Le devoir, 9 juin 2012, Cahier F
[" Jean Rouaud, une façon d\u2019écrire, une façon de (z\\vmier Page F 4 Des suggestions d\u2019essais pour l\u2019été de Louis Cornellier Page F 6 IICrURES D\u2019El CAHIER F .LE DEVOIR LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 2012 Présence de SaintrDenys Gameau 100® anniversaire de l\u2019auteur de Regards et jeux dans l\u2019espace CATHERINE LALONDE Il n\u2019a publié qu\u2019un petit recueil d\u2019une trentaine de poèmes, édité à compte d\u2019auteur en 1937 grâce à l\u2019argent de famille de sa mère.Pourtant, Regards et jeux dans l\u2019espace, d\u2019Hector de Saint-Denys Garneau, est l\u2019un des livres québécois dont l\u2019influence, au 100® anniversaire de naissance de l\u2019auteur, le 13 juin, reste palpable.«Je marche à côté d\u2019une joie / D\u2019une joie qui n\u2019est pas à moi / D\u2019une joie à moi que je ne puis pas prendre // Je marche à côté de moi en joie / J\u2019entends mon pas en joie qui marche à côté de moi / Mais je ne puis changer de place sur le trottoir / Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là et dire voilà c\u2019est moi.» Selon Michel Biron, professeur de littérature à l\u2019Université McGill, Saint-Denys Garneau est «l\u2019un des poètes les plus étudiés, à mon avis le plus in-jluent de tous les poètes québécois».Plus que Nelligan?«Ah, Nelligan, c\u2019est le grand mythe.La figure du poète romantique maudit, incompris, génial, fou, enfermé.Son aura sort du milieu littéraire: on en a fait un film, un opéra.Alors que chez Saint-Denys Garneau, ce sont les textes qui font encore écho.Il n\u2019écrit comme personne avant lui, il arrive avec ses vers libres; à l\u2019époque, on ne sait pas trop à quoi le raccrocher.Plusieurs disent qu\u2019il est le premier poète de la modernité au Québec.Alors que Nelligan a imité les poètes français au point d\u2019en devenir original, Garneau a une voix singulière.Il a écrit peu, mais a influencé une gé- Plusieurs disent qu\u2019il est le premier poète de la modernité au Québec» nération, même s\u2019il ne résonne pas hors Québec encore.» Né le 13 juin 1912 d\u2019un père comptable et d\u2019une mère presque noble à l\u2019avenir assuré, il grandit au manoir familial de Sainte-Catherine-de-Fossambault, au bord de la rivière Jacques-Cartier.Saint-Denys Garneau commence très jeune à écrire.Son journal intime débute dès 1927.«On lui diagnostique au début des années 1930 une lésion cardiaque, rappelle Michel Biron.Dans la vingtaine, Garneau a une forte conscience de la maladie et de la mort.Il ne peut étudier avec les autres, il est toujours malade et n\u2019arrive jamais à terminer un an d\u2019école.» Cette conscience imprègne certains textes.«Il y a certainement quelqu\u2019un qui se meurt, écrira-t-il.J\u2019avais décidé de ne pas y prendre garde et de laisser tomber le cadavre en chemin / Mais c\u2019est l\u2019avance maintenant qui manque et c\u2019est moi / Le mourant qui s\u2019ajuste à moi.» Garneau parviendra tout de même à faire ses beaux-arts à Montréal, où il rencontre Jean-Paul Lemieux et Paul-Emile Borduas.11 peint, photographie, publie en revue, écrit l\u2019essentiel de ses poèmes entre 1935 et 1937, jusqu\u2019à la sortie de Regards et jeux dans l\u2019espace.Quelques semaines plus tard, le poète va lui-même récupérer les exemplaires en librairie et les soustrait définitivement au marché.«Il se retirera ensuite.Il a un refus de sa propre poésie, se demande si elle est sincère, vraie, si ces poèmes ont une valeur, s\u2019il n\u2019est pas à jouer aux poètes, à prendre une posture.Il ne parle pas seulement de valeur littéraire.Il cherche aussi une \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 * \u2022 \u2022 U U ILLUSTRATION TIFFET valeur spirituelle : est-ce que ma poésie aide à mieux être ?» Le texte pour lui doit être entier.Tout ou rien.«Pour lui, la poésie n\u2019est ni une technique, ni une mondanité, mais l\u2019absolu de l\u2019être.» Pourtant, Garneau a été encouragé.Cousin d\u2019Anne Hébert, ami d\u2019André Laurendeau, il a de la culture, une forte ambition.On lui dit qu\u2019il a du talent.Est-il trop seul?«Il ne se reconnaît en personne d\u2019autre», poursuit le spécialiste en littérature québécoise.H parle dans son journal d\u2019Alfred Des-Rochers, encore alors aux sonnets.Baudelaire l\u2019inspire, plus pour ses préoccupations morales sur le mal et Satan que pour l\u2019esthétique.Garneau nomme surtout des romanciers : les Russes, surtout Dostoïevski, Ramuz.11 mentionne Catherine Mansfield.«Selon moi, ses vraies influences ne sont pas celles dont il parle le plus, poursuit le spécialiste.Je crois voir des poètes qu\u2019il a un peu imités, des surréalistes de la marge: Pierre Reverdy \u2014 si on regarde sur la page, ça ressemble à la disposition graphique de Garneau \u2014 ou Jules Supervielle.Claudel n\u2019est pas très loin, même si Garneau le trouve trop absolutiste.» Est-ce la critique, lapidaire, de Claude-Henri Grignon qui le fait déchanter?Sous le pseudonyme de Valdombre, le pamphlétaire et auteur &\u2019Un homme et son péché règle peut-être ses comptes avec un Garneau qui l\u2019a déjà critiqué.Est-ce son voyage en Europe, initiation alors obligée pour les intellectuels?Prévu durer un an, Garneau, là-bas, ne quittera à peu près pas sa chambre avant de revenir trois semaines plus tard.1937 semble l\u2019année de tous ses désenchantements.Le poète, de là, se retirera peu à peu, comme il a retiré ses livres, cessera ensuite même son journal, ensau-vagé, jusqu\u2019à sa mort, à 31 ans, en 1943.«On dirait que la poésie qué- bécoise est hantée par le non-poème, poursuit Michel Biron.On le voit chez Crémazie, Nelligan, Garneau, Miron.Ça ne va pas de soi.L\u2019écriture, surtout à cette époque, est une bizarrerie.Comme si le poème, ici, ne voulait pas simplement avoir lieu.Comme s\u2019il lui fallait un,e justification.» Etrange que\ti i / \u2022 ces poètes qui résis- « PoUf lUl, la pOeSie tent à la poésie soient nos plus grands, ceux dans n\u2019est ni Une technique, lesquels on se reconnaît.En fouinant dans les archives, Michel Biron a trouvé 33 lettres inédites adressées à Claude Hurtubise.«Ça m\u2019a surpris, parce que Claude Hurtubise, Jean Le Moyne et Robert Elie ont publié les lettres de Garneau à ses amis, dans les années 1960, avec un avertissement disant VOIR PAGE F 2 : GARNEAU ni une mondanité, mais l\u2019absolu de l\u2019être» rinconvénient no 49 Alain Roy Isabelle Daunais Cari Bergeron r/larc Chevrier Disponible en kiosque et en librairie Abonnez-vous sur ww\\a/.inconvenient.co Aussi dans ce numéro Olivier Maillart Nicolas Bourdon David Dorais Gilles Marcotte Geneviève Letarte F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 2012 LECTURES DITE Des nouvelles de France Boisvert SUZANNE GIGUERE uelle chimère est-ce donc que l\u2019homme ?^ Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige!» S\u2019inspirant d\u2019une citation de Pascal, France Boisvert montre comment, dans nos sociétés bien lisses, des personnes raisonnables et respectables s\u2019abritent derrière le paravent des apparences pour se mentir à elles-mêmes.D\u2019une nouvelle à l\u2019autre, chaque personnage se retrouve nu et sa vraie nature se révèle.C\u2019est féroce comme il faut, ni trop peu ni en excès.Injuste dose.Sous le signe de la cogitation et de la rigolade, les vingt nouvelles traitent des destinées d\u2019hommes et de femmes aux contours familiers qui sont confrontés à un moment de leur histoire où leur vie bascule.Sous le vernis de la culture, les craquelures se font jour, la véritable condition humaine apparaît.«La nature humaine est infinie et changeante dans ses manifestations.Il y a des gens cuirassés qui ne ressentent rien, et d\u2019autres qui sursautent à la moindre peccadille.Il y a aussi les écorchés vijs, les lents qui procrastinent, les histrioniques cherchant à se faire bien voir, les hypocrites qui manigancent, les pimbêches roucoulantes, les colonels d\u2019opérette poussant de lyriques envolées et les obsessionnels compulsif qui vérifient cent fois s\u2019ils ont bien fermé leur porte à clé.» {French culture in America) Les comportements des uns et des autres sont décortiqués et analysés avec une joyeuse ironie.L\u2019auteure fait la démonstration subtile que la tyrannie des apparences, en sa transposition culturelle, conduit à un alignement par le bas.Ses personnages, engagés dans un processus de déculturation de manière irréversible.Le champ de ruines est immense.Maintenant un rythme d\u2019écriture prompt du début à la fin, la romancière, nouvelliste et poète France Boisvert s\u2019exprime en réparties vives, souvent colorées, a le verbe ladle et la plume alerte, un amour pour le mot juste et le juste sens des mots.Dans le vent vert de juin, les nouvelles fi Un vernis de culture se lisent et se savourent comme «un ge-lato al limon».Collaboratrice Le Devoir UN VERNIS DE CULTURE France Boisvert Editions de La Grenouillère, coll.«Migrations» Saint-Sauveur-des-Monts, 2012, 222 pages La fin de l\u2019influence classique ?Selon des mathématiciens, le style des écrivains est de moins en moins influencé par celui de leurs prédécesseurs RAPHAEL DALLAIRE EERLAND La plume des modernes s\u2019est émancipée de celle des anciens, proclament des mathématiciens états-uniens.Plus on avance dans le temps, plus le style des écrivains est influencé par leurs contemporains plutôt que par les canons littéraires.C\u2019est le résultat de l\u2019étude Quantitative Patterns of Stylistic Influence in the Evolution of Literature, dirigée par le professeur Dapiel Rockmore du Dartmouth College aux Etats-Unis, publiée dans The Proceedings of the National Academy of Sciences.Ce travail est présenté comme «la première étude stylométrique temporelle à grande échelle de la littérature».En ratissant 7763 oeuvres écrites depuis l\u2019an 1550, les mathématiciens ont observé l\u2019évolution des styles littéraires de 537 auteurs en se basant sur l\u2019utilisation de 307 mots réputés «sans contenu», par exemple : partout, feu, donner, est, nôtre, rien.11 s\u2019agit d\u2019un exercice de sty-lométrie \u2014 l\u2019étude des patterns linguistiques dans les textes \u2014 dont on se réclame profusé-ment dans l\u2019éternel combat sur la paternité des oeuvres de Shakespeare.Rockmore et son équipe ont ainsi observé l\u2019existence de «connexions stylistiques entre auteurs qui, bien qu\u2019ils reflètent généralement le «style d\u2019une époque», montrent aussi un groupement basé sur la similarité thématique.» Autrement dip des auteurs qui se côtoient et qui travaillent dans le même contexte partagent des traits de plume semblables.Si cette conclusion paraît évidente, elle offre aux courants littéraires \u2014 une notion bien malléable et une source de débats sulfureux chez les critiques \u2014 des fondements quantitatifs et empiriques.On peut ainsi isoler des noyaux statistiques chez les dramaturges de la Renaissance anglaise (William Shakespeare, Christopher Marlowe), ou encore chez les naturalistes, philosophes et penseurs sociaux contemporains (Charles Darwin, Bertrand Russell).Plus on se rapproche de 1952 \u2014 année butoir des écrits à l\u2019étude, droit d\u2019auteur oblige \u2014, plus les auteurs rompent avec ceux d\u2019une époque précédente.La rapidité des ruptures s\u2019avère évidente.De fervents défenseurs des lettres s\u2019enflamment déjà sur les blogues et les journaux cultu- W LEON NEALAFP Les œuvres de William Shakespeare sont au nombre des écrits qui font partie de l\u2019étude du professeur Daniel Rockmore.rels, criblant les scientifiques de critiques pour avoir soi-disant annoncé le rejet unanime de notre héritage littéraire.Pourtant, aucun des mathématiciens n\u2019a prétendu que les modernes étaient parfaitement déconnectés de trois millénaires de littérature, ni que l\u2019absence d\u2019influence dans le style est l\u2019égal d\u2019une absence d\u2019influence tout court.Ce que leurs chiffres suggèrent, c\u2019est que le langage se transforme plus vite qu\u2019autre-fois.«Si l\u2019on accepte que le style d\u2019écriture est significativement relié au langage parlé, alors on peut retrouver le lien avec l\u2019évolution rapide de cette forme de communication.», dit Daniel Rockmore.Le téléphone et la radio situaient l\u2019époque des grandes guerres en pleine ère des communications.On traverse aujourd\u2019hui Père Internet.Malgré l\u2019absence de données statistiques pour la deuxième moitié du xx® siècle, il est possible de supposer que la tendance cernée par Rockmore et son équipe se poursuit encore.Plutôt qu\u2019une invasion massive de la science en terre littéraire, on a affaire ici à une humble incursion de méthodes statistiques qui se voudraient l\u2019outil \u2014 et non le tombeau \u2014 de la linguistique et de la critique littéraire.Le Devoir Guerin éditeur vous propose ses coups Le fetit MonJe ©PUB Saint-Anselme Cuénn Le réveil millénaire Je l'Hagarim TETRALOGIE DE Michel SAGA ROMANESQUE EN QUATRE TOMES A LA CONQUÊTE DE L\u2019AMÉRIQUE.(»UF Marc^eggauît SAGA HISTORIQUE EN QUATRE TOMES LACROIX DE LUCIFER 'Dmçe Deÿean ŒUVRE FANTASTIQUE EN TROIS TOMES LOUIS HEMON traqué par son destin Demand GourÛau ESSAI VIVRE A VANNEE A BORD D\u2019UN VOIUER sur le fleuve Saint-Laurent Qic^ard RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE ^\t(jucfin CES BEAUX GARS A L\u2019ŒIL BRUN DONT RÊVAIT NEUIGM 'bemarQ Couréau ESSAI LES PASSAGERS PERDUS ^(^^coie belht ROMAN LE MM.QUI FAIT DU BIEN liélène Tctndre ROMAN 18 ans et plus Les enfants de Molly Une saga familiale bouleversante À DÉCOUVRIR CET ÉTÉ Edna Arseneault-McGrath Ray, le fils (ie Molly Ray, Le fils de Molly tome 2 480 pages \u2022 29,95$ La fille de Molly, tome 1 494 pages \u2022 29,95$ Gaspard\u201d LE TOUT NOUVEAU SERVICE D'ANALYSE DE VENTES DU LIVRE FRANCOPHONE! 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s\u2019use pas si vite.Un bon texte reste vivant même si l\u2019époque change.La dimension religieuse et la préoccupation spirituelle de Carneau l\u2019ont éloigné de ses lecteurs des années 1960.Peut-être qu\u2019on accepte plus facilement cette dimension maintenant.Sa poésie est très actuelle.Eisa filiation, solide.» Jacques Brault, Hélène Do-rion et Tania Langlais seraient de ses descendants.Pierre Nei> veu, comme essayiste, selon Biron.L\u2019influence est avouée chez la romancière Marie-Hélène Poliras, qui a connu «un gros kick littéraire» pour le poète.Et encore.«C\u2019est le meilleur signe pour mesurer l\u2019importance d\u2019un écrivain: quand d\u2019autres écrivains s\u2019en récla-ment», conclut Michel Biron.Le Devoir JOURNAL (1929 - 1939) Hector de Saint-Denys Carneau Nota Bene Québec, 2012, 616 pages Vieux papiers Affiches, brochures, correspondances et autres documents anciens seront mis en vente lors du 19® Salon de la carte postale et du vieux papier présenté le 16 juin au collège Jean-de-Bré-beuf à Montréal, situé au 3200 de la Côte-Sainte-Catherine à Montréal.Cette foire organisée par le Club des cartophiles québécois se tient de 9 h 30 à 16 h.Pour plus d\u2019information : www.cartespostalesquebec.corn - Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 2012 F 3 LECTÜRES D\u2019ETE L\u2019été québécois à lire (prise 2) Danielle Laurin Il y a ceux qui parlent d\u2019amour.Et ceux qui nous invitent à sortir de la ville.On les a passés en revue la semaine dernière.Mais d\u2019autres romans parus au Québec depuis le début de l\u2019année pourraient faire votre été.Tout dépend de ce que vous recherchez.Pour se connecter avec le reste de l\u2019humanité : Le jeune homme sans avenir (Boréal), de Marie-Claire Blais.On se croirait en plein printemps érable, d\u2019une certaine façon.Je veux dire: on imagine très bien les personnages qui défilent dans ce roman en train de taper sur des casseroles dans la rue.Ils sont jeunes, vieux, ou entre deux âges.Ils ont la peau pâle ou foncée.Ils sont en moyens, dans la norme, ou sans le sou.Chacun son histoire.Il y a cet écrivain en vue, ce musicien prodige contraint â quêter, cette serveuse ordinaire, ces travestis de la nuit, ces passants anonymes, ces enfants qui ne veulent rien manquer.Ils vivent dans des univers séparés.Mais dans le même monde injuste.Sur la même planète en péril.Dans la même société dominée par le prêt-â-penser et le pouvoir de l\u2019argent.Leurs voix s\u2019entremêlent, pleines d\u2019indignation, de révolte, d\u2019inquiétude.Toutes sortes de questions fondamentales sont posées, sur le sort de l\u2019humanité.Mais la question de fond qui hante ce roman vaste comme le monde est la suivante: quel avenir pour nos jeunes ?Pour un voyage au pays de l\u2019enfance et dans le Québec d\u2019hier : L\u2019enfance d\u2019un lac (Les Herbes rouges), de Pauline Harvey.Une femme mûre revisite sa jeunesse.De sa petite enfance jusqu\u2019à la fin de l\u2019adolescence, essentiellement.Même si on sait que plus tard elle deviendra écrivaine.Elle regarde celle qu\u2019elle a été, sans la juger.Avec tendresse, nostalgie.Mais sans enflure non plus, sans autocongratulation.C\u2019est ce regard-lâ, celui que pose aujourd\u2019hui la narratrice sur la petite fille d\u2019hier, amoureuse des livres et de la nature, pleine d\u2019imagination, pleine de doutes, de questions, qui fait l\u2019essentiel du livre.En toile de fond: la Révolution tranquille et le Québec en pleine mutation.Pour un voyage au pays de l\u2019écriture et de la démesure : Attraper un dindon sauvage au lasso (éditions Trois-Pistoles), de Michel Vézina.Ce n\u2019est pas un roman, d\u2019accord.Mais c\u2019est tout comme.C\u2019est l\u2019auteur à\u2019Asphalte et vodka qui raconte comment il est devenu écrivain.Et â quel point il a mis du temps avant d\u2019y arriver.Il en a mis du temps avant de comprendre.Avant de s\u2019atteler vraiment.Avant de faire exploser les mots sur la page.Quitte â tomber dans l\u2019excès.Mais pas de fulgurance sans excès, n\u2019est-ce pas ?Il en a mis du temps avant de venir â bout d\u2019un livre.Tant il était occupé â s\u2019éclater dans la vie.Tant il était hanté On va de surprise en surprise dans ce roman opaque chargé de symboles et porté par une écriture en spirale par la mort, aussi.Ou plutôt: « J\u2019essaie de dire, dans ce livre, que le seul sujet qui m\u2019ait toujours intéressé, en tant qu\u2019écrivain, plus que la mort elle-même, est probablement l\u2019énergie de son cri.» Pour une plongée entre la vie et la mort: Un léger désir de rouge (Septentrion, coll.Hamac), d\u2019Hélène Lépine.Un roman d\u2019une cruelle beauté.Où la mort guette, où la vie se débat.Et où l\u2019amour fuit.L\u2019histoire d\u2019une jeune femme de 28 ans, atteinte d\u2019un cancer du sein.Elle se débat pour rester en vie, pour oublier l\u2019homme qui lui a tourné le dos, aussi.Elle se bat contre la froideur du monde, tout aussi bien.Contre la folie de ceux qui l\u2019entourent, contre la famille déglinguée qui est la sienne.Mais comment faire quand tout en soi n\u2019est que vide, noirceur ?Pour une plongée dans le noir absolu: Le Christ obèse (Alto), de Larry Tremblay.Il a grandi sans père, auprès d\u2019une mère dévote.Il est obsédé depuis tout petit par le martyre des Saints Innocents.Et il se prend lui-même pour un sauveur.Il en vient même â se prendre pour Dieu, tellement il se sent omnipuissant.Il se croit tout permis, aucune limite.Complètement tordu, ce type.Et dangereux, ça oui.Mais il va avoir affaire â pire que lui.On va de surprise en surprise dans ce roman opaque chargé de symboles et porté par une écriture en spirale.Les choses ne sont jamais telles qu\u2019elles apparaissent.Et c\u2019est de plus en plus violent.L\u2019étrangeté du début fait place, chemin faisant, au cli- mat le plus glauque qui soit, comme dans les thrillers les plus sanglants.Délivrez-nous du mal ! Pour en finir avec Dieu : Le hasard et la volonté (Québec Amérique), de Jean-François Beauchemin.C\u2019est un homme qui a réglé son compte â Dieu qui parle ici.Ou plutôt, il écrit.Dans une cellule.En attendant la mort.Il est condamné â la peine capitale mais n\u2019a aucun remords.Cet homme a pour nom Jean-Erançois Beauchemin, comme l\u2019auteur.Cet homme est l\u2019auteur mis en scène, pris comme personnage de fiction.Sa condamnation est symbolique.Mais sa charge contre Dieu est réelle.Derrière, il nous tend un miroir.Entre les lignes : une réflexion sur ce qui donne un sens â la vie, une ode â la beauté, â l\u2019amour.Et des questions, beaucoup de questions.Sur la mort, inévitable.Sur tout cela qui fait de nous des êtres de contradiction.Pour une virée chez les cowboys: Griffintown (Alto), de Marie Hélène Poitras.On est dans le monde des calèches, des chevaux, des écuries.Un monde â part, en pleine ville.Un monde appelé â disparaître.Sous la pression des promoteurs immobiliers, notam-ment.Même que la pègre s\u2019en mêle.Ce n\u2019est pas beau â voir.Il y a du sang, des menaces, des règlements de compte.Il y a un cadavre, dès le début.Mais il y a aussi de l\u2019amour dans l\u2019air, de l\u2019entraide.Il y a des personnages plus grands que nature.Et des fantômes qui rôdent.C\u2019est une fable moderne située en plein Ear West, un faux polar qui prend des allures de bédé.C\u2019est un roman inclassable, â la croisée des chemins.Pour le mélange des genres: Quelques jours à vivre (Triptyque), de François Leblanc.Je vous l\u2019avais dit.Un roman existentiel entre légèreté et gravité, â la Jean-Paul Dubois.Et un polar glauque â la Erançois Barcelo.C\u2019est â cela que j\u2019ai pensé en premier lieu en lisant ce roman ouvert par hasard, dont je ne connaissais pas l\u2019auteur.On pourrait aussi voir une certaine parenté, par moments, avec ce qui suit.Un boulevard â la Eeydeau.Un téléroman â la Lise Payette, ou â la Janette Bertrand.Un drame familial â la Jonathan Eranzen.Une farce burlesque â la Tonino Benac-quista, celui de Malavita et de Malavita encore.Mais ce n\u2019est pas tout â fait ça.Qu\u2019est-ce que c\u2019est au juste?Je ne sais pas.En tout cas, je me suis régalée.Traduire Sophocle GEORGES LEROUX Dans sa Poétique, Aristote nous dit que la tragédie commença par des fables courtes et un langage satirique, mais qu\u2019elle se développa pour présenter ensuite une forme majestueuse.Tous ceux qui entreprennent de traduire Sophocle mesurent rapidement l\u2019enjeu de ce langage de majesté, empreint du cérémonial du chœur et de la dignité de l\u2019adresse.La superbe traduction que nous offre Robert Da-vreu pour le cycle Des femmes, que nous venons de voir dans la mise en scène de Wajdi Mouawad, se situe â la juste hauteur de cette exigence.Poète et traducteur émérite de littérature anglaise, Davreu a précisé les principes de son travail dans un opuscule qu\u2019on peut lire comme un hommage â son métier.S\u2019agissant de Sophocle, il ne saurait être question pour lui d\u2019autre chose que de proposer une langue «tenue».D\u2019autres choix recueillent la préférence d\u2019équipes centrées sur la déconstruction de l\u2019œuvre, les choix de Davreu sont ceux d\u2019une langue ample et classique.La décision de désarticuler les cycles en préférant aux thèmes mythologiques le destin commun de leurs héros permet de mettre en lumière la substance tragique de la langue elle-même.Ce premier cycle rassemble trois femmes qu\u2019unit une même impossibilité: l\u2019amour qui leur était promis leur est nié par un destin qu\u2019explique le mythe.Déjanire {Les Trachiniennes) appartient encore au monde guerrier des héros de Mycènes et la trahison qui l\u2019accable transforme toute sa plainte en un monologue de douleur.Antigone, malgré tout ce qui la rattache au cycle de Thèbes et au mythe d\u2019Œdipe, est déjà l\u2019héroïne de la conscience que la tradition a consacrée: sa langue est â la fois violente et serpine dans le consentement.Electre, enfin, qui nous arrive du monde d\u2019Eschyle, est celle des trois dont la douleur connaîtra un terme, ce quî explîque sans doute que son texte laîsse entendre un espoîr, quî explose dans la scène de reconnaissance.Robert Davreu suit de très près le rythme de ces trois paroles, qu\u2019îl choisît de faire résonner sur un fond de désenchantement.Prenant le parti de rendre justice â l\u2019étrangeté de cette présence du mythe dans le texte, 11 veut faire entendre le trésor perdu «à travers cela même qui nous est devenu étranger».Sa traduction se distingue par une exceptionnelle clarté, une lumière qui lui vient de l\u2019équilibre entre la prosodie des parties chorales et celle des répliques des protagonistes.Quand on lit, et quand on entend, pour ne donner qu\u2019un exemple, sa traduction du premier stasimon d\u2019Antigone, véritable sommet de la poésie grecque, on est en présence d\u2019une alliance parfaite du mouvement du vers et de la description des choses.Cet hymne au génie humain, â ses «rets» et â ses «engins», exalte surtout la force politique de la raison: «Parole, pensée rapide comme le vent/Aspiration à créer des cités/Il s\u2019est appris lui-même à créer tout cela.» Mais dans le dialogue avec Créon, figure de l\u2019ordre et de la loi, ce génie politique est subverti par le recours â la force.C\u2019est de la tension entre ces deux rythmes, celui de l\u2019exaltation de l\u2019hymne et celui du conflit dramatique, que naît la beauté de la forme tragique.Liberté magnifique Robert Davreu évoque le nombre de ses devanciers.Il faut rappeler qu\u2019ils ne sont pas si nombreux et, si on fait exception du travail de Jean Bollack qui demeure incontournable, on en fait vite le tour.Quand on compare la traduction de Davreu â celle des hellénistes d\u2019autres générations, on ne peut que reconnaître le mérite de la simplicité qu\u2019il a privilégiée.Traduction de poète, certes, mais aussi traduction de philo- ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue irrternationale de la Librairie Andenne (LILA) 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana : \u2022\tRelations des Jésuites, Relations de voyages.\u2022\tIncunables québécois.Patriotes, Riel.Reiiures d'art anciennes et mcxlernes Fonds universitaires ; \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres d'art et iivres d'artiste Refus Giobai, Le Vierge incendié Expertise de documents et d'archives sophe, marquée au coin d\u2019une attention â tout ce qui concerne la nécessité, le malheur, la responsabilité.Le lexique tragique franchit toutes les frontières de la poésie et de la philosophie ; nous devons â Karl Reinhardt de nous l\u2019avoir montré et le texte de Robert Davreu se déplace avec une liberté magnifique de l\u2019une â l\u2019autre.«O voix aimée, Ju es enfin venue!», s\u2019écrie Electre alors qu\u2019elle reconnaît son frère Oreste.Dans son roman sur la langue maternelle, l\u2019écrivain grec Yassilis Alexakis raconte qu\u2019â Epidaure l\u2019actrice se tait pour cette réplique, laissant aux spectateurs la joie de la donner en partageant l\u2019émotion du retour.Cette traduction nous offre quelque chose de cet accès reconnaissant â une langue purifiée, â une origine sublime, â juste distance d\u2019un académisme emphatique et d\u2019une familiarité déplacée.Sophocle peut-il être encore notre contemporain ?C\u2019est le pari de Wajdi Mouawad, et on peut le remercier d\u2019avoir fait appel â Robert Davreu pour ouvrir le chemin.Collaborateur Le Devoir LES TRACHINIENNES, ANTIGONE, ELECTRE Sophocle, traduction de Robert Davreu Trois volumes Actes Sud, «Actes Sud Papiers» Arles, 2011, 41, 51 et 46 pages TRADUIRE SOPHOCLE Wajdi Mouawad et Robert Davreu Actes Sud, «Actes Sud Papiers» Arles, 2011, 57pages |3 iî^Gospard-LE DEVOIR lALMARÈS\t\t \tDu 28 mai au 3 juin 2012\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Au bord de la rivière \u2022 Tome 3 Xavier\tMichel David/Hurtubise\t1/6 2 Volte-face et malaises\tRafaële Germain/Ubre Expression\t4/11 3 Ut double\tJanette Bertrand/Libre Expression\t3/6 4 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 5 Abussos\tAnne Robillard/Wellan\t2/6 5 Mémoires d\u2019un quartier \u2022 Tome 11 Bernadette, la suite\tLouise Tremblay-B\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t5/8 6 Les enfants de Roches-Noires \u2022 Tome 3 Ceux de la forêt\tAnne-Michèle Lévesque/Hurtubise\t-n 7 Félicité \u2022 Tome 2 La grande ville\tJean-Pieire Chariand/Hurtebise\t6/9 8 Gaby Bemier \u2022 Tome 1 1909-1927\tPauline Gill/Québec Amérique\t8/11 9 LAnglais\tBenise Bombardier/Robert Laffont\t7/10 10 II pleuvait des oiseaux\tJocelyne Saucier/XYZ\t-n Romans étrangers\t\t 1 7 ans après.\tGuillaume Musso/XB\t1/8 2 Volte-face\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t2/4 3 Les années perdues\tMary Higgins Clark/Albin Michel\t-n 4 Si c\u2019était à refaire\tMarc Levy/Robert Laffont\t3/6 5 La liste de mes envies\tGrégoire Belacourt/Lattès\t5/6 6 Les partenaires\tJohn Grisham/Robert Laffont\t4/3 7 Les dix enfants que madame Ming n\u2019a jamais eus\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t6/6 8 Lœil du léopard\tHenning Mankell/Seuil\t8/4 9 Les règles du jeu\tAmorTowles/Albin Michel\t-n 10 Private Londres\tJames Patterson | Mark Sullivan/Archipel\t9/6 Essais québécois\t\t 1 Besmarais.La Bépossession tranquille\tRichard Le Hir/Michel Brûlé\t2/8 2 Un gouvernement de trop\tStéphane Gobeil/VLB\t4/4 3 La soif de bonheur\tCollecf/Bayatd\t6/5 4 Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-François Lisée/Alain Stanké\t7/19 5 Québécois 101.Notre portrait en 25 traits\tPierre Côte/Québec Amérique\t1/4 6 C\u2019était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t3/17 7 Lavenir du Québec.Les entrepreneurs à la rescousse\tPierre Buhamel/La Presse\t-n 8 Les autechtones ne sont pas des pandas\tRéiean Morissette/Hurtubise\t-n 9 Lait presque perdu de ne rien faire\tBany Laferrière/Boréal\t-n 10 LÉtat contre les jeunes.Comment les baby-boomers.\tÉric Buhaime/VLB\t5/2 Essais étrangers\t\t 1 Destruction massive.Géopolitique de la faim\tJean Ziegler/Seuil\t1/9 2 Petit cents d\u2019autodéfense en économia Labc du capitalisme\tJim Stanfbrd/Lux\t8/30 3 Lempire de l\u2019illusion\tChris Hedges/Lux\t2/9 4 Votre cerveau n\u2019a pas fini de vous étonner\tCollectif/Albin Michel\t4/3 5 Tondus comme des moulons.La paupérisation des classes.\tAlain Germain/Buchet Chastel\t-n 6 Une histoire populaire de l\u2019humanité\tChris Harman/Boréal\t-n 7 Indignez-vous! (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigène\t3/2 8 Exigez I Un désarmement nucléaire total\tStéphane Hessel | Albert Jacquard/Steck\t-n 9 Marcher.Éloge des chemins et de la lenteur\tBairid Lebreton/Méteilié\t-n 10 Le triomphe de l\u2019image\tBaniel Boorstin/Lux\t-n Électre, montée par Wajdi Mouawad JEAN-LOUIS FERNANDEZ Éric-Emmanuel SCHMITT \u201c^\"\".leçoride y VS envoûte Le Figaro Littéraire Eric-Emmanuel Schmitt Les dix enfants que madame Ming n\u2019a jamais eus ERI\u20ac£IVIMA « Un émouvant récit « Une fable lumineuse métaphorique, un sur le thème de la hymne à la liberté vérité et du mensonge.de création.» Réjouissant.» Le Parisien 4487, d6 la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion sur les vertes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Ssspaid et est constitué des relevés de caisse de 177 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet © BTLF, toute tepraductjon totale ou partielle est Interdite.I Albin Michel F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 2012 LECTURES D\u2019ETE POLARS Lentement, mais sûrement MICHEL BELAIR Le commissaire Erlendur brille toujours par son absence.Cette fois-ci, dans ce troisième roman d\u2019affilée où ce n\u2019est pas lui qui mène l\u2019enquête, on apprend qu\u2019ü est en vacances dans les fjords du Nord.à la rencontre de son passé.Ceux qui connaissent l\u2019œuvre d\u2019Arnaldur Indridason savent à quel point le policier a été marqué par la mort de son jeune frère alors qu\u2019ils affrontaient tous deux une violente tempête de neige dans cet endroit désolé du territoire.On ne sait toujours pas si Erlendur retrouvera un jour le chemin de Reykjavik.où les affaires continuent néanmoins de s\u2019accumuler durant son absence.Et même si on voit apparaître le reflet de son ombre à quelques reprises, c\u2019est cette fois-ci l\u2019enquêteur Sigirdur Oli qui occupera le devant de la scène en menant une enquête qui se révélera bientôt multiple.Sigi n\u2019a pas l\u2019envergure d\u2019Er-lendur, on le savait déjà, mais la réalité se chargera de nous démontrer à quel point.Naviguant d\u2019une petite affaire de violence ordinaire à l\u2019autre, notre policier trouve ainsi rapidement le moyen de s\u2019accrocher les pieds en voulant aider un ami; il trouve la femme qu\u2019il allait rencontrer.baignant dans une mare de sang.Les choses se précipitent, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire, lorsqu\u2019elle succombe à ses blessures quelques jours plus tard.L\u2019inspecteur Oli n\u2019a plus vraiment le choÎK de remonter le fil de l\u2019enquête.Mais il est «distrait» par l\u2019acharnement d\u2019un pauvre hère abruti par l\u2019alcool qui tente maladroitement de l\u2019aborder et qui lui remet finale- ment un morceau de pellicule.Ce qu\u2019il trouve là est si ahurissant que Sigi se trouve désormais à mener de front deux enquêtes troublantes: le voilà désormais à la recherche d\u2019un assassin et d\u2019un pédophüe.Malgré ses gros sabots \u2014 et un peu à cause d\u2019une rupture difficile, avouons-le \u2014, Sigi avance lentement mais sûrement.En fouillant le passé de la femme assassinée, il parvient à retrouver la trace de l\u2019agresseur, puis c\u2019est littéralement son intuition qui le met sur la piste de jeunes loups de la finance.En Islande, on le sait, la buUe financière a pris des proportions astronomiques avant d\u2019éclater avec fi'acas, et Indridason en profite ici pour nous faire voir de l\u2019intérieur les ramifications du «complot».En fin de compte, et malgré sa lenteur à attacher les bouts de fil ensemble, Sigirdur Oli réussira à élucider les deux affaires.On ne peut pourtant s\u2019empêcher de penser que la solution du casse-tête arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.On a même l\u2019impression qu\u2019Indridason prend de plus en plus de plaisir \u2014 et de temps \u2014 à fouiller ses personnages en profondeur et qu\u2019il se voit presque forcé de mettre fin brusquement à toute l\u2019affaire parce qu\u2019il a atteint le nombre de pages convenu avec son éditeur.Bizarre.Surtout quand on constate que, finalement, on en aurait pris encore.Le Devoir LA MURAILLE DE LAVE Arnaldur Indridason Traduit de l\u2019islandais par Eric Boury Métailié Noir Paris, 2012, 319 pages \u2019rlmMj 7fa|iDttr-ii®LÆ$rr Vincent Thibault liiÉfdu déplacement F&] dignité, partage ^SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Déjà enlibrairie CJ^aileL ima ftnmiiianâ.Ê'f 'ê ^ fumjrL L'achat de tvsta HamUy Me dftojeehemin.omiL e44^' 15% 20% tLe, eaJmLi iUM^ fteemim linve* «fe mbtÜA Le, deuxiètue twee* de ecdmh, üur Le temjuème twee*.en rngueue du 4 au 30 juiu 2012 âue fLeéeeedatiau de eeUe anuùnee le Parch Mezzanine métro Berri-UQAM, 505, rue Sainte-Catherine Est Tél.: 514-845-5243 www.parchemin.ca Jean Rouaud, une façon d\u2019écrire GILLES ARCHAMBAULT Jean Rouaud reprend en quatrième de couverture d^Une façon de chanter, qui succède à Comment gagner sa vie honnêtement, une phrase de Rimbaud qu\u2019il cite dans l\u2019évocation d\u2019années de son enfance et du début de sa vie d\u2019homme.«Si je me plains, c\u2019est une espèce de façon de chanter», écrivait le poète à sa mère.Il ne faut pas en déduire que l\u2019auteur des Champs d\u2019honneur adopte le ton geignard pour tenter de faire revjvre le passé qui a été le sien.A vrai dire, il y a plusieurs registres dans ce rappel du passé de l\u2019auteur.Les premières pages, souvent chargées d\u2019émotion, sont de la plus belle eau.Rouaud sait trouver les mots justes pour parler des siens, et surtout de Joseph, ce cousin qui lui a offert sa première guitare.Plus on avance dans le récit, plus on assiste à une sorte de défense et d\u2019illustration de la musique populaire,à l\u2019anglaise et à l\u2019américaine.A plusieurs reprises, des flèches sont dirigées contre le pauvre Georges Brassens, présenté comme un représentant du monde d\u2019hier alors que pointe une nouvelle conception de la musique et des rapports humains.Notre auteur est plutôt prolixe.Si on ne songe pas tellement à lui en faire reproche, c\u2019est que dans cette liberté de ton se tapit une fascination de la vie.On peut être bavard quand on a le talent de retenir l\u2019attention du lecteur par son brio, une aisance qu\u2019anime un réel besoin de communiquer une émotion.Ainsi, lorsqu\u2019il insiste un peu trop sur la crainte de devenir chauve qu\u2019il a ressentie au sortir de l\u2019adolescence ou qu\u2019il consacre trop de pages à des touristes allemands qui le prennent à bord de leur bagnole pour une première escapade à Nice, on le L'tif ¦f\t^ BERTRAND GUAY AFP Jean Rouaud se remémore son passé pour mieux saluer l\u2019avènement d\u2019un monde nouveau.suit sans renâcler tant il sait retenir l\u2019attention.Rouaud se remémore son passé pour mieux saluer l\u2019avènement d\u2019un monde nouveau.On est en 1968.Du fond de la réalité rurale qui est la sienne, progressivement conscient de l\u2019enfermement qui a été son mode de vie, il se dépeint comme il était alors, sans tellement évoquer les désillusions qui ont suivi.Une vision de la vie s\u2019écroulait, «les coups de boutoirs de mai 68 avec quelques pavés et un formidable sentiment de libération ont contribué à faire s\u2019effondrer une société vermoulue, à bout de course, dépassée, qui ne croyait même plus en ce qu\u2019elle prônait et s\u2019éclairait à la lumière d\u2019étoiles mortes».Comment ne pas songer à la situation québécoise actuelle ?Mais ce commentaire nous éloigne du récit de Jean Rouaud.Même si la musique des Rolling Stones ou des Beatles ne provoque pas en moi une once de la charge esthétique qui a transformé le jeune joueur de guitare qu\u2019était Rouaud, j\u2019aime sa façon de traiter de la musique.Ainsi, quand il écrit; «jouer très mal d\u2019un instrument, c\u2019était quelque chose que je faisais très bien», on entend très bien sa tristesse et son amusement.Il sait écrire, mais voudrait bien savoir mieux jouer.«Ne pas connaître les notes, enchaîner les accords à l\u2019instinct, j\u2019avais le sentiment d\u2019avancer bras tendus dans la nuit.» On l\u2019aura deviné, ce sont plutôt ces aveux de maladresse qui convainquent plutôt que la célébration d\u2019une musique et d\u2019un genre de vie.C\u2019est là que se trouve l\u2019inédit.Il y a aussi la figure de la mère peu portée à faire partager son amour de la musique et celle de la dame qui accepte de donner des leçons à notre auteur.Qui, si peu porté qu\u2019il soit à trouver des mérites à l\u2019univers musical d\u2019an-tan, s\u2019étonne qu\u2019on ne chante plus.«Alors que la musique n\u2019a jamais été aussi louée, aussi envahissante, qu\u2019elle s\u2019infiltre partout en fond sonore dans les cafés, les supermarchés, les attentes téléphoniques, les salles de bains, qu\u2019elle isole du monde en bouchant les oreilles des solitaires équipés d\u2019un casque, opinant de la tête ou tapant du pied, dans le vacarme du métro, on n\u2019a jamais aussi peu chanté.» Ce livre-ci chante.C\u2019est là son plus grand mérite.Pour cette raison, je suis bien prêt à lui pardonner son attitude fort peu déférente à l\u2019égard de Brassens.Pas ma faute, mon cœur penche plutôt du côté de Sète que du côté de Liverpool.Collaborateur Le Devoir UNE FAÇON DE CHANTER Jean Rouaud Gallimard Paris, 2012, 211 pages POESIE Rien ne va plus HUGUES CORRIVEAU Noire enfance du malheur, cruelle oppression familiale, victimisation et rêves contrés, autant de points à partir desquels Danielle Roger creuse au plus aigu d\u2019une plainte ancrée, l\u2019émoi tremblant.Ses Eclats de verre en vase clos sont des maux fouail-lant le cœur de la douleur.Son récit morcelé, fait de blocs de prose poétique denses et d\u2019une redoutable efficacité, traduit le désarroi d\u2019une enfance brisée.Le père et la mère sont au com-bat.Une enfant, témoin des éclats, des coups de mains et de gueules, tient bon, fait front, scrutant le moindre danger de sang et de mort.«Ils ont besoin de moi pour assister à leur guerre», dit-elle, doucement, étonnée de pouvoir même le dire.L\u2019impuissance de la mère fait mal, résignée qu\u2019elle est à vivre dans sa bulle.La puissance du père fait mal dans sa violence désemparée.Tous ont «le cœur [qui] balance entre la nausée et la terreur».Le travail d\u2019écriture de la poète devient donc essen- tiel pour contrer la faillite des sentiments.«Parce qu\u2019il faut les capturer, ces mots, saisir leurs petites lettres noires comme des insectes répugnants, avant qu\u2019ils n\u2019injectent leurs poisons dans la peau de nos cœurs inquiets et n\u2019infectent le sang qui nous unit», car avec le père, précise-t-elle, «j\u2019apprendrai les mots qui tuent».Il faut impérativement lire ce livre très fort, très vrai, superbement écrit, dont chaque page recèle sa part de vérité nue.Sans concession Depuis 1997 qu\u2019on attendait un nouveau livre de cette auteure authentique, et il aura sans doute fallu tout ce temps pour que vienne à la surface cette incarnation sans concession.Pour le plaisir d\u2019un talent pur, laissons parler cette page: «Mon père nous lance une poignée de mots qui tintent comme des pièces de monnaie en déboulant dans nos têtes.Les mots s\u2019enfoncent dans la caverne de nos mémoires.// Nous gardons leur écho et des acou- phènes en guise d\u2019héritage.» Accablé par une déprime ontologique fondamentale, Daniel Dargis nous dit vivre sur une «terre étrangère ».Quand d\u2019emblée on nous précise (\\\\f «il faut désencombrer le bleu frauduleux de l\u2019alphabet», c\u2019est qu\u2019on n\u2019a pas les idées heureuses.Le poète regarde le monde alors qu\u2019il n\u2019a «que des rochers dans les yeux / des continents entre les dents».Ne lui reste plus que le loisir d\u2019une lente litanie des avanies et des avatars que recèle le réel.Alors, il va faire appel aux images pour associer son mal-être à sa pulsion d\u2019écriture.D\u2019entrée de jeu, qu\u2019il se situe sous «les chapiteaux du soleil» ou «sous les rides de la pluie», «le poème s\u2019ouvre les veines dans le dépotoir du ciel», à l\u2019affût «aux fenêtres de nos mots», porté qu\u2019il est par «cette calligraphie calcinée de notre perte» ou «l\u2019hémorragie de la grammaire».En quelque sorte, l\u2019auteur s\u2019avoue vaincu par «les horloges assoiffées de ses continents ».Son but est simple, à savoir ac- céder aux «ratures de l\u2019ennui», pataugeant dans «la lie violacée de la désolation», compte tenu qu\u2019on ne se défait jamais de «la mémoire de notre présent», alors que vient le temps, «dans le décembre érodé / des grandes marées», de contempler sa douleur.Cela lui fait prendre conscience de «cette bavarde démesure du désordre».Sachons que, d\u2019après lui, «tout ce qui s\u2019écrit est sans issue», car «ce qui n\u2019est pas encore n\u2019est rien».On comprend mieux ainsi le sens de son projet, qui n\u2019est rien d\u2019autre (\\\\f«un autoportrait de tant de choses vaines».Collaborateur Le Devoir ÉCLATS DE VERRE EN VASE CLOS Danielle Roger Les Herbes rouges Montréal, 2012, 90 pages TERRE ÉTRANGÈRE Daniel Dargis Editions d\u2019art Le Sabord, coll.«Rectoverso » Trois-Rivières, 2012, 80 pages f\tf LITTERATURE QUEBECOISE Bar ouvert CHRISTIAN DESMEULES Second roman de Vie Verdier, aussi connu sous le nom de Simon-Pierre Pouliot, Le Moderne Cabaret est la suite de L\u2019appartement du clown (XYZ, 2010).Quelques années ont passé et la chronique se poursuit à travers une narration très dense dont le fil conducteur demeure un peu le même: les amours et les projets de son alter ego fictif.C\u2019est ainsi sans surprise qu\u2019on retrouve Vie, le narrateur, gérer la situation avec sa fiancée, qui souhaite que leur relation prenne une direction, disons, plus «institu- tionnelle».Tandis qu\u2019elle est harcelée par son ex qui sort de prison.Vie balance à présent «entre le gars qui assume et celui qui se demande encore si partager son appartement avec sa blonde ne serait pas une idée aussi tordue que de prétexter que l\u2019Irak possède des armes de destruction massive pour lui déclarer la guerre».Bref, il y a un peu d\u2019eau dans le gaz.Mais le projet du Moderne Cabaret, lui, une salle de spectacle pour la relève doublée d\u2019un bar (une sorte de « Cavern de Liverpool en 1960», le bar où les Beatles ont joué en public pour la première fois), a le vent dans les voiles et le tient occupé.Mal- gré quelques obstacles.Comme lorsque le crime organisé (la famiglia) veut qu\u2019on lui verse sa «juste part».L\u2019autre versant du roman nous raconte ce qui est arrivé à Oliver.Défiguré par des sbires du crime organisé après une transaction de drogue qui a mal tourné à la fin de L\u2019appartement du clown, flirtant avec la folie, il est parti en voyage en Amérique du Sud sur les traces d\u2019un traître ami, «pour savourer le plat froid de la vengeance».Mais il y a encore le fantôme du grand-père de Vie, ainsi que sa mère (qui s\u2019est fait la malle depuis long- temps) qui lui rend visite dans ses rêves.Le roman est dense et son narrateur, sérieusement volu-bile.Mais l\u2019impression demeure malgré tout, comme c\u2019était le cas pour l\u2019opus précédent de Vie Verdier, qu\u2019il manque un peu de viande autour de l\u2019os.Il y a peut-être un peu de tout dans le bar ouvert du Moderne Cabaret, oui, mais encore faut-il avoir soif.Collaborateur Le Devoir LE MODERNE CABARET Vie Verdier XYZ Montréal, 2012, 290 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 2012 F 5 LECTURES D'ETE Pour insomnies fécondes et libérées au cœur de l\u2019été GUYLAINE MASSOUTRE Herbes et golems, de Manuela Draeger (L\u2019Olivier), et Danse avec Nathan Golshem, de Lutz Bassmann (Verdier), hété-ronymes du visionnaire et très ludique Antoine Volodine.Textes apocaljqjtiques, science-fiction-nels, poético-romanesques, ses chants «post-exotiques», comme il les qualifie, font deux ouvrages aussi oniriques qu\u2019uto-pistes.La révolte voisine avec l\u2019insolence; la fantaisie emprunte des chemins doubles, multipliés au cube, et voilà le retour du golem volodien, feuilleté comme Pessoa, l\u2019homme aux identités changeantes.On se délecte de cette imagination folle, des rebondissements chamaniques, des espaces toujours plus adolescents.Les angoisses réitérées par la répétition de l\u2019histoire, ses joutes entre camps imaginaires, Volodine les brandit comme des glaives justiciers.Draeger, Bassmann nous avertissent que le pire, parce qu\u2019il a eu lieu, est toujours devant Avec ses danses et ses entrevoûtes primitives, Djennifer Goranidzé fait peur, fait rire, se repaît de ses défaites avec efficacité.Le clash ultravio-lent et les rêves écrasés de l\u2019humanité donnent un tableau noir, ironique et somptueux.Sheridan Square, de Stéphane Héaume (Seuil), transporte son lecteur à New York, entre Sheridan Greenwood, mécène des arts, et Emily Stein, son amante, pris dans un flot cauchemardesque où la conscience du narrateur, Sheridan Square, se noie.On nage en permanence entre le réel et la fiction, dans les références new-yorkaises qui déferlent.L\u2019art lyrique \u2014 le cœur du sujet se situe à l\u2019opéra au MET \u2014 fait un arrière-plan plutôt rare en littérature.Ce roman d\u2019amour mélo se double d\u2019un polar touffu en milieu chromé.Lire ce roman prenant, avec son rjtihme pour amateurs d\u2019action, ferait un moment fort à vos nuits blanches.Sa langue est rauque, énergique.Il y a de la réalité dure, des personnages idéalistes, de la parodie, des fragments insérés comme des documents, un cocktail détonnant.Erénétique, bruyante avec ses tons mélangés, cette écriture pas très appliquée, orale, très cadencée, vous prend aux tripes.Mieux qu\u2019un film noir ! Par-delà le Mékong, d\u2019Éric Nonn (Seuil) est, à l\u2019opposé, un récit minimaliste de voyage et de souvenirs, écrit de manière à vous laisser imaginer tout ce que les non-dits suggèrent.L\u2019auteur est metteur en scène et cinéaste, il ne l\u2019oublie pas en écrivant.Ainsi dépose-t-il ses images fugaces mais entêtantes, dans ce périple au Vietnam jusqu\u2019au Laos.Son personnage revient au pays de son enfance, où tout a changé, les autres comme lui-même.Des traces du passé, il ne reste rien, sauf des ruines mangées par la verdure, des sta-tues effondrées.Toute la guerre, mais aussi la civilisation, a été avalée.Demeurent les noms, les visages entrevus, les désirs insatisfaits, Savannakhet, le Mékong, What Pu et ses grands temples.On l\u2019aura deviné.Duras plane en guide incontournable, enchanteresse du discours, plus présente que la jeune femme locale qui s\u2019est offerte à l\u2019Occidental.«Il n\u2019y a pas d\u2019ombre de soi dans la mer», dit le baigneur, complaisant envers lui-même et envers quelques clichés, jusque dans un bien-être qui ressemble à la mort.Une silhouette à la Hemingway, en décor, s\u2019appuie au bar.T .\u2019homme du roman s\u2019arrête à ses côtés, dans l\u2019espoir que le temps va refluer.En vain.Lui-même trace désolante, acculé à l\u2019histoire sans grandeur, incarne l\u2019état infime et dérisoire qu\u2019enseigne la réalité.Bien vu ! Une fois le livre refermé, quelque chose de troublant demeure.Mauvais signe, de Bernard du Boucheron (Gallimard), marque un retour au flamboiement littéraire.Avec ses marins en proie au tumulte des passions, nous voici dans la coque d\u2019un navire, où se joue un drame clos, une délirante audace menée par une femme à hommes, une coquette dans l\u2019arène des bêtes masculines.Boucheron affectionne les aventures pour aventuriers ligotés au mât au milieu des sirènes, happés par leur chant de mort.C\u2019est sulfureux, baroque, excessif, et riche de mille détails qui rendent l\u2019air saturé comme l\u2019océan l\u2019est de sel.Mai en automne, de Chantal Creusot (Zulma), un premier roman qui fait 390 pages, se signale comme une histoire simple et soignée.Voici une bluette reposante, après ces univers mâles dont on redemande.La qualité de ce roman tient au calme qu\u2019il dégage, avec sa technique mesurée (et compassée), sa visée d\u2019un tout autre rythme.On y suit quatre familles dans la vie provinciale du XX® siècle, en Normandie.Pure lecture d\u2019été, facile et gentiment ennuyeuse.Schasslamitt et autres contes palpitants, de Bérengère Cour-nut (avec des dessins de Donatien Mary), publié chez Attila et L\u2019Oie de Cravan, est un petit livre de minuscules contes surréalistes, loufoques.Pour rêver, sourire, se déporter vers l\u2019impossible et les ressources incompressibles de la psyché, ces éditeurs tranquillement associés partagent des refrains idiots, des rêves bizarres, des folies hjqjnotiques et joyeuses.Tout bon! «A l\u2019aube, la voix faiblira, les plaintes s\u2019estomperont.» Dommage.L\u2019agitation des romans décroît toujours avec le jour.Collaboratrice Le Devoir D.GAILLARD Le romancier Antoine Voiodine J.FRANCOIS GUILLOT AFP Uécrivain français Bernard du Boucheron Aller jouer dehors Que diriez-vous d\u2019offrir à vos enfants un roman pour les convaincre d\u2019aller jouer dehors?C\u2019est ce que vous propose l\u2019au-teure Nancy Montour avec la nouvelle série Xavier le rusé.Lorsque sa mère exige qu\u2019il mette ses jeux électroitiques de côté et qu\u2019il aille jouer dehors, Xavier n\u2019est pas content, pas du tout même.Mais alors qu\u2019il broie du noir, tout fin seul au parc de son quartier, le garçon aperçoit un X lumineux dans le sable et se retrouve soudainement plongé à l\u2019intérieur même d\u2019un jeu électronique grandeur nature ! En compagnie d\u2019un pirate qui ne connaît pas grand-chose aux technologies modernes, Xavier se lance dans une chasse au trésor sur une île habitée par une redoutable magicienne.Dans cet univers où se côtoient grenuches, survoleurs et autres créatures fantastiques, Xavier devra faire preuve d\u2019ima-^ation et d\u2019initiative pour déjouer les pièges de la magicienne et retrouver le chemin de la maison à temps pour le souper ! Reste à savoir si toutes ces aventures se déroulent dans la réalité, même virtuelle, ou dans l\u2019imagination de Xavier.-Le Devoir XAVIER LE RUSÉ Tome 1 : JE SUIS UN GENIE Texte: Nancy Montour; illustrations: Marion Arbona Boréal jeunesse, coll.«Maboul» 56 pages (6 à 8 ans) La ruée vers l\u2019or Lorsque la ferme familiale des Aubry est réduite en cendres par les cinq frères Dubois, Nicolas voit son avenir s\u2019envoler en fumée.Parti avertir ses deux frères aînés du malheur qui frappe leur famille, le jeune garçon retrouve la trace des Dubois et décide de les suivre, ce qui le mènera d\u2019abord à Vancouver, puis à Dawson City, où règne la fièvre de l\u2019or.En chemin, Nicolas rencontre un Indien qui devient son ami malgré les préjugés, une jeune femme déterminée à ne pas épouser l\u2019homme qu\u2019a choisi sa mère, un immigré polonais bien décidé à dormer un avenir à sa fille et toute une bande de persoimages, parfois louches, qui rêvent çle faire fortune au Klondike.A travers toutes ses aventures, Nicolas risque d\u2019oublier ceux qu\u2019il a laissés derrière lui et qui espèrent son retour.Le jeu en vaut-il la chandelle?Succombera-t-il lui aussi au mirage de la ruée vers l\u2019or 1-Le Devoir KLONDIKE Tome 1: LA RUEE VERS L\u2019OR Sonia K.Laflamme Hurtubise Montréal, 2012, 360 pages (12 ans et plus) e y ^ \\ir y LES IMPATIENTS Cinq des plus belles plumes du Québec mettent en mots leur vision du réconfort.En échange de leur contribution, le Lait a fait un don au nom de chacun des auteurs à l\u2019organisme Les Impatients.Ielait.com F6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 2012 LECTURES D\u2019ETE Passer Vété à gauche (.Louis CORNELLIER Cet été, entre deux séances de martelage de casseroles \u2014 ce qui vaut mieux, on en conviendra, que du matraquage de manifestants \u2014, les percussionnistes improvisés qui en ont soupé des politiques de droite qu\u2019on nous impose au nom du réalisme voudront probablement se redonner des forces en lisant des ouvrages qui, au-delà des slogans, expliquent les raisons de leur colère.Voici, pour eux et pour ceux qui ne les comprennent pas encore, un petit programme de lecture orienté à gauche, composé d\u2019essais québécois publiés depuis septembre dernier.Je l\u2019ai écrit en février dernier et je le répète : si vous n\u2019avez qu\u2019un ouvrage à lire cet été, que ce soit Comment mettre la droite K.-0.en 15 arguments (Stanké, 2012), de l\u2019indispensable Jean-François JEAN-FRANÇOIS LISÉE ^
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