l\u2019U.C.C.et ce fut l\u2019occasion pour les deux groupements de se rencontrer et de faire un premier essai de délimitation de leurs positions respectives.Pierre DANSEREAU Technique de la propagande Comment organiser la propagande de la revue?nous demandent quelques abonnés.1.\tLa publicité la plus efficace est encore celle qu\u2019un ami tait auprès de son ami.Ce mode individuel, plus lent mais plus sur, exige de la persévérance mais ne manque jamais de porter des fruits.2.\tVeut-on faire connaître 1\u2019Action nationale dans un rniheu qui 1 ignore ?Alors on peut organiser une réunion publique; la revue y déléguera l\u2019un de ses rédacteurs.Le conlérencier traitera d\u2019un problème connexe et en profitera pour exposer les idées principales de notre groupe.Ce moyen a déjà réussi dans le passé; il suffit qu\u2019une société locale de la saint-.lean-Baptiste, une Chambre de Commerce des jeunes fj.,™ historique, etc.prennent l\u2019initiative de la réunion et délraient les dépenses du conférencier.3.\tRéunion privée: on ne s\u2019adresse plus au grand public on invite une quinzaine de personnes, non abonnées mais susceptibles de s intéresser à I\u2019Action nationale.Le directeur prend contact avec ce petit groupe et lui explique le rôle que la revue entend jouer.Procédé moins tapageur mais plus efficace que le précédent.Les deux se complètent très heureusement.4.\tEnfin, dans les collèges et couvents, même manière d\u2019agir, adaptée au milieu: conférence devant les élèves les plus âgés, rencontre individuelle avec ceux qui portent déjà de l\u2019intérêt aî* mouvement.Après quoi l\u2019on s\u2019organise pour distribuer régulièrement la revue au numéro (au prix spécial consenti aux collégiens).S\u2019adresser au Directeur de I\u2019Action nationale, 2182 rue Marcil, N.-D.G., Montréal. LES LIVRES Le peupie est-il éducoble ?Par le Rév.Pire Gonzalve Poulin, O.F.M.Aux Éditions de VA.C.F., Montréal, 1939.On s\u2019étonne parfois que l\u2019Angleterre soit le pays où la démocratie produit les meilleurs résultats.Le livre du Père Poulin nous en apporte certainement une explication: depuis le début du XVIIIe siècle on s\u2019y occupe de l'éducation du peuple, et avec des succès non équivoques.C\u2019est l\u2019objet principal de la présente étude de nous le démontrer.Chez nous, où bien peu de tentatives ont été faites dans ce domaine, quoi d\u2019étonnant que notre peuple ne soit pas à la hauteur de ses problèmes et qu\u2019ayant en main son propre sort, par la politique, il le dirige le plus souvent si mal ?Mais la faute n\u2019en est pas au peuple.Si ces masses avaient possédé une élite capable de les orienter vers leur destin historique! s\u2019exclame le Père Poulin dans sa préface.\u201cIl semble en fait, dit-il ailleurs, que l\u2019élite universitaire se soit constituée comme une classe privilégiée plutôt que comme un service\u201d.Pourtant \u201cune élite n\u2019a de raison d\u2019être que si elle est t ournée vers le peuple, si elle est capable d\u2019agir sur lui comme un levain spirituel (.) Quelle erreur de croire à un ordre nouveau sans la collaboration active du peuple.\u201d Vérité devenue, certes, fulgurante! La tâche de l\u2019éducation du peuple chez nous est donc urgente; elle est possible, l\u2019exemple des autres pays nous en fournit la preuve; il faut donc s\u2019y mettre sans tarder et c\u2019est à l\u2019Université à en prendre l\u2019initiative, à s\u2019en constituer le centre.Voilà la conclusion générale de l\u2019auteur.L\u2019exemple anglais qu\u2019il nous apporte, les éléments de pédagogie des adultes qui s\u2019en dégagent sont susceptibles de nous servir de guide.François-Albert Angers \"All right, Mr.Roosevelt\" Par Stephen Leacock, Oxford Pamphlets on World Affairs.Auteur d\u2019une quarantaine de volumes et d\u2019innombrables articles, M.Stephen Leacock traite de tous les sujets avec humour et finesse, ce qui n\u2019exclut pas à l\u2019occasion la profondeur et l\u2019acuité des vues.Il vient de faire paraître une 210 l\u2019action'nationale brève étude sur les relations canado-étatsuniennes, dans une collection d\u2019opuscules dont la plupart sont fort intéressants.\t.\t.\t.\t.\t.M.Leacock se plaît à souligner l\u2019harmonie qui a toujours existé, au cours de notre histoire commune, avec les Etats-Unis.Il y a bien eu 1775, 1812, les rivalités commerciales de 1849, quelques autres heurts, mais quelle importance cela peut-il avoir entre des parents qui se jugent très ressemblants, qui ont les mêmes goûts et les mêmes ambitions et qui, au fond, s\u2019aiment bien ?L\u2019auteur tire argument de certains chiffres pour établir cette compénétration réciproque.Ainsi, de toutes les personnes nées au Canada et qui 14 pour 100 demeurent aux Etats-Unis, soit l,2oü,UOO.Inversement, 35,000 Étatsuniens d\u2019origine habitent parmi nous.M.Leacock nous rappelle que de 1875 à 1890, environ 150 000 Canadiens français ont franchi la frontière, dans l\u2019espoir d\u2019un sort plus clément.Mouvement qui a sa contrepartie, au point de vue canadien tout court qui n est pas le nôtre, dans l'invasion de nos prairies par 600,000 Etatsuniens.Si bien qu\u2019à la fin du siècle dernier, on a pu calculer que pour 1 000 immigrants venant au Canada, 726 d\u2019entre eux, après un stage plus ou moins prolongé chez nous, traversaient la ligne quarante-cinquième.M.Leacock voit dans ces faits, et dans plusieurs autres qu\u2019il signale, la confirmation de la grande fraternité américaine Il est permis d\u2019y voir aussi le danger d une uniformisation matérielle et intellectuelle trop ^ poussée, où nous savons très bien ce que nous perdrions, même si nous doutons encore de ce que nous gagnerions.\tDuhamel L'Epée de feu Par Daniel-Rops.Roman.Chez Plon, Paris, 1989.Daniel-Rops dépeint cette fois la famille d\u2019un grand ban-quier.personnage considérable et malheureux, dont le foyer est rongé par une sorte de sécheresse intérieure et par un froid dâespoir.L\u2019auteur fait refluer jusqu\u2019à nous la tristesse et l\u2019amertume que ces êtres, socialement forts, ou révoltes, ou médiocres, renferment au plus profond deux-mêmes.Tous sont terriblement conscients de leur pauvreté, en sont déchirés, font un violent effort pour briser le cercle de fer où leur vie est enchaînée; quelques-uns vont y réussir, tandis que les autres s\u2019enfoncent dans la stérilité des résignations terrestres. LES LIVRE8 211 Le style dépouillé de Daniel-Rops, qui se refuse aux efforts faciles, crée une atmosphère intense.Sa technique de romancier nous semble presque trop parfaite; par mille artifices, ce long récit (530 pages) nous fait pénétrer les milieux les plus divers \u2014 ouvriers, grands et petits bourgeois, syndicalistes, révolutionnaires, chrétiens.\u2014 noue et dénoue vingt actions parallèles, amorce des ascensions et laisse prévoir des chutes définitives, ce long récit n\u2019en garde pas moins la plus rigoureuse unité de temps; tout s\u2019y découle en l\u2019espace de vingt-quatre heures.C\u2019est renouveler l\u2019exploit du Six octobre, sans prendre les libertés que s\u2019octroie J.Romains, qui procède par tableaux dispersés et sont les personnages vivants sans communication les uns avec les autres.Ici, l\u2019action est sévèrement ramenée à l\u2019unité.Daniel-Rops interprète l\u2019univers; son regard transfigure les êtres et va chercher en eux ce qui est plus eux-mêmes qu\u2019eux-mêmes.Je songe en particulier à M.Deaucourt, à Sylvie et Abel, ses enfants, et peut-être à Nadja, qui sont des figures authentiques et colorées.Parfois le procédé porte à faux; le personnage parait alors arbitraire, c\u2019est-à-dire inexistant \u2014 cf.Smimine, type du révolutionnaire à froid qui paraît bien pâle auprès des créations d\u2019un Plisnier (dans ses Faux-Passeports).Daniel-Rops a écrasé ces personnages secondaires sous trop d\u2019idées, ils sont des concepts autant que des chairs humaines et l\u2019on a l\u2019impression d\u2019un conflit dialectique plutôt que d\u2019une crise psychologique.L\u2019Epée de Feu restera comme un document vivant de la génération d\u2019après-guerre \u2014 ou plutôt, puisqu\u2019il faut déjà modifier l\u2019expression, de la génération qui a vécu sa jeunesse entre deux guerres.A.L. Courrier de guerre La guerre et la jeunesse de longue anglaise Quel jugement la jeunesse canadienne de langue anglaise porte-t-elle sur la guerre actuelle?On nous l\u2019avait dépeinte comme plus vraiment canadienne que ses devancières; il a coulé de l'eau sous le pont depuis 1914, affirmait-on; la génération née au Canada n\u2019est pas liée comme la précédente par des sentiments de fidélité passionnée à la mère-patrie; advenant une crise, son coeur ne serait pas disputé par des affections contradictoires, et la politique extérieure de notre pays devra tenir compte de ce nouveau facteur: il faudra qu\u2019elle s\u2019oriente en un sens nettement canadien et américain si elle veut obtenir l\u2019appui des jeunes.La réalité correspond-elle à cette anticipation?Il est difficile de répondre catégoriquement.Déjà quand il s\u2019agit de définir les réactions canadiennes-françaises, pourtant plus unanimes, l\u2019observateur hésite et nuance son jugement.Dans le cas de la jeunesse de langue anglaise, dispersée à travers neuf provinces, de toutes les nuances de pensée, d\u2019origines ethniques très diverses, la plus stricte prudence est de règle.Notons à ce sujet que la collectivité canadienne-française possède une conscience nationale plus ferme que les autres groupes canadiens.Analysons cependant les renseignements que nous ont fournis de grandes associations de jeunesse anglo-canadiennes. COURRIER DE GUERRE 213 Le point de vue des Canadiens d\u2019origine non britannique \u2014 allemands, ukrainiens, polonais, etc.\u2014- n\u2019offrirait rien d inattendu si j\u2019en crois mes informateurs.Les sympathies à 1 égard du pays natal, quand elles ne sont point étouffées par des mystiques politiques, y seraient le facteur déterminant.Par exemple, sans être aucunement disposé à trahir son pays d\u2019élection, le jeune Allemand aurait appris avec peu d\u2019enthousiasme la déclaration de guerre du Canada à l\u2019Allemagne; par contre, ce serait dans les rangs de la jeunesse germano-allemande que se recruteraient les plus farouches antinazis, c\u2019est-à-dire les partisans les plus ardents de l\u2019intervention militaire \u2014 il ne s\u2019agit là, on le conçoit, que d\u2019une minorité\u2014.Les Polonais dans leur ensemble seraient très favorables à la politique de participation d\u2019Ottawa: on l\u2019imagine sans peine.De ce côté, enregistrons une extrême confusion.Les sympathies, là où elles apparaissent, sont d\u2019ailleurs peu actives; il s\u2019agit plutôt d\u2019un préjugé favorable, qu\u2019une adroite propagande ferait disparaître ou porterait à l\u2019état aigu.Dans la masse anglo-canadienne, on trouve ici et là des îlots d\u2019objecteurs de conscience.Ils y sont beaucoup plus nombreux que chez nous: le pacifisme rencontre de ce côté plus d\u2019adhérents; telle fraction de la C.C.F.et de l'United Church (cf.la déclaration des soixante-dix pasteurs), tel groupuscule s\u2019opposent à l\u2019idée même de la guerre, au nom de principes humanitaires ou évangéliques.Cette partie de l\u2019opinion n\u2019exerce actuellement qu\u2019une influence très réduite. 214 l\u2019 action\u2019nationale De même ordre paraît l'influence communiste.On la mentionne ici parce qu\u2019en l\u2019espace de quinze jours le parti communiste canadien a complètement renversé sa politique sur la guerre; cette volte-face, opérée par tous les partis communistes du monde, coïncide de façon très curieuse avec l\u2019entrée de la Russie soviétique en territoire polonais.Au vieux slogan \u201cà bas la dictature fasciste\u201d, poularisé par tous les Fronts Populaires, est substituée depuis octobre une nouvelle formule: \u201cà bas les guerres impérialistes\u201d.\u2014 La dernière élection provinciale illustra ce rapide changement d\u2019attitude.Le parti communiste fit d\u2019abord parvenir aux journaux une proclamation bel-liqueusement antiduplessiste, au nom des libertés ouvrières et du prolétariat bafoué.La semaine suivante, nouvelle proclamation et chambardement complet: \u201cil est indéniable que malgré son rôle réactionnaire dans le domaine provincial, ce n\u2019est pas Duplessis mais les Libéraux qui dans cette élection jouissent de l\u2019appui unanime de la rue Saint-Jacques et de la haute finance\u201d.La circulaire communiste s\u2019attaquait même au ministère King-Lapointe: \u201cil [ce ministère] a adopté des mesures pour centraliser les pouvoirs à Ottawa de façon à mettre en danger les droits d\u2019autonomie provinciale et à menacer la libre expression du Canada français, anticonscriptionniste et antiparticipationniste!\u201d Et l\u2019on aboutissait à cette conclusion plutôt inattendue que \u201cdans cette campagne, le Parti communiste se présente comme le porte-parole le plus résolu des sentiments pacifiques et antiimpérialistes du peuple du Québec!\u201d.En bref, le Komintern a COURRIER DE QUERRE 215 ordonné à ses filiales de saboter partout la défense nationale; celles-ci ne réussiront vraisemblablement nulle part.A l'autre extrême se situe la faction guerrière.Car elle existe chez les jeunes comme dans les autres générations.M.McCullagh, du Globe & Mail, ne peut-il être compté comme un jeune?Minoritaire, cette coterie dispose de moyens d\u2019action très puissants.L\u2019argent jingoe l\u2019utilisera pour noyauter la plupart des organisations.La masse de la jeunesse anglo-canadienne demeure méfiante.Elle a accepté la participation, loyalement, mais elle continue de s\u2019interroger.Que signifie cette guerre?Elle est conduite au nom de la civilisation et de la chrétienté; ces mots ne masquent-ils pas des réalités moins pures, et les vrais buts de guerre ne seraient-ils pas impérialistes?Nos compatriotes ne se hâtent pas de répondre à ces questions.Comme nous, ils se montreraient volontiers fatalistes.Ce qui doit arriver arrivera, et personne n\u2019y peut rien; au surplus, la presse que l\u2019Anglo-Canadien lit quotidiennement s\u2019efforce de le persuader qu\u2019on l\u2019invite à une guerre sainte; matin et soir lui arrivent des appels à l\u2019abnégation, au patriotisme, et l\u2019on tente de créer autour de lui une ambiance militariste.Dans les associations les plus puissantes, la jeunesse est gênée par ses bailleurs de fonds; ceux-ci ne lui permettraient pas une dangereuse indépendance d\u2019esprit; aussi la tendance est-elle à éviter de prendre position, à remettre les questions à plus tard.\u201cNous sommes opposés à la conscription, me confiaient certains chefs de mouvement.Mais il nous est pratiquement défendu de le dire: nous nous mettrions à dos toute la vieille génération.Il faudrait 216 l\u2019action nationale que le mot d\u2019ordre vienne de chez vous: il nous serait plus facile d\u2019emboîter le pas\u201d.Pendant ce temps, la propagande accomplit son oeuvre.Cependant plusieurs milieux tentent de réagir.Eux aussi, ils comptent sur nous.Us voudraient organiser la résistance à la conscription.Us prendront plus volontiers des initiatives.Us désirent cristalliser l\u2019opposition latente qu\u2019ils devinent chez les leurs à toute forme de participation excessive.Leur nombre reste indéterminé.Us se recrutent dans toutes les classes mais ne constituent nulle part la majorité.Composent-ils le facteur déterminant, ou seront-ils noyés dans la vague impérialiste?On ne saurait le dire à l\u2019avance, mais une chose est certaine: cela dépendra de nous pour une part.S\u2019ils sentent de notre côté un appui solide, leur action s\u2019engagera avec plus d'assurance.Dans leur esprit, Québec demeure le rempart contre l\u2019impérialisme hystérique.Us sont plus hésitants depuis le 25 octobre, à cause de l\u2019interprétation belliciste que l\u2019on a donnée de la victoire libérale.Sachons profiter de toutes les occasions pour leur répéter que, si Québec a changé de gouvernement et a cru prendre une police d\u2019assurance contre la conscription en maintenant M.Lapointe à Ottawa, sa pensée profonde n\u2019a point varié.Etablissons ces contacts partout où la chose est possible: les Canadiens français de l'Ouest, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick ont là un rôle fructueux à jouer.De la sorte, nous aiderons le gouvernement King à garder ses dernières promesses.André L."]
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