Revue dominicaine, 1 septembre 1925, Septembre
[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES ROLE DE L\u2019OBSERVANCE REGULIERE L\u2019Ordre des Frères Prêcheurs a obtenu sa large part des grâces de choix accordées durant ces années dernières au Canada apostolique.Le nombre des vestitions et professions annuelles a plus que doublé depuis 1922, et tout fait prévoir que ce mouvement vers Saint-Dominique va Dieu aidant se maintenir sinon s\u2019accentuer.Les motifs d\u2019attraction varient d\u2019un postulant à l\u2019autre.Cependant on peut dire que les austérités de l\u2019Ordre, plus réelles qu\u2019apparentes, loin de rebuter la jeunesse de nos collèges, comptent généralement pour beaucoup dans l\u2019orientation de son choix.N\u2019est-ce pas dès lors rendre service aux religieux de l\u2019avenir comme à ceux du présent, que de remettre sous les yeux le rôle de Vobservance régulière dans la formation du sens religieux et apostolique.* * * L\u2019on entend dire souvent : à quoi bon les observances, c\u2019est le sens religieux qui manque.De toute évidence, un sens religieux plus profond conduirait à une observance plus stricte, mais vouloir attendre l\u2019abondance du sens religieux dans les âmes pour les exhorter à l\u2019observance serait comme se résigner à attendre l\u2019acquisition parfaite des vertus avant d\u2019en commander l\u2019exercice.Qui peut approuver ce procédé, et comment ne pas admettre, même à priori, que l\u2019observance régulière est ordonnée tout spécialement à développer le sens religieux?Il suffit, pour le bien voir, de préciser cette expression: le sens religieux. 450 LA REVUE DOMINICAINE Le sens religieux n\u2019est pas la simple connaissance de notre vocation et de l\u2019étendue de nos obligations, ni même l\u2019étude approfondie de nos traditions.Le sens religieux ajoute à cela une certaine intuition vive, juste et compréhensive qui s\u2019exerce constamment et étend son activité à tout ce qui concerne la vie religieuse.D\u2019une part, le sens religieux perfectionne également la volonté, la rendant prompte à commander le dévouement aux œuvres de la religion.Le sens religieux serait donc comme une dévotion instinctive aux œuvres de la vie religieuse sous la haute direction d\u2019un jugement surnaturel et bien informé de ce qui convient dans une telle vie.Ce sens religieux peut être un don infus dans l\u2019âme qui se consacre à Dieu, mais, selon la loi commune, c\u2019est un don acquis, comme le sens philosophique ou le sens théologique et d\u2019une manière analogue.De même que c\u2019est en pratiquant la Théologie que quelqu\u2019un acquiert le sens théologique, de même il faudra pratiquer la vie religieuse pour acquérir le sens religieux.Et le meilleur exercice de vie religieuse a toujours été l\u2019observance régulière.Si déjà du caractère monastique de nos maisons se dégage une certaine influence capable de nous donner un air de famille, que dire de la pratique généreuse et assidue des grandes observances pour donner le sens religieux, savoir : pour donner, d\u2019une part, à l\u2019intelligence ce jugement sûr et facile en ce qui concerne les choses de notre vie religieuse, et, d\u2019autre part, à la volonté la souplesse et la force pour s\u2019appliquer avec zèle à l\u2019œuvre de Dieu?Juger de notre vie religieuse par la pratique de chaque jour et comme mécaniquement, de la même manière qu\u2019en ont jugé nos Pères, n\u2019est-ce pas le meilleur moyen pour arriver à juger de tout en vrai religieux, et observer ce qu\u2019ils ont pratiqué, n\u2019est-ce pas RÔLE DE L\u2019OBSERVANCE RÉGULIÈRE 451 ®(i travailler à acquérir comme eux cette volonté docile et s, ni F forte qui caractérise les saints! Il semble donc que pour l\u2019acquisition du sens reli-ustel gieux comme pour l\u2019acquisition des vertus, il faille sop commencer par l\u2019exercice, et reconnaître que c\u2019est préci-l\u2019itj sèment là le rôle de l\u2019observance régulière, de développer mt{, s en nous le sens religieux.dont V!: udra ieux iable pour part.1 it,d À * * * Il en va de même pour le sens apostolique.L\u2019observance régulière et l\u2019exercice de l\u2019apostolat sont difficilement et rarement conciliables, et c\u2019est pourquoi la dispense intervient si facilement chez nous pour les nécessités de toutes sortes.Mais c\u2019est une chose bien différente quand il s\u2019agit de mettre en rapport l\u2019observance régulière et la formation de l\u2019âme apostolique.On pourrait même dire que l\u2019observance régulière est l\u2019atmosphère naturelle au milieu de laquelle doit se développer l\u2019âme de l\u2019apôtre.Pour travailler, en effet, avec fruit à la sanctification des âmes, l\u2019apôtre du Christ doit appliquer constamment à sa vie les trois grandes lois du surnaturel.La loi de l\u2019Incarnation tout d\u2019abord ; il lui faut devenir, comme le Christ Jésus, \u201cla voie, la vérité et la vie.\u201d Pas d\u2019apostolat efficace sans cela.Quel est l\u2019apôtre d\u2019une idée qui a atteint le succès au point de se faire des milliers d\u2019adeptes?Ce n\u2019est sûrement pas l\u2019insouciant ou le demi-convaincu, mais bien l\u2019homme qui a vécu de son idée, qui l\u2019a aimée avec passion.L\u2019on dit de lui : cette idée, il l\u2019a incarnée.Et c\u2019est l\u2019explication du succès.Il ne peut en être autrement quand il s\u2019agit de l\u2019apôtre du Christ.Tant qu\u2019il ne se sera pas emparé de l\u2019idée chrétienne, la révélation divine, tant qu\u2019il n\u2019en J 452\tLA REVUE DOMINICAINE aura pas fait sa vie, tant qu\u2019il ne l\u2019aura pas incarnée dans tout son être par l\u2019étude et la contemplation, comment pourra-t-il avoir cette parole ardente qui fait accepter le surnaturel?Qui lui donnera l\u2019accent de conviction qui entraîne?Et puisqu\u2019il s\u2019agit ici de vérités qui excèdent la portée naturelle de l\u2019esprit humain, pour avoir son efficacité il ne suffit pas que la parole de l\u2019apôtre soit bien limpide et bien convaincue; il faut de plus qu\u2019elle s\u2019échappe d\u2019une âme intimement unie à Dieu par la vie de la grâce et par la prière.Sans l\u2019incarnation complète de la vérité surnaturelle par l\u2019étude et la contemplation et sans l\u2019union intime avec Dieu par la grâce et la prière, il ne peut y avoir d\u2019apôtre du Christ digne de ce nom.Le Christ est la vérité et la vie surnaturelle ; il faut aussi que son apôtre incarne cette vérité et cette vie; il faut qu\u2019il se soumette à cette première loi du surnaturel, son incarnation en nous.Et maintenant le Verbe incarné, Jésus-Christ, a voulu, pour sauver les hommes, souffrir et mourir; il a voulu, de plus, que nous complétions en nous ce qui manque à sa Passion; la tête du corps mystique ne doit pas être seule à souffrir; les membres aussi doivent souffrir.feu as rocj «1 C\u2019est la loi de la Rédemption posée par Dieu, et il n\u2019appartient à personne de poser une autre loi de salut, et, par conséquent, l\u2019application aux âmes de la Rédemption du Christ ne peut avoir normalement son effet que si la condition est posée, la souffrance volontairement acceptée à l\u2019exemple du Sauveur.C\u2019est là la deuxième grande loi du surnaturel; c\u2019est une loi absolument générale, à laquelle tous doivent se soumettre, mais en tout premier lieu l\u2019apôtre du Christ.ID fits luis 1 SHtçj ton RÔLE DE L\u2019OBSERVANCE RÉGULIÈRE 453 Ne serait-ce pas pour ces apôtres une pure témérité que d\u2019attendre quelque fruit d\u2019une prédication ayant pour but de faire accepter aux âmes la loi de la Rédemption, le salut par la souffrance, sans se présenter à ces âmes comme des convaincus de la pénitence chrétienne et comme des pratiquants de cette pénitence! Comment faire accepter aux âmes la loi de la Rédemption sans s\u2019y soumettre tout d\u2019abord entièrement?Un apôtre du Christ doit donc être par profession un ami de la péni- tence.Il faut de plus que sa vie soit soumise à la troisième loi du surnaturel, je l\u2019appellerai la loi de la glorification.Il doit, en effet, désirer pour lui et pour les âmes le bonheur avec Dieu et la gloire éternelle.C\u2019est l\u2019emprise de ce désir qui transformera sa vie.L\u2019appréhension bien claire du bonheur éternel et l\u2019ambition si légitime d\u2019un plus haut degré de gloire remettront sans cesse dans la vie de l\u2019apôtre l\u2019idéal surnaturel de sa vocation et le zèle qui doit l\u2019animer dans la conquête des âmes.Tant que l\u2019apôtre du Christ n\u2019aura pas mis bien sincèrement le but de sa vie en dehors de la vie présente, il perdra de vue la fin à atteindre, et, sans aller jusqu\u2019à se détourner de Dieu, son cœur sera partagé, il n\u2019aura ni l\u2019idéal qui entraîne, ni le zèle qui fait oublier les fatigues, qui console et fortifie, toutes choses nécessaires aux succès réels de l\u2019apôtre.Si bref que soit cet exposé, il nous permet de vous inviter à conclure avec nous que l\u2019apôtre du Christ, pour être digne d\u2019un si grand nom, doit soumettre sa vie aux trois grandes lois du surnaturel.Et maintenant, les conséquences qui découlent de ces principes sont des plus intéressantes et des plus pressantes pour des religieux voués à la contemplation autant qu\u2019au ministère actif. 454 LA REVUE DOMINICAINE La loi de l\u2019Incarnation du surnaturel nous oblige d\u2019une part à l\u2019étude et à la contemplation de la vérité révélée, pour' faire de cette vérité divine notre vérité; d\u2019autre part, cette même loi nous oblige à une grande union avec Dieu, pour que le verbe incarné soit réellement notre vie.La loi de la Rédemption nous oblige à la pénitence et à la mortification sous toutes ses formes.La loi de la glorification nous fait une obligation de renouveler sans cesse notre idéal religieux et notre zèle pour les âmes.L\u2019étude et l\u2019union à Dieu, la pénitence, l\u2019idéal religieux et le zèle pour les âmes, voilà donc ce que nous devons développer dans nos vies pour être de vrais apôtres du Christ.Eh bien, c\u2019est ce magnifique ensemble que nos Constitutions ont voulu garantir en nous imposant l\u2019observance régulière.L\u2019observance régulière nous impose le silence; c\u2019est la condition nécessaire de l\u2019étude et de la contemplation; elle nous impose l\u2019abstinence et le jeûne, la grande mortification de l\u2019Office de nuit ; c\u2019est pour faire pénétrer dans nos vies la grande loi de la Rédemption, le salut par la souffrance.Inutile de vouloir faire entendre que nos observances régulières sont un soutien de la santé, bien loin de lui être nuisibles.Si ce fait se produit, ce n\u2019est que per accidens, ce n\u2019est pas là l\u2019intention de la législation.L\u2019intention qui a inspiré nos lois sur l\u2019observance est plus élevée; c\u2019est de faire passer dans nos vies une plus grande somme de mortification.Enfin, l\u2019observance régulière impose les méditations, les exercices spirituels, les œuvres d\u2019apostolat interne, c\u2019est pour rapprocher l\u2019âme de Dieu, la remettre en RÔLE DE L'OBSERVANCE RÉGULIÈRE 455 présence de son idéal, et développer son zèle des âmes.Voilà le rôle des observances régulières dans la formation de l\u2019âme apostolique.L\u2019heure où Dieu nous envoie des sujets en plus grand nombre serait mal choisie pour déroger aux lois et coutumes prescrites par notre Bx Père et Fondateur.Aussi bien ses fils n\u2019ont-ils qu\u2019une seule voix, un seul cœur et une seule âme pour préconiser sans relâche et vivifier par la pratique un régime d\u2019observances aussi indispensable à leur sanctification personnelle qu\u2019à leur apostolat auprès des âmes.Père Gonzalve Proulx, O.P.LA JUSTICE ET LE PRET A INTERET (Cours professé à la Semaine Sociale des Trois-Rivières) \u201cUn homme avait faim depuis longtemps: il alla et acheta un chien.\u201d Cet apologue allemand, cité par le Père Weiss, pose l\u2019intrigue dès le début.On se demande comment le pauvre animal va réussir à calmer la faim de son oisif propriétaire.Il aurait pu être mangé, ou dressé à la chasse: on lui apprit à voler, à courir aux alentours après le jambon et la volaille.Tels les différents sorts réservés de nos jours à l\u2019Argent.Ce métal a le privilège d\u2019assouvir la faim et la soif, toutes les faims et toutes les soifs, mais par des procédés combien variables et combien opposés ! Tantôt il est comme fondu dans un usage de consommation immédiate, comme autrefois dans la majorité des cas; ou bien il perd sa forme pour la retrouver dans une succession de profitables échanges; enfin il peut être lancé dans les hasards 456 LA REVUE DOMINICAINE du jeu ou dans une entreprise de négoce ou de production honnête ou malhonnête.Comme l\u2019animal de la fable, il remplit \u2014 surtout depuis un siècle \u2014 le rôle de délégué ou de substitut.Faire travailler l\u2019argent est devenu l\u2019unique occupation d\u2019un grand nombre de contemporains, avec cette grosse nuance qu\u2019ils ont dressé leur chien de différente façon.Le négociateur du prêt à intérêt l\u2019envoie chasser d\u2019ordinaire en temps et lieu prévus par la loi, tandis qu\u2019un vendeur de faux titres lui enseigne à happer sans merci toute proie bonne à prendre.Le prêteur fait travailler l\u2019argent pour son compte personnel, c\u2019est entendu, et il a moins de mérite, je suppose, que le pâtira d\u2019usine et le travailleur des champs: son métier reste de soi honnête, et profitable, comme nous le verrons par la suite, au bien commun.Si la plaie d\u2019usure s\u2019y mêle encore trop souvent, c\u2019est d\u2019une façon plus limitée et moins dangereuse que dans une multitude d\u2019opération louches où \u201celle n\u2019a cessé d\u2019être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d\u2019une insatiable cupidité.\u201d (Encl.Rerum novarum.) Il était donc injuste que le prêt financier, devenu ce qu\u2019il est, restât plus longtemps, au regard du moraliste, une sorte de bouc émissaire chargé de tous les crimes de Mammon.L\u2019Eglise elle-même \u2014 précédée par l\u2019Etat, comme il convient en matière économique \u2014 s\u2019est départie de son ancienne sévérité à son endroit.Le Canon 1543 du Code de Droit Canonique se lit comme suit: \u201cSi l\u2019on cède à quelqu\u2019un la propriété d\u2019une chose fon-gibîe, à la condition qu\u2019elle soit rendue plus tard, et seulement dans la même espèce, aucun gain ne peut être perçu à raison même du contrat; mais dans la prestation d\u2019une chose fongible, il n\u2019est pas de soi illicite de stipuler un intérêt légal, à moins qu\u2019il ne soit reconnu comme ex- LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 457 cessif, ou même un intérêt plus élevé, pourvu qu\u2019il s\u2019autorise d\u2019un motif légitime et proportionné.\u201d Il faut comparer de près faits et doctrines pour avoir une idée de la courbe immense que représente cet énoncé du droit.Sur une foule d\u2019autres points, la discipline de l\u2019Eglise a évolué au cours des siècles ; sur aueun elle n\u2019a évolué d\u2019une façon aussi complète et en même temps aussi conforme aux nécessités des temps.Ce qui aggrave la portée de cette évolution, c\u2019est que les changements disciplinaires survenus en matière de prêt supposent l\u2019abandon pratique d\u2019une doctrine restée vraie en elle-même \u2014 sinon en tous ses considérants \u2014 mais qui ne trouve plus guère aujourd\u2019hui son application.Il y a donc du côté historique, auquel vient se mêler inévitablement l\u2019aspect économique et moral du problème, certains points d\u2019extrême importance pour le sociologue chrétien.Je n\u2019aurai pas le loisir de les éviter au cours de la discussion.Exposer en bref et justifier tour à tour les deux attitudes de l\u2019Eglise sur cette question de l\u2019usure ; démontrer leur respective opportunité et leur accord doctrinal; signaler et caractériser l\u2019usure moderne telle que pratiquée au Canada; puis faire voir les avantages du prêt sur les autres modes de placement, du moins en ce qui concerne l\u2019épargne canadienne, c\u2019est à la fois le but à atteindre et la marche à suivre.Il convient d\u2019abord de préciser le sens antique des mots prêt et usure, d\u2019après les interprètes du droit romain.Le prêt ou mutuum était un contrat réel et gratuit i où l\u2019on cédait la propriété d\u2019une chose fongible, 1.\u2014Contrat réel implique la prestation de la chose; contrat gratuit suppose un avantage pour l\u2019une des parties seulement, sans redevance ni obligation; chose fongible signifie: dont l\u2019usage est la consommation et qui, par conséquent, ne peut être remise in indi-vidioo: comme un baril d\u2019huile, un panier de fruits, une somme d\u2019argent. 458 LA REVUE DOMINICAINE avec obligation pour l\u2019emprunteur de rendre une chose de même espèce et qualité.On voit que le mutuum répondait exactement à ce qu\u2019on nomme aujourd\u2019hui 'prêt de consommation, par opposition au commodat, ou prêt à usage, où la chose empruntée doit être remise dans son intégrité individuelle.Cependant le Code civil traite à part du prêt à intérêt qu\u2019il considère comme une variante du prêt de consommation.2 Quant à l\u2019usure, elle avait une signification fort différente d\u2019aujourd\u2019hui.Elle ne consistait pas dans le taux exagéré de l\u2019intérêt, mais dans l\u2019intérêt même ou la perception de tout gain estimable à prix d\u2019argent et résultant du prêt en vertu du prêt, vi mutui.Au XHIe siècle, par exemple, époque culminante où l\u2019on fixa en termes propres et généralement définitifs un bon nombre de doctrines, y comprise celle de l\u2019usure, était qualifié d\u2019usurier celui qui, prêtant une somme quelconque, exigeait de l\u2019emprunteur, outre la reddition équivalente, qu\u2019il encourageât le négoce d\u2019un tiers ! Tout au plus pouvait-il accepter une rétribution spontanée du service rendu, ou réclamer des choses tout à fait hors commerce, comme l\u2019amour et l\u2019eau fraîche ! Ces conceptions, qui paraissent si dures aujourd\u2019hui, de même que les peines réservées aux délinquants, répondaient à un ordre de choses qui ne se voit plus.Mais n\u2019anticipons point sur la discussion et bornons-nous à résumer succinctement des faits que nous irons chercher tout d\u2019abord dans l\u2019antiquité chrétienne.A l\u2019apparition du christianisme, l\u2019usure sévissait de façon monstrueuse dans le monde romain comme dans le monde grec.Les lois civiles qui en avaient consacré le principe étaient devenues impuissantes à en contrôler les excès.Pourtant la législation tendait à resserrer les 2.\u2014Mignault, Droit Civil Canadien, Titre 9, ch.3. LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT\t459 liens autour de l\u2019usurier.Le temps n\u2019était plus où, à Rome comme en Grèce, ce dernier pouvait réduire en esclavage, sinon faire mettre à mort le débiteur insolvable.L\u2019an 325, Constantin avait promulgué une loi réduisant l\u2019intérêt à un tiers pour les prêts de comestibles et à 12% pour les prêts d\u2019argent.Malgré tout l\u2019usure sévissait dans l\u2019Empire, même dans l\u2019Empire devenu chrétien, comme aux plus beaux temps de la République.L\u2019Eglise des catacombes, dépourvue de status civil, n\u2019avait pu exercer d\u2019influence sous ce rapport et s\u2019était contentée d\u2019exhorter ses adeptes à la miséricorde envers le pauvre.Les écrits des Apôtres et ceux des premiers apologistes, quand ils font mention directe de l\u2019usure, ce qui arrive rarement, paraissent considérer ce péché comme opposé à la charité plutôt qu\u2019à la justice.3 C\u2019est au commencement du IVe siècle que l\u2019Eglise élève la voix devant la cupidité des prêteurs et prend position sociale contre l\u2019usure.De l\u2019an 305 à l\u2019an 398, sept conciles réprouvent cette pratique et l\u2019interdisent formellement aux clercs.La défense officielle sera d\u2019ailleurs limitée aux clercs jusqu\u2019au début du IXe siècle.Mais les Pères de l\u2019Eglise: S.Grégoire de Nazianze, S.Jean Chrysos-tome et surtout S.Basile, chez les Grecs; Lactance, S.Ambroise, S.Augustin et S.Léon le Grand chez les Latins, écrasent du poids de leurs anathèmes l\u2019usurier quel qu\u2019il soit.Le langage le plus fort n\u2019est pas toujours le plus clair.Il est parfois malaisé de se rendre compte, par leurs discours, s\u2019ils condamnent l\u2019usure modérée en même temps que l\u2019usure extrême, et s\u2019ils parlent au nom de la justice ou simplement au nom de la charité.En tout cas, le P.Vermeersch remarque, avec beaucoup 9 o R.P.Vermeersch, S.J., Quætiones de justitia, Q.9, n.359. ACr\\ LA REVUE DOMINICAINE d'autres, qu\u2019il n\u2019est pas permis de prendre leurs paroles sans un juste adoucissement: Nec certe sine justo tem-peramento accipere licet eorum verbaA II est probable.\u2014 parce que très conforme aux mœurs oratoires, \u2014 qu\u2019ils proscrivaient le moins pour écarter le plus, et que, pendant ce temps comme aux tout premiers siècles, les chrétiens, tout en évitant les excès, se conformèrent en Orient comme en Occident aux usages qu\u2019ils croyaient licites et aux latitudes fournies par la loi.5 Au Moyen Age, la prohibition de l\u2019Eglise s\u2019étend et s\u2019aggrave de plus en plus, par réaction contre le droit romain et grâce à l\u2019autorité croissante d\u2019Aristote qui professe une doctrine monétaire fondée, disait-il, sur la nature même des choses.Dès l\u2019an 845, elle englobe les chrétiens en général, clercs ou laïcs.Le Décret de Gratien ayant défini l\u2019usure: tout revenu au-delà de la somme prêtée, quidquid ultra sortem accidit, les Décrétales à la suite proclament l\u2019usure ainsi comprise, opposée à l\u2019Ancien et au Nouveau Testament et condamnent l\u2019usurier à la restitution de ce bien mal acquis.Le Pape Alexandre III déclare qu\u2019il n\u2019a pas le pouvoir d\u2019accorder dispense en cette matière.Les 3e et 4e conciles de Latran (1179 et 1215), le 2e de Lyon (1274) et celui de Vienne (1311), s\u2019attaquant à l\u2019usure professionnelle (usurarum exerciiatio), la proscrivent sous les peines les plus sévères.Celui qui s\u2019obstine à n\u2019y pas voir de péché sera traité comme un hérétique, c\u2019est-à-dire excommunié et privé de la sépulture chrétienne.D\u2019autres précisions nous attendent, si nous passons du droit canonique à la théologie.La méthode scolastique fait toujours appel aux raisons des choses après une brève 4.\t\u2014Endroit cité.5.\t\u2014L.Garriguet, Régime du travail, t.2, ch.8. LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 461 invocation du principe d\u2019autorité.Tout le système repose sur la philosophie d\u2019Aristote.Il importe donc avant tout de savoir ce que le Stagyrite pensait de l\u2019argent et du profit qu\u2019on en pouvait tirer par mode de prêt.\u201cL\u2019argent, dit-il, ne devrait servir que de simple instrument pour faciliter l\u2019échange des produits, mais loin de là, le gain qu\u2019on en tire par l\u2019intérêt lui fait faire des enfants, comme son nom l\u2019indique.\u201d Le même mot grec, en effet, désigne l\u2019enfantement et l\u2019usure.\u201cL\u2019intérêt, poursuit Aristote, est donc de l\u2019argent issu de l\u2019argent; et c\u2019est, de tous les moyens de réaliser un profit, le plus formellement désavoué par la nature.\u201d 6 S.Thomas d'Aquin, dans ses commentaires d\u2019Aristote aussi bien que dans sa Somme et divers opuscules, développe cette preuve en la clarifiant.Infécond de sa nature, l\u2019argent n\u2019a point d\u2019autre usage que sa consommation dans l\u2019échange, comme le vin n\u2019a point d\u2019autre usage que sa consommation dans la libation.Par conséquent, exiger la remise d\u2019une somme, plus un intérêt pour l\u2019usage de cette somme, ou la remise d\u2019un litre de vin, plus un percentage pour l\u2019usage de ce vin, c\u2019est faire payer deux fois la même chose ou faire payer ce qui n\u2019existe pas: c\u2019est donc agir contre l\u2019égalité de la justice.Ainsi l\u2019usure n\u2019est pas mauvaise parce que défendue, mais défendue parce que mauvaise.Si l\u2019on objecte à S.Thomas que le vin disparaît dans l\u2019absorption, tandis que la monnaie ne périt pas dans l\u2019échange, il répond que c\u2019est tout comme, puisqu\u2019elle périt pour l\u2019emprunteur.Et si l\u2019on objecte que l\u2019argent confié au négoce ou à l\u2019industrie manuelle fructifie dans la plupart des cas, il admet volontiers cet \u201cusage secondaire\u201d de la monnaie, mais il ré- 6.\u2014Ethique, ch.3, n.10 ss.; Politiques, ch.3, n.13, 14. 462 LA REVUE DOMINICAINE torque que le vendeur ou le bailleur de fonds est propriétaire de son argent, tandis que le prêteur ne l\u2019est plus.7 Sous l\u2019empire d\u2019idées aussi nettes, bientôt cristallisées, on peut dire que la discipline concernant le prêt et l\u2019usure se maintint sans varier jusqu\u2019à la Révolution française.Entre temps se produisirent cependant deux faits majeurs: la reconnaissance graduée des titres extrinsèques, dont nous parlerons bientôt, et la tentative calviniste en faveur de la liberté contractuelle en général et de l\u2019usure en particulier.Cette thèse fut vivement combattue par les catholiques et donna lieu à la fameuse encyclique de Benoît XIV (Vix pervenit, 1er novembre 1745) où le savant Pape s\u2019était proposé de dissiper les dernières équivoques et de livrer une doctrine certaine sur le contrat de prêt, siège formel de l\u2019usure.De nouveau l\u2019usure est définie : tout revenu en dehors du prêt, à raison du prêt.De nouveau, avec d\u2019amples considérants, elle est déclarée contraire au droit naturel, au droit divin, au droit ecclésiastique.Les moindres faux-fuyants sont prévus et empêchés.Si le Pape admet les titres extrinsèques, il déclare faux et téméraire de prétendre qu\u2019ils accompagnent toujours et nécessairement l\u2019opération du prêt.La Révolution, en supprimant les lois civiles prohibitives de l\u2019usure, va tout remettre en question.Désormais la courbe s\u2019accentue rapidement, car il s\u2019agit de résoudre une foule de cas pratiques où se trouve embarrassée la conscience des fidèles ou celle des prêtres.On sait quelle fut l\u2019attitude des Congrégations romaines de la Pénitencerie et du Saint-Office dans les nombreuses difficultés soumises.Jusqu\u2019en 1830, elles se contentent, pour justifier l\u2019intérêt, de recourir aux titres extrinsèques 7.\u2014MI, q.78, a.1, 2.De Malo, q.13, a.4.Quodlibet 3, 4.7. LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 463 déjà reconnus.A partir de cette date, elles y ajoutent le titre légal ou coutumier, et, sans rien définir, déclarent qu\u2019il ne faut pas inquiéter en conscience ceux qui perçoivent un intérêt dans ces conditions, pourvu qu\u2019ils soient disposés à suivre les directions du Saint-Siège.8 On peut voir une permission, non une simple tolérance dans ces mesures d\u2019opportunité qui toutefois n\u2019impliquent d\u2019aucune façon le rejet formel des principes antérieurement reçus et proclamés.Le Canon 1543 ratifie de tout point ces dispositions récentes des Congrégations.Il se partage en deux membres de phrase d\u2019une concision parfaite: dans l\u2019un se trouve confirmée la doctrine qui enseigne qu\u2019on ne peut percevoir aucun revenu du prêt à raison de prêt; dans l\u2019autre, on permet régulièrement la stipulation du taux légal, à moins qu\u2019il ne soit immodéré, et même la stipulation d\u2019un taux majeur qu\u2019un titre raisonnable viendrait justifier.Il est temps d\u2019en venir à ces fameux titres extrinsèques dont la valeur devenue 'permanente, grâce à la productivité de l\u2019argent capital, fournira l\u2019explication logique de l\u2019évolution que nous venons de retracer.Ils sont au nombre de quatre : dommage encouru, damnum emergens, gain empêché, lucrum cessans, risque du prêt, periculum sortis, titre de la loi civile, praemium legale.Il suffit de les examiner un peu pour constater leur étroite interdépendance à l\u2019heure actuelle.Le gain empêché et le risque du prêt ne font qu\u2019aggraver le dommage encouru.Le titre légal, de par l\u2019autorité suprême, confirme l\u2019existence et garantit la valeur des trois premiers titres.Mais cette interdépendance des titres n\u2019existait 8.\u2014Sacrée Pénitencerie, 16 septembre 1830, 14 août, 21 septembre, 11 novembre, 11 novembre 1831, 23 novembre 1832 \u2014 Saint Office, 31 août 1831, 17 janvier 1838.(Cf.Denzinger, n.1612.) 464 LA REVUE DOMINICAINE pas ou du moins ne s\u2019offrait pas en évidence au Moyen Age ni dans l\u2019antiquité.C\u2019est pourquoi chacun d\u2019eux fut élaboré à part, et péniblement, engendrant partout de nombreuses disputes.C\u2019est sous les auspices de S.Thomas que le damnum emergens est entré dans la doctrine et dans l\u2019usage.\u201cCelui qui prête peut sans péché stipuler une compensation du dommage qui lui ôte par le prêt quelque chose de ce qu\u2019il doit avoir: c\u2019est alors une indemnité, et non pas de l\u2019usure.\u201d 9 II fallait que le dommage fût en corrélation directe avec le prêt, comme dans le cas du prêteur empêché par son contrat de réparer une maison.Il fallait que cette indemnité fût stipulée en dehors du prêt par contrat particulier.Quant au dommage résultant de la cessation du gain, lucrum cessans, ou il s\u2019agit d\u2019un gain aléatoire et sujet à bien d\u2019autres empêchements, et alors S.Thomas prétend qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019indemniser le prêteur; ou il s\u2019agit au contraire d\u2019un gain imminent et presque assuré, et dans ce cas, S.Thomas se montre favorable à l\u2019indemnité proportionnelle, comme il ressort de sa doctrine de restitution.10 Ce ne fut cependant qu\u2019à la fin du XIVe siècle que le célèbre jurisconsulte Paul de Castro fit admettre définitivement ce deuxième titre et consacrer le troisième, le periculum sortis, déjà admis par un grand nombre.Percevoir un intérêt sur le capital exposé à tant d\u2019aléas, c\u2019était encore un dédommagement anticipé ou une prime d\u2019assurance en cas de perte effective ; c\u2019était de plus rappeler chaque année ses obligations à l\u2019emprunteur, activer son désir de se libérer entièrement à l\u2019époque convenue.On discuta longtemps la question de savoir si, quant au risque du prêt et à la perte du I Ét kji 9.\t\u2014I-II, q.78, ad 2, ad 1.10.\t\u2014I-II, q.62, a.4, o LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 465 gain espéré, l\u2019on pouvait convenir d\u2019une indemnité au moment même de la transaction, ou s\u2019il fallait attendre les événements avant d\u2019exiger compensation: l\u2019opinion la plus large finit par prévaloir.Enfin le taux légal, ou plus exactement, le titre de la loi civile fut âprement controversé à son tour jusqu\u2019aux réponses officielles des Congrégations à ce sujet.S.Thomas ne l\u2019approuve que comme une mesure de tolérance à l\u2019égard du prêt usuraire dont malgré tout les pauvres eux-mêmes peuvent bénéficier.Il est aujourd\u2019hui reconnu par l\u2019Eglise, mais les théologiens se partagent quand il s\u2019agit d\u2019en discerner les sources.Nous croyons inutile pour cela de recourir au haut domaine de l\u2019Etat agissant en vue du bien public et transférant la propriété de l\u2019intérêt, de l\u2019emprunteur au prêteur.L\u2019Etat a grâce d\u2019état pour constater l\u2019existence des titres plus haut mentionnés.Etant donné de nos jours la permanence de ces titres, il déclare l\u2019intérêt légitime et fixe au besoin un taux maximum.n II a du reste en vue le bien commun, puisque l\u2019intérêt prohibé aurait pour effet immédiat la stagnation du capital, le ralentissement de la production et du commerce et le recours à des spéculations souvent malhonnêtes et toujours dangereuses.Jusqu\u2019à présent je me suis borné à exposer des faits, mais ces faits en eux-mêmes contiennent une amorce de justification.Il nous suffira de raisonner un peu sur l\u2019état de choses ancien comparé à l\u2019actuel, pour comprendre les attitudes opposées de l\u2019Eglise concernant le prêt.Distinguons autant que possible le point de vue disciplinaire du point de vue doctrinal.Pourquoi l\u2019Eglise a-t-elle sévi avec tant de rigueur contre les professionnels de l\u2019usure ?Sans avoir nommé les Juifs, je suppose qu\u2019on 11.\u2014Clément Marc, Institutiones morales, Ed.1922, T.I, n, 111J. 466 LA REVUE DOMINICAINE a senti leur présence dès l\u2019annonce du sujet.Répandus, après leur dispersion, dans tout l\u2019Empire, ils avaient naturellement apporté avec eux la Bible.Si la Bible interdisait avec force l\u2019usure entre frères, à raison même de la fraternité, elle la tolérait ad duritiam cordis vis-à-vis de l\u2019étranger considéré comme ennemi.12 C\u2019était dans ce cas une sorte de droit de guerre, plus tard invoqué par S.Ambroise en termes valeureux: \u201cExige l\u2019usure de celui que tu peux tuer sans crime.\u201d Or les Juifs de l\u2019Empire, comme plus tard ceux du monde entier, étaient partout entourés d\u2019étrangers.Ils allaient donc se montrer bibliques à souhait, du moins sous ce rapport, en pratiquant vis-à-vis d\u2019eux cette \u201cusure mordante\u201d, plaie de l\u2019époque et des époques ultérieures, sorte de Terreur économique qui voisine avec le sang et qui ne tarde pas à sévir quand Israël est roi.(Elle provoqua souvent de violentes représailles sous forme d\u2019expulsions et de massacres.) \u201cLes Juifs,\u201d dit un chroniqueur \u2014 Erasme d\u2019Erbach, 1487 \u2014 \u201cpillent et écorchent le pauvre monde, que Dieu ait pitié de nous ! Quand ils prêtent cinq florins, ils prennent des gages qui en représentent six fois la valeur.Puis ils réclament les intérêts des intérêts, et de ceux-ci encore des intérêts nouveaux, de sorte que le pauvre homme se voit à la fin dépouillé de tout son avoir.\u201d Voilà leur histoire usuraire tracée en cinq lignes.Mais peut-être firent-ils moins de mal aux peuples baptisés en les pillant qu\u2019en les contaminant.La plaie d\u2019usure était d\u2019autant plus contagieuse que les moyens de s\u2019enrichir étaient moins variés et plus restreints.Avec raison l\u2019Eglise sortie des catacombes, installée au grand jour et investie de la plus haute autorité morale, sans compter la puissance temporelle qui vient, emploiera son génie et ses ressources à traquer 12.\u2014Deut.XXIII, 19-20. LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 467 le scandale pour le punir et en détourner ses enfants.Quels sont ceux qui osent aujourd\u2019hui lui en faire un crime ?Les socialistes, adversaires-nés du prêt à intérêt flétri par eux comme étant la \u201cdernière forme de l\u2019esclavage.\u201d (V.Modeste.) C\u2019est en effet M.Léon Blum qui accuse l\u2019Eglise, en pleine Chambre française,13 de s\u2019être fait l\u2019auxiliaire et l\u2019instrument des formes les plus iniques de l\u2019oppression sociale.Peut-on imaginer contradiction plus grotesque et plus charmante à la fois ! L\u2019austère discipline a changé.Ici encore la contradiction n\u2019est pas du côté que l\u2019on pense.Maintenant que l\u2019usure a pris d\u2019autres formes et qu\u2019elle a en grande partie déserté le prêt; maintenant que les Juifs eux-mêmes ont recours pour s\u2019enrichir à des méthodes plus promptes, plus souveraines parce que moins exposées à la publicité; maintenant que \u201cle pauvre monde\u2019\u2019, dans la personne de l\u2019épargnant, fait aussi métier de prêteur, on veut que l\u2019Eglise reste figée dans la même attitude et concentre ses anathèmes vers un mode de transaction nécessaire, de plus en plus inoffensif, et tendant sans cesse à se laver de son passé.Heureusement il est d\u2019autres manières de concevoir et d\u2019exécuter le progrès.14 Je dois montrer à présent que l\u2019Eglise, en modifiant si profondément la discipline en matière de prêt, reste néanmoins en accord doctrinal avec elle-même et que la foi du catholique sous ce rapport est aussi à l\u2019abri que sa conscience.Soyez sans crainte: je ne vais pas fendre les cheveux en quatre, malgré l\u2019avantage esthétique que je pourrais tirer personnellement de l\u2019opération.Voici 13.\t\u2014Séance du 3 février 1925.14.\t\u2014Le Professeur Marshall, de l\u2019Université de Cambridge, le Professeur Ashley, doyen de la Faculté de Commerce de Birmingham, et l\u2019économiste allemand Arnold ont pleinement rendu justice à l\u2019Eglise sous ce rapport, dans leurs ouvrages spéciaux. 468 LA REVUE DOMINICAINE donc l\u2019aspect troublant à première vue du problème.Comment le prêt à intérêt, si longtemps reconnu comme contraire en lui-même au droit naturel, au droit positif divin, au droit ecclésiastique, n\u2019est-il plus aujourd\u2019hui \u2014 renfermé en de justes limites \u2014 contraire à aucun droit ?Comment une chose défendue parce que de soi mauvaise et injuste est-elle devenue de soi licite ?(non est per se illicitum : canon 1548.) Comment la pratique du prêt à intérêt ( exercitatio usurarum), dont on ne pouvait soutenir la légitimité sans être taxé d\u2019hérésie, est-elle maintenant considérée comme un moyen honnête d\u2019accroître une fortune?Réponse: le prêt d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus le prêt d\u2019autrefois: ayant changé de matière et de destination, il est devenu un contrat à part, sui generis, soustrait, par conséquent, dans l\u2019ordre actuel des choses, aux anciennes proscriptions comme aux anciens anathèmes.Il a changé de matière : ce qu\u2019on prête n\u2019est plus la monnaie, mais i\u2019argent-capitaî, virtuellement productif ; il a changé de destination : on ne prête plus exclusivement aux pauvres et pour les tirer d\u2019affaire, mais aux riches plus qu\u2019aux pauvres et pour leur permettre de se lancer dans de nouvelles affaires.15 Devenu ce qu\u2019il est, le prêt moderne comporte-t-il intrinsèquement, ou essentiellement, ou par lui-même (vi mutui) un revenu d\u2019intérêts ?Non, car il peut changer encore, \u2014 et bien imprudent celui qui voudrait prédire les avatars du capitalisme et les transformations du crédit pour une période de deux cents ans.Seulement, le prêt moderne est ainsi constitué que partout et toujours il s\u2019accom- 15.\u2014M.Garriguet prétend faire du prêt moderne un contrat de location, le P.Fontaine, un contrat de quasi-location, et le P.Prümmer, simplement un contrat sui generis.De contrat gratuit, il est certainement devenu onéreux.Je m\u2019abstiendrai, et pour cause, de le qualifier davantage. LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 469 pagne des titres extrinsèques justifiant l\u2019intérêt.Accidents, si l\u2019on veut, ces titres extrinsèques, mais accidents aujourd\u2019hui inséparables de la substance du prêt.D\u2019où vient cela ?De la productivité virtuelle de l\u2019argent, qui non seulement suppose tous ces titres, mais qui en stabilise et multiplie la valeur.Personne aujourd'hui ne fait difficulté, de classer l\u2019argent parmi les \u201ccapitaux circulants\u201d, instruments nécessaires sinon facteurs de production.Ou aurait tort cependant de croire que cette valeur lucrative du numéraire ait été rejetée par Aristote et ses disciples; ils l\u2019admettaient comme nous, mais pour la localiser en dehors du prêt: dans l\u2019exploitation agraire, le négoce et l\u2019industrie, les constitutions de rente et les contrats de société.16 S.Thomas nous a dit qu\u2019un propriétaire d\u2019argent pouvait tirer profit de son avoir, pourvu qu\u2019il ne fût pas aliéné dans le prêt.S.Antonin déclare que la monnaie, inapte à se reproduire naturellement, se multiplie par le travail mercantile, ex industria mercantium.S.Bernardin de Sienne, très véhément contre l\u2019usure, reconnaît à l\u2019argent quam-dam seminalem rationem qui n\u2019est pas autre chose que sa vertu productive.Mais en vertu du principe : res fruc-tificat domino, \u201cune chose porte fruit pour son maître\u201d, l\u2019argent prêté devait profiter seulement à son nouveau propriétaire, c\u2019est-à-dire à l\u2019emprunteur.Quant au gain éventuel que le prêteur en eut tiré, il était en général jugé trop aléatoire et trop éloigné pour entrer en ligne de compte.Les chances d\u2019un placement immédiat et productif étaient minimisées au point que l\u2019argent s\u2019en- 16.\u2014In so far as the wealth of moneyed men was diverted to usurious dealings instead of being employed in regular trade, there was a danger and not a benefit to society, for money was actually diverted from the direction in which it could be best used for the real advantage of the nation.(Cunningham, Growth of English Industry and Commerce, t.1, c.6.) 470 LA REVUE DOMINICAINE tassait le plus souvent dans les coffres, à moins que, par crainte des voleurs, on n\u2019allât le mettre en dépôt dans les abbayes.Ni le lucrum cessans ni le damnum emergens ne s\u2019offraient habituellement comme motif et base de contrat; tandis que de nos jours \u201cla facilité de placer son argent fait que tout prêt constitue un sacrifice appréciable à prix d\u2019argent.\u201d (Pègues, Commentaire français de la Somme, t.II, p.599.) Il n\u2019est pas juste que le prêteur soit en plus mauvaise posture pour avoir prêté.Ainsi en va-t-il du risque encouru, periculum sortis.\u201cEn raison même de l\u2019ampleur des affaires ou du négoce de l\u2019argent, il y a toujours un certain péril à investir son argent ou même à s\u2019en dessaisir pour une certaine durée.Et l\u2019on a fait remarquer très justement qu\u2019à l\u2019inverse de ce qui se passait autrefois, où l\u2019on devait protéger l\u2019emprunteur contre la rapacité du prêteur usurier, aujourd\u2019hui c\u2019est plutôt le prêteur qu\u2019il faut mettre en garde contre la témérité ou le peu de scrupule des gros emprunteurs.\u201d (Ibid.p.600.) A quoi tient de nos jours cette fécondité extraordinaire du capital-argent ?Serait-ce à la seule habileté des négociateurs, des chefs d\u2019entreprise et des patrons d\u2019établissements ?\u201cL\u2019argent, répond encore le P.Pègues, ne doit plus sa mise en valeur à la seule industrie de celui qui le détient.Les conditions économiques de la vie publique font que n'importe qui peut en tirer immédiatement un certain profit, en le confiant, par exemple, à une caisse d\u2019épargne.Nous dirons même qu\u2019il y a comme un profit inhérent à tout argent détenu, non en raison de lui-même, mais en raison des conditions où vivent aujourd\u2019hui les hommes.\u201d (Ibid., p.592.) Sans doute il faut y joindre le travail pour en obtenir son plein rendement.Mais la terre elle-même n\u2019est réellement LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 471 féconde qu\u2019en autant qu\u2019elle est imbibée de travail, et pourtant la terre est le symbole de la fécondité.Il serait long d\u2019énumérer les événements historiques et les circonstances économiques qui, en augmentant de la sorte la valeur lucrative de la monnaie, ont établi le règne du capitalisme ou la toute-puissance de l\u2019argent.Tandis que d\u2019un côté, les découvertes scientifiques de la Renaissance et celles qui suivirent, stimulaient la production au point que déjà, au milieu du XVIe siècle, on voit paraître les indices de séparation entre l\u2019ouvrier et les instruments de production, c\u2019est-à-dire entre le capital et le travail ; de l\u2019autre, la découverte du Nouveau Monde et les facilités grandissantes de communication ouvraient au trafic international des débouchés immenses auxquels on n\u2019ose plus comparer ceux que le mouvement des Croisades avait fait naître.Or la concentration industrielle et commerciale, rêve de tous les magnats, ne s\u2019obtient que par le développement du crédit et l\u2019association des capitaux.Si l\u2019on joint à cela les spéculations de la Bourse et les manœuvres de la Haute Banque, on conçoit vite que ce n\u2019est plus l\u2019idée, mais l\u2019argent qui mène le monde.Aujourd\u2019hui l\u2019argent dirige la presse, fonde les grandes entreprises, produit à son gré la hausse des denrées nécessaires ou la baisse des fonds d\u2019Etat, oriente la politique locale ou étrangère, déclare la guerre ou impose la paix aux grandes nations.Le même phénomène s\u2019observe au point de vue de la jouissance.Naguère on pouvait posséder une fortune et manquer de certaines choses indispensables à la vie; et maintenant, toujours dans l\u2019ordre temporel, le blanc métal répond à toutes les exigences immédiates et satisfait à la longue les plus variés, les plus fastueux désirs.Il mûrit comme l\u2019océan des perles et des songes.\u201cIl y a dans la richesse, dit le P. 472 LA REVUE DOMINICAINE Sertillanges, une sorte d\u2019infinité, précisément parce qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une puissance, parce qu\u2019elle n\u2019offre rien de précis, et que, ne représentant rien, elle représente tout.\u201d Du régime et de ses conséquences tout le mal qu\u2019on a souffert ou qu\u2019ori doit craindre a été peint magistralement par Léon XIII.(Rerum novarum.) Qu\u2019on nous permette de nous limiter dans cette voie, car une \u201cuniversité ambulante\u201d comme la Semaine Sociale doit nécessairement sacrifier du bagage.Ce que nous voulions montrer, c\u2019est que le Capitalisme, avec ses bons et mauvais aspects, a provoqué un tel retournement de la valeur monétaire que l\u2019Eglise pouvait sans illogisme modifier sa conduite à l\u2019égard du prêt moderne, sous la réserve expresse de principes qui gardent toute leur force en attendant qu\u2019ils retrouvent toute leur fécondité.Le prêt moderne n\u2019étant plus ce qu\u2019il était, l\u2019usure actuelle ne ressemble pas davantage à l\u2019usure ancienne.Elle consiste dans Y excédent du taux raisonnable de Vintérêt.Elle prend aussi d\u2019autres formes que celle du prêt usurier et se réfugie en dehors sous d\u2019autres noms.La poursuivre à travers ses tranchées couvertes et ses boyaux souterrains serait reprendre en chaque partie le traité du vol.Peut-être apercevrons-nous demain sa face fuyante dans le cours intitulé: Les injustices les plus communes dans les affaires.Bornons-nous donc à l\u2019usure proprement dite, et telle qu\u2019elle peut exister au Canada, puisque l\u2019intérêt, soumis dans une certaine mesure à la grande loi de l\u2019offre et de la demande, varie également avec l\u2019abondance ou la rareté des capitaux, et qu\u2019un même percentage peut être modéré pour un pays, excessif pour un autre.Il y a usure dès qu\u2019un prêteur exige un surplus au-delà du taux raisonnable de l\u2019intérêt.Mais qu\u2019est-ce qui LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT\t473 fait le taux raisonnable ?C\u2019est la grosse question.Nous avons en premier lieu pour nous guider l\u2019appréciation du pouvoir, le taux légal étant généralement reconnu par l\u2019Eglise.Au Canada, après des fluctuations diverses, il a été fixé en 1900 à 5^, par année.T?A côté du taux légal, il y a le taux conventionnel entre les parties, lequel est reconnu libre par le Code civil: excepté pour les banques et certaines autres corporations, sujettes à un taux conventionnel limité; excepté également pour les prêts en dessous de cinq cents dollars.Le taux conventionnel dans les petits prêts est limité à 12 % par année.Il y a délit d\u2019usure, si le prêteur exige davantage, et en cas de poursuite judiciaire, le tribunal peut: 1° établir un compte entre les parties et modifier les clauses du contrat; 2° décharger l\u2019emprunteur de tout excédent sur le taux maximum, et contraindre le créancier à remettre le surplus déjà payé; 3° annuler, reviser, ou changer les modes de garanties ; 4° condamner l\u2019usurier à mille piastres d\u2019amende au plus, ou à une année d\u2019emprisonnement.A noter que cet intérêt maximum de 12% comprend la solde des pas et démarches et de \u201ctous autres frais quelconques, à l\u2019exception des frais d\u2019actes susceptibles d\u2019être taxés.\u201d 18 Pour ce qui regarde les prêts d\u2019un montant supérieur à $500, sauf les cas prévus par la loi, \u201ctoute personne peut stipuler, donner et exiger sur tout contrat ou convention quelconque le taux d\u2019intérêt ou l\u2019escompte qui est arrêté d\u2019un commun accord.\u201d Cependant, sauf quant aux hypothèques sur les biens-fonds, si pour un montant quelconque, on veut fixer l\u2019intérêt au jour, à la semaine, ou au mois, ce taux ne 17.\t\u2014Statut fédéral 63-64 Vict., ch.29.La Loi concernant l\u2019intérêt se trouve dans les Statuts Refondus, (1906), ch.120.18.\t\u2014J.J.Beauchamp, C.R., Supplément au Code Civil Annoté de la Province de Québec, t.2, n.1785. 474 LA REVUE DOMINICAINE doit pas dépasser 6% par année, \u201cà moins que le contrat ne contienne l\u2019énonciation expresse du percentage annuel équivalent.\u201d 19 Les prêteurs à la petite semaine manquent souvent à ce point de la loi, qu\u2019ils savent éluder par ailleurs en retenant un à-compte sur l\u2019intérêt, bien entendu sans bordereau.Nous connaissons l\u2019attitude de l\u2019Eglise sur le taux conventionnel.Il peut être supérieur au taux légal, pourvu qu\u2019il s\u2019appuie d\u2019un titre juste et proportionné, c\u2019est-à-dire conforme à l\u2019estimation de gens probes et timorés.Il ne faut pas jouer avec ces épithètes.Quel homme probe et timoré osera soutenir, par exemple, qu\u2019il est permis moralement de réclamer un taux supérieur à ceux qu\u2019autorise le code, en abusant pour cela des besoins, de l\u2019ignorance, de la faiblesse et des passions de l\u2019emprunteur ! \u201cC\u2019est l\u2019usure la plus pernicieuse,\u201d dit M.Charles Périn.20 Notre législation paraît bien sévère dans ses mesures concernant les prêts modiques à brève échéance où ce genre d\u2019abus se glisse plus facilement.Cependant l\u2019Eglise sanctionne ses rigueurs.D\u2019après le Canon 2354, un laïc légitiment condamné pour usure se trouve, ipso facto, exclu des fonctions ou des actes qu\u2019il pourrait alors exercer dans l\u2019Eglise, comme ceux de parrain, de marguillier, de syndic, ou d\u2019officier dans les causes ecclésiastiques; tandis qu\u2019un clerc convaincu de la même offense est passible de pénalités diverses, la censure comprise.C\u2019est déclarer bien authentiquement qu\u2019il y a encore des marchands d\u2019or et d\u2019argent qui méritent d\u2019être inquiétés en conscience.19\u2014Ibid.20.\u2014Même le prêt-assistance, ou prêt gratuit, n\u2019a pas cessé d\u2019être obligatoire en charité, dans chaque cas de nécessité prévu pour l\u2019aumône, alors que le superflu du riche devient le nécessaire du pauvre.\t, i j L; salé O:.; ] w: LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 475 Ayant ainsi dégagé de toute souillure le prêt, nous serons d\u2019autant plus à l\u2019aise pour recommander ce genre de placement à ceux qui peuvent recevoir nos conseils, aux cultivateurs, aux ouvriers, aux tenanciers du petit commerce et de la petite industrie, à tous ceux dont l\u2019avoir sue l\u2019épargne et le travail.Il n\u2019est pas de soi interdit de jeter une partie de ses biens dans la spéculation.Mais suivant la juste remarque de M.René Faribault, dans sa conférence sur Le prêt à intérêt, \u201cil faut ici distinguer entre le capital instrument de production en grand, et l\u2019épargne: le capital instrument de production doit lui-même travailler, c\u2019est-à-dire s\u2019allier au travail humain et en être le commanditaire.Il n\u2019en est pas de même du capital constitué par l\u2019épargne; il est le fruit des économies quelquefois de toute une vie de privation et de sacrifices.Chaque sou en est sacré.Ce serait un crime d\u2019en risquer la moindre parcelle dans l\u2019espérance de profits dont l\u2019épargnant est incapable de supputer les aléas.\u201d La leçon magistrale des dernières années aura été utile au plus grand nombre qui n\u2019iront plus, je pense, investir leurs rentes dans des produits imaginaires ou des terrains non cadastrés, d\u2019autant qu\u2019une loi récente oblige les courtiers-flibustiers à soumettre dorénavant leurs prospectus au Gouvernement provincial.Mais les intéressés feront bien de se méfier toujours de leur propre ignorance et de celle des autres.M.Paul Leroy-Beaulieu, dans son Précis d\u2019économie politique, insiste sur l\u2019extrême petit nombre de gens vraiment entendus en matière de spéculation financière.Les grands noms de personnages politiques ou autres figurant dans telle compagnie, en décorent le plus souvent la façade et rien davantage.Déjà dans l\u2019exercice du prêt à intérêt, il faut user de beaucoup de circonspection et recourir aux 476 LA REVUE DOMINICAINE lumières des spécialistes, surtout quand il s\u2019agit d\u2019éprouver les titres de créance et la nature des garanties.D\u2019ordinaire un bon notaire suffit à la tâche, et une fois ces dispositions prises, le prêt devient une opération des plus faciles, soumise dès qu\u2019on le veut au grand jour de la publicité.Les occasions de placements favorables sous le double rapport du revenu et des garanties, ne manquent pas en ce pays.Il suffira pour les mieux connaître de se référer au travail si consciencieux de M.Faribault.Il préconise tour à tour, ou du moins il explique \u2014 avec raisons légales et considérations économiques à l\u2019appui \u2014 les fonds d\u2019Etat canadiens, les débentures municipales ou scolaires, les emprunts des Fabriques et des Syndics de paroisse, ceux des corporations privées et des particuliers.La question des nantissements, hypothèques et privilèges est traitée de façon à intéresser les hommes de loi sans dérouter les profanes.Mais visant en ce moment les gens du peuple, je dois signaler, après tant d\u2019autres, notre institution nationale des Caisses Des jardins, parce que, suivant la volonté expresse du fondateur, ce sont à la fois des réservoirs d\u2019épargne et de crédit.Elles reçoivent goutte à goutte l\u2019épargne de chacun, homme, femme ou enfant, pour mettre ensuite leur capital à la disposition de tout un petit monde qui n\u2019inspire aux banques ordinaires qu\u2019une confiance limitée et se trouve exposé de la sorte à fréquenter les usuriers.Tout a été dit sur les bienfaits de l\u2019épargne et la nécessité du crédit pour l\u2019agriculture, l\u2019industrie locale et le commerce détaillé.Voilà pourquoi l\u2019œuvre d\u2019Alphonse Des jardins a été saluée avec bonheur par tous ceux qui refusent de croire à l\u2019abandon irrémédiable du sol, à l\u2019écrasement définitif des petites entreprises et aux progrès indéfinis de la concentration.; MD :îp ;8ié Ida I Jiwi » ïiîi I Si:t Pii; V' it i $ dy ïniîi ! *ce -Q | ^re i Mer LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT 477 Encourager cette œuvre, lui confier ses économies, c\u2019est ennoblir le capital, le dévouer à des fonctions plus hautes et plus bienfaisantes, et, pour revenir à la comparaison du début, faire de l\u2019épargne un chien fidèle, à la fois bon chasseur et bon gardien.M.-A.Lamarche, O.P.Montréal, 4 août 1925, En la fête de S.Dominique.-*- JESUS-CHRIST DANS LES ECRITS TALMUDIQUES La Synagogue avait, dès la première heure, affecté d\u2019ignorer Jésus, et c\u2019est encore aujourd\u2019hui son attitude officielle.! Dans la vaste littérature talmudique, \u2014 le seul Talmud de Babylone, traduit et imprimé, ne renfermerait pas moins de soixantes volumes in-8°, \u2014 on ne rencontre qu\u2019une vingtaine de textes relatifs à Jésus, vagues, énigmatiques pour la plupart.Un mot suffit à juger sa vie et son œuvre, comme il avait suffi à le condamner à mort.La grande haine du peuple déicide est donc restée pour ainsi dire dans les profondeurs, derrière le voile opaque qui, selon S.Paul, a été jeté sur son cœur jusqu\u2019à ce qu\u2019il reconnaisse le Messie qu\u2019il a crucifié.Avec quel éclat n\u2019aurait-elle pas jailli d\u2019une nature aussi emportée, toute en cris et en imprécations! Ce silence fut-il volontaire, un calcul, une suprême habilité ?ou plutôt le comble de l\u2019aveuglement ?Qui saurait 1.\u2014H.T.Herford, Christianity in Talmud and Midrash, 1903.Hermann L.Strack, Jestis die Hdretiker und die Christen nach den altesten judi-schen angaben \u20141 R.P.Lagrange, Le Messianisme chez les Juifs, pp.288-290. 478 LA REVUE DOMINICAINE le dire?Les rares allusions à Jésus n\u2019en sont donc que plus intéressantes.On y voit d\u2019abord ce que la Synagogue pense de cette religion issue de son sein.Puis ce sont de grands textes classiques commentés encore partout dans les écoles juives.Ces textes sont tous antérieurs à 350.Deux seulement viennent de la Michna, la partie la plus ancienne et la plus importante du Talmud.Rédigée vers 220, la Michna avait, pour la plupart des Juifs, remplacé la Loi dont elle n\u2019était que le commentaire.Expliquée à son tour, elle donna naissance à deux Guémaras (commentaires) qui, unies à la Michna, forment les Talmuds de Babylone et de Jérusalem.La plupart de nos textes se trouvent dans ces Guémaras.Nous rencontrons enfin un passage dans les Midrachim, commentaires bibliques, dont les plus anciens sont contemporains de la Michna.Stapfer a bien caractérisé ces écrits: \u201cLa Michna est relativement courte et claire.Les Guéramas sont beaucoup plus longues à lire et leur étude est des plus fastidieuses.Il n\u2019y a, dans ces pages interminables, ni style, ni ordre, ni talent ; la langue en est aussi déplorable que la pensée, la forme que le fond.L\u2019une est barbare, l\u2019autre est inintelligible.C\u2019est un fatras insupportable dont l\u2019ensemble forme un des ouvrages les plus repoussants qui soient au monde.\u201d 2 La langue est concise à l\u2019excès, les pensées obscures, et les arguments se distinguent à peine de objections.Les raisonnements enfin déroutent par leur étrange subtilité.Ces défauts sont particulièrement accentués dans les textes que nous allons étudier.Toutefois, ce ne sont plus des bizarreries ou des sottises qui font sourire, mais de graves accusations contre le Sauveur et sa Mère.2.\u2014Stapfer, \u201cLa Palestine au temps de Jésus-Christ.\u201d J.-C.DANS LES ECRITS TALMUDIQUES 479 Nous pouvons les lire sans crainte; elles font si peu honneur à l\u2019intelligence et à l\u2019impartialité de leurs auteurs! Ces textes parleront assez par eux-mêmes.Nous nous contenterons d\u2019une traduction et d\u2019une bref commentaire.* * * La naissance et les parents de Jésus: Celui qui incise sa chair.Tradition: R.Eliézer dit aux Sages: Ben Stada n'a-t-il pas apporté d'Egypte des sorts dans une incision sur sa chair?Ils lui dirent: Il était fou, et on n'allègue pas la preuve d'un fou.Ben Stada est Ben Pandira.Rab Khisda dit: le mari était Pappos ben hhoudah, la mère était Stada.La mère était Miriam la coiffeuse pour femmes, comme nous disons à Pum-beditha: une telle a été infidèle à son mari.3 Ce texte ne date que de la fin du quatrième siècle, et reproduit une tradition babylonienne.La dernière partie, à partir de \u201cBen Stada\u201d a été supprimée dans les éditions modernes du Talmud, de peur de soulever les chrétiens.C\u2019est un commentaire de la Guémara sur une parole de la Michna défendant toute écriture le jour du sabbat.Celle-ci avait distingué diverses sortes d\u2019écriture, en particulier les marques sur la peau.Le premier mot \u201cCelui qui incise sa chair\u201d est donc la parole de la Michna à expliquer.Les auteurs de la Guérama apportent comme exemple de tatouage une baraïtha, c\u2019est-à-dire une tradition qui n\u2019avait pas été recueillie par la Michna, d\u2019après laquelle R.Eliézer aurait demandé : \u201cBen Pandira n\u2019a-t-il pas apporté d\u2019Egypte des sorts dans une incision?\u201d Cette pratique serait donc légitime?On lui répondit que Ben Pandira 3.\u2014B.Chabbath, 104b. 480 LA REVUE DOMINICAINE était fou.A son sujet, les auteurs ajoutent une note pour décrire le personnage.Ben Stada (fils de Stada) est le même que Ben Pandira ; c\u2019est-à-dire, d\u2019après Rab Khisda, un auteur babylonien du troisième siècle (217-309), Stada était le nom du mari et Pandira le nom de l\u2019amant.Mais cela n\u2019est pas possible, ajoutent-ils, car le nom du mari était aussi Pappas ben Ishudah.Stada serait donc le nom de la mère?Impossible, car le nom de celle-ci était Miriam, la coiffeuse pour femmes.Il faut conclure que Miriam était son nom propre, et Stada un sobriquet, comme on dit, dans la ville de Pumbeditha : S\u2019tath da, ce qui signifie : \u201celle s\u2019est écartée\u201d.A première vue, l\u2019on se dirait en présence d\u2019une fable née deux siècles après les événements, au fond de la Babylonie, dans le village de Pumbeditha.Mais les noms Ben Pandira et Ben Stada sont classiques, dans le Talmud, et désignent certainement Jésus.Dans les autres textes, nous lirons tantôt \u201cJésus fils de Pandira\u201d, tantôt, Jésus comme synonyme de Ben Stada dans des passages parallèles.Le sens et l\u2019origine de Stada et de Pandira sont perdus depuis longtemps.On ne les connaissait déjà plus à l\u2019époque du texte.\u201cLe sens de Stada, comme contraction de S\u2019tath da, dit M.Herford, n\u2019est certainement pas original, car on le donne comme une phrase courante à Pumbeditha, où il y avait un fameux collège rabbinique.Il ne peut être, tout au plus, qu\u2019un sens approximatif d\u2019un mot dont la signification première était perdue.\u201d L\u2019épithète était bien connue même en Palestine, et appliquée à Jésus beaucoup plus tôt, dès la fin du premier siècle, par R.Eliézer.D\u2019après le P.Lagrange, Ben Stada représenterait peut-être à l\u2019origine un autre personnage, l\u2019Egyptien des Actes, qui, au cours rf\\'y J.-C.DANS LES ÉCRITS TALMUDIQUES 481 d\u2019une révolte, avait amené dans le désert quatre mille brigands.M.Strack pense aussi que Ben Stada n\u2019aurait pas été originairement un surnom de Jésus lui-même.A celui de Pandira, on a apporté plusieurs explications.Il viendrait peut-être du mot grec ventiler os, beau-fils (Stranss).Ou de panther, panthère.Origène semble savoir que les Juifs appelaient Jésus le fils du Panthère.Il est certain que Panthera était un nom propre usité.Le mot ne serait donc pas un sobriquet, quoique l\u2019intention fût certainement blessante.Quant à Pappas ben Ishoudah, ces auteurs babyloniens font une lourde méprise.Ce personnage, ami et contemporain de R.Aquiba, a vécu un siècle après le Sauveur.Le Talmud rapporte qu\u2019il était tellement jaloux de sa femme qu\u2019il la renfermait dans la maison chaque fois qu\u2019il sortait.L\u2019une des traditions juives a placé la.date de Jésus précisément à l\u2019époque d\u2019Aquiba.Cette erreur et la jalousie de Pappas ben Ishoudah expliquent sans doute pourquoi son nom a été mêlé à la parenté de Jésus.Le nom de Miriam, qui équivaut à Marie, est le seul qui n\u2019ait été corrompu.Même la curieuse remarque \u201ccoiffeuse pour femmes\u201d n\u2019est qu\u2019une réminiscence de l\u2019Evangile.Les paroles du Talmud sont : Miriam m\u2019gaddela nashaia qui rappellent Magdala.On a pu facilement confondre le nom de Marie Madeleine avec celui d\u2019une autre Marie.M.Herford conclut \u201cque ce passage prouve clairement qu\u2019on ne possédait qu\u2019une notion vague et confuse des parents de Jésus à l\u2019époque de cette tradition.Celle-ci repose sur la connaissance que l\u2019on avait autrefois du récit évangélique de la naissance virginale.Ce récit se prêtait facilement à l\u2019interprétation grossière que Jésus serait né en dehors du mariage.Le Talmud sait que 482 LA REVUE DOMINICAINE la mère de Jésus était Marie, et que Marie de Magdala était de quelque manière mêlée à sa vie.Il ne sait rien de plus, pas même le sens des épithètes qu\u2019il applique à Jésus.C\u2019est un texte qui raconte ce qu\u2019on disait en Babylone au quatrième siècle.\u201d * * * Marie la mère de Jésus : Rab Joseph pleura quand il arriva.i à ce passage (Exod.XXIII, 17) : \u201cIl en est qui meurent injustement.\u201d Il dit: En est-il qui meurent avant leur temps?Aucun sauf celui dont parle Rab Bibi bar Abaji.L\u2019Ange de la Mort était avec lui.L\u2019Ange dit à son messager: Va et amène-moi Miriam la coiffeuse pour femmes.Il lui amena Miriam l\u2019institutrice des enfants.Il dit: je t\u2019ornais dit Miriam la coiffeuse pour femmes.Il dit: Dans ce cas, je ramènerai celle-ci, Il dit: Puisque tu as amené celle-ci, qu\u2019elle entre parmi le nombre des morts A Voici une autre fable qui circulait à Pumbeditha, vers la fin du troisième siècle, au temps de R.Joseph, président du collège, et de son successeur R.Bibi bar Abai.Cette fois il y a un grave anachronisme, puisque Miriam est présentée comme leur contemporaine.L\u2019anachronisme est tellement flagrant que, dans les Tosaphoth, les commentateurs médiévaux du Talmud ont cherché à l\u2019expliquer dans ce sens que l\u2019Ange de la Mort aurait raconté à R.Bibi ce qui s\u2019était passé autrefois.Ht Ht Ht Dans quelques passages, il est fait allusion à \u201cune certaine personne\u201d, teloni, terme obscur qui désigne Jésus.Dans un texte de la Michna, R.Simon ben \u2019Azai 4.\u2014B.Khag, 4b. J.-C.DANS LES ÉCRITS TALMUDIQUES 483 dit: J\u2019ai trouvé un rouleau de générations à Jérusalem dans lequel il est écrit qu\u2019une certaine personne est un mamzer (spurius natus).5 Simon ben \u2019Azai était, comme R.Aquiba, disciple de ce Josué ben Khanania, qui a son tour avait eu pour maître Iokhanan ben Zaccaï, un contemporain de Jésus.Ce livre de générations pourrait bien être le premier Evangile qui commence précisément par ces paroles: \u201cLivre de la généologie de Jésus.\u201d Voici un autre texte plus obscur: Ils demandèrent à R.Eliézer: Que faut-il penser d\u2019une certaine personne au sujet de la vie future?Il leur dit: Vous m\u2019avez interrogé seulement sur une certaine personne.Que faut-il penser du pasteur qui sauve les brebis du lion?Il leur dit: Vous m\u2019avez interrogé seulement sur les brebis.Et d\u2019un mamzer au sujet de son droit d\u2019héritage ?ou de son devoir de lévirat ou de son droit une maison ou un sépulcre?6 R.Eliézer est de la fin du premier siècle.Il avait été accusé d\u2019hérésie, probablement de doctrine chrétienne.A cause de ses tendances, on l\u2019interroge sur Jésus.Il répond par des échappatoires.On voit bien l\u2019allusion au sort de Jésus dans la vie future, mais quant à son droit de fonder une famille, ou d\u2019éîever un tombeau, ils semblent ignorer qu\u2019il avait été célibataire, et fut enseveli dans un sépulcre étranger.* * * Jésus et son maître: Nos rabbins enseignent: Que toujours la, mcuin gauche repousse et la main droite invite, non comme Elisée qui a repoussé Guéhazi des deux 'mains et R.Josué ben Perakhja qui a repoussé Jésus (le Nazaréen) des deux mains.Que faut-il penser 5\u2014 M.Jeb.IV, 13.6.\u2014B.Jorama, 66d. 484 LA REVUE DOMINICAINE de R.Josué ben Perakhja?Lorsque Jannée le roi massacrait nos rabbins, R.Josué ben Perakhja (et Jésus) s\u2019enfuyèrent à Alexandrie d'Egypte.Quand vint la paix, Siméon ben Chetakh lui écrivit: De moi (Jérusalem) la Ville Sainte à toi Alexandrie d\u2019Egypte (ma sœur).Mon mari demeure au milieu de toi et je reste abandonné.Il vint et se trouva dans une certaine hôtellerie: on lui témoigna beaucoup d\u2019honneur.Il dit: quelle est jolie cette AcsaniaJ (Jésus) lui dit: Rabbi, elle a les yeux étroits! Il dit: Malheureux, est-ce de cela que tu t\u2019occupes! Il envoya quatre cents trompettes et Vexcommunia.Il (Jésus) vint à lui maintes fois et lui dit: Reçois-moi.Mais il ne voulut pas le regarder.Un jour, pendant qu\u2019il récitait le Shema\u2019, il (Jésus) vint en sa présence.Il (R.Josué) était disposé à le recevoir et lui fit signe.Il (Jésus) pensait qu\u2019il le repoussait.Et il alla élever une tuile et l\u2019adora.Il (R.Josué) lui dit: Reviens.Il répondit: Ainsi vous m\u2019avez enseigné qu\u2019à celui qui pèche et qui porte la midtitude au péché, ils ne donnent pas l\u2019occasion de se repentir.Et un maître a dit: Jésus la Nazaréen a pratiqué la magie et trompé Israel en le détournant de son Dieu.s Voici la seconde opinion talmudique sur la date de Jésus, et c\u2019est encore un très grave anachronisme.Alexandre Jar.née régna de 104 à 78 av.J.-C.Siméon ben Chetakh, le beau-frère du roi, et Josué ben Perakhja étaient parmi les principaux pharisiens de l\u2019époque, et le massacre des rabbins, pendant lequel l\u2019un d\u2019eux s\u2019échappa à Alexandrie, est un fait historique.Comment le nom de Jésus fut-il mêlé à cette histoire?Les rabbins babyloniens du IVième siècle, très faibles en chronologie, ftt itrit t'rn (K % i h, I Ici | Ne N ! fil, lire\u20191 Perm r nu te 7.\t\u2014Acsania peut désigner hôtellerie ou hôtesse.Le rabbin le prend dans le premier sens, et Jésus dans le second.8.\t\u2014B.Sanh.107b. '!! ; y' J.-C.DANS LES ÉCRITS TALMUDIQUES 485 lit : ont peut-être voulu expliquer comment Ben Stada serait allé en Egypte et ils ont songé à une fuite pour échapper à la colère d\u2019un roi, comme celle de R.Josué ben Perakhja.Ils savaient aussi par un autre texte, qui rapporte une tradition palestinienne, que ce rabbin avait repoussé un disciple rebelle.De là à identifier celui-ci avec Jésus, il n\u2019y avait qu\u2019un pas.Le Nazaréen ne s\u2019était-il pas opposé lui aussi aux rabbins et fondé une religion fausse ?Celui qui porte la foule au péché\u201d est une allusion très claire au Christ historique.L\u2019incident de la tuile est inex-pliquable.Jésus brûle sa nourriture: Car Rab ben Khisda dit que Rab Jérémie bar Abba avait dit: Qu\u2019est-ce qui est écrit: \u201cAucun mal ne t\u2019arrivera et aucune plaie n\u2019approchera de ta demeure.\u201d (Ps.XCL, 10).Autre explication: \u201cAucun mal ne t\u2019arrivera\u201d signifie: Les mauvais rêves et les mauvaises pensées ne te tenteront pas; \u201cEt aucune plaie n\u2019approchera de ta demeure\u201d: Afin que tu n\u2019aies pas un fils oil un disciple qui brûle sa nourriture en public comme Jésus le Nazaréen.9 Cette dernière phrase se trouve aussi dans un autre contexte, que nous rencontrerons plus loin.io L\u2019expression \u201cbrûler sa nourriture\u201d est presque toujours prise au sens littéral.Ainsi quand on parle d\u2019un cuisinier qui mesure ses épices et les répand sur son plat, mais de manière qu\u2019elles ne brûlent pas sa nourriture\u201d .il Et dans un fameux texte, l\u2019Ecole de Hillel permet le divorce au mari même pour une offense aussi légère que celle de brûler sa nourriture.9.\t\u2014B.Sanh.103a.10.\t\u2014B.Ber.17b.11.\t\u2014B.Betz.29a. 486 LA REVUE DOMINICAINE D\u2019après Herford, l\u2019expression peut aussi avoir un sens figuré; être soupçonné d\u2019hérésie.Ainsi, dans un texte, il est dit que celui qui refuse trop souvent de lire les prières liturgiques dans la Synagogue est suspect d\u2019hérésie, et on peut le comparer à une nourriture brûlée par le sel.12 L\u2019orgueil ne gâte-t-il pas l\u2019enseignement, comme le sel brûle les meilleurs plats?Ce sens est le seul qu puisse s\u2019appliquer au Christ.Et il est très clair dans le second passage où l\u2019on rencontre cette phrase.Ici la Guémara commente un texte des Psaumes: \u201cIl n\u2019y aura ni entrée ni sortie, ni aucune commotion dans les rues.(Ps.CXLIV, 14).\t\u201cAucune entrée\u201d: afin que notre compagnie ne soit pas comme celle de David qu\u2019Achitophel dut quitter; \u201caucune sortie\u201d: ou comme celle de Saul abandonnée par Doëg; \u201caucune commotion\u201d : ou comme celle d\u2019Elisée que Guéhazi a laissée; \u201cdans nos rues\u201d : afin de ne pas avoir un fils ou un disciple: qui brûle sa nourriture en public comme Jésus le Nazaréen.Or, dans le Talmud, ces trois personnages: Achitophel, Doëg et Guéhazi sont précisément soupçonnés d\u2019hérésie, pour une raison que nous verrons plus loin, et pour laquelle on les exclut du ciel.* * * Chez les rabbins, Balaam est resté le type de Jésus.Et c\u2019est ce qui explique la grande haine qu\u2019ils semblent porter à l\u2019ancien devin.Israel n\u2019avait pas tant de griefs contre Balaam.Si celui-ci, sur ses vieux jours, avait tenté de séduire les Hébreux par les femmes rnadianites, son incomparable prophétie demeure cependant l\u2019une des plus belles pages d\u2019Israël.Pourquoi maudire sa mémoire?Dans le choix d\u2019un symbole, il y a toujours quelque chose 12.\u2014B.Berach 34a. J.-C.DANS LES ÉCRITS TALMUDIQUES 487 d\u2019un peu arbitraire.Dans notre cas, il y avait pourtant assez d\u2019analogie : l\u2019essai de Balaam pouvait bien leur rappeler une autre tentative de corruption autrement grave où le Nazaréen aurait cherché à éloigner le peuple élu de son Epoux.D\u2019où l\u2019habitude, plus ou moins consciente d\u2019abord, de rapprocher les deux personnages, pour en venir peu à peu à les confondre.Dans un premier passage, on les rapproche dans un châtiment commun.C\u2019est celui où on les place avec Titus dans l\u2019enfer, comme les trois grands ennemis d\u2019Israël: Onqelos bar Qaloniqos, neveu de Titus, voulait devenir prosélythe.Il fit monter Titus au moyen de la nécromancie.Il lui dit : Qui est honoré en cc monde ?Il répondit: Israel.Faut-il devenir Juif?Il répondit: leurs lois sont nombreuses et tu ne pourras les accomplir.Va, entre chez eux en ce monde et tu deviendras un chef, car il est écrit (Lam.I, 5) : \u201cleurs adversaires sont devenus chef.\u201d Il luit dit: Quel est le châtiment de cet homme (de toi) ?Il répondit: Celui qu\u2019il aura choisi.Tous les jours ils ramasseront ses cendres et le jugeront, ils le brûleront et Véparpilleront sur les sept mers.Et il fit monter Balaam et lui dit: Qui est honoré en ce monde?Il répondit: Israel.Faut-il entrer chez lui?Il répondit (Dent.XXIII, 6) : \u201cTu n\u2019auras souci ni de leur prospérité ni de leur bien-être, tant que tu vivras.\u201d Il lui dit: Quel sera le châtiment de cet homme?Il répondit: Israel.Faut-il entrer chez lui?Il répondit: Cherchez leur bien, non leur mal.Celui qui leur fait du tort blessera la prunelle de son œil.Quel est le châtiment de cet homme?L\u2019ordure bouillante! Car un maître a dit: Celui qui se moque des paroles des sages est puni par l\u2019orclure bouillante.Venez voir la diffé- 488\tLA REVUE DOMINICAINE rence entre les pécheurs d\u2019Israël et les prophètes du siècle qui servent une religion fausse.13 Ce texte, qui fait partie d\u2019un long Midrach consacré surtout à la guerre de Titus, aurait pour auteur R.Jokhanan, (200-279).Ailleurs, Jésus est certainement visé sous le nom de Balaam.D\u2019abord dans un fameux passage de la Michna.14 On commence par poser en principe que tout Israel participera à la vie future.Puis viennent les exceptions.En premier lieu, les trois rois: Jéroboam, Achab et Manassé.Puis, parmi le peuple, Balaam, Doëg, Achitophel et Guéhazi.Le châtiment des rois se comprend: ils ont introduit l\u2019idolâtrie et perverti la religion.Le plus grave des crimes aux yeux des rabbins.Les autres doivent être coupables d\u2019un péché similaire.Mais pourquoi inclure Balaam dans une liste israélite?Il n\u2019était pas Juif, et bien plus, on ne voit guère qu\u2019il fût coupable d\u2019hérésie.Il avait certainement reconnu Jahveh, au moins à l\u2019époque de la prophétie.Et s\u2019il avait adoré d\u2019autres dieux n\u2019a-t-il pas toujours été païen?Il est certainement le type d\u2019un autre, de Jésus.Dans le texte de la \u201cnourriture brûlée\u201d, Jésus est accompagné précisément de ces Achitophel, Doëg et Guéhazi.Mais ceux-ci, qu\u2019ont-ils fait pour mériter un si grave châtiment, pour être les seuls en Israel à être exclus du ciel?L\u2019Ecriture ne leur reproche rien de particulièrement grave.C\u2019est que eux aussi sont des types.D\u2019après Herford, ils représentent les trois principaux Apôtres qui ont coopéré avec Jésus.Dans un autre endroit, l\u2019histoire d\u2019Elisée et de Guéhazi est racontée de manière à rappeler Paul, disciple apostat de Gamaliel.Doëg, l\u2019Edomite qui a trahi David, ressemble à Judas le 13\u2014\tB.Gitt, 56b, 57a.14\u2014\tM.Sanh.X 2. J.-C.DANS LES ÉCRITS TALMUDIQUES 489 traître.Et Achitophel, si influent, \u201cdont les conseils avaient autant d\u2019autorité que si l\u2019on eût consulté Dieu lui-même\u201d, fait penser à Pierre.\t.\t\u201e On donne encore l\u2019âge de Balaam, c\u2019est-à-dire de Jésus : Un certain hérétique dit à R.Khanina: Avez-vous déjà entendu l\u2019âge de Balaam?Il répondit: \u201cLes hommes de sang et de mensonge ne vivront pas la moitié de leurs jours\u201d, (Ps.IV, 23), il devait Devoir trente-trois ou trente-quatre ans.Il dit : Vous m\u2019avez bien répondu.J\u2019ai lu la chronique de Balaam et il y est écrit: Balaam, le boiteux, avait trente-trois ans quand Pinkhas le voleur le fit mourir.15 L\u2019hérétique qui interroge est un chrétien.Il demande l\u2019âge du Christ pour apprendre probablement ce que le rabbin pourra en savoir.Pourquoi Balaam est-il dit boiteux?R.Jokhanan avait conclu, de l\u2019interprétation fantastique de quelques textes, que le devin était perclus et même borgne.Pinkhas le voleur, ou \u201cPinkhas Listaah\u201d est presque certainement une corruption de Ponce Pilate.En commentant la prophétie de Balaam, les rabbins attribuent au devin des paroles de Jésus: R.Chimon ben Laqich dit: Malheur à celui qui se fait ressusciter par la parole de Dieu?Sur les paroles suivantes de Balaam: \u201cDieu n\u2019est pas un homme pour mentir, ni fils d\u2019un homme pour se repentir.\u201d (Nombres XXIII, 19), R.Abahu dit: Si un homme te dit: \u201cJe suis Dieu\u201d, c\u2019est un menteur; s\u2019il dit: \u201cJe suis fils de l\u2019homme\u201d, le peuple à la fin se moquera de lui; s\u2019il dit: \u201cJe monterai au ciel\u201d, il le dira sans pouvoir le faire.16 R.El\u2019azar ha Qappar dit: Dieu 15.\t\u2014B.Sanh, 106b.16.\t\u2014J.Taanith, 65b. 490 I-A REVUE DOMINICAINE donna à sa voix (de Balaam) de pouvoir aller d\u2019une extrémité de la terre à Vautre, parce qu\u2019il avait levé les yeux et regardé les peuples qui adorent le soleil, la lune, les astres, le bois et la pierre, et il ouvrit les yeux et vit un homme, le fils d\u2019une femme, qui devait se lever, et chercher à se faire semblable à Dieu, et égarer tout l\u2019univers.C\u2019est pourquoi Dieu donna assez de force à sa, voix pour que tous les peuples pussent l\u2019entendre et il parla ainsi: Ne permettez pas à cet homme de vous égarer, car il est écrit: \u201cDieu n\u2019est pas un homme pour mentir,\u2019\u2019 et s\u2019il dit qu\u2019il est Dieu, c\u2019est un menteur, et s\u2019il dit qu\u2019il s\u2019en va, et reviendra à la fin du monde, il le dira mais ne le fera pas.17 * * * Sur le procès et la mort de Jésus, le Talmud semble encore moins renseigné.D\u2019abord, c\u2019est à Lydda (près de Jaffa), que l\u2019on place la scène! Et sur la foi d\u2019un très ancien témoin, de R.Eîiézer ben Hyrkanos, qui fut arrêté comme suspect de christianisme vers l\u2019an 109.Dans le cas d\u2019un séducteur et d\u2019un docteur d\u2019apostasie, la procédure légale est celle-ci : on doit placer deux témoins dans une chambre intérieure, et au dessus de l\u2019accusé, on doit allumer une lampe pour qu\u2019on puisse voir son visage.Et l\u2019un d\u2019eux lui dit: Raconte-moi ce que tu m\u2019as dit privément.Et l\u2019autre lui dit: Comment pourrons-nous abandonner notre Dieu et pratiquer un faux culte?S\u2019il se repent, tout est bien.S\u2019il dit: \u201cTel est notre devoir et c\u2019est ainsi que nous devons faire,\u201d les témoins qui sont à l\u2019extérieur doivent l\u2019amener au tribunal (Beth Oin) et le lapider.18 Et la Tosephta et 17.\t\u2014Jaq.Chim., Par.766.18.\t\u2014B.Sanh.67a. J.-C.DANS LES ÉCRITS TALMUDIQUES 491 les deux Guémaras de Babylone et de Jérusalem de conclure en termes presque identiques : Ainsi a-t-on fait à Lydda; ils ont caché deux disciples des sages, et ils Vont conduit au Beth Din et Vont lapidé.En réalité, il n\u2019y a jamais eu de lois sur ce sujet.On n\u2019en trouve aucune trace dans le Talmud.Cette procédure légale est rapportée uniquement à propos de Jésus et ne s\u2019appuye sur son cas tel que décrit par la tradition.\u201cOn ne doit donc pas, dit Herford, corriger le récit évangélique par le Talmud.Mais c\u2019est l\u2019Evangile qui doit éclairer la tradition rabbinique.De Matthieu (XXVI, (60) viennent les deux témoins.Marc parle de plusieurs (XIV, 56).L\u2019Evangile les appelle \u201cfaux témoins et c\u2019est peut-être l\u2019origine de l\u2019assertion du Talmud que les témoins étaient dissimulés afin de surprendre l\u2019accusé.Du point de vue talmudique, les témoins n\u2019étaient pas faux dans le sens de menteurs, mais ils étaient justifiés par leur zèle pour la religion, en usant de supercherie avec un hérétique.\u201d Sur la mort de Jésus, le principal texte fut rayé des éditions ordinaires du Talmud: Tradition: la veille de la pâque, on pendit Jésus de Nazareth.Un crieur public courut en avant de lui pendant quarante jours, disant: Il sera lapidé parce que c\u2019est un magicien et un séducteur et il a trompé Israel.Quiconque le sait innocent vienne et proteste en sa faveur.Et personne ne protesta de son innocence et on le pendit la veille du sabbat et la veille de la pâque.R.Orella dit: Peut-on conjecturer qu\u2019un révolutionnaire soit innocent ?C\u2019est un séducteur.Et le Miséricordieux a dit (Dt.XIII, 8) : \u201ctu n\u2019auras pas compassion et tu ne dissimuleras pas la faute.\u201d Mais c\u2019est différent, car Jésus avait des accointances avec l\u2019empire.19 19.\u2014B.Sanh.43a. 492 LA REVUE DOMINICAINE Jésus lapidé ou pendu à Lydda! Et si l\u2019on ajoute qu\u2019ils ne savent même pas l\u2019époque de sa vie, la rapportant tantôt au temps d\u2019Alexandre Jannée, tantôt à celui de R.Aqiba, avec une marge de deux cents ans, il faut conclure que le Talmud a conservé un souvenir bien confus des événements.On hésite, dit le P.Lagrange, à prononcer le mot tradition.La légende serait née à Lydda même, à la fin du premier siècle.\u201cOu plutôt l\u2019opinion du judaïsme sur Jésus n\u2019est qu\u2019une contrefaçon de la catéchèse chrétienne.Les controversistes chrétiens durent alléguer la naissance miraculeuse de Jésus, annoncée par Isaïe, sa prédication, ses miracles, sa mort rédemptrice et sa résurrection.Les rabbins n\u2019ont pas toujours refusé la discussion; mais, officiellement, on affecta le mépris.On se contenta de dire que Jésus, s\u2019il n\u2019était pas fils du mari de sa mère, était donc né de l\u2019adultère, que sa prédication et ses miracles relevaient de la magie et de l\u2019hérésie, qu\u2019il était mort, justement condamné par les chefs du peuple, sans que personne eût pris sa défense.Assurément tout cela est bien peu digne d\u2019une grande religion.L\u2019attitude du Talmud envers Jésus est ce qui lui fait le moins d\u2019honneur, et on aime à croire que les Juifs cultivés de nos jours rougissent de leurs anciens maîtres.Ils n\u2019ont éprouvé d\u2019autre sentiment que la haine, et n\u2019ont employé comme argument que des grossièretés contre Celui que beaucoup d\u2019Israélites, même très éloignés du Christianisme, regardent comme l\u2019honneur et la fleur la plus exquise de leur race.\u201d Cette attitude n\u2019en est pas moins très étrange.Ce silence surtout est tellement contre nature! Au plus humble des fils d\u2019Israël, il ne suffit que d\u2019un mot pour nier Jésus.\u201cJe crois à un Messie ben Juda, (fils de Juda) et non ben Joseph\u201d, me disait un jeune israélite J.-C.DANS LES ÉCRITS TALMUDIQUES 493 d\u2019Hébron.Et ce peuple se croit pourtant la lumière du monde! A la conférence de Einstein à l\u2019Université juive de Jérusalem, il y a deux ans, l\u2019un des chefs du Sionisme n\u2019a pas hésité à nous dire que \u201ctoutes les nations de la terre viendront ici, un jour, puiser la science!\u201d Mais quand il s\u2019agit du Christ, c\u2019est, dans leur esprit, les ténèbres absolues! Un mystère de plus ajouté à tant d\u2019autres dans leur étonnante destinée.Père M.Dalmace Laferrière, O.P.- * -T LE SENS DES FAITS Le Cardinal Bégin.Les religieux et religieuses de la ville et de l'archi-diocèse de Québec ont perdu leur cardinal protecteur.Celui qui pendant son règne ouvrit la porte à trente-cinq nouvelles communautés, rendues viables, pour la plupart grâce aux privilèges et facilités de tout genre qu'il leur accorda, est allé au ciel cueillir la récompense d'un zèle éclairé pour toutes les bonnes oeuvres, en particulier pour celles qui visaient à l'intensité du culte et aux formes les plus variées de service religieux, depuis Vévangélisation des noirs d'Afrique jusqu'à l'entretien ynénager des séminaires et des presbytères.S'il fallait au lendemain de sa mort mesurer ici l'espace au nombre et à la constance des bienfaits reçus, une livraison entière de cet organe n'y suffirait pas.La hauteur de vues de l'illustre pontife l\u2019écay'ta toujours des considérations mesquines, tandis que son orthodoxie à base de connaissance lui montrait dans la vie religieuse, active ou cloîtrée, non une forme adventice, ou intégrante, mais vraiment essentielle de la religion chrétienne.Il savait 494 LA REVUE DOMINICAINE d\u2019ailleurs, ainsi qu\u2019il était légitime, recourir en temps propice à tous ses Ordres et Congrégations auxquels il devait rendre hommage dans son testament spirituel; et de cette confiante sympathie l\u2019on put voir une dernière marque dans la présence à son chevet d\u2019agonisant d\u2019un Père Plane d\u2019Afrique et de deux petites Soeurs dominicaines.Notre famille religieuse bénéficie, comme tant d\u2019autres, de Vhospitalité québecquoise.Les dominicaines de l\u2019Enfant-Jésus, sans compter leur propre couvent de noviciat, ont la direction d\u2019un hôpital et les charges d\u2019entretien matériel du Séminaire.Nos religieux eux-mêmes, après avoir prêché 50 ans dans l\u2019archidiocèse et résidé 20 ans dans la vüle, ont obtenu à Pâques, surtout par Ventremise du vénéré Primat, la concession d\u2019une paroisse aux débuts déjà prospères.Si notre prière reconnaissante monte inutile vers Dieu pour le repos de sa belle et gromde âme, qu\u2019elle redescende en gréices de fécondité sur son oeuvre, en grâces de réconfort sur le successeur aimé autant qu\u2019éprouvé qu\u2019il avait lui-même préconisé à la cour de Rome.Le Père Louis Archambault.Le Père Louis Archambault est mort le 26 juin, en notre couvent d\u2019Ottawa, des suites du diabète, à l\u2019âge de 61 ans, après 36 ans de vie religieuse.Il a été inhumé à Saint-Hyacinthe le 29 juin.Ce départ si cruel ajouté à tant d\u2019autres qui ont éprouvé notre province dominicaine, n\u2019a pas fait beaucoup de bruit à l\u2019extérieur.Le défunt ne possédait aucun titre.Il ne fit jamais partie d\u2019aucune administration.Ses quatre années de professorat à Saint-Hyacinthe mirent en relief des qualités qui le désignaient plutôt pour la vie missionnaire.On peut dire cependant que LE SENS DES FAITS 495 le Père Archambault était célèbre, en ce sens que nul de ceux qui l\u2019avaient vu et entendu ne pouvait l\u2019oublier.Orateur des pieds à la tête, dru et véhément, imagé et sarcastique, avec cela religieux de vieille trempe, apôtre dans l\u2019âme et dévoué pour ainsi dire jusqu\u2019au sang, il avait sa clientèle d\u2019admirateurs, disséminés un peu partout, du fond de l\u2019Abitibi au cœur du Wisconsin, et recrutée dans toutes les classes, aussi bien chez les paysans, les ouvriers, les nomades des \u201cchantiers\u201d que chez les Pères étudiants qui sollicitaient la permission d\u2019aller l\u2019entendre quand il prêchait dans le voisinage d\u2019un couvent.Ses dons physiques, son large facies mobile et impérieux, son port de tête, son geste de pétrisseur, à la Jaurès, tout l\u2019appareil, en un mot, recevait vie et flamme d\u2019une âme ardente et passionnée, et de convictions si fortes qu\u2019elles laissaient à peine place chez lui à la modeste opinion.J\u2019ai entendu beaucoup d\u2019orateurs, des deux côtés de Veau, mais pas un seul possédant au même degré cette chaleur d\u2019enthousiasme qui se moque de la technique et atteint sûrement jusqu\u2019aux sources les plus profondes de l\u2019émotion.Elle avait pour rançon, il est vrai, un manque assez fréquent de goût et de mesure, et il arriva plus d\u2019une fois que l\u2019auditoire, mené dans un vertige aux plus hautes cimes, mais prévoyant bientôt une chute dans le trivial, devait se hâter d\u2019en pleurer pour n\u2019avoir pas à en rire.Mais on savait faire ensuite, au milieu des commentaires, la part d\u2019une nature trop riche, torrent mal endigué; et l\u2019impression finale était '\u2019elle d\u2019un magnifique orateur et d\u2019un homme plein de foi, épris d\u2019idéal et de justice, et pratiquant généreusement lui-même ce qu\u2019il enseignait aux autres.Un tel caractère ne pouvait se contenter de formes d\u2019apostolat parfois plus ou moins entachées de routine. 496 LA REVUE DOMINICAINE Le Père Archambault avait l\u2019âme d\u2019un pionnier: il en eut toutes les ambitions.C\u2019est pourquoi il passa des années entières hors du cloître, sans rien perdre de sa piété ni de son zèle pour les observances de règle compatibles avec la vie solitaire.De 1903 à 1907, il vécut dans le Wisconsin et fonda la paroisse de Blake.Il y construisit une église.Un peu plus tard il desservit la paroisse de Frédéric où il parvint à bâtir une chapelle, et la paroisse de Pomme-de-Terre où il en paracheva une autre.Il revenait à son couvent d\u2019assignation pour la retraite annuelle ; mais ces longues absences ne laissaient pas que d\u2019inquiéter parfois l\u2019autorité.Le R.P.Mothon, alors vicaire provincial, racontait volontiers ce trait révélateur.Le Père Archambault, ne pouvant se résoudre à laisser sans secours un misérable groupe perdu dans l\u2019Illinois, avait dépassé la date convenue pour sa rentrée.Le supérieur ennuyé résolut d\u2019aller lui porter sur place le bienfait d\u2019une visite canonique.Quand il vit l\u2019état de la mission et la suprême indigence du missionnaire réfugié dans une cabane servant à la fois de presbytère et d\u2019écurie, il ne put retenir ses larmes, et le conflit prévu tourna en embrassade.avec prolongation de séjour ! \u201cAu cours de cette période, écrivait le P.Provincial dans la notice funèbre, la vie d\u2019héroïque dévouement de notre Père dans l\u2019ouest des Etats-Unis lui inspira l\u2019idée de faire une œuvre semblable dans l\u2019Abitibi.Pendant plus de deux ans il fut missionnaire dans le nord de notre pays.Plusieurs paroisses de la région lui doivent leur fondation et leur organisation.Infatigable dans ses courses, aucune famille de son vaste territoire n\u2019était délaissée; le Père missionnaire était partout où il fallait consoler ou encourager; dévoué de toute son âme à son LE SENS DES FAITS 497 œuvre d\u2019organisation des paroisses, il n\u2019hésitait pas à prendre les habits de travail pour aider les ouvriers constructeurs, puis, le poste devenu viable, il le cédait avec bonheur à un curé résident.Héroïque dans le don de lui-même, il se dépouilla maintes fois du nécessaire pour secourir les pauvres, et plus d\u2019une fois il se rendit littéralement au bout de ses forces dans l\u2019exercice de son ministère: par exemple, en cette fête de Noël 1915, lorsqu\u2019après avoir chanté la messe de minuit, il fit quinze milles à pied dans la neige, pour aller dire la messe de l\u2019aurore dans un autre centre confié à ses soins.\u201d Quand il se vit arrêté en pleine vigueur, après son carême de 1924 à Sherbrooke, il crut d\u2019abord à un dérangement temporaire dans ses habitudes.Mauvais malade et briseur de régime à l\u2019occasion, il s\u2019imposa néanmoins les longues vacances prescrites par son médecin le docteur Robichon qui devait le précéder dans la tombe.Mais quand, en avril dernier, il comprit ou essaya de comprendre que c\u2019était vraiment la fin, il éprouva l\u2019étonnement et la stupeur d\u2019une grande défaite.Lui qui était vie et action personnifiées, il ne put concevoir la maladie et la mort autrement que comme \u201cun grand mystère\u201d devant lequel sa foi s\u2019inclina.Nous avons tous partagé plus ou moins cette impression.Ceux qui descendirent son cercueil dans le trou béant et terrifiant avaient conscience d\u2019ensevelir une Force.Un discours en deux manières.Mlle Marcelle Géniat, son répliquant M.Georges Colin et plusieurs comparses, formant une troupe de belle apparence recrutée à Paris, doivent nous arriver sur un prochain bateau, et déjà depuis longtemps les 498 LA REVUE DOMINICAINE amateurs de \u201cbon théâtre\u201d reniflent cette aubaine.On leur offrira sans doute des dîners et des réceptions d\u2019apparât, bien que la chose paraisse un peu ridicule, étant donné qu\u2019un acteur étranger doit être largement satisfait du cachet et des applaudissements qu\u2019il récolte en ce pays.Les comédiens sont des comédiens, voilà tout, et Jules Lemaître plaisantait volontiers ceux d\u2019entre eux qui veulent nous la faire à l\u2019intellectuelle, en donnant des entrevues et conférences sur des sujets étrangers à leur profession.Il n\u2019est pas vrai non plus que les artistes engagés par nous, représentent officiellement le ministère des Beaux-Arts, même quand ils sortent d\u2019un théâtre ;j «à subventionné, ce qui n\u2019est pas le cas de nos étoiles visiteuses.Mais j\u2019ai tort de vouloir condamner les démonstrations en leur honneur, puisque c\u2019est là même que je désire faire insérer mon petit boniment à leur usage.\t; l'art Il s\u2019agit en effet de prévenir ces \u201cmessieurs-dames,\u201d comme on dit si curieusement là-bas, que tout ce qui est\ttear joué à Paris ne devrait pas l\u2019être: à Paris d\u2019abord, à\tma Montréal surtout.L\u2019an dernier, au cours d\u2019une série honnête, puisée aux répertoires classique et moderne, deux troupes de passage ont trouvé moyen, une fois la confiance établie dans notre public, de lui servir, non pas \u201cdu tord-boyaux à la Bernstein\u201d \u2014 il en aura cette année, paraît-il \u2014 mais les drogues opiacées dont j\u2019inscris l\u2019étiquette en hésitant: Montmartre, Chambre à part, La prise de Berg-op-Boom.L\u2019auditoire avala le tout sans protestation aucune: si la verve gauloise est importée sur nos rives, le sifflet parisien ne l\u2019est pas.La grosse majorité cependant condamne ces impertinences, véritable insulte à la foi, aux moeurs et aux goûts de notre population.Les étoiles, sans doute, sont de bonne foi, planant si haut au-dessus de nos misérables contingences locales! Je suggère alors qu\u2019un imprésario, LE SENS DES FAITS 499 un député ou un ministre leur fasse connaître à table, pendant le champagne, l\u2019état de choses existant sur la terre.canadienne.Ce discours peut être donné sous deux formes diverses et même opposées.Je connais tel auditeur de \u201cbon théâtre\u201d qui consentirait volontiers à guider moralement ces artistes dans le choix d\u2019un répertoire, mais en les faisant se méprendre sur la véritable situation.Il mettrait de l\u2019avant notre ignorance des lettres en général et du théâtre en particulier, nos étroitesses de vues et nos pudiques attitudes, notre soumission aux prêtres, que sais-je, pour augurer de là l\u2019effritement possible de l\u2019assistance et la diminution des recettes.Puis avec force voyez-vous et n\u2019est-ce pas de la nuance la plus douceâtre, il conclurait à la nécessité de sacrifier les exigences de l\u2019art à certaines circonstances qui font que.que.etc.Oh! non, de grâce, pas ce langage de pleutre! Nos orateurs en général savent assez le français pour en trouver un autre plus véridique et non moins poli.On poserait d\u2019abord cette assertion que les Canadiens connaissent moins bien que d\u2019autres, mais suffisamment, les exigences de la scène, et beaucoup mieux que d\u2019autres, les exigences de la morale.Pour eux, le théâtre français moderne est jugé: c\u2019est un véritable maquis: les trois quarts des productions à la mode étalent sur la scène, en formules et gestes des plus audacieux, l\u2019enseignement et la pratique de là débauche.La critique neutre s\u2019en émue à plusieurs reprises et Comœdia vient d\u2019entreprendre une campagne contre la manière dont certains directeurs de théâtre comprennent leur métier, \u201cn\u2019offrant à leur clientèle que pièces à tendances comme à titres obscènes ou orduriers, annoncées d\u2019ailleurs par des affiches d\u2019un goût aussi déplorable.\u201d 5C0 LA REVUE DOMINICAINE Dans cet énorme pourcentage il est peu d\u2019œuvres qui s\u2019imposent par leurs qualités littéraires ou proprement dramatiques.Sans doute il peut arriver que du fond d\u2019une sale intrigue ou d\u2019une situation équivoque, un beau cri jaillisse sur la scène et aille, secondé d\u2019un puissant geste, semer l\u2019émotion jusqu\u2019aux derniers rangs de l\u2019assistance.Mais l\u2019honnête spectateur qui vient d\u2019applaudir se ressaisit bientôt, et il constate que seul l\u2019immense talent d\u2019un interprète a su tirer du drame ce qu\u2019il ne contenait pas, à savoir une impression de noblesse et de beauté réelles.Je pourrais multiplier les exemples.Ils ne suffiraient pas à réhabiliter les auteurs, tant s\u2019en faut.Par ailleurs les Canadiens n\u2019ignorent pas qu\u2019il est facile de trouver, dans le dernier quart de cette vaste production, des pièces éprouvées, des nouveautés même qui satisfont aux goûts les mieux avertis comme aux consciences les plus honnêtes.Pour n\u2019en citer qu\u2019un échantillon: la comédie intitulée Si je voulais! Ce n\u2019est évidemment pas un entretien de retraites fermées, mais suivant la formule en vogue, une jeune fille peut y conduire sa mère ! Eh bien ! chose à peine croyable, cette pièce si spirituelle et si dégourdie fut au printemps dernier retirée des affiches de l\u2019Orphéum, avant la première représentation.Il serait injuste de prétendre qu\u2019elle fut remisée parce que trop honnête : pourquoi a-t-on offert à la place une ordure empruntée sans doute au répertoire des Capucines ou des Mathurins?Inutile donc de venir nous leurrer avec des prétextes.Le choix étant possible et aisé, nous demandons qu\u2019on veille de près à son exécution.De près signifie qu\u2019aucune exception ne saurait être admise par notre public.Voilà un premier point à faire entendre dans le langage le plus éthéré possible, aux étoiles-convives descendues de l\u2019éther pour nous LE SENS DES FAITS 501 amuser, nous instruire, et à l\u2019occasion nous élever.Mais n\u2019oublions pas que tombées du ciel de la France, elles représentent officieusement leur pays.Certaines considérations patriotiques pourront se glisser dans le discours de bienvenue.(Je les voudrais d\u2019un ordre à part, assez différent de ce qu\u2019on nous sert d\u2019habitude en d\u2019analogues circonstances).On se souvient de la douloureuse surprise des Français au début de la guerre, en constatant la faiblesse de leur crédit en Amérique, plus spécialement auprès du clergé catholique des Etats-Unis.Ce courant d\u2019antipathie fut noyé deux ans plus tard dans la vague de patriotisme soulevée par l\u2019intervention américaine.Il avait deux causes : la persécution religieuse en France et la littérature pornographique.On le comprit si bien là-bas qu\u2019on fonda immédiatement le Comité de propagande française à l\u2019étranger, en vue de représenter au dehors la France telle qu\u2019elle est, avec ses torts réels et ses mérites ignorés.Le Comité dut être maintenu après la guerre, \u2014 comme tant d\u2019autres entreprises dont l\u2019urgence éclata sous le coup du terrible événement.Il devint facile alors de supputer l\u2019influence du mauvais théâtre sur le sentiment populaire à l\u2019étranger.Déjà plusieurs années auparavant, à l\u2019apparition de La Française de Brieux, la critique avait dénoncé ce type infidèle, colporté à l\u2019extérieur et défigurant aux regards du monde entier la vraie image des femmes de France.Les choses ont marché depuis.L\u2019œuvre dramatique des cinquante dernières années nous représente une société entière livrée aux puissances d\u2019argent, l\u2019amour pur voué au ridicule et le mariage aux pires profanations.Etant donné l\u2019invincible tendance d\u2019un spectateur de drame à tout généraliser, il ne pourra qu\u2019entretenir des idées fausses sur la mentalité de la famille française aux confins des deux siècles.Même la figure si nette et si 502 LA REVUE DOMINICAINE haute du Poilu ne devait pas échapper à l\u2019outrageante déformation.Voyez-le, dans Le Soldat sous l\u2019Arc de Triomphe, revenu des tranchées bavard et grandiloquent, aveugle et injuste, obscène et révolté.Il ne faut pas que cette trahison, car c\u2019en est une, trouve des partenaires ou des complices en ce pays.Nous saurons exiger qu\u2019on nous montre sur la scène le visage d\u2019une France inconnue ou méconnue, la probité de son peuple, le courage de ses femmes, l\u2019abnégation de ses patriotes.Si tout cela existe, il est nécessaire que la masse des étrangers s\u2019en rende compte et non pas seulement quelques rares observateurs.J\u2019ai dit qu\u2019il faudrait nuancer ce canevas en le transposant dans le discours.Au fait, je me demande comment nos visiteurs pourraient s\u2019offusquer ou même s\u2019étonner de pareilles réclamations, dictées dans un esprit tout fraternel, sans autre souci que la réussite de leur entreprise, le bon renom de leur pays et la préservation du nôtre.M.-A.Lamarche, O.P.Le sacre de Mgr Lagae.Comme nous l\u2019annoncions le mois dernier, le Sacre de Mgr Lagae, Evêque de Tricala, Vicaire Apostolique de l\u2019Uelé Oriental, eut lieu à Bruxelles, le 11 juin.Dès neuf heures, une longue procession de quatre-vingts dominicains amenait du couvent à l\u2019église Son Eminence le Cardinal Mercier, Archevêque de Malines, ses deux assistants, Mgr Van Rechem, Evêque Auxiliaire de Bruges, Mgr Kerkhofs, Evêque Auxiliaire de Liège, puis Mgr Lagae.Son Excellence Mgr Micara, Nonce Apostolique à Bruxelles, qui avait tenu lui aussi à donner à Mgr Lagae un témoignage de particulière bienveillance, était présent. LE SENS DES FAITS 503 La cérémonie du sacre fut pleinement réussie.Tout, d\u2019ailleurs, contribuait à en faire une fête liturgique parfaite: le cadre artistique de l\u2019église conventuelle, \u201cvrai bijou d\u2019art\u201d, selon l\u2019expression même du Cardinal, la majesté des rites auxquels la haute taille et la piété de Mgr Mercier donnaient encore plus de solennité et d\u2019onction, enfin l\u2019interprétation si heureuse que les Religieux ont donnée des chants grégoriens.Vers midi, Vers midi, quand le cortège redescendait le nef pour gagner le couvent, la même foule émue s\u2019agenouillait sous la main bénissante de notre nouvel évêque.Autour de la table conventuelle qui réunissait les Evêques, les supérieurs d\u2019Ordres religieux, les Prieurs Dominicains de Belgique, et les nombreux amis de Mgr Lagae, la fête s\u2019est continuée dans une cordialité toute fraternelle.Le T.R.P.Parys, Provincial de Belgique s\u2019adressant à Son Excellence Mgr Micara, Nonce Apostolique, ouvre la série des toasts.Celui que nous devons évoquer d\u2019abord, dit-il en substance, c\u2019est Notre Saint Père le Pape Pie XI.Par la création du nouveau vicariat apostolique de l\u2019Uelé Oriental, et par la nomination de Mgr Lagae en qualité de Vicaire apostolique, Sa Sainteté couronne notre œuvre au Congo.Nos sentiments se résument ev.deux mots : Reconnaissance et dévouement.Son Excellence Mgr Micara remercie alors au nom du Pape.Le Souverain Pontife, dit-il, connaît l\u2019amour filial de l\u2019Ordre de Saint-Dominique, l\u2019amour filial aussi de la Belgique, si attachée au siège de Pierre.Dans une pensée bien délicate, Son Excellence évoque le roi Albert, et le Prince Léopold qui visite en ce moment nos missions africaines.Son Eminence le Cardinal Mercier se lève ensuite.Il s\u2019associe de tout cœur aux paroles adressées au Pape 504 LA REVUE DOMINICAINE et au Roi.Mais, le héros principal de la fête est Mgr Lagae.L\u2019émotion profonde du cœur se refuse, dit-il, à monter jusqu\u2019aux lèvres.J\u2019ai sacré plus d\u2019un évêque, et, chaque fois, cette émotion augmente.Aujourd\u2019hui, elle m\u2019est encore plus sensible : car, ce matin, c\u2019est sur un missionnaire que nous avons fait descendre la plénitude de l\u2019Esprit.C\u2019est le tour de monsieur Carton, ministre des Colonies.Homme de foi vive et de patriotisme clairvoyant, tant aimé par nos missionnaires dont il comprend et encourage l\u2019œuvre civilisatrice, tel nous apparaît une fois de plus Monsieur Carton.Même ici en Belgique, dit-il, la générosité de nos missionnaires est une semence d\u2019enthousiasme et d\u2019ardeur.Ils galvanisent notre jeunesse, ils élèvent l\u2019âme de nos populations.Mais, là-bas, en Afrique, quelle œuvre merveilleuse et patriotique est la leur! Le roi Albert, si attentif aux choses du Congo, me le confiait tout récemment encore: \u201cNos meilleurs colons, ce sont les missionnaires catholiques.Si nous parvenons à faire du peuple noir un peuple moral, civilisé, fidèle à la Belgique, c\u2019est au dévouement de nos missionnaires plus encore qu\u2019à notre administration que nous le devons.\u201d Le T.R.P.Provincial se lève alors de nouveau pour exprimer à Monseigneur Lagae les vœux et les félicitations de la Province de Ste-Rose.Le nouvel évêque, visiblement ému par tant de cordialité et de félicitations, répond à tous les vœux qui lui furent adressés : \u201cMerci à Son Eminence le Cardinal Mercier, dont nous étions si fiers là-bas, en apprenant dans la solitude des brousses le grand courage devant l\u2019injustice.Toute votre vie Monseigneur, est le commentaire de votre devise \u201cApostolus Jesu Christi\u201d.Fils de saint Thomas, nous ne pouvons LE SENS DES FAITS 505 non plus oublier que vous êtes en Belgique le promoteur du renouveau thomiste.Merci à Monseigneur Van Rechem, et à Monseigenur Kerkhofs, les évêques assistants.Merci à Monsieur le ministre Carton, qui fut toujours pour nous un auxiliaire de grand prix.Merci à la Province de Ste Rose et à son chef le T.R.P.Parys dont je fus le novice.Merci aux RR.PP.Prémontrés qui nous cédé une partie de leur mission, et nous ont initiés à l\u2019évangélisation des Noirs.Merci à tous ceux qui m\u2019ont fait du bien, et qui promettent aujourd\u2019hui de me continuer la charité de leurs prières et de leurs secours.Je ne puis m\u2019empêcher, en terminant, \u2019d\u2019évoquer nos chers missionnaires.C\u2019est leur œuvre que le Bon Dieu couronne aujourd\u2019hui.Ma pensée émue et reconnaissante les rejoint tous; de loin, je leur envoie ma première bénédiction.\u201d P.Ignace Draime, O.P.Dans l\u2019Ordre.\u2014 Vu ie nombre toujours croissant de nos novices, le Conseil de Province a décidé l\u2019achèvement selon l\u2019idée primitive, du Couvent d\u2019Etudes d\u2019Ottawa.Les plans ont été confiés à Monsieur J.-Albert Larue, professeur à l\u2019Ecole Polytechnique et à l\u2019Ecole des Beaux-Arts de Montréal, et les travaux de construction, déjà avancés, à Monsieur Ed.Monette, entrepreneur de la capitale.\u2014 La Maison vicariale de Notre-Dame de Grâce (Montréal) est érigée en Couvent formel depuis le 4 août, en vertu d\u2019un décret de la Curie généralice.Le T.R.P.Béliveau a été institué Prieur, et le T.R.P.Marie-Dominique Laferrière, Sous-Prieur.\u2014 La retraite sacerdotale de Sherbrooke a été prêchée par le T.R.P.Béliveau et celle de Prince-Albert (Saskatchewan), par le R.P.Couture. 506 LA REVUE DOMINICAINE \u2014 Le R.P.Bourque a prêché la retraite annuelle des Séminaristes de Sherbrooke et le R.P.Trudeau, celle des Religieux de Sainte-Croix, à Saint-Laurent.\u2014 Le T.R.P.Béliveau prêchera la retraite d\u2019ouverture au collège de l\u2019Assomption et le R.P.Leduc, au collège d\u2019Ironside.\u2014 Le R.P.Bérard a prêché la Saint-Jean-Baptiste à Sainte-Anne de Fall River et le R.P.Déziel, la Fête patronale de Sainte-Philomène de Rosemont.\u2014 L\u2019inauguration de l\u2019école Sainte-Anne, à Fall River, aura lieu le 13 septembre.\u2014 Sa Grandeur Mgr Jean-Thomas McNicholas, O.P., évêque de Duluth, a été promu à l\u2019archevêché de Cincinnati.\u2014 Le R.P.Antonio Lamarche a été nommé profes- seur de Cosmologie à la Faculté de Philosophie de l\u2019Université de Montréal.\u2014 Le R.P.Raphaël Turgeon est de retour de Rome où il a suivi des cours complémentaires à l\u2019Angelico.\u2014 Le R.P.Augustin Leduc a été nommé pro-Régent des Etudes à Ottawa, en remplacement du T.R.P.Marie-Albert Marion.\u2014 Le R.P.Louis-Marie Sylvain est de retour de l\u2019Angelico, où il a reçu le grade de Docteur en Droit Canonique avec la note: Summa cum laude.\u2014 Les Soeurs Dominicaines de Lewiston (Maine), appartenant à la célèbre Congrégation de Nancy, ont pris charge de l\u2019école paroissiale d\u2019Hudson, au diocèse de Valleyfield.\u2014 Parties de Prouille le 17 juin dernier, les Dominicaines de Berthierville, sont arrivées à Québec le 26 après avoir fait la traverse à bord de F\u201cEmpress of France\u201d.Le T.R.P.Langlais ancien provincial de l\u2019Ordre des Frères Prêcheurs au Canada, aujourd\u2019hui LE SENS DES FAITS 507 Maître des novices au Collège Angélique de Rome et Consulteur de la Consistoriale, les accompagnait.Le lendemain elles se rendaient à Berthierville.Les religieuses furent conduites au presbytère pendant que les cloches de la vieille église annonçaient la bonne nouvelle à la population.Là, elles furent reçues par S.G.Mgr Forbes qui était accompagné des chanoines Gervais et Lachapelle et par M.le chanoine-curé Clairoux, et furent saluées par toutes les religieuses des diverses communautés de la ville.On se rendit ensuite à l\u2019église, Mgr Forbes fit un parallèle touchant entre la visite de la Ste Vierge à Ste Elisabeth et la venue des Moniales dominicaines à Berthierville.Ces bonnes religieuses se déclarent grandement édifiées et consolées par l\u2019accueil si sympathique et par l\u2019esprit de foi et de piété de la population locale.\u2014 Les RR.FF.Luc Paquin, Jean-Marie Beauregard, Albert Saint-Pierre, Paul Laporte, Antonin Lamarche, Raymond Martineau et Augustin Biron ont prononcé leurs vœux ad triennium le 4 août, et le R.F.Louis Lafontaine, le 26.\u2014 Les RR.PP.Lebel, Monty et Labonté ont été assignés à Saint-Hyacinthe; le R.P.Dumas, à Ottawa; les RR.PP.Boisverd, Richer et Forest, à Montréal, et le R.P.Marchand, à Lewiston.\u2014 Le R.P.Benoît Mailloux est parti pour Rome oû il devra suivre des cours de perfectionnement au Collège Angélique.\u2014 Nous recommandons aux prières de nos lecteurs l\u2019âme de M.Henri Gauthier, de son vivant professeur de français, décédé à Montréal le 12 juillet, tertiaire dominicain, ami et bienfaiteur de notre Province.Fra Domenico. 508 LA REVUE DOMINICAINE L\u2019ESPRIT DES LIVRES R.P.Simard, O.M.I.\u2014 \u201cSaint Augustin\u201d \u2014 Educateur idéal \u2014 \u201cSaint Thomas d\u2019Aquin\u201d \u2014 Sa mission intellectuelle.Brochure in-8° de 50 pages.Université d\u2019Ottawa, 1925.\u201cLe scolastique du XXe siècle, écrit dom Rousseau, court deux \u201crisques: celui de copier matériellement ses devanciers sans les \u201cavoir pénétrés; et celui de se mirer, à son propre bénéfice, en des \u201cperspectives qui rendent le système méconnaissable.\u201d (Revue bénédictine, octobre 1923, p.283.) Ce que dom Rousseau affirme du scolastique, on peut l\u2019affirmer du critique à son tour.Tant d\u2019analystes ont parlé de S.Augustin et de S.Thomas que le R.P.Simard courait chance de s\u2019annihiler en les suivant de trop près ou de faire fausse route en prononçant des jugements trop personnels.Il a su éviter ce double écueil dans la brochure mentionnée qui contient une conférence sur S.Augustin, une autre sur S.Thomas.Qui dit conférence dit généralement synthèse.Edifier une synthèse à propos des deux plus grands maîtres de la pensée chrétienne suppose de vastes lecture.On voit que l\u2019auteur a parcouru ou consulté maints ouvrages, et le sien rend une note bien traditionnelle.Mais outre qn\u2019il a repensé la matière éparse en tant de monographies et de panégyriques, il a su la coordonner à sa façon, y mêler des observations ingénieuses et personnelles, illustrer le tout de traits et de comparaisons bien à lui.Il va sans dire que le travail sur S.Thomas nous a touché davantage et fait souhaiter que l\u2019auteur aborde ici même une de ces questions de morale où le Docteur commun se rapproche tellement de la vie et des âmes qu\u2019il mérite pleinement, à son tour, le titre d\u2019éducateur idéal.M.-A.L.Jules Tremblay.\u2014 \u201cSainte-Anne d\u2019Ottawa \u2014 Un résumé d\u2019histoire \u2014 1873-1923\u201d La Cie d\u2019imprimerie d\u2019Ottawa, 1925.Us savent sans doute de bien belles choses, nos clochers, mais qu\u2019ils sont discrets ! Chacun sait et répète que l\u2019histoire de no3 paroisses, c\u2019est toute notre histoire et la première qui doit être faite; combien peu s\u2019inquiètent d\u2019écrire la page du gros volume qui nou3 rendrait si fiers.On pourrait aider de tant de manières à éta.ler au grand jour ces noms toujours modestes, ces gestes souvent héroïques, ces groupements encore vivaces qui ont commencé, édifié et assuré la grande organisation nationale.Il n\u2019y a pas ici de contribution si minime qui puisse être dédaignée.Quel service ne rendrait-on pas par exemple en recueillant les récits des vieux témoins de la première heure, en mettant en simples tableaux L\u2019ESPRIT DES LIVRES 509 généalogiques les registres des naissances.Nous sommes heureusement témoins de grands efforts en ce sens depuis quelques années.Des entreprises vraiment sérieuses ont même été tentées qui ont connu le grand succès.Certaines histoires de paroisses ont la plus grande valeur.¦ Le travail qui vient de paraître sur Sainte-Anne d\u2019Ottawa place M.Jules Tremblay au premier rang de ces distingués auteurs.On a écrit sur de plus vieilles paroisses.Cinquante années ont cependant fourni à M.Tremblay quatre cent pages pleines d\u2019intérêt.Premier rameau détaché de l\u2019Eglise primitive d\u2019Ottawa, Sainte-Anne a été le théâtre des premiers essais de groupement canadien-français.Ses registres s\u2019ouvrent par des noms que chacun des nôtres de la capitale devrait connaître.Elle semble devoir demeurer le centre de nos ralliements.Son histoire est donc celle de l\u2019élément français au vieux Bytown.L\u2019auteur nous intéresse d\u2019abord en quelques pages au développement du petit village qui devait devenir la capitale du Canada, puis nous fait assister aux débuts de Sainte-Anne, rappelle les grands noms chargés de la diriger, marque les étapes de l\u2019organisation paroissiale, fait l\u2019historique de ces différentes œuvres et sociétés, dans une accumulation de noms et de détails qui pourrait déplaire si l\u2019on oubliait l\u2019attente des premiers intéressés et les exigences de la biographie.Par contre que de pages seraient dignes de la grande histoire.La plume de M.Tremblay est connue.Elle vient de trahir dans certains raccourcis et quelques portraits une sûreté de maître.Le travail de M.Tremblay sera lu et demeurera.R.-M.V.Abbé Emile Dubois.\u2014 \u201cLe Petit Séminaire de Sainte-Thérèse\u201d.\u2014 1 vol.in-8°, 400 pp.\u2014 Montréal, Editions du \u201cDevoir\u201d, 1925.Au mois de juin dernier, l\u2019illustre Séminaire de Sainte-Thérèse de Blainville célébrait avec éclat le centième anniversaire de sa fondation.Les journaux, les revues et les discours ont raconté les étapes de ce siècle d\u2019histoire, et en ont pris occasion pour exalter, par delà une œuvre locale, les états de service de nos collèges classiques en général; à Sainte-Thérèse même, l\u2019on a érigé un monument à la mémoire du fondateur du séminaire, l\u2019abbé Charles Ducharme.Rien, cependant, croyons-nous, ne peut inspirer aux téré-siens un plus grand attachement à leur séminaire, ni mieux plaider l\u2019œuvre bienfaisante de nos collèges, que la solide monographie que vient de publier le vice-supérieur de Sainte-Thérèse, Monsieur l\u2019abbé Emile Dubois; son livre est un bel acte de piété filiale, une opportune évocation des services rendus par nos collèges, une consciencieuse œuvre d\u2019histoire.* s * Toutes les familles ont le culte des ancêtres et la fierté de leurs gloires; l\u2019on s\u2019y transmet religieusement, de génération en génération, le récit des fastes les plus mémorables avec les noms les plus saillants; où ne trouve-t-on pas l\u2019album et de coffret de papiers de famille ?M.Dubois a voulu rendre ce service à la grande 510 LA REVUE DOMINICAINE famille térésienne, d'être le conservateur et l\u2019agent de transmission de ses souvenirs de famille: il n\u2019a rien oublié de ce qui peut mieux faire connaître les débuts, les développements et l\u2019épanouissement de l\u2019œuvre térésienne; il s\u2019est attaché à mettre en relief les figures principales; il a essayé de fixer d\u2019un mot caractéristique la physionomie de chacun; il s\u2019est penché, avec un soin plus grand, sur l\u2019âme du fondateur qui demeure, comme de juste, le personnage principal de l\u2019œuvre; les jours de deuil et de joie sont racontés avec émotion; le térésien qui ouvre ce volume trouve tout ce qu\u2019il veut savoir de l\u2019histoire de son collège: la succession des édifices qui aboutit au séminaire actuel, la liste des personnages qui ont eu un rôle marquant, les épreuves par lesquelles l\u2019œuvre a passé, le défilé de tous les notables, clercs ou laïques, issus de Sainte-Thérèse, les traits spéciaux qui forment l\u2019âme térésienne ! Que chaque collège trouve, pour veiller sur ses souvenirs, un fils aussi dévoué ! Le volume de M.l\u2019abbé Dubois est, en outre, une très opportune et très juste affirmation des immenses services rendus à l\u2019Eglise et à la société civile par nos maisons d\u2019enseignement secondaire: \u201cLe Séminaire de Sainte-Thérèse, comme tous les autres d\u2019ailleurs qui ouvrent leurs portes à la jeunesse canadienne, a poursuivi dans ses cent ans de vie un double idéal: Deo et Patriae vixit.\u201d A un moment où, dans tout le Canada français, il y a un louable effort vers la supériorité par Vélan intellectuel, il fait bon de se retourner vers l\u2019œuvre d\u2019instruction et d\u2019éducation accomplie par nos collèges classiques; nos prêtres, nos religieux, nos professionnels, nos hommes marquants, dans l\u2019Eglise et dans l\u2019Etat, à peu d\u2019exceptions près, viennent de ces collèges.Depuis quelques années, de généreux subsides viennent aider ces collèges, et il est juste d\u2019en remercier qui de droit, mais quand ils sont venus, il y avait déjà plus d\u2019un siècle que l\u2019instructions econdaire se donnait à peu près gratuitement.M.Dubois a bien fait de réclamer, pour nos prêtres de collège, l\u2019hommage de ses lecteurs.Qu\u2019il y ait place pour des progrès, c\u2019est possible, mais que la vue du bien possible à faire ne fasse pas oublier le bien réel déjà accompli.L\u2019œuvre de M.Dubois est un bel essai historique.L\u2019auteur n\u2019a pas voulu faire une sèche nomenclature de noms, d\u2019événements et de dates; son œuvre est vivante; le côte strictement scientifique n\u2019est pas négligé, mais est enveloppé dans le souffle qui anime le tout.\u2014 La documentation est abondante, sérieuse, choisie; les documents les plus importants sont cités en appendice, les autres sont résumés comme il convient; ainsi, la marche générale du travail n\u2019est pas alourdie.L\u2019auteur, toutefois, aurait pu compléter sa documentation par une indication plus abondante de ses sources; il aurait ainsi facilité les recherches des auteurs de travaux similaires.\u2014 Son travail sur l\u2019Institution Royale attirera l\u2019attention de tous les historiens futurs.M.Dubois est un historien impartial; il donne à qui de droit, l\u2019éloge et le blâme, là où le recul du temps rend possible l\u2019appréciation; pour le reste, il laisse deviner plutôt qu\u2019il n\u2019insiste; pour quelques faits trop près de nous, il garde le silence, ce dont il faut le louer.L\u2019ordonnance générale semble bonne; toutefois, le chapitre huitième aurait été avantageusement reculé vers la fin; \u201cl\u2019âme térésienne\u201d était peut-être dessinée vers 1862, mais le chapitre intitulé \u201cVers le progrès\u2019\u2019 permet encore mieux de la pénétrer; 511 l\u2019esprit des livres d\u2019ailleurs, qui ne voit qu\u2019une belle synthèse comme celle-là eût dignement terminé l\u2019ouvrage ?Le style est sobre, vivant ému, un peu trop facile et oratoire, peut-être, mais bien propre à convaincre de la beauté de l\u2019œuvre térésienne parce qu\u2019on la sent racontée par une âme convaincante et aimante.L\u2019exécution matérielle fait honneur aux ateliers du Devoir.Nous n\u2019avons qu\u2019un souhait à exprimer: qu\u2019on nous raconte au plutôt, comme M.Dubois vient de le faire pour Sainte-Thérèse, l\u2019histoire de toutes nos maisons d\u2019éducation ! L\u2019on sera étonné de toutes les richesses intellectuelles et morales, accumulées dans nos collèges ! Que l\u2019exemple de M.Dubois suscite de courageux imitateurs: ce sera, nous en sommes sûrs, la plus belle récompense de son beau travail.P.Aug.Leduc, O.P.Accusés de réception Le Jubilé hors de Rome, par le R.P.Lacau, S.C.J.Commentaire opportun, clair et bref de la Constitution Apostilique: Apostolici muneri consacrée spécialement au Jubilé hors de Rome.Turin, 1925, chez Marietti, 23, via Legnano.Le rayonnement spirituel de la France, par Mgr Beaupin.Rapport présenté à la Réunion de Propagande en faveur du Comité catholique des Amitiés françaises, le 11 mars 1925.Une partie notable de ce document est consacrée aux relations spirituelles du Canada avec la France.Saint Jean Eudes, souvenir de sa Canonisation récente, triduum prêché au Sacré-Cœur de Marie de Québec, au mois de juin dernier.Ce condensé historique est déjà des plus intéressants.On pourra le compléter avec avantage en lisant le numéro de juin de la Vie Spirituelle, tout entier consacré à l\u2019admirable apôtre, doublé d\u2019un rare écrivain mystique, qui donna une si vive impulsion à la dévotion des Saints Cœurs de Jésus et de Marie.La gracieuse histoire de la petite Anne de Guigné, par le R.P.Lajeunie, O.P.Après sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, il est difficile de rencontrer une âme de jeune vierge plus pure et plus favorisée du ciel, au point qu\u2019elle semble \u201cfaire contrepoids aux bassesses, aux vilenies, aux horreurs que l\u2019iniquité amoncelle en ce bas monde.\u201d Cette brochure de 75 pages fait partie des magnifiques et opportunes éditions de la Vie Spirituelle, à Saint-Maximin (Var).En fait partie également la brochu-rette de dom Emmanuel Flicoteaux, où le savant bénédictin expose le mystère de L'Epiphanie de N.S., en mettant à profit la science liturgique que son Ordre veut désormais inséparable d\u2019une vraie et saine théologie.Sainte Anne et le peuple canadien-français, par Mgr L.A.Paquet.L\u2019 A.C.J.C.a eu la bonne idée de publier ce sermon de l\u2019éminent prélat, où les affinités d\u2019origine entre notre pays et Sainte Anne, grandissantes avec le temps, nous sont indiquées comme \u201cliées à nos destinées\u201d.Il est probable que ce discours 512 LA REVUE DOMINICAINE d\u2019un professeur d\u2019éloquence fournira un thème ou du moins une inspiration à bien des orateurs de pèlerinages.Les élites sociales et le sacerdoce, par le T.R.P.Lefloch, S.Sp., supérieur du Séminaire Français de Rome.Paris, Téqui, 1925.Destinée plutôt à la France, cette étude offre cependant un intérêt général.Est-ce que, par exemple, au Canada même, l\u2019écart n'est pas trop marqué entre le nombre des vocations de souche paysanne, et celui des vocations fournies par les familles de professionnels ?\u2014 On trouvera à la même librairie Les petits Chinois ou La Sainte-Enfance an vicariat cle Nankin, par le R.P.Gibert, S.J., et la Panégyrique de Sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, par le R.P.Marie-Amand de Saint-Joseph, O.C.D.La Marquise de Rambouillet et Malherbe, par le chan.Delplanque, et Marie Jenna, par Elie Maire, voilà deux brochures faisant partie des \u201cFemmes de France\u201d, que liront avec intérêt ceux qui pensent que le roman et le drame n\u2019ont guère contribué jusqu\u2019ici qu\u2019à défigurer l\u2019image de la femme française.(Le-thielleux) Lumen, revue mensuelle, organe du Cercle d\u2019Enseignement catholique pour les femmes du monde.Directeur: R.P.C.Peillaube.Rédaction: Mme J.de Lamaze, le Crouzet, par Larché (Corrèze).Administration, 20, rue Monsieur, Paris.Le numéro-spécimen que nous avons reçu contient un cours complet sur la \u201cBonté de Dieu\u201d, par l\u2019abbé D.Lallement, dont la compétence tbéologique est bien connue, une causerie liturgique sur \u201cLa Cène\u201d, un article de Mlle Marguerite Perroy sur \u201cLes excuses des invitées\u201d, etc.Nous ne saurions trop recommander aux femmes sérieuses du Canada ce périodique qui s\u2019honore de la collaboration des meilleures plumes du clergé français.Le malheur est que chez nous on ne lit pas.Voyez-vous souvent une femme dans un tramway avec une revue ou un volume entre les mains ?Là plus qu\u2019ailleurs, cependant, \u201cles habitudes mondaines sont plus à redouter pour la sécurité féminine que les habitudes intellectuelles.\u201d (Fadette).Divus Thomas.revue philosophique et théologique, publiée en diverses langues.Elle compte au nombre de ses collaborateurs des théologiens de marque, tels que les RR.PP.Cordovani et Pirotta, O.P.Abonnement pour l\u2019étranger, 25 francs.Administration: Maison Pietro Marietti, 23, via Legnano, Turin."]
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