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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Juillet-Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1928-07, Collections de BAnQ.

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[" : 20 tons Juillet-Août 1928 XXXlVe JLé! jfiL IYU OMINICAINE * teDlÇV Abbé Arm.Beauregard, Ces retours à l\u2019Alma Mater.R.P.E.L.Van Becelaere, O.P., La vie dans les Limbes._ R.P.Augustin Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.R.P.Ignace Draime, O.P., L\u2019indifférence des croyants.\u2014II.R.P.Paul-V.Charland, O.P., L\u2019Art chez les Dominicains.\u2014 -III.LE SEîfS DES FAITS.\u2014Les universités du Japon, 1877-1927.\u2014 Le vieux Saint-Sixte.\u2014 L\u2019Indulgence de Bologne.\u2014 Anniversaires.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Mazeau: L'héroïne de Pé-Tang (A.P.) Duplessy: Le catéchisme en problèmes (A.M.E.S.) Dom J.de Puniet: La liturgie de la Messe (A.P.) Mgr Roy: Etudes et croquis (H.M.) Autres^publications.administration SAINT-HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) ÿ''.REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.I Jfe h La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 15S, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.La philosophie de l\u2019histoire et Bossuet\u201d, Les pierres de mon champ1 Nous publierons en septembre : r le R.P.M.-A.Lamarche, O.P. CES RETOURS A L'ALMA MATER Les psychologues devraient bien expliquer le pourquoi de Vémotion qui s\u2019empare de nous au contact de ce qu\u2019on appelle le passé.Qu\u2019y a-t-il de changé ?Qu\u2019est le passé dans ce fouillis d\u2019impressions que nous portons en nous ?N\u2019est-ce pas plutôt un riche présent dont noies n\u2019usons qu\u2019à intervalles ?Les Anciens, donc, ont pris prétexte du retour pour explorer leur âme, sous le rayonnement de l\u2019Alma Mater.Une allégresse bruyante, jaïllie de la constatation de l\u2019abondance possédée, met du brillant aux yeux, de l\u2019attendri aux lèvres, du sonore à la voix.Trois cents amis ne se réunissent pas sans que le sentiment ne s\u2019élève en tumulte.Se revoir, se saluer, recevoir la sympathie des autorités du collège et de la jeunesse aimée, voilà bien des faits aptes à rejeter au dernier plan les soucis quotidiens et la figure rigide du labeur habituel.C\u2019est la grande marée du cœur: place cou flot qui nous porte ! * * * Et le programme ne varie guère, d\u2019une Maison à une autre.Le voici par tranches.Il y a une habitude chez les humains, qui semble ne jamais enregistrer d\u2019exceptions ni de faillite.C\u2019est celle de courir à nos affections lorsque la joie vient à nous.Le groupe des Anciens, après les premiers moments d\u2019effusion, dépose aux pieds de la Vierge l\u2019expression de son contentement et de son amour, par le chant d\u2019un 386 LA REVUE DOMINICAINE vieux cantique, dans la chapelle du collège.Un salut du Saint Sacrement complète l\u2019hommage à Dieu et assure la bénédiction du jour.M.'le supérieur officie pendant qu\u2019à l\u2019orgue, des solistes au gosier généreux occupent la place d\u2019autrefois et qu\u2019un élève ou professeur actuel tient brillamment le clavier.* * * Puis, c\u2019est l\u2019éparpillement dans le sombre des longs corridors et dans la vaste cour ensoleillee.Causons ! Que surgissent à la surface de l\u2019âme les beaux sentiments d\u2019amitié qui ont fait le charme de nos années d\u2019études; rions, l\u2019heure est bonne, la lutte pour la vie fait trêve, c\u2019est l\u2019oasis; jouons, l\u2019âge oublie le temps qui l alourdit et la moquerie des jeunes regards nous sert de stimulant.Le jeu de paume enfle les mains, le tennis voit une splendeur, les balles échappées sifflent aux oreilles, les incidents typiques soulèvent des tempêtes de plaisanteries.* * * Midi déjà ! Eh ! oui.N\u2019entendez-vous pas ta voix pleine du Procureur ?L\u2019appel se fait et un, et aix et vingt escaladent le réfectoire.Cette entrée porte un cachet d\u2019honneur et d\u2019affectueuse admiration.On dirait un champ de bataille.L\u2019armée victorieuse se presse en^ désordre.Le général proclame le nom des braves que la foule applaudit.Fierté du retour ! La vie est une lutte.Ceux qui ont vaincu sont acclamés par une jeunesse désireuse des mêmes périls et déjà forte de l\u2019exemple fourni.Enfin, c\u2019est le silence de là prière, puis un brouhaha formidable, une note élevée et tenace, qui remplit la salle CES RETOURS À L'ALMA MATER 387 traversée, de temps en temps, d'un rire éclatant, d\u2019une apostrophe tonitruante ou bercée par la fanfare qui ne domine pas toujours.Et si par hasard il n\u2019y a pas de discours, c\u2019est la détente sans contrainte, et l\u2019oubli merveilleux.i * * * i Les bonnes choses ont des saveurs dont la limite n\u2019est pas la moindre.De nouveau, nous voici dans la grande cour.Les anciens sont bientôt réacclimatés.Les groupes d\u2019immobiles se font plus rares, le jeu plus vif, les conversations plus en train.Les langues fatiguées?Jamais! Que d\u2019appels, au contraire, de lazzis, d\u2019exclamations et.de confidences ! Brillat-Savarin avait Ibien raison de placer les banquets au rang des utilités sociales.Y eut-il jamais dîner sans que, telle une volée d\u2019oiseaux surpris, les petits secrets battissent des ailes ?* * * La cloche tinte pour le dernier acte.On s\u2019achemine vers la salle académique.Les cuivres claironnent une joyeuse entrée et, bien assis, la digestion paisible, on écoute la bienvenue des jeunes.D\u2019ordinaire un finissant se fait l\u2019interprète des élèves.Il présente bien son discours.C\u2019est un jury intimidant que cet auditoire dont Vexpérience est double, celle du collège et celle du grand public.Tous sont heu-reux d\u2019applaudir la bonne tenue, le langage déjà net et l\u2019enthousiasme dégagé du jeune orateur, et lui rétorquent son souhait de support mutuel: Puisse la vie enregistrer ses efforts avec la note: succès ! 388 LA REVUE DOMINICAINE Un président d\u2019amicale ou de convenbum répond.Il commence avec esprit, poursuit avec éloquence et termine par des conseils judicieux.On sent que paternellement il ménage ses jeunes auditeurs.Nous les anciens, nous risquons de limiter l\u2019espoir en précisant l\u2019expérience.\u201cQue voulez-vous,\u2019\u2019 disait un bon curé rassis, mais poète à ses heures, \u201cce sont les soirs qui rendent visite aux matins !\u201d Et la parole revient à M.le Supérieur.Une ovation l\u2019accueille.Il salue les vétérans avec une affectueuse fierté, ü évoque les fêtes d\u2019autrefois et dessine un plan des réunions futures.Il incite au recrutement intense.Son appel est compris: les acclamations répétées le prouvent.Il a devant lui toute une armée conquérante qui portera bellement le dî'apeau de l\u2019Alma Mater à la gloire et au succès.Armand Beauregard, Ptre - * \u2014- U{ t '\u2022ira La conception populaire de la vie du ciel est très inadéquate, pour ne pas dire grossière.C'est celle d\u2019une espèce de repos béat, où l\u2019âme se berce, sans rien faire, comme dans une sorte de \u201csommeil spirituel\u201d, en dégustant des visions supernaturelles réconfortantes.Nous savons, en effet, que la vie éternelle consiste en \u201cla vision possessive de Dieu et de son envoyé Jésus-Christ\u201d (Jean, XIII, 3).Mais l\u2019erreur consiste à ne pas se rendre compte que cette contemplation est essentiellement une activité, quoique mentale, et pleine par consé- ÏA lOt H h LA VIE DANS LES LIMBES 389 quent de péripéties, d\u2019imprévus, d\u2019épisodes spirituels, qui se succéderont sans fin, l\u2019éternité durant, puisqu\u2019il est impossible d\u2019épuiser l\u2019Océan infini de la divinité.Tout homme venant en ce monde est appelé à cette ineffable destinée, si inconcevable, que la foi seule nous l\u2019enseigne et que la puissance divine seule peut la réaliser ; si sublime, qu\u2019elle représente le \u201csummum\u201d de toute la puissance de Dieu, qui lui-même ne pourrait en concevoir ni en réaliser de plus grande,\u2014puisqu\u2019elle consiste dans la possession de Dieu lui-même, somme totale de tout bien et en dehors de qui nulle perfection n\u2019existe que de par Lui et comme participation amoindrie de ses perfections à Lui.L\u2019indispensable condition de l\u2019accomplissement des \u201cpromesses du Christ\u201d nous a été formulée par Jésus lui-même, dans ces paroles prononcées au moment ou II allait s\u2019élever au ciel et qui constituent par conséquent son \u201ctestament verbal\u201d à l\u2019humanité rachetée : \u201cQuiconque croira et sera baptisé sera sauvé\u201d (Marc, XVI, 16).La foi, \u2014 théorique et pratique, \u2014 c\u2019est-à-dire, l\u2019acceptation de toute vérité révélée et la conformité à cette foi, dans l\u2019exercice d\u2019une vie, libre ou à tout le moins purifiée de tout péché mortel, c\u2019est là la première condition.Mais cette foi doit être accompagnée du baptême, qui seul nous peut conférer l\u2019aptitude surnaturelle, qui nous manque, pour nous rendre capables de cette destinée hors-nature; baptême \u201cd\u2019eau, de sang ou de feu\u201d selon les circonstances individuelles.Ce sont là les deux conditions, minimum et indispensables.L\u2019une, sans l\u2019autre, ne peut nous sauver.Nous savons, cependant, qu\u2019il est dans la nature des choses que beaucoup d\u2019humains, les enfants morts sans baptême à tout le moins, ont été, ou seront, sans aucune 390 LA REVUE DOMINICAINE faute ou négligence coupable de leur part, incapables de recevoir le baptême et se trouveront, par le fait et pour toute l\u2019éternité, inaptes aux \u201cappréhensions\u201d surnaturelles, dans lesquelles consiste la vie éternelle.Pour ces âmes, incapables de la béatitude surnaturelle, il existe un lieu ou mieux un état, distinct du ciel, aussi bien que de l\u2019enfer et qu\u2019on appelle \u201cles Limbes\u201d.Qu\u2019est-ce que les Limbes et qu\u2019y fait-on ?Voilà les deux questions, la seconde surtout, auxquelles nous nous proposons de consacrer ces quelques lignes.Les Limbes, nous le savons par la foi, sont \u201cle lieu\u201d, l\u2019état de ces âmes, mortes sans péché personnel, mais aussi sans baptême, et demeurées, par conséquent, incapables de la béatitude éternelle.Il peut paraître dur, à toute première vue, de rejeter du ciel, des âmes libres de toute souillure volontaire, et l\u2019on se sentirait tenté de souscrire à l\u2019assertion de cette protestante, qui repoussait la \u201ccérémonie\u201d baptismale\u201d \u201cparce qu\u2019il serait absurde et indigne de refuser pour \u201ctoujours la vie éternelle à des âmes rachetées par le \u201csang du Christ, pour la seule raison qu\u2019il ne s\u2019est pas \u201ctrouvé quelqu\u2019un pour leur verser un verre d\u2019eau sur \u201cla tête!\u201d Un instant de réflexion théologique suffira cependant pour faire comprendre que l\u2019assertion : \u201csans le baptême point de salut\u201d n\u2019est que le corollaire nécessaire et inévitable de la doctrine de la grâce telle que la professe l\u2019Eglise de Dieu, sur la base des Ecritures interprétées par la Tradition.Il existe, il est vrai, dans l\u2019âme humaine, du fait même de son immatérialté foncière, une aptitude radicale et fondamentale, partant une aspiration, à la connaissance Ai istà B2: ldi K l LA VIE DANS LES LIMBES 391 et à la vision de Dieu, comme l\u2019enseigne quelque part saint Thomas.Une certaine connaissance et une certaine vision de Dieu sont la destinée de l\u2019âme humaine.La promesse de la vision divine, \u201cparmi les splendeurs du Très Saint\u201d, est donc en harmonie fondamentale avec la structure et les aspirations connaturelles de notre âme, s\u2019accorde, en elle-même, avec ce que nous appréhendons des aptitudes radicales de celle-ci.Mais, si on y réfléchit, \u201cla vision de Dieu\u201d promise aux élus, n\u2019est pas une vision quelconque, pas seulement une certaine vision : c\u2019est la vision intime, \u201cface à face\u201d, dans laquelle tous les mystères de l\u2019essence divine sont révélés et à découvert au regard de l\u2019âme, laquelle contemple et possède Dieu de la même manière que Dieu se contemple et se possède Lui-même: de telle sorte que le Créateur n\u2019aura au ciel, sur sa créature, d\u2019autre avantage que celui d\u2019une possession infinie; tandis que la possession de l\u2019âme, créée et partant finie, sera une possession, limitée à la capacité actuelle de cette dernière, selon sa nature et selon ses mérites personnels.Jouir de Dieu avec Dieu, pendant toute l\u2019éternité, de la même manière dont Dieu de Lui-même, quoique à un degré nécessairement fini, voilà notre littéralement \u201cincroyable\u201d destinée.Rien de surprenant que les payens se soient écriés: \u201cSottise\u201d et les Juifs: \u201cBlasphème\u201d 1.Néanmoins, ce n\u2019est là que la foi, la foi elle-même: \u201cHaec est vita æterna ut cognoscant Te Deum \u201cverum et Quern misisti Jesum Christum.\u201d 2 Pour peu qu\u2019on réfléchisse sur cette doctrine, on se rend compte que l\u2019âme humaine, envisagée en elle-même 392 LA REVUE DOMINICAINE et laissée à ses ressources purement naturelles est et demeure absolument incapable de sa destinée surnaturelle, et le mot même \u201csurnaturelle\u201d le démontre.Surnaturel, en effet, veut dire, non seulement supérieur à la nature, il signifie aussi supérieur à toute nature, créée ou créable, parce qu\u2019il veut dire, en réalité, d\u2019ordre divin.Il est évident dans les termes mêmes, que l\u2019âme \u201cnaturelle\u201d est intrinsèquement inférieure, infiniment inférieure, au \u201csurnaturel\u201d et à la destinée divine, que le bon plaisir de Dieu lui a assignée, qu\u2019elle ne possède, vis-à-vis de cette destinée, qu\u2019une puissance purement obédientielle.Mais le Dieu qui dans l\u2019ordre naturel, a su franchir par la création, la distance infinie qui sépare l\u2019être du néant, a su, dans l\u2019ordre surnaturel aussi, franchir la distance infinie qui sépare le créé du divin, en surélevant la nature de l\u2019âme humaine et en la proportionnant, d\u2019une façon permanente, à la sublimité de son être à Lui, par le don de la grâce sanctifiante.Car la grâce, c\u2019est ce don, dimané de Dieu, et absolument propre à Dieu, qui divinise la nature et la surélève, par le fait même, jusqu\u2019à la hauteur du plan divin, \u2014 la rend \u201cfamiliaire\u201d de Dieu\u201d \u2014 la constitue non seulement \u201cimputativement\u201d mais \u201cintrinsèquement\u201d, par participation, fille de Dieu, du Dieu surnaturel, dont la splendeur lui est communiquée à demeure et d\u2019une façon permanente, (jusqu\u2019à déchéance par le péché).Elle devient transfigurée par l\u2019irradiation de la splendeur divine, qui l\u2019illumine comme un cristal transparent.A Dieu seul il appartient de créer: c\u2019est un pouvoir qu\u2019il lui est impossible de déléguer ! A Dieu seul il appartient de \u201cdiviniser\u201d.La splendeur solaire ne peut dimaner que du soleil, la grâce ne peut dimaner que de Dieu seul : LA VIE DANS LES LIMBES 393 c\u2019est un pouvoir qu\u2019il ne peut communiquer.Dieu seul peut diviniser.Mais, s\u2019il ne peut déléguer ce pouvoir de manière à en faire l\u2019attribut eonnaturel d\u2019un être créé, il Lui est loisible de faire usage d\u2019instruments et d\u2019intermédiaires, mêmes créés, pour effectuer cette divinisation et c\u2019est ce qu\u2019il a fait lorsqu\u2019il a constitué les Sacrements ses instruments, et constitué des ministres ses intermédiaires qui distribuent ces sacrements et confèrent sa grâce, en son nom, de par son autorité et par son pouvoir.Le baptême est le sacrement initial, celui qui confère la grâce pour la première fois.Avant sa réception, l\u2019âme est purement naturelle; de par sa réception, elle devient divine, elle est surélevée au niveau du divin.L\u2019effet du baptême est un miracle plus grand que celui de la création, car la création produit la nature et l\u2019infusion de la grâce produit quelque chose de divin.S\u2019il était possible qu\u2019une âme fût transportée au sein de Dieu, sans avoir reçu (ou sans recevoir en même temps) la divinisation par la grâce, elle serait plus incapable de percevoir et de posséder les infinis trésors qui l\u2019environnent, qu\u2019un animal ne le serait de produire un acte de raison : étant, comme ce dernier, dépourvue de la capacité prochaine, même si la nature lui a confie la capacité lointaine et radicale, la capacité de pure possibilité, obédientielle, comme on l\u2019appelle, nécessaire à cette fin.Dieu, le Dieu surnaturel lui serait donc inaccessible autrement que par un miracle spécial, suppléant en elle à ce défaut de grâce sanctifiante.Voilà pourquoi le baptême est indispensable au salut.Ce n\u2019est pas l\u2019effet d\u2019un caprice arbitraire de Dieu ; c\u2019est le résultat fatal et inévitable qui résulte de la nature 394 LA REVUE DOMINICAINE même du cas.Il en est ainsi, pour employer une forme vulgaire, \u201cparce qu\u2019il n\u2019en saurait être autrement.\u201d Revenant maintenant à notre question initiale, nous voyons immédiatement que et pourquoi, les âmes, dans les Limbes, sont privées de la vue et de la possession surnaturelles de Dieu.Elles n\u2019ont point été condamnées à cette privation, elles sont simplement demeurées incapables de la vision divine \u201cintime\u201d, parce qu\u2019elles étaient telles par nature et n\u2019ont point reçu de Dieu le don de la grâce, indispensable pour les adapter à cette destinée, en les élevant au-dessus d\u2019elles-mêmes, du plan naturel au plan divin! La seule vision de Dieu dont elles sont naturellement capables est une vision d\u2019ordre infiniment inférieur à la vision face à face, qui est surnaturelle.Elles n\u2019en souffrent point, parce que, incapables de sentir ce qui leur manque, elles n\u2019en éprouvent point la privation: sachant, d\u2019autre part, que toutes les dispositions de la Providence divine sont justes et saintes, elles ne sont point même tentées de se révolter et de s\u2019insurger contre celles-ci, puisque rien de ce que demande leur nature ne leur est refusé, et que ce qui leur est refusé ne leur était point dû de par les lois de leur être.Cependant, saint Thomas ne nous dit-il pas, avec l\u2019assentiment de tous les théologiens, qu\u2019il est \u201cnaturel\u201d à l\u2019âme de désirer la vision de Dieu ?Si donc les âmes des Limbes sont privées de la vision de Dieu, elles sont privées de ce à quoi elles ont une aspiration naturelle et dès lors, elles doivent être affligées par le manque et le refus du bien que leur nature demande, tout comme le corps souffre de la privation de la nourriture ou du repos dont il a besoin.Nous croyons que la réponse à cette difficulté se trouve virtuellement contenue dans la distinction, sur la- LA VIE DANS LES LIMBES 395 quelle nous avons insisté plus haut, entre la nature et la surnature, entre le naturel et le divin.Le Dieu qui est intrinsèquement unique et infiniment simple en Lui-même est en même temps double \u201cquoad nos\u201d.C\u2019est le même Dieu qui a produit la nature et le divin et qui est à la fois Dieu naturel et surnaturel, le Dieu de la Création et le Dieu de la Révélation.Le Dieu surnaturel, le Dieu intime, ne se révèle qu\u2019à ses familiers, à ceux qu\u2019il a élevés jusqu\u2019à lui par la grâce.Le Dieu naturel, celui que nous serions tentés d\u2019appeler le Dieu externe, se manifeste, conformément aux exigences de la nature, aux âmes confinées dans les Limbes, c\u2019est-à-dire dans la mesure où leur nature le demande et leurs capacités naturelles le rendent possible.Dès ici-bas, par la pensée et dans l\u2019intime de la conscience, l\u2019âme juste appréhende obscurément son Créateur, mais elle ne le voit pas, même quand elle le sent.Dans les Limbes, elle le voit et le connaît, non pas dans son être intime, car elle en est incapable, faute de la grâce sanctifiante, mais dans ces attributs qui correspondent à ce que la création révèle et suggère de Lui : \u201cInvisibilia Dei, a creatura mundi, per ea quæ facta sunt, intellectu conspiciuntur\u201d 3.Elles voient et contemplent, en autant qu\u2019il est visible pour elles, le Dieu auteur de la nature.Le Dieu de la grâce, le Dieu intime, ne se révèle qu\u2019aux \u201cenfants d\u2019adoption\u201d, aux baptisés, à ceux à qui la grâce sanctifiante a conféré la capacité surnaturelle de pénétrer, d\u2019appréhender, de posséder les mystères intimes de Dieu et conséquemment de jouir de Lui comme il en jouit Lui-même.3.\u2014Rom.I, 20. 396 LA REVUE DOMINICAINE Voilà, croyons-nous, qui contient la réponse à notre question : Que fait-on dans les Limbres ?\u2014 On y connaît le Dieu de la Nature, celui que la création révèle dans la mesure où notre nature, de par ses aptitudes purement naturelles, le requiert et aspire à le connaître.On est heureux d\u2019un bonheur parfait, mais infiniment inférieur à celui des enfants d\u2019adoption, car, si l\u2019on y connaît le même Dieu, on ne l\u2019y connaît pas sous ces aspects infiniment supérieurs, ces aspects intimes, qui sont réservés à la contemplation et à la fruition des élus, des familiers et commensaux de Dieu.Et cependant, on ne souffre pas de la différence, car si on sait qu\u2019il existe une différence, on ne sent pas même si on le sait, en quoi elle consiste et on accepte, implicitement et sans réserve, les décrets insondables d\u2019une Providence infiniment sage, juste et paternelle, même quand ils nous assignent un rang moins élevé et qui ne nous est point dû.\u201cJustus es Domine et rectum judicium tuum.\u201d Ps.CXVIII, 137.\u201cLes âmes, comme le dit quelque part S.Thomas, sont dans les mains d\u2019un juge juste et miséricordieux.\u201d E.L.Van Becelaere, O.P.Détroit, Février 1928.* BULLETIN DE DROIT CANONIQUE i CHRONIQUE Musique sacrée S.S.Pie XI a profité du quatorzième Congrès de l\u2019Association italienne de Sainte-Cécile et du IXème centenaire de Gui d\u2019Arezzo pour recommander une étude plus intense et plus générale des prescriptions de Pie X sur la musique sacrée.Le Pape désire que l\u2019on constate quelles sont les prescriptions de Pie X qui n\u2019ont pas encore été mises à exécution, ce qu\u2019il faudrait faire pour rendre le chant grégorien et la musique d\u2019église mieux exécutés et plus répandus, et, enfin, comment l\u2019on pourrait réussir à faire participer le peuple au chant liturgique, en commun.Les promoteurs de l\u2019adoption du chant grégorien, et tous ceux qui ont tenu à se conformer aux désirs et aux ordres du Saint-Siège sur ce point important de la discipline ecclésiastique, recevront, de ce nouveau document pontifical, un précieux encouragement.Patron des orphelins Par décret de la S.Congrégation des Rites, du 14 mars 1928, saint Jérôme Emilien, fondateur de l\u2019Ordre des Clers Réguliers dits a Somascha, a été déclaré Patron des orphelins.Saint Jérôme Emilien est le premier qui ait construit des orphelinats, d\u2019où le nom de protecteur et de père des orphelins que lui donne la liturgie.Ce titre devient reconnu par un acte spécial, à l'occasion du 398 LA REVUE DOMINICAINE quatrième centenaire de la fondation de l\u2019Ordre de saint Jérôme.Agrégation des Religieux à la Propagation de la Foi Plusieurs religieux et religieuses ont le désir de faire partie de l\u2019Oeuvre de la Propagation de la Foi, afin de gagner les Indulgences et de jouir des privilèges accordés à cette Oeuvre.Leur vœu de pauvreté les empêchait, jusqu\u2019ici d\u2019offrir la cotisation exigée.S.S.Pie XI vient d\u2019enlever cet obstacle.Dorénavant, les religieux et les religieuses dont l\u2019Ordre ou la Congrégation a des membres en service dans les pays de mission, pourront jouir de toutes les faveurs de l\u2019Oeuvre de la Propagation de la foi, pourvu qu\u2019ils récitent, une fois par jour, un Pater et un Ave, en y ajoutant l\u2019invocation: Saint François-Xavier, priez pour nous.Les autres religieux et religieuses ne pourront jouir de ces faveurs que si la maison religieuse où ils résident fait, chaque année, une aumône à l\u2019Oeuvre de la Propagation de la Foi.(A.A.S.1928, p.109.) Laïques et Doctorat en Droit canonique Dans l\u2019Encyclique Pascendi (8 septembre 1907), le Saint-Siège avait déterminé qu\u2019à l\u2019avenir, personne ne pourrait recevoir le doctorat en théologie ou en droit canonique sans avoir suivi préalablement le cours de philosophie scolastique.En avril 1927, la Congrégation des Etudes a déclaré que cette loi est encore en vigueur.(A.A.S.1927, p.194.) A cause de ces documents, l\u2019on s\u2019est demandé si des laïques, sans avoir suivi le cours de philosophie scolastique, peuvent être admis à l\u2019étude du droit canonique et subir validement l\u2019épreuve du doctorat. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 399 faire | n\u2019de I )éi I jifr [ rient dont [ dans I \u2022eurs I îti\u2019ils I en y !0 front ù ils I :e de I La Congrégation des Etudes, dans une déclaration approuvée par S.S.Pie XI, répond dans Taffirmative.(A.A.S.1928, p.157.) La défense portée par l'Encyclique Pascendi, et confirmée en 1927 par le S.Siège, ne s\u2019adresse donc qu\u2019aux ecclésiastiques.CONSULTATION > \u201cL\u2019Indulgence de Bologne\u201d Question : Le Saint-Siège a concédé, récemment, une Indulgence pour la récitation du chapelet devant le Saint-Sacrement.Quelle est cette indulgence ?A quelles conditions peut-on la gagner ?Un CURÉ.Réponse: Cette indulgence a été accordée par le Bref Ad Sancti Dominici, du 4 septembre 1927, à l\u2019occasion du Congrès Eucharistique italien, tenu à Bologne du 7 au 12 septembre : voici la teneur textuelle de cette concession: \u201cA tous les fidèles qui contrits, s\u2019étant confessés, \u201cet ayant communié comme à l\u2019ordinaire, réciteront dévouement le tiers du Rosaire de la Bienheureuse Vierge \u201cMarie devant le Saint-Sacrement exposé à la vénération \u201cpublique des fidèles ou même conservé au Tabernacle, \u201cNous concédons à perpétuité, chaque fois, une Indulgence \u201cPlénière.\u201d 2 Afin de répondre aux deux questions posées dans la consultation, reprenons par le détail l\u2019étude de la faveur accordée par le Saint-Siège : nous rappellerons, d\u2019abord, 2\u2014\u201cOmnibus et singulis Christi fidelibus qui poenitentes et confessi ac Sacra Communione juxta morem refecti, ante Sacra-tissimi Corporis Christi Sacramentum ad publicam fidelium venera-tionem expositum, vel etiam in tabernaculo adservatum, tertiam B.M.V.Rosarii partem devote recitaverint quotiescumque id ege-rint, Plenariam Indulgentiam et remissionem misericorditer in Domino in perpetuum concedimus.\u201d (Analecta O.Pr.1927, p.218.) 400 LA REVUE DOMINICAINE la nature de la nouvelle indulgence ; suivra l\u2019analyse des conditions requises.La nouvelle Indulgence Le Saint-Siège accorde une indulgence qui s\u2019ajoute à toutes les indulgences déjà concédées tant au Rosaire qu\u2019à la visite au Saint-Sacrement.La nouvelle indulgence est de celles que l\u2019on appelle toties quoties, c.a.d.qui peuvent être gagnées chaque fois que sera accomplie, sous certaines conditions, l\u2019œuvre prescrite.Ce caractère en indique tout le prix, puisqu\u2019il la range dans la catégorie des indulgences, si recherchées, des visites du Rosaire, des Défunts et de la Portioncule.L\u2019Indulgence de Bologne, accordée à l\u2019occasion d\u2019un Congrès eucharistique national, en déborde le cadre; elle n\u2019est pas particulière comme l\u2019événement qui lui a donné lieu, mais universelle et générale.Elle est concédée à perpétuité.\u2014 Elle n\u2019est pas réservée à certaines catégories de personnes, p.ex.les membres de la Confrérie du Rosaire ou du Saint-Sacrement; tous les fidèles peuvent en bénéficier.L\u2019œuvre prescrite est \u201cla pieuse récitation d\u2019un tiers du Rosaire devant le Saint-Sacrement exposé ou au Tabernacle.\u201d Il n\u2019est donc pas requis de réciter tout le Rosaire \u2014 15 dizaines; le Bref ne demande qu\u2019un tiers du Rosaire \u2014 5 dizaines.\u2014 L\u2019on demande la pieuse récitation \u2014 devote recitantibus \u2014 ce qui veut dire qu\u2019il faut apporter l\u2019intention et l\u2019attention essentiellement requises pour qu\u2019il y ait vraie prière.3 La récitation du chapelet doit s\u2019accompagner de la méditation des mystères 3.\u2014Béringer, Les Indulgences, êd.1925, 1er yol.no 129. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 401 du Rosaire ; cette condition n\u2019est pas explicitement mentionnée dans le Bref, mais elle n\u2019avait pas à l\u2019être: c\u2019est le Rosaire qui est l\u2019objet de la nouvelle indulgence; or, le Rosaire, ne l\u2019oublions pas, inclut la méditation des mystères comme partie essentielle.4 Le Bref n\u2019accorde pas l\u2019indulgence à une récitation quelconque de pater et d'ave, mais sous la forme du Rosaire, laquelle comporte essentiellement, hormis le cas d\u2019incapacité, la méditation des mystères.Le Rosaire, sans la méditation des mystères, n\u2019est pas le Rosaire, excepté pour les personnes incapables de méditer ou ignorantes des mystères.5 Il semble donc que pour gagner l\u2019Indulgence de Bologne, les fidèles, excepté le cas d\u2019incapacité ou d\u2019ignorance, doivent réciter le chapelet en méditant sur les mystères du Rosaire.Le Rosaire doit être récité devant le Saint-Sacrement.Le texte dit expressément que le Saint-Sacrement peut être soit exposé, soit au tabernacle.L\u2019on peut donc gagner l\u2019indulgence soit durant le salut du Saint-Sacrement, soit durant la sainte messe, soit en tout autre temps, dès lors que l\u2019on récite le chapelet devant le Saint-Sacrement, et dans les conditions requises.Conditions requises Le Saint-Siège a donc attaché une indulgence plénière toties quoties à la récitation d\u2019un tiers du rosaire devant le Saint-Sacrement; à quelles conditions ?Le Bref de concession en énumère trois: la contrition, la confession et la communion.4.\t\u2014Béringer, Op.cit.no 904.5.\t\u2014Constitution Pretiosus, de Benoît XIII, du 26 mai 1727, oitée dans Béringer, ouv.cité, no 903. 402 LA REVUE DOMINICAIN! La contrition est une condition indispensable pour le gain de toute indulgence.Une âme qui aurait de l\u2019affection au péché pourrait difficilement prétendre, en même temps, obtenir la rémission de la peine due au péché.* * * Le Code détermine avec précision, au canon 931, le degré de nécessité exigé pour la confession et la communion lorsqu\u2019elles sont requises pour le gain des indulgences; au sujet de l\u2019une et de l\u2019autre, le droit distingue deux cas: celui des fidèles en général, et celui des personnes pieuses qui ont l\u2019habitude de la confession et de la communion fréquentes.a) Confession.\u201cPour gagner toute indulgence, dit le c.931 § 1, la confession requise peut être faite dans les huit jours qui précèdent immédiatement le jour auquel l\u2019indulgence est fixée; elle peut se faire aussi dans les huit jours qui suivent.\u201d En vertu de cet article du Code, qui a une portée générale, tout fidèle qui se confesse, soit dans les huit jours qui précèdent ou dans les huit jours qui suivent le jour où il récite le Rosaire devant le Saint-Sacrement, peut gagner l\u2019indulgence plénière.Dès lors que le Bref de concession de l\u2019Indulgence de Bologne prescrit la confession, cette condition doit être remplie conformément au droit; seule, une exception \u2014 qui, dans le cas actuel, n\u2019est pas prévue \u2014 pourrait en dispenser.Le Code facilite le gain de l\u2019indulgence aux fidèles qui ont l\u2019habitude de la confession fréquente: en effet, BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 403 les fidèles qui ont l\u2019habitude, sauf empêchement légitime, de se confesser au moins deux fois par mois, peuvent gagner toutes les indulgences sans la confession actuelle qui, autrement, serait nécessaire, excepté les indulgences du jubilé ou à l\u2019instar du jubilé.\u201d Comme l\u2019indulgence de Bologne n\u2019est pas l\u2019indulgence du jubilé, les personnes qui ont l\u2019habitude de la confession bimensuelle peuvent donc la gagner sans la confession actuelle.En résumé, au sujet de la confession requise pour le gain de l\u2019Indulgence de Bologne: tous les fidèles peuvent gagner l\u2019Indulgence, sans se confesser le jour même de la récitation du chapelet devant le Saint-Sacrement; il suffit de se confesser, soit dans les huit jours qui précèdent, soit dans les huit jours qui suivent.Les personnes qui ont l\u2019habitude de la confession bi-mensuelle gagnent, entre deux confessions, toutes les indulgences, sans faire de confession spéciale.b) Communion.\u201cPour gagner toute indulgence, d\u2019après le canon 931 § 1, la communion requise peut se faire le jour qui précède immédiatement le jour de l\u2019Indulgence; elle peut aussi se faire dans les huit jours qui suivent.\u201d Il y a, on le voit, une différence entre la date de confession et la date de communion; la confession peut se faire dans les huit jours qui précèdent, tandis que la communion doit se faire la veille, sinon le jour même de l\u2019indulgence.En vertu de cette loi qui est générale, c.a.d.qui concerne tous les fidèles, une personne qui a communié la veille du jour où elle récite le chapelet devant le Saint-Sacrement, peut gagner l\u2019indulgence plénière.La communion n\u2019est pas requise le jour même, pas plus que la confession. 404 LA REVUE DOMINICAINE Les personnes qui font la communion fréquente sont l\u2019objet d\u2019une faveur spéciale.Le Code, au c.$31 § 2, déclare que \u201cles fidèles qui ont l\u2019habitude de la communion quotidienne, même s\u2019ils s\u2019en abstiennent une ou deux fois par semaine, peuvent gagner toutes les indulgences, même sans la confession actuelle.\u201d 6 On le voit, la facilité accordée aux habitués de la communion fréquente de gagner les indulgences, porte directement sur la confession actuelle dont ils sont dispensés et non sur la communion elle-même.La communion quotidienne est 1 occasion du gain des indulgences sans la confession immédiate.Les fidèles de la confession fréquente peuvent gagner les indulgences sans ajouter de confession spéciale : les fidèles de la communion fréquente ne sont dis- ÉI (OÉ L E lll\u2019uilf lins le can pensés d\u2019aucune communion; ils restent obligés, pour gagner les indulgences, de communier soit la veille soit l\u2019un des huit jours qui suivent.D\u2019après ces données canoniques, les habitués de la communion quotidienne peuvent gagner l\u2019Indulgence de Bologne sans se confesser immédiatement.Leur communion de la veille de la récitation du chapelet ou de l\u2019un des huit jours suivants, est suffisante.En résumé, pour gagner l\u2019Indulgence de Bologne accordée à la récitation du chapelet devant le Saint-Sacrement: il faut et il suffit de se confesser dans les huit jours qui précèdent ou dans les huit jours qui suivent ; il faut et il suffit de communier la veille ou dans les huit jours qui suivent.Les habitués de la confession fréquente (au moins deux fois par mois) ou de la communion quotidienne (même s\u2019ils ne communient que cinq Sons | tac?haii fessé { (c.93; Si tetaij Parür \u2018agit 6.\u2014II faut bien noter que la dispense de la confession actuelle est accordée non aux habitués de la confession et de la communion fréquentes, mais de la confession ou de la communion.b BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 405 fois par semaine) peuvent gagner l\u2019indulgence sans la confession actuelle.* * * L\u2019Indulgence de Bologne peut donc être gagnée tous les jours; peut-on la gagner plusieurs fois par jour ?En général, une indulgence plénière ne se gagne qu\u2019une fois par jour pour la même œuvre;?mais la loi qui affirme ce principe, décrète aussi l\u2019exception: \u201ch moins que le contraire ne soit expressément prévu.\u201d Or, dans l\u2019Indulgence de Bologne comme dans toutes les indulgences toties quoties, il y a lieu à l\u2019exception.C\u2019est le caractère propre de ces indulgences de n\u2019être pas limitées à un certain nombre de fois, mais de pouvoir être gagnées aussi souvent qu\u2019est accomplie l\u2019œuvre prescrite.Dans l\u2019Indulgence de Bologne, l\u2019œuvre prescrite est le chapelet récité devant le Saint-Sacrement, aux condi- Itions ordinaires de la contrition, de la confession et de la communion.Nous avons vu, plus haut, quelle fréquence de confession et de communion est requise pour le gain de cette indulgence; dès lors que l\u2019on s\u2019est confessé et que l\u2019on a communié selon les exigences du Code (c.931), l\u2019on peut, en vertu de ces confession et communion, gagner l\u2019Indulgence, aussi souvent que l\u2019on répétera la récitation du chapelet.De même que l\u2019on peut, par une même communion, gagner, le même jour, plusieurs indulgences plénières lorsque, pour chacune d\u2019elles, la communion est prescrite ; 8 ainsi l\u2019on peut, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une indulgence toties quoties, gagner, le même jour, plusieurs Indulgences plénières pour la même 7.\t\u2014c.928 § 1.8.\t\u2014Béringer, ouv.cit.no 109. 406 LA REVUE DOMINICAINE œuvre, en vertu de la même confession et de la même communion.C\u2019est ce qui a lieu pour les indulgences accordées aux visites du Rosaire, de la Portioncule et des Défunts; il n\u2019y a pas lieu de le refuser à l\u2019Indulgence de Bologne.9 P.Aug.Leduc, O.P.- * - L'INDIFFERENCE DES CROYANTS il \u2022i L\u2019INDIFFERENCE DANS LE FAIT L\u2019indifférence à l\u2019absolu comporte de toute nécessité qu'on soit indifférent à tout, que soit méconnue la véritable valeur de toute chose.Pour l\u2019indifférent, les êtres, quand ils valent, n\u2019ont qu\u2019une valeur empruntée, celle qu\u2019il leur donne ; la valeur vraie, celle qui ne dépend point de nos attitudes, qui s\u2019impose quoi que nous en ayons et qui exige notre respect est ignorée ou méconnue.Cette méconnaissance, qui est une trahison, est celle qui fait de l\u2019indifférence une malhonnêteté.Nous touchons ici \u2014 on le devine \u2014 à l\u2019idée fondamentale de ces pages, et nous voudrions lui donner fout le relief possible.Pour y réussir il nous suffira d\u2019entrer dans le concret et de voir l\u2019indifférence à l\u2019œuvre dans son travail de décomposition.Attitude de vie bien plus qu\u2019attitude de l\u2019esprit, l\u2019indifférence, une fois bien assise dans une âme ne peut que dérouler ses conséquences logiques et cela par une 9.\u2014De plus, comme il ne s\u2019agit point de visites, il n\u2019est pas requis de sortir de l\u2019église ou de l\u2019oratoire à chaque récitation du chapelet. L\u2019INDIFFÉRENCE des croyants 407 sorte de fatalité contre laquelle on ne peut rien.C\u2019est le microbe, insinué dans nos moëlles, qui infecte toutes nos ressources vitales et rend nos plaies sans remède.Nous l\u2019avons fait pressenter déjà.Notre société est en décomposition, le mal est général, il se propage, il descend de couche en couche.Il n\u2019y a plus de mœurs, la vie publique est désaxée, la vraie vie familiale devient rare, les quelques instants de vie grave que les meilleurs se réservent sont entamés.La contamination devient générale.Nous pourrions dans tous ces domaines suivre le progrès du mal ; partout nous retrouverions le même ferment de dissolution.Pour ne point disperser notre attention arrêtons-nous à l\u2019essentiel.Même pour ceux qui ne lui accordent qu\u2019un regard superficiel notre temps apparaît dépourvu de vraie grandeur.Ce n\u2019est point parti-pris, ni habitude de louer ce qui n\u2019est plus et de dénigrer ce qui est.Ouvrez les yeux et voyez.Les caractères sont rares.L\u2019intérêt nous inspire, l\u2019argent nous mène.On applaudit ce qui réussit, on ne reconnaît et on ne rend hommage qu\u2019à ce qui brille.Ce qui ne rapporte rien n\u2019est pas même digne d\u2019attention, c\u2019est un luxe superflu qui coûte cher et qu\u2019on abandonne aux I attardés d\u2019un autre âge.La loyauté, le respect de la parole donnée, la dignité d\u2019une vie qui se refuse à entrer dans des compromissions inavouables, le goût de servir, le dévouement qui s\u2019oublie parce que cela est beau et que cela nous honore, sont des vertus aujourd\u2019hui oubliées, et l\u2019on glanerait abondamment dans notre vie des faits pour illustrer cette vérité.Ce qui frappe surtout, car c\u2019est aussi ce qu\u2019il y a de plus douloureux, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a dans notre vie pu- 408 LA REVUE DOMINICAINE blique que des forces rivales.Tout s\u2019oppose, tout se heurte, rien ne tient, c\u2019est le chaos.Il faudrait mettre la main partout, les brèches sont larges ouvertes et parce que l\u2019essentiel fait défaut tout s\u2019en va pêle-mêle.Les principes capables de canaliser nos forces pour un effort harmonieux vers un meilleur état de choses qui serait la récompense de toutes les volontés particulières, tousles principes d\u2019ordre sont méconnus.Le principe d\u2019autorité surtout se heurte à tous les égoïsmes, il est victime de toutes les complicités.Nous y voici à l\u2019essentiel et serrons-le de près.Ce principe d\u2019autorité, lien de tous les éléments d\u2019un groupe et qui assure entre eux l\u2019harmonie, l\u2019ordre, la stabilité, la paix, ce principe d\u2019autorité qu\u2019est-il devenu dans notre monde ?Quel sort lui avons-nous réservé ?Ceux qui l\u2019incarnent sont-ils intègres, ceux qui lui doivent obéissance en ont-ils encore le respect ?La réponse à ces questions va tout cristalliser car les faits eux-mêmes vont répondre.Voyez autour de vous.Nous passons sans repos des transes de l\u2019anarchie aux transes de la tyrannie sans jamais retrouver un instant d\u2019équilibre.Aujourd\u2019hui l\u2019autorité s\u2019affirme mal, ou elle abuse, ou elle est lâche.Demain les inférieurs se révolteront et mettront cette autorité en demeure d\u2019abdiquer.Aujourd\u2019hui.demain, c\u2019est encore trop dire, tout cela est simultané et toujours perceptible d\u2019ailleurs puisque le vice vient de partout.Des deux côtés on remâche des griefs.Ceux qui commandent trouvent qu\u2019il n\u2019y a plus de discipline, ceux qui obéissent ne voient dans l\u2019autorité qu\u2019une puissance usurpatrice.Dans l\u2019Etat, quelque mesure qu\u2019on prenne, le mécontentement s\u2019exprime.On juge, et si l\u2019on y trouve son intérêt, on refuse obéissance.Pour l\u2019ouvrier, le pa- L\u2019INDIFFÉRENCE DES CROYANTS 409 tron c\u2019est l\u2019ennemi ; pour le patron, l\u2019ouvrier n\u2019est qu\u2019une machine à rendement.Le travail de ceux qui nous servent est une marchandise, on estime l\u2019avoir largement rétribué quand on a payé le salaire.Ceux-là même qui l\u2019offrent nous y invitent puisqu\u2019ils n\u2019ont aucun souci de son rendement.Au lieu d\u2019être associés sur un chantier comme père et enfant, pour collaborer à une œuvre commune, on s\u2019y heurte en rivaux, on se surveille, on s\u2019oppose et c\u2019est à qui dans cette lutte ne sera point dupe.Ce qui est bien pour l\u2019un, sera mal pour l\u2019autre puisque l\u2019on ne veut avoir que des rapports d\u2019exploiteur à exploité, et pour faire triompher ce que l\u2019on croit son bien on ne recule devant aucun procédé, on met en branle toutes les malhonnêtetés que nous voyons jouer tous les jours.Périsse le bien commun, périsse l\u2019Etat, périsse l\u2019industrie, périsse le prochain.Mon intérêt, ma part, ma plus grande part, le reste peut crouler.Cela vous étonne, ces rivalités, ces égoïsmes, ce'chaos.Vraiment y a-t-il de quoi s\u2019étonner ?N\u2019avons-nous pas voulu tout cela ?Les idées que nous accueillons, que nous répétons, à tout venant, les idées dont nous vivons expliquent tout cela ! Depuis un siècle des théories niveleuses sont dans l\u2019ambiance et nous les favorisons de tout notre pouvoir.Nous sommes libres : ce qui signifie que personne ne peut nous imposer une contrainte si nous jugeons ne pas devoir l\u2019accepter; tous nous sommes égaux: c\u2019est-à-dire nous avons tous les mêmes droits aux mêmes places et ceux qui nous y précèdent nous offensent; nous les avons répétés et pratiqués ces principes et nous avons fini par les croire.Nous avons proclamé tout récemment et c\u2019est déjà aujourd\u2019hui une loi intangible qu\u2019il fallait tout admettre, LA REVUE DOMINICAINE que, rien n\u2019étant absolument vrai, rien absolument faux, c\u2019était l\u2019indice d\u2019un esprit large et la preuve d\u2019une grande âme de tout tolérer.Et de fait on communie à tout idéal.On est un père de famille très rangé, on exige l\u2019obéissance de son petit monde turbulent, on est fidèle à ses devoirs d\u2019époux, on travaille à rendre à ceux qui suivront la vie plus facile en leur assurant un patrimoine arrondi, mais on est en sympathie touchante avec des groupes qui sapent par sa base ce que l\u2019on défend: l\u2019autorité du père, la maison, la propriété, le mariage.Si même on a le souci de se rendre utile, si l\u2019on porte quelque intérêt au Bien commun, on propose généreusement des solutions de crise, des remèdes au mal qui nous mine et fait tout branler.Et l\u2019on apporte des expédients ! On fait des merveilles d\u2019acrobatie, d\u2019équilibre, de bascule, on veut tout composer afin de ne blesser personne, pas même le mal, tout permettre, tout tolérer même l\u2019erreur puisque c\u2019est, paraît-il, un droit intangible de penser ce que l\u2019on veut, et l\u2019on s\u2019en tire \u2014 comme ce mot-là nous accuse ! \u2014 on s\u2019en tire par des compromis.Mais oui, tout cela nous accuse: le mal que nous déplorons, les idées qui nous mènent, les remèdes que nous préconisons, tout cela nous accuse d\u2019être des indifférents au bien, aux idées vraies, aux remèdes qui sauvent.On se plaint partout.On dit que nous traversons une crise d\u2019autorité.C\u2019est vrai.Ceux qui discourrent en rejettent la faute sur la masse.Un souffle d\u2019indépendance aurait passé sur elle et les ferments de révolte et de discorde en perpétuelle fermentation auraient éclaté.Soyons vrais \u2014 dût la vérité nous faire rougir et nous inviter tous à nous frapper la poitrine.Il y a des torts sur toute l\u2019échelle et d\u2019autant plus graves qu\u2019on occupe une situation plus élevée.Il ne faut rien attendre pmei iWi Or ii»! l\u2019indifférence des croyants 411 des masses, pas même l\u2019obéissance.Elle descend du chef qui l\u2019inspire, qui la provoque, qui l\u2019obtient sans difficulté, lorsqu\u2019il apparaît lui-même comme le premier serviteur de ceux qu\u2019il commande.Car l\u2019autorité est un service, et le premier.Ceux qui cherchent à l\u2019exercer doivent s\u2019en souvenir.S\u2019ils la respectent et s\u2019ils l\u2019estiment comme un dévouement ils ne souhaiteront pas l\u2019obtenir sans programme, par un simple jeu de mécontentements qu\u2019on exploite; s\u2019ils y parviennent ils ne peuvent en faire l\u2019instrument de leur intérêt personnel ni l\u2019exercer à leur profit.La vérité a ses droits auxquels personne ne peut toucher.Or le service de l\u2019autorité c\u2019est d\u2019être pour tous le porte-parole des droits de la vérité, c\u2019est de juger, pour tous, la valeur de chaque être, de sa place, de ses fonctions, de ses obligations en référant chaque être à i\u2019basolu qui le soutient.L\u2019autorité d\u2019un homme sur un autre homme, ne s\u2019explique pas si l\u2019on ne va pas au fond des choses et si derrière elle on ne retrouve pas l\u2019absolu de Dieu.Seul, il peut peser sur nos volontés libres et sur nos jugements.Or notre indifférence a méconnu tout absolu, elle a pratiquement supprimé Dieu ; ceux qui commandent se refusent à en référer à lui pour justifier leur droit et ceux qui obéissent ne le reconnaissent plus dans ceux qui devraient le servir.Ce qui doit arriver s\u2019accomplit.Le relatif détaché dp l\u2019absolu qui le tenait en harmonie est sans attache, il flotte au gré des intérêts et c\u2019est le chaos que nous dénoncions.Ah ! nous ne l\u2019avons pas inventée cette solution, et ce n\u2019est point parce qu\u2019il nous plaisait de trouver dans l\u2019indifférence la cause de tous nos désordres qu\u2019elle l\u2019est en réalité.Les faits nous l\u2019imposent.L\u2019ordre est har- 412 LA REVUE DOMINICAINE monie, l\u2019unité en est le lien, l\u2019unité de convergence ou d\u2019attache des êtres par rapport à leur fin ou à leur source.Supprimez cette fin ou cette source vous supprimez l\u2019absolu qui est la clef de voûte ou la base de tout, et vous faites tout crouler dans le désordre.Ceci est d\u2019une telle évidence que toutes les applications que nous en pourrions faire nous imposeraient les mêmes conclusions.Un exemple encore.Voyez nos mœurs publiques, les mœurs de ceux qui se donnent pour catholiques et qui scandalisent même les incroyants.Je parle ici de notre société d\u2019Europe.Quel mélange de piété superficielle et de mondanité; quelle souplesse pour concilier les contradictoires: l\u2019esprit du monde et l\u2019esprit de l\u2019Evangile.On dorme une pensée à son âme et tout son temps au divertissement, on passe de l\u2019Imitation de Jésus-Christ à la lecture de Marcel Proust, de l\u2019Evangile au dernier roman du dernier païen du siècle.On interdit à sa jeune fille les livres pernicieux et le soir on lui présente l\u2019auteur; on lui conseille la communion le matin, le soir on se fait l\u2019avocat du diable et on l\u2019expose à tous les péchés.On entre à l\u2019église une fois par semaine, à une messe basse, et ce n\u2019est même pas une heure de répit dans nos dissipations : on y porte la mentalité, la tenue, les goûts, les curiosités qu\u2019on porte dans une salle de spectacle.Pourquoi ce mélange ?Serait-ce amour du vice ?Mais non: on a de solennelles colères contre le vice qui s\u2019étale.Serait-ce en raison du plaisir qu\u2019on trouverait à côtoyer des abîmes ?pas davantage; on se lamente d\u2019une telle situation, on condamne les mœurs qui osent tout et on se fait le défenseur des vertus oubliées.Qu\u2019est-ce alors ?Le vrai motif c\u2019est qu\u2019on est indifférent à la pureté des mœurs, à la pureté de la foi, à la pureté de la L\u2019INDIFFÉRENCE DES CROYANTS 413 vie.La preuve ?Mais il suffirait pour une conscience catholique que les porte-parole authentiques de la vérité se fassent entendre pour qu\u2019on obéisse.Ils ont parlé.Nos Seigneurs les Evêques, le Pape, ont rappelé notre attention sur le paganisme de nos modes.Ils ont prêche dans le désert.On n\u2019a pas obéi comme il conviendrait, tout en voulant se donner la satisfaction d\u2019obéir.On ne voit pas, on ne comprend pas que l\u2019absolu est ici en cause, qu\u2019avec lui on ne peut composer, qu\u2019il ne veut pas de ces hommages qui sont des demi-trahisons.Celui qui n\u2019est pas avec moi est contre moi, disait le Christ.Le vrai motif, avouons-le: on est trop lâche pour réagir contre son milieu, on ne voit pas parce qu\u2019on ne veut pas voir, on entre dans le mensonge pour satisfaire sa veulerie.* * * Il semble qu\u2019on soit heureux de sortir d\u2019un tel monde et de se réfugier chez soi.On sent le poids, la contrainte ridicule de toutes ces conventions acceptées et l\u2019on souhaite retrouver un milieu où l\u2019on pourra se libérer de ces attitudes fausses, un milieu qui rende un certain goût de dignité, de vérité, de réel, en un mot le goût de la grandeur.Au foyer tout est vrai: les paroles, les gestes, les âmes.On apprécie toute chose à sa juste valeur.Là, deux êtres se sont rencontrés qui avaient dans leurs yeux toute la fraîcheur d\u2019une âme.Ils venaient sans mensonge, poussés par un passé de fidélité, les mains pleines de richesses toutes neuves.Ils se sont appuyés l\u2019un sur l\u2019autre, mettant en commun passé, espoirs, désirs.Leurs richesses, ils les tendaient vers l\u2019avenir, sachant que leur 414 LA REVUE DOMINICAINE lien, ils le trouveraient dans Tentant désiré, espéré, attendu.Et lorsque cet enfant est venu, il lui a suffi d\u2019entr\u2019ouvrir les yeux du corps et les yeux de Tâme sur les visages penchés vers lui, pour y lire la gravité de la vie, la joie austère du devoir, la beauté du dévouement, le respect de soi par le don de toute son âme aux grandes choses qu\u2019il faut aimer et servir.Plus tard, lorsqu\u2019il a grandi, l\u2019exemple de ceux qui le précédaient a renforcé ses certitudes; il a deviné la trame de leur vie, surpris l\u2019orientation des volontés, et tout cela a fait de lui cette grande beauté que nous sommes tous à 20 ans quand nous avons le cœur pur, chef-d\u2019œuvre de l\u2019amour divin et de l\u2019amour maternel : une âme loyale.Je m\u2019écarte dans le rêve et dans le souvenir, et cette beauté, par contraste, me ramène à notre monde.De tels milieu sont aujourd\u2019hui très rares.Le foyer est devenu le témoin lui aussi de nos discordes.Les rivalités s\u2019y heurtent, les égoïsmes sourcilleux s\u2019y affrontent.La confiance mutuelle fait défaut, on se surveille, on se compare.Au lieu de s\u2019unir pour rendre plus forte une autorité que Dieu confie à de faibles mains, on se divise; on commande quand il faudrait obéir sans discussion, on abdique quand il faudrait s\u2019affirmer.L\u2019enfant assiste à ces conflits, il prend parti.Les germes de révolte qu\u2019il porte en lui trouvent dans ce milieu un bouillon de culture et à 20 ans, il ne voit plus dans son père qu\u2019un ennemi.Ce père est l\u2019autorité, il commande: cela suffit pour qu\u2019il s\u2019oppose à nous.Il parle d\u2019expérience comme d\u2019un titre à la sagesse; mais cela précisément l\u2019accuse d\u2019être vieux \u2014 ce qui est bien la tare des tares \u2014 de n\u2019être plus à sa place.Ce qu\u2019on attend de lui, c\u2019est qu\u2019il cède cette place, qu\u2019il se retire dans l\u2019ombre après nous avoir distribué ses biens.C\u2019est l\u2019histoire de l\u2019enfant pro- ie, :spassj L\u2019INDIFFÉRENCE DES CROYANTS 415 A! suffi esur delà, ment, andes x qui né la és, et mues euvre jyà cette' De rest riya-itent.on se e une iïisei in,»1 iste à ! e cul-(jll\u2019BB A 0$ iccflse 0 digue qui s\u2019annonce, mais qui n\u2019a point toujours hélas le dénouement que raconte l\u2019Evangile.Nos pères n\u2019ont point les patiences de Dieu.Ici encore la plus grande faute est souvent du côté de ceux qui commandent, et dans l\u2019ingratitude des enfants les parents cueillent les fruits mûrs de leur indifférence.Quel prestige pourraient-ils garder aux yeux de l\u2019enfant quand cet enfant les voit sans respect d\u2019eux-mêmes et de la vie ?Or n\u2019est-ce point le cas ?On se marie aujourd\u2019hui avec une inconscience et une légèreté à faire peur.On n\u2019en n\u2019est point troublé, car on entend bien ne pas s\u2019engager ni s\u2019enfermer, les mains liées, dans un contrat sans issue.On ne s\u2019engage pas; on cherche une association de passage pour satisfaire son égoïsme et l\u2019on a d\u2019ailleurs tous ses apaisements ; le divorce est là qui remédie à tout et qui autorise tous les caprices.On s\u2019aime si s\u2019aimer consiste à saccager une âme, non si l\u2019amour est un don.On se promet bien surtout de ne point mettre entre soi cet importun qui empoisonne tout: l\u2019enfant.Si les prudences de l\u2019égoïsme sont en défaut et s\u2019il vient un enfant, on l\u2019acceptera, surtout s\u2019il est l\u2019unique, on aura même une certaine joie devant l\u2019inévitable.Mais parce qu\u2019il n\u2019a pas été désiré ni attendu par devoir, on n\u2019y voit plus ce qu\u2019il est: le sauveur promis à sa mère, l\u2019appel précis du devoir pour le père; on n\u2019y voit même plus une âme qu\u2019il faudrait élever; c\u2019est un jouet qu\u2019on flatte, un hochet de vanité, en attendant sans doute qu\u2019il ne soft plus que le boulet qu\u2019on traîne et dont on regrette de s\u2019être chargé la conscience.Il eut ainsi rejoint les autres.tous les autres qu\u2019on ne sait pas.On ne respecte rien, ni le sacrement, ni l\u2019amour, ni les personnes, ni la vie.L\u2019autorité n\u2019est plus à sa place 416 hA REVUE DOMINICAINE j.1SSÎ IMIt sur une tête qui n\u2019a plus de pensée pour ces grands devoirs.Elle serait une usurpation.Derrière ses parents, à travers eux, l\u2019enfant a besoin de voir l\u2019absolu, son Dieu.Son père selon la chair n\u2019est père que par la grâce du Père des Cieux qui l\u2019a appelé en collaboration sur le chantier de la vie.Séparé de lui il n\u2019est plus pour l\u2019enfant qu\u2019un intermédiaire d\u2019occasion dont le rôle s\u2019achève vite.Faut-il poursuivre encore cet examen de nos tares et de nos vices ?L\u2019indifférence ne s\u2019impose-t-elle pas au terme de toutes nos conclusions ?Nous sommes ici au cœur même du sujet.La famille est la \u201ccellule sociale\u201d, c\u2019est d\u2019elle que part la vie lorsqu\u2019elle est saine.Elle propage sa vigueur dans le corps social cette grande famille élargie; mais lorsque l\u2019indifférence la ravage, lorsqu\u2019elle se fonde sur une lâche méconnaissance de la nature qui est ici maîtresse de vérité, c\u2019est le désordre qu\u2019elle propage et la mort.Les individus qu\u2019elle façonne supportent tout l\u2019édifice et quand elle leur a appris à se détacher de tout absolu, à se libérer des lois qui commandent à la vie, c\u2019en est à jamais fini de l\u2019ordre et de la paix.itssée F P( É 9 Irie (s Voyez ce que les mariages modernes nous donnent: de pauvres, de lamentables individus, sans caractère, sans idéal, sans grandeur, sans âme.Rien ne les anime qui mériterait d\u2019exalter un cœur d\u2019homme, rien ne les soulève qui mériterait le grand don désintéressé de soi.La foule est devenue d\u2019une monotonie affligeante.Les visages ne traduisent que des cupidités, des vues courtes; les conversations expriment la même fièvre d\u2019un intérêt immédiat et l\u2019on est tout étonné, tant la chose est rare, même chez de tout jeunes gens, de rencontrer le rayonnement d\u2019une âme.j i.foi 11 N* 1S isfc | ireits | Dia ice J] ; suri?rl'et icfe i tares le pü nés ic nie $ sait?; ! m L'INDIFFÉRENCE des croyants\t417 Ce qu\u2019ils estiment c\u2019est le succès, ils ont le culte de la force physique, \u201cils s\u2019enivrent de gloires animales, ils s\u2019acharnent sur un ballon, boxent, courent, lancent le disque et ne reprennent haleine que pour répudier l\u2019idéal de leurs aînés\u201d.S\u2019ils admirent encore le courage et l\u2019héroïsme c\u2019est après l\u2019avoir dépouillé de ses valeurs morales et pour satisfaire à un reste de sentimentalité.Parfois nous croyons rencontrer certains caractères: ils semblent avoir gardé le respect d\u2019eux-mêmes, on les croit serviteurs d\u2019une idée généreuse, d\u2019une passion désintéressée à laquelle ils auraient donné leur cœur.Regardez de plus près : ils n\u2019ont que la fureur froide de l\u2019argent.Pour sauver notre société en détresse où les cercueils sont plus nombreux que les berceaux, nous ne pouvons même plus compter sur la qualité.La force de caractère, la noblesse du cœur pourraient remédier à la pénurie de bras.Nous sommes pauvres de tout, hélas, et ceux qui ont échappé au massacre des innocents n\u2019ont plus ni cœur, ni pensée.Faut-il conclure cette triste revue de notre société moderne ?Peu de mots y suffisent.Société terne, société veule, sans ressort, sans nerf, dont la vie n\u2019est qu\u2019une fièvre agitée de moribond, société dépouillée de toute grandeur parce qu\u2019elle est indifférente à tout et qui angoisse ceux qui voudraient la sauver.Devant un malade qui se meurt de ne plus vouloir vivre parce que son indifférence en reniant tout absolu le prive d\u2019air respirable, il n\u2019y a plus qu\u2019un seul recours : la miraculeuse intervention de Dieu.Pour les croyants, une conclusion s\u2019impose.N\u2019abandonnons pas notre Dieu.Il nous attend.Nous avons notre rôle tout indiqué dans ce retour, comme nous eûmes le nôtre, hélas, par toutes nos faiblesses et nos lâches 418 LA REVUE DOMINICAINE compromissions, dans le grand reniement de l\u2019absolu que notre époque expie.On ne voit pas que nous souffrons de manque de vérité.De bas en haut on cherche le salut dans la force brutale qui prime le droit; et pour sauver tout de même l\u2019essentiel d\u2019un ordre très quelconque on en appelle, dans les classes mieux assises, au dictateur, ou, dans les classes inférieures, au bouleversement général.Ces solutions n\u2019en sont point.Le remède, nous le savons nous les croyants.Il est dans le respect de la vérité, dans le respect de soi, dans le respect des grandes valeurs de vie, et, pour tout dire en un mot, dans l\u2019héroïque fidélité à Dieu.Nous savons, disait un soldat tombé devant VERDUN, nous savons que l\u2019ordre social n\u2019est pas fondé sur la force, mais sur la raison et sur l\u2019amour, et qu\u2019il ne dépend pas d\u2019un sabre dressé sur un trône, mais d\u2019une croix adorée dans chaque foyer.P.Ignace Draime, O.P.Bruxelles.- -K - L\u2019ART CHEZ LES DOMINICAINS (Suite et fin) III.\u2014LES FAITS 1° Le* dons magnifiques \u2014 2° La bienvenue à tous les arts Par esprit de pauvreté et besoin de réaction contre l\u2019opulence de certaines abbayes, saint Dominique, on s\u2019en souvient, avait voulu pour ses fils des maisons d\u2019apparence modeste, ce qui devait s\u2019entendre aussi de leurs lai jfet far cl % «Kan kl Hoj lue : k ; \u2018fop, L\u2019ART CHEZ LES DOMINICAINS 419 i que le à ! force ; m j ta asses edün, force, ni P® adorée 3 églises.Pareil vœu exprimé par le saint Fondateur devenait du coup une loi, mais la force des choses devait plus tard, nous l\u2019avons vu, obliger les capitulaires de 1297-1300 à l\u2019annuler.La force des choses c\u2019était le nombre toujours croissant des religieux et des religieuses; c\u2019était aussi, pour les loger, nourrir, vêtir, la nécessité de posséder au moins collectivement des propriétés assez vastes et d\u2019accepter des revenus.Il reste à signaler les dons magnifiques prodigués à l\u2019Ordinaire, ces dons de couvents et d\u2019églises qu\u2019il fallait bien accepter tels quels, de gré ou de force, n\u2019eût-ce été que par complaisance pour les donateurs et les fidèles en général.Que voulez-vous ?On aime le Beau, non par choix, mais par nature, et quand les papes, les évêques, tout le monde, obligeaient nos Pères à subir, eux aussi, la poussée des arts, comment ne seraient-ils pas entrés dans ce mouvement universel d\u2019ailleurs irrésistible ?De là le second et final aperçu indiqué plus haut.1° Les dons.Permettez ce souvenir.Marc San-gmer et Henry du Roure disaient dans leur Bulletin, trop peu encouragé peut-être: \u201cLa première chose que l\u2019on donne, c\u2019est son cœur.La seconde, c\u2019est son esprit.La troisième, son activité.La dernière, et que l\u2019on ne donne presque jamais, c\u2019est son argent.\u201d Or, il semble que pour notre famille d\u2019autrefois, tout, absolument tout, même l\u2019argent, se donnait sans réserve.Ainsi, à Rome, dès l\u2019origine, nos Pères reçoivent du Pape l\u2019église de Saint-Sixte, et quand, un peu plus tard, nos sœurs viennent s\u2019y établir, c\u2019est qu\u2019il leur a offert en échange la basilique de Sainte-Sabine (1219).A propos, c\u2019est peut-être l\u2019antique toiture à poutraison de cette église qui a suggéré cette ordonnance dont on se sou- 420 LA REVUE DOMINICAINE vient, par laquelle on défendait de construire des voûtes dans les nôtres, sauf sur le chœur et la sacristie.En 1229, le Pape Grégoire IX pousse déjà nos religieux à ce que les contemporains appellent les opéra somptuosa, et tel sera notre couvent de Salamanque, grâce peut-être à ses libéralités.Après les Papes, les cardinaux et les évêques.En 1221, le cardinal Hugolin nous a investis de l\u2019église des Saints-Faustin et Jovite, à Brescia, et nous a donné en plus Saint-Pierre de Florence.L\u2019année précédente, Hugues Settala, au nom de l\u2019archevêque de Milan, nous a fait cadeau de la collégiale de Saint-Eustorge, dans cette même ville, avec les maisons et le clos qui l\u2019avoisinaient.Vers 1304, Nicolas Albertini, devenu cardinal, dote la ville de Prato de deux couvents, l\u2019un d\u2019hommes, l\u2019autre de femmes.\u2014 A Poitiers, à Limoges, à Orléans, Ipi Te lÈît-î-1 lb lx Pierre i pati iîàt dé a si évêques et chapitres de chanoines sont pour nous d\u2019insignes bienfaiteurs.L\u2019évêque d\u2019Arras, Paschase Mau-pajets, achève les trois nefs de notre église et, par son testament, nous donne sa maison, sa bibliothèque et ses -\tEn -\tMétier I Ns ! % îllei ornements pontificaux.C\u2019était en 1550, mais bien longtemps auparavant, c\u2019est-à-dire en 1221, Conrad, évêque de Metz, incapable par lui-même de faire tous les frais de notre installation, exhortait les diocésains à lui venir en aide et voyons de suite avec quel succès prodigieux.Notre église, terminée » en 1250, n\u2019a pas moins de deux cent soixante-douze pieds de longueur par soixante-dix-neuf de largeur.Sa voûte en pierre de taille, élevée à une hauteur de soixante-six l.\u2018b coudées, s\u2019appuie sur vingt-six piliers.Dix-neuf chapelles dans les bas-côtés et sept autres dans le chœur; cent quatre stalles fouillées et ciselées ; dans la nef, des statues de Notre-Seigneur, de la Sainte-Vierge, de sainte L\u2019ART CHEZ LES DOMINICAINS 421 Et isa, etf êtres ! i, B se (te avoisi- rdinal munei s d'ii' iar s®1' et ses 0> ?ons je P' if * (i#1 lit* A Marie-Madeleine, etc.; au-dessus, dans la claire-voie, cinquante-sept vitraux tamisant l\u2019éclat trop vif de la lumière; tant de splendeur eut fait pleurer saint Dominique, mais que faire puisque c\u2019était donné en pur don pour l\u2019amour de lui, pour l\u2019amour de Dieu, de Notre-Seigneur et de la Madone ! Telle est la munificence des fidèles.Ainsi déjà, c\u2019est-à-dire en 1215, à Toulouse, Pierre Ceila a cédé à notre Père et à ses successeurs sa propre maison, un des plus beaux édifices de la ville.A Bologne, en 1219, Pierre Lovello et sa femme Otta nous ont passé leur droit de patronat sur Saint-Nicolas des Vignes.La même année, Jacques Marnés, en faveur des Pères de Madrid, s\u2019est dépossédé de son domaine rural de Saint-Julien du Val Salobral.En même temps, aux princes de l\u2019Eglise et au peuple chrétien, se joignent les princes de la terre.En France, le roi saint Louis, élevé par les Prêcheurs, garde à ses maîtres la plus vive reconnaissance.C\u2019est à lui que le couvent de Saint-Jacques dut son admirable réfectoire, long de deux cent-soixante pieds, soutenu par dix colonnes qui le séparaient en deux nefs et pouvant asseoir trois cents religieux.Leur dortoir fut de même l\u2019œuvre de sa magnificence, comme aussi les fondations de Caen, Evreux, Compiègne; comme aussi bien des choses utiles à la vie: souliers, vêtements chauds, pelisses \u2014 et permettez ! \u2014 \u201cdes milliers de harengs.\u201d Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre, fonde le couvent\u201d de Provins, \u201cde très grandes proportions et, a-t-on dit, d\u2019un luxe exagéré.\u201d Les princes de la maison d\u2019Anjou font les frais d\u2019un couvent de cent religieux à Saint-Maximin, sur le tombeau de sainte Marie-Madeleine.\u2014 En Angleterre, à Londres, église, couvent, vêtements, nourriture 422 LA REVUE DOMINICAINE occupent la sollicitude de Henri II, et on le voit par exemple, en 1243, fournir une tunique et des souliers à chaque religieux.\u2014 En Espagne, à Barcelone, le conseil de la cité, de concert avec le roi, fait don de l\u2019ancien palais municipal pour le nouveau couvent de nos Pères.Quant à l\u2019église, le roi a signé, manu propria, ce papier mémorable: \u201cNous, Jacques, par la grâce de Dieu, roi d\u2019Aragon, de Mayorque et de Valence, comte de Barcelone et d\u2019Urgel, et seigneur de Montpellier, en aumône et pour le salut de notre âme, prenons à notre charge l\u2019œuvre de l\u2019église des Frères Prêcheurs, de telle sorte que nous y ferons tout terminer : murs, toiture, fenêtres, vitraux et autres ouvrages indispensables pour ce parfait achèvement.\u201d La même affection est témoignée à nos Sœurs.Dès l\u2019an 1206, dix ans avant la confirmation de l\u2019Ordre, Foulques, évêque de Toulouse, donne à saint Dominique l\u2019église de Notre-Dame de Prouille pour établir tout auprès un monastère de femmes.L\u2019année suivante, Bérenger, archevêque de Narbonne, affecte à la même œuvre les revenus de Saint-Martin de Limoux.Une jeune veuve, avant d\u2019entrer au couvent, emploie sa fortune à le construire, et elle le fera grand, \u201cen pierre de taille\u201d, s\u2019il vous plaît, et saint Dominique laissera faire, lui pourtant réputé si intransigeant.Que pensera-t-il plus tard quand, du haut de son ciel, il verra ce monastère, humble berceau de son institut, muni d\u2019une enceinte longue de quatre cents pas, large de trois cents, entourée de fossés avec des murailles de vingt-cinq pieds de hauteur, celles-ci ornées de quatre échauguettes aux quatre coins, et de quinze tours placées de cent pas en cent pas ! Un vrai palais, et de fait, longtemps on n\u2019y verra guère que de vraies princesses sous l\u2019humble bure des moniales : Ma- '118, ?1521, ] û priii L\u2019ART CHEZ LES DOMINICAINS 423 deleine de Bourbon (1567), Eléonore de Bourbon, Jeanne de Lorraine, Carola-Maria de Lévis de Ventadour, prieure en 1623, Johanna-Antonia d\u2019Albret, Johanna d\u2019Artagnan de Montesquiou, et cent autres.A Nancy, en 1298, une autre princesse de Lorraine, peut-être une aïeule de Jeanne et devenue la \u201csainte reine Marguerite de Navarre\u201d, avait, de concert avec son époux, donné son magnifique palais à nos Sœurs, logées jusqu\u2019alors au bois de Saint-Nicolas, dans les environs de la ville.Vers le même temps, Philippe le Bel fonde et dote le monastère de Poissy pour une centaine de religieuses.Voici encore, qu\u2019il faille ou non s\u2019en plaindre, un \u201cvrai palais\u201d, où l\u2019on comptera, vers 1350, sept princesses, dont six de sang royal, et toutes petites-filles ou petites-nièces de saint Louis: Marguerite de France et Marie de Bourbon, Marie de Clermont, fille de Robert, fils de saint Louis, Isabeau de Valois, sœur du roi Philippe de Valois, etc., etc.Plus tard, Fernand, comte de Flande, donne à nos Sœurs une maison à Gand ; la pieuse princesse Béatrice leur fonde un monastère à Valenciennes en attendant qu\u2019elle y fasse elle-même profession ; le duc de Ferrare concède à la bienheureuse Lucie de Narni et à ses filles un large terrain et leurs constructions, sur un plan très vaste, seront achevées le 5 août 1521.Plus tard encore, vers la fin du dix-septième siècle, la princesse des Ursins, duchesse de Gravina, fondera le monastère de ce nom, y entrera, devenue veuve, et y terminera ses jours le 28 février 1700, assistée par son fils, le cardinal des Ursins, archevêque de Bénévent.C\u2019est bien comme a dit le prophète: Erunt reges nutritn tui et reginæ nutrices tuae, \u201cdes rois et des reines seront tes nourriciers,\u201d et peut-être ne faut-il pas d\u2019autres exemples en plus pour prouver que dans les 424 LA REVUE DOMINICAINE siècles passés, des bienfaiteurs innombrables, princes du sang avec les cités, nobles avec les bourgeois, haut clergé avec le peuple, ont tenu à honneur d\u2019établir de grandes et belles maisons dominicaines, des \u201cprédications\u201d comme ils les appelaient si justement, parce que, à l\u2019église attenante, on prêchait sans relâche tous les devoirs et sans doute, en particulier, celui de la reconnaissance.2° La bienvenue à tous les arts.\u2014Faute d\u2019espace toujours, nous ne pouvons ici nous occuper, et cela brièvement, que de l\u2019architecture et de la peinture, et pour des raisons déjà données ci-dessus, ne mentionner que des artistes étrangers à notre Ordre.Signalons cependant pour la miniature l\u2019un des plus beaux manuscrits de la Bibliothèque Nationale, le Bréviaire de BelTeville à Vusage des Prêcheurs, attribué à Jean Pucelle (avant 1356) ; le codex 8541 du Vatican, probablement exécuté pour nous, fin du treizième siècle, par un auteur inconnu mais plein de chaleur et de vérité dans sa légende de saint Dominique sur fond d\u2019or; la Bible moralisée, œuvre dominicaine de haute ancienneté, comprenant dans ses quatre volumes in-folio, au moins cinq mille peintures.\u2014 Comment aussi, pour la gravure ou le dessin en général, oublier tout à fait le Sveculum humanæ Salva-tionis ou Miroir du salut écrit en 1324 par frère Ludolphe alors dominicain et devenu ensuite, pour plus d\u2019austérité, \u201cLudolphe le Chartreux\u201d, livre où chaque fait de la viè de Notre-Seigneur comporte un système de figures au nombre de trois en l\u2019honneur de la sainte Trinité.Comment, dans le même genre, ne pas mentionner les images de sainte Catherine de Sienne que frère Thomas Caffa-rini fit faire après la mort de la Sainte, et \u201cpar milliers, dit-il, tous les jours, de sorte qu\u2019il y en a maintenant une immense quantité à Venise, et dans toutes les par- L\u2019ART CHEZ LES DOMINICAINS 425 H ;rgé tf ides f le c-,tte-1 ans I ace f cela p et I mer ?te-1 :rits I U I mit P coté F mini j oint I do-1 ses I ire?-1 AI iit I .1* 1 iriÜ I i $ I ; au I [ ; # I I lier?- ! f* ties du monde.\u201d C\u2019était dit au procès de canonisation en 1411 et les premières gravures pouvaient dater de 1394 ou 1395, ce qui dépossède de leur priorité proclamée par tant d\u2019auteurs le Saint Christophe de 1423 et l\u2019estampe de 1418 conservée à la bibliothèque de Bruxelles.\u201cLes faits sont les faits\u201d même s\u2019ils sont dominicains, et poursuivons sans plus chercher noise à la Science.Comment encore pour le modelage sous toutes ses formes : orfèvrerie, bas-relief et ronde-bosse, statuaire, sculpture en général, ne pas au moins saluer les terres-cuites de toute une famille d\u2019artistes, les Della Robbia, placées sur la façade de la Quercia ; leur saint Dominique et saint François, leur Vierge et VEnfant, œuvres tout à fait charmantes; de même les bas-reliefs et rondes-bosses de Nicola Pisano, de Niccolo de l\u2019Area et de Michel-Ange sur le tombeau de saint Dominique à Bologne ; ceux et celles de Giovanni Balduccio, à Saint-Eustorge de Milan, sur le tombeau de saint Pierre martyr dû à la munificence de la noble famille des Visconti ; enfin, parmi d\u2019innombrables statues en bois, en marbre, en bronze, quelques-unes en particulier de notre bienheureux Père: à Saint-Marc de Florence par Francavilla, à Saint-Dominique de Chioggia par Naccari, une troisième toute récente par Arturo Ferraroni ; d\u2019autres encore à Bologne, à la Minerve de Rome, à Naples.partout.Sûrement nous n\u2019avons pas proscrit la sculpture et c\u2019est ainsi que sur le seul autel majeur de l\u2019église Saint-Dominique, à Palencia, vous pourrez compter encore au moins huit bas-reliefs et vingt statues.L\u2019architecture.Naturellement, chez nous comme partout ailleurs, l\u2019art a commencé par l\u2019architecture et peu importe, quant à la question présente, qu\u2019il ait été généralement anonyme, s\u2019il a seulement existé.Tout 426 LA REVUE DOMINICAINE d\u2019abord ce serait bien le cas de se rappeler le quatrain assez banal, il est vrai, de Victor Hugo: J\u2019ai fait ce que j\u2019ai pu, j\u2019ai servi, j\u2019ai veillé, Et j\u2019ai vu bien souvent qu\u2019on riait de ma peine; Je me suis étonné d\u2019être un objet de haine, Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.De fait, quels crimes inouïs, innommables, nos Pères ont-ils pu commettre pour qu\u2019on ait presque partout désaffecté, souillé, ruiné, rasé leurs maisons, leurs églises ?Voici un exemple typique, si vous tolérez une nouvelle citation.C\u2019est le comte de Montalembert qui parle devant la Chambre des Pairs (de France) le 2b juillet 1847.Avec regret, nous abrégerons: \u201cA Toulouse, il y a une admirable église que je me vante d\u2019avoir été le premier à signaler dès 1833 à l\u2019attention publique.C\u2019est l\u2019église des Jacobins ou Dominicains.Cette belle église date du treizième siècle; elle a été achevée au quatorzième.Elle a des caractères tout à fait spéciaux que je ne vous définirai pas \u2014 ce serait trop long.\u201cOutre le glorieux tombeau de saint Thomas d\u2019Aquin, la vieille église des Jacobins se distinguait par des fresques du plus curieux mérite, des fresques du qua- torzième siècle, qui, en Italie, seraient l\u2019objet de la visite des voyageurs et de l\u2019étude de tous les artistes.Cette église avait deux cents pieds de long et cent pieds de hauteur; elle était à deux nefs, particularité assez rare; enfin, elle avait un clocher qui passait pour le plus beau du Midi.Eh bien, le génie militaire s\u2019en est emparé, et voici ce qu\u2019il en a fait: \u201cIl a d\u2019abord recouvert ces fresques d\u2019un badigeon, l\u2019art chez les dominicains 427 parce que les fresques et les peintures l\u2019intéressent fort peu, tandis que le badigeon lui plaît beaucoup.(Hilarité).En outre, il a détruit deux côtés du cloître, car il y avait un cloître admirable à côté de l\u2019église, et il a transformé les deux autres côtés et la salle du chapitre en belles écuries garnies d\u2019auges et de râteliers.Je ne sais trop ce qu\u2019il a fait du réfectoire qui avait treize fenêtres en ogive avec de riches meneaux, mais je sais ce qu\u2019il a fait d\u2019une chapelle, la plus belle de toutes, la chapelle de Saint-Antonin qui était couverte de fresques admirables : il en a fait le dépôt des chevaux morveux.(Nouveau mouvement).\u201cVoilà l\u2019emploi qu\u2019on trouve à faire, en 1846, d\u2019un monument d\u2019art qui, je le répète, en Italie, attirerait tous tous les voyageurs, tous les artistes.Eh bien! réellement, je ne crois pas qu\u2019il y ait un pays, excepté la France, ou de si honteuses dévastations soient possibles.\u201d Et le noble orateur cite d\u2019autres exemples, mais cela n\u2019empêcha pas, trois ans plus tard, la démolition de Saint-Jacques de Paris, un autre chef-d\u2019œuvre pourtant, et encore plus beau que Toulouse, comme en témoignent d\u2019anciennes gravures.Que sera-ce aujourd\u2019hui quand Montalembert est si vieux, si démodé, avec son bon sens et tout son naïf catholicisme ?En 1926, M.Emile Baumann visitait notre couvent de Poitiers et vous avez vu ce qu\u2019il vient d\u2019en écrire dans Mon Frère le dominicain.\u201cLes Dominicains n\u2019y sont plus; la persécution les a spoliés, expulsés.Et voici qu\u2019on massacre leur couvent pour en faire une maison de fous.La belle charmille est coupée en deux par un mur;.des cloisons de brique bouchent les arceaux du cloître; les maçons y préparent des cellules obscures à l\u2019usage des agités.Là où résonnaient des psaumes, se heurteront les cris furieux et 428 LA REVUE DOMINICAINE plaintifs de ceux dont Jésus disait qu\u2019un démon les tient.Sous ces arbres, j\u2019aurais pu circuler en paix avec le cher fantôme (son frère noyé dans la naufrage de la Bourgogne, 1898).La laideur sacrilège et le gâchis desplâtras m\u2019ont à mon tour chassé.\u201d Tant d\u2019autres églises et couvents ont subi ou subiront le même sort, et que deviendra un jour, par exemple, \u201cl\u2019abbaye dominicaine de Bethala\u201d, ainsi que l\u2019appelle un auteur friand d\u2019ornementation, comme vous l\u2019allez voir: \u2018Joyau du Portugal, dit-il, toute fleurie, toute brodée, toute dentelée, avec des contreforts entrecoupés de bandeaux, des arcs-boutants ajourés de quatre-feuilles, etc.\u201d Toutes nos églises n\u2019auront pas comme celle-ci trois cents pieds de longueur par soixante-dix de largeur ; elles ne seront pas toutes \u201cfleuries\u201d, \u201cbrodées\u201d, \u201cdentelées\u201d, mais en ces siècles de foi où rien n\u2019était assez grand, assez riche pour \u201cloger le bon Dieu\u201d, on peut croire que l\u2019art n\u2019en était pas exclu, même quand c\u2019est nous qui les bâtissions et à plus forte raison quand elles nous étaient données ?Malgré l\u2019usure du temps et la malice ou l\u2019insanité des hommes, quelques monuments témoignent encore de encore de notre vieille affection pour la belle architecture, tels en particulier : Saint-Thomas d\u2019Aquin, à Paris : Notre-Dame de Bordeaux; Sainte-Anastasie de Vérone; Saint-Dominique de Naples avec ses belles lignes gothiques et son plafond à caissons; Saint-Dominique de Faenza avec sa superbe coupole; Saint-Michel-in-Borgo, à Pise, avec sa façade à triple arcature supérieure; tels encore, attenant aux églises et aux monastères : les cloîtres de Bologne, de Sainte-Sabine et de la Minerve, à Rome ; de Saint-Marc à Florence, surtout ceux de Santa-Maria dei Gradi à Viterbe et de la Quercia, près de cette L\u2019ART CHEZ LES DOMINICAINS 429 tien.dur Bour- lirait mple, ie ue voir: odée.Suit.' trois dis' fc\" rand, eijiit nil® aient aiiité hit* :# \\f $ ville, tous deux du quinzième siècle avec \u201cla même ordonnance des colonnes, deux à deux comme deux sœurs jumelles; la même disposition des rosaces supérieures, la même alternance des pilastres coupant la colonnade\u201d (Mortier).Le Père Lacordaire appelait la Quercia \u201cun Paradis\u201d.Qu\u2019aurait-il dit du couvent de Viterbe, l\u2019un des plus beaux et des plus glorieux de l\u2019Ordre, alors qu\u2019il était devenu un 'pénitencier ?Fresques et peinture.De nouveau, la bêtise humaine ! Elle n\u2019a pas manqué de s\u2019exercer comme à Toulouse sur tant de fresques ou de peintures murales qui ornaient dès le quatorzième siècle, la plupart de nos églises.Qu\u2019en reste-t-il en Angleterre, dans les pays du nord de l\u2019Europe, peuplés autrefois de Frères Prêcheurs, en France et en Allemagne également?A Guebwiller, dans l\u2019ancienne Alsace-Lorraine, des fresques du quatorzième siècle, entre autres, la Vision de sainte Catherine de Sienne, étaient l\u2019œuvre de Werlin zun Burne.A ÎGand, sous le badigeon, on a découvert en 1915 une œuvre admirable de la seconde moitié du même siècle, neuf sujets supérieurement dessinés: la Dernière Cène, une adorable Tête du Christ, le Miracle des Pains à Saint-Sixte, pains servis par des anges, etc.L\u2019Italie, plus artiste et plus conservatrice, en possède encore du treizième siècle à Saint-Dominique de Bevagna et dans le cloître de Santa-Maria-Novella ; d\u2019autres un peu moins anciennes dans le chapitre du couvent de Trévise, œuvre de Thomas de Modène (1352) ; dans celui de Santa-Maria-Novella, œuvre d\u2019André Bonaiuti de Florence (1366), dans le chœur, et dans l\u2019admirable \u201cchapelle des Espagnols\u201d de cette même église; dans le réfectoire de Saint-Marc ; dans la chapelle Sainte-Catherine de l\u2019église Saint-Dominique à Sienne, par le Sodoma de Verceil 430 LA REVUE DOMINICAINE (1477-) ; dans nos églises d\u2019Arezzo, de Spolète, de Fano, de Saint-Nicolas de Prato, dans la chapelle de Saint-Hyacinthe à Sainte-Sabine, dans le cloître de la Minerve, etc.Les auteurs ont de beaux noms à part les trois qui précèdent: Piero della Francesca, Parri di Spinello, Domenico Ghirlandajo, Benozzo Gozzoli, Spagna, Traini, Ottaviano Nelli, Sogliani, Frederico Zuccheri, Moncalvo à Chieri en Piémont, etc.La peinture sur toile ou sur panneau a pu se conserver ou être préservée beaucoup mieux, parce que, si on la ravissait aux Dominicains sans doute indignes de la posséder, on pouvait la revendre quelque part \u201cpour trente deniers\u201d ou même plus.A nous occuper toujours uniquement des peintres étrangers à l\u2019Ordre, nous voudrions bien savoir à combien d\u2019entre eux l\u2019Ordre a fait appel pour glorifier le Seigneur, la Vierge, saint Thomas d\u2019Aquin, saint Pierre martyr, sainte Catherine de Sienne, tous nos saints et saintes, tout ce qui était cher à nos cœurs, autrefois sur la terre, maintenant au ciel.Nécessairement, une étude un peu sérieuse de l\u2019Italie à ce point de vue devra suffire, précédée d\u2019un rapide coup d\u2019œil sur quelques autres pays d\u2019Europe; et il va de soi que la description des œuvres est impossible quand la simple indication des sujets et des lieux l\u2019est déjà, les seuls noms des auteurs prenant déjà toute la place disponible.A propos, pour cette dernière partie du présent travail, la difficulté n\u2019a pas été de trouver des matériaux, si longtemps qu\u2019ait duré cette besogne, c\u2019est actuellement de les condenser, de les tasser, d\u2019en éliminer plusieurs.C\u2019est ainsi que, même à la Sainte Vierge, reine et mère de notre Ordre, à saint Dominique, notre bienheureux et bien-aimé Père, encore moins à d\u2019autres saints de la famille pourtant très chers, nous ne pouvons accorder le L\u2019ART CHEZ LES DOMINICAINS 431 Fai, Sail j îene is pi >, Dotai, îcalvo ; coolie, si ies k \"pour ijours j ! von- moindre alinéa à part, heureux encore de temps en temps, de pouvoir au moins les nommer.Cependant comme l\u2019oiseau en cage ne cesse pas pour autant de voler, nous-même, dans nos étroites limites essayons de nous mouvoir.Pour commencer par la patrie de notre Père, le vieux Berruguete, en Espagne, au début du seizième siècle, peint de nombreux sujets dominicains et en particulier notre Salve Regina, lequel nous revient à l\u2019esprit, dans notre église du Saulchoir, devant l\u2019admirable Gloria Patri de notre contemporaine, Lucie Roisin.Plus tard, Zurbaran (1598-) nous donne le Triomphe de saint Thomas, et ce merveilleux saint Dominique, les yeux levés, l\u2019étoile sur la poitrine, les mains jointes, maintenant au Prado de Madrid.r En France, nos religieux \u2014 c\u2019est trop clair \u2014 sont entrés dès longtemps dans le mouvement artistique général, et nos sœurs imitent leur exemple.A Sainte-Praxède d\u2019Avignon, sœur Marie-Gabrielle de Jarente (1638-), prieure, fait faire quarante petits tableaux pour les placer sur les quarante portes des cellules à l\u2019intérieur, et c\u2019est partout un petit Jésus portant le sceptre et la couronne, nous dirions aujourd\u2019hui \u201cle Christ-Roi\u201d, et il est placé dans un cœur afin de montrer par \u201clà\u201d sa royauté sur le nôtre.Chez les Dominicaines de Paris ou les Filles de la Croix, on ne veut au maître-autel rien moins qu\u2019une œuvre de Jean Jouvenet (1644-), cette Descente de Croix maintenant au Louvre, dont on a dit qu\u2019elle \u201cvaut tous les kilomètres de peinture perpétrés par Le Brun\u201d.On peut après cela négliger les Fantin-Latour qu\u2019elles possédaient également, comme aussi en Flandre le fastueux et grassouillet Rubens, si au moins nous avons Calvaerts (1540-) et Van Dyck (1590). 432 LA REVUE DOMINICAINE En Alsace-Lorraine, à Colmar, au fameux couvent d\u2019Unterlinden, nos Sœurs, encore, avaient formé une incomparable collection d'œuvres peintes et sculptées, si f\u2019iStll bien que la ville en a fait un musée et Ton y remarque, à part les motifs dominicains, des peintures des vieux maîtres allemands Grünewald (1432-) et Schongauer (1450), de ce dernier surtout, la Châsse mystique.A ces deux personnalités germaniques s\u2019en joint une autre encore plus célèbre.Ne sait-on pas en effet que Dürer peignit pour nos Pères de Francfort son triptyque dit \u201cde Haller\u201d, la Fête du Rosaire (1509), et pour ceux de Nuremberg, Y Assomption de la Vierge ?Mais venons maintenant en Italie, si pleine de promesses, et en particulier sur un point pour nous capital.Ce sont en effet nos premiers siècles d\u2019existence qui donnent surtout prise à la critique, parce que peut-être on ne s\u2019est pas donné la peine de comprendre nos anciennes constitutions.Mais cette bienheureuse Italie nous fournira elle-même la preuve que, dès lors, la peinture était la bienvenue chez nous comme tous les arts et tous les artistes.Malheureusement, car \u201cil faut toujours se plaindre\u201d, le point de vue qui nous occupe n\u2019a jamais, semble-t-il, intéressé personne même chez nous, et par ailleurs les peintres d\u2019autrefois ne signaient pas leurs œuvres, si ce n\u2019est quelquefois par un signe quelconque.MA tone Ji fer H C\u2019est ainsi, par exemple, que les deux plus anciens portraits de notre saint Fondateur, l\u2019un apporté a Saint- Dominique-le-Majeur de Naples en 1241, l\u2019autre datant de 1250 ou environ, à Saint-Pierre Martyr de la même ville, sont restés jusqu\u2019à ce jour sans attribution.Mais si les peintres anciens ne signaient pas \u2014 tradition qui d\u2019ailleurs s\u2019est maintenue chez un grand nombre dé leurs successeurs \u2014 on a pu autrement les connaître, eux et rise, Vo; A se fees ( n 'le (si lf&ïe, M % H ki \"j L'ART CHEZ LES DOMINICAINS 433 )$ t* leurs œuvres, à l'aide des documents, à l'aide aussi de leur style, car \u201cle style, c\u2019est l'homme\u201d,, et par conséquent c\u2019est le peintre quel qu\u2019il soit.Nous savons ainsi que, pour les Dominicains, quand J\u2019Ordre comptait à peine quelques années d\u2019existence, en 1221, dit-on, Guido de Sienne, le peintre par excellence de cette ville, exécutait la merveilleuse Madone alors et depuis tant célébrée; que, un peu plus tard, Duccio de Buoninsegna (1255-) peignait pour le couvent de cette même ville le portrait de saint Dominique; que Giotto (1276-), oui Giotto lui-même, d\u2019après Vasari, exaltait le Docteur Angélique dans notre église de San-Cataldo à Rimini, comme devait le faire en 1344 Francesco Traini dans son Triomphe de saint Thomas à Sainte-Catherine de Pise.Voilà déjà de bien beaux noms et assez anciens, il nous semble.Il y en a d\u2019autres.Nos Pères d\u2019Italie iti , peit-irts (¦ ojOtf! 31# avaient adopté un peintre en quelque sorte officiel, Simone Memmi (1284-), lequel consacra son pinceau à glorifier notre Patriarche et enrichit de ses œuvres les églises de son Ordre, à Florence, à Pise, à Orvieto, etc.Il y a aussi, antérieurs, comme naissance, à Raphaël (1483-) et il faut au moins les nommer s\u2019il n\u2019est pas possible pour l\u2019instant d\u2019indiquer les sujets et lieux de leurs œuvres: Lippo Vanni (avant 1300), Ugolino de Sienne, mort dans un âge très avancé en 1339 ; Taddao Gaddi (vers 1300-), Gentile de Fabriano (v.1360-), Vecchietta (1412-), Piero della Francesca (1416-), Be-nozzo Gozzoli (1420-), Bonfigli (1425-), Giovanni Bellini (1427-), Carlo Crivelli (1430-), Giovanni di Paolo décédé très âgé vers 1481, Luca Signorelli (1441-), Léonard de Vinci (1452-), Pinturicchio (1454-), Filippino Lippi
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