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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1915-09, Collections de BAnQ.

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[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES ROME ET LES LANGUES NATIONALES m ® ' I 1VK N fait que l\u2019histoire enregistre et que l\u2019expérience confirme tous les jours, c\u2019est l\u2019existence permanente des races et des nations.Les hommes se distinguent et se groupent d\u2019après leurs mœurs, leurs coutumes, leurs traditions et surtout leur langue.Il suffit de savoir que tout ne finit pas là où finit son domaine, pour se rendre compte de ces divisions irréductibles dans la grande famille humaine.Est-ce le climat qui a créé ce partage ?Mais sous la même latitude nous rencontrons les races les plus variées.Un léger cours d\u2019eau comme le Twed, une montagne comme les Pyrénées, avec les français au nord et les espagnols au sud, une simple ligne conventionnelle comme notre quarante cinquième expliquerait-elle des dissemblances aussi prononcées ?Non : les cause's en sont plus intimes et plus profondes.Une des plus efficaces et peut-être l\u2019unique, tout le monde en convient, c\u2019est la langue nationale.Par elle, en effet, les hommes d\u2019une même race se reconnaissent, se rapprochent, se comprennent et se séparent des autres nations.Elle est le puissant rempart qui préserve contre les infiltrations étrangères.Un peuple qui perd sa langue perd aussi les qualités propres de sa race, et en prenant une langue étrangère, il prend en même temps les qualités et les défauts du peuple dont il emprunte le langage.Faut-il s'étonner que chaque nationalité tienne à sa langue ?Tout autant vaudrait changer la nature du cœur humain et faire que ce qui lui est le plus intimement uni, ce qui lui est le plus personnel lui soit aussi le plus indifférent.Quelle coutume, quel usage, quelle tradition peut être comparée à la langue nationale ?Elle seule a poussé ses racines au plus profond de notre être.L\u2019oreille n\u2019entend rien de plus agréable ; elle la devine et la reconnaît partout.On peut ne pas l\u2019ouïr, ne pas la parler pendant de longues années ; Revus Dominicaine, Septembre 1915. 258 REVUE DOMINICAINE elle garde toujours cette vertu magique, ce pouvoir mystérieux qui remue, trouble, bouleverse : elle seule va au cœur (et parle à l\u2019âme.Or, il est des régions où l\u2019on semble oublier la valeur de la langue nationale.Ça et là de par le monde et surtout en Amérique, il se rencontre des hommes qui, pour rien au jnonde, ne voudraient renoncer à la langue de leurs pères, et qui, par une inconséquence étrange, souhaitent ardemment que les autres peuples oublient ou perdent la leur.Souvent leurs désirs deviennent des actes et ils se font persécuteurs.Ils font une œuvre absurde et contre nature : donc, leur insuccès est assuré.Ils pourront affaiblir, diminuer, assoupir une langue nationale ; la détruire, jamais : elle ressuscitera et plus vivante et plus active.L\u2019expérience des cinquante dernières années prouve que les langues nationales ne meurent pas.Au Canada comme aux Etats-Unis, certains hommes d\u2019Eglise ont souri à cette opinion.Us ont semblé croire qu\u2019il serait avantageux d\u2019unifier la langue des catholiques de notre pays.Se rappelant qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul Christ, une seule foi, un seul baptême ; ils voudraient ajouter une seule langue, oublieux qu\u2019ils sont de la Sainte-Ecriture qui nous avertit que, devant le trône de Dieu, les élus sont de tout peuple, de toute nation et de toute langue.(1) Ils se rappellent bien, ces nouveaux apôtres, que le Christ a voulu que son Evangile fût prêché à toutes les nations ; mais ils n\u2019osent se souvenir qu\u2019il n\u2019a demandé à personne de cesser d\u2019être de son pays ou de parler sa langue pour devenir son disciple.Doctrine étrange, assez nouvelle, tout à fait opposée à l\u2019esprit de l\u2019Eglise.Bien plus, on ne peut combattre une langue nationale sans s\u2019inscrire en faux contre les directions précises et pressantes du Saint-Siège.Depuis saint Pierre jusqu\u2019à Benoît XV, toujours et partout l\u2019Eglise a protégé dans chaque peuple les éléments de sa nationalité et avant tout sa langue nationale.Jamais Rome, entendez le Pape et les Congrégations, n\u2019a permis que l\u2019on sacrifiât la langue d\u2019un peuple à l\u2019ambition ou à la force brutale d\u2019un autre.Dans l\u2019histoire ecclésiastique comme dans la législation canonique, cette haute pensée sociale se rencontre partout : conservation de la race, conservation de la langue, conservation de la reli- ed.pair p lé P iaser ppm in N (1) Apocalypse, VII, 9.(lia Wl4 ROME ET LES LANGUES NATIONALES\t259 gion.Actes et textes surabondent qui prouvent que l\u2019Eglise de Rome n\u2019a jamais séparé ces trois grandes idées.Rappelons quelques faits : il y a tant de mémoires qui oublient surtout la vérité ! Dès la Pentecôte, Dieu fait un miracle, et des plus étonnants, pour que tous les auditeurs de saint Pierre l\u2019entendent chacun dans sa langue.Et, comme le remarque saint Grégoire le Grand, les actes du Christ nous sont des préceptes : dura aliquid tacitus facit, quid agere debeamus innotescit (1) ; nous pouvons conclure que Jésus-' Christ a voulu par ce fait signifier aux apôtres de tous les' âges que c\u2019est en la langue des fidèles qu\u2019il faut leur enseigner la doctrine.L\u2019Eglise a compris la leçon.Aux premiers siècles, les anciens papes autorisent les Eglises d\u2019Orient et quelques Eglises occidentales à s\u2019écarter de la discipline de Rome et à se servir dans la liturgie, selon le désir des peuples, des idiomes nationaux.(2) Plus tard, à une époque où tout le monde, à Rome, entendait le grec, du moins pour les affaires et le commerce, le pape Jean VII, de nationalité grecque, ordonne que l\u2019on prêche le peuple dans sa langue maternelle, et il fait graver, sur la chaire de son église du Palatin, une inscription en grec et en latin.Il faut visiter cette église du pape Jean VII, Sainte-Marie-Antique.C\u2019est le plus bel exemple de bilin-1 2 3 4 guisme que l\u2019on puisse citer et il est du commencement du huitième siècle.(705 707) Les saints grecs et latins sont efi nombre égal dans cette basilique ; les inscriptions s\u2019y lisent dans les deux langues ; les chapelles absidales des nefs secom daires sont dédiées, l\u2019une aux saints Cyr et Julitte, saints latins, et ne renferme que des inscriptions latines ; l\u2019autre, à des saints grecs, saints Côme et Damien, et ne contient que des inscriptions grecques.(3) Qu\u2019il y a longtemps que Rome s\u2019est prononcée pour le bilinguisme ! Au neuvième siècle, les papes Adrien II et Jean VIII, malgré de nombreuses et assez vives réclamations, autorisent.\u201c pour des raisons très justes et très probantes, (4) \u201d saints Cyrille et Méthode à user de la langue slave dans la liturgie (1)\tHomélie sur l\u2019Evangile du commun des Evangélistes.(2)\tMgr Paquet : U Eglise catholique et le problème des langues nationales.(3)\tMarucchi, Archéologie chrétienne, III, p.247, sq.(4)\tLéon XIII, Grande Munus, 30 sept.1880. 260 REVUE DOMINICAINE privilège que le Pape Léon XIII daignait confirmer le 14 août 1900.Voici les temps modernes.Urbain VIII fonde, au centre même du monde catholique, le collège de la Propagande.Ce collège devait être et a été un véritable séminaire d\u2019apôtres.Or, le principal moyen choisi pour atteindre ce but fut d\u2019inscrire en tout premier lieu, avec l\u2019enseignement des sciences sacrées, l\u2019étude et la culture des langues nationales.Depuis plus de deux cents ans, on ne s\u2019est pas départi de cette sage conduite et aujourd\u2019hui encore, il suffit de passer par les immenses couloirs du collège d\u2019Urbain VIII pour voir des clercs de toutes les couleurs et pour entendre les langues les plus disparates.Benoît XIV, le grand pape du dix-huitième siècle, confirme tous les privilèges des Orientaux et désire \u201c que leurs diverses nations soient conservées et non détruites.\u201d Sous Clément XIII, la Congrégation de la Propagande menacera des peines les plus sévères certains missionnaires catholiques trop peu pressés de se familiariser avec la langue des diverses nations qu\u2019ils ont tâche d\u2019instruire des vérités-de la foi.Plus tard, un autre Pontife portera une suspense spéciale contre les prêtres, séculiers ou réguliers, qui amèneraient un oriental à quitter son rite pour se faire latin.(1) Au siècle dernier, Grégoire XVI, (2) Pie IX (3) et Léon XIII (4) insistent à plusieurs reprises sur l\u2019importance de conserver l\u2019usage de la langue nationale dans le ministère apostolique.Et tout près de nous, le bon et saint Pie X, il y a à peine un an, demandait que chaque peuple possédât des prêtres de sa langue et de sa nationalité, C\u2019est pour cela qu\u2019il a fondé un séminaire spécialement destiné aux prêtres italiens qui se préparent au ministère près des émigrants italiens.(5) Enfin, au début de son ponti ficat, Benoît XV rappelle ces grandes traditions catholiques dans sa lettre aux évêques américains en faveur des émigrés italiens.(6) (1)\tLéon XIIT, Orientalium dignitas, 30 nov.1894.(2)\t23 nov.1845, De clero indigeno.(3)\t11 jnil.1877.(4)\tVoir plus bas, ça et là.(5)\tJam pridem, 19 mars 1914.(6)\t22 fév.1915. ROME ET LES LANGUES NATIONALES 261 Faudrait-il mentionner la fondation des vingt et-un collèges nationaux qui ornent la ville de Rome et qui sont des foyers de vrai nationalisme au centre même de la catholicité ?Faudrait-il ajouter l\u2019introduction récente de l\u2019anglais, de l\u2019allemand et de l\u2019espagnol parmi les langues officielles des Congrégations romaines ?Faudrait-il rappeler que Benoît XV a fait traduire officiellement sa première encyclique en cinq langues differentes et sa prière pour la paix en huit ?Non.Rome, c\u2019est plus qu\u2019évident, veut conserver et encourager les langues nationales et assurer l\u2019existence des nationalités, même les plus faibles.COB- m aié\tI aires\tI fit R :-up ion» y , >) fi elle®» bijiit-dl * * * Pourquoi les Pontifes romains ont-ils toujours défendu et protégé les langues nationales ?Il est important de préciser ce dernier point.On peut donner de nombreuses réponses.D\u2019abord, et sans aucun doute, parce que la langue est partie intégrante du patrimoine légué par le droit naturel ; ensuite, par justice sociale, puisque aucune nation ne doit être sacrifiée à une autre : toutes ont le droit et le devoir de vivre ; enfin, parce que la langue nationale est le plus ferme soutien, la plus puissante protection, le plus efficace moyen de conservation de la foi chez un peuple.Ceux qui s\u2019obstinent à ne voir dans les luttes en faveur de la langue qu\u2019une question de mots ou un amour exagéré des choses de la tradition, ceux-là ignorent ou méprisent.et les leçons de l\u2019histoire et les directions du Saint-Siège.Ces hommes qui se croient pratiques avant tout, ne considèrent que l\u2019inconvénient sérieux, à la vérité, de la pluralité des langues dans un même pays, et ils concluent, sans y regarder davantage, à l\u2019unification du langage.Pourtant, quand il s\u2019agit de la foi à conserver et des âmes à sauver, il faut être plus sagace, plus dévoué, plus apostolique.Quelques-uns aussi pourraient peut être avouer que ce ne sont pas précisément ces ennuis qui les poussent à l\u2019assimilation, mais dire avec Phèdre : \u201c Mon mal vient de plus loin ! \u201d Quelles que soient les causes de cette tendance assimilatrice qui s\u2019est manifestée avec tant d\u2019audace en divers endroits de notre pays, Rome n\u2019a jamais approuvé et n\u2019approuvera jamais la 262 REVUE DOMINICAINE lutte ouverte ou en tapinois que l\u2019on mène ça et là contre les langues nationales.Les raisons de cette sage conduite de Rome, nous les tirons toutes des écrits authentiques et officiels de la cour romaine.Ces documents seuls valent et sont irréfutables.Nous nous contentons de citer les textes ; avec des gens habitués au distinguo, mieux vaut ne pas raisonner.Allons d\u2019abord au fond.En 1883, (1) la Sacrée Congrégation de la Propagande donnait ce sévère et sérieux avertissement à ses missionnaires, afin de les aider et de les forcer à remplir leur ministère d\u2019une manière utile et régulière: (utiliter et rite) \u201c Comme la foi, au témoignage de l\u2019Apôtre, vient de ce qu\u2019on a entendu et comme personne ne croit s\u2019il ne comprend pas le prédicateur, il est absolument nécessaire que ce dernier se serve du langage que les auditeurs connaissent et entendent parfaitement.Si vous ne parlez pas une langue connue, comment saura t on ce que vous dites ?C\u2019est pourquoi, conclut la Congrégation, le Siège Apostolique désire, demande et ordonne avec instance et insistance que les missionnaires apprennent, au plus tôt et à la perfection, la langue des peuples qu\u2019ils ont charge d\u2019évangéliser.\u201d Dans un autre document, la même Congrégation enjoint aux missionnaires \u201c ou d\u2019apprendre la langue de leurs fidèles ou de cesser tout ministère.\u201d (2)\t\u201c Que tous les prédicateurs de l'Evangile se mettent donc à l\u2019œuvre, dit-elle ailleurs, et qu\u2019ils étudient les langues nationales de toutes leurs énergies : et in id nervos omnes intendere.Sinon, qu\u2019ils soient exclus de la mission, et s\u2019ils s\u2019obstinent, qu\u2019on les frappe des peines les plus sévères.\u201d (3) Une deuxième raison, c\u2019est que les piètres nationaux inspirent une plus grande confiance aux fidèles et du coup leur ministère est plus fructueux.-Léon XIII l\u2019a proclamé dans son encyclique Orientalium dignitas, 30 novembre 1894 : \u201c le ministère des prêtres indigènes sera accepté des fidèles avec plus d\u2019ardeur et sera beaucoup plus fructueux que celui des prêtres étrangers.\u201d Voilà pourquoi \u201cles prêtres étrangers sont envoyés uniquement pour être des auxiliaires et des sou- (1)\tCollectanea authentica S.C.de Propaganda Fide, no.1602.(2)\tCollectanea authentica.no 1606.(3)\tId.ibid, no 504. ROME ET LES LANGUES NATIONALES 263 pas j es! 1 tifS [1,1a jans ¦.tt ï ;its.| SCiSî fy eiu: -.îf- tiens \u201d (1) et \u201c ils doivent se retirer dès que l\u2019on peut former un clergé indigène.\u201d (2) Et ces étrangers, \u201c s\u2019ils veulent se concilier l\u2019amitié et la confiance des peuples, doivent surtout s\u2019accoutumer à leur langue et à leurs mœurs et témoigner un juste respect aux traditions de leurs ancêtres.\u201d (3) Quoi d\u2019étonnant, si après cela, Léon XIII affirme que rien n\u2019est plus essentiel pour conserver la foi ou la ramener parmi les peuples que de recruter un nombreux clergé national ?(4) Qu\u2019on ne dise pas qu\u2019il s\u2019agit ici des Orientaux.Léon XIII ne fait que rappeler au sujet des Orientaux ce que déjà Rome, en maintes occasions et pour les peuples les plus divers, avait déclaré être l\u2019unique et simple vérité.(5) Pie X, dans son Motu proprio : Jam priclem, 19 mars 1914, et Benoît XV, dans sa Lettre aux évêques d\u2019Amérique, 22 février 1915, rappellent et confirment cette doctrine de leurs prédécesseurs.L\u2019histoire des missions démontre avec combien de raison Rome a imposé cette conduite aux prêtres missionnaires.En effet, une des grandes causes, pour plusieurs la principale, de la lenteur et du peu de succès relatifs des missions, c\u2019est l\u2019ab-sence du clergé national ou indigène.(6) Grégoire XVI lui-même, le pape des missions, ne pensait pas autrement.(7) Sans doute, il fallait de la prudence ; on ne devait pas ouvrir à la légère les rangs du sacerdoce à l\u2019élément indigène.Mais, parce qu\u2019on s\u2019est montré trop défiant, aujourd\u2019hui beaucoup d\u2019infidèles, et il fallait le prévoir, refusent d\u2019écouter les missionnaires européens.Par malheur, les prêtres indigènes ne sont ni assez nombreux, ni assez préparés pour satisfaire à tous les besoins.Pourtant, sans vouloir rien enlever aux mérites des missionnaires étrangers qui se consacrent aux pénibles travaux de l\u2019apostolat, il semble bien que ce sont les (1)\tOrientalium dignitas, 30 nov, 1894.(2)\tGrégoire XVI ; 23 nov.1845.(3)\tLéon XIII, Auspicici reruvi.19 mars 1896.(4)\tChristi nomen, 24 déc.1894 ; Urbanitas, 20 nov.1901.(5)\tUrbain VIII, en 1626 pour les Japonais ; en 1630, pour les Indiens ; \u2014 Alexandre VII, en 1659, pour les Tonquinois, les Chinois et les Cochinchinois ; dans le même sens, le même Alexandre VII le 18 janv.1658 et le 9 sep.1659 ; Clément IX, 13 sep.1669 ; \u2014 Clément X, 23 déc.1673 ; Innocent XI, 1 avril 1680 ; Clément XI 7 déc.1703 ;\u2014Clément XII,16 avril 1736 ; Benoît XIV, 26 juil.1755 \u2022 Pie VI, 10 mai 1775 ; \u2014 Grégoire XVI, 23 nov.1845 ; \u2014 Pie IX.juil.1877.(6) Joly, Le Christianisme et l'Extrême Orient, (2 volumes in-! 1906, Lethielleux, Paris), \u2014 (7) 23 nov.1845 264 REVUE DOMINICAINE régions où les prêtres indigènes sont les plus nombreux qui donnent les plus riches fruits de conversion.Voilà pourquoi Rome demande que l\u2019on forme partout des prêtres nationaux; que les indigènes prennent, aussi tôt que faire se pourra, la place des prêtres étrangers, et qu\u2019ils soient appelés de préférence aux autres à l\u2019épiscopat.(1) Grégoire XVI qualifie d\u2019abus grave l\u2019habitude introduite ça et là de refuser les charges et les fonctions honoraires aux prêtres nationaux.(2) Comme question de fait, aux Indes, trois des vicariats apostoliques des plus florissants sont gouvernés par des évêques indigènes el le clergé employé au ministère est composé exclusivement de prêtres indiens.Le vicaire apostolique de Changanacherry, Monseigneur Thomas Kurialacherry, \u2014 un beau noir, \u2014 nous disait, à Rome, l\u2019année dernière, que les Hindous du Sud désirent avant tout des prêtres de leur race et de leur couleur.Cela est également vrai des peuples occidentaux : les français veulent des prêtres français ; les irlandais, des irlandais ; on sait ce qui se passe à Londres ; les allemands, des allemands : les diocèses du centre des Etats-Unis peuvent en dire quelque chose.Inutile d\u2019ergoter : le peuple préférera toujours un prêtre de sa race à un étranger.Une troisième raison se tire de l\u2019expérience : les prédications sont mieux écoutées, les vérités religieuses mieux comprises, les affaires de conscience mieux réglées, si on en traite dans sa langue maternelle.Voilà bien longtemps que Rome a proclamé cette vérité.En 1760, oui, il y a cent cinquante-cinq ans, la Propagande oblige tous les missionnaires à connaître suffisamment la langue des pénitents qu\u2019ils entendent au confessionnal.Elle défend même de donner jurisdiction à un prêtre qui ignorerait la langue des fidèles.(3) Léon XIII ne s\u2019éloignait pas de la tradition catholique quand il demandait que l\u2019enseignement du catéchisme et l\u2019explication des cérémonies du culte se fassent dans la langue maternelle des fidèles.(4) Pie X est encore plus explicite : \u201c En vue du bien des âmes et pour montrer son zèle à maintenir les coutumes louables de la tradition, le Siège Apostolique veut que lui In nCanad (1)\tS.c.de P.F.23 nov.1845.(2)\tIdem, ibidem.(3)\tCollectanea authentica S.C.de P.F.nos : 427, 444.(4)\tOrientalium dignitas, 30 nov.1394. ROME ET LES LANGUES NATIONALES 265 chaque nation puisse recevoir dans sa langue maternelle les choses appelées complémentaires du culte \u201d.C\u2019est ce qu\u2019il faisait écrire aux évêques de Russie, le 18 octobre 1906.Ce n\u2019était du reste que renouveler un décret du Saint-Office, en date du 11 juillet 1877, où il était déclaré: \u201c1° qu\u2019on ne pouvait pas remplacer le polonais par le russe dans les choses complémentaires du culte, et 2° que le Saint Siège n\u2019a pas toléré et ne pouvait permettre qu\u2019un changement de ce genre fût toléré.\u201d Enfin Benoît XV, précisant davantage, rappelle aux évêques américains qu\u2019un grand nombre de tide les (italiens) bien qu\u2019ils aient une connaissance suffisante pour leurs affaires usuelles, n\u2019arrivent jamais à une connaissance parfaite de la langue locale, et, à cause de cela, sont empêchés et de faire leur confession sacramentelle et d\u2019écouter avec profit un sermon ou un catéchisme.Voilà un peu comment Rome traite les langues nationales.Elle défend de les détruire, elle veut absolument les conserver, elle cherche à les vivifier, à les développer, à les fortifier.Elle travaille de toutes ses forces à donner à chaque peuple des prêtres de sa langue et de sa nationalité.Descendant jusqu\u2019aux détails, elle demande que les parrains et les marraines ainsi que les époux aient la liberté de répondre en leur langue aux demandes faites au saint baptême et aux cérémonies du mariage.Elle ordonne que les prédications, les catéchismes, les prières, les cantiques, se fassent dans la langue maternelle des fidèles.Ici, il faut citer en entier ce que Pie X fit écrire aux évêques russo-polonais par le cardinal Merry del Val ; on croirait que ce texte a été préparé pouf le Canada : \u201c Quant aux prédications, aux catéchismes, aux prières et aux cantiques, qu\u2019on se serve généralement de la langue en usage dans la majeure partie des habitants, ou du moins de l\u2019assemblée des fidèles attachés à une église particulière.S\u2019il se trouve un nombre considérable de fidèles, quoique en minorité, qui parlent une autre langue, il est juste de veiller à ce qu\u2019eux aussi aient en leur langue propre, catéchis, mes, sermons, et pareillement, en certaines circonstances prières et cantiques.\u201d (1) Est-ce assez clair ?Et Rome ne fait pas acception de nations : ce qui est vrai pour une l\u2019est également pour les (1) 13 oct.1906. 266 REVUE DOMINICAINE autres.C\u2019est donc une question de justice de donner l\u2019instruction religieuse dans la langue maternelle même de la minorité.Donc, par le fait, on ne peut s\u2019opposer au bilinguisme ni même au multilinguisme sans violer la justice, sans violenter les droits des fidèles.Il suffit de savoir lire : le Pape déclare qu\u2019il est juste de donner les catéchismes et les sermons dans la langue de la minorité et, parce qu\u2019il ajoute qu\u2019il devra en être ainsi pour les prières et les cantiques, en certaines circonstances, il est évident que les sermons et les catéchismes devront toujours être faits à la minorité dans sa propre langue.Autrement que voudrait dire cette incise, \u201c en certaines circonstances\", qui affecte exclusivement la dernière partie de la phrase ?A Rome, on pèse ses paroles et pas une n\u2019est inutile.S\u2019il se rencontre encore dans notre pays des gens pour traiter de haut le problème des langues nationales ; s\u2019il se trouve toujours des assimilateurs pour imposer une langue à une minorité ou même à une majorité \u2014 l\u2019illogisme est presque un produit américain \u2014 s\u2019il y a toujours des opportunistes qui aiment à être en coquetterie avec les persécuteurs ; à toute cette gent-là, il faut rappeler que c\u2019est \u201c en vue du bien des âmes, pour l\u2019accroissement de la religion et le bonheur des peuples, \u201d (1) que l\u2019on doit travailler à conserver la langue nationale.Et pour ceux qui ne peuvent s\u2019élever plus haut que les faits, répétons avec Benoît XV qu\u2019il y a des centaines de mille hommes, naguère fidèles, qui ont perdu la foi parce qu\u2019ils n\u2019ont pu ni se confesser, ni entendre la prédi cation en leur propre langue (2).On dira peut-être qu\u2019il y a des langues inférieures, des dialectes, des patois qu\u2019il vaut mieux ne pas conserver : chauvinisme.Ces dialectes ont leur charmes ; ceux qui les parlent les préfèrent et c\u2019est leur droit, aux autres langues.Personne nale.Respectons tous les parlers.Il y a de beaux exemples qui nous y invitent : la Vierge de Lourdes a parlé à Bernadette en patois toulousain et le Christ a négligé le bel hébreu des scribes et des pharisiens pour se servir de l\u2019araméen.Encore ici, Rome nous trace le chemin.En 1666, le Saint- Office ordonne aux missionnaires de Géorgie d\u2019étudier les (1)\tPie X, aux évêques russes, 13 oct.1906.(2)\tLettre aux évêques américains, 22 fév.1915. ROME ET LES' LANGUES NATIONALES 267 patois de ces pauvres peuples.Après deux cent cinquante ans, rien n\u2019est changé : Benoît XV demande que les prêtres apprennent même les dialectes, afin qu\u2019ils puissent mieux se faire entendre des peuples qu\u2019ils ont à instruire et à évangéliser.(1) Et quand il s\u2019agit de la langue française, la plus belle, la plus claire, la plus précise qui existe; la langue universelle de l\u2019Europe, de l\u2019Asie, de l\u2019Afrique et de l\u2019Amérique latine ; la langue de la diplomatie ; la langue que tout homme cultivé parle et entend ; tout cœur bien né devrait se faire un devoir de travailler à sa conservation et à son expansion.Pour les Canadiens-français, c\u2019est un devoir national et religieux de lui sacrifier toutes leurs énergies.Par elle nous resterons catholiques et français toujours.Honni soit qui mal y pense ! P.-S.DESRANLEAU, Ptre (1) Lettre aux évêques américains, 22 fév.1915. L\u2019ART ET LA MORALE AU CANADA i«n (Suite et fin) » \u2019ART \u2014 nous avons essayé de le démontrer dans un premier article \u2014 n\u2019est en soi ni moral ni immoral.Il devient l\u2019un ou l\u2019autre selon les sujets qu\u2019il aborde et les sentiments qu\u2019il fait naître.Il y a \u2014 quoi qu\u2019en dise Brunetière \u2014 nombre d\u2019œuvres d\u2019art qui n\u2019éveillent autour d\u2019elles que des émotions saines et pures, et dont la vue charme, repose et rend meilleur.Par contre, toutes les théories de Hegel et de Schopenhauer sui\u2019 le don qu\u2019a l\u2019art de purifier tout ce qu\u2019il touche, n\u2019empêcheront pas certains chefs-d\u2019œuvre authentiques d\u2019être, comme le disait encore Brunetière, de non moins authentiques \u201c excitations à la débauche Créateur avant tout de beauté, l\u2019artiste \u2014 nous l\u2019avons dit \u2014 n\u2019est pas tenu de se faire parmi nous l\u2019apôtre de la morale.Seulement, celle-ci impose à son talent des devoirs, à sa liberté des limites que nous avons essayé de préciser.Il ne nous reste plus maintenant qu\u2019à nous demander si ces entraves que nous prétendons mettre à l\u2019artiste au nom de la morale chrétienne, sont bien, comme on le dit, de nature à empêcher le plein épanouissement de son talent.Le seraient ils que nous n\u2019en persisterions pas moins dans nos prétentions, car il y a dans une société bien des choses qui sont plus nécessaires, plus vitales, plus saines que l\u2019art, et la morale est une de ces choses.Mais heureusement, on n\u2019a jamais pu démontrer que l\u2019art ait eu quelque intérêt que ce soit à verser dans l\u2019immoralité.Sans doute, le bien et le beau ne s\u2019identifient pas, mais ils ne s\u2019opposent pas non plus et leur union harmonieuse dans une même œuvre donne à cette œuvre une plus grande portée, une plus grande profondeur et une plus grande perfection.Quand nous parlons de la supériorité d\u2019une œuvre morale sur une œuvre qui ne l\u2019est pas, nous ne voulons pas dire évi- m P m l\u2019art et la morale au canada\t269 demment que la valeur artistique d\u2019une peinture ou d\u2019une sculpture doive se prendre de son degré de moralité, et qu\u2019il faille préférer une madone de Carlo Dolci à la Danaé du Titien ou à la Léda du Corrège.Et Taine, en prenant son terme d\u2019évaluation dans la bienfaisance du caractère, Guyau, Tolstoï, Proudhon, en le prenant plutôt dans l'influence sociale, n\u2019ont certes pas voulu aller jusque-là.Mais ce que nous soutenons, c\u2019est que la moralité entre dans l\u2019appréciation de la valeur artistique d\u2019une œuvre d\u2019art, et qu\u2019entre deux toiles, deux statues, deux symphonies de talent égal, celle dont l\u2019inspiration sera la plus élevée, la plus pure, sera, esthétiquement parlant, supérieure à l\u2019autre.La forme, en effet, n\u2019est pas le tout de l\u2019art.Qu\u2019elle ait son importance, qu\u2019elle soit même la première chose qu\u2019il faille considérer quand il s\u2019agit d\u2019apprécier une œuvre d\u2019art, nous en convenons volontiers.Mais ce qui est hors de doute aussi, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de chefs-d\u2019œuvre parfaits, là où le souci exclusif de la forme a fait considérer comme partie négligeable ces deux choses qui font toute la moralité d\u2019une œuvre : le sujet à rendre et l\u2019inspiration qui préside à son exécution.Si nous prenons comme critérium de la beauté des œuvres d\u2019art l\u2019émotion esthétique qu\u2019elles éveillent dans l\u2019âme, il est clair d\u2019abord que tous les sujets ne seront pas également aptes à faire naître cette émotion.Sans doute il y aura des croûtes qui représenteront des scènes de sublime beauté et des chefs-d\u2019œuvre qui seront faits avec le plus vulgaire spectacle.Mais, à perfection égale de la forme, le \u201c Bénédicité \u201d de Chardin nous émouvra plus que ses \u201c Ustensiles de cuisine.\u201d Egalement aussi, une œuvre morale, la mise au tombeau de Titien, par exemple, s\u2019adressant à ce qu\u2019il y a de plus Î noble et de plus élevé dans notre âme, sera autrement apte qu\u2019une de ses bacchanales à éveiller ces émotions profondes qui signalent les chefs-d\u2019œuvre.Plus que le sujet encore, l\u2019inspiration, influant sur la moralité d\u2019une œuvre, influera dans la même proportion sur sa valeur artistique.Pourquoi, par exemple, fra Angelico malgré ses gaucheries de primitif, nous émeut-il à ce point, sinon parce que nous trouvons dans son œuvre un peu de cette pureté, de cette élévation, de cette fraîcheur de sentiments qui étaient comme le reflet de son âme ?Par contre 270 REVUE DOMINICAINE si tant d\u2019artistes contemporains sont destinés à ne rien laisser après eux, n\u2019est-ce pas dû en grande partie à ce que leur idéal n\u2019est ni assez élevé ni assez pur, à ce qu\u2019ils substituent des préoccupations plus ou moins malsaines aux nobles et pieuses préoccupations des \u201cmaîtres d\u2019autrefois\u201d?S\u2019il y a, en effet, des choses mauvaises qui sont belles, elles ne le sont jamais tout à fait.La beauté de la forme et la laideur des sentiments ne s\u2019unissent pour ainsi dire qu\u2019à \u2022regret.Notre âme est involontairement gênée dans son admiration pour la beauté d\u2019une œuvre, quand cette beauté a été jetée sur des choses qu\u2019elle ne saurait admirer.De tout cela on peut conclure qu\u2019une œuvre d\u2019art est inesthétique dans la mesure même de son immoralité et qu\u2019il n\u2019y a de chefs-d'œuvre parfaits que ceux qui, à la splendeur de la forme, savent unir l\u2019élévation du sujet et la pureté du souffle.On nous dira peut être que reléguer l\u2019artiste dans le domaine des sentiments et des beautés que le monde laisse passer, c\u2019est mutiler son talent, borner son horizon, et lui fermer pour toujours son domaine où tant de maîtres ont excellé.A cela nous répondrons que l\u2019art n\u2019est pas la science et que celle-ci s\u2019étend à tout ce qui est vrai, tandis que celui là se borne à ce qui est beau c\u2019est-à-dire à un choix dans le vrai.Sans doute on peut faire de la beauté avec de la laideur : le Piedbot de Ribera, l\u2019Esope de Legros en sont, entre mille autres, des preuves.Mais une œuvre dont la signification générale est le laid est en dehors du domaine de l\u2019artiste et ne sera jamais, quoiqu\u2019on en dise, une œuvre d\u2019art.De même aussi l\u2019artiste pourra tirer de scènes immorales des chefs-d\u2019œuvres de maître, tout comme le moraliste en tire de hautes leçons de moralité, mais une œuvre \u2014 et c\u2019est de celles-là seulement que nous parlons \u2014 dont la signification générale est l\u2019immoral, c\u2019est-à-dire le laid, est par le fait même étrangère à l\u2019art, et nous ne voyons vraiment pas ce que celui ci pourrait gagner à s\u2019enrichir d\u2019une telle œuvre.Nous voyons bien cependant ce qu\u2019il pourrait y perdre.L\u2019histoire de l\u2019art nous apprend, en effet, que l\u2019immoralité a, de tout temps, introduit dans l\u2019art un germe de décadence et de mort.Quand l\u2019art grec s\u2019est il affadi et a t-il commencé à déchoir, sinon lorsque à la pieuse préoccupation de célébrer les dieux protecteurs de la cité, et de graver dans le marbre i§C; ptp R( 1I: v l\u2019art et la morale au canada 271 immortel le triomphe de la civilasation grecque sur la barbarie, eut succédé une préoccupation moins noble, celle de n\u2019être plus qu\u2019un amusement de blasés et une école de volupté ?Il en fut de même, comme on le sait, à la Renaissance, et cela se comprend.Il ne peut y avoir de grand art qu\u2019à l\u2019ombre d\u2019un grand idéal.Or, chaque fois que l\u2019immoralité fait son apparition dans la vie d\u2019une école ou dans celle d\u2019un artiste, c\u2019est un signe que leur idéal baisse, que l\u2019amour du beau chez eux s\u2019isole de toutes ces autres amours qui peuvent l\u2019enrichir et le surélever, et que la décadence est proche, si elle n\u2019est pas déjà commencée.Par contre, \u201c toutes les fois, \u201d dit Boutroux, \u201c que l\u2019art a voulu se relever de sa décadence ou naître à une vie nouvelle, il a commencé par rejeter les vains ornements et se proposer de nouveau une fin sérieuse, réelle, liée aux conditions de la vie, aux croyances et aux idées de l\u2019époque.\u201d * * * De ces quelques courtes considérations, nous tirerons une première leçon.Puisque l\u2019art, aux différentes époques de l\u2019histoire, n\u2019a grandi qu\u2019en autant qu\u2019il a lié ses destinées ficelle des peuples où il était né, qu\u2019il a reflété leurs aspirations et leurs croyances, qu\u2019il s\u2019est appliqué à les rattacher à leur passé en le faisant revivre et en l\u2019immortalisant; puisque, par contre, il est allé fi grands pas à la décadence, le jour où il ne s\u2019est plus proposé que de flatter les passions, de distraire et d\u2019amuser d\u2019incurables ennuis, il est évident que l\u2019art canadien, s\u2019il rêve de reproduire le miracle de beauté qui immortalise la Grèce du cinquième siècle et l\u2019Italie du seizième, doit aller puiser son idéal non pas chez les nations vieillies, affadies de l\u2019Europe, mais dans ce passé héroïque et pur sur lequel nous voulons orienter l\u2019avenir, dans des aspirations, des croyances qui sont notre vie et qui ont de tout temps fait notre force.Nos artistes doivent surtout se garder de rapporter de là-bas, avec de précieuses connaissances artistiques, une déplorable méconnaissance de notre milieu et un complet mépris de nos légitimes exigences en fait de morale.Autrement, l\u2019atmosphère qu\u2019ils crééraient autour de notre art ne pourrait guère que le faire végéter, s\u2019étioler et enfin se gâter avant même d\u2019être parvenu fi sa maturité.Une seconde leçon qui ressort de ces réflexions est celle-ci : Puisque l\u2019art n\u2019a rien à gagner et la morale tout à perdre 272 REVUE DOMINICAINE à un dépérissement de la pudeur chez nous, nous ne voyons vraiment pas quel prétexte on pourrait invoquer pour exiger de ceux qui exercent, de quelque façon que ce soit, la censure parmi nous, une moins grande sévérité dans l\u2019appréciation des oeuvres littéraires ou artistiques.Etant donné les relations de plus en plus fréquentes de notre peuple avec ceux de l\u2019Europe, ce n\u2019est que trop tôt hélas, que les nôtres perdront cette délicatesse de sens moral qui est à la fois une gloire et une protection.Le grand danger qui menace la race française, perdue sur ce vaste continent, submergée par d\u2019autres races n\u2019ayant rien de nos aspirations et de nos croyances, c\u2019est \u2014 les esprits clairvoyants ne cessent de le crier \u2014 l\u2019envahissement du matérialisme.Comment nous protégerons nous, sinon en nous rattachant de tout notre pouvoir à un passé qui se confond avec celui de la nation qui, en Europe, a le plus fait pour la civilisation moderne, en gardant par conséquent intactes nos aspirations françaises et nos croyances chrétiennes ?A cela l\u2019art peut coopérer efficacement, à condition qu\u2019il soit l\u2019image de ce passé, le reflet de ces aspirations et de ces croyances.fr.M.-Ceslas Forest, O.P. UNE CONVERTIE MISS AGNÈS MacLAREN III La Conversion Les relations de Mademoiselle MacLaren avec les catholiques n\u2019avaient pas eu raison de sa foi protestante.Au contraire, semble-t-il, la conduite indiscrète de certains d\u2019entre eux avait eu sur elle un mauvais effet.Cependant, c\u2019était peu de chose après tout pour une âme aussi droite et aussi intelligente.Il faut aller plus loin et chercher plus haut.Mais ici se pose le problème de la conveision ou encore la question de la mystérieuse activité de la grâce dans lame humaine.Pourquoi ces délais, ces retards dans la moisson quand le grain paraît déjà si mûr ?Pourquoi cette attente si longue ?Le cas n\u2019est pas unique, les exemples sont nombreux.Nous nous souvenons d\u2019avoir connu, il y a longtemps déjà, une personne très intelligente, très renseignée sur les choses de l\u2019Eglise catholique, ayant beaucoup de relations avec les nôtres, portant avec vénération une médaille de l\u2019immaculée Conception bénite par Pie IX, gardant pieusement une statue de la Sainte Vierge, une autre de Saint Joseph devant laquelle nons avons vu brûler une lampe : la première fois que nous vîmes cette personne, l\u2019impression fut extrêmement favorable, si bien que la conversion nous parut une affaire de quelques mois.Ceci se passait en 1887.Or ce n\u2019est qu\u2019en 1903 que l\u2019abjuration eut lieu.Encore une fois, comment se fait il qu\u2019elle tarda tant d\u2019années à prendre une détermination dont tous les éléments étaient prêts depuis longtemps ?Qui donc se flattera de pouvoir lever le voile qui recouvre ce mystère ?«/ On a beaucoup étudié cette question au cours de ces dernières années.On a même essayé de faire la psychologie de 274 REVUE DOMINICAINE la conversion.Le travail paraissait devoir être facile, beaucoup de convertis venus du protestantisme ou de l\u2019incroyance ayant écrit leur autobiographie.Les Ru vil le, les Retté, les Lowengard \u2014 celui ci retourna au judaïsme depuis \u2014 sans compter les Brunetière, les Coppée, les Bourget, ont décrit avec un grand luxe de détails les transformations qui se sont opérées en eux et dont ils ont suivi le mouvement au jour le jour.Mais les résultats ont été maigres et les indications bien vagues.Ces auteurs ont bien pu décrire un état d\u2019âme, personnel, des phénomènes dont ils ont été conscients, des faits qui se sont passés autour d\u2019eux, certaines influences qu\u2019ils ont saluées, mais en somme, comme le dit M.Francis Vincent en parlant de saint Augustin, \u2018 le récit de conversion est un grand hymne d\u2019actions de grâces personnel d\u2019une âme illuminée d\u2019en haut.\u201d (1) Entrés dans la pleine lumière de la foi, ils aiment à revoir leur passé sous l\u2019œil de Dieu en qui ils reposent, les routes parcourues, les écueils qu\u2019ils ont côtoyés, les étapes où ils ont repris haleine, ils redisent leur reconnaissance, mais quant à saisir l\u2019influence maîtresse, souveraine, conquérante de l\u2019Esprit Divin, ils sont impuissants à le taire ; il y a là des voiles que la main de l\u2019homme est trop faible pour soulever et des visions que seul l\u2019œil de saint Paul a pu contempler.\u201c La conversion, dit à son tour M.Louis Bertrand est un fait qui échappe à toute discipline rationnelle, avant d\u2019éclater, il se prépare longuement \u201d, ajoutons mystérieusement.La conversion de Miss Agnès MacLaren n\u2019échappe pas à cette loi.Nous l\u2019avons vue passer à Montpellier, vivre comme une religieuse, pour ainsi dire, et dans une atmosphère profondément catholique, mais cette vie pieuse, extraordinairement édifiante chez une personne du monde étrangère à la foi catholique, elle va la continuer dans la ville de Cannes, et ce n\u2019est que vingt ans plus tard qu\u2019elle sera enfin des nôtres.Nous n\u2019allons pas raconter par le menu l\u2019histoire de ces vingt années.Du reste, elle est bien simple et elle s\u2019écrit en quelques lignes ; un fait principal la domine, nous y arriverons dans un instant.Melle MacLaren vécut à Cannes de sa profession qu\u2019elle exerçait comme tout médecin, et, comme tout médecin également, mais avec cet esprit pratique qui est l\u2019un des traits les (1) Ames d\u2019aujourd\u2019hui : Louis Bertrand UNE CONVERTIE 275 plus caractéristiques de sa race, elle touchait ses honoraires, intégralement 3\u2019il s'agissait de familles aisées, mais elle faisait une large réduction pour les malades de condition moyenne ; quant aux pauvres, elle se fût offensée que l\u2019on parlât de comptes.Elle continua de donner le bon exemple et de fréquenter l\u2019église catholique, car \u201c elle avait faim et soif de vérité et se portait partout où elle espérait en trouver un fragment, une lueur, un écho lointain.\u201d Cependant, l\u2019influence qui devait agir le plus efficacement, ou celui qui devait être l\u2019instrument de la grâce pour faire une catholique de cette protestante, qui appartenait déjà à l\u2019âme de l\u2019Eglise, 11\u2019était pas à Cannes, mais à Lyon.Mademoiselle MacLaren avait fait de la France sa seconde patrie, mais elle n\u2019oubliait pas sa chère Ecosse.Elle était restée bien attachée à tous les siens et-à tous ses amis.Chaque année, à la Noël, elle se rendait au pays natal porter aux uns ses hommages, aux au(ne> ses amitiés, et son souvenir à tous ceux qui l\u2019attendaient.Elle passait habituellement par Lyon.Ce fut s an chemin de Damas, et l\u2019Anani que le Seigneur avait choisi dans cette ville s\u2019appelait l\u2019abbé Perra, Comment le connut-elle ?Sa réputation de directeur était grande et tout à fait méritée.Missionnaire des Chartreux (1) de Lyon, docteur en théologie, il était devenu le directeur attitré de plusieurs communautés.C\u2019était un prêtre surnaturel, dit un de ses collègues, un homme de dévouement ponctuel, se sacrifiant sans dire un mot qui laissât supposer son sacrifice.Préoccupé de la vie de l\u2019Eglise, tout ce qui pouvait être de quelqu\u2019intéi et pour sa vitalité lui état à cœur.Avec cela une vie extrêmement cachée et toute de cordiale affection pour ses confrères.Ce prêtre ne comprit jamais pourquoi Miss MacLaren s\u2019adressa à lui de préférence et lui demanda d\u2019être son directeur.Mais laissons-le raconter lui-même ses premiers entretiens avec cette étrange dirigée.
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