Le devoir, 5 mai 2012, Cahier B
[" La démocratie n\u2019est pas une invention humaine, selon une éthologue Page b 6 Jean-Robert Sansfaçon sur les révélations au sujet de SNC-Lavalin Page b 4 Michel David se penche sur le conflit étudiant et les ]ihéYaXXX Page B 3 PERSPECTIVES CAHIER B > LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 MAI 2012 EN PLEINE CRISE DE LA ZONE EURO Ce qui attend le nouveau président Peu importe l\u2019élu, la réalité économique aura vite fait de le rattraper CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Nous n\u2019aurons qu\u2019une nuit d \u2019 É t a t de grâce.» La phrase est attribuée à Michel Sapin, l\u2019ancien ministre socialiste de l\u2019Economie de Pierre Bérégovoy.Bras droit du candidat socialiste François Hollande et ami personnel depuis leur passage à l\u2019ENA en 1977, cet homme sobre et réservé fait partie des candidats les plus sérieux pour diriger Bercy, le prestigieux, emblématique et éléphantesque ministère de l\u2019Economie dont l\u2019architecture futuriste domine la Seine.Et pour cause, Michel Sapin avait fait ses premières armes dans ce fauteuil à l\u2019époque où, en 1992, il avait combattu les attaques spéculatives contre le franc juste avant le passage à la monnaie unique.Dès le 7 mai, si François Hollande est élu, comme l\u2019annoncent tous les sondages, Michel Sapin n\u2019aura pas trop de cette expérience pour affronter la tâche qui se dressera devant le nouveau ministre de l\u2019Economie.Car, quel que soit le gagnant du scrutin de dimanche, la réalité qui attend le nouvel élu aura vite fait de le rattraper.Peu importe que Hollande ou Sarkozy soit élu, c\u2019est 180 milliards d\u2019euros que le pays devra trouver sur les marchés d\u2019ici l\u2019an prochain pour financer une dette qui frise les 90% du PIB.La France sous surveillance Les lendemains du 6 mai ne seront pas roses.C\u2019est une des seules certitudes de cette élection.D\u2019autant plus que certaines entreprises auraient reporté des mises à pied depuis plusieurs semaines pour cause de campagne électorale.On sait aussi que, depuis la perte de son triple A, la France est sous surveillance des principales agences de notation.Nicolas Sarkozy n\u2019a d\u2019ailleurs cessé d\u2019annoncer une situation comparable à celles de la Grèce et de l\u2019Espagne en cas d\u2019élection des socialistes.Nous ne sommes cependant plus en 1981, alors que François Mitterrand arrivait au pouvoir avec un programme négocié avec le Parti communiste.La nomination à Matignon de Lionel Jospin en 1997 n\u2019avait pas créé le moindre soubresaut à la Bourse.Il faut dire qu\u2019à l\u2019époque, la croissance était au rendez-vous.% ÉLECTION pRES pENTJ SCRUTIN AVRIL SCRUTIN BENOIT TESSIER REUTERS Le président français, qui sera élu demain, devra s\u2019attaquer en priorité à l\u2019économie.Même si la France est sous surveillance des agences de notation, à moins d\u2019un imprévu, à Paris, on s\u2019attend à ce que celles-ci patientent jusqu\u2019au premier budget du nouveau gouvernement, à l\u2019automne, pour réagir.François Hollande a affirmé que, dès son élection, il demanderait un audit des finances publiques à la Cour des comptes (le vérificateur général), ce qui pourrait réserver des surprises, a-t-il même laissé entendre.On s\u2019attend d\u2019ailleurs à ce que ce rapport, qui sera réalisé par le socialiste Didier Migaud, qui préside la Cour des comptes, fournisse aussi de nombreuses propositions de remise à niveau des finances publiques.Parmi les socialistes qui pourraient jouer un rôle crucial dans les prochaines semaines, à la fois pour calmer les marchés financiers, mais aussi pour convaincre l\u2019Europe de relancer la croissance, on trouve Jean-Pierre Jouyet, aujourd\u2019hui à la tête de l\u2019Autorité des marchés financiers et qui est un ami personnel de François Hollande.De Jouyet à Pascal Lamy (président de l\u2019OMC), en passant par Emmanuel Macron (banquier chez Rotchild), la gauche ne manque pas de compétences dans ce domaine.En 2007, nous avions interviewé l\u2019économiste Nicolas Baverez, qui soutenait alors le programme économique de Nicolas Sarkozy.Cinq ans plus tard, son jugement est sévère.Il estime que ce mandat «qui avait donné l\u2019espoir d\u2019une refondation du modèle français » n\u2019aura finalement été ([\\x\u2019«une occasion manquée».Mais, si «Nicolas Sarkozy a échoué à s\u2019affirmer comme l\u2019homme de la nation », écrit l\u2019économiste, François Hollande «risque de ne gagner l\u2019élection que pour perdre le pouvoir très rapidement face aux marchés financiers».Si les deux candidats ont proposé l\u2019équilibre budgétaire (en 2016\tpour Nicolas Sarkozy et en 2017\tpour François Hollande), les zones d\u2019ombre restent en effet nombreuses dans leur programme respectif.L\u2019institut Montaigne, un think tank libéral, a chiffré les programmes des deux candidats.Selon les experts, tous deux ont légèrement sous-estirpé le coût de leurs propositions.A ce titre, c\u2019est Nicolas Sarkozy qui obtient la plus mauvaise note puisqu\u2019il aurait sous-estimé les siennes de 15 milliards d\u2019euros alors que celles de François Hollande le seraient de 10 milliards.La réforme fiscale Alors que Nicolas Sarkozy prévoit une plus grande réduction des dépenses, François Hollande mise un peu plus que son adversaire sur les augmentations d\u2019impôt, notamment sur les plus hauts revenus.L\u2019un des éléments clés du programme socialiste est une vaste réforme fiscale qui fusionnera notamment l\u2019impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée (CSG), un impôt séparé qui sert à financer les dépenses sociales.La plupart des économistes s\u2019entendent pour dire que le régime fiscal français est un fouillis dans lequel on a accumulé mesure sur mesure, si bien que personne ne s\u2019y retrouve plus.Le candidat socialiste s\u2019inspire en partie des propositions de l\u2019économiste Thomas Piketty, partisan VOIR PAGE B 3 : PRÉSIDENT Les programmes s\u2019affrontent Europe Hollande: Renégociation du traité européen pour y inclure un volet sur la croissance.Réciprocité des échanges commerciaux.Sarkozy: Réciprocité des échanges commerciaux.Révision des accords de Schengen pour limiter l\u2019immigration illégale, sinon la France suspend sa participation.Dette Hollande: Retour à l\u2019équilibre en 2017.Sarkozy: Retour à l\u2019équilibre en 2016.Fiscalité Hollande: Vaste réforme fiscale fusionnant l\u2019impôt sur le revenu et la contribution à la sécurité sociale.Nouvelle tranche à 45% au-dessus de 150 000\u20ac.Taxation à 75% des revenus au-delà d\u2019un million d\u2019euros.Sarkozy: Mesure de taxation des exilés fiscaux.Impôt sur le bénéfice mondial des grandes sociétés.Augmentation de la TVA.Réforme de l\u2019État Hollande: Indépendance du parquet.Fin de l\u2019immunité du président.Décentralisation.Non-cumul des mandats.Sécurité Hollande: Création de zones de sécurité prioritaires.Création de 1000 postes dans la police et la justice.Police de proximité.Sarkozy: Code pénal pour les mineurs.Punition des internautes surfant sur les sites incitant au terrorisme.Immigration Hollande: Droit de vote pour les étrangers aux élections municipales.Réduction de l\u2019immigration liée à l\u2019emploi.Facilitation de l\u2019entrée au pays des étudiants étrangers.Sarkozy: Réduction de moitié de l\u2019immigration légale.Référendum pour faciliter l\u2019expulsion des illégaux.Éducation Hollande: Création de 60000 postes en cinq ans.Allégement de la journée et allongement de l\u2019année scolaire.Enseignement collégial axé sur les connaissances.Rétablissement de certains cours d\u2019histoire supprimés au lycée.Sarkozy: Réforme du baccalauréat avec moins d\u2019options et plus de contrôle continu.Augmentation du salaire des enseignants en échange d\u2019une plus grande présence.Emploi Hollande: Création de, 150000 emplois pour jeunes financés par l\u2019État.Sarkozy: Sept heures par semaine de travail obligatoire pour les assistés sociaux.Formation professionnelle pour les chômeurs en échange de l\u2019obligation d\u2019accepter un emploi.HOCKEY Un pas vers la « fenêtre d\u2019occasion » JEAN DION Lors de sa rencontre de presse qui a duré près d\u2019une heure, mercredi, le nouveau directeur général du Canadien de Montréal n\u2019a pas prononcé une seule fois le mot «reconstruction».Bien que le CH ait terminé dans la cave de l\u2019Est en 2011-2012, Marc Bergevin estime disposer d\u2019une bonne base pour, selon les mots de Geoff Molson, «créer une culture gagnante» au sein de l\u2019organisation.«Nous avons un bon noyau de joueurs.Nous ne repartons pas à zéro», a-t-il dit.La personnalité affable de Bergevin incitera peut-être les partisans de la Flanelle, aussi prompts à la critique impitoyable quand les choses ne vont pas à leur goût que déraisonnablement enthousiastes dès que le moindre succès s\u2019annonce, à se montrer plus patients qu\u2019ils ne le font d\u2019ordinaire, mais l\u2019homme a dit ne pas s\u2019être fixé d\u2019échéancier pour la relance de l\u2019équipe.Il y a d\u2019évidence, quand un club des- BENOIT TESSIER REUTERS Geoff Molson (à droite) était fier de présenter le nouveau directeur général, Marc Bergevin.cend aussi bas, un boulot colossal à abattre avant que les beaux jours ne reviennent.Et pourtant.N\u2019est-ce pas il y a deux ans à peine que le Canadien atteignait la demi-finale, que la ville ne se pouvait totalement plus avec des petits drapeaux partout et que tout le monde planifiait sa journée et sa chaise pliante en vue du défilé de la Coupe Stanley angle Peel et Sainte-Catherine?S\u2019il est possible de sombrer aussi vite, ne peut-on pas avoir foi en une rapide remontée à la surface?Les exemples de résurgence instantanée et improbable ne cou- rent pas nécessairement les rues, mais on peut en trouver si on cherche un peu : en 2007, les Flyers de Philadelphie concluaient une saison de misère avec 56 points ; l\u2019année suivante, ils grimpaient à 95 et se rendaient jusqu\u2019au troisième tour des séries.Et pas plus tard qu\u2019il y a quelques jours, les Sénateurs d\u2019Ottawa, auxquels tous les experts promettaient les soubassements du classement général, n\u2019étaient éliminés que par la plus faible des marges dans un septième match face aux puissants Rangers de New York, champions de l\u2019Est en saison régulière.Dans le cas des Blues de St.Louis, il a fallu un simple changement d\u2019entraîneur en cours de campagne pour redresser complète-mqnt la barque.A l\u2019ère de l\u2019autonomie des joueurs, et à l\u2019heure de la proverbiale parité dans la « nouvelle» Ligue nationale, des changements de VOIR PAGE B 2 : EENÊTRE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 MAI 2012 PERSPECTIVES DES IDEES EN L\u2019ERE Le retour du lyrisme Antoine Robitaille à Québec es drapeaux rouges, un porte-parole étudiant, Gabriel Nadeau-Dubois, qui revendique la gratuité scolaire et en appelle à la «contestation beaucoup plus large, beaucoup plus profonde, beaucoup plus radicale» de la société actuelle; des manifestations continuelles, dont une, rigolote, où les participants ont marché dénudés; le retour de termes comme «lutte des classes».L\u2019actuelle crise étudiante a des éléments néo-hippys incontestables.On se croirait parfois replongés dans les années 1960, l\u2019ère de la «génération lyrique», pour reprendre le titre de l\u2019essai classique de François Ricard.Sur les médias sociaux, une vidéo YouTube sur le Mai 68 parisien circule, «en guise d\u2019inspiration», explique-t-on.Le sociologue Stéphane Kelly a déjà expliqué que l\u2019imaginaire des Ij^iques «est fondé sur une foi quasi aveugle dans le potentiel de l\u2019avenir.C\u2019est un regard progressiste sur le monde, qui retient du passé les grandes réalisations humaines et qui envisage le futur avec un enthousiasme contagieux».En 2005, Kelly s\u2019était penché sur la mobilisation étudiante qui avait saisi le système scolaire cette année-là.«Contrairement à ce qui a été souvent dit dans les médias, les manifestations étudiantes étaient loin de l\u2019esprit des années 1960», concluait-il.A ses yeux, 2005 marquait même «la fin de l\u2019âge lyrique au Québec».Explications: les grévistes de l\u2019époque avaient intériorisé le pessimisme de la génération X, notamment parce que «des choix collectifi mal avisés ont été faits dans les années 1960 et 1970».Leurs demandes consistaient non pas à réclamer un changement radical, mais à «conserver un acquis social juste», c\u2019est-à-dire f 03 millions en bourses que le gouvernement Charest voulait convertir en prêts: «Si l\u2019objectif du mouvement étudiant avait été d\u2019obtenir la gratuité scolaire, aucune association étudiante n\u2019aurait obtenu un mandat de grève générale illimitée», faisait remarquer Kelly à l\u2019époque.En 2012, pourtant, la gratuité, c\u2019est précisément ce que la Coalition large de l\u2019Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), qui représente la majorité des étudiants en grève, a présenté dans sa contre-offre au gouvernement.Une question s\u2019impose donc : en 2005, Stéphane Kelly aurait-il rédigé trop tôt la notice nécrologique de l\u2019âge lyrique?Peut-être bien.François Mcard lui-même, en interview au Devoir en 2002, reprenant un terme de l\u2019écrivain Philippe Muray, observait une «généralisation lyrique» à l\u2019œuvre.«Cet esprit hyper-moderne, que j\u2019ai essayé de décrire dans mon livre en l\u2019attribuant à une génération en particulier, affirmait Ricard, fe serais porté à dire qu\u2019il triomphe de façon générale dans la société d\u2019aujourd\u2019hui, dans la culture, dans les comportements politiques, dans la morale familiale.» La présence d\u2019un certain néolyrisme n\u2019étonne donc pas aujourd\u2019hui.Ce néoljTisme est aussi présent par le retour d\u2019un radicalisme de gauche.C\u2019est essentiellement le résultat du poids plus grand qu\u2019a pris la CLASSE, en 2012, dans la dynamique entre les associations.En 2005, il y avait bien l\u2019ASSE, (élargie en CASSEE, le « C » étant pour Coalition, le dernier E pour élargie) et dont la CLASSE est issue (CL étant pour Coalition large) ; mais son poids face à la FEUQ était moins important qu\u2019aujourd\u2019hui.Depuis la fin du conflit en 2005, la FEUQ a perdu plusieurs associations étudiantes importantes provenant de trois universités: McGill, Laval et Sherbrooke.En 2005, la CASSEE avait au final été écartée des négociations avec le gouvernement.Lorsqu\u2019un règlement est intervenu entre les parties, plusieurs de ses membres avaient exprimé leur colère.Le président de la FEUQ de l\u2019époque, Pier-André Bouchard-St-Amand, avait été carrément agressé «par un groupe d\u2019étudiants membres de la CASSEE», selon le communiqué d\u2019avril 2005 de 15 associations étudiantes qui avaient dénoncé ce geste «disgracieux et puéril».Alors qu\u2019hier s\u2019est opéré un rapprochement des parties \u2014 parmi lesquelles la CLASSE \u2014 dans cette crise étudiante qui n\u2019en finit plus, il faut se rappeler que lju-isme et radicalisme ne font pas bon ménage avec Iq négociation.Dans un texte en 2005, l\u2019historien Eric Bédard notait que l\u2019ASSE rappelle plusieurs des caractéristiques idéologiques de l\u2019ANEEQ (Association nationale des étudiantes et des étudiants du Québec), organisation qui a marqué l\u2019histoire du mouvement étudiant de 1975 à 1994.«Dans les deux cas, note Bédard, on retrouve le même esprit de contestation globale, la même rhétorique anticapitaliste, la même méfiance des autorités instituées.Pour l\u2019ANEEQ, \u201cdialoguer\" avec le pouvoir, c\u2019était \u201cse faire fourrer\u201d, jouer le jeu des autorités.» C\u2019est essentiellement la position qu\u2019ont exprimée les actuels membres du comité de négociation de la CLASSE lorsqu\u2019ils ont été élus en février : il ne s\u2019agissait pas de négocier, mais «d\u2019exiger» des choses du gouvernement.Dans un compte rendu du congrès de la CLASSE du 4 avril, on peut lire: «Si nous persistons dans notre détermination à poursuivre la grève, rien ne pourra nous arrêter.Nous obtiendrons le gel des frais de scolarité au niveau de 2007 [.] Bref, nous vaincrons!» Certes, dans la crise que nous traversons, l\u2019intransigeance du gouvernement n\u2019a pas aidé.Mais le retour d\u2019un certain Ij^isme non plus.arobitaille@ledevoir.com ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les femmes autochtones ont un refuge à Montréal.Une double discrimination Les itinérants autochtones exposés pourraient perdre leur seul refuge de nuit à Montréal Tous les intervenants dans le domaine s\u2019entendent pour le dire : l\u2019itinérance explose à Montréal.Au milieu de cette crise, les organismes touchant l\u2019itinérance autochtone traversent des difficultés particulières, en plus de devoir faire face à une clientèle en croissance.CAROLINE MONTPETIT \\ A partir du 30 juin prochain.Projets autochtones du Québec, le seul refuge de nuit pour autochtones de Montréal, est menacé de fermeture.Depuis deux ans, le groupe qui tente de le déménager se bute de tous bords tous côtés aux refus, soit des propriétaires d\u2019immeubles, soit des arrondissements concernés, d\u2019abriter cette clientèle.Ce syndrome «pas dans ma cour» n\u2019est pas sans rappeler celui qui est survenu autour de la localisation d\u2019un centre d\u2019hébergement pour autochtones venus du Nord et nécessitant des soins de santé au Sud, dans le quartier Villeray, à Montréal.Population en croissance, les itinérants autochtones de Montréal font en fait face à une double discrimination, d\u2019une part parce qu\u2019ils sont autochtones et d\u2019autre part parce qu\u2019ils sont itinérants.Au Centre d\u2019amitié autochtone de Montréal, à l\u2019angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Qntario, où l\u2019on offre des services de centre de jour à la clientèle autochtone itinérante.Alan Harrington constate en effet une discrimination persistante envers les autochtones dans le logement et dans l\u2019emploi.«Lorsque quelqu\u2019un fait une démarche pour louer un appartement, le propriétaire peut demander d\u2019où vient cette personne.Si elle dit \u201cMistissini\u201d par exemple, le propriétaire peut penser: \u201cC\u2019est un autochtone, il va faire le party ou briser des vitres\u201d, et répondre: \u201cJe vais vous revenir\u201d sans jamais rappeler la personne.» En matière d\u2019emploi, plusieurs autochtones sont aussi pénalisés parce qu\u2019ils n\u2019ont pas le français comme langue maternelle, selon M.Harrington.«S\u2019il y avait moins de discrimination dans le logement et l\u2019emploi, il y aurait moins d\u2019itinérance», croit-il.Au sujet des Inuits, groupe de plus en plus présent parmi la population itinérante autochtone de Montréal, Donat Savoie, consultant pour la société Makivik et ancien fonctionnaire qui a longtemps œuvré dans le Nord, explique.«Les Inuits âgés, disons, de 50 ans et plus, ne parlent souvent que l\u2019inuktitut.Ceux âgés de 20 à 50 ans sont allés dans les écoles fédérales, ils parlent donc l\u2019anglais en plus de leur langue maternelle.Les plus jeunes peuvent désormais choisir, après la 3\u201d année, leur langue d\u2019éducation entre le français et l\u2019anglais, et plusieurs choisissent le français.En fait, plusieurs sont trilingues.» Par ailleurs, les autochtones, et peut-être particulièrement les Inuits, aiment se tenir ensemble pour partager ce qu\u2019ils ont, explique Donat Savoie.«Dans chaque village, dans le Nord, il y a un réfrigérateur collectif», explique-t-il.Si un chasseur chasse trois caribous, il va en vendre un à la municipalité qui va le mettre là pour les personnes qui sont dans le besoin.«Dans le Nord, on çst toujours le cousin de quelqu\u2019un», ajoute-t-il.A Montréal aussi; donc, les Inuits auront tendance à vivre ensemble, pour le meilleur et pour le pire.M.Savoie explique surtout le récent exode des Inuits vers le Sud par le très grave surpeuplement des logements qui touche le Nunavik, avec tous les problèmes sociaux que cela engendre.«Ironiquement, le Nunavik est la région la plus surpeuplée au Canada», lance-t-il.11 n\u2019est pas rare, au Nunavik, de voir des logements où s\u2019entassent jusqu\u2019à 45 personnes de trois générations sous un même toit.Et l\u2019on constate présentement un nouveau phénomène.Les jeunes, venus ici rejoindre le reste de leur famille, se retrouvent rapidement pris dans le cercle de la consommation de drogue et d\u2019alcool.«Ils sont gênés et hésitent à demander de l\u2019aide «Chez eux, une bouteille de soda peut coûter jusqu\u2019à 15$, dit Alan Harrington.Lorsqu\u2019ils arrivent ici, les gens du Nord ne sont pas habitués à ce que tout, et en particulier les drogues et l\u2019alcool, soit si facile à se procurer.» Selon Harrington, les Inuits ont aussi traditionnellement une personnalité plus timide, plus sensible, et leur système est peut-être plus vulnérable aux drogues et à l\u2019alcool.«Ils sont gênés et hésitent à demander de l\u2019aide.Ce qui fait qu\u2019ils se débrouillent souvent comme ils le peuvent», dit-il.Reste qu\u2019il faudra que tous s\u2019y fassent: les Inuits sont à Montréal pour de bon, ajoute Donat Savoie.Et ce n\u2019est pas la première fois que le déménagement d\u2019un centre dédié à une clientèle itinérante pose des problèmes.Marjolaine Despars, du KAP-SIM, se souvient des remous qu\u2019avait causés le déménagement du centre Cactus, qui distribue des seringues aux toxicomanes, ou encore celui du refuge des jeunes.Pourtant, tant dans le cas de Cactus que dans le cas du refuge des jeunes, l\u2019aménagement en de nouveaux lieux s\u2019est finalement très bien passé.«Dans le cas du refuge des jeunes, il y avait des craintes de certains résidants et de certains élus», dit-elle.Mais en général, les organismes tentent de s\u2019établir près de la clientèle qu\u2019ils desservent.Ils peuvent ainsi devenir un acteur important du quartier où ils s\u2019établissent et devenir une référence pour les résidants.Selon M\u201c® Despars, la ville de Montréal comptera bientôt un centre de répit et de dégrisement pour la clientèle trop intoxiquée pour fréquenter les refuges ou pour les personnes qui sont non grata dans ces refuges.Ce centre devrait voir le jour d\u2019ici la fin de l\u2019année.Mais à ce jour, le RAPSIM a convenu avec la Ville de ne pas dévoiler le lieu de ce centre de répit et de dégrisement, précisément pour ne pas attiser l\u2019inquiétude des résidants des alentours.Le Devoir FENÊTRE SUITE DE LA PAGE B 1 fortune soudains ne sont jamais à écarter.11 y a des clubs qui parviennent à se maintenir presque constamment dans les hautes sphères : Detroit, Boston, New Jersey.Qn en retrouve d\u2019autres pour lesquels rien ne semble y faire : les Islanders, Columbus, Atlanta/Winnipeg.Mais en situation de plafond salarial, la plupart des formations suivent des cycles, et il faut parfois accepter de toucher le fond du baril pour se donner une poussée vers le haut et profiter de la «fenêtre d\u2019occasion» qui peut mener à un championnat et qui se referme parfois brutalement.Cette réalité, Marc Bergevin est mieux placé que quiconque pour la connaître.Ces sept dernières années, il a occupé divers postes au sein de la direction des Blackhawks de Chicago.Pendant la première moitié de la décennie 2000, les Hawks ont été passablement médiocres malgré leur superbe chandail.Mais l\u2019incurie de l\u2019équipe, qui avait éloigné nombre de ses partisans avant que Rocky Wirtz ne succède à son défunt père comme propriétaire, a fini par porter fruits.Car il en va du repêchage ama-tepr universel comme du salut des âmes dans l\u2019Évangile selon saint Matthieu, chapitre 20, verset 46: les derniers seront les premiers, et tout ça.Qr, si les Hawks ont fait une récolte ordinaire dans une classe de 2004 elle-même passablement ordinaire avec Cam Barker, ils ont en revanche visé dans le mille en 2006 avec Jo- nathan Toews au troisième rang et en 2007 avec Patrick Kane en toute première place.La suite est bien connue : en 2040, les deux jeunes prodiges menaient leur clan à la Coupe Stanley, la première à Chicago depuis 4964, au bon vieux temps de Bobby Hull, Stan Mikita (d\u2019ailleurs ramenés dans le giron de l\u2019équipe par Wirtz fils), Pierre Pilote et Glenn Hall.Qn peut aussi observer un scénario similaire chez les Penguins de Pittsburgh.Certes, les Pens ont été vernis en 2005 lorsqu\u2019ils ont pu mettre la main sur Sidney Crosby \u2014 après le lockout, l\u2019ordre de sélection était déterminé strictement au hasard \u2014, mais ils avaient déjà suffisamment souffert pour pouvoir mettre le grappin sur Marc-André Fleury (f®\"^ en 2003), Evgeni Malkin (2® en 2004), et ils souffriraient encore assez pour s\u2019approprier Jordan Staal au deuxième rang en 2006.Avec un tel noyau, la coupe prendra le chemin de l\u2019ouest de la Pennsylvanie dès 2009.Les Qilers d\u2019Edmonton, eux, sont en attente de jugement.Ces deux dernières années, ils ont eu le tout premier choix à l\u2019encan, et ils ont acquis Taylor Hall et Ryan Nugent-Hopkins.Par les bienfaits de la loterie, ils parleront encore avant tous les autres le 22 juin à Pittsburgh et devraient sélectionner Nail Yakupov, le meilleur espoir junior.Ils sont encore bien jeunes, mais s\u2019ils ne figurent pas parmi les principaux prétendants à la Coupe Stanley d\u2019ici quatre ou cinq ans \u2014 quand ils seront dans leur «fenêtre» \u2014, les Qilers devront dresser un constat d\u2019échec.Dans la capitale mondiale du hockey, le Canadien ne peut évidemment s\u2019offrir le luxe de croupir très longtemps.Le Centre Bell a l\u2019habi- tude d\u2019être bondé, mais ses gradins se sont faits de plus en plus clairsemés à mesure que la saison progressait pour s\u2019achever en queue de poisson.La ferveur et l\u2019allégeance des croyants sont immenses, mais elles ne sont pas infinies.11 n\u2019y a qu\u2019à retourner une quinzaine d\u2019années en arrière pour voir que le soutien n\u2019est pas inconditionnel quand on traverse le désert.Marc Bergevin a déclaré qu\u2019il adorait travailler en équipe, qu\u2019il consultera beaucoup, mais qu\u2019au bout du compte, les décisions prises seront les siennes.Parmi celles-ci, on retrouvera au premier plan la nomination d\u2019un nouvel en-traîneur-chef et le précieux troisième choix au prochain repêchage.Pour le Canadien, il s\u2019agit de la position la plus élevée depuis le triste épisode de 4980 alors que, personne à Montréal ne l\u2019a oublié, il détenait la première place et avait opté pour Doug Wickenheiser même si des gars comme Denis Savard, Larry Murphy et Paul Coffey étaient disponibles.Plus on sélectionne haut, moins les risques de se tromper sont élevés, mais plus l\u2019erreur est coûteuse.Et remarquée.Et discutée.Et on a affaire à un jeune homme de 48 ans qui devra poursuivre sa progression sous une pression épouvantable.Certains la chérisssent.D\u2019autres en suffoquent.L\u2019arrivée du nouveau d.g.marque un changement de ton et d\u2019atmosphère.Reste à voir combien de temps il faudra pour ramener cette «culture gagnante» au sein d\u2019une organisation au passé lointain illustre mais qui a plus récemment peiné à se donner une identité.Les prochains mois ne devraient pas manquer de piquant.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2012 B 3 PERSPECTIVES A la recherche de son identité Le Parti libéral du Canada est coincé entre une droite décomplexée et une gauche assumée Cette semaine, le Parti libéral du Canada a ouvert ses portes aux partisans, sorte de militants «light» qui pourront participer, eux aussi, au choix du futur chef.Objectif?Décloisonner un parti longtemps considéré comme un club privé et qui trouve de moins en moins sa place sur un échiquier politique canadien plus que jamais polarisé entre gauche et droite.HÉLÈNE BUZZETTI Correspondante parlementaire à Ottawa Depuis mercredi, quiconque se sent un tant soit peu interpellé par une ou plusieurs idées émises par le Parti libéral du Canada (PLC) peut adhérer à la formation à titre de «partisan».Contrairement à un militant à part entière qui doit payer sa carte de membre, le partisan n\u2019a rien à débourser.Il doit seulement fournir son adresse courriel et, si possible, faire connaître au parti les thèmes qui le branchent: environnement, défense nationale, fiscalité, etc.Les partisans ne pourront pas participer à la sélection du candidat libéral de leur circonscription, mais ils pourront voter lors de la prochaine course au leadership.Le PLC espère ainsi mieux connaître les gens susceptibles de voter pour eux.Il espère surtout obtenir de ces gens leur son de cloche et ainsi s\u2019en inspirer dans l\u2019élaboration de ses prises de position.«Les Canadiens recherchent l\u2019authenticité, explique en entrevue au Devoir le nouveau président du Parti libéral, Mike Crawley.Peut-être que c\u2019est ça, la force de Stephen Harper.S\u2019ils croient que vous croyez en ce que vous défendez, ils seront plus enclins à vous appuyer.» Le but poursuivi avec les partisans, explique M.Crawley, est de se connecter aux gens.«La force du Parti réformiste dans les années 1990, c\u2019était qu\u2019il allait dans les cafés et les églises et permettait aux gens de se rencontrer et de discuter.[.] L\u2019idée derrière les partisans est exactement cela: créer une relation.On ne demande plus aux gens de devenir un membre juste pour assister à une rencontre, élire des représentants, applaudir un chef ou faire du bruit.On le leur demande pour connaître leurs idées et s\u2019en inspirer.Ce que nous faisons est un peu la version moderne de ce que Preston Manning a fait avec le Parti réformiste il y a 10 ou 15 ans, mais sur la base de valeurs différentes.» Le PLC se cherche une pertinence dans un contexte politique radicalement restructuré.Il a flirté avec la seconde place dans les intentions de vote tout l\u2019automne, tandis que le Nouveau Parti démocratique se cherchait un nouveau chef, mais Thomas Mulcair maintenant élu et bien en selle, le PLC est retourné dans la cave des sondages.Trois coups de sonde différents au mois d\u2019avril ont placé la formation de Bob Rae en troisième place, avec des appuis variant de 19 à 23% selon la maison.Gauche, droite La scène politique canadienne a changé depuis quelques années.Elle est écartelée entre une droite décomplexée et une gauche assumée, incarnées respectivement par le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique.Le politicologue Jean-Herman Guay, de rUniversité de Sherbrooke, affirme que cette situation n\u2019est pas propre au Canada.«Partout on voit cette polarisation croissante», affirme-t-il.Il attribue celle-ci en grande partie à la crise économique de 2008, qui a entraîné dans plusieurs pays occidentaux une augmentation subite et vertigineuse des dépenses publiques et des déficits qui s\u2019ensuivent, déficits auxquels les citoyens sont devenus allergiques depuis les années 1990.D\u2019où le retour de balancier brutal, avec compressions de toutes sortes.De même, l\u2019écart entre riches et pauvres s\u2019est accru à bien des endroits.«Les atouts de base sont donc en place pour voir renaître cette polarisation traditionnelle», explique M.Guay.Selon Jean-Herman Guay, la personnalité de Stephen Harper, et le ton qu\u2019elle a imprégné à sa formation, est aussi pour beaucoup dans cette polarisation croissante de la scène politique fédérale.«Ils ont réalisé que d\u2019avoir un propos plus net, plus campé, pouvait être électo-ralement rentable.Et à ce moment-là, les adversaires ne peuvent plus être centristes.Alors, on voit au Canada s\u2019affaisser le centre.On a tous déjà vécu cela lorsqu\u2019on est en discussion avec quelqu\u2019un qui affirme durement ses propos; on est presque obligés d\u2019affirmer très durement notre propos pour faire contrepoids.La logique argu- CHRIS WATTIE REUTERS Bob Rae a fort à faire pour remettre le PLC sur pied.mentaire mène l\u2019un et l\u2019autre à se polariser.» C\u2019est justement là-dessus que table le NPD.«Nous n\u2019avons pas une approche de la division, mais la division de Stephen Harper, effectivement, nous a profité depuis un certain temps, explique un stratège néodémocrate qui ne veut pas être nommé.Elle a permis d\u2019offrir un choix clair aux électeurs.La polarisation à long terme a des effets négatijs, donc on ne veut pas l\u2019accentuer, mais elle nous permet d\u2019avoir le dessus sur le Parti libéral.» Ce stratège explique que l\u2019objectif est maintenant d\u2019attirer au NPD les électeurs libéraux restants.Personne, dit-il, ne peut croire que le Parti libéral du Canada et ses maigres 35 députés seront en position de former le prochain gouvernement en 2015.«Est-ce que les électeurs libéraux peuvent se permettre d\u2019attendre encore quatre ou cinq ans avec Stephen Harper au pouvoir?Non.Et la porte qui est ouverte en ce moment, c\u2019est la porte orange.» C\u2019est d\u2019ailleurs le message qu\u2019a livré Thomas Mulcair dans son discours mercredi, soulignant le premier anniversaire de l\u2019élection du 2 mai.«Nous tendrons la main aux Canadiens progressistes d\u2019un océan à l\u2019autre.Un producteur de blé de Melfort, en Saskatchewan, et un pêcheur à Gaspé ont plus en commun avec l\u2019autre qu\u2019avec le gouvernement actuel.Nous unirons les progressistes de tous les horizons sous la bannière du NPD.» Socialiste, mais novateur Samedi dernier, un sondage de la firme Nanos a fait état des mots avec lesquels les électeurs décriraient les principaux partis politiques fédéraux s\u2019ils pouvaient n\u2019en choisir qu\u2019un seul.Le NPD s\u2019en est tiré avec le plus grand nombre de qualificatifs positifs: «bienveillant», «nouveau», «novateur», «digne de confiance».«A part 15 % de l\u2019électorat qui est vraiment à gauche et 15 % qui est vraiment à droite, les élec- « Est-ce que les électeurs libéraux peuvent se permettre d\u2019attendre encore quatre ou cinq ans avec Stephen Harper au pouvoir?» leurs sont plutôt au centre, et ils n\u2019hésitent pas à passer d\u2019un parti à l\u2019autre pour autant que tu sois compétent, ajoute le stratège néodémocrate.Notre objectif est donc de projeter une image de compétence, d\u2019une opposition sérieuse, structurée, forte.C\u2019est pour cela qu\u2019on ne nous entendra pas demander la démission du premier ministre tous les trois jours.» Une allusion à peine voilée à Bob Rae, qui a demandé celle de Stephen Harper le mois dernier en lien avec l\u2019imbroglio des F-35.Le Parti conservateur prend acte de cette dynamique.Depuis une dizaine de jours, la formation envoie aux journalistes un communiqué de presse \u2014 différent chaque fois \u2014 s\u2019en prenant à un des membres du cabinet fantôme néodémocrate.«M.Mulcair a choisi une équipe qui brandit la menace de dangereuses expérimentations économiques et qui croit que le Canada a besoin d\u2019un fardeau fiscal plus lourd, de déficits plus élevés et de pertes d\u2019emplois et de prospérité», est-il écrit.Nathan Cullen a goûté à la médecine, tout comme Brian Masse, Charlie Angus, Peggy Nash, Irene Ma-thyssen et Peter Julian.Leur crime ?Pour l\u2019un, de vouloir limiter le développement des ressources naturelles; pour un autre, de faire la promotion d\u2019un manufacturier automobile étatique.M\u201c® Mathyssen est une « activiste syndicale» qui a fait partie du gouvernement néodémocrate ontarien de Bob Rae, tandis que Peter Julian affiche des réticences envers les accords de libre-échange.Le NPD se moque de ces attaques, d\u2019autant plus qu\u2019elles n\u2019ont trouvé aucun écho jusqu\u2019à présent.En outre, le parti note que les conservateurs ne s\u2019en sont pas encore pris à Thomas Mulcair, sept semaines après son élection.«Ils ne savent pas quoi dire à propos de nous et notre objectif, c\u2019est de ne pas leur donner de poignée.» Le Devoir PRÉSIDENT SUITE DE LA PAGE B 1 d\u2019une véritable «révolution fiscale».Selon lui, le système fiscal français, qui exonère notamment de nombreux revenus du capital, est devenu dégressif et pèse donc plus sur les bas revenus que sur les hauts revenus.De plus, selon l\u2019économiste, en France, les revenus du travail stagnent alors que ceux du patrimoine augmentent.Cela n\u2019empêche pas les deux candidats de demeurer vagues sur les réductions de budgets précises qu\u2019ils feront une fois élus.François Hollande se distingue de Nicolas Sarkozy en refusant de s\u2019engager sur un retour à l\u2019équilibre dans le cas où les prévisions de croissance seraient beaucoup plus faibles que prévu.Un engagement qu\u2019a pris Nicolas Sarkozy, mais qui n\u2019impressionne guère les économistes, qui se doutent bien que le président ne pourra pas lui non plus tenir ses promesses s\u2019il n\u2019y a pas au moins un peu de croissance.Nicolas Sarkozy n\u2019avait-il pas inauguré son mandat en 2007 en demandant à l\u2019Europe un report des objectifs français de réduction du déficit?Il faut donc savoir gré à François Hollande d\u2019avoir remis à l\u2019ordre du jour français et européen l\u2019objectif de la croissance.Comme l\u2019écrit l\u2019économiste de l\u2019Institut de hautes études internationales et du développement à Genève Charles Wyplosz, «aujourd\u2019hui, en pleine récession, l\u2019austérité est criminelle car source d\u2019aggravation de la récession ».Mais il ajoute aussitôt que, «sur le long terme, il faudra bien faire baisser la dette et donc pratiquer la discipline budgétaire ».Le candidat socialiste a aussi déclaré vou- loir financer la dette grâce à l\u2019épargne des Français.Un pays comme le Japon a beau être l\u2019un des trois plus endettés du monde, son taux d\u2019emprunt sur dix ans n\u2019est que de 1 %.Or le Japon ne fait appel qu\u2019à des investisseurs nationaux et aux ménages japonais.L\u2019idée tombe bien puisque la France a un des taux d\u2019épargne parmi les plus élevés au monde (16,8%) et qu\u2019il n\u2019a jamais été aussi haut depuis 1983.L\u2019Italie l\u2019a bien compris, qui vient de lancer un grand emprunt en direction des particuliers afin de financer sa dette.On estime que, si la France faisait de même, elle pourrait facilement drainer 100 milliards d\u2019euros.Mais, le danger de cette solution intéressante, selon les économistes, c\u2019est encore de reporter à plus tard la discipline budgétaire.On y revient toujours.Le Devoir La fenêtre Michel é David Les contradictions entre les sondages de CROP et de Léger Marketing sont devenues un véritable classique de la politique québécoise.Les libéraux vous diront que Léger Marketing a toujours été une boîte séparatiste, tandis que les péquistes croient dur comme fer que CROP fait tout pour favoriser le PLQ, même si c\u2019est maintenant le sondeur de la Coalition avenir Québec.Les experts de ces honorables maisons trouveront sûrement de savantes explications au fait que le taux d\u2019insafisfacfion à l\u2019endroit du gouvernement Charest demeure au niveau record de 76%, selon Léger Marketing, alors qu\u2019il a chuté à CI %) \u2014 une baisse de 6 points \u2014 selon CROP.À y regarder de plus près, il est cependant clair que le gouvernement Charest a tiré le meilleur parti de la grève étudiante.Certes, 69% de ceux qui ont répondu au sondage de Léger Marketing estiment qu\u2019il a mal géré la crise, mais cela semble une évidence après 12 semaines.Le plus important est que la grande majorité \u2014 68% selon CROP \u2014 appuie sa position sur la hausse des droits de scolarité plus que celle des associations étudiantes.Au total, la situation du PLQ s\u2019est nettement améliorée depuis le début du conflit.Selon CRQP, le pard a augmenté son avance sur le PQ de 2 à 6 points au cours du dernier mois ; selon Léger Marketing, son retard a été réduit de 6 à 3 points.La tendance est donc favorable aux libéraux.L\u2019autre bonne nouvelle est que les deux maisons ont enregistré un rétrécissement de l\u2019écart entre le PQ et la CAQ, ce qui risque d\u2019accroître encore la division du vote francophone au profit du PLQ.Au cours des derniers jours, l\u2019entourage du premier ministre Charest a fait de gros efforts pour calmer la frénésie électorale, mais il avait fait la même chose en 2008.Déclencher des élections en pleine crise serait peut-être «grotesque», mais un règlement dramatique qui permettrait de sauver la session in extremis ouvrirait une fenêtre bien tentante.M.Charest avait le devoir de tout tenter pour trouver un compromis, mais la convocation d\u2019une rencontre au sommet hier, quelques heures avant l\u2019ouverture du conseil général du PLQ, donnait aussi l\u2019impression qu\u2019il n\u2019avait pas renoncé définitivement à un scrutin printanier.L\u2019électorat craint par-dessus tout le désordre.Les manifestations à répétition, les vitrines fracassées, les injonctions non respectées génèrent une insécurité qui incite généralement la population à appuyer les autorités en place.Cette insécurité risque cependant de disparaître rapidement avec les chaleurs apaisantes de l\u2019été.La fenêtre pourrait donc se refermer brutalement pour ne plus se rouvrir.Ce qui amènerait bien des libéraux et M.Charest lui-même à se demander s\u2019il est toujours l\u2019homme de la situation.Depuis des semaines, la grève étudiante a presque monopolisé l\u2019espace médiatique, mais les raisons qui avaient fait dégringoler les libéraux dans les sondages n\u2019ont pas disparu pour autant et la commission Charbon-neau viendra bientôt les rappeler.Qn peut également compter sur les partis d\u2019opposition pour qu\u2019on n\u2019oublie pas les cocktails-bénéfice organisés par les firmes de génie-conseil ou le petit-déjeuner de Line Beauchamp auquel un caïd de la mafia avait été convié.Le PLQ aurait beau remporter des élections partielles dans Argenteuil et Lafontaine, l\u2019automne demeure très incertain.Les raisons qui avaient fait dégringoler les libéraux dans les sondages n\u2019ont pas disparu Pour une fois, les projecteurs ne seront pas braqués sur le conseil national du PQ, qui risque d\u2019être totalement éclipsé par le conseil général du PLQ.Les péquistes ne s\u2019en plaindront pas, mais ce calme inhabituel n\u2019est qu\u2019à demi rassurant.L\u2019image de la « dame de béton» n\u2019a pas résisté à la crise étudiante.Au cours des dernières semaines, M\u201c® Marois a plutôt donné l\u2019impression d\u2019être faite en caoutchouc.L\u2019ambiguïté de sa position sur la hausse des droits de scolarité, son hésitation à condamner clairement les manifestations de violence, son refus d\u2019inviter les étudiants à retourner en classe ont ravivé le souvenir d\u2019une époque pas si lointaine où elle n\u2019arrivait pas à se brancher.Entre une hausse des droits de scolarité et un véritable gel, sans parler de la gratuité complète préconisée par Québec solidaire, la chef du PQ a encore opté pour une position mi-chair, mi-poisson.Quelle impression restera : celle du béton ou celle du caoutchouc ?Pour le moment, le résultat est que François LegaulL qui n\u2019a pas hésité à afficher clairement son appui à la hausse des droits et son refus de reconnaître la CLASSE comme interlocuteur valable, est maintenant perçu comme aussi apte que M\u201c® Marois à assumer les fonctions de premier ministre.Les deux sondages d\u2019hier placent toujours la CAQ en troisième place, mais elle devrait pouvoir profiter d\u2019une éventuelle désaffection pour l\u2019un ou l\u2019autre des «vieux partis».Très rares sont les libéraux déçus qui décideraient de passer au PQ ou vice-versa.Dans les deux cas, la CAQ peut cependant offrir une solution de remplacement acceptable.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 MAI 2012 EDITORIAL SNC-LAVALIN L\u2019arrogance des puissants Contrairement à l\u2019impression qu\u2019a pu laisser l\u2019assemblée annuelle des actionnaires qui s\u2019est tenue jeudi, à Toronto, SNC-Lavalin n\u2019est pas sortie de l\u2019auberge.Il est même très surprenant, voire irresponsable de la part de l\u2019actionnariat majoritaire d\u2019avoir renouvelé en bloc, sans discussion, le mandat de tous les membres du conseil d\u2019administration qui ont pourtant leur part de responsabilité dans cette crise.A Jean-Robert Sansfaçon la sortie de l\u2019assemblée, jeudi, un actionnaire de SNC-Lavalin répondait au journaliste de Radio-Canada que la quête de sensationnalisme expliquait l\u2019attention portée par les médias aux malheurs de l\u2019entreprise.Voilà le genre de réaction typique d\u2019une fraction malheureusement non négligeable du milieu financier pour qui soulever un scandale ne fait que nuire aux affaires.C\u2019est ce même raisonnement qui a conduit la haute direction de SNC-Lavalin à demander à son président, Pierre Duhaime, de quitter ses fonctions, les poches pleines des 5 millions d\u2019une allocation prévue à son contrat, au lieu de le congédier purement et simplement.Et que dire de cette autre décision de mettre fin à l\u2019enquête interne avant que toute la lumière ait été faite sur la disparition d\u2019au moins 56 millions?Pourtant, comme le président par intérim, lan Bourne, a lui-même laissé entendre, il ne serait pas surprenant d\u2019apprendre tôt ou tard que les enquêtes policières sont parvenues à déterrer de nouveaux squelettes.Que sait-on à la direction de SNC que l\u2019on ose rendre public ?Va-t-on encore longtemps répéter que le versement de ces millions à des 1 \\\ttiers pour décrocher des contrats était une -\tpratique tout à fait marginale au sein de l\u2019en- treprise?Si même le président et chef des opérations était au courant, d\u2019autres devaient aussi savoir.Comme c\u2019est presque toujours le cas lors de la grand-messe annuelle des sociétés publiques, quelques rares actionnaires ont osé affronter la direction de SNC-Lavalin, jeudi dernier.La Caisse de dépôt et placement, qui détient 6% des actions, s\u2019est contentée de faire parvenir une lettre dans laquelle elle exprime son «malaise», alors que Stephen Jarilowsky, le président de Jarilowsky Fraser qui détient 14% de SNC, s\u2019est montré plus incisif dans les jours qui ont précédé en accusant le conseil de ne pas avoir fait son travail.Alors, pourquoi avoir consenti au renouvellement en bloc des membres du conseil?SNC-Lavalin n\u2019est pas seulement une grande entreprise nationale.C\u2019est aussi l\u2019une des plus grandes firmes de génie au monde avec des activités dans une centaine de pays et un carnet de commandes de plus de 10 milliards.Si elle ne ressent pas encore les effets de ce scandale sur ses affaires, cela ne tardera pas puisque viendra un jour où ses clients, souvent des gouvernements, devront eux-mêmes répondre de leurs choix devant leurs citoyens.Sans oublier les concurrents qui ne manqueront pas de sortir ce joker de leur jeu ! Et compte tenu de la place qu\u2019occupe SNC sur la scène internationale, plusieurs sociétés canadiennes actives à l\u2019étranger subiront à leur tour les contrecoups de ses déboires.Cette semaine, la direction de SNC s\u2019est voulue rassurante en affirmant que tous les moyens avaient été mis en œuvre pour corriger la situation.On voudrait le croire, mais compte tenu des nombreuses révélations entourant les méthodes utilisées par les grandes sociétés en quête de mandats gouvernementaux, il faudra plus qu\u2019une déclaration pour s\u2019en convaincre.ÉLECTIONS À DATE FIXE Pourquoi pas au Québec ?Bernard Descôteaux e gouvernement Charest approchant de la fin de son mandat de quatre ans, des élections peuvent être déclenchées à tout moment.Chaque geste du premier ministre est désormais analysé sous cet angle.Ainsi, J le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont vu dans la tenue d\u2019une réunion du Conseil général du ^arti libéral de ce week-end un indice certain de l\u2019imminence d\u2019un scrutin.La chose apparaissait d\u2019autant plus vraisemblable que s\u2019approfondissait de jour en jour l\u2019impasse où se trouve le conflit opposant le gouvernement aux fédérations étudiantes.Que fera Jean Charest?Il pourrait de fait prendre prétexte de ce conflit, si l\u2019impasse persiste, pour déclencher des élections.Il pourrait, par contre, pro-^\t\u2014 longer son mandat d\u2019une autre année, puisque \"\" ce dernier est légalement de cinq ans.Ce qui r '\test toutefois certain, c\u2019est que tout ce que le gouvernement et l\u2019opposidon feront désormais aura une couleur électorale.Les uns et les au-¦\t- -\"N.i ™ très se prêteront sans cesse des intentions, comme ce reproche fait au premier ministre d\u2019avoir tenu la ligne dure face aux étudiants pour se faire du capital politique.Etant assuré dès lors d\u2019avoir le pire de la politique partisane, aussi bien souhaiter avoir des élections le plus tôt possible.Ce serait bien différent si nous avions des élections à date fixe.Périodiquement, cette idée refait surface; hier, c\u2019était la CAQ qui la mettait à son programme, mais sans qu\u2019elle trouve jamais preneur.Les premiers ministres québécois, les péquistes comme les libéraux, n\u2019ont jamais voulu se priver de l\u2019avantage que leur confère le privilège de choisir la date des élections.Leur argument n\u2019est pas aussi trivial.A leurs yeux, ce serait limiter le pouvoir d\u2019un chef de gouvernement de faire appel au peuple pour dénouer des situations de crise.Il faut leur opposer que l\u2019effet véritable d\u2019élections à date fixe serait de forcer un premier ministre à gouverner autrement.Lors d\u2019une crise, force leur serait de tout faire pour la dénouer.Dans le cas de la grève des étudiants, les libéraux auraient été forcés sans doute de gérer différemment ce conflit, sachant qu\u2019il n\u2019y a pas de fuite en avant possible.Et ça fonctionne.Le gouvernement McGuinty en Qntario s\u2019est ainsi rendu au terme de son mandat de quatre ans sans problème.Le fait de ne pas avoir le privilège de choisir la date du scrutin ne l\u2019a pas empêché de se faire réélire.Pourquoi ce qui est bon ailleurs ne le serait-il pas au Québec ?LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOFARO u\u20ac (TRi /vtwwCH- LETTRES Droits de scolarité et taux de fréquentation Depuis le début de la grève étudiante, plusieurs affirment que les Québécois sont moins nombreux que certains de leurs compères canadiens (en particulier çeux de î\u2019Qntario et de la Nouvelle-Ecosse) à fréquenter l\u2019université malgré les plus faibles droits de scolarité universitaire au Québec.Mais cette affirmation est trompeuse, tel que le démontre une récente étude de l\u2019IRIS.Bien que le taux de fréquentation pniver-sitaire en Qntario et en Nouvelle-Ecosse soit supérieur au taux de fréquentation au Québec, cette différence s\u2019explique par l\u2019existence et la quasi-gratuité du cégep au Québec.Plusieurs Québécois choisissent en effet d\u2019obtenir un diplôme professionnel plutôt que d\u2019aller à l\u2019université, ce qui n\u2019est pas possible ailleurs au Canada.Par ailleurs, la plupart des baccalauréats dans les autres provinces durent quatre ans au lieu de trois comme c\u2019est le cas au Québec, ce qui gonfle artificiellement le taux de fréquentation universitaire hors Québec.Veronica Ponce Montréal, le 3 mai 2012 De la poudre aux yeux ?Le gouvernement du Québec a rendu publique le 3 mai sa nouvelle politique «Vieillir et vivre ensemble».La lecture attentive des 200 pages du document laisse l\u2019impression d\u2019un catalogue de projets en cours, agrémenté d\u2019un festival de lieux communs et de vœux pieux.En résumé, continuons notre bon travail.Ce n\u2019est pas dans ce document que les aînés trouveront les réponses aux questions concrètes qui les taraudent : le gouvernement mettra-t-il fin à la fermeture de lits en CHSLD et en créera-t-il plutôt de nouveaux?Le gouvernement mettra-t-il un terme à sa politique de privatisation des services (comme la création de ressources intermédiaires, des établissements qui sont gérés par le secteur privé) où la frugalité des salaires entraîne des condîtîons défavorables à la qualité des services ?Le gouvernement lnvestlra-t-11 réellement des sommes nouvelles dans les services à domicile publics ou s\u2019il se contentera, comme maintenant, de faire des annonces répétitives sans mise en œuvre réelle sur le terrain ?Le document est plombé au départ par le manque de crédibilité du gouvernement.Qn y constate un saupoudrage de mesures diversifiées pour satisfaire des clientèles spécifiques qui ne seront finalement pas dupes.Et la ministre Marguerite BÎais de continuer à sourire, caution gentille d\u2019un gouvernement complètement dépassé par la conjoncture.Jacques Fournier Montréal, le 4 mai 2012 Carré blanc Carré rouge d\u2019un côté, carré vert de l\u2019autre.Ne serait-il pas temps de sortir le carré blanc?Un carré qui symboliserait la nécessité de faire une pause dans cette agitation qui n\u2019en finit plus.Le temps, surtout, d\u2019avoir une « discussion nationale » sereine sur le rôle et la place que nous voulons faire à l\u2019éducation postsecondaire au Québec.Une discussion qui, à la base, mettrait l\u2019accent sur les valeurs (investiss,ement personnel ou d\u2019une société?).A partir de là, on pourrait plus facilement s\u2019orienter vers un «modèle d\u2019affaires».Eric Alvarez Québec, le 4 mai 2012 REVUE DE PRESSE Un anniversaire mi-amer MANON CORNELLIER Le gouvernement Harper a célébré cette semaine le premier anniversaire de son mandat majoritaire.Les bilans se sont multipliés, allant du plus positif au plus sévère.Sur le site de nouvelles iPolitics, Lawrence Martin note que les commentateurs n\u2019arrivent pas à s\u2019entendre.Harper est-il un conservateur modéré ou un homme en train de transformer le Canada?Prises une à une, la plupart de ses décisions ne laissent entrevoir aucun changement dramatique, convient Martin.Il se range cependant derrière ceux qui disent que, «prises ensemble, les initiatives de Harper ont, au fil du temps, une profondeur et un souffle qui redessinent les contours du pays».Examinant la chose sous l\u2019angle des politiques et de l\u2019éthique, Martin écrit: «En malière de politiques, ce premier ministre \u2014 un cauchemar pour les progressistes \u2014 est un joueur astucieux, doté d\u2019une détermination en béton et qui sait comment marquer des points.En matière d\u2019éthique et de moralité, et cela est bien documenté, il déshonore le processus démocratique.Ses méthodes matraques pourraient bien finir par le mener à sa perte et à celle de son parti.Bien qu\u2019il manque totalement de scrupule en matière de processus, il sait quand ne pas pousser trop loin en matière de politiques.Il modère les compressions, répudie ceux qui veulent rouvrir le débat sur l\u2019avortement, modifie son approche à l\u2019égard de la Chine, se range derrière ceux qui s\u2019opposent à la prise de contrôle étrangère du secteur de la potasse.Mais le bilan résonne.Le but d\u2019un chef conservateur est de rendre ce pays plus conservateur.A cette aune, qui peut nier le succès de Harper?» Justice, défense, environnement, politique étrangère, fiscalité, immigration, patriotisme, relations fédérales-provinciales, Martin fait le décompte pour finir en rappelant que ce n\u2019est pas fini.Andrew Coyne, de Postmedia News, note lui aussi les jugements disparates, mais il croit que cela arrange le gouvernement.Ce dernier ne veuf pas qu\u2019on pense qu\u2019il suit un grand plan.A cet égard, il fait preuve de continuité, même si la direction s\u2019est affermie avec l\u2019obtention d\u2019une majorité, dit Coyne.«Tout est furtif et indirect, surprise et ambiguïté, comme avant.Les grands changements, quand il y en a, sont faits soudainement, nonchalamment, sans avertissement ni justification, comme s\u2019ils étaient sans importance: enterrés dans un projet de loi omnibus, déballés en comité, dévoilés en fin de période des questions, largués sur la table d\u2019une conférence des premiers ministres provinciaux.Le plus près d\u2019un énoncé de vision est venu lorsque le premier ministre a jonglé de façon quasi indéchiffrable sur la nécessité de réformer les pensions, et ce, depuis les Alpes suisses.» Quel Parlement?Même si des changements importants ont lieu, ils échappent souvent à l\u2019attendon du public.« Ce gouvernement est peut-être majoritaire, mais il agit encore comme s\u2019il était minoritaire; sauf que ce n\u2019est plus l\u2019opposition qu\u2019il tente de déjouer, mais le public», poursuit Cojme, cinglant.Il rappelle que, par le passé, les gouvernements présentaient des livres verts ou blancs pour lancer les discussions, mais ce gouvernement, dit-il, «n\u2019a que faire de gagner les coeurs et les esprits.Sa stratégie est de mener une série de raids rapides, de neutraliser l\u2019opposition et de couper les vivres aux groupes de la société civile plutôt que de tenter de rallier le public derrière lui».Coyne prévient que le public risque toutefois de devenir moins indulgent envers ce gouvernement quand il se rendra compte qu\u2019on se moque de lui.Pour sa part, il est tout simplement furieux depuis le dépôt du projet de loi budgétaire, qu\u2019il a dénoncé dans un texte féroce.Il a d\u2019ailleurs été le premier chroniqueur canadien-anglais à s\u2019indigner de son caractère omnibus, à y voir un abus du processus parlementaire et une confirmation de la perte de pouvoir des élus.John Ivison, du National Post, note que Harper décriait, à une autre époque, le recours à des projets de loi omnibus, y voyant un geste contraire aux conventions et aux traditions parlementaires.Il n\u2019en a que faire aujomd\u2019hui, au point même de limiter le débat sur le projet de loi budgétaire et, du coup, la capacité des députés de demander des comptes et de l\u2019étudier correctement.«On se demande: à quoi sert le Parlement?Tant qu\u2019à y être, pourquoi pas un seul projet de loi, une fois par année, que les députés pourraient examiner en vitesse avant de retourner dans leurs circonscriptions pour assister aux cérémonies d\u2019ouverture de supermarchés et aux barbecues du club Rotary?» Ivison veut bien croire que plusieurs des changements insérés dans ce projet de loi sont les bienvenus, mais rien ne justifie le procédé.Ils devraient être présentés séparément pour permettre aux députés et aux comités appropriés de les étudier.«Comme M.Harper l\u2019a déjà dit: \u201cDans l\u2019intérêt de la démocratie, je demande comment les députés peuvent représenter leurs commettants dans ces nombreux dossiers quand ils sont forcés de voter en bloc pour une loi semblable?\u201dDommage qu\u2019il ait changé de chanson depuis qu\u2019il a été élu à la plus haute fonction au pays.» mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 MAI 2012 B 5 IDEES -\t»L\t\u2022¦\u2022'\u2019* \u2019¦ '< '4.-^ If Î.2Ï1& \u2018üt.-IV IJ -\u2019-et Il faut donner aux aînés en perte d\u2019autonomie un veritable choix d\u2019obtenir des services a la maison avec un financement public.VIEILLIR ET VIVRE ENSEMBLE Trop peu trop tard REJEAN HEBERT Gériatre et professeur titulaire à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l\u2019Université de Sherbrooke et candidat du PQ dans Saint-François Le gouvernement libéral vient de lançer sa politique Vieillir et vivre ensemble.A titre de coprésident de la Consultation publique sur les conditions de vie des aînés en 2007, j\u2019avais réclamé l\u2019élaboration d\u2019une politique sur les aînés et le vieillissement.Plusieurs années plus tard, le gouvernement s\u2019exécute en fin de mandat et à la veille d\u2019une élection générale.Force est de constater que le résultat est décevant.Cette «politique» ressemble beaucoup plus à un catalogue des actions gouvernementales déjà engagées présenté sous un enrobage accrocheur.Outre quelques nouveaux programmes à peine esquissés, la «politique» énumère des programmes déjà implantés ou des actions qui seront relancées après avoir stagné faute de financement.On nous promet encore une fois l\u2019injection d\u2019argent sur une planification de cinq ans où l\u2019essentiel des engagements se retrouve en fin de période budgétaire.En outre, les investissements, présentés de façon astucieuse en les cumulant sur cinq ans, ont pour la plupart déjà été annoncés.Manque de vision Le principal défaut de cette «politique» est le manque de vision et d\u2019intégration des actions.Une vrai politique doit être tournée vers l\u2019avenir et présenter un plan gouvernemental intégré.Rien de cela dans cette «politique», qui ressemble plus à une courtepointe qu\u2019au panorama attendu pour faire face aux défis du vieillissement de la population.11 y en a pour tout et pour tous.Au chapitre des soins et services aux personnes en perte d\u2019autonomie, on dit prioriser les soins à domicile alors que les investissements en ce domaine ont été insuffisants pour assurer des services de qualité (dixit la Protectrice du citoyen).On nous promet encore des investissements qui, s\u2019ils se réalisent, devraient porter ce poste budgétaire à un maigre 3% de l\u2019enveloppe de la santé et des services sociaux.Et ici, pas d\u2019argent neuf puisque ces sommes proviennent de l\u2019augmentation annuelle de 5% du budget de la santé déjà annoncé et de l\u2019inéquitable cotisation santé.Structure du financement Dans un même élan, on continue à investir dans la solution institutionnelle qui restera à terme largement prédominante.Prioriser vraiment les soins à domicile, c\u2019est non seulement investir massivement dans ce secteur, mais aussi et surtout modifier la structure du financement pour donner aux aînés en perte d\u2019autonomie un véritable choix d\u2019obtenir des services à la maison avec un financement public.11 serait sans doute préférable d\u2019implanter au Québec une assurance autonomie publique dotée d\u2019une caisse spécifique, comme l\u2019ont fait avec succès de nombreux pays européens et asiatiques.La «politique» est presque muette sur la question cruciale de la formation des travailleurs et professionnels oeuvrant auprès des personnes âgées vulnérables.11 est urgent de définir les compétences des personnes assurant les soins et services aux aînés et de former le personnel de nos établissements.Le saccage des budgets de formation au cours des dernières années a creusé un écart inquiétant entre les bonnes pratiques reconnues et la compétence du personnel.La formation est un élément essentiel, non seulement pour assurer la qualité des services, mais aussi pour attirer et retenir le personnel dans ce secteur d\u2019activités en forte croissance.Un système à deux vitesses Rien non plus pour corriger l\u2019iniquité flagrante causée par le développement anarchique des résidences privées d\u2019hébergement.Ces résidences accueillent sans évaluation préalable des personnes âgées en perte d\u2019autonomie et leur dispensent des services sans critères, sans normes tarifaires et sans contrôle de qualité.Des services qui, selon la politique précédente, «Chez soi, le premier choix», devraient être couverts par les soins à domicile du réseau public.On consacre plutôt le stratagème du crédit d\u2019impôt pour maintien à domicile qui finance avec les deniers publics et par la bande les résidences privées sans critères ni contrôle.On est ici dans un système à deux vitesses où les plus fortunés payent le gros prix pour des services alors que les autres doivent se contenter de soins à domicile insuffisants en attendant la solution inéluctable, l\u2019entrée en centre d\u2019hébergement et de soins de longue durée.Rien dans cette « politique » pour contrer la pauvreté des femmes âgées qui, même avec le supplément de revenu garanti, doivent «vieillir et vivre ensemble » sous le seuil de la pauvreté.Quand on sait que le revenu conditionne l\u2019alimentation, la participation sociale et la santé, on voit que les efforts de la «politique» pour améliorer l\u2019intégration et la nutrition des aînés resteront sans doute vains.Insuffisance et incohérence Pour les proches aidantes, qui assument la majorité des soins et réclament surtout des services en quantité suffisante, on n\u2019offre que de maigres programmes de répit.Pas de congé de compassion pour qu\u2019elles puissent au moins se consacrer à leur proche sans perdre leur emploi.On estime que l\u2019exode des femmes du marché du travail pour assumer un rôle de proche aidante coûte annuellement près de 100 millions de dollars au trésor public.Une telle politique était-elle nécessaire pour présenter l\u2019insuffisance et l\u2019incohérence des actions du gouvernement envers les aînés ?Après le Plan Nord, le gouvernement nous sert maintenant son Plan de l\u2019Âge d\u2019or.Espérons que les citoyens de tous les âges ne seront pas dupes.Le psychologue, le policier et le briqueteur ISABELLE GASCON Mère de sept enfants, Trois-Rivières eux contribuables amoureux \u2014 est-ce possible ! \u2014 allaient devenir parents.Et la fortune leur sourit car, d\u2019un coup, ils n\u2019eurent ni un ni deux, mais bien trois enfants ! Les géniteurs, pleins de bonté, accueillirent ces triplets ravissants, quoique bien différents.Prêtant serment de les éduquer, chacun selon son tempérament, ils les baptisèrent Pierre, Jacques et Jean.Bon.L\u2019heure est grave \u2014 et le talent absent ! Au diable les rimes : allons droit aux idées ! S\u2019ils avaient existé, les vers suivants auraient parlé de Pierre, garçon serviable et habile de ses mains, mais à ses études peu enclin.Et lorsque Pierre, à 16 ans, annonça à ses parents qu\u2019il souhaitait se faire briqueteur, ces derniers auraient répondu en choeur : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu con tribueras à la société.Sois briqueteur et sois-en un bon : toujours nous te sou tiendrons ! » Ici, j\u2019eûs placé quelques statistiques \u2014 pas très poétiques ! Diplôme d\u2019études professionnelles (DEP) : 1 an; entrée sur le marché du travail: 18 ans; salaire au début: 35000$; sa- laire à terme: 72000$.Et j\u2019aurais conclu la section sur Pierre à peu près comme suit: «Bien qu\u2019ayant automobile et cellulaire, et buvant même parfois de la bière, sa formation, les contribuables payèrent, conscients que, sans bri-queteurs et gens de métier, une société ne saurait se développer.» Puis, j\u2019aurais suivi la même sente pour vous parler de Jacques, jeune homme vif et décidé qui, au sortir du secondaire, annonça qu\u2019il souhaitait devenir policier.Alors, ses parents auraient repris leur petite ritournelle \u2014 la répétition a quelque chose de charmant: «Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société.Sois policier et sois-en un bon: toujours nous te soutiendrons ! » Puis, bla, bla, les statistiques.Diplôme d\u2019études collégiales (DEC) : 3 ans ; début d\u2019emploi : 20 ans et, pour le salaire.l\u2019équivalent de celui de Pierre ! Subtilement, j\u2019aurais martelé encore : «Bien qu\u2019ayant automobile et cellulaire, sa formation, les contribuables payèrent, conscients que, sans policiers et autres techniciens, une société risque ses lendemains.» Commencez-vous à me voir venir ?Pinalement, j\u2019aurais parlé de Jean, jeune homme intellectuel, chercheur de sens profond, qui passait des heures à faire ses leçons.Anticipant les sacrifices qu\u2019il imposerait à ses parents, c\u2019est honteusement qu\u2019il leur avoua vouloir devenir psychologue.Ses parents, justes et aimants, réitérèrent : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société.Sois psychologue et sois-en un bon : toujours nous te soutiendrons ! » Les parents sont souvent naifs, vous savez?Puis : neuf années d\u2019études postsecondaires à la ville ; premier emploi à 26 ans ; parents un peu fauchés et, pour lui, dette de plusieurs milliers de dollars, pour aboutir à un salaire.tout à fqit semblable à celui de ses frères ! Etrangement, pour Jean, je ne pourrais ajouter: «Bien qu\u2019ayant automobile et cellulaire.» parce que, pour ce bouc universitaire, ce p\u2019tit gâté, les citoyens en ont maintenant ras le bol de tout payer ! Alors, à l\u2019intention de ces contribuables sans amour, j\u2019aurais glissé une stance acerbe sur l\u2019aveuglement d\u2019un peuple pas même capable de se rendre compte que, sans ses universitaires, une société court aussi à la misère.Einalement, dégoûtée, j\u2019aurais conclu cette fable avec une morale du genre : «Ou bedon, bons parents, ne faites pas aimer l\u2019école à vos enfants; Ou bedon, bonne gens, élisez un gouvernement aimant.» Voilà! Fin de partie !¦ Denise Bombardier Le romantisme qui a enivré une partie de la jeunesse faisant de la rue ses espoirs, sa colère et son terrain de jeu politique, n\u2019a pas survécu au désordre social.Ne nous étonnons pas que les Québécois, dont on ne répétera jamais assez que, s\u2019ils flirtent volontiers avec une forme larvée de gauchisme, ils retrouvent toujours leur réflexe centriste quand ils voient poindre à l\u2019horizon un vent d\u2019anarchie, offrent 67 % d\u2019appuis au gouvernement sur la question des droits de scolarité.L\u2019opinion publique s\u2019est d\u2019abord laissé porter par ces défilés de centaines de milliers de jeunes, souriant, chantant, émus par la découverte de leur solidarité nouvelle.Leurs vingt ans faisaient envie à ceux qui ne les avaient plus et qui se grisaient à leurs côtés dans un désir fou de retourner en arrière dans ces combats qui avaient été les leurs au même âge.Dans ce premier stade de la crise, on oubliait volontiers que le gouvernement avait déjà l\u2019appui d\u2019une partie importante de la population qui n\u2019a jamais perçu le dégel des droits de scolarité comme une mesure socialement injuste.Les semaines ont passé, les ténors étudiants se sont imposés, chouchous des médias parce que beaux, intransigeants, éloquents, sans nuances.Ils ont imposé leur loi et cristallisé les frustrations, pour ne pas dire la haine de tous ceux qui honnissent le gouvernement.Toutes les oppositions y ont trouvé leur compte.Enfin, la défiance envers l\u2019autorité politique pouvait occuper l\u2019avant-scène et peu à peu toute la scène.Les silencieux, parmi lesquels une majorité d\u2019étudiants en classe et ceux qui appuyaient la mesure sans par ailleurs accorder leur confiance au gouvernemenfi n\u2019existaient plus.11 a fallu des casseurs, une radicalisation des positions chez les protestataires pour que le débat reprenne.Sur les exigences de la minorité étudiante agissante, sur le refus de la ministre de l\u2019Éducation de négocier le dégel, sur les enjeux élargis de cette implosion sociale et sur les défiances ouvertes à l\u2019égard de la loi.Les dernières semaines ont charrié des rebuts anarchiques et ont donné à penser que le Québec tout entier devenait spectateur d\u2019un drame appréhendé.Qr la patience est le propre du caractère québécois.De même qu\u2019une tolérance qui se résume par donner sa chance au coureur.Mais devant le déchaînement d\u2019opinions outrancières, appelant à la désobéissance civile, au non-respect des injonctions, ce qui a obligé le juge en chef de la Cour supérieure à alerter publiquement les autorités politiques, devant aussi le jeu des sjmdicats prompts à instrumentaliser les jeunes au profit d\u2019intérêts corporatistes, devant enfin, la démagogie de l\u2019opposition officielle se parant du carré rouge, les yeux fixés sur l\u2019élection inévitable, les citoyens «ordinaires» ont parlé.Le sondage paru hier dans La Presse est éloquent et ne peut cette fois être balayé de la main par aucun des protagonistes.La crise est désormais en mode de désamorçage, mais le gouvernement, fort de l\u2019appui populaire, a la responsabilité de cette sortie de crise.Le premier ministre Charest a le devoir de pacifier le climat ce qui n\u2019est pas évident car les irréductibles auront la tentation de maintenir la ten^sion et de pratiquer la politique de la terre brûlée.À ce jour, il n\u2019y a pas eu de mort d\u2019homme.La période qui s\u2019annonce n\u2019est pas exempte de dangers.D\u2019abord, d\u2019af-frontemepts entre émeutiers enragés et policiers épuisés.À l\u2019intérieur des établissements, danger de représailles des carrés rouges contre des carrés verts, professeurs ou étudiants.Personne ne sort indemne de ce psychodrame collectif où la raison fut si malmenée et qui a révélé la face cachée de trop d\u2019acteurs impliqués.Du gouvernement d\u2019abord, qui aurait pu et dû intervenir plus rapidement.Non pas en cédant sur ce gel des droits, mais en déposant plus tôt la proposition qui est aujourd\u2019hui sur la table.L\u2019opinion publique déjà favorable au dégel aurait pesé de son poids sur le mouvement de grève et l\u2019on se serait épargné ces trop nombreuses semaines prérévolutionnaires.L\u2019opposition péquiste, elle, qui a fait preuve de démagogie en proposant un moratoire, le paie d\u2019une baisse de quatre points dans les intentions de vote.Marois n\u2019ignore rien des contraintes budgétaires qui rendent ce dégel nécessaire.Son racolage du vote des étudiants n\u2019est pas à son honneur.Et que penser de tous ces professeurs qui ignorent ce principe sacré du devoir de réserve et qui se sont engagés dans le camp des contestataires, délaissant leurs autres étudiants qui ont choisi de continuer à étudier?Un maître, comme l\u2019enseignait Socrate, doit «accoucher les esprits» et non se placer dans une posture idéologique discriminatoire pour une partie de ses élèves.Et que penser aussi des médias qui, perdant ce qui leur reste de distance critique, ont servi d\u2019ampMcateur au désordre social et propulsé avec complaisance en stars du prolétariat moderne de jeunes gens portés par leurs convictions et sans doute inquiets secrètement du possible dérapage d\u2019un mouvement d\u2019une telle ampleur?Enfin, lorsque les étudiants auront quitté la rue, il faudra faire l\u2019autopsie de cette crise singulière en gardant en tête une seule chose: le malaise des jeunes à vivre dans la société qu\u2019on leur a transmise et qu\u2019au cours des ans nous avons plombée avec nos droits acquis.Au fait, quels sont les profs militants qui ont offert une obole de leurs salaires encaissés alors qu\u2019ils étaient sur les barricades avec les jeunes ?L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de l'information), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Bélair-Cirino (général), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec)Y2Aoien T>eg^se(société), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), lisa-Marie Gervais (éducation), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales).Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amélie Daoust-Boisvertf'saw^cJ ; information politique : Michel Y>dmA(chroniqueur), Héléne Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Guillaume Bourgault-Côté et Kathleen Lévesque (reporters) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) ; informationéconomique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins, Éric Desrosiers et Alexandre Shields {reporters), Gérald Dallaire h^upitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy Tailleferfrcpcr^crsJ, Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques), Émilie Folie-Boivin (pupitre) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Andréanne Bédard, Michéle Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) ; Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (commis internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction)\u2019, Karl Rettino-Parazelli et Sophy Lambert-Racine (commis à la rédaction).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noël (Québec) .PUBOClTÉ , Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Stéphanie Déziel, Amel Elimam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amélie Maltais, Maria M.Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebai' (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web),Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxim-Olivier Leclerc (responsable par intérim service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Pagé, Monique Proteau. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2012 SCIENCES *1 \u2022 < La démocratie n\u2019est pas une invention humaine «ir ¦K s*-.-¦'V®^:\"-.-'- '¦ t-\t'\\\t¦\t.\t- \u2022 M - ¦> ' '\u2022'H.';\t¦ 1 < ' fflp «\t^ ARIANNA DE MARCO Dans les sociétés très hiérarchisées, comme celle des macaques rhésus, les décisions sont prises par quelques individus dominants qui imposent leurs vues aux autres, qui acceptent de les suivre docilement.1 V Le vote démocratique qui s\u2019exprimera demain en France et au cours de la prochaine année au Québec n\u2019est pas l\u2019apanage des sociétés occidentales, ni même celui de l\u2019humain.Une éthologue française a découvert qu\u2019une espèce de macaque respecte le vote de la majorité dans ses prises de décision.PAULINE GRAVEL Ctt est en comparant le comporte-^ ment de deux espèces différentes de macaque que l\u2019éthologue Odile Petit a mis en évidence la démarche démocratique qu\u2019adoptent les macaques de Tonkean \u2014 des primates originaires de l\u2019île de Sulawesi en Indonésie \u2014 lorsque vient le moment de décider de la direction à privilégier pour un déplacement collectif vers une nouvelle source de nourriture, par exemple.«Les intentions et les motivations de tous les membres du groupe sont prises en compte afin d\u2019arriver à une décision par consensus qui tentera de bénéficier à tous», précise celle qui est directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à l\u2019Institut pluridisciplinaire Hubert Curien de Strasbourg en France.Dans les sociétés très hiérarchisées, comme celle des macaques rhésus, les décisions sont prises par quelques individus dominants qui imposent leurs vues aux autres, qui acceptent de les suivre docilement.«Dans ces sociétés despotiques, l\u2019individu dominant a des relations et des interactions avec beaucoup d\u2019individus du groupe, tandis que les autres individus ont peu de relations entre eux; du coup, c\u2019est lui qui entraîne le groupe par son statut social et ses relations», explique la chercheuse.Dans les sociétés tolérantes et égalitaires de macaques de Tonkean, il en est tout autrement.N\u2019importe quel membre du groupe, y compris les jeunes, peut décider un départ, et le suivront autant les amis que les membres de la parenté.«Même s\u2019il s\u2019agit d\u2019un individu dominant qui esquisse un départ, il ne sera qu\u2019un catalyseur d\u2019un long processus décisionnel, souligne l\u2019éthologue.Par contre, chez les rhésus, les dominés et les jeunes n\u2019osent jamais une telle initiative, car ils savent qu\u2019ils ne seront pas suivis.» De plus, les macaques de Tonkean ne restent pas confinés à leur clan familial, comme les rhésus, et leur réseau social est beaucoup plus étendu.«On est amis avec tout le monde, souligne Petit.Ce qui fait que, quand le macaque de Tonkean voit un conflit se développer devant lui, il est lié aux deux partis.S\u2019il prend pour l\u2019un, il abîmera sa relation avec l\u2019autre.Il a donc inventé l\u2019intervention pacifique parce que c\u2019était le seul moyen de protéger toutes ses relations.De plus, ce comportement permet d\u2019apaiser beaucoup plus vite les conflits, qui autrement risquent de s\u2019envenimer et de perturber l\u2019équilibre du groupe social.Or on observe quatre interventions pacifiques par jour chez le Tonkean pour une par année chez le rhésus.» Chez les rhésus, le dominant qui s\u2019apprête à partir n\u2019a pas besoin de «faire des signaux pour être suivi parce que, comme il est central, tout le monde regarde ce qu\u2019il fait.Par contre, un individu lambda dans un groupe égalitaire de macaques de Tonkean est obligé de manifester son intention de partir parce que personne ne fait particulièrement attention à lui», étant donné que chaque individu du groupe a sensiblement la même importance.L\u2019instigateur s\u2019active alors à recruter des appuis.«L\u2019animal avance de quelques mètres (moins de cinq mètres), s\u2019arrête, regarde derrière lui, puis avance à nouveau d\u2019un mètre, avant de s\u2019arrêter et de se tourner pour voir derrière.Ces coups d\u2019œil servent à surveiller combien il y a d\u2019individus qui suivent.Parce que les animaux n\u2019ont pas envie de se déplacer seuls, ils expriment leur intention de se déplacer, ce qu\u2019on appelle des votes.Ils surveillent toujours qui suit, et si jamais personne ne suit, les «Il y a quelques cas flagrants dans rhistoire européenne qui font penser que l\u2019humain se rapproche plus du macaque rhésus que du macaque de Tonkean ! » ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR L\u2019éthologue Odile Petit est directrice de recherche au CNRS.individus renoncent à partir et reviennent dans le groupe, décrit Petit.Chez les macaques de Tonkean, le leader est totalement dépendant de la réponse des suiveurs.Sa motivation à partir a besoin d\u2019être renforcée par les individus qui le suivent.C\u2019est en cela qu\u2019il est démocratique.» Chez les espèces très égalitaires, le processus de décision est donc plus long et plus complexe que chez les espèces hiérarchisées, «parce que quand on est lié à beaucoup d\u2019individus dans le groupe, il faut qu\u2019on évalue l\u2019opinion de toutes ses relations avant de prendre sa décision», il faut qu\u2019on négocie, qu\u2019on se mette d\u2019accord avant le départ.On évalue qui est parti, combien il en reste, avant de prendre la décision et de basculer dans un processus plus automatique, où c\u2019est le mimétisme qui prend le dessus.«Car il y a toujours un moment où on passe à une phase automatique, et ce, quelle que soit l\u2019espèce, y compris chez l\u2019humain, sinon on reste en rade», précise l\u2019éthologue.Tandis que certains individus expriment leur intention de se déplacer dans une direction, et d\u2019autres dans une direction différente, «il suffit qu\u2019il y ait une différence d\u2019un individu entre les deux directions pour qu\u2019on suive la direction choisie par le plus grand nombre d\u2019individus».Et si vous avez le même nombre d\u2019individus à gauche et à droite, alors le leader qui va décider de partir se base sur le nombre de gestes.Encore une fois, une différence d\u2019un geste suffit pour déterminer la direction à prendre.Avec tout ce ballet de manifestations et de négociations, il y a plus de chances que la décision prise soit meilleure que quand il s\u2019agit d\u2019un choix despotique.«Car comme la décision est prise par un plus grand nombre d\u2019individus qui chacun a une connaissance de son environnement, si on fait la moyenne de toutes ces informations, on a plus de chances de faire un choix exact que si l\u2019information n\u2019est partagée que par un ou quelques individus tout au plus», explique la chercheuse.Toutefois, dans une espèce despotique, comme il y a moins d\u2019individus, voire un seul sur lequel repose la décision, la prise de celle-ci est plus rapide.Quand on fait remarquer à Odile Petit que le style social des macaques de Tonkean est celui qui semble se rapprocher le plus de nos démocraties, elle nous réplique tout de go qu\u2019«il y a quelques cas flagrants dans l\u2019histoire européenne qui font penser que l\u2019humain se rapproche plus du macaque rhésus que du macaque de Tonkean ! Mais bien évidemment, toutes les interventions pacifiques, telles que les résolutions de conflit, les négociations, les phénomènes de coopération et de réconciliation observés chez le macaque de Tonkean, en font une espèce qui est extrêmement proche de l\u2019homme».Le Devoir La passion de l\u2019éthologue Odile Petit ODILE PETIT Dans les sociétés tolérantes et égalitaires de macaques de Tonkean, n\u2019importe quel membre du groupe, y compris les jeunes, peut décider un départ, et le suivront autant les amis que les membres de la parenté.En l\u2019écoutant décrire avec enthousiasme ses longues heures d\u2019observation, on sent tout de suite son grand attachement pour les générations de singes qu\u2019elle a épiées avec respect depuis plus de vingt ans.On reconnaît tout de suite en Odile Petit toute la passion des Diane Fossey et Jane Goodall et on comprend l\u2019importance des qualités féminines, telles que la patience et l\u2019intuition, pour réussir ce type de recherche.«Les hommes sont souvent trop brusques et veulent aller vite.Ils n\u2019arrivent pas à sentir les intentions des animaux.On a parfois l\u2019impression qu\u2019ils sont en compétition avec les primates, ce qui fait que souvent les mâles dominants sur le terrain peuvent être très agressifs envers les observateurs masculins», affirme l\u2019éthologue Odile Petit, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).Les macaques qu\u2019Odile Petit a observés vivaient par groupes de 11 à 35 individus en semi-liberté dans des parcs d\u2019un hectare (100 mètres par 100 mètres) riches en végétation.«Les conditions environnementales mimaient suffisamment les conditions naturelles pour que le comportement ne soit pas modifié.De toute façon, le comportement est le résultat de millions d\u2019années d\u2019évolution, ce ne sont pas dix ans de semi-liberté qui vont modifier le comportement social.Ça pourrait augmenter la fréquence des interactions sociales, mais ça ne modifiera fondamentalement pas la nature des interactions», précise M\"^ Petit."]
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