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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1958-01, Collections de BAnQ.

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[" PER Q-3SZ CON JANVIER-FÉVRIER 1958 ; : .\\ Si v D- tr x ! fvl ST-HYACINTHE, P.Q.SOMMAIRE RÉGINALD BOISVERT : A celle qui n\u2019est pas gaie ÉLIE GOULET : La neige qui brûle H.-M.ROBILLARD, O.P.: Jean-Claude Dussault : L\u2019appel de la métaphysique E.M.ROSTRA : Le monde chrétien, que doit-il au Judaïsme ?GUY ROBERT : A propos d\u2019Art sacré LE SENS DES FAITS Le Cahier spécial de la Chronique de France sur le Canada français \u2014 Une grande Dame : Mère de la Nativité \u2014 De Paul Claudel aux prêtres poètes \u2014 Le grand boulevard : Guitry, Pagnol \u2014 Notes sur trois romans récents \u2014 Les réfugiés de Palestine ont leur église au Liban \u2014 Chronique des disques.L\u2019ESPRIT DES LIVRES DIRECTION : MAISON MONTMORENCY COURVILLE (QUÉBEC-5).P.Q.ADMINISTRATION : 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE MONTRÉAL-28.P.Q. TABLEAU D BERTHIERVILLE, P.Q.BELLEHUMEUR & FILS, ENR., P.E.portes et châssis, 70 St-Vialeur, tél.6-4288 ARMSTRONG, Charles, barbier, 237, Montcalm, tél.6-4365 BERTHIER BOX & LUMBER, LTD., 93, de Bienville, tél.6-3774 BERTHIERVILLE EXPRESS, Girard Lamarche, prop., 50, Grande-Côte, tél.6-4435 Entrepôt à Montréal, tél.VI.9-9244 BONIN, Robert, moulin à scie, Grande-Côte, tél.6-3074 CARPENTIER, Hermas, 197, Montcalm COUTU, Roland, agent « Imperial Oil », 65, de Vaudreuil, tél.6-3718 DEGRANDPRÉ & FILS, L.A., assurances générales, 93, Frontenac, tél.6-4582 DON D'UN AMI, No contrat 3439 DOUCET, L.P.Rolland, épicier-restaurateur et viande de choix, 9, Crémazie, tél.6-4334 GARAGE P.LAPORTE, réparations générales, Grande-Côte, tél.Terminus 6-3213 GARAGE MORAND, L.P.Morand, prop., 43, Montcalm, tél.6-8078 GERVAIS, Dr Paul, médecin, 182, Montcalm.GIROUX, Dominique, notaire, 23, Champlain GRANDCHAMP, Mme Charles, modiste de chapeaux, 1 Iberville, tél.6-4446 'HONNEUK HÔTEL VINCENT, Berthier-Jonction LACHAPELLE, Louis, épicier, 79, Montcalm, tél.6-4020 LÉVESQUE SERVICE STATION ENR., Léopold Lévesque, prop., produits « Champlain », R.R.No 2, tél.6-8001 MAISON DUPONT, Mme R.Dupont, prop., confection pour dames, 101, Frontenac, tél.6-4598 MAISON MAX, confection pour dames, hommes, enfants, 166, Montcalm, tél.64153 356, Notre-Dame, Joliette, tél.PL.3-7327 MARCOUX TRANSPORT, Charles Eugène, 22, Daviault, tél.6-4018 MOREL, Ovide, 8, Iberville PHARMACIE BERTHIERVILLE, Guy Barrette, B.PL, L.Ph., prop., 90, Frontenac, tél.6-3703 POIRIER, Léo, coiiieur, 55, de Frontenac, tél.64518 ROBERT, Lionel, marchand, 82-84, de Frontenac SAINT-JEAN, J.E., optométriste-opticien, 111, de Frontenac, C.P.39, tél.64305 THERRIEN, S., articles de sport, cadeaux, jouets, accessoires électriques, bicycles CCM, vente et service, 4, Montcalm, tél.6-4524 CRABTREE MILLS, P.Q.CRÉPEAU, Simone THIBODEAU, Arthur, boulanger-pâtissier, rue St-Paul, tél.4-2474 RESTAURANT CHEZ «MIRO» ENRG.ANATOLE MIRAULT, PROP.Repas réguliers \u2014 Service jours et nuits Roule No 2 \u2014 Montréal \u2014 Québec BERTHIERVILLE, P.Q.Tél.6-3703 PHARMACIE BERTHIERVILLE GUY BARRETTE, B.Ph., L.Ph., PROP.90, FRONTENAC\tBERTHIERVILLE, P.Q.Tél.64190 BIJOUTERIE D.ARMSTRONG CADEAUX POUR TOUTE OCCASION BERTHIERVILLE, P.Q.Tél.64350 J.A.LAFOREST, LIMITÉE J.A.LAFOREST, PRÉSIDENT-GÉRANT Meubles et accessoires électriques Tout pour votre foyer 30, FRONTENAC\tBERTHIERVILLE, P.Q.HOMMAGES de la CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME BERTHIERVILLE, P.Q.DON D\u2019UN AMI Tél.6-8075 HÔTEL DU SAINT-LAURENT 221, MONTCALM Tél.6265 BIJOUTERIE LACHAPELLE ENRG.CADEAUX POUR TOUTE OCCASION 73 sud.PLACE BOURGET\tJOLIETTE, P.Q Tél.bureau : 6-3795 BRISSETTE AUTOMOBILE LTÉE GABRIEL BRISSETTE, GÉRANT Dodge and DeSoto Passenger Cars \u2014 Dodge Trucks 99, Grande Cote BERTHIERVILLE, P.Q.BERTHIERVILLE, P.Q Route Nationale No 2 J.LAROSE, PROP. 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DISTRICT L'Union Saint-Joseph du Canada \u2014 Assurance-Vie 32, MONTCALM\tBERTHIERVILLE, P.Q.HOMMAGES DU JUVÉNAT DES SS.ANGES Ecole Secondaire Saint-François dirigés par les Clercs de Sainl-Viateur BERTHIERVILLE, P.Q.\tTél.6-3787 Dr NORMAND CHAMPAGNE, 0.D.Optométriste \u2014 Spécialiste pour la vue 7, IBERVILLE\tBERTHIERVILLE, P.Q.Tél.6-3837 COUVOIR MAURICE DUMONTIER R.R.No 2 BERTHIERVILLE, P.Q.\tTél.6-3775\tChâteau des sportifs CHÂTEAU BERTHELET J.R.RIVARD, PROP.Chambres et cabines chauffées avec douche Repas servis à toutes heures \u2014 Orchestre et danse BERTHIERVILLE, P.Q.-\t¦\tM L\u2019ASSOMPTION, P.Q.BEAUCHAMP, Jules, gazoline, 706, boul.L'Assompiion, lél.7-2212 BOULANGERIE LAPORTE, 119, boul.L'Ange-Gardien, lél.7-3295 CARIGNAN, Robert, garagiste, 294, boul.L'Ànge-Gardien, lél.7-3337 ÉPICERIE ARMSTRONG, 165, Noire-Dame, lél.7-3421 GUILBAULT, Edgar, directeur de funérailles, 371, boul.L'Ange-Gardien, lél.7-2788 HÔTEL MIAMI, 385, Si-Etienne, lél.7-2782 LACHANCE, André, rue Marguerile-Bourgeoys LA CORDONNERIE MODERNE, L.P.Leirançois, prop., clinique des pieds, 295, boul.L'Ange-Gardien, lél.7-2769 LACOMBE, René, manufacturier de portes, 261, Sie-Ursule, lél.7-3162 LEO SEWING REG'D., Léo Jussaume & Léo Manseau, prop., 166, Si-Etienne, tél.7-3366 LOYER, Laurent, épicier-reslauraleur, 214, Si-Joseph, lél.7-3495 MANÈGRE, Dr Régis, chirurgien-denlisle, 263, boul.L'Ange-Gardien, lél.7-2227 MARCHÉ ALBERT TURGEON IGA, 312, boul.L'Ange-Gardien, lél.7-2752 PAYETTE, Dr Lorenzo, médecin-chirurgien, 201, boul.L'Ange-Gardien, lél.7-3333 PRUD'HOMME & FRÈRES, LIMITÉE, L'Assompiion, lél.7-2748 'HONNEUR SAINT-ROCH, Antonio, restaurateur, 3, boul.L'Ange-Gardien, lél.7-3192 SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE AGRICOLE DE L'ASSOMPTION, 701, boul.L'Assompiion, lél.7-2785 VARIN, J.M.F., entrepreneur, 191, Noire-Dame, lél.7-2313 WATIER, 5ç-10c-15c to $1.00 STORE, 308, boul.L'Ange-Gardien, tél.7-3316 L\u2019ÉPIPHANIE, P.Q.BOURASSA, Dr Marcel, 26, Leblanc, lél.266 DON D'UN AMI, No 914 DRAINVILLE, 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QUEBEC VENEER INDUSTRIES LTD, L\u2019ÉPIPHANIE, P.Q.Hommages de Rue des Sulpiciens Tel.10-72 ROCH & FRÈRE DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES Salon morluaire \u2014 Service d'ambulance Embaumeur licencié \u2014 Corbillard Cadillac l\u2019Eglise\tL\u2019Epiphanie, P.Q.J.H.ROCH Accessoires éleciriques L\u2019Epiphanie, P.Q.Tél.72 Montreal Floor Covering Ltd.\u2022\tRubber, Linoleum, asphalt tiles \u2022\tVinyl plastic tiles \u2022\tGold Seal Congoleum House of 1,000,000 Tiles .1504 Bleurv Street\tMontreal, P.Q.Tel.PL.8871 Compliments de la Fonderie de I\u2019lslet Ltée MANUFACTURIERS DEPUIS 40 ANS DE : Poêles électriques (bois et charbon) Réfrigérateurs \u2014 Laveuses Appareils de chauffage à air climatisé FONDERIE DE L\u2019ISLET LIMITÉE L'ISLETVILLE, P.Q.Tél.7-2336\tVENTE - SERVICE \u2014 PARTIES MARSOLAIS AUTOMOBILE FERNAND MARSOLAIS, PROP.Vendeur autorisé : Dodge, DeSoto 648, boul.L'ASSOMPTION\tL'ASSOMPTION, P.Q.Tél.351\tMme FERNAND MARTIN, PROP.RESTAURANT AUX 3 ÉTOILES Bar-B-Q \u2014 Repas 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collaborateurs étrangers à l'Ordre de saint Dominique Sommaire Janvier-février 1958 Reginald Boisvert : A celle qui n\u2019est pas gaie Pour avoir lu Poèmes de Minou Drouet, l\u2019auteur se sentit soudain soulevé, inspiré, et composa au milieu de la nuit ce poème de jeunesse, de liberté, de grand vent.Elie Goulet : La neige qui brûle « J\u2019avais toutes les vocations à la fois : vie religieuse, mariage, maternité, et, par-dessus tout : poésie.Au fond je n\u2019en avais qu\u2019une : l\u2019amour» écrivait Marie Noël.H.-M.Robillard, O.P.: Jean-Claude Dussault : L\u2019appel de la métaphysique L\u2019auteur prend la défense des Dialogues platoniques qui méritent beaucoup plus que le pieux silence qui s\u2019est fait autour de cette œuvre publiée en 1955.E.M.Rostra :Le monde chrétien, que doit-il au Judaïsme ?Cette causerie prononcée à la Maison Montmorency à l\u2019occasion de la grande réunion des « Amitiés judéo-chrétiennes » ne manquera pas d\u2019intéresser les lecteurs le moindrement cultivés.Guy Robert : A propos d\u2019Art sacré Un aperçu sur l\u2019évolution de l\u2019Art et ses principales manifestations païennes et profanes d\u2019où, trop souvent, l\u2019Art lui-même est absent.Le sens faits J.-C.Falardeau : « Le Cahier spécial de la Chronique de France sur le Canada français ».A.Lamarche, O.P.: « Une grande Dame : Mère de la Nativité, fondatrice des Sœurs de Miséricorde ».H.-M.Robillard, O.P.: « De Paul Claudel aux prêtres poètes ».Gilles Marsolais : « Le grand boulevard : Guitry, Pagnol ».J.-G.Pilon : « Notes sur trois romans récents ».X.: « Les réfugiés de Palestine ont leur église au Liban ».Dominique Vérieul : « Chronique des disques ».En collaboration : « Cahiers de l\u2019Académie cana-dienne-française ».Romain Lécaré, O.F.M.: « L\u2019aventure poétique et spirituelle de Saint-Denys-Garneau ».C.H.Dodd : «La Bible aujourd\u2019hui».Marie Saint-Jacques Guimont : « A la limite des choses ».Ai.an Horic : « L\u2019aube assassinée ».G.\tGerbelaud-Salagnac : « Le sceau du petit Prince » \u2014 « Sous le signe de la tortue ».P.-M.Laferrière : « Le Mémorial du Seigneur ».Mgr Sheen : « Il faut choisir sa vie ».Galbiati et Piazza : « Mieux comprendre la Bible ».J.E.Bischop : «Soldat de Dieu : Ignace de Loyola».H.\tKlingler : « Conquérants sans terre ». REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.Maison Montmorency, Courville (Québec-5), P.Q.Vol.LXIV\tTome I\tJanvier-février 1958 A celle qui n est pas gaie A tous ceux et à toutes celles qui s amusent de ne vouloir ni du vent ni de la joie.A celle qui de fausses morts se fait de fausses murailles fermées de fausses fenêtres et joue au faux désespoir.A tous les font-semblant-de-vivre (est-ce autrement qu on les nomme ?) le vent répond qu il va là-haut libre des plus hauts traquenards.Le vent est seul il a des ailes et ceux qu il aime il les emporte où les ailleurs sont des ici.On le croit fol et désinvolte lui qu\u2019un attrait jaloux ramène autour de votre cœur la terre.C\u2019est l amoureux de toutes vies il change l air ouvre l\u2019espoir : ces feux lointains seront des villes c\u2019est qu\u2019il y veut coucher ce soir.3 Revue Dominicaine Le cœur de l homme a-t-il moins d aise que l espace n\u2019a d alizés ?Voici ma foie ce vent intime aussi doux que la brise en est.Mais gare à qui la courrouce : elle brûle elle déracine elle est tornade ou sirocco.A mots-fiel à bouche perfide qu on s acharne à tuer le vent : l on n aura que la langue rèche.On les cache loin de la vie froides et ceintes de serpents on les ferme de bandelettes vos sèches sœurs au bord du Nil, Et le vent joue autour d elles Qui ne surent rien de lui il s\u2019en moque il les ensable et sagement les oublie.Tout ce dont il a besoin c\u2019est d\u2019espace et d\u2019être utile aux vivants et aux oiseaux.Réginald Boisvert Maison Montmorency, 26 novembre 1957.4 La Neige qui brûle J\u2019avais toutes les vocations à la fois : vie religieuse, mariage, maternité, et, par-dessus tout : poésie.Au fond, je n en avais qu'une : l'amour.Marie Noël Ah I le beau livre que voici ! Heureuse est-elle la Muse d Auxerre, Marie Noël, de compter parmi ses amis Raymond Escholier, écrivain de haut lignage, humaniste éminent, critique délicat et compréhensif, qui fut le premier à l\u2019aller rencontrer dans sa province de Bourgogne, à qui elle confie ses Notes intimes en disant : Mes Mémoires, c est vous qui les écrirez.Dans la maison du Diable A Auxerre, écrit Marie Noël, « les gens ne sont pas tout à fait comme les gens d ailleurs, lis ont, dans la cervelle, une goutte de vin, une fantaisie.» Cette goutte de vin, cette fantaisie, a fait de notre Bourgogne le premier poète de France.Marie-Mélanie Rouget est née à Auxerre, ruelle des Véens, le vendredi 16 février 1885.Le petit ange blond voit le jour, à l ombre de la cathédrale Saint-Etienne, dans une maison qu avait déjà habitée une terrible diablesse, dite la Sorcière, une pseudo-mystique, Cantianille Bourdois, qui avait défrayé les chroniques du temps.Le père de Marie, Louis Rouget, agrégé de philosophie, avait épousé en 1878 sa cousine germaine Emélie Barat, fille d un entrepreneur, qui comptait une sainte dans sa lignée, sainte Madeleine Barat.Quatre enfants devaient naître de cette union, Marie et Henri qui vivent encore ; Pierre, mort en 1941 ; Eugène, fauché dans la fleur de l\u2019âge.Comment résumer 1 enfance de la petite fille très sensible, bercée par les légendes que lui racontaient sa mère et sa grand mère et par les noëls qu elles chantaient.Ah I ces bonheurs simples que l\u2019on savait vivre jadis dans une petite ville de province, comme Marie Noël sait nous les faire partager ! « La nuit s en venait toujours de bonne heure éteindre le jour et serrer la salle, mais Grand Mère, au coin de son feu, chantait 5 Revue Dominicaine des « noëls » pleins de bergers, d anges, de gens gais.de véritables gens de cbez nous avec leurs vrais noms et leurs vrais métiers : De la pâtisserie Chez Barat on aura.« (Le cousin Barat, pâtissier) Pour de l épicerie Rouget en fournira.« Grand-Père Rouget, lui, en personne î.des noëls pleins de joueurs de musique, de cadeaux de naissance, de joyeuses victuailles comme personne n en a mangé de telles ï.» Mais déjà I enfant blonde et si menue commençait à interpréter certains propos cbucbotés qui lui révélaient les souffrances et les laideurs de la vie.« Des noms, des mots, çà et là, dans les paroles qui passaient, tombaient soudain dans mon esprit comme une pierre dans une eau trouble qu\u2019élargissait autour d eux de grands cercles blêmes de frayeur : Incendie.Mort.Crime.Assassin.Amant.celui-là, surtout, I innommable, le plus inquiétant de tous parce que, dès qu\u2019une Grande-Personne I avait dit, une autre Grande-Personne aussitôt se précipitait, épouvantée, et fui faisait signe de se taire ».La petite enfance de Marie s écoule ainsi le plus naturellement, mais elle fut rien moins que cléricale.Sa profonde formation tbéologique, I enfant l\u2019a puisée dans la lecture de la Bible et de 1 Imitation de Jésus-Christ.Quant à sa science liturgique elle ne I a pas puisée auprès d un Ordre religieux, mais sa Grand Mère « était une de ces vieilles Françaises qui chantaient Vêpres tous les dimanches, complies les jours de fête et qui suivaient minutieusement dans leurs gros livres aux feuillets jaunis les Ténèbres de la Semaine Sainte et les Grandes Matines de Noël et du jour des Morts.« .J\u2019ai entendu, à neuf ans, I inconsolable cri de I homme.Il est entré en moi, alors ; il n\u2019en est plus ressorti ».Une secrète sympathie se révèle entre la petite filie et les sources, aussi bien qu\u2019une communion intime avec les êtres surnaturels.C est 6 La neige qui brûle en ces années 1892 et 1893 qu elle s\u2019est trouvée « le plus près de devenir une sainte ».« Je préparais ma première communion.A toutes les croix de carrefour, Notre-Seigneur me faisait signe.Je marcfiais dans les sentiers avec les Anges et il y avait, au bord du Cousin, tout près du « Cbêne de la Peur », dans un retrait de rocbers et de mousses, une secrète petite fontaine où j\u2019ai essayé, tant que j\u2019ai pu, de faire apparaître la Sainte Vierge, sans jamais y parvenir ».Cette première communion, elle est préparée d une manière si janséniste que Marie, craignant le sacrilège, court annoncer à Mlle Ernestine CLerbury qui, depuis trois ans, venait I instruire chaque matin : \u2014 « Mademoiselle, je viens vous dire que je ne veux pas faire ma Première Communion ».Tout rentra heureusement dans I ordre.«Ma première joie, ce matin-là, fut ma robe blanche, la plus belle de toute ma vie.Puis, à mon poignet, le chapelet de nacre.Puis, entre mes mains, le livre d\u2019ivoire.Et par-dessus tout, ce voile sous lequel je me sentais sainte, comme une Sainte du Paradis ».La petite fille vient de trouver 1 Amour et, pour ne pas Le perdre, elle demande à Jésus de mourir bientôt.Le printemps vient de naître (1894-1905) «A l\u2019automne de 1894, écrit Raymond Escholier, Marie Noël et ses parents avaient déserté la Maison du Diable pour s\u2019installer, 27, rue Milliaux, à I\u2019 abri de I église Saint-Pierre ».Comme une rose trop fragile, l\u2019enfant eut beaucoup de mal à s\u2019acclimater à son austère nouvelle demeure.Pour elle, ce sera quand même le printemps de la vie jusqu\u2019au jour où l\u2019Alouette de mai prendra son vol.Ah ! ces joies du printemps de l\u2019existence, Marie Noël les chante dans un texte merveilleux de poésie et de fraîcheur sur les vendanges ï Joie de découvrir le monde enchanté de la littérature avec le Cid, Dickens, Chateaubriand, Lamartine et Hugo.Mais Louis Rouget, homme intègre qui jamais ne sut mentir, à la fois philosophe, latiniste, Revue Dominicaine helléniste, mathématicien, botaniste, historien d art, veillait au grain.« Enfin, je devins majeure.Mon père me jeta à la mer avec Platon, Montaigne, Dante, Shakespeare, les Tragiques Grecs, Aristophane.« Un jour, je plongeai dans Pascal.Eternelle rencontre.Entre temps \u2014 j avais seize ans i\u2014> Henri (le frère cadet) m apporta du collège, le Faust de Goethe et un recueil des Poètes lyriques d\u2019Allemagne.Ce fut le premier coup frappé à la porte sacrée.Je commençai d écrire des ballad es dans le genre de Lenore et du Roi des Aulnes.« Parurent enfin les romanciers : Tolstoï, Balzac et même, qui le croirait ?Restif de la Bretonne ».Joie encore pour 1 excellente pianiste qu est Marie Noël de jouer Mozart, Beethoven, Chopin, et d accompagner le cousin Julien Barat, violoniste et artiste complet qui se passionnait de danse et de poésie.C est ainsi que Julien et Marie s\u2019enchantent de Verlaine, de danses et de chansons populaires au milieu des musiques de Fauré, de Debussy, de Reynaldo Hahn.« Nous retrouvions ensemble nos chers génies.Bach, Beethoven, César Franck, parfois Wagner dont trop de partitions nous manquaient.Et plus intime, notre Schubert, son Voyageur, son Roi des Aulnes, son Somnambule sous la lune.Plus hallucinant encore, notre Schumann : l\u2019envolée épique des Deux Grenadiers, la valse démente du Pauvre Pierre, le rythme forcené, le choc d épées des Frères ennemis.Quel mouvement ! Nous brisions tout î.Et soudain, repos au ciel \u2014 la pure et lente contemplation de la nuit étoilée ».Quant à la passion de la jeune fille pour les danses et les chansons populaires, là se cache le secret du côté humain, naïf et simple des Chansons du poète, car, écrit-elle, « c\u2019est le rythme qui me prend.Ce sont des coups de sentiments qui me font trouver les mots ».Déjà cependant s\u2019était manifesté le tempérament mystique de Marie comme le prouve ce texte : « Ce jour-là, un jour de mai, je traversais la Cathédrale pour aller en classe.L\u2019église était vide, l\u2019église où il ne faut ni parler haut, ni toucher à rien, ni marcher vite.Brusquement, j abandonnai à terre mon sac d\u2019écolière et je courus poser ma tête, passionné- 8 La neige qui brûle ment, sur l\u2019autel du Sacré-Cœur, réclamant à Jésus l\u2019anneau de mariage.« .Ce fut ma seule folie de jeunesse.J en tremble encore.Comment avais-je pu ?.J\u2019avais douze ans alors.Je ne me connaissais pas.Depuis, je me suis connue.Ab! que j\u2019aurais volontiers rompu mes enfantines fiançailles ! J\u2019ai eu si grand besoin parfois d endormir mon front, un instant, sur une épaule vivante ! Mais je ne T aurai jamais appuyé qu à la pierre de l\u2019autel et Dieu m\u2019a tenue, malgré moi, mariée à lui, le doigt serré dans un dur anneau de solitude qui fait si mal ».C\u2019est I\u2019 époque d ailleurs où la jeune fille a beaucoup à souffrir.Un texte aussi émouvant que La Rose Rouge nous prouve combien une jeune fille de seize ans peut souffrir d\u2019un amour d\u2019âme qui lui découvre l insondable mystère de I Amour.Mais 1904 est la sombre année qui donnera naissance à Marie Noël.Noël avait toujours été pour Marie Rouget la fête de I espérance.En cette année terrible, celle qui est devenue Marie Noël s aperçoit que c est aussi la fête du sacrifice.La jeune fille avait rencontré cbez elle un passant r\u2014 « un artiste qui, par moments, eut une sorte de génie » \u2014> Plus d arrière-boutique ».Les pages les plus émouvantes du vieil universitaire sont peut-être les lettres écrites à Marie Noël pour la féliciter ou l\u2019encourager.Ainsi naissent les Chansons et les Heures.Les premières chansons sont des chansons d amour avec ici et là un éclat de rire comme la Ronde, un joyeux chef-d œuvre.L Amour et la Mort sont les ailes puissantes de cette poésie à la fois enfantine et mystique, comme le révèle magnifiquement la finale des Heures, In manus tuas.Mais 1 année a commencé pour Marie Noël par une grippe maligne, tandis que des événements récents ont ravagé son âme.Les eaux d\u2019Aix-les-Bains s\u2019avérèrent nuisibles au fragile organisme et provoquèrent une névrose cardiaque qui ne put jamais guérir.A la fin de cette même année 1909, c est une mystérieuse neurasthénie qui s\u2019attaque à la jeune fille.Ajoutez à cela des deuils comme la mort du cousin Julien Barat et celle de la grand mère paternelle, la Chanteuse, à qui le poète doit le meilleur de son inspiration.C\u2019est enfin la perte définitive de l\u2019affection de Raphaël Périé.11 Revue Dominicaine Cependant, affinée par tant d épreuves, I art de Marie Noël s affirme de plus en plus par sa perfection et sa variété.Et la guerre de 1914-1918 voit en ce poète le seul capable de chanter la profonde angoisse et la grande espérance de la France.C\u2019est une « tête épique » qui a écrit la Prière d Août (1914), le Chant de la Passion, le Chant de la Compassion et surtout ce chef-d œuvre chevaleresque, La Ronde du Roi de Bel gique qui commence ainsi : Chantons, fillettes de France, Dans la grand douleur du temps, Chantons pour une souffrance La plus belle de cet an.Le mois est plein d herbe folle.Au Roi, vole, mon cœur vole, Vole à travers le printemps.Un jour de 1918, I Alouette de mai, minée par les deuils et l épuise-ment, « tenta en vain de reprendre son vol, d esquisser son joyeux tirelis.Cette fois, elle retomba, inerte, les ailes brisées, sur la terre ensanglantée ».L\u2019Alouette et l\u2019Ange Henri Bremond a parlé de « gaminerie angélique » au sujet de 1 art de Marie Noël.C est vrai, mais il y a autre chose aussi et nous croyons que 1 abbé Mugnier a mieux défini la Muse d Auxerre dans cette phrase : « Vous êtes la fille du Dante, avec I amertume florentine en moins ».Et chez cette fille douloureuse du Dante, la douleur précède toujours la joie.De mars à juin 1920, Marie Noël fut en traitement chez le docteur Page à Bellevue.Ah ! Quel homme admirable qui sut se faire si compréhensif pour le poète, surtout après avoir pris connaissance du manuscrit, Les Chansons et les Héures ! A la suite d\u2019une grave dépression nerveuse, Marie avait perdu 1 usage de ses jambes.Aussitôt guérie, sur le conseil du docteur Page, elle va porter son manuscrit chez 1 éditeur Sansot.12 La neige qui brûle Dès lors, c est le commencement de la gloire.La première édition des Chansons et des Heures parut en décembre 1920 et fut lancée avec trente exemplaires seulement envoyés à la presse, notamment à Victor Giraud et à Jean-Jacques Brousson.Ce dernier exemplaire devait faire du chemin.Roger Lafagette, député et poète de talent, avait déniché le recueil de vers chez Jean-Jacques Brousson « parmi les livres au rebut qui allaient sans doute être vendus au poids du papier ».Lafagette passa le recueil à Raymond Escholier qui prit feu et communiqua « sa flamme à ses confrères de la grande presse.Ce fut I incendie ».Comme 1 écrit non sans humour Escholier, ce sont les mécréants, les agnostiques qui découvrirent les premiers Marie Noël : Lucien Descaves, Robert Kemp, Madeleine Clémenceau-Jacquemaire, Edouard Dulac, Jean-Jacques Brousson, Charles Derennes, André Billy.Puis vinrent les bien pensants : Victor Giraud, Georges Goyau, Jean Morienval, Abel Moreau, Henriette Charasson.L\u2019intuition féminine de cette dernière I a merveilleusement servie dans l\u2019excellent portrait qu elle brosse de la Muse d\u2019Auxerre qu elle n\u2019avait jamais rencontrée jusqu à ce jour : « Marie Noël est comme une femme qui n\u2019aurait jamais quitté une toute petite ville de province, toujours pareille à ce qu elle était au Moyen Age, qui ignore tout de la vie moderne, dont toute la littérature, en dehors de ses chansons, est enclose dans ses livres de prières et dont les rêveries sont toutes dominées par la chère vieille église ornée au dedans et au dehors par les fraîches imaginations de jadis.Et c est ainsi que, tout simplement, Marie Noël est une poétesse catholique, parce qu elle vit dans une sorte de familiarité respectueuse et enfantine avec notre divin Maître ».Le Luxembourg, la Belgique, les Etats-Unis et le Canada ne tardèrent pas à rendre hommage au grand poète de France.Ici même, la Revue Dominicaine (juillet-août 1929), l\u2019abbé Joseph-Marie Melan-çon (Lucien Rainier) portait 1 un des jugements les plus éclairés sur l\u2019œuvre de Marie Noël.« Les Chansons de Marie Noël, en particulier ses chansons d amour, révèlent une sincérité si intense, quelques-unes 15 Revue Dominicaine sont si vécues, si prenantes qu il faut remonter jusqu aux chants divins de I Epouse du Cantique des Cantiques pour trouver rien de comparable.Quant à ses autres poèmes, purement religieux : les Heures et Vision, je ne crains pas de dire que son émotion pieuse, son reflet d évangile, même son ascétisme, dépassent les meilleurs dans ce genre ».Aussi bien, d écrire Raymond Escholier, « que Vision soit une épopée, nul ne s\u2019en était avisé avant ce Canadien, défricheur des terres inconnues.Pour moi, je l\u2019avoue, il m\u2019a fallu connaître Les Chants de la Merci, le Chant de la Passion et Adam et Eve, pour m\u2019en convaincre.Mais lui, le chroniqueur de Montréal a saisi au vol cette réalité et l\u2019a fortement exprimée, en parlant de Vision, ce magnifique poème, frère de I immortel Dies Irœ : « On a grand tort de prétendre que le merveilleux, qui fit autrefois la fortune des épopées, n est plus de mise aujourd hui et que nos imaginations savantes et blasées ne sauraient qu\u2019en rire.Voici une petite épopée, en quatre chants, et voici de l\u2019authentique merveilleux, du meilleur, comme il n en existe pas dans la légende, et je vous prie de croire qu\u2019il nous porte plutôt à trembler qu\u2019à sourire ».Mais la vitalité de I inspiration poétique de Marie Noël se révèle par la publication, dans la même année 1930, des Chants de la Merci et du Rosaire des Joies.Comment pourrait-on nier que la Muse d Auxerre soit le plus grand poète de France quand on lit sous sa plume : « Mes trois premiers recueils aux conséquences infiniment plus pratiques et plus pressantes que celle de l\u2019uranium ou des espaces interstellaires il a droit à notre sympathie et à notre assistance.Les Dialogues platoniques 2 sont au nombre de six.Les quatre premiers portent sur l\u2019Art ; en voici le plan général : 1 ) Art et Symbole ; 2) Art et Plaisir ; 3) Art et Utilité ; 4) Art et Sagesse.Les deux derniers portent sur la Connaissance : 5) Langues et origine de la Connaissance ; 6) Jeu et transmission de la Connaissance.Nous accorderons, ici, notre considération, principalement, aux dialogues sur l\u2019Art.Art et Symbole Si od ieux et délicat qu\u2019il soit de résumer et de présenter sous forme schématique un exposé proposé au lecteur sous la forme d\u2019un entretien animé, vivant, parfois poétique, nous voulons mettre à nu la pensée de I auteur, tirant profit pour ce faire et des Dialogues et d\u2019articles subséquents parus dans la Revue Dominicaine (juin dernier) et ailleurs.Le point de départ, s\u2019il en faut un, est le rejet de l\u2019art dit moderne, c est-à-dire de cette forme de l\u2019art occidental qui date, à peu près, de la Renaissance.Cet art, en effet, a commis ce crime qui est un suicide cle délaisser l\u2019analogie, au bénéfice de l\u2019univocité.Qu\u2019il s\u2019arrête à la figuration des objets sensibles le culte du nu ; ou des mouvements intérieurs de I âme psychologie et psychanalyse, il ne dépasse jamais la limite d\u2019une imitation extérieure et superficielle des êtres.II ne connaît que deux dimensions : le temps et le lieu.Un tel art ne peut être, au mieux, qu\u2019une distraction.Toute sa fin paraissant être de remplacer 1 objet en I absence de celui-ci.Comment n\u2019y pas voir, dès lors, autre 2.Le titre du recueil surprend.Pourquoi Dialogues platoniques, et non platoniciens \u201c?La réponse se trouve, il semble, du côté de la.pudeur.L\u2019auteur reconnaît, par là, qu\u2019il y aurait prétention à couvrir ses dialogues d\u2019un titre aussi engageant.De même, par la suite, il se dénommera les faits sont trop connus et parlent pour eux-mêmes.Je veux retenir le Décalogue, les Prophètes, les Psaumes de l\u2019Ancien Testament, puisqu ils ont servi comme bases au Christianisme.Le Nouveau Testament, fait par des Juifs, a donné au monde non seulement son Messie, son Sauveur, mais avec Lui sa Mère, la très Sainte Vierge Marie, qui est devenue la Mère du genre humain, étoile d espoir et rose mystique de la pureté.L exemple pour un monde corrompu, se vautrant dans I impureté.Le Nouveau Testament nous a donné S.Jean le Prophète, qui criait dans le désert, tout comme aujourd hui à sa suite il y a des prophètes qui lèvent leur voix pour annoncer les vérités qui ne sont pas toujours douces à entendre.Et il nous a donné S.Pierre et S.Paul, piliers du Christianisme.Et du Judaïsme également l\u2019Eglise naissante a pris sa première liturgie, s\u2019inspirant des chants du Temple, des rites et même du calendrier liturgique.23 l Revue Dominicaine Pour nous, le Messie est arrive déjà, nous en attendons le second avènement.Pour le peuple juif ce Messie n est pas encore arrivé il doit se manifester à la fin des Temps aussi et ensemble nous devons préparer ce temps.Je suis persuadé que les Juifs ne verront alors que Celui qui était déjà venu dans le monde, mais dont il est dit que « les siens ne I ont pas reçu.» A la fin des Temps, ils se rendront donc à 1 évidence que le leur n est personne d autre que Celui qui fut le nôtre et, d après les prophéties, le Royaume de Dieu, l\u2019union fraternelle, pourra se produire.Ceci dit, passons au point deux de mon exposé : au côté sociologique du problème.II me semble qu on ne devrait pas séparer le côté moral du côté sociologique, en parlant du Judaïsme.1 oute société est pénétrée d une « morale » ,\u2014¦ même si celle-ci ne correspond pas à I idée que nous, produits du vingtième siècle nous en faisons.Car sans cette morale une vie en commun ne serait pas possible : livré à ses seuls instincts, le genre humain s\u2019exterminerait vitement.11 y a donc dans toute société, aussi primitive qu elle soit, un certain code moral, qu on n\u2019a pas le droit d outrepasser impunément.Et ici il faut constater ceci : nous avons tort de croire que nous vivons dans une civilisation gréco-latine.Nous vivons >\u2014< et nous nous en inspirons ,\u2014¦ surtout de la civilisation judaïque.En dehors du Décalogue -\u20141 qui est un document religieux autant que moral et sociologique >\u2014\u2022 nous avons hérité du Judaïsme maints préceptes, élaborés par les rabbins, les philosophes, les sages du Judaïsme.D innombrables proverbes et coutumes se sont glissés dans nos coutumes et nos proverbes >\u2014> et ceci pour le monde occidental tout entier.Je pourrais vous citer tel proverbe qu\u2019on croit de source chrétienne et qui n\u2019est rien d autre qu une émanation de la sagesse populaire juive.Le code pénal lui-même doit beaucoup à la législation hébraïque.Nos concepts politiques, toutes nos relations humaines, se sont inspirés des mœurs et des concepts du peuple juif.Prenons comme exemple le cérémonial des rois du Moyen Age, et même avec celui des époques plus récentes.C est le sacre d abord, qui est pris 24 Le monde chrétien, que doit-il au Judaïsme ?de I Ancien Testament.Les lois des successions ensuite.Les peuples occidentaux s inspiraient des récits de la Bible soit par Iimagerie, soit par la lecture des Ecritures Saintes.Les peuples Anglo-Saxons, dès la Réforme, avaient pour seul guide et pour seule consolation ces saints livres.Le peuple russe s en nourrissait autant.On n\u2019a qu\u2019à lire les romans russes pour s en rendre compte.Jusque dans les plus infimes détails ces prescriptions, conseils et avertissements antiques se sont retrouvés dans nos vies de tous les jours : jusqu\u2019aux mets culinaires aux jours des jeûnes, où il est interdit de faire bombance, etc.Que les coutumes et lois prenaient avec le temps une tournure « chrétienne », s\u2019adaptant et se transformant au fur et à mesure, n est pas une preuve contre ce que je viens d avancer.Toute chose s\u2019adapte aux besoins et aux conditions donnés.Dans les institutions, même dans les lois qui régissent nos rapports sociaux, nous pouvons retracer les origines judaïques.Le respect de la personne humaine est une notion juive et non pas gréco-latine r\u2014 la vie d un homme, surtout s\u2019il était esclave, ne comptant pas chez les peuples de I Antiquité.Ce n\u2019est pas chez Platon qu\u2019il faut chercher la compassion et la justice sociale.Mais dans la Bible, dans le Talmud et dans d\u2019autres ouvrages juifs, où se trouvent maintes recommandations, réglant les relations entre citoyens et étrangers, maîtres et servants, que nous avons tout bonnement adopté, mais sans nous en souvenir d où ces préceptes venaient.Nous croyons trop souvent d\u2019être les inventeurs des choses, Iorsqu\u2019en réalité nous n\u2019en sommes que les bénéficiaires.Ce que nous croyons être une réussite chrétienne, n\u2019est que trop souvent qu\u2019un héritage judaïque.II faut, bien entendu, remonter à la source avec autant d humilité que de probité, pour s en rendre compte.Je n\u2019ai, malheureusement, pas le temps d\u2019aller trop en détail, ce soir.II me faut aborder la troisième partie de cet exposé le côté intellectuel.Je vous ai dit au début, en parlant des individus juifs, qu il est impossible de les séparer du Judaïsme.Mais qu\u2019est-ce que le Judaïsme ?II n est pas seulement une croyance, un concept religieux et social, mais 25 Revue Dominicaine aussi un ensemble de faits et de donnés historiques qui se manifestent dans des écrits, des rites, des lois et des coutumes.II est un ensemble qui façonne un être né et élevé dans I ambiance, dans le patrimoine judaïque.Seulement, voici : par le seul fait de sortir d un peuple qui a été forcé de vivre longtemps à part de toute autre société, persécuté jusqu à nos jours, diffamé et mal compris, mal interprété, les ressortissants d une telle race s\u2019identifient avec cette donnée, portant nom de « Judaïsme ».Un « isme » allez-vous objecter, traite non pas de personnes, mais de données abstraites, de systèmes ou d\u2019institutions.Bien sûr : seulement, pour les individus juifs tout ceci se confond.Dans leurs actions et réactions, dans leur concept de la vie et des choses se glisse cette fatalité, d être les héritiers, les porteurs de ce tout, qui se classe sous le nom de « Judaïsme ».Ils ne peuvent en sortir, le voudraient-ils le plus passionnément.C\u2019est qu\u2019avec le temps être juif est devenu synonyme de représenter une idéologie, une façon d existence une façon d\u2019agir et de penser, de poser les problèmes.Même ceux qui se croient formés par une autre civilisation ^ disons par exemple gréco-latine n\u2019y pouvaient pas échapper à ce que j ai nommé la fatalité judaïque.Y échappent seulement ceux qui embrassent une autre religion par conviction et, partant, un autre mode de vie, et qui se coupent, par ce fait, de tout ce qui est judaïque.Mais même chez ceux-là survivra I apport judaïque sous une forme ou I autre, consciemment ou pas.Les persécutions du temps d\u2019Hitler l\u2019ont amplement prouvé.Des Juifs, comme Bergson, comme Schônberg et tant d\u2019autres, si près du Christianisme, ne voulaient se désolidariser de leur peuple et choisissaient de mourir comme Juifs, retrouvant ainsi le lien qui les unissait à tout jamais à leurs ancêtres.Sur ce phénomène je pourrais vous parler une soirée entière.La présentation d\u2019une idée ou d\u2019une invention, lorsqu\u2019elle vient d un intellectuel juif diffère essentiellement de celle d un non-juif par le fait que l intellectuel juif consciemment ou pas -\u2014¦ considérera toujours si cette idée ou cette invention ajoutera au prestige du peuple juif, 26 Le monde chrétien, que doit-il au Judaïsme ?ou si elle nuira a sa cause.C\u2019est comme s il voulait se racheter de ne pas encore avoir reconnu le Christ et de continuer son chemin dans la tradition judaïque.Ou s il voulait se faire pardonner sa survie comme juif.Il désire glorifier en lui-même son peuple.Il est conscient de porter un message, d\u2019être une voix qui crie dans le désert.Il se sent redevable à et solidaire de son peuple.Sa religion même (s\u2019il est encore pratiquant) a quelque chose d une religion d initiés.Le Christ, Lui, s adresse déjà à tous ceux qui veulent I écouter et suivre son exemple.Et son expression dans une certaine parabole, où il dit de ne pas « jeter les perles devant les pourceaux », ou, lorsqu il parle à la Chananéenne ne sont que des rares exceptions.Oui : la pensée juive va de ce qu elle a d\u2019individuel juif à la perception du collectif juif en raison de I Histoire de ce peuple.Ceci dit, analysons ce que c\u2019est que cette pensée dans son essence même et en quoi elle est typiquement juive.II me semble que c\u2019est surtout dans cette préoccupation, cette obsession de I esprit juif, de la chose morale et dans la perception messianique.L absolu, la vérité juive est une valeur morale c\u2019est la justice de Dieu, la justice des Hommes \u2014 mais la pensée juive gravitera instinctivement vers ce problème, cruciale pour elle.L\u2019athée juif remplacera Dieu par la justice qu il divinisera.Justice sociale, avant tout.Mais qu\u2019est-ce autre que la vieille loi judaïque qui ainsi renaît en lui ?Cette justice, dont il est parlé dans la Bible et dans le Talmud ?Prenez, par exemple, Karl Marx.Son message est messianique dans son essence.Lui-même athée, fondateur du Marxisme, est non moins un représentant typique du Judaïsme dans son effort d\u2019élaborer un monde nouveau, meilleur, où l\u2019exploitation de 1 Homme par l\u2019Homme sera honnie et bannie.Aussi erronées que ces vues philosophiques puissent être, il est moraliste, malgré lui.Le Père Sertillanges, dominicain, et philosophe éminent, mort il y a quelques années seulement, disait de lui ceci (Le Christianisme et les Philosophes) : « On voit poindre ici une conception de la justice qui n\u2019est nullement celle du genre humain : le pire, philosophiquement parlant, c\u2019est qu elle n est pas davantage celle de Marx : c\u2019est uniquement son système.Celui- 27 Revue Dominicaine ci ira donc de son côté ' Marx et les Marxistes de I autre.Encore une fois : la critique philosophique n\u2019en est pas d\u2019accord.Mais si l\u2019on passe condamnation sur ce fait il reste, et c est ce qui nous intéresse, que le Marxisme a conçu un grand rêve, et que ce rêve est religieux non seulement religieux, mais essentiellement chrétien.En effet, le Marxisme a tout d abord posé à sa façon, mais posé nettement, le principe de F unité humaine, et Marx ne se fait pas faute d en attribuer F origine au prophétisme et à I Evangile » (Fin de la citation).II n est point nécessaire d insister sur I influence colossale que les idées de Marx ont pu exercer jusqu à nos jours.Passons donc maintenant aux philosophes et savants juifs qui influençaient et transformaient le monde de la pensée.Je voudrais nommer ici surtout six grandes figures et nommer parmi eux un écrivain et un musicien, à savoir : Spinoza, Bergson, Einstein, Freud, Kafka et Schôn-berg.Nous n\u2019avons pas, hélas ! le temps de parler d\u2019une manière approfondie de leur apport intellectuel ou de leur message spirituel.En quelques mots il me faudra dire l\u2019essentiel de chacun d\u2019eux.Spinoza, né en 1632 à Amsterdam, a eu une énorme influence sur des hommes comme Goethe et maints autres esprits illustres.Je veux citer, une fois de plus, le Père Sertillanges à son sujet (Le Christianisme et les Philosophes ) : « On se souvient que pour Spinoza toute la recherche philosophique a pour unique but la découverte du Souverain Bien.Celui-ci une fois connu, c\u2019est par le mouvement moral qu\u2019on vient à sa rencontre ».Et plus loin : « On pourrait, avec des textes de Spinoza, reconstituer presque entièrement la doctrine évangélique la plus traditionnelles l\u2019élan général de sa philosophie est chrétien, puisque c\u2019est la recherche du salut par l\u2019amour divin.Si Spinoza reconnaît en Jésus « le philosophe souverain » s c\u2019est que Jésus a spiritualisé la loi juive.Celle-ci, d\u2019elle-même contenait une dose de spiritualité déjà fort précieuse.Mais lui, Spinoza, entend par spiritualité une doctrine tout intellectualiste, que l\u2019Evangile déborde, où cependant l\u2019Evangile n\u2019est pas méconnu ».Et plus loin : « Son système présente, en effet, deux faces : 28 Le MONDE CHRÉTIEN, QUE DOIT-IL AU JUDAÏSME ?I une négative, I autre positive et selon la face que I on considère, on appelle I auteur avec Novalis un homme « ivre de Dieu » tandis que Malekrancke disait de lui « le misérable Spinoza ».Spinoza fait profession dans 1 exposé de sa doctrine cl une impersonnalité absolue.L bomme devra s accommoder de ce qui est.D\u2019un autre côté, il présente toute sa doctrine comme une recbercbe du Souverain Bien » (Fin Je la citation).Passons directement de Spinoza à un philosophe juif contemporain, mort pendant 1 occupation allemande en France.Je citerai encore le Père Sertillanges (Le Christianisme et les Philosophes) : « Pour se rendre compte de 1 influence d Henri Bergson, il n\u2019est que de consulter la biographie philosophique de ces derniers temps : on y relève une quantité considérable de travaux, volumes ou articles, consacrés soit au bergsonisme dans son ensemble, soit à tel ou tel de ses aspects.Mais il y a autre chose.Non seulement cette philosophie a provoqué l\u2019intérêt et I adhésion enthousiaste ou la critique passionnée des contemporains : elle a par une sorte de catalyse ou par influence directe, modifié le climat intellectuel de ce temps.Ce n est pas seulement en philosophie : c\u2019est en art, en littérature, en physique, en biologie, en histoire que son esprit s est infiltré.Pour I ensemble des sciences, il marque un tournant.En toutes choses, il invite à regarder autrement» (Fin Je la citation).Des philosophes, passons maintenant aux savants.Deux noms s imposent d emblée : celui d\u2019Einstein et celui de Freud.On a nommé les Juifs le « sel de la terre ».lis sont, en effet, toujours à la recherche de la vérité et du perfectionnement.Leurs audaces sont révolutionnaires, souvent.Le Christ n\u2019avait-il pas dit qu\u2019il détruira le Temple et le reconstruira en trois jours ?Einstein et Freud ont détruit des temples de la science, lis les ont reconstruit en les transformant, et avec eux la face du monde intellectuel.On pourra dire la même chose d un Schônberg qui, lui, a transformé le système harmonique bien établi depuis des siècles.Mais commençons par Einstein.29 Revue Dominicaine Tout le mon Je sait ce qu Einstein a apporté à la science.Mais je veux citer Einstein, le moraliste.Ecoutons-Ie lui-même ï Dans son livre autobiographique Out of my later years ce qu on pourrait traduire par : « Du temps de ma maturité » (page 20-21) il Jit ceci : « Il est vrai que des convictions se soutiennent mieux et plus efficacement si elles peuvent s appuyer sur I expérience et la raison.Là-dessus nous sommes d\u2019accord avec les rationalistes extrêmes.Le point faible de cette conception, toutefois, réside dans le fait que les convictions qui sont déterminantes et nécessaires à notre conduite et à nos jugements ne peuvent être trouvés exclusivement dans cette voie solidement scientifique.Les plus hauts principes, nous guidant dans nos aspirations et jugements, nous parviennent de par les traditions judéo-chrétiennes.Elles nous montrent un but très supérieur, très haut, qu\u2019il nous est impossible à atteindre par nos propres forces qui sont faibles r- que d\u2019une manière très inadéquate.Ces traditions procurent à nos aspirations et évaluations une base sure.Si nous sortions ce but de sa forme religieuse pour le considérer rien que sous son aspect strictement humain, nous pourrions le formuler ainsi : la seule raison d\u2019être pour un être humain se trouve dans son développement moral, libre et responsable, afin qu\u2019il puisse mettre ses forces librement et joyeusement au service de l\u2019Humanité tout entière.Ce concept ne permet donc pas la divinisation d\u2019une seule nation, ou d une seule classe, encore moins d\u2019un seul individu.Ne sommes-nous pas tous les enfants d\u2019un seul père, comme on s\u2019exprime en langage religieux ?En effet : même une divinisation du genre humain, envisagé comme une totalité abstraite, ne serait pas dans l\u2019esprit de cet idéal.Ce n est que comme individu que l\u2019on possède une âme, et non pas comme collectivité.Et la plus haute destinée de I individu est de servir plutôt que de gouverner, ou bien de vouloir s\u2019imposer à qui que ce soit ».Et un peu plus loin, Einstein dit : « Les connaissances objectives nous fournissent des instruments puissants dans les domaines scientifiques.Pourtant : quelqu\u2019un peut posséder les plus grandes notions de ce qui est, sans en déduire, toutefois, ce que devraient être nos aspira- 50 Le monde chrétien, que doit-il au Judaïsme ?tions humaines.Mais le but suprême se trouve ailleurs.Et il va de soi que notre existence et nos activités reçoivent leur seule et unique raison d être qu en fonction d\u2019un but et de valeurs qui mènent à ce but » (Fin de la citation).Passons maintenant à Freud.Freud est le père de la psycho-analyse et ses théories sont trop connues pour que ce soit nécessaire de vous en parler.Elles ont complètement transformées et révolutionnées les perspectives de la psychiatrie et le traitement des névroses.Son influence est énorme et se fait sentir dans tous les domaines >\u2014 et non seulement en médecine.II a inspiré les arts et les lettres, même le ballet et Iopéra, ainsi que le cinéma, où I on peut facilement retracer son influence.Athée, il détruit dans son fameux livre La débâcle d une illusion toute idée d une religion révélée, et classe toutes les religions » naturelles ou autres ^ sous la rubrique de « mythes ».II était néanmoins profondément religieux dans le sens moral et social.Lui aussi cherchait la justice avant toute chose.Que justice soit faite au plus misérable parmi les misérables, à celui qui souffre dans son âme et mentalement >\u2014> aux névrosés et aux aliénés, qui jusqu\u2019alors étaient traités et méprisés comme des pariah.C\u2019est à lui, à sa compassion, à son souci de vérité et de justice qu\u2019on doit la découverte des abîmes humains.Et il est resté solidaire de son peuple jusqu\u2019à la fin de ses jours.Je voudrais citer une femme parmi ces grands hommes juifs >\u2014> Simone Weil.Simone Weil est un cas spécial, unique.Elle se laissait mourir à I âge de 34 ans pour mieux faire vivre ceux qui souffraient la faim.Mystique catholique, sans être baptisée, assoiffée, elle aussi, de justice sociale, compatissante et poussée d un amour qui la consumait pour ceux qui sont écrasés par I injustice des hommes.Grande savante et d\u2019une érudition phénoménale, Simone Weil est la fine fleur de la civilisation judéo-chrétienne, malgré sa préférence pour la civilisation hellénique et hindoue.II me faudrait des heures pour essayer d\u2019expliquer cette merveilleuse figure, pleine de contradictions, certes, mais animée du plus haut idéalisme.31 Revue Dominicaine Passons maintenant à l\u2019écrivain Franz Kafka.Kafka, sans aucun doute, a influencé la littérature occidentale contemporaine au même degré que les auteurs Scandinaves et russes celle du début du vingtième siècle.Lui aussi, dans un style symbolique et parabolique, enferme dans son œuvre la constante préoccupation juive : la recbercbe de la justice.II dépasse le strictement subjectif et atteint à I universel dans une complainte pathétique.II a succombé physiquement et psychiquement à cette tension permanente, à ce voltage, insupportable pour sa faible constitution.Mais son œuvre, malgré sa morbidité, porte un message éternel : celui de la nécessité de voir dans chaque être humain son frère, tous des pauvres malheureux à cause de leur condition d\u2019homme.Je finirai cette série de juifs illustres avec Arnold Schônberg, le père du dodécaphonisme.Schônberg, iconoclaste de systèmes d harmonie établis, a révolutionné la musique de notre siècle.Cependant, lui aussi était durant toute sa vie préoccupé de problèmes sociaux et religieux.Converti dans sa jeunesse au catholicisme, il a rejoint son peuple pendant la période du danger mortel, pendant la persécution hitlérienne.II ne pouvait supporter I idée d\u2019être séparé de ceux qui souffraient injustement.II se déclarait solidaire de ceux qui étaient méprisés, honnis et mis à mort par la barbarie nazie.II était fier d\u2019être juif, d appartenir au peuple-élu » élu pour la souffrance.Car c\u2019est là le grand mystère de leur élection.II savait être un parfait judéo-chrétien, s\u2019abreuvant de ces deux grandes sources religieuses et morales.II ne trahissait ni ses ancêtres, ni le Christ, en les servant avec une intégrité morale et un amour fidèle jusqu à sa dernière heure.Son influence parmi les musiciens de notre époque est immense et il n\u2019y a pas un seul compositeur qui n\u2019en soit affecté, en acceptant ou en rejetant ses théories mais jamais indifférent à son message.Conclusions : pour les chrétiens, Israël règne de par le Christ.Le peuple qui a donné le Messie ne peut pas disparaître et s\u2019il l\u2019accepte ou pas, il est notre frère dans le Christ.II servira comme témoin jusqu\u2019à la fin des Temps.Certains philosophes juifs du Moyen Age, comme 52 Le monde chrétien, que doit-il au Judaïsme ?d aujourd hui, se rapprochent des concepts d Aristote et de S.Thomas d Aquin.Ou Lien seraient-ce les chrétiens qui seraient influencés par des concepts judaïques qui, à leur tour, ont subi linfluence grecque et arabe ?Notre civilisation est surtout une civilisation judéo-chrétienne, avec des fortes influences hellénistiques et latines, grâce aux philosophes juifs, qui nous les ont transmises.Les détracteurs, les ennemis du peuple juif, n ont pas eu tort en démontrant que toute la vie des peuples occidentaux est imprégnée et influencée de par le judaïsme et la pensée juive.Mais les conséquences de cette prise de conscience furent désastreuses pour le peuple juif.Au lieu de Ten remercier, on en faisait le peuple martyr.On décidait de 1 exterminer et on y est presque arrivé.Il n y a que des âmes nobles qui savent être reconnaissantes.Bien sûr : nous avons reçu des Juifs seulement ce qui est louable et noble, c est entendu.Chaque peuple a ses tares, aucun peuple se constitue de saints, exclusivement.Mais si nous pesons le pour et le contre et leur apport à notre civilisation et culture occidentale, sans préjugés, la justice nous oblige à reconnaître que nous avons reçu une telle surabondance de biens de ce peuple méprisé, envié et admiré comme à regret car les ambivalences sont souvent très fortes lorsqu il s agit des juifs \u2014 et de nous demander, en toute honnêteté, ce que nous lui avons donné en retour ?La réponse nous ferait, évidemment, rougir si nous osions être sincères avec nous-mêmes.II ne nous reste donc rien d autre à faire que de leur dire «merci», en toute simplicité et en toute humilité1.E.-M.Rostra 1.Conférence donnée à la Maison Montmorency.55 A propos d Art sacré L Art sacré a tenu une place de toute première importance dans la civilisation européenne.L\u2019Art religieux a d\u2019ailleurs souvent tenu la toute première place dans la plupart des civilisations, orientales et primitives.La Grèce et Rome furent I embryon de la grande civilisation européenne, qui se développa en collaboration avec le cbristianisme.Pendant une douzaine de siècles l\u2019art européen fut en très grande partie l\u2019art religieux chrétien.Ce fut Fépoque des basiliques romanes, du cbant liturgique grégorien, 1 épopée merveilleuse du gothique, avec ses cathédrales grandioses, ses jeux liturgiques, sa foi et ses croisades.La Renaissance eut deux effets principaux, en rapport avec Involution de I Art sacré.D ûcord il y eut une éclosion formidable d artistes qui multiplièrent les œuvres d\u2019art religieux chrétien, d\u2019un autre côté, le mouvement laïc tendit à affranchir une très grande partie des artistes de l\u2019Art sacré pour les orienter presque uniquement dans I art profane.C\u2019est ainsi que la fissure se fit entre I art d\u2019église et l\u2019art du monde, et la fissure devint trop souvent une séparation radicale et farouche, un fossé infranchissable.Un souffle mondain, laïc, très profane et parfois anticlérical passait dans les milieux artistiques, attirant les artistes dans l\u2019art du monde plutôt que dans l\u2019art religieux.Ceux qui restaient attachés à l Eglise bataillaient pour conserver une tradition qu\u2019ils oubliaient de renouveler.Le pastiche remplaçait I original, le plâtre détrônait la pierre, des verreries de pacotilles et des faux gothiques affluaient dans des églises de style bâtard, pendant que les vrais artistes se détournaient avec raison d un putréfié dont on ne s apercevait même pas qu il était mort.De sorte qu\u2019au dix-neuvième siècle le bazar de christs angéliques, de saintes nitouches faméliques, les images roses stéréotypées, la foire aux saintes femmes de cire colorée absorbaient le bon goût et la dévotion des chrétiens.Et cela continue encore en plus d\u2019un endroit, même après les œuvres solides de facture et d\u2019expression modernes et contemporaines, 54 A propos d\u2019Art sacré même après I encyclique Mediator Dei, même après I Instruction du Saint-Office, après les Directives de plusieurs épiscopats.Il est évident que plusieurs œuvres d\u2019art moderne à prétentions religieuses sont des échecs : elles jouent leur rôle dans la production de T Art sacré contemporain, en indiquant, aux artistes les expériences à éviter.Mais « il importe extrêmement de laisser le champ libre à l\u2019art de notre temps, qui, soucieux du respect dû aux temples et aux rites sacrés, se met à leur service, de telle sorte que, lui aussi, puisse unir sa voix à I admirable cantique chanté dans les siècles passés par les hommes de génie à la gloire de la foi catholique » (Pie XII, Mediator Dei, p.72).Longue évolution On retrouve en Egypte, en Orient, en Amérique, dans les ruines des Incas et des Aztèques, un peu partout dans le monde, des monuments et des œuvres d\u2019Art sacré remarquables.L art primitif est particulièrement intéressant à ce point de vue.Nous nous limiterons aux œuvres sacrés d Europe, et aux principales seulement.Dans les catacombes de Rome déjà l\u2019Art sacré chrétien était né ; mais les basiliques romanes étaient beaucoup plus élaborées ; c\u2019était Saint-Marc de Venise, Saint-Pierre-hors-Ies-murs, puis Sainte-Sophie de Constantinople, les mosquées musulmanes, les abbayes.L essor gothique lança I Art sacré dans une aventure glorieuse.En France, il y eut Notre-Dame de Paris, la cathédrale d\u2019Amiens, celle de Rheims, celle de Rouen, le grand musée de sculpture qu est la cathédrale de Chartres.En Angleterre, il y eut la cathédrale de Lincoln, celle de Gloucester, I Abbaye de Westminster.En Europe centrale, les cathédrales de Cologne, de Strasbourg.Dans les cathédrales, c\u2019était la floraison des sculptures, des décorations, de magnifiques vitraux : tout cela constituait un immense livre d Art sacré qui instruisait le peuple dans sa religion.La production d Art sacré continuait pour ne signaler que les plus grandes réussites : le Couronnement de la Vierge d\u2019Angelico, la Scène, 55 Revue Dominicaine I Adoration, I Annonciation de de Vinci, la chapelle Sixtine et les sculptures de Michel-Ange, avec son dôme de Saint-Pierre, les Vierges de Raphaël, celles du Corrège, les scènes de la Bible et de I Evangile de Tintoret, celles de Veronese, les retables de Durer, les œuvres religieuses de Granach, de Holbein, de Brueghel, du Greco, de Van Dyck, et j oubliais Giotto.Au XVIIe siècle, les Saints du Dominiquin, ceux du Carravage, la Descente de la croix de Rubens, les Christs de Van Dyck, les magnifiques scènes bibliques et évangéliques de Rembrandt, particulièrement les Cent florins, le Repas d Emmaüs, les Trois croix.Au XVllIe siècle nous ne voyons pas de grandes œuvres, à 1 exception de celles de Tiepolo.Le XIXe siècle a connu quelques œuvres religieuses de Delacroix, d lngres, de Corot, de Millet, de Chavannes, de Cézanne, de Van Gogh, mais tout cela n\u2019était que de petits îlots perdus dans la mer du chromo, du plâtre et du copiage qui déferlait sur la dévotion des bonnes gens, au grand profit des marchands et à la damnation du sens artistique religieux du peuple.Quelques autres œuvres, anonymes, celles-là, sont restées au cours des siècles, des témoignages artistiques d une bien grande foi : toutes ces mosaïques des basiliques romanes, toutes ces statues des cathédrales gothiques, et leurs magnifiques vitraux, la Piéta de Villeneuve.Un mot de musique sacrée : Le chant grégorien remonte aux premiers siècles du Christianisme, et il a accompagné la liturgie jusqu à nos jours où, après avoir connu une dégradation malsaine, on tente de lui redonner sa splendeur et sa simplicité expressive.La musique d orgue, introduite dans les églises par Bach, continue à apporter aux cérémonies un décor intéressant.II en est de même des chants et des chansons à caractère religieux qui ont conquis la faveur du peuple.On a créé des oratorios et des messes de toute première valeur (Haendel, Bach, Beethoven, Fauré, Franck, Palestrina, etc.) et la production continue, avec Stravinsky, Honegger, et les moines qui redonnent au grégorien sa pureté et sa beauté primitives.56 A propos d\u2019Art sacré Peinture d\u2019abord Dans I art européen, un fait attire I attention : presque toutes les évolutions et révolutions plastiques s amorcent dans la peinture : peut-être justement à cause du caractère plus intellectuel, plus dépouillé de celle-I à.L art étant essentiellement une entité vivante, la situation débile de F Art sacré au XIXe siècle ne pouvait se prolonger indéfiniment ; la lumineuse aventure des impressionnistes aura eu des répercussions aussi vastes que profondes.On y trouve chez Cézanne et surtout chez Van Gogh un sens du sacré intime et profond ; mais l\u2019expression de 1 Art sacré dans une forme plus explicite commence chez des solitaires : Gauguin avec son Christ jaune, la Orana Maria ; Redon avec sa Prière et ses Contemplations ; Maurice Denis surtout avait un message à laisser, de fraîche poésie et de force contenue, de souffle puissant ; Desvallières, tourmenté par le destin de 1 homme et son rachat chrétien, trouve les accents tragiques et déchirants qui conviennent aux mystères de la Passion ; et Georges Rouault, le plus grand, farouche, tragique, dense, exprimait sa foi intense dans une étrange sérénité, suivant un « ordre intérieur » particulier.Nous sommes alors dans les années 1890-1920, et nous assistons en même temps à un souffle d énergie créatrice remarquable, en France : Bergson, Péguy, Claudel, Debussy, Matisse, Picasso, Bloy, Maritain, Stravinsky.Il faudrait encore citer les peintres Chagall, Manessier, Braque, Gromaire, Gleizes.Puis aussi les sculpteurs Charlier, Py ; les travailleurs du vitrail Cingria, Barillet, Gingier, le Père Couturier.Pendant que 1 on faisait sérieusement des chromos, des pastiches, des statues de cire touchantes et bien à I eau de rose ; pendant que 1 on criait au scandale à la moindre œuvre religieuse se séparant de la tradition édulcorée, des artistes authentiques produisaient des œuvres profondément religieuses et de facture nouvelle, exprimant chacun dans sa veine son christianisme personnel ou ses sentiments particuliers ; la Revue Dominicaine L Art sacré éduquait peu à peu mais solidement tous ceux qu elle touchait.37 Revue Dominicaine II est étonnant de constater jusqu\u2019à quel point les gens sont routiniers, conservateurs et traditionnalistes, même dans notre siècle dynamique et effervescent : peut-être a-t-on peur de voir s effriter une religion de façade en voulant l\u2019exprimer dans un contexte actuel ?Pourtant, ceux qui ont une religion solide et vivante n hésitent pas à I exprimer hic et nunc.NOS ÉGLISES CONTEMPORAINES fl y aurait beaucoup à dire au sujet des églises que l\u2019on bâtit dans notre siècle.Dom Bellot, le poète de la brique, et Auguste Perret, le poète du béton armé (surtout l\u2019église du Raincy) ; Bohm, Dumas, Moser, en Puisse alémanique ; à I église d Assy, conçue par Novarina, on tenta I expérience, audacieuse, vertigineuse, mais assez bien réussie dans l\u2019ensemble, d\u2019une collaboration des grands : Bonnard, Léger, Rouault, Bazaine, Braque, Matisse, Richier ; à Audincourt, quelques-uns de la même équipe collaborèrent de nouveau ; à Vence, on donna libre jeu à Matisse dans une petite chapelle, un joyau en bien des points ; et Le Corbusier, ne voulant pas tirer de la patte, fit celle de Ronchamp : la France, comme toujours, se montrait généreuse dans sa contribution artistique.Ces essais prouvent « qu\u2019un sens individuel aigu du sacré peut mieux qualifier un artiste pour le travail d\u2019église qu\u2019un sens affaibli du sacré traditionnel (J.Pichard : L\u2019Art sacré moderne, p.112).Ces tentatives, réussies en bonne part, trouvèrent plus de dénigreurs acharnés que de supporteurs confiants, un peu partout, chez les critiques, les religieux, les marchands, les fidèles, et le grand public.Quelques réflexions La civilisation européenne s est developpee en collaboration avec la religion chrétienne.A la Renaissance, une fissure s\u2019est faite, qui a dégénéré en séparation radicale et farouche entre l\u2019Art profane et l\u2019Art sacré : peut-être était-ce inévitable ?L\u2019art est une transposition du problème humain dans une forme sensible, et l\u2019Art sacré cherche à poser A propos d\u2019Art sacré et à résoudre un problème encore plus tragique que celui du dualisme bumain matière-esprit, que celui de la liberté et de la pensée : celui des relations de I bumain et du divin.Si l\u2019Art sacré a connu une période de décadence, c est la faute des ecclésiastiques conservateurs, du peuple inerte, des artistes individualistes : un artiste doit absolument être lui-même, le plus possible, pour faire œuvre personnelle, et son métier doit lui permettre de vivre convenablement ; aussi se tournera-t-il du côté qui paie.et qui semble lui témoigner de la compréhension.Rouault rugissait qu\u2019il obéissait à son ordre intérieur, et c\u2019est essentiel pour un artiste d obéir à son ordre intérieur ; c\u2019est beaucoup plus solide que d obéir à sa fantaisie ou aux directives de l académisme.L\u2019Art sacré engage toute la personnalité et toute la pensée de l\u2019artiste : il s\u2019agit pour lui d exprimer sa manière de voir les mystères chrétiens, ses réactions à leur contact, pour aider un peuple à les contempler dans une forme sensible, simple, sincère, intelligible et directe.L\u2019artiste doit être personnel, avant tout, mais il est inévitable qu\u2019il soit influencé par les mouve-vements qui existent au moment de ses créations artistiques.L\u2019artiste doit être intelligible, son œuvre doit pouvoir être comprise par le public auquel elle s adresse ; aussi apparaît-il que les tendances surréalistes et trop abstraites n ont qu\u2019une place spéciale dans les églises.Un vitrail composé de volumes et de couleurs bien agencés peut diffuser une lumière d une qualité réellement religieuse, tandis que d\u2019autres œuvres, monstrueuses, incompréhensibles, effectivement profanes, n\u2019ont pas leur place dans le lieu du culte, qui doit en être un de paix, de recueillement, de vie intérieure, de beauté.L\u2019Art sacré, du fait qu\u2019il est humain, est déjà assez imparfait sans qu\u2019on aille compliquer son expression par des théories et des techniques qui ont peut-être leurs valeurs dans l\u2019Art profane mais qui rendent l\u2019Art sacré inabordable au grand public.Le problème complexe de I Art sacré moderne pourrait raisonnablement se résoudre.L Eglise d\u2019abord, qui possède l\u2019occasion de permettre aux artistes de travailler dans son ambiance, pourrait leur offrir la possi- 39 Revue Dominicaine bilité de meubler ses églises (qui en ont grandement besoin) d œuvres authentiquement religieuses, de facture et d expression modernes, d édifier de nouvelles églises de construction et d expression contemporaines.Les artistes, encouragés par ces preuves de confiance, approfondiraient leurs pensées religieuses (ce qui ne pourrait leur faire de tort) et s efforceraient de créer les meilleures œuvres possibles, en obéissant à leur ordre intérieur et en se faisant comprendre du public.Le peuple chrétien, mis en contact avec des œuvres nouvelles et réellement religieuses, reprendrait goût et confiance dans une religion vivante qui cbercbe à se tenir dans le courant de la vie contemporaine, tout en continuant sa mission nécessaire : le peuple retournerait à I église pour en admirer I art, puis pour s\u2019y retremper aux sources de la religion.Trop souvent, c\u2019est le premier joint de cet engrenage qui ne joue pas son rôle adéquatement et suffisamment ; les artistes et le peuple sombrent de plus en plus dans I indifférence religieuse, parce que ceux qui ont pour mission de les garder dans la droite voie n ont pas encore intégré leur action dans le courant de notre civilisation.On manque de types du calibre de I abbé Pierre, du Père Couturier.Et I on a bâte de prier sur de la beauté moderne, contemporaine.Guy Robert Le sens des faits Le cahier spécial de la « Chronique de France » sur le Canada français Dorénavant, le Français moyen on cultivé qui désire se renseigner sur le Canada français n est plus obligé, comme jadis, d écrire lui -même un article ou un volume sur le sujet.Il a à portée de la main des articles de revue rédigés par les Canadiens eux-mêmes.A F automne de 1952, on s\u2019en souvient, la revue Esprit consacrait au Canada français un numéro spécial préparé par des collaborateurs canadiens.A cinq ans de distance, la même entreprise vient d être tentée par une autre revue française, la Chronique sociale de France, que dirige notre ami Joseph FoIIiet, de Lyon.Cette fois-ci encore, les collaborateurs sont tous Canadiens tous différents, cela va de soi, de ceux d Esprit et ils ont été mobilisés par Gérard Lemieux à qui revient le mérite de cette initiative.On pourrait prétendre que pour bien évaluer un cabier de cette nature, il faut se mettre à la place du lecteur français à qui en principe il s adresse.Je n en suis pas du tout sûr.Car, je ne suis pas du tout sûr que le Canadien français qui rédige un article sur son milieu à 1 intention d\u2019un hypothétique lecteur de Lyon ou de Châlon-sur-Marne ne s a-dresse pas d abord et surtout, consciemment ou inconsciemment, à ses compatriotes canadiens-français ; s il ne s adresse pas principalement à ceux qui ont déjà écrit sur le même sujet, pour les rectifier, les compléter, ou seulement les répéter ; en d autres termes, si le collaborateur cana-dien-français à un cabier de la Chronique de France, ne cherche pas, tout compte fait, à « répondre » à un ou des collaborateurs de la revue Esprit.Et ainsi, le dialogue entre Canadiens français se poursuit désormais par personne interposée, grâce à des directeurs français de revue qui nous ouvriront leurs pages.Pour nous connaître, il faudra nous abonner au Mercure de France.Alors que les articles du numéro d Esprit étaient pour la plupart des plongées en profondeur, des témoignages personnels sur un aspect ou un autre de notre crise de conscience, les études de la Chronique sociale visent plutôt à brosser les traits généraux d un panorama d ensemble.II est impossible, en quelques mots, d être juste pour les articles variés que nous offre ce cabier, signés de noms très connus comme Bruchési ou très nouveaux comme André Philip.La pétillante conclusion de FoIIiet, à elle seule, mériterait une longue exégèse.Pour ma part, je classerais tous ces essais en trois catégories.II y a d abord des études comme celles de 41 Revue Dominicaine Jacques Henripin et de Roland Parenteau qui ont seulement une ambition documentaire et récapitulent les données essentielles sur la population, les institutions et la vie économique du Canada français.D autres essais, comme celui de Fernand Jolicoeur, sur le problème ouvrier, vont au-delà et cbercbent à prévoir, à travers les transformations de notre société, I orientation que prendront nos comportements collectifs.Deux études, celles de Claude Ryan et de Pierre de Grandpré, tranchent sur toutes les autres et, à la manière des articles du numéro d Esprit, tentent, pour reprendre une expression du Père Ernest Gagnon, S.J., de « déchiffrer la nuit intérieure » du Canada français.Ryan s interroge sur la religion des Canadiens français avec une réconfortante franchise.Après avoir noté notre schizophrénie spirituelle et morale et le caractère abstrait et spéculatif de notre formation religieuse, il indique deux processus d\u2019universalisation qui nous sollicitent : I un par en bas, dans le sens d une standardisation matérialiste, de style américain ; F autre par en haut, vers une insertion dans la culture universelle de I humanité.Notre dilemme actuel se formule en termes d une option pour I une ou l autre de ces directions.« Sur le terrain religieux, conclut Ryan, les Canadiens français, ne pourront plus se satisfaire d une existence régionale ».Pierre de Grandpré, de son côté, scrute les modalités de notre attachement à la France.II s interroge aussi sur le sens des crises que traversent les intellectuels de la jeune génération.Comme épilogue d un diagnostique qui gagnerait à être moins prolixe, il conclut de façon fondamentalement juste : I action des intellectuels et des militants sociaux devra faire retrouver à notre culture une logique intérieure qui la pousse vers une fidélité à la civilisation française.Mais une fidélité reconquise, personnelle et critique, plutôt que collective et sentimentale.Le Canadien français, pour s\u2019affranchir, devra apprendre à vivre « comme un appel authentique de l\u2019âme et de l\u2019esprit ce qu\u2019il a, jusqu\u2019ici, vécu comme une pression sociale ».En substance, les dilemmes décrits par ces deux articles sont les mêmes que posaient déjà, en 1953, les Essais sur le Québec contemporain.La conclusion essentielle sur laquelle ils débouchent ne diffère pas de celle que proposait le Père Ernest Gagnon dans son article d Esprit et qu ont reprise des articles plus récents de Cité Libre.« Urgence de la libération par l\u2019échange multiplié dans l\u2019universel », écrivait le Père Gagnon, au terme d\u2019une analyse psychologique du Canadien français qui n\u2019a pas été dépassée et que tout le monde, depuis ce temps, exploite sans le dire.42 Le sens des faits « Le problème de Intelligence au Canada français, disait encore le Père Gagnon, est celui de I expression de soi ».Or, cette expression de soi prend des formes de plus en plus variées, en peinture, au théâtre, en littérature, en poésie.Si 1 on veut comprendre en quel sens les Canadiens français se libéreront de leur passé et assumeront I avenir, il est nécessaire de tenir compte de ces expressions nouvelles.Anne Hébert, Langevin et Borduas, nous en apprennent davantage sur notre âme d au-jourd hui que I œuvre de Jules Dorion et de Firmin Létourneau.C est pourquoi je trouve navrant qu un cabier spécial \u2014 surtout à I intention de la France >\u2014 consacré au Canada français d aujourd bui, n accorde pas un seul chapitre explicite, sans un mot d excuse, à la vie de I esprit sous quelque forme que ce soit : aux productions intellectuelles, à la vie universitaire, à I évolution de notre système scolaire.Je sais qu\u2019on ne peut exiger d\u2019un cabier de revue ce qu\u2019on attend d\u2019un livre.Mais, parler du Canada français sans faire état de nos efforts pédagogiques ni de nos œuvres intellectuelles, n est-ce pas une sorte de péché contre I esprit ?II est regrettable qu\u2019une telle faute ait été commise par une revue vouée au « catholicisme social ».Jean-C.Falardeau Ce texte a été lu à la Revue des Arts et des Lettres de Radio-Canada, le 26 novembre 1957.Une grande Dame Mère de la Nativité, fondatrice des Sœurs de Miséricorde Elle fut grande parce qu elle sut se pencher avec amour sur ces « misères » que notre monde bien pensant n\u2019ose regarder.En effet, il n\u2019y a que les très grandes personnes qui peuvent se pencher avec grâce et majesté.Les petites personnes, même si elles sont physiquement grandes, sont trop près du terre-à-terre pour pouvoir s incliner.On ne demande pas aux mollusques de se pencher : ils ne peuvent descendre plus bas.O r, il y a déjà plus d\u2019un siècle, l\u2019évêque de Montréal, Mgr Bourget, devant le spectacle des filles-mères abandonnées, de leurs enfants délaissés, fut ému jusqu\u2019aux larmes dans son cœur de grand pasteur.II voulut porter secours à toutes ces naufragées qu\u2019une société n\u2019ose regarder si ce n est pour les accabler d injures, de mépris, de dédain.Pourtant notre Sauveur n est-il pas mort pour I humanité pécheresse et sur I immense misère des hommes n a-t-il pas jeté le manteau de sa Miséricorde infinie ?S il déteste le péché, il aime le pécheur pour lequel il n a pas craint de donner sa vie et jusqu à la dernière goutte de son sang.Dans le cas présent, devant la fille-mère, l\u2019attitude de bien des chrétiens 43 Revue Dominicaine est loin d être chrétienne et encore plus loin de l\u2019Evangile.Notre Sauveur parce qu il était grand s est penché avec amour sur la Madeleine, la Samaritaine, la Femme adultère, I Enfant prodigue pour y glisser discrètement le mot qui éclaire, vivifie, dirige le naufragé au port.C est dans cette perspective évangélique qu il faut placer I appel de Mgr Bourget et qu il faut voir I œuvre de Mère de la Nativité, fondatrice des Sœurs de Miséricorde, Montréal.« Dieu le veut », lui avait dit Mgr Bourget.Alors elle se met à I œuvre, se penche avec bonté vers ces filles malheureuses, les rassemble dans des locaux d occasion, recueille leurs enfants abandonnés.avec I insulte et les railleries des passants qui ne comprennent rien à la grandeur de son dévouement.Son apostolat se heurte à mille incompréhensions, hostilités, méchancetés.Les positions acquises qu elle dérange, les gênes intérieures qu elle provoque, les plaisirs aimés qu elle dénonce au nom d un plus grand Amour, sont loin d être compris des témoins de son dévouement.Mais elle sait mettre dans son apostolat tant de sincérité et de grandeur d âme qu elle sera bientôt admirée, soutenue par des auxiliaires qui seront heureuses de marcher dans son sillage.Dieu seul peut juger ce qu il y a de sincère et d hypocrite, de bonne ou de mauvaise volonté dans la dureté ou 1 indifférence des hommes que 1 apôtre doit subir et vaincre.L\u2019Evangile envisage même le cas où les persécuteurs croiront rendre gloire à Dieu.Voilà qui laisse songeur.Mais voilà surtout qui invite l\u2019apôtre à ne pas condamner sans pitié et à ne pas commettre I erreur d appeler le feu du ciel sur les coupables.Les pécheurs ne sont pas si mauvais que leurs péchés, les hommes ne sont pas si noirs que leurs desseins.Dieu se réserve l appréciation exacte et définitive.Mais cette grande Dame que la divine Providence avait préparée à cet austère et sublime apostolat auprès des filles-mères et des enfants abandonnés, d où venait-elle ?Elle venait d une modeste localité située sur le bord du Saint-Laurent, à quelque trente milles de Montréal, de ce village de Lavaltrie.Ses parents étaient d\u2019honnêtes cultivateurs, à I aise assurément, qui surent organiser leur vie terrestre en fonction de la vie éternelle et conséquemment donnèrent à leurs enfants cette solide éducation chrétienne où Dieu et ses grâces tiennent la première place.Le reste, le nécessaire à 1 épanouissement de la jeune fille vint par surcroît.Elle connut toutes les joies spirituelles et temporelles d\u2019un foyer chrétien où I on vit heureux parce qu\u2019il y a le travail, Tordre, la fraternité et les sacrifices nécessaires pour former ces volontés fortes qui font les grandes Dames.44 Le sens des faits Durant son adolescence, elle fit I expérience du pensionnat, fardeau trop lourd pour ses épaules et qu elle déposa sagement par son retour à la maison.Ici, la grande fille a été vaincue comme une toute petite fille.Mais Dieu qui la suit et la poursuit toujours de façon mystérieuse, s il humilie sa servante, c est pour des fins que I avenir expliquera.Pour avoir expérimenté le pensionnat et n avoir pu le subir, elle comprendra mieux les angoisses de ses filles de demain, de ses internes dont elle aura la garde.A 17 ans elle était sûrement une grande fille, au sens le plus noble du mot, puisque ses parents I autorisèrent à contracter mariage.Elle épousa Jean-Marie Jetté, un ami de la famille.Elle remplit sa fonction d épouse et de mère chrétienne avec cette grandeur d âme qui 1 apparente à la Femme forte des « Proverbes » : Une femme forte, qui la trouvera ?Elle a bien plus de prix que les perles ! En elle se confie le cœur de son mari, Il ne manque pas d en tirer profit.Ses fil s se lèvent pour la proclamer bienheureuse, Son mari pour faire son éloge.Grande et forte, elle le fut dans les dures épreuves que la Providence lui ménageait, la préparant ainsi à un haut destin qui éclatera, le jour venu.De ses onze enfants, cinq moururent en bas âge et 1 on devine facilement les larmes qu elle versa sur les berceaux vides.Elle se consola cependant en redoublant de charité envers les mendiants qui frappaient à sa porte.A son geste de générosité, elle savait joindre le mot qui console et donne espoir en de meilleurs lendemains.Elle adopta même un fils illégitime qu elle éduqua comme son enfant propre.Mais elle ignorait à ce moment que Dieu la destinait à être la mère d un peuple d orphelins dont les parents sont vivants.Les épreuves se succédèrent et de plus en plus pénibles.Dans une malheureuse transaction financière où I on abusa de leur honnêteté, la famille perdit tous ses biens et se trouva dans la rue.dans une misère qu elle retrouva chez ses filles de demain.Puis c est la fuite vers Montréal où grâce au travail, à I économie, à I es-prit de sacrifice, la vie redevient normale pour un temps, pour quelques années, alors que 1 époux, M.Jetté, fut emporté par la terrible épidé mie de choiera qui ravagea Montréal en 1832.Au bout de ce long calvaire d épreuves diverses, la lumière apparaît, cette femme est mûre pour une mission providentielle et commence à se 45 Revue Dominicaine dessiner 1 Œuvre à laquelle Dieu la préparait mystérieusement.Avant de juger toutes péripéties d un drame, il faut attendre le dénouement.Alors tout s explique et I on admire le douloureux cfieminement de ces âmes que Dieu destine à des fins plus hautes.Les kommes n\u2019en comprennent le secret qu\u2019en présence de l\u2019Œuvre accomplie.Marie-Rosalie Cadron, née le 27 janvier 1794, devenue Mme Jetté en 181 1, veuve en 1832, devint officiellement Mère de la Nativité, fondatrice des Sœurs de Miséricorde, en ce 16 janvier 1848, alors qu\u2019avec sept compagnes, elle émet ses vœux de religion en présence de Mgr Bourget.C est pour commémorer ce 110e anniversaire de profession religieuse que nous écrivons ces lignes et c est également pour rendre kommage à F Œuvre des Sœurs de Miséricorde, aux 24 maisons de grande importance qu elles dirigent à travers le Canada et les Etats-Unis, avec le zèle qu elles ont kérité de leur vénérable Fondatrice et un cœur toujours assez grand pour se pencker sur les misères kumaines, sans les épouser, et toujours prêt à relever les malkeureuses filles, à les ramener sur la route de la Miséricorde au bout de laquelle se tient le Bon Pasteur, les bras grand ouverts, attendant le retour des brebis égarées \\ Antonin Lamarche, O.P.De Paul Claudel aux prêtres poètes Chacun sait où le bât blesse On croit facilement comprendre un poème parce qu\u2019on comprend la langue dans laquelle il est écrit.C\u2019est une grave et commune illusion.La poésie a sa manière, ses ressources, ses puissances d\u2019action, ses limites, qui ne sont point celles de l\u2019éloquence, ni celles de la démonstration scientifique, qui n en sont pas moins authentiques et réelles pour être les siennes.Back et, bien avant lui, les grands maîtres de la musique religieuse r\u2014 anonymes auteurs de mélodies grégoriennes produisent en nous des effets de joie, de tristesse, de foi, d espoir, d\u2019amour surnaturels.Ils n y arrivent point à coup d arguments comme le voudrait un théologien, ni par voie d\u2019un recours direct aux principes de I acoustique ou ne le fait qu à son détriment, car alors elle devient rbétorique et cesse d être »\u2014» mais elle donne I expérience intime de leur séduction ou de leur répulsion.Il y a de ces choses que I on ne fera pas, parce que tel vers nous a immunisés contre telle bassesse d âme ; et tel don de soi que I on fera, parce que tel béros d un poème 1 a fait.En somme, on ignore délibérément, ou on oublie ce qui étonne quand les coupables sont par ailleurs des fervents de la Scolastique -\u2014< que la poésie est un art libéral.Comme la logique, ou la rbétorique, elle se couvre d\u2019un masque extérieur qui lui donne I apparence d appartenir à l\u2019ordre de l\u2019action, de F œuvre « à faire », mais, à sa source, au principe, elle est science et contemplation («théorie» dirait Platon).Entre le théologien donc, et le poète religieux, le musicien, l\u2019architecte, la différence est infime et se ramène, au fond, à I ordre seul des moyens d\u2019expression.C\u2019est le mystère divin que tous, ici, d un commun accord, fixent, et s\u2019efforcent de pénétrer, et de traduire.Que le théologien s\u2019y hasarde par des raisonnements subtils et, le plus souvent, depuis longtemps établis r-> dont on ne sait pas toujours, d\u2019ailleurs, si celui qui formule avec une absolue justesse saisit bien lui-même toute la vraie portée >\u2014> il n\u2019est pas, pour autant, nécessairement supérieur au poète qui, balbutiant des formules nées de son esprit aussi (autant que de son cœur), appréhende avec son même regard de croyant la même insondable réalité et tente de la monnayer en paroles humaines.II y a des architectes qui ont mieux saisi et mieux exprimé la réalité « Eglise » que maints auteurs de manuels ne l\u2019ont jamais fait et ne le feront jamais.Gare donc aux simplismes et aux simplifications prétentieuses.Et que, pour mettre à nu et ridiculiser la « sensibilité » et le « cœur tendre » des poètes on n\u2019aille pas jusqu\u2019à démontrer jusqu\u2019à quel point la raison faiblit quand elle s\u2019éloigne trop de I intelligence.Il y aura, pour longtemps, je suppose et je le vois chaque jour, contre les prêtres et religieux p-o-è-tes, la boutade d\u2019un très grand poète, et qui plus est d\u2019un poète chrétien qui a renvoyé à sa messe et à son confessionnal le jeune abbé qui lui demandait des conseils sur l\u2019art poétique.Une boutade est une boutade et >\u2014> ma foi 1 >\u2014 affaire de goût, j aime mieux la rigidité de Claudel, même quand elle me pique, que les propos véreux et mollasses d\u2019un certain Gide, par exemple, qui respirent I immense orgueil d\u2019un homme qui se dispense de se prononcer pour n avoir point à se condamner.Je pense d ailleurs que I auteur de cette boutade aurait été furieux tout le premier de la voir souvent si mal comprise.Poussée à bout, 47 Revue Dominicaine elle entraînerait la condamnation d\u2019un certain Pouerello, celle de l\u2019auteur de I Adoro te et de tant de peintres, architectes, dramaturges qui furent artistes en soutane et dont 1 Eglise n a jamais eu qu\u2019à se louer.Je veux bien que le premier devoir du prêtre soit d administrer les sacrements, mais son second et égal devoir est d administrer aux âmes la vérité divine, et la bonté divine, et la beauté divine.Et si, peut-être, on peut qualifier de temps perdu le temps qu un prêtre oserait consacrer à assembler des rimes, il faudrait en dire autant de celui qu\u2019un prédicateur consacre à rassembler ses idées en vue d une péroraison étincelante (or, de nos jours, on supplierait plutôt maints prêcheurs de consacrer plus de temps à cet austère labeur) ; il faudrait encore qualifier de temps perdu celui que certains commentateurs scolastiques ont consacré à ajouter telles distinctions, d\u2019un intérêt plus que douteux, aux sous-distinctions illimitées de leurs prédécesseurs.Hélas ! toute créature humaine, pour dire sa pensée, doit se « créer » un verbe et, pour nous, cette création se fait dans le temps et avec le temps.Qu on pardonne aux prêtres poètes de ne pas échapper à cette loi et de consacrer, à l\u2019occasion, pour l\u2019achèvement d un sonnet (qui peut, aussi, intéresser le salut d\u2019une âme) le temps que d autres accordent aux très légitimes divertissements des cartes, des promenades ou du pur farniente.En présence d\u2019un problème qui dépasse infiniment les intéressés d une heure, élevons-nous, pour le mieux solutionner, jusqu aux hauteurs de la vraie foi et de la vraie charité.A ce niveau, les boutades n\u2019ont plus que la portée relative de toutes les boutades, et certaines vérités apparaissent qui veulent être de tous les temps.Hyacinthe-Marie Robillard, O.P.Le grand boulevard : Guitry, Pagnol La mort d un créateur suscite toujours un remous autour de son œuvre.Partisans et dénigreurs peuvent enfin prononcer hautement des jugements irrévocables ; le mort ne peut plus les surprendre.Sacha Guitry n échappe à la règle et il doit se réjouir d entendre parler de lui.En présentant Mon père avait raison le Théâtre du Nouveau-Monde offrait au public l\u2019occasion de se faire une opinion sur le théâtre de Guitry dans une œuvre jugée l\u2019une de ses meilleures.Disons immédiatement que tout jugement catégorique s\u2019effrite devant la finesse de Guitry.La première constatation qui s\u2019impose : Sacha connaît son théâtre ; il a le sens des dialogues et le sens de la progression dramatique.On accepte aisément toutes ses conventions parce qu\u2019il sait les présenter en 48 Le sens des faits douceur, sans brusquerie.Ainsi I intervalle de vingt ans qui sépare le premier et le deuxième acte ne fait aucune difficulté : une identité de répliques, un téléphone qui raccroche le tout et le raccordement est fait.Guitry a de l\u2019esprit, beaucoup d esprit.Sa verve n est jamais bouffonne ; elle coule d une source apparemment intarissable.Des mots, dira-t-on.Peut-être.Mais des mots bien alignés, harmonieux, qui révèlent une grande maîtrise du langage dramatique.Tant de facilité d esprit alliée à tant de facilité d expression ne peuvent que charmer les plus rétifs.Ceux qui ont reproché à Guitry d avoir passé sa vie à parler et de n\u2019avoir parlé que de lui sont forcés d\u2019admettre que ses œuvres peuvent survivre sans leur auteur, sans la popularité discutable du Sacha comédien.Ne cherchons pas dans Mon père avait raison une morale, encore moins une philosophie de la vie.Le texte demande à n être pas trop pressé.Il contient beaucoup d observations psychologiques, dont certaines très justes, sur I instabilité et la fragilité de I homme, sur les femmes (sujet de prédilection I), sur 1 amour, sur la fidélité.Il y a même des vérités, plusieurs vérités : n\u2019y cherchons pas « la » vérité.Nous aurions la désagréable surprise d être ramenés dans un monde utilitaire où la bonté et la méchanceté n\u2019ont plus d\u2019axe stable, où le bonheur s\u2019identifie au confort, où la sagesse devient la résignation à la superficialité de toute chose.Ceci dit seulement pour montrer combien on pourrait gâcher son plaisir en voulant faire de Sacha un métaphysicien.Jean Gascon et les comédiens du T.N.M.nous ont présenté sur un plateau d argent une interprétation parfaite.Cohésion, sobriété, justesse, tout mérite les plus grands éloges.On atteint rarement à cette perfection dans la simplicité et le dépouillement.Guitry n aurait pu souhaiter un meilleur rendement.Je me souviendrai longtemps du long téléph one à la fin du premier acte.Il aurait pu être ennuyeux mais Jean Gascon (Bell anger fils) 1 a tellement bien rythmé qu il a donné I illusion indiscutable du dialogue ; son émotion nous révélait la présence de l\u2019interlocutrice à I autre bout du fil.François Rozet (Bellanger père) fut d une étonnante vitalité, Denyse Saint-Pierre (Loulou) d\u2019un piquant à ravir.Tania Fédor (Germaine Bellanger) a incarné I éternel féminin au diapason de Guitry : inconscience, naïveté et charme désarmants.Fn somme, une très bonne soirée.N en demandons pas plus à Sacha et félicitons le T.N.M.* * * Le critique, un peu lassé du boulevard, attendait Topaze avec anxiété.Pourtant Topaze, par son cadre réaliste, ne nous sort pas com- 49 Revue Dominicaine plètement du boulevard et, malgré le rebondissement de ses dialogues, la profondeur humaine de son héros, la chaleur toujours sympathique de Pagnol, on n a pas I impression d être devant une œuvre impérissable.Il faudrait distinguer alors entre I œuvre classique qui présente des constantes valables pour tous les temps et tous les lieux et I œuvre qui, portant un message identique, I enracine dans un contexte très précis au point d en devenir inséparable.Topaze se situe dans cette seconde catégorie.11 représente un type d homme particulièrement attachant car, pour peu que nous nous examinions, nous découvrons en nous un Topaze qui sommeille ; jamais nous ne I actualiserons, soit par incapacité, soit par conviction.De toute façon nous devenons rapidement complices de ce timide, ce bafoué, ce pauvre benêt qui marche dans toutes les combines et qui découvre avec stupéfaction, après examen minutieux, des connivences que ses élèves de dix ans auraient pressenties au premier coup d œil.Nous sommes tellement près de lui que nous attendons son réveil avec impatience, au point de trouver longs les trois actes durant lesquels il nous ressemble trop.Nous avons tellement hâte de le voir se révéler, prendre sa propre dimension que nous oublions presque le prix de son triomphe pour savourer sa victoire : notre victoire secrète.Il faut nous arrêter, nous ressaisir pour bien voir que le professeur miteux était honnête et que I arriviste a tout jeté par-dessus bord.Et c\u2019est surtout dans cette perspective de sabotage que la pièce prend sa véritable signification.Topaze est en effet une charge, énorme, à fond de train, souvent cynique, contre I encrassement méthodique, irrésistible, d un certain monde de faux trafiquants qui parvient, par la toute-puissance du dieu Argent, à opérer des lavages de conscience aussi efficaces et définitifs que ceux de la propagande marxiste.Sous les bonnes blagues, sous les situations cocasses, coule le fiel du mensonge, d autant plus amer que les personnages I ont accepté une fois pour toute et ne se posent plus de questions.Seul Topaze réagit, se trouble, souffre ; peine perdue, il est battu d\u2019avance.La machine-argent a tout broyé.Après le dernier rideau tous les personnages, à des degrés divers, sont méprisables.Cette défaite générale est à la fois le sommet et la limite de la pièce : la satire a été poussée au maximum, de façon unilatérale.Le dramaturge a lesté le plateau de gauche ; le spectateur doit refaire I équilibre.Le Théâtre-Club a-t-il tenu toutes les promesses de Top aze ?Comme personnage, oui ; comme pièce, non.Gilles Pelletier a évité avec beau- 50 Le sens des faits coup d adresse I erreur de jouer deux Topaze ; cette seule qualité est déjà un éloge, mais il y a plus.Pelletier a réussi à donner à son personnage, même dans sa réussite finale, un caractère de victime, d abord de sa faiblesse, ensuite de son amour et de sa force.Avant d être naïf ou parvenu il a été sympathique et humain.II fait toujours plaisir de souligner la rencontre du métier, du talent et de la sincérité : cette synthèse n est pas commune.Sacha Tarride (Muche) a chargé son personnage au point de le rendre inexistant et André Fouché (Castel-Bénac) a oublié de jouer pour la scène, préférant jour pour la salle.L\u2019effet fut de transformer en diseur de bons mots celui qui devait livrer à l\u2019état brut la crasserie, la veulerie, la bassesse du profiteur, du parvenu crotté n ayant de force que par I expérience de sa propre malhonnêteté.Monique Lepage (Suzy Courtois) manque de sensibité ; son simulacre de désespoir pour faire marcher Topaze n aurait pas convaincu la naïveté incarnée.II faut avouer cependant que la beauté, le charme et les robes magnifiques engourdissent I esprit critique.Si r on exclut Gilles Pelletier, les autres acteurs principaux sont demeurés à la surface de leurs personnages, réduisant ainsi la portée sociale de la pièce.Le metteur en scène Yves Létourneau n\u2019a pas assez insisté sur la différentiation et I approfondissement des caractères.Le rythme, la mise en place, les décors et la belle tenue de Pelletier n\u2019ont pas réussi à couvrir cette omission.J attendais peut-être trop de Topaze.* * * En dépit de plusieurs bonnes soirées il faut avouer que la première partie de la saison dramatique a été exceptionnellement pauvre.Les metteurs en scène n ont pas beaucoup confiance à leur public.S\u2019ils craignent qu\u2019une pièce de grande classe laisse le public indifférent ils se trompent, car il y a beaucoup de spectateurs pour qui le théâtre est plus qu\u2019un simple divertissement : ces spectateurs attendent.Seule I Université McGill a osé aborder le grand répertoire en présentant une version anglaise d\u2019Antigone de Sophocle.Malgré une interprétation inégale la grande légende grecque a pénétré au cœur d\u2019un auditoire nombreux et recueilli.Deux noms se détachent de la distribution : Valérie Jamieson et Jane Anders (Antigone et Ismène).Elles ont toutes deux le talent pour devenir d\u2019excellentes comédiennes ; leur jeu est déjà de qualité supérieure.Et pendant ce temps à l\u2019Université de Montréal on fait.des projets.Gilles Marsolais 51 Revue Dominicaine Notes sur trois romans récents Comment faire un choix parmi tous les livres qui paraissent au cours du mois.A quels critères recourir pour ne lire que des ouvrages valables ?Ce sont des questions que je me pose souvent mais auxquelles je ne trouve pas toujours les bonnes réponses.Je me fie alors au hasard.Et le hasard m a permis de lire, ces derniers temps, trois romans dont deux, écrits par des femmes, m ont beaucoup impressionné.Quand la cloche s arrêtera, roman, par Annette Boraud, Editions Denoel.Le sujet qu a retenu Annette Boraud pour son roman présentait des difficultés considérables.Le danger était grand de tomber dans un vague humanitarisme, de pousser dans la ronde les éléments de mélodrame, qui étaient là, à portée de la main.L auteur s en est abstenu et n\u2019a pas prêté d intentions à ses personnages qu elle a laissé agir et vivre, tout simplement.II fallait beaucoup de pudeur pour écrire ce roman.II fallait s empêcher de condamner, laisser à chacun le risque de son aventure.II fallait également bien connaître dans toutes ses manifestations, l\u2019entêtement obscur des paysans, leur mutisme, leur fermeté, mais aussi leur tendresse cachée, dissimulée sous des dehors inébranlables, tendresse que I on devine et qui ne se laisse voir que par sursauts et par inattention.L auteur a eu cette pudeur, ce respect des autres, cette largeur de vue.Elle a observé, elle a noté, elle n\u2019a pas jugé.Elle laisse ses personnages se juger eux-mêmes.Annette Boraud a réussi à rendre vraisemblable cette histoire invraisemblable.Des religieuses vont mourir de faim dans un couvent : elles sonnent la cloche, mais aucun paysan n accepte de leur porter secours.Et cela dure longtemps, jusqu au dernier glas qui annonce la fin de la lutte et en même temps oblige la dernière survivante, une jeune religieuse, à choisir son destin.Elle aura à décider elle-même, sans contrainte, de sa vie ou de sa mort.Tout alors redeviendra normal.La vie reprendra dans le village, comme avant.En apparence, du moins.Mais dans le cœur de chaque homme et de chaque femme, il y aura le poids de la culpabilité, étouffant et desséchant.Les paysans ne seront plus les mêmes, après ces multiples assassinats qu\u2019ils ont commis tous ensemble.Ils savent que leur destin a bougé.Ils le savent d\u2019autant plus que le premier jour, un voyageur est arrivé.Qu\u2019il est demeuré parmi eux tout le temps qu a duré l\u2019agonie des religieuses.Et les hommes ont compris qu\u2019ils n\u2019étaient 52 Le sens des faits pas seuls.Ce voyageur a été leur propre conscience.Ils I ont empêché d agir, de porter secours aux religieuses.Mais les religieuses sont mortes, et le voyageur, à la tête des paysans, a dénombré les cadavres.Puis il est parti, et les paysans n ont pas été délivrés de leurs cauchemars.Sont-ils maudits, sont-ils rachetés ?Personne ne le saura.Encore une fois, leur sort est entre leurs mains.Etienne et les mathématiques, récit par Aimé de Viry, Editions Denoel.Etienne, c\u2019est le nom de l\u2019enfant qui est le héros de cette histoire.Les mathématiques, c est un angle de vision, c est une constante dans les préoccupations et les jeux de I enfant.Au bout du grand couloir de la maison de son enfance, caché derrière la dernière chaise, Etienne de Sallenôve guette 1 arrivée du grand homme d Etat Maniquette-Queslin, « raison d Etat personnifiée, à quelques dérobades près », selon le père d Etienne, son hôte.Sous la vision panoramique et précise d Etienne, qui le regarde sous tous les angles, il se manifeste par de tels feux d artifice, qu Etienne décide de devenir lui aussi un grand homme d Etat.Malade, Etienne inventera sur son édredon, une grande bataille navale, avec soldats de plomb et héroïsme.Au cours de ces conflits, le Président Maniquette-Queslin n est jamais loin de I esprit d Etienne, et c\u2019est encore à son image qu\u2019il aura recours lorsque son père, dans une conversation étrangement pénétrante évoquera sa propre mort et la nécessité pour son fils d aller au collège et de choisir une carrière.II ira au collège, et nous le retrouverons avec ses camarades, fidèle à ses rêves, mais déjà autre.Adolescent, c est-à-dire coupable déjà ; les mathématiques pourront lui aider à additionner ses défaites et ses démissions.Aimé de Viry a créé dans ce premier livre un type d enfant où se retrouvent les enfants que nous avons été ou que nous avons cru être.Je regrette cependant que certaines longueurs diminuent notre intérêt, et que I auteur n ait pas placé son héros en face d autres problèmes ou d\u2019autres rêves.Le soleil était gai, roman par Marion Delbo.Editions Denoel.J éprouve un peu de gêne à commenter le roman de Marion Delbo.Le soleil était gai.Je crains, en effet, d\u2019être injuste envers un livre que j\u2019ai beaucoup aimé, dont les personnages sont extrêmement attachants et émouvants.Un roman tout en nuances, en subtilités et en suggestions.55 Revue Dominicaine Sur la nationale Paris-Côte d Azur, une jeune femme rêve, au volant de sa voiture.Elle va rejoindre son amant pour les vacances.Au cours de ce voyage qu elle n interrompt pas, elle se remémore bribe par bribe, les principaux événements de sa vie, depuis qu\u2019elle connaît Ned, ce peintre américain dont elle est éprise.Ces retours en arrière ne sont pas chronologiques et suivis : ils procèdent comme l\u2019imagination, par analogie et juxtaposition.La jeune femme reconstitue ainsi toute I histoire de sa liaison, par tableaux, par scènes.A Saint-Tropez, le peintre lui présentera sa femme.Le choc est brutal ; le geste est insensé, ne s explique pas.Le désastre se réalise.Mais à travers ce désastre, I épouse humiliée apparaît dans sa véritable lumière.Une grande âme ou une faible d\u2019esprit ?On ne sait.Une femme, en tout cas, qui a prévu I infidélité constante de son mari, l a acceptée, cette infidélité, pour se grandir et conduire le peintre à la conquête d\u2019une maîtrise et d un art.Une femme très simple qui a sacrifié sa nature véritable par amour pour un homme qui a un besoin spirituel d\u2019elle.Les pages où I épouse du peintre raconte ces choses à sa rivale sont très émouvantes.Pas de grands gestes, pas de cris, pas d\u2019éclats.Des faits.Une simplicité touchante.Je ne sais pas si le livre de Marion Delbo est ce que l\u2019on appelle un grand livre.Ce qui compte pour moi, c est qu une romancière ait su créer avec autant de doigté, des personnages vivants d\u2019une vie que nous reconnaissons.Des personnages qui traînent avec eux leurs joies et leurs peines, leurs espoirs et leurs défaites.Des personnages vrais.J.-G.Pilon Les réfugiés de Palestine ont leur église au Liban Le 24 décembre 1957, près de deux mille réfugiés palestiniens du Liban eurent la joie d entendre pour la première fois la cloche de leur église appeler les fidèles à la messe de minuit.Originaires de la ville de Haïf a et du villa ge de Bassa, 450 familles chrétiennes vivent, depuis la guerre de Palestine, au camp de Dbayé, à douze kilomètres au nord de Beyrouth.Après le terrible exode de 1948, ils furent logés dans des tentes.Plus tard, l\u2019Office de Secours et de Travaux (United Nations Relief and Works Agency, ou UNRWA) chargé en 1950 des réfugiés de Palestine par les Nations-Unies, put remplacer les tentes par des maisons.Des bâtiments furent construits par I Office pour servir de bureaux, pour permettre la distribution des rations, des repas supplémentaires et du lait.54 Le sens des faits Le camp possède son établissement de bains, son abattoir, ses incinérateurs et son réservoir d eau, qui est indispensable dans un pays où il ne pleut qu\u2019en hiver.Les malades sont soignés au dispensaire.Une école toute neuve accueille 550 garçons et filles, des bambins du jardin d enfants jusqu\u2019aux « grands » de la classe du Brevet.Depuis quelques mois, une église domine les maisons, bâtie par la Mission pontificale pour la Palestine.Dédiée à saint Georges, patron de Bassa, ses plans furent conçus par M.Raymond Daoud, un jeune architecte né en Palestine et diplômé de 1 Université Saint-Joseph de Beyrouth.Sous les ordres du maître-maçon palestinien Michel Abou-Hamra, cinquante réfugiés ont travaillé quatorze mois, pour niveler le terrain en pente, poser de solides fondations, élever des murs en béton, couvrir le sol de carreaux et ériger 1 autel : une grosse plaque de béton aggloméré, si bien poli qu on dirait du marbre.L église est très simple de ligne : longue de 26 mètres, large de 13, haute de 6 mètres et demi, une large fente sépare le toit du haut des murs.Ainsi, I air et la lumière entrent de toutes parts dans la maison de Dieu, dont le plafond azur et les murs d\u2019un bleu plus soutenu rappellent les couleurs de la Méditerranée qu on voit de son porche.En haut de la tour en forme de pylône, on aperçoit de loin la cloche commandée au village de Beit-Chébab, où certaines familles sont fondeurs de cloches depuis plusieurs générations.L église a coûté environ 80 000 livres libanaises (soit 25 000 dollars, 109 000 francs suisses ou 11 millions de francs français), bien que le terrain ait été gracieusement mis à la disposition de la Mission par l\u2019Ordre libanais des Moines baladites et que le jeune architecte ait refusé tout honoraire.Il a fallu payer le fer, le béton et le bois, les vitres et les peintures, la cloche et les bancs.Il a surtout fallu payer le salaire des ouvriers, qui s ajoutait à leurs maigres rations.Le R.Père William King, Directeur américain de la Mission pontificale pour la Palestine, estime, en effet, que c est là une des meilleures formes d\u2019assistance que son organisation puisse fournir aux réfugiés.Ce n\u2019est certes pas la seule : à Dbayé, le personnel de I école, qui fut construite par I ÜNRWA, est rétribué par la Mission pontificale, qui distribue également des secours à près de la moitié des 930 000 réfugiés résident au Moyen-Orient.Sur ce total, 520 000 Palestiniens vivent en Jordanie (le tiers environ de la population totale du pays) ; 220 000 sur le territoire de Gaza (dont la population autochtone est de 100 000) ; 100 000 au Liban (près de 7% de la population) et 90 000 en Syrie (2.5% des habitants).L\u2019UNRWA est chargé de leur logement près de la moitié habitent des camps
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