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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
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Revue dominicaine, 1918-03, Collections de BAnQ.

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[" £Xiv»Année\tCe Rosaire MARS 1918 PER R-?*} CON REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement SOMMAIRE: R.P.R.-M.ROULEAU, O.P.R.P.V.-M.BRETON, O.F.M.Abbé GEO.COURCHESNE PIERRE JULIEN LE PÈRE GONTHIER FRA DOMENICO \u2014Saint Thomas d\u2019Aquin \u2014Pour les jeunes\u2014De la formation à l\u2019action \u2014Respect a la Maison \u2014Foi et Progrès \u2014Correspondance intime \u2014Dans l\u2019Eglise et dans l\u2019Ordre Recensions ABONNEMENTS : CANADA : $1.00\t| ETATS-UNIS : $1.25 Avec le \u201cROSAIRE POUR.TOUS\u201d 15 sous en plus par année ADMINISTRATION : LE \u201cROSAIRE\u201d SAINT-HYACINTHE\tCANADA MCMXVIII PARAIT LE'25 DE CHAQUE MOIS La Revue Dominicaine, à part sa chronique des principaux événements \u201cdans l\u2019Eglise et dans l\u2019Ordre.\u201d publie des articles de vulgarisation traitant d\u2019Ecriture Sainte, de théologie, d\u2019apologétique ou du droit canon, et.même des études de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion y soit concernée en quelque manière.La Revue Dominicaine n\u2019a point de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux problèmes d\u2019apologétique envisagés surtout au point de vue canadien.Elle répond aussi aux consultations religieuses, et donne un compte-rendu des ouvrages dont on lui fait tenir un exemplaire.Collaborateurs à la Revue: RR.PP.Langeais,, Rouleau, Ciiarland, jBrosseau, Lamarche, Cote, Marion, Martin, Richer, Trudeau.Leduc, Forest, Perras, Proulx, Laferriere, Dumont, des Frères-Prêcheurs ; Breton, des Frères-Mineurs; Ville-neuve, des Oblats de Marie ; Mgr L.-A Paquet, P.A.; MM.les abbés Culotte, Chapelain du Sacré-Cœur, au Saalt-au-Récolîet; Coueciiesne, Professeur au Séminaire de Ei-coîet; Jeannotte, Professeur au Grand Séminaire de Montréal ; Desranleau, Chancelier du Diocèse de Saint-IIyacin-the; Melancon, Chapelain du Pensionnat d\u2019Outremont; Desciiesnes, Vicaire au Saint-Enfant-Jésus de Montréal; Laferriere, Professeur au Séminaire de Saint-Hyacinthe ; Gelinas, Professeur au Séminaire des Trois-Rivières.Le dernier manuscrit est remis à Vimprimeur le 15 du mois. SAINT THOMAS D\u2019AQUIN Fête le 7 Mars La splendeur de la Science Sacrée fut assurée dès l'origine à la famille des Prêcheurs par l\u2019appel miraculeux de docteurs célèbres dans les Universités de France et d\u2019Italie, et par celui de nombreux étudiants venus de ces grands centres doctrinaux.C\u2019est ainsi que les frères Réginald, Roland de Crémone et Monéta, accompagnés de plusieurs élèves, frappèrent à la porte des couvents de l\u2019Ordre nouveau.Ces maîtres formèrent une élite qui ne fit que s\u2019accroître avec les années.Dès lors, on trouve les Frères-Prêcheurs dans tous les milieux d\u2019activité intellectuelle ou apostolique.Ils enseignent dans les Universités, et ils prêchent dans les églises.Ils combattent les hérésies au sein de la Chrétienté, et ils volent à la conversion des payens chez les peuples barbares.Dans toutes les sciences ecclésiastiques, ils peuvent se glorifier des plus fécondes initiatives.Ces hommes de la première heure apportèrent à l\u2019Ordre la formation reçue et les doctrines puisées dans leurs écoles particulières.Rien d\u2019étonnant qu\u2019ils se rattachent plus spécialement à l\u2019augustinianisme du XIIIe siècle, fonds de doctrine emprunté à S.Augustin, mais sur lequel chacun travaillait pour son propre compte.Toutefois, dès le début, l\u2019enseignement des Maîtres dominicains fut caractérisé par le développement donné aux considérations philosophiques.La grâce de leur vocation les inclinait ainsi à s\u2019occuper sans retard de l\u2019organisation fondamentale de la science théologique : fides quaerens in-tellectum.néanmoins, l\u2019Ordre ne trouva sa voie spéciale que par le génie d\u2019Albert le Grand et de Thomas d\u2019Aquin.L\u2019école d\u2019Albert remplaça et éclipsa la première école.S.Thomas perfectionna l\u2019œuvre de son Maître; et par lui, la véritable école dominicaine fut définitivement constituée.Revue Dominicaine, Mars 1918 66 REVUE DOMINICAINE Le Maître et le disciple plus grand que son Maître surent découvrir et utiliser les trésors de l\u2019antique sagesse humaine, mêlés à la gangue de quelques erreurs, dans la philosophie d\u2019Aristote.Ils baptisèrent donc le Stagyrite; et les doctrines péripatéticiennes, émondées de leurs conclusions caduques, rendues plus précises dans leurs parties hésitantes par une complète harmonie avec les principes incontestés du vieux Philosophe, débarrassées, enfin, des notions parasites, dues aux commentateurs arabes, purent ainsi devenir les fidèles et nobles servantes de la Révélation chrétienne.Cette philosophie eut l\u2019honneur d\u2019entrer, comme partie constituante, dans la plus puissante syntèse que le génie de l\u2019homme ait encore conçue et réalisée ici-bas : la Somme Theologique.Pour cette œuvre quasi-divine, frère Thomas d\u2019Aquin, en quête de matériaux, explore tout le savoir philosophique et théologique de l\u2019antiquité.Il démêle les conceptions géniales de Platon des rêveries du poète philosophe.Il perfectionne et amplifie Aristote.Il utilise les commentateurs arabes tels qu\u2019AIfarrbi, Avicenne et Averroès, et les philosophes juifs comme Avicebron et Maimonide.Les écrits des Pères cle l\u2019Eglise et des anciens Scholastiques lui sont familiers.\u201cEt pour avoir profondément vénéré les Saints Docteurs, il a hérité en quelque sorte de l\u2019intelligence de tous.\u201d Par l\u2019étroite alliance de la Philosophie et de la Théologie, il augmente la puissance de l\u2019esprit de l\u2019homme : \u201cde telle sorte que portée sur les ailes de S.Thomas jusqu\u2019au faîte de l\u2019intelligence humaine, la raison ne peut guère monter plus haut, et que la Toi peut à peine espérer de \u2019a raison des secours plus nombreux et plus puissants que ceux que S.Thomas lui a fournis.\u201d (Léon XIII) Le premier des penseurs chrétiens, il formule le système complet de la philosophie aristotélicienne, en harmonie avec la doctrine catholique.Il détermine les domaines particuliers et les justes relations de la foi et de la raison, ces deux sœurs, filles du ciel ; et il se tient aussi éloigné d\u2019un rationalisme orgueideux que d\u2019un mysticisme déprimant.C\u2019est lui qui a donné la formule définitive du réalisme modéré; lui qui a établi que l\u2019essence et l\u2019existence en Dieu ^e confondent, mais se distinguent dans les créatures.De SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 67 cette vérité fondamentale découlent, sous l\u2019empire de sa logique, les multiples notions d\u2019unité et de division, de parfait et d\u2019imparfait, de fini et d\u2019infini, de cause et d\u2019effet, de nécessité et de contingence, d\u2019être absolu et d\u2019être participé, de matière et de forme, d\u2019acte et de puissance.Ainsi, Dieu est au sommet: Il est.Son être divin et celui des créatures ne sont qu\u2019analogues.Il est souverain bien et infini ; immuable et omniprésent ; un et éternel ; omniscient et tout-puissant; Il est justice et miséricorde, Providence et transcendante perfection.Il est la seule cause créatrice, sans intermédiaire, et rien ne répugne à une certaine création ab aeterno; Il est cause première de tout ce qui est.Dès lors, rien ne peut échapper à son influence; et puisque \u201ccause première, il la faut faire partout aller devant, Il faut que tout ce qui est, en quelque manière que ce soit, vienne de Lui,.et non seulement les choses., mais les façons d\u2019être, en ce qu\u2019elles ont d\u2019être, doivent nécessairement venir du premier Etre.\u201d L\u2019action divine est la condition générale de tout être; et tout effet est causé par Dieu, comme par la source de tout être, et en même temps par l\u2019agent créé, comme par la cause dérivée et particulière de tel être.S.Thomas soutient l\u2019unité de la force substantielle, et dans l\u2019homme l\u2019unité du composé humain.C\u2019est du côté de la matière qu\u2019il faut chercher avec lui le principe d\u2019individuation; mais pas d\u2019hylémorphisme dans les substances spirituelles.Il défend encore la conception intellectualiste de la vie psychique, et distingue soigneusement l\u2019âme de ses facultés.Les idées viennent par les sens ; et l\u2019acte libre résulte essentiellement et indivisiblement du concours de l\u2019intelligence qui délibère, et de la volonté qui choisit.Sa métaphysique est d\u2019une telle solidité que les Papes Léon XIII et Pie X n\u2019ont pas craint d\u2019écrire que \u201cs\u2019écarter de S.Thomas surtout dans les questions métaphysiques ne va pas sans un détriment grave.\u201d Comme la fin, qui commande toute l\u2019activité humaine, est la félicité ou la possession du souverain bien, l\u2019Angélique Docteur fait de la béatitude le traité fondamental de la morale.La possession de Dieu par la vision intuitive corn- 68 REVUE DOMINICAINE blera l\u2019homme de la plénitude de la perfection.Puis le Maître analyse les actes humains et leurs différents principes.Si juste est cette morale qu\u2019elle sert de base à la plus sage des politiques.En effet, la société est naturelle, mais toute loi comme tout pouvoir vient originairement de Dieu, quelle que soit, du reste, la forme spéciale du gouvernement.Et l\u2019intransmuable règle de ce pouvoir, c\u2019est qu\u2019il ne doit s\u2019exercer qu\u2019en vertu de la fin poursuivie, c\u2019est-à-dire en vue du bien commun.Dans le domaine théologique, S.Thomas applique à l\u2019interprétation des dogmes, les principes éprouvés de sa philosophie.Les traités de la Trinité, de l\u2019Incarnation, de l\u2019Eucharistie, des Anges et des Vertus, sont les produits les plus beaux de cette intime alliance de la foi et de la raison.Au témoignage de Léon XIII, ce grand Docteur \u201cest parvenu à ce double résultat, de réfuter à lui seul toutes les erreurs des temps antérieurs et de fournir des armes invincibles pour dissiper celles qui ne manqueront pas de surgir dans l\u2019avenir.\u201d Aujourd\u2019hui, cette sagesse nous est familière, mais au XIIIe siècle la hardiesse \u201cdu bon frère Thomas\u201d put alarmer quelques docteurs, ses contemporains.Leurs contradictions firent lever une armée de philosophes et de théologiens, réguliers et séculiers, pour défendre l\u2019Ange de l\u2019Ecole.A leur tête s\u2019avance un vénérable octogénaire, qui n\u2019a rien perdu de la vaste science et de la force de dialectique de son âge mûr : Albert le Grand.Il quitte sa retraire de Cologne pour venger son plus fameux disciple.Puis, suivent les frères Ptolomée de Lucques, Bernard d\u2019Auvergne, et surtout Gilles de Lessines.Mais de si nombreux et si puissants courants doctri naux se disputaient alors les esprits, qu\u2019il fallut des années, et surtout la gloire de la canonisation, pour rallier à l\u2019ensemble des doctrines thomistes la grande majorité des Docteurs.Par ses chapitres généraux la famille des Prêcheurs déclare adopter officiellement l\u2019enseignement de frère Thomas d\u2019Aquin.Dès lors était fondée l\u2019école thomiste ou dominicaine.Partout, 'les religieux de l\u2019Ordre en seront SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 69 les propagateurs et les champions.Ils sauront défendre ses thèses contre les attaques, tant des écoles philosophiques rivales que des hérésies nouvelles.Ils sauront, au cours des siècles, aussi bien développer les vérités innombrables contenues dans l\u2019ampleur des principes de leur Maître, que les appliquer d\u2019une façon toute neuve, selon les besoins des âges postérieurs.Fr.E,AYMOND-Mie Rouleau, O.P.POUR LES JEUNES DE LA FORMATION A L\u2019ACTION Souvent, au cours de nos lectures, ou durant les séances d\u2019étude des cercles et des congrès, nous avons été surpris de voir qu\u2019on établissait une sorte d\u2019antagonisme entre l\u2019action extérieure des hommes d\u2019œuvres, et leur formation intérieure.Cette dualité nous a paru naître d\u2019une confusion de tous points fâcheuse; les réflexions que nous avons faites pour l\u2019élucider seront sans doute utiles à quelqu\u2019un ou à quelques uns de nos lecteurs.Rous les proposons simplement comme réponse à cette question si souvent posée et débattue: qui l\u2019emporte, de la formation ou de l\u2019action?Autrement dit: à laquelle des deux, doit-on donner la priorité?La diversité des sentiments émis, la complexité des solutions proposées, nous montrent la gravité de la question.Disons qu\u2019elle est fondamentale et que la valeur de notre action et de nos œuvres dépendra de la manière dont nous l\u2019aurons résolue.On peut la résoudre en effet de trois manières. 70 REVUE DOMINICAINE I La première dit par façon d\u2019axiome: Tant vaut Vouvrier, tant vaut Voeuvre.Par conséquent, la formation personnelle prime absolument toute autre nécessité.On ne saurait donner trop de soins ni trop de temps à cette formation qui en exige beaucoup, devant être intégrale et s\u2019appliquer sans doute à l\u2019intelligence, à la volonté, au caractère, mais aussi et bien plus nécessairement aux facultés surnaturelles, maîtrise de soi, esprit de prière, union à Dieu : d\u2019un mot à la vie intérieure, qui est la raison même d\u2019être de notre vie extérieure.Tant que cette vie intérieure n\u2019est pas affermie, l\u2019action extérieure est un danger.Notre sanctification personnelle ¦\u2014 car en somme cette formation qu\u2019on exige, c\u2019est cela \u2014 est le premier, le plus impérieux de nos devoirs, l\u2019objet primaire de notre action, la seule œuvre dont en définitive la justice divine nous tient responsables.On cite Dom Chautard.\u201cL\u2019âme de tout l\u2019apostolat,\u201d IIIôme partie, per totum, et aussi Verüe partie, principes 3e et 5e.La seconde objecte: Parfaitement! J\u2019admets l\u2019utilité de la vie intérieure, car la piété est utile à tout.Et cependant il ne faut rien exagérer : votre théorie ne tient pas compte de deux réalités non négligeables.Or, on l\u2019a dit : La réalité est la pierre de touche des théories.Si d\u2019abord j\u2019attends pour agir que je sois préparé jusqu\u2019au point que vous dites, jamais je ne remuerai un doigt parce que jamais je ne me croirai assez prêt.C\u2019est un fait que plus on pousse loin sa culture, \u2014 intellectuel! e, morale, surnaturelle, \u2014 plus on la reconnaît incomplète.Les vrais savants avouent leur ignorance; les saints proclament leur inconcevable médiocrité et leur néant.D\u2019autre part, le prochain n\u2019attend pas pour souffrir que je sois prêt à le soulager.Sa misère matérielle ou morale est un fait, et qui possède, comme dirait un légiste.Votre théorie est belle; mais puisqu\u2019elle néglige les faits, elle doit être fausse par quelque endroit.Ma conclusion est qu\u2019il faut agir.Vous alléguez Dom Chautard.C\u2019est une autorité; j\u2019alléguerai l\u2019Evangile: Notre-Seigneur nous cite avec éloge un certain Samaritain, c;ui vit un homme à demi-mort, abandonné au revers d\u2019un chemin; et qui sans savoir ni se demander peut-être par POUR LES JEUNES 71 miel mobile il était animé, mouvement de la grâce, instinct de la nature, complaisance en soi, prit soin de lui et le sauva.Encore une fois, j\u2019admire vos principes; mais j\u2019aime mieux ressembler au bon Samaritain qu\u2019au lévite qui jugea sans doute sa formation personnelle insuffisante, ou qu\u2019au prêtre qui ne sentit point l\u2019attrait requis, et tous deux différèrent d\u2019agir.Et s\u2019il se glisse des imperfections ou même des fautes dans mon œuvre, j\u2019espère que Dieu me les pardonnera en faveur de mes bons services.II Ces deux opinions sont également soutenables.La première semble plus logique en théorie.L\u2019exemple allégué par la seconde lui donne en pratique un poids qui paraît irrésistible.Et comme il arrive, chacune abonde dans son sens, estimant négligeable la part de vrai que détient l\u2019adversaire -\u2014¦ si tant est que l\u2019une accorde à l\u2019autre une part de vrai ! Mais essayer d\u2019unir ces parcelles de vérité dans une conciliante solution, est-ce même possible ?Pourtant le simple bon sens aussi bien que l'esprit chrétien nous avertissent qu\u2019il ne peut pas exister d\u2019irréductible antinomie entre deux devoirs l\u2019un et l\u2019autre imposés par Dieu : le devoir 'personnel de ma formation et le devoir social d\u2019assistance du prochain ne peuvent pas entrer en conflit: ils doivent se compléter et se fortifier l\u2019un par l\u2019autre.De fait, un seul et même sophisme se cache sous ces deux théories.Et il suffit de l\u2019évincer pour les concilier: elles considèrent toutes deux l\u2019action comme fatale à la formation et comme incompatible avec le développement intégral de la personnalité.De là \u2014 et de ce que \u201ccharité bien ordonnée commence par soi-même\u201d \u2014 la première conclut qu\u2019on ne doit agir que lorsqu\u2019on sera suffisamment immunisé contre l\u2019influence délétère de l\u2019action.De là également, \u2014 et de ce que \u201ccelui qui aime son prochain accomplit toute la loi,\u201d \u2014 la seconde conclut à agir quand même, et à faire pratiquement bon marché du devoir de l\u2019intégrité personnelle qu\u2019elle sacrifie au devoir social. 72 REVUE DOMINICAINE Et comme ces conclusions divergentes, tontes deux fausses, sont toutes deux découlées d\u2019un seul principe, je m\u2019avise que le principe est faux.Son vice est de séparer deux choses coordonnées l\u2019une à l\u2019autre.L\u2019action, parce que sa nécessité est impérieuse, loin qu\u2019elle soit fatale à la formation personnelle, doit en être un moyen providentiel.Agir est formatif, et voilà résolue l\u2019antinomie.Il suffira pour éviter les périls de l\u2019action, de ne pas agir à l\u2019aveugle et sans règle.Donc non pas d\u2019abord me cultiver, me former, me sanctifier, (car il ne s\u2019agit de rien de moins pour Dom Chau-tard que l\u2019on cite!) au risque de ne jamais agir; et non plus, non pas agir au péril de ne jamais me sanctifier; mais me former en agissant et agir pour me former.C\u2019est-à-dire, considérer l\u2019action et la formation comme deux valeurs corrélatives, réciproques, ordonnées l\u2019une à l\u2019autre comme le moyen à la fin, comme l\u2019exercice à la puissance.Là est la vérité.Car enfin il est inefficace d\u2019essayer de se former dans le vicie et dans l\u2019abstrait; j\u2019aurais beau lire et relire un manuel de boulangerie, s\u2019il en existe?si je ne mets la main à la pâte, jamais je ne résoudrai, ni même ne connaîtrai les difficultés pratiques du métier, jamais je n\u2019en saurai les ressources et les industries.De plus, c\u2019est seulement au contact de la réalité \u2014 en agissant, conséquemment \u2014 que j\u2019éprouverai la valeur de ma formation et ses lacunes, et en vue de quelles difficultés particulières j\u2019ai besoin de la compléter et de la fortifier.III Reste à concilier sur ce terrain les deux théories op posées.Laissez-moi dire en premier lieu, que j\u2019estime la seconde, celle qui prétend s\u2019appuyer sur la parabole du Samaritain, beaucoup plus pernicieuse que l\u2019autre; car poussée à bout elle nierait la thèse catholique et évangélique de la supériorité de la contemplation sur l\u2019action.Elle oublie évidemment le vrai point de vue du débat; elle tend à donner à l\u2019action une valeur en soi.Or, l\u2019action n\u2019a d\u2019autre valeur devant Dieu que celle de l\u2019intention qui l\u2019anime. POUR LES JEUNES 73 L\u2019exemple qu\u2019elle allègue est très respectable, mais il est allégué à tort.Le divin Maître lui donne sa vraie portée par cette conclusion : \u201cQui s\u2019est montré le prochain du blessé ?\u201d Il ne propose pas là une méthode d\u2019action.Il le fait ailleurs ; et c\u2019est en nous avertissant que rien ne sert de gagner l\u2019univers à qui en subit un détriment dans son âme.(S.Mathieu, XVI, 26) C\u2019est en nous avertissant aussi qu\u2019au dernier jour, \u201cIl rejettera les prophètes et les faiseurs de miracles\u201d qui auront agi en son Xom, mais en dehors de sa volonté, (S.Mathieu, VII, 22) paroles qui devraient du moins rendre les \u201cpersonnes d\u2019œuvres\u201d vigilantes sur leurs intentions.Ajoutons pour vider l\u2019objection que si le Samaritain n\u2019avait secouru le blessé que par vaine gloire ou complaisance, pour faire la leçon au prêtre et au lévite et se préférer à eux, ou même par compassion naturelle, il aurait selon la parole du Maître \u201cdéjà reçu sa récompense.\u201d (S.Mathieu, VI, 2) Mais on pourrait croire que notre bon Sauveur a voulu enlever tout prétexte à ceux qui seraient tentés d\u2019abuser de cette parabole, car il fait noter par S.Luc que le Samaritain a agi \u201cmisericordm motus\u201d (X.33) ; dans le langage de l\u2019Ecriture, cette expression \u201cému de compassion\u201d désigne avec une suffisante clarté une motion surnaturelle.La motion surnaturelle, voilà le mobile qui doit animer nos œuvres, les sociales et les autres ; et l\u2019action doit lui être soumise.Dom Chautard, s\u2019il est bien lu, ne réclame rien de plus ni rien de moins.Conserver dans l\u2019exercice du zèle la pureté d\u2019intention, le calme intérieur, le respect de la hiérarchie de nos devoirs, en deux mots Vordre et la paix; et dans cette vue se réserver chaque jour le temps nécessaire à la discussion de sa conscience et de ses œuvres, au retour loyal et filial envers Dieu, l\u2019éminent écrivain le propose comme le vrai moyen de ne pas \u201ccourir en vain,\u201d (Galates, II, 2) de ne pas nuire à sa sanctification sans plus assurer la vitalité des œuvres.Mais il est bien éloigné de voir dans l\u2019action un mal nécessaire par lequel on doit craindre d\u2019être contaminé.Qu\u2019on relise le chapitre Ier de la IIIe partie, et l\u2019on s\u2019en convaincra. 74 REVUE DOMINICAINE H est tonjours dangereux de s\u2019appuyer sur un principe inexact, comme le fait la première théorie avec son préjugé défavorable aux œuvres; pratiquement toutefois ce danger est bien combattu par la nécessité de pourvoir aux besoins du prochain ; car je m\u2019assure que si pénétré que l\u2019on soit de la primauté de la formation, on ne passera point devant le blessé gisant à demi-mort au revers du chemin, sans se hâter à son aide.* * * Voilà, trop longuement peut-être, la difficulté élucidée et résolue.Travaillons à notre formation personnelle, par la prière et la piété dans nos réunions de congrégations, par les lectures communes et les discussions dans nos cercles d\u2019études.Lisons, et relisons Dom Chautard, c\u2019est un bon guide.Avec lui nous ne perdrons point de vue que toute action est stérile qui n\u2019est point intégralement animée par la grâce.Il ne nous laissera pas oublier non plus qu\u2019il faut mener de front ces deux nécessités coordonnées : se former pour bien agir, et agir pour être bien formés ; la meilleure préparation à l\u2019action étant d\u2019agir avec but et méthode.Car depuis longtemps l\u2019a dit le vieux proverbe: C\u2019est en forgeant qu\u2019on de vient forgeron.Fr.V.-M.Breton, o.f.m.RESPECT A LA MAISON Elle s\u2019élève non loin du fleuve ou dans un rang des concessions plus récentes, il n\u2019importe, c\u2019est la Maison, la maison canadienne-française.Sous la neige elle aurait l\u2019air de dormir avec les choses, si la fumée ne montait de sa toiture tout droit vers le ciel : une ardente et religieuse vitalité est en éveil autour du foyer.«y Le temps des fêtes s\u2019est prolongé, il a réuni, à certains soirs, la parenté.Sans l\u2019entrain de la jeunesse les hommes RESPECT A LA MAISON 75 auraient senti l\u2019angoisse des mères leur gagner le cœur.Un moment les propos inquiets ont cru arrêter les chansons.\u2014 \u201cIl paraît qu\u2019on est pas mal détesté par les gens des province0 d\u2019en haut\u201d.L\u2019un des anciens a répliqué que ce n\u2019est pas d hier, et qu\u2019on n\u2019en meurt pas.\u2014\u201cFlos députés vont être isolés dans le nouveau parlement, ils n\u2019auront pas le patronage\u201d .La perspective n\u2019est pas pour alarmer ceux qui comptent sur leur propre initiative.Ils estiment que notre jeunesse aura profité de la crise, si elle prend son parti, après ses études, de gagner sa vie sans briguer les emplois civils.Exclus de ces prébendes, quelques-uns de nos grands-pères, que leurs études prédisposaient à la bureaucratie, ont pu s\u2019émouvoir en 37 ; ils avaient d\u2019ailleurs quatre-vingt-onze autres griefs et la liste n\u2019était pas complète! Aujourd\u2019hui, l\u2019autonomie provinciale conquise et bien gardée, l\u2019organisation économique et sociale plus avancée, les fils s\u2019attachent délibérément à la terre, et les carrières industrielles ou commerciales leur offrent assez d\u2019avances pour qu\u2019un Family Compact rageusement ressuscité 11e mette pas en émoi la maison.\u2014\u201cffon, tout cela n\u2019est rien, admettent les mères.Ce qui est terrible, c\u2019est que la guerre dure toujours et va nous prendre nos fils\u201d.Le pressentiment de leur cœur les trompe rarement ; il y aura des larmes puisqu\u2019il y aura des victimes.Le silence s\u2019est fait, les hommes ne savent que répondre.Puis on s\u2019est ressaisi \u2014 \u201cAprès tout personne de nous n\u2019est à blâmer.Convaincus des besoins du pays, nous avons dit honnêtement notre pensée.Uous ne sommes pas responsables des abus qui suivront.Uous n\u2019aurons pas mis la main aux mesures que nous croyions préjudiciables au pays, sans profit réel pour les autres.Si nous nous sommes trompés, on ne nous le démontrera point par des injures.Si d\u2019autres ont erré, en quoi est-ce notre faute?La Providence veille sur nous depuis trois siècles, elle aura raison des événements et des hommes.Il ne faut pas être tristes comme cela, chantez, les enfants!\u201d On n\u2019a pas en vain reçu le bon Dieu, fêté la FToël et entendu monsieur le curé commenter le message des anges aux hommes de bonne volonté.La maison est immunisée contre les tristesses incurables et les haines malsaines quand ceux qui l\u2019habitent ont l\u2019âme certaine de l\u2019unique nécessaire. 76 REVUE DOMINICAINE Et puis, même parmi ceux qui n\u2019ont jamais lu de Maistre ou su la définition du stoïcisme, il y a chez les nôtres une façon bien française de déconcerter le malheur: elle consiste à lui rire au nez, voilà ! Chacun est retourné chez soi.La maison a repris l\u2019allure de tous les jours.L\u2019héritier, le grand garçon que le père a décidé de garder avec lui après avoir établi les autres, réfléchit sur ce qui se passe.Il est grave, car on ne peut tout do même s\u2019empêcher de penser alors qu\u2019on fait le train, qu\u2019on enlève la neige de la dernière bordée, que l\u2019on va au large chercher le bois de chauffage, ou qu\u2019on se repose le soir au coin du feu.Ce qui le domine, en cette morte saison pleine d\u2019événements, c\u2019est la conscience de ses propres responsabilités d\u2019héritier de la maison.En temps normal la succession s\u2019opère sans rien de solennel.Le père vieillit, le sceptre domestique doit aller à des mains plus fortes, c\u2019est tout simple, et l\u2019on fait des arrangements.Au sein d\u2019une crise nationale la maison reprend son importance de cellule vitale dans l\u2019ensemble de la patrie, et la donation entre vifs, tous ses caractères d\u2019une transmission de la couronne familiale.L\u2019héritier a des études, il a fréquenté les classes de l\u2019école du rang, puis celles des Erères ou celles du séminaire diocésain.Tel voisin de son âge pressent, grâce aux intuitions de son âme chrétienne, ouverte à tous ses devoirs, qu\u2019une lourde tâche revient à la génération montante.Pour lui, il a fait assez d\u2019analyses de toute sorte pour distinguer et traduire en idées claires les instinctives aspirations de sa race, qui n\u2019entend se dérober à aucune de ses obligations véritables.Il n\u2019a pas d\u2019ailleurs à en trouver seul l\u2019expression.Emu il a lu à la veillée les pages profondes où un penseur de son pays justifie notre \u201cculte du pass.\u201d La grande histoire ne lui est pas inconnue; il s\u2019y est livré avec plus de passion qu\u2019on n\u2019en consacre à un exercice de mémoire.Il y a vu que la situation présente n\u2019est pas sans précédent et cela le rassure.Quant à \u201cla petite histoire,\u201d il entrevoit confusément qu\u2019on eût pu la lui enseigner d\u2019une façon plus pittoresque et plus vivante, si l\u2019on eût eu les instruments voulus à sa portée.Mais la maison est assez vieille pour suppléer. RESPECT A LA MAISON 77 Il n\u2019a qu\u2019à se rappeler ses inventaires de vacances dans le hangar, plein de vieilles curiosités, l\u2019Hôtel des Invalides ou le château Ramesay de la ferme! Il n\u2019a qu\u2019à interroger les souvenirs de sa grand\u2019mère et ceux du père, pour se reconstituer toute la noble petite histoire du foyer.Devant la flamme qui pétille, il entend cette histoire lui suggérer des projets très mâles et très pratiques.Un coup d\u2019œil levé vers la croix de tempérance gardée au mur avec honneur depuis trois générations, lui rappelle que l\u2019Evangile a régné dans la maison, sanctifié les lourds labeurs d\u2019été comme les joyeuses agapes de l\u2019hiver, surélevé toute la vie familiale.Voici que cet héritage de traditions sacrées va, pendant vingt-cinq ou cinquante ans, passer par ses mains, ou mieux par son âme, son cœur, tout son sang.Il dépend de lui que ce sang se charge d\u2019énergies plus grandes dans la vertu, ou de déplorables aptitudes à capituler devant l\u2019intempérance sous toutes ses formes.Il a reçu tout ce que comporte de gaiement austère un tempérament de catholique fortifié par des siècles de vertus héréditaires.Va-t-il l\u2019amoindrir, le conserver simplement tel quel, ou le magnifier encore, avant de le transmettre à son tour '?Pour lui tout est là, et pour lui la question dépasse infiniment toutes les complications de la politique.Il a conçu clairement, là, qu\u2019il n\u2019est pas un accident, une unité perdue, dans la vie de la patrie.Il est, pour sa courte vie d\u2019homme, l\u2019un de ceux qui feront belle ou navrante la grande comme la petite histoire de leur pays.Lentement, avec un enthousiasme contenu, son âme de terrien convaincu trace le programme du nouveau règne.La Maison peut tressaillir de joie, ce règne ne révolutionnera rien de ce qui doit durer en se perfectionnant.C\u2019est dit, la Maison gardera toute sa respectabilité.Trop chrétienne pour admettre la haine, elle ne tolérera chez elle ni cette laideur ni les autres laideurs.Ainsi imposera-t-elle le respect à l\u2019adversaire de bonne foi.Il restera sans doute à subir la haine des sots ou des pervers, san3 quoi nous serions dans l\u2019Eternelle Maison des enfants de Dieu.Or la maison canadienne est bien sur la terre, si elle prépare ses fils pour le ciel, et l\u2019héritier n\u2019oublie pas un ins- 78 REVUE DOMINICAINE tant la réalité.Il bénit Dieu de lui avoir prêté vie en des temps orageux, il croit qu\u2019il y a mérite à prendre gaillardement sa tâche telle que la lui offre la Providence.Toutefois il ne s\u2019exagère pas l\u2019étendue de ses responsabilités Docile à l\u2019Eglise, il n\u2019oublie pas ses devoirs civiques.Il donnera son vote en conscience.Mais cela fait, il ne garde pas d\u2019illusion sur sa souveraineté d\u2019électeur; il obéira simplement aux pouvoirs établis.Le même catéchisme qui Je fait honnête homme, lui dit quelle force magnifique on a pour soi quand on est en communion avec toute la puissance hiérarchique qui va du curé de son village au Vicaire de Jésus-Christ.Il a appris par l\u2019histoire que les évêques ont fait l\u2019ancienne mère-patrie, comme ils ont fait la jeune patrie canadienne.Ils sont encore là.Au lieu de s\u2019irriter des irritantes divisions que l\u2019homme ennemi sème entre les catholiques de ce pays, il priera, attendant avec sérénité que les \u201cGardiens de la cité\u201d aient trouvé, avec le Souverain Pontife, la solution des problèmes troublants : tout vient à point à qui sait attendre.Voilà que son bon sens, en lui limitant sa tâche, la lui fait entrevoir plus accessible.Sa tâche ! elle est assez vaste d\u2019ailleurs pour solliciter toutes les ardeurs de ses vingt ans.Il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019être un bon chrétien, l\u2019heure est venue où les fidèles même de la vie commune doivent monter au rang de l\u2019élite.On attend d\u2019eux qu\u2019ils soient des saints par la communion fréquente.Que de fois, pendant ses études, ce devoir précis lui est apparu ! Il était petit écolier, au lendemain de sa première communion, quand on commenta devant lui le dé-vret du grand Pape de l\u2019Eucharistie.Est-ce pour rien qu\u2019on est entré dans la vie en un tel moment de l\u2019histoire ?Le divin Maître régnera donc à la maison.Devant lui passe le regard profond du Christ, et le précepte de la charité lui vient tracer ses devoirs sociaux: \u201c'Aimez-vous les uns les autres,\u201d c\u2019est le temps plus que jamais puisque la haine sévit avec tant de férocité.C\u2019est que la maison n\u2019est pas isolée dans sa dignité.L\u2019intérêt, non moins que l\u2019Evangile, proclame l\u2019urgence de la coopération dans le bien.La parole opportune et l\u2019exemple lumineux, entraînant, partiront de ce foyer, pour se ré- RESPECT A LA MAISON 79 pandre comme une vague heureuse sur toute la communauté paroissiale.Il y aura davantage.Il faut un minimum de bien-être matériel pour que la vertu soit de pratique facile, saint Thomas l\u2019enseigne, avec l\u2019expérience.La fortune de la maison favorisera le progrès des voisins.Le jeune maître de la maison a entendu citer une réflexion douloureuse que l\u2019on prête à l\u2019un de nos plus dévoués sociologues canadiens : \u201cNos gens, aurait-il dit, n\u2019ont pas assez d\u2019esprit chrétien dans les affaires, pour que la coopération agricole réussisse chez nous.\u201d Le jugement a l\u2019air bien sévère.Nos jeunes cultivateurs auront le devoir de le renverser par une intelligente mise en œuvre des organisations créées pour eux.L\u2019esprit chrétien généralement ne manque pas : il demande à être orienté de façon à présider à la vie économique et sociale comme il guide la vie domestique.Il faudra une fois de plus remercier Dieu de l\u2019épreuve présente si elle doit hâter chez nous la collaboration plus intime de l\u2019agriculture, du commerce et de l\u2019industrie rurale.Une certaine prospérité économique ajoutera à la respectabilité de la Maison, entourée qu\u2019elle est de gens âpres au gain et fascinés par la richesse.L\u2019héritier se souviendra, pour élever ses motifs, que le Sauveur, tout en béatifiant l\u2019esprit de pauvreté, a recommandé aux fidèles de se faire \u201cdes amis avec les richesses d\u2019iniquités.\u201d Un patriotisme éclairé recommande le même souci, avec les mêmes distinctions à ceux qui veulent contribuer à faire plus grande la patrie.Prospère, la maison rurale se devra d\u2019être belle, sans faste ruineux, sans pastiche hypocrite sur sa façade.Elle est l\u2019une des rares maisons à qui on ait permis de vieillir.Parce qu\u2019il a le sens de l\u2019histoire, le nouveau chef du foyer n\u2019entend pas démolir sans de graves raisons ce qui n\u2019a que le tort de n\u2019être pas neuf.Il a lu des appels à l\u2019esthétique adressés à nos gens, il ne s\u2019en irrite pas plus qu\u2019on ne s\u2019offense d\u2019une bonne vérité quand on est intelligent.Il traitera donc avec amour la maison vieillissante, réparera avec respect, gardera le cachet primitif s\u2019il y en a.Au service de sa demeure il mettra tout le culte de son âme pour 80 REVUE DOMINICAINE l'ordre, la franchise, la mesure, la sobriété, qualités françaises qui doivent briller aux yeux.Ce n\u2019est pas vanité, c\u2019est juste fierté nationale.La physionomie de la maison est un reflet de celles des âmes qui l'habitent, au moins pour l\u2019observateur qui passe.Il y a plus.Les objets inanimés, par définition, n\u2019ont pas d\u2019âme.La poésie leur en prête une : ce sont leurs rapports avec nous qu\u2019elle anime à dessein.Ces rapports tiennent eux-mêmes du caractère humain qui les saisit ou les crée, les coordonne, les met en évidence.Plus il y a d\u2019art déployé dans cette disposition, plus les êtres de la maison deviennent expressifs, capables d\u2019influer à leur tour sur les âmes qui se meuvent dans leur entourage.Ceux qui font des panneaux de réclame ne manquent pas d\u2019arguer de cet effet de la beauté des choses sur la psychologie et le moral des gens.Tel marchand de machines à tondre le gazon a pu représenter en diptyque deux fermes, dont l\u2019une prospère, égayée par la satisfaction de la femme et des enfants, tandis que l\u2019autre tombe en ruine, attristée par de constantes bouderies conjugales, tout cela, comme l\u2019explique la légende au bas, parce que l\u2019on a entretenu ou négligé le gazon frais où s\u2019ébattent les tout petits dans la belle saison.Derrière l\u2019exagération mercantile il y a là un élément de vérité que l\u2019imagination du jeune patron est assez vive pour saisir.Le sens du beau, comme la piété, est utile à tous, se dit-il.Il a connu au collège des camarades chez qui un air distingué et de bon ton tenait à bien des influences sans doute, mais à celle-ci entre autres.Elevés dans une maison où tout, cour extérieure, pièces, meubles, images et vaisselle même, avait été arrangé ou choisi avec goût, ceux-là avaient de bonne heure mis leur tenue en harmonie avec cette belle ordonnance.Une autre famille canadienne grandira dans la maison Que l\u2019intérieur propre, souriant, simple et de bon goût, que les jardins environnants, les plantes enlacées autour des fenêtres, les arbres protecteurs, donnent à ceux qui viendront à la vie l\u2019impression heureuse que fait naître la beauté.Les fleurs ne servent de rien au marché, les belles avenues d\u2019arbres non plus, et encore ?.Mais les premières parfument ou égaient l'abord de la maison, les secondes l\u2019ombragent, toutes la font aimer. RESPECT A LA MAISON 81 Dans ses réflexions, le nouveau maître fait encore bien d\u2019autres projets peut-être plus romanesques, mais ils sont honnêtes et sains, s\u2019ils sont d\u2019un ordre trop intime pour qu\u2019on les ébauche ici.Prions pour que soit fidèle à ses patriotiques résolutions, le chrétien de vingt ans, l\u2019héritier présomptif de la Maison canadienne.Georges Courciiesne, ptre, tertiaire dominicain Séminaire de fiSTicolet, février 1918 FOI ET PROGRES Si l\u2019œil scrutateur d\u2019un historien loyal s\u2019arrêtait à corn parer la vie des hommes de Dieu et les productions diverses : intellectuelles, morales, voire artistiques d\u2019un âge ancien, et ce que notre époque, incrédule et sceptique, enfante de vertus, d\u2019œuvres et de personnalités, il serait saisi de frayeur! Où donc court le monde?Vers quel abîme dirige-t-il son activité ?Quelle sera la mentalité des esprits dans deux siècles, dans un siècle?Spontanément ces questions surgissent du chaos de nos présentes aspirations ! Mais la réponse.Certes, un fait est frappant.La vie surnaturelle, le sens chrétien a diminué; il diminue depuis quelques cent ans.La cause ?Elle n\u2019est pas précise.Est-ce que l\u2019humanité s\u2019est reconnue meilleure, plus vigoureuse, moins dépendante de Dieu et par là assez maîtresse du temps et de l\u2019au-delà pour régler le problème de sa destinée sans tenir compte de la Providence ?La marche ascendante de la science, le développement de la philosophie, l\u2019augmentation de la culture individuelle ont-ils réduit-la distance entre l\u2019homme et sa fin ?Ont-ils décimé le nombre de ses devoirs vis-à-vis de lui-même et du Créateur?Où bien la malice infernale a-t-elle mis à jour de nouvelles 82 REVUE DOMINICAINE ruses, a-t-elle, dans son œuvre de destruction, vaincu la résistance séculaire des peuples enrôlés et commandés par le Christ?dSTe serait-ce pas seulement une indifférence et une apathie inconcevables mais possibles, tant l\u2019homme est capable de tout ! L\u2019esprit d\u2019orgueil ne serait-il pas l\u2019unique base de cette déplorable activité vers la ruine morale ?Je ne sais.Peut-être toutes ces causes se sont réunies.et fortes de la force de l\u2019erreur au service du mal, elles ont porté de rudes coups au redoutable édifice du sens chrétien, Il était déjà entamé.La première brèche faite au sens chrétien a une autre cause, moins apparente, négative, et \u2014 je le crois \u2014 plus directe.La foi s\u2019est obscurcie dans un grand nombre d\u2019esprits.Le patrimoine sacré des familles n\u2019est plus une foi intacte et saine aux vérités révélées, mais une foi entachée de scepticisme et, parfois, de mépris.La lumière surnaturelle affaiblie, le courant des âmes a dévié.Au lieu d\u2019aller à Dieu tout d\u2019abord, il va à la science.Le savant\u2014l\u2019ignorant même\u2014s\u2019est plu à glorifier sa raison, et la raison glorifiée, c\u2019est la foi qui s\u2019écarte de Dieu révélant pour se porter vers l\u2019homme affirmant.L\u2019homme qui s\u2019appuie sur l\u2019homme a une vie naturelle.Sans la foi une telle vie se borne aux seuls désirs d\u2019un bonheur matériel, grossier sinon brutal.Arrivé là, l\u2019homme a rétréci l\u2019horizon de ses pensées, de son idéal, de sa moralité.La vie surnaturelle qu\u2019il ne conçoit plus le choque dans les autres.Il la diffame; il la diffame plus parce qu\u2019il l\u2019ignore que parce qu\u2019il la hait.Voilà, il me semble, la cause psychologique qui entraîne le peuple vers la déchéance morale.* * * La diminution de la foi est bien la vraie cause de l\u2019aveuglement du sens chrétien.Regardez-la en face du progrès moral : elle le tue.Le progrès, c\u2019est une perfection individuelle et sociale.Sans témérité il est possible d\u2019affirmer que notre siècle plus savant, plus industriel, plus laborieux n\u2019a pas progressé véritablement.Hi l\u2019individu, ni la société ne ressentent les bienfaits d\u2019une appréciable perfection.Il suffit de lire les journaux pour constater avec amertume que la conscience devient marchandise, que l\u2019honneur FOI ET PROGRÈS 83 se réduit à ne pas frôler les sergents de ville, que la vertu n\u2019est plus que \u2014 je ne dis pas comme au siècle dernier, pour les femmes et les enfants \u2014 pour les religieuses et les religieux, que la justice et l\u2019honnêteté sont l\u2019apanage des plus habiles et des plus roués.Les richesses sont plus grandes ; les vices ont doublé.Le bien-être est entré dans le palais et le taudis, c\u2019est vrai ; les besoins sont plus impérieux ! Pas de perfection appréciable pour l\u2019individu : c\u2019est le cri de ceux qui ont charge du bien commun.Il suffit d\u2019écouter et d\u2019ouvrir les veux.i/ Et pour la société ?Sans doute de grands efforts sont tentés pour la protection des jeunes gens, des pauvres, des ouvriers.Ces associations de bienfaisance, ces cercles sociaux ne prouvent que l\u2019abaissement physique et moral du niveau ordinaire des individus soumis à une même loi.On ne donne des soins qu\u2019aux malades.Il y a plus.Prêtons l\u2019oreille et nous percevons de tous les échelons de la hiérarchie sociale des murmures de révolte contre l\u2019autorité, des sentiments haineux, à peine voilés, contre les riches, une sourde colère, à peine réprimée, contie les patrons, les maîtres et les chefs.Ce sont les principes socialistes, antichrétiens, qui refoulent hors de l\u2019âme les instincts pervers d\u2019une nature déchue, instincts que seule peut maintenir et dompter le sens chrétien.Et les promoteurs des crimes sont-ils assez nombreux ?Et les vices sont-ils assez manifestes?Et les scandales sont-ils assez éclatants ?Est-ce là l\u2019indice d\u2019une société en quête de perfection ?He sont-ce pas plutôt les prodromes des grands cataclysmes révolutionnaires ?La société est malade : elle souffre de l\u2019anesthésie du sens chrétien.C\u2019est fatal.Sans la foi, la société comme l\u2019individu ne se perfec tionnent pas : il n\u2019y a donc pas de véritab\u2019e progrès.Voyez l\u2019âme humaine, éclairée, soutenue, illuminée par la foi.Dieu lui parle: elle croit.Dieu ne la trompe pas: elle tend vers lui, elle s\u2019élève rapidement vers une vérité si solidement posée; il est son idéal; l\u2019idéal de tout homme sérieux.La foi devient principe de bien.C\u2019est le refinement des passions; c\u2019est le maintien des grandes idées de 84 REVUE DOMINICAINE justice, de concorde, de soumission, d\u2019amour du prochain; c\u2019est l\u2019orientation continue des puissances subalternes vers la vertu.C\u2019est la conquête lente mais progressive et sûre de la fin dernière: de Dieu.Le chrétien dont la foi est vive concrétise peu à peu la vérité divine ; il se l\u2019assimile ; il arrive un moment où il juge tout selon cette lumière surnaturelle surajoutée à sa raison: comme les Saints il voit Dieu en tout et toutes choses en Dieu.Il a le sens chrétien.Le sens chrétien n\u2019est qu\u2019une belle application de ce principe : on devient ce qu\u2019on absorbe.Comme la vérité première est principe de tout ainsi la foi est motrice de la vie humaine.Est-il surprenant qu\u2019un croyant soit un honnête homme?Estril paradoxal de prôner que le sens moral n\u2019ait d\u2019autre mère que la foi ?Et si la société était croyante, nous ne verrions pas ces lois désastreuses qui, en peu de temps, rongent la mentalité que des siècles ont travaillé à former.L\u2019histoire des révolutions, c\u2019est l\u2019histoire des peuples qui s\u2019écartent de la parole de Dieu.Quand Dieu est mis au second rang, le désintéressement des chefs est tout d\u2019abord problématique, puis illusoire et enfin chimérique.Et le désintéressement mort, c\u2019est la marche rapide vers son contraire : l\u2019intérêt personnel ; vient la course à la conquête de la plus grosse part et enfin la jouissance sous l\u2019œil haineux du prolétaire affamé.Le bien commun s\u2019est métamorphosé: il est devenu une idée vague dont l\u2019autorité se moque et un principe équivoque dont elle rit.Heureux alors si, le peuple est resté chrétien.Il sera retenu par sa foi au Dieu rémunérateur dans la souffrance et la soumission.Mais si la foi a quitté ses foyers, comme elle a fui les enceintes sacrées de la justice, la société s\u2019en va vers le tombeau., Etudier les déchéances des individus et des états à la clarté de ce principe: la foi maintient le sens chrétien et celui-ci la vie morale, c\u2019est, il me semble, résoudre le grand problème de la paix et de la concorde dans le monde ! Toutes les autres causes énumérées plus haut n\u2019ont d\u2019effet que le jour où le sens surnaturel est atrophié par l\u2019engourdissement de la foi.Pierre Julien CORRESPONDANCE INTIME LETTRES A UN AMI St-Apollinaire, 25 mai 1873 Mon cher ami, J\u2019ai joui avec toi de ton heureuse chasse de mardi dernier et je te souhaite de sauter encore la souris de ton.mieux, jeudi prochain, même au risque de te laisser prendre à une demi-douzaine de chats.Voilà qui est délicieux.Quel saint congé ! Evidemment tu as bien profité de l\u2019entrevue de Mgr Fahre.Mais je t\u2019en veux un peu de m\u2019avoir ainsi promis pour l\u2019année prochaine à tes chers élèves.Je serais heureux de passer une année avec d\u2019aussi bons jeunes gens.Ils seraient avec mes amis ma seule joie du Séminaire.Aujourd\u2019hui la question n\u2019est plus de savoir si je ferai la classe l\u2019année prochaine, mais bien si je serai au Séminaire.Si je n\u2019étais pas parfaitement rétabli, je me résignerais à passer ici toute l\u2019année prochaine.Garde-toi de croire, en effet, que je n\u2019aime pas cette douce vie de fainéant, dans une paroisse ignorée, au sein d\u2019une pauvre et pieuse famille Je l\u2019aime plus que jamais.J\u2019aime cette paix du foyer chrétien, cette heureuse solitude parfumée de tant de joies calmes et pures et de si délicieux souvenirs.J\u2019éprouve bien la douleur d\u2019une autre patrie absente.Mais cela même me rend plus douces et plus chères les pures émotions où je vis chaque jour.Je suis ici en plein ministère.J\u2019ai fait chantre au dernier office des Rogations, et sacristain pour le lendemain.Et je fais habituellement le catéchisme une demi-heure chaque dimanche.J\u2019ai un nombreux auditoire: l\u2019église est pleine.Tout le monde me regarde avec de grands yeux.Je suis tombé dans l\u2019œil de toutes les commères du canton.Quand j\u2019étais garçon, les filles ne me trouvaient pas un air bien doux, ce dont je ne me piquais guère en effet.Mainte- 86 REVUE DOMINICAINE nant que j\u2019ai la soutane, elles consentent à me pardonner cela et bien d\u2019autres choses.Vient ensuite l\u2019exercice manuel.Je travaille au jardin.Je veux tout réformer.Je fais dans le jardin ce qu\u2019une belle-mère fait dans la famille.Il faut que tout aille à mes caprices.Ici je n\u2019ai pas de mauvais vent pour souffler de travers dans mes voiles.Tout va bien.Je bêche, je sème, je plante.Je pense à mon jardin du Séminaire; là, j\u2019avais de tant si jolies fleurs pour parler comme les gens de la Beauce: roses, pivoines, giroflées, pavots, mignon.net-tes, passeroses, pensées, capucines, lupins, œillets simples, oeillets dindes, etc., et de tout à foison.Oh! que je donnerais bien tout mon jardin d\u2019ici pour une seule fleur de là-bas! Que j\u2019aimerais à vivre encore avec tous ces chers amis de *la seconde! J\u2019étais si heureux avec eux! Je les cultivais avec tant d\u2019amour ! Insere nunc Melibœe pyros! Je fais tous les jours une lieue, à pied, au pas d\u2019Eric.Le reste de la journée se passe à flâner, à causer et à lire.J\u2019ai lu tout Xavier de Maistre: le Voyage autour de ma chambre, quand j\u2019étais sur le train, \u2014 comme lui emprisonné, \u2014 et les autres ouvrages dans ma journée d\u2019hier.Et maintenant je voyage de Molière à S.Augustin et de S.Augustin à Milton.J\u2019oubliais une partie essentielle de mes plaisirs et le plus anglais de mes goûts: mes deux charmants petits chiens que je flatte et caresse toujours et que je m\u2019amuse à voir jouer, bondir, danser, trotter, folâtrer, et mon gros minou pompeusement renfrogné dans son épaisse robe de poil; que si je le regarde fixement, il s\u2019assied sur son derrière et me regarde de même dans un calme sublime; si je le flatte, il me fait un beau petit œil à la Panet, en se fgonnant la queue d\u2019un air magistral ; et si je vais pour le prendre, il plie ses jarrets et s\u2019élance en arrière, me soufflant son dépit de toute sa bruyante narine : comme dut faire ce brave Monsieur X, quand il vit entrer dans sa chambre Flammarion dans une poche ! Le soir, nous jouons aux cartes, et la nuit, je dors; je dors et je rêve: je rêve au Séminaire, à tous les amis anciens et nouveaux que je salue tous et que j\u2019ai bien hâte 87 CORRESPONDANCE INTIME l de revoir.En voilà assez pour aujourd\u2019hui.Je te remercie de tes bonnes prières et je vais demander tous les soirs à la Ste Vierge, au mois de Marie, qu\u2019elle ait bien soin de toi et de tous les tiens.Adieu! Des saluts à tous les amis.Tout à toi, Th.Gonthier St-Apollinaire, 20 juin 1873 Mon cher ami, Ma correspondance s\u2019est arrêtée tout à coup après ta chère lettre, la seule que j\u2019aie reçue de Québec, la plus aimable (pour ne rien dire de plus) de toutes celles que j\u2019ai reçues.Depuis ce bienheureux jour, plus de nouvelles.Aucun sourire, aucun regard de cette chère patrie de là-bas.ETadeau lui-même a laissé languir ma dernière lettre sans réponse.Que veut dire ce silence?Pourtant je ne vous ai pas abusés en vain en vous promettant de passer à Québec, il y a quelques jours.Hélas! je n\u2019ai pu tenir ma promesse.Le ciel et la terre étaient conjurés.J\u2019ai reculé.Lundi, nous avions une tempête à effrayer les vieux matelots.Mais, même le ciel sans nuage, je n\u2019étais pas assez bien pour qu\u2019on me laissât partir.Nous remettons à lundi.Cela me permettra d\u2019assister demain au service d\u2019un ami de la famille, mort hier soir.C\u2019était un de ces bons vieux d\u2019autrefois qui gardent religieusement les sentiments pieux, les mœurs simples et courtoises de nos pères.Son nom populaire, c\u2019était \u201cle père.\u201d On ne l\u2019appelait pas autrement.Et à le voir avec sa figure épanouie et fraîche, malgré ses 68 ans, avec sa bouche souriante, à l\u2019entendre causer doucement, avec une joie grave et paisible, on eût dit, le cher vieillard, qu\u2019il était bien en effet le père de tous.Il est mort pour le Bon Dieu.Samedi dernier, il balayait un chemin pour la procession du lendemain.Ce fut son coup de mort.Le dimanche, le Bon Dieu vint à sa porte, mais le bon vieillard ne put se lever un instant pour le saluer.Le mercredi, nous allâmes le voir, mon frère et moi.Il était faible, parlait difficilement.\u201cCe qui me fait le plus de peine, disait-il, c\u2019est que je ne peux pas prier le bon Dieu.Je ne peux pas parler.\u201d Mon frère le consola de son mieux et nous 88 REVUE DOMINICAINE revînmes à la maison.Le lendemain, il était mieux.Nous partîmes vers une heure, à pied, pour aller visiter un jeune malade frappé à mort, à une lieue de l\u2019église.C\u2019était notre promenade du jeudi.Nous ne pensions qu\u2019à lui, lorsqu\u2019en passant devant la maison du \u201cpère,\u201d la porte s\u2019ouvre comme l\u2019éclair, la femme tout en larmes, sans une parole, fait un signe au curé.Nous nous élançons dans la maison.Le vieillard était là, le front pâle, couvert d\u2019une sueur froide.Mon frère me dit: \u201cIl va mourir.Avertis papa.Prépare ce qu\u2019il faut pour le Saint Viatique.\u201d Le curé le confessa, l\u2019administra immédiatement, puis revint à la course des chevaux, chercher le Bon Dieu.Je courus à la maison du \u201cpère.\u201d Le Bon Dieu arrivait en même temps que moi.Je répondis aux prières.Il fallait voir le pauvre vieillard assis dans sa chaise, le visage paisible et doux comme un ange, faire encore de grands signes de croix.Tout le monde pleurait.Le curé pouvait à peine parler.Le malade seul était calme et recueilli, tout entier au Dieu qui se donnait à lui C\u2019était beau à voir.Nous n\u2019avons pas eu la consolation d\u2019assister à ses derniers moments.Nous sortions du Salut, quand ses enfants vinrent avertir qu\u2019il affaiblissait: mon frère partit aussitôt.Quand il arriva, le vieillard était au ciel.C\u2019est un deuil pour tout le village.Demain on fera ses funérailles avec toute la pompe rustique que peut déployer un pauvre village.Elles seront moins belles que celles de sir George, mais notre cher vieillard sera peut-être plus beau dans le ciel que l\u2019illustre baronnet.Tu as cru sans doute jusqu\u2019ici que je ne trouverais jamais une nouvelle dans ce pauvre et monotone St-Apolli-naire.J\u2019en ai une au moins aujourd\u2019hui.Une nouvelle, depuis cinq ou six ans que j\u2019y vis quelques semaines! Non je ne dirai plus de mal de ma chère paroisse.Et que n\u2019est-elle pas déjà pour moi! Que de souvenirs au bord de ses ruisseaux ou au pied de ses bocages ! Ici les fleurs me disent des noms que le cœur comprend et répète toujours avec un nouveau plaisir.Ici la brise du soir me rapporte tous les jours plusieurs de ces délicieux entretiens qu\u2019éclairaient les derniers rayons du soleil couchant.Ici les arbres me disent: je t\u2019ai vu passer l\u2019année dernière et cette année encore avec des amis à tes côtés.Ici les douces CORRESPONDANCE INTIME 89 étoiles du soir me disent: Nous t\u2019avons vu seul avec un ami que tu aimais comme ton âme et nous avons entendu des paroles qu\u2019aucune oreille vivante n\u2019avait jamais soupçonnées.Bientôt encore un ami viendra.Nous pourrons, quand le soleil descendra derrière les grands pins qui couronnent les montagnes des Ecureuils, nous acheminer, entre les dernières clartés du jour et les premières ombres du soir, vers un bocage silencieux ou sur les bords d\u2019un étang, loin des conversations légères et profanes.Et là, assis au bord des flots, respirant l\u2019air frais du soir, les parfums de la prairie, écoutant la légère brise qui vient en soupirant dans les feuilles des trembles sur le rivage endormi, et contemplant cette ravissante et mélancolique beauté de la nature, nous causerons cœur à cœur de notre âme, de l\u2019avenir et de Dieu.Non, rien ne vaut ces heures d\u2019enivrement où Dieu a toujours la première pensée, où notre âme seule a une part, où le cœur parle sans crainte au cœur qui l\u2019aime et le comprend.Une heure d\u2019amitié chrétienne, c\u2019est une heure du ciel sur la terre.Quand te verrai-je donc ?cher ami.Quand pourrai-je un beau soir, loin du bruit, loin des hommes, loin des préoccupations qui nous dévorent, causer avec toi de toutes ces choses que tu aimes tant ?En attendant, prie pour ton pauvre ami qui t\u2019aime toujours.Salue tous les amis du Grand et du Petit et d\u2019ailleurs, et la seconde en général et en particulier.Adieu ! à lundi soir.Tout à toi, Tn.Gonthier DANS L\u2019EGLISE ET DANS L\u2019ORDRE Ce qu\u2019un catholique doit savoir ¦ C\u2019est le nom d\u2019un comité et d\u2019une œuvre, œuvre et comité établis dernièrement à Paris, comme annexes de la Revue pratique d\u2019Apologétique.Le rapprochement opéré par la guerre entre différentes classes de Français qui ne voisinaient guère jusque-là, a 90 REVUE DOMINICAINE permis aux prêtres cle constater d\u2019immenses lacunes dans l\u2019instruction religieuse de leurs congénères catholiques.Voici même, à ce sujet, une assertion à portée plus générale de Mgr Tissier, évêque de Chalons-sur-Marne, dans l\u2019Avant Propos à ses \u201cCroyances fondamentales\u201d : La société française, dans les milieux bourgeois et 'populaires, n est pas si irréligieuse qu/ignorante des vérités les plus élémentaires de la religion.Mais comme les méthodes d\u2019instruction et de propagande varient nécessairement avec les différents groupes sociaux, les directeurs de la R.P.A.veulent s\u2019occuper des laïcs instruits, sans viser les spécialistes ni les foules.Ils inaugurent à cette fin, dans la Revue et à côté de la Revue, une série de tracts sur des matières exclusivement religieuses.Chacun de ces tracts formera un opuscule de 16 pages.Confiés à des écrivains d\u2019une compétence reconnue, sinon toujours à des spécialistes, ils devront contenir en termes clairs et précis ce qu\u2019un catholique instruit doit savoir sur un sujet déterminé.Les sujets en préparation sont les suivants : Une preuve facile de Vexistence de Dieu : Vordre du monde, par J.de Tonquédec \u2014 Le Dieu des chrétiens et le Dieu de la raison, par L.Eluard \u2014 La religion est-elle un préjugé?par le P.Mainage, O.P.\u2014 Peut-on avoir de la religion sans avoir une religion?par J.-V.Bainvel \u2014 Comment furent réunis nos Saints Livres, par J.Touzard ¦\u2014-Les historiens de Jésus sont-ils dignes de foi?par le P.Hu-by, S.J.\u2014 Comment saint Paul prouve-t-il la divinité du Christ?par E.Lévesque \u2014 Ce qui est acquis sur la Saint-Barthélemy, par J.Guiraud \u2014 Pourquoi le sacrement?par L.Pourrat \u2014 Le Purgatoire, par L.Belmon \u2014 Le droit de grève, par J.Verdier \u2014 U Eucharistie, (série) par le P.Lebreton \u2014 Comment se pose pour le catholique le problème de la Foi, par J.-V.Bainvel.Je ne crois pas me tromper: plusieurs de nos coreligionnaires canadiens-français vont trouver que ces points d\u2019interrogation ressemblent comme des frères à ceux qu\u2019ils se sont maintes fois posés à eux-mêmes ?Qu'ils accueillent la réponse comme une messagère de la divine Providence.Ce ne sera pas la première fois qu\u2019une lumière décisive sera venue de France, comme aussi, hélas! tant d\u2019erreurs et de sophismes.Qu\u2019ils souscrivent donc à l\u2019œuvre des tracts. dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 91 (Il suffit d\u2019écrire à M.Gabriel Beauchesne, 117, rue de Rennes, Paris.-\u2014- Le prix d\u2019un tract est de 0 fr.30, avec réduction de 0 fr.05 pour les abonnées de la R.P.A.et pour ceux qui s\u2019abonnent à la publication globale des tracts.La note de l\u2019éditeur leur sera expédiée à la fin de l\u2019année courante) La Vie nouvelle Les Pères Jésuites de la Villa Saint-Martin viennent de lancer sous ce titre une revue mensuelle qui servira de prolongement opportun et nécessaire à l\u2019œuvre des retraites fermées.Il nous fait plaisir de relever le mot Doctrine en tête du programme.Vous avons au pays quantité de pieux organes offrant leurs remèdes à des gens dont la plupart se portent bien.Celui-ci, sans négliger la piété ni l\u2019action, se propose de jeter la bonne semence dans des esprits encore en friche au point de vue religieux, et d\u2019améliorer ces \u201ccultures bâtardes, mêlées de bon grain et d\u2019ivraie, et où le naturalisme, avec trop de succès, hélas 1 dispute à l\u2019esprit catholique le double terrain de la croyance et de la conscience.\u201d (Mgr Paquet) Longue vie et succès au nouveau périodique ! Le P.Raymond en Hollande Durant toute l\u2019année 1917, le R.P.Raymond, religieux dominicain, officier de l\u2019armée française réformé pour blessures de guerre et chevalier de la Légion d\u2019honneur, a parcouru la Hollande en tous sens, non pas dans le but de dicter à ce pays son attitude politique et ses obligations d\u2019honneur et de conscience, mais simplement pour attirer ou conserver les sympathies à la Prance en terre hollandaise et rétablir la vérité faussée de toutes manières par la contre-propagande allemande.Le conférencier a été partout chaleureusement accueilli.A Utrecht surtout, et grâce à la présence de Mgr l\u2019Archevêque, la réception a pris une importance extraordinaire et laissé un profond souvenir parmi toute la population.Citons à ce sujet le Courrier de la Meuse: La salle était trop petite et l\u2019auditoire, fait inouï à Utrecht, enthousiasmé.Il comprenait d\u2019ailleurs tout ce qu\u2019Utrec-ht et les environs comp- 92 REVUE DOMINICAINE tent cle personnalités.Nous avons pu remarquer dans la salle : S.G.Mgr Van Wetering, archevêque d\u2019Utrecht, ayant à sa droite Mme van Wollenhoven, mère du chargé d\u2019affaires des Pays-Bas à Bruxelles, M.Darnstê, recteur de l\u2019université, M.Van der Aa, consul général de Belgique à Amsterdam et Madame, le colonel Bosch, commandant la place d\u2019Utrecht, beaucoup d\u2019offîciers hollandais, notamment le capitaine Ente van Gils et le lieutenant Schillemans, commandant le camp de Zeist, M.de Villegas de Saint-Pierre, le comte de Lannoy et Madame, toutes les grandes familles d\u2019Utrecht parmi lesquelles nous avons reconnu la famille Abbing, si dévouée à la cause des Alliés.Dès le début de la conférence l\u2019auditoire fut conquis, et quand, à la pause, l\u2019archevêque se leva pour féliciter l\u2019orateur, son geste interprétait les sentiments du public.La seconde partie de la conférence fut hachée d\u2019ovations interminables, inconnues à Utrecht, tant à l\u2019adresse de la Belgique que de la France dont le moine-soldat parla avec une éloquence incomparable.L\u2019orateur fut longuement acclamé à sa descente de la tribune, et l\u2019émotion du public fut à son comble quand on vit Sa Grandeur l\u2019archevêque serrer dans ses bras le religieux dominicain officier de l\u2019armée française.Deces Le R.P.Michel Frémault, cle la.Province de France, est mort à Nancy, le 13 décembre, d\u2019une congestion grippale, contre laquelle son organisme déjà usé n\u2019eut pas la force de réagir.\u201cIl s\u2019est éteint doucement, écrivait le P.Fortuit, comme la lampe qui n\u2019a plus d\u2019huile.\u201d Le P.Frémault était originaire du diocèse de Cambrai, où il naquit en 184:2, et où il exerça les fonctions de vicaire jusqu\u2019à son entrée dans l\u2019Ordre en 1876.C\u2019est à Nancy qu\u2019il passa les 34 dernières années de sa vie.Nouveau Procureur general Le révérendissime Père Philippe Caterini vient d\u2019être nommé Procureur général des Dominicains, en remplacement du révérendissime Père Henri Desqueyrous, décédé.Le nouveau dignitaire appartient à la famille des comtes Caterini.Il naquit en 1881 et fit son entrée très jeune chez nos Pères de la Province romaine.Il fut successivement prieur de Santa-Maria Novella, à Florence, en 1910, et de la Minerve, à Rome, en 1914.Fra Domenico RECENSIONS Abbe -T.-A.D\u2019Amours,, \u201cUne paroisse de langue Iran çaise aux Etats-Unis,\u201d St-M athieu de Centred Falls.(Québec, l\u2019Action Sociale Ltée, 101, rue Ste-Anne, 1918) Les paroisses des Etats-Unis offrent eeci de particulier qu\u2019elles naissent et se développent par l\u2019action conjointe du clergé et des fidèles, avec reconnaissance civile, mais sans garantie ni subventions d\u2019aucune sorte de la part de l\u2019Etat.Faire la monographie même \u201ccourte et modeste\u201d d\u2019une de ces paroisses, c\u2019est donc l'évéler au public le fonctionnement de l\u2019œuvre paroissiale sous un régime séparatiste : service éminemment utile, quand l\u2019union des deux puissances n\u2019existe plus qu\u2019à l\u2019état de souvenir historique dans la plupart des grands pays.M.l\u2019abbé Arthur D\u2019Amours, bien connu du public liseur, a eu la patriotique sagesse de dérober quelques instants à ses multiples occupations, pour nous livrer un travail de ce genre.Plusieurs mois de séjour et de ministère aux Etats-Unis lui permirent naguère d\u2019étudier sur place l\u2019organisation en paroisse de nos congénères américains.Et sa brochure raconte précisément la fondation et la première décade de la paroisse qu\u2019il a desservie en qualité de vicaire : Saint-Mathieu de Central Falls, au diocèse de Providence, R.I.Cette paroisse a été fondée en 1906 par M.l\u2019abbé J.-A.Lali-berté désigné à cette fin par Sa Grandeur Mgr Mathieu Harkins.Le volume ne comprend qu\u2019une centaine de pages dont trente consacrées à la paroisse en général et à la raison d\u2019être des paroisses de langue françaises dans la république voisine.L\u2019auteur cependant a réussi non seulement à y condenser tout l'historique de Saint-Mathieu, mais encore à souligner les moindres faits d\u2019observations judicieuses qui en révèlent la portée.Et comme en ce domaine, plus que partout ailleurs, l\u2019histoire à jamais se répète, on peut dire que cette narration si attachante amorce l\u2019histoire générale des paroisses franco-américaines, nées la plupart en des circonstances identiques, grandies dans les mêmes conditions ou avec des variantes accidentelles.R.P.Du vie, O.M.I., \u201cLes fiançailles et le Mariage,\u201d Leur célébration canonique.La première édition de l\u2019opuscule sur les fiançailles et le mariage par le Rêv.Père Duvic, O.M.I., parut en 190S.C\u2019était un commentaire pratique de l\u2019important décret \u201cNe temere,\u201d commentaire rédigé d\u2019abord pour l\u2019utilité des élèves, puis offert au public sur la demande de plusieurs prêtres qui avaient pensé que ces notes seraient lues avec profit par beaucoup de leurs confrères.Cette première édition fut très favorablemt accueillie dans les milieux ecclésiastiques principalement car elle offrait un manuel 94 REVUE DOMINICAINE pratique aux prêtres trop absorbés par le ministère pour avoir le loisir de s\u2019appliquer à une étude approfondie du décret.Au mois d\u2019août dernier arrivaient au Canada les premiers exemplaires de l\u2019édition officielle du \u201cCodex juris canonici.\u201d Le Père Duvic, malgré l\u2019état très précaire de sa santé, s\u2019imposa la tâche de reviser complètement son premier travail et de le conformer au nouveau Code.Dieu lui conserva assez de forces physiques pour mener l\u2019entreprise à bonne fin.Le Père Duvic n\u2019offre évidemment pas à ses lecteurs un traité complet, moral et canonique, sur les fiançailles et le mariage ; mais plutôt un exposé, concis et pratique, de tout ce qui se rapporte à la célébration canonique des fiançailles et du mariage.La matière reste circonscrite par l\u2019ancien décret \u201cNe temere.\u201d L\u2019auteur a cependant ajouté un chapitre sur les changements apportés par le Code aux empêchements de mariage et un autre sur les mariages mixtes.Il a aussi cru préférable d\u2019omettre cette fois le procédé par questions et réponses.Cette brochure sera un vade-mecum pour tous les prêtres du ministère ; un index analytique leur permetra de trouver sur-le-champ un détail quelconque.Elle sera utile également aux élèves des grands séminaires, dont les manuels de théologie morale et de droit canonique ne sont pas encore refondus d\u2019après le \u201cCodex juris canonici.\u201d (S\u2019adresser au It.P.F.-X.Marcotte, O.M.I., Scolasticat St-Joseph, Ave des Oblats, Ottawa) Henri Bourassa, Le Pape arbitre de la Paix.(Brochure de 200 pages, 2e ed., imprimée au Devoir, 43, St-Vin-cent, Montréal, 1918.Se vend 60 sous, plus 10 sous pour frais d\u2019expédition) C\u2019est le recueil des articles publiés par M.Henri Bourassa, Directeur du Devoir, sur l\u2019intervention du Pape dans la guerre.Il est précédé d\u2019une Lettre de Mgr L.-A.Paquet à l\u2019auteur, de la réponse de ce dernier et d\u2019une brève introduction.En appendice, les documents pontificaux se rapportant à la matière.Nous détachons de l\u2019introduction les passages suivants qui caractérisent nettement l\u2019attitude du célèbre journaliste en présence du conflit mondial et le courageux esprit chrétien dont s\u2019animent ces pages, écrites la plupart au rebours de l\u2019opinion et au péri] de son œuvre, sinon de sa vie : Du jour où le Pape a parlé \u2014 on le constatera clans ces pages \u2014 nous n\u2019avons cessé de voir clans ses augustes conseils l'unique moyen de mettre fin par une paix \u201cjuste et durable\u201d à \u201cl\u2019horrible carnage qui déshonore l\u2019Europe.\u201d Ces conseils, si paternels, si éclairés, s\u2019adressent à tous les chefs d\u2019Etat, à tous les peuples; mais, pour les catholiques, ils deviennent une véritable direction.A nos yeux, du moins, cette direction commande; l'obéissance volontaire, à la fois confiante et raisonnée, qu\u2019appellent la pensée et la parole de Celui qui est, pour les catholiques, le Pontife suprême, le successeur de saint Pierre, le représentant de Dieu sur la terre, et qui devait être, pour tous les hommes, pour tous les peuples, le guide le plus sûr et le plus désintéressé, le gardien le plus autorisé du droit public, la clef de voûte de la société des nations. RECENSIONS 95 Dans l\u2019application concrète des directions pontificales à notre pays et à ses conditions particulières, nous avons cru que notre devoir nous commandait, d\u2019abord, de nous pénétrer de la pensée du Souverain Pontife, puis, de la présenter telle qu\u2019elle se manifeste, sans la rétrécir et l\u2019accaparer au bénéfice des seules nations au côté desquelles le Canada s\u2019est rangé.Persuadés d\u2019avance que la paix \u201cjuste et durable\u201d ne peut sortir de la victoire totale de l\u2019une des coalitions, nous croyons, avec le Saint-Père, qu'il faut peser \u201cavec une conscience sereine les droits et les justes aspirations des peuples,\u201d ceux de nos ennemis comme ceux de nos alliés.Convaincus, comme le Souverain Pontife, qu\u2019il est faux de \u201cprétendre que le conflit ne peut se terminer que par la violence dès armes,\u201d nous n\u2019avons cessé de contredire ceux qui poussent à la guerre à outrance, à l\u2019anéantissement de l\u2019ennemi, impossible d\u2019ailleurs.Certains également que, pour être \u201cjuste et durable,\u201d la paix ne doit pas \u201cprofiter à une seule des parties mais à toutes,\u201d et que chacune des nations en guerre doit consentir \u201cles obligatoires et nécessaires sacrifices d\u2019amour-propre et d\u2019intérêts particuliers,\u201d nous nous sommes appliqués à faire ressortir ce qu\u2019il y a d\u2019exagéré et d\u2019irréalisable dans les prétentions de nos alliés.Obligés de réagir contre un courant quasi universel de chauvinisme intense, nous avons, à maintes reprises, signalé la contradiction qui existe entre les principes que les chefs des nations alliées prétendent soutenir et imposer à l\u2019ennemi, et l\u2019application fausse ou à rebours qu\u2019ils en font chez eux et chez nous.En ce qui concerne notre interprétation de la pensée et des paroles de Sa Sainteté, je ne veux pas me borner à réitérer l\u2019assurance.que je donnais à Mgr Paquet, de ne pas prétendre à l\u2019infaillibilité de cette interprétation: d\u2019avance, avec la même obéissance joyeuse, facile et raisonnée qui nous a fait accepter en son entier la direction du Saint-Siège, je désavoue tout ce qui pourrait, dans mes déductions et mes jugements, apporter la plus légère altération à la pensée de l\u2019auguste Pontife dont le monde attend la lumière et le salut.R.P.Odoric-M.Jouve, O.F.M., Le troisième centenaire de l\u2019établissement de la Foi au Canada.Préface de THon.A.-B Routhier.Imprimerie Franciscaine Missionnaire, Québec, 1917.Un des membres du comité d\u2019organisation, le R.P.O.-M.Jouve, O.F.M., a réuni dans un \u201cvolume-souvenir,\u201d aux formes attrayantes et à la typographie soignée, les diverses manifestations qui ont commémoré en notre pays l\u2019établissement de la Foi au Canada.Partagé en trois sections \u2014 argument historique, organisation des fêtes, les fêtes, \u2014 orné de gravures instructives et nombreuses, le tout précédé d\u2019une préface par l\u2019hon, A.-B.Routhier, président du comité général, ce recueil figurera avec honneur à côté du \u201cXXIe Congrès Eucharistique de Montréal,\u201d du volume relatant les fêtes du troisième centenaire de la Fondation de la Colonie, et s'imposera aux esprits élevés et patriotes que passionnent l\u2019histoire et l\u2019avenir de notre Patrie.De tous les documents émanés de la plume et de la parole de nos sommités religieuses, oratoires, et 96 REVUE DOMINICAINE politiques, (les actes public qui ont encadré l\u2019inauguration du monument de la Foi sur la Place d\u2019Armes à Québec, du rôle créateur qu\u2019a joué la Foi par ses missionnaires de jadis, les Récollets, se dégage un sentiment d\u2019admiration, de fierté et de reconnaissance.\u2014Fr.M.-L.D.Abbe Etienne Blanchad, p.s.s.\u201cLe Bon Langage.\u201d Nous accusons réception de la deuxième série du jeu de cartes du Bon Langage de l\u2019abbé Etienne Blanchard, p.s.s.L\u2019auteur a l\u2019intention de mettre ainsi en jeux de cartes nos fautes les plus usuelles, ce qui fera au moins cinq séries diverses.La première est déjà épuisée, ce qui est un indice de l\u2019intérêt que l\u2019on porte partout à l\u2019épuration de notre parler.C\u2019est un mouvement à encourager, en réponse aux attaques nombreuses que subit tous les jours notre langue.Prix du jeu, avec règles, $0.30; franco, $0.33, en s\u2019adressant à l\u2019abbé Etienne Blanchard, Eglise Saint-Jacques, Montréal.Se procurer aussi à la même adresse: Dictionnaire du Bon Langage ($0.50 franco, relié) et 2000 mois par l'image.($0.29 franco) Les trois franco : $1.00.R.P.Bernardot, O.P.U Action surnaturelle dans la restauration dominicaine au XIXe siècle.(Adresse: La Sainte Baume par Saint Zacharie (Var) Prix: 1 f.10, franco) Sous ce titre, le R.Père M.-V.Rernadot, O.P., vient de publier un travail d\u2019extrême intérêt pour les membres de la grande famille dominicaine et en général pour tous ceux qui s\u2019occupent de questions d\u2019apologétique.On connaît généralement l\u2019œuvre de restauration accomplie par le P.Lacordaire et le P.Jandel.Bien rares sont ceux qui savent l\u2019histoire cachée de cette restauration.Le petit livre du Père Bernadot raconte cette histoire toute saturée de Surnaturel : la vocation du P.Lacordaire et les débuts de sa restauration \u2014 le retour aux observances primitives \u2014 le gouvernement du P.Jandel.Toute l\u2019histoire dominicaine de 1840 à 1875 en est éclairée.C\u2019est l\u2019une des plus belles pages des annales religieuses du XIXe siècle.Rien ne montre avec plus de clarté par quelles forces Dieu gouverne son Eglise.Superiorum permissu.De licentia Ordinarii. ANNONCES DU ROSAIRE Casavant Frères FACTEURS D\u2019ORGUES St-Hyacinthe, P.Q.MAISON FONDÉS EN 1879.ORGUES A TRANSMISSION, ELECTRIQUE PNEUMATIQUE OU TUBULAIRE, SOUFFLERIE ELECTRIQUE ET HYDRAULIQUE.«SA ÆëmwtÆA N._\u201e W»Mm ZS$$ÊÊèMJ wNstam ««ipiip7 AMORAI Limite zeh Tel.No.10 Matthews-Blackwell,Ltée Entrepots frigorifiques.\u2014Marchands de Produits EN GROS Renommés pour \u201cSweet Clover Brand \u201d Beurre de Crémerie, Eté.OTTAWA, 44 Nicholas.BLOC BALMORAL HARNAIS, SELLES, COUVERTES A CHEVAUX, VALISES, MALLES, SACS DE TUA DE ttAftX I^IMIOIÊTT JL
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