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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1935-09, Collections de BAnQ.

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[" .JT PfcK R-382 Septembre 1935 ^Re&ue ^unrimcame Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarchi Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voyer Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada :\t$2.00 Etranger :\t$2.25 Avec le c Rosaire » : 25 sous en plus par an Le numéro:\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN OCTOBRE CHRONIQUE DE LITTERATURE SPIRITUELLE par dom Jean Boutry, O.S.B.De l\u2019abbaye St-Paul de Wisques LES CORDONS DE LA BOURSE par M.Victor Doré Président de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) UNE VIE NOUVELLE: Une vie de sécurité et de progrès est assurée aux Canadiens-français Qui reconnaissent la nécessité de l\u2019épargne ; Qui donnent leur coopération à LEURS institutions, dignes de leur confiance ; Qui retiennent CHEZ EUX et au bénéfice de LEURS propres œuvres LEURS capitaux.Un moyen simple, facile, de pratiquer l\u2019économie profitable et nationale, et de se libérer de tous soucis, sans charge excessive, c\u2019est une police dans La Société des Artisans Canadiens- Français \u2014 FONDÉE EN 1876 \u2014 Société mutuelle astreinte aux mêmes obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE INVALIDITE, RENTES VIAGERES La plus forte société française d\u2019Amérique.Assure les hommes, les femmes et les enfants, depuis $100.00 jusqu\u2019à $10,000.00, d\u2019après les systèmes les plus modernes et les plus avantageux.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à des actionnaires, vont directement aux assurés eux-mêmes.Assurance en vigueur:\tBénéfices payés:\tFonds accumulés: $50,000,000.00\t$21,500,000.00\t$14,500,000.00 Dividendes payés aux sociétaires durant l\u2019année 1934: $89,476.70 850 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Accueil, Renseignements et Publicité: Sec.Adm.et Bureau médical: 924, rue Saint-Denis 930, rue Saint-Denis Siège social: Montréal Septembre 1935 SOMMAIRE R.P.M.-A.Lamarche, O.P.Le clergé et les marcheurs de la faim Abbé R.Limoges, L\u2019enseignement de la Théologie thomiste au Canada \u2014 La Morale Abbé Philippe Perrier, Spiritualité du clergé canadien R.P.Benoît Mailloux, O.P.Saint Thomas et les Juifs LE SENS DES FAITS.\u2014 L\u2019éducation religieuse, par le R.P.Martiai Bergeron, O.P.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014De Lama: S.Augustini doctnna de gratia et prœdestinatione (P.-M.T.) Amiot : Lumière et paix de l'Evangile (A.-M.B.) \t LE CLERGE ET LES MARCHEURS DE LA EAIM On évoque sans cesse dans les écrits ou les discours le temps où le clergé, par ses leçons, ses exemples, par des interventions de toute sorte et avant tout par l\u2019aumône, assumait une large part de la subsistance matérielle du peuple.Ce temps-là paraît renaître et la tradition se renouer.Parfois dans des circonstances un peu louches, ainsi que nous allons voir.Depuis cinq années, environ, des « marcheurs de la faim » se dirigent, isolement, mais par file ininterrompue, vers les presbytères et autres maisons religieuses, fussent-ils situés dans les quartiers les plus excentriques.On y sollicite tantôt un repas, plus souvent un dollar, ou une souveraine entremise, \u2014 vous qui avez de si belles relations ! \u2014 pour un emploi quelconque.Viennent ainsi sonner tour à tour la pudeur et l\u2019audace, la vérité et le mensonge, la détresse réelle et la misère feinte.A peine remonté à sa chambre, le curé, le vicaire ou l\u2019économe redescend au bureau pour faire face à de nouvelles requêtes dont quelques-unes, dénuées de tout sens, ne s\u2019expliquent que par l\u2019ignorance ou l\u2019affolement dû à la crise.Cela 82 Revue Dominicaine crée au prêtre une situation intenable, quand à la longue son impuissance arrête son dévoûment.Il voudrait pouvoir donner et non pas seulement se donner ; accueillir main ouverte tous ces marcheurs et ceux-là mêmes qui déjà l\u2019ont fait marcher.Comment y parviendrait-il ?On parait oublier que le curé et sa fabrique, le supérieur et son conseil ont aussi à remplir des obligations de justice et de loyauté ; que leurs revenus extraordinaires : subventions amicaleç, dotations et aumônes, sont taris, tandis que les recettes ordinaires : dîme et casuel, fruits de quêtes et tarifs d\u2019honoraires ont diminué d\u2019une grosse moitié.L\u2019influence morale du prêtre reste au service des quémandeurs, sans doute.Mais il a beau multiplier les démarches, visites, lettres, coups de téléphone, à lui comme aux autres, on répond que les places sont prises et que les aspirants sont légion.Tenons compte de ces durs obstacles avant de le taxer d\u2019insouciance à l\u2019égard de ses propres ouailles ou des solliciteurs étrangers.Un autre oubli, plus inquiétant, se manifeste dès qu\u2019on passe au plan surnaturel, vrai terrain du sacerdoce.Vade, ostende te sacerdoti, va, montre-toi au prêtre, disait Notre-Seigneur à un lépreux.A part la plaie d\u2019argent, n\u2019y a-t-il pas d\u2019autres plaies à guérir ?Si nous sommes gens à exploiter, qu\u2019on nous exploite en premier lieu dans notre ministère, là où gît notre abondan- Le clergé et les marcheurs de la faim 83 ce et notre superflu.Alors nous pourrons redire au pauvre la parole de S.Pierre au boiteux qu\u2019on avait installé près du Temple : « je n\u2019ai ni or ni argent.Ce que j\u2019ai, je te le donne, quod habeo, hoc tibi ».Or il se trouve que tant de misérables, fort empressés à dévoiler au prêtre leurs plaies économiques, n\u2019ont nul souci d\u2019étaler pour la faire guérir la lèpre du dedans.Ces marcheurs de la faim n\u2019éprouvent ni faim ni soif de la justice au sens biblique du mot.Exclus ou dépossédés du royaume de la terre, ils se désintéressent profondément du « royaume des deux ».A vrai dire, leur aveu ne serait indispensable qu\u2019aux fins du sacrement, car leur âme blessée, gangrenée, perce à travers les haillons.Le prêtre n\u2019est pas dupe.Il sait que chez la plupart d\u2019entre eux, la luxure et l\u2019ivrognerie ne chôment pas, et qu\u2019en telle occurrence, l\u2019aumône servirait tout d\u2019abord à alimenter le vice.Risque-t-il une observation à ce sujet, la chicane s\u2019allume et l\u2019on se quitte sur des menaces et des gros mots.Par bonheur il est une forme d\u2019assistance physique où le prêtre d\u2019aujourd\u2019hui se trouve beaucoup plus riche et mieux outillé que son ancêtre.Ce service social, aux ramifications croissantes, où il s\u2019engage à titre de président, de directeur, d\u2019aumônier, serait-il moins efficace pour s\u2019exercer sur des groupes au lieu de viser immé- 84 Revue Dominicaine diatement l\u2019individu ?Or dans la plupart des œuvres, y compris celles qui poursuivent un but éducationnel comme la J.O.C.et le scoutisme, l\u2019action du prêtre a des répercussions d\u2019ordre économique.Il suffira pour s\u2019édifier à ce sujet, de lire le compte rendu de la Semaine sociale de follette et celui des Journées d\u2019Etudes sociales de Saint-Sulpice.Quant aux syndicats ouvriers, on sait que leur objectif est une question de pain et de beurre.Et je ne parle pas des œuvres d\u2019hospitalisation qui épargnent tant de frais à la Province (et partant aux contribuables) tout en bénéficiant de son aide.Prêtres, religieux et religieuses rendent ainsi sans arrêt, dans chaque pays, le nôtre en particulier, des services dûment estimables à prix d\u2019argent bien que, en pratique, pareille estimation échappe à tout calcul.Ce qu\u2019on ignore un peu partout, ce qui reste omis dans les comptes rendus officiels, c\u2019est la somme d\u2019abnégation requise pour le bon fonctionnement des œuvres, de la part du prêtre ou religieux aumônier.Si la charité ne sombre pas dans notre monde paganisé, c\u2019est moins aux actions d\u2019éclat peut-être qu\u2019elle le doit qu\u2019aux milliers de dévouements obscurs ensevelis dans l\u2019oubli.Si obscur parfois le dévouement du prêtre ou religieux versé dans les œuvres, qu\u2019il étonnera saint Pierre en personne, si j\u2019en crois Pierre l\u2019Ermite, aujourd\u2019hui Mgr Loutil, écrivain imparfait, Le clergé et les marcheurs de la faim 85 sans doute, mais possédant ce don de la vie, qui manque à tant de prosateurs installés dans la gloire et classés comme des monuments.Voici les paroles qu\u2019il met dans la bouche du portier du paradis : « Ainsi donc, toi, tout jeune vicaire, en plus de ton ministère général, tu demandes à t\u2019occuper des jeunes gens et des hommes .Jamais tu n\u2019as répondu la phrase administrative : Je ne suis pas de garde.Tu t\u2019es considéré comme étant toujours de garde, dès que le contact avec une âme était pris.Le soir, tu respires dans les salles bruyantes la poussière du patronage .tu prépares des séances .tu présides des cercles d\u2019études.Tu t\u2019inquiètes de ce qu\u2019on dit dans les ateliers et les usines .tu réponds dans des conférences auxquelles tu invites des prêtres amis qui te ressemblent.Tu propages inlassablement le bon journal.Voilà qui va faire plaisir à mon ancien confrère Paul !.Tu confesses les hommes d\u2019abord, les hommes surtout!.Tu penses sans cesse 'à leur misère matérielle et morale .Ils savent qu\u2019ils peuvent compter sur toi.que tu es leur chose, leur prêtre .Mais alors, viens sur mon cœur ! Embrasse le portier du paradis ! » Puis, ouvrant la porte à deux battants, saint Pierre crie aux anges, d\u2019une voix où vibrent tous ses souvenirs d\u2019apostolat : « Septième ciel ! ! » (Les miettes, p.111).Je parlais au début de tradition renouée. 86 Revue Dominicaine Fut-elle jamais interrompue, la tradition qui, depuis l\u2019Eglise primitive, mêle intimement le prêtre aux souffrances des petites gens, quelle qu\u2019en soit la nature.Non, elle change simplement, gardant le même esprit, d\u2019orientation et de méthodes selon les vicissitudes des temps.Les marcheurs de la faim, si par impossible ils cessaient leurs pérégrinations vers sa demeure, finiraient par rencontrer le prêtre ailleurs ou par bénéficier de son zèle sans s\u2019en douter.M.-A.Lamarche, O.P. L'Enseignement de la Théologie au Canada La morale (.Rapport présenté aux Premières Journées Thomistes d\u2019Ottawa).Nous voulons être thomistes au Canada.Non seulement les programmes de nos maisons d\u2019enseignement catholique en font preuve, mais la sollicitude de notre Académie Saint-Thomas et les efforts soutenus de nombreuses sociétés thomistes et philosophiques, sans oublier ces premières journées thomistes, heureuse initiative du Collège dominicain, contribuent largement à créer, même en dehors des murs de nos institutions une atmosphère intellectuelle favorable au développement de la pensée vivifiante de l\u2019Ange de l\u2019Ecole.Chez nous le Thomisme a trouvé droit de cité sans avoir comme ailleurs à ménager les susceptibilités de vieux cartésiens et d\u2019idéalistes sceptiques.A peu près partout, l\u2019enseignement de la philosophie et de la théologie dogmatique est strictement thomiste.Peu de séminaires et de scholasticats se dispensent de mettre même la 88 Revue Dominicaine Somme Théologique entre les mains des étudiants, pour leur permettre un contact plus intime avec l\u2019âme du saint docteur.Dans ces conditions-là il serait tout naturel, tout à fait logique de s\u2019attendre à ce que la théologie morale soit aussi intégralement thomiste que les sciences auxquelles elle est subalternée et dont elle découle.Des statistiques ont été relevées sur l\u2019enseignement de la théologie morale au Canada, particulièrement en ce qui regarde le choix des manuels en usage.Vingt-trois maisons sur vingt-cinq ont fourni les renseignements demandés.Sur ces vingt-trois séminaires ou scholasti-cats, il n\u2019y en a que sept qui aient adopté officiellement un manuel franchement thomiste, celui du Père Prümmer, O.P.Dans ces maisons, on fait aussi usage du manuel du Père Merkelbach, O.P.et, il va sans dire, de la Somme de saint Thomas.Depuis cinq ans les Pères Basiliens ont la Somme comme manuel pour une partie de leur cours, soit trois heures par semaine pendant quatre ans, et ils se félicitent de cette initiative.Une forte proportion de maisons, neuf en tout, gardent encore des manuels qui étaient très en vogue il y a quelques années, ceux de Noldin, Ferreres, Génicot, de la Compagnie de Jésus.Plusieurs, il est vrai, font à ces manuels le reproche de traiter la morale à un point de vue plutôt négatif et de verser trop dans la casuistique ; et L\u2019enseignement de la Théologie au .89 dans trois de ces institutions les professeurs souhaiteraient un des nouveaux manuels thomistes.Parmi les autres, il y a trois maisons où la morale de Tanquerey est en honneur et quatre qui se servent de manuels de l\u2019école de saint Alphonse.Il est bon de noter que l\u2019on devient de plus en plus attentif au mouvement thomiste en morale, puisque parmi les institutions qui n\u2019ont pas encore adopté de manuel thomiste il y en a sept environ qui en font régulièrement usage dans leur enseignement.Je n\u2019ai pas à discuter ici les raisons que l\u2019on peut avoir de choisir ou de conserver tel ou tel manuel de morale.Il est très facile d\u2019en supposer d\u2019excellentes.Toutefois il reste acquis que malgré la forte tendance thomiste du côté spéculatif, soit en philosophie soit en théologie dogmatique, du côté de la théologie morale, science de la vie pratique, on est très peu thomiste quand il s\u2019agit de choisir pour les étudiants les instruments de travail qui, en somme, ont l\u2019importance de créer pour leur part le climat intellectuel qui nécessairement contribue à façonner la mentalité du futur pasteur d\u2019âmes.Pourquoi cette anomalie, cette inconséquence ?On pourrait, à la vérité, s\u2019en prendre à la pénurie de manuels convenables vraiment thomistes.Il n\u2019en existait pas jusqu\u2019à ces derniers temps ; mais il ne serait peut-être pas téméraire 90 Revue Dominicaine d\u2019affirmer que même si l\u2019on en avait écrit d\u2019excellents, on ne les aurait pas généralement adoptés.Ce qui est plus grave que cette lacune, c\u2019est que malgré notre thomisme le plus avoué nous n\u2019ayons pas songé à la combler ; non seulement nous subissions en théologie morale les manuels organisés à peu près uniquement en vue de la casuistique, mais nous les trouvions excellents, leur reconnaissant la prétention de couvrir tout le terrain utile de la morale.Il serait intéressant de remonter ici les courants d\u2019idées qui ont présidé depuis plus d\u2019un siècle à la rédaction et au choix des manuels en théologie morale.L\u2019on sait d\u2019abord que le XlVe siècle vit naître un mouvement de réaction contre les abus du nominalisme.Les maîtres de la nouvelle école spirituelle de Windesheim abandonnaient à dessein toute organisation scientifique de la théologie et se contentaient d\u2019agencer une série de méthodes ou de pratiques de dévotion que l\u2019on reconnaît en histoire sous le nom de « devotio mo-derna ».Malgré le renouveau chrétien provoqué par cette école nouvelle ; malgré les œuvres de haute valeur produites sous son influence, tels « L\u2019Imitation de Jésus-Christ » et les « Exercices » de saint Ignace, il est incontestable que cette réaction a mis les théologiens en garde non seulement L\u2019enseignement de la Théologie au .91 contre les abus de la pseudo-scholastique, mais même contre les écrits des maîtres du XIIle siècle, sans excepter saint Thomas ; et du coup, la théologie s\u2019est vue privée de la charpente d\u2019unité et de l\u2019organisation scientifique qu\u2019avait fini par lui donner le Docteur Angélique.A partir de ce moment, nous assistons à un morcellement progressif de la théologie.La morale devient une science practico-pratique à l\u2019extrême, ne connaissant plus l\u2019organisation selon le régime des vertus que lui avait fournie saint Thomas.Mais si la réaction dont nous venons de parler a réussi à bannir de la théologie morale sa structure scientifique indispensable à son unité, la Renaissance païenne est allée beaucoup plus loin et en a chassé la vie.Déjà, on le sait, les tentatives des juristes a-vaient porté atteinte à l\u2019intégrité de la morale é-vangélique.Mais après la Réforme protestante, et sous le coup de nombreuses révolutions provoquées par des doctrines sociales païennes, la science des mœurs, même chez les théologiens, finit par être une déviation de la pensée chrétienne vers une conception juridique et institutionnelle de la vie morale de l\u2019homme.On affirmait partout la primauté du droit jurisprudentiel sur le concept d\u2019une morale vivante et surtout franchement surnaturelle, et c\u2019est dans cette atmosphère-là \u2014 92 Revue Dominicaine qui pouvait s\u2019en défendre?\u2014 qu\u2019ont été conçus et écrits nos manuels modernes de théologie morale.Pour paraître utiles ils devaient avant tout être un code de défenses et une gymnastique de jurisprudence.Il n\u2019est pas étonnant alors que la théologie morale, déjà dépouillée à son sommet de sa partie ascétique et mystique, se soit vue réduite à n\u2019être plus que la science des péchés à éviter, des préceptes à ne pas transgresser.Elle comporte, certes, un catalogue raisonné des péchés en leur horrible variété, mais elle doit être surtout la science des vertus acquises et infuses à exercer.C\u2019est cela qu\u2019on a un peu perdu de vue dans le monde des moralistes qui non seulement ont pris l\u2019habitude de diviser leurs traités selon les préceptes et les péchés qui en sont la violation, mais ont restreint outre mesure les considérations sur les vertus au point d\u2019expédier en quelques pages l\u2019étude des plus importantes.Devant le renouveau chrétien qui se fait pressentir dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui l\u2019on n\u2019offense plus personne en disant que l\u2019enseignement de la théologie morale, dans un passé récent, n\u2019a peut-être pas préparé les prêtres de façon assez directe, assez prochaine à prêcher avec tout le fruit voulu la morale au peuple, fidèle.Il faut bien l\u2019avouer, une foule de causes contribuent à renforcer chez les prêtres occupés au L\u2019enseignement de la Théologie au .93 ministère direct des âmes la disposition acquise à insister sur le côté négatif et prohibitif de la prédication morale.Si c\u2019est un danger de parler trop tôt de spiritualité assez élevée à des âmes croupissant encore dans les fautes grossières, c\u2019en est un et plus dangereux, comme nous le constatons aujourd\u2019hui, de donner l\u2019impression que la religion est surtout un ensemble de règles austères qui brident les initiatives, gênent l\u2019épanouissement de la vie.Or une prédication négative donne cette impression.Elle revêt facilement un caractère triste et chagrin qui est loin d\u2019en favoriser l\u2019efficacité ; les âmes n\u2019y trouvent aucun élan.Nous n\u2019obtiendrons rien ou du moins pas grand\u2019chose, tant que nous n\u2019aurons pas inculqué l\u2019amour pour Dieu, Auteur de la morale, pour Jésus-Christ qui nous a révélé les commandements du Père.La façon dont le clergé enseigne la morale aux fidèles dépend beaucoup de la manière dont il a lui-même étudié la science sacrée au séminaire ou au scholasticat.Toute amélioration dans la méthode d\u2019enseignement de la théologie se traduit quelques années plus tard par un progrès dans la prédication.Les chaires d\u2019églises font écho aux chaires d\u2019écoles.La morale casuistique est une morale froide et sans vie, elle n\u2019oriente pas assez vers les enseignements de l\u2019Evangile ; elle est trop loin d\u2019ê- 04 Revue Dominicaine tre une sagesse.Il ne faudrait pas, semble-t-il, trop facilement s\u2019en contenter dans un pays où l\u2019on est si franchement thomiste.Et si notre thomisme n\u2019est pas assez vivant pour commander par la force des choses le choix de manuels mieux adaptés aux exigences de notre esprit et de notre temps, c\u2019est aux professeurs de philosophie et de théologie dogmatique que revient la tâche de l\u2019intensifier.R.Limoges, Professeur de Théologie Morale et Directeur au Grand Séminaire d\u2019Ottawa.N.B.\u2014 Une enquête a révélé que les manuels mis à la disposition des étudiants en Théologie Morale insistent beaucoup sur son caractère casuistique et légal, reléguant parfois au second plan son aspect théorique et l\u2019assimilation vitale des vrais principes thomistes.D\u2019où la question : l\u2019enseignement de la Théologie Morale doit-il se conformer au manuel et mettre l\u2019accent sur la casuistique, ou bien doit-il se modeler sur la marche suivie par S.Thomas dans sa Somme Théologique, et faire de l\u2019approfondissement des principes spéculatifs le fond même de l\u2019enseignement moral ?Tel fut le thème du débat.Les solutions présentées furent diverses, selon que la Morale était considérée de façon pragmatique ou utilitariste comme une préparation L\u2019enseignement de la Théologie au .95 immédiate au confessional, comme un code de cas résolus servant de modèle aux solutions à venir, ou selon que la Morale apparaissait comme devant perfectionner d\u2019abord la propre vie intérieure du prêtre, opérant ainsi une sorte de revitalisation intime des principes d\u2019où découleraient la sagesse et la prudence sacerdotales.Les promoteurs de la théorie utilitariste optent pour la prédominance de la casuistique et de la docilité aux manuels ; ceux qui prônent l\u2019approfondissement des principes se décident ouvertement pour la Somme Théologique et la valeur souverainement éducative des notions premières de l\u2019activité humaine et surnaturelle.Afin de donner à la controverse une ampleur et une objectivité incontestable, on demande l\u2019avis des hommes de loi présents, juges et a-vocats, qui, s\u2019appuyant sur les expériences de leur profession, proclament la supériorité d\u2019une formation à base de principes longuement médités sur toute formation jurisprudentielle ou casuistique.A la suite de cet intéressant débat, il est donc proposé : Que les professeurs veillent à convaincre leurs étudiants de la valeur profonde des principes moraux en se servant de la Somme même de S.Thomas ou du moins d\u2019un manuel franchement thomiste. Spiritualité du clergé canadien (Rapport présenté aux Premières Journées thomistes d\u2019Ottawa).On prêche partout, chez nous comme ailleurs, la nécessité de restaurer l\u2019ordre social catholique.Deux laïques de France y travaillent peut-être plus que les autres : Maritain et Gilson.La civilisation chrétienne rongée par une immoralité croissante se décompose de toutes parts.Les scandales y abondent.Quelques-uns éclatent pour nous signaler que le corps est bien malade.Il faut appliquer des remèdes énergiques.Quels sont-ils ?Des incrédules eux-mêmes vaincus par l\u2019évidence réclament une intervention rapide des forces spirituelles, seules capables, avouent-ils, de nous préserver de la ruine en reconstituant les valeurs morales.Or, ces forces spirituelles, elles existent en abondance dans le catholicisme dont il faut pétrir la masse humaine.Il faut les mettre en pleine valeur.Qui doit prendre l\u2019initiative si ce n\u2019est le clergé, sous la direction des évêques et pour obéir aux directives de Pie XL Mais le prêtre, pour se mettre à l\u2019œuvre avec une efficacité portée au Spiritualité du clergé canadien 97 maximum, doit se renouveler dans sa vie surnaturelle.Pour être digne ministre de Celui qui a dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie », il doit s\u2019abreuver aux sources vives du savoir, de la vertu, de l\u2019énergie divine qui applique aux âmes les fruits de la Rédemption.Il faut demander à la théologie de jouer son rôle dans le monde.Le Père Congar, O.P., a fait dans « Sept » du 18 janvier 1935 de précieuses constatations sur le déficit de la Théologie.«La théologie, dit-il, est devenue elle-même, comme une technique, une chose à part, une activité de corps ou de classe, un savoir corporatif, un domaine fermé et spécial qui intéresse quelques-uns.Tandis qu\u2019elle est une sagesse et sur le plan du savoir, la Sagesse.Tandis qu\u2019elle devrait être vitalement articulée avec le reste du savoir et de l\u2019activité humaine, ce qui donnerait à tout le reste son orientation, sa mesure, son complément, sa fécondité la plus profonde.Tandis qu\u2019ouverte à toute manifestation de connaissance ou de création, elle devrait les accueillir, les assumer toutes, donnant à tant de poussées qui seules, sont vouées à ne rester que des « tendances », leur « objet », leur direction et la révélation de leur véritable nature.Tandis qu\u2019elle devrait être le « sel de la terre ».Or, il faut le reconnaître, les théologiens, dans notre monde, ne sont guère entendus.Et pourtant Gilson le notait : « Nous vivons en 98 Revue Dominicaine un temps où la théologie ne peut plus être le privilège de quelques spécialistes.Il faut revenir à la vérité et affirmer que nous aimons l\u2019intelligence, que nous cultivons les sciences avec amour, mais que nous savons que l\u2019intelligence humaine a besoin d\u2019être guidée et qu\u2019elle ne peut l\u2019être que par la révélation divine que nous accueillons dans la foi ».« Il faut donc mettre la théologie à sa place, la première, et faire descendre les valeurs théologiques dans la pensée de ceux qui veulent mettre l\u2019intelligence au service du Christ-Roi.« Jésus nous demande de sauver le monde, mais c\u2019est sa parole seule qui peut le sauver.Qu\u2019avons-nous à craindre, au demeurant, si nous pensons que la vérité est l\u2019objet propre de l\u2019intelligence, et si nous croyons fermement que le Christ est la vérité ?» Mais si la théologie est nécessaire au monde et si son déficit est manifeste, nous devons rechercher les causes de cette faillite.Elles peuvent être nombreuses.Mais le clergé en général peut-il plaider non coupable ?Dans une conférence remarquable à la Première Session de l\u2019Académie canadienne Saint-Thomas d\u2019Aquin, Son Eminence le cardinal-archevêque de Québec, alors évêque de Gravelbourg, parlant du rôle de la philosophie dans l\u2019œuvre des universités catholiques, faisait la constata- Spiritualité du clergé canadien 99 tion suivante: « Nous avons reçu et transmis, je le veux bien, la bonne doctrine.Cela est quelque chose, beaucoup même, et qui nous a gardé du matérialisme sot et du conceptualisme illusoire de Kant, au siècle dernier.Mais nous n\u2019avons pas assez retrempé notre avoir doctrinal aux sources de la réflexion personnelle ; nous ne l\u2019avons pas éprouvé suffisamment au contact de la réalité.Nous ne l\u2019avons pas imposé aux esprits qui nous entourent.Nous avions le soleil à nous, nous l\u2019avons regardé sans en être assez séduit ni réchauffé, sans crier assez haut à tous nos concitoyens et à nos voisins nord-américains d\u2019accourir se placer sous ses rayons salubres et vivi-ficateurs ».Proportion gardée, ne pouvons-nous pas dire la même chose de notre théologie ?Nous n\u2019avons pas su faire valoir les forces merveilleuses qu\u2019elle contient.Et sommes-nous allés de toute notre âme au thomisme tel que l\u2019Eglise nous le commande ?Voilà bientôt cinquante ans que les Papes adjurent les catholiques d\u2019aller tous à saint Thomas d\u2019Aquin.A de si fortes instances a-t-on répondu avec un amour assez généreux de la vérité ?Si depuis ce temps un effort unanime avait été fait pour redresser l\u2019intelligence sous l\u2019inspiration du Docteur commun, les catholiques tiendraient toutes les avenues du monde.Nous voulons unir les nôtres dans l\u2019action.Il nous faut des buts prochains suffisamment uni- 100 Revue Dominicaine versels.Comme le note Maritain : « Un ordre politique chrétien du monde ne se construit pas artificiellement par des moyens diplomatiques, c\u2019est un fruit de l\u2019esprit de foi.Il présuppose une foi vivante et pratique chez le plus grand nombre, une civilisation à empreinte théologique et la reconnaissance de tous les droits de Dieu, dans la vie de la cité.Nous sommes loin de cet idéal ».(Primauté du spirituel, p.39).Et pourtant il faut y tendre.Quels sont les obstacles qui se sont dressés sur notre route ?Et d\u2019abord le clergé canadien a-t-il vraiment vécu de la doctrine de saint Thomas ?Sa spiritualité en est-elle imprégnée ?I.Enquête Une enquête faite auprès des directeurs de formation sacerdotale nous fournit des détails intéressants.Je m\u2019en voudrais de ne pas citer quelques réponses plus caractéristiques sur les louables efforts que l\u2019on a faits pour mettre S.Thomas à l\u2019honneur dans la vie spirituelle.Ecoutons ce que dit le directeur d\u2019un séminaire : « Tout d\u2019abord nos séminaristes ont leurs préférences pour l\u2019évangile.J\u2019en sais plusieurs, et c\u2019est la grosse majorité, qui méditent dans le texte lui-même.Résultat consolant d\u2019une orientation qu\u2019ils reçoivent depuis toujours dans notre maison. Spiritualité du clergé canadien 101 « Et puis viennent après les Pères de l\u2019Eglise, et plus spécialement, saint Augustin et saint Jean Chrysostome.« Quelques uns se servent de la somme de saint Thomas comme volume de méditation.Ils suivent le conseil que feu le cardinal Rouleau leur donnait souvent.« Viennent ensuite saint Bernard, Bossuet, Dom Guéranger, Chaignon, le Père Marmion, (très en vogue) Garrigou-Lagrange, Joret, Petitot, Rouzic, le Père Lallemant, Monsabré, Plus, Lacordaire, de Grandmaison, Bernadot, Schwalm, (Le Christ d\u2019après saint Thomas d\u2019Aquin) sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus ; tous les ouvrages de la grande sainte Thérèse circulent tant et plus, ainsi que ceux de saint Jean de la Croix, etc.« Et comme moyens d\u2019entretenir et de fortifier leur piété, ils ont leurs cours de théologie ; ce sur quoi j\u2019insiste beaucoup, leur rappelant souvent qu\u2019une science qui ne porte pas à aimer, est une science vaine et dangereuse souvent.« J\u2019ajouterai que le zèle qu\u2019ils déploient pour les missions et plus spécialement, leurs correspondances avec des missionnaires, \u2014 chaque séminariste, presque, a le sien, \u2014 contribuent énormément à favoriser leur vie spirituelle.« Sans être des mystiques consommés, plusieurs ont du goût pour la contemplation.Sans quitter toutefois les sentiers d\u2019une ascèse bien 102 Revue Dominicaine comprise, partant, toujours nécessaire.« Leur dévotion envers la sainte Eucharistie et envers la sainte Vierge est vraiment remarquable.Et j\u2019oubliais de vous dire qu\u2019ils ont un culte pour saint François de Sales, le deuxième patron de la maison ».Voici quelaues renseignements concernant Jll\tO la spiritualité enseignée dans un autre séminaire : « Pour le cours proprement dit de spiritualité, nous avons un manuel : Le Précis de théologie ascétique et mystique, de Tanquerey, qui est commenté et expliqué par le professeur.« La doctrine qui sert de base à cet enseignement, c\u2019est celle de l\u2019Ecole française du XVIIème siècle, c\u2019est-à-dire la doctrine du Corps mystique de Jésus appliquée directement aux aspirants au sacerdoce ; non seulement ils sont membres du Corps mystique, mais encore ils sont instruments privilégiés du divin Prêtre dans le développement moral de la vie du Corps mystique.« Outre les ouvrages de M.Olier, qui traitent de cette incorporation au Christ et de la purification préalable (surtout Catéchisme chrétien pour la vie intérieure et Journée Chrétienne, avec le Traité des ordres) les séminaristes connaissent et apprécient les ouvrages plus récents qui exposent la même doctrine : Marmion (Christ, vie de l\u2019âme, Christ, dans ses mystères, Spiritualité du clergé canadien 103 Christ, idéal du moine), Plus (Dieu en nous, Dans le Christ Jésus, Le Christ dans nos frères), Mercier (La vie intérieure, A mes séminaristes), Chaulard (L\u2019âme de tout apostolat).« Outre ces ouvrages et un bon nombre d\u2019autres, on recommande ceux qui tendent à développer l\u2019esprit liturgique chez les futurs prêtres : ouvrages de Dom Vandeur, de Dom Lefebvre, Dom Guéranger, Dom Schuster, etc.L\u2019aspect liturgique de la piété de nos séminaristes prend de plus en plus d\u2019importance ; ce qui n\u2019est que logique puisqu\u2019ils auront à enseigner aux fidèles comment la vie chrétienne s\u2019exprime dans le culte officiel de l\u2019Eglise.« Les auteurs de Méditations les plus connus sont : Branchereau, Hamon, Guilbert, Chaignon, Grimai ».Un séminaire s\u2019abreuve à la source thomiste en se servant de la théologie ascétique du P.Maynard, O.P.Les séminaristes ont ce manuel qui leur est expliqué une heure par semaine.C\u2019est assurément un manuel idéal qui nous ramène à la Somme théologique.La Somme, en effet, est trop connue et trop peu utilisée sous ce jour, même par ceux qui devraient en faire l\u2019aliment de leurs âmes.En deçà de l\u2019Ecriture Sainte, dont elle n\u2019est d\u2019ailleurs que la mise en formule de contemplation la plus haute et la plus parfaite, aucun li- 104 Revue Dominicaine vre ne donne un exposé aussi complet, aussi savoureux, aussi simple et aussi profond de tout l\u2019ensemble de la vérité divine.La Somme est le centre de la vie spirituelle.Formulons tout de suite un vœu : puissent les âmes sacerdotales toujours assoiffées de plus en plus de vérité et de vie divine, aller chaque jour plus nombreuses s\u2019abreuver à cette source si pure et si réconfortante ! Les diverses familles religieuses ont chacune leur méthode propre d\u2019union à Dieu.Chacune a son patrimoine légué par son Fondateur ; et l\u2019on comprend que le livre de spiritualité par excellence est pour elles le livre des saintes règles.C\u2019est en plus, saint Ignace pour la Compagnie de Jésus, le Séraphique pour tous les enfants de saint François, saint Alphonse pour les Rédemp-toristes, pour les Oblats, Mazenod, « une figure colossale de saint », comme disaient dernièrement les théologiens chargés d\u2019examiner les œuvres de cet évêque.Et que sais-je ?C\u2019est la belle variété des étoiles du firmament dans la sainte Eglise du Christ ; et tous rivalisent de zèle pour devenir parfaits « comme le Père céleste est parfait ».Si nous sortons maintenant des maisons de formation pour demander aux confrères quels sont les auteurs auxquels ils alimentent leur vie spirituelle, on constate que plusieurs, ayant suivi les Spiritualité du clergé canadien 105 cours de mystique thomiste du Père Garrigou-La-grange, continuent de méditer ses ouvrages et en donnent le goût à leurs amis.D\u2019autres sont épris des œuvres du Père Marmion et du Père Plus.La lecture de la « Vie spirituelle » en captive un bon nombre.Beaucoup se réclament de l\u2019Ecole française et sont des disciples de Bérulle, d\u2019Olier, de Jean Eudes, de saint Vincent de Paul.Mais le clergé canadien en général vit-il de la spiritualité thomiste ?J\u2019irai plus loin pour l\u2019amour de la vérité, pour savoir où nous en sommes, porter remède et nous mettre en état de diffuser la théologie dans l\u2019ordre social : le clergé vit-il d\u2019un système doctrinal spirituel ?Et pourtant, il faut coopérer à cette restauration spirituelle de la chrétienté qui apparaît comme la grande tâche aujourd\u2019hui, il faut retrouver les principes de la politique chrétienne, lutter contre le laïcisme et contre ses lois, préparer l\u2019établissement d\u2019un ordre social chrétien.Il s\u2019en faut que les conditions sociales soient conformes à la Justice et à l\u2019esprit de l\u2019Evangile.Les œuvres de miséricorde intellectuelle, spirituelle et corporelle, doivent être partout à l\u2019honneur afin de porter secours à tous les membres douloureux du Christ, et non seulement aux pauvres et aux malades, mais aussi à tant de coeurs ardents que de fausses doctrines, l\u2019iniquité de ce monde sans Dieu, la sécheresse et l\u2019égoïsme des 106 Revue Dominicaine grands exaspèrent dans l\u2019erreur.Il nous faut une activité accordée dans la contemplation dans cette sagesse « avec laquelle tous les biens viennent à l\u2019homme, et qui le rend participant de Dieu ».II.Causes de notre déficit Quelles sont les causes de notre déficience dans un monde sans âme qui demande une âme ?Disons tout de suite que dans la formation théologique on ne s\u2019abreuve pas assez aux sources mêmes du thomisme, c\u2019est-à-dire aux œuvres de saint Thomas.La Somme théologique ne pourrait-elle pas être le manuel pour le dogme, la morale et l\u2019ascétique ?Et pourquoi la Somme théologique ne serait-elle pas le manuel de vie spirituelle ?(Pègues, dans saint Thomas d\u2019Aquin, sa sainteté, sa doctrine spirituelle, p.107-114).La Somme n\u2019est pas seulement une œuvre savante que la doctrine analyse et qui se commente à la façon d\u2019un code : c\u2019est, disait le Père Schwalm, une œuvre inspirée de haute contemplation.Pour bien la comprendre, il ne suffit pas de la lire avec des yeux de savant ; il faut y aller avec toute son âme comme le maître qui écrivait l\u2019âme débordante d\u2019amour du Dieu vivant.Alors au travers des formules géométriques comme des cristaux, les feux de la lumière divine se font chauds.Et fermant le livre vous prierez, Spiritualité du clergé canadien 107 vous contemplerez, vous vivrez ce qu\u2019il dit.Que cette théologie familière avec l\u2019expérience de Dieu non moins qu\u2019avec la technique de la science soit toujours celle des prêtres.N\u2019étudions jamais Dieu comme nous étudions les propriétés des triangles ou les espèces de fossiles.Et encore, les vrais savants, ceux qui ont le don inné, ne mettent-ils pas de leur cœur dans l\u2019étude des sciences ?Les vrais mathématiciens n\u2019aiment-ils pas Y harmonie parmi les grandeurs et Y ordre parmi les nombres ?Les vrais géologues ne se passionnent-ils pas à classer des fossiles, quand, de ces empreintes mortes ils évoquent le grandiose spectacle de la vie d\u2019âge en âge sur notre globe ?A plus forte raison, étudiants en théologie et prêtres, mettrons-nous toute notre âme dans l\u2019étude de Dieu.Nous nous habituerons à méditer ce que nous étudierons.Nous nous formerons à la contemplation et à l\u2019action.Mais quels obstacles rencontre-t-on contre ce grand bienfait ?1° Séparation du dogme, de la morale, de l\u2019ascétique.A notre époque on a trop souvent séparé ce qui devait être seulement distingué tout en restant uni, coordonné, ou subordonné dans une unité féconde.Et d\u2019abord première erreur : celle de la séparation de la morale et du dogme.Il faut dans le sacerdoce une formation dogmatique.Si la formation dogmatique du sacerdo- 108 Revue Dominicaine ce est mal équilibrée, faible, vague, il en résulte pour le peuple, comme première conséquence un ébranlement proportionné dans les fondements de la foi, puis, comme fruit pratique, un affaiblissement progressif, considérable dans l\u2019application des lois de la morale chrétienne.Les dogmes sont les principes, la morale en est l\u2019application ; les dogmes sont le cœur des études sacrées ; plus on les étudie, plus on fortifie la morale ; c\u2019est dans le dogme que la morale trouve à la fois son autorité, sa vie, sa sanction.Mais en séparant l\u2019étude de la morale du dogme, n\u2019a-t-on pas diminué la valeur de la formation du clergé ?Puis en isolant encore davantage l\u2019étude de la théologie ascétique du dogme et de la morale, n\u2019a-t-on pas contribué à créer un système de cloisons étanches qui tue l\u2019équilibre dans le prêtre ?Il n\u2019y a pas la même solidité dans les fondements de la foi ; il y a affaiblissement progressif dans l\u2019application des lois de la morale chrétienne, on n\u2019a qu\u2019un ensemble de pratiques de piété qui ne reposent ni sur le dogme vécu, ni sur la morale assimilée, ni sur les préceptes de théologie ascétique contemplée.Formons en nous l\u2019homme de principes, approfondissons la morale, étudions les vertus théologales et les vertus cardinales infuses.L\u2019homme un naîtra tel que saint Thomas le concevait.La morale reposera sur « les principes lar- Spiritualité du clergé canadien 109 ges et ouverts, disait Ballerini, comme les deux bras de la croix ».C\u2019est, par exemple, l\u2019avantage d\u2019étudier la morale avec Prümmer et Merkel-bach, parce qu\u2019ils nous plongent dans la Somme, et il n\u2019y a plus de séparation du dogme et de la morale.Il ne doit pas non plus exister de morcellement entre la morale et la théologie ascétique.Cette dernière prend sa source dans le dogme et la morale.Pour les prêtres de ma génération, nous entendions l\u2019éloge de Mgr Gay par le vénéré M.Roussel, p.s.s.Qu\u2019y trouvions-nous ?« La morale et la théologie ascétique y sont si étroitement unies d\u2019une part, de l\u2019autre, toutes deux y paraissent sortir si immédiatement du dogme, que le dogme est partout avec elles, comme elles sont elles-mêmes partout inséparables, non pas confuses, mais visibles l\u2019une dans l\u2019autre.Partout en elles vous vous sentez en présence des principes dogmatiques, vous voyez leur lumière dans ce cristal d\u2019une belle exposition qui vous les présente, vous sentez leur chaleur qui passe en vous et vous transforme, vous puisez à leur source les plus solides applications pratiques avec les trésors d\u2019une connaissance très délicate et très haute du cœur humain et des voies de Dieu ».Le prêtre doit être : un homme d\u2019étude, un homme d\u2019oraison, un homme d\u2019action.Le thomisme mieux étudié et mieux vécu ferait l\u2019unité 110 Revue Dominicaine de ces trois hommes et les fondrait en un seul.A ne l\u2019envisager que comme un secours pour la vie spirituelle du prêtre, la Théologie dogmatique mériterait encore de faire l\u2019objet d\u2019une étude constante.« Toute doctrine est pratique », dit le P.Faber ; « le premier usage de la Théologie dogmatique est d\u2019être la base de la sainteté, tandis que la controverse ne vient qu\u2019au cinquième rang » (Conf.III).Et ailleurs (Le Précieux Sang, c.III) : « La théologie serait une science que je ne pourrais souffrir si elle se bornait à la spéculation.A mon avis, elle est le meilleur aliment du foyer de la dévotion, le combustible qui s\u2019enflamme le plus promptement, qui dégage le moins de fumée, qui brûle le plus longtemps, qui produit en brûlant le plus de chaleur.Si une science parle de Dieu et ne rend pas le cœur du disciple tout brûlant dans sa poitrine, cela ne peut provenir que de deux causes : ou cette science n\u2019est pas la vraie théologie, ou le cœur qui la reçoit est affaibli et dépravé.Dans un cœur simple et aimant, la théologie brûle comme un feu sacré ».Le ministère sans l\u2019étude et sans l\u2019oraison n\u2019est pas en possession de toute sa fécondité ; et l\u2019étude ne porte pas son fruit nécessaire si on n\u2019étudie que pour s\u2019instruire.Le prêtre, quelles que soient ses occupations, peut et doit toujours donner une part à l\u2019étude recueillie de la révélation, à la méditation pieuse de ses vérités révélées. Spiritualité du clergé canadien 111 Cette étude ordonnera l\u2019intelligence, fortifiera l\u2019âme, aiguisera le jugement, élargira les vies et le cadre d\u2019opération.De la fréquentation des docteurs et des Pères, de saint Thomas, le prêtre tirera cette onction toute divine dont il chercherait vainement la source ailleurs, et qui lui est indispensable pour la direction des âmes ; sa prédication en sera plus nourrie, sa direction plus sûre, son jugement mieux éclairé pour une foule d\u2019esprits sur lesquels, directement ou indirectement tombera encore sa parole.La conversation sera faite de principes, de conviction ardente, de ferme bon sens, et sera plus efficace pour redresser les idées en mille circonstances.Quelle influence sacerdotale serait mise au service de la restauration d\u2019un ordre social chrétien, si tous les prêtres continuaient de vivre leur thomisme.2° Outre cet inconvénient du morcellement des études théologiques qui nuit à la formation du prêtre tout d\u2019une pièce quand elles ne prennent pas la Somme pour base, nous en trouvons un autre considérable à ne pas adopter la primauté de l\u2019intelligence pour éviter la piétisme ou toute spiritualité sentimentale sans fondement solide.Je sais bien que l\u2019on a discuté la question de savoir si dans la formation sacerdotale on doit commencer par la formation du cœur ou par celle de l\u2019esprit. 112 Revue Dominicaine En saint Thomas, on commence par l\u2019intelligence, les études donnent le ton à la piété.Comme elle sont largement conçues on arrive vite et plus solidement au cœur, sans même le chercher.On produit d\u2019abord dans l\u2019esprit la foi éclairée à ce degré supérieur qui fait les apôtres et, vu le rôle de l\u2019intelligence dans les facultés humaines, le cœur est bien vite enlevé.C\u2019est plus viril, mieux harmonisé avec la nature humaine.Donnons comme base à la piété et à la vie spirituelle une intelligence aussi développée que possible de la foi et des opérations de la grâce dans la nature humaine.La piété n\u2019est que la réalisation par le cœur des vérités que la foi dévoile à l\u2019esprit.Voilà la piété du théologien pleine de raisons doctrinales.Il acquerra des habitudes et le goût de la vie spirituelle.Convaincus de cette primauté de l\u2019intelligence, formons dans les prêtres les concepts des dogmes.Appliquons-nous à l\u2019étude de notions profondes qui donnent l\u2019intelligence, la conviction, et sont encore la meilleure preuve.C\u2019est à la raison, à l\u2019âme, non à la mémoire qu\u2019elles s\u2019adressent.C\u2019est là la fides quœrens intellectum.Les vrais scolastiques, les disciples de saint Thomas se tiennent en méditation devant la formule dogmatique, au cœur de laquelle les anciens voyaient et adoraient le Verbe présent, l\u2019idée divine en quelque sorte incarnée dans les mots hu- Spiritualité du clergé canadien 113 mains, Verbum abbreviatum ; travail de l\u2019esprit pour en saisir le sens d\u2019abord, mais aussi étude de la volonté et du cœur pour en pénétrer le sens, en scruter les raisons intimes, en découvrir les harmonies et les beautés.C\u2019est avec toute son âme qu\u2019il faut philosopher, disait Georges Goyau dans la préface de « La vitalité chrétienne » d\u2019Ollé-Laprune : « Il y a des philosophes dont la pensée et la vie demeurent perpétuellement comme dissociées l\u2019une de l\u2019autre : leur cerveau est une façon de boudoir, meublé d\u2019idées toutes spéculatives, parfois décoré de paradoxes, ou, si l\u2019on veut encore, une tour d\u2019ivoire qui les isole, non pas seulement de leurs semblables, mais, si l\u2019on ose ainsi dire d\u2019eux-mêmes ; ce qu\u2019ils pensent n\u2019a aucune influence sur ce qu\u2019ils font, et inversement, ils s\u2019amusent de cette illusion que la conduite de leur vie ne détermine en aucune mesure la conduite de leur esprit ».Ne pourrait-on pas dire qu\u2019il y a des prêtres chez qui l\u2019influence du dogme ne se fait suffisamment sentir dans la vie pratique ?Il n\u2019y a pas chez eux cette unité de doctrine, et d\u2019action que l\u2019on désirerait.Ollé-Lapru-ne voulait « aller au vrai avec son âme tout entière ».Il ne se séparait point en quelque sorte de lui-même ; ayant au fond de lui la foi chrétienne, qui touche victorieusement aux plus grands problèmes, il estimait qu\u2019une simple raison de probité le contraignait à ne point reléguer la foi chré- 114 Revue Dominicaine tienne lorsqu\u2019il philosophait.Faisons de même et reconnaissons le primat de l\u2019intellect, et nous irons à la théologie ascétique en partant de l\u2019étude des dogmes.C\u2019est donner à l\u2019intelligence la primauté qu\u2019elle réclame.Approfondissons davantage les concepts du traité de la grâce, des vertus infuses, des dons.Ces éléments concourent plus immédiatement à la formation intellectuelle et spirituelle du sacerdoce.Le prêtre ne sera vraiment prêtre que s\u2019il est l\u2019homme du surnaturel ; et il ne peut être l\u2019homme du surnaturel s\u2019il n\u2019en possède d\u2019abord la notion très développée, les idées larges et fécondantes.C\u2019est ce que l\u2019on constate chez Mgr Pie, Mgr Bertrand, Mgr Gay, D.Guéranger, le P.Fa-ber.Les écrits de spiritualité ne seront affaire ni de mode, ni d\u2019engouement.On évitera ces livres fades qui faussent la doctrine des saints et corrompent le sens spirituel de beaucoup d\u2019âmes sacerdotales.« Nous voudrions les voir brûler jusqu\u2019au dernier, nous ne disons pas avec leurs auteurs », disait familièrement Mgr Mermillod.3° Conséquence de ces deux premières lacunes : abandon de la vie intérieure.Dom Chautard a écrit un petit livre merveilleux sur l\u2019Ame de tout apostolat.Il y constate le grand péril contemporain ; l\u2019abandon de la vie intérieure pour l\u2019hérésie des œuvres sans vie in-  \\ Spiritualité du clergé canadien 115 térieure.On ne comprend plus la grande valeur de la vie spirituelle.Il a fallu que Maritain nous rappelât que «la vie cachée de la charité qui constitue l\u2019histoire des âmes se continue à travers les événements et les destructions de l\u2019histoire du monde, auss: tranquille qu\u2019un chant d\u2019oiseau, un rayon de lune, un parfum qui passe parmi les feuillages d\u2019un bois.On comprend de même pourquoi l\u2019Evangile a passé inaperçu aux yeux de ceux qui avaient les yeux fixés sur les grandes péripéties de l\u2019univers, \u2014 Jesus autein, transiens per medium illorum, ibat, \u2014 et pourquoi inversement Dieu prête plus d\u2019attention à un acte de charité ou à un quart d\u2019heure d\u2019oraison de quiétude, qu\u2019au fracas de la chute d\u2019un empire, ou d\u2019une révolution sociale » (Antimoderne, p.200).Pourquoi cet oubli au milieu des œuvres ?La séparation du dogme d\u2019avec la morale et l\u2019ascétique, le fait de ne pas faire reposer suffisamment la piété sur la primauté de l\u2019intelligence ne contribuent-ils pas largement à faire abandonner la vie intérieure, quand le devoir nous appelle aux œuvres extérieures du zèle ?On se laisse prendre dans l\u2019engrenage d\u2019une vie extérieure ; on abandonne les exercices de piété.Comment la vie spirituelle du clergé peut-elle subsister ?Comment le ministère peut-il exercer une influence profonde pour restaurer l\u2019ordre social catholique ? 116 Revue Dominicaine Oh ! comme la vie spirituelle du clergé gagnerait en profondeur et en efficacité si elle s\u2019alimentait aux sources pures du thomisme.En effet S.Thomas remarque que la prédication des grands mystères de la foi doit dériver de la contemplation de ces vérités divines :\t« Ex plenitudine contemplationis derivatur ».Le prêtre comme les apôtres du Christ doit être un contemplatif qui livre aux autres sa contemplation pour les sanctifier et les sauver, « con-templari et contemplata aliis tradere».Ces mots de Thomas devenus la devise des Frères Prêcheurs devraient nous inspirer tous pour notre action apostolique.Notre union à Dieu conduit les âmes à l\u2019union divine et au salut.La prédication de l\u2019Evangile doit être esprit et vie, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle doit dériver de la contemplation des mystères du salut pour que les fidèles vivent vraiment de ceux-ci.On court risque de rapetisser l\u2019idéal de l\u2019apôtre en réduisant la contemplation à une simple étude historique et théologique.C\u2019est diminuer toute la vie apostolique, parce qu\u2019on n\u2019aspire plus alors à s\u2019élever vers son sommet où tous ses éléments s\u2019unifient et d\u2019où la prédication doit descendre pour rappeler un peu cet « ignitum elo-quium » dont parlent les psaumes.On ne sépare pas impunément ce qui doit être uni.La vie du prêtre qui manque de cette Spiritualité du clergé canadien 117 unité que lui donne le thomisme est plus exposée à manquer d\u2019organisation solide.On rencontre alors de ces âmes sacerdotales qui vivent au jour le jour, résignées à l\u2019honnête médiocrité d\u2019un sacerdoce vulgaire.C\u2019est le fond qui manque le plus dans ces âmes.Elles ne savent pas donner une bonne part à la contemplation des vérités révélées.Il en résulte un préjudice considérable.Le prêtre s\u2019affadit et se rouille.Ce qui lui manque c\u2019est la vie d\u2019oraison qui l\u2019empêcherait de suivre les courants contre lesquels il faut réagir.Dans notre système de cloisons étanches y a-t-on attaché assez d\u2019importance ?On a passé des examens ; on ne s\u2019est pas assimilé une doctrine.On n\u2019a pas pris le goût de l\u2019étude, de la piété, de l\u2019oraison.On n\u2019est pas allé à Dieu avec une intelligence éclairée des splendeurs de la foi, une volonté qui veut réparer l\u2019offense faite à Dieu par le matérialisme dans lequel se plonge le monde contemporain.Surtout on ne sait pas s\u2019abreuver aux sources pures du thomisme.Dans son livre : « Etudes du clergé », p.329, M.Hogan, p.s.s.nous dit : « Où trouver, par exemple, un plan plus complet de la vie spirituelle que dans la Secunda Secundæ de S.Thomas d\u2019Aquin ?» Le sacerdoce doit être aujourd\u2019hui plus que jamais soucieux de tout ce qui peut affirmer sa dignité, accentuer son caractère surnaturel, le séparer de tout ce qui est profane.Il lui faut une 118 Revue Dominicaine contemplation plus approfondie de sa foi, une fermeté plus grande de volonté pour se prémunir contre l\u2019esprit profane.Revenons à l\u2019union sacrée du dogme de la morale et de l\u2019ascétisme.La mystique sacerdotale n\u2019est d\u2019ailleurs pas autre chose que la connaissance dogmatique des voies de Dieu dans le christianisme, S.Paul en traite longuement dans l\u2019Epître aux Colossiens, lorsqu\u2019il parle de l\u2019intelligence, intellectus spiri-tualis, et du rôle de la science dans la vie spirituelle.Qui ne le sent ?« L\u2019étude ainsi faite, dit le Père Garrigou-Lagrange, est d\u2019un grand secours pour la vie spirituelle.Elle préserve la piété du sentimentalisme, car elle apprend à mieux distinguer l\u2019intelligence et l\u2019imagination, la volonté et la sensibilité ».Elle nous préservera de la paresse intellectuelle qui nous est un péché mignon.Nous atteindrons ainsi la vérité divine vivante : nous la ferons régner dans notre vie individuelle, dans la vie sociale.C\u2019est le point culminant à atteindre.Le prêtre alors évite les extrêmes vers lesquels dévient tour à tour les jeunes gens : scientisme desséchant et lyrisme sans fondement doctrinal.Elle est l\u2019âme du juste milieu, comme la charité en un sens anime et informe les vérités morales qui sans elle ne se distingueraient guère de la médiocrité ou de la tiédeur. Spiritualité du clergé canadien 119 Il est absolument nécessaire au prêtre, soit pour la préservation même de sa vie intellectuelle, soit pour la fécondité de son apostolat, de réunir en une même pensée et dans un même effort, de mener de front et dans une même vie, cette triple mission de l\u2019étude sacrée, de la piété et du ministère apostolique.Telle est certainement la condition parfaite et l\u2019idéal du ministère ; et cet idéal ne se propose pas seulement au clergé régulier, comme le remarque Lacordaire ; il doit être l\u2019objet des efforts constants du prêtre séculier lancé dans l\u2019apostolat.L\u2019étude approfondie de toute la Somme donnerait, ce semble, au clergé canadien, cette unité, cette consistance dogmatique hors de laquelle on ne sent plus que le vague, l\u2019esprit de surface, et de superficialité.Elle lui donnerait cette solidité qui le protégerait contre cette piété personnelle et.sentimentale, qui n\u2019a de surnaturel que le nom et ne vit que ce que vivent les fleurs transplantées de la serre-chaude au grand air, et qui fait qu\u2019on abandonne dans le ministère tous les exercices de piété aux premières atteintes des sécheresses, des aridités, ou simplement de la vie active.Le prêtre, vivant dans le monde moderne, qui a complètement renversé l\u2019ordre des valeurs, est exposé à se livrer à l\u2019activité qui attire toute la vie de l\u2019homme.Et pourtant, dit Maritain, « l\u2019Eglise a toujours maintenu, dans sa pratique 120 Revue Dominicaine et dans son enseignement le primat de l\u2019activité théologale et de la contemplation ».« Elle se souvient mieux de Moïse priant pour les armées de Josué et dont Aaron et Hur soutenaient les bras, qui ne pouvaient retomber sans que chancelât la victoire, que beaucoup de prêtres qui préfèrent l\u2019activité, et s\u2019imaginent, dit S.Jean de la Croix, « pouvoir conquérir le monde par leurs prédications et leurs œuvres extérieures?Que font-ils ?Un peu plus que rien, parfois absolument rien, parfois même du mal ».Ils oublient que S.Thomas proclame la « vie mixte » supérieure à la vie seulement contemplative, mais à une condition essentielle, c\u2019est que l\u2019action ne détourne pas de la contemplation à laquelle on revient toujours se retremper, et que la contemplation surabonde en action.Conclusion Vénérés frères dans le sacerdoce, Dieu m\u2019est témoin que je n\u2019ai voulu blesser personne.Que de bons prêtres se laissent absorber par des besognes matérielles, par les œuvres extérieures avec un zèle admirable, mais qui se séparent trop de la vie intérieure ! Ils dorment, comme disait Maritain à côté « d\u2019un immense trésor intellectuel ».J\u2019ai voulu en tout respect le leur signaler en concluant avec ce fervent de S.Thomas : « Sans doute, ceux qui possèdent sont-ils d\u2019or- Spiritualité du clergé canadien 121 dinaire paresseux, et laissent-ils dormir leur trésor ; les thomistes ont beaucoup de peine à ne pas diminuer S.Thomas.Aussi bien savons-nous que les hommes jettent les mains sur tout ce qui vient du ciel, pour l\u2019approprier à leurs intérêts d\u2019un jour et l\u2019asservir à leurs conflits particuliers.Mais si le poids de la nature et les contingences de l\u2019opinion attirent tout système humain vers les divisions d\u2019en bas, la foi et la contemplation auxquelles la doctrine de S.Thomas est suspendue, la maintiendront toujours dans l\u2019universalité, comme instrument intellectuel de l\u2019Eglise.Voilà le point capital : cette doctrine est l\u2019instrument intellectuel propre de l\u2019Eglise universelle, à ce titre il est aussi impossible qu\u2019elle restreigne jamais l\u2019universalité de la vérité, que de voir jamais le catholicisme restreindre la catholicité ! » Abbé Philippe Perrier, Professeur de Morale au Scolasticat St-Charles, Joliette 4 N.B.\u2014 Après une courte discussion sui les différentes méthodes d\u2019oraison et la façon de les propager, il fut proposé : I.\t\u2014 Que les revues, les directeurs et les prédicateurs orientent les lectures des prêtres et des fidèles vers des ouvrages de piété à base doctrinale thomiste.II.\t\u2014 Que les professeurs de théologie do g- 122 Revue Dominicaine matique et morale s\u2019efforcent de montrer à leurs élèves l\u2019aspect vital de certaines thèses thomistes plus propres à alimenter la vie spirituelle.III.\u2014 Que l\u2019on organise dans tous les centres des cours de théologie ascétique et mystique non seulement pour les ecclésiastiques, mais aussi pour les laïcs en vue de l\u2019Action catholique. Saint Thomas et Ses Juifs (Conférence prononcée à la clôture des Premières journées Thomistes d'Ottawa le 9 juin 1935) Dans leur livre « Quand Israël est roi » les frères Tharaud ont mis dans la bouche d\u2019un is-raélite cette phrase troublante : « Nous, les Juifs, nous sommes dans la vie de l\u2019Europe un sel, un tonique, un poison, tout ce que vous voudrez ; nous entrons dans la chimie du monde, comme un élément nécessaire et qu\u2019on n\u2019éliminera pas ».Les Juifs et le malaise contemporain Exagération littéraire mise à part, cette déclaration jointe à celles d\u2019autres Juifs comme Darmsteter, Bernard Lazare et Muret, en contient assez pour révéler l\u2019influence juive dans la plupart des mouvements révolutionnaires modernes.Il serait toutefois exagéré de dire que le Juif est la cause totale et unique du grand malaise contemporain.Cette restriction faite selon toute justice, qui contesterait que la Question juive ne s\u2019ajoute, ne se mêle à presque toutes les difficultés de l\u2019heure présente pour les compliquer, les embrouiller et rendre plus difficiles les solutions pacifiques. 124 Revue Dominicaine La guerre de 1914 ne fut-elle pas, au dire de certains auteurs sérieux, une immense entreprise commerciale et industrielle préparée et machinée, \u2014 oh ! très savamment ! \u2014 par une poignée de financiers, juifs de race ou d\u2019obédience ?Qui ne connaît l\u2019importance de l\u2019action d\u2019Israël sur l\u2019évolution du monde politique pendant la guerre, ainsi que pendant l\u2019élaboration de la fragile paix de 1918 ?Et dans l\u2019ordre économique, qui niera qu\u2019il ne revienne aux Juifs une part considérable des aberrations du régime capitaliste actuel ?Enfin les sociétés modernes qui avaient espéré assimiler les Juifs ne sont-elles pas obligées d\u2019avouer aujourd\u2019hui qu\u2019elles n\u2019y ont guère réussi ?Il faut donc compter avec le nationalisme envahissant d\u2019Israël.Nationalisme qui a résisté au temps, tenu tête aux persécutions, survécu à l\u2019exil et à la dispersion.Cette victoire qui a permis aux juifs de rester eux-mêmes, au milieu de nationalités diverses, leur fait croire à un nationalisme supérieur qui ferait de leur nation une sorte de « nation internationale ».Les Juifs et le sentiment du Moyen Age L\u2019aspect social est celui qui apparaît comme prédominant aujourd\u2019hui dans la Question juive; mais il ne faut pas oublier que celle-ci est encore et peut-être avant tout une « question religieuse ». Saint Thomas et les Juifs 125 Tel était principalement le point de vue du Moyen Age.Pour les chrétiens d\u2019alors en effet, les Juifs sont d\u2019abord des infidèles, des infidèles qui continuent leurs menées persécutrices des premiers siècles de l\u2019Eglise.Ils ne sont plus les complices des païens, mais des hérétiques.Ils inspirent et encouragent l\u2019hérésie albigeoise combattue avec tant de vigueur par S.Dominique et ses fils.Ils se permettent des propos sacrilèges qui ébranlent la croyance des simples.Ils vont jusqu\u2019à obliger à la circoncision leurs esclaves chrétiens.Néanmoins, les chrétiens du Moyen Age voyaient aussi dans le juif un ennemi de leur société: un usurier rapace, un trafiquant sans entrailles, un créancier impitoyable, un infâme exploiteur du peuple! Partout les Juifs se comportent comme des étrangers méprisants et hautains.A ce moment critique où les barbares achèvent de briser l\u2019unité politique romaine, où s\u2019ébauchent et s\u2019organisent les nations qui formeront l\u2019Europe moderne, que font les Juifs pendant que païens et chrétiens s\u2019unissent pour opposer un front uni aux barbares et sauver les valeurs culturelles de la civilisation latine ?Ils se tiennent à l\u2019écart, se montrent réfractaires à la tradition latine de l\u2019Occident ; leurs sympathies se tournent vers l\u2019Orient, ils se lient d\u2019amitié avec les Perses, ennemis de Rome.Ainsi les peuples chrétiens du Moyen Age, en plus des difficultés inouïes qui les 126 Revue Dominicaine accablent, doivent affronter non seulement l\u2019indifférence ou l\u2019antipathie de ces « étrangers », mais même leur dédain et leur hostilité.Telle est, d\u2019après les meilleurs auteurs, l\u2019attitude juive de l\u2019époque médiévale.La réaction des chrétiens est énergique, violente, cruelle même parfois.On va jusqu\u2019à les excommunier de la société civile, on les déclare servi in perpetuum, on les condamne au ghetto en leur imposant des contraintes sévères, on les oblige à porter un signe révélateur de leur nationalité, on ne se gêne pas pour confisquer leurs biens, on brûle leur Talmud, et quelquefois on les massacre et on les tue.« A force d\u2019aimer, écrit Léon Bloy, le Moyen Age avait compris que Jésus est toujours crucifié, toujours expirant, bafoué par la populace .Comment aurait-il pu ne pas abhorrer les Juifs ?La passion était pour lui si contemporaine, si flagrante, le Sang du Christ si tiède encore, si vermeil, et ses oreilles bourdonnaient si fort de la clameur exécrable ! Que son sang soit sur nous et sur nos enfants .» La foi vivante du Moyen Age le rendait d\u2019une intolérance presque incroyable à l\u2019égard des dissidents.Cela suffirait pour expliquer les mauvais traitements infligés aux Juifs.Mais on peut bien se demander si les convictions religieuses auraient eu tant d\u2019effet, sans les o-dieux excès des Juifs usuriers, et surtout sans le sentiment, sans l\u2019évidence que dans chaque pays, Saint Thomas et les Juifs 127 les Juifs étaient et voulaient être des étrangers ?Mesdames, Messieurs, je viens de rappeler, trop brièvement peut-être, la situation des Juifs au Moyen Age et à l\u2019époque contemporaine.Au XXe comme au XlIIe siècle, ils entrent dans la chimie du monde comme un élément nécessaire, n\u2019est-il pas vrai ?Qu'on le veuille ou non, il faut envisager la Question juive, sinon pour la faire disparaître \u2014 c\u2019est peut-être impossible \u2014 du moins pour s\u2019en faire une idée juste et prendre à son sujet une véritable attitude de chrétien.A cette fin, allons consulter ensemble le Théologien par excellence, S.Thomas d\u2019Aquin, et après lui avoir demandé ce qu\u2019il pensait des Juifs de son temps, demandons-lui ce qu\u2019il dirait des Juifs d\u2019aujourd\u2019hui.Saint Thomas et les Juifs de son temps Mais pour bien comprendre la pensée de S.Thomas, il faut bien connaître son temps, ce monde médiéval qui était assez différent du nôtre comme vous le savez.« Le Moyen Age, dit Ga-cougnol à Clotilde dans La femme pauvre, c\u2019était une immense église comme on n\u2019en verra plus jusqu\u2019à ce que Dieu revienne sur terre, \u2014 un lieu de prières aussi vaste que tout l\u2019Occident et bâti sur dix siècles d\u2019extase qui font penser aux dix commandements du Sabaoth ! C\u2019était l\u2019agenouillement universel dans l\u2019adoration ou dans 128 Revue Dominicaine la terreur.Les blasphémateurs eux-mêmes et les sanguinaires étaient à genoux, parce qu\u2019il n\u2019y a-vait pas d\u2019autre attitude en la présence du Crucifié redoutable qui devait juger tous les hommes ».Tel fut l\u2019esprit médiéval.Un esprit surnaturel qui imprégnait toute la vie civile, qui absorbait le temporel jusqu\u2019à en faire un simple instrument du spirituel.Le Moyen Age était bien loin du laïcisme, du scepticisme, de l\u2019indifférence religieuse de nos sociétés modernes.Cela, il ne faut pas l\u2019oublier pour comprendre ses indignations.Ainsi renseignés sur l\u2019esprit médiéval, consultons le célèbre moine-professeur à l\u2019Université de Paris.Saint Thomas demeure à St-Jacques, couvent d\u2019Etudes des Frères-Prêcheurs.Depuis quelques années, le Maître travaille à l\u2019œuvre de sa carrière intellectuelle, sa Somme Théologique.En 1271, il est à écrire la traité de la Foi.Il expose au long la nature de la première vertu théologale et bientôt, parlant des vices contraires à cette vertu, il touche la question de l\u2019infidélité et pose le cas des infidèles.Les Juifs passent à leur tour; et S.Thomas, résout le problème du point de vue religieux.Les Juifs et la foi chrétienne Pris d\u2019un beau zèle pour la conversion des infidèles, certains apôtres du Moyen Age se demandaient s\u2019il ne fallait pas les contraindre à em- Saint Thomas et les Juifs 129 brasser la foi chrétienne.La question devenait plus pressante à propos des Juifs, eux qui avaient déjà embrassé in figura la religion chrétienne.S.Thomas répond carrément non.Croire, dit-il, relève de la volonté, et on ne violente pas la volonté.L\u2019acte de foi doit être libre, autrement que vaudrait-il ?A quoi engagerait-il ?Un credo qui ne serait pas l\u2019expression spontanée de l\u2019âme pourrait-il plaire à Dieu ?A quoi bon alors forcer les infidèles, les Juifs, à faire profession de foi ?Admis pour les adultes.Mais les enfants juifs, ne devait-on pas essayer de les sauver en les baptisant, même contre le gré de leurs parents?Non, répond encore S.Thomas, ce serait au détriment de la foi elle-même.Ces enfants pourraient bien plus tard, sous l\u2019influence de leurs parents, ne pas tenir compte de leur baptême et manquer à leur foi.De plus un tel procédé léserait le droit naturel.L\u2019enfant, jusqu\u2019à l\u2019âge de raison, est sous la tutelle de ses parents.Si ces derniers s\u2019opposent au baptême de leur enfant, il ne faut point le faire contre leur gré, fût-ce pour les plus excellents motifs.Les Chrétiens ne peuvent donc pas forcer les Juifs à se faire catholiques.Très bien ! mais ne pourraient-ils pas au moins empêcher la pratique publique du culte judaïque ?S\u2019ils ne peuvent obliger les Juifs à entrer dans les églises, ne 130 Revue Dominicaine pourraient-ils pas les obliger à fermer leurs synagogues ?Non.De même qu\u2019il faut parfois tolérer les rites des infidèles pour éviter un plus grand mal, ainsi il faut tolérer le culte israélite parce qu\u2019il en découle quelque bien.Voilà qui pourrait surprendre.C\u2019est que les rites judaïques figurent la Loi Nouvelle, et il résulte de leur tolérance ce bien que le témoignage de notre foi nous est donné par nos ennemis, « les gardiens providentiels du Livre et les témoins involontaires des prophètes ».Jusqu\u2019ici, Mesdames et Messieurs, S.Thomas ne vous semble-t-il pas projuif ?« Ne forcez pas, dit-il, les fils d\u2019Israël à devenir enfants de Dieu et de l\u2019Eglise par la foi et le Baptême.Ne les empêchez par de prier et de chanter les Psaumes dans leurs Synagogues ».Mais attendons .S.Thomas n\u2019a pas encore dit toute sa pensée.Il continue :\t« Cependant, chrétiens, soyez pru- dents, vous devez protéger et défendre votre foi contre le prosélytisme et l\u2019hostilité judaïques.Si elles deviennent dangereuses afin de pouvoir reconnaître plus facilement ces infidèles, obligez-les à porter un signe distinctif, selon la recommandation du concile général de Latran et la loi juive elle-même.S\u2019il le faut, défendez votre foi dans des disputes publiques, mais à condition d\u2019être vous-mêmes fermes dans la foi et capables de la défendre victorieusement.Enfin si, pour Saint Thomas et les Juifs 131 empêcher les juifs de nuire à notre sainte religion, il devenait nécessaire d\u2019user de la force et de prendre les armes, faites-le pourvu que vous en ayez le pouvoir.Si c\u2019est cela être antisémite, soyez-le pour la défense de votre foi.Ainsi donc sur le plan religieux, S.Thomas met en garde contre un antisémitisme hargneux, agressif et dominateur, mais il proclame un antisémitisme défensif, usant tout d\u2019abord de moyens relativement pacifiques, mais prenant au besoin les armes violentes.Les Juifs et la société civile Dans le domaine social maintenant, S.Thomas enseigne-t-il le même antisémitisme défensif?C\u2019est ici surtout qu\u2019il faut tenir compte des idées du temps et en particulier du droit chrétien médiéval.Deux grandes idées commandent la structure de la société civile au Moyen Age : la puissance publique au service de Dieu et de l\u2019Eglise, le temporel, fonction sacrée du spirituel.Et ces deux idées supposent nécessairement l\u2019unité de religion.Le bien commun vers lequel s\u2019orientent toutes les activités sociales, c\u2019est l\u2019extension de la rovauté du Christ et l\u2019efficacité de son œuvre ré-demptrice.D\u2019après cette conception de la société, les seuls vrais citoyens ne doivent être que les 132 Revue Dominicaine baptisés, les chrétiens.Eux seuls à plus forte raison peuvent-ils jouer efficacement un rôle publique conforme aux exigences de la mission divine de la cité terrestre.Les infidèles, \u2014 hérétiques, juifs et païens, \u2014 se trouvaient donc en dehors de l\u2019armature sociale de la Chrétienté.Bien plus, dans la mesure où les infidèles étaient ennemis de la foi, ils étaient aussi considérés comme ennemis de l\u2019ordre social.D\u2019autant qu\u2019à l\u2019endroit des juifs déicides, les peuples chrétiens du Moyen Age aimaient à se croire ministres de la Justice vengeresse de Dieu.Les infidèles, les Juifs, n\u2019étant pas même citoyens de la chrétienté médiévale, pouvaient d\u2019autant moins exercer une juridiction ou influence sociale quelconque sur les Chrétiens.Le Moyen Age interdisait donc aux Juifs les fonctions publiques et les professions libérales.Tel était le principe, mais en fait il y eut exceptionnellement des médecins juifs, des ministres des finances et des percepteurs d\u2019impôts juifs.Le Moyen Age alla plus loin encore, il déclara les Juifs « serfs perpétuels de l\u2019Etat ».C\u2019était un axiome juridique : Jndœi sunt servi in perpetuum.Cette servitude entraînait comme conséquence l\u2019incapacité de posséder.On laissait bien les Juifs acquérir les richesses, mais on leur refusait souvent le droit de se les approprier.Voilà dans ses grandes lignes, la situation Saint Thomas et les Juifs 133 faite aux Juifs par le droit public du Moyen Age.Elle manifeste plus qu\u2019un antisémitisme défensif.Les contraintes sociales que la Chrétienté imposait aux Juifs prenaient en quelque sorte un caractère punitif.Une lettre de Saint Thomas Consultons de nouveau le grand théologien que les Papes aimaient à garder près d\u2019eux afin de profiter de ses lumières.Quand il écrit son opuscule sur le « gouvernement des Juifs », S.Thomas fait partie de la cour pontificale à Or-vieto.C\u2019est en 1261, je crois.Il reçoit un jour une lettre de la duchesse de Brabant, Aleyde, depuis quelques mois veuve de Henri III.Celui-ci avait stipulé dans son testament qu\u2019il fallait expulser de sa terre jusqu\u2019au dernier, les Juifs et Cahorsins, à moins qu\u2019ils ne se résignassent « à négocier comme les autres marchands », c\u2019est-à-dire à renoncer à la pratique de l\u2019usure.Cette clause testamentaire embarrassait fort la duchesse qui, au moment où elle prenait en main le gouvernement du duché, devait faire face à une situation financière très précaire.Comment en sortir sans taxer les Juifs et les Cahorsins, et comment taxer ceux-ci si on les chassait du pays?Dans son embarras et sur le conseil des Dominicains de Louvain, la duchesse écrivit à Thomas d\u2019Aquin, le docteur le plus renommé de son Or- 134 Revue Dominicaine dre, pour le consulter sur divers points.Elle demandait s\u2019il était permis de lever des impôts sur les Juifs ; si l'on pouvait appliquer une peine pécuniaire à un Juif n\u2019ayant d\u2019autre fortune que le produit de prêts usuraires ; s\u2019il était licite de recevoir d\u2019un Juif un don volontaire ; enfin que faire du surplus lorsqu\u2019un Juif restituait une somme plus considérable que ce qui lui était réclamé par les Chrétiens ?Voilà les principales questions auxquelles devait répondre S.Thomas.Après la formule de politesse, le docteur fait remarquer que les soucis de l\u2019enseignement ne lui permettent guère de disposer du temps nécessaire à une consultation détaillée ; puis, il répond par ordre aux questions posées.Il est permis de lever des impôts sur les Juifs à condition de le faire avec modération et de telle sorte que le montant ne dépasse pas celui auquel ils ont été astreints dans le passé.On peut appliquer au Juif, n\u2019ayant d\u2019autre fortune que le produit de ses prêts usuraires, une peine pécuniaire, mais cette peine doit servir à désintéresser les victimes de l\u2019usure.Il est licite de recevoir d\u2019un Juif un don volontaire, mais ici encore ce don ne devra servir qu\u2019à un remboursement ou, à défaut de réclamant, être affecté à une œuvre pie.Enfin si un Juif restitue une somme plus considérable que ce qui lui est réclamé par les chrétiens, il faut en disposer comme ci-dessus. Saint Thomas et les Juifs 135 Comme vous l\u2019avez sans doute remarqué, à chaque point, S.Thomas répond qu'il faut forcer les Juifs à rembourser l\u2019argent volé.Le premier devoir des princes est d\u2019indemniser les victimes de l\u2019usure juive ; mais à cause de la difficulté de connaître celles-ci et d\u2019apprécier la part exacte de chacune, il reste aux princes l\u2019obligation et la ressource d\u2019indemniser tout le peuple chrétien en prélevant sur les Juifs des taxes pour assurer et promouvoir le bien de l\u2019Etat.Certes, d\u2019après la réponse du docteur dominicain, la duchesse Aley-de dut comprendre qu\u2019elle ne pouvait en aucune manière s\u2019approprier les biens des Juifs.Voilà comment S.Thomas, comme d\u2019ailleurs plusieurs autres théologiens médiévaux, entendait que le servage rendait les Juifs incapables de posséder.les biens mal acquis par les moyens injustes de l\u2019usure.Quoi de plus normal ! S.Thomas ajoute dans sa lettre à la duchesse : « Ce que j\u2019ai dit des Juifs, il faut aussi l\u2019appliquer aux Cahorsins et à tous ceux qui pratiquent l\u2019usure ».Il ne s\u2019agit donc pas ici, notez-le bien, d\u2019une mesure anti-juive, mais anti-usuraire.Faites respecter la justice à tous les prêteurs sans conscience qui volent l\u2019argent du peuple.Mais que dit S.Thomas de cet axiome de droit public médiéval : Judœi surit servi in perpe-tuum ?Comme il écrivait à un souverain temporel, pouvait-il prendre d\u2019autre base que le droit pu- 136 Revue Dominicaine blic alors en vigueur auprès des juristes et des autorités civiles ?Il ne discute pas la valeur de la théorie, il part du fait qu\u2019il en est déterminé ainsi par le droit civil.Rien de plus .ut jura di-cunt Judœi merito culpœ suœ sint vel essent perpétues servituti addicti.etc.Et vraiment on ne peut pas exiger que S.Thomas discute, dans sa consultation à la duchesse de Brabant, la valeur théorique du droit public, quand on veut bien se rappeler qu\u2019il a lui-même prévenu la duchesse que ses occupations de professeur ne lui permettait pas d\u2019être long.Et ailleurs si le saint docteur semble admettre le fait du servage des Juifs, il en circonscrit les limites avec fermeté.Cette « servitude civile », écrit-il, ne doit pas empiéter sur le droit naturel ni sur le droit divin (Quodl.2.a.7.) Quand à l\u2019exclusion des Juifs du gouvernement de la société chrétienne, S.Thomas semble en approuver le principe, mais en spécifiant toutefois que cette exclusion consistera à empêcher les Juifs d\u2019accéder à une fonction publique et non pas à leur enlever les positions qu\u2019ils occupent déjà.La raison est toujours la même : si les infidèles étaient préposés aux fidèles comme supérieurs ou comme maîtres, ce serait au scandale et au péril de la foi.Cette doctrine cadrait bien avec le droit public médiéval ; mais il faut noter que S.Thomas n\u2019accepte pas seulement une situation de fait, il énonce une doctrine dont doit Saint Thomas et les Juifs 137 tenir compte toute société chrétienne en tous les temps.Saint Thomas et la situation présente Qu\u2019est-ce que S.Thomas dirait des Juifs d\u2019aujourd\u2019hui ?Les philosémites prétendront peut-être que son enseignement ne saurait garder la même sévérité, tandis que les anti-juifs le voudront encore plus rigoureux.Qui a raison ?Nous le verrons en laissant parler S.Thomas lui-même.Si le saint docteur vous entretenait lui-même, il vous ferait remarquer que l\u2019aspect religieux de la Question juive, n\u2019a pas aujourd\u2019hui le relief qu\u2019il avait de son temps.Si au Moyen Age, on faisait parfois trop de religion avec la politique, en nos temps modernes, et même en nos pays catholiques, on fait assez souvent trop de politique avec la religion, quand celle-ci ne nous laisse pas indifférents.« Je n\u2019ai donc pas besoin, dirait S.Thomas, de vous prévenir contre un zèle intempestif qui chercherait à imposer de force aux is-raélites la religion catholique ; il serait ridicule de vous parler du baptême des enfants juifs contre la volonté de leurs parents ; je ne dois pas davantage insister sur la liberté de culte ou la tolérance des synagogues ».Judaïsme et Protestantisme « Mais votre attitude d\u2019âme en face des doc- 138 Revue Dominicaine trines étrangères à votre foi, sans être indifférente, je l\u2019espère, est-elle ce qu\u2019elle devrait être ?En présence de l\u2019infidélité judaïque et de l\u2019infidélité protestante, laquelle abhorrez-vous le plus au fond de votre cœur ?« Rappelez-vous ce que j\u2019enseignais au Moyen Age.C\u2019est encore vrai.Il y a trois sortes d\u2019infidélité, c\u2019est-à-dire trois manières de rejeter la foi.La première consiste à résister à la foi non encore reçue ; telle est l\u2019infidélité païenne ; la deuxième est de résister à la foi déjà reçue, mais en figure seulement : telle est l\u2019infidélité des Juifs; enfin la troisième manière refuse la foi chrétienne déjà reçue, non pas seulement en figure cette fois, mais dans la manifestation même de la vérité : telle est l\u2019infidélité des hérétiques et des a-postats.« Quelle est la plus grave de ces trois infidélités ?Je l\u2019ai enseigné dans ma Somme Théologique.Celui qui s\u2019oppose à la foi qu\u2019il a reçue pèche plus gravement contre la foi que ne le fait celui qui résiste à la foi non encore reçue ; de même que celui-là qui n\u2019accomplit point ce qu\u2019il a promis pèche plus gravement que celui qui ne fait point ce qu\u2019il n\u2019a jamais promis.D\u2019où, l\u2019infidélité des hérétiques qui ont professé la foi de l\u2019Evangile et qui luttent contre elle en la corrompant, est plus grave que celle des Juifs qui n\u2019ont jamais reçu la foi de l\u2019Evangile.Mais ajoute S. Saint Thomas et les Juifs 139 Thomas, parce que les Juifs ont reçu ce qui en était la figure, rAncienne Loi, qu\u2019ils corrompent en l\u2019interprétant de travers, leur infidélité est encore plus grave que celle des Gentils qui n\u2019ont reçu en aucune manière la foi de l\u2019Evangile ».Ainsi l\u2019infidélité protestante qui, après l\u2019avoir accepté, a perverti l\u2019Evangile par sa doctrine du libre examen, n\u2019est-elle pas plus grave que l\u2019infidélité judaïque qui n\u2019a jamais admis l\u2019Evangile ?Et pourtant vos sympathies intellectuelles, si je puis ainsi parler, ne se tournent-elles pas de préférence vers les doctrines des hérésiarques, Luther et Henri VIII ?Les protestants, dites-vous, sont au moins chrétiens comme nous ; ils admettent la divinité du Christ et sont ses disciples, tandis que les Juifs sont anti-chrétiens.Mais les vrais disciples du Christ, et par suite les seuls chrétiens, ne sont-ils pas ceux-là seuls qui se consacrent au Christ réel et total et non pas à un Christ incomplet, diminué, tronqué, défiguré ?Or le Christ total, c\u2019est sa personne et son œuvre, c\u2019est son corps réel et son corps mystique, c\u2019est Lui et son Eglise, prolongement de son Incarnation et continuatrice de son œuvre de salut.Et ce salut, il s\u2019opère par la foi et les bonnes actions.Mais la foi, la vraie, celle qui fait le vrai fidèle, est-ce la foi intuition du cœur, la foi confiance au pardon divin des protestants, ou la croyance catholique aux vérités surnaturelles révélées à la terre par 140 Revue Dominicaine Dieu lui-même et proposées à l\u2019adhésion des fidèles par l\u2019Eglise gardienne infaillible du dépôt révélé ?Est-ce la foi qui a une signification objective ou celle qui est laissée aux caprices parfois contradictoires du libre examen ?Enfin la vie chrétienne, la vraie justification, consiste-t-elle comme le veut le protestantisme, à cacher le pécheur derrière Jésus et à le couvrir tant bien que mal du manteau divin ?N\u2019est-elle pas plutôt, par la grâce sanctifiante, une transformation de l\u2019âme dans sa vie la plus intime, une transformation qui, de pécheresse et ennemie de Dieu, la fait juste et amie de Dieu ?Ainsi le protestantisme, en rejetant l\u2019Eglise, ne conserve qu\u2019un Christ diminué et défiguré, une foi qui n\u2019en est pas une, une justification qui n\u2019est que le simulacre de la vraie.Il ne peut donc donner que des demi-chrétiens, qu\u2019une foi corrompue, qu\u2019une justification de façade.Le Judaïsme lui n\u2019a pas essayé de se faire un Christ à lui, une foi chrétienne propre, une justification à lui.Il ne s\u2019est pas acharné à pervertir le Christ et son Evangile ; il n\u2019a pas voulu le reconnaître comme Messie ni accepter son message divin.Et alors, si vous pensez à l\u2019axiome : corrup-tio optimi pessima, il vous sera facile de conclure quelle infidélité est la plus grave, et quelle doit être l\u2019attitude catholique devant le Protes- Saint Thomas et les Juifs 141 tantisme et le Judaïsme.Attitude non pas d\u2019indifférence, mais d\u2019opposition vis-à-vis de ces deux religions fausses ; attitude non d\u2019hostilité ouverte, mais de condamnation intérieure plus intransigeante, plus entière, plus rigoureuse vis-à-vis les doctrines protestantes que vis-à-vis les doctrines juives.Les devoirs de la défense de la foi sont impérieux Mais à l\u2019égard des personnes infidèles, l\u2019attitude de l\u2019âme chrétienne doit être celle de la bienveillance et du pardon.Il ne faut même pas, à l\u2019exemple du Moyen Age, détester les Juifs par amour de Dieu.En vrai chrétien, il faut aimer les Juifs par amour de Dieu.En vrai chrétien, il faut aimer les Juifs, prier pour eux, demander au Seigneur de les convertir, comme le fait l\u2019Eglise elle-même dans sa liturgie du vendredi saint.Un antisémitisme qui détesterait les Juifs comme personnes humaines, incapables de grâce et de pardon, serait un antisémitisme monstrueux.Tout de même cette charité chrétienne ne peut pas s\u2019exercer au détriment de notre foi.Si elle est attaquée par les infidèles, \u2014 hérétiques, juifs et païens, \u2014 il faut la défendre énergiquement.Et comme c\u2019est le christianisme des catholiques et non celui des protestants qui proclame incessamment l\u2019échec désastreux de l\u2019espérance 142 Revue Dominicaine d\u2019Israël, comment celui-ci n\u2019essayerait-il pas de se venger des premiers.De connivence ou non avec la franc-maçonnerie, ses représailles sont toujours à craindre.Certes, il ne faut pas en voir partout.Mais une fois constatées, le devoir de la défense est rigoureux.Empêcher les Juifs, comme d\u2019ailleurs les autres infidèles, de nuire à la foi chrétienne, et les empêcher même par la force quand les chrétiens en ont le pouvoir, telle est la ligne de conduite qui s\u2019impose.Cet antisémitisme défensif est aussi légitime aujourd\u2019hui qu\u2019il l\u2019était au Moyen Age.Sur le plan social Sur le plan social, que dirait S.Thomas des Juifs d\u2019aujourd\u2019hui ?Quelles directives donnerait-il à un gouvernement catholique qui, comme autrefois la duchesse de Brabant, le consulterait sur ce point ?Comme la chrétienté médiévale est chose du passé, il ne faut pas chercher à la faire revivre dans toutes ses particularités.Contentons-nous de pénétrer de l\u2019idée chrétienne nos institutions sociales.Catholiques d\u2019aujourd\u2019hui, travaillons à restaurer un ordre social chrétien, une nouvelle chrétienté.Ce langage plairait au génie novateur de S.Thomas d\u2019Aquin.En face de la situation sociale moderne, il aurait tenté lui-même de préciser « l\u2019idéal historique d\u2019une nouvelle chrétien- Saint Thomas et les Juifs 143 té ».Il le ferait sans doute avec plus d\u2019ampleur que M.Maritain ; mais je crois qu\u2019il ne désapprouverait pas l\u2019essai de son brillant disciple.Au temps de la chrétienté médiévale, l\u2019unité de foi et de religion formait le lien social.Les Chrétiens étaient les seuls vrais citoyens.Les infidèles, et parmi eux les Juifs, n\u2019étaient que tolérés et condamnés à une totale incapacité civile.Aujourd\u2019hui, il n\u2019en est plus ainsi.On distingue parfaitement le domaine temporel et le domaine spirituel, comme on distingue éducation profane et éducation religieuse.Mais de même que celle-là doit être orientée vers celle-ci, l\u2019ordre social doit être dirigé vers un pôle positivement et intégralement chrétien.Les fidèles et les infidèles, les chrétiens et les non-chrétiens, citoyens de la même société terrestre, peuvent et doivent collaborer au même bien commun temporel.S.Thomas serait le premier à ne plus tenir compte de l\u2019axiome : Jüdœi sunt servi in perpetuum.Mais accepterait-il, dans un ordre social chrétien, la position libérale des sociétés modernes, c\u2019est-à-dire accepterait-il la participation des Juifs au gouvernement de la société ?ou bien leur interdirait-il toute charge publique ?N\u2019adop-terait-il pas plutôt une solution mitoyenne ?11 s\u2019agit, ne l\u2019oublions pas, d\u2019un état catholique.Or il est incontestable que les chefs d\u2019un groupement doivent connaître avec netteté et précision 144 Revue Dominicaine le but à poursuivre afin d\u2019orienter efficacement les énergies de tous ses membres.Mais quelle est la tâche commune d\u2019une société chrétienne ?Elle n\u2019est pas divine, comme le prétendait le Moyen Age, mais humaine et temporelle.Cependant elle doit être polarisée d\u2019une manière plus ou moins immédiate par l\u2019idéal chrétien.Comment donc ceux qui ignorent, en fait ou en droit, les vérités capitales du catholicisme pourraient-ils assurer cette polarisation, cette orientation des activités sociales chrétiennes ?Les Juifs inaptes à gouverner les Catholiques Supposez qu\u2019un jour, dans un état chrétien, \u2014 par suite de je ne sais quelle indolence ou quelle complicité, \u2014 toutes les charges publiques seraient efficacement contrôlées par des non-chrétiens, Juifs ou Protestants, croyez-vous que ces Juifs et ces Protestants, malgré toute leur bonne volonté, ne compromettraient pas cette o-rientation de toutes les énergies sociales vers un but subordonné effectivement à l\u2019idéal chrétien ?Imaginez ce qui arriverait dans un pays catholique où la commission scolaire serait administrée et dirigée par des non-chrétiens ?où la vie économique serait sous le contrôle presque absolu de ces « spécialistes » en affaires qui ne tiennent ou ne peuvent tenir compte d\u2019un ordre catholique?De même que l\u2019instruction profane non seu- Saint Thomas et les Juifs 145 lement ne doit pas s\u2019opposer à l\u2019éducation chrétienne, mais doit la favoriser et y conduire, ainsi la vie sociale chrétienne ne se conçoit pas sans une économie dirigée selon des principes chrétiens.Comment assurer pratiquement le triomphe de l\u2019ordre social catholique sans l\u2019influence prépondérante et décisive d\u2019hommes publics connaissant bien l\u2019idée chrétienne et ses ramifications dans toutes les sphères de la société.Ainsi donc, dans une nouvelle chrétienté, il importera d\u2019assurer l\u2019orientation des activités sociales vers un pôle intégralement chrétien, et dans la mesure où les non-catholiques pourront compromettre cette orientation, dans la même mesure on devra les écarter de l\u2019administration publique.Il s\u2019agit seulement d\u2019appliquer proportionnellement mu-tatis mutandis la doctrine où S.Thomas se demande « si les infidèles peuvent être préposés aux fidèles comme supérieurs et comme maîtres».Comment faudrait-il alors doser leur participation possible à certaines fonctions publiques?Il serait trop long de le faire ce soir.Qu\u2019il suffise pour le moment d\u2019affirmer que dans un pays catholique, en présence d\u2019un candidat aux fonctions de l\u2019Etat, on ne peut dans tous les cas faire abstraction de son caractère confessionnel.L\u2019obstacle du nationalisme Juif Dans la chrétienté médiévale, il y avait aussi 146 Revue Dominicaine la « Question nationale », mais celle-ci ne mettait jamais en jeu l\u2019unité de l\u2019Europe chrétienne.Elle ne dépassait pas en quelque sorte l\u2019importance d\u2019un problème familial.Mais avec l\u2019âge moderne l\u2019idée de nationalité est devenue si puissante qu\u2019elle a brisé l\u2019unité de la chrétienté et divisé l\u2019Europe.Cependant une nouvelle chrétienté n\u2019exclurait pas un bon nationalisme.Le problème est-il le même dans un pays chrétien où se trouve diverses nationalités ?D\u2019ordre culturel, le nationalisme représente une valeur humaine, un aspect particulier de la richesse du bien humain.D\u2019où en principe pas d\u2019antinomie, pas d\u2019opposition irréductible entre les différents groupes nationaux, à condition toutefois que chaque groupe n\u2019ait pas la prétention d\u2019identifier ses particularités nationales avec le bien humain intégral.Les groupements nationaux, doivent même n\u2019être pas des rivaux, mais des collaborateurs au service du bien humain total qui renferme éminemment toutes les valeurs nationales.Et par le bien humain nous rejoindrons l\u2019ordre social chrétien.C\u2019est le devoir de l\u2019Etat de grouper, de coordonner, d\u2019orienter les diverses forces nationales vers ce but supérieur et non pas de contraindre l\u2019une ou l\u2019autre des nationalités à subir, sans raison, l\u2019épreuve d\u2019une puissante politique d\u2019assimilation.Par ailleurs, il faut que les divers « nationaux » se soumettent loyalement à cette Saint Thomas et les Juifs 147 coordination des efforts de tous, seul moyen d\u2019assurer le bien commun du pays.Et si une minorité nationale de par son histoire ou de par son idéal même peut facilement devenir un obstacle à la paix et à la poursuite du bien général, n\u2019est-il pas du devoir de l\u2019Etat non seulement d\u2019empêcher cette minorité de nuire à l\u2019œuvre commune, mais aussi de la forcer par des mesures appropriées à ne pas se tenir en marge des autres et à travailler au bien général de son pays d\u2019adoption ?Le traitement des minorités juives Nous pouvons maintenant appliquer ces principes au groupe national juif vivant dans un pays chrétien.Le devoir de tout Etat qui a reçu les Juifs est de leur faire des conditions de vie sociale qui leur permettent de conserver s\u2019ils le veulent leur nationalité.Cependant peut-on vraiment assimiler le cas des minorités juives à celui de toutes les autres minorités, et accorder à celles-là sans aucune restriction tout ce que celles-ci pourraient légitimement désirer?N\u2019oublions jamais que le problème juif est un problème unique et que seul un chrétien peut l\u2019envisager dans son ampleur.Surtout n\u2019oublions jamais que le judaïsme est autant une nation qu\u2019une religion.« Il faut avoir présent à l\u2019esprit, écrit le juif Juster, le ca- 148 Revue Dominicaine ractère ethnico-religieux des Juifs, et ne pas essayer de diviser des choses indivisibles ».Et le P.M.-J.Lagrange, le fondateur de l\u2019Ecole biblique des Dominicains de Jérusalem, ajoute dans un remarquable article sur Le nationalisme juif et la Palestine : « Tout est là, et il est impossible de rien comprendre à l\u2019histoire des Juifs si l\u2019on ne tient solidement ces deux bouts de la chaîne difficile à relier : le judaïsme est une religion ; il est une nationalité .Si la foi juive venait à fléchir dans les cœurs du plus grand nombre, le judaïsme cesserait d\u2019être une nationalité à part ; il fondrait rapidement.Tout son passé est garant de son avenir ; c\u2019est le peuple de la loi, c\u2019est-à-dire de l\u2019alliance conclue avec Dieu.Et si la foi juive se répandait si rapidement que les prosélytes n\u2019eussent pas le temps de s\u2019imprégner de l\u2019esprit national, la nation disparaîtrait encore.Ou plutôt c\u2019est précisément parce que la religion juive a un caractère strictement national que les efforts de sa propagande ont été toujours paralysés ».Ainsi donc en parlant des minorités juives, il faut absolument tenir compte de cette donnée essentielle que le judaïsme est à la fois une religion et une nationalité.Son nationalisme est animé et vivifié par son idéal religieux.Le sentiment national chez les Juifs se double et se fortifie du sentiment religieux.Dès lors dans un pays chrétien, la minorité juive pose un problème extrême- Saint Thomas et les Juifs 149 ment compliqué qui ne saurait être résolu à la façon de celui de toutes les autres minorités nationales.Dans un pays catholique les Juifs auront beaucoup de peine à être de bons nationaux, travaillant de concert à la prospérité de l\u2019ordre social chrétien, parce que leur religion à caractère strictement national les portera toujours à s\u2019isoler, à vivre à part, un peu comme des étrangers à côté des citoyens chrétiens.Ecoutez à ce sujet M.Maritain : «Sans doute bien des Juifs, ils l\u2019ont montré au prix de leur sang durant la guerre, sont vraiment assimilés à la patrie de leur choix ; mais la masse du peuple juif reste néanmoins séparée, réservée, en vertu même de ce décret providentiel qui fait de lui tout le long de l\u2019histoire, le témoin du Golgotha ».« Dans la mesure oh il en est ainsi, on doit attendre des Juifs tout autre chose qu\u2019un attachement réel au bien commun de la civilisation occidentale et chrétienne.Il faut ajouter qu\u2019un peuple essentiellement messianique comme le peuple juif, dès l\u2019instant qu\u2019il refuse le vrai Messie jouera fatalement dans le monde un rôle de subversion, je ne dis pas en raison d\u2019un plan préconçu, je dis en raison d\u2019une nécessité métaphysique, qui fait de l\u2019espérance messianique et de la passion de la Justice absolue, lorsqu\u2019elles descendent du plan surnaturel dans le plan naturel, et qu\u2019elles sont appliquées à faux, le plus actif ferment de révo- 150 Revue Dominicaine lution ».Comment alors un état catholique, à la recherche des vraies valeurs sociales chrétiennes, pourrait-il donner une entière confiance à une minorité juive avant qu\u2019elle n\u2019ait prouvé son dévouement indéfectible à l\u2019œuvre commune ?D\u2019autre part, comment les Juifs, dans l\u2019ensemble, pourraient-ils devenir moins nationalistes et moins religieux ?Et pourtant, dans un état chrétien, il faut bien que les Juifs, dans la mesure du possible, collaborent avec les chrétiens.Ne voyez-vous pas alors qu\u2019un certain nombre de mesures gouvernementales non seulement défensives, mais de plus préventives, apparaissent nécessaires contre la minorité juive.L\u2019histoire la plus récente d\u2019Israël confirme admirablement cette doctrine.Dans un pays catholique, il faut donner aux Juifs un statut approprié pour les aider à servir l\u2019œuvre commune, et les orienter, dans la mesure du possible, vers l\u2019ordre social chrétien.C\u2019est ce que j\u2019appellerais un antisémitisme préventif (1).Voilà, illustre et pieuse souveraine, la répon- f1) Pour être complet, il faudrait déterminer quelle doit être l\u2019attitude des catholiques à l\u2019égard des Juifs dans un pays où la constitution civile et le pouvoir ne s\u2019inspirent pas des principes de la foi catholique.Comme cette question délicate exigerait de longues considérations, nous préférons en faire l\u2019objet d\u2019une étude spéciale qui paraîtra prochainement. Saint Thomas et les Juifs 151 se que je devais à vos questions ; cette réponse que je vous apporte vous laisse pleine liberté d\u2019accepter l\u2019opinion de maîtres plus compétents et mieux renseignés.Telles sont les paroles que S.Thomas écrivait à la duchesse de Brabant, en conclusion à la lettre qu\u2019il lui adressait au sujet des Juifs de son temps.Si S.Thomas avait à parler des Juifs d\u2019aujourd\u2019hui, il le ferait avec la même réserve.A ceux qui viennent de m\u2019écouter je répète les paroles du saint Docteur : Ces quelques considérations vous laissent pleine et entière liberté d\u2019accepter l\u2019opinion de maîtres plus compétents et plus renseignés.La vérité est une ; mais l\u2019homme pour la connaître doit la fractionner, la séparer, la diviser.La vérité est immuable, éternelle, mais en tombant dans nos âmes humaines, elle se colore et se nuance ; il faut de longs efforts pour lui restituer sa beauté intégrale, sa pureté primitive, il faut le secours des opinions qui se croisent, s\u2019entremêlent, se heurtent parfois, mais font jaillir le feu purifiant qui donne à la vérité son éclat et sa beauté.B.Mailloux, O.P.Collège Dominicain, Ottawa Le Sens des Faits Education religieuse L\u2019éducation religieuse, comme l\u2019éducation en général, est une voie qui conduit l\u2019enfant d\u2019un état religieux inférieur à un autre plus parfait.L\u2019éducation religieuse consiste également à adapter des moyens au but proposé.D\u2019où se pose, avec acuité la question de méthode à suivre.En d\u2019autres termes, quels sont les moyens les plus efficaces et les mieux adaptés à l\u2019éducation religieuse des enfants ?Quelle voie, puisque la méthode est une voie, est de soi proportionnée aux goûts et aux aptitudes du jeune esprit de l\u2019enfant?L\u2019efficacité de l\u2019enseignement religieux se réduit à une question de méthode.C\u2019est ce que madame Marie Fargues a saisi avec une vive perspicacité dans son volume intitulé : « Les méthodes actives dans l\u2019enseignement religieux» (1).Cet ouvrage montre, à l\u2019état concret, une expérience type, qui peut bien être la genèse d\u2019une méthode à suivre.Sans vouloir se présenter comme un traité didactique d\u2019éducation religieuse, ni même comme une méthode de catéchisme, l\u2019ex- O Desclée, De Brouwer et Cie Paris, 1935. Le sens des Faits 153 périence qu\u2019il raconte n\u2019en est pas moins la base la plus solide d\u2019une méthode qui finira par s\u2019imposer d\u2019elle-même.Cette relation de « tests » met en lumière les difficultés auxquelles se heurtent les éducateurs, pour donner à l\u2019enfance un enseignement qui non seulement ait une valeur théorique mais possède un ferment qui pénètre l\u2019âme et la fasse vivre ; elle donne les moyens d\u2019obvier, dans une large mesure, à ces difficultés; elle commande à tout éducateur de connaître l\u2019enfant et de s\u2019adapter à lui.Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un enfant ?C\u2019est une imagination vive, une sensibilité qui tend à s\u2019épanouir, une âme qui recèle en soi un minimum d\u2019expériences personnelles et un soupçon d\u2019attention volontaire ; quant à l\u2019esprit logique, s\u2019il existe, il n\u2019y est qu\u2019à l\u2019état embryonnaire.L\u2019enfant vit dans le concret ; l\u2019abstrait n\u2019a aucune prise sur lui.La formule sèche l\u2019embarrasse et, pour le besoin de la cause, il la confie à sa mémoire.Celle-ci n\u2019est qu\u2019un outil de l\u2019intelligence.Faut-il lui faire grand honneur et complète confiance ?Surtout chez l\u2019enfant elle est bien souvent une servante infidèle.Connaissant l\u2019enfant, comment s\u2019adapter à lui ?Quelle voie suivre pour opérer son éducation religieuse ?Deux méthodes se présentent : l\u2019une que l\u2019on appelle passive, parce qu\u2019elle réduit l\u2019esprit de l\u2019élève à l\u2019état de réceptivité, étale entre 154 Revue Dominicaine lui et le maître la doctrine, tente de mesurer la capacité du contenant : le cerveau de l\u2019enfant et la somme du contenu : la doctrine ; elle fait un constant appel à l\u2019esprit logique, et combien prématurément ; pour elle, enseigner, c\u2019est mettre en formules.Mais, si pour les maîtres qui préconisent une telle méthode, enseigner c\u2019est mettre en formules, savoir, pour l\u2019enfant devient alors tout simplement répéter des formules.Souvent ces formules ne sont que des paroles sans écho, sans portée effective comme sans valeur de vie.Le savant professeur étale, avec vanité peut-être, son vaste savoir, sans profit pour les petits qui l\u2019écoutent ou font mine de l\u2019écouter, qui souvent n\u2019osent pas retourner la tête ou parler entre eux par la seule crainte de la férule.C\u2019est là une grave erreur de psychologie, Car, ne l\u2019oublions pas, parents et éducateurs, l\u2019enseignement, quel qu\u2019il soit, doit se modeler sur les particularités de la compréhension chez l\u2019enfant.L\u2019enfant laisse échapper dans une phrase tous les mots difficiles, puis il relie les mots compris jusqu\u2019à en faire un schéma d\u2019ensemble, lequel, après coup, permet d\u2019interpréter les mots incompris.Il appert donc pour les éducateurs que d\u2019après leurs propres connaissances de l\u2019enfant et de ses acquis antérieurs, il leur faut deviner s\u2019il peut construire avec justesse le schéma d\u2019en- Le sens des Faits 155 semble du texte qu\u2019on lui présente.Il faut l\u2019aider à faire l\u2019assimilation mentale des formules en les adaptant à son cerveau par recoupements successifs, par de nombreuses approximations, des sélections répétées.Tout cela pour le mettre en mesure de comprendre, c\u2019est-à-dire de prendre plutôt que de recevoir puisque « comprendre, c\u2019est prendre avec soi ».Comprendre est un maximum d\u2019activité.La méthode que nous venons d\u2019analyser a ce vice fondamental de reléguer l\u2019enfant dans la plus désolante passivité.En religion, comme en toute matière d\u2019enseignement, seule l\u2019activité personnelle de l\u2019élève assure le parfait résultat de sa formation spirituelle.On n\u2019épanouit pas une rose en tirant le bouton.Par contre cette activité personnelle, que tous reconnaissent indispensable, la méthode active la rend possible.Et c\u2019est-là sa grande supériorité.Mais il ne faut pas se méprendre sur le sens que l\u2019on donne à méthode active.Quand on oppose cette formule d\u2019enseignement à la méthode passive, on se figure le plus habituellement qu\u2019elle consiste essentiellement dans une suite d\u2019exercices pratiques, dans des leçons de choses, dans des cours où le maître s\u2019applique à dresser ce \u201cpetit animal\u201d qu\u2019est l\u2019enfant.Mais est-ce bien là, la méthode active authentique ?.Si l\u2019enfant réalise la nature humaine, il possède plus 156 Revue Dominicaine qu\u2019un corps doué de sensibilité, il a un esprit, peu développé, c\u2019est vrai, mais réel cependant.C\u2019est à lui que doit s\u2019adresser avant tout l\u2019éducateur.11 faut qu\u2019il le porte à travailler, à réfléchir.Tout dans l\u2019enseignement religieux doit converger vers ce but, car la réflexion, pour l\u2019enfant dont l\u2019intelligence s\u2019éveille comme pour l\u2019homme d\u2019âge mur, est la plus grande activité.Mais il existe une différence notable dans les moyens d\u2019y faire parvenir l\u2019un et l\u2019autre.L\u2019enfant a besoin pour s\u2019appliquer au labeur intellectuel de s\u2019y mettre tout entier, corps et âme, de se sentir physiquement attiré, de remuer, de jouer, de trouver par lui-même l\u2019expression des vérités qu\u2019on lui enseigne.C\u2019est pourquoi la meilleure formule d\u2019instruction religieuse sera d\u2019utiliser cette psychologie intime des petits, de canaliser ces besoins de l\u2019enfant.La méthode active n\u2019a pas d\u2019autre but.Elle demande uniquement que le maître pousse l\u2019enfant à se servir des moyens qui lui sont proportionnés, en vue d\u2019acquérir une connaissance vitale du catéchisme.Jeux, petits travaux manuels, classes par questions et réponses, travail en équipe, toutes ces espèces d\u2019activités y sont mises en œuvre pour amener l\u2019enfant à réfléchir sur les vérités religieuses, à faire un acte vital en étudiant la doctrine révélée.La mémoire n\u2019occupe plus la place principale ; la méthode active ne la rejette pas, mais la met à son rang secondaire de servan- Le sens des Faits 157 te, d\u2019auxiliaire.Mais qui ne voit la grande difficulté dressée en face d\u2019une telle méthode, qui s\u2019oppose à bien des conceptions et des préjugés courants ?Madame Fargues ne l\u2019ignore pas.« La réussite finale, nous dit-elle, se paiera presque toujours d\u2019un ou plusieurs demi-échecs préliminaires.Des échecs qui font du bruit, parce que les premières réactions des enfants vis-à-vis des méthodes actives, quand celles-ci sont maniées par des éducateurs encore novices et placés dans des conditions défectueuses, c\u2019est, au moins en ville, une plus ou moins grande indiscipline extérieure.Or il faut, de toute nécessité, dans une classe d\u2019enseignement religieux plus que dans toute autre, arriver au calme (mais non pas absolu ni constant : faisons la part du feu).« La différence entre cet échec qui fait du bruit et celui de la classe passive, c\u2019est d\u2019abord que ce dernier ne se dénonce pas, puisqu\u2019il ne fait pas de bruit.Alors on le supporte avec sérénité.Et il se perpétue.Et c\u2019est grave, que les âmes des enfants restent imperméables à un enseignement de vie .» (p.77-72).Et ces échecs relatifs sont peu de chose en comparaison des résultats que peut procurer un enseignement religieux vital.Déjà, chez nous, se fait sentir une baisse dans la foi que tous attribuent, avec raison, au manque de formation reli- 158 Revue Dominicaine gieuse.Et d\u2019où provient ce manque ?n\u2019est-ce pas souvent du fait de peu d\u2019adaptation des anciennes méthodes d\u2019enseignement religieux chez les enfants ?A tous ceux qui s\u2019intéressent à ce grave et même angoissant problème de l\u2019instruction religieuse, le volume de madame Fargues apportera donc, j\u2019en suis sur, de très utiles suggestions.L\u2019on y trouvera peut-être les germes d\u2019une rénovation religieuse.Que les éducateurs le lisent et le méditent, ils y trouveront une excellente leçon de faits ! Martial Bergeron, O.P.L\u2019Esprit des Livres M.De Lama, O.S.A.\u2014 « S.Augustini doctrina de gratia et prædestinatione» (Ex opéré con-fecto contra Julianum excepta).\u2014 Turin, 1934 ; in-80 de 156 pp.\u2014 8 lires.Voici un titre alléchant pour un jeune théologien, passionné du traité de sa grâce, et un peu désorienté dans les nombreux in-folios que représentent les œuvres de S.Augustin.Aussi, c\u2019est avec grande bienveillance qu\u2019il entreprend la lecture de cet opuscule.Une courte préface, \u2014 à peine une page, \u2014 lui dit que l\u2019auteur a conçu son ouvrage « velut introductio in doc-trinam de gratia augustianam ».Le dessein lui en est venu L\u2019esprit des Livres 159 à l\u2019occasion de la lecture d\u2019un traité dogmatique : « De Gratia », par le R.P.Lange.Ce dernier ouvrage interprète mal, paraît-il, la pensée de S.Augustin.Le lecteur du Père De Lama apprendra seulement à la page 24, dans une\" apostille que l\u2019interprétation dont il s\u2019agit est faite « secundum placita molinistarum » à cause des préjugés de son auteur contre l\u2019école augustino-thomiste.Nonobstant, si on persévère dans la lecture du Père De Lama on finit par s\u2019apercevoir (cf.surtout pp.110 et 111) que ce dernier a peut-être lui aussi ses préjugés, puisqu\u2019il manifeste appartenir à un école bien déterminée, celle de la postérité de Satolli, qui veut tenir le milieu entre le molinisme, et ce qu\u2019on appelle le thomisme rigide.Sans doute, il n\u2019est pas impossible a priori, que cette manière d\u2019entendre S.Augustin soit la vraie.Mais si l\u2019on veut nous détourner d\u2019une autre pour nous amener à celle-ci, que l\u2019on soumette les textes à une exégèse serrée.Personne ne soutiendra que le Père De Lama l\u2019a fait.Voici comment il procède : il extrait des livres 1, 5, 6 de l\u2019Opus imperfectum contra Julianum» \u2014 oeuvre considérable, qui occupe presque tout le tome 45e de l\u2019édition M igné \u2014 un certain nombre de textes qu\u2019il place sous des titres assez disparates, accompagnant chacun d\u2019une note, généralement très courte, n\u2019exprimant la plupart du temps, que la pensée de S.Augustin, assimilée par le Père De Lama, selon sa mentalité.L\u2019auteur offre son opuscule aux hommes de science et aux étudiants en théologie.Je ne vois pas ce qu\u2019il peut apporter aux premiers.Quant aux seconds, il est bien certain qu\u2019il leur sera utile d\u2019avoir entre les mains, dans un format très commode, plusieurs passages choisis de l\u2019une des dernières œuvres de S.Augustin, dans laquelle ce Père traite de la grâce.A ce titre, la publication de notre auteur n\u2019est pas sans raison d\u2019être.P.Tremblay, O.P. 160 Revue Dominicaine François Amiot.\u2014 « Lumière et Paix de l\u2019Evangile », \u2014 in-12, 237 pp., Editions Spes; Paris, 1933.Professeur d\u2019Ecriture Sainte pendant de nombreuses années, M.François Amiot fut à même de méditer et de goûter les beautés de l\u2019Evangile.C\u2019est un peu des sentiments intimes et des pensées profondes que la lecture sacrée lui a suggérés qu\u2019il nous donne dans ce petit volume « Lumière et Paix de U Evangile » où nous trouvons, après une entrée en matière sur La Splendeur spirituelle de VEvangile, cinq groupes de méditations : 1 sur Saint Jean-Baptiste, 2 sur le Discours sur la montagne, 3 sur le Pater, 4 sur Saint Pierre, 5 sur le Discours après la Cène.Dans une langue qui se lit facilement l\u2019auteur expose ces belles pages de l\u2019Evangile et tire des enseignements pratiques.Le meilleur éloge de ce volume ce sont san» doute les paroles adressées à M.Amiot par son Eminence le Cardinal Verdier, dans la lettre-préface ; «.vous avez dégagé, d\u2019une manière très heureuse, les enseignements magnifiques contenus dans les discours du Sauveur.On comprendra mieux, en vous lisant, à quel point les divines paroles sont « esprit et vie » ; on se sentira pénétré de la lumière et de la paix que nous apporte le message du Christ et dont, moins que jamais, le monde désorienté ne peut se passer sans courir aux abîmes.Puisse votre livre contribuer pour sa part au mouvement de renaissance catholique dont nous sommes témoins et qui autorise tant d\u2019espérances ».Adrien-M.Brunet, O.P. AYANT DE PARTIR EN VOYAGE Y' Avant de partir en voyage, quel que soit le pays vers lequel vous vous dirigez, consultez le gérant de notre succursale locale.Il pourra vous munir de chèques de voyageurs négociables facilement n\u2019importe où, ou d\u2019une lettre de crédit circulaire qui fera connaître votre identité en n\u2019importe quelle ville du monde où vous projetez de rendre.Consultez le gérant de notre succursale concernant les d\u2019émission.^oooO1 La Banque Provinciale du Canada ÎâS G RAI N a :AU Limitée PHARMACIENS EN GROS Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentiste.30 est, rue Saint-Paul, -\t-\t-\t- Montréal Demandez notre Catalogue.Tél.FItzroy 5222: Daigle Si Paul Limitée Marchands en gros et en détail BOIS DE SCIAGE Lattes, Bardeaux, Moulures, Jalousies et Portes de tous genres 1962 AV.GALT, MONTREAL Magasin: 401\tTELEPHONE BELL , Résidence: 439J J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES pour toute la famille.Motto: Service \u2014 Courtoisie et Qualité.143, rue Cascades, -\tSaint-Hyacinthe Je peux vous fournir tout ce qui peut vous être nécessaire en chaussures et en bas.AUSSI AGENCE DE RADIOS.Tél.Bureau: 95 ERNEST J.CHARTIER Commerçant de BOIS et CHARBON 136, rue Girouard, - Saint-Hyacinthe Téll Résidence 244-w.(Le soir) Résidence 244-j.Bureau: 88 Maison établie en 1879 A.BLOND1N Limitée \u201cINSUL-BOARD\u201d \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis 115, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe Dentiers incassables \u201cResovin et autres\", Ponts, Obturations de tous genres Ouvrage de première qualité seulement RAYONS X Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CH IR U R GIEN-D EN T IS TE Membre du Dispensaire Antituberculeux des Comtés de St-Hyacinthe et Rouville Spécialité: Chirurgie Buccale, Extractions sans Douleurs, Procédés nouveaux d\u2019Anesthésie.Prix raisonnables\t79 Ste-Anne Satisfaction Garantie\tST-HYACINTHE, P.Q.Ouvert de 9 A.M.à 9 P.M.\tTéléphone 80 FIXEZ-VOUS UN BUT Prenez la résolution d\u2019économiser $50., $100., I $500.ou $1,000., en trois mois, six mois ou un an.Ce but fixé, ne le perdez jamais de vue.Persévé-j rez, malgré les difficultés du début.Vous l\u2019attein-i drez.Vous le dépasserez.Ouvrez aujourd\u2019hui un compte d\u2019épargne à la Canadienne Nationale Actif, plus de $130,000,000 553 bureaux au Canada Succursale à Saint-Hyacinthe tlit E.-O.DESJARDINS, gérant.Téléphone 500 Louis BOURGEOIS Limitée FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL 104-110, St-Antoine \u2014 67-61, St-Simon, - Saint-Hyacinthe Téléphone 59-w F.Daoust, gérant LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre Philudor 148, rue Concorde - Saint-Hyacinthe Téléphone: CRescent 2734 M.J-ALBERT LARUE ARCHITECTE A.A.P.Q.ptl 5711, rue Durocher Montréal Votre Agent! 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touriste étranger est attiré plus peut-être par cette courtoisie dont il est l\u2019objet, que par la beauté des paysages et îa diversité des autres attraits de notre province.REDOUBLONS NOS EFFORTS \u2014 N\u2019épargnons aucun effort pour conserver et augmenter cette belle réputation.Que tous ceux qui nous visitent soient traités comme des invités auxquels on veut rendre le séjour agréable, afin qu\u2019ils prolongent le plus possible leur visite parmi nous et qu\u2019à leur départ ils n\u2019emportent que de bons souvenirs.COMMENT ETRE COURTOIS \u2014 La courtoisie peut s\u2019exercer de mille et une façons, mais principalement en donnant à l\u2019étranger qui demande un renseignement une réponse claire et précise, en lui rendant à l\u2019occasion un petit service désintéressé, en lui cédant le droit de passage dans une rencontre ou à une bifurcation de chemin, en l\u2019accueillant avec cordialité où qu\u2019il se présente.Que dans toutes ses relations avec la population locale le touriste étranger sente que sa présence est désirée, que tout le monde s\u2019efforce de rendre son séjour agréable, et à son retour dans sa localité, il se fera le propagandiste bénévole et efficace du pays où il aura reçu ce traitement courtois et hospitalier.Office Provincial du Tourisme MINISTERE DE LA VOIRIE, PARLEMENT, QUEBEC.Hon.J.-E.PERRAULT, ministre\tJ.-L.BOULANGER, scus-ministre Arthur BERGERON, sous-ministre suppléant Dominion Blank Book Co.Limited La manufacture de papeterie la plus importante au Canada Livres peur Comptabilité Sacs à Chapeaux Livres à Feuilles Mobiles Sacs pour Pâtisseries Livrets de comptoir\tEnveloppes Commerciales Toutes les formes, tous les genres SAVOY ET SES FILS Limitée Vous produiront un en-tête de lettre digne de votre firme, demandez nos échantillons, et nous vous soumettrons un en-tête de lettre en harmonie avec votre genre d\u2019affaire.Les Bouchers et les Boulangers trouveront chez nous du papier ciré de première qualité, sur demande nous 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