Revue dominicaine, 1 mai 1930, Mai
[" PER &36?Année Le numéro: 20 sous Mai 1930 CON REVUE DOMINICAINE 4iVeDvcS^ BKP Dr Antonio Barbeau, Ph.D., La genèse de la pensée freudienne.\u2014I.R.P.Ceslas Forest, O.P., Que faut-il penser de l\u2019eugénique?\u2014I.R.P.Albert Mignault, O.P., Une apologie de la vie religieuse.\u2014II.R.P.Gonz.Proulx, O.P., Pourquoi des missionnaires au Japon.\u2014II.LE SENS DES FAITS.\u2014Réplique de M.Pierre Daviatjlt.\u2014 Réponse du R.P.Lamarche.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014S.Benoît: Régula Monasterïorum (H.G.) Pourrat: La Spiritualité chrétienne (H.G.) P.Desjardins: En Alaska (H.C.) Laboise: Dévotions liturgiques des 'paroisses \u2014 Ehrhard: Le Sens de la Vie \u2014 Les retraites fermées \u2014 Nos orphelinats \u2014 E.Maire: Histoire des instituts religieux et missionnaires.ADMINISTRATION SAINT - HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plus par an, La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d'adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 15S, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.'Il y a enfants et enfants\u201d, par le R.P.Lorenzo Gauthier, C.S.V.Les bons garçons\u201d, par le R.P.R.-M.Voyer, O.P.Nous 'publierons prochainement : ANNONCES REVUE DOMINICAINE i TéL Bureau : 468\tRésidence: 681-W H.LETOURNEAU ENTREPRENEUR PLOMBIER-FERBLANTIER Posage d\u2019appareils de Chauffage & l\u2019eau chaude, & la vapeur et réparations générales 265 RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE, P.Q.LA CORDONNERIE J.A.LEMAY Réparations générales PRIX RAISONNABLES \u2014 SATISFACTION GARANTIE 212 RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE, P.Q.Tél.525 E.A.GENDRON PEINTRE-DECORATEUR Peintures, Huiles, Vernis \u2014 Tapisseries, Electricité, Vitres 244 RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE, P.Q Téléphone 500 LOUIS BOURGEOIS, Limité.FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL 104-110 St-Antoine \u2014 67-61 St-Simon,\tSt-Hyacinthe, P.Q.F.Daoust, gérant\tTéléphone 59-W LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre PHILUDOll 148 RUE CONCORDE,\tST-HYACINTHE, P.Q.OSCAR POTHIER OPTICIEN \u2014 BIJOUTIER Montres Rolex, Waltham Elgin \u2014 Bagues fiançailles, joncs mariage Lunettes de toutes sortes et bien ajustées M.O.DAVID & CIE Enrg.MARCHANDS-TAILLEURS 86 St-Simon - ST-HYACINTHE Hahiti (ittt sur commandes à court irii.Fourrure*, Chapeaux et Casquettee- 2 ANNONCES revue dominicaine Téléphone Bell 403,\tEtablie en 1910 Bureau Principal et fabriqua 46-48-50 rue Eaframbolse.S\u2019il- VOUS PLAIT ADRESSEZ TOUTE CORRESPONDANCE A LA COMPAGNIE La Compagnie d\u2019Orgues Canadiennes, Ltée Orgue» tl\u2019Eglise Tubulaires et Electriques.Orgues de Salon (Une spécialité).Souffleries Hydrauliques et Electriques des plus Modernes.ST-HYACINTHE, P.Q.Téléphone Bell 810\tCarrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHEE Entrepreneur de Pompes funèbres No 30 rue Laframboise, ST-HYÀCINTHE Ci'nrtm de lainage, Carosses simples et doubles, paur Mariages.Baptêmes, et» Automobile.EXPRESS Pharmacie L.P.GAUCHER GROS et DETAIL 223 rue Cascades,\tSaint-Hyacinthe Téléphone 86 Tél.Bureau 95 HECTOR CHARTIER Commerçant de BOIS et CHARBON 138 RUE GIROUARD, ST-HYACINTHE, P.Q. 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Les temps ont passé.Les esprits se sont calmés.D\u2019elle-même et par l\u2019inéluctable force des choses, s\u2019est peu à peu rétablie la hiérarchie des valeurs.La science possède déjà à son crédit d\u2019immenses réalisations ; elle peut promettre légitimement bien davantage.Elle ne saurait prétendre tout solutionner.Elle a ses limites, fixées par son objet formel et sa méthode propre.Quoi qu\u2019il en soit, sous l\u2019influence plus ou moins directe du Scientisme, est née la Psychologie expérimentale : application aux phénomènes psychiques des techniques d\u2019étude en usage dans les sciences proprement dites.Comportement individuel et collectif, mécanisme des sensations, modifications physiologiques en rapport avec un fait mental, fonctionnement de l\u2019imagination créatrice, du raisonnement, du sentiment, etc., etc.: tout cela fut sérieusement scruté par un monde de chercheurs.Les résultats acquis prouvent l\u2019excellence de la méthode.A condition de ne pas exiger d\u2019elle plus qu\u2019elle ne saurait 258 REVUE DOMINICAINE donner.Car la science, nous le redisons, a ses limites, la psychologie expérimentale, ses bornes.i L\u2019une des disciplines les plus fécondes de cette psychologie expérimentale est sans contredit la psychopathologie.Ses déductions au normal sont légitimées en vertu d\u2019un principe médical sur lequel a naguère beaucoup insisté Claude Bernard.Il s\u2019agit de l\u2019identité foncière du normal et du pathologique.2 II n\u2019y a pas d\u2019individus sains parfaitement.Les malades physiques ne sont que des perturbés physiologiques en plus ou en moins.N\u2019en irait-il pas ainsi pour le psychisme ?\u201cLa méthode pathologique, écrit Ribot,3 tient à la fois de l\u2019observation pure et de l\u2019expérimentation.La maladie est en effet une expérimentation de l\u2019ordre le plus subtil, institué par la nature elle-même dans des circonstances bien déterminées et avec des procédés dont l\u2019art humain ne dispose pas.Elle atteint l\u2019inaccessible.D\u2019ailleurs si la maladie ne se chargeait pas de désorganiser pour nous le mécanisme de l\u2019esprit et de nous faire mieux comprendre ainsi son fonctionnement normal, qui donc oserait risquer des expériences que la morale la plus vulgaire réprouve ?\u201d A Maine de Biran revient entre tous l\u2019honneur d\u2019avoir deviné l\u2019intérêt de la pathologie mentale pour le psychologue.Cependant, presque tous les vieux psychiâtres ont eu des velléités psychologiques.1.\t\u2014Simon: Philosophia perennis.\u2014 La Vie intellectuelle, p.60, oct.1929.2.\t\u2014Nous soulignons les dangers qu\u2019il y aurait à pousser inintel-ligemment ce principe de similitude dans ïe domaine spéculatif.Au cours d\u2019un état morbide, un facteur est exorbité.Il attire sur lui l'attention aux dépens des autres qu\u2019on a trop volontiers la tendance de négliger.Bon en soi, le principe demande donc à être limité dans ses applications déductives.3.\t\u2014G.Dumas : La méthode psycho-pathologique, au traité de Psychologie, t.2; p.1007. GENÈSE DE LA PENSÉE FREUDIENNE 259 Neurologues et psychiâtres d\u2019aujourd\u2019hui ne dérogent pas à la tradition.Un philosophe, vraiment digne de ce nom, n\u2019a pas le droit d\u2019ignorer leurs travaux et leurs essais, souvent fort originaux, de synthèse.Quitte à les juger au mérite, s\u2019il y a lieu.Leurs hypothèses sont, en général, le fruit d\u2019une observation patiente et sincère, sinon toujours exacte et méticuleuse.Leurs déductions, pour bizarres qu\u2019elles apparaissent, contiennent très souvent dans un gangue de faussetés un noyau de vérité qui attire l\u2019attention.Les savants modernes, par leur ardeur à chercher la vérité à travers la compléxité des faits, nous donnent une leçon d\u2019énergie et, par leurs erreurs mêmes, une leçon de logique.Nous aurions sûrement tort de n\u2019en pas tenir compte.\t'J Depuis un an, nous avons désiré dans la faible mesure de nos moyens exposer aux nôtres quelques-unes des grandes théories scientifiques à tendance philosophique^ Pour les juger, il convient d\u2019abord de les con-naitre.Nous voudrions faire voir aujourd\u2019hui comment l\u2019une d\u2019entre elles, le freudisme, est née; comment sous l\u2019influence de divers facteurs extrinsèques et intrinsèques, elle s\u2019est développée et quels en sont les aboutissants.En d\u2019autres termes, notre travail portera sur la genèse d\u2019une doctrine, très en vogue à l\u2019étranger dans les milieux littéraires, scientifiques et philosophiques.* ¥ * Sigismond Freud naquit le 6 mal 1856 à Fribourg, en Moravie, de parents israëlites.Il fit ses études 4.\u2014Barbeau.: Finie la paix des végétaux.Revue trimestrielle, juin 1929.Même, Au pays du rêve.Conf.S'oc.Histoire naturelle, 15 mars 1930.Même, Quelques mots sur le freudisme.La garde-malade eanadienne-française. 260 REVUE DOMINICAINE secondaires au collège Speil à Vienne.Elève studieux, ambitieux, extrêmement bien doué, il était toujours le premier de sa classe.Quand vint le moment de choisir une carrière, ses aptitudes pour l\u2019histoire et les lettres, sa parole facile, son tempérament belliqueux, son intelligence déjà stylée à la contradiction semblaient le désigner à l\u2019étude du droit.Il s\u2019orienta vers la médecine.Lui-même et ses biographes ne s\u2019entendent pas sur les motifs qui déterminèrent son choix.Peu importe.Le milieu dans lequel il entrait devait peser dorénavant sur toute l\u2019orientation de sa pensée.A cette période, la Faculté Médecine de Vienne était à son apogée.Y enseignaient en particulier, l\u2019éminent physiologiste Bruecke, précurseur immédiat d\u2019Helmhotz dans la découverte de l\u2019ophtalmoscope et le neurologue Meynert, Bruecke, homme à l\u2019immense savoir et aux terribles yeux bleus garde Freud quatre années dans son laboratoire.Il l\u2019initie à la technique scientifique.Il lui confie, à titre de travail de recherche, l\u2019étude du système nerveux d\u2019un poisson phylogénétiquement simple.Freud se sent heureux.Il aime son entourage.Il aime sa besogne, il s\u2019en acquitte merveilleusement.Il est en train de devenir assistant quand un événement vient briser sa carrière de physiologiste.Le commerce paternel périclitait.Le souci du pain à gagner s\u2019imposa donc pour Freud.Lui, qui n\u2019avait jamais désiré être médecin praticien, il fallait qu\u2019il se préparât à le devenir.Il expose sa situation à son maître Bruecke.Celui-ci lui conseille d\u2019aller de l\u2019avant.Il entre donc à l\u2019hôpital comme élève.Peu de temps après, le voici interne.Il doit fonctionner dans différents services.C\u2019est ainsi qu\u2019il fait la connaissance du GENÈSE DE LA PENSÉE FREUDIENNE 261 neurologue Meynert.Après le système nerveux des poissons, étudié chez Bruecke, Freud va donc maintenant s\u2019intéresser au système nerveux de l\u2019homme.Des mois passent.Sur la foi de ses travaux histologiques et cliniques Freud est bientôt nommé docent en neuro-pathologie.A Vienne, il y avait bien Meynert, l\u2019organiciste, il y avait bien Nothnagel, déjà célèbre par son livre sur les localisations cérébrales.Mais la médecine nerveuse n\u2019était pas encore considérée comme une spécialité.Les malades se trouvaient épars dans les services de médecine générale.Et puis partout brillait le grand nom de Charcot, venu de l\u2019anatomie pathologique à la neurologie et qui tentait d\u2019éclaircir le formidable problème de l\u2019Hystérie.Grâce à un léger subside que Bruecke réussit à lui obtenir, Freud part donc à l\u2019automne de 1885 pour Paris.Il y séjourne jusqu\u2019à l\u2019été de 1886.Il se sent d\u2019abord perdu à la Salpêtrière parmi la multitude de médecins étrangers entourant le maître.Comment l\u2019approcher davantage et bénéficier plus de son contact.Une occasion inespérée se présenta d\u2019elle-même.Charcot se plaignant un jour que son traducteur allemand lui avait faussé compagnie, Freud s\u2019offrit à remplir ce rôle.Pour bien réaliser le trait de génie de Charcot au sujet de l\u2019hystérie \u2014 une bonne part de ses conceptions sont devenues surannées \u2014 il faut l\u2019envisager comme une réaction.Jusqu\u2019alors les médecins imbus d\u2019anatomopathologie voulaient trouver à tout syndrome une lésion.L\u2019hystérie n\u2019en présentait pas.Il n\u2019y avait donc que deux explications possibles.La lésion existait, mais nous n\u2019étions pas encore parvenus à la localiser à cause de 262 REVUE DOMINICAINE notre technique trop simpliste et de nos microscopes trop faibles.Ou bien, les hystériques n'étaient que des simulateurs.Charcot en formula une troisième que l'on avait soupçonnée avant lui mais sans apporter à l'appui autant de preuves et une aussi puissante dialectique.Les symptômes hystériques sont d\u2019ordre psychique.Pour le démontrer, il suffirait de produire des symptômes hystériques par action sur la psychisme et de faire disparaître ces symptômes de la même façon.Or, Charcot, hypnotisant une malade hystérique, provoquait ou une anesthésie d'un segment du corps.Donc le psychisme peut créer des symptômes physiques.La conclusion porte même plus loin; selon Freud si une intervention étrangère est capable de mettre ce mécanisme en branle, pourquoi pas le sujet lui-même consciemment ou inconsciemment.Cette démonstration flattant les affinités de notre auteur, le troubla peut-être d'autant plus qu\u2019elle venait d\u2019un maître aussi stylé à l\u2019observation des faits.Il apprit encore de Charcot que les phénomènes hystériques, reconnus jusqu'alors comme propres à la femme se manifestaient fréquemment chez l\u2019homme et que les paralysies hystériques provoquées étaient absolument identiques aux spontanées.Au hasard de quelques conversations, il tenta sans succès d'amener le maître sur la question plus large de la compréhension psychologique des névroses.Il projeta avec lui un travail de comparaison entre les paralysies organiques et hystériques.Et il quitta Paris.Apparemment, il rapportait peu de données de son séjour là-bas.En fait, c\u2019était énorme, si on se rappelle les conceptions médicales du temps, en particulier les conceptions viennoises .En tout cas, l\u2019influence de GENÈSE DE LA PENSÉE FREUDIENNE 263 Charcot est nettement marquée dans la genèse de la doctrine freudienne.En 1886, Freud s\u2019établit comme médecin et se marie.L\u2019ère des discussions s\u2019ouvre.Il présente à la société médicale de Vienne un rapport de ce qu\u2019il a vu chez Charcot.Réception ironique.On le traite presque de menteur.\u201cDes cas d\u2019hystérie chez l\u2019homme ?Essayez d\u2019en trouver à Vienne\u201d, clame son maître Meynert.Un vieux chirurgien ajoute : \u201cMais mon cher collègue, comment pouvez-vous dire de telles absurdités ?Hystéron signifie utérus.Comment un homme peut-il devenir hystérique\u201d ?Freud insiste pour qu\u2019on lui permette de prouver ses avancés.Quelque temps après, en dehors de l\u2019hôpital, il observe un cas d\u2019hystérie masculine.Il se représente à la société médicale, flanqué de sa preuve.On l\u2019applaudit.Et puis ce fut contre lui la sourde conspiration du silence.Il en garda rancune à ses confrères et ne réapparut plus jamais à leur réunion.Une nouvelle désillusion l\u2019attendait dans sa clientèle.Il lui fallait vivre et pour cela guérir ou améliorer ses malades lui-même, sans les envoyer dans une station hydro-thérapique.La thérapeutique dont il disposait comprenait l\u2019électricité médicale et l\u2019hypnose.L\u2019Electrothérapie jouissait alors d\u2019une grande vogue, due au récent manuel d\u2019Erb.Cependant Freud n\u2019obtint avec elle aucune guérison.L\u2019Hypnose, considérée longtemps comme pur charlatanisme, avait trouvé dans Heidenham son défenseur scientifique.Charcot l\u2019employait.A Nancy, Liébault et Bernhein lui attribuaient des cures merveilleuses.Freud renonce à la thérapeutique rebelle des maladies nerveuses organiques.Il s\u2019attaque aux névroses, qu\u2019il traite lui aussi par l\u2019hypnose.Résultats 264 REVUE DOMINICAINE étonnants et rapides.Mais parfois impossibilité d\u2019endormir assez profondément le malade.En d\u2019autres occasions, on ne réussit même pas à l\u2019endormir.Il était donc nécessaire, pensa Freud, de perfectionner la technique.Dans ce but, il part pour Nancy au cours de l\u2019été de 1887.Il se met pendant plusieurs semaines à l\u2019école de Liébault et de Bernheim II a cependant tôt fait de constater que les malades réagissant à l\u2019hypnose se comptent en quasi totalité parmi les hospitalisés.Les malades de ville constituent de moins bon sujets.D\u2019autre part, pas plus à Nancy qu\u2019à Vienne, on n\u2019endormait complètement les malades.Certains restaient plus ou moins réfractaires.Une femme que Freud n\u2019avait pu complètement hypnotiser chez lui, ne le fut pas davantage par Bernhein.Donc, excellente en maintes occasions, la suggestion médicale sous hypnose ne réalise pas une panacée.Elle donne cependant, n\u2019en déplaise aux auteurs viennois.Le bénéfice que Freud retira de son voyage à Nancy ne se raporte pas au perfectionnement de la technique.Il est d\u2019un autre ordre.Depuis quelque temps déjà, Freud profitait de son travail thérapeutique par l\u2019hypnose pour fouiller l\u2019âme de ses malades, pour répérer les mobiles psychologiques de leurs actes et de leurs malaises.Sa tournure d\u2019esprit le prédisposait un peu à ses recherches.Il y avait été surtout amené par une autre voie, sous l\u2019influence d\u2019un autre de ses maîtres, Breuer, praticien très probre, très achalandé, et qui un jour avait raconté à Freud l\u2019étonnante histoire que voici.En 1881 et 1882, une jeune fille souffrait de contractures hystériques, de somnambulisme et de troubles de la parole.Breuer l\u2019hypnotisait, et alors se faisait ra- GENÈSE DE LA PENSÉE FREUDIENNE 265 conter quand, pourquoi et comment ces symtômes étaient apparus.La malade savait et répondait.Elle eût été incapable d\u2019en dire autant à l\u2019état conscient.Remontant des faits à causes, elle parvenait à repérer une cause première, source de tout le mal.Dès lors les symptômes disparaissaient.La contre-réaction s\u2019était produite.On appela méthode cathartique, parce qu\u2019elle constituait une sorte de purge de l\u2019esprit, cette méthode thérapeutique consistant à guérir un symptôme en retrouvant sous hypnose l\u2019émotion ou le choc affectif qui lui avait donné naissance.On avait en même temps là la contre-épreuve de l\u2019expérience de Charcot.Celui-ci démontrait que le psychisme, au moyen de représentations appropriées, peut engendrer des symptômes physiques hystériques.Breuer prouvait qu\u2019il est possible d\u2019annihiler ces symptômes en faisait sortir de l\u2019inconscient la représentation causale.A maintes reprises, la malade dont nous avons rapporté l\u2019observation revint dans les conversations entre Breuer et Freud.Elle est à l\u2019origine d\u2019un travail en commun, \u201cEtudes sur l\u2019Hystérie\u201d parue en 1895, mais précédée d\u2019une communication en 1893.Voici donc Freud en possession de l\u2019expérience de Charcot et de la contre-épreuve de Breuer, démontrant l\u2019action du psychisme sur le physique.Mais l\u2019un et l\u2019autre opéraient sur des sujets hystériques, par conséquent sur des malades.Bernhein procédait surtout sur des sujets supposés bien portant, les Médiums.5 Passage 5.\u2014Peut-on logiquement considérer les médiums comme sujets normaux ?En fait n\u2019est pas médium qui veut.Parmi ceux qui se proclament médiums, il y a des menteurs, il y a des malades.Au strict point de vue scientifique, on connaît les supercheries mises à jour au cours des séances pseudohypnotiques.On sait aussi que plusieurs de ces médiums ont abouti dans des asiles d\u2019aliénés.Au surplus l\u2019état d\u2019hypnotisme ne saurait être considéré comme un état 266 REVUE DOMINICAINE du pathologique au normal, généralisation qui ne pouvait que plaire à Freud, et qui fit sur lui une grande impression.Nous pouvons synthétiser en deux expériences ce qu'il doit à l\u2019école de Nancy.Expérience A.Il s\u2019agit de l\u2019exécution post-hypnotique d\u2019un ordre.\u201cVous vous éveillerez et cinq minutes après vous ouvrirez le parapluie qui est dans le coin.\u201d C\u2019est fait.On questionne le sujet.\u201cPourquoi avez-vous ouvert le parapluie\u201d?Hésitation, bégaiement, puis explications fausses.\u201cJe voulais savoir si c\u2019était le mien\u201d.Conséquences découlant selon Freud de cette expérience : Nous agissons souvent pour des motifs différents de ceux que nous voulons mettre de l\u2019avant.La véritable clef de nos actes, nous l\u2019ignorons.Nous mentons sans le savoir quand nous affirmons la connaître.Expérience B.Le sujet ayant fourni une réponse erronée, nous le pressons de questions.Nous lui affirmons qu\u2019il sait pourquoi il a ouvert le parapluie.Après maintes tergiversations, il finit de lui-même par découvrir le véritable motif de son acte et retrace l\u2019ordre reçu pendant l\u2019hypnose.Non seulement il sait des choses qu\u2019il croit ignorer (expérience A), mais en plus il a la possibilité, si nous l\u2019aidons, d\u2019en prendre connaissance (expérience B).6 normal.La suppression du contrôle exercé par les facultés supérieures (intelligence et volonté) du sujet sur ses facultés sensibles (sens internes en particulier) n\u2019est pas sans modifier le fonctionnement propre de ces dernières.Comment dès lors, affirmer que nous avons affaire à du normal et induire, comme Freud, des expériences A et B de Bernhein au fonctionnement psychique d\u2019un individu sain, non hypnotisé.6.\u2014En se rappelant les différences fondamentales que le Thomisme établit entre l\u2019hypnose et l\u2019état normal, les expériences A et B de Bernhein, cruciales dans la genèse du déterminisme freudien, sont passibles d\u2019une explication autre et que nous croyons la bonne.L\u2019expérience A par exemple.L\u2019hypnotiseur donne un ordre.Cet GENÈSE DE LA PENSÉE FREUDIENNE 267 Freud revint définitivement à Vienne en 1886.Son installation, l'exercice de la Médecine, la nécessité d'assurer l\u2019existence matérielle des siens occupent tous ses loisirs jusqu\u2019en 1891.Il publie alors en collaboration un travail sur les paralysies cérébrales et un livre critique sur la conception de l\u2019aphasie, dominée en ce moment-là par les données étroites de Wernicke.A cela se borne ses contributions scientifiques.Ere de repos apparent; ère de germinations.Quatre années durant, il revit son passé, ressasse les trouvailles qu\u2019il a réalisées déjà.Bruecke et Meynert l\u2019ont entraîné à la médecine organique.Il a appris à leur école à tenir compte des faits et à les apprécier.Sur eux, il tentera de tout édifier à l\u2019avenir.Ce pragmatisme le différencie d\u2019un grand nombre de ses disciples.Chez Charcot, il ordre est reçu par le sens externe de l\u2019ouïe transmis à la mémoire sensible, et, le réveil s\u2019étant produit ce souvenir concourt à commander l\u2019acte d\u2019ouvrir le parapluie.Pourquoi ignorons-nous le motif de cette action ?Simplement parce qu\u2019au cours de l\u2019hypnose, l\u2019intelligence dont c\u2019est le rôle de rendre compte du pourquoi de nos actions est supprimée ou paralysée.Restent les sens externes et internes.Ce sont des facultés matérielles, par suite, incapables de revenir sur elles-mêmes.La suppression des facultés supérieures nous explique donc pourquoi nous ignorons le motif des actes commandés en cette circonstance, qui, cela va de soi est loin d\u2019être normale.La généralisation freudienne, ici comme plus loin dans le rêve pèche donc en ceci qu\u2019elle ne tient pas compte chez l\u2019homme de la nécessaire participation de l\u2019intelligence dans la vie sensible et de l\u2019interdépendance des sens et de l\u2019intelligence dans la vie normale.C\u2019est le même raisonnement qui nous permettrait de prouver, en des cas déterminés la non-responsabilité du rêveur et de l\u2019hypnotisé.L\u2019expérience B donne lieu à un dilemne.Ou le sujet se rappelle ou ne se rappelle pas.Dans le premier cas l\u2019hypnose n\u2019était pas complète.Et alors on ne peut rien conclure.Ou elle l\u2019était.Dan3 cette circonstance en pressant le sujet de question, nous le suggestionnons.Nous ne faisons plus de l\u2019expérience, mais de l\u2019expérimentation, et de l\u2019expérimentation où le parti pris de l\u2019expérimentateur a libre jeu.Rappelons-nous que ces expériences A et B de Bernhein ont suffi à Freud pour admettre à tout jamais le déterminisme psychique en général, et le déterminisme normal en particulier.Bases bien fragiles. 268 REVUE DOMINICAINE * i $ constate l\u2019énorme valeur du psychisme dans la détermination de l\u2019hystérie et (je ses symptômes.Il y comprend mieux l\u2019effet de l\u2019auto et de l\u2019hétéro-suggestion thérapeutique.Puis il se remémore et se fait détailler la communication de Breuer.La méthode cathartique est est bonne.Mais elle n\u2019est pas individualisable.Elle suppose l\u2019existence d\u2019un inconscient où s\u2019emmagasinent les conflits affectifs.Elle affirme la possibilité de retrouver chez le malade en hypnose les ultimes traumas affectifs déterminants et par suite la puissance de les guérir en les faisant sortir de l\u2019inconscient.A Nancy, Freud voit le passage du pathologique au normal.L\u2019exécution post-hypnothique d\u2019un ordre (exp.A), la reconnaissance de cet ordre apparemment enfoui dans l\u2019inconscient (exp.B) lui révèlent le dynamisme et le déterminisme de la vie psychique.7 Les explications pourront se modifier dans l\u2019avenir, mais ces faits demeurent fondamentaux dans l\u2019embryologie du système freudien.Nous sommes en 1892.Installé comme thérapeuthe, Freud réussit bien.Il est heureux, entouré de l\u2019amour de sa femme et de ses six enfants.Il voit beaucoup de malades.S\u2019il ne publie guère, il ne peut s\u2019empêcher d\u2019observer.Il regarde, \u201cvisuel\u201d comme 8 Charcot jusqu\u2019à ce que l\u2019explication surgisse dans sa pensée.Déjà ses conceptions s\u2019affranchissent.L\u2019influence directe et immédiate de ses maîtres s\u2019émousse.La séparation avec Breuer se dessine.Sans doute, celui-ci, pris par ses multiples occupations professionnelles, n\u2019a guère le temps de s\u2019intéresser 7.\t\u2014Déterminisme compris au sens freudien bien entendu.Nous ne sommes pas prêt pour notre part, à admettre que la volonté humaine soit ainsi fatalement déterminée.8.\t\u2014Wittels: Freud, l\u2019homme, la doctrine, page 18. GENÈSE DE LA PENSÉE FREUDIENNE 269 à la recherche; sans doute, un peu âgé, il n\u2019a guère le goit d\u2019abandonner pour l\u2019aléa psychique, toute sa vie d\u2019organisciste et de praticien; sans doute encore, il fut sensible à l\u2019accueil éreintant qu\u2019on fit en certains milieux aux \u201cEtudes sur l\u2019Hystérie\u201d.Moins vacciné que Freud, il prit peur.Mais la raison foncière fut autre.Que Freud l\u2019admette ou non, il semble que le mariage spirituel avec lui ait une tendance naturelle au divorce.Son esprit bloqué, tout d\u2019une pièce, orgueilleux, méfiant, paranoïaque ne tolère pas les divergences d\u2019opinion.Il vante trojj Breuer après la rupture,9 il lui accorde une part trop grande dans l\u2019élaboration de la psychanalyse.Il le situe précurseur immédiat.Sans lui, il appert que la psychanalyse ne serait pas née.Comme Bruecke pour l\u2019œil, Breuer a vu l\u2019inconscient psychique s\u2019éclairer.Soit.Mais, même sans Breuer, la psychanalyse aurait vu le jour.Freud en portait les germes en lui, de par Charcot et Bernhein.Les auteurs qui ne se contentent pas de croire Freud sur parole, et nous sommes de cet avis, pensent que dans le conflit Breuer-Freud les torts vont plutôt du côté de ce dernier.Plus tard, du reste, il est moins affirmatif sur l\u2019influence qu\u2019eut Breuer 10 sur sa pensée.Il enlève un peu de la gloire dont il avait trop copieusement recouvert les cheveux blancs de son maître.Il semble donc qu\u2019il y eut entre les deux hommes plus qu\u2019un conflit d\u2019idées pures.Mais il y eut cela.Quand il s\u2019est agi de déterminer la raison du pouvoir pathogène des complexes affectifs, Breuer disait : Ce processus a pris naissance dans certains états psychiques inaccoutumés \u2014 hypnoides.Ils furent de ce fait sous- 9.\t\u2014Freud: 5 leçons sur la Psychanalyse.10.\t\u2014Freud: Notes pouvant servir à l\u2019histoire de la psychanalyse. 270 REVUE DOMINICAINE traits à leur destin normal.D\u2019où venaient ces états hypnoides, quelle en était la nature ?Breuer n\u2019allait pas si loin.Freud croyait à un jeu de forces,il à l\u2019action d\u2019intentions, de tendances telles qu\u2019on peut les observer dans la vie normale.Théorie hynoide d\u2019une part, théorie de défense de l\u2019autre.Et puis il fallait déterminer la nature des complexes affectifs en cause.Freud amoncelait les observations.Régulièrement des émotions de nature sexuelle, conflit présent ou passé, pesaient sur l\u2019étiologie.Entre cette constatation et la théorie sexuelle de l\u2019hytérie, dont d\u2019ailleurs Breuer, Charcot, Schopenhauer, Platon, peuvent être considérés comme précurseurs, il n\u2019y avait place que pour une construction hypothétique de la part de l\u2019esprit spéculatif de Freud.Breuer ne voulut plus suivre son élève.Ce terrain lui répugnait.Et pour cause.Ses relations avaient cessé avec la malade dont l\u2019observation a été relatée, du jour où celle-ci dans un accès passionnel lui avait sauté au cou.Les malades, venant consulter chez Freud, n\u2019étaient pas tous hytériques.A l\u2019instar des autres neuro-psy-chiâtres, il recevait beaucoup de ces malades étiquetés neurasthéniques, les uns angoissés, les autres pas.Chez eux aussi, il rechercha le rôle du facteur sexuel.Il le trouva sans creuser profondément leur psychisme.Certains le lui reprochent, prétendant qu\u2019autrement ses conclusions eussent pu être différentes.Pour Freud la cause est superficielle; elle agit actuellement dans ces' sortes de névroses, d\u2019où leur nom de névroses actuelles.Dans tous les cas il s\u2019agit d\u2019un mésusage de la fonction sexuelle déterminée et fixe, voire même réversible pouf 11.\u2014Freud: Ma vie et la psychanalyse, page 34. GENÈSE DE LA PENSÉE FREUDIENNE 271 îa neurasthénie pure d\u2019une part, pour la neurasthénie d\u2019angoisse d\u2019autre part.Et ce mésusage engendre peut-être des complexes psychiques et des conflits névrotiques, mais surdéterminés fondamentalement par un trouble toxique, fonctionnel, dirions-nous aujourd\u2019hui.Freud n\u2019attribue donc plus au psychisme dans ces névroses actuelles une importance de premier plan comme dans l\u2019hystérie.A ce recul vers l\u2019organicité, son étude, attirant l\u2019attention de la sexualité dans les névroses, dut probablement d\u2019être en général assez bien reçue dans le monde scientifique.Mais l\u2019angoisse et ses équivalents, au sens que leur donne Freud, son tellement fréquents, que les étudier équivaut à étudier une grande part de la neurologie.Freud vit aussi à cette période un certain nombre de malades mentaux, dont il fit l\u2019analyse.Ce n\u2019était qu\u2019un à-côté dans son travail.Aussi, n\u2019en faisons-nous que mention.(La fin prochainement.) Antonio Barbeau. Que faut-il penser de l\u2019eugénique?Dans un article récent, nous avons attiré l\u2019attention de nos éducateurs sur la nécessité de l\u2019éducation physique.Si le sport ne doit être introduit qu\u2019avec une grande prudence dans nos écoles et nos collèges, il n\u2019en est pas de même de la véritable culture physique.Elle devrait faire partie du programme des études, à tous les degrés de l\u2019enseignement.Pas plus que l\u2019éducation intellectuelle, elle ne peut être abandonnée au caprice des élèves.Etant une science dont les difficultés doivent être sériées, graduées, elle requiert l\u2019aide d\u2019un professeur compétent.Ceux de qui relève l\u2019enseignement chez nous ont le devoir de veiller à ce que la génération qu\u2019on prépare soit une génération robuste et saine.Le mouvement eugénique est né de préoccupations identiques.Il est un certain nombre de tares physiques, intellectuelles et même morales que l\u2019humanité se transmet.Elles forment un long cortège de souffrances que la science et la religion travaillaient à guérir.A notre époque, on a cru pouvoir faire davantage et en tarir, au moins en partie, la source.Bon nombre de ces misères, en effet, sont héréditaires.Il suffit d\u2019un individu taré pour empoisonner de nombreuses générations.Si donc nous pouvions empêcher les criminels, les faibles d\u2019esprit et certains malades de se reproduire, nous aurions, pour une bonne part, fait disparaître la souffrance du monde.Voilà le rêve généreux d\u2019où est sortie l\u2019eugénique.Ce mouvement a pris naissance en Angleterre.C\u2019est Sir Francis Galton qui lui a donné son nom et sa première impulsion.Il définissait l\u2019eugénique : L\u2019étude des QUE FAUT-IL PENSER DE L\u2019EUGÉNIQUE?278 facteurs sociaux pouvant améliorer ou affaiblir les caractères héréditaires des générations futures.C\u2019était appliquer à l\u2019humanité l\u2019idée de sélection que Darwin, son parent, avait préconisée pour l\u2019amélioration des plantes et des espèces animales.D\u2019Angleterre, l\u2019eugénique s\u2019est répandue avec une extrême rapidité à travers le monde.A l\u2019heure actuelle, elle a ses ligues et ses revues, ses chaires dans les universités et ses laboratoires de recherches.Les eugénistes des différents pays ont déjà tenu pas moins de trois congrès internationaux.C\u2019est aux Etats-Unis que l\u2019eugénique a été accueillie avec le plus d\u2019enthousiasme.Elle s\u2019y est élevée, en peu de temps, à la hauteur d\u2019un culte.Un sens social très averti, la nécessité de se protéger contre les déchets charriés par une immigration intensive, voilà quelques-uns des motifs qui expliquent pourquoi les premières lois eugéniques ont vu le jour en Amérique.Les Etats-Unis, d\u2019ailleurs, sont la terre des expériences législatives.Rien ne lie le pouvoir, ni la tradition, ni les principes de droit naturel.La législation reste donc purement utilitaire.Depuis 1907, deux sortes de mesures ont été prises, en différents Etats, pour empêcher la reproduction d\u2019individus indésirables: la stérilisation et la restriction du mariage.Elles soulèvent, au point de vue moral, les plus graves objections.Quant à leur efficacité, nous verrons qu\u2019elle apparaît de jour en jour plus discutable.Ce qui a accru encore la défiance des catholiques, c\u2019est que les eugénistes se sont faits trop souvent les propagateurs d\u2019idées immorales telles que l\u2019euthanasie et la limitation des naissances.Et puis, n\u2019y a-t-il pas danger que, dans cette campagne pour la disparition des 274 REVUE DOMINICAINE indésirables qui sont presque toujours des malheureux, on finisse par méconnaître les beautés de la charité chrétienne ou les simples lois de la pitié humaine ?Dans La Croix du 27 février dernier, M.Léon Merklen cite les propos d\u2019un journaliste français ridiculisant les efforts faits pour conserver \u201cles produits humains les moins recommandables : infirmes et malfaiteurs\u201d.Les journaux, disait-il, \u201csont remplis d\u2019appels en faveur des jeunes délinquants\u201d.Nous entretenons \u201cune armée de psychiatres, de médecins, de professeurs, d\u2019infirmiers, d\u2019infirmières, pour le service de ces intéressants sujets\u201d.Les tares, \u201cvoilà ce qui passionne les philanthropes, les humanitaires, les âmes pieuses\u201d.Et, il ajoutait regretter le temps passé où \u201cla terrible mortalité infantile opérait une sélection\u201d.Quant au Dr Hanswirth, de Berne, il demandait tout simplement la mise à mort des aliénés incurables et des idiots ! Ce grossier matérialisme où rien ne survit de la pitié que le Christ avait mise dans le cœur de l\u2019homme, est malheureusement trop répandu parmi les eugénistes.Ils en arrivent à oublier l\u2019âme, et à ne plus voir qu\u2019un bétail humain au milieu duquel on doit introduire une sélection sans cœur.Et pourtant, il en est du mouvement eugénique comme de la plupart de ces grands mouvements modernes, s\u2019ils arrivent si rapidement à s\u2019emparer des esprits, c\u2019est qu\u2019il y a en eux \u201cune âme de vérité\u201d que nous avons le devoir de chercher à découvrir.Il n\u2019est ni intelligent, ni profitable de les condamner en bloc, et a priori.Cherchons plutôt à démêler, au milieu d\u2019évidentes exagérations, ce qu\u2019il y a à retenir dans les affirmations et à seconder dans la pratique.La foi nous apprend que cette vie est un temps QUE FAUT-IL PENSER DE L\u2019EUGÉNIQUE ?275 d\u2019épreuve, et que la douleur en est inséparable.Dans notre effort pour la rendre plus heureuse, il y a une limite que nous ne dépasserons pas.Qui oserait affirmer que nous l\u2019avons atteinte ?Il y aura toujours des malades, des faibles d\u2019esprit, des criminels.Et pourtant, pouvons-nous nous désintéresser de l\u2019effort que l\u2019on fait pour en diminuer le nombre ?Les incroyants eux-mêmes sentent la nécessité de s\u2019appuyer sur les forces spirituelles _ _ et religieuses.Mettons-les à leur service.Sans tomber dans toutes les aberrations des eugénistes avancés, que de choses nous pouvons faire de concert avec eux.Il y a la lutte à intensifier contre l\u2019alcoolisme et la prostitution qui sont à l\u2019origine de la plupart de nos tares héréditaires.Il y a un sens plus vif de la responsabilité à inculquer aux parents vis-à-vis de ceux qu\u2019ils mettront au monde.\u201cSi les hommes savaient le mal que, par leurs excès et leurs tares, ils font aux générations qui naissent d\u2019eux, déclarait le cardinal Verdier, ils devraient se regarder comme des malfaiteurs insignes.Quel douloureux spectacle, dites-moi, que celui de ces pauvres enfants innocents certes, et qui portent sur leurs fronts pâlis, dans leurs yeux sans flamme, dans un sang appauvri ou souillé, dans un système nerveux détraqué,' les iniquités de leurs pères.\u201d Nous n\u2019avons cessé de prêcher ces choses-là.L\u2019eugénique n\u2019en vient pas moins à propos pour donner à notre effort, avec un motif nouveau, une efficacité plus grande.Il n\u2019y a donc pas à s\u2019étonner que des prêtres belges et américains se soient faits les apôtres d\u2019une eugénique chrétienne.Dans le désarroi actuel des intelligences, seule l\u2019Eglise peut prendre sans danger la direction d\u2019un mouvement comme celui-ci, qui côtoie de si près les droits 276 LA REVUE DOMINICAINH de la liberté individuelle et ceux de la morale chrétienne.De nombreux ouvrages, faits par des théologiens ou des médecins chrétiens, ont déjà paru sur ce sujet.i Nous n\u2019avons d\u2019autre ambition que d\u2019en résumer la doctrine.Nous étudierons successivement, dans cet article, les lois sur la stérilisation et la restriction du mariage; puis nous indiquerons, en conclusion, ce que nous pouvons retenir des moyens préconisés par l\u2019eugénique.; 1) L'eugénique légale : La stérilisation Depuis 1907, différentes mesures de défense sociale ont été prises pour empêcher la reproduction des indésirables.Celle qui soulève le plus d\u2019enthousiasme du côté des eugénistes, et le plus d\u2019objections au point de vue moral est la stérilisation.Il n\u2019y a pas de doute que la stérilisation, si elle était appliquée, au cours de deux ou trois générations, éliminerait, en grande partie, plus d\u2019une tare héréditaire.Cela suffit aux états modernes qui ne reconnaissent rien au-dessus de la loi.Les catholiques regardent plus haut et plus loin.Ils se demandent si une mesure comme celle-là ne lèse pas injustement les droits sacrés de l\u2019individu, antérieurs à ceux de l\u2019état.La stérilisation devient donc un problème moral et c\u2019est à ce point de vue que nous allons l\u2019étudier.Aux Etats-Unis, la moitié des Etats ont adopté la stérilisation.Elle est encore en vigueur dans vingt 1.\u2014Voici quelques ouvrages qu\u2019on peut consulter avec profit: Dr Raoul de Guchteneere: La limitation des naissances, 1929.Austin O\u2019Malley: The Ethics of Medical Homicide and Mutilation, 1922.\u2014 De Smet: Collationes Brugenses, décembre 1910.Janssen: Collectanea Mechliniensia, mai 1927.Charles P.Bruehl : Birth-Control and Eugenics, 1928.On trouvera dans ce dernier volume, avec de nombreuses références, d\u2019abondantes citations concernant le mouvement eugénique aux Etats-Unis. QUE FAUT-IL PENSER DE L\u2019EUGÉNIQUE?277 d\u2019entre eux.De 1907 à 1925, il y eut 6 244 cas de stérilisation.Une loi semblable existerait en Alberta, et une autre a été mise à l\u2019étude pour le Manitoba.Les lois actuelles ne visent que les fous et les dégénérés.\u201cMais l\u2019ambition des eugénistes va beaucoup plus loin.Leur espoir est qu\u2019il sera possible, quand le diagnostic de la cacogénie aura été perfectionné, d\u2019utiliser légalement la stérilisation en vue d\u2019une élimination radicale, non plus seulement des fous et des dégénérés, mais des alcooliques, des tuberculeux ou syphilitiques, des aveugles, des sourds, des bossus.\u201d 2 Quelques-uns vont jusqu\u2019à la préconiser pour faire disparaître graduellement la pauvreté.Ce que l\u2019on cherche, en définitive, c\u2019est de renouveler la population par les sommets.Seulement si l\u2019Etat peut, à la rigueur, restreindre la reproduction, il ne peut la rendre obligatoire et il serait vite acculé à une impasse.En supposant même que l\u2019eugénique ne sortirait pas des limites étroites où se sont enfermées les législations existantes, il resterait toujours à établir que la stérilisation, comme la vaccination par exemple, peut être imposée par l\u2019Etat au nom du bien commun.L\u2019individu, qu\u2019il soit un dégénéré ou non, a droit à la vie, et il a droit à l\u2019intégrité de son corps.Il est vrai que les opérations pratiquées au nom de la loi \u2014 la vasectomie chez l\u2019homme, la salpingectomie chez la femme \u2014 sont des opérations relativement bénignes.A l\u2019opposé de la castration, elles n\u2019ont aucune répercussion sur l\u2019ensemble du système et n\u2019amènent aucun changement dans l\u2019économie de la vie sexuelle.Elles n\u2019en restent pas moins, 2.\u2014André Siegfried: Les Etats-Unis d\u2019aujourd\u2019hui, 3e édition.p.111. 278 LA REYUE DOMINICAINE par leurs conséquences, des opérations mutilantes au premier chef, ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler \u201cun péché grave contre la nature\u201d.\u201cPour être justifiée en morale, dit le Dr De Guchte-neere, une telle opération nécessite des raisons proportionnées à la gravité de la mutilation subie\u201d.Les théologiens mentionnent comme raisons suffisantes, la conservation de la vie et celle de la santé.Peut-on y inclure la raison d\u2019Etat et la défense sociale ?L\u2019opinion de Bruehl,3 de De Smet,4 pleinement conforme aux principes du droit chrétien, peut se résumer ainsi : le pouvoir de l\u2019Etat se mesure aux exigences du bien commun dont il a la garde.Si les indésirables mettaient l\u2019existence de la société en péril, et s\u2019il n\u2019y avait pour elle d\u2019autre moyen de se protéger que la stérilisation légale, obligatoire, celle-ci pourrait se défendre en saine morale sociale.Nous nous empressons d\u2019ajouter que tel n\u2019est pas le cas, et que toute loi de cette espèce doit être réprouvée sans hésitation.Nous admettons volontiers que le nombre des indésirables ou des dégénérés est assez considérable pour constituer une menace contre laquelle l\u2019Etat doit se protéger.Par contre, on ne peut affirmer qu\u2019il mette réellement l\u2019existence de la société en danger.Il ne saurait donc nécessiter des mesures d\u2019urgence, ni légitimer la violation d\u2019un droit aussi sacré.\u201cIl n\u2019est pas vrai, dit le Dr O\u2019Malley,5 que la folie ou l\u2019imbécillité s\u2019accroissent à un degré aussi marqué aux Etats-Unis.Le nombre des habitants augmentant avec rapidité en ce pays, il est fatal que le nombre des faibles d\u2019esprit augmente 3.\t\u2014Vol.cité, p.119.4.\t\u2014Collationes Brugenses, 1912.5.\t\u2014Vol.cité, p.266. QUE FAUT-IL PENSER PE L'EUGÉNIQUE ?279 dans les mêmes proportions.Le pourcentage cependant reste à peu près le même et ne nécessite nullement une mesure aussi immorale et inefficace.En outre, ce n\u2019est qu\u2019en ces dernières années que nous avons commencé à classer et à compter les fous et les imbéciles.Ils avaient toujours existé, seulement, nous les avons mis en pleine lumière.\u201d La stérilisation n\u2019est donc pas une mesure qui s\u2019impose.Nous ajoutons que c\u2019est une mesure que rien ne justifie.Les lois de l\u2019hérédité que l\u2019on invoque restent encore en partie mystérieuses et il est difficile de baser sur elles une législation quelconque.Sans doute, certaines statistiques ne laissent pas d\u2019être troublantes.\u201cOn connaît, dit le Dr De Guchteneere, des lignées entières mises à jour par des investigations patientes et comprenant une proportion effrayante d\u2019anormaux, de dégénérés et de délinquants de toute espèce : telle la famille Yukes, ménage de débiles mentaux, d\u2019où sont sortis 312 mendiants et vagabonds, 17 souteneurs et 79 malfaiteurs sur un total de 709 descendants; telle aussi la lignée que signale le Dr Yervaeck, issue d\u2019un malfaiteur né en 1720.Sur 2 000 descendants on a pu en retrouver 1 500: 197 criminels, 300 mendiants et vagabonds, 440 débiles mentaux, alcooliques, anormaux, 50 prostituées, 213 présumés honnêtes.\u201d 6 Le Dr O\u2019Malley rapporte d\u2019autres statistiques tout aussi effarantes.7 Le Dr Flick fait toutefois remarquer, à propos de ces statistiques, que la plupart d\u2019entre elles ont été dressées par des gens qui cherchaient avant tout à prouver une thèse.Us n\u2019ont généralement pas fait le 6.\t\u2014Vol.cité, p.110.7.\t\u2014Vol.cité, p.246, p.266. 280 LA REVUE DOMINICAINE départ entre ce qui appartenait à l\u2019hérédité et ce qui était plutôt l\u2019effet du milieu.8 Ajoutons que d\u2019autres statistiques, aussi dignes d\u2019attention, sembleraient prouver, au contraire, que les maladies mentales ont tendance à disparaître au cours des générations.En 1848, le Dr Howe fit un relevé des idiots vivant au Massachusetts.A l\u2019heure actuelle, on ne trouve pas, dans les villes sur lesquelles avait porté son enquête, un seul idiot portant le même nom.9 Il est, en effet, des cas d\u2019imbécillité héréditaire, mais il en est un très grand nombre aussi qui proviennent de la déchéance des cellules germinales produite, chez les parents, par l\u2019alcoolisme, la tuberculose, les maladies vénériennes.D\u2019autres encore sont le résultat, chez l\u2019enfant, de certaines maladies, telles que la méningite, l\u2019influenza, la scarlatine.Sur près de deux mille faibles d\u2019esprit examinés par \u201cThe New York State Commission for Mental Defectives\u201d, les trois-cinquièmes provenaient de familles où l\u2019on ne trouvait rien d\u2019anormal.Dans l\u2019état actuel de nos connaissances, la stérilisation reste donc une mesure injustifiée.C\u2019est la violation de droits certains, pour des motifs encore discutables.Et puis, il n\u2019est pas facile de tracer la ligne de démarcation entre un enfant normal et une faible d\u2019esprit.Quant aux classifications que l\u2019on fait entre les différents imbéciles, elles sont purement théoriques et restent plus ou moins inutilisables en pratique.Une loi, comme celle de la stérilisation forcée, aboutit donc fatalement à l\u2019odieux et à l\u2019arbitraire.Au point de vue scientifique, comme au point de vue moral, c\u2019est une mauvaise loi.8.\t\u2014Cf.Bruehl : Vol.cité, p.151.9.\t\u2014Ibidem, p.166. QUE FAUT-IL PENSER DE L\u2019EUGÉNIQUE?\t281 On comprend que le concile provincial de Malines n\u2019ait pas hésité à décréter qu\u2019il n\u2019est jamais permis de rendre l\u2019homme ou la femme impropres à un mariage fécond, ainsi que cela se pratique, comme on le sait, dans certains pays, sous prétexte de sélection humaine.io A la stérilisation, les catholiques, en général, et les eugénistes modérés demandent de substituer la segrégation.Elle a existé, de tout temps pour certaines catégories de malades, comme les lépreux et les déments.Il suffirait de l\u2019étendre aux dégénérés de toute sorte, pour en diminuer graduellement le nombre.Le Dr Jordan rapporte qu\u2019en 1890, dans la cité d\u2019Aoste, on commença à interner les crétins, extrêmement nombreux à ce moment-là.Trente ans plus tard, Sœur Lucie qui avait eu charge de la maison d\u2019internement pouvait répondre : \u201cIl n\u2019y en a plus\u201d.n Ce qui incline les catholiques à préférer l\u2019internement à la stérilisation, c\u2019est qu\u2019il ne soulève pas les mêmes objections au point de vue moral.Sans doute, la liberté est un droit, mais un droit moins inviolable que le droit à l\u2019intégrité du corps.Il faudra donc des raisons moindres pour en priver un individu.La défense sociale apparaît ici comme une raison suffisante.Ajoutons que, grâce aux fermes ou aux écoles industrielles que différents pays ont organisées à cette fin, les dégénérés échappent à bien des dangers et à bien des souffrances.Maintenus dans de bonnes conditions hygiéniques, un certain nombre y recouvrent la santé.Quant aux autres, ils y vivent heureux, dans le travail, à condition d\u2019y entrer jeunes et de n\u2019en jamais sortir.10.\t\u2014Cf.Dr De Guchteneere, vol.cité, p.129.11.\t\u2014Cf.Bruehl: vol.cité.p.131. 282 REVUE DOMINICAINE Si beaucoup d\u2019eugénistes abandonnent, à leur tour, -la stérilisation pour se rallier à l\u2019internement, c\u2019est que celle-là apparaît moins efficace que celui-ci.La stérilisation peut bien empêcher la reproduction des indésirables, mais elle ne les empêche pas de devenir les victimes de l\u2019immoralité et les propagateurs les plus redoutables des maladies vénériennes.Bon nombre d\u2019entre eux constitueront un danger pour la société, et il faudra, un jour ou l\u2019autre, arriver à l\u2019internement par où on aurait dû commencer.La \u201cCentral Association for Mental Welfare\u201d, groupement anglais qui, au cours des dix dernières années, n\u2019a pas étudié moins de 34 000 cas de maladies mentales, émettait les conclusions suivantes : \u201cL\u2019application des lois de stérilisation n\u2019avancera en rien la prévention des anomalies mentales; la liberté retrouvée après la stérilisation tournera plutôt au détriment des anormaux eux-mêmes.Car elle diffère seulement pour un temps leur internement qui selon nous est le seul vrai remède.La stérilisation n\u2019est une mesure de protection ni pour les anormaux, ni pour la société\u201d.i2 Ceux qui s\u2019opposent à l\u2019internement le font uniquement au nom des dépenses que l\u2019Etat devrait encourir.Ces dépenses, au moins au début, seraient, en effet, assez considérables.Mais elles diminueraient graduellement avec le nombre des dégénérés.Elles seraient, en outre, compensées par le travail de ces malheureux et par le secours apporté à leurs familles.En tout cas, il y a bien des choses qu\u2019un gouvernement éclairé doit faire passer avant la question d\u2019argent : il y a la morale, il y a le respect des droits inviolables 12.\u2014Cf., Dr De Guchteneere : vol.cité, p.122. QUE FAUT-IL PENSER DE L\u2019EUGÉNIQUE?283 de l\u2019individu, il y a enfin la protection de la société contre des malheureux qui, abandonnés à eux-mêmes, sont trop souvent des criminels en puissance, des agents d\u2019immoralité et des foyers permanents d\u2019infection.Nous concluons avec le Dr Flick : \u201cLa segrégation fera tout ce que fera la stérilisation, et elle le fera sans violer les droits inaliénables de l\u2019individu et sans froisser le sens moral de la communauté.Il est vrai que la segrégation imposera une charge plus lourde que la stérilisation.Mais nous ne devons pas oublier qu\u2019il coûte souvent moins cher, dans des matières comme celle-ci, d\u2019accepter un fardeau que de chercher à l\u2019éviter\u201d.i3 (A suivre) M.-C.Forest, O.P.-*- Une apologie de la vie religieuse (suite et fin) Mais abandonner le cloître où l\u2019on espérait se fixer, reprendre, après quelque temps d\u2019essai de la vie religieuse, la vie commune des chrétiens, n\u2019est-ce point là un exemple pernicieux, un scandale, n\u2019est-ce pas mettre la main à la charrue puis regarder en arrière, n\u2019est-ce point un déshonneur et une honte ?Saint Thomas est loin d\u2019applaudir à cette sagesse humaine- Il estime qu\u2019il vaut mieux dans les cas douteux entrer dans la vie religieuse à titre d\u2019essai que de n\u2019y 13.\u2014Central-Blatt and Social Justice, February 1926. 284 REVUE DOMINICAINE pas entrer du tout.On se dispose, ce faisant, à y demeurer toujours.L\u2019on n\u2019est fondé à reprocher à quelqu\u2019un de retourner ou de regarder en arrière que s\u2019il n\u2019accomplit pas ce à quoi il s\u2019est engagé.Autrement il suffirait pour n\u2019être plus apte au bonheur éternel, de cesser un jour une bonne action que l\u2019on faisait auparavant.Ce qui de toute évidence est faux.Celui qui entre en religion, s\u2019il en sort pour un motif raisonnable, dit encore saint Thomas, ni ne scandalise ni ne donne le mauvais exemple.S\u2019il arrivait que quelqu\u2019un en fût scandalisé, ce scandale lui serait imputable à lui-même, nullement à celui qui sort.Il n\u2019a rien fait qu\u2019il n\u2019eût le droit de faire.Dieu et sa conscience l\u2019approuveront, que faut-il de plus ?S\u2019il a eu assez de force pour vaincré les résistances que le monde opposait à son départ, comment redouterait-il les railleries dont il lui plairait d\u2019accompagner son retour ?9 L\u2019on ne voit pas très bien, enfin, que le fait de vivre durant quelque temps en compagnie d\u2019hommes respectables par leurs talents et leurs vertus, d\u2019avoir goûté les charmes et les bienfaits de la vie religieuse pourrait être un si grand déshonneur ! Il est une autre erreur plus répandue encore et plus funeste que cette fausse persuasion d\u2019attendre une certitude absolue, une évidence complète pour répondre à l\u2019appel de Dieu.On considère le monastère comme un séjour exclusivement ouvert aux âmes parfaites.On en refuse l\u2019accès aux chrétiens qui ne sont point exercés dans l\u2019observation des préceptes ordinaires- Si l\u2019état religieux, dit-on, est un état de perfection basé sur la pratique des plus nobles conseils, ne faut-il pas, avant 9.\u2014S.Theol.Q.189, art, 4j ad lum et ad 2um.\u2014 Contra Pesti-feram Doctrinam, ch.13. UNE APOLOGIE DE LA VIE RELIGIEUSE 285 de s\u2019y engager, s\u2019être formé d\u2019abord aux vertus ordinaires, à l\u2019exacte observation des lois communes ?On ne devient pas excellent par un acte soudain ni par un coup inattendu ; pour monter aux sommets de la science ou de la justice on doit gravir les degrés inférieurs.Saint Thomas réprouve cette manière de voir- Il compare cette doctrine à une peste qui désolerait l\u2019Eglise.» Lorsqu\u2019il s\u2019agit, dit-il, d\u2019arriver au plus haut degré de l'état où l\u2019on vit, il faut ordinairement s\u2019avancer par les plus humbles; mais rien n\u2019oblige à entrer dans un état inférieur avant d\u2019en embrasser un plus élevé.Il n\u2019est pas nécessaire que celui qui veut être clerc commence par s\u2019exercer dans la vie laïque.Et quoique la vie active soit une bonne préparation à la vie contemplative, il n\u2019est pas nécessaire de passer par une communauté de religieux enseignants pour être reçu dans un ordre contemplatif.Les conseils évangéliques ne sont pas le sommet de la montagne mystérieuse de la perfection : ils n\u2019en sont que les degrés ascensionnels.L\u2019état religieux est, en effet, une sorte d\u2019exercice spirituel en vue d\u2019acquérir la perfection de la charité.Cet exercice consiste à écarter, par les observances de la vie religieuse, ce qui fait obstacle à la parfaite charité.Et ces obstacles eux-mêmes résident dans l\u2019attachement de l\u2019homme aux choses de la terre- Or, il peut arriver que cet attachement, non seulement fasse obstacle à la perfection de la charité, mais encore détruise la charité elle-même.C\u2019est ce qui se produit lorsque l\u2019homme, poursuivant les biens temporels, se détourne du bien impérissable et pèche mortellement.D\u2019où il suit que les observances de la vie religieuse suppriment pareillement les obstacles à la parfaite charité et les occasions de péché.Il est évident par exemple que les 286 REVUE DOMINICAINE jeûnes, les veilles, l\u2019obéissance et le reste éloignent l\u2019homme des péchés de gourmandise, de luxure et de tous les autres.C\u2019est pourquoi l\u2019entrée en religion se révèle expédiente, non seulement pour ceux qui sont déjà exercés dans les préceptes, afin de parvenir à une plus haute perfection, mais aussi pour ceux qui ne le sont pas, afin d\u2019éviter plus facilement le péché et d\u2019atteindre à la perfection.^ L\u2019on peut, ensuite, considérer cette entrée par rapport aux forces de celui qui se dispose à l\u2019accomplir.De ce point de vue, non plus, l\u2019hésitation ne se justifie pas.En effet, ceux qui entrent en religion n\u2019attendent pas leur persévérance de leur propre vertu, mais du secours de la puissance divine.\u201cCeux qui espèrent dans le Seigneur, écrit Isaïe, prendront de nouvelles forces.Ils élèveront leur vol comme les aigles.Ils courront et ne se fatigueront pas- Ils marcheront et ne sentiront pas la lassitude\u201d.Si toutefois, observe saint Thomas, il se présentait quelque empêchement spécial, mauvaise santé, dettes à éteindre et autres semblables, il y aurait lieu d\u2019en délibérer et de prendre conseil de personnes dont on a sujet d'attendre du secours et non de l'opposition\u2022 C\u2019est pourquoi il est écrit : Vas-tu consulter un homme sans religion sur la sainteté, un homme injuste sur la justice ?On veut dire en réalité, que ce n\u2019est pas une chose à faire.Aussi poursuit-on : Ne fais fonds sur ces gens-là pour quelque chose que ce soit, mais entretiens un commerce assidu avec l\u2019homme saint.Dans le cas dont il s\u2019agit cependant, conclut le saint Docteur, il n\u2019y a pas matière à longue délibération.10.\u2014Contra Pestiferam Doctrinam, ch.2-7; S.Theol.Q.189, art.I.Quodlibet, 4, art.2. I UNE APOLOGIE DE LA VIE RELIGIEUSE\t287 L\u2019on peut enfin considérer la manière d\u2019entrer en religion et dans quel ordre.Sur quoi il est légitime aussi de prendre conseil de personnes qui estiment la vocation religieuse, comprennent sa place dans le plan divin, inclinent en principe à en favoriser la réalisation.Et encore cet examen ne doit-il pas se prolonger beaucoup.Il n\u2019est pas très difficile à faire.On s\u2019expose,, en négligeant de conclure, à de périlleuses tentations, à rencontrer des difficultés nouvelles, à perdre un temps très utile pour le progrès spirituel- Appelés par le Seigneur, remarque saint Thomas, Pierre et André abandonnèrent sur le champ leurs filets et le suivirent, nous apprenant, déclare saint Jean Chrysostome, que Jésus-Christ réclame de nous une obéissance telle que nous ne tardions même pas d\u2019un instant.Hâte-toi, je te prie, écrit saint Jérôme; immobilisé au milieu des flots, c\u2019est couper l\u2019amarre qu\u2019il faut plutôt que la dénouer.Si vous craignez que le poids de l\u2019armure religieuse ne vous écrase, rappelez-vous ce que la céleste chasteté disait à saint Augustin : \u201cPourquoi te reposer sur toi-même, quand tu ne peux te soutenir?Elance-toi vers Dieu; ne crains pas, il ne se retirera pas pour te laisser tomber; jette-toi avec sécurité dans ses bras, il t\u2019accueillera et te sauvera\u201d.Exiger qu\u2019une âme observe les commandements, dit encore saint Thomas, avant de lui permettre de suivre les conseils du Christ, c\u2019est renverser l\u2019ordre de la fin et des moyens ; c\u2019est vouloir l\u2019effet avant la cause.C\u2019est de plus ne tenir aucun compte de la force de Dieu, des prodigieuses opérations de la grâce, des obstacles nombreux que la vertu rencontre dans le monde, des secours que lui offre la vie religieuse.Un pareil système, dit-il, rappellerait l\u2019ineptie d\u2019un général qui exposerait 288 REVUE DOMINICAINE d\u2019abord ses jeunes soldats à des combats périlleux, pour les préparer à des luttes insignifiantes, ou cette absurdité qu\u2019un artisan doit s\u2019exercer d\u2019abord à un rude métier avant que d\u2019en pratiquer un plus commode; c\u2019est dire enfin, que la possession prolongée des richesses prépare efficacement à la pauvreté volontaire, que la chasteté commune soit l\u2019utile noviciat de la virginité, que la liberté et les fantaisies de la volonté personnelle conduisent naturellement à une parfaite obéissance.Rêveries que tout cela ! conclut le saint Docteur.n Prétendre qu\u2019il faut consulter des côtés les plus divers, beaucoup délibérer, c\u2019est, nous dit saint Thomas, une autre erreur.Avant d\u2019obéir à l\u2019impulsion de la grâce, il n\u2019est pas nécessaire de tant réfléchir ni de tant consulter.A coup sûr il serait déraisonnable de se lier à la légère, il est bon de prévenir certaines âmes contre une exaltation et un enthousiasme qui ne durent pas, mais autant il convient d\u2019agir avec sagesse, avec calme, sans précipitation, autant il est défendu de traîner les choses en longueur.Les consultations sont superflues, affirme le Docteur Angélique, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019affaires bien déterminées et de tout repos.Cette entrée, il est évident qu\u2019elle représente un bien meilleur.Qui en doute fait injure au Christ qui en fait l\u2019objet d\u2019un conseil.\u201cL\u2019Orient t\u2019appelle, c\u2019est-à-dire le Christ, s\u2019écrie saint Augustin, et tu t\u2019attardes à regarder le couchant, c\u2019est-à-dire l\u2019homme mortel et qui se trompe.\u201d 12 Que faut-il penser, enfin, de la vérité de cette dernière affirmation : La vie sans les vœux est plus méritoire que la vie sous les vœux, la vie dans l\u2019état séculier 11.\t\u2014Contra Pestiferam Doctrinam, ch.2-7, passim.12.\t\u2014Contra Pestiferam Doctrinam, ch.8-10; S.Theol.Q.189, art.10. UNE APOLOGIE DE LA VIE RELIGIEUSE 289 est plus méritoire que la vie religieuse.Faut-il dire qu\u2019il ne s\u2019agit en aucune manière de rabaisser la vie des prêtres dans le siècle.Cette vie est très noble, très méritoire; elle est une forme exquise de la charité.\u201cLa comparaison, remarque saint Thomas, ne peut porter que sur ces deux genres de vie pris en eux-mêmes.Car du côté des personnes qui les mènent, c\u2019est le degré de charité qui décide.Il arrive parfois qu\u2019une œuvre, en soi moins bonne qu\u2019une autre, devienne plus méritoire, si elle est faite avec plus de charité.\u201d 13 II ne s\u2019agit pas ici de comparer pour mieux exalter mais pour savoir où se trouve la vérité, et comme le dit saint Thomas avec humeur, consideremus an verum sit quod dicunt.14 Or saint Thomas affirme à plusieurs reprises que la vie sous les vœux est plus parfaite et plus méritoire que la vie sans les vœux.15 Pour trois raisons principales.La première, c\u2019est que l\u2019œuvre bonne y prend, en plus de sa valeur propre d'acte de telle ou telle vertu surnaturelle, celle très souvent supérieure à la précédente, d\u2019œuvre de la vertu de religion, la première des vertus morales.Les deux autres sont particulièrement dignes d\u2019attention.C\u2019est que d\u2019abord, dans la vie sous les vœux nous donnons à Dieu, non seulement les actions bonnes que nous faisons par amour pour lui, mais encore la puissance par laquelle nous agissons.Donner un arbre avec les fruits, dit ingénieusement saint Anselme, c\u2019est assurément plus que de donner que les fruits.Ainsi c\u2019est le principe même de son activité que le religieux 13\u2014S.Theol.II.II.Q.184, art.8.14.\t\u2014Contra Pestiferam Doctrinam, ch.12.15.\t\u2014Contra Pestiferam Doctrinam ch, 12, 13; De Perfectione Vitæ spiritualis, ch, 12; S.Th.II.II.Q.88, art.6; Q.184, art.8; Q.189, art.2; Quodlibet, III, art.17.Contra Gentiles, III, 138. 290 REVUE DOMINICAINE enchaîne au service divin; et il se met même dans l\u2019impossibilité de faire autrement.Au matin de sa profession religieuse, le jeune homme a comme la vision de sa vie dans un immense tableau : il la considère, il la voit libre, heureuse, honorée, florissante au milieu du siècle.Mais il la voit aussi menacée par mille tentations, accablée d\u2019inquiétudes qui la tiendront fatalement éloignée de Dieu et lui raviront peut-être la grâce ineffable de la charité- Il la jette par un acte irrévocable aux pieds du Seigneur en s\u2019écriant : mon bien-aimé est à moi et je suis à lui.C\u2019est que enfin l\u2019œuvre bonne affermit dans le bien et donc on veut plus profondément le bien qu\u2019elle fait.Il y a plus de volonté dans l\u2019acte acœmpli par vœu que dans l\u2019acte accompli sans vœu.Plus de vraie volonté humaine, c\u2019est-à-dire rationnelle, et plus de vraie liberté, c\u2019est-à-dire de choix réfléchi et vraiment personnel.L\u2019acte spontané de qui se croit libre pour n\u2019avoir pas de vœu court trop souvent le risque d\u2019être plus ou moins improvisé au hasard des circonstances et d\u2019être inspiré par les dispositions du moment, tant corporelles que spirituelles, fréquemment superficielles et passagères.Par les vœux, au contraire, la volonté est affermie et immobilisée dans le bien, non seulement pour une œuvre particulière et pour un temps déterminé, mais d\u2019une manière générale pour tout l\u2019avenir et pour une multitude innombrable d\u2019œuvres saintes.Si la simple intention qui précède un de nos actes étend son influence sur tout l\u2019ensemble de notre opération et lui donne un caractère de moralité et de mérite, lors qu\u2019au cours de notre action, nous ne penserons plus actuellement au motif qui nous a d\u2019abord décidés ; si par exemple, il n\u2019est point nécessaire que celui qui accomplit un pèlerinage en l\u2019honneur de Dieu, s\u2019occupe incessamment de cette pensée UNE APOLOGIE DE LA VIE RELIGIEUSE 291 à tous les points de la route qu\u2019il parcourt, il est évident que l\u2019efficacité du vœu se prolongera durant la vie entière.Cette promesse sacrée nous montre que l\u2019on ne s\u2019est point borné à vouloir, mais que l\u2019on a prétendu se fortifier contre la faiblesse et l\u2019inconstance humaines, se priver même de la possibilité de n\u2019être pas vertueux.Aussi quand les distractions, la fatigue, la souffrance empêcheront l\u2019esprit et le cœur de se porter courageusement vers les œuvres que la religion commande ; quand l\u2019attention aux devoirs et l\u2019application aux exercices seront si faibles, qu\u2019il semblera que le corps seul agisse ; il sera pourtant vrai que les vœux inspirent encore ces actions et qu\u2019ils leur communiquent un réel mérite surnaturel-16\t( Cette doctrine de l\u2019Angélique Docteur est aussi miséricordieuse que profonde.Elle ne va pas sans doute jusqu\u2019à favoriser l\u2019inertie spirituelle.Elle suppose au contraire que les actes, vivifiés par les vœux, ne sont pas volontairement distraits et donc inutiles.Mais elle rassure contre les envahissements presque inévitables de la routine, contre l\u2019affaiblissement de la piété des premiers jours, contre le refroidissement de la piété sensible.Elle entretient dans les âmes une légitime confiance par la pensée que leurs actions tirent un grand mérite de la vertu de religion, qui en est la source première.Elle est une source de consolation par la certitude qu\u2019elles ont d\u2019avoir consacré pour toujours au Seigneur la racine même de leurs actes, et que ceux-ci auront toujours le caractère d\u2019une religion profonde, d\u2019une 16.\u2014S.Thomas, Contra Gent.Ill, 138; II.II.Q.art.6, ad 3um.Je recommande, sur ce sujet, la lecture des articles du R.P.Voyer: Prêtre-religieux, parus dans la Revue Dominicaine, 1927, p.334 et 338. 292 REVUE DOMINICAINE ardente générosité et d\u2019un irrévocable attachement au bien.Le droit d\u2019entrer en religion est donc un droit sacré.Nul n\u2019empêche de F exercer sans offenser la justice, la piété et la charité.Sur ce terrain l\u2019Eglise est inflexible.Elle a déterminé des cas où l\u2019on est tenu de rester dans le siècle.Si un père ou une mère dont l\u2019assistance est absolument nécessaire à leurs enfants, voulaient entrer en religion, la loi chrétienne s\u2019y opposerait jusqu\u2019à ce qu\u2019ils eussent pourvu à l\u2019avenir de leur postérité- Elle condamnerait de même les enfants qui laisseraient leurs parents dans une extrême nécessité pour revêtir l\u2019habit religieux.17 Elle s\u2019oppose également à l\u2019entrée en religion de quiconque est impliqué dans des affaires scandaleuses, ou étant insolvable, chercherait contre ses embarras d\u2019argent un refuge dans les monastères-18 Le monastère n\u2019est pas fait pour servir d\u2019hôpital à ceux qui ne savent plus où trouver un abri.L\u2019admission au noviciat est invalide quand le sujet n\u2019a pas l\u2019âge requis, quand il y est entré de force, sous l\u2019empire d\u2019une crainte grave, victime d\u2019une intrigue.19 Le droit déclare illicite, mais valide, l\u2019admission au noviciat des clercs qui, engagés dans les ordres sacrés, entrent en religion sans consulter l\u2019Ordinaire ou même malgré lui.Le refus de l\u2019Ordinaire se justifie lorsque le départ d\u2019un sujet ne peut s\u2019effectuer sans un grave détriment pour les âmes, mal auquel il est impossible de remédier autrement que par le maintien du sujet à son poste.20 Un canoniste moderne, très compétent, estime 17.\t\u2014Codex, No 542.1.\u2014 S.Th.II.II.Q.189, art.6.18.\t\u2014Codex, Can.542, 2o.\u2014 S.Th.II.II.Q.189, art.6, ad 3um.19.\t\u2014Codex, Can.542, S.Th.II.II.Q.189, art, 9.20.\t\u2014Codex, Can.542, 2o.981, lo.\u2014 S.Th.II.II.Q.189, art.7. UNE APOLOGIE DE LA VIE RELIGIEUSE 293 que, de nos jours, ce cas de dérogation à la liberté d\u2019entrée en religion est très rare: rarissimus hodie in praxi casus iste.2i Sans doute, les besoins de certaines églises particulières sont grands ; mais ils ne sauraient prévaloir contre les besoins de la gloire de Dieu, à qui le culte de la perfection religieuse offre une réparation de plus en plus nécessaire en face des envahissements de l\u2019incrédulité, de l\u2019orgueil et du sensualisme.L\u2019état religieux est nécessaire à l\u2019Eglise : il fait resplendir en elle la note de la sainteté- C\u2019est là un bien général pour toute l\u2019Eglise.Les diocèses, non seulement n\u2019ont pas le droit d\u2019empêcher la réalisation de cette fin supérieure, mais ils sont tenus d\u2019y concourir, comme la partie doit se dévouer au service du tout.Tel est cet impôt de la sainteté que chaque diocèse doit payer à l\u2019Eglise universelle.Qu\u2019il acquitte avec joie son tribut de vie parfaite, et en échange d\u2019un prêtre qu\u2019il aura donné au cloître il recevra de Notre-Seigneur plusieurs vocations sacerdotales.C\u2019est ce qu\u2019un évêque, d\u2019un grand esprit surnaturel, disait un jour à un de ses clercs qui lui demandait la permission d\u2019entrer dans un ordre religieux.D\u2019ailleurs, si le Christ inspire à un prêtre le désir de se faire religieux, c\u2019est une preuve que la présence de ce prêtre n\u2019est pas indispensable au bien du diocèse et que le Ciel y pourvoira autrement.\u201cAussi, tout considéré, observe le cardinal Gousset, nous pensons que le parti le plus simple pour un évêque, le plus conforme à l\u2019esprit de l\u2019Eglise, est de laisser aux ecclésiastiques de son diocèse la liberté entière d\u2019embrasser la vie religieuse.On n\u2019a pas à craindre les suites de cette liberté: le prêtre qui quitte sa paroisse pour renoncer au monde a plus d\u2019admirateurs que d\u2019imitateurs.21.\u2014Bouix, Tract, de Relig.P.IV. 294 REVUE DOMINICAINE Ce qui a fait dire à saint Jérôme: \u201cRare est la vertu et la foule ne court pas après.\u201d Sur quoi saint Thomas ajoute que la crainte de voir les pasteurs abandonner les paroisses est une crainte inepte et pareille à celle de l\u2019homme qui s\u2019interdirait de puiser de l\u2019eau pour ne pas mettre le fleuve à sec.\u201d 22 Un Supérieur de Grand-Séminaire avouait qu\u2019il avait remarqué que les vocations religieuses contribuaient à élever le niveau de l\u2019esprit ecclésiastique dans son Séminaire.Ces départs de condisciples aspirant à une vie plus parfaite, cette séparation de la famille et de ses intérêts temporels, ce dévouement par obéissance à des œuvres très laborieuses, provoquaient les jeunes clercs à pratiquer plus tard, dans les divers ministères diocésains, une semblable abnégation, un même zèle pour la gloire de Dieu- L\u2019on voit, par ce qu\u2019on vient de dire, combien le Saint-Siège est sage et combien il s\u2019applique à sauver tous les intérêts et toutes les libertés légitimes.Il va plus loin parfois.Il protège, s\u2019il en est besoin, l\u2019état religieux même contre ses propres coopérateurs, les plus intimes et les plus élevés, dans les cas où la préoccupation du bien particulier qu\u2019ils sont chargés de promouvoir leur ferait oublier les grands intérêts de l\u2019Eglise catholique, auxquels se rattachent la mission des ordres religieux.Voici un fait entre plusieurs que je pourrais citer.Un évêque plein de mérites, qui désirait garder tous ses prêtres pour les œuvres diocésaines, mais répugnait à recourir dans ce but au refus des Lettres Testimoniales, avait demandé à Rome, en 1859, un Induit pour pouvoir retenir au moins trois ans les aspirants à la vie religieuse.Le Saint Père, tout en louant son zèle et en 22.\u2014Gousset, Théol.Morale, No 537; S.Th.II.II.Q.184, art, 4; Q.189, art.7, ad 2um. UNE APOLOGIE DE LA VIE RELIGIEUSE 295 lui témoignant son intérêt pour le bien du diocèse, ne crut pas devoir lui prêter secours au prix d\u2019une telle dérogation aux prérogatives de l\u2019état religieux.Le Saint Siège n\u2019a jamais eu l\u2019intention non plus, comme quelques promoteurs du recrutement sacerdotal ont pu le prétendre de bonne foi, de transférer aux Ordinaires la délicate mission de juger des vocations religieuses et la facilité de les arrêter indirectement par le refus des Testimoniales.Les Lettres Testimoniales, observent les canonistes, ne sont pas une approbation de la vocation ni une permission d\u2019entrer en religion.23 Elles ne concernent que certaines conditions relatives au for externe : naissance légitime, baptême, confirmation, exemption de dettes, etc.C\u2019est déjà beaucoup que le Saint Siège fasse peser sur la conscience des Ordinaires l\u2019exactitude de ces informations, sans qu\u2019il prétende augmenter leur responsabilité en leur attribuant un jugement définitif sur le fond de la vocation- Ce jugement supposerait, en outre, la connaissance des attraits de l\u2019aspirant et aussi de ses aptitudes pour l\u2019Ordre auquel il apire.Or ces attraits et les raisons qui les justifient étant un fait du for intérieur, ne sont bien connus que du directeur spirituel, mis au courant depuis longtemps des penchants, des tentations, comme aussi des grâces et des lumières intérieures reçues de Dieu.Quant aux aptitudes, que l\u2019évêque ait le droit et le devoir d\u2019en juger pour ses clercs, destinés à exercer le ministère dans son diocèse, c\u2019est évident et l\u2019on comprend qu\u2019il en éprouve des perplexités, et, qu\u2019avant les ordinations, il multiplie les prières.\u201cMais comment imposer, se demande le Père Cormier, à un Evêque de statuer sur les Vocations religieuses ?23.\u2014Bouix, 1.c.p.553. 296 REVUE DOMINICAINE Comment exiger qu\u2019il connaisse l'esprit des divers Ordres, leurs statuts, leurs observances, les rapports de celles-ci avec la complexion et la santé des aspirants ?Il faut pour cela l\u2019expérience d\u2019un spécialiste, s\u2019il est permis d\u2019employer le mot.C\u2019est sur place, dans le milieu où l'aspirant devra vivre et par la pratique des cas analogues, qu\u2019on juge des aptitudes, physiques, morales ou spirituelles\u201d.24 Rien de plus simple et de plus grave, dirons-nous en terminant, que cet enseignement du Docteur Angélique.Il nous montre combien la miséricorde divine est admirable dans l\u2019établissement de ces cloîtres où se trouvent la satisfaction de tous les saints désirs, la consolation de toutes les pieuses tristesses, l\u2019ambition du bien et la haine du mal, l\u2019avidité d\u2019une haute perfection et la crainte des châtiments éternels, l\u2019amour de la vertu et l\u2019horreur du vice, les délices de l\u2019innocence et l\u2019expiation des fautes : tout se rencontre ici dans une heureuse harmonie, nous rappelant que la vie religieuse n\u2019est pas encore un paradis où l\u2019on soit confirmé en grâce, dispensé des efforts de la lutte et des travaux de la pénitence.Ce n\u2019est pas encore le repos de la gloire, la paix dans le triomphe: les larmes ne sont pas bannies de ce séjour; il y faut encore de la prudence, de l\u2019humilité, de la prière.\u201cLa vie religieuse, c\u2019est le joug si doux du Christ.Saint Grégoire l\u2019a bien dit: \u201cQuel fardeau met-il sur les épaules de notre âme, celui qui commande de fuir les désirs qui troublent, qui enseigne à éviter les routes de ce monde qui sont pleines de labeur\u201d.A ceux qui prennent sur eux ce joug très doux, il promet, pour se refaire, la jouissance de Dieu et l\u2019éternel repos de l\u2019âme-\u201d 25 Albert-M.Mignault, O P.24.\t\u2014Cormier, Lettre à un Maître de Novices sur la Vocation religieuse, p.6L 25.\t\u2014S.Th.II.II.Q.189, art.10, fin de l\u2019ad 3um. Pourquoi des missionnaires au Japon?(suite et fin) Comment le Japonais s\u2019est-il épris si rapidement et si profondément de cette philosophie évolutionniste ?Tout d\u2019abord, je le veux bien, parce que ce système qui nous déçoit à plus d\u2019un point de vue, ne manque d\u2019être séduisant dans l\u2019ensemble.D\u2019une part, cette matière éternelle, animée d\u2019énergie, qui s\u2019organise et se diversifie en séries d\u2019êtres multiples, au cours des siècles, qui se perfectionne sous la poussée d\u2019une loi mystérieuse, sorte d\u2019instinct à la recherche d\u2019un bien meilleur, qui prend conscience d\u2019elle-même dans les êtres les plus perfectionnés, les hommes; d\u2019autre part, cette énergie interne, qui est comme l\u2019âme du monde, immanente dans tous les êtres, les façonnant et les stimulant vers le sommet de leur perfectionnement définitif; tout cela semble expliquer quelque chose du grand univers sans cesse changeant, et dont le fond des choses nous est si bien caché sous le voile des phénomènes.Ajoutons que cette explication du monde ou cette ébauche, semble à ces philosophes d\u2019hier, tout à fait conforme aux données de la science actuelle.Sans doute il y a quelque chose de séduisant dans cette manière de résoudre le problème du monde, et ceci expliquerait, par exemple, l\u2019enthousiasme de cet auditoire d\u2019université qui, cet hiver à Sendai, applaudissaient de si bon cœur tel vieux professeur donnant la conférence de fin d\u2019année sur la philosophie d\u2019aujourd\u2019hui.Oui, c\u2019est là une raison : le caractère séduisant du système évolutionniste; mais il faut aller plus loin pour 298 LA REVUE DOMINICAINE avoir une explication adéquate.C\u2019est qu\u2019il y a dans l\u2019âme asiatique et japonaise une prédisposition spéciale, des pierres d\u2019attente, en faveur de cette philosophie.De même qu\u2019il y a dans l\u2019âme chrétienne une prédisposition à accepter la philosophie d\u2019Aristote, qui pose Dieu au sommet et à l\u2019origine de tous les êtres, de même il y a dans l\u2019âme bouddhiste une prédisposition à accepter la philosophie évolutionnste.Problème assez vaste que celui-là, connaître la philosophie bouddhiste ou chinoise, mais heureusement d\u2019autres ont travaillé avant nous, et bien travaillé, avec cette devise: \u201cnon solum mihi laboravi, sed omnibus exquirentibus veritatem.)\u2019 Et ceux qui ont si bien travaillé sur cette matière, ce sont les vieux missionnaires du Japon, ceux du XVIe siècle, date de la première évangélisation du Japon, et ceux du XIXe siècle, date de la résurrection de la religion chrétienne au Japon.Que nos missionnaires aient été préoccupés de connaître la philosophie bouddhiste, c\u2019était leur devoir d\u2019état, et ils n\u2019y ont pas manqué.Mais n\u2019y arrivait pas qui voulait; il fallait pour cela savoir sa langue japonaise à fond, pouvoir lire les classiques chinois, pénétrer dans les bibliothèques, etc.Or pour commencer par la dernière époque, il faut dire que l\u2019on a eu la bonne idée vers l\u2019an 1900 de fonder une revue, \u201cLes Mélanges Japonais\u201d, pour donner aux jeunes missionnaires une connaissance suffisante et facile des usages et de la religion du pays.Or, dans cette revue, quelques articles traitent de la philosophie bouddhiste.En voici un résumé.Donc Bouddha, voulant donner un fondement philosophique à sa doctrine religieuse, affirmait que l\u2019essence de tous les êtres, c\u2019est le vide, c\u2019est l\u2019absence de personnalité ou d\u2019individualité propre.D\u2019où la nécessité de POURQUOI DES MISSIONNAIRES AU JAPON?299 nous détacher de tout, de faire mourir nos désirs, et de nous perdre dans le grand tout de l\u2019univers, d\u2019entrer dans le nirvana.\u201cC\u2019est parce qu\u2019il ignore cette vérité fondamentale, disait-il, que le vulgaire s\u2019attache opiniâ-trément à croire qu\u2019il y a un moi réel et permanent dans tout être.La délivrance consiste à détruire cette persuasion erronée.\u201d Il dira encore : tout agrégat, bon ou mauvais, procède de trois choses, savoir : du sentiment, du désir et de la perception ou connaissance, et le résultat inéluctable est le tourbillon de la vie et de la mort, dans lequel sont entraînés fatalement tous les êtres.Ce serait là la base de toute la métaphysique bouddhiste, le point sur lequel le maître revenait sans cesse.Devant les initiés il insistait sur l\u2019instabilité des êtres, sur le tourbillon de la vie et de la mort qui emporte tout, sans relâche et sans fin.Tous les êtres entraînés par la loi fatale de causalité naissent et meurent; il n\u2019y a aucun principe subsis tant, tout est changement.l Ce serait une bien courte métaphysique, à la vérité, trop courte et trop vide pour qu\u2019elle soit la vraie philosophie de Bouddha, penseront quelques-uns.Eh bien ! les missionnaires du XVIe siècles ont certainement étudié à fond la religion et la philosophe bouddhiste; ils venaient de l\u2019Europe savante, alors vivement préoccupée de philosophie et de théologie.Or voici comment le Père Charlevoix s\u2019exprime sur ce point, après avoir soigneusement compulsé les rapports des missionnaires.Il partage la matière en deux: la doctrine extérieure, donnée à la foule, et la doctrine intérieure, donnée aux seuls savants.C\u2019est, d\u2019une part 1.\u2014Mélanges japonais, 1909, Tokio. 300 LA REVUE DOMINICAINE le dogme et la morale, d\u2019autre part, la philosophie.Voici donc, textuellement : \u201cLa doctrine intérieure, dont on ne fait part qu\u2019à \u201cun petit nombre de disciples, aux esprits forts, aux \u201csavants et aux plus grands seigneurs, et dans laquelle \u201ctous les bonzes mêmes ne sont pas initiés, a pour fonde-\u201cment que le vide est le principe de toutes choses, que les \u201chommes mêmes n\u2019ont point d\u2019autre origine ni d\u2019autre \u201cfin, qu\u2019on ne voit rien sur la terre qui ne soit composé \u201cdu vide et des éléments, et qui ne retourne au néant.Il \u201cn\u2019y a point d\u2019autre différence entre les corps que la \u201cfigure et la qualité, comme on voit l\u2019eau prendre la \u201cforme du vase où on la met.En un mot, nulle substance \u201cne diffère intrinsèquement de l\u2019autre, et toutes ont le \u201cvide pour premier principe : principe infini, qui ne peut \u201cêtre ni engendré ni corrompu.Cela posé, si nous voulons vivre heureux, il faut que par une profonde méditation de cette grande vérité, nous en venions jusqu\u2019à \u201cnous dépouiller de toute affection de tout sentiment, \u201cpour nous rendre semblable à notre principe.Il faut \u201crenoncer à l\u2019usage de notre raison et réprimer les mou-\u201cvements de notre cœur, afin de goûter ce repos divin \u201cqui est la suprême félicité.Parvenus à cet heureux état \u201cnous ne laissons pas de nous conformer extérieurement \u201cà ce qui concerne les devoirs de la vie commune, mais \u201cdans le secret du cœur nous jouirons d\u2019un bonheur inaltérable et nous regarderons comme des idées creuses \u201ctout ce qu\u2019on a coutume de dire de la vertu, du vice, \u201cetc., nous n\u2019aurons plus devant les yeux de l\u2019âme que le \u201cvide et le néant.\u201d 2 Telle serait donc en abrégé, la philosophie bouddhiste, Comparée à la nôtre, qui est la philosophie de 2.\u2014Charlevoix, Histoire du Japon, p.116, Paris, 1736. POURQUOI DES MISSIONNAIRES AU JAPON ?301 l\u2019être, elle serait bien la philosophie du néant.D\u2019autre part, puisque d\u2019après ce système philosophique, tous les êtres ne sont au fond qu\u2019une seule et même réalité dont nous n\u2019apercevons que les différentes figures, puisqu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un tourbillon d\u2019êtres successifs sous la loi de la causalité, c\u2019est bien aussi la philosophie de l\u2019évolution.En tout cas il est assez évident que des esprits imbus de ces principes sont parfaitement prédisposés à accepter la philosophie évolutionniste de l\u2019Europe.Il n\u2019y a pas tant de différence entre le néant et la si vague nébuleuse primitive, et quant à l\u2019organisation des êtres par l\u2019universel changement, c\u2019est l\u2019élaboration d\u2019un même principe, la transposition d\u2019une même idée.De même encore, ces prédispositions de l\u2019âme japonaise imbue de philosophie bouddhiste expliquerait sa sympathie marquée pour Shopenhauer et Hartmann que certains publicistes de France proclamaient il y a déjà longtemps comme de parfaits bouddhistes.(Revue des Deux-Mondes, 1867).Il suffit de connaître un peu la philosophie chinoise pour deviner la résultante dans l\u2019âme de nos jeunes Japonais, et pour ne pas se surprendre, par exemple, de cette boutade d\u2019un jeune Japonais, profondément bouddhiste, belle âme, du reste, qui déclarait au missionnaire que tout son idéal de vie était d\u2019arriver à la perfection de ses éléments premiers.Et maintenant comment ne pas voir dans la philosophie régnante au Japon un des grands obstacles à la diffusion du Christianisme ?Les philosophes sont rares, direz-vous, ceux qui éUidient sérieusement la philosophie sont plus rares encore.C\u2019est juste.Mais il n'est pas moins vrai que la vie courante est toujours inspirée par une philosophie quelconque.Et ici c\u2019est la philosophie bouddhiste traditionnelle complétée et systématisée par 302 REVUE DOMINICAINE l\u2019évolutionnisme moderne qui inspire la vie, qui répond au besoin de s\u2019expliquer un peu toutes choses, et qui met en circulation les plus graves objections contre notre système religieux.Il faut ajouter cependant qu\u2019il se rencontre bon nombre d\u2019intelligences qui ne sont pas satisfaites par le système évolutionniste et qui cherchent ailleurs.Quand la grâce de Dieu dirige ceux-là vers un missionnaire, c\u2019est presque toujours une conquête, et très précieuse parce qu\u2019ils seront des chrétiens convaincus, et de vrais apôtres.Etant donné donc la mentalité des anciens et la déformation des esprits chez les jeunes, la pénétration du christianisme est particulièrement difficile au Japon.Et c\u2019est pour cela qu\u2019il faut ici un plus grand nombre de missionnaires et des œuvres imposantes.Depuis le grand événement de la résurrection de la religion chrétienne au Japon (1850-1860) l\u2019effort catholique a été relativement minime.Jusqu\u2019à ces dernières années, les Prêtres des Missions Etrangères de Paris étaient les seuls missionnaires au Japon.Le personnel manquait, les ressources aussi.Car l\u2019organisation matérielle des missions du Japon différait totalement de celles de la Chine ou de l\u2019Indo-Chine.Là-bas les œuvres à organiser étaient des œuvres de charité, Sainte-Enfance, refuges de toutes sortes, etc.Ici c\u2019était des œuvres d\u2019éducation, beaucoup plus dispendieuses, si l\u2019on songe qu\u2019il fallait les placer sur un pied d\u2019égalité avec celles du gouvernement.L\u2019on a dit et l\u2019on répète partout que les missionnaires protestants de cette époque avainent été beaucoup plus clairvoyants en fondant ici nombre de lycées et un université, la Doshisha à Tokio.Remarquons cependant qu\u2019il POURQUOI DES MISSIONNAIRES AU JAPON?303 est plus facile de regarder au loin quand il n\u2019est pas besoin d\u2019avoir l\u2019œil à la caisse.Le succès des protestants, à cette époque surtout, car leur influence baisse sensiblement, est dû avant tout aux sommes fabuleuses dont ils pouvaient disposer.Les missionnaires catholiques ont compris également qu\u2019il fallait, avant tout, s\u2019occuper de l\u2019éducation, et l\u2019école de l\u2019Etoile du Matin tenue à Tokio par les Pères Maria-nistes, le lycée des Dames du Sacré-Cœur et celui des Dames de Saint-Maur, les quatre ou cinq écoles des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, l\u2019école des Sœurs Dominicaines, à Formose, etc., restent l\u2019expression vivante de la compréhension de l\u2019état des choses à cette époque.Si l\u2019on n\u2019a pas fait davantage, c\u2019est qu\u2019iil fallait limiter les projets à la modicité des ressources.Mais il n\u2019est jamais trop tard pour renforcer les positions acquises.La Sainte Eglise l\u2019a compris depuis longtemps, et c\u2019est pourquoi elle a envoyé au Japon depuis une vingtaine d\u2019années plusieurs nouveaux groupes de missionnaires, Dominicains espagnols, Pères du Verbe Divin, Jésuites, Franciscains allemands, Franciscains canadiens, et enfin nous, les derniers venus.C\u2019est donc l\u2019heure de répondre aux vœux de l\u2019Eglise.L\u2019œuvre est pressante, ai-je besoin de l\u2019ajouter, car au dire de bons observateurs comme le sont les anciens missionnaires, le peuple japonais subit de dix ans en dix ans une transformation visible.Il faut donc occuper d\u2019avance les positions si nous voulons avoir l\u2019avantage, au bon moment, de pénétrer par la brèche qui peut s\u2019ouvrir.Il y a donc l\u2019œuvre d\u2019attente qui exige une prise de 304 REVUE DOMINICAINE position avantageuse, et pour cela il faut que les missionnaires se multiplient.Il y a aussi l\u2019œuvre de préparation ou de lente pénétration, celle-là aussi réclame de plus nombreux ouvriers.Et cela pour prêcher et catéchiser, pour tenir les postes, sans doute, mais encore plus pour multiplier sur cette terre si païenne du Japon les temples où habite l\u2019Esprit Saint.Car il ne faut pas perdre de vue qu\u2019au-dessus de tous les obstacles qui s\u2019opposent à la conversion des âmes païennes il y a le grand ennemi de Dieu.Puissance formidable que celle-là.Et si elle fait sentir son influence jusque dans nos villes catholiques du Canada, dans nos villes aux cent clochers, dans nos campagnes dont les routes sont bordées de croix, dans un pays où le Christ est officiellement reconnu comme le vrai roi du monde, comment ne paa voir que cette puissance du mal sera presque toute-puissante dans un pays qui est son propre domaine, dans lequel il règne sur toutes les terres et presque sur toutes les âmes.Il importe donc de multiplier ici les âmes sacerdotales et religieuses, les plus beaux temples du Saint Esprit afin d\u2019attirer sur notre terre du Japon les bénédictions du ciel.Nous n\u2019oubions pas que la coopération à l\u2019œuvre missionnaire peut de faire efficacement, à distance, par la prière, le sacrifice et l\u2019aumône.Faire monter vers Dieu son ardente supplication, offrir pour la conversion des païens ses peines de chaque jour, sacrifier telle somme d\u2019argent à l\u2019œuvre des missions, c\u2019est sans doute travailler efficacement au salut des infidèles.N\u2019a-t-on pas écrit que Sainte Thérèse a sauvé plus d\u2019âmes par ses prières dans son cloître que nombre de missionnaire tra- POURQUOI DES MISSIONNAIRES AU JAPON?305 vaillant là-bas ?Si tout cela est parfaitement juste, il ne reste pas moins vrai qu\u2019il faut sur place le plus grand nombre possible d\u2019âmes consacrées totalement à l\u2019œuvre des missions.Il le faut pour multiplier ici les temples du Saint Esprit, ai-je dit, source de bénédictions célestes.Il le faut aussi pour augmenter la somme de sacrifices que Dieu exige.\u201cSine sanguinis effusione non fit remissio\u201d, pour sauver les âmes il faut du sang.Le temps des grandes persécutions est passé, mais il reste pour le martyre la voie longue, car il existe en nous un autre sang que le sang des veines.Il consiste dans le sacrifice journalier et continuel du missionnaire : supporter le mal du pays et souffrir de l\u2019inquiétude des siens, se sentir sans cesse tellement étranger, être obligé de transformer radicalement sa manière de penser et de s\u2019exprimer, et cela par un travail ardu de plusieurs années, être privé de mille et une petites choses que les pays les plus civilisés de l\u2019Orient ne peuvent donner aux missionnaires.tout cela c\u2019est du sang versé, c\u2019est une espèce de martyre dont on peut dire avec raison : \u201csanguis martyrum semen christianorum,\u201d le sang des martyrs est une semence de chrétiens.Cela est vrai dans l\u2019ordre de la grâce, cela est vrai aussi dans l\u2019ordre de l\u2019activité apostolique, car la vie elle-même d\u2019un bon missionnaire est une excellente prédication.Quand les populations voient un prêtre ou une religieuse, totalement consacré aux intérêts de la religion du Christ, sacrifiant son pays, ses parents, ses talents, sa santé, sa vie au total, elles ne peuvent tenir indéfiniment contre un pareil spectacle.Les témoins de pareils sacrifices finissent par se dire: il y a dans ces âmes 306 REVUE DOMINICAINE quelque chose d\u2019extraordinaire.C\u2019est le premier appel de la grâce, fruit de la première prédication du missionnaire, celle du spectacle de sa vie.Il faudrait donc que ces prédications se multiplient, ici, afin que nos populations puissent en voir souvent et partout.Puisse le Maître de la moisson, qui veut le salut de tous les hommes, envoyer ici au Japon de plus nombreux ouvriers.C\u2019est notre prière à Dieu, c\u2019est notre appel pressant aux âmes si généreuses de notre pays.Père Gonzalve Proulx, O.P., Missionnaire à Sendai, Japon.-*- Le sens des faits Réplique de M.Pierre Daviault Ottawa, le 14 mars 1930.R.P.M.-A.Lamarche, O.P., directeur de la \u201cRevue dominicaine\u201d, Montréal, P.Q.Mon révérend Père, Il me serait difficile de répondre à votre Réponse à M.Pierre Daviault dans le Civil Service Review où j\u2019ai publié l\u2019article que vous avez bien voulu relever en quelques pages du numéro de mars de la Revue dominicaine.La Review a l\u2019avantage de circuler from coast to coast, comme vous le notez avec une charmante ironie.Mais elle a l\u2019inconvénient, en l\u2019occurrence, de ne paraître que tous les trois mois et la livraison du présent trimestre est sous presse : ma réplique se ferait trop attendre.Je LE SENS DES FAITS 307 me permets donc de vous envoyer cette lettre, pour laquelle vous pourrez peut-être trouver un coin dans votre Revue.Votre réponse était d\u2019une parfaite courtoisie.Je vous en remercie et je vous assure que je ne réplique que pour préciser certains points.Vous l\u2019avouerai-je ?c\u2019est aussi pour avoir le plaisir de poursuivre la conversation avec un interlocuteur si agréable.Le passage de mon article que vous avez commenté ne comptait que quelques mots.Vous leur avez fait un sort.De cela aussi je vous rends grâces.Vous n\u2019y avez pas vu de malignité, car vous terminez sur ces mots: \u201cM.Daviault s\u2019est fourvoyé par négligence et non par parti pris d\u2019attaque\u201d.Vous aviez parfaitement raison.Qu\u2019il est plaisant de différer d\u2019opinion avec un homme qui \u201ca le sourire\u201d! Je me permets de vous retourner votre compliment.N\u2019avez-vous pas commis la négligence d\u2019oublier un peu le contexte du paragraphe incriminé ?Cette négligence a même été cause que vous m\u2019avez fourni des arguments contre vous-même.Mon article, vous vous le rappelez, se composait de réflexions sur un sujet très vaste et je n\u2019y faisais une brève allusion à deux de vos études que pour apporter un exemple à l\u2019appui d\u2019un raisonnement d\u2019ordre général.J\u2019exposais une certaine conception du roman et, partant, du réalisme, car le roman, à mon sens, ne peut se passer d\u2019un certain réalisme.Puis je notais que vos vues en ces matières ne cadrent pas avec les miennes.Votre réponse m\u2019a confirmé dans cette opinion.Car, loin d\u2019y établir que \u201cma mémoire s\u2019est récusée\u201d, vous avez accentué nos divergences, tout en montrant que nous 308 REVUE DOMINICAINE nous entendons sur certains points, ce que je n'avais pas nié.Je n\u2019avais pas en vue les seuls passages que vous m\u2019opposez, mais l\u2019ensemble de vos articles et c\u2019est pour ce motif que je n\u2019en citais aucun extrait en particulier.Prenons le cas Choquette.Pour déterminer si j\u2019ai dénaturé votre pensée, il n\u2019y a qu\u2019à mettre en regard votre article de 1928 et le mien.Dès les premiers mots, nous venons en conflit.Vous écrivez: \u201cNos jeunes littérateurs ne sont jamais vrais.M.Robert Choquette vient d\u2019en donner une preuve assez regrettable dans son roman.\u201d Or vous savez que j\u2019approuve le réalisme de Choquette.Ce qui ne veut pas dire que je ne trouve pas son observation en défaut.Il y aurait beaucoup à dire sur la psychologie puérile de Marcelle NanteJ, la \u201cfemme fatale\u201d, par exemple.En passant, notez que je ne suis pas un défenseur bien ardent de la Pension Leblanc.Vous ne le trouvez pas vrai, parce que l\u2019auteur ne dépeint pas le paysan d\u2019après certaines idées reçues, d\u2019après \u201cla commune expérience\u201d.Ces idées, c\u2019est que nos paysans sont remplis des qualités suivantes (je vous cite textuellement): \u201chonnêteté de moeurs.assiduité au travail.piété solide.distinction native.politesse raffinée\u201d.Vous ne leur reconnaissez que des \u201cdéfauts que l\u2019on peut qualifier de légers\u201d, c\u2019est-à-dire que vous les trouvez simplement \u201cmadrés, soupçonneux, jobards et cancaniers\u201d.Ils sont si bons que, par exemple, le jeune villageois amoureux de la citadine mariée serait, dans la réalité, mis \u201cà la raison et la pensionnaire à la porte\u201d.Inutile de vous dire que je ne partage pas tout à fait cet avis.N\u2019ai-je pas écrit, au sujet de nos paysans: LE SENS DES FAITS 309 \u201cLeur vie, qui n\u2019est pas toujours idyllique; leurs moeurs, parfois très rudes; leur tournure d\u2019esprit, souvent bizarre.Et, d\u2019une façon générale, je m\u2019insurge contre les personnages de roman \u201cabsolument bons ou désespérément pervers\u201d.Je fais mien le mot de Macaulay, dans son essai sur Mirabeau: \u201cMen, except in bad novels, are not all good or all evil\u201d.Mais là n\u2019est pas la question.Il se pose un problème plus vaste, celui, justement, que j\u2019étudiais dans mon article.Vous voulez qu\u2019on décrive les personnages de roman selon la \u201ccommune expérience\u201d et, donc, qu\u2019on les ramène à un type général.Mais je demande que le romancier particularise et je réclame la \u201clibre soumission aux faits\u201d.J\u2019ai écrit: \u201cImpossible de donner l\u2019impression de la vie sans particulariser\u201d.Je déplorais qu\u2019un roman ne puisse, \u201cpour nous, s\u2019attacher à l\u2019étude d\u2019un cas particulier\u201d.Vous exigez qu\u2019on présente nos gens sous un jour favorable, car des personnes mal averties \u2014 \u201ctels des étrangers \u2014 ne manqueront pas.de juger toute une classe du peuple par les échantillons qu\u2019on aura mis sous leurs yeux\u201d.Vous voulez donc qu\u2019un roman ait une valeur de démonstration.Or, j\u2019ai écrit: \u201cLes bonnes intentions conduisent aux bonnes actions; pas nécessairement aux bons livres\u201d.Et: \u201cChez nous, l\u2019œuvre d\u2019art n\u2019a pas d\u2019existence propre.Elle est une arme, un moyen d\u2019atteindre un but.On veut faire de la littérature utilitaire, c\u2019est-à-dire.trouver en tout livre une démonstration\u201d.Je jugeais cette idée en empruntant une parole de Marcel Dugas: \u201cQuelle absurdité de n\u2019exiger d\u2019un roman qu\u2019un intérêt de combat !\u201d Je réclame même pour nos romanciers le droit de traiter \u201cles grands 310 REVUE DOMINICAINE thèmes de la littérature de tous les temps\u201d.Je ne soutiendrais pas de certaines passions (qui ne sont pas des anomalies de la vie moderne\u201d) \u201cqu\u2019elles ne devraient pas entrer en ligne de compte dans une fiction conçue par l\u2019auteur comme tableau de moeurs et peinture de société\u201d.Vous trouvez que les \u201cgrands ensembles échappent\u201d à Choquette.De mon côté, je demande qu\u2019on délaisse les grands tableaux pour \u201cs\u2019attacher à l\u2019étude de cas particuliers\u201d, et qu\u2019on peigne, non le paysan, mais des paysans.Mon principal grief contre Y Appel de la Race c\u2019est d\u2019y voir une abstraction à la place d\u2019un homme.Les notations de détail me paraissent toutes importantes, à condition qu\u2019elles éclairent un aspect de la vie.Mais il est des \u201cnotations minutieuses\u201d qui ne vous semblent pas \u201cmatière d\u2019art\u201d, justement parce que vous préférez les \u201censembles\u201d.Ne laissons pas ce point sans relever un autre passage de votre étude, qui n\u2019a qu\u2019un rapport lointain avec la mienne, du reste.Le sujet de la Pension Leblanc réside, dites-vous, dans le tableau de mœurs.Je le vois plutôt dans l\u2019éveil de la passion en une âme élémentaire, tourmentée de vagues désirs d\u2019évasion et mise pour la première fois en contact avec un être plus raffiné.D\u2019ailleurs, l\u2019inexpérience de l\u2019auteur l\u2019a empêché de voir nettement cette idée centrale.De là, un défaut de composition qui, plus que tout autre chose, me faisait dire de ce roman qu\u2019il est \u201cune œuvre inégale\u201d.Voilà quelques-unes de nos divergences.Je les souligne pour démontrer que j\u2019avais raison d\u2019écrire que vous n\u2019acceptez pas le vécu tel que je l\u2019entends.En somme, nous ne comprenons pas le réalisme de la même façon et LE SENS DES FAITS 311 c\u2019est ce que j\u2019ai voulu dire.Mon \u201cjugement s\u2019est-il récusé\u201d?Notez que je ne prétends pas déterminer qui a raison de nous deux.Passons à l\u2019ouvrage de Francoeur et Panneton.Vous écrivez : \u201cLa parodie est un genre de soi inférieur, où la mécanique supplée totalement l\u2019imagination créatrice et partiellement les autres dons littéraires\u201d.Je ne sais pourquoi cette phrase m\u2019a rappelé celle que Barrés inscrivait en tête du premier numéro des Taches à*encre'.\u201cCette gazette étant littéraire s\u2019occupera rarement de théâtre\u201d.Vous ne repoussez pas le théâtre de la tour d\u2019ivoire de la littérature.Mais le rapprochement des deux citations marque comme il est difficile d\u2019établir une ligne de démarcation entre les genres.C\u2019est affaire de tempérament.Vous ajoutez: \u201cA moins de supprimer toute hiérarchie des genres.\u201d Pourquoi pas ?Je vous avoue que je ne conçois pas une \u201chiérarchie des genres\u201d.Pour moi, il n\u2019y a pas de genres nobles ou de genres inférieurs: il y a des auteurs qui ont du talent et d\u2019autres qui en sont dépourvus.Je vous concède que la parodie ne révèle à l\u2019ordinaire qu\u2019une habileté mécanique.Mais, telle que l\u2019entendent Francœur et Panneton, elle devient une satire profonde et une admirable critique littéraire.Peut-on nier qu\u2019un pastiche comme celui d\u2019Henri Letondal, pour ne citer qu\u2019un exemple, ne revèle de grandes qualités créatrices ?Soyons loyal jusqu\u2019au bout.Je conviens que je n\u2019aurais pas dû employer le mot \u201cfantaisie\u201d sans préciser et que ma phrase a dépassé ma pensée.Je pourrais poursuivre longtemps cette discussion de nos idées respectives : l\u2019agrément d\u2019un désaccord avec 312 REVUE DOMINICAINE avec un homme de votre valeur, c\u2019est qu\u2019il ouvre un monde d\u2019aperçus.Mais j\u2019abuserais de votre patience.Permettez-moi d\u2019ajouter que, dans la Civil Service Review, je me suis tenu exclusivement sur le plan des idées.Ce serait donc involontairement que j\u2019aurais fait du passage qui vous concerne \u201cl\u2019offensant paragraphe\u201d que vous dites.Mon intention n\u2019était pas de vous froisser.Ajouterai-je \u2014 non pas pour vous: vous l\u2019avez déjà compris, mais pour d\u2019autres à l\u2019esprit moins délié \u2014 que je fais la distinction entre vos études de critique littéraire et vos autres activités ?Du reste, soyez assuré que j\u2019ai la plus grande estime pour vos travaux en ce genre.Nous nous entendons sur plusieurs points, entre autres sur notre goût pour les bons livres.Nos divergences sont des différences de degrés plutôt que d\u2019espèces, si j\u2019ose dire.Veuillez croire à mes sentiments très respectueux, Pierre-A.Daviault N.B.\u2014Ce qui paraît accentuer la divergence entre M.Daviault et moi, c'est évidemment la présence d'un tiers, M.Choquette.Ce dernier s'était assigné dans La Pension Leblanc un but de démonstration, disons secondaire, puisque Von prétend voir ailleurs le point central de l'œuvre : la peinture exacte des mœurs paysannes dans un coin de notre Province aujourd'hui envahi par le tourisme.Il annonçait en même temps le projet d'appliquer son observation à d'autres lieux non moins pittoresques.N\u2019était-ce pas mon devoir de critique d'adopter son point de vue utilitaire ; si le but est en partie manqué, de le lui dire; si les grands ensembles lui échappent, de le signaler; si enfin une impression fâcheuse se dégage de ces faux échantillons de notre peuple, de le déplorer ?C\u2019est tout LE SENS DES FAITS 313 uniment ce que j\u2019ai fait.De là à conclure \u2014 comme le fait M.Daviault, d\u2019après le texte et le contexte du paragraphe incriminé \u2014 que je suis un partisan exclusif de l\u2019art intéressé, il y a toute une marge; et je m\u2019explique à ce sujet dans l\u2019Avertissement d\u2019un volume confié aux presses bien avant la présente polémique.Je veux que l\u2019artiste en général ou l\u2019écrivain, dans le choix de son thème, soit libre de consulter ses aptitudes foncières et l\u2019inspiration du moment.Pour emprunter à M.Daviaidt sa tournure paradoxale, il n\u2019y a pas d\u2019art utilitaire ni désintéressé, il y a de vrais artistes et des artistes manqués.Si vous refusez à M.Choquette le droit de prétendre démontrer quoi que ce soit, vous condamnez ipso facto Louis Hémon et son œuvre principale, surtout la cantüène de la fin où s\u2019enroulent dans une écharpe sonore les trois siècles de notre histoire.\u2014 Non moins illogique serait la déduction que je m\u2019oppose au particularisme, à Vobservation minutieuse, en un mot au culte du concret, quand au contraire je m\u2019efforce de les introduire jusque dans le sermon.De nouveau je renvoie le lecteur à mon livre: Ebauches critiques, qui paraîtra ces jours-ci.(Ch.I, p.24, 25).Un dernier mot pour disposer d\u2019un semblant de querelle sur la hiérarchie des genres.M.Daviault s\u2019attribue peut-être une générosité excessive, en écrivant que loyal jusqu\u2019au bout, il admet n\u2019avoir pas suffisamment distingué entre fantaisie et parodie.Je n\u2019ai jamais prétendu que même cette dernière fût \u201cindigne de la littérature\u201d.Je tiens cependant pour la subordination des genres, puisqu\u2019elle existe dans le monde physique, et que l\u2019art doit être calqué sur la nature.Cela n\u2019empêche d\u2019aucune façon la réussite supérieure dans un genre inférieur.Il y a des échantillons du règne minéral plus agréables à 314 REVUE DOMINICAINE contempler qu'une limace ou des feuilles d'ortie.\u2014 D\u2019un bout à l\u2019autre de sa réplique \u2014 nos lecteurs ont dû s'en rendre compte, et c'est une assez rare aubaine \u2014 mon interlocuteur adopte à son tour une forme modérée et courtoise dont je lui sais un gré intime.Il semble vouloir répudier la méthode chère à quelques-uns de son entourage, qui répandent feu et flammes dans une polémique d'art et que laissent indifférents les sanglants sacrilèges perpétrés en Russie ou ailleurs.\u2014M.-A.L.-*- L\u2019esprit des livres Sancti Benedicti \u2022\u2014 Regida Monasteriorum (Florile-gium patristicum, fasc.XVII).Edidit Dom B.Lin-derbauer, O.S.B.Bonn, P.Hanstein \u2014 in-S ', IV-84 p.Dom L.a voulu donner de la Règle de Moines un texte aussi voisin que possible de l'original.Pour cela, il a suivi de très près le manuscrit de Saint-Gall 914; et dans les cas peu nombreux où.il s\u2019écarte de l\u2019orthographe trop barbare du manuscrit, la leçon sangallienne est mise en note.Les sources de S.Benoît d\u2019après Dom Butler sont indiquées 'dans un premier étage de notes; un second donne les variantes pouvant servir à constituer le texte, à éclairer son histoire, ou simplement intéressantes au point de vue philologique.Les prolégomènes, concis et documentés, sur l\u2019histoire des manuscrits, la langue de S.Benoît, les principales éditions et études contribuent à faire de ce fascicule un instrument de travail que rechercheront spécialement historiens et philologues adonnés à l\u2019étude du latin employé au Moyen-Age naissant.Dom Henri Guillebaud, O.S.B. l\u2019esprit des livres 315 P.Pourrai \u2014 \u201cLa Spiritualité chrétienne\u201d, Tome IV.Les Temps modernes.2e partie: Du jansénisme à nos jours.Paris.Lecoffre.in-12, XII-672 p.M.P.a achevé son histoire de la spiritualité chrétienne: travail ardu par la complexité d\u2019un objet encore mal exploré.L\u2019ouvrage possède toutes les qualités d\u2019ordre et de clarté désirable; il représente une documentation vaste, mais qui, en raison de son abondance même, n\u2019a pas toujours été directement étudiée.Les jugements de l\u2019éminent Sulpicien sont en général mesurés et bienveillants.On n\u2019en est que plus surpris de rencontrer de véritables charges contre certains auteurs et certaines formes de dévotion.Il est manifeste que la partie profonde du mouvement liturgique moderne échappe totalement à l\u2019auteur.S\u2019il avait pris garde aux titres incontestablement traditionnels de la liturgie, s\u2019il en avait considéré le contenu dogmatique, et la valeur de premier ordre, reconnue dès les premiers siècles par l\u2019Eglise, pour la formation chrétienne la plus authentique, aurait-il osé avancer (p.629 et s.) que \u201cl\u2019invasion de l'esprit liturgique\u201d est un péril pour l\u2019ascèse traditionnelle ?Aurait-il accusé les maîtres de la piété liturgique, dits \u201camateurs de liturgie\u201d, de vouloir \u201csubstituer une vague méditation de textes liturgiques à l\u2019oraison méthodique, d\u2019un usage général dans l\u2019Eglise depuis de longs siècles\u201d ?Quelle humeur a donc porté M.P.à blâmer chez l\u2019Abbesse de Ste-Cécile de Solesme ce qu\u2019il a trouvé bon (cf.t.III) chez Ste Jeanne de Chantal ?Passons.Tel qu\u2019il est, avant même d\u2019avoir subi les retouches qui s\u2019imposent, cet ouvrage sera fort utile; il constitue un essai plein de mérites.Dom Henri Guillebaud, O.S.B.R.P.Joseph-Alphonse Des jardins, s.j.\u2014 \u201cEn Alaska\u201d.\u2014 Deux mois sous la tente.Imprimerie du Messager, Montréal.Ouvrage de quelques trois cents pages qu\u2019il faut lire pour connaître les missions alaskaines.Dire qu\u2019on sera récompensé de sa peine serait non seulement messéant, mais faux; car la lecture d\u2019\u201cEn Alaska\u201d est un charme.Charme pour l\u2019œil: ne sort-il pas des ateliers du Messager, et n\u2019offre-t-il pas plusieurs photogravures 316 REVUE DOMINICAINE vraiment réussies ?Charme pour l\u2019esprit, pour l\u2019esprit de foi, voulons-nous écrire.On rend grâces au Père Desjardins qui a vécu sept longues années \u201caux glaces polaires\u201d de nous avoir révélé, de ce \u201cpays des croix\u201d des choses qui prennent l\u2019âme de plus en plus à mesure que l\u2019on tourne les pages.Et tout cela dans une langue parfaite, simple, claire, avec, ici et là, une fine pointe d\u2019humour, mais toujours profondément pieuse et distinguée comme l\u2019auteur.\u201cLe style c\u2019est l\u2019homme.\u201d \u201cEn Alaska\u201d est une tranche savoureuse de vie missionnaire au vingtième siècle, en ce dur pays des Esquimaux et des Indiens: deux races très différentes, paraît-il.Edifiante relation, à la manière des Pères Lejeune et Lallemant, \u2014 d\u2019une randonnée de deux mois \u2014 à la manière des Brébeuf et des Jogues \u2014 avec un parti de sauvages: les Ten\u2019as.Quinze chapitres, \u2014 comme au Rosaire \u2014 et dans ces quinze chapitres \u2014 toujours comme au Rosaire \u2014 tout le résumé de l\u2019Evangile des missions alaskaines.En fermant le livre on connaît, autant qu\u2019un profane le peut, les mystères parfois joyeux, toujours douloureux et combien glorieux des apôtres de cette terre de sacrifices.On garde une vraie dévotion pour tous ces pionniers de l\u2019Evangile qui depuis 1862 se sacrifient pour le salut des âmes.On bénit Dieu qui suscite parmi nous de pareilles vocations.On les admire, mais en même temps, on s\u2019humilie, on se reproche de vivre si délicatement, dans son \u201chome\u201d où rien ne manque que la pénitence, et puisque l\u2019on reste trop lâche pour voler sur les traces de ces héros, on offre pour eux ses pauvres prières et quelques petites aumônes.Un ouvrage qui retourne ainsi l\u2019âme vers Dieu, mérite d\u2019être dans toutes les maisons catholiques, car l\u2019on pourrait à son sujet, répéter la parole de Léon XIII: \u201cC\u2019est une mission continuelle.\u201d Le Père H.Couture, O.P.Chan.L.F.Laboise \u2014 \u201cLes dévotions liturgiques spéciales des paroisses\u201d.\u2014 (Collection la Prière et la Vie liturgiques).\u2014 Un volume în-8 couronne, sous couverture impression rouge et noire.Prix franco : France : 6 fr.; Etranger : 6 fr.60.Aubanel fils aîné, éditeur, 15, Place des Etudes, Avignon.Nous aimons notre paroisse, car c\u2019est chez elle que nous accomplissons les principaux actes de notre vie de chrétien. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 317 Tout ce qui nous entoure, quand nous nous y trouvons, nous est familier.Ce sont de vieilles choses chères auxquelles, malheureusement nous ne portons pas grande attention.Erreur de notre part, car cet ensemble a son histoire et son utilité au point de vue religieux.C\u2019est ce que nous explique M.le chanoine Laboise, avec un rare bonheur et dans une œuvre pleine 4e vie.Indispensable au clergé, ce livre n\u2019est pas moins utile aux fidèles.Chaque famille devrait le posséder et ainsi notre affection deviendrait plus grande et plus intelligente pour notre paroisse.K.P.Ehrhard \u2014 \u201cLe Sens de la Vie\u201d.Un volume in-8 couronne de 224 pages.Broché 15 fr.Affranchissement: France 0.75, Etranger 1.50.\u2014 Avignon, 7 place Saint-Pierre.Maison Aubanel Frères.Qu\u2019est-ce que la vie ?Quel sens a-t-elle ?Quel est en définitive son but réel ?Vaut-elle la peine d\u2019être vécue ?Faut-il en voir le terme ici-bas ?Si elle doit nous orienter vers une autre destinée, qu\u2019est cette destinée ?Et celle-ci, si elle existe, doit-elle tout absorber, implique-t-elle, comme l\u2019ont voulu certains esprits, le mépris de la vie terrestre et doit-elle être pour cette dernière un arrêt, un ralentissement ou un ressort ?Ce sont là quelques questions \u2014 et j\u2019en omets \u2014 auxquelles ce livre se charge de répondre.Après avoir passé en revue les innombrables systèmes d\u2019explication qu\u2019a enfantés l\u2019esprit de recherche l\u2019auteur aborde le côté positif du problème et pose une série de principes auxquels ne peut s\u2019empêcher de souscrire tout lecteur non prévenu, tant ces principes sont évidents, basés qu\u2019ils sont sur l\u2019essence même de la nature humaine.Puis ce sont les applications qui en découlent, et ici l\u2019auteur nous donne toute une seconde partie ïort intéressante touchant le perfectionnement de l\u2019homme sur la terre.Enfin l\u2019ouvrage complète l\u2019étude de la question par l\u2019exposé des moyens qui permettent de réaliser le sens vrai de la vie et des obstacles qui s\u2019y opposent.Les retraites fermées, en liaison avec Vinquiétude de nos âmes.r Sous ce titre expressif, un militant de l'action catholique, un de ces laïques apôtres comme Pie XI en demande avec tant d\u2019ins- 318 LA REVUE DOMINICAINE tances de nos jours, le docteur Joseph Gauvreau prononçait il y a quelques mois une intéressante conférence.Son diagnostic de médecin, sa psychologie pénétrante lui ont permis d\u2019analyser l\u2019âme moderne et d\u2019y découvrir le grand mal dont elle souffre.A ce mal il indique le remède approprié.L\u2019Œuvre des Tracts a cru faire œuvre utile en publiant en brochure ces pages de haute valeur apologétique et sociale.Cette brochure se vend 10 sous l\u2019exemplaire; $6.00 le cent, port en plus, à l\u2019Action Paroissiale, 4260 rue Bordeaux, Montréal.Nos Orphelinats Parmi toutes les œuvres dont nous sommes redevables au zèle de nos communautés religieuses les Orphelinats tiennent une des premières places.On en comprend l\u2019importance quand on songe à nos familles nombreuses et que les causes ne sont pas rares qui privent de jeunes enfants de l\u2019appui de leurs parnts.Aussi à la Conférence annuelle des œuvres charitables et sociales tenue à Montréal, l\u2019automne dernier, trois rapports ont été consacrés à cet important sujet.Il s\u2019y est dit des choses intéressantes et inconnues sur la nécessité, le fonctionnement actuel et les besoins de nos Orphelinats catholiques.Ce sont ces trois rapports que l'Ecole Sociale Populaire, à la demande des Organisateurs de la Conférence, publie aujourd\u2019hui en une seule brochure.Elle se vend 15 sous l\u2019exemplaire, $9.00 le cent, port en plus, à l\u2019Action Paroissiale, 4260, rue Bordeaux, Montréal.L\u2019Ecole Sociale Populaire qui s\u2019efforce de plus en plus de fournir au clergé et aux catholiques instruits les documents sociaux qui peuvent leur être utiles, publiera dans sa prochaine livraison la remarquable Encyclique de Pie XI sur l\u2019Education.L'Encyclique de Pie XI sur l'Education chrétienne de la Jeunesse.La plupart ont lu dans quelque journal le magistral document que le Pape vient de publier sur l\u2019Education chrétienne de la Jeunesse.Quels sont les droits et les devoirs, en cette grande question, de l\u2019Eglise, de la famille et de l\u2019Etat; puis quels principes, quelles règles faut-il suivre dans les nombreux cas qui s\u2019y rattachent; caractère de l\u2019enseignement, choix des maîtres, coédu- L\u2019ESPRIT DES LIVRES 31a cation, etc.; tous ces sujets le Pape les traite à fond à la lumière de la doctrine catholique.L\u2019enseignement qu\u2019il donne doit guider tous les fidèles.Et c\u2019est pour cela qu\u2019un tel document doit être conservé et relu comme un livre de chevet.Aussi \u201cl\u2019Ecole sociale populaire\u201d a-t-elle cru répondre aux vœux d\u2019un grand nombre en publiant en brochure cette Encyclique, augmentée d\u2019une table de matières détaillée- Son étendue en fait un opuscule de cinquante-quatre pages.Elle se vend vingt-cinq sous l\u2019unité; $2.00 la douzaine; $7.50 le cent.Une remise de dix pour cent sera faite sur toute commande de plus de cent.En vente à L\u2019Action Paroissiale, 4260 rue Bordeaux, Montréal- Abbé Elie Maire \u2014 \u201cHistoire des Instituts religieux et missionnaires\u201d.P.Lethielleux, éditeur, 10, rue Cassette Paris (Vie).Un volume in-8° carré de 356 pages, 25 frs; franco 28 frs.Cet ouvrage, dont le besoin se faisait sentir, sera accueilli avec faveur et empressement du grand public auquel il s\u2019adresse.Il tient à la fois du manuel et du répertoire.Il a été écrit d\u2019abord pour les jeunes gens et les jeunes filles désireux d\u2019acquérir, en peu de temps, une idée exacte de la vie religieuse et missionnaire.Il s\u2019adresse aussi aux prêtres des paroisses et des collèges, aux directeurs et directrices d\u2019œuvres, si démunis de tout moyen expéditif d\u2019information quand il s\u2019agit d\u2019éclairer une vocation naissante, d\u2019aplanir les voies, d\u2019orienter l\u2019attrait.Enfin il voudrait aider le clergé séculier et le clergé régulier des divers instituts religieux et missionnaires à se mieux connaître réciproquement.Le plan classique (antiquité \u2014 moyen age \u2014 temps modernes \u2014 époque contemporaine) rend le livre intéressant à lire, facile à consulter.On connaît par ailleurs le style vivant et personnel de l\u2019auteur.A signaler encore d\u2019abondantes indications bibliographiques de nature à rendre service. 320 LA REVUE DOMINICAIN! Pierre Pontiès.\u2014 \u201cFrançois l'Aveugle\u201d.Pièce en un acte, en vers, pour jeunes gens.Brochure in-8 couronne.\u2014 Prix franco : France, 1 fr.75; étranger, 2 fr.25.\u2014 Aubanel Fils Ainé, éditeur, 15, Place des Etudes, Avignon.Jouée avec susses, avant d\u2019être publiée, cette oeuvre fut très appréciée par ceux qui eurent le plaisir d\u2019assister aux représentations.\u201cPièce très vivante, écrit la Croix de la Drôme, composée avec un goût d\u2019artiste et d\u2019apôtre.Un aveugle de guerre, l\u2019aîné de la famille, souffrant de la pensée que ses deux jeunes frères, \u2014 deux petits fêtards \u2014 gaspillent leur vie, essaie de les ramener par son esprit de foi et par l\u2019évocation des grands sacrifices de la guerre.François l'aveugle, noble caractère qui mérite d\u2019être présenté sur la scène dans toutes nos oeuvres de jeunesse.Tous nos cercles de ville et de campagne voudront jouer cette pièce très facile à, monter.\u201d Robert Lesage.\u2014 \u201cLa sainte Messe selon les Rites Orientaux\".(Collection la Prière et la Vie Liturgiques).Un volume in-8° couronne, avec illustrations dans le texte.Prix franco: France, 11 fr.; étranger, 12 fr.Aubanel Fils Ainé.La comparaison de notre messe latine avec les messes orientales a de multiples avantages.Elle permet d\u2019assister avec plus de piété aux cérémonies que célèbrent nos frères catholiques d\u2019Orient et elle éclaire splendidement notre liturgie romaine.A chaque pas, nous découvrirons des points communs, sujets abondants d\u2019instruction et d\u2019édification, et nous éprouverons une réelle satisfaction de connaître avec plus de détails, des cérémonies que les orientaux, par leur respect pour le passé ont maintenu plus près des cérémonies de l\u2019Eglise naissante.Notre foi bénéficiera également de la lecture de ce livre qui nous montrera l\u2019unité et l\u2019universalité de l\u2019Eglise du Christ.L\u2019œuvre est excellente, d\u2019une lecture attrayante et l\u2019on comprend que Mgr Chaptal ait félicité l\u2019auteur pour son exécution. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 9 THES CAFES CACAO EPICES GELEES ESSENCES Nos 37 années d\u2019expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE.5-7 rue St-Paul Est, Montréal MONTREAL et NEW-YORK Tél.Main 0103 DESMÂRAIS & ROBITAILLE Limitée Marchands d\u2019ornements d\u2019église et d\u2019articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, MONTREAL 121 rue Rideau, OTTAWA 145 rue Church, TORONTO Notre maison d\u2019Ottawa peut expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties de la puissance du Canada. 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