Revue dominicaine, 1 février 1934, Février
[" Bibliothèque des T ROI S-RIViÈRES Public Library S o inimnir Jpt&râr 1934 ^Rebue \u2022pmmmcame Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voyer Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada :\t$2.00 Etranger:\t$2.25 Avec le « Rosaire » : 25 sous en plus par an Le numéro:\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN MARS REPONSE A NOTRE ENQUETE par le Dr Pierre Masson Professeur d\u2019anatomie pathologique à l\u2019Université de Montréal.QUELQUES LEGENDES SCIENTIFIQUES par M.Léon Lortie, D.Sc.Chargé de cours à la Faculté des Sciences.5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) SOMMAIRE M.Paul GOUIN Réponse à l\u2019Enquête R.P.Albert SAINT-PIERRE, O.P.La situation de la femme dans l\u2019Eglise primitive R.P.Raymond-M.CHARLAND, O.P.Les laïcs et la prédication R.P.Arthur-G.ALBERT, O.P.Bulletin de dogme: Christologie LE SENS DES FAITS En marge de l\u2019Enquête: Du rôle de l\u2019anticléricalisme dans la crise religieuse, par le Dr A.Laquerrière.\u2014 Notes sur l\u2019immigration canadienne, par le R.P.A.-G.Albert.\u2014 Document: La Philosophie chrétienne.L\u2019ESPRIT DES LIVRES Billette: Traité Théorique et Pratique de Droit Civil Canadien: Donations et Testaments (A.L.) Lusseau et Collomb: Manuel d\u2019Etudes bibliques (A.S.P.) L\u2019Académie Sï-Thomas d\u2019Aouin: Seconde Session (R.-M.AI) Bruno de Jésus-AIarie : Autour des Faits de Beauraing (J.de F.) Lamirand: Le rôle social de l\u2019ingénieur (C.-E.L.) Merkelback: Summa Theologiae Morai.is \u2014 T.III (R.D.) Gaudreau: La voie d\u2019amour (A.-M.R.) Mère Henri du Sacré-Coeur (D.-AI.C.) Accusés de réception. Réponse à l\u2019Enquête U) « Vie intellectuelle, idées ou préoccupations religieuses de nos professionnels » Dans un article intitulé « Eloge de la dictature », publié dans Les Annales du 5 mai 1933, Mussolini écrivait les lignes suivantes: « Nous « sommes tous les jours témoins d\u2019un fait très « singulier et fort remarquable, peut-être sans « précédent dans l\u2019Histoire; je fais allusion à l\u2019in-« térêt énorme que les grandes masses populai-« res prennent aux événements économiques, ces « facteurs qui ont une influence si décisive sur le « bien-être et le progrès du monde.Comme ré-« sultat de cette tendance très significative, nous O Nous déclarons une fois pour toutes, à la demande de nos consultants, que leur Réponse à l\u2019Enquête offrira moins le caractère d\u2019un jugement que celui d\u2019un témoignage plausible émis de bonne foi.Nous publierons en fin d\u2019année, avec les mises au point voulues, et sous forme de Synthèse et conclusions, un verdict on ne saurait dire final, hélas, en pareille matière.Et alors, mais alors seulement, les contre-propositions ou répliques seront les bienvenues.Inutile d\u2019ajouter que le genre enquête admet un franc-parler moins en usage dans la rédaction ordinaire.\u2014 N.D.L.R. 90 Revue Dominicaine « voyons ceux qui écrivent sur les questions éco-« nomiques et financières envahir avec succès le « domaine occupé jusqu\u2019ici par les romanciers, « les auteurs de livres de voyages et autres récits « qui touchent profondément l\u2019humanité.« 11 n\u2019y a pas bien longtemps encore, l\u2019éco-« nomie politique était un sujet réservé à l\u2019hom-« me de science qui s\u2019intéressait au développe-« ment et à la prospérité des nations.Celui-ci « n\u2019étudiait pas la question en vue d\u2019en retirer « un profit personnel, mais il était animé surtout « par la curiosité scientifique de déterminer les « causes des phénomènes économiques et par le « désir de suggérer aux hommes d\u2019Etat ou aux « grands financiers des mesures appropriées pour « améliorer la situation économique du monde.« A présent, au contraire, le public se rue « pour acheter n\u2019importe quel livre d\u2019économie « qui explique ou prétend expliquer les causes de « la crise dont souffre le monde entier, espérant y « trouver les remèdes, ou prétendus tels, à leurs « difficultés individuelles ou collectives.Les arti-« clés d\u2019économie politique s\u2019étalent en gros « caractères en première page des journaux, « même populaires, et les ouvrages d\u2019économie « politique et financière dépassent parfois un « tirage de deux cent mille exemplaires ».Ce fait « très singulier et fort remarquable » s\u2019est également produit chez nous, à un degré moindre; il a eu tantôt son point de départ et Réponse à l\u2019Enquête 91 tantôt sa répercussion chez nos professionnels.La retentissante causerie que M.Jean Martineau, avocat au Barreau de Montréal, a donnée, l\u2019an dernier, au Club de Réforme, est particulièrement significative à ce point de vue.Se mettant modestement en cause afin que personne ne puisse prendre ombrage de ses paroles, M.Martineau, qui a su se distinguer même au temps de prospérité par l\u2019originalité de sa pensée, a démontré que la crise a eu comme bon résultat de nous faire sortir de notre léthargie cérébrale, et « de faire réfléchir un très grand nombre de gens qui ne l\u2019avaient pas fait depuis longtemps ».Il serait facile, pour appuyer l\u2019argumentation de M.Martineau, de citer de nombreux cas.Par mesure de prudence, je me contenterai de donner le mien en exemple! Il est juste d\u2019ajouter, cependant, que la crise n\u2019a pas été la seule cause de ce réveil intellectuel.Elle ira été que l\u2019occasion, que l\u2019atmosphère ambiante favorable qui a permis à certaines idées, semées il y a plusieurs années, de se disséminer plus rapidement.Dès 1917, en effet, le R.P.Ed.Lecompte, s.j., pouvait écrire, dans VAction française, qu\u2019un « renouveau intellectuel » venait « d\u2019éclore sur nos rives».Et il ajoutait: «Ce réveil de la race, « non plus seulement littéraire, mais économique, « mais social, mais national, franchira sans doute « les bornes d\u2019une saison: il a bonne chance de 92 Revue Dominicaine « connaître, après les fleurs du printemps, la ma-« turation de l\u2019été, puis indéfiniment, espérons-le, « et sans retour d\u2019hiver, les opulentes moissons « de l\u2019automne.Ce qui fortifie cet espoir, c\u2019est « le nombre croissant des jeunes qui veulent se-« couer le farniente d\u2019autrefois, qui se sentent « au cœur une flamme, et dont la volonté se trem-« pe chaque jour au feu de la lutte.».La Revue Trimestrielle Canadienne dont le premier volume date de 1915, Y Action française fondée en 1917, les Semaines sociales du Canada dont la première session a été tenue en 1920, Y Actualité Economique lancée en 1925 et la revue Opinions publiée pour la première fois en 1929, confirment l\u2019opinion du R.P.Lecompte.11 suffit, par ailleurs, d\u2019analyser l\u2019œuvre de M.Edouard Montpetit, de M.l\u2019abbé Lionel Groulx, de M.Olivar Asselin, du R.P.Papin Archambault, s.j.et de plusieurs de leurs contemporains, de considérer le rôle que nos écoles spécialisées ont joué, depuis leur fondation, auprès de notre jeunesse, pour déterminer les causes premières et déjà lointaines du renouveau intellectuel d\u2019aujourd\u2019hui.Mais, à venir jusqu\u2019à ces dernières années, c\u2019est-à-dire aux années de crise, la dissémination de ces idées a été lente, laborieuse même.Malgré le nombre croissant de revues d\u2019idées, de sociétés de conférences et de ligues d\u2019action intellectuelle, l\u2019élite n\u2019agrandissait que difficile- ks Et Réponse à l'Enquête 93 ment son champ d\u2019action.Le nombre des lecteurs et des auditeurs n\u2019augmentait pas au même rythme que le nombre des moyens de propagande.Pour la plupart du temps, on retrouvait dans chaque auditoire, sur chaque liste d\u2019abonnés ou de membres, les mêmes figures et les mêmes noms.Les formules nouvelles prenaient difficilement racine dans le grand public et dans ses classes dirigeantes entre autres la classe professionnelle.En somme, puisqu\u2019il s\u2019agit de semailles de l\u2019esprit, on peut dire que les circonstances limitaient nos efforts à des travaux de jardinage alors que nous aurions eu besoin de grande culture.Comme un vent d\u2019automne, la crise s\u2019éleva.En tourbillon, les idées, cultivées par nos intellectuels, se répandirent dans l\u2019air et s\u2019implantèrent dans un terrain presque sans limite: l\u2019opinion publique, labourée par le chômage et l\u2019inquiétude.Devant l\u2019effondrement des formules empiriques, nos économistes et nos sociologues, si longtemps considérés comme des idéalistes et des rêveurs, jouissaient enfin de l\u2019attention publique jusqu\u2019alors réservée aux praticiens, aux brasseurs d\u2019affaires, aux politiciens.Le bilan des activités, des mouvements, des événements et des faits récents auxquels ils ont été mêlés directement ou indirectement, suffit à établir l\u2019influence grandissante de nos intellectuels.Voici donc ce bilan qui, à l\u2019encontre de 94 Revue Dominicaine ceux de certaines grandes compagnies, peut être facilement analysé même par un profane: l\u2019orientation nouvelle de l\u2019A.C.J.C.vers l\u2019étude des problèmes économiques, orientation qui s\u2019est manifestée, pour ne mentionner que quelques indices, par l\u2019enquête sur les jeunes chômeurs et le mois de la petite industrie; le Comité de colonisation qui vient d\u2019être fondé par la Société St-Jean Baptiste de Montréal; le programme préparé par la Fédération des Ouvriers du Canada Inc.; les progrès accomplis par l\u2019Union catholique des Cultivateurs sous la direction éclairée de M.Albert Rioux; le succès remporté par la Semaine sociale tenue cet été à Rimouski; les commentaires (je n\u2019exclus pas ceux de M.Asselin) et la réaction provoqués par la publication du programme de Restauration sociale; l\u2019adoption de quelques-uns des articles de ce programme par la convention du parti conservateur, tenue à Sherbrooke en octobre dernier; les auditoires nombreux et enthousiastes qui se sont pressés aux assemblées des Jeunes-Canada; l\u2019assistance variée aux cours de M.Lucien Romier et de M.Raoul Blanchard; les répercussions des campagnes de refrancisation, de retour à la terre et à la petite industrie qui eurent, comme premiers auteurs, des intellectuels; certaines mesures adoptées ou mises à l\u2019étude par le gouvernement; la nature des articles, des communiqués et des lettres ouvertes publiés dans la plupart de nos journaux; le ton de cer- Réponse à l'Enquête 95 taines causeries données à la radio sous les auspices de nos différentes associations; celui de plusieurs discours politiques, des conférences publiques, des discussions intimes et même des conversations; les cercles d\u2019études qui se sont formés un peu partout même dans des salons; la fréquentation de nos écoles spécialisées, comme, par exemple, celle de l\u2019Ecole technique de Montréal; la fondation des Cercles des Jeunes Naturalistes; l\u2019étonnant succès obtenu par le Congrès de l\u2019ACFAS; la transformation et la présente enquête de la Revue Dominicaine; l\u2019évolution de certains périodiques comme la Revue Moderne et la Revue Populaire tous deux dirigés par des intellectuels; enfin le genre de volumes publiés depuis quelques années par nos maisons d\u2019édition et, en particulier, par les Editions Albert Lévesque.Comme je l\u2019écrivais au début de cet article, ce branle-bas d\u2019idées, cette vulgarisation des sciences économiques, sociales et politiques, a eu sa répercussion sur la vie intellectuelle de nos professionnels.Jusqu\u2019à quel point?Cela est assez difficile à déterminer.(D\u2019autres voudront sans doute signaler ici ce que le mouvement peut offrir d\u2019éphémère, de superficiel, ou de trop intéressé).j\u2019ai remarqué avec plaisir cependant que la recherche de la culture se manifeste surtout chez ceux de nos professionnels \u2014 je parle ici des avocats \u2014 qui se destinent à la politique alors qu\u2019atitrefois ceux de nos professionnels qui s\u2019oc- 96 Revue Dominicaine cupaient des questions intellectuelles, se recrutaient uniquement ou à peu près chez les abstentionnistes politiques.Pour ma part, je crois qu\u2019il faut se réjouir de cet état de choses.Comme M.Albert Lévesque, je suis d\u2019opinion que nos ligues d\u2019action intellectuelle et nationale ont eu tort, drms le passé, de se cantonner dans l\u2019indifférentisme politique et de ne pas orienter quelques-uns de leurs membres vers les fonctions publiques.Et je conclus sur ce point avec l\u2019auteur de Y Almanach de la langue française:\t« L\u2019action politique s\u2019impose à la « jeunesse laïque de tous les pays comme un de-« voir général.Mais dans notre province, pour « les jeunes Canadiens-français, elle revêt un ca-« ractère d\u2019urgence, une forme de devoir parti-« culier.Personne n\u2019ignore chez nous, notre si-« tuation de minorité nationale, ni surtout l\u2019infé-« riorité économique de notre petit peuple.Or, « en dehors des cadres d\u2019action politique, tout ef-« fort de survivance nationale, tout espoir d\u2019éman-« cipation économique reste de plus en plus vain, « illusoire.La conquête constitutionnelle ou ce « que l\u2019on appelle nos libertés conquises, il im-« porte de les conserver, il reste à les faire res-« pecter, il reste à les défendre.Cette tâche, « cette lutte quotidienne, seule une jeunesse vi-« brante, fière, désintéressée, compétente et dé-« vouée peut l\u2019accomplir, à la condition de s\u2019em-« parer des avant-postes d\u2019action politique. Réponse à l'Enquête 97 « Quant à la conquête économique, c\u2019est-à-« dire non pas la domination des Canadiens-fran-« ;ais dans la vie économique canadienne, rêve « chimérique que nous n\u2019avons jamais eu la té-« mérité de formuler d\u2019ailleurs, mais tout simple-« ment cette conquête élémentaire qui permettra « à notre peuple de cesser de vivre sous le joug « d\u2019un esclavage économique lamentable, qui lui « assurera la possibilité de se nourrir, de se vêtir « et de s\u2019abriter sans être à la merci de l\u2019étranger « ou du voisin, cette conquête, disons-nous, qui « pourra l\u2019accomplir, chez nous, sans recourir à « l\u2019auxiliaire d\u2019une législation sociale et économi-« que inspirée et menée par l\u2019action politique la « plus robuste de notre jeunesse?» 11 y a donc lieu, à mon avis, de féliciter nos professionnels d\u2019avoir mieux compris l\u2019importance de l\u2019action politique à base intellectuelle sur laquelle repose le salut de notre nationalité.L\u2019enquête, au cours de laquelle j\u2019ai imprudemment consenti à rendre témoignage, comporte une deuxième question: «Quelles sont les préoccupations religieuses de nos professionnels?» Ici encore, la crise et la politique peuvent aider à fournir une réponse.L\u2019intérêt suscité par la publication de l\u2019Encyclique Qnadragesimo Anno, les relations d\u2019amitié qui se sont établies entre religieux et laïcs à la suite de discussions intimes sur les problèmes de l\u2019heure, ont dirigé 98 Revue Dominicaine ceux de nos professionnels qui veulent faire de l\u2019action politique vers l\u2019étude de la doctrine économique et sociale de l\u2019Eglise, étude qui, autrefois, était l\u2019apanage à peu près exclusif de nos rares apôtres laïques.Comme bien l\u2019on pense, il ne s\u2019agit pas encore d\u2019une ferveur religieuse qui visiblement fait défaut, mais cette préoccupation, cette recherche de la pensée catholique, est certes préférable à l\u2019indifférentisme.Aux yeux de Dieu, il me semble que le geste de celui qui, en pleine tourmente, pour assurer le bien-être de son pays, tente de rallumer la flamme de l\u2019esprit chrétien, doit valoir le geste de celui qui, dans la paix d\u2019un sanctuaire, allume, chaque jour, un lampion, pour le salut de son âme.Comme l\u2019écrivait Mgr L.-A.Paquet dans un article sur la religion et les peuples: « Nous ne « pouvons certes exiger, et nous ne saurions rai-« sonnablement attendre de simples laïques, mê-« me instruits, qu\u2019ils suspendent ou négligent « l\u2019exercice de leur profession pour chercher dans « les pages arides de graves in-folio le savoir pro-« pre aux clercs.Tous ne sont pas nés pour deve-« nir des maîtres en sciences sacrées.Nous ne « croyons cependant ni déraisonnable, ni inoppor-« tun, de demander que ceux qui président aux « destinées de la nation possèdent à fond la notion « du juste et de l\u2019injustice, qu\u2019ils sachent quelles rè-« gles supérieures dominent l\u2019ordre civil, quelles « lois et quelles frontières marquent et limitent Réponse à l\u2019Enquête 99 « l\u2019étendue des droits de l\u2019Etat.« Ces notions, jointes au culte fidèle des tra-« ditions religieuses, assureront chez nos diri-« géants, et dans toutes les classes sociales in-« fluentes, la fermeté du sens catholique ».II serait intéressant sans doute, comme conclusion générale, de chercher à faire le triage de ces tendances intellectuelles et religieuses qui se sont manifestées chez nos professionnels depuis la crise, à discerner la part de la sincérité et de l\u2019opportunisme politique ou d\u2019affaires.Mais quelle délicate opération, et prématurée peut-être.Ainsi que nous le rappelle la parabole, ce n\u2019est que lorsque l\u2019herbe est montée en épis que l\u2019on peut distinguer le bon grain de l\u2019ivraie.J\u2019ai confiance toutefois qu\u2019au jour de la moisson, le champ professionnel fournira sa large part de blé.Paul Gouin La situation de la femme dans l\u2019Esiise primitive (D La femme juive au temps de Jésus, jouissait d\u2019une assez grande liberté dans la vie sociale.Les veuves et les mères avaient même droit à certains honneurs; la législation mosaïque en fait foi.L\u2019on ne reconnaissait cependant au sexe faible qu\u2019une puissance intellectuelle limitée d\u2019où il résultait que l\u2019éducation proprement dite n\u2019était point pour les femmes.Les plus élémentaires connaissances religieuses devaient leur suffire.L\u2019obligation d\u2019apprendre la Torah n\u2019était en vigueur que poulies garçons et Rabbi Eliezer, au deuxième siècle, persistait à croire qu\u2019il vaudrait mieux jeter les Saints Livres au feu plutôt que d\u2019en confier l\u2019enseignement à une femme.Assurément, aucun rabbin n\u2019eut voulu compter une femme au nombre (]) Cette étude s\u2019appuie sur les Ecrits inspirés, Ancien et Nouveau Testament, sur les documents contemporains extra-testamentaires, sur les témoignages des Pères de l\u2019Eglise, Chrysostome, Jérôme, Ambroise, Augustin, sur ceux des historiens et exégètes anciens ou modernes, jouissant de la plus grande autorité. Situation de la Femme 101 de ses disciples et s\u2019il lui arrivait de lier conversation avec l\u2019une d\u2019elles, ce devait être à l\u2019abri de tous les regards; d\u2019où l\u2019extrême surprise des disciples lorsqu\u2019ils aperçurent leur Maître conversant avec la Samaritaine au puits de Jacob.L\u2019ensemble des devoirs de la femme pouvait donc se réduire aux prescriptions suivantes: se marier le plus tôt possible, donner des enfants, rester à la maison et laisser son mari se vouer entièrement et avec la plus grande liberté aux études religieuses et aux pratiques du culte.C\u2019était de la science et de la fidélité du mari que l\u2019épouse devait attendre le salut.L\u2019on comprend dès lors pourquoi l\u2019attitude du Messie à l\u2019égard de la femme dut être inintelligible pour la plus grande majorité de ses contemporains.Contrairement aux docteurs juifs, Jésus n\u2019admit aucune distinction entre l\u2019homme et la femme en ce qui concerne les choses spirituelles.L\u2019âme de la femme lui apparut d\u2019une valeur égale à celle de l\u2019homme.Il la considéra tout autant que l\u2019homme, susceptible d\u2019éducation, d\u2019instruction et de culture.Quelques illustrations empruntées à son enseignement rapporté par Saint Luc ne laissent subsister aucun doute à cet égard.Ne voit-on pas une femme mise au premier plan dans trois des plus importantes paraboles du Royaume des cieux: celle du « levain qu\u2019une femme prend et mêle dans trois mesures de farine de façon à faire lever toute la pâte»; celle de la 102 Revue Dominicaine drachme perdue, « qu\u2019une femme cherche avec soin jusqu\u2019à ce qu\u2019elle l\u2019ait retrouvée»; «celle du juge inique qu\u2019une veuve importune jusqu\u2019à ce qu\u2019il consente à lui faire justice de son adversaire ».Bien plus Jésus n\u2019hésite pas à instruire pri-vément Marie de Béthanie.Saint Luc mentionne que Marthe « avait une sœur nommée Marie, qui s\u2019étant assise aux pieds du Seigneur écoutait sa parole ».Et quel était l\u2019objet de cet enseignement?Les vérités les plus élevées du Royaume des Cieux: à la Samaritaine, Jésus déclare sa messianité et lui en explique les principaux caractères; à Marthe sœur de Marie, il affirme qu\u2019il est la Résurrection et la Vie, « que celui qui croit en lui, fût-il mort vivra et que quiconque vit et croit en lui, ne mourra pas pour toujours ».La réponse de Marthe laisse voir que cet enseignement n\u2019était pas au-dessus de sa portée.« Oui, Seigneur, lui dit-elle, je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu qui devait venir en ce monde ».Les Evangélistes nous font voir un certain nombre de femmes intimement liées au ministère public de Jésus; cinq peuvent être identifiées avec assez de précision, plusieurs autres peuvent être supposées perdues dans la foule anonyme des disciples.Après que la belle-mère de Pierre eut été miraculeusement guérie de la fièvre qui la retenait au lit depuis trois jours, il est dit en Saint A^arc qu\u2019elle se leva et servit Jésus et quelques- Situation de la Femme 103 uns des Apôtres qui l\u2019accompagnaient.Saint Luc rapporte que pendant que Marie, s\u2019étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole, Marthe s\u2019empressait aux divers soins du service.D\u2019après Saint Jean, la même Marthe servait au souper donné chez Simon le lépreux.Ce service devait consister dans la préparation des aliments et la bonne ordonnance générale des repas, mais un détail d\u2019exégèse littérale apparaît tout particulièrement révélateur dans ces passages.Lorsque Jésus proclame que le Fils de l\u2019homme est venu pour servir et non pour être servi, il emploie un vocable araméen que Marc, Luc et Jean rendent par le même vocable grec et qu\u2019ils adoptent pour désigner le service des femmes, alors que nulle part ailleurs, on ne retrouve ce terme pour désigner le service des hommes; d\u2019où le très grand honneur conféré à la femme, celui de servir le Messie venu pour se faire le serviteur de tous.Seuls en effet dans les Saints Evangiles, les anges et les femmes sont dits avoir servi Jésus.L\u2019importance des divers rôles joués par des femmes, dans les événements de la Passion et de la Résurrection laisse déjà percevoir quelle situation honorable, elles devaient occuper dans la primitive Eglise.Si une femme venait un jour à s\u2019occuper d\u2019Exégèse ou d\u2019Histoire des origines, elle ne manquerait certes pas et combien facilement de projeter sur ce point, une intéressante lu- 104 Revue Dominicaine mière.Les pieuses femmes qui servirent Jésus, au cours de son ministère public, l\u2019accompagnèrent de Galilée à Jérusalem, lorsqu\u2019il se rendit dans cette ville pour célébrer la dernière Cène.Quand au cours du procès, survint le moment de la comparution devant Pilate, une femme s\u2019interposa pour retarder la sentence: « Qu\u2019il n\u2019y ait rien entre toi et ce juste, fit dire l\u2019épouse du Procurateur, car j\u2019ai été aujourd\u2019hui fort tourmentée en songe à cause de lui ».La tradition rapporte que Jésus allant au Calvaire, une femme nommée Véronique, ou peut-être Bérénice, lui présenta son mouchoir pour s\u2019essuyer le visage et que No-tre-Seigneur y imprima sa face.Saint Luc laisse entendre qu\u2019un grand nombre de femmes accompagnèrent leur Maître sur la Voie douloureuse: « Or il était suivi d\u2019une grande foule de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui.Se tournant vers elles, Jésus dit: Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants.» Certains exégètes ne manquent pas de faire remarquer, non sans ironie, qu\u2019au pied de la croix, se trouvaient quelques femmes \u2014 trois ou quatre \u2014 et un seul homme, Saint Jean, celui que Jésus aimait.L\u2019on pourrait toutefois inclure un plus grand nombre d\u2019hommes dans ces amis du Sauveur, dont parle Saint Luc, « et qui se tenaient à distance avec les femmes qui l\u2019avaient suivi de Galilée et contemplaient tout cela ». Situation de la Femme 105 Nulle scène peut-être, dans les Saints Evangiles, n\u2019est aussi agréable à évoquer que celle de Marie-Madeleine accourant la première au sépulcre avant que les ténèbres fussent dissipées au matin de la Résurrection: « Elle courut donc et vint trouver Simon-Pierre et l\u2019autre disciple que Jésus aimait et leur dit: Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l\u2019ont mis ».Quel que soit le système que l\u2019on adopte pour concilier les quatre récits des Evangélistes sur les événements qui ont suivi ce miracle, un fait demeure certain, c\u2019est que des femmes furent les premières averties que Jésus était vivant.Auraient-elles prêté foi au témoignage d\u2019un homme?D\u2019après les synoptiques, les anges sont chargés de leur communiquer la bonne nouvelle.Nous lisons en Saint Matthieu que « Marie-Madeleine et l\u2019autre Marie sortirent aussitôt du sépulcre avec crainte et grande joie et elles coururent porter la bonne nouvelle aux disciples ».Bien que ceux-ci n\u2019aient pas tout de suite prêté foi à leur témoignage, elles n\u2019en demeurent pas moins les premières messagères de Jésus ressuscité.Dans la première communauté chrétienne formée à Jérusalem au lendemain de la Pentecôte devait donc se trouver bon nombre de femmes.Saint Chrysostome dans sa LXXIIIe homélie sur l\u2019Evangile de Saint Matthieu va même jusqu\u2019à nous assurer que la réunion des disciples au Cénacle constituait une assemblée digne du ciel, 106 Revue Dominicaine « iilum cœtum cœlis dignum fuisse » parce que les deux sexes y étaient représentés.Déjà, vers l'an 36, au moment de la conversion de Saint Paul, des femmes sont martyrisées pour la cause du Christ.Les cadres de cette étude ne nous permettent pas de considérer en détail le rôle de l\u2019élément féminin dans la propagation de l\u2019Eglise, tel qu\u2019indiqué par Saint Luc au récit des Actes, mais il importe de noter que dès la promulgation de l\u2019Evangile chez les Gentils comme chez les Juifs, les femmes se convertirent en grand nombre.Formaient-elles pour les prédicateurs du nouvel Evangile, une proie plus facile à cause de l\u2019état de tutelle où les avaient réduites le paganisme et l\u2019interprétation rabbinique de la loi juive?C\u2019est possible à condition de reconnaître toutefois que le plus grand nombre des femmes mentionnées dans les écrits inspirés du Nouveau Testament sont de celles « qui assistent les Apôtres de leurs biens », qui jouissent par conséquent du droit de propriété et d\u2019une entière liberté individuelle.Nous savons également de façon certaine de par l\u2019Epître aux Romains que vers le milieu du premier siècle, la communauté chrétienne de Rome comptait déjà parmi ses membres des femmes de la plus haute noblesse; Pomponia Gæcina, femme d\u2019Aulus Plautinus, le vainqueur de la Bretagne, puis à la génération suivante, Domitilla, parente et victime de l\u2019empereur Domitien. Situation de la Femme 107 Au temps de Saint Paul, comme de nos jours, les chrétiennes se partageaient en trois catégories bien définies quoique certains offices aient été communs à deux ou aux trois catégories.Il y avait les vierges, les veuves et les épouses.La description des vierges donnée par les Apôtres et les Pères apostoliques ne laisse nullement entendre que celles-ci étaient liées par des vœux solennels et vivaient en communauté dans une même demeure.Elles continuaient de vivre dans la maison de leurs parents, sans engagement spécial, si ce n\u2019est la résolution de ne pas contracter mariage pour vaquer plus librement au service du Christ, selon l\u2019enseignement de Saint Paul interprète en ceci de la volonté du Sauveur: « La femme, celle qui n\u2019a pas de mari et la vierge ont souci des choses du Seigneur afin d\u2019être saintes de corps et d\u2019esprit; mais celle qui est mariée a souci des choses du monde, elle cherche à plaire à son mari ».La tradition appuyée sur les plus sérieux témoignages nous assure que certaines vierges étaient douées d\u2019une intelligence supérieure et jouissaient d\u2019une grande autorité auprès des premières communautés chrétiennes.« De grands astres se sont couchés en Asie, rapporte Saint Polycrate d\u2019Ephèse cité par Eusèbe, Philippe, l\u2019un des douze apôtres qui repose à Hiérapolis ainsi que deux de ses tilles qui ont vieilli dans la virginité et l\u2019autre qui après avoir vécu dans le Saint Esprit a été ensevelie à 108 Revue Dominicaine Ephèse ».Deux siècles plus tard, Saint Jérôme devait rendre témoignage aux qualités féminines dans ses lettres mémorables écrites aux vierges Paula et Eustachia pour les remercier de l\u2019assistance qu\u2019elles lui avaient si généreusement prêtée dans ses absorbants travaux d\u2019exégèse.La virginité librement résolue ou acceptée a été en faveur de la femme l\u2019un des plus grands triomphes du christianisme sur le judaïsme et le paganisme.» Les veuves semblent avoir été tenues en particulier honneur dans l\u2019Eglise primitive.Leur situation exceptionnelle devait tenir à l\u2019attitude même du Sauveur à leur égard.Trois veuves sont signalées dans le Nouveau Testament: la prophé-tesse Anne, la veuve de Naïm et celle qui verse son obole dans la sébile du Temple.Saint Paul conseille aux veuves de persévérer dans leur état et il prescrit les devoirs que l\u2019on doit imposer à celles qui se convertissent au Christianisme: « Que celles qui ont des enfants s\u2019occupent de leur famille et que celles qui sont seules persévèrent dans la prière ».« Quant à celles qui vivent dans les plaisirs, elles ne comptent plus pour l\u2019Eglise ».Certaines veuves étaient inscrites pour remplir des fonctions particulières qu\u2019elles partageaient du reste avec des vierges.Elles gardaient les portes de l\u2019endroit de l\u2019Eglise où les femmes s\u2019assemblaient; elles présidaient aux préparatifs du Baptême; elles instruisaient en particulier les Situation de la Femme 109 personnes de leur sexe et allaient visiter ceux qui étaient en prison pour la foi; elles devaient préparer l\u2019Agape et servir à table, mais on ne voit nulle part qu\u2019elles aient administré le corps du Christ.Saint Paul veut que celles que l\u2019on reçoit au rang des veuves pour servir l\u2019Eglise n\u2019aient pas moins de soixante ans, qu\u2019elles n\u2019aient eu qu\u2019un mari, qu\u2019on leur rende témoignage de leurs bonnes œuvres; si elles ont bien élevé leurs enfants, si elles ont exercé l\u2019hospitalité, si elles ont secouru les affligés, si elles se sont appliquées à toutes sortes de bonnes œuvres.L\u2019Apôtre exclut de ce nombre les jeunes veuves.C\u2019est toutefois à la situation de l\u2019épouse que le Christianisme devait profiter davantage.Il ne devait rien changer sans doute aux conditions respectives du mari et de la femme provenant de l\u2019institution naturelle, mais il devait introduire dans leurs rapports réciproques des éléments nouveaux inconnus du judaïsme et du paganisme: l\u2019égalité 'des époux devant Dieu, leur subordination naturelle, leurs devoirs réciproques et le précepte moral de l\u2019amour chrétien.De cette législation devaient naître pour l\u2019épouse une liberté et des privilèges qu\u2019elle sut mettre avec un admirable dévouement au service de l\u2019Eglise naissante.Saint Paul cite le nom de plusieurs femmes mariées qui l\u2019assistèrent dans ses travaux apostoliques; il se réjouit d\u2019avoir trouvé en elles des 110 Revue Dominicaine collaboratrices dévouées pour îa cause du Christ.-De Prisciüe la Corinthienne, femme d\u2019Aquila, Saint Chrysostome laisse entendre qu\u2019elle était « plus intelligente et plus fidèle » que son mari.Ailleurs, il en fait le plus magnifique éloge: « Quelle reine jamais reçut autant de gloire, fut aussi bien célébrée que cette femme d\u2019un faiseur de tentes! Elle est dans la bouche de tous les hommes, non pendant dix ou vingt ans, mais jusqu\u2019à ce que le Christ revienne sur la terre; et tous la louent pour des choses qui l\u2019ornent incomparablement mieux que le diadème royal.Qui mettre au-dessus ou même au niveau de celle qui vint en aide à Paul et qui sauva au péril de ses jours l\u2019instituteur du monde?Que de reines demeurent dans un éternel oubli; et la femme d\u2019un fabricant de tentes, on en parle dans tout l'univers, ainsi que de cet artisan lui-même: autant le soleil éclaire de contrées, autant en parcourt leur gloire ».Mais comme l\u2019on est vite porté à abuser d\u2019une situation soudainement favorable, certaines femmes des premières communautés chrétiennes ne tardèrent pas à se prévaloir de l\u2019exceptionnelle situation que leur avaient value les attentions du Sauveur et le concours qu\u2019elles avaient apporté a la propagation de l\u2019Evangile, pour se permettre des attitudes incompatibles avec leur sexe.Les unes tentèrent d\u2019introduire dans l\u2019Eglise nouvelle de vieilles coutumes juives ou païennes, d\u2019autres Situation de la Femme 111 voulurent s\u2019arroger le droit de remplir certaines fonctions relevant exclusivement de l\u2019élément masculin.A plusieurs reprises, Saint Paul doit ramener les premières chrétiennes à la juste notion de leurs obligations et de leurs devoirs.Il leur défend de parler et d\u2019enseigner dans l\u2019Eglise et d\u2019y paraître la tête découverte et sans voile: « Que la femme écoute l\u2019instruction en silence avec une entière soumission.Je ne permets pas à la femme d\u2019enseigner ni de prendre autorité sur l\u2019hom-rne, mais elle doit se tenir dans le silence.Toute femme qui prie la tête non voilée déshonore sa tête: elle est comme celle qui est rasée.Si une femme ne se voile pas la tête, qu\u2019elle se coupe aussi les cheveux.Or s\u2019il est honteux à une femme d\u2019avoir les cheveux coupés ou la tête rasée, qu\u2019elle se voile.» Donnant ses instructions à son cher disciple Timothée, le même Apôtre demande que les femmes portent des vêtements décents, se parent avec pudeur, sans tresses, or, perles ou habits somptueux.Deux siècles plus tard, Saint Chrysostome devait dénoncer les mêmes abus chez les chrétiennes de son temps et se servir pour cela d\u2019expressions qu\u2019on ne pardonnerait pas aux prédicateurs d\u2019aujourd\u2019hui; le fard sur les lèvres dans l\u2019Eglise, ne trouve aucune excuse chez le Patriarche de Constantinople.Une double conclusion découle de ces quelques aperçus; tout d\u2019abord l\u2019égalité des sexes en 112 Revue Dominicaine ce qui concerne les choses spirituelles.Les femmes qui assistèrent le Christ et les Apôtres firent partie au même titre que les hommes du noyau de la primitive Eglise.Dans plusieurs villes juives et païennes, elles furent les premières à répondre à l\u2019appel de l\u2019Evangile et l\u2019on croit même qu\u2019à Philippes, la communauté chrétienne fut organisée par des femmes.Aussi longtemps que dura la période des charismes, le don des langues et le don de prophétie, elles en furent gratifiées tout autant que les hommes.Sans doute, les conséquences de cette égalité au point de vue religieux n\u2019apparurent pas immédiatement dans la vie sociale, il n\u2019était pas d\u2019ailleurs dans l\u2019esprit du christianisme de bouleverser subitement toutes les institutions d\u2019alors, mais la coopération du mari et de l\u2019épouse dans la propagation de l\u2019Eglise laisse déjà percevoir que le principe appuyé sur l\u2019enseignement et l\u2019exemple du Sauveur était reconnu dès l\u2019âge apostolique.La seconde conclusion, c\u2019est la part qui revient à la femme dans l\u2019établissement du Christianisme.L\u2019état de suspicion dans lequel fut continuellement tenue la religion nouvelle jusqu\u2019à l\u2019édit de Constantin donna aux assemblées chrétiennes un caractère plutôt domestique que social, d\u2019où l\u2019occasion pour la femme d\u2019y jouer un rôle de tout premier ordre.Sans cesse, elle était mise en demeure d\u2019offrir les services les plus variés.Elle logeait les missionnaires, pourvoyait à leur Situation de la Femme 113 table et à leurs vêtements, prévenait de leur arrivée les chrétiens dispersés, préparait le local destiné aux cérémonies du culte.L\u2019on requérait généralement ces services des femmes les plus fortunées et leurs demeures devenaient en quelque façon un centre de vie chrétienne; c\u2019était là l\u2019Eglise.Elles exerçaient en outre toutes les œuvres de miséricorde corporelle, hospitalisaient les é-trangers, soignaient les malades et faisaient l\u2019aumône aux pauvres.On les a appelées « les mères-nourricières » de l\u2019Eglise naissante.« Saluez Phœbé notre sœur, écrit Saint Paul aux Romains, car elle aussi a donné aide à plusieurs et à moi-même.Saluez Prisca et Aquila, mes coopérateurs en Jésus-Christ, eux qui pour sauver ma vie ont exposé leur tête.Saluez Marie qui a pris beaucoup de peine pour vous.» Aujourd\u2019hui, l\u2019on invoque à peu près exclusivement le droit naturel dans le procès de l\u2019émancipation féminine; il nous semble qu\u2019en pareille matière une société chrétienne devrait faire plus fréquemment appel à la Révélation.et certes la cause de la femme n\u2019y perdrait rien.A.Saint-Pierre, O.P. Les laïcs et la prédication La formule élargie de notre périodique m\u2019autorise à modifier un premier projet, qui consistait à traiter des curés et de la prédication.Les laïcs sont à l\u2019honneur depuis surtout quelques années, et il importe de bien établir leur situation juridique en tout domaine.Au Canada cette doctrine de l\u2019apostolat laïque n\u2019a pas manqué d\u2019éveiller l\u2019intérêt.Dans une prédication quadragésimale qu\u2019il vient de publier, le R.P.M.-A.Lamarche, O.P.en a formulé les principes fondamentaux avec un relief saisissant; et dans un congrès d\u2019Action catholique tenu récemment à Québec, l\u2019on a discuté l\u2019organisation du milieu de l\u2019apostolat laïque et le mode de formation des comités paroissiaux.Oui, il faut admettre les laïcs à l\u2019œuvre
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