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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Références

Revue dominicaine, 1929-10, Collections de BAnQ.

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[" Année Le noméro: 20 sous Octobre 1929 4>; LA REVU DOMINICAINE R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Notre vie canadienne.Abbé Paul Taguchi, L\u2019apostolat de l\u2019enseignement au Japon.R.P.Thomas Couët, O.P., Marie Médiatrice.Luce Andréota, La spiritualité de la Compagnie de St-Paul.\u2014I Séraphin Marion, Tout n\u2019est pas dit.LE SENS DES FAITS*\u2014 Décès du Fr.M.-Dominique Fréchette, par les RR, PP.Langlais et Dupbat.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Nominations \u2014 Nouveau Maître Général \u2014 Prédications \u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L'ESPRIT DES LIVRES ^-Eva Sénécal: La course dans l'aurore (Arm.B.) ADMINISTRATION REDACTION SAINT - HYACINTHE MONTREAL (N.-D.de Grâce) LA REVUE DOMINICAINE Publiée meiuuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, Ü.P ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \"Rosaire pour tous\u2019\u2019, 25 sous en plus par an.Im Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, ISS, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.Nous publierons en novembre : \u201cLa Cité et les bonnes mœurs\u201d, par le R.P.A.Bissonnette, O.P.\u201cNoces d\u2019or de vie religieuse^\u2019, par le T.R.P.Paul-Arsène, O.P. ANNONCES REVUE DOMINICAINE Tél.Bureau: 468\tRésidence: 681-W H.LETOURNEAU ENTREPRENEUR PLOMBIER-FERBLANTIER Posage d\u2019appareils de Chauffage à l\u2019eau chaude, & la vapeur et réparations générales 265 RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE, P.Q.% LA CORDONNERIE J.A.LEMAY Réparations générales PRIX RAISONNABLES \u2014 SATISFACTION GARANTIE 212 RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE, P.Q.Tél.525 E.A.GENDRON PEINTRE-DECORATEUR Peintures, Huiles, Vernis \u2014 Tapisseries, Electricité, Vitres 244 RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE, P.Q.Téléphone 500\t^ LOUIS BOURGEOIS, Limité.FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL 104-110 St-Antoine \u2014 67-61 St-Simon,\tSt-Hyaclnthe, P.Q.F.Daoust, gérant\tTéléphone 59-TV LA CIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre PHILUDOR 148 RUE CONCORDE,\tST-HYACINTHE, P.Q. 2 ANNONCES REVUE DOMINICAINE \u201c YAMASKA\u2019 MAISON FONDEE EN 1865 Achetés la chaussure de qualité par excellence, la meilleur* chaussure est toujours moins élevée quel qu\u2019en soit 1# prix si vous en obtenez un meilleur rendement.DEMANDEZ-LA A VOTRE MARCHAND.Manufacturée par LA CIE J.A.& M.COTE.Téléphone Bell 403.\tEtabli* *n 1010 Bureau Principal et fabriqn» 46-48-50 rue Laframbol** 8\u2019IL VOUS PLAIT ADRESSEZ TOUTE CORRESPONDANCE A LA COMPAGNIE La Compagnie d\u2019Orgues Canadiennes, Ltée Ors u** d'Eglise Tabulaire! et Electrique».Or rue» de Salon (Use ep*-\u2022talitt).Soufflerie» Hydraulique» et Blectriquea de» plue Modéra*#.ST-HYACINTHE, P.Q.Demandez nos prix Rue St.Denis, Près Ste-Catherine, Tél.LAncaster5271* MONTREAL Matériaux de QUINCAILLERIE PLOMBERIE CHAUFFAGE PEINTURE Etc., Etc.Téléphone Bell 810 Carrosse No î JOSEPH BERTRAND COCHER Entrepreneur de Pompes funèbres No 30 rue Laframboise, ST-HYACINTHE trrlif 4* L*umt».Carosee» simple» et double*, paur Maria***, Rapfa»\u2014.\u2022*» Automobile.EXPRESS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 3 Tél.Crescent 2734 124 King O., Sherbrooke M.J.ALBERT LaRUE ARCHITECTE À.A.P.O.\tA.A.P.O.559 Durocher Montréal E.H.RICHER & FILS Enrg.Libraires-Importateurs ORNEMENTS D\u2019EGLISE Bureau: 127 Cascades, Saint-Hyacinthe LAFRANCE & SYLVESTRE Négociants et Importateurs d\u2019Epiceries en gros TEL.BELL 271\t120 ST-ÀNTOINI, 8T-HYACINTHE, P.Q.Tél.Résidence 244W (Le soir) Tél.Résidence 244J Tél.Bureau 18 Maison établie en 1879 A.BLONDIN & CIE 115 Cascades, Saint-Hyacinthe CELOTEX \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction Téléphone : Bureau 120\tHabitation 4U J*.O IDTXIPIR^A S NEGOCIANT EN GRAINS, FARINES et GRAINES DE SEMENCE Dépositaire des célèbres farines à pâtisserie \u201cFive Roses\u201d et \u201cJubilé\u201d 2», RUE LAFRAMBOISE ST-HYACINTHF 4 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Ha Ultime Bomtntcatne Canada.$2.00 par année Etranger .\t2.25 Avec le Rosaire, 25 sous en plus.Prix de l\u2019unité: 20 sous 31 e Eoôatre pour Œouo Bulletin mensuel publié par les Dominicains de Saint-Hyacinthe.Canada\u2014Distribué par zélatrices .25 sous par année Envoyé par la malle .35 sous Etranger\u2014Par zélatrices.40 sous Envoyé par la malle.50 sous Prix de l\u2019unité: 10 sous Toute personne ayant recruté 10 abonnements nouveaux à la Revue Dominicaine recevra le onzième gratis.Deux messes sont dites chaque semaine aux intentions des Zélateurs, des abonnés, de la Revue Dominicaine et du Rosaire pour tous.Nous donnons de jolies PRIMES, aux Religieux, aux Prêtres, aux laïques Zélateurs qui nous envoient des abonnés, à l\u2019une ou l\u2019autre Revue.Toute personne qui nous enverra pour $40.00-d\u2019abonnements, aura droit à une affiliation perpétuelle, pour elle-même, ou pour une personne qu\u2019elle nous indiquera, à l\u2019Oeuvre du noviciat des Dominicains d>> Canada. ANNONCES REVUE DOMINICAINE\tb Ce que notre Banque vous offre Le service d\u2019un personnel courtois.Des services techniques complets.Une collaboration intelligente.Une garantie de sécurité exceptionnelle.La même sincère bienvenue, que vos dépôts soient petits ou considérables.BANQUE PROVINCIALE DU CANADA NOUS nous spécialisons dans les Prêts aux Communautés Religieuses, aux Fabriques et aux Hôpitaux.Consultez-nous avant de faire vos emprunts.Il ne voub en coûtera rien et nous sommes assurés de vous trouver un système économique rencontrant aussi bien vos besoins que vos disponibilités.Sur demande nous nous rendrons sur les lieux discuter vos projets.Une expérience de plusieurs années est la garantie de ce que nous avançons.BRAY, CARON & DUBE, LIMITEE Banquiers en Obligations 105, RUE SAINT-PIERRE, QUEBEC Tél.2-8160 \u2014 2-8161 6\tANNONCES REVUE DOMINICAINE Tél.LAncaster 1907 Nous nous ferons un plaisir de fournir des estimés pour vos travaux d\u2019impression.Notre motto: Promptitude et satisfaction.fl DJ.MENARD 987 St-Lanrent, Montréal HUDON-HEBERT-CHAPUT Limitée Importation et Gros en Alimentation Montréal Maison fondée en 1839\t(Canada) HENRI RAYMOND & CIE, SAINT-HYAC1NTHE, Qué.\tTEL.259 ASSURANCE-FEU.Représentant les meilleures compagnies non tarifées.M.O.DAVID & CIE Enrg.MARCHANDS-TAILLEURS 86 St-Simon .ST-HYACINTHE Habiti fiiti sur commandes à court avis.Fourrures, Chapeaux et Casquettes. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 7 J.D.DESROSIERS MARCHAND DE Chaussures, Claques, Valises, Etc.Téléphone Bell 401\t143 RUE CASCADES, ST-HYACINTHE Facteurs d\u2019Orgues ST-HYACINTHE.P.Q Etablie en 1879 Au delà de 1200 INSTRUMENTS ont été construits par cette maison pour le CANADA, les ETATS-UNIS, les ANTILLES et T AMERIQUE DU SUD.ARTHUR LEDOUX OPTICIEN - BUOUTIEK ST-ZEÏY^CITSTTIÏIE, IP.Q,.Yeux examinés et Verres ajustés - AVEC SOIN- L.P.MORIN & FILS EN RC ENTREPRENEURS-MENUISIERS MANUFACTURIERS DE roBTES, CHASSIS, JALOUSIES.MOULUEES, DECOURAGES.RTC.KTC Spécialité : Bancs d\u2019Eglises, de Sacristies et d\u2019Ecoles rr»n, ouvrage fuit promptement.Satisfaction garantie.Coin des mes et it-An/olue\t\u2022 St-Hyaciutlie, P.Q.lllllllll, LIMITÉE mmsm 962828^7 8 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Charité bien ordonnée commence chez soi ! Dans votre famille, qu\u2019il faut protéger par l\u2019assurance; Dans votre nationalité, où il faut garder vos capitaux, pour que subsistent vos oeuvres et vos institutions.Ha Société besJ &rttéanô Canabteits ^français Fondée en 1876 ni SS La plus forte société française en Amérique Assure les hommes, les femmes et les enfants au moyen des systèmes suivants : Vie entière; Vie 10, 15 ou 20 ans; Dotation 10, 15, 20, 30 ou 40 ans; Cessation de paiements à l\u2019âge de 60 ou 70 ans; Rentes viagères à 60, 65 ou 70 ans; Double indemnité en cas de mort accidentelle; Bénéfices en maladie; Assurance infantile à vie ou à dotation; Rachat en cas d\u2019invalidité totale et permanente; Prêt sur police; Assurance prolongée; Police acquittée.Nos officiers de succursales et notre bureau d\u2019accueil et de renseignements sont prêts à fournir tous renseignements sur demande.Bénéfices payés .$15,000,000.00 Fonds accumulés .$11,250,000.00 Membres actifs .\t74,000 Assurance en force 53,000,000.00 S il coûte cher de garder une assurance, il en coûte plus encore de faire face au malheur, s\u2019il survient sans qu\u2019on se soit protégé suffisamment.SIEGE SOCIAL; MONTREAL.Secrétariat, administration et burean médical: 980, St-Denis.Accueil, renseignements et publicité: 924, St-Desis. NOTRE VIE CANADIENNE AVANT-PROPOS Les lignes suivantes n\u2019ont pas pour but de justifier l'assemblage en volume de paroles déjà imprimées.Trop d\u2019illustres exemples, venus des deux bords de l\u2019océan, sont là pour me rassurer en face du public.J\u2019essaierai plutôt de justifier le titre un peu audacieux gui leur sert de lien et de présentation : \u201cNotre vie canadienne\u201d.Il semble impossible ou du moins fort malaisé de trouver dans une oeuvre oratoire quelconque un miroir fidèle de la société.Plus on remonte vres les hautes époques et mieux apparaît l\u2019habituel obstacle.Par exemple, nul historien des mœurs n\u2019ira cueillir et exhiber sans réserve le témoignage des Pères de l\u2019Eglise tonnant contre le luxe et l\u2019abus de la propriété.Cette riche prose en ignition comporte \u2014 nous le verrons plus loin en compagnie du P.Vermeersch, S.J.\u2014 un nécessaire adoucissement.Orateur du plein air, du haut de son estrade mobile, l\u2019apôtre médiéval avait de son côté double motif d\u2019enfler la voix pour mieux atteindre l\u2019oreille et l\u2019âme des écoutants.L\u2019hiver dernier, au Cercle Universitaire, un groupe de dilettantes a pu contempler cette figure de \u201cbrave homme\u201d évoquée avec un brio inextinguible par monsieur Etienne Gilson, spécialiste de l\u2019époque.Il fallait dérider les auditeurs menacés ou à peine libérés de la grippe annuelle; je soupçonne le conférencier d\u2019avoir mis une certaine légèreté consciente dans l\u2019allure de son R.P.M.-A.Lamarche, O.P.\u2014 \u201cNotre vie canadienne\u201d.\u2014 Etudes et discours.1 vol., 320 p.Adj.Ménard, imprimeur-éditeur, 987 Blvd St-Laurent, Montréal, 1929.En vente le 15 octobre chez l\u2019éditeur et les principaux libraires, au prix de $1.00 franco.Edition spéciale sur papier Carlyle Japon, en vente chez l\u2019éditeur, au prix de $2.00 franco. 522 LA REVUE DOMINICAINE discours et le choix de ses citations: il ressort quand même de son travail, comme aussi des savantes études de Lecoy de la Marche, que le prédicateur du moyen âge est un type résolument pittoresque, absolument sincère, mais fiable à demi quand il délaisse la piété ou le dogme pour s\u2019attaquer aux vices régnants.Que si l\u2019historien des mœurs espère atteindre la zone de sécurité avec les classiques, je lui rappelle aussitôt que Bossuet se montre trop rigoriste au sujet des spectacles et de la profession de comédien, que Bourdaloue \u201cfrappe comme un sourd\u201d, au dire de madame de Sévigné, et que l\u2019auteur du Sermon sur le petit nombre des élus dut éprouver une émotion toute d\u2019extase en apercevant là-haut la phalange innombrable déjà décrite par l\u2019apôtre saint Jean.Ces faits psychologiques n\u2019ont rien qui doivent nous surprendre, encore moins nous scandaliser.Ils sont la claire résultante d\u2019un difficile problème, le problème de l\u2019orateur.Ce dernier veut convaincre, et surtout persuader, émouvoir, mieux encore: mouvoir.Il doit compter avec l\u2019inertie des uns, la froideur des autres et tout l\u2019amalgame des passions intéressées.Songez de plus à l\u2019ingrate situatioyi que lui fait un auditoire le plus souvent composite, dont une partie s\u2019accommoderait peut-être d'une peinture exacte et nuancée, tandis que l\u2019autre \u2014 la plus \\nombreuse \u2014 réclame la gouache et le vermillon.Il s\u2019agit d\u2019entraîner la lourde Triasse en conciliant les goûts divers.De- là cette dangereuse série d\u2019artifices oratoires où dame exagération tient la tête et joue son rôle aux dépens de l\u2019humble vérité.Libre aux contemporains de faire la part du feu.oratoire et de rétablir un juste équilibre avec ce qu\u2019ils voient autour d\u2019eux.Mais quand, plus tard, le prophète disparu avec l\u2019écho même de sa voix, un scientifique se penche NOTRE VIE CANADIENNE 523 sur son œuvre écrite, en pressent confusément le vague et Voutrance, comment récupérer l\u2019exacte notion des faits ?Où trouver le correctif nécessaire ?Sûrement pas dans l\u2019œuvre dramatique et romantique de l\u2019époque où les caractères souffrent des mêmes infidélités.Ceci explique en partie pourquoi ü devient plus aisé de comparer la vie économique d\u2019un peuple, d\u2019un stade à l\u2019autre de son histoire, que sa vie morale.Au reste, j\u2019essaie d\u2019examiner plus avant ce problème de l\u2019orateur, avec les solutions qu\u2019il comporte, dans un volume de critique qui ira bientôt sous presse.La seconde moitié du XIXe siècle fut témoin d\u2019une évolution des plus captivantes dans Véloquence de la chaire, pour s\u2019en tenir au seul pays de France.Déjà l'ardente charité du P.Lacordaire lui faisait ménager son auditoire et Vempêchait d\u2019outrepasser les bornes dans la peinture du mal.Chez lui, l\u2019emphase intermittente, accompagnée parfois de cris sublimes, ne saurait dérouter personne.C\u2019est tout simplement le reflet, autant dire la pénétration d\u2019un romantisme aux procédés connus.Ses successeurs à Notre-Dame se distinguèrent tour à tour par un effort de surveillance intime, de prudence et de tact dans l\u2019exposé de la vérité catholique et ses applications à la vie courante, opérant ainsi à leur manière la saisie du réel, autre tendance du siècle finissant.Nombreux sont leurs disciples, déjà produits sur la grande scène ou cachés dans les cellules de séminaire et de cloître.Mais je ne crois pas céder à trop de fierté familiale en constatant que la plupart demeurent groupés spirituellement autour d\u2019un même modèle.Qu\u2019il le sache ou non, qu\u2019il le veuille ou non, le P.Marie-Albert Janvier fait aujourd\u2019hui figure de chef d\u2019école.Est-ce à dire que le problème soit résolu dans ses moindres complica- 524 REVUE DOMINICAINE tions ?que les tribuns du jour les mieux goûtés observent dans leurs discours une justesse de pensée, de sentiment et de style qui leur permette de faire œuvre littéraire en même temps qu\u2019oratoire ?On ne le croirait guère, à en juger par le silence de la critique à leur endroit.Lisez les plus récents historiens de la littérature et les tout derniers critiques: vous verrez que le sermon contemporain, sans excepter le discours profane, n\u2019est plus comme son ancêtre un genre littéraire officiellement reconnu.Si maintenant, dans un bond qui me paraît fantastique, je descends jusqu\u2019à l\u2019auteur du présent recueil, j\u2019avoue que sollicité dès sa jeunesse religieuse par deux méthodes: la méthode surveillée, contenue, précise et objective, et la méthode d\u2019épanchement lyrique, il a choisi sans trop d\u2019hésitations la première.C\u2019est une piètre solution, je le sais.Jusqu\u2019à quel point le mouvement, la chaleur de vie ont-ils souffert de ce barrage conscient, tel fervent analyste saura bien me le dire.Les \u201cétudes\u201d proprement dites échappent naturellement à ce reproche.Quant à la partie oratoire, l\u2019absence complète de lamentations, d\u2019invectives ou de sarcasmes, autorise du moins l\u2019auteur à la présenter, elle aussi, comme un tableau dont la pâleur garantit la vérité.Ce tableau contient certains aspects de notre vie religieuse et sociale, en regard des éternelles exigences du décalogue; même l\u2019exposé des doctrines générales se termine par une application aux choses du pays.L\u2019historien de l\u2019avenir pourra s\u2019y référer sans crainte.D\u2019autres également pourront dire en compulsant ce témoignage: Cet homme aimait sincèrement son pays.Il a prononcé parfois des paroles dures, en voyant ses compatriotes courir après tous les Baals comme autrefois le peuple-ancêtre de NOTRE VIE CANADIENNE 525 Judée: elles étaient conformes à l\u2019évidence: il n\u2019a pas bu exagérer.Voilà ce que dira la postérité.A moins, \u2014 insinuerait ici mon féroce Jules Lemaître, \u2014 à moins qu\u2019elle ne dise rien du tout ! M.-A.Lamarche, O.P.¦-\u2014 ?- L\u2019APOSTOLAT PAR L\u2019ENSEIGNEMENT AU JAPON » \u201cEuntes docete omnes gentes.\u201d Paroles d\u2019or qui doivent être imprimées dans le cœur de tout amant de l\u2019apostolat, et surtout de l\u2019apostolat en pays infidèles.\u201cEuntes\u201d: Aller au peuple ! Aller et évangéliser le peuple qui \u201cest encore assis dans l\u2019ombre de la mort.\u201d Quelle belle destinée ! \u201cDocete.\u201d Aller au peuple pour l\u2019enseigner ! Enseigner, c\u2019est-à-dire donner la lumière céleste aux hommes qui sont encore aveugles dans l\u2019ordre surnaturel.Quelle sublime et divine vocation ! Pour moi, je suis très heureux d\u2019avoir l\u2019occasion de pouvoir exprimer quelques-unes de mes pensées et de mes expériences personnelles sur l\u2019apostolat par l\u2019enseignement au pays du Soleil Levant, à mes chers confrères du Canada, futurs missionnaires au Japon, et aux âmes 1.\u2014Le présent article a été composé par un jeune prêtre japonais monsieur l\u2019abbé Paul Tagucbi, docteur en Théologie du collège de la Propagande à Rome.Tout en préparant son doctorat, il n\u2019a pas hésité à écrire ces pages apostoliques pour ses confrères dominicains du Canada, futurs missionnaires au Japon.Notre correspondant japonais mérite toute notre admiration pour la facilité avec laquelle il écrit le français; son article rédigé \u201cvolante colamo\u2019\u2019 a à peine eu besoin de quelques légères retouches, et encore nous sommes-nous efforcés de lui garder tout la saveur de l\u2019original. 526 REVUE DOMINICAINE d\u2019élite de ce noble pays, qui s\u2019occupent si ardemment des missions dans les contrées infidèles.A vrai dire, c\u2019est une joie inexprimable pour le cœur d\u2019un prêtre japonais de se voir entouré par une armée si vaillante d\u2019âmes généreuses qui se préparent avec tant d\u2019enthousiasme pour la conversion de ses compatriotes et de savoir que d\u2019innombrables prières s\u2019élèvent vers le ciel \u201csicut odor sua-vitatis\u201d pour gagner au Christ ces petites îles de l\u2019Extrême-Orient.L\u2019heure de Dieu sonne, nous pouvons le dire sans aucune exagération, pour l\u2019apostolat au Japon.En ce moment l\u2019Empire, matériellement civilisé, sent profondément son insuffisance spirituelle et cherche de toutes manières l\u2019appui fort et sûr, à l\u2019aide duquel il pourra garantir la moralité générale et asseoir solidement l\u2019ordre social.Toute la terre a regardé avec stupeur le progrès ou plutôt la civilisation matérielle conquise par le Japon en si peu d\u2019années.A vrai dire, le Japon était un pays plus ou moins inconnu du monde il y a cinquante ans; bien des Européens le considéraient même comme une colonie de la Chine.Mais quand l\u2019Europe désira étendre sa domination jusqu\u2019à l\u2019Extrême-Orient et que l\u2019Amérique voulut porter à l\u2019Asie son osculum pads diplomatique, la Providence tira le Japon de son long sommeil.Jusqu\u2019alors le petit Empire orgueilleux de ses religions pan-théistiques et polythéistes (bouddhisme et shintoisme) et de ses systèmes chevaleresques continuait la persécution atroce contre le catholicisme, qui lui semblait être une religion hostile à l\u2019indépendance du pays, jugeant hautement que le Japon n\u2019avait pas besoin des étrangers pour suivre sa destinée.Cependant un amiral américain vint frapper aux L\u2019APOSTOLAT AU JAPON 527 portes du Japon pour demander l\u2019ouverture des ports aux étrangers afin de faciliter la communication avec les autres pays du monde, et spécialement de serrer la main de l\u2019amitié avec les Etats-Unis d\u2019Amérique.En ce moment-là le nouvel empereur était l\u2019Empereur Méiji le Grand ; il avait repris le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, qui était depuis trois cents ans aux mains du shogun, chef des chevaliers (samourai) durant le régime féodal.Le nouvel Empereur, aux yeux d\u2019aigle, regarda limpidement quelle était la condition mondiale et la position du Japon devant le monde.C\u2019était un souverain sage, clairvoyant, de volonté prompte et énergique.Vraiment on peut affirmer que le nouveau Japon dépend surtout de lui-même.En même temps que cet empereur, la Providence suscita un groupe d\u2019hommes d\u2019Etat doués de grand génie et de cœurs généreux, entre autres: Saigo, Iwakura, Okubo (trois héros sous le règne de Méiji), Ito, Okuma, Yamagata, Inoue, Katsura, etc.Par ordre de l\u2019Empereur le prince Iwakura, avec quelques personnages de l\u2019Etat, fit le tour de l\u2019Europe pour connaître la civilisation occidentale.Le Prince et sa suite y admirèrent l\u2019épanouissement du progrès matériel et spirituel et trouvèrent le Catholicisme exerçant une grande influence dans toutes les conditions de la vie sociale, familiale et personnelle, alors qu\u2019au Japon l\u2019édit de persécution contre le Christianisme était encore en rigueur.Le retour du prince Iwakura avait embrasé les jeunes gens du désir d\u2019introduire la civilisation moderne au Japon et leur avait donné une grande faim de rendre le nouveau Japon moralement grand aux yeux du monde ; aussi se mirent-ils à aller en Europe ou en Amérique pour conquérir les sciences nouvelles.D\u2019autre part l\u2019Empereur ouvrit tous les ports du Japon aux étrangers et 528 REVUE DOMINICAINE même donna avec sagesse la pleine liberté de croyance aux sujets japonais.Voici la liberté des catholiques reconnue pleinement pour la première fois et garantie après trois siècles de persécution continuelle.C\u2019était sans doute une nouvelle excellente pour les croyants du Japon ! Depuis lors les missionnaires, surtout français, firent leur libre entrée à l\u2019intérieur du pays pour recueillir les descendants des anciens chrétiens et porter la lumière évangélique aux infidèles.La longue persécution avait blessé gravement, et même, avait semblé anéantir le Corps mystique du Christ.Mais il n\u2019en était pas ainsi.Sanguis martyrum semen Christianorum ! La découverte des chrétiens d\u2019Urakami faite par Mgr Petitjean, premier vicaire apostolique du Japon, est trop fameuse pour être ignorée.Depuis ce temps-là diverses congrégations religieuses sont successivement entrées dans le pays et tâchent de le convertir.D\u2019autre part, les étudiants rentrés d\u2019Europe et d\u2019Amérique se mirent sérieusement à construire le jeune Japon sous une forme nouvelle, adoptant tous les systèmes et instituts politiques et sociaux américains ou Européens.Entre temps, le Japon fit la guerre avec la Chine et avec la grande Russie.Heureusement victorieux dans ces deux guerres, il se rangea parmi les puissances de premier ordre.La civilisation matérielle n\u2019y est point inférieure, à l\u2019heure actuelle, à celle d\u2019Europe et d\u2019Amérique.Mais quand nous jetons un coup d\u2019œil sur la valeur spirituelle du Japon actuel, nous ne trouvons que confusion générale, surtout à propos des questions religieuses.Quel est le fondement de la moralité au Japon ?Le gouvernement jusqu\u2019ici favorisait et protégeait explicitement et implicitement le Shintoisme et le Boud- L\u2019APOSTOLAT au japon 529 dhisme.Et ces religions continuent encore à exercer leur influence dans la vie sociale et morale du peuple.Elles étaient jusqu\u2019à présent la nourriture et le breuvage de la majorité des citoyens.Outre ces systèmes plus ou moins religieux, le confucianisme avec ses lettres compliquées a encore une racine profonde dans la pensée et le langage du peuple japonais, surtout de son élite.Le confucianisme, sans être un système religieux, est la doctrine d\u2019un grand philosophe qui, après avoir attiré l\u2019attention du peuple chinois, conquit aussi celle du peuple japonais grâce à sa merveilleuse synthèse de morale naturelle.Le gouvernement adopte le système de séparation entre la religion et l\u2019école.On enseigne la morale naturelle dérivée surtout de la doctrine de Confucius et de Mencius, deux grands philosophes chinois.On s\u2019efforce d\u2019imprimer au cœur des jeunes Japonais la loyauté au Mikado, la piété filiale envers leurs parents et le vrai patriotisme comme le fondement du devoir du citoyen et du fils.Ainsi, quoique le gouvernement se propose de séparer absolument la religion de l\u2019école, pratiquement il s\u2019efforce toujours, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, soit en public, soit en secret, d\u2019inspirer l\u2019esprit shintoiste et bouddhiste.Le ministère de l\u2019Instruction publique en particulier a commencé par proclamer que le \u201cjinsho\u201d ou \u201cjinja\u201d (temple shintoiste) n\u2019est pas la religion proprement dite, mais un simple culte des grandes âmes ou des empereurs qui travaillèrent pour le bien de la patrie et pour la défense du peuple, et, par conséquent, un moyen d\u2019obtenir une ferme unité des cœurs japonais pour l\u2019indépendance et le développement de la patrie.Puis, ceci posé, il sollicite maintenant plus ou moins obligatoirement (cela veut dire presque obligatoirement 530 REVUE DOMINICAINE de la part de quelques directeurs d\u2019écoles) les élèves ou les soldats d\u2019assister aux cérémonies religieuses du \u201cjinja\u201d qui selon lui sont des cérémonies simplement civiles.Or, malgré la déclaration publique du gouvernement, si nous considérons les éléments internes du \u201cjinja\u201d, c\u2019est une religion proprement dite.Voilà pourquoi l\u2019Eglise catholique a toujours interdit courageusement l\u2019assistance à ces cérémonies et défendu à ses fidèles d\u2019intervenir ou de communiquer dans le culte du \u201cjinja\u201d.De là de nombreux conflits entre les catholiques et les directeurs d\u2019écoles, surtout dans les provinces où ceux-ci ne connaissent pas l\u2019essence du culte du \u201cjinja\u201d et ignorent l\u2019absolue liberté de croyance garantie par l\u2019article 27 de la constitution.D\u2019autre part, tous les systèmes font leur libre entrée au Japon avec les progrès matériels; aussi les jeunes étudiants des écoles supérieures et des universités se laissent gagner par ces systèmes de différentes couleurs et de divers drapeaux.Le Japon s\u2019est trop laissé influencer par la civilisation protestante ou anglo-américaine; il s\u2019est trop attaché à la civilisation matérielle, négligeant ainsi le fondement, l\u2019origine de la civilisation spirituelle, qui doivent être connus en tout premier lieu par l\u2019élite de la nation.Et maintenant le jeune Japon est tombé dans une grande crise d\u2019esprit et de moralité.Avec la civilisation matérielle se sont introduits tous les monstres revêtus de vêtements nouveaux, beaux et attrayants : le socialisme (il n\u2019est encore qu\u2019à ses débuts), le collectivisme (encore très faible), toutes les sectes protestantes (on compte environ cent mille protestants au Japon), tous les systèmes philosophiques, surtout le Kantisme, le néo-Kantisme, l\u2019Hégélianisme, les systèmes de Bergson, d\u2019Euker, de Wund, etc.; et la littérature L\u2019APOSTOLAT AU JAPON 531 moderne de toutes couleurs fascine la majorité des jeunes gens.En philosophie, le Kantisme, l\u2019Hégélianisme dominent; en sociologie, le Marxisme exerce une grande influence: tous les étudiants parlent de Karl Marx et de Sasolle, Engel, etc.Voici une grande confusion, une mer de désordre.Sur l\u2019horizon du Japon spirituel doit s\u2019élever l\u2019aurore qui illuminera doucement le Pays du Soleil Levant et chassera les ténèbres qui l\u2019enveloppent.Quel soleil produira cette aurore ?Le soleil matériel est trop brillant au Pays du Soleil Levant ! Par contre le soleil spirituel y est trop obscur ! Quel sera cet astre qui mettra l\u2019espoir aux cœurs des Japonais cherchant la vérité et le bien ?Quelle sera l\u2019étoile polaire qui doit être le guide sûr des jeunes Japonais ?Le gouvernement cherche et recherche les moyens de remédier aux maux sociaux, de réfuter les systèmes nocifs, d\u2019élever la moralité du peuple.Il trouve un de ces moyens dans le vieux Confucianisme, aux forces déjà glacées.Le soleil qui doit illuminer le Japon actuel n\u2019est plus le Confucianisme.Il est trop faible pour donner satisfaction au jeune Japon dans les nouvelles circonstances politiques et sociales, il est trop faible pour réfuter les doctrines dévastatrices modernes.Les doctrines fondamentales enseignées dans l\u2019école, c\u2019est-à-dire la loyauté absolue envers le Mikado et la piété filiale envers les parents ne valent rien si elles ne sont appuyées sur la religion.Ni le Shintoisme ni le Bouddhisme ne peuvent sauver le Japon moderne.Comme je l\u2019ai déjà insinué, le gouvernement proclame officiellement que le Shintoisme n\u2019est plus religion, au moins quant au \u201cjinja\u201d qui n\u2019est rien autre chose que la manifestation concrète de l\u2019esprit national japonais dans l\u2019unité ferme des 532 LA REVUE DOMINICAINE cœurs.Le Bouddhisme au Japon, divisé en plusieurs sectes, corrompu et dégradé, n\u2019a plus son influence religieuse.Qui doit être alors le sauveur du Japon moderne menacé par tant de maux sociaux, moraux et surtout religieux ?Le seul Christianisme doit-il être le guide, la lumière du Japon ?Non, le Protestantisme n\u2019est même pas digne d\u2019être mentionné ici, car il est précisément la mère et la source de toutes les confusions.Que reste-t-il alors ?Le CATHOLICISME ! Seul le drapeau du Catholicisme donne l\u2019espérance, illumine les cœurs déjà affamés de la vérité.Tous les cœurs sérieux et sincères cherchent la lumière de la vraie religion.Voilà pourquoi on voit et on attend avec une grande espérance la conversion de plusieurs hommes fervents intellectuels.Les universités de la capitale et des autres villes, même les écoles supérieures ont leur cercle d\u2019étude sur la religion catholique.Voilà le \u201ctransitus Domini\u201d ! Le Japon est grand ouvert au Catholicisme.Le gouvernement comprend bien maintenant ce qu\u2019est le Catholicisme et quelle est sa force transcendante: c\u2019est pour cela que l\u2019Etat favorise le Catholicisme implicitement et explicitement.Le gouvernement, il y a deux ans, ayant l\u2019intention de donner l\u2019égalité absolue à toutes les religions existantes au Japon, formula le projet de la loi sur les religions et le soumit à l\u2019examen des deux Chambres.Le projet ne fut pas accepté.Cette année, le nouveau ministre de l\u2019Instruction Publique, Katsuda, après avoir corrigé ce même projet, le présenta de nouveau à l\u2019investigation des Chambres; mais il fut encore rejeté.Malgré la bonne volonté du gouvernement on trouve encore dans ce projet quelques articles qui donnent trop L'APOSTOLAT au japon 533 à l'intervention de l\u2019Etat, exposant ainsi la liberté de croyance garantie dans la loi constitutionnelle.Le moment est finalement arrivé aujourd'hui, le Japon est prêt à recevoir la religion catholique.Les cercles d\u2019étude des universités et des autres écoles supérieures, ci-dessus mentionnés, ont déjà produit beaucoup de champions de la foi: ces derniers sont actuellement d\u2019ardents apôtres de notre religion.Par malheur ! il y a trop peu de missionnaires ou de prêtres japonais pouvant trouver le temps de se consacrer à la direction et au développement de ces cercles d\u2019étude.Monsieur l\u2019abbé Iwashita et le Révérend Père Candau sont les principaux directeurs des cercles d\u2019étudiants et les pionniers du Catholicisme dans la capitale.Le premier est le fils d\u2019un fameux banquier, il a fait ses études à l\u2019école de \u201cl\u2019Etoile du Matin\u201d des Marianistes et à l\u2019Université impériale de Tokio.Puis il est allé poursuivre ses études théologiques au Collège Angélique des Pères Dominicains à Rome; le second, directeur du séminaire de Tokio, a fait ses études ecclésiastiques à l\u2019Université de la Grégorienne des Jésuites à Rome.Il nous faut beaucoup, beaucoup de prêtres indigènes et étrangers possédant une foi ardente, une vertu inflé-chissable et une science profonde afin de pouvoir diriger cette immense mer d\u2019étudiants, qui, maintenantt, est prête à entendre la vérité et ne cherche que la vraie religion de Dieu.Cette noble aspiration se manifeste non seulement dans la capitale, mais aussi dans les universités et les écoles supérieures des autres villes; notamment de Kyoto, d\u2019Osaka, de Sapporo et de Sendai.Cette dernière ville, où les révérends Pères Dominicains canadiens se proposent d\u2019exercer principalement leur apostolat intellectuel, possède une université gouvernemen- 534 REVUE DOMINICAINE \\ I taie déjà très florissante.Voilà pourquoi, il faut multiplier les missionnaires de grande vertu et de profonde science.Au Japon, je crois bien qu\u2019il est absolument nécessaire au prêtre d\u2019unir à la vertu une science ecclésiastique profonde en même temps qu\u2019une science profane suffisamment vaste pour gagner le peuple au Christ.Cependant, un moyen plus facile et plus sûr encore que les cercles d\u2019étudiants, c\u2019est, semble-t-il, de fonder des écoles catholiques, soit primaires, soit secondaires, soit universitaires.Cette opinion est confirmée par une expérience de cinquante ans et par l\u2019autorité de grands personnages.Au Japon, il y a actuellement plus écoles catholiques et pour les jeunes gens et pour les jeunes filles.Pour ce qui regarde l\u2019école masculine, personne n\u2019ignore tout ce qu\u2019a fait la Société des Marianistes.Ils ont une école primaire et une école secondaire à Tokio, une école secondaire commerciale à Yokohama, une pareillement commerciale à Osaka, une école secondaire à Kobé, une école secondaire et une maison apostolique à Nagasaki.C\u2019est surtout aux écoles de Tokio (l\u2019auteur a fait ses études à l\u2019école de \u201cl\u2019Etoile du Matin\u201d des Marianistes à Tokio) que vont les fils de familles nobles et riches destinées aux positions importantes dans la haute société japonaise.Toutefois dans ces écoles on ne peut enseigner publiquement la religion, mais on peut donner aux élèves un cours libre usr la religion catholique.Les bons exemples des professeurs et la vie religieuse des Marianistes attirent et invitent spontanément les élèves à vouloir étudier le Catholicisme.C\u2019est ainsi que se sont convertis au Catholicisme l\u2019amiral Yamamoto, champion de la foi, catholique exemplaire, président de l\u2019Association Catholique de la Jeunesse Japonaise, et les L\u2019APOSTOLAT AU JAPON 535 Révérends Pères Iwashita, et Totsuka, brillant étudiant en médecine devenu puissant prêtre catholique.L\u2019Université catholique des Jésuites, quoique jeune, a déjà fourni quatre ou cinq aspirants-prêtres (un est déjà prêtre) et plusieurs laïcs catholiques fervents apôtres, etc.La conversion d\u2019un étudiant, surtout d\u2019une famille distinguée, vaut mieux que celle de quinze paysans quant à l\u2019influence sur les autres.Un mot maintenant sur l\u2019école féminine.Dans ce domaine la Société du Sacré-Cœur, de St-Maur et de St-Paul de Chartres à Tokio sont en train de faire un bien immense.C\u2019est encore dans ces écoles que vont les filles de familles nobles et riches, qui doivent être les femmes et les mères des grands personnages de la société japonaise.Je crois que c\u2019est surtout par l\u2019école que se conver-tisent les meilleurs éléments de la classe intellectuelle.Une fois convertie, la classe supérieure entraînera à sa suite toutes les autres classes.Dans les universités laïques, publiques ou privées, on enseigne la philosophie moderne et la littérature sans Dieu.Dans les universités et les écoles supérieures catholiques au Japon, on enseigne la philosophie scolastique, surtout thomiste, et la littérature ou la culture franchement catholique.Le but de l\u2019enseignement catholique doit être \u201crestaurare omnia in Christo\u201d, selon le \u201cmotto\u201d de Pie X, afin de dilater le règne de N.S.J.C.au Japon conformément aussi à la parole-programme du Pontife Pie XI, glorieusement régnant.Après l\u2019école, le grand moyen d\u2019évangéliser et d'atteindre chaque classe intellectuelle, moyenne et inférieure, c\u2019est le JOURNAL et la REVUE.Les catholiques du Japon ont trop peu de revues et de périodiques catho- REVUE DOMINICAINE liques.Les missions catholiques ail Japon ont comme organe le \u201cKoe\u201d ou bien \u201cVox Catholica\u201d, publication mensuelle.Les Pères Dominicains de Shikoku ont une revue mensuelle appelée \u201cShigiu\u201d, \u201cagnus\u201d, le diocèse d\u2019Osaka, \u201cKokyo-Katei-no-Tomo\u201d (l\u2019ami de la famille catholique), le diocèse de Nagasaki publie deux fois par mois un journal de huit pages appelé \u201cCatholic Kyotto\u201d (nouvelles religieuses des Catholiques), les Pères Franciscains publient un journal de huit pages \u201cKomyo\u201d (lumière) et la Société de la Jeunesse Catholique du Japon, dirigée par l\u2019amiral Yamamoto, publie une revue : \u201cCatholicus\u201d une fois par mois et une feuille de quatre pages paraissant tous les dix jours ainsi que d\u2019autres petites revues et feuilles.C\u2019est tout.D\u2019autre part, nous sommes stupéfaits quand nous regardons le progrès des publications laïques et païennes du Shintoisme, du Bouddhisme et du Protestantisme au Japon.On dit que le Japon est le troisième pays du monde quant au nombre des publications.Les catholiques japonais sont trop faibles et trop peu nombreux; ils n\u2019ont pas d\u2019organe, il leur manque la force invincible de l\u2019apostolat par la plume.Actuellement, au Japon, il y a environ une cinquantaine d\u2019universités; on dit que le nombre des étudiants y est très considérable.La population actuelle du Japon, y inclus celle de la Corée, est de quatre-vingts millions, et, il est à remarquer que, selon les statistiques modernes, la population japonaise s\u2019accroît chaque année d\u2019un million.Tous les Japonais sont sévèrement tenus de fréquenter au moins l\u2019école primaire, le gouvernement paie pour les pauvres, la plupart des jeunes gens fréquentent les écoles secondaires et les écoles supérieures et beaucoup même l\u2019université.Le Japonais, à mon avis, est L'APOSTOLAT AU JAPON 537 bien diligent et assez intelligent.Je suis sûr que les jeunes Japonais sont maintenant prêts à goûter la Somme de saint Thomas d'Aquin et à approfondir le Thomisme; ils y mettront certainement la même ardeur qu'ils ont montré en étudiant la Critique de la Raison pure et de la Raison pratique d\u2019Emmanuel Kant ou le Kapital de Karl Marx.Une seule chose nous manque: des missionnaires de grande vertu et de profonde science.Je suis très convaincu que le Japon sera converti par la science, illuminée par la foi catholique.Venez, chers confrères du Canada ! Venez, vénérables fils de saint Dominique ! venez, frères de l\u2019Ange de l\u2019Ecole ! venez, avec la langue apostolique de votre Père saint Dominique ! venez au Japon intellectuel avec la Somme du Docteur angélique ! Le Japon vous attend avec impatience.La porte du Japon est ouverte très grande.Faites de votre Sendai un centre de culture catholique.Venez à la capitale pour évangéliser, \u201cad prædicandum Christum crucifixum\u201d, comme saint Paul prêcha à l\u2019Aéropage, car le but de votre ordre est la prédication, comme votre nom l\u2019indique.Venez au Japon pour fonder des écoles primaires, secondaires et même universitaires.Venez au Japon pour diffuser la doctrine catholique au moyen de la revue et du journal.Quelle consolation ce sera pour nous et pour vous surtout si la SOMME du Docteur angélique et la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ remplacent la Critique de Kant et le Kapital de Marx ainsi que les doctrines de Bouddha et de Confucius ! Paul Taguchi, prêtre japonais MARIE MEDIATRICE Patronne des Associations des Anciennes Elèves des Couvents catholiques du Canada Avant d\u2019entreprendre la tâche qu\u2019elles se sont imposée, ces Dames ont eu la pieuse pensée de se mettre sous la protection de Marie Médiatrice.Elles ne savent pas encore quelles difficultés les attendent, mais elles peuvent être sûres qu\u2019il s\u2019en trouvera.L\u2019orientation définitive de leur activité, les initiatives à prendre, le choix des moyens, le groupement et la direction des compétences, les luttes à entreprendre, les résistances à opposer, leur réservant sans doute des surprises.Celles-ci en effet sont inévitables.En femmes chrétiennes qu\u2019elles sont, se souvenant du titre \u201cenfants de Marie\u2019\u2019 porté au pensionnat, elles ont eu le bon esprit de solliciter la protection de la Reine des apôtres, des confesseurs et des martyrs.Cet heureux choix, dû, nous assure-t-on, à la fondatrice de la Fédération, fait honneur au sens profondément chrétien de Madame Bélanger.Le titre de Médiatrice est inséparable de tous les noms et titres attribués à Marie.Il les résume tous pour ainsi dire; parce qu\u2019elle est Mère de Dieu et Mère des hommes, elle est devenue Médiatrice entre le Christ et nous comme son Fils l\u2019est entre Dieu et l\u2019humanité.Ce titre que lui donnent depuis des siècles la piété et la science catholiques sera peut-être un jour ratifié par une déclaration officielle de l\u2019Eglise.En attendant, il s\u2019affirme de plus en plus fort.Au Congrès marial de Québec, du 12 au 16 juin, on a traité à fond de la Médiation universelle de Marie. MARIE MÉDIATRICE 539 Le Médiateur par excellence, c\u2019est le Christ.Il l\u2019est par son Incarnation, sa passion et sa mort sur le Calvaire.Le Christ a reçu l\u2019honneur du Sacerdoce suprême de celui qui lui a dit: \u201cTu es mon Fils.\u201d A la fois prêtre et victime, dans un sacerdoce unique, l\u2019honneur d\u2019avoir opéré notre réconciliation avec son Père ne lui sera pas enlevé; il ne sera même pas diminué par une participation étrangère.Dieu l\u2019a voulu ainsi pour nous faire mieux comprendre l\u2019énormité de la faute primitive et notre impuissance personnelle à réparer un si grand mal.Mais la Sagesse divine, inépuisable dans ses dons, a voulu cependant qu\u2019il y eût une autre intervention entre son Fils incarné et nous, intervention secondaire qui ne diminuât en rien l\u2019influence capitale de Jésus-Christ de qui nous tenons le bienfait de la Rédemption.Il est déjà pourtant si près de nous dans la crèche de Bethléem et dans l\u2019abîme de souffrances où l\u2019a plongé la passion et la mort douloureuse ! Dieu voulut qu\u2019il y eût aussi une femme pour offrir le remède au péché, puisque \u201cc\u2019est de la femme que vient le commencement du péché\u201d (Eccl.XXV, 33).Cette nouvelle Eve, cette médiatrice, ce sera Marie, l\u2019épouse de Joseph, la mère de Jésus de Nazareth.Que Marie ait des droits à cette intervention, c\u2019est ce qui ressort de son histoire et des événements auxquels elle a été mêlée si profondément.Choisie par Dieu de toute éternité, annoncée même longtemps à l\u2019avance: \u201cUne femme écrasera la tête du serpent\u201d, dans une lueur d\u2019espérance projetée sur l\u2019âme de nos premiers parents accablés dans leur détresse, quand vint l\u2019heure de l\u2019exécution de la promesse attendue depuis des millénaires, Dieu ne voulut pas imposer cette tâche sans le consentement de l\u2019élue.Marie était libre et 540 REVUE DOMINICAINE restait libre.Elle le fit bien voir à Tange, qui venait cependant de la part de Dieu, lui annonçant que le Messie allait bientôt paraître.Son étonnement fut encore plus grand à Tannonce d\u2019une maternité qui devait s\u2019accomplir en elle et par elle.Elle avait promis de rester vierge.Mais quand l\u2019ange lui eut dit que \u201cl\u2019Esprit-Saint la couvrirait de son ombre,\u201d elle répondit: \u201cQu\u2019il me soit fait selon votre parole.Je suis la servante du Seigneur.\u201d Elle avait donné ce consentement en toute liberté, avec une certaine connaissance de ce qui devait suivre.Marie savait donc ce qui lui réservait l\u2019avenir, car nul plus que la fille des patriarches Anne et Joachim, qui avait passé son enfance dans le temple, n\u2019avait fréquenté ni médité plus assidûment les Saintes Ecritures; nul ne les avait lues avec un cœur plus dégagé, par conséquent plus apte \u201cà voir Dieu\u201d, et comprendre la divine parole.Elle connut donc à l\u2019avance sa propre histoire et celle du fils qui naîtrait d\u2019elle.\u201cUne vierge enfantera\u201d, avait prophétisé Isaïe, et dans la suite de la prophétie il avait décrit la vie, la passion et la mort du fils de cette Vierge.A la parole de l\u2019ange un voile soudain se déchira, et la majestueuse mais douloureuse beauté de son fils dut apparaître aux yeux de la mère étonnée.Marie sera donc la mère du Messie.Elle lui donnera la chair et le sang qui seront offerts en holocauste sur le Golgotha.Toute notre reconnaissance est acquise à Marie pour avoir donné, au moment de l\u2019Annonciation, un consentement parfait à tous les sacrifices que lui coûterait cette maternité.Elle ne vécut en effet que pour son Fils, lui prodiguant jusqu\u2019à la mort toute la sollicitude dont elle fut capable.Mais ce rôle de médiatrice entre Jésus et les hommes va-t-il s\u2019arrêter à la maternité, telle une mère donnant MARIE MÉDIATRICE 541 des fils à la patrie, des fils qui lui font honneur ?Non, répondent les théologiens, Dieu a voulu qu\u2019elle se continuât, qu\u2019elle s\u2019étendît à d\u2019autres hommes, c\u2019est-à-dire à tous les disciples qui lui viendraient au cours des siècles.Marie, Mère de Jésus, deviendra aussi la nôtre.Grand honneur dont nous ne saurions trop remercier le Ciel ! Notre-Seigneur lui-même nous en avertit quand du haut de la croix, désignant sa Mère, il dit à saint Jean: \u201cVoici notre mère.\u201d Sa parole portait plus loin, son regard embrassait l\u2019avenir car, nous assurent les interprètes, nous étions présents dans la personne du disciple que Jésus aimait de préférence.Quand donc sommes-nous devenus les fils de Marie ?C\u2019est, au dire de saint Paul, quand nous avons été ensevelis dans le tombeau avec le Christ par le baptême.(Rom.VI).Ressuscités avec lui, vivant de la vie nouvelle qu\u2019il nous a transmise, depuis ce temps-là nous ne faisons qu\u2019un avec lui, dit encore saint Paul.(Ephés.) Nous constituons ensemble un corps à l\u2019instar du corps humain qui possède une tête et des membres.Le Christ en est la tête et nous les membres.C\u2019est ici que grandit le rôle de Marie et que de nouveaux horizons s\u2019ouvrent devant elle.Elle n\u2019est plus seulement celle qui donne l\u2019auteur de la grâce, mais elle participe à la distribution même de la grâce.Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus.Remonté au ciel dans la réalité de son corps physique, il est cependant resté sur la terre dans la vérité de son corps mystique, c\u2019est-à-dire qu\u2019il continue de vivre dans l\u2019âme des chrétiens qu\u2019il s\u2019est incorporés par l\u2019effusion de la vie divine répandue en chacun d\u2019eux.Se pourrait-il que Marie ne fût que la mère d\u2019une partie de ce corps, de la 542 REVUE DOMINICAINE tête, par exemple, sans l\u2019être des membres qui lui sont unis si étroitement ?Non, ce n\u2019est pas possible, Marie est la mère du corps tout entier, donc la nôtre également, bien que nous ne soyons que des fils d\u2019adoption.Et comme les membres vivants du Christ meurent, changent et se renouvellent avec les générations successives, Marie ne cessera donc plus d\u2019exercer ses fonctions maternelles.Et ceci encore elle l\u2019a voulu dans le consentement donné au jour de l\u2019Incarnation et ratifié au pied de la croix avec Jésus, coopérant à son sacrifice dans la communauté de souffrances qui devait exister entre le Fils et la Mère, jusqu\u2019à la consommation suprême, et la participation finale de ceux qu\u2019il devait s\u2019adjoindre et qui devaient ne plus faire qu\u2019un avec lui.Marie devenait notre Mère sans cesser d\u2019être celle de Jésus; elle devenait notre mère parce qu\u2019ell était la sienne.Oh ! nous ne saurions trop remercier la divine Providence de nous avoir pourvus d\u2019une mère pour faire notre entrée dans ce monde supérieur que nous ne connaissons que par la Révélation.Dieu a parlé sans doute, il a prodigué abondance de lumière sur ce monde qu\u2019il habite, auquel il nous convoque, mais malgré cela il n\u2019en reste pas moins enveloppé dans ce nuage mystérieux qu\u2019est la foi.Qu\u2019est-ce que Dieu ?Qu\u2019est-ce que l\u2019âme immortelle, la vie future, la grâce sanctifiante et ses multiples activités ?Que sont ces puissances ténébreuses qui nous assaillent pour nous séparer de Dieu et nous ravir le ciel ?La Révélation, encore une fois, nous l\u2019enseigne, mais la lumière que nous aurons au lendemain de la mort nous réserve d\u2019autres clartés que nous ne soupçonnons guère ici-bas.Vis-à-vis de ce monde, ne sommes-nous pas aussi MARIE MÉDIATRICE 543 ignorants, peut-être plus, que l\u2019enfant au berceau ne l\u2019est de la vie ?Il a besoin, lui, d\u2019une mère pour lui procurer l'aliment nécessaire à sa subsistance, pourl ui donner les soins les plus assidus et les plus intimes, pour le défendre contre tout danger, incapable qu\u2019il est de se protéger lui-même.Les mêmes besoins, ou du moins des besoins analogues n\u2019existent-ils pas pour nous dans cette vie mystérieuse dont la source remonte au tombeau du Christ ?Ce n\u2019est donc pas trop d\u2019une mère pour subvenir à notre impuissance et notre faiblesse dans cette existence qui nous échappe par tant de côtés.* * * Il y a donc un intermédiaire entre Jésus et nous.Les fonctions maternelles de Marie se continuent, mais de quelle manière ?Quel sera donc le mode d\u2019intervention de Marie dans la distribution de la grâce ?Cette part réservée à Marie se fait par l\u2019intercession, et pas autrement.Si nous tenons de Marie le tout de notre vie spirituelle, ce n\u2019est pas qu\u2019elle soit elle-même l\u2019instrument physique de la production de la grâce en nous.Ceci, nous l\u2019avons déjà dit, appartient en propre au Christ.L\u2019on ne saurait en rien diminuer son action dans le salut de l\u2019humanité, car nul autre ne peut implanter dans l\u2019âme humaine un germe de vie divine dont Dieu seul peut disposer.La collaboration de Marie est tout autre.Elle est d\u2019abord antérieure, d\u2019une certaine\tmanière,\tà l\u2019opération du Christ, elle\tla précède,\tcar\tc\u2019est\telle qui sollicite cette grâce et\ttoute grâce\tqui\tnous\test des- tinée, comme nous le verrons plus loin.Donc, quand nous disons que \u201ctout\tnous vient\tpar\tMarie\u201d, nous 544 LA REVUE DOMINICAINE n\u2019exagérons pas son rôle et nous ne diminuons aucunement celui de son Fils.C\u2019est dans l\u2019ordre, ainsi que Dieu l\u2019a voulu; toutes les grâces seront sollicitées pour nous par celle qui est la plus apte à le faire.Pieuse et touchante collaboration prévue par la divine Sagesse et octroyée à sa mère par la munificence du Christ, en vertu de ses propres mérites.Cette puissance d\u2019intercession à laquelle rien ne saurait être refusé tient à son double titre de mère.Elle l\u2019est à la fois de Jésus, le Fils premier-né, elle l\u2019est aussi des fils d\u2019adoption qui lui sont nés dans les générations successives au cours des siècles.Le premier-né lui est particulièrement cher.Les autres ne peuvent être oubliés puisqu\u2019ils ne font qu\u2019un avec Notre-Seigneur.Outre cela elle sait que la gloire du Christ est intimement liée à là fortune de ceux qui sont venus plus tard.Dans la mesure de leur fidélité à garder la loi de l\u2019Evangile, dans la même mesure brilleront l\u2019effet de la parole du Christ et l\u2019efficacité de la grâce, dans la même mesure éclatera la gloire du Verbe incarné aux yeux de Dieu et des hommes.Voilà pourquoi la sollicitude maternelle de Marie est toujours attentive, toujours en éveil, toujours implorant de son Fils la grâce actuelle, qui nous préserve des chutes, qui nous relève au besoin, ou qui nous fait avancer plus vite et monter plus haut dans la voie de la perfection.Elle fait cela d\u2019autant plus efficacement qu\u2019elle connaît parfaitement notre vie, mieux même que nous; la voyant dans la lumière de gloire, aucun détail ne peut lui échapper.Si nul ne peut approcher Jésus avec plus de confiance, nul non plus ne peut s\u2019en approcher avec plus d\u2019autorité.En effet, il est manifeste qu\u2019elle parle avec autorité, qu\u2019elle commande, mais de telle façon qu\u2019elle MARIE MÉDIATRICE 545 ne déplaît pas à celui qui l\u2019écoute.Elle s\u2019impose certainement, comme par un droit incontestable, c\u2019est ce qui prouve et explique clairement l\u2019épisode des noces de Cana, rapporté dans l\u2019Evangile de saint Jean.Relisons cette page à nulle autre comparable pour mettre en lumière cette doctrine fondamentale dans la vie chrétienne.\u201cIl se fit des noces à Cana en Galilée; et la mère de Jésus y était.Jésus fut aüssi invité avec ses disciples.\u201d Remarquons tout de suite que Marie est nommée en premier lieu, Jésus vient après elle et à cause d\u2019elle sans doute.\u201cOr, le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit: \u201cIls n\u2019ont plus de vin.\u201d Quelle sollicitude de la part de cette femme; attentive à tous les détails, elle n\u2019en oublie aucun; elle a l\u2019œil ouvert.Evidemment elle n\u2019est pas une étrangère dans ce milieu : une parente peut-être, au moins une amie, une voisine, elle y occupe une place à part.Et Jésus de lui répondre, comme s\u2019il trouvait indiscret l\u2019empressement de sa mère: \u201cMais ne savez-vous pas que mon heure n\u2019est pas venue ?\u201d Marie ne se préoccupe pas de cette parole, elle ne la relève même pas, mais confiante dans son rôle et sûre de son autorité, elle s\u2019adresse aux serviteurs et leur dit en désignant son Fils : \u201cFaites tout ce qu\u2019il vous dira.\u201d Effectivement, Jésus à son tour dit aux serviteurs: \u201cRemplissez ces urnes\u201d que voici, et il ajoute: \u201cPuisez maintenant.\u201d (Evang.S.Jean, ch.11).Voilà bien l\u2019intermédiaire qu\u2019est Marie, son intervention et son mode d\u2019intercession.C\u2019est bien la médiatrice dans l\u2019exercice de ses fonctions et de ses prérogatives, comme du reste le fait remarquer saint Thomas d\u2019Aquin en son commentaire très explicite de ce passage de l\u2019Evangile de saint Jean (Comm, in Joan.ch.II, lect.I, no 3).Il appuie sur l\u2019intervention de Marie: elle in- 546 REVUE DOMINICAINE tercède pour les invités et Jésus accède à sa demande.Les rôles respectifs sont parfaitement indiqués et non moins bien indiquées la part de la mère et celle du fils.Elle va droit au but avec une autorité douce mais sûre d\u2019elle-même.Le Christ Jésus le reconnaît implicitement et il agit conformément au désir, disons à la prière, à l\u2019intercession, de sa sainte mère.Mais jusqu\u2019où s\u2019étend cette puissance d\u2019intercession dans l\u2019œuvre du salut ?Elle est sans limite.Elle est universelle.Il n\u2019est rien qui ne soit soumis à cette loi dans l\u2019affaire du salut et de la sanctification, de telle sorte que la parole si connue et si souvent redite aux fidèles: \u201cTout par Marie\u201d, est profondément vraie et garde la plénitude de son sens.Il n\u2019y a donc aucune frontière dans le domaine de l\u2019intercession.Pas plus qu\u2019on ne peut restreindre l\u2019opération du Christ quand il confère la grâce, on ne peut pas davantage restreindre l\u2019étendue ni l\u2019universalité de l\u2019intercession de Marie.Toute grâce, toute faveur, peuvent être et sont en réalité son objet incontestable.On ne saurait donc distinguer entre l\u2019application générale du sang rédempteur et son application actuelle dans l\u2019âme du chrétien.Les mêmes raisons valent pour celle-ci comme pour celle-là.(R.P.Bainvel, S.J., cité par le R.P.Gerlaud, O.P.L\u2019Intercession des saints, 1ère part., ch.IV.) Léon XIII a dit: \u201cOn peut affirmer avec droit et vérité que de par la volonté de Dieu, rien, absolument rien de cet immense trésor de grâces apportées par le Seigneur ne nous est donné autrement que par Marie.De même que personne ne saurait aller au Père que par le Fils, de même, proportion gardée, personne ne peut s\u2019approcher du Fils que par sa sainte Mère.\u201d (22 sept.1891.) MARIE MÉDIATRICE 547 Le Bx Bellarmin a écrit ces mémorables paroles: \u201cToutes les influences célestes, toutes les faveurs, toutes les grâces, viennent du Christ comme de la tête, toutes elles descendent sur le corps par Marie.\u201d Saint Bernard avait déjà écrit que \u201cDieu a déposé en Marie la plénitude de tout bien; tout ce que nous avons d\u2019espérance et de grâce retombe sur nous de cette plénitude.\u201d Pour plus de précision, ajoutons que l\u2019intercession s\u2019étend même jusqu\u2019à la grâce sacramentelle, en ce sens que les dispositions qu\u2019on y apporte et qui en assurent l\u2019efficacité sont obtenues par l\u2019intercession de la très sainte Vierge.Il n\u2019est même pas nécessaire de prier Marie directement, car toute prière faite à Dieu et aux saints passe nécessairement par elle.Cependant la prière qui lui est adressée avec confiance assure une plus grande efficacité.(Vacant, Diet.Théol., Fasc.LXXVIII, col.2404.) Disons donc en terminant que de toutes les grâces, depuis celle de la justification jusqu\u2019à la grâce ultime de la plus haute sainteté, il n\u2019en est aucune qui ne soit due à l\u2019intercession de Marie auprès de son divin Fils.* * * Que cette doctrine ne soit pas encore confirmée par une décision officielle dogmatique, il n\u2019y a pas lieu de s\u2019en étonner.L\u2019Eglise ne se presse pas.N\u2019a-t-elle pas attendu jusqu\u2019en 1854 pour définir le dogme de l\u2019immaculée Conception ?et jusqu\u2019en 1870 pour celui de l\u2019Infaillibilité pontificale ?Elle attend l\u2019heure marquée par Dieu et que lui indiquera l\u2019Esprit Saint, quand cette définition sera devenue nécessaire pour affirmer nettement quelque point de sa croyance.Il est permis de 548 REVUE DOMINICAINE croire cependant que cette heure viendra bientôt.Il y a comme une sorte d\u2019acheminement vers une solution de ce genre, préparé par les papes des derniers temps.Ils se sont plu à rappeler au peuple chrétien la puissance d\u2019intercession universelle de Marie, dans des lettres nombreuses qui redisent les enseignements les plus affirmatifs des saints Pères et Docteurs de l\u2019Eglise, auxquels ils ajoutent les précisions les plus lumineuses.Pie IX, en 1854, engage tous les fidèles à recourir avec une entière confiance à la protection de la Vierge immaculée qu\u2019il déclare \u201cla médiatrice la plus puissante de la terre auprès de son Fils unique.\u201d Léon XIII adresse la même invitation au monde chrétien à plusieurs reprises dans ses lettres sur le Rosaire.Le 22 septembre 1891, il appelle Marie puissante, parce qu\u2019elle est la mère du Dieu tout-puissant.Pie X à son tour, le 2 février 1904, écrivait: \u201cPar cette communion de souffrances et de sentiment avec Jésus, Marie a mérité de devenir la réparatrice de l\u2019humanité déchue et, par suite, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort.\u201d Benoît XV déclare, le 5 mai 1917, que toutes les grâces sont distribuées par les mains de la Vierge très sainte.Le 6 avril 1919, à l\u2019occasion du procès de canonisation de Jeanne d\u2019Arc, il dit: \u201cDans tous les prodiges, il convient de reconnaître la médiation de Marie, par laquelle, selon le vouloir divin, nous arrivent toute grâce et tout bienfait.\u201d Pie XI déclare Marie \u201cla dépositaire de toutes les grâces de Dieu.\u201d (2 mars 1922.) Enfin, concession est faite par Benoît XV à la Belgique, de la fête de Marie Médiatrice de toutes grâces.(12 janv.1921.) \u201cLui-même, écrit le cardinal Mercier, a eu la délicate attention de nous faire savoir qu\u2019il avait MARIE MÉDIATRICE 549 inscrit dans son calendrier privé la fête de Marie Médiatrice de toutes grâces.\u201d (Documentation catholique.) Il est donc probable que bientôt ce nouveau fleuron sera ajouté à la couronne de Marie, notre Mère là-haut.Alors, dans l\u2019Eglise universelle, on dira avec une confiance sans borne et une efficacité souveraine l\u2019Oraison de cette fête : Prions : Seigneur Jésus-Christ, notre Médiateur auprès du Père, qui avez établi Médiatrice auprès de vous la Bienheureuse Vierge Marie, votre Mère et la nôtre: Accordez que quiconque s\u2019approche de vous pour demander des bienfaits, se réjouisse de les avoir tous sollicités par son entremise.Thomas CouËT, O.P.BIBLIOGRAPHIE : Crampon: La sainte Bible.Vacant: Diet.Tliéol.cathol., Fasc.LXXXVIII, Col.2389 et sunr.D\u2019Alès: Diet:.Apolog.III, col.285 et suiv.R.\tP.Gerlaud, O.P.: L\u2019Intercession des saints.S.\tThomas d\u2019Aquin: Comm.sur Evang.S.Jean.-\u2014\u2014 ?- LA SPIRITUALITE DE LA COMPAGNIE DE SAINT-PAUL On pourrait s\u2019étonner qu\u2019à l\u2019intérieur du Christianisme on distingue différentes spiritualités.Il n\u2019y a qu\u2019une perfection évangélique, en effet, mais dans la réalisation de cette perfection unique proposée à tous les chrétiens, nous trouvons une variété admirable de réussites qui sont l\u2019effloraison et l\u2019expression au cours 550 REVUE DOMINICAINE des siècles, et selon le tempérament de chacun, des préceptes et conseils évangéliques.Voici pourquoi l\u2019Eglise renferme plusieurs écoles de spiritualité qui répondent plus spécialement aux différents tempéraments naturels et surnaturels des membres mystiques du Christ, et cette diversité s\u2019unifie dans la plus belle harmonie.Chacune de ces écoles garde le précieux dépôt de la perfection évangélique sous des aspects et avec des accents particuliers, et les âmes viennent leur demander les principes et les règles de la vie parfaite.Toutes ont le même but : enfanter le Christ dans les âmes et, par une conséquence immédiate, procurer la plus grande gloire de Dieu, que ce soit par la louange divine, la pénitence ou l\u2019apostolat proprement dit.Dès que nous ouvrons la fascicule du programme de vie de la Compagnie de St-Paul, nous lisons au début qu\u2019il s\u2019agit \u201cd\u2019une totale consécration des membres au sublime idéal de l\u2019apostolat chrétien.\u201d La conception apostolique du Paulin ne peut rien apporter de plus que celles qui l\u2019ont précédée et qui seront toujours sources de forces vives.C\u2019est toujours la bonne nouvelle annoncée, mais s\u2019il faut chercher un caractère particulier à cet apostolat, nous le trouvons dans une note catholique qui se manifeste par des moyens très divers et très modernes.C\u2019est un apostolat qui voit la nécessité d\u2019être \u201cà la page\u201d de la vie moderne pour pouvoir la pénétrer, afin de mettre les vérités éternelles de Foi et de salut à la portée de toutes les âmes dans le cadre de leur vie actuelle.Un intérêt toujours plus grand est porté aux manifestations de la vie actuelle pour essayer de faire les raccords entre les principes religieux et les nécessités et modalités de la vie moderne.La Compagnie, en effet, \u201cétablit et dirige de grandes LA COMPAGNIE DE ST-PAUL 551 \u201cinstitutions d\u2019assistance sociale pour les deux sexes, et \u201cpour tous les âges, douées de toutes les initiatives les \u201cplus ingénieuses et les plus susceptibles d\u2019unir et d\u2019élever \u201cles âmes à Dieu.\u201d La place du Paulin est partout où le Christ n\u2019est pas, partout où il demande des ouvriers qui soient ses témoins par la parole ou les œuvres, et même par le sang.Pour avoir une juste idée de cet apostolat, il faudrait lui appliquer les mots mêmes de saint Paul sur l\u2019apostolat catholique: \u201cdivisiones quidem gratiæ sunt, idem autem spiritus\u201d (II Cor.12, 4.).Aussi trouvons-nous, dans la Compagnie, ce que l\u2019Apôtre nomme \u201cla division des grâces dans l\u2019unité de l\u2019esprit\u201d, chacun s\u2019applique à glorifier Dieu suivant le don qu\u2019il a reçu, suivant les aptitudes particulières, qui peuvent trouver leur complet développement.Mais une même inspiration préside à tous les efforts: un même esprit unifie les diverses activités, un même caractère donné à cet apostolat si varié, l\u2019unité qui en fait la force et la grandeur: \u201cun seul chef, un seul coeur, un seul esprit, une seul armée.\u201d C\u2019est vraiment le retour à l\u2019apostolat de saint Paul : la foi vivifiée en action, la vérité divine diffusée pour elle-même, la Révélation surnaturelle ordonnant à sa fin les diverses connaissances surnaturelles, l\u2019unité et le bonheur des hommes réintégrés dans l\u2019unité de l\u2019Eglise Catholique.\u201cNotre Compagnie, dit le Supérieur, Don \u201cROSSI, n\u2019est pas une institution extraordinaire et elle \u201cne voudrait pas le paraître.C\u2019est un christianisme \u201cintégralement vécu, une vie toute tendue vers le Christ, \u201cpour qu\u2019il le fasse tellement sienne qu\u2019en nous voyant, \u201cles hommes le reconnaissent et l\u2019aiment: une vie toute \u201cde confiance calme parce qu\u2019elle est établie dans le cœur 552 REVUE DOMINICAINE \u201cde Celui qui sait tout, qui peut tout, et qui nous aime; \u201cune vie enfin dont la Foi fait une vision anticipée et \u201cperpétuelle du Bien Suprême.\u201d But admirable assurément que celui de la conversion des âmes, champ de travail illimité et combien émouvant, mais quel sera le ressort de l\u2019action prodigieuse du Paulin, et à quelle école ira-t-il se forger une âme de héros et de saint ?* * * Nous en découvrons tout de suite le secret : \u201caucune \u201ccréature, aucune pensée, et aucune préférence, dit la \u201crègle, qui ne soit Jésus-Christ, pour pouvoir répéter \u201ccomme dit saint Paul: Ce n\u2019est plus moi qui vit, mais \u201cc\u2019est Jésus-Christ qui vit en moi.\u201d Et saint Paul avait bien raison de s\u2019écrier: \u201cPour moi je me dépenserai et me dépenserai moi-même pour les âmes\u201d.Le Paulin ne pense point autrement.Ainsi est-il apôtre, à la manière de ceux de la primitive Eglise, dont il imite la simplicité évangélique du don d\u2019eux-mêmes.Assoiffé d\u2019un apostolat audacieux et de conquête, enflammé par un zèle pour les âmes qui est la mesure même de son amour, il sait qu\u2019avant tout il lui faut conquérir son âme.Et c\u2019est précisément pour cette première conquête de son âme qu\u2019il a recours aux moyens de la spiritualité pauline, c\u2019est-à-dire, à tout ce qui peut favoriser en lui et développer une vie intérieure intense.Après avoir offert son âme au Christ, son premier effort sera de devenir maître de ce qu\u2019il prétend donner : sa volonté, son intelligence, sa sensibilité.Cette conquête du \u201cmoi\u201d est la première lutte qu\u2019il va livrer et c\u2019est pourquoi un renoncement absolu à toutes choses terrestres et humaines lui est imposé.En effet, une vie intérieure LA COMPAGNIE DE ST-PAUL 553 intense, et dans une mesure surabondante, lui permettra seule de réaliser sa vocation.C\u2019est pourquoi il fait dans sa vie une très large part à la prière, à l\u2019austérité, et à l\u2019étude.Il ne cesse de demander à la prière privée et liturgique de remplir son âme de vie surnaturelle, et il est convaincu que les heures les plus importantes pour lui, et les plus lourdes de bienfaits futurs, sont celles qu\u2019il emploie à s\u2019assimiler au Christ.* * * Il ne faut pas s\u2019étonner que la Compagnie ait pu naître et se développer sans un noviciat préalablement établi.Saint François d\u2019Assise, par exemple, soumit-il à un noviciat, ses frères mineurs ?Point du tout.il ne demanda pas autre chose, à ceux qui voulaient vivre de sa vie, que de se dépouiller de tout ce qu\u2019ils possédaient.Il savait que quand un homme est capable d\u2019un tel sacrifice, il peut aussi accomplir tous les autres.Et les faits lui donnèrent raison.De même, dans les sept premières années de la Compagnie, aux jeunes gens et jeunes filles qui se groupèrent autour de Don Giovanni Rossi, il ne fut offert qu\u2019un programme: \u201crenoncer absolument et pour toujours à \u201ctoutes choses terrestres et humaines, abolir les demi-\u201cmesures, remplacer le \u201cje voudrais\u201d par le \u201cje veux\u201d, \u201cne jamais compter sur demain parce que demain est à \u201cDieu, mais ne connaître qu\u2019aujourd\u2019hui, et tout de suite, \u201coser tout pour la gloire du Christ, dans la certitude de \u201cson appui et de sa collaboration, prenant comme devise \u201cles mots de l\u2019Evangile: \u2018Sicut Fulgur.Sicut Nix.\u2019\u201d Les Paulins des premières années ont donc appris leur mission, en la vivant, sans autre préparation reli- 554 REVUE DOMINICAINE gieuse qu'une foi ardente et audacieuse.Ils étanchèrent leur soif de conquête par l\u2019esprit de sacrifice.Il est trop tôt encore pour révéler quelques-unes des générosités héroïques qui assurèrent le succès des premières fondations, et qui constituent le magnifique héritage que recueillent 1er derniers venus avec tant de reconnaissance et de joie ! Mais on peut affirmer que chaque fondation a été édifiée sur une immolation.Les quatre mortes de la Compagnie semblent avoir été la rançon des belles œuvres d\u2019Italie, de Palestine, d\u2019Amérique et de France.Et à Pâques 1928, un jeune prêtre fut également enlevé en l\u2019espace de quelques heures, après avoir offert sa vie pour la Compagnie, tant il semble de règle que les difficultés énormes, à la fois morales et matérielles, soient continuellement surmontées par les holocaustes sublimes des plus belles jeunesses paulines.Un soir, Don Rossi dit à ses enfants: \u201cQue penseriez-\u201cvous, si l\u2019on vous disait que, dans un siècle, d\u2019autres \u201cjeunes gens viendront ici, en cette maison, tristes, \u201ctimides, incertains, qu\u2019ils se regarderont et demanderont: qu\u2019allons-nous faire ?\u201d L\u2019un d\u2019eux se leva et répondit: \u201cJe leur dirai qu\u2019il fut un temps où, en 1921, \u201capparut une Compagnie de Jeunes.Us étaient seuls, \u201csans argent, sans expérience, sans aucun soutien extérieur, mais ils se serrèrent autour de l\u2019Eucharistie, \u201ceurent un grand courage, et toutes les audaces, parce \u201cqu\u2019ils étaient purs; se risquèrent sur toutes les routes, \u201csuscitèrent autour d\u2019eux un courant d\u2019idées magnifiques, \u201csoudèrent un chaîne de cœurs en allumant chaque jour \u201cdes flammes nouvelles, de sorte que, au bout de très peu \u201cde temps, ils se répandirent partout pour *raconter les \u201cmerveilles du Seigneur et attirer le monde entier à Lui.\u201d Et, en effet, le nombre des vocations devint si con- LA COMPAGNIE DE ST-PAUL 556 sidérables ces dernières années, qu\u2019une maison de formation s\u2019imposa.Elle s\u2019ouvrit le 2 juillet 1928, à Pino, sur le Lac Majeur, et fut transférée ensuite à Rome où elle devint un grand noviciat international appelé: \u201cMaison de l\u2019Annonciation\u201d.Dans cette maison les novices sont initiées à l\u2019esprit de la Compagnie, y étudient l\u2019Ecriture Sainte, l\u2019Histoire de l\u2019Eglise, la Théologie et tous les problèmes sociaux modernes, dans une ambiance fervente et une atmosphère de grand recueillement.Ce temps de travail, d\u2019étude et de prière, peut varier selon les sujets, leur culture et leur formation antérieures, mais ils ne seront lancés dans l\u2019apostolat que préparés à leur sublime mission et vraiment dignes de la bien remplir.Les Epîtres de saint Paul sont le code de la Compagnie, les Paulins s\u2019en nourrissent quotidiennement, elles appellent les plus courageux à l\u2019effort chevaleresque et font monter à l\u2019assaut les combattifs.Quel enseignement pourrait mieux leur convenir que celui de l\u2019apôtre dont la tâche consista précisément à universaliser l\u2019Evangile, en affranchissant l\u2019action de la grâce, des liens où l\u2019enserrait la loi, de manière à en imposer la nécessité aux Gentils, comme aux Juifs, à toute la race humaine ?Et pour les Paulins, dont la conception de l\u2019apostolat n\u2019admet de restrictions, ni quant aux lieux, ni quant aux méthodes, saint Paul est le grand modèle qui les exhorte et les entraîne aux plus folles audaces, en dépit parfois d\u2019une prudence qui cède la place à une témérité sans bornes, parce que l\u2019action de ces intrépides apôtres n\u2019est que leur plénitude intérieure qui s\u2019épanche, leur contemplation qui se répand et fructifie dans les âmes, le Christ lui-même qui vit en eux.C\u2019est là le secret de toute action féconde, le Paulin 556 REVUE DOMINICAINE n\u2019aurait garde l\u2019oublier, bien mieux, il le croit à un si haut degré, qu\u2019il s\u2019applique à le vivre intensément, dans un esprit de joie, d\u2019optimisme, de confiance, d\u2019enthousiasme, de certitude absolue en l\u2019aide de Dieu, qui lui fait surmonter tous les obstacles, défier toutes les difficultés, opérer même de véritables miracles par la puissance de sa Foi et le Feu de sa charité.\u201cMes enfants \u2014 dit Don Rossi \u2014 ne doutez jamais \u201cde vous-mêmes, parce que le Seigneur est en vous, avec \u201cson amour et sa grâce; ne craignez rien si vous êtes \u201cfaibles et si votre vie passée n\u2019est pas sans fautes.Ne \u201cvous troublez pas du petit nombre que vous êtes, ne \u201cvous effrayez pas si le monde s\u2019élève contre vous.Ne \u201cdiscutez pas comment on monte dans la vie spirituelle, \u201cmais sachez monter.Ne demandez pas comment on \u201cmarche, marchez.Ne demandez pas comment on devient \u201chumble, mais soyez humbles.Ne demandez pas comment \u201con peut être pur, soyez purs.Ne dites pas \u2018Je veux \u201cdevenir saint\u2019, dites: \u2018je suis saint\u2019, et soyez-le vraiment.\u201cChaque jour davantage, efforcez-vous d\u2019avancer dans \u201cvos rêves les plus beaux d\u2019ascension spirituelle, en \u201cacquérant les vertus que tant de fois le Christ vous a \u201censeignées et que vous savez dignes de votre vocation.\u201cDe quoi auriez-vous peur ?\u201cLa mort ?elle vous donnera le paradis.\u201cLa pauvreté ?C\u2019est votre vœu.\u201cLes persécutions du monde ?Bienheureux les persécutés ! \u201cQue peut vous donner le monde ?Rien.\u201cJetez-vous donc dans la prière et le travail.Aspirez \u201caux dons meilleurs.Imitez les Saints, et faites que de \u201cvos âmes rayonnent continuellement des étincelles nouvelles pour la vie de demain.\" LA COMPAGNIE DE ST-PAUL 557 La spiritualité pauline nous montre constamment que, loin de détruire la nature, elle la perfectionne, sous l\u2019action de la grâce.Elle fait une grande place au développement naturel des facultés supérieures, dans le but d\u2019un apostolat plus large et plus assuré.On pourrait noter en elle certaines oppositions qui ne sont qu\u2019apparentes : par exemple : elle considère l\u2019intelligence comme la faculté la plus haute \u2014 (le Paulin doit être nécessairement intelligent et cultivé \u2014 et elle reconnaît et proclame très haut la supériorité de la charité sur toute connaissance.Elle tend en tous ses principes vers une vue d\u2019ensemble très supérieure qui puisse embrasser d\u2019un seul regard les aspects les plus variés de la vie chrétienne, et voir ainsi comment ils s\u2019unissent dans leur fin suprême, car c\u2019est au sommet que se font l\u2019unité et l\u2019harmonie.En conséquence, elle conseille le plein développement des dons naturels reçus de Dieu, mais ce développement étant considéré comme un fruit de la grâce: \u201cdivinisez votre personnalité, soyez surnaturellement vous-mêmes\u201d, dit-elle.Aussi le point culminant de la vie du Paulin sera l\u2019heure d\u2019union à Dieu dans l\u2019oraison.De cette union divine, il descendra ensuite vers les hommes, l\u2019âme pleine de charité et de lumière de vie, pour leur parler de Dieu et les tourner vers lui.Les cinq heures qu\u2019il passe chaque jour à la chapelle, loin de gêner et de restreindre son activité apostolique, en sont au contraire la source.Là où s\u2019arrête son union à Dieu, là s\u2019arrête son apostolat.Sans elle, sans le désir de s\u2019y livrer, l\u2019âme pauline ne rayonne plus.Le naturalisme pratique l\u2019envahit et peut tout détruire en la faisant devenir la proie de l\u2019orgueil.Au contraire la vie d\u2019oraison lui fait oublier ce qui 558 REVUE DOMINICAINE flatte ou ce qui brise sa personnalité, pour la faire toujours penser à Dieu et aux âmes, et lui donner la force de surmonter toutes les contradictions.Elle supprime la fièvre de l\u2019agitation superficielle, elle spiritualise toute action, et peut seule permettre de proclamer avec un zèle infatigable, non seulement la lettre, mais l\u2019esprit tout surnaturel de l\u2019Evangile.Voici pourquoi nous lisons dans la règle que \u201cle \u201cPaulin devra aller chaque jour à Jésus dans le Saint \u201cSacrement pour désaltérer son âme, afin de n\u2019être pas \u201ccomme une éponge sèche, mais afin au contraire, d\u2019accroître d\u2019une manière continue la ferveur de l\u2019apostolat \u201cqui s\u2019éteint si l\u2019on cesse de l\u2019alimenter.\u201d Suivant les paroles même de saint Paul, c\u2019est cette vie de prière intense qui révèle à l\u2019âme \u201cDieu si riche en miséricorde à cause du grand amour dont il nous a aimés, et alors que nous étions morts par nos offenses, nous a rendus vivants avec le Christ\u201d.Prière privée dans le secret du cœur, prière liturgique, toute la vie du Paulin doit être le témoignage de la présence de Dieu en son âme.Aussi, les oraisons secrètes et prières liturgiques tissent la trame de sa journée, soutiennent et pénètrent toutes ses actions.A la méditation matinale suit la messe dite par tous.A la fin de la matinée, c\u2019est le chapelet et les litanies qui rassemblent les Paulins à la Chapelle; au début de l\u2019après-midi, les Vêpres sont chantées, et le soir, les Complies avec cet accent de ferveur qui distingue leur piété, légèrement nuancée d\u2019affectivité.Deux instructions du prêtre viennent compléter ces prières collectives, et semer les pensées profondes qui seront fécondées ensuite dâhs la 'prière privée.Car, quel que soit son travail, et quel que soit l\u2019endroit LA COMPAGNIE DE ST-PAUL 559 où ii se trouve, le Paulin doit constamment se prosterner devant Dieu, pour répandre dans une complète liberté le trop plein de son âme.C\u2019est là Lui qu\u2019il rapporte tout, il est sans cesse établi en face de Jésus, modèle de toute .sainteté, afin de le connaître et de se laisser transformer par sa vue, tout appliqué aux grandes et profondes vérités, inondé de lumière et embrasé d\u2019amour.Il croit à la sainteté parce qu\u2019il croit à Jésus-Christ, à l\u2019héroïsme parce qu\u2019il croit à la grâce.Il croit que tout est possible, parce qu\u2019avec saint Paul, il sait que la force divine a sa source dans l\u2019Eucharistie, aimée et adorée.Habituée ainsi à placer Dieu d\u2019abord, la spiritualité pauline enseigne à considérer la perfection humaine par les hautes lignes \u201cà vivre surtout par les sommets de l\u2019âme\u201d.Il en résulte une mystique confiante et audacieuse qui épanouit les facultés humaines et les dispose merveilleusement à l\u2019apostolat.\u201cAvancez donc, apôtres \u201cardents et audacieux, superbes comme les saints, dit \u201cDon Rossi, paraissez dans toutes la splendeur de votre \u201cflamme qui ne peut défaillir, couronnée qu\u2019elle est par \u201cl\u2019auréole de Dieu.Les Cités où vous êtes doivent sentir \u201cvotre présence, partager votre foi et céder à votre attraction.Accueillez les entreprises téméraires, et réalisez-\u201cles.N\u2019aimez pas les petites rivières, mais les grands \u201cfleuves, les océans illimités qui s\u2019étendent devant vous.\u201cNe ressemblez jamais aux gens qui ont le cœur vide, \u201caux gens qui n\u2019ont pas une idée, une passion, une grande \u201cpassion !\u201d Mais l\u2019amour du Paulin pour la prière, pour cette communion intime et incessante avec son Dieu est une prière surtout eucharistique, l\u2019expression de sa Foi dans le Christ vivant dans l\u2019Eucharistie.Voici pourquoi dans la Compagnie resplendit cette 560 REVUE DOMINICAINE extraordinaire faveur de l\u2019exposition quotidienne du Saint Sacrement.Exposition qui dure chaque jour depuis la Sainte Messe jusqu\u2019aux Complies, et se prolonge pne fois par semaine dans une Adoration nocturne jusqu\u2019à deux heures du matin.Qui n\u2019a pas assisté à l\u2019une de ces veillées eucharistiques, ne peut savoir quelle est la mesure de la foi du Paulin en Jésus Hostie et l\u2019intensité de sa faveur ! C\u2019est dans ces nuits d\u2019une prodigieuse tendresse qu\u2019il va faire son \u201cplein d\u2019essence\u201d pour toute une semaine d\u2019activité intense dans le champ apostolique.Il ne lui suffit pas de communier chaque matin à la chair glorifiée du Sauveur, il a besoin encore quotidiennement de s\u2019imprégner seul, durant toute une heure, de cette présence lumineuse et divine, non seulement réelle, mais encore sensible qui remplit sa Chapelle: présence qui est la continuation silencieuse du Sacrifice, le fondement de l\u2019Eglise, la gage suprême de la Vie Eternelle.La règle mentionne donc \u201cqu\u2019à Jésus Eucharistie, le \u201cPaulin devra demander avec la foi la plus ardente, avec \u201cinstance et confiance les vertus que l\u2019apostolat requiert, \u201cla vie intérieure, l\u2019esprit de sacrifice, l\u2019activité indomptable, la pureté de vie et d\u2019intention, en sorte que l\u2019on \u201cpuisse dire de chacun d\u2019eux: \u2018Sa conversation est dans \u201cles deux.\u2019 \u201d Minute ineffable entre toutes, dans la journée si pleine et si chargée, que celle de la rencontre de l\u2019âme avec son Bien-Aimé, quand elle le reçoit tel qu\u2019il est maintenant, dans toute la gloire de sa résurrection ! Et c\u2019est cette grâce ineffable dans l\u2019union directe et immédiateau Christ, qui lui donne selon saint Paul: \u201cla puissance de se renouveler sans cesse\u201d en la rapprochant de plus en plus de Celui qui est vraiment la source de toute sainteté.Dans un de ses plus beaux élans, don LA COMPAGNIE DE ST-PAUL 561 Rossi s\u2019écriait un jour: \u201cNous devrions avoir foi au \u201cChrist vivant, au point de nous sentir capables, si c\u2019était \u201cpossible, de renverser toutes les autorités humaines, pour \u201cmettre à la tête du monde entier comme seul chef : \u201cJésus-Christ ! Et si tous, mes enfants, vous aviez cette \u201cintensité de Eoi dans l\u2019Eucharistie, la Compagnie pourrait même se passer de son Supérieur.\u201d Source de toutes les énergies spirituelles, l\u2019Eucharistie, en effet, semble s\u2019imposer d\u2019une manière plus pressante encore dans la vie du Paulin, quand l\u2019air ambiant du monde dans lequel il est obligé de vivre, est sursaturé des émanations corruptrices des doctrines impies, et des passions effrénées qu\u2019il doit combattre.La Sainte Hostie lui apparaît alors comme le phare lumineux sur l\u2019océan houleux, la synthèse des merveilles de l\u2019amour du Verbe Incarné qui sur l\u2019autel, se livre entièrement, dans sa vie divine qui ne cesse jamais, dans sa vie humaine, dont la forme historique a sans doute cessé, mais dont la substance et les mérites demeurent, dans sa vie glorieuse qui n\u2019aura point de fin.Et toute la vie pauline s\u2019établit en Dieu dans le Sacrement de son amour, pour être vraimen ce que saint Paul appelle: \u201cSa plénitude où il remplit tout en tous.\u201d * * * \\ Un tel besoin d\u2019intimité continuelle avec l\u2019Eucharistie n\u2019empêche pas le Paulin d\u2019avoir un vif attrait pour la prière liturgique.Il a compris qu\u2019elle est, par excellence, la louange divine, qu\u2019elle le met à même d\u2019acquitter son premier devoir : la glorification de Dieu, et qu\u2019elle le conduit à la perfection de son état parce qu\u2019elle est la voie la plus simple et la plus sûre pour s\u2019assimiler au Christ. 562 REVUE DOMINICAINE On peut affirmer que la prière liturgique est la plus directe et la plus efficace préparation à l\u2019Apostolat car, si la prière du Chrétien est une force, que dire de la prière de l\u2019Eglise, de l\u2019Epouse implorant l\u2019Epoux ! Durant tout le cycle liturgique, au Paulin qui suit avec intelligence et foi, les cérémonies saintes, Jésus apparaît sur l\u2019autel ce qu\u2019il est en réalité, il le suit, il l\u2019admire, l\u2019aime, participe à son sacrifice et s\u2019unit à lui, et, à force de renouveler ce commerce avec les mystères divins, nourri continuellement d\u2019aliments divins, il finit par ne plus vivre qu\u2019avec Jésus et par Jésus.Aussi la prière liturgique tend à occuper dans la Compagnie une place toujours plus grande, tant le Paulin sent vivement que la liturgie est le dépôt de la doctrine catholique condensée dans les prières, les extraits de l\u2019Ecriture et les textes des Pères, le dogme vivant, parlant au coeur comme à l\u2019intelligence, la nourriture indispensable à l\u2019apôtre.Ce n\u2019est pas la science, l\u2019éloquence, les dons extérieurs qui caractériseront d\u2019abord le Paulin, mais son amour de la prière.Avant tout il cherchera à \u201cfortifier en lui-même l\u2019homme intérieur, afin d\u2019être enraciné et fondé dans la charité et rempli de toute la plénitude de Dieu.\u201d Et il s\u2019élancera à la conquête des âmes avec d\u2019autant plus de fougue, d\u2019enthousiasme et d\u2019ardeur, qu\u2019il sera pénétré de cette vérité, que l\u2019Apostolat, loin d\u2019être de l\u2019agitation, est l\u2019épanouissement de la vie intérieure, l\u2019irradiation d\u2019une âme toute pleine de Dieu, dont la vie déborde et se communique à d\u2019autres âmes.Luce Andréota LaRochelle.\u2022.,\t.\t' j\t1 {La fin prochainement) TOUT N\u2019EST PAS DIT » A quoi m'a-t-il servi de n\u2019être qu\u2019amoureuse ?C\u2019est la question que se pose mélancoliquement mademoiselle Jovette-Alice Bernier à la fin d\u2019un poème intitulé: Mon cœur au pur métal.Ceux qui liront en entier son nouveau recueil de poésies n\u2019hésiteront nullement à répudier le pessimisme élégant de l\u2019auteur qui ne devrait pas regretter les heures grises d\u2019autrefois passées dans l\u2019attente apparemment inutile d\u2019un prince charmant: c\u2019est en remuant les cendres d\u2019amours éphémères qu\u2019elle a avivé cette flamme poétique qui brille et circule dans maintes pages de son Tout n\u2019est pas dit.L\u2019amour est en effet le thème lyrique essentiel et peut-être unique du livre.Sauf la fantaisie du Soulier que l\u2019auteur réussit d\u2019ailleurs à épouser, ces poèmes s\u2019inspirent de cet universel penchant dicté par les lois de la nature, éternel sujet d\u2019étude, trame fondamentale sur laquelle les musiciens de tous les temps ont brodé le tissu de leurs harmonies.Certains poètes naissent avec deux ou trois chansons, toujours les mêmes, qu\u2019ils persistent à chanter.La poétesse de Sherbrooke est de cette lignée.\u201cPour les jeunes filles, écrit Henry Bordeaux, qui n\u2019ont pas gaspillé leur imagination en petites coquetteries précoces, l\u2019amour est comme un jardin au printemps avant que le jour se lève.Les fleurs sont là, toutes les fleurs, mais on ne le sait pas, bien qu\u2019on les respire, car on est si incrédule.\u201d Il en fut de même, semble-t-il, pour mademoiselle Bernier.Un jour naquit l\u2019aube, c\u2019est-à- 1-\u2014Jovette-Alice Bernier, \u2014 \u201cTout n\u2019est pas dit\u2019\u2019.Préface de Louis Dantin.Montréal.Editions Edouard Garand, 1929.\tIn-16, 136 pages. 564 REVUE DOMINICAINE dire l\u2019amour.Et cette lumière matinale suscita sur son passage toutes les beautés de la création.Mais le soir, hélas ! mit bientôt fin à ce sortilège: l\u2019émoi du matin s\u2019évanouit, la quiétude des midis ensoleillés disparut pour toujours, les rêves de la jeunesse s\u2019estompèrent et s\u2019abolirent dans la grisaille d\u2019un crépuscule menaçant.Le cœur de la poétesse devint une chapelle sombre éclairée par la tremblotante lueur d\u2019un amour blessé.Ce désenchantement quelque peu voulu, sans doute, et dont on ne devrait pas trop s\u2019attrister, puisqu\u2019il a sollicité plusieurs envols poétiques très réussis, constitue l\u2019unité véritable de tous ces chants en mineur groupés sous sept titres funèbres: Quand vous découvrirez mon orgueil blessé, Où l\u2019amour m\u2019a fait mal, Les souvenirs qui font pleurer, Vous qui portiez le deuil des autres, Vous qui n\u2019osiez jamais douter, Vous qu\u2019on souffletait, Priez un peu si vous croyez.Théophile Gautier s\u2019est défini un artiste \u201cpour qui le monde extérieur existe\u201d.Mademoiselle Bernier n\u2019est assurément pas le disciple de l\u2019auteur des Emaux et Camées.A lire ses poèmes, Tl semble que rien n\u2019existe hors le monde intérieur, le moi profond, le champ d\u2019action d\u2019une sensibilité meurtrie mais toujours en éveil.Elle n\u2019a cure de réalités objectives.Voilà pourquoi le spectacle de la nature pittoresque n\u2019a pas su jusqu\u2019ici émouvoir le cœur de la poétesse.\u201cJ\u2019ai vu, écrit-elle, les bois craintifs où le silence écoute.Dans les ronces, très lourd, mon cœur s\u2019est affalé, Et j\u2019ai maudit la route où nul ne m\u2019a parlé.\u201d Il ne faut donc pas chercher dans ces pages une fresque de la nature laurentienne ou des tableautins représentant avec précision et minutie les mille et un objets de la création.Comme les écrivains du grand siècle, elle s\u2019absorbe dans les études psycholo- TOUT N\u2019EST PAS DIT 565 giques.Et si, en des circonstances exceptionnelles, elle renonce à l\u2019introspection, c\u2019est pour jeter un regard fugitif et fatigué sur un monde peuplé d\u2019ombres et de chimères.A cet égard, le poème: Je suis le matelot est typique : J\u2019attends je ne sais quoi qu\u2019on ne m'a pas promis : Mon rêve est de l\u2019espoir où le doute s\u2019est mis.J\u2019ai le mal incertain, la pâle nostalgie Du matelot qui guette aux heures de vigie, Qui désire une plage où reposer ses yeux, Loin d\u2019immuables eaux, loin d\u2019immuables deux.Je suis ce matelot qui regarde là-bas, Croyant à quelque sol qui peut-être n\u2019est pas.Donc absence totale chez l\u2019auteur \u2014 et nous l\u2019en félicitons \u2014 de profusion narrative ou d\u2019intempérance oratoire.Ce qui caractérise son talent, ce n\u2019est ni l\u2019abondance des idées, ni la puissance de l\u2019imagination \u2014 quoique, à cet égard, le poème Le doute ne soit pas à dédaigner \u2014 ni généralement la richesse du vocabulaire, mais bien la science innée ou acquise du rythme.Si la poésie est essentiellement une musique, mademoiselle Bernier deviendra sous peu une poétesse accomplie.A peu d\u2019exceptions près, elle a fixé ses impressions fugaces dans le vers de huit ou de douze syllabes.Les amateurs d\u2019harmonies subtiles et variées reprocheront sans doute à l\u2019auteur de rompre trop peu souvent la monotonie de l\u2019alexandrin.Ce défaut résulte de la surabondance de phrases énonciatives construites sur le mode uniforme du sujet, du verbe et du complément, et de l\u2019absence presque complète d\u2019enjambements ou d\u2019inversions.La sensation qui s\u2019en dégage est analogue à celle que produisent les vagues de l\u2019océan roulant sur 566 REVUE DOMINICAINE la plage leurs volutes symétriques : on se repaît un instant, puis on se lasse bientôt de ces plaintes monocordes.Signalons cependant d\u2019heureuses tentatives d\u2019assouplir l\u2019alexandrin notamment par l\u2019emploi du vers à double césure fixe, si cher aux romantiques : Nous revenions./ J\u2019étais diver / se et je parlais (p.60) ; Chaque douleur, / chaque tourment, / chaque blessure (p.64) ; D\u2019autres laideurs, J d\u2019autres beautés, J d\u2019autres visages (p.68).Ces trois unités de quatre syllabes chacune font une agréable diversion à la musique lourde du tétramètre.Et nous regrettons que la poétesse ait usé de ce procédé avec trop de parcimonie, à la façon de Racine.Qu\u2019elle n\u2019oublie pas, en outre, que le trimètre a pour objet propre la mise en relief de l\u2019idée exprimée; lorsqu\u2019on l\u2019introduit dans une série d\u2019alexandrins classiques, il accroît la vitesse du rythme, il éveille l\u2019attention qui se porte aussitôt sur ce mètre nouveau et sur les idées qu\u2019il exprime.C\u2019est essentiellement un vers à effet qui ne devrait pas servir de véhicule aux images banales.On pourrait également relever dans ce recueil plusieurs assonnances d\u2019excellentes venues, une entre autres, où la répétition de la voyelle aiguë i et de la voyelle sombre u donne l\u2019impression de bruits mystérieux qui troublent quelquefois la tranquillité de la nuit: \u201cLa nuit complice et chuchoteuse Qui me poursuit et me séduit.\u201d (p.34).¦\t.\t: ,\tDO Il convient aussi de signaler le si curieux poème portant pour titre: Nature dont je suis éprise.Ces TOUT N\u2019EST PAS DIT 567 strophes sont construites d\u2019une manière très originale, puisque toutes les rimes sont féminines.Mademoiselle Bernier a-t-elle voulu imiter avec succès l\u2019auteur de la célèbre Mandoline dont les vers chanteront longtemps encore dans les mémoires ?Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, ces rimes féminines vibrent encore après avoir été prononcées et donnent une impression de douceur en harmonie avec le thème lyrique.Puisque nous sommes au chapitre des inspirations et des modèles, constatons avec plaisir que l\u2019auteur sait aussi mettre à profit les meilleures pages des poètes canadiens-français.Le rythme du Vaisseau d\u2019or de Nel-ligan se retrouve dans le Cœur désert.Le premier quatrain du sonnet de Nelligan, cet enfant de génie, selon la juste expression de Louis Dantin, commence ainsi: \u2018\u2018Ce fut un grand vaisseau taillé dans l\u2019or massif\u201d, idée et image qui réapparaissent au tercet initial: \u201cCe fut un Vaisseau d\u2019or dont les flancs diaphanes.\u201d Mademoiselle Bernier a tiré un heureux parti du procédé en écrivant, à la manière de son illustre devancier: \u201cC\u2019était un beau palais dans les jardins fleuris,\u201d puis, au septième vers du sonnet: \u201cC\u2019était un beau palais, riche et somptueux marbre.\u201d Le vers de huit syllabes, essentiellement lyrique et plus léger que le tétramètre, fait les délices de l\u2019auteur.Volontiers elle lui demande de peindre la mélancolie d\u2019une existence qui cherche encore son objet et sa raison d\u2019être.C\u2019est alors qu\u2019elle mérite nos éloges sans restriction.Les strophes chantantes, vives et ailées qu\u2019elle compose figureront dans l\u2019anthologie de la poésie canadienne-fran-çaise.Du point de vue rythmique, la Danseuse est une perle qui ne déparerait pas les morceaux choisis des Symbolistes français: 568 REVUE DOMINICAINE Mon âme est une belle folle Qu\u2019enthousiasme tout rayon; La danseuse de farandoles Que l\u2019on contente d\u2019une obole Ou d\u2019une amoureuse chanson.La petite âme vagabonde, A qui la vie a tant fait mal, Veut se distraire par le monde, Vous cachant sa peine profonde Qu\u2019habille sa robe de bal.( Elle rit, danse et se balade, Mais lorsque tout dort dans la nuit, Triste comme une enfant malade, Elle songe à sa gaîté fade Et pleure son incurable ennui.\u201d Le culte de la musique, le souci de capter les ondes sonores des vocables pour les résoudre en mélodie, voilà un premier trait qui apparente mademoiselle Bernier aux Symbolistes français.De là, des vers aux contours flous, des visions généralement imprécises, des paysages irréels et ossianiques.De là, également des titres très vagues souvent empruntés à la première ligne de la strophe.Ceux qui, même en poésie, ne goûtent que la clarté et l\u2019intelligibilité, dédaigneront ces poèmes où le symbole et la musique se sont donné rendez-vous.Que l\u2019auteur n\u2019en persiste pas moins à faire résonner ses mots sur notre cœur comme l\u2019archet sur le violon.Elle a un autre point commun avec les Symbolistes : elle note dans la nature de subtiles correspondances.Pour elle comme pour Baudelaire, \u201cles parfums, les cou- TOUT N\u2019EST PAS DIT 569 leurs et les sons se répondent\u201d.Ainsi s\u2019explique son désir de saisir \u201cdans ses mains\u201d Tous ces parfums qui se confondent, Tous ces échos qui se répondent, (p.33), ou encore de \u201cvoir la couleur du silence\u201d (p.34).Ce commerce fréquent avec les poètes français de la fin du siècle dernier n\u2019a pas manqué de laisser dans l\u2019âme de la poétesse des germes d\u2019une vague nostalgie, ultime conséquence du mal du siècle romantique.Aussi lorsqu\u2019elle écrit à la page 78: \u201cLa cause de ma joie est cause de ma peine, Et je ne saurais dire où mon rêve me mène,\u201d on croit entendre l\u2019élève qui a trop fidèlement appris la leçon du maître Verlaine: \u201cC\u2019est bien la pire peine De ne savoir pourquoi, Sans amour et sans haine, Mon cœur a tant de peine !\u201d Il resterait, si nous en avions le temps, à élucider un beau problème que posent deux pages, ou plutôt deux vers, de \u201cTout n\u2019est pas dit\u201d : la fusion, dans une œuvre d\u2019art, du paganisme et du christianisme.Mademoiselle Bernier adresse souvent au Dieu consolateur de touchantes prières.La page liminaire porte ce vœu caractéristique : \u201cQuand vous découvrirez mon orgueil balafré Et ma tendresse auprès, portant mainte écorchure, Pour les frapper, Seigneur, ayez la main moins sûre.\u201d REVUE DOMINICAINE Et le livre se clôt sur un aveu non moins important : Seigneur, je viens à vous par la route poudreuse, Voyez mes pieds sanglants et ma tempe fiévreuse.\u201d Mais ce n\u2019est pas uniquement au Christ du Golgotha qu\u2019elle demande des consolations; le Zeus olympien et sa nombreuse progéniture sont aussi l\u2019objet d\u2019un culte discret.Elle aime à \u201crêver, les soirs, sous la lune païenne\u201d ou à attendre, en une autre circonstance, une femme en deuil, sévère et païenne, elle aussi.D\u2019ailleurs, n\u2019avoue-t-elle pas dans son dernier poème, intitulé : Quand je mourrai, que, après sa mort, elle quittera le paradis et viendra de nouveau habiter le mortel séjour pour se griser encore une fois de spectacles si chers à son existence terrestre: les rires frais de la jeunesse, les sons veloutés de la lyre, la cadence d\u2019une danse de vierges et, à l\u2019arrière-plan du tableau, des jeunes filles, tendres comme des tourterelles\u201d et des jeunes gens qui s'enlacent, rapprochent leurs lèvres et se jurent d\u2019éternelles amours.Nous ne voulons nullement écraser l\u2019auteur sous le faix d\u2019une comparaison accablante.Mais, si parva magnis., nous avouerons ingénument que la lecture de ce dernier poème a rappelé à notre mémoire certains accents analogues, quoique plus troublants certes, de la mort de Pétrone.Et ceci nous permet de faire une mise au point en guise de conclusion.La critique européenne a souvent reproché aux Canadiens français de ne jamais être à la page en matière littéraire.Dans le passé, le contraire eut été surprenant.Notre poésie, en effet, a presque toujours retardé d\u2019une génération sur la poésie française.Dans la première moitié du siècle dernier, alors que le romantisme français à son apogée se débarrassait TOUT N\u2019EST PAS DIT 571 du fatras mythologique du classicisme et s\u2019affranchissait des préjugés du style noble, nos pères continuaient bravement à se parer d\u2019oripeaux du style pseudo-classique et à tendre vers un humanisme de seconde zone.Dès 1850, le romantisme français était un chêne foudroyé par la tempête; mais, au Canada, dans toute la seconde moitié du XIXe siècle, plusieurs fleurs exquises du romantisme canadien poussèrent comme par miracle sur cet arbre calciné.Depuis la guerre \u2014 et peut-être même depuis le début du XXe siècle \u2014 une renaissance religieuse se manifeste au sein de la jeune génération d\u2019écrivains français.On tient pour périmés les poncifs de Boileau sur les \u201cmystères terribles\u201d de la foi catholique.De plus en plus, on se refuse à parler une langue déchristianisée; au contraire, on demande à une foi robuste et agissante de ne plus demeurer secrète.En somme, l\u2019œuvre entier d\u2019un LeCardonnel, d\u2019un Louis Mercier et d\u2019une Marie Noël et de beaucoup d\u2019autres brillants coryphées de la poésie française contemporaine atteste que désormais dans les lettres, et pour la première fois peut-être depuis le moyen-âge, l\u2019épine qui couronne le front du Christ peut vaincre la rose de Cypris et le laurier d\u2019Apollon ; l\u2019encens des cassolettes ne monte plus uniquement vers Vénus, mais aussi vers la Vierge consolatrice d\u2019un Claudel, d\u2019un Francis Jammes et d\u2019un Péguy, ce Villon du X,Xe siècle.En présence d\u2019un tel renouveau, allons-nous, français de la France nouvelle, nous attarder dans les ornières de 1860 ou de 1885 et travestir, par des emprunts suspects, la sincérité de notre inspiration ?Il est grand temps de ne plus retarder sur nos cousins d\u2019outre-Atlantique.Regardons plus haut que les cimes de l\u2019Hy- 572 LA REVUE DOMINICAINE mette.Et s\u2019il paraît utile et même opportun d\u2019utiliser les véritables trésors de l\u2019humanisme que la renaissance italienne offrit au monde, il convient aussi de ne pas oublier tout ce qu\u2019il y a d\u2019incomplet, d\u2019inachevé et d\u2019irrémédiablement tronqué dans la beauté purement humaine que ne transfigure jamais un souffle d\u2019immortalité.Puisse mademoiselle Bernier chanter encore pour notre plus grande joie et avec un art de plus en plus conscient et sûr, les douleurs lancinantes, la vanité des joies terrestres, la fragilité des amours, mais pour y déceler le signe évident d\u2019une immarcessible Réalité.Elle donnera alors toute sa mesure.Elle ne trouvera plus lourd ce qu\u2019elle croit être \u201cl\u2019éternel silence du Créateur\u201d et ne désirera plus \u201cmourir du spasme lent de son âme anxieuse.\u201d Son incontestable talent, surgi spontanément dans une atmosphère trop souvent conventionnelle et vieillotte, s\u2019épanouira sur les sommets du lyrisme transcendant.Alors ses mots auront vraiment \u2014 et c\u2019est par sa propre expression que nous voulons clore cette critique \u2014 \u201cl\u2019illusion des choses éternelles.\u201d Séraphin Marion -\u2014 ?- LE SENS DES FAITS Décès du Fr.M.-Dominique Fréchette La mort imprévue et si rapide de notre cher Frère Marie-Dominique Fréchette, survenue à Prince-Albert, le jeudi 1er août, frappe douloureusement la Province entière; et le deuil est profondément senti par toute la communauté des Frères Convers qui lui témoignaient la LE SENS DE: FAITS 573 plus religieuse affection, par le Couvent d\u2019Ottawa qui l\u2019avait en grande esttime pour les services inappréciables qu\u2019il y rendait depuis de nombreuses années, avec un amour du travail, un esprit religieux et une piété exemplaires.Le Fr.Marie-Dominique est né à Saint-Philippe de Laprairie le 15 août 1876, de Louis Fréchette et de Clémentine Dumontier.Il fut baptisé le surlendemain dans l\u2019église de sa paroisse natale.Le 29 juin 1887, il faisait sa première communion à Saint-Cyprien de Napierville, et il y était confirmé par Mgr Fabre.Ses parents lui procurèrent un bon cours d\u2019études de plusieurs années chez les Frères de Sainte-Croix et sous la direction d\u2019un professeur laïque.Entré au Couvent de Saint-Hyacinthe, il y reçut l\u2019habit de l\u2019Ordre le 8 juillet 1897; et le 8 juillet 1900 il y fit profession entre les mains du T.R.P.Constant Adam, alors Vicaire Provincial et Prieur du Couvent.Il a passé et travaillé dans la plupart de nos Maisons, y remplissant presque toutes les fonctions de nos Frères Convers.C\u2019est à Ottawa qu\u2019il est demeuré le plus longtemps, au delà de vingt-deux ans de sa vie religieuse; et il s\u2019est rendu utile principalement par son habileté dans les travaux de menuiserie et de mécanique.On peut caractériser le Fr.Marie-Dominique en disant qu\u2019il fut un vrai Frère Convers, comprenant la fécondité de son apostolat caché, la sainteté de sa vie humble toute de prière et de travail.Il était naturellement tranquille et médiatif.Sans négliger la vie commune, il aimait la solitude.Avec ses frères il était poli, délicat, se plaisait dans les conversations calmes et instructives.Fidèle aux récréations régulières, amateur aussi de musique, il égayait ses frères par sa sereine cor- 574 REVUE DOMINICAINE dialité et ses airs d\u2019accordéon.Ses mouvements de vivacité causés par une sensibilité maladive ne pouvaient trahir sa grande et inaltérable charité fraternelle.Il fut très longtemps le \u201cdoyen\u201d aimé et estimé des Frères Convers d\u2019Ottawa.Le Fr.Marie-Dominique aimait à prier.Avec quelle ardeur il psalmodiait l\u2019Office des Frères ! Il communiait tous les matins, et jamais il n\u2019omettait sa visite au S.Sacrement, ni la récitation de son Rosaire, ni sa méditation qu\u2019il faisait en particulier ou en commun, avec une dévotion édifiante.Cette piété profonde était éclairée.Le Frère aimait la liturgie; et il s\u2019intéressait aux questions religieuses.Dans ses moments libres il lut tous les commentaires de la Bible de Vence; et en ces derniers temps, il lisait l\u2019Histoire Universelle de l\u2019Eglise par Rohrbacher.Le troisième volume était encore sur sa table, dans sa cellule du Couvent d\u2019Ottawa.Ajoutons que cette piété lumineuse lui permit de supporter de longues et dures épreuves, de grandes souffrances d\u2019âme.C\u2019est elle aussi qui inspirait et alimentait son amour du travail manuel.Le Fr.Marie-Dominique travaillait avec amour et conscience, avec l\u2019ambition de bien faire toute chose.De plus, il avait à cœur l\u2019intérêt de son Couvent, se rappelant sans doute ce passage de la Règle de saint Augustin qu\u2019il aimait à lire: \u201cC\u2019est surtout au soin que vous apportez à procurer le bien commun, de préférence à votre avantage particulier, que vous pourrez mesurer vos progrès dans la vertu.\u201d Pour notre nouvelle Maison de Prince-Albert, sa mort est une épreuve sensible, disons une perte et un gain tout à la fois.Il venait d\u2019y être envoyé pour aider le P.Procureur, par des travaux de menuiserie, à l\u2019aménagement et aux réparations de la propriété.Il est LE SENS DE: FAITS 575 arrivé samedi, le 20 juillet, déjà malade, fatigué par un voyage de trois jours en chemin de fer, et souffrant d\u2019une indigestion maligne qu\u2019il ressentait depuis le lundi précédent.Dès le lendemain, on dut le transporter à l\u2019hôpital de la Sainte-Famille, dirigé par les bonnes Sœurs de la Charité.Il commençait à se remettre lorsque le 24, mercredi matin, une forte attaque de paralysie le terrassa complètement, au point de laisser peu d\u2019espoir de guérison.Au dire de son excellent médecin, le Dr Chisholm, la cause et le siège du mal étaient au cœur.Le 26, le R.P.Couture écrivait: \u2018\u2018A moins d\u2019un miracle, c\u2019est un homme fini.Quelle épreuve pour notre pauvre petite Maison ! Mais Dieu sait mieux que nous ce qu\u2019il nous faut.Le cher frère sera la victime que réclame toute fondation qui est de Dieu.Il me plaît de vous dire qu\u2019il nous a beaucoup édifiés par sa piété, priant sans cesse avec des signes de croix et le Rosaire à la main.Il est résigné à son sort; et nos jeunes Frères Convers auront profit d\u2019apprendre que pour mourir en priant il importe d\u2019avoir aimé la prière toute sa vie\u201d.\u201cTout allait trop bien dans notre nouvelle Maison, écrivait aussi le R.P.D\u2019Aigle; il y fallait une épreuve.C\u2019est peut-être celle que le Bon Dieu nous réserve.Nous aurions préféré qu\u2019il eut frappé l\u2019un de nous\u201d.Le 27, le T.R.P.Duprat écrivait à son tour : \u201cVous savez maintenant notre première grande épreuve.Le Fr.Marie-Dominique est parfaitement conscient, causant avec lucidité et gaieté, comme si rien n\u2019était.Pas le moindre mot qui puisse faire soupçonner un regret d\u2019être venu, une; inquiétude pour l\u2019avenir.Il est entre les mains du Bon Dieu comme si rien de grave n\u2019était arrivé dans sa vie.La religieuse me disait après l\u2019avoir quitté : C\u2019est 576 REVUE DOMINICAINE le meilleur patient que Ton puisse imaginer; et il est si édifiant, si simplement édifiant.Je me fais une consolation de reproduire la lettre ci-jointe du T.R.P.Duprat, qui donne sur les derniers moments et les funérailles du Frère des détails édifiants.Emile-Alphonse Langlais, O.P., Provincial Prince-Albert, Sask., 2 août 1929.Très Révérend et cher Père, Vous savez maintenant la fin tragique et douloureuse du voyage de notre pauvre Fr.Marie-Dominique.Il était évident depuis deux ou trois jours par les quelques mots que nous parvenions à comprendre qu\u2019il s\u2019attendait lui-même à sa mort très prochaine.Il ne semble pas en avoir été troublé un instant.La fin est venue très vite.A peine le téléphone avait-il sonné l\u2019appel de l\u2019hôpital que le chapelain arrivait nous chercher en auto, et cependant nous sommes arrivés trop tard : une religieuse et une garde-malade catholique venaient de recevoir son dernier soupir.Il était exactement 2 h.20 du matin, et c\u2019était le jeudi, 1er août.Il a rendu son âme à Dieu sans un effort de résistance, sans un spasme: une mort tranquille et simple comme sa maladie, comme sa vie.Le corps a été rapporté de l\u2019hôpital vers 2 h.de l\u2019après-midi.Nous l\u2019avons déposé dans la petite bibliothèque voisine de l\u2019oratoire, au premier étage.Les religieuses de la Présentation de Saint-Hyacinthe ont été les premières à venir y prier.Mgr l\u2019Evêque, Mgr le Vicaire Général, des prêtres, des religieuses de toutes les communautés, les gardes-malades qui l\u2019avaient soigné avec beaucoup de dévouement, sont venus tour à tour. LE SENS DES FAITS 577 Le service que nous devions chanter samedi le 3, Ta été ce matin même, à 10 h., en la Cathédrale, par S.G.Mgr Prud\u2019homme.Mgr l\u2019Evêque tenait beaucoup à le chanter lui-même et il lui fallait partir cette après-midi.Devant un tel désir qui était un hommage au cher Frère et un précieux témoignage de sympathie pour nous, nous n\u2019avons pas hésité à modifier nos projets.J\u2019ai rempli les fonctions de Prêtre-Assistant ; les PP.Couture et D\u2019Aigle, celles de Diacre et Sous-Diacre d\u2019honneur.Etait Diacre d\u2019office le chapelain de l\u2019hôpital ; Sous-Diacre, M.Forget, un nouveau prêtre.M.Olivier, Assistant-Chancelier, était Maître des cérémonies.Mgr le Vicaire Général était au Chœur ainsi que notre bon ami, M.Morin, V.F., curé de Duck Lake, les PP.Tessier, o.m.i., sup des Oblats, Bruck, o.m.i., sup.de l\u2019Orphelinat Allard, o.m.i., visiteur des écoles.Des religieuses de toutes les communautés, des gardes-malades et quelques personnes laïques formaient une belle assistance.Il a été inhumé dans le cimetière de la paroisse, mais dans une fosse temporaire creusée dans un lot voisin du terrain réservé aux religieuses de l\u2019Hôpital.Impossible de nous assurer un terrain à nous dans les limites actuelles du cimetière.On a bien prévu un agrandissement, mais les formalités légales ne sont pas encore remplies.C\u2019est dans cette partie nouvelle que nous nous réserverons un terrain, et nous y ferons la translation des restes de notre cher Frère le plus tôt possible.Le Fr.Marie-Dominique sera donc le premier Dominicain à dormir dans cette terre de l\u2019Ouest dont l\u2019accueil chaleureux ne semblait pas nous réserver une aussi rapide épreuve.Epreuve féconde sans doute pour l\u2019avenir de notre œuvre, puisque Dieu se hâte de l\u2019asseoir sur un tombeau.Une supérieure de communauté me disait: 578 REVUE DOMINICAINE \u201cVous avez déjà quelqu\u2019un au Ciel pour prier pour votre fondation\u201d.Nous avons récité l\u2019Office des Morts le jour même du décès et acquitté les suffrages prescrits par nos Constitutions.Pendant huit jours nous réciterons le Libera après le dîner.Je vous prie de croire, très révérend et cher Père, que si cette épreuve nous déroute dans nos projets et nos calculs elle ne nous abat nullement; nous avons confiance en la bonne Providence qui dirige toutes choses.Daignez agréer une fois de plus et toujours l\u2019assurance de notre bonne volonté dans une soumission toute filiale en notre Bx Père.Reginald Duprat, O.P.Dans V Ordre Rome.\u2014Au Consistoire du 15 juillet, S.Em.le cardinal Boggiani, de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs s\u2019est démis de son titre presbytéral des SS.Cyr-et-Julitte, et a opté pour l\u2019Evêché suburbicaire de Porto et Saint-Rufin, passant ainsi de l\u2019Ordre des Cardinaux-Prêtres à celui des Cardinaux-Evêques.\u2014Le T.R.P.Jacques Vosté, professeur au Collège Angélique, a été nommé Consulteur de la Commission de Codification du Droit Canon pour l\u2019Eglise Orientale.Canada.\u2014Le R.P.Raymond-M.Voyer, revenu d\u2019un séjour d\u2019études de deux ans en Angleterre, à Rome et en Suisse, a été nommé professeur de Philosophie au Couvent d\u2019Ottawa.\u2014Le R.P.Lamarche a prêché, le 8 septembre, dans l\u2019église du Saint-Enfant-Jésus de Montréal, la première messe solennelle du R.P.Paul-Marie Laporte, O.P.\u2014Le R.P.Antonin Bissonnette a prêché la retraite française des élèves du Collège Saint-Laurent. LE SENS DES FAITS 579 \u2014Les RR.PP.Bernard Tarte, Bertrand Derouin et Pierre Bissonnette se sont embarqués le 12 septembre à bord de YEmpress of Russia, pour la Mission de Sendai, Japon.\u2014Nous remettons à novembre le compte-rendu des noces d\u2019or religieuses du R.P.Etienne Férir, de notre Maison de Lewiston, et plusieurs recensions.\u2014Un câblogramme de Rome nous a appris l\u2019élection, le 21 septembre, du révérendissime Père Martin Gillet, Provincial de Paris, à la dignité de Maître Général de l\u2019Ordre des Frères Prêcheurs.Que Sa Paternité révérendissime veuille bien agréer l\u2019hommage de notre fidèle allégeance et de notre active collaboration à toutes ses entreprises de zèle et de piété.Fra Domenico -\u2014 ?- L\u2019ESPRIT DES LIVRES Eva Sénécal.\u2014 \u201cLa Course dans l\u2019Aurore\u201d.1 vol., 160 pages.Aux éditions de la \u201cTribune\u201d, Sherbrooke, Qué., 1929.Nous avons lu les poésies de mademoiselle Eva Sénécal par un bel après-midi de vacances, en pleine campagne.Nous n\u2019avions qu\u2019à lever les yeux pour voir en brutale réalité ce qu\u2019elle a transposé en phrases rythmées.Il nous fut possible ainsi de mesurer graduellement l\u2019envolée de son talent, de constater le coloris de son imagination et les raffinements de sa sensibilité.Notre conscience ne nous reproche aucun péché de poésie.Si nous ep ^vons fait, comme monsieur Jourdain pour la prose, c\u2019est sans le savoir.La pratique nous est donc inconnue.Et plus encore.Dans les nombreux volumes que la librairie nous offre, \u201cnous n\u2019avons tondu que la largeur de la langue\u201d.Le livre 580 REVUE DOMINICAINS de mademoiselle Sénécal est le premier que nous parcourons en entier.Nous sommes donc neuf dans la matière.Aussi la prétention ne nous vient-elle pas de nous classer parmi la race sévère des critiques.Nous jouerons le rôle du passant qui a vu et qui raconte ses impressions, comme elles sont venues, sous le choc des mots savoureux ou sous le charme des tableaux délicieusement présentés.* * * l La première pièce traduit l\u2019état d\u2019âme du poète et lui sert, en même temps, de prologue.Les circonstances de la vie lui imposent des horizons, mais l\u2019imagination n\u2019en a jamais connus.Aussi s\u2019écrie-t-ii : Le soleil s\u2019est levé dans un ciel monotone, Vide et pâle, pareil à des flaques d\u2019automne.Mais je songe qu\u2019au loin, dans un poudroiement d\u2019or, Il doit étinceler sur quelque mirador.Ah! que j\u2019eus le désir de ces terres lointaines, De départs fascinants vers de neuves Athènes ! Et mon être, enivré d\u2019un intime transport, Tend les mains à la Gloire, au Plaisir, à la Mort.Ces contrastes, ces rêves, ces appels, voilà la matière du livre.Sur ce canevas, la plume, comme une aiguille habile, brode des fantaisies, décrit des douleurs, presque des désespoirs, peint des beautés de nature ou raconte en strophes prenantes les mouvements d\u2019un cœur ardent.Et nous avons alors \u201cle beau Rêve/\u2019 \u201cAzur et Beauté\u201d, \u201cl\u2019Heure amoureuse\u201d, \u201cChimères et Douleurs\u201d.Ce sont les quatre parties du présent volume.Le beau Rêve Les poètes nous gratifient de bien jolis rêves mais, à notre grand dam, ils en gardent jalousement la majeure partie.Dans ce groupe de huits morceaux que l\u2019auteur nous permet de savourer, nous trouvons en trois endroits à peu près le même désir-thème: celui de voyager, de partir, l\u2019aller au loin se remplir l\u2019âme des beautés européennes ou orientales.Et c\u2019est sans doute les yeux fixés sur l\u2019immensité de l\u2019espace, que mademoiselle Sénécal a écrit L'ESPRIT des livres 581 ces vers, dont chaque cadence rappelle le sanglot de l\u2019enfant à qui l\u2019on a refusé le jouet véhémentement désiré.Nous comprenons cet appel qui retentit en nous, lorsque la monotonie des jours pose un barrière aux élans d\u2019une vie facilement -diffusive.Et nous avons retrouvé, mais combien gracieusement rendues, nos propres impressions de jeunesse : Partir par un beau soir quand l\u2019horizon se dore, Lorsque la fleur mourant© a des gloires d\u2019aurore Sous l\u2019éclat transitoire et fauve du couchant.Il y a dans ces vers un véritable jet de sincérité, de même que dans les cinq autres poèmes.Nous vivons pour un moment sous cette plume qui traduit une surabondance de sentiments.C\u2019est une marque de réussite que de captiver les lecteurs.Pour y parvenir, il faut savoir penser d\u2019abord.Il faut le talent ensuite de projeter à l\u2019extérieur ce qui résonne si chaudement en nous.Mademoiselle Sénécal atteint comme en se jouant à ces deux résultats.Et il nous fait grand plaisir de le lui dire immédiatement: elle est éminemment traductrice.Nous pouvons à l\u2019occasion discuter le niveau ou la valeur du vrai de ses vers; il n\u2019en reste pas moins toujours qu\u2019elle les; pense.Je veux dire qu\u2019elle les ressent et les fait comme s\u2019éveiller en nous.Et, pour nous croire poètes, nous prenons une joie intime à lire et à relire ce qui pourtant est bien d\u2019elle.Azur et Beauté Il est étrange comme les poètes ne voient pas ce que les autres voient et nomment.Ou plutôt, il est étrange comme leurs regards dominent les tableaux matériels, y distinguent une esthétique inaperçue de la foule.Cette acuité de vision, chez mademoiselle Sénécal, apparaît surtout dans le groupe \u201cAzur et Beauté\u201d.Les quatre saisons, le soir, l\u2019aurore, c\u2019est le programme.On a tant rimé sur ces sujets que d avance le Lecteur1 s\u2019attend à des répétitions, à des lieux communs.Et bien! non.C\u2019est original, vivement synthétisé, évocateur.Elle est peintre et artiste.Non seulement nous voyons ce qui est décrit, mais nous en sommes frappés comme sous une lumière nouvelle : 582 REVUE DOMINICAINE Le soir s\u2019est endormi, en caressant les roses, Dans les parterres verts, assoupis, blancs et roses; Il est couché, pensif, ardent, le coeur en feu, Ses pourpres bras pendant sur le bord du ciel bleu.Nous voudrions citer en abondance mais les quatrains prennent de la place.Nous laissons aux lecteurs la satisfaction de découvrir et de goûter ce que nous avons découvert et goûté nous-même.D\u2019avance nous l\u2019avertissons que les images sont fortes, les comparaisons, justes et que de toutes ces descriptions jaillit une fiévreuse poésie.Peut-être la nature prend-elle trop de vie.Sous l\u2019influence de la beauté naturelle, le poète s\u2019éprend de sa vision.Il semble oublier de la dominer.Il devient cé qui l\u2019émeut et les sens jettent un son grisant, d\u2019aucuns diraient alourdissant.Mais le talent est trop réel pour que les ailes ne se reprennent à battre vers les hauteurs.L'Heure amoureuse Le titre est suggestif mais cependant.ce n\u2019est point ce que vous pensez.Sans doute, le sentiment est roi de l\u2019heure, mais que de fantaisie ! que de scepticisme ! Le poète sait resssentir mais il s\u2019amuse à décrire.Il nous apparaît ainsi trop maître de ce qui l\u2019agite un moment.Nous dirions davantage: il semble que l\u2019émotion soit à vos ordres.Vous lisez.Vous êtes empoigné et le dernier vers vous saute à la figure comme un éclat de rire moqueur.Vous ne comprenez plus ou plutôt vous vous mettez à comprendre tout autre chose.Il y a toutefois une note qui demeure la même.Elle se répète ici et là dans le volume, surtout dans la dernière partie: c\u2019est la note du doute.Le poète ne veut pas croire à la durée du sentiment.Il le pose sous nos yeux comme essentiellement inconstant, comme ne pouvant même persister chez la malheureuse race humaine : Vous dites, ému, le cœur ivre, Que vous saurez m\u2019aimer toujours.Pauvre ami !.Vous croyez donc vivre Bien peu de jours.n ro- ll arrive que ce soit là une vérité de chaque jour pour un grand nombre: nous ne pouvons admettre que ce soit la vérité.Et nous ajouterons: le sentiment serait-il menteur qu\u2019il ne faudrait L\u2019ESPRIT DES LIVRES 583 pas le dire, car il demeure la lumière dorée qui enrichit notre passage sur la terre et nous perdrions notre joie passagère à le savoir vide.Il ne faut pas semer le doute dont la récolte n\u2019est qu\u2019amertume ou dégoût.Et quand une plume sait analyser comme celle de mademoiselle Sénécal, quand elle sait rendre sur le vif l\u2019ardeur d\u2019une sensation, elle devrait laisser tomber une goutte d\u2019espoir plutôt que de parapher, en le déchirant, le tableau délicat qu\u2019elle nous offre.Chimères et Douleurs Dans ce dernier groupe, mademoiselle Sénécal laisse s\u2019échapper toute la mélancolie de son âme.Ce ne sont pas de tristes vers \u2014 loin de là \u2014 mais des vers tristes à pleurer.Ce qui nous atteint davantage, c\u2019est de pressentir l\u2019au-delà comme un vide.La mort est très pénible en elle-même, mais la religion en a fait un jour de naissance, dies natalis.Et c\u2019est contre toute conviction chrétienne que de présenter la mort ouvrant la porte sur le néant.Le poète n\u2019emploie pas ce mot, mais tout semble si bien fini, après le dernier soupir, que le lecteur se surprend à le murmurer.Oh ! savoir.Qu\u2019il tombera sur moi une nuit longue, affreuse, Sans arrêt, sans merci, Que rien n\u2019éveillera, dans cette couche creuse, Mon pauvre corps transi !.A côté de cette désespérance, des regrets poignants, comme dans \u201cIl eut fait si bon.Le regret.Dans la vie\u201d; des retombées sur elle-même, qui devraient se combattre comme \u201cA mon piano, Automnale\u201d; des affaissement comme \u201cChanson grise, Lorsque mon œil se voile\u201d, et un sursaut, \u201cLa Promesse\u201d.Nous gardons la conviction que mademoiselle Sénécal a sacrifié au poète qui se plaignait chez elle.Quoi qu\u2019il en soit, nous ne pou-l\u2019encourager à écrire de semblables choses.Elle en souffrira elle-même et fera souffrir les autres.Certains mots ont une magie pour plaire et ce qui plaît, attire.Il serait regrettable que les cœurs mélancoliques prissent l\u2019habitude d\u2019étendre ainsi leur chagrin dans les horizons de la terre.C\u2019est trop étroit et, ce qui plus est, étouffant.Nous voudrions que toutes les poésies de mademoiselle Sénécal eussent la teinte de ce quatrain tout-à-fait à son honneur.Elle s\u2019adresse au printemps : 584 REVUE DOMINICAINE J\u2019ai trop longtemps vers toi, comme une âme païenne, Crié ma passion, Laisse-moi, dans la paix, attendre, plus chrétienne, La Résurrection.C\u2019est le seul cri d\u2019espérance du livre entier.Il valait la peine d\u2019être souligné.Et qu\u2019il n\u2019y ait pas confusion ! Nous ne voulons pas insinuer qu\u2019il faille rimer constamment sur la religion ou que la piété doive être l\u2019unique harmonie des productions littéraires.Nous souhaitons simplement que le regard poétique parte de plus haut.Les croyances chrétiennes sont des idées sans doute, mais elles déterminent aussi un niveau chez leurs possesseurs.Et l\u2019altitude a toujours agrandi les panoramas en jetant, de plus, sur les choses une beauté inconnue de ceux qui foulent la route de la plaine.Les pires nostalgies peuvent être balayées par le vent vif des sommets.La poésie perdrait des cris de souffrance mais elle gagnerait en vigueur et en originalité, si les poètes prenaient leur envolée du roc des convictions religieuses.\tt * * * Nous ne pouvons terminer ces aperçus sans écrire la haute idée que nous avons du talent poétique de mademoiselle Sénécal.Des maîtres dans la poésie l\u2019ont couronnée à deux reprises.En 1928, le Salon des Poètes de Lyon lui accordait le premier prix pour son poème, \u201cLe vent du Nord\u201d.En 1929, le jury du concours de l\u2019Action Intellectuelle de l\u2019A.C.J.C.couronnait le présent volume.¦ '\u2022 i«58®Siii®* L E.CHARRON & COMPAGNIE FABRICANTS DE VETEMENTS Complets, Habits, Pardessus, Paletots, Uniformes Attention spéciale aux commandes reçues des communautés.RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE.P.Q.Capital Trust Corporation Limitée 10 Metcalfe, Ottawa, Canada.Capital Aatorisé: $2,000,000.00 Intérêt payé sur dépôts: 4%et 5 % Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses CONSULTEZ-NOUS LORSQUE VOUS DESIREZ EMPRUNTER Imprimée par ADJ.MENARD, 987, boulevard Saint-Laurent TéJ.Lancaster 1907\tMONTREAL "]
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