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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1946-06, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DOMÎNÎCVINE ENTREPRENEURS \" Tuile, lérrazzo, Marbre,.Ardoise, Pierre Artificielle, Pavages, Trottoirs, etc - J.I6N.BILODEAU- pnis.KToénANT TÉL.2-11-43\tÔ2,RUE RICHELIEU, QUÉBEC.\u2014 J.lAOfllE \u2014 Tél.S2l6 j,S.Rii\tDiplômé General Motors lellanri CARR< Réparations dAutomobiles' et de Rembouraqe , Comment endommagée etdèbossoçe de tous genres.2,Christophe Colomb,\t3SSIER ** Spécialité:\u2014 Peinturage Duco Oupontr Vitrage des Chars Mécanique.Québec, RQ.ARMAND MATHIEU (TÉL.3-3776) enmepaeneuRS EDMOND SYLVAIN (TÉL.9898) Tél.2-224 FR ONTENAC 31 86* ERFECTION 2565 CHAMBLY MONTRÉAL 42.CHEMIN SAINTE-FOY SERVICE JOUR ET NUIT Adélard & Gustave Lépine INCORPORÉ 2-2656 DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES D'AMBULANCE SERVICE QUEBEC HOMMAGES DE M.J.O\u2019BRIEN Spécialités pour Bâtisses et Constructions Représentant de Truscon Steel Co.of Canada Ltd.Spécialistes en charpente de bâtisse Truscon Laboratories Canada Ltd., Canadian Cork Co.Ltd., K.V.Gardner Ltd.Tel.5992\t13, rue d\u2019Aiguillon\tQuebec, P.Q.TÉL.4-2473 LA CIE HUBERT MOISAN ASSURANCE FUNÉRAIRE DE QUÉBEC SERVICE D\u2019AMBULANCE 297.rue St-Joseph Québec.P.Q.CHARLAND ET BERNARD Ltée Soudure au gaz et à l\u2019électricité de tous les métaux Réparation et nettoyage de radiateurs d\u2019automobile Fabrication de réservoirs Angle 1ère Avenue et 4ème Rue \u2014 Tel.4-2772 \u2014 Québec\t0.PICARD & FILS INC.PLOMBERIE \u2014 CHAUFFAGE \u2014 ÉLECTRICITÉ VENTILATION \u2014 AIR CLIMATISÉ GERANT : J.-C.LACHANCE 78.St-Augustin Tél.2-1239 Québec, P.Q.\tI \tTél.HArbour 3377\t CASAVANT FRÈRES Ltée\t\t FACTEURS D\u2019ORGUES\tGASCON & PARANT\t St-Hyacinthe, P.Q.\tARCHITECTES\t ÉTABLIE EN 1880\t934 est.Sainte-Catherine\tMontréal\t1 Tél.: 4-2733 Fuger & St-Hilaire Appareils auditifs 8, rue D\u2019AIGUILLON\tQUÉBEC, P.Q.SUCCURSALE À OTTAWA SUITE 406-18.RIDEAU Tél.2-9872 Québec: 104.St-Jean Suite 10 Tél.7881 \u2022 SPÉCIALITÉS : OUTRAGES D\u2019ÉGLISES, COUVENTS, ÉCOLES, ÉDIFICES PUBLICS \u2022 Tél.DOllard 5512 9 61a, RUE ST-ROCH MONTRÉAL III Compliments de DAMIEN BOILEAU Ltée, Entrepreneurs 245, avenue McDOUGALL Outremont, P.Q.CjautteA.sHalalel P RIVIN E pour la prophylaxie et le traitement des rhumes de cerveau COMPAGNIE GIBA LIMITÉE \u2014 MONTRÉAL eugHI côté pRÊsiDErrr dAAM.CÔTÉ LTÉE lïlanlifacfcürieiy de chal^üre/ /r-HVpcir)THÉ consuiTHTions{ ?jôH-vpS Dr IP.del Veeclhi© yPÉCIRLITË: TÉL-FPH895\tIWflLfiDl^ CHftOniQU^ 900 e/t Therbrooke\tCftllCEh.TUBEftCULQ/t, m e/t./narDrooKe\tfl/rHniE f MATI/ITIE LA BANQUE CANADIENNE NATIONALE est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement.Actif, plus de $300 000 000 515 bureaux au Canada Succursale à St-Hyacinthe E.O.DESJARDINS, gérant \t\t Tél.\t: FItzroy 8 5 8 5\tCOLLES DE TOUTES SO«TES\t] En poudre, en flocons, flexible, en pâte, liquide ; \u2022 MEREDITH, SIMMONS & Co.Ld.j\t5 5 6 5 Chemin de la Côte St-Paul Montréal MACHINERIES DE BUANDERIE GLACIÈRES ÉLECTRIQUES USTENSILES DE CUISINE CHAUFFAGE ET VENTILATION BRÛLEURS À L\u2019HUILE FOURS MIGNOLET FOURNAISES \u2014 CHAUDIERES üi.NC 152 DE i a C Ou donne \u2014 Tél 2 8 ?4 QUÉBEC tél.CR.9057 ©2©©,Rue ST- ANDRE.Montrer! 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kWWVWWWWWVVWVWS LES REVUES DE FRANCE chez nous.- LA VIE SPIRITUELLE ( revue mensuelle) ?1 Comme celle de 1919, « La Vie spirituelle » a l\u2019ambition apostolique de rencontrer les besoins spirituels de ses contemporains : primat de la vie intérieure, mais d\u2019une vie intérieure puisée aux sources authentiques de la grâce, éveillée et guidée par une pédagogie adaptée, et assez vivante aussi pour que l\u2019extérieur, même le plus banal, devienne spirituellement animé de l\u2019esprit du Christ.Abonnement, un an : $3.00 \u2022\t\u2022\t\u2022 2.^ LA VIE INTELLECTUELLE (revue mensuelle) Après quatre ans d\u2019un silence volontaire, «La Vie intellectuelle » reparaît, fidèle à son esprit, avec son équipe de rédacteurs d\u2019avant-guerre, accrue de collaborateurs nouveaux.Elle se donnera pour tâche de maintenir dans l\u2019intelligence des catholiques et d\u2019offrir à l\u2019attente de ceux qui, sans partager notre foi, regardent cependant vers le christianisme, le sens de l\u2019Eglise et l\u2019esprit de la chrétienté.Abonnement, 1 an : $4.00 \u2022\t\u2022\t\u2022 5.^ L\u2019ART SACRÉ Revue de 32 pages en héliogravure.C\u2019est l\u2019organe indispensable de l\u2019actuelle renaissance de l\u2019art religieux.Il n\u2019est pas une revue d\u2019archéologie.Son objet est la vie actuelle des arts chrétiens sous ses multiples formes.La série : $2.50 On s abonne immédiatement en s adressant à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE - TÉL.WALNUT 6765 - MONTRÉAL-28 95.AVENUE EMPRESS - TÉL.2-7363 - OTTAWA VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVrVVWVWWWVVWVWWWWWVVWWWWWVWVVWWWVWVWWWW^ V BONNES ADRESSES A CONSULTER Architectes : Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec, P.Q.Drouin, J.-C., 104, St-Jean, Tél.2-8618 .Québec, P.Q.Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Rousseau & Turcotte, 308, St-Jean, Tél.3-6747, Québec, P.Q.Architectes Lemieux, 760, Square Victoria, LA.2870, Mti,.Ludger Lemieux \u2014 A.A.P.Q.\u2014- M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux 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peinture.etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec, P.Q.Automobiles (Hudson et camions reo) : Racine, J.R.Inc., 27, Arago, Tél.2-2019 .Québec, P.Q.Avocats : Boyer, Auguste, 159 ouest, Craig, Tél.MA.7031 .Montréal Champeau, Armand, 5585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques \u2022.La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-J'acques, Tél.HA.7151, Montréal Bicyclettes et Accessoires : Gendron et Frère Enrg., 19%, Provost, Tél.3-1233, Québec, P.Q.Bijoutiers : Guay, J.-A., 465, Christophe-Colomb, Tél.5892 .Québec, P.Q.Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère, Inc., 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 o., Notre-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Consteüction, Manufacturiers de Planchers en Bois Franc, Portes et Châssis : Dupuis J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Bonbons en Gros : Bonbons Yolande Enrg., Mme J.-B.Cloutier, propr., 83, Sault-au-Matelot, Tél.4-1167, Québec, P.Q.Bouchers, Épiciers, Quebec Marine Grocers : Massé, Philippe, 93, Sault-au-Matelot, Tél.2-8505, Québec, P.Q.Boulangers (gâteaux et pâtisseries) : Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec, P.Q.Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Café, Thé, Confitures : J.A.Désy Ltée, 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal CARROSSERIES D'Auto (Débossage, Rembourrage, Etc.: Normandeau, A.et Fils, 01152, Charlevoix, WI.5562, Montréal Chapeaux : Chez Charlebois, 708 ouest, Notre-Dame, Tél.MA.5029, Mtl.CHARBON (Anthracite et Bitumineux) : Syndicat National du Combustible, 67, Buade, Tél.7111, Québec, P.Q.The Canadian Import Co.Ltd., 83, Dalhousie, Tél.2-1221, Québec Charbon et Huile : Madden & Fils Ltée, 244, boul.Charest, Tél.4-3578, Québec Chauffage et Plomberie : Germain & Frère Ltée, 237, St-Antoine, Tél.76, Trois-Rivières Chauffage et Plomberie (entrepreneur) = Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chaussures : Létourneau, Emile, 96, de la Couronne, Tél.3-7403, Québec, P.Q.Chocolats (fins \u2014 minuscules) Livraison : Denyse, 4909 ouest, Sherbrooke, Tél.EL.4877 .Montréal College O\u2019Sullivan : Chevrier, J.-P., Principal, 136, St-Jean, Tél.3-5505, .Québec Collège Versailles : Fortin Business Colleges, 840, Cherrier, Tél.AM.6440, Montréal Compliments : Compliments d\u2019un ami : C.et G.Québec, P.Q.Compliments d\u2019un ami : C.N.E.Compliments d\u2019un ami : J.E.S.Compliments d\u2019un ami : J.B.R.et Cie Inc.Compliments d\u2019un ami : La Compagnie Paquette Ltée, Québec Compliments de J.M.Québec, P.Q.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.W.A.Baker, Palais de Justice .Montréal Confection et Réparation de Chapeaux pour Dames: Le Papillon d\u2019Or (Mlle J.d\u2019Arc Emond), 109, St-Jean, Tél.2-4314, Québec, P.Q.Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre : Tétrault Frères, 1200, Av.de l\u2019Eglise, Tél.WI.8152, Verdun Constructions Générales : Succession Delphe Maranda, 818%, St-Vallier, Tél.2-3808, Québec, P.Q.Corsets, Brassières, Lingerie : Salon Elégant, 353%, rue St-Jean, Tél.3-0543, Québec, P.Q.Cours Anglais, Sténographie Bilingue et Dactylographie : Sturton School, 93, Crémazie, Tél.9571 .Québec, P.Q.Cours Privés d\u2019Anglais (jour et soir) : Ecole Labrosse, 72, de l\u2019Eglise, Tél.4-6304 .Québec, P.Q.Courtiers D\u2019Obligations : Frs Letarte, Prés., L.-A.Pedneault, Vice-Prés.La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.9677, Québec, P.Q.Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Eprg., 149, Renaud, Tél.2-6841, Québec Directeurs de Funérailles : Bouchard, J.& Fils, 54 \u2014 5e rue, Tél.4-1113 .Québec, P.Q.Doreurs-Argentettrs-Orfèvres : Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2950 .Montréal Belleville, J.Arsène Ltée, 47, Sous-le-Fort (Basse-ville), Québec Drive Yourself : Jobidon, Robert, 250, St-Paul, Tél.2-5317 .Québec, P.Q.Eau de Javelle : L\u2019Eau Merveilleuse Enrg., 39-7e rue (Limoilou), 4-2661, Québec Éditions \u2022.Editions du Lévrier, 5375, Av.N.-D.de Grâce, WA.6765, Mtl.Entrepreneurs : Bilodeau Ltée, 82, Richelieu, Tél.2-1143 .Québec, P.Q.Entrepreneurs-Couvreurs : La Rue, D.Ltée, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7500, Québec Entrepreneurs Généraux : Cauchon, Magloire Ltée, 311, de la Salle, Tél.6179, Québec Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Michaud & Simard, 460, Arago, Tél.5244 .Québec, P.Q.ÉPICIERS : Giguère, Eugène, 142, St-Sauveur, Tél.4-0125 .Québec, P.Q.Pelletier, Alphonse, 340, St-Vallier, Tél.2-0033 -\u2014 Québec, P.Q.Épicier Boucher (gros et détail) : Faucher, Georges, 1, Notre-Dame, Tél.2-1472 .Québec, P.Q.VI BONNES ADRESSES À CONSULTER Epiceries en Gros t 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Québec, P.Q.Habits et Merceries : Cusson et Cusson, Place du Marché, rue Cascades, St-Hyacinthe Immeubles : Thibodeau, L.P.R., 325, boul.Charest, Tél.3-5322.Québec IMMEUBLES (Vente, Achat, Expertise, Finance) : Paquet, Geo., 351, boul.Charest, Tél.4-4221 .Québec, P.Q.Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Imprimeurs (médéric parent et onil paré, prop.) : Imprimerie Bégin Enrg., 40, St-François, Tél.3-1252, Québec Industrie Laitière (Machines, ustensh.es, app.frio.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.: Fabricant des « Antalgines » contre les maux de Tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage : Clark Dairy Ltd., 634, Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie de Québec Ltée, 75, Av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 472, St-Vallier, Tél.5630, Québec, P.Q.Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal La Librairie Dominicaine : 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.6765 .Montréal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa, Ont.Liqueurs Douces s Fortier, Elzéar Ltée, 115, St-Dominique, Tél.2-3891.Québec Machineries de Buanderie, Etc.: Langlais et Frère Enrg., 152, de la Couronne, Tél.2-8224, Qué.Machineries D\u2019Imprimerie (réparation, soudure.Etc.) : Le Matériel d\u2019imprimerie Ltée (Demandez M.Langlais), 970, de Bullion, Tél.PL.9011, Montréal Magasins à Rayon : Bouchard, L., 750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec, P.Q.Dubuc, T, D., 214-218, St-Jean, Tél.2-3961 .Québec, P.Q.Dupuis Frères Ltée, Tél.PL.5151 .Montréal Moncion, Thomas, Suce.J.Pharand, 85-91, Champlain, Tél.2-6315, Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561 .Québec Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.Manufacturiers de Portes et Chassis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Marchand de Fourrures : Zicat Lauréat, Enrg., 28, chemin Sainte-Foy, Tél.9627, Québec Marchands de Thés, Cafés et Épices en Gros : Bourque, A., 262 est, St-Paul, Tél.HArbour 7630 .Montréal Marchands-Tailleurs : Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803 .Montréal Meunier, Ernest, 994 est, Rachel, Tél.FR.9343 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.6347, Québec, P.Q.Matériaux de Construction : Le» Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, 2-6403, Québec Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476 .Montréal Pilon, Dr Henri, 251, boul.St-Joseph, Tél.2-0563, Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455, Québec, P.Q.Membres Artificiels : Duckett, J.-A.2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréal Nettoyeurs, Buanderie : Pfeiffer, P., 4, McMahon, Tél.2-2021 .Québec, P.Q.Notaires : Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal McKay, R.E., 4948, Av.Verdun, Tél.YO.5322 .Verdun Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières St-Jean et Lesage, 400 est, Sherbrooke, Tél.HA.8305, Montréal Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-3592, Québec, P.Q.Massicotte, Marcel, 15%, St-Joseph, Tél.2-2556, Québec, P.Q.PÂTISSERIES : Pâtisserie Frontenac, 300, St-Jean, Tél.2-5721, Québec, P.Q.Pharmaciens : Pharmacie André Lachance, 144, Cartier, Tél.4-4882, Québec Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235, Québec, P.Q.Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tél.2-5309 .Ottawa, Ont.Pierre : Carrière Gravel Ltée, 282, St-Paul, Tél.2-4122 .Québec, P.Q.Plombiers : Turcotte & Létoumeau, 217, de la Salle, Tél.9198, Québec Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Asselin, J.-A., 37, Hermine, Tél.9670 .'.Québec, P.Q.Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec, P.Q.Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.5374 .Montréal Professeur de Musique (guitare, mandoline, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q.Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec, P.Q.Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec P.Q O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594, Québec, P.Q.Quincailleries Générales : Giroux & Frère Enrg., 370, St-Jean, Tél.2-8337, Québec, P.Q.Gravel, Ludger et Fils, 3447, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal La Ferronnerie Crémazie Enrg., 158, Crémazie, Tél.2-2506, Qué.Queen Mary Hard.Ltd., 5323 Queen Mary Rd., *EL.1129, Mtl.Restaurants : Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097, Montréal Salon de Beauté : Salon Mario, 40, de Mazenod, Tél.3-0593 .Québec, P.Q.Taxis (demandez toujours) : Taxis Red Diamond de Luxe, Tél.8123 .Québec, P.Q.Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports: St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Ustensiles de Cuisine \u2014 Aluminium : Waterless Kitchen Equipment Reg\u2019d., 286, St-Joseph, Tél.5355, Québec, P.Q.Valeurs de Placement r Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec, P.Q.Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal VII Sommaire Juin 1946 Anne Hébert :\tOffrande « Seigneur, pitié, pitié ; voyez venir, fleurissant d\u2019âge en âge, Parmi tant d\u2019horreurs, et pas toujours sauvée, Notre enfance, ô notre douceur».Mgr J.Calvet :\tNouvelles perspectives de spiritualité Le distingué Recteur de l\u2019Institut Catholique de Paris expose quelques faits marquant une nouvelle forme de spiritualité collective.R.P.M.-A.Lamarche, O.P.:\t' Latima, merveille inouïe Quelle doit être l\u2019attitude du chrétien devant les faits de Fatima Impossible de ne pas les accepter.Impossible de refuser le message de pénitence et de prière de la Vierge si nous voulons que le monde ne périsse.R.P.Gabriel-M.Lussier, O.P.: Joseph, fils de David Menuisier-charpentier, homme à tout faire comme en Orient, la beauté du travail humble et difficile est par lui exaltée.Son titre de père de Jésus ne permet pas la légende d\u2019une crise de jalousie au seuil de sa vie.R.P.Arcade-M.Monette, O.P.: De la perfection de l\u2019Univers à celle de Dieu C\u2019est sur Dieu connu, aimé, servi qu\u2019il faut bâtir la civilisation future.Ernest Pallascio-Morin :\tLe jeune homme devant la vie « Il est vrai que nous n\u2019avons rien accompli si nos actes n\u2019ont pas ébloui le monde d\u2019un reflet de Dieu.» Guy Sylvestre :\tNos voisins sont-ils des barbares ?Nous les ignorons trop quoique nous ayons beaucoup à apprendre d\u2019eux.André Patry :\tL\u2019embarquement pour Cythère Dans cette toile célèbre, s\u2019est cristallisé le talent d\u2019un artiste dans un langage tendre et exquis.Le sens des faits R.P.Antonin Lamarche, O.P.: « Les cours d\u2019été de Laval ».Robert Kemp : « Caligula : du pessimisme à l\u2019existencialisme ».Charles Pichon : « Le Pape va-t-il reprendre le Concile du Vatican ?» L'esprit des livres René Benjamin : « Clémenceau dans la retraite» (Paul Lacoste).Joseph-Charles Taché : «Forestiers et voyageurs» (P.L.).Jacques de Lacretelle : «Sabine» (P.L.).Charles Perrault : «Contes» (P.L.).Pierre Benoît : «La Vie inspirée de Jeanne Mance» (A.Saint-Pierre, O.P'.).Pierre Benoît : «Martine Juillet, fille du roi» (A.Saint-Pierre, 0.P.).Jean de la Varende : «Le roi d\u2019Ecosse» (A.Saint-Pierre, 0.P.).Octave Feuillet : «Un mariage dans le monde» (A.Saint-Pierre, 0.P.).Table des matières \u2014 janvier à juin 1946.VIII REVUE II (111 HUM nu Directeur ; R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3500, Av.Laval, Montréal - 18 Volume LII\tTome I\tJuin 1946 Offrande Voici les débris de l Eden, sur un noir plateau.Seigneur, voici notre véridique offrande, Les restes du Paradis, votre création, Et ce que nous avons pu inventer et façonner Depuis les pauvres germes sans levain, seuls laissés Quand l\u2019Ange de feu ferma l entrée du jardin.< Au Christ, ton fils, nous ne cachons rien, Nous offrons tout de notre amère mesure.Il connaîtra le mystère de la forêt, En un arbre unique aux deux branches dépouillées ; Pour une plus intime jointure, il mêlera son sang à la sève.O communion de Dieu avec la nature ! Voici les fleurs.Comme elles sont éphémères ! Déjà il n\u2019en reste plus que l\u2019épine aiguë Qui dure au front de Dieu, visant sa pensée parfaite et solitaire.Voici les clous et leur chemin de part en part ci travers le fils de Nlarie.Voici tous les péchés et leurs routes tracées à même les fils d Adam.A quel bois sont-il piqués comme des papillons qui se tordent ?521 J Revue dominicaine Les gibets, tous les gibets ensemble en une seule nuit Qui palpitent du râle de tous les damnés.Voici la brûlure des fouets et le bûcher de Jeanne, Tous les feux, toutes les brûlures ; La flamme chiche du vagabond transi, Le bois gaspillé du riche en sa fête ridiculement drapé, Et le brasier qui éclaire la face de Pierre, Sa bouche, ses yeux, quand il répond à la servante.Et ce feu qui est esprit et vie, Planant, sans l atteindre, au-dessus d un grand charnier aux corps [confondus.Seigneur, pitié, pitié ; voyez venir, fleurissant d âge en âge, Parmi tant d horreurs, et pas toujours sauvée, Notre enfance, ô notre douceur.Anne Hébert 522 Nouvelles perspectives de spiritualité L\u2019observateur de la vie religieuse en France, s il n est pas initié, ou s\u2019il est initié de fraîche date, risque de prendre I accessoire pour le principal ou du moins l\u2019effet pour la cause.La vie religieuse, dirait-on, cache son mystère.On pourrait croire que ces mouvements de masse dont j\u2019ai moi-même signalé I mportance, ces étonnantes manifestations de foules qui ont accompagné à travers tous les quartiers de Paris la Vierge du Grand Retour, marquent un des caractères essentiels de la religion de ce temps, qui serait comme une resurgence du moyen âge.Observation rapide et superficielle.Pour 1 historien qui cherche à lire dans les cœurs plutôt que sur les bannières déployées, le caractère essentiel de la religion de ce temps sera un approfondissement de la vie intérieure, une sorte de retour aux sources.Le phénomène est commun à toutes les époques de trouble et d é-preuve, où I action étant malaisée et le lendemain imprévisible, I homme riche de substance se replie sur soi-même.II habite le plus possible sa maison et il cultive son jardin, s il en a un.S il a le goût de la solitude, il devient ermite ou il pratique une hautaine sécession laïque, à la manière des Messieurs de Port-Royal.Et il écrit, quand il a le goût d écrire, I Imitation ou le Traité de la Constance du Sage dans les Calamités Publiques.Les sages d aujourd hui ne font pas sécession et ne vivent pas intérieurement pour eux seuls.L approfondissement spirituel que je constate a un singulier caractère : il est social et même communautaire.Vingt, trente familles habitant la même ville ou la même région, rapprochées par des affinités de pensées, se groupent pour préciser ensemble ces pensées communes et, comme on dit couramment, les vivre.Finis les cercles d hommes, les confréries de femmes ; la famille, mari et femme, est une unité suivant 1 esprit du mariage chrétien, et ce sont les unités familiales qui constituent le groupe.On se réunit de temps en temps, 323 Revue dominicaine sans contrainte, dans la liberté du sourire cordial, mais ce n\u2019est pas pour se distraire.La conversation a un thème qui a été préparé par F étude et par I oraison.On met en commun ce qu\u2019on a pensé et ce qu\u2019on a senti, simplement.Ce n est pas une assemblée de piété comme on la concevrait à 1 église sous la direction d un prêtre.Le groupe a un aumônier qui est consulté quand il le faut ; ici, on est entre soi, entre familles unies, dans une sorte de communauté mondaine.Un bulletin et ils sont nombreux les bulletins familiaux et riches de substance /\u2014 sert de lien entre les membres qui se rencontrent et va apporter 1 âme commune du groupe à ceux qui ne peuvent pas se déplacer.En pareille matière, une statistique est impossible, mais on étonnerait fort celui qui étudie son temps au théâtre, au cinéma ou au concert si on lui disait des chiffres approximatifs ; nous assistons à un véritable renouvellement spirituel.Pour savoir quelle en est la nature et quelle en est la qualité, il suffit de jeter un coup d œil sur les livres qui sont destinés à ce public ; études d exégèse, de liturgie, de théologie, qu on aurait réservées autrefois aux professionnels et qui connaissent à cette heure une diffusion beaucoup plus large, qui n a pas laissé indifférents les éditeurs de romans.Si nous poursuivions notre enquête sur ce plan, nous ne serions pas peu surpris de compter plus de dix collections qui se proposent de publier des textes d auteurs spirtuels, même des textes que j appellerai difficiles, de toutes les époques du christianisme.11 n y a qu à lire la Bibliographie de la France pour être renseigné.C est bien réellement le retour aux sources.Ces mouvements spirituels que je signale sont phénomènes familiaux, et représentent les tendances et les goûts des adultes.L observateur se demande s il est en présence d une mode passagère ou d une sorte d institution qui établit ses bases de départ.Si nous observons la jeunesse catholique et je sais qu\u2019on en peut dire autant de la jeunesse protestante /\u2014- nous remarquons qu elle se dirige dans les mêmes chemins.Un groupe se forme pour étudier en commun un thème spirituel du dogme ou 324 Nouvelles perspectives de spiritualité de la liturgie.Il n\u2019est pas rare de voir des étudiants commencer ensemble leur journée par la messe et la communion et la terminer par le chant des Complies.C est le fait de 1946.Que l\u2019on prenne des dates dans les cinquante dernières années et qu\u2019on dise si des faits comme ceux-là, que nous pouvons toucher, auraient été concevables.Sans doute, les mouvements religieux, qui datent de trente ou vingt ans, continuent : mais ils ne gagnent pas en intensité.Et parmi leurs dirigeants, ceux qui ont quelque psychologie, sentent qu ils ne peuvent les renouveler qu\u2019en les orientant vers la vie intérieure vécue en groupe.Je n\u2019ignore pas que la jeunesse est à I image du pays ; ici ou là, elle se soucie fort peu de la chose intérieure et de la chose éternelle.Mais s\u2019il y a en France, dix mille adolescents et vingt mille adolescents ainsi visités par l\u2019esprit, et s efforçant de vivre de la vie de I esprit, de cette manière qui est nouvelle et comme paradoxale en nos temps d affairisme et de matérialisme, c\u2019est un fait qu on aurait tort de négliger et dont on verra demain les conséquences.Depuis dix ans, auprès des jeunes catholiques, le prestige du muscle a baissé, celui de 1 esprit a grandi ; on revient à la vraie source.On a parlé de découragement de la jeunesse en face des incertitudes de I avenir et des difficultés de la tâche quotidienne.On a voulu même voir une manifestation ou une conséquence de cette démission dans le repli sur soi-même et dans la pratique de la vie intérieure.Il se peut, comme il se peut que la spiritualité de l\u2019Imitation, aux accents quelque peu désenchantés, révèle le dégoût de I effort impuissant dans un monde certain que c est dans la vie intérieure, pour quelque motif qu on en ait pris I habitude, que se renouvellent les provisions de vraie force.La jeunesse chrétienne de demain sera forte dans la mesure même où elle est intérieure.Mgr J.Calvet Recteur de llnstitut Catholique de Paris.325 Fatima, merveille inouïe (1) Le 13 mai 1945 tombait le 28e anniversaire de la première des apparitions de la Vierge à Fatima, an Portugal, apparitions dont le caractère authentique et surnaturel a été officiellement reconnu par I Eglise.Comment se fait-il que pareil événement, d une portée aussi universelle que celui de Lourdes, ait mis tant d années à faire son tour d Amérique, ou du moins à s accréditer parmi nos populations ?Serait-ce parce que le Portugal nous intéresse moins que la France ou que la propagande issue de cette terre lointaine voyage moins vite que les nouvelles françaises ?On a même parlé d une conspiration du silence en incriminant cette fois les agences télégraphiques.Quelle que soit la valeur de ces motifs, il y en a un autre qui me frappe davantage.Pour nous catholiques, et pour nous du clergé, le fait de Lourdes était déjà si immense, si formidable qu\u2019il semblait ne devoir jamais se renouveler.La lumière apologétique de Lourdes était si éclatante qu elle devait suffire à dissiper tous les doutes, en établissant une fois de plus le bien-fondé de nos croyances, en particulier de notre croyance à I Immaculée Conception.Enfin le sol de Lourdes était tellement jonché de miracles qu il semblait marquer une limite, un point final aux largesses divines, en sorte que, du moins, le cycle des manifestations mariales serait clos à jamais.Ce fut là notre erreur.Nous avions oublié, sinon méconnu un attribut divin, celui que S.Jean appelle nimiam charitatem, la trop grande charité de Dieu.Saturés de merveilles, nous n\u2019osions plus attendre de sa part d autres prodigalités, d autres excès.Eh ! bien, le voici ce nouvel excès, ce nouveau témoignage de la trop grande charité d un Dieu multipliant ses 1.Nous offrons en primeur à nos abonnés la première de cinq causeries données à l\u2019Heure Catholique, au début de l\u2019année courante.La série entière paraîtra en brochure à l\u2019automne sous les titres suivants : Fatima, merveille inouïe \u2014 Les Enfants de Fatima \u2014 Les miracles de Fatima \u2014 Le Rosaire à Fatima -\u2014 Le Cœur Immaculé à Fatima.326 Fatima, merveille inouïe largesses.Je ten avais comblé, je ten veux accabler.Lourdes et Fatima, deux grands événements qui se posent aujourd hui sur un plan d égalité.A un endroit comme à I autre, même condescendance de la T.S.Vierge à l\u2019égard des petits et des humbles.Même enthousiasme de la part du peuple, et, de la part de 1 Eglise, même sagesse et mêmes précautions, mêmes délais suivis d enquêtes, et mêmes enquêtes suivies d ajournements.Puis dans les milieux sectaires et maçonniques, même frayeur du surnaturel accompagnée de pièges, de moqueries, de brimades, voire de persécutions.Pour ce qui a trait aux prodiges, s ils furent moins nombreux à Fatima qu à Lourdes, ce « signe dans le ciel », cette rotation du soleil suivie de soubresauts en cascades, offrirent un phénomène inouï dans toute I histoire du monde.Ah! si vous et moi avions été présents à cette sixième et dernière apparition, le 13 octobre 1917, quel souvenir et quelle date c eût été pour nous ! Imaginez d\u2019abord une foule d environ 70 000 pèlerins, venus des quatre coins du pays, en utilisant tous les moyens de transport, par des chemins boueux, sous une pluie incessante.Elle se tient là debout sous les averses, dans l\u2019attente de quelque chose de grand et d insolite, priant et chantant, essayant de s approcher des trois petits personnages qui Font entraînée là.A midi, la Vierge apparaît à ces derniers, au sommet d un petit chêne, dans une nuée blanche et montante qui se dissout peu à peu.Elle révèle son identité : « Je suis Notre-Dame du Rosaire et je veux qu on érige une chapelle en mon honneur ».Soudain un cri perçant de Lucie, I aînée des trois : « Le soleil I regardez le soleil ! » En effet, la pluie a cessé tout à coup et le soleil se montre, mais si blanc qu on peut le regarder en face.Et voici qu il se met à tourner rapidement sur lui-même, en lançant des gerbes de rayons multicolores : jaune, vert, bleu, mauve, rouge et violet, qui s éparpillent ensuite et descendent se poser comme des confetti de lumière sur les objets, les vêtements et les visages.Par deux fois il s arrête pour reprendre ensuite, I espace de dix minutes, cette grandiose pyrotechnie, accompagnée de bonds en avant, comme s\u2019il allait écraser la foule.Cell e-ci n éprouve Revue dominicaine aucune peur.Elle crie au miracle et tombe à genoux sur le sol détrempé en acclamant la Vierge.Et voici qu une autre merveille éclate et les trois privilégiés aperçoivent, à côté du soleil dansant, la Sainte Eamille de Nazaretb, le père, la mère et I Enfant-Dieu, qui bientôt disparaissent vers d autres Hauteurs comme au matin de I Ascension.Enfin nouveau prodige, le sol démêlé retrouve en un instant sa consistance et chacun peut retourner chez soi à pied sec, dans des vêtements secs.Que pensez-vous de ces phénomènes ?Certes, il y a bien des fabricants de mensonges dans le monde : mais 70 000 menteurs groupés ensemble, sur un même plateau, non, non, ce n est pas ainsi qu on traite avec le bon sens ï Certes, il y a bien des hallucinés dans le monde, c\u2019est-à-dire des personnes qui croient apercevoir, dans I état de maladie ou de demi-sommeil, des fantômes inexistants : mais 70 000 personnes en proie au même délire, à la même heure, au même endroit, c est là, du jamais vu et du jamais entendu I Aussi notre premier devoir, en face de ces miracles, est de produire un acte de foi non seulement au miracle, mais à tout I ensemble du Credo.Voici en effet I argument qu on peut bâtir et qui n offre aucune échappatoire.Si Fatima est vrai, la Vierge est vraie.Si la Vierge est vraie, le Christ est vrai.Si le Christ est vrai, I Eglise est vraie.Si l'Egl ise est vraie, tous nos dogmes sont vrais.Et donc, c est tout ï édifice de la foi catholique que soutiennent, sur leurs tendres épaules, trois petits bergers du Portugal I Notre second devoir est de reconnaître le Message de la Vierge et d en tenir compte dans notre conduite.Message de pénitence, et de prière souligné d autres points plus particuliers.On voit qu au sein de la béatitude céleste, Marie ne perd pas la vision du péché, du péché qu elle n a jamais commis en personne, mais dont elle dut subir constamment, autour de soi, 1 odeur et la brûlure.Tous les tourments de son être, son martyre ineffable, lui sont venus du péché.Et là-haut, fût-elle tentée d oublier pareil souvenir, les plaies étincelantes de son divin Fils sont là pour le lui rappeler.Ecoutez cette 328 Fatima, merveille inouïe déclaration : « Il faut que les hommes se corrigent, qu ils demandent pardon de leurs péchés, et qu\u2019ils cessent d offenser Notre-Seigneur qui est déjà trop offensé.Priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d\u2019âmes vont en enfer, parce qu il n y a personne qui se sacrifie et prie pour elles ».Ici encore, on pense à Lourdes.« Pénitence, pénitence, pénitence », avait crié par trois fois la Vierge de Massa-bielle.Et n\u2019est-ce pas assez significatif qu\u2019une des premières visions communiquée à Lucie, Jacinte et François, fut précisément une vision de I enfer.La Vierge ajoute aussitôt : « Vous avez vu I enfer où vont aboutir les âmes des pauvres pécheurs.Pour les sauver le Seigneur veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.Si l\u2019on fait ce que je dis, beaucoup d\u2019âmes se sauveront et I on aura la paix ».Le Rosaire, le Cœur Immaculé de Marie, deux dévotions que Fatima nous rappelle et qu il s agit de rafraîchir dans notre pratique.Un jour nous est assigné pour la seconde par la Sainte Vierge elle-même, le premier samedi du mois.Et voici la riche combinaison qui s offre à vous.L\u2019on vous voit communier en nombre en I honneur du Sacré-Cœur de Jésus, chaque premier vendredi du mois, puis le premier dimanche en I honneur de Notre-Dame du Rosaire.Pourquoi séparer deux cœurs si unis ?Pourquoi ne pas faire le pont, en ajoutant la communion du samedi en I honneur du Cœur Immaculé ?Quel beau triduum mensuel vous pourriez de fa sorte inscrire à votre programme de vie pieuse, et cela avec un minimum de peine et sans surcharge de confessions.C\u2019est à y voir, si vous ne voulez pas que la Mère de Grâce ait visité en vain notre planète.C est à y voir, si vous ne voulez pas que sa délégation demeure stérile et son message inopérant.C est à y voir, si vous voulez que la paix mondiale et la conversion de la Russie, deux objectifs signalés par l\u2019auguste ambassadrice, soient abordés par le seul angle qui convienne, l\u2019angle de la prière.C est à y voir enfin, si vous voulez vous convertir vous-mêmes, retrouver votre âme plus ou moins dispersée dans la grande déroute de ces derniers temps.329 Revue dominicaine Qu\u2019ai-je dit là ?Retrouver son âme ! Est-ce qu une âme peut se perdre, s\u2019« écarter » comme un enfant dans les bois ?Oui, quand on cesse de veiller sur elle.J ai lu dans un récit de voyage qu une caravane composée de noirs sous la conduite d un cbef blanc traversait un désert d Afrique.On avait marché des jours et des nuits en ne s accordant que des baltes fort brèves.Si bien qu un matin les noirs refusent de quitter le camp, malgré les instances de leur cbef.Et comme celui-ci devient menaçant, un des hommes lui dit : « Inutile de vouloir nous presser : nous attendons que nos âmes nous rattrapent ! » Vous aussi, vous avez marché longtemps, au cours de cette Guerre à peine terminée.Vous avez travaillé nuit et jour, au bureau, à 1 usine, ou au soleil des champs, en doublant, parfois triplant la besogne.Et peut-être que, faute d\u2019attention, votre âme est restée en panne.Donnez-lui donc enfin la chance de vous rejoindre.Que votre dévotion à Notre-Dame de Fatima, à son Rosaire et à son Cœur Immaculé vous aide à ressaisir cette âme, à la purifier, à l\u2019orienter, en un mot à la rendre moins indigne de la trop grande charité de Dieu.M.-A.Lamarche, O.P. Joseph, fils de David Certains dévots de saint Joseph se plaignent de ce que I Evangile nous rapporte si peu de lui.Il est vrai que tout tient en quelques lignes, mais ces lignes ouvrent sur la vie intérieure de ce patriarche de si vastes perspectives qu on n aura jamais fini de les méditer.L Evangile nous apprend d abord de lui ceci de très simple : «.à un homme nommé Joseph, de la Maison de David ».Pour entrevoir les trésors cachés d\u2019une âme humaine, il n est jamais inutile de connaître la race dont il est sorti et d interroger le nom que la Providence lui a donné.Mais s\u2019il s\u2019agit de renseignements donnés par I Esprit-Saint sur un homme d\u2019une telle prédestination, le nom et la race prennent alors une portée et une signification vraiment singulière qu\u2019il n\u2019est plus permis de négliger.Le nom de Joseph, déjà glorieusement porté par le plus attachant des fils de Jacob, veut dire augmentation, croissance, progrès.Saint Joseph est, par excellence et à une profondeur incomparable, I homme du progrès spirituel, le fils de la croissance intérieure.« Voici le Serviteur fidèle et prudent », c est surtout par ces paroles que I Eglise veut honorer et louer son puissant protecteur.Et cet éloge, bien qu il ne soit pas directement tiré de la parabole des talents et des mines, ne peut vraiment pas en être dissocié.L allusion est évidente au grand devoir d ambition spirituelle, à I obligation pour tout homme de se dépasser par I effort surtout intérieur, que cette parabole nous prêche de façon si impérieuse pour qui veut entendre, et que saint Joseph a rempli, presque à I égal de Marie, par toute une vie d attention et de tension héroïquement fidèles, par toute une vie d application patiente et passionnée au plus parfait selon I Esprit de Dieu.Fidelis et prudens, fidèle et prudent ; fidèle par la vision incessante et pure de la fin, c est-à-dire la Volonté et la Gloire, du Très-Haut, prudent par le choix infaillible et I application efficace des moyens à I obtention de cette fin.Dans le contexte où nous le trou- 351 Revue dominicaine vons, c est tout cela que le nom de JosepK affirme tout bas de cet humble artisan sorti de la tige de Jessé.Saint Luc prend en effet soin de nous dire que ce fils du progrès est de la maison de David et donc de sang royal.En s adressant à lui « en songe » 1 Ange ne néglige pas de lui donner son titre « de fils de David ».Ce n est pas que le sang royal ait quelque valeur aux yeux de I\tEsprit, et 1 buile que Samuel a versée sur le front du jeune pâtre David ne l\u2019a pas plus tard empêché de s égarer criminellement et d engendrer des fils prompts au pécbé.Ce rattachement au passé a surtout valeur de figure.De sang royal, Joseph le charpentier l\u2019a été plus que David et Salomon, plus que quiconque au cours de la longue histoire humaine, mais c est dans un sens tout à fait nouveau que la royauté habite en lui.II\tne montera jamais sur un trône terrestre, il ne régnera pas sur les hommes, et aux yeux de ses compatriotes rien ne ressemblera moins à un roi que le silencieux Joseph.Mais comme Marie est plus véritablement reine dans son âme que les reines de la terre toutes ensemble ne 1 ont jamais été, de même Joseph, après son fils Jésus et entièrement à cause de Lui, est, dans son cœur et dans son esprit, plus roi que tous les rois ensemble de 1 histoire.Si tous nous sommes par la participation au Sacerdoce Royal du Christ devenus prêtres et rois, combien Marie et Joseph si près de Jésus, n ont-ils pas droit à ce double titre î Joseph est roi parce qu il est le fils premier-né de ce Roi, son enfant et son D ieu, dont David n\u2019a été que la figure et I ancêtre.Mais si 1 Evangéliste nous présente ce « nommé Joseph, fils de David », ce n\u2019est que pour nous apprendre sa situation vis-à-vis de Marie et nous raconter I épreuve qu il eut à subir avant d être illuminé du grand Secret.Tout cet épisode, au cœur de plus pur amour, regorge de sens et contient, pour qui sait voir, le plus précieux des aperçus sur la vie intérieure, sur les vertus de saint Joseph.Aussi voulons-nous nous y arrêter quelque peu.Toute vie ascendante doit pour monter appuyer le pied aux pierres de I\u2019 épreuve.Et plus on approche du sommet, plus la pierre sera dure 332 Joseph, fils de David et pénétrante.Au seuil de la suprême joie veille, bienveillante et terrible, la douleur extrême.Elle attend là pour offrir ce qu elle seule peut donner : la clé de la Pureté et de la Joie.A la veille de recevoir la plus grande révélation jamais faite à I\u2019homme et d y entrevoir la place à lui dévolue, celle de l\u2019Epoux de la Mère du Messie et de père légal du Rédempteur à un titre adorablement profond, Joseph, le charpentier de Nazareth, doit recevoir le choc et l\u2019écartèlement préparatoires.Sans cela, aurait-il pu recevoir l\u2019annonce nocturne du Fait inouï et inimaginable qui palpite invisiblement en Marie ?C est pourquoi, sans pouvoir perdre de vue l\u2019indubitable innocence de sa douce et humble fiancée, il voit jusqu à l\u2019obsession les signes, à tout instant vérifiables, du fait qu elle va donner naissance à un enfant dont il devra, par un mensonge devant la Loi, reconnaître la paternité.D un côté, sa foi inébranlable en Marie, son amour intouchable pour I âme qu il devine, et 1 autre, la constatation certaine qu elle enfantera un fils ou une fille qui n est pas de lui î Si les certitudes de l\u2019esprit comptent pour vous plus que le pain quotidien, imaginez le jour où vous découvririez, au sein de votre foi, une contradiction éclatante et inévitable î Ce fut pendant quelques jours, quelques semaines peut-être le sort cruel de saint Joseph.Mais à 1 écartèlement affreux entre deux certitudes contradictoires, s ajoutait chez lui la perspective d avoir à mentir au moins implicitement devant les représentants de la Loi.Que faire pour sortir de la trop dure alternative ?Il songe alors à la renvoyer en secret et de rester seul avec, dans 1 âme, ce glaive enfoncé jusqu à la garde ï.Mais il ne peut agir tout de suite, une mystérieuse crainte d\u2019erreur le retient encore, et il va demander au sommeil ou au silence nocturne d apaiser et de rafraîchir son âme meurtrie.II n a pas manqué d écrivains catholiques, surtout parmi les orateurs, pour voir dans la mortelle perplexité de saint Joseph une crise de jalousie d une essence supérieure.Même en épurant à I extrême la notion courante de jalousie, elle demeure absolument incompatible avec la sainteté alors atteinte par saint Joseph.Même s\u2019il s était cru trompé, ce n est pas de I injustice commise envers lui qu\u2019il aurait souffert, mais 553 Revue dominicaine du mal seulement en soi et de l\u2019offense faite à Dieu.Car pour lui, une seule chose compte : Dieu et sa volonté exprimée par la Loi et la conscience.Tout le reste de 1 univers n a de sens que par rapport à cela, et à ses yeux qui ne quittent pas le visage de l\u2019Eternel, lui-même Joseph ne compte pas.11 sait parfaitement la leçon que sainte Catherine de Sienne devra apprendre beaucoup plus tard : « Je suis Celui qui suis et tu es celle qui n\u2019est pas ».Plus qu aucun saint, même le plus humble, Joseph ne compte pas, n existe pas à ses propres yeux.Aussi est-il inadmissible d imaginer un drame passionnel, quand il s agit cl une nuit dure comme le diamant noir à la cime de I âme humaine.Comment d ailleurs Joseph aurait-il souffert dans son cœur de l\u2019infidélité imaginaire de Marie, puisque tout nous assure qu\u2019il n\u2019a pas douté de son innocence ?Saint Matthieu déclare qu « étant juste et ne voulant pas I exposer au décri public, il forma le dessein de la renvoyer secrètement ».Et 1 adjectif grec que notre mot juste traduit indique qu\u2019il s\u2019agit bien de justice au sens strict, de droiture.Si Joseph avait cru Marie coupable, il devait selon la Loi la dénoncer ; si, dans une telle supposition, il décide au contraire de la renvoyer secrètement, c\u2019est à la miséricorde et non à la justice qu il faudrait attribuer cet adoucissement.D autres interprètes de I Ecriture ont prêté à Joseph un pressentiment tel du mystère de I Incarnation qu ils attribuent au sentiment de son indignité le dessein un instant formé de renvoyer en secret sa fiancée.Si tel était le cas pourquoi 1 ange eût-il dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme, car ce qui est conçu en elle est I ouvrage de l Esprit-Saint ».II est vrai qu il ne dit pas : « Ne renvoie pas Marie », mais : « Ne crains pas de prendre Marie.» nous dévoilant ainsi de quel côté penchait le cœur de Joseph.1 outefois, le pressentiment du mystère accompli, s il existait, restait si faible qu\u2019il fallut un message de Dieu pour mettre fin à la cruelle perplexité.On peut se demander pourquoi Dieu permit cette angoisse.Pour rendre témoignage certes à la naissance virginale de Jésus, mais aussi pour achever le dépouillement de cette âme déjà si dépouillée.C\u2019est 354 Joseph, fils de David pour cela encore qu II n\u2019a pas parlé pins tôt, qu II n a pas permis à Marie de parler.Car I\u2019eût-elle pu, Marie n aurait pas manqué d\u2019éclairer son fiancé.Et Joseph, pourquoi n\u2019a-t-il pas interrogé Marie ?Peut-on supposer qu il l\u2019ait fait sans en recevoir la lumière ?li n a rien demandé parce qu\u2019il se disait : Si Marie trouvait juste et convenable de m expliquer, elle le ferait d elle-même.O discrétion admirable ! Quel respect I un pour l\u2019autre I.De quelque côté que nous scrutions cet épisode évangélique, on y voit briller la grande âme de Joseph où toutes les vertus s\u2019unissent dans I Amour paisiblement héroïque de Dieu.AP rès la grande épreuve de Joseph, I Evangile nous livre encore de lui quelques traits sur lesquels il convient de s arrêter un peu.On sait que saint Joseph a reçu trois fois la visite de 1 Ange.Est-il sans signification que les trois messages lui aient été transmis non à I état de veille, comme les annonciations à Zacharie et à Marie, mais « en songe », comme dit I Evangéliste lui-même, et, par conséquent, sous la forme la moins contraignante ou la plus incertaine que puisse prendre une révélation de Dieu.Cette particularité ne veut-elle pas souligner I exquise promptitude de saint Joseph à croire et à obéir.Il est vrai qu il y a songes et songes.Ceux qui viennent de Dieu se distinguent des autres par la manière dont ils affectent nos facultés (esprit, volonté et mémoire), mais n est-il pas légitime de chercher un sens, au choix par Dieu, de ce mode de communication de préférence à un autre, quand il s agit d éclairer ou d avertir son « fidèle et prudent serviteur » ?II veut, de la manière discrète qui convient singulièrement à cette vie si effacée, nous faire remarquer I angélique docilité de ce cœur humble et pur, fa promptitude extrême à recevoir, de cet homme toujours en état d attention intérieure vis-à-vis de la Vérité.Le texte sacré suggère lui-même cette interprétation par sa vivacité, lorsqu après fa première apparition, il nous renseigne ainsi : « Réveillé de son sommeil, Joseph fit ce que 1 Ange du Seigneur lui avait commandé », et plus encore peut-être après la seconde, lorsqu\u2019il affirme : « Lui donc se leva, prit 1 enfant et sa mère pendant fa nuit et se retira en Egypte ».555 Revue dominicaine Sans une seconde d hésitation, il accepte I ordre ou la demande de Dieu et, puisqu il dort, la chance lui est refusée d un seul mot d explication avec le messager du Ciel.II n en demande d ailleurs pas davantage.Puisque Dieu sait tout (et d\u2019abord nos limites et nos nécessités), qu\u2019aurait-il besoin, lui, de parler ?L Evangile ne cite aucune parole, aucun monosyllabe sorti de la bouche de Joseph.N aurait-il rien dit qui fût digne de mémoire ?Cela vraiment est inadmissible, et, il faut voir, il me semble, dans le silence ou I abstention de I Evangile une intention positive de I Esprit-Saint, l\u2019affirmation presque explicite du silence même de saint Joseph.Ce fils de David fut un grand silencieux.II poussa aussi loin qu il se peut I héroïsme et la noblesse du silence, et cela avec d autant plus de perfection et de mérite qu il n était pas un anachorète, et que son métier I obligeait assez souvent de dire les mots les plus humbles.Ses clients, souvent bavards, ne s\u2019ingéniaient-ils pas à le faire sortir de ce silence où il vivait comme noyé et d où il n émergeait même pas pour dire gravement les seuls mots que la charité exigeait.Et la simple netteté des réponses ou des questions trahissait la maîtrise de ce silence sans dureté qui n était pas un vide, mais une plénitude.A tout Joseph procédait en silence, ne parlant que le moins possible, parce qu il se sentait indigne d ouvrir la bouche devant la Sagesse éternelle, dont la pensée, dont la présence, pourrait-on dire, ne le quittait jamais.II était cette créature, vraiment consciente d elle-même, de son néant, qui, à cause de cela, se sait indigne de parler et presque de penser parce que Dieu, qui sait tout, écoute et regarde.Avec une prudence infaillible et douce, il interdit non seulement à sa bouche, mais même à son esprit toute pensée, toute parole superflue.Son lot particulier à lui est d épuiser, si je puis dire, les vertus inépuisables du silence et d\u2019en prêcher, les lèvres closes, au monde bavard de l\u2019Orient et aussi de l\u2019Occident I irremplaçable fécondité.II est à un titre ineffable le père de saint Bruno et de tous les saints, de tous les apôtres aussi qui ne se sont pas contentés de pérorer au seuil du mystère.O silence admirable de notre père saint Joseph, puissions-nous, en ces temps de Ioquèle effrénée, comprendre 556 Joseph, fils de David la leçon rédemptrice de ce doigt immobile qn à jamais vous pointez sur la seule route à suivre î.Après le nom, la race ou la famille, la situation juridique et morale vis-à-vis de Marie, après 1 épreuve où brille tant de prudence et de foi, après la muette révélation d un silence aussi vaste et profond qu un ciel étoilé, l\u2019Evangile nous apprend encore de Joseph qu il fut charpentier et résida à Nazaretb.De cette double prédestination du métier et du pays, que nous avons réservée jusqu\u2019à maintenant parce qu elle concerne directement la Sainte Famille entière, nous ne retiendrons, pour 1 instant, que celle du métier.Le mot grec, dont 1 Evangile se sert deux fois pour désigner le métier de Joseph, n est guère plus précis que le terme latin de faber.Il nomme un ouvrier qui sait tirer du bois tout meuble ou tout outil dont 1 bomme ne peut se dispenser, une sorte de praticien général dans le travail du bois qui devient tour à tour charpentier, menuisier et même charron.E\u2019Orient, où beaucoup de nos spécialisations restent inconnues, possède encore de ces artisans ingénieux et experts dont la spécialité est précisément de n en pas avoir et « de se prêter à toutes les demandes, de s essayer à tous les travaux et d\u2019y réussir convenablement ».Il n\u2019est pas du tout téméraire d imaginer saint Joseph aux prises avec un travail infiniment varié qui lui permet de satisfaire à tous les besoins de ses clients.De plus, Joseph devait avoir aux abords de la ville comme c\u2019était et c\u2019est encore la règle à Nazareth chez les gens de sa condition, un petit champ à cultiver et un petit troupeau de chèvres et de brebis à rentrer chaque soir.De sorte qu il a goûté à tout travail, même le plus humble, qui pourvoit aux besoins véritables de I homme.Il était par là mystérieusement préparé à comprendre et à exaucer tout tâcheron honnête, et dessinait ainsi lui-même ici-bas la figure du rôle de grand Pourvoyeur que la Providence allait lui assigner là-haut vis-à-vis de 1 Eglise naissante.Que Joseph ait lui-même librement choisi le métier qu\u2019il exerça ou que cela lui ait été donné par des circonstances de famille ou de voisinage, dans I une ou I autre alternative ce ne pouvait être, chez lui, que la 357 Revue dominicaine même acceptation entière et compréhensive des desseins de la Providence.Dès I apprentissage, il devine, et bientôt, il comprend les motifs du Vouloir divin.Sans prétendre qu il voyait déjà dans son métier à fins multiples la préfigure du rôle qu il allait assumer vis-à-vis de I Eglise Universelle, ne devons-nous pas penser qu il y reconnaissait autre i chose qu un gagne-pain quelconque ?A ses yeux se dévoilait peu à peu 1 admirable convenance que le beau travail de ce métier entretenait, non pas surtout avec lui-même, mais avec I Autre qui I exercerait avec et après lui.Noblesse et fécondité spirituelles se joignaient là comme en une source où il pourrait boire à longueur de journée.Ce métier devenait entre ses mains inlassables un instrument de rectification et de gymnastique intérieures, un moyen en somme de progrès spirituel, et, pour tout dire d un mot, un sacramental.Dans une métaphore indéniablement juste Maurice Zundel a parlé de I Univers-Sacrement, mais 1 emploi ici du mot sacramental donne plus qu une métaphore : une stricte analogie.Le monde de la nature par lequel nous nous élevons, d esprit et de cœur, au monde invisible de la grâce, n est-il pas un immense et radieux sacramental ?Le métier ne lait pas J homme, mais 1 homme non plus ne fait complètement le métier.11 le ch oisit ou I accepte, et ce qu il choisit ou accepte est plus ou moins pur et noble, quand il n est pas franchement impur et ignoble.« Il n\u2019y a pas de sots métiers », me dira-t-on.Si cela signifie que toute occupation, tout emploi vraiment utile à la société, même le plus humble, mérite considération, à la bonne heure, mais si cela voulait plutôt dire que, dans notre civilisation dévoyée, il n y a pas tout un réseau de professions malsaines et immorales vivant de la corruption qu elles propagent et entretiennent, je ne vois rien de plus faux que cet aphorisme.Pourquoi alors le saint curé d Ars aurait-il refusé 1 absolution aux caba-retiers de sa paroisse ?II affirmait, par cette mesure radicale, 1 immoralité foncière de certaines professions que rien ne peut assainir.Qui veut être chrétien et sauver son âme doit y renoncer même au prix des plus durs sacrifices.Le plus triste est que le nombre de ces carrières interlopes, 538 Joseph, fils de David profiteuses de sottise et d\u2019immoralité, prend aujourd Lui, dans notre monde babélique, des proportions effarantes ! Avec quelle intransigeance I atelier paisible de Nazaretb ne s inscrit-il pas en faux contre toute cette industrie abrutissante, contre tout ce commerce infâme dont le feu du Ciel s apprête à purger la terre ! d out ce qui crée à I bomme des besoins factices et le détourne ainsi des besoins réels de son âme, est odieux et doit un jour disparaître pour céder la place au règne de la Vérité crucifiée.Le métier ne fait pas Ihomme, mais s il est bon, il peut aider à I avènement de Ihomme intérieur.Qu il soit bumble, honnête et difficile, comme celui de menuisier-cbarpentier, et alors il éduque, affine et approfondit celui qui 1 exerce.II y trouvera I occasion sans cesse renouvelée de croître en prudence et en patience.Un tel travail, joint à la prière et au silence, peut apprendre à I bomme plus que tous les livres du monde et lui donner ce poids si précieux de valeur et de dignité humaines qu on ne rencontre presque jamais chez ceux qui ignorent la résistance de la matière et I effort pénible des muscles.Si le Verbe de Dieu, qui est aussi sa Providence, a choisi pour lui-même et pour son père nourricier I humble métier de menuisier-cbarpentier, ce n était pas pour s abaisser, pour s humilier, comme on I a souvent ronflé, mais parce qu il n y avait pas et qu il n y aura jamais sur la terre de métier plus sain, plus honnête, plus instructif et plus beau que celui-là.Ce n\u2019était pas pour donner du dehors une auréole et une dignité nouvelles à un métier en soi méprisable et grossier, c était pour affirmer I honneur et la beauté méconnus d un travail humble et difficile.Je ne connais sur ce sujet rien de plus pénétrant et de plus judicieux que les réflexions d\u2019un auteur anonyme récemment publiées par La Vie Intellectuelle.On ne m\u2019en voudra pas, j en suis certain, de les citer presqu entièrement.« Le Sauveur a voulu, étant menuisier, non seulement glorifier le travail manuel, mais un travail particulier : le travail du bois.C est que le travail du menuisier réclame beaucoup de patience : le bois est matière capricieuse et fragile, personnelle aussi, car il est l\u2019œuvre de la 550 Revue dominicaine nature, non de la science comme le métal.L\u2019outil doit se faire prudent pour ne pas entamer trop avant, pour ne pas faire éclater.La patience nécessaire est fille de la soumission à la nature, c\u2019est-à-dire au vouloir de Dieu.L impatience, 1 insoumission, même légère, même momentanée, gâte aussitôt le résultat d un long labeur préparatoire.Menuisier, dans un esprit de docilité au Créateur du bois dans ses essences si variées, si diverses de qualité, est une manière d ascèse.De plus socialement la menuiserie est un art qui satisfait les besoins les plus naturels et vénérables de Ihomme.C est un art indispensable dans la vie la plus austère : la table, le siège, la coucbe et le coffre sont des objets qui par leur destination normale servent des besoins premiers et bumbles.La menuiserie est un art bumble par sa technique, bumble par son objet.Le meuble de luxe, la commode Louis XV, avec ses courbures, ses métaux, ses incrustations, n\u2019est plus le produit du menuisier, mais d un artisan à qui il a fallu donner un autre nom, tiré d un bois ricbe et exotique : I ébéniste.D ailleurs la menuiserie telle que la pratiquait Jésus-Christ s\u2019allie à la charpenterie, art plus humble, plus rude encore et à la base même de la vie, puisqu\u2019elle protège l\u2019homme contre les intempéries en lui assurant un toit, supporté par la charpente, par la ferme.Là encore se trouve la patience, 1 observation humble et lente des nécessités élémentaires de la géométrie et de la mécanique.Le menuisier-charpentier est lent et réfléchi.Sa besogne n\u2019est pas seulement d amenuiser, de réduire aux dimensions voulues la pièce de bois brute, son travail d ajustement, d organisation de pièces façonnées s accomplit suivant un plan simple mais réfléchi.Lent, humble, patient, nécessaire (propre au demeurant), et maniant une matière sympathique entre toutes, la chair de I arbre, tel est le menuisier.Et ce sont là quelques raisons pour lesquelles le Fils de Dieu n a pas trouvé de métier plus noble et plus beau à exercer parmi les hommes ».Une autre raison ne serait-elle pas qu il trouvait là réunis en ce métier, fait de plusieurs métiers, et auquel étaient probablement adjoints la culture d un petit champ et le soin de quelque bétail, presque tous les travaux honnêtes qui président aux trois nécessités 540 Joseph, fils de David Fondamentales de la vie humaine : I ahri, le vêtement et la nourriture et que I occasion lui était ainsi fournie d en sanctifier et glorifier le plus grand nombre en y appliquant ses mains adorables ?De plus, quelle école terrestre, quel apprentissage figuratif convenait mieux, à cet homme silencieux dont II voulait, comme autrefois Pharaon de 1 autre Joseph, faire le Pourvoyeur universel de son Royaume à venir ?Voilà un bien chétif aperçu sur la prédestination du métier dans la vie de saint Joseph.Pour qu\u2019une revue de son Evangile soit quelque peu complète, il faudrait faire un sort au moins égal à la prédestination du pays dont la portée doctrinale me paraît encore plus riche ; il faudrait aussi s arrêter équitablement au titre de Juste que I Evangile lui décerne comme dans I absolu, et surtout sur sa double prérogative d Epoux et de Père, mais, outre que les limites d un article ne le permettent pas, nous demeurons encore interdit au seuil d une telle Gloire.Gabriel-M.Lussier, O.P.341 de Dieu Qui entreprend de penser à Dieu est conduit à aimer cet univers, œuvre de Dieu.Les choses qui nous entourent sont nos pourvoyeuses et nos moyens dès qu\u2019il s agit de projeter devant nos yeux comme en autant de tableaux, les perfections de Dieu.II peut donc y avoir intérêt à étudier les choses de ce monde et les perfections du créé ?La perfection de I univers en son tout, celle de la nature matérielle ou vivante, il peut y avoir intérêt à considérer le créé pour connaître Dieu ?Ce ne serait pas une pure vanité ?II y a non seulement intérêt, il y a nécessité.Les perfections des choses créées nous disent beaucoup de Dieu.Et certaines des paroles qu elles nous adressent sont efficaces au point de tracer et de développer en nous une ressemblance divine.Il convient alors de les accueillir avec une âme reconnaissante.Par exemple, les perfections générales des saisons : la source perpétuelle de jeunesse et d\u2019optimisme que nous apporte le printemps ; « j ai vu des soirs d été calmes et doux comme une tombée de paradis, tout constellés d étoiles »1 ; I abondance colorée de nos automnes ; et quand vient l hiver la perfection de la neige qui est toute blanche.1 outes les perfections des choses doivent être reportées en Dieu par I homme qui en prend conscience, par la pensée qui les connaît, par I âme qui les aime.Ainsi se réalise le souhait du psalmiste : que toute la terre vous adore et qu elle chante pour vous, qu elle chante votre nom.Tota terra adoret te et cantet tibi, cantet nomen tuum 2.L étude de la construction de I univers, de son ordre d ensemble, de ses merveilles particulières, conduit à se faire une haute idée de la 1.\tCh.Péguy, Le Mystère des Saints Innocents, Petite édition N.R.F., p.182.2.\tPs.65, nouvelle traduction latine.De la perfection de 1 Univers à celle 542 De la perfection de l Univers à celle de Dieu sagesse divine.Qui ri admire les grands artistes après en avoir connu les œuvres et ne demeure attentif aux secrets de leur existence ?Un Michel-Ange, un Angel ico ou un Giotto, se gagnent des fidèles de génération en génération.Leurs œuvres sont à la ressemblance de I art que possédait leur âme.De même les ouvrages de Dieu sont à la ressemblance de sa sagesse.II y a multiplié les similitudes de sa lumière afin qu elles soient pour nous une illumination dans I exil et dans la nuit.On connaîtra donc de mieux en mieux la nature, le vestige de Dieu, en son ensemble par l\u2019astronomie, en ses détails par les autres sciences.L astronomie demeure une recommandation qui nous est donnée d élever nos pensées et de les élargir.Entre un système du monde qui fait de la terre le centre de I univers et celui qui la présente comme un grain de sable détaché comme par hasard du soleil, I une des milliards d étoiles de notre voie lactée, il y a une grande différence quant à I image fournie par la science de la grandeur de I univers.Si de nouveau on nous affirme que notre voie lactée n\u2019est qu\u2019une famille de milliards d\u2019étoiles au milieu de plusieurs et plusieurs milliers d\u2019autres familles de plus en plus distantes de notre observation, l\u2019imagination ne peut plus suivre et la pensée elle-même doit s avouer en dessous des limites réelles de son objet.Connaissance du vestige en ses détails : combien de plantes pouvons-nous identifier dans nos promenades à travers champs ?Et à combien d insectes pouvons-nous dire : je sais ton nom et le résumé de ton histoire ?On avouera que le programme de connaissance est illimité.Et cela convient parce que le Dieu dont on cherche les traces est lui-même infini.Cependant de toutes ces connaissances possibles on se donnera une vue différente, et sur un plan tout autre, à la lumière de I être, objet de la philosophie première.Ici nous sera donnée la raison qui nous invite à reporter en Dieu les perfections de toutes choses.La philosophie s élève à son point culminant lorsqu elle atteint que Dieu est l\u2019Etre même, I océan sans rivages de I existence.De là il est possible de considérer sa perfection.543 Revue dominicaine Tontes les antres perfections relèvent de la perfection de 1 existence.Car les choses progressent en perfection dans la mesure où elles élèvent leur manière d être.Toute la valeur d\u2019une chose se prend en définitive de son être.Quelle valeur donnera-t-on à un homme pour sa prétendue culture, sa sagesse, s il n est pas sage en fait.Il y a lieu d établir une juste équivalence entre 1 être et la valeur.Et selon que l\u2019être d une ckose est limité à une valeur plus ou moins grande, la ckose elle-même sera plus ou moins parfaite.Si donc il en est un à qui appartiennent toute la vertu et les ressources de I être, à lui aussi rien ne manque de toutes les perfections dont on pourrait se former l\u2019idée.L être est ce qu\u2019il y a de plus parfait en tout.11 est l\u2019ackèvement, le couronnement, I acte de toutes les perfections.Aucune ne peut prétendre être actuelle aussi longtemps qu elle n\u2019a pas l\u2019être.Même ce qu il y a de plus énergique en toute nature, par exemple l\u2019âme qui anime le corps, reçoit de 1 être son ackèvement et sa définitive valeur d\u2019acte.Ce n\u2019est que peu à peu que la pkilosopkie grecque est venue à concevoir cet acte reçu en toutes ckoses et limité par ckacune.On n\u2019en reçoit que ce que 1 on peut.On le limite.Et cette limite est celle même de notre perfection.I Ve ckose est en effet plus élevée en noblesse, en perfection, dans la mesure même où elle a plus ou moins d\u2019être.Or, deuxième temps de notre réflexion, à Dieu appartiennent toutes les ressources de 1 être parce qu\u2019il est l\u2019Etre même.Tout le pouvoir de 1 être est en Lui du fait qu\u2019il est son être.Est-il possible d\u2019expliciter une affirmation aussi platonique au premier abord.Si la blancheur existait comme telle, sans être la blancheur d\u2019une personne, la blancheur d un nuage ou celle de la neige, il ne lui manquerait rien de tout le pouvoir du blanc.Ce serait la blancheur même.Si une ckose n a pas toutes les propriétés du blanc, cela tient à ce que la blancheur a été reçue par un sujet qui I a limitée, qui l\u2019a reçue dans toute la mesure de son possible peut-être, mais cela encore est une mesure.Mais à la blancheur comme telle, non limitée par la mesure d un sujet, à la blancheur subsistante (à 344 De LA PERFECTION DE L UNIVERS À CELLE DE DlEU supposer que cela soit possible), rien ne manquerait de toutes les vertus du blanc.Dieu est I être même subsistant, il a toutes les vertus de I être.Nous le disions plus baut, avoir toutes les ressources de I être c est posséder toute valeur et jouir de toutes les perfections.Les choses créées contiennent la bonté entre des rives étroites.Mais si la bonté, la beauté et la suavité des choses créées illumine déjà I âme de celui qui les connaît, Dieu I océan de toute bonté comparé aux rives étroites de la bonté de ses créatures, ne va-t-il pas enflammer I âme des hommes et la porter vers leur fin par un élan total et définitif 1 ?Si elle veut parler de Dieu, l\u2019intelligence va maintenant multiplier ses paroles, parce qu elle cherche à dire une perfection sans limites.Et chacune de ses pensées laisse encore en l\u2019objet une si grande marge de perfection qui n a pas été dite ! II y a lieu de multiplier ainsi les pensées et les paroles qui les expriment.Et en un sens, d autant plus qu on sait leur imperfection.Si réussie qu elle soit, une pensée d homme est ici toujours imparfaite.Si bien taillée et mesurée que soit une pierre de ce monument elle ne réalise qu\u2019une fraction du plan d\u2019ensemble.Encore, avec un grand nombre de pierres, on finit toujours par achever un monument, même si c est I Arc de Triomphe de I Etoile ou la grande pyramide.Mais avec toutes les pensées que nous pourrons former nous n achèverons pas de dire Dieu.Que I humanité consente seulement à travailler à cette tâche délectable, et elle aura établi d\u2019en haut l\u2019ordre qui doit régir toutes ses autres activités.C est quand on aura permis à 1 humanité dans son ensemble de connaître et servir son Dieu, que la paix, fruit de I ordre, pourra devenir moins précaire.Que I on quitte si I on veut le monde de la pensée et du langage pour considérer plus directement celui des choses.On saisira la même raison pour montrer la convenance du grand nombre des êtres, des hommes, des étoiles, des anges.1.«.animas hominum inflammatas totaliter ad se trahet ».S.Thomas, Contra Gentiles, livre II, ch.2.345 Revue dominicaine Dieu lui-même entreprend de manifester par des êtres réels sa bonté infinie.Cela n ajoutera rien à lui-même, mais accorde que soient imprimées en des choses des similitudes de cette bonté.Or toute chose ainsi née de Dieu dans I ordre créé, est, par le fait même imparfaite.Si belle que Dieu I ait voulue elle imite sur un plan fini la perfection sans limites.Pour que la similitude de Dieu soit rendue plus parfaite dans I univers, un nouvel être réel imitera Dieu différemment.De manière à ce que la beauté qu un seul ne peut pas dire, plusieurs y arrivent un peu mieux, laissant toujours une marge incommensurable qui appelle à 1 existence d autres êtres, et d autres encore.II y en a des milliers d anges dans le ciel du Seigneur, et 1 homme aussi commence à soupçonner la grandeur et le nombre qui jouent dans I immense univers, tout en avouant que même pour les êtres les plus familiers, un grain de sable, on doit renoncer pour le moment à I espérance d en définir jamais les éléments \\ L échelle des choses créées, où Dieu se dit par des paroles substantielles, qui réalisent ce qu elles signifient, cette échelle nous échappe et nous fuit par les deux bouts.Comme chaque chose imite Dieu imparfaitement, chaque pensée de Lui n en reflète également qu une imitation modéste, discrète, finie.D où il faut multiplier ces pensées.Si un être réel représentait Dieu parfaitement il n y aurait qu un être réel.Car il représenterait selon un mode unique.Aussi nous a-t-on révélé que lorsque Dieu se dit dans sa vie intime, il n y a qu un seul Fils qui est la parfaite image du Père.Notre intelligence appelle à son secours diverses pensées parce que chacune est imparfaite ; si une pensée sur Dieu était parfaite, elle serait unique : de même on nous a révélé encore que le Verbe de I Intelligence divine est un Verbe unique.A chacune de nos pensées vraies, la beauté de Dieu correspond, comme une chose réelle à son image imparfaite.II est donc toujours un même être qui garantit la vérité des pensées, bien que celles-ci soient 1.Jeans, The Universe around us, 4th edition, Cambridge University Press, 1944, p.113.346 De LA PERFECTION DE L UNIVERS À CELLE DE DlEU multiples, et que soient multiples comme elles, les paroles et les discours qui les expriment.Les perfections qu on pose en Dieu par des pensées multipliées sont en Lui une seule et même réalité.En tout composé il y a au moins deux parties dont I une joue le rôle de puissance vis-à-vis de I autre qui vient la perfectionner, I acfiever.Dieu étant I être même et I acte sans mélange, aucune composition ne sera donc en Lui.Si toutes les perfections sont en Dieu elles n y sont donc pas diverses ; elles y trouvent la plus grande unité.L on peut donner des exemples de cette concentration unitaire.Dans I ordre des moyens de connaître on peut considérer que les différents renseignements apportés par la vue, l\u2019ouïe et les autres sens sont jugés par une seule et même intelligence.De même aussi dans les sciences.Celles-ci multiplient leurs conclusions selon les différents ordres de choses considérés, les atomes, les plantes, les vitamines, I homme.Cependant c est une seule et même science, la philosophie première, qui étudiera I être et les premiers principes de toutes ces choses.De même encore pour les pouvoirs dont jouissent les autorités civiles particulières.Les polices, les magistrats, les officiers de toutes catégories voient leurs différentes autorités se concentrer dans les pouvoirs du ministère et du premier ministre.Ainsi nous disons que les perfections qui dans les choses sublunaires se diversifient et se multiplent viennent trouver leur unité en Dieu.Sans nuire à la simplicité de Dieu, on pourra donc multiplier les perfections qui lui appartiennent, sans que s achève jamais ce grand travail d\u2019intégration.J entrais un jour dans une vaste bibliothèque disposée en rotonde de sorte que 1 on puisse voir la plupart des volumes au nombre de 500 000.En tant d ouvrages les hommes ont pu disposer de multiples pensées.A supposer qu elles fussent toutes des pensées honnêtes, consacrées à mieux connaître le monde, à diriger les actions des hommes, à parler de Dieu, leur nombre reste encore fragmentaire si on le compare au seul nombre des étoiles connues.547 Revue dominicaine L on dira : on ne peut tout de même pas chanter Dieu avec une munificence comparable à celle qu il a déployée dans son univers.Sans doute, on ne le peut pas.Mais je demande si par l\u2019homme jusqu\u2019à ce jour ont été suffisamment redites, grâce à l\u2019effort de libres initiatives, la gloire et les perfections du Roi.Cette gloire est déjà chantée par le monde des choses que Dieu a faites.Mais voici qu elle veut encore entrer dans l ame de 1 homme d où elle pourra ensuite jaillir en charité, comme en paroles et en œuvres.II suffit pour cela que I humanité veuille accueillir cette vocation, veuille placer sa plus noble ambition à recevoir le Créateur qui veut entrer.Autrefois I arche d alliance pénétrait dans la ville, et ce n était que la figure de 1 entrée de Dieu dans l\u2019âme : Portes, élevez vos linteaux, haussez-vous, haies antiques, pour que fasse son entrée le roi de gloire \\ Connu par I intelligence où il entre à la lumière de la création, Dieu recevra ensuite les témoignages qu\u2019il faut lui rendre.Face à la philosophie communiste qui prétend se passer de Dieu et nie son existence comme être distinct de I univers, la nécessité est urgente d affirmer et de redire qu on ne laissera pas en vain de côté la pierre angulaire si 1 on veut solide et durable I édifice de la civilisation future.Arcade-M.Monette, O.P.Ottawa 1.Psaume XXIV, trad.M.E.Podechard, dans Mémorial Lagrange, Paris, Gabalda, 1940, p.143.348 Le jeune homme devant la vie Je me demande moi-même comment répondre à cette question.Peut-on sérieusement I envisager en quelques pages, en quelques lignes, en quelques mots ?Peut-on dire si la Vie est une tragédie ou une comédie ?Comment prouver lune ou I autre ?Iout ce que nous pouvons faire \u2014> amicalement c\u2019est d\u2019en parler, comme ça, entre nous, sans façon ni contrefaçon.Nous allons balancer les civilités, les courbettes, les sourires de parade et nous allons, en copains, d un seul coup, lever le rideau qui nous cacbe la vie.Ou plutôt, nous allons venir, nous-mêmes, devant ce rideau et nous allons nous interroger.Certes, nous laisserons la fantaisie s\u2019emparer de nous.car sans elle où irait-on ?L aventure humaine nous dépasse tous I Ses millions de cellules nous sont à peine ouvertes qu elles se referment sur nos aspirations, nos désirs, nos élans, nos reculs, nos efforts et souvent même sur notre bonne volonté.Nous passons à la course devant une fresque immense, géniale, magnifique, pleine d une sève créatrice éclatant aux quatre coins du monde et comme de mauvais critiques, gonflés d\u2019omnipotence et de préjugés, nous osons critiquer cette fresque.et cette fresque, c\u2019est la vie ! Elle nous envahit peu à peu, nous caresse, nous séduit, nous hante, et finalement, elle acquiert sur nous tous les droits de la création.Elle peut nous éblouir, nous rendre à nous-mêmes, nous élever jusqu à Dieu ; elle peut en même temps nous amoindrir ou nous donner une taille de géant !Q ue demande-t-elle en retour ?Que nous I aimions ï Mais, me direz-vous, pour aimer la vie telle que nous la voyons aujourd hui, il faudrait être fou ou aveugle ! Je vous répondrai non.il faut être optimiste ! Nous sommes plus méchants que la vie au fond et nous songeons toujours à lui attribuer nos sottises ! Je ne voudrais pas 54Q Revue dominicaine prendre le risque de devenir trop sérieux avec cette histoire de causerie et je vois, facilement, comme vous-mêmes, d ailleurs, que je suis en train de m\u2019embarquer dans un méandre psychologique d\u2019où monsieur Paul Bourget, seul, pourrait nous sortir.Comme il est mort déjà.il vaut mieux nous en tenir à nos faibles moyens, à nos petites ressources, et demeurer sur un plan plus visible, plus tangible même.D ailleurs, nous sommes là pour nous distraire et non pour suivre un cours de microbiologie humaine, si je puis m exprimer ainsi, et nous allons donc nous efforcer de rentrer bien vite dans le cadre qu a dessiné pour moi le chef routier.Si vous le voulez bien, nous allons diviser notre petit entretien en deux petites parties.Dans la première, nous verrons tout d abord, si c est la Vie qui envisage le jeune homme ou si c est le jeune homme qui envisage la Vie.Ensuite, nous verrons si ce même jeune homme profite de I expérience acquise.* * * Avec notre siècle de vitesse, il nous faut brûler les étapes, n est-ce pas Donc, notre jeune homme a dix-huit ans 1 Dire qu\u2019il y en a qui ont encore dix-huit.Cette réflexion faisait dire à un brillant auteur français s\u2019adressant à une jeune fille de cet âge : « Vous avez dix-huit ans, parce que je ne les ai plus.et parce qu il n y a pas des dix-huit ans pour tout le monde en même temps ».Mais soyons sérieux 1 Voyons tout d\u2019abord ce que le jeune homme demande à la vie ?J\u2019ai imaginé ce petit dialogue afin de m éloigner le plus possible du genre que je redoute, le trop grand sérieux.Donc la Vie parle avec le jeune homme : La Vie.r\u2014 Que demandes-tu pour être heureux ?J.H.~ Oh 1 peu de chose ! Je veux être beau comme un dieu grec, fort comme un lion, brillant à l\u2019étude, apte à tous les sports, séduisant en société, être un tantinet canaille mais sans que cela paraisse, et finale- 550 Le jeune homme devant la vie ment vivre magnifiquement comme tout le monde sans travailler beaucoup 1 La Vie.i\u2014 En effet, c\u2019est peu de chose.C\u2019est même si peu que je vais te l\u2019accorder 1 J.H.Chic alors ! Et le jeune homme r\u2014 parce que sa mère ne I avait pas raté, heureusement p\u2014> est beau, fort, pas bête du tout, séduisant en société, capable de jongler en même temps avec ses problèmes de géométrie et la revue « Bleu et Or ».II est juste assez canaille pour tout retenir de ses mauvaises lectures et savoir en profiter selon ses penchants.Enfin, il fait un mariage magnifique qui lui permet de vivre magnifiquement, comme tout le monde, sans beaucoup travailler.Au bout de quelque temps, il se rend compte qu il est malheureux à mourir avec la femme qu il a pourtant choisie.Cell e-ci, de son côté, n\u2019a trop que faire d un homme dont les aspirations diffèrent autant des siennes que les rayons cosmiques diffèrent de la psychologie sentimentale de Montesquieu.Monsieur recherche la compagnie de ses anciens amis, dont plusieurs échappent à la prison par des miracles sans fin.Madame reçoit à l\u2019heure du thé.et à ce thé, il y a un T ancrède qui ne laisse pas de lui plaire tout à fait.Mais on ne peut tromper son mari sans s\u2019entendre d avance avec lui, n est-ce pas ?Ce ne serait vraiment pas chic I Ce ne serait pas moderne à tout événement I Alors, la jeune femme en touche deux mots à son mari qui répond : A ton aise, ma chère amie, j\u2019allais justement te dire que les yeux de Liane So and So.me parlent d amour ! Sur le coup, la jeune femme ressent un coup au cœur.C est son amour-propre qui se révolte.Seulement, une révolte n\u2019est jamais une révolution I Le premier moment de dépit passé, elle se fait une raison.c est-à-dire, par un paradoxe amusant, un nouvel amour ! Evidemment, cette situation crée tout un émoi dans I entourage de nos deux amis.Mais on se fait si facilement aujourd hui, aux choses les plus insensées.On a pour soi \u2014 comme pour nos rues un sens unique, et souvent, ce n\u2019est pas le bon I 351 Revue dominicaine La mère de la jeune femme se scandalise, mais son mari lui demande de ne pas en faire un show ! ' Après tout, dit-il, ils ne sont pas pires que ton frère.Tout le monde sait qu il a une maîtresse ï La mère de la jeune femme fait ici une syncope.Mais rassurez-vous, ce n est pas grave.Elle reprend vite ses sens pour dire à son mari : ' Si tu avais eu le courage d\u2019inculquer des principes à ta fille au lieu de lui céder le pas et de la laisser agir à sa guise, nous n\u2019en serions pas là aujourd hui î Alors, le père répond : Ma chère amie, je vais à la messe tous les dimanches de sorte que je ne rate jamais un sermon.Alors, sois gentille, dispense-moi des tiens.D ailleurs des principes, on sait ce que c\u2019est.tu en avais toi.jusqu\u2019au moment où tu trouvais que les devoirs conjugaux risquaient de te faire accepter la famille, de briser la ligne de ton corps, et te faire prisonnière d une marmaille qui te puait au nez 1 Re -syncope de la mère de la jeune fille, durant laquelle le mari en profite pour passer dans son cabinet de travail où 1 attend un bon whisky-soda.Il en a besoin ! Mais pendant ce temps-là, nous oublions nos deux jouvenceaux, les enfants de ce couple magnifique dont je viens de parler.Le jeune homme en question, au bout de quelques années, est dégoûté de sa femme >\u2014> mais pas plus que celle-ci n est dégoûtée de lui r\u2014 et il est tout près d un abîme sans fond.II se rend compte qu il s\u2019était mal préparé à la vie.II lui vient une idée magnifique.II va demander des comptes à la Vie.Le voici devant la Vie î Qu est-ce que ça veut dire, dit-il ! J\u2019avais pourtant tout demandé.J avais pourtant tout reçu î Comment se fait-il, aujourd hui.que ma vie soit un tel fiasco ?Et la Vie de répondre : Tu m as demandé des choses qui sont vides de sens.Tu m as demandé la beauté, I intelligence, les aptitudes sportives, la facilité de 352 Le jeune homme devant la vie perception et un genre de vie facile ï Tu I as eu mon vieux! C est tout ! Je ne te dois plus rien ! >\u2014< A fi si ï reprend le jeune homme, tu me dois quelque chose.Tu me dois une explication ! On ne laisse pas tomber les gens comme ça ! Comment se fait-il que j aie raté une partie de ma vie avec tous les dons que j avais reçus de toi ?< C est très simple, dit la Vie I Dans les dons que tu as demandés, il n y a ni la sagesse, ni I esprit de sacrifice, ni le renoncement, ni le sens de I honneur et du devoir.Mais ce ne sont pas des dons ça.ce sont des vertus I ^Ça dépend, dit encore la Vie ! Savoir s attacher aux petites choses et les accomplir si bien qu elles deviennent de grandes choses, c est un peu faire un beau tableau avec de la mauvaise peinture.C est I homme qui crée et non la matière ! Tu es maître de tes dons, mais ceux-ci peuvent le devenir de toi.si tu es moins grand qu\u2019eux.Entre la richesse de tes dons et toi, il y a la volonté qui est la marque distinctive de tout homme.Tu as voulu profiter de la vie.c\u2019est mal I Ce qu\u2019il faut faire, c est vivre sa vie ! Mais cela comporte des devoirs et ceux-ci ne sont pas toujours aussi fantasques que les danses et les cabrioles des négresses du Rochhead Paradise ! Quand on trouve que ses devoirs sont lourds, on demande à quelqu un que I on aime de partager la charge avec soi.Qui par exemple ! \u2014 Eh bien ta femme ! N est-elle pas ta compagne, ton amie, un autre toi-même ?\u2014 Elle ! Jamais de la vie ! Elle aime mieux s\u2019amuser, rire, prendre un verre avec ses amis et ceux de sa famille.Les devoirs, elle ! Elle n\u2019en fait plus depuis qu elle a quitté le couvent.Elle a perdu l\u2019habitude ! r\u2014 Je te comprends et te plains à la fois, dit encore la Vie ! Mais souviens-toi que c est celle-là que tu désirais.Vous avez le mot juste, pour une fois.Je la désirais, mais je ne I aimais pas ! 555 Revue dominicaine /\u2014 Alors, ne me reproche pas d avoir manqué de délicatesse envers toi.Je t\u2019ai donné assez de qualités et de dons pour plaire à tout autre femme que celle-là.r\u2014- Peut-être I Enfin, puisqu\u2019il est trop tard pour recommencer.que le diable emporte tout ! »\u201411 ne faut jamais dire cela, de reprendre la Vie aussitôt.Si ce souhait allait se réaliser ! 1 u es malheureux peut-être, mais tu n\u2019es pas perdu ! /\u2014 Alors que faire, dit le jeune désemparé ?\u2014 Espérer, attendre, reprendre le temps perdu.vivre mieux, avec un espoir au cœur.;\u2014¦ Lequel ?^ Celui de transformer ta vie en un sacrifice efficace pour ta rédemption immédiate et I autre.plus tard I C\u2019est impossible ! r\u2014 Tu me fais sourire I Tiens, je ne suis que la Vie moi, hein î et je n ai pas beaucoup d expérience des hommes.Cependant, au cours de mes lectures, un jour, j ai trouvé ceci qui m\u2019a frappé.Je te laisse ça î C est mon dernier cadeau ! Le dernier ï Je cite : « 11 n est rien d im-d impossible à Dieu puisqu II peut changer des pierres en des fils d Abrah am î » * * * Cette phrase, en effet, changea notre homme I La Vie lui devait un autre bonheur.Elle devait le lui donner.Il eut la douleur de perdre sa femme.La chose se fit simplement, sans douleur, sans drame.Celle-ci avait une lésion au cœur qui ne pouvait pas lui permettre les extravagances qu elle faisait avec sa santé.Trois jours au lit.un affaissement, un prêtre mandé d urgence, des arrangements de notaire entre deux crises cardiaques.et la fin prématurée ï On pleura un peu, il y eut beaucoup de fleurs, quelques messes, et l\u2019oraison funèbre d un ami de la maison : \u2014 Ça devait finir de même I 354 Le jeune homme devant la vie Notre jeune homme chercha une consolation dans le bien î Vous voyez qu il tenait à profiter de la leçon de la Vie.Pour tout le monde, il devint ce qu il est convenu d appeler.je prends un nom au hasard.le bon monsieur Gervaix î Ce n est pas vers un nouveau mariage qu\u2019il se tourna î Non ! II préféra un long veuvage avec ses petits et ses grands ennuis.Chose étrange, il décida de travailler ! D ailleurs, comme il n\u2019était pas bête, nous I avons déjà dit, il se fit un avenir avec ce qui lui restait de sa vie.On dit que celle-ci commence à quarante ans ! II n était en retard que de deux ans ! Assidu aut travail, probe, honnête, rangé et même vertueux î Ses anciens amis souriaient en le regardant vivre.On lui appliquait sans mal I axiome si connu : « En vieillissant le diable se fit ermite » î Cela ne dérangeait pas le bon monsieur Gervaix.II laissait dire les gens et il travaillait à donner le bon exemple autour de lui.Les chroniques du temps oublièrent I ancien jeune homme que nous avons connu au début de cet entretien.On ne parlait plus que du bon monsieur Gervaix.Après trente-quatre ans de vie exemplaire >\u2014 pour la compagnie qui 1 avait employé -\u2014 il prit sa retraite.II avait à peine 76 ans I II vécut encore vingt autres années.On le voyait à la messe quotidienne.II s empressait à faire la charité.car les gens charitables font du bien autour d eux.On le citait en exemple.Il portait allègrement son grand âge, mais il avait envie de mourir.II pensait au repos qu\u2019il devait avoir mérité.II pensait aussi que I Eternel viendrait lui fermer les yeux et lui ouvrirait son beau paradis, car depuis l\u2019âge de quarante ans, il n avait plus donné le mauvais exemple.II avait été en toutes choses résigné, docile, et même assez discret.Pourtant, I Eternel attendait encore monsieur Gervaix, le bon monsieur Gervaix.Je ne sais pas si vous avez remarqué ce point faible, mais depuis I âge de quarante ans, monsieur Gervaix n\u2019a pas encore pensé de faire quelque chose pour le bon Dieu.II fait tout pour lui-même.II veut se régénérer, laisser un bon souvenir.Mais de l\u2019abandon à Dieu, 355 Revue dominicaine il n est nullement question, du moins pas ici.Espérons qu\u2019un fils de saint Dominique passera près de ce grand vieillard qui n\u2019a pas encore profité de la grande leçon de la Vie ! Espérons qu il trouvera le chemin du cœur de cet homme qui s\u2019est replié sur lui-même au lieu de se jeter dans la miséricorde divine.Car, il est vrai que nous n avons rien accompli si nos actes n\u2019ont pas ébloui le monde d un reflet de Dieu.* * * ] out est amour quand on aime I C est le grand moteur de la vie I L amour seul sauvera le monde.si quelque chose doit le sauver.On ne le prêchera jamais assez, on ne le vivra jamais trop.Aimer, c\u2019est attacher son être entier à I accomplissement de toutes les tâches et surtout celles qui demandent plus d amour qu autre chose.Même le désir de vouloir du bien aux autres constitue un acte d amour dans le plan de Dieu.L\u2019amour appelle la préférence et celle-ci apporte l\u2019abandon.Devant les années que nous affrontons (je ne parle pas de celles que nous venons de vivre pour la bonne raison que je suis persuadé que ce ne sont pas les pires), il faut que I amour joue un rôle primordial entre les individus, entre les nations et les peuples de la terre.Tout le reste aura été inutile.Le temps aura été perdu.Les hommes eux-mêmes auront été néfastes.Les hommes n\u2019auront pas appris cette grande leçon de I amour et ils devront subir les affres de 1 angoisse, les déchirements de la haine, les coups de la force.Remarquez qu il n était pas possible autrefois de dominer le monde.II y avait de grands empires, certes, mais il n\u2019y avait pas d empires universels.Aujourd hui, la chose est possible.Ce n\u2019est pas un mythe ! Regardez la carte du monde, songez aux distances rétrécies par la vitesse, pensez que les idées s entrechoquent partout dans le monde aux mêmes heures, à la même minute ! Autrefois, on avait 1 athéisme individuel ! Aujourd hui, on a 1 a-théisme en force, luttant ouvertement contre toute idée de religion ! 356 Le jeune homme devant la vie Voilà des signes précurseurs d un moment crucial de notre époque.Je crois que cela est pire que la guerre î Le Christ aura besoin de tous ses bons hommes I En serez-vous ?Je ne dis pas que cela se fera dans deux tins, ou cinq ou dix.mais je crois que nous verrons des choses formidables d ici vingt-cinq ans.Vous serez là pour la plupart d entre vous.II vous appartiendra de donner I exemple au monde décadent ï On dit toujours >\u2014 dans notre monde moderne \u2014 que rien ne se fait, que rien ne s accomplit.Vous connaissez sans doute, la devise des scouts de Paris : « Fais-Ie, toi.et ça se fera ».Soyez de ceux dont le Christ aura besoin et son règne arrivera.Je comprends qu il arrivera sans vous, sans moi, sans bien d\u2019autres, mais s il arrive avec notre coopération, nous aurons les regards bienveillants du Sauveur du monde sur nos vies.et ça.ça vaut bien des bonheurs fragiles et passagers.J ai confiance que vous serez en avant, que vous aurez un rôle à remplir et que vous ne connaîtrez ni la peur, ni la lâcheté.Vous avez en vous un magnifique don de Dieu : la jeunesse I Je souhaite qu elle soit ardente et qu elle rayonne de tous les autres dons.Employez-Ià à devenir des invincibles dans un amour, un idéal, une force.Que cette jeunesse soit agissante et non seulement « remuante ».Exigez beaucoup d elle et donnez-lui beaucoup.Faites-lui confiance et ne la trahissez jamais I La jeunesse ne passe pas dans un cœur vraiment jeune.Elle a une survie que la science aurait bien du mal à saisir, à comprendre.Les luttes de I avenir sont à portée d ame I Quand tout capitule autour de vous, ne capitulez jamais dans votre cœur et vous aurez droit à la récompense des vainqueurs.même si vous ne deviez la trouver que dans le sein de Dieu I E.Pallascio-Morin Extraits d une causerie prononcée devant les scouts-routiers de Notre-Dame de Grâce, Montréal, clan St-Victor.557 Nos voisins sont-ils des barbares?Nous sommes les voisins d une gigantesque république vers laquelle le monde entier tourne de plus en plus les yeux.Nous sommes de plus les contemporains de nos voisins du sud, nos deux pays ayant été colonisés à la même époque par les deux plus grandes puissances occidentales des temps modernes et ayant grandi à peu près au même rythme jusqu au siècle dernier, alors que les Etats-Unis d\u2019Amérique prirent un essor sans précédent dans I histoire des peuples tandis que nous progressions plus lentement pour n atteindre que tout récemment à notre indépendance politique et à notre liberté économique.Mais alors que nos voisins du sud, ayant conquis très tôt leur souveraineté, aspiraient aussi à I autonomie culturelle, nous restions, et nous restons encore, des colonies spirituelles de I Angleterre et de la France.Les yeux toujours tournés vers Londres ou Paris, nous ignorons encore la puissance et I étendue de la vie de I esprit chez nos voisins immédiats.Nous avons été tellement éblouis par les formidables conquêtes matérielles des Américains que nous n avons pas su découvrir les autres aspects de leur vie.Sans doute, la culture américaine ne saurait être comparée à la française ou à I anglaise et il ne saurait être question pour nous de nous détourner complètement de nos mères-patries pour nous mettre à la remorque de nos puissants voisins.Mais nous avons grandement tort de les ignorer comme nous le faisons en tout ce qui concerne la vie de 1 esprit ; non seulement nous nous privons ainsi de l\u2019enrichissement que leurs meilleurs penseurs, écrivains et artistes peuvent nous apporter, mais nous méprisons I expérience éminemment utile pour nous que représentent leurs efforts, réussis ou non, pour humaniser un pays qui a avec le nôtre de nombreuses ressemblances.Avant de rejeter en bloc comme nous le faisons habituellement la culture américaine, dans la mesure où elle se distingue de I européenne, nous devrions I étudier sérieusement pour en rejeter les déchets et en assimiler les valeurs.358 Nos VOISINS SONT-ILS DES BARBARES ?Si nous pouvons être fiers de posséder une peinture au moins aussi riche que celle de nos voisins, nous devons reconnaître, en toute justice et humilité, que notre musique, notre littérature, notre philosophie, notre architecture et notre vie scientifique restent assez loin derrière les leurs.Sans nous mésestimer, il nous faut Lien reconnaître que nous n avons pas produit de musiciens comparables à MacDowelI, Harris, Copland, Oershwin ou Piston ; de philosophes comme James, Santayana ou Dewey ; d architectes qui aient réalisé des œuvres aussi importantes que celles de Richardson ; quant aux hommes de science, mieux vaut n en pas parler tant l\u2019écart est considérable.Et notre littérature est bien pauvre comparativement à celle qui nous offre un Walt Whitman, un Melville, un Emerson, un Hawthorne, un Poë, un Eliot, un Eaulhner, un Hemingway, un Dos Passos, pour ne mentionner que quelques noms.Ces propos n ont pas pour but de prétendre que nous n avons rien produit de digne d attention dans ces divers domaines ; plusieurs écrivains, savants, penseurs et artistes de chez nous sont dignes d être connus au delà de nos frontières et nous devons travailler à les mieux faire connaître à I étranger.Mais nous devons aussi apprendre à regarder nos voisins d un œil impartial afin de les estimer comme ils le méritent.xL*\ta# a * Ces quelques réflexions me sont inspirées par la lecture de deux ouvrages récents : les Etudes littéraires d André Maurois et les Ecrivains américains de 1 entre-deux-guerres de Pierre Brodin \\ Ces deux ouvrages ont pour auteur des Français, et non des Canadiens.Bien que nous vivions depuis trois siècles auprès des Américains, nous n avons guère produit d ouvrages dignes d\u2019attention sur cette grande nation.Harry Bernard travaille depuis trois ou quatre ans à un essai considérable 1.Etudes américaines, par André Maurois, New York, Editions de la Maison Française, 1945 ; Ecrivains américains de F entre-deux-guerres, par Pierre Brodin, Montréal, Bernard Valiquette, 1945. Revue dominicaine sur le roman régionaliste américain, mais il est pour ainsi dire I exception qui confirme la règle.Il a d ailleurs été précédé dans cette voie par Pierre Brodin lui-même qui a publié un ouvrage sur le sujet il y a déjà près de dix ans.Séparés des Etats-Unis d Amérique par un océan et par la langue, les Français de France ont depuis longtemps appris à reconnaître les valeurs littéraires de nos voisins du sud.Baudelaire et Mallarmé ont traduit Poë ; Balzagette a rendu le même service à Whitman ; depuis dix ans, presque tous les ouvrages américains importants ont été traduits et publiés en France, grâce surtout à Maurice-Edgar Coindreau, à qui Maurois, parlant de Caldwell, rend hommage : « Ershine Caldwell, Ernest Hemingway, John Steinbeck, William Faulkner, John Dos Passos forment une génération américaine dont 1 importance, dans la littérature mondiale, grandit ; nul n\u2019aura contribué plus que Coindreau à la faire connaître en France ».Comme le note encore Maurois, cet intérêt des Français pour les lettres américaines ne date pas de la bombe atomique, mais d au moins vingt ans.Les revues et les journaux français abondent depuis quelques années en traductions d ouvrages américains et en chroniques sur les lettres américaines.L équipe de la NRF a joué un rôle prédominant à ce sujet ; plusieurs écrivains des Etats-Unis ont eu h avantage d\u2019avoir pour parrain en France des écrivains aussi importants que Gide, Arland, Malraux, Marcel, Giono, Larbaud, Fernandez, Leyris et j en oublie.Jean-Paul Sartre, dont tout le monde parle aujourd\u2019hui, a débuté par des études sur Dos Passos et Faulkner.Des revues comme Mesures et Fontaine ont publié des numéros spéciaux sur la littérature américaine, réunissant des textes de vingt-quatre et quarante écrivains respectivement.Pendant ce temps, nous ignorions à peu près totalement cette littérature qui croissait tout près de nous.Peut-être serait-il temps que nous jetions un regard du côté d une littérature qui a attiré l\u2019attention de peuples riches d une vieille civilisation et dont deux des plus illustres représentants ont reçu le prix Nobel.Qui sait si nous ne réussirons pas à découvrir des beautés dans 1 œuvre de Dos Passos que Sartre tient pour « le plus grand écrivain de notre temps » 360 NOS VOISINS SONT-ILS DES BARBARES ?OU dans In Dubious Battle de Steinbeck, que Oide tient pour la meilleure peinture psychologique du communisme ?* * * Les Etudes américaines d André Maurois, qui traitent d ailleurs autant d ouvrages anglais, autrichiens ou français que d œuvres américaines, nous offrent de la littérature américaine une image passablement édulcorée.L académicien estime qu il vaut mieux découvrir les qualités et les valeurs d une œuvre que ses faiblesses et ses défauts ; mais il pousse peut-être un peu loin son effort de sympathie car, en pratique, il finit par trouver tout admirable, d Oscar Wilde et Gertrude Stein à Papashvily et Thomas Kernan.Le professeur Brodin est plus juste dans ses jugements, ne tombant ni dans I admiration sans borne de Maurois ni dans I abattage systématique de Bernard de Voto.Etudiant onze écrivains de 1 entre-deux-guerres, il reconstitue leur biographie et 1 évolution de leur œuvre avant de proposer sur chacun un jugement d ensemble nuancé et motivé.Ses études rendront de précieux services à tous ceux qui voudront étudier la littérature américaine de notre temps ; avec les études de Maurice Coindreau \\ Joseph Warren Beach 1 2, Malcolm Cowley 3 et Jean Prévost 4, elles constituent une excellente initiation à une littérature riche d enthousiasme, de jeunesse, d audace et de force.Alors que les littératures européennes sont lourdes d un passé vers lequel elles se tournent volontiers, la jeune génération américaine est tendue vers 1 avenir ; c est ce qui explique sans doute qu il ne soit pas facile de classer toujours les écrivains américains clans des catégories traditionnelles qu ils débordent souvent de toutes parts.* * * La tradition américaine est, on le sait, puritaine.Boston a toujours été et reste toujours le château-fort de cette tradition encore puissante, 1.\tVoir la Nouvelle Revue Française, les Œuvres nouvelles et Gants du ciel.2.\tAmerican Fiction, New York, Macmillan, 1941.3.\tAfter the Genteel Tradition, New York, Norton, 1937.4.\tU sonie, Paris, Gallimard, 1939.361 Revue dominicaine dont Santayana est le philosophe et Marquand le romancier.Mais, la littérature de I\u2019entre-deux-guerres a fortement réagi contre ce conformisme ; à la morale bourgeoise des marchands de Boston et de Philadelphie qui, comme le dit Maurois, accumulaient sur terre d immenses réserves de hiens tout en proclamant la vanité des choses de ce monde, ils ont signifié une fin de non-recevoir après avoir, pour la plupart, appris sur les champs de bataille de I Europe la vanité des pseudo-valeurs, et connu, à leur retour en Amérique, la « paix manquée » et I instabilité économique des régimes politiques qui ont amené la grande dépression économique en plein temps d abondance.Ces écrivains appartiennent à la « génération perdue », selon le mot de Gertrude Stein.Aussi leurs œuvres, si elles évoquent un monde bouleversé avec un réalisme parfois cynique, sont-elles souvent celles de réformateurs, d\u2019apôtres.Bien avant que Sartre ne tente d en lancer la mode, un Dos Passos, un Hemingway ont été des écrivains « engagés ».L affaire Sacco-Vanzetti fut pour I auteur de Manhattan Transfer ce que fut I affaire Dreyfus pour Péguy, et Dos Passos devint le défenseur des non-possédants, présentant les Etats-Unis comme « deux nations » dont il voulut rendre sensible 1 opposition farouche sur le territoire de la démocratie américaine.Erskine Caldwell tentera un effort analogue au sujet des deux nations blanche et noire.II y a dans une grande partie de cette littérature une trivialité, un cynisme, une morbidité qui trahissent le déséquilibre de I époque.Dans nombre d œuvres on peut distinguer I influence de Ereud, de Joyce, de Proust, de Rimbaud.D autres sont d un naturalisme qui rappelle Zola et Maupassant.Mais la plupart des écrivains américains de notre temps, ayant fait 1 expérience du désespoir, ont cherché à le dépasser, comme ils ont cherché à dépasser le matérialisme.« Chez Caldwell et Steinbeck, écrit Joseph Warren Beach, le leitmotiv est : Sans pain l esprit ne saurait vivre.Chez Farrell, Wolfe, Dos Passos, c\u2019est : L homme ne vit pas seulement de pain.Voil à qui n\u2019est certainement pas du matérialisme au sens commun du mot.Bien au contraire, c\u2019est une anxieuse protestation 362 Nos VOISINS SONT-ILS DES BARBARES ?contre cette philosophie nocive et vulgaire ».Ainsi, Lewis a ridiculisé I hypocrisie et I égoïsme et, comme dit Brodin, « a exalté les vertus traditionnelles des pionniers » ; O Neill a été toute sa vie à la recherche d une mystique ; Thomas YVoIfe a prêché la conscience sociale ; Hemingway, comme Malraux, a fait la guerre d Espagne.Si Lewis, Wolfe et Mar-quand sont des bourgeois, Frost a fabriqué des souliers avant de devenir fermier, O Neill a gardé des mulets dans un vapeur à bestiaux et vendu des machines à coudre Singer avant de se consacrer au théâtre ; Hemingway a été garçon de ferme et plongeur avant de devenir journaliste, Faulkner a été maçon, charbonnier et commis-libraire ; Caldwell a été garçon de café, garçon de ferme, scieur de long, ouvrier d usine, chauffeur de taxi, machiniste, cuisinier dans une gare, joueur de football professionnel avant de devenir journaliste, et Steinbeck a aussi été maçon, peintre en bâtiment et employé dans un établissement de pisciculture avant de devenir, lui aussi, journaliste.De plus, Dos Passos, Hemingway, Marquand, Faulkner ont été soldats lors de la guerre de 1914-1918.On peut donc voir que ces écrivains n ont pas des problèmes sociaux de notre époque une connaissance purement livresque.Aussi leurs œuvres nous révèlent-elles que, aux Etats-Unis, tout n est pas merveilleux comme dans les films de Hollywood.C est cetle dualité de la nation américaine qui est à la base de toute 1 œuvre de Dos Passos et qui joue un rôle primordial dans I inspiration de la plupart des romanciers importants de 1 entre-deux-guerres.La littérature américaine ne nous apporte pas une culture riche comme la française ou I anglaise ; elle ne nous apporte que rarement des œuvres d une perfection technique comparable à celle des chefs-d œuvre européens.Mais la poésie américaine est d une richesse lyrique peu commune et le roman de nos voisins du sud nous apporte une image d une humanité jeune, pleine de ressources, audacieuse, confiante malgré tout et conquérante.On n\u2019y trouve que rarement les subtilités psychologiques dans lesquelles se complaisent un Proust ou un Mauriac, bien que Thomas YVolfe et Caldwell aient enrichi la psychologie romanesque.363 Revue dominicaine La littérature américaine est une littérature de pionniers et elle devrait, à ce titre, nous intéresser profondément.Nous avons comme eux à découvrir un monde nouveau, à humaniser un continent, à créer une société nouvelle.Nous n avons pas eu de poètes qui aient atteint à la grandeur de Whitman ni à la perfection d Eliot ; nous n avons pas eu non plus de romanciers qui aient élevé des monuments comparables à ceux de Dos Passos, de Wolfe ou de Farrell, qui aient atteint au lyrisme de Steinbeck, à la pénétration de Faulkner, à I équil ibre de Marquand et de Hemingway.Au moment où notre littérature sort de la mare aux grenouilles où elle croupit depuis déjà trop longtemps, nous avons tout intérêt à prendre connaissance des efforts et des réalisations de nos voisins du sud qui ont eu à faire face à des situations et à des problèmes qui présentent avec les nôtres de nombreuses analogies.Nous pourrons y découvrir sans doute des écueils à éviter, des obstacles à franchir, mais aussi des exemples à imiter, des directions à suivre, des domaines à explorer et des valeurs à conquérir.Que pourrions-nous leur demander de plus ?Guy Sylvestre 364 L embarquement pour Cytbère Ile des doux secrets et des fêtes du cœur ! De l\u2019antique Vénus le superbe fantôme Au-dessus de tes mers plane comme un arôme, Et charge les esprits d\u2019amour et de langueur.(Baudelaire) Certaines peintures cl Antoine Watteau ont conservé I attrait du mystère.Les brouillards lumineux dont elles sont enveloppées, les baignent d une musique et d une poésie aux charmes indéfinissables.D élégants personnages, couverts de soies et de dentelles, ajoutent aux reflets de ces sites vaporeux, la grâce et la nonchalance de leurs propres galants.Sans doute, cette société insoucieuse et volage qui peuple les toil es de Watteau, représente-t-elle le monde de la Régence.Il se dégage néanmoins de ces décors champêtres, de ces teintes brumeuses et de ces personnages frivoles, un symbolisme très clair qui résume parfaitement 1 idéal capricieux et fragile de toute société mondaine.Watteau fut appelé le poète du XVIIle sècle.Doué d\u2019une nature tendre et subtile, il manifesta, dès son enfance, un penchant très vif pour la peinture.A 1 age de quatorze ans, il fut mis en apprentissage chez un peintre assez médiocre de Valenciennes, sa ville natale, et il y demeura jusqu à la mort de ce dernier.Soucieux de travailler dans un milieu plus favorable à 1 éclosion de son talent, il se rendit à Paris où il se livra, pendant quelque temps, à la décoration de I Opéra.Entré, dans la suite, au service d un fabricant de tableaux du Pont-Neuf, nommé Gersaint, il se signala par sa facilité à exécuter les œuvres les plus difficiles.Sa rencontre avec un peintre de talent, du nom de Gillot, exerça une certaine influence sur sa pensée.C est à cette époque, en effet, qu il commença à manifester dans le choix de ses sujets, un goût marqué pour les masques de la « Commedia dell Arte », ce qui le rapproche, par son inspiration, de Molière et de Marivaux.565 Revue dominicaine Une querelle avec Gillot le mena chez Claude Audran, concierge du Luxembourg.Peu de temps après, il retourna à Valenciennes dans le Lut de retrouver sa liberté, mais il n\u2019y fit qu\u2019un bref séjour, et de retour à Paris, il entra à l\u2019emploi du riche Crozat dont il décora la salle à manger (L es Quatre Saisons ).En 1712, il exposa quelques tableaux à l\u2019Académie royale, ce qui lui valut d\u2019être agréé.Ce n\u2019est toutefois qu en 1717 qu il y fut officiellement reçu, en présentant son immortel chef-d œuvre, 1 « Embarquement pour Cythère ».Miné durant toute sa vie par une santé chancelante, il fut emporté par la phtisie, le 16 juillet 1 721.Il n avait que trente-sept ans.Watteau a laissé une œuvre à la fois abondante el variée.Bien qu on lui ait attribué un certain nombre des singeries du château de Chantilly et des chinoiseries du château de la Muette à Paris, il est douteux que ces panneaux aient été exécutés de sa main.II est certain, toutefois, que Watteau manifesta assez tôt sa personnalité propre par une série de tableaux militaires qui lui valurent beaucoup de succès et contribuèrent à stabiliser sa situation financière.Dans la suite, il produisit quelques scènes rustiques qui I acheminèrent vers la possession de lui-même.Des contacts suivis avec Gillot lui firent apprécier la verve endiablée des héros de la comédie italienne.II s appliqua, dès lors, à peindre avec beaucoup de charme, les personnages les plus célèbres de ces pantomimes.Quelques-uns de ces tableaux (Gilles, Le Mezzetin) sont de véritables petits poèmes.Le talent de Watteau atteignit sa plus haute expression dans les peintures illustrant la société française à 1 époque de la Régence.Ces toiles représentent un monde galant et spirituel, s amusant dans les décors d un paysage humide, aux sons langoureux d une guitare.De tous ces tableaux s\u2019inspirant des fêtes galantes, 1 « Embarquement pour Cytbère » constitue I œuvre la plus achevée et la plus parfaite.Cette toile représente un groupe de pèlerins s\u2019embarquant pour Cytbère, patrie idéale de I amour.Un buste de Vénus terminé en gaine domine cette scène allégorique.Près de la déesse, une belle dame assise Ô66 L\u2019embarquement pour Cythère sous un arbre aux feuillages diaprés, écoute les propos galants d un amoureux.A ses pieds, Cupidon lui parle de Cythère.Un peu plus loin, une marquise s apprête à suivre le maître de son cœur vers I île magique, tandis qu une autre marquise, jetant une dernière fois les yeux derrière elle, s\u2019avance, accompagné d un élégant et jeune seigneur, vers un navire féerique qu entourent plusieurs couples d amoureux sur le point de partir pour Cythè re.Au-dessus de ces personnages indolents, un groupe de petits Amours voltigent dans 1 air vaporeux, puis disparaissent à 1 horizon tandis que les derniers jets du soleil s évadent derrière des sommets brumeux se baignant dans les eaux paisibles d un fleuve au cours nonchalant.L « Embarquement pour Cythère » est d un symbolisme très clair.Ces hommes et ces femmes rêvant d une vie facile et volage sont I image de toute société mondaine.Leurs conversations légères, leur maintien paresseux et leurs goûts raffinés se retrouvent généralement dans tous les milieux séculiers où s\u2019étalent la richesse et la galanterie.Tout ce qu i! y a d évanescent dans ce tableau montre également I inconstance et la frivolité d une vie que dominent les plaisirs.II se dégage donc de cette œuvre apparemment superficielle, une philosophie véritable dont trop de critiques n ont pas assez tenu compte dans leur jugement sur la peinture de Watteau.L art de Watteau fut révolutionnaire.Rompant avec la tradition classique qui menaçait de figer la peinture dans un style déclamatoire et solennel, le peintre de Valenciennes fit entrer la sensibilité dans son œuvre et reconnut I importance qui lui revient dans toute production artistique.Frappé, dès son arrivée à Paris, par les toiles de Rubens, Titien et Véronèse, il se mit à I école de ces maîtres et rechercha constamment I harmonie des lignes et des couleurs.Dans I\u2019« Embarquement pour Cythère », il'a laissé un exemple magnifique de cet art, jusqu alors inconnu dans la peinture française, plaçant des corps souples et gracieux au milieu d une nature humide qu encadrent des montagnes empruntées à Léonard de Vinci (L Annonciation, La Joconde).Watteau fut d ail- J ( Revue dominicaine leurs un dessinateur remarquable et un habile coloriste.Dans ses cahiers de croquis, il a révélé une connaissance profonde des lignes, et, dans ses tableaux galants, un goût très vif pour la richesse et la variété des teintes.Watteau fut également I un des premiers peintres français à faire usage du chromatisme.L « Embarquement pour Cythère » offre une intéressante illustration de ces couleurs mixtes s échelonnant sur diverses tonalités et donnant la sensation du mouvement.Dans I œuvre de Watteau, on retrouve, enfin, les premières manifestations de I art impressionniste.En plus de pressentir le principe de la dissociation des couleurs, le peintre de Valenciennes attacha une grande importance à I atmosphère qui baigne les objets.Dans certaines de ses peintures (L Embarquement pour Cythère, L Assemblée dans un Parc), il donne 1 impression d avoir associé ses personnages avec chacun des éléments du paysage qui les entoure, de sorte qu on se croit en présence d un tableau dont toutes les parties sont animées d un même souffle et brillent d une même lumière.En somme, Watteau fut non seulement un peintre de grand talent, il fut aussi un novateur.Son immortel chef-d œuvre, 1 « Embarquement pour Cythère » est resté 1 un des monuments de la peinture française.Dans cette toile célèbre, s est cristallisé le talent d un artiste délicat et subtil qui savait pénétrer 1 âme intime des choses et en exprimer les vibrations mystérieuses dans un langage tendre et exquis.André Patry 368 Le sens des faits LES COURS D\u2019ÉTÉ DE LAVAL L\u2019Université Laval toujours soucieuse du rayonnement de la culture française organise, chaque année, depuis 1938, des cours dété destinés aux étudiants de langue anglaise ou espagnole désireux d apprendre le français ou de parfaire leur connaissance de cette langue.Ceux qui ont connu les débuts de cette entreprise et qui retournent aujourd hui sur les lieux, durant le mois de juillet, sont simplement émerveillés des progrès réalisés et des résultats obtenus.La liste des professeurs au programme pour juillet 1946 est imposante.Des spécialistes réputés dans chaque matière et venant parfois de très loin : Toronto, Ottawa, Montréal, Chicoutimi, Rimoushi, Washington, Mexico, Paris, etc., distribuent généreusement la science qui les inonde avec le prestige de leur nom, de leur localité, de leur pays.La légende du chauvinisme de Laval est bel et bien morte et enterrée I Cette phalange de professeurs est déjà une tentation pour 1 étudiant.Bon nombre y succombent.C est pourquoi, chaque année, Québec assiste, sans se défendre, à cette invasion d étudiants et d\u2019étudiantes qui assiègent le château fort de la résistance française en Am érique.Des cornettes de sœur, des robes de moine, des soutanes de prêtre, des habits de religieux frôlent aimablement d élégantes intellectuelles et de jeunes messieurs qu anime un même idéal : 1 amour de la culture française.Dans les coins et recoins de I U ni-versité comme dans les sinueuses rues du vieux Québec, c est un spectacle amusant que ces groupes égarés qui cherchent partout ce qu ils ont trouvé sans même le soupçonner.Pour tout étranger américain, Québec reste toujours une ville-surprise, mais surtout un témoignage : « Nous sommes venus il y a trois cents ans et nous sommes restés.» Le programme des cours de cet été est des plus complets.Tous les renseignements généraux et spéciaux sont indiqués et j y vois même I adresse de chaque professeur et son numéro de téléphone.Et ce qui est d une courtoisie rare en France mais bien vivante à Québ ec : « Quelqu un à la gare pour accueillir les étudiants à la descente du train ».Une promesse qui est un gage de succès doit être faite par chaque étudiant : « Dans mon propre intérêt et celui de ceux qui suivront avec moi les cours d été de français à l\u2019Université Laval, je m engage sur I honneur, à ne parler que français pendant toute la durée de mon séjour à I Université ». Revue dominicaine L excellente répartition des cours permet de répondre à toutes les exigences et connaissances de l\u2019étudiant.1 ) Cours de débutants et cours intermédiaire : Phonétique, grammaire, explications de textes français, diction, conversation, chants, etc.2)\tCours de culture générale française : Phonétique avancée, théorie et pratique de la composition, méthodes de recherches littéraires en vue de la Maîtrise ès arts et du Doctorat d\u2019Université en français, histoire de la langue française, littérature canadienne-française, littérature comparée, folklore canadien, histoire de France, histoire du Canada, civilisation française, etc.3)\tCours d espagnol.4)\tCours de portugais.5)\tCours de philosophie.6)\tCours de théologie.7)\tOrganisation des loisirs.Depuis 1940, et après des stages d\u2019études assez longs et Lien remplis, l\u2019Université a décerné 13 certificats d\u2019études de français, 19 maîtrises ès arts en français, 12 doctorats d\u2019Université et un doctorat ès lettres.L heure de la moisson est donc déjà venue et d\u2019autres récoltes s annoncent encore plus riches.L\u2019an dernier plus de 500 étudiants, et cette année plus de 1 000 déjà inscrits.Et ce qui est extraordinaire, c\u2019est cet enthousiasme qui porte une élite étrangère dans l\u2019austère citadelle de Laval au moment même où I appel des plages et les invites à la nonchalance remplissent la page de l\u2019actualité.Les raisons d\u2019espérer de nos pères n auront donc pas été vaines.La « Revue dominicaine » est heureuse d\u2019offrir à Laval le témoignage de sa profonde admiration pour le labeur imposé et le succès remporté dans I élaboration et I exécution de ces cours d\u2019été.Plus d\u2019un aurait succombé à la tâche, mais Monseigneur Alphonse-Marie Parent, le directeur de ces cours, avec la fermeté qui le caractérise et aidé de précieux auxiliaires \u2014 je pense à M.Charles de Koninck, cet ouvrier de la première heure >\u2014> n est pas homme à reculer.Une difficulté survient-elle, il s\u2019en fait un piéde stal qui lui permet de mieux voir et de dominer les multiples complications de la vie.Nous demandons à la Vierge du vieux séminaire de Québec de bénir ses succès et ses projets, et nous demandons également à I Histoire d inscrire son nom sur la liste de ceux qui firent notre pays « grand et beau », grand par le rayonnement de I esprit français qu il diffuse, beau par le culte de ces valeurs intellectuelles et culturelles maintenues vivantes même durant la saison estivale.370 Le sens des faits Le vrai patriotisme, écrivait M.Pierre Ricour dans la R.D.de juin 1945 « se trouve dans la vie de l\u2019esprit qui est intériorité et rayonnement, affirmation et conquête, puissance de concentration et d\u2019assimilation, d\u2019initiative et d harmonie, force d\u2019unité, enfin, mais d\u2019une unité dont la richesse tient à la multiplicité qu elle réduit ».Ecole de haut patriotisme parce que de lumière, de savoir, les cours d été de Laval font beaucoup plus que les fanfares et les estrades de circonstance ,\u2014¦ si utiles que soient les unes et les autres r\u2014 pour le triomphe de la survivance française et surtout pour sa reconnaissance en Amérique.Antonin Lamarche, O.P.CALIGULA : DU PESSIMISME À L\u2019« EXISTEN CI ALISME » Tout le monde en parle.La pièce de M.Albert Camus n amusera pas tout le monde.Elle est âpre, et, pour beaucoup de spectateurs, énigmatique.Mais on voudra l\u2019avoir applaudie.Et les plus épais feindront de comprendre.La rapprocher des tragédies en prose *\u2014¦ « renouvelées des Grecs », tel le charmant Jeu de I Oie dont nous a fait don Giraudoux c\u2019est facile, et c est nécessaire.Comme Giraudoux, M.Albert Camus a pris un antique personnage ^ non dans la légende, mais dans l\u2019histoire et, comme I âme de ce personnage est mal connue, comme on ne sait, malgré Suetone, bon chroniqueur, à quelle démence attribuer les crimes monstrueux du jeune Caligula, il lui a fabriqué un cerveau.Caligula, dans sa toge, sous sa couronne de laurier, et porté par les fameuses chaussures gauloises qui lui ont donné son surnom, Caligula, mort en 41 de notre ère, renaît dix-neuf cents ans plus tard ,\u2014¦ la pièce a été écrite en 1958 \u2014 avec le cerveau d\u2019un jeune pessimiste contemporain, écœuré par la vie humaine, saisi de vertige devant h inutilité d exister, devant 1 injustice de la mort, qui frappe les bons et les mauvais, inexorablement, et traite en coupable quiconque a commis l\u2019erreur de naître.Voyant clair il se sait intelligent et il se juge même génial \u2022\u2014< le maître absolu de Rome trouve ses sujets stupides, lâches ; il refuse I amour et I amitié.Puisque I homme est si peu de chose, pourquoi I épargner ?Qu il meure un peu plus tôt, un peu plus tard.Epris de liberté totale, anxieux de briser le cercle de la fatalité, de la nécessité où il est enfermé, Caligula cherche à s évader de la prison qu\u2019est l\u2019existence en affirmant sa volonté par des crimes.II nargue les dieux ; il se déguise en Vénus, et se fait adorer.On lui chante des hymnes où la déesse de la vie est montrée sous son double aspect de bienfaisance et de 571 Revue dominicaine cruauté.II étouffe dans ses bras, en la berçant de mots câlins, sa vieille maîtresse Cæsonia.II bafoue la poésie, ou du moins les poètes.Une fois, pour se prouver I étendue de son pouvoir, il est généreux, magnanime, et fond à la flamme une tablette de cire sur laquelle sont inscrits les noms des conjurés qui se préparent à l\u2019égorger.II a un idéal, ce demi-fou.II voudrait arracher I individu aux ignominies de la vie, à I esclavage du déterminisme, aux dieux moqueurs et cruels.S y arracher lui-même, du moins, le premier.Il ny réussit pas, évidemment.Ses meurtres n\u2019aboutissent qu\u2019à faire de lui un « solitaire », dans une solitude peuplée de souvenirs horribles, de fantômes.Alors, il ne lutte plus.II renonce à détruire >\u2014> ce qui lui paraissait aussi significatif du pouvoir que de créer \u2014 et il reçoit les coups de poignard, dans un suprême hoquet de dégoût contre soi-même ; car il frissonne de peur.Le dégoût du monde tel qu\u2019il est « il n\u2019est pas satisfaisant », dit Caligula, avec une sorte d humour noir \u2014' n est pas nouveau.Sans remonter aux anciens, souvenons-nous du pessimisme du moyen âge, au temps de la Danse macabre r\u2014 cet appel universel à la mort ^ et de Villon ; plus près de nous, Vigny, Baudelaire, sans compter Schopenhauer et Nitzsche qui eurent une influence considérable sur des générations de Français.Ce pessimisme qui, en Allemagne, inspirait à Bruckner le Mal de la Jeunesse, joué à Paris avec succès.Ce pessimisme qui colore enfin La Guerre de Troie n\u2019aura pas heu et l\u2019Electre de Giraudoux.* * * Mais chez M.Albert Camus il prend une forme un peu plus nouvelle.M.Camus est, avec M.Jean -Paul Sartre, le principal fondateur de la philosophie dite « existencialisme ».L\u2019« existencialisme » proclame que la condition humaine est, par elle-même et par les hideurs que I homme y ajoute, affreuse.Le titre d un fameux livre de Sartre, la Nausée, exprime exactement la réaction que ces sombres écrivains éprouvent en la considérant, fis accordent, néanmoins, qu on ne doit pas s en évader, qu il faut, avec lucidité, la prendre telle qu elle est, et la subir en braves, fraternellement avec les autres hommes.Ils peignent d\u2019abord I horreur du réel ; ils intiment I ordre, aussitôt après, d accepter la solidarité dans le malheur comme étant le seul soutien et le seul encouragement possibles.Pessimisme d\u2019abord ; héroïsme ensuite.Leur doctrine n aboutit pas à souhaiter la destruction, l\u2019explosion de la terre ; le suicide par la bombe atomique.File prêche la patience dans la « communauté » humaine.572 Le sens des faits C est très joli.Seulement cette patience paraît gratuite.Au nom de qui, de quoi, en vue de quelle espérance subirons-nous notre sort misérable ?Le Christianisme répond : pour le salut éternel et la béatitude sans fin.L existencialisme ne répond rien.Et les jeunes hommes que ces sombres peintures ont imbibés de fiel, accablés de désespoir, n ont pas tous la force d âme d accepter après avoir compris.Si les maîtres sont héroïques, la plupart des disciples sont des débilités \u2014 ou des égarés.Et voilà justement Caligula, qui n a pas su passer de la première étape à la seconde, et qui meurt pour n avoir pas aimé ses semblables, et allégé son désespoir en le partageant avec des amis ou son peuple.* * * Vous comprenez maintenant quel retentissement doit avoir le drame philosophique de M.Albert Camus.Pour ceux qui ignorent le pessimisme up to date, il est une initiation.II est plein de maximes sombres, d\u2019un style charnu, frappant, ramassé.La beauté d un langage sans fioritures, limpide et fort, est un des attraits de Caligula.C est du théâtre « écrit » et bien écrit.A ceux que le côté sombre de la doctrine pousserait à une démission, à I abandon de tout, on montre 1 exemple du disciple dévoyé, du disciple qui n a pas su mener I ascension à son terme \u2014 jusqu\u2019à la cime de I héroïsme, du sacrifice.Que peut-on craindre ?Que le remède, présenté en même temps que le mal, soit moins efficace que lui.Abattre et relever, c est ce qu on veut.Mais ceux qui sont par terre, qu ils sont lourds à remettre sur pied !.Jouer dans un théâtre r\u2014* le Théâtre Elébertot qui ne dispose pas de très grands moyens, et avec une troupe sans vedettes, une pièce d art, d\u2019art hautain, profond, « pas sympathique », était une tentative paradoxale.Le succès va aux audacieux.Présenté dans un décor simple, mais non pauvre, et des costumes ingénieux, dans un style « antipompier » qui ne se perd pas dans 1 extravagance, Caligula satisfait les plus exigeants.Les interprètes sont presque tous des inconnus.Aucun n\u2019est médiocre ou insignifiant.Sauf peut-être.Mais il faut être galant I En tous cas, le débutant qui incarne le monstrueux empereur, cet Hamlet, ce Lorenzaccio 1945 déguisé en Romain, est de premier ordre.Il s appelle Gérard Philipe \u2014 avec un seul p.Il est maigre, élancé, avec un visage aigre et pathétique.Physiquement, il rappelle un peu Jean-Louis Barrault.Sa voix n\u2019est pas encore sonore et variée.II a des sifflements de reptile.Mai s sa diction est d\u2019une précision remarquable.Si nette qu il en abuse, et pousse jusqu à une volubilité fatigante, qui ne laisse pas à 575 Revue dominicaine I esprit le temps de comprendre les mots perçus par I oreille.Son intelligence est évidente ; elle est même rayonnante.Il paraît Iinterprète-né d\u2019un théâtre cérébral, hyperesthétique.A la fois séduisant et maladif.Robert Kemp LE PAPE VA-T-IL REPRENDRE LE CONCILE DU VATICAN ?I out le monde sait que le dernier concile œcuménique, le Concile du Vatican, na été qu interrompu en 1870 et que, canoniquement, sa clôture n a jamais été prononcée.L\u2019Eglise se trouve donc sous ce rapport, comme disent les parlementaires, en période d\u2019intersession.On n ignore pas non plus que Pie XI avait songé à rouvrir le Concile ; il I avait même indiqué dans sa première grande encyclique, Ubi arcano Dei, en 1922.Or, Pie XII mûrit le même projet.Nul doute, en effet, que le pape actuel, le Pastor angelicus, ne songe à réprouver à son tour solennellement, dans des assises de la catholicité tout entière, les hérésies de I époque actuelle : matérialisme, athéisme, nationalisme exacerbé, statolâtrie.Les condamnations, les « définitions » doctrinales, déjà portées par son prédécesseur et par lui-même se trouveraient alors rassemblées dans un corps dogmatique d une exceptionnelle importance.Ainsi ressortirait avec éclat la position de l\u2019Eglise à l\u2019égard des grands problèmes contemporains.Ainsi, en face de la Cité charnelle (au mauvais sens de ce mot), captieuse ou brutale, mais toujours tyrannique, s élèverait, de tous les cantons de la terre, la voix multiple et une de la Cité de Dieu.Mais sous quelle forme, de nos jours, une telle reprise serait-elle possible ?Et comment fonctionnerait une assemblée de cette sorte et de cette taille ?C\u2019est ce que nous pouvons imaginer en évoquant le déroulement du plus vaste Concile des temps modernes, ce Concile de Trente dont I Eglise fête précisément, à l\u2019heure actuelle le quatrième centenaire, par des manifestations qui vont de 1 Université grégorienne, la « Sorbonne » internationale de Rome, aux ateliers de gravure où se préparent les timbres commémoratifs de Paul 111 et de Paul IV.* * * La réunion d un concile œcuménique destiné à « réformer 1 Eglise dans son chef et dans ses membres » est, en effet, I œuvre du pape Paul III.Une réforme, au sens ordinaire du mot, s imposait depuis longtemps, de I avis des meilleures têtes de l\u2019Eglise, mais ce grand 574 Le sens des faits dessein se heurtait à deux obstacles majeurs : I opposition des évêques et des clercs qui trouvaient avantage au désordre régnant, et puis les intérêts des souverains (Charles Quint, François 1er, Henri VIII), lesquels s efforçaient d utiliser à leurs fins politiques, soit le Saint-Siège, soit les princes luthériens de la Ligue de Smalbalde.Les Allemands ayant voulu régler les questions brûlantes de I Eglise par la réunion d un concile national, Clément VII, en 1 529, leur dépêcha le fameux Pic de la Mirandole pour leur annoncer, en effet, un concile, mais un concile universel.Entre temps, le pape gagnait au projet I adhésion des cardinaux, succès remarquable si I on songe à la vénalité des administrations pontificales, qui se savaient les victimes No 1 du « programme » du concile : après quoi, son successeur Paul III (Alexandre Earnèse) négocia avec les princes, et François 1 er n hésita point à lui témoigner publiquement son accord pour la convocation à I Assemblée.Mais voici un nouvel obstacle : le Concile doit se tenir à Mantoue, en pleine guerre entre I Empereur et le Roi.Comment faire voyager les « Pères » ?Le pape reporte donc la convocation (on était déjà en 1557), la fixe à Vicence, puis à Trente.Sans doute.mais Trente est ville impériale, et François 1 er se prête mal à la présence des évêques français.Enfin, intervient la paix de Crépy-en-Laonnois : François s y engage même secrètement à combattre le Grand Turc I Et aussitôt le Pape de lancer sa bulle de convocation : Lœtare Jerusalem.II y avait quinze ans qu il travaillait à ce résultat : perseverare angelicum.* * * Il avait eu soin, d ailleurs, d utiliser ces délais en faisant préparer les questions par ses théologiens.Ainsi I Assemblée, peu nombreuse \u2014 4 cardinaux, 25 évêques, 5 généraux d ordres, 51 théologiens et canonistes, sous la présidence de deux légats italiens et d un anglais.le fameux Pole -\u2014 peut-elle, dès le début de ses travaux, en janvier 1 546.accomplir assez vite une œuvre considérable.Malgré deux interruptions (le transfert à Bologne, en 1 547, par suite de la peste, et la trahison de Maurice de Saxe, en 1 552), le Concile, en dix-huit ans, procéda à une réforme complète, en deux « volets » : d\u2019une part, précision du dogme par la proclamation de I autorité et de la tradition apostolique en face du Iibre-examen, ainsi que par la définition de la grâce, de la justification, du purgatoire, des sacrements (en particulier la communion sous une seule espèce et la liberté du mariage), du culte des saints, des « images », des indulgences, etc.; d autre part, toute une discipline du clergé : vie privée, formation 575 Revue dominicaine des clercs, création des séminaires, visite des monastères, collation des bénéfices, etc.Cette legislation canonique indique I ampleur des abus redressés et la puissance d une œuvre qui a duré jusqu\u2019au Code de Droit canon de 1917.Mais ce sont les suites du Concile qui passent lentendement.On vit d abord, dans une sorte de luxuriance tropicale, les grands ordres naître, ou se réformer, ou fleurir : Capucins, Carmes, Feuillants, Ora-toriens, Jésuites, Dominicains, Doctrinaires, par 1 émulation des grands pays chrétiens : Pierre le Fèvre, et César de Bus près d Ignace de Loyola, de François Xavier et de Philippe de Néri ; Bellarmin et Suarez près de Melchior Cano et de Jean de la Croix.Puis, de cette salve, se dégagea la
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